Le devoir, 23 novembre 1996, Cahier D
LE DEVOIR Le roman québécois Page D 3 Le feuilleton Page D 4 Le nu masculin Page Dll Formes Page D 12 L li I) !•; V 0 I II , I, E S S A M K I) I 'l A K T I) I M A X (' Il E 2 1 X 0 V E M II II E I II II (i Les visages PHOTOS MARTHE BLACKBURN Le 23 novembre 1976 décédait André Malraux.Vingt ans plus tard, aujourd’hui, il y a Wfm.mem .J/~ \ i m w intronisation à Paris, au Panthéon, de celui qui fut un double allié pour le premier ministre québécois des Affaires culturelles, Georges-Émile Lapalme, dans sa volonté d’une reconnaissance du Québec par le gouvernement gaulliste el d’un soutien dans l’établissement de son ministère.Pour le Québec, Malraux représente un rêve: la capacité de conjuguer la culture et l’art universel tout en s’impliquant de façon active dans la vie politique.Pourtant, les rencontres publiques entre Malraux et les Québécois ne furent pas toujours des réussites.Saint et iconoclaste «Malraux est un homme d’action qui envisageait l’Art comme un moyen de survivre» CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS \ A l’heure où le petit tas de cendres d’André Malraux s’apprête à rejoindre ceux de Victor Hugo et d’Emile Zola au Panthéon, la France se demande soudain ce qui la fascine tant dans cet aventurier.On s’en allait inhumer en rond comme on avait fêté Clovis.Demandée par l’Institut Charles de Gaulle, la «panthéonisation» avait été signée mollement, sans grande hâte, par le président Jacques Chirac.L’af- faire allait de soi.Puisqu’on ne pouvait canoniser de Gaulle, qui a soqhaité être enterré à Colombey-les-Deux-Eglises, allons-y pour Malraux! Un petit comité avait été formé en avril seulement.Il y a six mois, rien n’était encore prévu.Et voilà que la photographie du jeune Malraux tapisse les rues de 300 villes de France, que dans 24 pays on a souhaité organiser des commémorations, que les magazines qui ont mis Malraux à la une ont connu leurs meilleures ventes de l’année et qu’une vingtaine de livres et probablement plus d’émissions de télévision ont été produits.Rien de tel n’avait salué l’entrée au Panthéon de Jean Moulin ou de Pierre et Marie Curie.VOIR PAGE D 2: ICONOCLASTE Le général de Gaulle et ses ministres Maurice Herzog, André Malraux et Jean-Marie Berthoin En 1954, à Paris, débutait une relation entre un écrivain-journaliste français et un jeune Québécois.En 1956, André Patry faisait paraître à l’Hexagone un essai intitulé Les Visages d’André Malraux, dont le texte qui suit est extrait dans la version d’une récente édition (Comeau et Nadeau, Montréal, 1996, 75 pages).ANDRÉ PATRY * f y1''*» Ün vaste front pâle surmonté d’une mèche noire en forme d’éperon; des yeux d’un gris lourd qu’agitent d’incessants clignotements; des lèvres étroites ou se balance, au milieu d’un bruit de mots et de tics, une cigarette; un dos légèrement voûté dont des bras remuants accusent parfois la courbe; un corps sombre et mince qui se glisse dans de fines pantoufles de chevreau lustré: ainsi m’apparut André Malraux cet après-midi de mars 1954 où je le vis pour la première fois, dans son appartement de Bou-logne-sur-Sei-ne.[.] André Malraux occupe deux étages d’un hôtel particulier en briques rouges où habite également le peintre québécois Alfred Pellan [.], dans une avenue bordée d’arbres, non loin du parc des Princes.[.] André Malraux vit comme un reclus; il ne reçoit presque personne.Il consacre la plus grande partie de son temps à ses travaux personnels.Il achève présentement La Métamorphose des dieux et reprendra ensuite la Lutte avec l’ange dont la guerre n’a épargné qu’un seul fragment.De plus, il s’occupe pour le compte de la maison Gallimard de la collection «La Galerie de la Pléiade» où ont déjà paru, sous sa direction, son remarquable essai sur Goya, ainsi que tout l’œuvre peint de Léonard de Vinci et de Vermeer de Delft.Il prépare enfin une vaste Histoire de l’art dont toutes les illustrations seront en couleurs et dont la publication s’échelonnera sur 15 ans.Malraux collabore à la Nouvelle N.R.F.où ont été publiés, à quelques reprises, de larges extraits de ses grandes études sur l’art.On trouve également sa signature dans le journal Arts Spectacles où a paru, entre autres, la conférence qu’il a prononcée, le 31 mai 1953, au congrès pour la liberté de la culture et dans La Revue des Arts qui a reproduit son discours de janvier 1954 au congrès d’art et d’archéologie réuni à New York.Mais la collaboration de Malraux au journal L’Express, qui est d’un autre ordre, offre une signification particulière.Les entrevues qu’il a accordées en effet à ce périodique, devenu l’un des plus influents de France, indiquent qu’il n’a cessé de s’intéresser à la politique, à celle, bien entendu, qui se situe dans l’histoire et en manifeste les tendances à un moment donné.Il n’est pas question pour lui de participer à un «regroupement» ou à un parti nouveau: il reste gaulliste.Ce qu’il veut, c’est la grandeur de la France.Chaque fois qu’il suggère, dans l’intérêt du redressement de sa patrie, un programme de réformes, une ligne de conduite, il s’inspire des grandes leçons de l’histoire et s’appuie sur des moyens éprouvés.En face d’une France «menacée par la transfonnation de presque toutes les grandes nations, et de maintes petites», Malraux prêche une politique d’action et d’efficacité.Il rappelle sans détours aux politiciens «que dans un monde où les faits seuls convainquent, ceux qui vivent pour convaincre doivent convaincre par les faits», et à ceux qui se considèrent les héritiers de la Révolution, il lance: «La plus grande tradition révolutionnaire n’est pas de tomber noblement, c’est de faire ce qu’on a promis au pays» (L’Express, 29 janvier 1955).A Scali qui lui demande dans L’Espoir.«Qu’est-ce qu’un homme peut faire de mieux de sa vie?», Garcia répond: «Transformer en conscience une expérience aussi large que possible.» Cette large expérience, André Malraux l’a acquise au cours de son extraordinaire existence.En Chine, en Espagne et en France, il s’est mêlé aux hommes dans leur lutte commune contre le destin; en Indochine et dans tous les pays où l’ont conduit ses recherches sur l’art, il a vu, tantôt à demi ensevelies sous l’espace vert ou gris, tantôt dressées contre le temps, les victoires de l’homme sur le destin.De cette expérience obtenue au contact du présent et du passé, Malraux a tiré une conscience aiguë de l’être humain.S’il a tenté d’expliquer l’homme sans le secours du surhomme et d’en faire jaillir la part divine keystone sans le rattacher à Dieu, il n’a pu s’empêcher d’écrire que «l’art, souvent étranger au bonheur, et même au raffinement, ne l’est pas à l’effort obscur ou lucide des hommes pour accorder leur vie à leur valeur suprême, quelle qu’elle soit».Cette valeur fondamentale qui a cessé, pour le monde actuel, d’être Dieu, n’est cependant pas absente de l’art moderne: elle est devenue «la très vieille volonté de création d’un monde autonome, pour la première fois réduite à elle seule».Mais si cette valeur suprême, sans laquelle il ne saurait y avoir de création artistique véritable, ne paraît plus au XXe siècle qu’une tentative de VOIR PAGE D 2: MALRAUX LA GALERIE DES LAURÉAT: lAWRENtt WOODFORD, J0AIU1ER MÉTIERS D’ART DU QUÉBEC PRÉSENTE DEUX EXPOSITIONS AU MARCHÉ B0NSEC0URS MARCHÉ BONSECOURS • 350, RUE SAINT-PAUL EST, MONTRÉAL (MÉTRO CHAMP-DE-MARS) • TÉL.: (514) 878-ARTS Jean-Paul Harrison, ébéniste (1984) Paul Mathieu, céramiste (1985) Rosie Godbout, tisserande (1986 et 1993) Goyer Bonneau, céramistes (1987) Michel-Alain Forgues, joaillier (1988) Louise Genest, relieure (1991) Jacques Fournier, releur et édteur de ivres (1996) LES FINALISTES DU PRIX FRANÇ0IS-H0UDÉ.Fondé par la Ville de Montréal en collaboration avec le Conseil des métiers d’art du Québec, le prix François-Houdé vise à promouvoir la nouvelle création montréalaise et à favoriser la diffusion des jeunes artisans créateurs.LES HUIT LAURÉATS DU GRAND PRIX DES MÉTIERS D’ART DU QUÉBEC DE 1984-1996 4 é L K I) E V (MU.I.E S S A M E DI 2 A E T I) I M A N C II K 2 I N 0 V E M D II K I il D i/e ôois i/ue Pou i/éco/ua'L., Yves Beauchemin Le Second Violon Nous sommes ouverts le dimanche jusqu’au 29 décembre de 12 h à 17 h.Prix en rigueur jusqu'au 30 novembre 1996 | 505, rue Sainte-Catherine Est.métro Berri-UQAM, Montréal (Québec) H2L 2C9 Td.: (514) 845-5243 Fax : (514) 844-6485 Ju lie Sergent ?Dans l’univers des romans, ça va régulièrement mal au pays des enfants.En deux mois seulement, depuis la rentrée littéraire, on a vu des parents partir, se séparer, mourir, démissionner les uns après les autres, puis on a vu leurs rejetés crier à l’aide, page après page, certains se débattre, d’autres couler.Après les romans de Louise Bouchard, Dominique Blondeau, Marie La-berge, Sylvain Lelièvre, Pierre Yergeau, pour n’en nommer que quelques-uns, deux autres ouvrages viennent prouver, si besoin est, que les écrivains ont sans doute, plus que le commun des mortels, la mémoire de cet instant, ou de ces instants qui marquent en chacun le début de l’effondrement du monde.(L’écrire le col-mate-t-il un peu?) Au premier round de l’un, Débarcadères, premier roman coup-de-poing de Jacques Boulerice, où un homme; nourrice, qui avait jusque-là donné tout son amour à sa famille, leur inoculant le goût du rêve et de la vie, bascule dans la folie après avoir perdu son poste de cadreur à la Société Radio-Canada.Sur la route, quelque part entre Mont-Saint-Hilaire et Saint-Jean-sur-Richelieu, il abandonne subitement ses deux petites filles de six ans et dix ans: «Faites de l’air.C’est assez», ordonne-t-il d’une voix sourde sans même les regarder sortir dans la nuit, «déjà trop de temps perdu avec des niaiseuses qui ont l’air du désespoir.Disparaissez du décor».La fulgurance de la scène n’est pas sans rappeler celle qui ouvre L’Enfant volé, extraordinaire et insupportable roman de l’auteur anglais Ian McE-wan qui montre l’errance sans fin d’un père, dans ce cas, après la disparition de son enfant Que peut-il y avoir après cette sorte de scène-là?On craint le pire, pas tant dans la suite des événements — car l’écueil est clairement sans fond — mais dans le genre de narration qu’empruntera le déluge du désespoir pour se dire.Jacques Boulerice, qui écrit de la poésie depuis plus de trente ans et qui a publié, en 1992, un recueil de récits intitulé Le Vêtement de jade, ne manque pas d’outils pour élaborer une suite qui surprend et comble le lecteur.Enchâssant les narrations à la pre- I.K I) K V 0 I II .I.K S S A M K I) I 2 A B T I) I M A N (' Il B 2 I N 0 V K M H II K I !» !» 466 pages 19,95$ Le livre de l'année ¦ La vie québécoise sous toutes ses facettes, observée par plus de trente spécialistes.¦ Un panorama complet, raconté, illustré et chiffré.¦ Une rétrospective des événements politiques et une analyse des grandes tendances sociales, démographiques et économiques.¦ Un guide indispensable pour comprendre le Québec d'aujourd'hui.FIDES Le devoir I) (î |, K DEVOIR.I.ES SAMEDI 2 R ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE I III) (I — L I V R, E S ESSAIS POLITIQUES A chacun sa «trahison» À CONTRE-COURANT Textes choisis 1939-1996 Pierre Elliott Trudeau Stanké, Montréal, 1996,336 pages LE PARTI QUÉBÉCOIS: POUR OU CONTRE L’INDÉPENDANCE?Andrée Ferretti Lanctôt éditeur, Montréal, 1996,112 pages GILLES LESAGE DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Il n’y a rien de commun, c’est bien évident, entre l’ancien premier ministre du Canada et la pasionaria de l’indépendance du Québec.Rien, si ce n’est que l’une et l’autre viennent de publier des ouvrages qui, par pur hasard, me sont parvenus en même temps et dont il me faut rendre compte dans cette page.ensemble.Le voisinage est incongru, certes.Mais il y a toujours moyen, en cherchant bien, de faire des rapprochements.Notamment celui-ci.Dans un texte célèbre (Cité libre, 1962), M.Trudeau dénonçait «la nouvelle trahison des clercs: cette frénésie hallucinante d’un large secteur de notre population pensante à se mettre — intellectuellement et spirituellement — sur des voies d’évitement».Comme en 1967, il pourfend le «chauvinisme stérile», surtout celui des nationalistes et des séparatistes qui veulent garder les Québécois enfermés dans leurs frontières étroites et les empêcher de s’épanouir pleinement, à la mesure du Canada, du continent et du monde.Pour sa part, dans son pamphlet accusateur à l’endroit du gouvernement péquiste, dirigé par Lucien Bouchard, Bernard Landry «et autres potentats», Mme Ferretti s’en prend à ce qu’elle appelle «la trahison permanente, depuis la conquête anglaise, de nos élites cléricales et politiques, intellectuelles et économiques.» À chacun ses fidélités, à chacun sa «trahison» aussi, probablement, la continuité de l’un étant tenue pour de l’obstination chez l’autre qui, à son tour, oppose ses convictions comme un étendard et ses principes comme une oriflamme.Une politique sans failles C’est ainsi que, depuis près d’un demi-siècle, M.Trudeau, avec une cohérence et une consistance exemplaires, développe une pensée et une politique sans failles apparentes, à la fois démocratique et fonctionnaliste, fondée sur le respect des droits et libertés individuels, mais à cent lieues de ce qu’il appelle «l’aliénation nationaliste».Il commence d’ailleurs ainsi son court avant-propos (le seul texte original qu’il ait daigné écrite pour ce recueil): «Je ne saurais dire quand exactement j’ai acquis l’esprit de contradiction ni pourquoi je l’ai acquis».Si à contre-courant se prétend-il, pour reprendre le titre de cette anthologie, ça n’a pas empêché M.Trudeau d’être une vingtaine d’années en politique active, dont 16 à titre de premier ministre du Canada, de se laisser bercer par une véritable tru-deaumanie et de susciter encore, du moins au Canada anglais, une nostalgie profonde.On l’a bien senti lors du récent congrès des libéraux fédéraux où, malgré les efforts de Jean Chrétien pour être à la hauteur de son idole, la seule mention du nom de Trudeau fascine les militants, plus que n’importe quel aspirant au trône fédéral.Ce qui est intéressant dans ce recueil, d’abord publié en anglais chez McClelland & Stewart, à Toronto, où les pensées de M.Trudeau font un malheur, c’est de suivre le cheminement et le parcours d’un homme hors du commun, à la prose élégante et efficace, capable de manier l’imparfait du subjonctif, tout comme son ami Gérard Pelletier d’ailleurs (qui, en plus de colliger les textes, en a traduit plusieurs, d’autres Tétant par Pierre Vadeboncœur).Un rare trait.classique qui trahit bien leur âge.On se serait toutefois attendu à ce que M.Trudeau, délesté de l’autoglorification de ses mémoires parlés, il y a deux ans, se livre un peu plus, fasse état de son évolution personnelle, de ses propres réflexions sur des textes datant de 30 à 40 ans.Mais non, il ne se donne même pas la peine de les resituer dans le temps, laissant cette tâche à M.Pelletier, qui s’en débarrasse en quelques courtes phrases.L’auteur et son précieux «archiviste» restent sur leur quant-à-soi, la réserve fière et altière de ceux pour qui les textes parlent par eux-mêmes.Ce qui est vrai, du reste, sauf que leur compréhension pleine et entière exige un peu de perspective et de recul, de mise en situation et de rappels.Livre de référence utile, certes, mais quand même limitée.Non seulement à cause de l’absence de contexte, mais aussi parce que nulle bibliographie, aucun index, ne permet de s’y retrouver rapidement ni de poursuivre une recherche plus approfondie.11 est vrai que, quand on détient la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, quand on l’incarne dans son auguste personne, en quelque sorte, il n’est nul besoin d’autres sources de connaissance et de vé-riiication.On a beau naviguer à contre-courant et pratiquer le doute méthodique, il ne faut quand même pas faire exprès pour susciter la contradiction.Le moi haïssable?Allons donc! Une société immature Sur bien d’autres sujets que la politique, dont nous savons à satiété les repères et les balises, il serait utile que ces deux messieurs réfléchissent tout haut, pour notre bénéfice.Je ne cite qu’un exemple, de terrible actualité.«Quant à moi, écrivait M.Trudeau dans Cité libre (janvier 1961 ), j’estime que la société politique québécoise n’a pas encore donné assez de garanties de sa maturité démocratique, pour que je puisse lui reconnaître de gaîté de cœur le droit d’inventorier, de numéroter et de cataloguer chaque citoyen> Qu’en est-il, 35 ans plus tard?C’est bien écrit, panache et venin compris, mais on reste sur notre appétit.Et il y a des oublis notoires, par exemple: sa dénonciation virulente des libéraux fédéraux, en 1965, juste avant qu’il ne les joigne; la réplique du «député de Mount-Royal» au premier ministre Johnson, en février 1968; son épître aux «bleeding hearts» durant la Crise d’octobre 70, et quoi encore.L’aliénation nationaliste «Ouvrons les frontières, ce peuple meurt d’asphyxie!» Ainsi s’exclamait M.Trudeau en dénonçant (Cité libre, mars 1961) «l’aliénation nationaliste».Malheureusement pour lui, cette aspiration a non seulement survécu, elle a multiplié ses adeptes farouches, enracinés dans leurs convictions tout autant que leur illustrissime pourfendeur.Car ce que l’ex-premier ministre qualifie de «mentalité d’état de siège» dans son avant-propos est plus florissant que jamais au Québec.A preuve, le congrès plénier que le Parti québécois tient à Québec cette fin de semaine et qui, en dépit de nombreux avatars, démontre que l’option indépendantiste est bien chevillée au cœur de bien des Québécois, plus de la moitié des francophones, en fait.Ça fait pas mal d’opprimés et d’irçcompris, n’est-ce pas?A preuve aussi, le pamphlet viscéral d’une riniste de la première heure, il y a 33 ans, et qui n’a pas lâché prise depuis.Présidente de l’association péquiste de Brome-Missisquoi, Mme Ferretti s’inquiète précisément du changement de la garde, seule «la direction limpide et ferme» de Jacques Parizeau trouvant grâce à ses yeux de militante ardente.Elle met M.Bouchard dans le même sac que René Lévesque, bourré d’étapisme et de tactique électorale, d’attente mortifère, de peur et de reniement de la cause sacrée.«Qui ne fait pas l’indépendance la combat», lance-t-elle, dans la foulée du poète Gaston Miron.Pour elle, le projet indépendantiste est par essence subversif, déstabilisateur de Tordre établi canadien.Trente ans plus tard, elle déplore encore la disparition du RIN et de son «effervescence» libératrice, M.Lévesque étant resté «inconsolable de la révolution tranquille avortée».Pour des raisons diamétralement opposées de celles de M.Trudeau, Mme Ferretti est en colère contre ce qu’elle appelle l’ineptie du gouvernement péquiste et ses suppôts des puissances néolibérales.C’est un pamphlet qui, probablement, rejoint l’inquiétude de milliers de militants, déchirés entre leur idéal et ce que Mitterrand appelait «l’incontournable épaisseur de la réalité».Lequel des deux est le plus à contre-courant, l’orgueilleux détenteur du pouvoir ou le chien de garde ulcéré?ARCHIVES LE DEVOIR Andrée Ferretti -Ji ARCHIVES LE DEVOIR Pierre Elliott Trudeau L’ETAT DU MONDE 97 tnrtc Tvva.-iATs' L’ETAT -DU MONDE 704 pages • 27,95 $ LE DEVOIR Le seul annuaire économique et géopolitique mondial « L’État du Monde continue d’offrir avec constance une information à la fois précise et concise qui en fait l'annuaire économique et géopolitique indispensable à toute personne avide de renseignements sur la situation de tel ou tel point de notre pauvre planète.» Kudy Le Cours.La Près: Boréal Qui m’aime me I, K DE VO I II.LES SAMEDI 2 :t ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE MIDIS I) 7 V R E S ESSAIS QUÉBÉCOIS La rencontre des écritures L’ÉCRITURE MYTHOLOGIQUE Essais sur l’œuvre de Victor-Lévy Beaulieu Jacques Pelletier Nuit blanche, Montréal, 1996 281 pages DEUX SOLLICITUDES Entretiens Margaret Atwood et Victor-Lévy Beaulieu Éditions Trois-Pistoles, 1996 287 pages Robert Saletti Par un étrange mimétisme de la vie et de la pensée dont ils semblent parfois les seuls capables, les grands artistes deviennent facilement ce qu’ils voient chez les autres.Victor-Lévy Beaulieu, plus que tout autre écrivain québécois, a pratiqué ce type de transmutation de l’autre en soi.Ainsi, personne ne niera qu’il y a dans son approche de l’écriture et du travail de l’écrivain beaucoup de Hugo, de Melville et de Kerouac par exemple, trois auteurs qui ont été ses phares littéraires (et ses rives * ?* identitaires) et auxquels il a consacré, il y a quelques années, des essais importants.En choisissant soigneusement ses modèles et en les parasitant systématiquement (avec un succès inégal d’ailleurs), l’œuvre de celui que l’on n’appelle plus, dans les cercles consacrés, que par ses initiales a contribué de manière originale à donner à la littérature québécoise une stature épique, voire nationale.Il y a par ailleurs une autre transmutation, qu’on pourrait appeler de soi en soi, qui fait que les grands artistes deviennent facilement ce qu’ils prétendent être.Là aussi, Victor-Lévy Beaulieu a donné le ton.Autodidacte forcené, connaisseur de longue date de toutes les facettes du champ littéraire, promoteur intelligent de son propre travail, il en est maintenant à éditer ses «œuvres complètes» en une multitude de tomes dont on n’est pas près de voir la fin si l’on se fie au fait qu’il demeure encore aujourd’hui un des auteurs les plus productifs du Québec.Deux solitudes qui se parlent Une des contributions originales de Victor-Lévy Beaulieu aux lettres québécoises est certes sa manière d’interpeller les autres écrivains et de dialoguer avec eux par le moyen d’essais-fictions (dont Monsieur Melville reste l’exemple le plus percutant), quand ces autres étaient morts, ou d’entretiens, quand ils lui étaient contemporains.Deux sollicitudes est le troisième ouvrage à s’inscrire dans la catégorie des entretiens.Après Roger Lemelin et Gra-tien Gélinas, c’est au tour de l’écrivaine canadienne Margaret Atwood de converser avec M.Beaulieu.Deux sollicitudes constitue la transcription d’une série d’émissions radiophoniques présentées au réseau FM de Radio-Canada au début de l’année.Ces entretiens se divisent en fait en deux.Victor-Lévy Beaulieu est d’abord allé à Toronto chez l’auteur de La Servante écarlate pour l’interviewer, puis les rôles ont été inversés lorsque Margaret Atwood a MARGARET ATWOOD VICTOR-LÉVY BEAULIEU Deux sollicitudes ENTRETIENS «irrioNi WHvmrou; rendu visite à Victor-Lévy Beaulieu à Trois-Pistoles.Le résultat est assez passionnant pour qui s’intéresse à l’un ou l’autre de ces auteurs ou aux rapports qu’ils entretiennent avec l’espace de la création.Notons que tous les entretiens se sont déroulés en français malgré l’aisance toute relative avec laquelle Mme Atwood s’exprime dans cette langue.C’est l’un des avantages de la transcription écrite: les zones d’ombre de la communication que sont les hésitations et les reprises n’y paraissent plus.Évidemment, ce genre d’entretiens suppose que chaque auteur soit familier avec l’œuvre de l’autre.Autrement, la conversation demeure superficielle, faute de connaître ce dont on parle, ou sans éclat, faute de véritables échanges.Sur ce plan, disons que la première partie est mieux réussie que la seconde.Vic-tor-IAvy Beaulieu se révèle un excellent lecteur de l’œuvre d’Atwood; ses questions se rapportent souvent à des passages, des scènes ou des personnages précis et témoignent d’une volonté d’en comprendre les sous-bassements.Mme Atwood s’en tient davantage aux aspects plus contextuels de l’œuvre de Victor-Lévy Beaulieu.Dans l’ensemble, et ce n’est le moindre des paradoxes, il ressort de ces conversations que les deux œuvres sont parentes, du moins en ce qui a trait à la place qu’elles occupent dans leurs littératures nationales respectives.Le lecteur québécois qui ignore tout de l’«autre littérature» se consolera un tant soit peu de son ignorance quand il apprendra qu’au début des années soixante, lorsque Mme Atwood entreprit ses études universitaires, la littérature canadienne-anglaise n’existait pas d’un point de vue institutionnel (on la lisait peu et on ne l’enseignait pas).Elle souffrait, aux dires de l’auteur de La Femme comestible, du même syndrome postcolonial face à la littérature américaine que la littérature québécoise face à la littérature française.Et que la littérature américaine avant Melville et Hawthorne face à la littérature anglaise, d’ajouter Victor-Lévy Beaulieu.L’essai de Margaret Atwood intitulé Survival a joué un grand rôle, on le sait, dans la prise de conscience des Canadiens anglais quant à l’avenir de leur littérature.Margaret Atwood est une femme qui a beaucoup d’humour et ces entretiens donneront certainement envie à ceux qui la connaissent mal, peu ou pas du tout de se tourner vers cette œuvre dont le retentissement, au Canada anglais et à l’étranger, est pourtant considérable.Malgré l’absence d’affinités profondes sur la question politique du Québec et, de façôn plus ambiguë, sur les rapports hommes-femmes, ces Deux sollicitudes représentent une intéressante tentative de rapprochement des «deux solitudes» dont parlait Hugh McLellan et une belle expérience d’écoute entre deux auteurs majeurs dans l’ordre de nos littératures.Œuvre et reconnaissance L’Écriture mythologique, de Jacques Pelletier, se présente comme le premier essai consacré exclusivement à l’œuvre de Victor-Lévy Beaulieu, la plus importante et la plus significative du Québec contemporain, peut-on lire dans l’introduction.Pour Jacques Pelletier, Beaulieu est le plus marginal de nos écrivains et la reconnaissance institutionnelle lui serait enfin due.Des articles ici et là, quelques mémoires ou thèses ne suffisent pas à donner la juste mesure d’une œuvre qui a, on l’aura deviné, une forte résonance nationale.M.Pelletier, qui avait lui-même consacré plusieurs articles et un chapitre de son essai Le Roman national (VLB éditeur, 1991) à Beaulieu, a décidé de combler ce vide.Dans L’Écriture mythologique, il reprend l’essentiel de ses analyses antérieures en les regroupant et en les synthétisant (non sans redites).Ses conclusions: aussi éclatée, diversifiée et monumentale que soit l’œuvre de Victor-Lévy Beau-lieu, elle est foncièrement polyphonique et intertextuelle, c’est-à-dire littéraire.L’écriture trouve toujours sa source dans d’autrès écritures; les mythes personnels de l’auteur renvoient toujours à d’autres mythes.C’est dans cette ouverture aux autres que l’œuvre trouve son unité interne, sa cohérence profonde.Remarquez que le fait que l’écriture travaille à partir de mythes fondateurs et sur eux n’est pas particulièrement nouveau.Beaulieu lui-même l’a toujours prétendu.L’autre affirmation importante de M.Pelletier, à savoir que l’œuvre de Beau-lieu est de l’ordre de la circularité, de la réaffirmation continuelle des mêmes forces inconscientes, n’est pas nouvelle non plus.Réginald Martel disait exactement cela dans un article de 1976 sur Blanche forcée.Il est vrai que M.Pelletier le dit plus savamment et avec de multiples exemples.S’il comble un vide réel, on ne peut pas dire que L’Écriture mythologique brille par sa limpidité et sa concision.Comme si M.Pelletier, mû par la louable intention de réparer une injustice, était allé un peu vite en affaires, en avait fait un peu trop.Une intéressante tentative de rapprochement des «deux solitudes» LIVRES ET MEDIAS Télévision.L’équipe de Sous la couverture (samedi, 16h, SRC) examinera les ouvrages suivants: La Fin du '.travail de Jeremy Riskin, Beach Music de Pat Conroy, L’Amérique m'i?i-quiète de Jean-Paul Dubois et Le Chasseur zéro de Pascal Roze.; Danièle Bombardier à Plaisir de .lire (dimanche, 19h, TQc) recevra l'écrivain Louis Hamelin qui vient de publier son cinquième roman, Le Soleil des gouffres-, Anne Dorval sera la lectrice de la semaine.Radio.Le Temps perdu (dimanche, 15h, SRC FM) sera consacré à André Malraux, 20 ans après sa mort.L’animateur-réalisateur Stéphane Lépine se demande ce qui nous retient encore à son œuvre.Claude Lavoie rencontre le fils adoptif de Malraux, Alain Malraux.Robert Chartrand, l’animateur des P’tits Bonheurs d'occasion, reçoit Hugues Corriveau, qui vient de publier un recueil de nouvelles intitulé Attention, tu dors debout! et Jérôme Élie, qui parlera de La Morte du pont de Varole.L’émission est diffusée aujourd’hui à midi trente sur les ondes de CIBL (101,5 FM) depuis la librairie Garneau de la rue Fleury.Avez-vous lu?Anna braillé ène shot DE Georges Dor il OUVERT 7 JOURS 3694 M-uenis, Montreal Métro Sherbrooke 849-1913 msm SSWÏKiK Ls m DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD lOhà 22h - /1 j Moni-Koyai tst, mu Métro Mont-Royal 523-6389 Librairie B E RT RA N D Depuis 1956 Encore et toujours obtenez Tfibratinè française 849-4533 Librairie anglaise _ 845-3300 Centre Eaton de Montréal ® McGill 'Sur marchandise au prix régulier en coupons dividendes* M Oliyar,.Assehn et son temps Véritable personnage de roman, Olivar Asselin n'avait pas encore fait l'objet d'une biographie à sa mesure.Hélène Pelletier-Baillargeon a consacré plusieurs années de recherche à un homme fascinant qui a marqué le premier tiers du vingtième siècle.Chapitre XXIX Le pamphlétaire et la guerre « (.) Asselin, comme Bourassa, sait fort bien que les impérialistes utilisent «l'amour de la France» pour promouvoir l'enrôlement auprès des Canadiens français.Comme nationaliste, il s'emploie à démasquer cette stratégie.I TÉ! A ¦fMUm*.Montréal, au début du siècle.Mais ce combat, livré en sol canadien, ne constitue pas le dernier mot de ses allégeances.Au-delà du nationalisme dont il continue d'épouser pleinement les objectifs, le président de la Ligue se reconnaît d'autres devoirs, à l'égard notamment de cette «mère-patrie» qu'il considère «la seule» pour un Canadien français.Il lui est donc insupportable de penser qu'en des moments aussi douloureux, la France puisse supposer que ses lointains enfants du Canada soient demeurés insensibles à ses malheurs et sourds à ses appels.Mais ce «devoir» qu'il se reconnaît ici explicitement envers la France ne procède pas d'une pure démarche d'altérité.En défendant la France, c'est aussi et encore «la pensée française», indispensable à ia survie et à l'épanouissement du Canada français, que l'ancien président de la Saint-Jean-Baptiste défend avec ténacité.Si la «pensée française» devait être asservie et réduite au silence par une défaite militaire sur les champs de bataille européens, à quoi, en effet, rimeraient ici les combats d'arrière-garde de la résistance franco-ontarienne contre l'assimilation?On ne saurait revivifier ici, croit-il, «ce sentiment français que tant de causes ont contribué à endormir», sans se porter courageusement au secours de la nation où il se trouve, en ce moment, le plus gravement menacé.(.) Mais Asselin va bientôt se sentir déchiré entre ce combat nationaliste, qui a absorbé jusqu'ici toutes ses énergies, et son amour de la France.Cette inclination puissante conduit insensiblement toutes ses pensées vers la ligne de feu européenne où il est persuadé que la France défend, pied à pied, les libertés fondamentales de la civilisation quelle représente.À ses yeux, la seule et la plus grande de toutes les civilisations.Telles sont les convictions qui s'imposent de plus en plus à ce militant qui a toujours refusé de se résigner à la mort culturelle de son groupe Mais si, au Canada, depuis la fin du siècle dernier, la «race française» et la «race anglaise» se livrent à des affrontements scolaires et constitutionnels incessants, en Europe au contraire, la France et l'Angleterre ont lié leur sort au sein de la Triple Entente.Elles combattent en ce moment, côte à côte, dans les tranchées du front et dans les Flandres où l'armée allemande tente toujours de leur couper l'accès à la mer et le ravitaillement par l'intermédiaire des ports anglais.Comment aider la France sans cautionner du même coup l'Angleterre?Sans approuver la mainmise que cette dernière tente d'exercer sur ses colonies en matière de contribution militaire?Asselin est sans doute intérieurement taraudé par de telles questions.Sans doute tente-t-il aussi de trancher, pour lui-même, ce nœud gordien dans lequel se nouent et s'embrouillent de plus en plus les impératifs de sa cons- Olivar, militaire.cience tourmentée.À la maison, ses «jongleries» solitaires l'ont repris de plus belle.À table, ou même en visite chez des amis, ses proches le sentent mentalement absent, impérieusement requis «ailleurs».Ces impératifs prennent une nouvelle forme cet automne-là.Asselin, certes, continue de ferrailler avec l'abbé D'Amours et de rédiger ses communiqués de presse pour l'Aide à la France.Mais de telles causes ne lui suffisent plus, il voit déjà au-delà.Secrètement, il a commencé à écrire à son ami Louis-Philippe Roy, toujours en poste à Paris à titre de commissaire du Canada.Il lui demande maintenant avec insistance s'il est actuellement possible, pour un citoyen britannique du Canada, de s'enrôler au service de la France, «sans passer par l'Angleterre?».La réponse de Roy le décevra: un protocole a été récemment signé entre les Alliés, en vertu duquel les trois puissances s'interdisent mutuellement le maraudage dans les rangs de leurs ressortissants coloniaux respectifs.Chaque empire recrute à l'intérieur de son aire d'influence et il n'y a pas d'exception à la règle.Voilà Asselin retourné à sa case de départ.Resterait, bien sûr, la Légion étrangère à laquelle il a déjà songé, plus jeune, à deux reprises.Mais l'entraînement et la discipline de fer de la Légion ne conviennent vraisemblablement plus à un homme de quarante ans, éprouvé par une opération majeure et handicapé par une santé fragile, il y serait aussitôt refusé.«Quant à obtenir des services dans l'administration, il ne faut pas y penser.Il y a dix demandes pour une place à nommer.», lui a répondu Louis-Philippe Roy.Les choses en sont là.Pour témoigner personnellement à la France en guerre de l'attachement indéfectible des Canadiens français, sans du même coup trahir la position militaire des siens, Asselin devra trouver autre chose.» Extrait du livre Olivar Asselin et son temps, de Hélène Pelletier-Baillargeon publié aux Éditions Fuies, 816 pages, 34,95$ 8n vente chez votre libraire ¦Mr Jî' '«* **•¦* •' ! ^ Ht, / m/s Presbytère de Chien-Blanc, juillet 1906.par Hélène Pelletier-Baillargeon I, li I) E V 0 111.I.E S S A M E I) I 2 3 E T I) I M A N (' Il fi 2 I N I» V E M If U E I f) !l (i Marie-Aude Murail Le parti d’en rire Auteur d’une vingtaine de livres pour la jeunesse, elle mise sur l'humour et le policier pour répandre le goût de la lecture CAROLE TREMBLAY Avec sa tête ronde et sympathique, son costume-cravate, ses cheveux coupés à la garçonne et son air d’éternelle adolescente, Marie-Aude Murail pourrait facilement passer pour la sœur de Tintin.Invitée d’honneur du Salon du livre, cette auteure pour la jeunesse est à l’image de ses romans: vive, directe et surtout, pleine d’humour.Bien que née dans une famille d’écrivains, Marie-Aude Murail n’est pas venue directement à l’écriture.Elle fait d’abord de longues et sérieuses études à la Sorbonne d’où elle sort avec un doctorat ès lettres en poche.Heureusement, plutôt que de s’enliser dans la poussière du monde universitaire, Marie-Aude Murail change brusquement de cap et se lance dans l’écriture.Elle débute en rédigeant des histoires à l’eau de rose dans la presse féminine.«Am gens de la Sorbonne, j’ai dit: maintenant j’écris dans Intimité-Nous Deux et je pense que j’apprends beaucoup plus.Ça n’a pas beaucoup plu.» Ce qu’elle y apprend essentiellement, et qui est fondamental en littérature jeunesse, c’est le décentrement.«On n’écrit pas pour se faire plaisir, mais pour faire plaisir à d’autres.» Travailler sur patron Sur les conseils d’une amie, elle commence à écrire pour les enfants.Comme elle l’avait fait avec la presse sentimentale, elle va voir ce qui se fait en littérature jeunesse.«J’ai une grand-mère couturière, lance-t-elle, un sourire en coin, je suis habituée à travailler sur patron.» En 1986, elle fait paraître ses premiers textes dans la presse enfantine, dans Astrapi, J’aime lire et Je bouquine.La plupart de ces textes ont été réédités sous forme de livre par la suite, chez Bayard et au Seuil.Dix ans plus tard, Marie-Aude Murail compte une vingtaine d’ouvrages publiés et n’a pas le moindre désir de s’arrêter.Au contraire.Elle se sent de jour en jour plus impliquée dans son travail.Son lecteur de prédilection, c’est le mauvais lecteur, celui qui éprouve des difficultés de lecture, ou qui se désintéresse des livres.C’est vers lui qu’elle concentre tous ses efforts.Chaque lecteur gagné est une victoire pour elle.Si elle a commencé en écrivant pour les petits du primaire, Marie- '1» -% Marie-Aude Murail MARir-At.nr: moraii.DEVENEZ POPULAIRE EN CINQ LEÇONS Aude Murail est rapidement passée aux adolescents, avec lesquels elle se sent plus à l’aise.Lç catalogue de la maison française L’Ecole des Loisirs doit deux de ses meilleures séries pour adolescents à cette auteur volubile et productive.Émilien, héros de huit volumes à ce jour, a dix-sept ans et vivait seul avec sa mère jusqu’à l’arrivée toute récente de sa petite sœur (née dans l’avant-dernie,r volume).Les aventures d’E-milien ressemblent à un croisement génétique entre Le Dernier des raisins, de Raymond Plante et la famille Malaussène, de Pennac.De l’hu-• mour, de l’émotion et un reflet très actuel de la réalité des jeunes.La seconde série, d’inspiration policière, met en scène un professeur d’histoire étrusque dans la quarantaine, Nils Hazard.Le choix du personnage principal, «prototype du vieux con, pétri de culture, qui méprise vaguement ses étudiants» étonne.D’autant plus que le héros est aussi le narrateur, comme c’est le cas de la plupart des romans de Marie-Aude Murail, qui considère que l’écriture à la première personne permet une meilleure identification du lecteur au personnage.Le jeune lecteur pénètre donc dans le récit par l’entremise du regard de ce «je» d’une autre génération, ayant des références culturelles et un langage complètement différents du sien.A travers ce qui semble une inversion des règles de l’art, Marie-Aude Murail veut «montrer qu’il y a un dialogue possible entre l’adulte et l’ado».Les romans-miroirs A travers l’une et l’autre de ces séries, Marie-Aude Murail entend donner aux jeunes une certaine distance par rapport à ce qu’ils vivent «J’appelle ça des romans-miroirs, parce que le lecteur s’y retrouve.Le miroir réfléchit et fait réfléchir.» Elle n’hésite d’ailleurs pas à se qualifier d’auteure engagée.Engagée, au sens où son écriture est portée par le désir de faire un travail utile.Cette volonté «pédagogique» n’alourdjt en rien son style alerte et vivifiant.A l’instar de Roald Dahl, elle ne comprend pas qu’on écrive des romans sans humour.«On peut dire plein de choses avec l’humour.On peut même faire la morale.C’est épatant.» Si Marie-Aude Murail connaît bien ses lecteurs, c’est qu’elle ne se contente pas qu’écrire dans sa tour d’ivoire.Elle va au-devant de son public, dans les écoles, les bibliothèques, et ce à travers le monde.Elle rentre de Milan.Juste avant elle était à Moscou et à Saint-Pétersbourg.Elle profite de son séjour à Montréal pour rencontrer les lecteurs d’ici.Le contact avec ce public lui a fait prendre conscience de la responsabilité de l’écrivain.«Si je ne les avais jamais vus, j’aurais peut-être continué dam ma bulle en me foutant complètement des répercussiom.Mais là, quand je les ai en face de moi, je me dis que je ne peux pas bazarder n’importe quoi.J’ai une responsabilité, comme j’en ai une de mère de famille, parce que ces gamins, ce sont les miem.» Bruce Roberts ÿ, 3 150 VINS décrits et r- commentés avec une note d’harmonie ' / vins et mets = I En vente partout ! 19,95$ iressorr - L I V R E S - BIOGRAPHIE L’acteur canonisé JAMES DEAN Donald Spoto Traduit de l’américain par Jean-Charles Provost Presses de la Cité, Paris, 1996 300 pages ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Rarement un jeune acteur se sera-t-il engouffré si vite dans la porte du mythe.Plus encore que sa vie, c’est la mort de James Dean qui lui conféra le statut d’immortel.Une mort à 24 ans, à bord d’une Porsche vrombissante entrée avec lui dans la légende.Seulement trois longs métrages à sa feuille de route, un talent qui explosait de l’intérieur, un caractère difficile, quasi indéfini, une inquiétude et un sentiment de rejet qui lui collait à la peau, une morgue de rebelle, et ce trépas à toute vitesse.Il n’en fallait pas plus pour que la jeunesse, d’une génération à l’autre, projette sur lui ses angoisses et sa révolte en le redéfinissant à sa guise.«À l’ère où la vérité est celle que montrent les images, James Dean est la parfaite icône de son temps», écrit Donald Spoto en conclusion à la biographie qu’il lui consacre.Donald Spoto a l’habitude de fréquenter les stars, mortes ou vives.On lui doit les biographies d’Hitchcock, de Tennessee Williams, de Marilyn, d’Elizabeth Taylor.Avec celle de James Dean, il prend le culte à bras le corps, en abordant, quarante ans après la mort du rebelle, ce pèlerinage réunissant ses fans éplorés en 1995, croulant sous une pluie de produits dérivés, t-shirts, cravates, albums, photos, peignes, stylos, cassettes à la mémoire du disparu.Ils sont des centaine de milliers à travers le monde à vouer une adoration au symbole de jeunesse éternelle que constitue James Dean.La source du mythe Et Donald Spoto de remonter à la source du mythe en un livre fouillé qui déboulonne la statue.La source, c’est cette union malheureuse le 26 juillet 1930 entre Winton Dean, fermier borné et taciturne, et Mildred Wilson, curieuse intellectuellement, éprise de culture, enceinte d’un fils unique qui portera le nom de James.Il vivra en osmose avec la maman dans son Indiana perdu, s’amusant à incarner des personnages imaginaires pendant que papa s’enferme en lui-même et prend fiston en grippe.Mais la maman meurt d’un cancer quand James q neuf ans.Il ne s’en remettra jamais.Elevé dans la ferme par sa tante et son oncle, d’un caractère solitaire, sans amis, replié sur lui, tôt attiré par le vacarme, la vitesse, les motos, les autos de course, cherchant sans arrêt à se rendre intéressant tout en crai- gnant d’être rejeté, d’une humeur changeante, son caractère définira l’image de marque destinée à transpercer l’écran: «Ce mélange de tendresse et de désarroi qui ne manquera jamais d’émouvoir le public.» Dès ses années de collège, James Dean commence à faire du théâtre.En 1949, il paid pour la Californie, étudie l’art dramatique.Tout déboulera vite pour lui, ateliers de théâtre, pub pour Pepsi-Cola sur son premier plateau de tournage, mais c’est Rogers Brackett, directeur financier d’une grande agence de pub (avec qui au reste Dean entretient des relations sexuelles), qui lui mettra le pied à l’étrier, lui présentant les personnes qu’il faut connaître, lui offrant des rôles à la radio, dés figurations.De son idolâtrie pour Marlon Brando qu’il avait admiré dans Un tramway nommé désir naît son désir fou de devenir une vedette de cinéma.Un jeune homme pertubé Toute la biographie pose un regard sur un jeune homme vraiment perturbé, impossible à vivre, partagé entre deux orientations sexuelles, infantile, provocateur, arrogant, grossier, vulnérable, asocial, imbuvable, désarçonnant ses partenaires, leur coupant leurs répliques, incapable de conjuguer avec une gloire gagnée trop tôt alors que sa personnalité était encore nébuleuse.Quand Elia Kazan lui offre le rôle de Caleb dans À l’est d’Éden d’après Steinbeck, il sent la tension et toute l’ambivalence de l’acteur, l’exploite dans son rapport avec Raymond Mas- {•Um t»uvxfcU sa légende sey, l’interprète d’Adam son père, alimentant leur antipathie respective.«J'avais l’impression d’avoir affaire à un infirme mental», dira Kazan.C’est cette infirmité, ce manque constant du père, qui sera titillée et récupérée clans son personnage de Cal, le fils rejeté, qui demeurera sa plus grande performance à l’écran.Dean devient pour plusieurs critiques le second Brando.Il alimentera encore davantage son image de rebelle écorché dans Im Fureur de vivre réalisé par Nicholas Ray, film devenu culte tant il s’avère collé aux affres et aux tiraillements de l’adolescence.«Je considère que l’art dramatique est le moyen le plus logique d’extérioriser ses névroses», confiera-t-il à un journaliste du New York Times.Pour sa prestation dans Géant de Georges Stevens, où il tient un rôle somme toute mineur aux côtés de Rock Hudson et d’Elizabeth Taylor, il leur volera pourtant de façon posthume la vedette et les critiques n’en auront que pour un James Dean désormais canonisé.Les lettres qui nous restent de Dean à ses flammes témoignent de son égoïsme et de son angoisse d’éternel adolescent.Comme en té-' moignaient aussi sa furie automobile, son amour du risque, avec une réponse classique aux passagers terrifiés: «Je dois me déplacer à toute vitesse.Je ne dispose pas de beaucoup de temps», qui alimentera le mythe du prédestiné à une mort jeune.Vint l’accident.La légende a fait le reste, créant un nouveau Jimmy dont il ne pourrait plus jamais ternir l’image.ENVIRONNEMENT Une présence québécoise LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR intérêt de la population pour l’en-' vironnement se reflète par la vitalité de l’édition et des auteurs, qui multiplient les regards sur leur milieu et ses problèmes.A preuve, sept des neuf ouvrages les plus récents qui nous sont parvenus sur des sujets liés à la nature et à l’environnement sont le fait d’auteurs québécois.Une invitation à découvrir et approfondir notre milieu.LA RECHERCHE SOCIALE EN ENVIRONNEMENT Robert Tessier et Jean-Guy Vaillancourt Presses de l’Université de Montréal Montréal, 1996,174 pages L’environnement, dit-on, est une science intégratrice parce qu’elle se définit comme une approche globale.On pourrait tout aussi bien dire aussi qu’elle est, pour la même raison, perturbatrice, pour ne pas dire plus.L’actuelle prise de conscience en environnement remet en question les paradigmes de plusieurs disciplines et forcent tout autant les sciences sociales, elles aussi intégratrices, à prospecter de nouveaux territoires.Sous la direction des deux auteurs, huit spécialistes de domaines aussi différents que l’urbanisme, l’éducation, la philosophie, etc., montrent comment ces secteurs peuvent aider à résoudre la crise environnementale et à quel prix.Sous des allures parfois arides, des analyses fouillées.GÉRER LE RISQUE, VAINCRE LA PEUR André Beauchamp Bellarmin Montréal, 1996,187 pages Poursuivant une analyse qu’il a amorcée avec son dernier livre sur la gestion des risques occasionnés par l’exposition courante aux champs électromagnétiques, André Beau-champ élargit son approche à la gestion des risques dans d’autres domaines, du sida à la gestion des déchets, pour finalement distinguer entre la gestion scientifique et celle, moins évidente, de la peur comme phénomène social et culturel.Beau-champ suggère que cette gestion passe principalement par la connais- I.A RECUtKOIL SOCIALE I N ENVIRONNEMENT sance et le principe éthique de précaution, qui s’énonce plus facilement qu’il ne se met en pratique.«Si notre société devait succomber à la peur, écrit-il en conclusion, elle risquerait de le faire par l’instauration d’une nouvelle culture de la peur.La route est bien courte qui mène de la peur à la terreur.» ÉCHO DES PAYS FROIDS Louis-Edmond Hamelin Presses de l’Université Laval Sainte-Foy, 1996,481 pages Dire que Louis-Edmond Hamelin est un des piliers de l’étude, des débats et des projets qui touchent à la nordicité est un cliché dans les milieux scientifiques.Cette quasi-auto-biographie devient sous sa plume celle du Nord québécois et canadien: elle fait aussi découvrir derrière le chercheur un personnage bourré d’idées et d’audace mais surtout animé par une vision du Nord et de son exploitation durable.Ce livre contribue à sa façon à l’histoire récente du Québec parles anecdotes et les réflexions de l’auteur sur tout ce qui le passionne, de l’amour de la langue à la géopolitique en passant par l’économie et l’histoire.Plus qu’un livre, un personnage! ANTICOSTI Charliç McCormick Les Éditions JCL Chicoutimi, 1996 283 pages Une réédition révisée d’une autobiographie de l’un des pionniers d’An-ticosti, qui y a exercé 36 métiers jusqu’à sa mort en 1982.Une histoire du fleuve, de la mer, de l’île et de sa faune, à deux et à quatre pattes! Des histoires de bateaux, de braconniers, de chasse et même de revenants avec, en prime, un aperçu de cette vie incroyable des insulaires du fleuve et des marins qui se côtoyaient pour le meilleur et pour le pire.Une page méconnue et fascinante de notre petite histoire.LES VERS: DES CROYANCES POPULAIRES AU LOMBRICOMPOSAGE Maurice Dumas Éditions Berger Montréal, 1996,205 pages Qui eût cru que ces petites bêtes plutôt timides et fort sensibles se feraient un jour consacrer un livre entier! Ils mangent de tout, préparent et enrichissent la terre qui nourrit les humains.On dit même que leur valeur protéinique, qui leur vaut déjà de figurer au menu des cochons et des poulets, les destine éventuellement à l’alimentation des humains! Si c’est vrai pour l’avoine, pourquoi pas pour les vers?Ce qu’on sait moins, c’est que les vers de terre sont une des nombreuses espèces non autochtones introduites au Québec et dans le nord de l’Amérique par les Européens pour enrichir le sol, une mission à laquelle ils se sont consacrés inlassablement depuis.Pour tout dire en quelques mots: un livre surprenant, fascinant par son érudition et son côté utilitaire.Ecrit au coin de l’humour, ce qui ne gâche rien.MAMMIFÈRES DU QUÉBEC ET DE L’EST DU CANADA Jacques Prescott et Pierre Richard Éditions Michel Quintin Waterloo, 1996,399 pages Ce n’est pas le premier livre sur les mammifères terrestres et marins.Et sûrement pas le dernier.Mais celui-là est magnifique par la facture et pratique par le format de poche.Il est aussi admirablement illustré et plusieurs des photographies utilisées sont tout simplement spectaculaires.D’autres sont des perles rares, comme celle du carcajou.Pour chaque espèce, on présente notamment la distribution géographique et les caractéristiques morphologiques en plus de décrire sommairement l’habitat, les habitudes de reproduction, le régime alimentaire et le caractère.MltoMHiMU ÉCHO MOII» DM MAMMIFERES OU QUÉBEC NÉANDERTAL l'heure a sonné! John Darnton néandertal John (Nirnton i A *• Sur la piste d'une tribu de Néandertaliens.Entremêlant paléontologie et espionnage à la manière des Aventuriers de l'Arche perdue, Matt Mattison, chevalier des temps modernes, tour à tour scientifique et aventurier, lève le voile sur le chaînon manquant.24,95$ état de choc Flammarion ltée I.K I) K V 0 I I! .I, K S S A M K DI 2 15 K T I) I M A X (' Il K 2 I X 0 V K M B B E I I) !» I! V R, E S T R l) F () MIST O Pennac et pinard Deux Pennac et un abécédaire des vins dans la inêjne semaine, c’est pas pour dire, mais c’est le pactole.A la vue de ces ouvrages parus simultanément, on s’est même dit: «Le Queneau, le Grand Satrape du Collège de la Pataphysique, il va être heureux pas à peu près.» Parce que la poésie de Monsieur Malaussè-ne agrémentée d’une dissertation sur le vin de messe, ça produit quoi?Du contentement tout simple.Ça ravit.Faire l’addition des deux revient à décrocher la timbale.Bon.Pennac a donc fait un coup double.D’un côté il a fait Monsieur Malaussène au théâtre, de l’autre il a fait Des chrétiens et des Maures.Dans quel ordre les a-t-il composés?On n’en sait rien.Et on veut pas le savoir.Parce que l’ordre.Pfft! Toujours est-il que ces deux petits livres, petits en volume, ont été publiés par la NIÎI7 de Gallimard.L’un, Des chrétiens et des Maures, est davantage un roman que de la poésie.L’autre, Monsieur Malaussène au théâtre, est plus poétique.Les fadas de l’intertextualité le qualifieraient probablement de poésie en prose.Remarquez que sur ce terrain, celui de l’intertextualité et de la sémiologie, on est ce qu’il y a de plus nul.Le conditionnel présent Des chrétiens et des Maures, ça commence par Le Petit qui rentre dans le chambre parentale en clamant: «Je veux mon papa.» Le train-train quotidien se poursuit jusqu’à ce qqe toute la bande Malaussène se retrouve à table.C’est alors que Clara chuchota dans l’oreille du Petit: «Mais c’est Benjamin notre papa.C'est Benjamin, et c’est Amar, aussi.Allez, mange ta soupe, Le Petit.» Et ce dernier de rétorquer: «Je préférerais mon papa, répondit Le Petit sans toucher à son potage.» Benjamin Malaussène en est tout retourné.Écoutons-le: «Ce conditionnel présent hanta ma nuit.J’ignorais que le mode d’un verbe pût vous glacer le sang.Ce fut bel et bien le cas.Pour une raison que je ne parvenais pas à m’expliquer, ce conditionnel présent emprisonna ma nuit dans un sarcophage de terreur.» Que va faire le Benjamin?11 va chercher un papa.Un papa qui ferait l’affaire.Un papa potable.Faut signaler à vojre attention que Malaussène travaille désormais pour les Editions du Talion lorsque.«J’étais en train de suggérer quelques corrections à un auteur dont le manuscrit n’avait pas entièrement convaincu la Reine Zabo, ma sainte patronne (“.Trois fois rien, Malaussène, deman-dez-lui seulement de refaire son début, de dégraisser le corps du récit, d’envisager une autre fin, de féminiser les personnages féminins et de changer de ton surtout, trop d’à-plats dans son texte, c’est une écriture qu 'il nous faut, une écriture! Je veux entendre sa voix’’) lorsque l’auteur en question me répondit le plus courtoisement du monde: Je préférerais n’en rien faire.» Et vlan! Un autre conditionnel présent.Deux fois en moins de 48 heures, il y a de quoi saisir le bipède, surtout lorsqu’il s’agit de Ma- laussène, être plein d’urbanité.D’autant que, histoire de se remonter le moral, notre homme amorce la lecture de Bartleby, roman de?Herman Melville, le capitaine Achab des lettres américaines.11 lit et dès le début il tombe sur ceci: «J’aimerais mieux pas.» Là, dire que Malaussène est saisi n’est plus approprié.Car en vérité, notre Malaussène a les sangs tout retournés.Il les aura davantage lorsque lui et sa tribu vont tomber sur un corps abandonné.Le corps d’un étranger plongé dans le coma.D’un étranger qui crie toujours après avoir mangé: «Cristianos y Mo-ros.» Ça fait que Malaussène doit: trouver un papa au Petit, composer avec une avalanche de conditionnels présents, et identifier le monsieur qui parle.Des chrétiens et des Maures, c’est de l’hilarité garantie.L’autre Pennac, Monsieur Malaussène au théâtre, est tout aussi hilarant.Mais en plus poétique.Réalistiquement causant, ce Pennac, c’est du Queneau.Le Queneau de Les Ziaux davantage que le Queneau de Zazie dans le métro.Qu’on y songe.Page 61: «Mais, / il faut faire confiance au destin pour s’inviter sans y être convié./ Ça c’est passé un matin que j’étais sous la douche et que ta mère dépiautait son courrier./ J’ai coupé l’eau.Quand je suis retourné dans la chambre, il y régnait un brouillard de Tamise.» C’est tout comme ça: de la poésie sur 94 pages.C’est dit.Pour le contenu L’Abécédaire des vins, bières, cidres et spiritueux de Jean Aubry et Véronique Dhuit a plein de qualités et un défaut.Pour en finir avec lui, le défaut, on dira que la couverture du livre est moche.Peu invitante.On signale cela d’entrée afin que vous ne nourrissiez pas d’hésitations à son égard.Car, bien évidemment, c’est le contenu, surtout lorsqu’il s’agit de bouteille, qui compte.C’est bien fait.C’est plein de petits trucs.Plein de ces informations qui éviteront aux hédonistes de pester.Ce qu’il y a de bien avec Aubry, c’est son sens, son grand sens du rapport qualité/prix.Parce qu’entre nous, se payer du Romanée Conti, ça revient à attendre la semaine des quatre jeudis.C’est bon.C’est bien.C’est pratique.DES CHRÉTIENS ET DES MAURES M.MALAUSSÈNE AU THÉÂTRE Daniel Pennac NRF-Gallimard, Paris, 1996, 95 et 94 pages L’ABÉCÉDAIRE DES VINS, BIÈRES, CIDRES ET SPIRITUEUX Jean Aubry et Véronique Dhuit Les Éditions Logiques, Montréal, 1996,296 pages L’état du Québec QUEBEC 1997 Collectif, sous la direction de Roch Côté Éditions Fides-L?Devoir Montréal, 1996,458 pages JOCELYN COULON LE DEVOIR Pour une deuxième année consécutive l’annuaire Fides-Le Devoir présente son état du Québec, un ouvrage de référence unique qui s’adresse tant aux chercheurs qu’aux étudiants et à la population en général.Le livre brosse un tableau de la vie québécoise sous toutes ses facettes et présente un panorama complet, raconté, illustré et chiffré.Vingt-trois journalistes et collaborateurs du Devoir et quatre journalistes et universitaires ont contribué à la rédaction des 35 articles qui offrent une rétrospective des événements politiques et une analyse des grandes tendances sociales, démographiques et économiques.Cette édition 1997 présente un double intérêt.Premièrement, par rapport à celle de 1996, le contenu a été élargi dans le but de mieux cerner l’ensemble de la vie politique, sociale, culturelle et économique de l’année écoulée.Des papiers traitent du monde du spectacle, de la musique et de l’édition.Une place a été faite à l’activité sportive.A cela se greffe une étude particulière sur la pauvreté.Deuxièmement, de nombreux articles sont marqués du sceau des résultats du référendum qui ont ébranlé les Québécois comme les Canadiens.On ne peut faire l’économie de cet événement pour la simple et bonne raison que «la question nationale est au cœur de la vie québécoise» et rythme la vie de la population et de ses dirigeants, peut-on lire dans le texte intitulé Perspective de Tannée et qui sert d’introduction au livre.Les élites politiques, tant fédéralistes qu’indépendantistes, sont «en panne».Le Québec est entré dans une espèce de torpeur qu’il faut absolument «secouer» si nous ne voulons pas stagner, sinon régresser, conclut l’auteur.En attendant un hypothétique déblocage, les collaborateurs de cet ouvrage nous invitent à parcourir la province et à découvrir des visages inconnus de notre réalité quotidienne.Mentionnons les articles sur la pauvreté et la criminalité, deux thèmes dont les citoyens se préoccupent davantage que des affaires constitutionnelles.Dans le premier texte, l’auteur a réalisé une analyse poussée de l’état de la pauvreté ici.Il note «qu’il y a presque autant de pauvres en Ontario qu’au Québec», ce qui démolit un petit mythe qui avait pour effet de nous rapetisser par rapport à notre voisin.Cela djt, la pauvreté est bien présente et si l’État poursuit la remise en cause de ses programmes fiscaux, la pauvreté ne pourra qu’augmenter.Dans le deuxième papier, l’auteur nous offre une autre vision de l’évolution de la criminalité.Les conclusions et les chiffres sont étonnants et viennent contredire les propos de certains excités pour qui nos sociétés sont dévastées par le crime.Ainsi, depuis dix ans, le taux d’homicide est à la baisse et rejoint celui que le Québec connaissait à la fin des années 60.Plafonnent également les voies de fait et le vandalisme.Malgré tout, note l’auteur, le sentiment d’insécurité et la peur du crime augmentent.On lira aussi dans cet annuaire des textes sur l’éducation, Hydro-Québec, les relations de travail, les débats idéologiques, le théâtre et la télévision, sans oublier les 75 pages consacrées à Montréal et aux régions.Un conseil pour l’an prochain: un index serait très apprécié.LES PETITS BONHEURS La blessure de vivre LA PRISONNIERE Jean Rhys Christine Jordis, Stock Paris, 1996,264 pages Quand ils ont à traiter d’angoisse, les mauvais écrivains n’ont que ce mot à la bouche.Ils nomment par défaut de pouvoir évoquer.Ils choisissent de préférence des maux extrêmes que les médias exploitent déjà plus qu’il n’est raisonnable.Jean Rhys n’est pas des leurs.Née en 1890, Ella Gwendoline Rees Williams quitte sa Dominique natale pour un voyage en Angleterre.Elle ne rentrera pas ?dans son île des Antilles.Elle a 17 ans, elle est jolie, elle deviendra donc chorus girl dans une revue musicale de second ordre.Elle connaîtra les hôtels miteux et surtout elle aura froid.Elle déteste l’Angleterre qui lui paraît un lieu hostile, sale, dépourvu de toute chaleur.Lui manque le soleil de la Caraïbe, les immeubles lui semblent laids, ternes et les gens hostiles.Le reste de la biographie n’a rien de banal.Elle se mariera trois fois, deux de ses maris seront incarcérés pour raisons de malversations.Par manque d’argent, elle se met à écrire.La plupart de ses romans sont écrits entre 1929 et 1939 et rencontrent peu de succès.On la croit morte, lors-qu’en 1966 elle publie La Prisonnière des Sargasses.On reconnaît alors son importance, elle est reçue à la Royal Society of Literature.Comme le meilleur Tchékhov J’ai eu la chance de faire connaissance avec l’œuvre de Jean Rhys depuis 1969, date de la parution en français de Bonjour, minuit.Je découvrais une voix qui rappelait le meilleur Tchékhov avec comme caractéristique ce cri étouffé que ne peuvent laisser entendre que ceux dont le désespoir ne sera jamais assouvi.Vers 1975, en voyage de travail à Londres, j’avais interviewé V.S.Pritchett, romancier et personnalité littéraire.A la fin de Gilles Archambault Un sentiment de vide et de solitude l’entretien, je m’étais enquis de la possibilité de rencontrer Jean Rhys.Je savais qu’elle était octogénaire, qu’elle vivait retirée.Pritchett m’assura qu’il était inutile de tenter l’expérience.David Plante a connu notre auteur dans les dernières années de sa vie.On trouve dans Jean Rhys,,qui êtes-vous?de Christine Jordis (Editions de la Manufacture) ce qu’il raconte de l’enfer qu’ont été ses dernières années.N’ayant plus pour refuge que l’alcool, persuadée qu’elle n’avait dans sa vie atteint le bonheur que dans les livres.Les personnages féminins de Jean Rhys sont à des degrés divers des sosies de l’auteur.Elles sont des victimes passives, convaincues de l’inutilité de la révolte.Elles sont aux prises avec la solitude.Qu’elles vivent ou non isolées, elles sont persuadées de leur exclusion existentielle.Pas besoin d’être dans une chambre infestée de blattes pour aboutir à ce constat.AVEZ-VOUS LU?Anna braillé ène shot DE Georges Dor vous offre un cadeau BOUQUINS À l’achat de deux BOUQUINS Obtenez ratuit À choisir parmi les livres cadeaux proposes par votre LIBRAIRE Valable jusqu’à épuisement des stocks.Robert Laffont In rue est tout aussi menaçante.«Une rue comme un tunnel entre deux rangées de façades.» Car les gens ont des yeux cruels.«On parvient parfois à se dire: j’ai eu peur aujourd'hui, je le reconnais.J’ai eu peur des visages lisses et brillants, des visages de rats, de la façon dont ils riaient au cinéma.J'ai peur des ascenseurs, du regard des poupées.Mais cette peur-là [la peur de vivre], les mots manquent pour l’expliquer.On ne les a pas encore inventés.» Les romans de Jean Rhys se déroulent souvent dans le Paris des années 20.Iœs personnages, comme la romancière qui les crée, connaissent régulièrement l’humiliation.Ils sont du côté des faibles.Comme le rappelle Christine Jordis, «les camps sont définis: dans l’un, les faibles, faits pour être dévorés, dans l’autre, les forts, qui les dévorent.Chacun sa destinée».Rhys a connu l’inconfort d’être une femme entretenue petitement.L’un des hommes qui l’ont ainsi pourvue était l’écrivain anglais Ford Madox Ford qui préfaça la première édition de Rive Gauche.Les femmes de ses romans, à qui ce sort échoit, se résignent aisément.Leurs élans de révolte font long feu.Jean Rhys, il faut le dire, n’était pas aussi facilement résignée.Elle a toujours été difficile à vivre, volontiers querelleuse.On n’en finit pas de retracer des moments de sa vie où, poussée par l’exaspération, elle a éclaté.On l’a parfois menacée d’internement.L’alcool, dont elle a abusé jusqu’à la fin, la menait à des gestes ou- CHR1STINE 10RP1S IEAN RHYS très.Le plus singulier étant probablement ce jour où, dégoûtée par ses insuccès, elle balança sa machine à écrire par la fenêtre.L’intérêt de l’essai de Christine Jordis provient de ce qu’elle n’insiste pas indûment sur les misères d’une vie.Elle ne les relate que dans la mesure où elles éclairent l’œuvre.Elle voit dans l’œuvre de la romancière une longue confession tout entière rassemblée autour d’un sentiment dé vide et de solitude.Elle fait de fréquents rappels de l’œuvre de Samuel Beckett et montre à quel point les deux œuvres peuvent être parfois rapprochées.Je recommande fortement ce livre qui peut servir d’introduction remarquable aux livres d’un auteur qui dans sa correspondance se décrit comme «une personne pleine d’espoir» mais dont les écrits traduisent superbement l’étonnement et la blessure que l’on peut ressentir de vivre.«Jamais je ne ferai partie de quoi que ce soit.Jamais je n’appartiendrai à quoi que ce soit, je le sais et toute ma vie se passe ainsi, à essayer d'appartenir, à essayer en vain.Il y a toujours quelque chose qui tourne mal.Je suis une étrangère.Je le serai toute ma vie.» Bon nombre des romans de Jean Rhys sont disponibles en poche dans Folio.Il faut lire cet écrivain rare à qui David Plante disait: «Vous avez eu un petit nombre d’expériences très intenses, chacune séparée par un grand vide blanc et par le silence.» L’écriture de Jean Rhys a ces mêmes caractéristiques, pleine d’ellipses, de silences et de désespérances murmurées.In vie est trop tragique pour qu’on la vitupère à hauts cris.Peut-être.ANDRE PATRY REGARDS SUR ANDRÉ MALRAUX Malraux par le Québécois qui Va le mieux connu.80 pages 13,95 $ Comeau & Nadeau Diffusion Prologue NOUVEAUTES ÉDITIONS TROIS Louise Fournier Les départs souverains Maryse Choinière Histoires de regards à lire les yeux fermés nouvelles et photographies 19,95$ 4 France Mongeau La danse de Julia Isabelle Miron Passée sous silence Linda Bonin Mezza-Voce I) 10 I, E I) E V O I R , I.E S S A M E I) I 2 :t E T I) I M A N ('.Il E 2 1 NO V E M IS K E I !» !» (I ARTS VISU E L S Jeux de surfaces Deux expositions aux antipodes l’une de l’autre SOUS LA SURFACE , Daniel Canogar Axe NÉO-7,205, rue Montcalm, Hull Jusqu’au 8 décembre BERNARD LAMARCHE artiste espagnol Daniel Canogar, 1 qu’on a pu voir l’an dernier à Montréal, à la Maison de la culture Frontenac, dans une exposition intitulée Configuration changeante, termine au début du moi^, prochain une tournée de résidences et d’expositions dans trois centres d’artiste de la province.Une tournée en région organisée soqs l’initiative du centre d’artiste Axe NEO-7 de Hull, qui s’est arrêtée aux centres Séquence de Chicoutimi (du 16 octobre au 17 novembre derniers) et L’Espace f de Matane (du 6 octobre au 3 novembre).Le volet hul-lois de l’événement se termine le 8 décembre.Reprenant une certaine «manière» dans laquelle on peut reconnaître l’artiste — on hésite à parler de style —, dans les trois cas, des oeuvres spécifiques ont été produites.Jouant avec l’espace, s’ajustant aux caractéristiques des lieux qu’il investit, l’artiste produit des oeuvres qui, par définition, diffèrent selon ce que ces lieux ont à offrir.C’est à Hull qu’on a pu capter les installations de Canogar.Le matériau principal de l’artiste, outre l’architecture des espaces qu’il habite, est sans contredit la lumière.Une lumière projetée, qui tient davantage du spectacle.Cette nuance est importante, car avec ce type d’équation entre espace et lumière, on est plus porté à penser aux œuvres de Dan Flavin., à ses sculptures de néon, ou encore à certaines œuvres de Bruce Nauman, qui travaillent davantage l’idée d’un environnement lumineux, déstabilisant les sens du spectateur.Non, on pense plutôt à rapprocher la production de Canogar des œuvres de Krzysztof Wodiczko.Ce dernier projette sur des édifices des parties de corps, souvent des mains, des yeux, bref, certains des sites de l’individualité, qui «anthropomorphisent» ces bâtiments selon un programme de critique sociale, absent toutefois chez Canogar.L’artiste espagnol projette en effet sur les murs de la galerie tantôt des fragments de corps, tantôt des corps entiers.Leur lumière très blanche tranche radicalement dans la pénombre des salles.Contrairement à Wodiczko qui transforme les façades sur lesquelles il projette, Canogar fait se plier les images du corps aux murs et plafonds des salles.Dans une station désaffectée du métro de Madrid, Canogar avait projeté dans le tunnel sombre de long bras qui semblaient embrasser l’espace, les mains tournées l’une vers l’autre.Pour d’autres œuvres, des plaques de verre en saillie sur le mur, sur lesquelles il avait transféré des images très blanches du corps, sont traversées par les rayons d’un projecteur halogène, camouflé dans des boîtes noires.Les projections jouent comme des ombres portées.Canogar, en plus de faire référence à un des modèles prototypiques de la photographie, la camera obscura, utilise un vieux truc de peinture, un des monstres issus de la pratique de la perspective, à savoir l’anamorphose.De véritables fantômes traversent l’espace, la distorsion de l’image provoque un sentiment d’étrangeté face au corps.Ces anciens modèles de visualité sont réactivés pour que l’œuvre dépasse la froideur technologique des machines/supports de l’apparition du corps.Ils le font basculer dans une zone où les affects du spectateur sont interpellés, un peu comme si l’œuvre cherchait à se faufiler vers ce qu’on nomme, puérilement, l’âme.L’œuvre à Axe NÉO-7 Pour le travail en galerie à Hull, la boîte noire a disparu, mais la source lumineuse demeure.Ici, Canogar a intégré aux murs mêmes de la galerie son dispositif de projection.Il a com- Elitre la surface et l’espace, de Daniel Canogar.FRANÇOIS DUFRESNE blé l’espace en y ajoutant des rondeurs qui déplacent sa géométrie intrinsèque.Cette sorte de condensation entre la colonne et le mur multiplie les plis et encoignures de la salle.Les projections sont orientées de telle sorte que les corps semblent sortir du mur, des coins, comme s’ils voulaient s’en échapper.La projection fonctionne comme un cinéma statique qui transforme tout l’espace en écran, d’où son effet percutant.Une des pièces projette d’un renflement horizontal du mur la silhouette d’un corps dont on croirait qu’il subit la pression de ce rouleau oppressant.L’anamorphose continue d’étirer les ri LE MUSEE Cmn Icy-Ynf ptÙMWt WiStfU.La Dépendance jusqu’au 15 décembre 1996.Lnchine ?MIS La première banlieue MUSÉE DE LA VILLE DE LACHINE 110 Chemin Lasalle, Lachine, Qué.H8S 2X1 Tél.: 634-3471 (poste 346) Fax:368-2147 du mercredi au dimanche de 11h30 à 16h30 Avec le concours du ministère de la Culture et des Communications du Québec J, Hil Ainsworth Artiste internationale AMÉNAGEMENTS PAYSAGERS Vernissage mercredi 27 novembre de 17h à 20h du 27 novembre au 12 décembre GALERIE FALKENHEIM 2285, Ekers Outremont 514-739-6654 Du mercredi au samedi, de 12h à 18h £664 7 623 _______________ M GALERIE LINDNNERGE Denise MoRissET Vernissage le 24 novembre jusqu'au 13 décembre 1049, AV.DES ERABLES QUÉBEC (QUÉBEC) GIR 2N1 (418) 525-8393 corps.La lumière blanche rend livides ces apparences d’être.On pourrait penser que de donner une fonction presque narrative aux corps projetés, cette action de s’extirper des entrailles de l’espace, rend les œuvres plus littérales.On n’aurait pas tort L’écran architectural reprend ainsi de ses fonctions plus conventionnelles.Les replis travaillés comme des ouvertures entre deux surfaces forcent les déplacements du spectateur, inconfortable à saisir l’ensemble du dispositif, déplacements qui correspondent aux mouvements virtuels des fantômes.Ce qu’on perd cependant c’est la capacité du mur à jouer comme une peau, à l'apogée de l’allongement du corps, où la lumière ne fait que lécher la surface en dévoilant sa texture poreuse.L’envoûtement des formes spectrales demeure toutefois, bien qu’un peu altéré par cette mise en récit ŒUVRES IMPORTANTES MAÎTRES QUÉBÉCOIS Borduas.Comtois.Cosgrove, Dallaire, Daudelin.'Ferron.Gagnon.Lemieux.Letendre.McEwe^j.Morrice.Pellan, RlOPELLE.ROBERTS, TOUPIN.VAILLANCOURT DU 2 AU 23 NOVEMBRE WADDINGTON & GORCE 1446, rue Sherbrooke Ouest Montréal H3G 1K4 Tél.: 847-1112 Fax:847-1113 Du mercredi au samedi de 10 h à 17 h LA COLLE CJIOÏÏ PROFIL, 1957 - 1996 40 années de gravure Dernière journée GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Montréal H2T 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au samedi de 10 h 00 à 17 h 30 1 FONDATION DEROUIN D'ŒUVRES D'ART DU MUSEE DU QUEBEC Les artistes et artisans professionnels qui résident au Québec depuis plus d’un an sont invités à soumettre leurs œuvres au comité d’acquisition de la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée du Québec.La collection a pour but premier de s’intéresser à la relève, c’est-à-dire à la jeune création.Les œuvres présentées doivent appartenir aux disciplines des arts visuels: peinture, sculpture, estampe, design, photographie, dessin, arts décoratifs et techniques mixtes.Les œuvres choisies sont exposées dans les édifices gouvernementaux du Québec.Les créateurs peuvent se procurer le formulaire d’inscription auprès des institutions suivantes: • Au Musée du Québec (à Québec): • dans les Maisons de la culture (à Montréal); • aux bureaux des regroupements d’artistes: • dans les directions régionales du ministère de la Culture et des Communications.Pour tout renseignement: Collection Prêt d’œuvres d’art Musée du Québec Parc des Champs-de-Bataille Québec (Québec) GIR 5H3 Tél.: (418) 644-1802 La période d’inscription se termine le vendredi 17 janvier 1997 à 17 h.La forme masculine utilisée occasionnellement pour plus de commodité dans ce texte désigne tant tes femmes que les hommes.MUSÉE DU QUÉBEC 2m 3 ¦! Mm.5mi 6mh, imc am 9* CAMPAGNE DE FINANCEMENT DE LA FONDATION DEROIJIN La Fondation Derouin, organisme à but non lucratif, est administrée par un conseil composé de cinq membres qui s'est donné comme mandat d'organiser des rencontres culturelles avec des intervenants de diverses disciplines et des artistes issus des trois Amériques.Le succès d'intégration aux lieux 1996 nous encourage à poursuivre nos activités.Si vous souhaitez soutenir financièrement Intégration aux lieux 1997.vous le pouvez en acquérant une sculpture tirée du projet Migrations, de René Derouin, et coulée par l'Atelier du bronze d'Invemess.FONDATION DEROUIN 1303, Montée Gagnon, Val-David, Qc., JOT 2N0 • Renseignements: Montréal: téléphone (514) 524-6937 télécopieur (514) 524-3020 Val-David: téléphone el télécopieur (819) 322-7167 Le Musé du Quét • du ; ministère Culture et des Communications EKPOSITIOn 30 novembre ¦ 31 décembre flVflflT-PREniIÈRE les 28 8 29 notemltre SCULPTURE HIT Guilde canadienne des métiers d'art Québec 2025.Peel, monireal H3fl 1T6 fl If Tel - (514) 849 609! Fax: (514) 849 7351 KiauiaH flshoona Cape Corset LUXURE ŒUVRES RÉCENTES Sylvie Croteau Espace 507,460, Ste-Catherine ouest Jusqu’au 30 novembre Le nom de Sylvie Croteau a surtout été cité, au milieu des années quatre-vingt, autour des Foufounes électriques et des beaux jours de la peinture en direct.Après des passages par la sculpture et certaines installations, elle revient à la peinture, bien que, comme elle le dit elle-même, elle ne délaisse pas ces autres formes d’art pour autant.Elle présente des œuvres bi-dimensionnelles, avec une palette de couleurs réduite, sur des supports de bois dont les grains viennent ajouter aux textures peintes.Des couleurs chaudes, terreuses, viennent appuyer une iconographie légèrement érotique, qu’un traitement vaporeux vient connoter davantage.La technique utilisée par la peintre possède quelques traits singuliers qui demandent de s’y arrêter.C’est que Croteau, à l’encontre des pratiques traditionnelles, qui réservent pour la dernière étape l’application de la couleur, débute la réalisation de ses panneaux en badigeonnant la surface à peindre d’une couche uniforme de couleur, ici le terre de sienne, pour ensuite y aller en retrait.Elle essuie la couleur, retourne à la surface intacte.Ainsi, le fond et les formes se confondent et relèvent d’un jeu de textures intéressant.Ce qui reste sont des lavis, des frottements, des plages indéfinies, qui se conjuguent pour donner lieu à l’iconographie.Le résultat ressemble à plusieurs égards à certaines des textures de surface qu’on peut obtenir avec la photographie.Pourtant, elle affirme qu’aucun report photographique n’a été effectué, qu’il s’agit bel et bien d’une peinture pure.Les quelques couches de vernis qu’elle applique une fois le tout achevé ajoutent, en unifiant la surface, à cette ambiguïté insaisissable.Les blancs du fond, qui constituent la couche de préparation, ressortent, mais le tout se complexifie par la douce teinte jaune du vernis qui arrive à donner l’impression de nuances beaucoup plus fines dans les jeux de clairs obscurs obtenus dans ces camaïeux.Essentiellement constituée de corps d’hommes et de femmes enlacés dans des étreintes amoureuses, il appert que parfois la figuration n’arrive pas à la hauteur des moyens pris pour la réaliser.Pour certaines œuvres, le spectateur est appelé à compléter les manques de l’image, ce qui laisse place à ses propres fantasmes.D’autres oeuvres, loin d’être choquantes — ce n’est pas du tout ce dont il s’agit —, offrent peut-être trop.L’érotisme est donné, sans réserves.Le jeu érotisant entre ce qui est offert au regard et ce qui lui résisté n’est pas exploité dans toutes les œuvres.C’est ce qui distingue, dans cette exposition, les œuvres plus accrocheuses de celles qui attirent moins longtemps l’attention.Alors que la technique singulière que Croteau utilise retient habilement les se-; crets de la genèse du tableau, ralentissant ainsi sa «consommation», l’imagerie qu’elle propose ne fonc-' donne pas de cette façon.Le «trop donné» l’emporte parfois, et à ce moment, le regard se lasse plus rapidement.Erratum La lecture du texte sur Le Cirque de Riopelle, la semaine dernière, aura peut-être laissé entendre que les œuvres produites le sont directement de la main du maître.Bien qu’il était mentionné qu’une équipe complète d’artisans était à la base de la réalisation des images également, l’expression «gravures originales» n’aurait pas dû être utilisée puisqu’il existe un terme technique pour désigner ce type de réalisation.Il aurait fallu lire «estampes d’interprétation».D’un point de vue éthique, la nuance est importante.Elle modifie légèrement l'attribution des œuvres, laissant entendre que l’artiste a dirigé les travaux sans les réaliser lui-même.Remerciements à Yseult Riopelle qui nous a fourni l’information.Elle est à élaborer le catalogue raisonné des estampes de Riopelle, et précise que ses dernières œuvres «originales» remontent à 1992.Désolé pour le malentendu.SYLVIE CROTEAU Luxure, de Sylvie Croteau.Joe FAFARD, a r c., o.c.Sculptures Jusqu’au 14 décembre GALERIE DOMINION 1438, rue Sherbrooke Ouest 845-78337 845-7471 Du mardi au samedi'dé IOh à I7h Sylvie Croteau ŒUVRES RÉCENTES L’exposition se poursuit jusqu’au 30 novembre.STUDIO GORA 460, rue Sainte-Catherine, Ouest, suite 507 Tél.: (514) 879-9694 Du mercredi au dimanche de 13 h à 19 h (métro McGill).CIIYOÎS JOSEE DUBEAU ET SON INVITÉ luan Geuer Vernissage aujourd'hui le samedi 23 novembre de 15 h 00 à 18 h 00 JUSQU'AU 21 DECEMBRE 1996 372, rue Sainte-Catherine ouest # 444 Tél.; 393-8248 du mercredi au samedi de 12h00 à 17h30 Le Centre d'exposition Circe remercie le Conseil des Arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal.I I.K I) K V 0 I It .I.V.S S A M E I) I 2 A K T I) I M A X (' Il K 2 I X Il IM I ARTS VISUELS Le corps mis à nu A Ottawa, quatre expositions sont consacrées au corps et à sa représentation n'a pas d'âge J: 1 ’ Centre de créativité des salles du Gesù Événement ART SACRÉ • EXPOSITION Chemin de croix de Médard Bourgault Nous présentons également: Un nouveau chemin de croix - collectif de 14 artistes et Mandala - Marie Aloir Jusqu’au 5 janvier 1997 du mercredi au samedi, de 12h à 18h 1200, rue De Bleury (métro Place-des-Arts) Rens.: (514) 861-4378 L’INGÉNIEUSE MACHINE HUMAINE Quatre siècles d’art et d’anatomie LE CÉLIBATAIRE MIS À NU Le Nu masculin dans les dessins et estampes Le Nu masculin en photographie Jusqu’au 5 janvier 1997 CORPS ÉTRANGERS Jusqu’au 30 mars 1997 Musée des beaux-arts du Canada 380, promenade Sussex Ottawa BERNARD LAMARCHE Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’au Musée des beaux-arts du Canada, le corps et sa représentation sont à l’honneur.Quatre expositions s’y arrêtent, toutes avec un propos différent, voire divergeant.Deux sont exclusivement consacrées à la représentation du corps masculin dénudé.Une de ces expositions traite de la représentation du corps en tant que lieu d’investigation scientifique, selon une perspective historique, la dernière vise à rendre divers états de l’utilisation du corps en art contemporain, l’idée d’un corps livré à diverses tensions identitaires, raciales et psychologiques.Dans l’ensemble, ces quatre volets dressent une imposante historiographie du corps.Us retroussent certains lieux communs qui lui sont rattachés, en confirment d’autres maladroitement et offrent des pistes de lecture parfois surprenantes.Ils proposent une série de problématiques fort captivantes en plus d’inviter le spectateur à la contemplation d’œuvres rarissimes.Un parcours en quatre temps, dont on aurait espéré que sa compar- timentation soit moins rigide, plus malléable.Des croisements entre chacun de ces segments auraient été souhaités, qui auraient fait «parler» encore plus ouvertement les œuvres sur les dossiers que les conservateurs voulaient soulever.Une mise en relation entre les quatre expositions aurait jeté des ponts thématiques très éclairants pour ce qui est de la compréhension des enjeux propres à la représentation du corps, mais on a préféré en asseoir l’organisation sur des balises précises.Il va sans dire que ces expositions assurent leur réussite par une abondance d’œuvres, mais aussi par la variété des sujets abordés, dont on vous dresse ici un trop bref aperçu.L’anatomie, l’écorché La première exposition, aussi la plus ambitieuse et la mieux réussie, rassemble près de cent trente œuvres sur papier, autour du mariage entre la science et l’art.Plus spécifiquement, on voit à l’œuvre l’émergence de la science occupée à dresser une cartographie intérieure du corps, au moment où les artistes établissent les conventions de la représentation du corps.Cette relation est tracée en quatorze sections qui reprennent sensiblement la répartition des chapitres de l’histoire de l’art, avec une rigueur qui sert bien le propos.Les conservateurs relèvent de belle façon le défi de sortir des canons historiques afin de produire une archéologie serrée de l’anatomie et des formes auxquelles sa mise en image a pu donner lieu.Par ailleurs, on a réussi à obtenir des planches anatomiques des grands noms de l’histoire, par exemple Raphaël ou Léonard de Vinci, aussi un Dürer (Adam et Ève, de 1504); en même temps que des œuvres de maîtres obscurs, tout comme des curiosités intriguantes et magnifiques.SOURCE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA Les douches, 1931, de Boris Ignatovich.SOURCE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA ments éclairent les œuvres entre elles d’une autre signification, au delà d’une compartimentation par médium parfois un peu stérile.Le célibataire mis à nu Les deux dernières expositions, qui pourtant contiennent aussi des œuvres remarquables, n’arrivent pas pour autant à s’élever au niveau des projets qu’elles prétendent développer.De la défamiliarisation du corps proposée dans les salles d’art contemporain, on passe à un corpus d'œuvres qui ont toutes à voir avec la représentation du nu masculin.Cependant, elles le montrent dans des rôles tout ce qu’il y a de plus traditionnels.L’exposition cherche à inverser la polarité qui fait du corps féminin l’objet de tous les regards, en lui substituant le corps masculin.Ce raccourci ne produit pas l’effet escompté.D’accord, le nu masculin est repris selon une pers- pective historique qui offre un aperçu des prétextes propices à sa présence — les académies, le dessin d’après modèle, l’étude de la musculature, la virtuosité des dessinateurs, etc.Mais la question de la sexualité, telle que soulignée dans le titre de l’exposition par un clin d’œil malheureusement accessoire à l’œuvre de Duchamp, La Mariée mise à nu par ces célibataires, même, est refoulée complètement par ces considérations techniques ou narratives.f C’est le titre de l’exposition qui est pris en défaut.L’écart est important entre ce qu’il annonce et ce que le parcours — des œuvres de Carracci, de Durer, Rembrandt, Cézanne, Chagall, Géricault et d’autres — travaille.Jamais la nudité est examinée pour elle-même, sauf, c’est ce que défendent les conservateurs, au moment où les artistes s’émancipent de toute part et peuvent sortir le nu de ses fonctions narratives, comme dans Peter de David Hockney.Sauf qu’à regarder ce dessin par Hockney de son «amant masculin», supposé «plus direct», faut-il en conclure que le contexte enrobant les autres nus suffirait à le rendre indirect?Ou qu’on ne veut tout simplement pas en reconnaître la charge érotique?Pas évident.L’exposition de photographies de nus pose plus directement la question de l’homo-érotisme dans la représentation.Rien n’aurait empêché toutefois de rapprocher avec les dernières ces œuvres de Muybridge, Weston, Evergon, Ignatovich pour mieux en montrer les ressemblances dans la mise en scène du corps.Par ailleurs, toutes ces œuvres ont quelque chose en commun avec la grande toile de Richard Lukacs (1987), une des œuvres acquises par le musée qui ouvre Coips étrangers.Cette dernière pose activement la question de l’homosexualité associée au travail en mimant des compositions de tableaux illustres.Un simple décloisonnement aurait favorisé entre les œuvres l’émergence de propos plus incisifs.Cette programmation très cohérente de la part du Musée laisse heureusement place à ces errements du regard, à son passage oblique, moins respectueux des catégories closes.Autoportrait avec nu féminin, vers 1917, d’Egon Schiele.Par exemple, une gravure de Gérard de Lairesse, de 1685, un Corps de femme disséqué vu de dos, dont l’étrange fluidité baroque, où la musculature s’anime selon un superbe éventail de lignes, en fait un des attraits de l’exposition, aux côtés des gravures de Rubens, d’une camera obscura, de gravures illustrant les spectacles qu’étaient les dissections publiques au 17e siècle, ou encore des études sur l’emplacement du fœtus dans le ventre de la mère.Corps étrangers Cet examen imagé des intérieurs du corps est mis en relation avec la constitution des connaissances sur le corps depuis les débuts de la science dite moderne.D’une certaine façon, c’est l’identité organique du corps qu’on est en train d’élaborer.Incidemment, il serait fort à propos de rapprocher certaines œuvres de cette exposition avec celles de l’accrochage des œuvres en art contemporain que la conservatrice Diana Nemiroff a mis sur pied.Ce volet a pour but de mettre en relation des œuvres qui font référence au corps comme à un laboratoire de la formation de la subjectivité.C’est le corps démantelé et attaqué qui y est montré, le corps contesté comme entité homogène.D’une identité biologique, on passe à une identité «sociale, sexuelle, économique et politique» du corps.On a réuni des œuvres d’Acconci, Otto Dix, Martha Flemming et Lyne Lapointe, Jenny Holtzer, une salle complète pour Nicole Jolicœur, Shelagh Keeley, Stephen Schofield, Picasso (!), une œuvre monumentale de Nancy Spero, La Femme torturée, de 1976, une des somptueuses têtes décapitées de Witkin et bien d’autres, 50 au total.Ce volet contient de petits bijoux d’accrochage, par exemple ce rapprochement du corps ficelé de l’œuvre de Geneviève Cadieux, Trou de mémoire, la beauté inattendue, de 1988, représentant à une échelle gigantesque une cicatrice prête à nous engloutir, et celui de General Idea, de 1971, Evidence of Body Binding, une série de photographies d’un corps masculin saucissonné, renversant ironiquement la violence fétichiste faite souvent au corps féminin.L’œuvre de Jana Sterbak, Golem: Objects as sensation (1982), des organes sculptés déposés au sol, poursuit certaines des visées de l’exposition précédente, de même que les images de la morgue d’Andres Serrano.Ces dernières s’apparentent avec les eaux-fortes de John Bell où le cadavre apparaît dans sa «terrifiante immédiateté», sur lesquelles on avait quitté L’ingénieuse Machine humaine.De tels recoupe- • Le Musée du Québec cherche à bien distinguer sa collection permanente consacrée aux artistes de grande réputation et sa Collection Prêt d’œuvres d’art centrée sur la jeune création.Les artistes sont d'accord ! • Mais le Musée introduit un critère d'âge discriminatoire pour juger des dossiers soumis ?u comité d'acquisition : passé la trentaine, il sera trop tard ! Les artistes ne sont plus d'accord ! • Le R A AV est contre toute préférence fondée sur l'âge, règle arbitraire qui crée de faux ( repères, divise les artistes et ne constitue en rien un critère de mérite dans le domaine de la création.A Parce que des artistes de tous âges peuvent faire partie de la relève! Parce que le Musée avait formellement accepté, à la demande du RAAV, que le concours de la Collection Prêt d'œuvres d'art soit ouvert à tous les artistes professionnels ! Le RAAV invite tous les artistes du Québec à soumettre un dossier au concours de la Collection Prêt d'œuvres d'art Posons un geste de solidarité Le RAAV demande aux artistes de ne pas mentionner leur date de naissance dans leur proposition Regroupement des artistes en arts visuels du Québec es • ^ OU UES FETES DU MONDE Événement pour la famille au Marché Bonsecours du 24 novembre au 6 janvier du mercredi au dimanche de 11 h 00 à 18h 00 Expositions Fil d'Ariane, chevaux de bois, arbres de Noël., icônes et dessins d'enfants Entréè gratuite Activités d'animation À compter du 7 décembre Danses et chants du monde, théâtre, jeux et dégustations Marché Bonsecours 350, rue Saint-Paul Est, Vieux-Montréal Programmation: (514) 872-5371 CHAMP-DE-MARS En collaboration avec : LE DEVOIR I D 12 I, li I) U V 0 I IV .I, K S S A M E I) I 2 A E T I) I M A N C II E 2 4 N 0 V E M B R E I I) I) (I le : AU TABLEAU D'HONNEUR Catégorie.architecture institutionnelle PRIX D'EXCELLENCE EXÆQUO • Pavillon de design de l'UQAM, Dan S.Hanganu, architectes, pour l'UQAM (1) • Centre sportif et communautaire Jean-Claude Malépart, Rubin et Rotman ass./ Saïa et Barbarese, architectes, pour la Ville de Montréal (2) , MENTIONS D'EXCELLENCE • Théâtre de la Dame de cœur à Upton, Pierre Thibault, architecte, pour la corporation Chapeau • Parc de l'Aventure basque en Amérique, Cormier, Cohen, Davies, architectes, pour le Centre international de loisirs culturels de Trois-Pistoles PRIX D'EXCELLENCE • Halte d'interprétation, Centrale Laforge 2, Nouveau-Québec, LeMoyne, Lapointe, Magne, architectes et urbanistes, pour la Société d'énergie de la Baie-James (3a et 3b) MENTIONS D'EXCELLENCE • Station d'épuration des eaux de Terrebonne, Birtz, Bastien, architectes, pour la Ville de Terrebonne • Siège social des industries Schlumberger, Lemay et ass., pour les Industries Schlumberger Catégorie conservation.architecturale PRIX D'EXCELLENCE • Réaménagement et agrandissement de l'aile Saint-Vincent, Maison de la Providence, Les architectes Boutros et Pratte, pour la congrégation des sœurs de la Providence.(4) MENTIONS D'EXCELLENCE • Rénovation de la Bibliothèque centrale, Service des immeubles / Suzy Ouellet, architecte, pour la Ville de Montréal • Réaménagement de l'Abbaye cistercienne Notre-Dame-du-Lac à Oka, Christian Dionne, architecte, pour l'Abbaye Catégorie architecture résidenlfelkr unifamiliale PRIX D'EXCELLENCE • Petite maison de ville rue de Lanaudière, Casault, Delisle, architectes, pour Lison Bédard et Pierre Delisle (5) MENTION D'EXCELLENCE • Appartement au 2, Westmount Square, Wolff, Shapiro, Kuskowski, architectes, pour William Alexander Catégorie architecture résidentielle-ensemble d'habitations MENTION D'EXCELLENCE • Les habitations Saint-Ambroise, Pearl, Poddubiuk, architectes Catégorie architecture commerdale MENTIONS D'EXCELLENCE • Centre Molson, Lemay et ass./ LeMoyne, Lapointe, Magne, architectes et urbanistes, pour le Club de hockey Le Canadien inc.• Le 1801, boul.de Maisonneuve Ouest, LeMoyne, Lapointe, Magne, architectes, pour la Corporation Première Québec- Solim Les Prix d’excellence QJ en SOPHIE GIRONNAY En cette ère de morose médiocrité où les professions, histoire de se réconforter, se délivrent, entre collègues, les récompenses à la tonne et s’autocongratulent avec complaisance, les Prix d’excellence en architecture du Québec veulent-ils encore dire quelque chose?Pour l’instant, oui! Mais jusqu’à quand?Car une menace plane.Parrainés par l’Ordre des architectes (OAQ), les prix ont été conçus, au départ, pour susci-0 # ter l’émulation et donner envie au public de se passionner pour cet art majeur que peut devenir l’architecture, dans ses réussites les plus éclatantes.Avec un jury indépendant de cinq membres soigneusement calibré, un président venu de l’étranger et un processus de sélection bien rodé, on a misé sur le prestige pour faire en sorte que l'architecture rayonne dans la société.L’idée était d’accrocher tous les petits wagons de la profession, ses tâcherons honnêtes, à ses plus talentueuses locomotives, afin de lancer le train au complet en direction de la qualité.Mais cette approche «élitiste» est régulièrement re- _______ mise en question._ .Cette année (indépendamment du mérite des projets gagnants, qui ne sont pas en cause ici, je le pre- _____J cise), on a pu croire à certains signes — tels la soirée de remise, d’une quétainerie consommée, et la sup- pression des activités orientées vers le public — qu’une approche plus corporatiste de l’événement gagnait du terrain.Une approche qui aimerait voir chaque professionnel rapporter chez lui son hochet, au terme d’un party de bureau annuel, semblable en tous points à ceux des experts comptables, des dentistes.ou U des constructeurs.A la direction de l’Ordre, Claude Letarte se fait rassurant et promet «qu’on ne veut pas changer le processus de sélection, pour le moment», mais ajoute qu’on cherche des moyens pour «valoriser les archill » tectes débutants, pour souligner la dimension écologique de certains projets, pour récompenser les H J prouesses non plus de conception mais de gestion».t .Ce qui fait la beauté de ce métier est d’être à la fois un service et un art d’expression.Le défi est de réussir, à travers et avec les contraintes techniques, à insuffler au bâtiment un supplément d’âme.Récompenser la qualité du service — respect des échéances et des budgets — en la dissociant de l’effort de conception équivaudrait, à mon avis, à créer un prix pour les comédiens qui connaissent leur texte par cœur, pour les journalistes qui respectent les heures de tombée.Absurde.Absurde et dangereux, alors que la qualité de notre cadre qu’ossa donne ( bâti aurait tant besoin d’une injection de vitamines en mégadoses.Le débat qui couve depuis des années autour des Prix d’excellence est intéressant en cela qu’il révèle une opposition de fond dans la manière qu’ont les architectes de concevoir l’architecture même.Architecte fournisseur de service contre architecte créateur (ou professionnel fiable et sérieux contre artiste flyé): chacune de ces deux images a ses défenseurs.Mais au quotidien, elles se battent en duel, bien souvent, dans le cœur du même individu.Et quand elles se réconcilient, c’est le public, nous tous, qui sommes les gagnants.Renée Daoust, chargée de projet pour le stade de tennis, mention 1996: «C’est bien qu'il y ait une tribune où les architectes se rencontrent et se tiennent au courant du travail de leurs collègues.Si ce sont un peu toujours les mêmes qui gagnent des prix, moi je pense que c’est mérité: ils sont meilleurs, simplement! Par contre, les catégories devraient être réaménagées pour refléter plus fidèlement la pratique réelle de notre profession.La tendance est aux fast-track, aux projets clés en main.Mener à bien un projet énorme comme le Centre Molson demande des qualités autres que celles requises par un petit projet culturel.Ce serait bien d’en tenir compte.» • Centre de tennis du pare Jarry, Dupuis, Dubuc / Gauthier, Guité, Daoust / Provencher, Roy, architectes, pour Tennis Canada Catégorie design urbain MENTION D'EXCELLENCE • Aménagement du site et implantation du Casino de Hull, Gauthier, Guité, Daoust architectes / Le Groupe Lestage, design urbain / Les architectes Bernard et Cloutier / Pierre Cayer, architecte, pour la Société des casinos du Québec inc.K Paul-André Tétrault, récompensé cette année pour sa contribution à la profession, dirige l’un de ces gros bureaux montréalais, Tétrault, Parent, Languedoc, qui construisent en masse mais ne reçoivent presque jamais de prix: «Chez nous, on se méfie un peu des jurys, on pense que les dossiers sont vite écartés quand ils viennent d'une firme comme la nôtre, très jalousée, dont on dit qu’elle ramasse tous les contrats (c’est faux, d’ailleurs).Et puis, il y a des effets de mode.Cette année, c’était le métal.L’idéal, irréalisable malheureusement, serait que les membres du jury se promènent dans le Québec et fassent leurs propres choix plutôt que de se baser sur la centaine de dossiers que les architectes ont envoyés.Ça donnerait un jugement plus représentatif de la vraie production de l’année.» Frédéric Carrier, de Trames à Rouyn, finaliste aux prix pancanadiens du Gouverneur général pour l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, n’a rien reçu aux Prix du Québec: «Au fond, recevoir un prix, en région éloignée, ça n’a pas d’impact sur la clientèle, et ça peut même nuire.Pour faire rouler mon bureau et pour être sûr de ne mettre personne à pied, j’ai un besoin vital de contrats pain-beurre.Or, dam le contexte actuel où "esthétique” est associé à “chèreté” dans l’esprit des gens, la réaction des clients est de se méfier, fis me disent: “Attention, on n’est pas à l’UQAT, ici, on n’a pas cet argent-là!”Dans certains créneaux qu'on veut infiltrer, comme l’industriel, c’est déjà dangereux de se présenter comme un architecte, alors d’être perçu comme un créateur, un poète, il ne manquerait plus que ça! Bref, si les Prix d’excellence veulent aider la cause de la dimension qualitative en architecture, il faut trouver un moyen d’en faire la diffusion qui touche réellement le public et qui éduque les donneurs d'ouvrage.En attendant, moi, pour survivre, je peux faire de la qualité.mais en catimini.» Qu’en pensent les architectes ( Anne Cormier, lauréate du dernier Grand Prix d’excellence à avoir été décerné, en 1994, pour le centre d’interprétation de Pabos et mention 1996: «Les Prix d’excellence sont très importants parce que c’est le seul endroit, dans l’exercice de notre profession, où la qualité est mise de l’avant et valorisée, quand ailleurs on ne parle que de valeurs comptables.Ça fait du bien de voir reconnus les efforts qu’on met sur la conception (des efforts que personne ne nous demande, pour lesquels on n’est pas payés).Dire que ça nous vaut plus de contrats ensuite.ça, j’en doute.» Raouf Boutros, Prix d’excellence 1996: «Il est essentiel, dans une société, que le bon travail soit reconnu.Mais on devrait donner des prix en plus petit nombre et les espacer aux deux ans.L’impact dans le public serait bien plus fort, et l’argent ainsi économisé par l’OAQ pourrait être consacré à la diffusion.Même si 5 % seulement du public est touché, c’est un 5 % qui en vaut la peine.» Pierre Delisle, Prix d’excellence 1996: «Là où il y a juges et jugement, il y a forcément discussion, mais c’est ça, justement, qui rend les Prix intéressants.Pour une fois dans l’année, on discute d’architecture, on la met sur la place publique.Et c’est la condition sine qua non pour que notre cadre bâti s’améliore.C’est bien, aussi, que le prix soit donné conjointement au client et à l’architecte.Un bâtiment, c’est comme un film: l’architecte est le réalisateur, et le client, le producteur.Avec un client sans vision, même un architecte de génie ne peut rien faire.Et puis, à long terme, ça peut peut-être encourager les clients à rechercher la qualité pas seulement pour eux ou leurs usagers, mais pour le bien commun.» Mark Poddubiuk, membre du jury en 1994 et mention 1996: «Les Prix sont un instrument merveilleux pour promouvoir, preuves à l'appui, la qualité de notre travail datis le public, et pour nous, c’est une occasion d'apprendre de nos meilleurs gestes et de nos erreurs.Je me sens à l’aise avec le processus de sélection, dont je trouve les résultats assez justes, même si les catégories actuelles me semblent artificielles.A quoi bon les multiplier?D'ailleurs, dans ses analyses des dossiers, le jury tient déjà compte des contraintes et du contexte.Ce qu'il faut “vendre” et encourager, c’est la qualité, quel que soit le type de projet.» ?IDS Programme de stages pour les finissant-es en design: dernière chance pour les employeurs Institut de Design Montréal 1037, rue Rachel Montrlal (Québec) Canada H2J 2J5 Téléphone : (514) 596-2436 Télécopieur : (514) 596-0881 Montréal, le 23 novembre 1996 - Monsieur Bernard Lamarre, président du Conseil et Madame Helen Stavridou, directeur exécutif de l'Institut de Design Montréal désirent rappeler à tous les employeurs intéressés par le programme de stages pour les finissant-es en design que la date limite pour retenir les services d'un ou d'une stagiaire avance à grands pas.L'Institut de Design Montréal (IDM).organisme sans but lucratif, offre depuis 1995 un programme de stages pour les finissant-es en design, en collaboration avec Développement des Ressources Humaines Canada.Le budget réservé au programme pour l'année 1996-97 sera d'environ 170 000$.L'Institut entend d'abord stimuler la création d'emplois permanents dans les différents secteurs du design et offrir aux finissant es l'opportunité d'acquérir une solide expérience de travail.Un autre objectif de ce programme consiste à développer une culture du design dans les entreprises en leur permettant d'entrevoir les avantages importants en termes de valeur ajoutée et de compétitivité que procure le recours au design.Ce programme favorise la mise en piace de stages de travail rémunérés d'une durée de six mois pour les finissant-es universitaires des différentes disciplines du design: architecture, architecture du paysage, design graphique, design industriel, urbanisme, etc.L'Institut offre une contribution salariale de 35% à l'employeur.l'accès à une banque de candidat-es.si désiré, ainsi que le recours aux services d'un coordonnateur pour faciliter la sélection des candidat-es.Les employeurs intéressés par ce programme sont invités à nous contacter par téléphone ou par télécopieur avant le: 2 décembre 1996.i A1C
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