Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

Le devoir, 1997-01-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE DEVOIR Le Roman québécois Page D 3 Le feuilleton Page D 6 ?La Collection-MACM Page D 7 Formes Page D 8 Essais québécois La conscience de l’américanité ROBERT SALETTI Les années trente sont de retour.Ou plutôt font retour.La crise qui sévit dans les sociétés occidentales ressemble par plusieurs côtés à celle qui suivit le krach de 1929: perte de confiance des consommateurs, chômage chronique, retour à des valeurs conservatrices, prédominance de l’art dit de masse, tout cela consécutif à des années de vaches grasses (ou folles).Mais les arts et la culture ont-ils été si pauvres durant les années trente, si monolithiques?Pas autant que la croyance populaire (et même universitaire) l’a longtemps laissé croire.A cet égard un ouvrage comme L’Avènement de la modernité culturelle au Québec (Sous la direction dYvan La-monde et Esther Trépanier, IQRC, 1986) a bien débroussaillé le terrain.Or, voilà que deux ouvrages récents viennent montrer que les années trente furent décisives d’un autre point de vue, celui de la définition moderne de l’américanité.L’américanité des Américains d’abord, celle des Québécois ensuite.Rêve ou cauchemar?American Dream, 1930-1995 est un ouvrage collectif qui porte, comme l’indique son titre, sur le rêve américain.Un rêve américain qui, aux dires de certains, prend malheureusement des allures de rêve universel par les temps qui courent.Un rêve américain qui, aux dires de ceux qui contestent la prétention américaine à définir en solitaire les priorités du nouvel ordre mondial, prend même des allures de cauchemar.Mais qu’est-ce au juste que XAmerican Dream?Le rêve et le cauchemar Beaucoup de choses peut-être, mais surtout une représentation symbolique.Et une représentation symbolique tellement profonde de 1 '«être américain» qu’elle en devient difficile à saisir.Ne comptez pas sur cet ouvrage, d’ailleurs, pour obtenir une réponse claire et définitive à la question de ce qu’est le rêve américain.La seule certitude factuelle est que l’expression «American Dream» fut créée en 1931 par l’historien James Truslow Adams dans le contexte de la crise et du New Deal rooseveltien qui allait en résulter.Cela étant dit, l’expression American Dream trouve ses assises idéologiques dans quantité de pioments cruciaux de l’histoire des Etats-Unis — moments qui viennent en enrichir ou obscurcir le sens, c’est selon: aux premiers «Pilgrims», à la nation naissante, à ses institutions politiques du XVIII- siècle, aux suites de la Guerre civile, à John E Kennedy, à Martin Luther King, etc.L’expression a même fait un retour en force lors de la campagne présidentielle de 1992, Bill Clinton ne proposant rien de moins que la renaissance du rêve américain comme base de son programme électoral.C’est dire sa très grande plasticité.Les analyses regroupées dans ce livre assez éclectique sont surtout le fait de littéraires et de sociologues.Elles retracent comment Y American Dream s’est manifesté, autant sur le plan du potentiel créatif que sur celui des délires et des dérapages auxquels il a donné lieu (nommément autour de la notion de kitsch).Ainsi, le mode de vie, la publicité et la propagande, l’architecture et le design, le cinéma et la télévision, Disneyland, le complexe militaro-industriel, l’immigration, la science-fiction, sont tous des domaines que les collaborateurs de ce collectif ont exploré pour y déceler une forme ou une autre de réalisation de XAmerican Dream.En définitive, la représentation du rêve américain est foncièrement ambivalente, car elle recouvre à la fois l’idée d’américanité (pôle positif) et la réalité de l’américanisation (pôle négatif).L’analyse que fait Jean-François Côté du roman peu connu intitulé American Dream (de Michael Foster, 1937) résume cette ambivalence fondamentale.Dans ce roman, le rêve américain est vécu à la base comme une expérience individuelle et personnelle du monde, comme une expérience incommunicable.Mais cette VOIR PAGE D 2: AMÉRICANITÉ UJiÿ ; p'- ¦ : /:• : ^ .,•> I ¦*' ¦ *J ïMèm ' J t.'/i f ¦>.; mxm Un éditeur français publie un recueil de contes québécois conçu expressément pour les parents et éducateurs.La Québécoise Cécile Gagnon, auteure et spécialiste de la littérature pour jeune public, a rassemblé les textes de Vouvrage intitulé Mille ans de contes — Québec.ARCHIVES I.E DEVOIR PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR our plusieurs parents, l’heure du conte est plus qu’une douce habitude.Raconter une histoire à son enfant est un rituel précieux, un moment de pur bonheur.Le plupart des enfants sont d’ailleurs avides d’histoires.Ils en redemandent et on peut leur en offrir à volonté.Car ils n’en tirent que des bienfaits.Même les psychologues en conviennent Ainsi que le rappelle l’éditeur de Mille ans de contes-Québec, «les contes aident l’enfant à résoudre les conflits affectifs et permettent de donner des visages à l’angoisse qui les étreint».Leur lire des contes permet en plus de développer leur mémoire auditive, d’exercer leur intelligence et de leur insuffler le goût de la lecture.Au-delà de ces considérations bassement pédagogiques, le conte exerce sur les enfants une grande fascination.Les adultes qui ont revu les épisodes de Fanfreluche rediffusés au cours des derniers jours à la télévision de RadioCanada ont pu, avec émotion, se retremper dans cette atmosphère particulière du conte.Les éditions Milan ont conçu, spécifiquement à l’intention des enfants et de leurs parents ou éducateurs, une collection vouée au conte.Huit titres sont parus à ce jour.On y retrouve les grands contes classiques (Peau-d’Âne, Cendrillon, Le Petit Chaperon rouge.Le Petit Poucet), de même que des histoires d’auteurs contemporains.VOIR PAGE D 2: CONTES I.E I) E V 0 I R .L E S S A M E I) I -I E T D I M A N C II E 5 .1 A N V I E R I 0 |) 7 LIVRES vs**?i \.e*- ARCHIVES LE DEVOIR Au début du siècle, des ethnologues et des folkloristes ont sillonné les campagnes et les villages du Québec afin de recueillir ces trésors menacés dont plusieurs sont aujourd’hui gardés aux Archives de folklore de l’Université Laval.CONTES Un voyage dans le patrimoine des contes les plus célèbres de la tradition orale populaire québécoise SUITE DE LA PAGE D 1 jVl - ;, Le dernier titre en lice, Mille ans de r contes-Québec, a été publié cet automne.L’éditeur français a confié à Cécile Çagnon, auteure de nombreux livres et spécialiste de la littérature jeunesse, la tâche de rassembler plus de 72 contes.Mme Gagnon a puisé dans le patrimoine des contes les plus célèbres de la tradition orale populaire .québécoise, tout en s’efforçant d’in-çorporer quelques histoires d’auteurs québécois contemporains, y compris .quelques-unes des siennes.La matière ne manquait pas.Le Québec regor-,ge de contes populaires.Au début du r siècle, des ethnologues et des folkloristes — les plus connus furent Marius Barbeau, E.Z.Massicotte, Adélard Lambert, Luc Lacourcière, Ger-, main Lemieux, Carmen Roy, Ernest , Gagnon et Gustave Lanctôt, rappelle Cécile Gagnon — ont sillonné les 1,campagnes et les villages du Québec afin de recueillir ces trésors menacés .‘dont plusieurs sont aujourd’hui gar-„ dés aux Archives de folklore de l’Uni-, versité Laval Les contes, on le sait, sont par essence faits pour être lus à haute voix.Dans cet esprit, la maison d’édition a établi un système de pictogrammes visant à donner, d’un coup d’œil, plusieurs renseignements pratiques au lecteur.Ainsi, chaque conte est précédé d’un dessin fournissant l’âge minimum conseillé pour écouter cette histoire, la durée moyenne de lecture continue, les lieux où se déroule l’histoire et les personnages principaux.Chaque titre est aussi précédé d’un court texte dont la fonction est d’expliquer l’origine du conte et d’en résumer brièvement la trame.L’ouvrage suggère également quelques idées de mise en scène afin de créer un climat propice au conte.Toute l’originalité du travail de Cécile Gagnon réside dans la classification qu’elle propose.Elle a séparé les histoires en contes merveilleux (Démons et Merveilles), histoires d’animaux {Du coq à l’âne), histoires de Noël (,N’oublie pas mon petit soulier), récits étiologiques {Au temps où les bêtes parlaient), histoires de diables {Enfer et contre tous), contes de la débrouillardise (As- tucieusement vôtre), contes de fantômes et de revenants (Histoires à dormir debout), histoires de grandes figures {De sacrés caractères) et histoires de la nature {Vous avez dit blizzard).Tous les classiques du patrimoine québécois s’y retrouvent.De La Chasse-Galerie (d’après le récit de Honoré Beaugrand publié en 1900) jusqu’au Loup-Garou (adapté par Pamphile Lemay).L’ouvrage a également l’avantage de faire connaître aux enfants quelques personnages légendaires.A travers divers contes, on retrace l’histoire de Jos Montferrand (le plus célèbre des hommes forts), d’Alexis le Trotteur (le Donovan Bailey du XK" siècle.!), de Madeleine de Verchères et de Maria Chapdelaine.On y fait aussi, inévitablement, la connaissance de Ti-Jean, le héros par excellence des contes du Canada français, celui qui finit toujours par épouser la princesse.On retrouve ce personnage dans Ti-Jean et le cheval blanc, Ti-Jean, le violoneux et La Jument de Ti-Jean.Le lecteur québécois aura compris, en lisant XAvant tout, que ce livre a d’abord été réalisé pour un public européen.D’où ce court résumé de l’histoire du Québec.D’où, aussi, ce glossaire que l’on trouve à la fin de l’ouvrage.Cela dit, les contes qui constituent le cœur de l’ouvrage sont universels et sauront plaire aux lecteurs de tous les horizons.Adaptés pour la lecture à voix haute, parfois condensés, les textes gardent, évidemment, toute leur saveur québécoise.S’il fallait chercher un défaut à l’ouvrage des éditions Milan, ce serait davantage du côté de la facture visuelle.Si on le compare aux nombreux livres pour la jeunesse qui inondent les librairies, ce livres est franchement laid et ne met nullement en valeur les illustrations.Il faut croire qu’on ne voulait pas distraire les parents et les enfants de l’essentiel, c’est-à-dire des contes.MILLE ANS DE CONTES-QUÉBEC Textes choisis et commentés par Cécile Gagnon Illustrations de Anne Michaud Editions Milan, 462 pages AMERICANITE La transfiguration d’une expérience proprement ordinaire en expérience extraordinaire SUITE DE LA PAGE D 1 -(Expérience doit servir à fonder une jspciété, doit être communiquée.Le (cêve américain constitue donc la 'Ittansfiguration d’une expérience proprement ordinaire (individuelle) en Expérience extraordinaire (la «manifest destiny» de la politique américaine ^’expansionnisme continental, par ¦çjxemple).;S Mal réussie, cette transfiguration jpgut aussi bien provoquer l’effet in-’j'firse, la banalisation de [extraordinaire.Entre ces deux versants est -contenue toute la société américaine.Te cauchemar fait partie du rêve, et afce-versa.'5?- Ni avec, ni sans L’expérience québécoise de l’améri-canité Ni avec eux ni sans eux, de Yvan Lamonde, s’intéresse à l’américanité des Québécois, non à leur américanisation.L’objectif de ce court essai de nature historique consiste à «faire voir comment s’est construite la problématique de l’américanité du Québec».Or, cette américanité, aujourd’hui reconnue, est le résultat d’une quête longtemps niée par l’establishment et l’intelligentsia québécois.Cette quête a connu trois moments forts: 1837, 1860 et 1945.1837, parce que c’est la Rébellion des Patriotes largement influencée par la Révolution américaine.1860, parce que c’est François Truffaut "t ^/rançois Truffaut a brûlé sa vie auprès des femmes et des films.Douze ans après sa disparition, la première grande biographie du cinéaste ouvre des tiroirs jusqu'alors interdits".Michel Pascal, Le Point Gallimard.660 p.39.95$ "Le plus acharné comtempteur de Truffaut ne saurait quitter ces 660 pages avant la fin de l'histoire.Car on est chez Dickens, un de ses auteurs de prédilection, v celui des Grandes Espérances".Je an-Pierre Dufreigne, L'Express F J—/n remontant presque jour par jour le fil d'une destinée déjà légendaire, les auteurs font apparaître une vie qui, c'est vrai, plus que d'autres, a été un roman.Mais un roman trop court, et de très douloureux apprentissages".Alain Riou, * Le Nouvel observateur "(~>e chaud lapin que vous étiez, dites donc.Je ne sais pas si vous étiez l’homme qui aimait les femmes, mais les actrices, alors Jà, pardon! En fait, il n'y a là rien de très surprenant.Imagine-t-on un boulanger qui détesterait plonger lés mains dans la farine?" Éric Neuhoff, • L 'Événement du jeudi Arthur Buies répondant à l’idée d’une vocation de la race française en Amérique de l’abbé Casgrain par celle d’une destinée spécifique de la nation canadienne-française; parce que c’est le libéralisme et l’anticléricalisme d’un Louis-Antoine Dessaulles (auquel Yvan Lamonde a d’ailleurs consacré récemment un essai biographique) franchement inspirés par une vision continentale du Québec.Et 1945, moment au cours duquel le phénomène de l’américanité des Québécois devient irréversible, parce que c’est l’américanophilie d’après-guerre; parce que, aussi, c’est la reconnaissance par le chanoine Groulx d’un certain continentalisme même s’il s’agit pour le Québec d’être le dernier rempart contre l’impérialisme des Américains; parce que, aussi, c’est l’affirmation par l’écrivain et éditeur Robert Charbonneau d’une littérature québécoise autonome, distincte de la littérature française et proche de la réalité américaine.Au-delà de ces moments forts, cet essai est divisé en deux grandes parties auxquelles correspondent deux périodes du développement de notre américanité.Dans un premier temps, en gros de 1774 à la fin du XIX'' siècle, la destinée américaine des Québécois fpt manifeste mais ambivalente.Les Etats-Unis constituaient alors un modèle qui suscitait crainte et méfiance.Depuis le début du XX' siècle par contre, l’américanité s’est imposée comme faisant partie de notre dualité franco-américaine fondamentale.D’ailleurs, c’est au cours des années trente, selon M.Lamonde, que l’on est finalement passé d’une phobie de l’américanisation à une conscience réelle de l’américanité.Hermas Bas-tien, dans un numéro de 1938 de la Revue dominicaine, put alors parler d’«esprit métissé», une première québécoise sans doute.Dans une troisième partie qui sert de conclusion mais qui a la forme d’une autobiographie (y apparaissent le «je» et la trajectoire américaine personnelle de l’essayiste), M.Lamonde fait valoir que la valorisation de la dimension américaine de l’identité québécoise fut davantage le fait de nationalistes ou, à tout le moins, de critiques de l’Union ou de la Confédération.Le fait linguistique compte évidemment pour beaucoup dans cette appréciation.Parler français dans une mer d’anglophones rend plus facile la tâche, toujours nécessaire selon Jean Larose, de triompher de son lieu de naissance.La dualité fondamentale de notre identité a des vertus qu’au fond bien des Canadiens anglais nous envient Ce que nous dit Yvan Lamonde, c’est que notre américanité aura permis au nationalisme québécois de faire un bon bout de chemin.Et que le voyage n’est pas fini.NI AVEC EUX NI SANS EUX (LE QUÉBEC ET LES ÉTATS-UNIS) Yvan Lamonde, Nuit blanche 1996,125 pages AMERICAN DREAM 1930-1995 Sous la direction de Jean-François Côté, Nadia Khouri et Dominique Michaud, Presses de l’Université d’Ottawa, 1996,226 pages L DISQUES COMPACTS.LIVRES.CASSETTES DISQUES RD M OUVERT 7 JOURS .10h à 22h 3694 St-Denis, Montréal Choix et Qualité 713 Mwul-Royal Est, Mil Métro Sherbrooke 849-1913 Métro Mont-Royal 523-6389 LA VITRINE DE L’ÉDUCATION Tous à Pécole ETAT, COMMUNAUTES RURALES ET SCOLARISATION AU QUÉBEC DE 1826 À 1859 Andrée Dufour Préface de Jean-Pierre Proulx Montréal, Hurtubise HMH Coll.Cahiers du Québec, 1996 271 pages Une thèse de doctorat en histoire à l’UQAM est à l’origine de cet ouvrage.Mais qu’on ne s’y méprenne pas, le livre de cette professeure au cégep de Saint-Jean se lit comme un roman, tant le contenu est vivant et le texte «déthèsé».La période étudiée, de 1826 à 1859, est particulièrement intéressante, et même étonnante, puisqu’elle met en relief «la contribution respective de deux acteurs sociaux», l’État et les communautés rurales.De l’avis de l’auteure, ils sont les initiateurs de la scolarisation au Bas-Canada parce qu’ils «perçoivent la nécessité de l’instruction de tous les enfants et, donc, d’un réseau d'écoles différent de ceux précédemment établis».Cette période, durant laquelle plus d’une vingtaine de lois scolaires seront adoptées, est particulièrement riche en événements: de 1826 à 1836, ce sont «les années de démarrage de la scolarisation», suivies de «quatre années d’absence législative», puis d’une reprise, de 1840 à 1849, avec «un processus conflictuel»', 1849 à 1859 marque l’étape définitive où «l’expérience de l’école est devenue une expérience partagée par l’ensemble de la jeunesse des campagnes bas-canadiennes».Ce livre est aussi une réflexion sociale sur la formation et l’action des maîtres à cette époque, mais, comme l’écrit Jean-Pierre Proulx dans sa préface, «Andrée Dufour vient [.] d’ouvrir un chantier fascinant en posant un regard neuf sur les communautés locales».L’AFFECTIVITE ET LA MÉTACOGNITION DANS LA CLASSE Louise Lafortune et Lise Saint-Pierre Logiques, Montréal, 1996,379 pages Cet ouvrage est la fusion de deux autres précédents — qpi ont gagné le prix du ministre de l'Éducation en 1994, catégorie recherche pédagogique — Im Pensée et les émotions en mathématiques et Les Processus mentaux et les émotions dans l’apprentissage.Cette nouvelle parution se veut plus pédagogique: elle contient 26 activités accompagnées de fiches de travail.Les deux auteures, professeures de mathématiques aux cégeps André-Laurendeau et de Baie-Comeau, ont réuni leurs compétences respectives — l’identification «des facteurs affectifs lors des examens» et «l’amélioration des méthodes de travail des élèves faibles en mathématiques» — pour démythifier les maths, faire comprendre la cause de la peur des maths et surtout contrer les idées préconçues.De Andrée Dufour ces recherches, les auteures ont développé des stratégies «qui s’adaptent à la plupart des disciplines, de la maternelle à l’université».L’apprentissage n’est pas seulement mémorisation et logique.On le sait trop.Il est lié à plusieurs facteurs dont la personne qui apprend, la tâche qu’elle a à faire et les stratégies qu’elle utilise: c’est ce qu’on appelle les connaissances métacognitives.Par la suite, il faut se demander comment s’effectue la gestion de l’activité mentale puisque la personne doit plp- j nifier, vérifier, évaluer, anticiper.À 1 cela s’ajoutent les fonctions affectives I comme l’anxiété, la motivation et la confiance en soi.C’est sur ce terrain — non négligeable pour la réussite scolaire et pour développer le plaisir d’étudier — que les auteures nous convient.LE REDOUBLEMENT: POUR OU CONTRE?Jean-Jacques Paul ESF éditeur, coll.Pratiques et enjeux pédagogiques, Paris, 1996,127 pages Selon les orientations de cette nouvelle collection qui «propose des pistes de réflexion», l’ouvrage de Jean-Jacques Paul nous entraîne sur le ter-nûn glissant du redoublement — scolaire, s’entend.L’auteur est un économiste de l’éducation qui habituellement «s’intéresse plutôt aux aspects économiques du fonctionnement des systèmes éducatifs»', c’est parce qu’on lui a demandé de faire cette recherche qu’il a entrepris «ce voyage au sein de la planète du «redoublement»».L’étude est très bien documentée, présentant des statistiques internationales, tant pour les pays européens, nord-américains que pour ceux en voie de scolarisation.L’auteur informe ses lecteurs qu’en 1991 au Québec, «le taux de redoublement pour l’ensemble des classes du primaire s’élevait à, 5,7 %» — et •notre commission des Etats généraux sur l’éducation nous avait prévenu en soutenant qu’il en coûtait annuellement près d’un demi-million de dollars pour cette pratique.Le redoublement coûtant effectivement très cher, l’auteur s’y oppose, en expliquant bien cependant les arguments des deux positions.Toutefois, la question du redoublement ne peut pas être traitée seule parce qu’elle est intimement liée à des convictions, à l’évaluation des apprentissages, à l’échec scolaire, mais surtout à l’enseignement.Doit-on, en «accordant un poids excessif à la façon dont les tests sont organisés», faire apprendre aux enfants uniquement les bonnes réponses aux questions, et cela «au détriment d’autres compétences comme l’esprit critique, le sens de l’esthétique ou la culture générale, les qualités humaines»?De toute évidence, non.Il faut donc commencer par écarter l’idée que le redoublement est une pratique pédagogique valable.Louise Julien U TOUS À L’ÉCOLE État, Communautés ruhalbs et Scolarisation au Québec dp.1826 a 1859 Preface île Jean-Pierre Proulx «tif rY;.,:,:, : Le redoublement : pour ou contre ?Louise Lafortune et Lise Saint-Pierre L’AFFECTIVITE / ET LA METACOGNITION DANS LA CLASSE [.il CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIMÉ I, E I) E V 0 I 11 .I, K S S A M K I) I I »• I’ 1 M A X (' Il E 5 .1 A N V I Ë H I !) I) 7 i) 3 rfft slags ‘2 • '.s r,-/ «INfVl/c !{()/( Ml»i II Midi,.| CONCOURT Albin Michel Gallimard LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Des balles et des mots LES MOI VOLATILS DES GUERRES PERDUES Ghassan Fawaz, Éditions du Seuil, Paris, 1996,445 pages N AÏ M KATTAN La lecture de ce livre est un coup de fouet.Pendant des années, journaux, radios et télévisions nous ont inondé de nouvelles du Liban en guerre.Images d’horreur, scènes insoutenables, invectives, les discours contradictoires se neutralisaient et l’horreur cédait la place à la confusion.Face au chaos, l’impossibilité de comprendre suscitait un sentiment d’impuissance.Puis, le calme revenu, calme relatif, d’autres images, venues d’ailleurs, occupaient la scène.Ghassan Fawaz nous fait revivre le paysage infernal non pas comme images lointaines vite remplacées par d’autres, mais comme un cauchemar qui se poursuit et nous poursuit Nous sommes dans un village libanais en 1972.Farés, un jeune homme, milite au sein du parti communiste pour faire régner un ordre nouveau.D débite tout le vocabulaire en usage sans se rendre compte que les mots sont éculés et qu’ils masquent d’une façon à peine voilée des intérêts, des désirs, des ambitions qui ne tarderaient pas à s’étaler au grand jour.Le voilà envoyé à Beyrouth.Il devient un rouage dans une machine qui bientôt se mettra à tourner sans contrôle.C’est la guerre civile.Farés la vit au quotidien.Des soirées au café, des réunions politiques, des saouleries à la vodka et, plus tard, le hachisch.Les balles des kalachnikovs, tels de nouveaux jouets, interrompent siestes et sommeil.Société cassée, humanité brisée.Le pouvoir est nu, gagné et perdu quotidiennement Subitement, la ville lumineuse, mosaïque de groupes et de quartiers est livrée à la crudité des instincts et à la brutalité des impulsions.Le passé, l’origine, la religion ne sont que des prétextes pour donner libre cours aux désirs qui crèvent les écrans des interdits et rejoignent des fantasmes infantiles et barbares.On se découvre chiite ou chrétien, phalangiste ou baasiste.Des hommes qui se sont connus enfants, ont participé aux mêmes jeux, nourrissant les mêmes rêves, se trouvent face à face, prisonniers l’un de l’autre, geôlier et victime interchangeables recourant à des colères, des frustrations de l’enfance pour épuiser dans l’éphémère des confrontations de désirs inassouvis.Les personnages hétéroclites se suc- Un chaos tellement envahissant que seule la parole de l’écrivain nous permet de garder la raison cèdent Hassan, le combattant sans cause, Franc, le reporter français perdu dans la mêlée, le patriarche tribal Abou Taha.Ils se regardent et ne se reconnaissent pas.Il y a aussi les femmes: la militante, l’espionne, l’amante.Celle-ci porte le nom de la ville: Beyrouth.Elle parle avec l’accent égyptien.Sensuelle, avide, elle part et revient à des heures indécises, et Farés, son amant, ne sait rien de ce qu’elle vit ailleurs.Putain, se mascaradant en étrangère, empruntant l’accent de l’autre, se niant elle-même?De par son nom elle est la métaphore de la ville qui se dégrade, se détruit Enceinte, portant l’enfant de son amant de passage, elle est tuée, victime d’elle-même et de l’Autre, l’ennemi au multiple visage.Elle a pourtant longtemps résisté, exprimant la vie dans son bouillonnement Elle mangeait buvait faisait l’amour avec un appétit qui cherchait à stopper la mort qui finira par l’engloutir.L’immense force de Ghassan Fawaz est d’avoir trouvé dans les mots l’équivalence de la bacchanale et de l’enfer, l’alternance du sexe et des balles.La pulsion sévit dans la violence et la satiété, intermittences de beauté, de désir et d’un amour qui ose crier son nom.Cette vie s’exprime en un français foisonnant et, subitement tel un rappel nécessaire, la syntaxe est brisée, malmenée, à l’instar de la vie.Le rythme est vécu en arabe et les sons de cette langue nous parviennent en sourdine non pas comme échos d’exotisme mais comme des éclairs qui traversent toutes les frontières du désir et de la mort, des éclats qui brisent toutes les barrières.Seuls les mots résistent et restent Ce livre est-il un récit de faits et d’événements?Non, nous prévient l’auteur à la fin.Nous venons de lire un roman.Les personnages si vrais, si vivants ne sont que des figures de fiction.Ce n’est point là coquetterie d’écrivain.Les frits qui nous éclatent au visage sont tellement insupportables que seule la fiction parvient à nous les transmettre.Le chaos est tellement envahissant que seule la parole de l’écrivain nous permet de garder la raison.Tout en inscrivant l’horreur dans le réel, les mots nous en libèrent et l’écrivain triomphe du mal en le disant S’agit-il du Liban?Oui, bien sûr, mais ce Liban d’enfer ne finit jamais.Il ressurgit perpétuellement, ailleurs dans le monde.En lui opposant la parole, le romancier proclame la persistance de la voix de l’homme, fragile, assourdie par le bruit des balles mais qui demeure comme arme de survie, en attendant l’annonce espérée du triomphe de la vie.ROMAN QUÉBÉCOIS Un brin de liberté LE MÉDAILLON DÉROBÉ Louise Simard Montréal, XYZ éditeur 1996,325 pages Les amis du roman historique seront heureux de savoir que le 32* prix littéraire France-Québec Jean-Hamelin, décerné de Paris depuis 1965 par l’Association des écrivains de langue française à un auteur francophone d’Amérique du Nord (dont, parmi les récipiendaires les plus prestigieux, Marie-Claire Blais, Jacques Ferron, et MichelTremblay) a été accordé cette année à Louise Simard pour son roman Le Médaillon dérobé, une histoire inspirée de la vie de la première femme journaliste au quotidien La Presse, J U Gaétane de Montreuil.Au- Ser, teur de six autres romans \ (dont deux écrits en collaboration avec Pierre Wil-helmy), Mme Simard porte un intérêt tout particulier à l’histoire des femmes au Québec, un sujet dont les héroïnes ont laissé trop peu de traces pour penser qu’il s’épuisera un jour, et qui a manifestement plusieurs adeptes.En témoignent en outre les honneurs accordés à deux précédents romans de Louise Simard: la mise en nomination au prix du Gouverneur général 1992 de La Très Noble Demoiselle (l’histoire de fr fille du gouverneur de Montréal, Louise de Ramezay), et l’obtention du prix Alfred-Desrochers 1995 pour Laure Conan.La romancière aux rubans, paru dans la collection «Grandes figures» de la maison XYZ (des romans historiques destinés aux lecteurs adolescents).Malgré cela, comment dire, sinon que ce dernier roman de Louise Simard, comme tous les romans historiques sans doute, ne sera tout de même pas au goût de tous les lecteurs?Le genre est sans doute ingrat.Plus difficile à apprécier que d’autres genres qui suivent des règles très précises, tels que le roman d’espionnage ou le roman d’amour, par exemple, mais qui n’en demeurent pas moins des œuvres de création.Car le roman historique ne ressemble ni tout à fait à une œuvre de création, ni tout à fait à un compte rendu de faits historiques.Il n’est ni totalement le produit d’un être de chair, d’espoirs et de mémoire, ni totalement la représentation d’autres êtres de chair, d’espoirs et de mémoire.Il est vraisemblablement le coup de foudre d’un écrivain pour une fresque qu’il tente de faire sienne, et qui appartient résolument au Temps.Un espace flou, balisé tout de même i e eut par des extrêmes.D’un côté: le récit qui brode sur fond d’Histoire une toile assez immense et originale pour plaire aux inconditionnels du roman, de l’écriture et de l’imaginaire (l'exemple consacré serait Le Nom de la Rose.Mais voyez La Chanson d’Ar-bonne, fort bon roman de Guy Ga-vriel Kay, traduit par la romancière Hélène Rioux chez XYZ/Flamma-rion).De l’autre: l’édifice de références historiques dans lequel se faufilent tout doucement quelques personnages et leurs anecdotes, et qui touche sans doute davantage les inconditionnels de l’Histoire, de la véridicité des faits et de leur interprétation (on peut penser ici au roman de Maryse Rouy, qui a connu un grand succès l’an dernier, Azalaïs ou La vie courtoise, chez Québec Amérique).Entre les deux, dans la rencontre qui semble à émotions égales entre l’univers de l’écrivain et son objet de recherche, comme c’est le cas dans Le Médaillon dérobé, seuls certains lecteurs arrivent à naviguer à l’aise.Peut-être ceux qui connaissent suffisamment les faits historiques pour distinguer lesquels n’ont pas été trafiqués et s’amuser des autres.Ou ceux qui connaissent suffisamment l’auteur pour sentir battre son pouls derrière la façade des personnages.Ou ceux qui n’ont d’autre exigence que de se faire raconter une histoire: dans «un très joli style», admettons, comme l’écrit la présidente du jury du prix Jean-Hamelin à propos du Médaillon dérobé, soulignant également les «belles images» et les «belles couleurs» de ce roman qui dresse «un beau portrait de la société montréalaise de l’époque».Mise en scène convaincante La mise en scène de l’histoire est effectivement convaincante: des trottoirs de bois de Montréal que longent les calèches, aux éteigneurs de réverbères qu’on y rencontre au petit matin; de la camaraderie des marchands de la place Jacques-Cartier, à l’animosité dressant Canadiens français et Canadiens anglais, pauvres et riches, les uns contre les autres; des regards amoureux que reçoit la jeune journaliste déambulant à pied ou en tramway dans les rues de la ville, aux remarques sarcastiques que lui attire son rôle de femme au travail, voilà Montréal à la fin du siècle dernier qui se dresse sous nos yeux.La prestation des personnages n’est pas du même ordre de réalité.Surtout que pour une raison que l’on s’explique mal, mais que l’auteur ap- La Pleiade «reprise» par Antoine Gallimard Le Pdg de Gallimard entend réactuliser la prestigieuse collection pelle en début d’ouvrage une «question de respect», Louise Simard a préféré ne pas donner aux personnages historiques dont elle parle leur véritable nom (sauf Fréchette, Nelli-gan et de Bus-sières: allez savoir pourquoi): ainsi Gaétane de Montreuil s’appelle Françoise de Guise, et les poètes Charles GUI, Albert Fer-land, et Albert Lozeau, deviennent Charles Campbell, Félix Léveillé, et Albert Lacroix.C’est donc la montée de Françoise plus que celle de Gaétane que l’on suivra, depuis son arrivée à 21 ans dans la «ville-ogresse», ses premiè- “- res affectations à La Presse çt ses amitiés avec les membres de l’École littéraire de Montréal, jusqu’à son mariage désastreux avec le poète Charles «Gill» Campbell, puis sa fuite hors de Montréal, quelque deux ans plus tard.Cela aura commencé de la même manière qu’un conte pour enfants: avec une petite fille que la mort prématurée de son père a laissée aux seuls soins d’une mère qui ne l’aimait pas et qui n’espérait donc rien pour elle, du moins rien de plus extraordinaire que le destin promis à toutes les femmes pauvres: des grossesses à répétition, un mari absent, ou fourbu, ou saoul, aucun espoir de voyager, de s’instruire, et certainement pas d’êjtre l’objet d’une certaine notoriété.À 21 ans, grâce au maigre héritage légué par un oncle, Françoise s’en ira à la poursuite de son rêve après avoir dérobé le médaillon de sa mère, qui le tenait de sa propre mère.Elle le gardera longtemps contre elle, ce rappel de sa non-existence, de l’ennemi contre lequel elle devrait toujours s’acharner: «quand je le porte à ma joue, j’ai l’impression d’un baiser, celui que tu ne m’as jamais donné.Regarde-moi, maman», dit-elle dans une des nombreuses plaintes du même genre qu’elle adresse à sa mal-aimante.Élle réussira bientôt à lui donner tort, occupant, grâce à son immense talent, à l’engouement que provoquent ses écrits dans le public, et la GUISE SIMARD confiance que lui témoigne le patron du journal, la première «page féminine» de La Presse.C’est plutôt son rêve d’amour qui se heurtera à un monstre.Déguisé sous les traits de Charles Campbell, géant bellâtre de 25 ans qui dédaigne les richesses de sa famille et vit dans un trou; véritable portrait du poète en illuminé alcoolique et cyclothymique, tantôt ami extraordinaire, tantôt odieux personnage, une caricature du créateur souffrant sur laquelle insiste Louise Simard, multipliant les occasions d’appeler Charles un «génie», mais sans donner les exemples qui permettraient au lecteur d’en juger par lui-même.Refermant le livre, c’est un univers de questions qui déferle bientôt avec l’impression d’avoir été légèrement lésé par Le Médaillon dérobé, de ne pas en avoir reçu toutes les professes.Que retiendra-t-on sur l’École littéraire de Montréal et l’un ou l’autre poète «génial» qu’évoque l’auteur sinon le souvenir furtif de quelques originaux, aussi amoureux du vers que de la bouteille?Que retiendra-t-on du personnage de Gaétane de Montreuil qui ne soit perturbé par la présence de Françoise de Guise?On aura le goût de s’informer ailleurs, certes, ce qui n’est pas le moindre legs d’un roman.Cela et la célébration d’une femme qui a réussi, à un prix énorme, à gagner un brin de liberté.JOSYANE SAVIGNEAU LE MONDE Prolongeant la tradition familiale, Antoine Gallimard, après le départ à la retraite de Jacques Cotin, le directeur de la Pléiade, au printemps 1996, a décidé de «reprendre en main, directement, les rênes de la collection».«Je suis assisté de Hugues Pradier, et qui devient mon «directeur opérationnel» pour la Pléiade», explique le PDG de Gallimard.«Sachant combien est complexe la question du choix éditorial, et combien sont critiqués les «manques» de la Pléiade, j’ai constitué un comité éditorial de quatre personnes, de sensibilités et de curiosités diverses: Philippe Sollers, Georges Lié-bert, Jean-Yves Tadié, Teresa Cremisi.» Antoine Gallimard affirme son souci de «fuir le systématisme».«Il faut faire des éditions adaptées aux auteurs et aux œuvres.Certaines ont besoin d’un fort appareil critique, d'autres pas.Dans le cas de Proust, ou de Joyce, pour ne prendre que ces deux exemples, l’appareil critique est un enrichissement considérable.Je reconnais cependant qu’il y a eu, parfois, des notes, variantes, commentaires, surabondants et pas totalement indispensables.Il n’existe pas de modèle absolu et unique de Pléiade.Je plaide pour la souplesse et la faculté d’adaptation.» Ne pas perdre le contact avec son lectorat est un souci constant pour une entreprise intellectuelle de ce type.La monumentale collection de référence dç la fin du XIXe siècle, Les Grands Ecrivains de la France, chez Hachette, créée en 1870, est morte en 1930 de n’avoir pas su se renouveler.Dans les années 20, ses appareils critiques, démesurés et figés, ne répondaient plus à la demande du lecteur cultivé de l’époque.La Pléiade, désormais, veut s’attacher à éviter une telle dérive.«Je souhaite ouvrir la collection, dans l’espace et dans le temps, ajoute Antoine Gallimard.D’abord explorer le champ du XXe siècle.Vont sortir: Aragon, pour le centenaire de sa naissance, en 1997, Michaux, Boulgakov, le deuxième volume de Rilke, Tanizaki, Ponge, Leiris.Je veux que l’on continue aussi d’explorer l’espace chinois, ainsi que l’Inde et le Japon.On envisage une anthologie de la poésie française, avec un spécialiste par siècle.Il faut, dans le temps, réparer des manques évidents, comme Aristote.Enfin, certaines éditions doivent être refaites.Shakespeare fera l’objet d’une édition bilingue.En outre, vont être remises en route des éditions de Pascal, Descartes, Diderot, Racine, Flaubert, Rimbaud.» Le rythme des publications — 10 à 12 titres par an — va demeurer identique.4000 à 5000 personnes environ achètent systématiquement tous les volumes qui paraissent.«Les nouveautés, sauf accident, se vendent bien, précise Antoine Gallimard.Le fonds, lui, subit des variations dans le temps.» Certains titres sont épuisés.Chaque année est prévu un plan de réimpression qui concerne 20 % à 30 % du catalogue.Comme la reliure entre pour 40 % dans le prix de revient d’un livre, lorsqu’on réimprime 10 000 exemplaires, on n’en relie d’emblée que 6000.Les ventes globales se situent autour de 400 000 volumes par an, du moins depuis 30 ans: c’est ce que fait apparaître une courbe des ventes établie année par année depuis 1966.Elle «flotte» entre 380 000 et 420 000 exemplaires, avec un creux à 300 000 en 1970 et un pic à 450 000 en 1981.«Pour que la Pléiade reste bien vivante dans le public, sa vie en librairie est essentielle, conclut Antoine Gallimard.Or elle est difficile, les Pléiade étant les livres les plus recherchés par les voleurs, parce qu’ils sont très demandés sur le marché de l’occasion.D’où la nécessité, pour les libraires, de mettre la collection dans des vitrines qui ferment à clé.Les volumes sont donc inaccessibles, ce qui est très gênant pour les lecteurs.» Fatale rançon de la gloire?Sans doute peut-on le dire ainsi.Preuve, en tout cas, que les livres de la «Bibliothèque de la Pléiade» ne peuvent plus échapper à leur statut d’objets précieux.est d’une lisibilité parfaite [.].Bien que le nombre de pages soit fort important, l’épaisseur des volumes est normale: 2 cm environ.L’emploi du très coûteux “India paper”, mince, opaque et inaltérable, nous a permis d’atteindre ce résultat [.].Nous avons réalisé-un nouveau type de livre, dont les qualités satisferont les bibliophiles les plus exigeants.Ses mérites littéraires ne sont pas moindres: les textes sont intégraux, établis par des spécialistes notoires, et accompagnés d’un appendice de notes, variantes, bibliographie, glossaire, etc.[.].» Bernhard Schlink Le liseur “J—/e roman de Bernhard Schlink a été, en 1995, un événement en Allemagne.Il paraît en français: lisez Le Liseur!' Frédéric Vitoux, Le Nouvel observateur "Une bouleversant?méditation".Laurence Liban, L'Express un livre superbe, Bernhard Schlink s'interroge sur le destin d'une génération prise dans l'engrenage de l’amour et dè la culpabilité^ Pierre Deshusses, Le Monde Gallimard, 202 p.24.95$ «Un petit livre élégant et maniable» Le 1er décembre 1931 paraissait dans La Nouvelle Revue française l’annonce suivante: «Une “bibliothèque” nouvelle de grandes œuvres consacrées ne doit pas être une collection de plus, sans que rien la distingue d’une autre que le nom de l’éditeur (.].La “Bibliothèque de la Pléiade” a été réalisée d’après des principes entière ment nouveaux: en un petit livre de format élégant et maniable (11 x 17,5 cm), sous une reliure souple en pleine peau, nous donnons une énorme quantité de textes [.].Le caractère que nous avons choisi, un magnifique type de Garamond, est d’une lisibilité parfaite [.].Bien que le nombre de pages soit fort important, l’épaisseur des volumes est normale: 2 cm environ.L’emploi du très coûteux “India paper”, mince, opaque et inaltérable, nous a permis d’atteindre ce résultat [.].Nous avons réalisé-un nouveau type de livre, dont les qualités satisferont les bibliophiles les plus exigeants.Ses mérites littéraires ne sont pas moindres: les textes sont intégraux, établis par des spécialistes notoires, et accompagnés d’un appendice de notes, variantes, bibliographie, glossaire, etc.[.].» I, E I) E VOIR, I, E S S A M E 1) I I E T I) I M A N C II K ,1 A N V I E R I !» !) 7 I) 4 -«* L I ¥ ESSAIS ÉTRANGERS McLuhan ou la quatrième blessure Ce petit essai sur les transformations historiques montre du doigt les utopies technologiques actuelles ARCHIVES LE DEVOIR André Malraux lors d’un passage au Québec.En arrière-plan, Georges-Émile Lapalme, alors ministre des Affaires culturelles.II I S O I K E WC- ; sÉP$ "gZigïp.si*s feaafi ?-» i MgHKfesfS mrrf?JS3 / 1¦e chat est-il supérieur au chien?L’histoire ne le dit pas, mais Jean Cocteau, encore lui, clôt l’éternel débat d’intéressante façon.«Im supériorité du chat sur le chien, c’est qu’il n'y a pas de chat policier.» ARCHIVES LE DEVOIR Marshall McLuhan EST-S ELLERS LIBRAIRIE GÉNÉRALE FRANÇAISE ROMANS QUEBECOIS I.INSTRUMENTS DES TÉNÈBRES, N.Huston - éd.Leméac 2.LE TROISIÈME ORCHESTRE, S.Lelièvre - éd.Québec-Amérique 3.LA SAGA DES BÉOTHUKS, B.Assiniwi - éd.Leméac/Actes Sud 4.ANNABELLE, M.Laberge - éd.Boréal 4P ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.UNE FOI PARTAGÉE, F.Dumont - éd.Bellarmin 2.JE SERAI L’AMOUR, F.Ouellette - éd.Fides 3.LES HURONS DE L0RETTE, P.Vaugeois - éd.Septentrion 4P ROMANS ÉTRANGERS 1.BEACH MUSIC, P.Conroy - éd.Albin Michel 2.TRUISME, M.Darrieussecq - éd.P.O.L.3.JOYEUX NOËL, MERRY CHRISTMAS, M.Higgins Clark - éd.Albin Michel 4.0RLANDA, J.Harpman - éd.Grasset 4P ESSAIS ÉTRANGERS 1.L’HORREUR ÉCONOMIQUE, V.Forrester - éd.Fayard 2.LA FIN DU TRAVAIL, J.Rifkin - éd.Boréal 3.NICOLAS 2, H.Carrère d’Encausse - éd.Fayard 4P LIVRE JEUNESSE 1.MOULER DÉMOULER, C.Brétecher - éd.Brétecher 4P LIVRES PRATIQUES I.VILLAGES PITTORESQUES DU QUÉBEC, Y.Lalramboise - éd.de l’Homme 2.LIVRE GUINESS DES RECORDS - Guiness média 4!" LE COUP DE COEUR L ENCORE UN PEU DE NEIGE, J.Roudaut - éd.Mercure de France 10, rue de la Fabrique, Québec (418) 692-2442 Anthologie féline Tétè-Québec r*»£7S*'» ?c?466 pages 19,95$ • M ' &&jg * ¦* j WBWMWM w%*Wl .SJjJjJ fj £ » : ü s ; '¦¦* • ¦ i vA V) ¦ ¦ ¦ Bi VSSSJl * —*"¦ - n ,1, MMMIms - élé-Québec ¦ La vie québécoise sous toutes ses facettes, observée par plus de trente spécialistes.Un panorama complet, raconté, illustré et chiffré.Une rétrospective des événements politiques et une analyse des grandes tendances sociales, démographiques et économiques.Un guide indispensable pour comprendre le Québec d'aujourd'hui. I, E 1) E V 0 I R .L E S S A M E I) I -I E T I) I M A N ('• Il E ,| A N V I E R I !) !l 7 L I V R E S MUSIQUE Le gros bout de la baguette MAESTRO Mythes et réalités des grands chefs d’orchestre Norman Lebrecht J.C.Lattès, 1996 DANIEL POULIN Aujourd’hui parvenu au zénith de son pouvoir, le chef d’orchestre a lui-même pavé le chemin qui conduit à sa disparition.» Telle est la conclusion que tire Norman Lebrecht à la fin de cet ouvrage colossal auquel il a consacré une bonne dizaine d’années de travail.Affirmation qui peut paraître excessive de prime abord, mais qui n’est pas dénuée de sens, surtout quand on s’y arrête de plus près.Au moment même où la quantité d’orchestres symphoniques et philharmoniques dépasse toute logique (op n’en compte pas moins de 950 aux Etats-Unis!), la qualité, elle, en prend pour son rhume.D’où, forcément, la piètre compétence d’un nombre incalculable de chefs qui sont loin d’être à la hauteur des attentes à la fois du public et des musiciens qu’ils dirigent, tant bien que mal, à travers les chefs-d’œuvre du répertoire, de plus en plus galvaudés d’une performance à l’autre.Lebrecht ne donne ni plus ni moins qu’un cours d’histoire de la direction d’orchestre, remontant jusqu’à un Beethoven dépassé par la complexité de ses propres œuvres.Il faut savoir qu’à l’époque, seuls les compositeurs présidaient aux répétitions d’orchestre, jusqu’à ce qu’émerge le véritable chef tel qu’on le connaît de nos jours.Ce fut Hans von Bülow, le premier chef de profession, qui ouvrit la marche.Souffrant d’un énorme complexe d’infériorité, von Bülow mit son talent au service de grands hommes qui l’ont successivement humilié et exploité, tout aussi bien Wagner que Strauss et Mahler.«Tour à tour servile et dominateur, humble et hautain, sentimental et sadique, il incarna les dilemmes et les fêlures des chefs d’orchestre à venin (page 34).Lebrecht n’y va pas de main morte.Toute la vérité sur ces grands de la musique que l’on a si longtemps véné- Des révélations étonnantes sur un Karajan mégalomane, antisémite, despote, tyrannique rés et mis sur un piédestal est étalée au grand jour.Les forces et les faiblesses d’un Gustav Mahler, les vertus et les vices d’un Hei bert von Karajan, les manies et lubies d’un Arturo Toscanini, tout y est, et plus encore.Toutes les facettes de la vie des grands chefs du XXe siècle, Lebrecht les scrute à la loupe: artistique, sociale, psychologique, politique, économique, religieuse, morale.Un empire Révélations étonnantes, troublantes même, sur un Herbert von Karajan mégalomane, antisémite, despote, tyrannique.Karajan, qui s’est toujours assuré d’avoir le contrôle non seulement sur son orchestre, mais aussi sur les autres partout en Europe.Karajan dont l’héritage aura mis plus de 10 ans à être déchiffré (plus d’un demi-milliard!) grâce surtout à un catalogue de plus de 900 disques.Sa fortune étonnait, même les plus avides des observateurs, admirateurs comme dénigreurs.Et l’on sait maintenant comment il l’a accumulée.De 1922 à 1956, Arthur Judson — un agent américain — a graduellement pris le contrôle de toute la vie artistique en Amérique.Le monopole qu’il a ainsi créé en compagnie de son protégé, Ronald Andrew Wilford, jeune homme ambitieux et arriviste, a donné naissance à la fameuse CAMI (Columbia Artists Management Inc.), mégacompagnie dont les tentacules s’étendent à travers le monde.Karajan, un ami intime de Wilford, était le chef de file des membres de CAMI.Ensemble, Karajan et Wilford ont établi les bases de ce que devait être la structure économique du monde musical.Les cachets exorbitants qu’ils ont réussi à obtenir des grands orchestres pour les poulains de leur écurie (Lorin Maazel reçoit 80 000 $ par soir à Tokyo; Charles Dutoit 220 000 francs pour chaque concert avec l’Orchestre national de France) ont contribué à l’éventuelle faillite financière de plusieurs ensembles.La lumière que jette Lebrecht sur le monde musical devient aveuglante à mesure que l’on découvre les dessous de cet univers vicié à l’extrême.Presque tous les grands chefs sont à la tête de deux, voire trois orchestres à la fois, en plus d’agir comme chef invité à droite et à gauche.Sans compter les enregistrements sur disques ou pour la télé et le cinéma.Ces multimillionnaires de la musique ont depuis longtemps perdu toute notion de l’art pour l’art Et à la question «Est-ce que le public en a pour son argent?», Iœbrecht y va d’un non catégorique.Le travail de ces chefs en constante tribulation laisse beaucoup à désirer parce que bâclé à toute vitesse.Et les plus occupés de ces maestros tombent vite dans une paresse intellectuelle évidente, se contentant d’un répertoire limité, ignorant toute musique contemporaine.Le traitement réservé aux Noirs, aux femmes et aux homosexuels — «les laissés-pour-compte» — n’est rien pour rehausser l’image de cet univers particulier.«En des temps où il n’est question que d’émancipation raciale, d’égalité des sexes et de libre choix, aucun Noir, aucune femme, ne se trouve à la tête d’un orchestre de haut niveau, et les homosexuels doivent, impérativement, tenir dans l’ombre leur style de vie.» (page 299) Lebrecht ne laisse aucune place à la naïveté ou à la candeur du mélomane qui dort en chacun de nous.Le mérite de son ouvrage repose davantage sur le fait qu’il nous amène, en ouvrant nos yeux sur un monde insoupçonné d’intrigues et de vaines rivalités, à ouvrir du même coup nos oreilles sur des performances que l’on a longtemps tenues pour géniales alors qu’en réalité, elles découlaient fort souvent d’un machiavélisme inavoué.Heureusement qu’il jette une lueur d’espoir sur l’avenir, avec l’arrivée progressive de jeunes chefs d’une autre facture et qui croient encore en l’idéal accessible d’une musique authentique, fidèle à l’esprit de ceux qui l’avaient d’abord conçue.«Le concert est mort», déclarait Glenn Gould il y a 30 ans.Avec le recul du temps, on constate que ce visionnaire avait vu juste.Les salles se vident, alors que de plus en plus de mélomanes créent leur propre concert dans l’intimité de leur foyer, grâce surtout à une technologie extrêmement sophistiquée.Lebrecht, visionnaire à sa façon, a peut-être raison quand il affirme que le chef d’orchestre tel qu’on le connaît s’en va «allegro molto» vers sa propre mort ,6 Alors le Tu es inscrit à temps plein dans un cégep ou un collège du Québec ?rand concours de JOURNALISME Le Devoir est pour toi.• Fais-nous parvenir un article critique (au moins 800 mots) sur une manifestation qui concerne la vie sociale et culturelle d’ici: par exemple un film, un livre, un événement culturel ou sportif.• Parles-en à ton professeur de français car ce concours peut aussi être réalisé dans le cadre de tes cours.La date limite des envois des textes au journal Le Devoir est le 21 Mars 1997.La remise des piix aura lieu en Mai 1997.\ A gagner?Plusieurs prix tels un ordinateur,débourses d’études ou des dictionnaires, sans oublier la publication de ton article critique dans Le Devoir.L.\ Fondation dp Devoir Pour en savoir plus au sujet des modalités de participation, informe-toi auprès de ton professeur de français.5GUÉRIN ET MUÔEE ATEWA DT au rom.Dt lilt «.UNT ttwîni AQPF d« prolnmm et profmoin 4c fraitgn 1-800-267-0947 bto-québec ^ ^ Hydro Québec LE FEUILLETON • \  la maniéré d’un film.Jean-Pierre Denis LE BOUQUET EMBRASÉ William Kennedy Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier éditions Actes Sud, 1996,297 pages e 17 octobre 1908, un mini-scandale ébranle la communauté de la petite ville d’Albany, capitale de l’Etat de New York: un homme entre à l’im-proviste dans la suite d’un hôtel, y trouve sa femme accompagnée d’une autre femme et d’un homme, la tue, blesse l’homme et s’ôte la vie.Cet événement (pierre de touche du récit), le lecteur prendra longtemps avant d’en comprendre le sens et les ramifications.C’est que Kennedy adore les histoires complexes et, comme Faulkner, les _______________ chronologies saute-mouton.Ne ./«frljy' soyez donc pas surpris de vous re- trouver deux pages plus loin treize WK 3118 auparayant, l’année de la grande foire de l’Etat de New York qui se ® Y*' tient à Albany.I Ce récit, conduit à la manière d’un film (rappelons que Kennedy a notamment coécrit avec Francis Ford Coppola le scénario de Cotton Club), mais tout de même écrit comme un roman, nous raconte la vie d’une famille illustre de la fin du XDF-début XXe siècle à un moment charnière de son histoire.Au faîte de son apogée, un mariage non souhaité, qui brise les attentes de la famille, va précipiter une série d’événements qui vont conduire à sa destruction.Tout commence par un service rendu par Emmett Daugherty, nouvellement émigré de son Irlande natale, à Lyman Fitzgibbon, un homme riche et puissant d’Albany (instruit aussi: il a traduit le Germania de Tacite en anglais, a été ambassadeur britannique et est par ailleurs inventeur de machines métallurgiques).Ce dernier se jure alors qu’Emmett ne sera jamais plus dans le besoin et que ses enfants feront les meilleures études possibles.C’est là qu’intervient Edward, fils d’Emmett.Après de brillantes études au Colombia College, il revient à Albany et tombe amoureux de la petite fille de Lyman, Katrina, avec qui il avait partagé une partie des jeux de son enfance.D’abord hésitante (elle en tombe même malade: elle craint de perdre son «patrimoine»), Katrina va finalement céder aux avances d’Edward, contre l’avis de ses parents.Il faut dire aussi que le propre père d’Edward ne veut pas de ce mariage.Il n’a jamais pardonné à Jacob Taylor (le père de Katrina) d’avoir commandé à ses hommes de battre sauvagement son frère, Davy, au moment où celui-ci tentait de syndiquer les employés de la scierie.Le conflit, cependant, n’oppose pas que la riche classe bourgeoise d’Albany et les travailleurs, il a de plus lointaines racines, religieuses et raciales.C’est aussi le conflit qui oppose depuis toujours les Irlandais aux Hollandais et surtout aux Anglais qui sont devenus les maîtres dans l’Etat de New York.Edward, qui est dramaturge, va longtemps tenter de redonner une histoire à ces Irlandais dont les livres ne parlent que pour en dire du mal.«Les Irlandais sont des gens abominables, faux, sournois, perfides.La pire façon de les gouverner serait de leur céder en quoi que ce soit.Ils croient toute concession dictée par la crainte, et ils n’ont pour ceux qui les craignent que honte et mépris.La coercition a plus de chance de réussir.ils respectent la main du maître, même si elle se montre dure et cruelle.», lit-on dans un livre de la bibliothèque de Lyman qu’Edward a jadis consulté.Un autre rappelle que la guerre qui opposa Irlandais et Anglais entre 1641 et 1652 fit passer la population irlandaise d’un million quatre cent soixante-six mille à six cent seize mille âmes, ne leur laissant que des terres incultes qui les condamnaient à vivre dans des cabanes qui n’avaient ni cheminées ni porte ni fenêtres.On comprend mieux alors ce qu’on appelle aujourd’hui la guerre de «religion» en Irlande.Mais ceci est une autre histoire.Nul n’est prophète.Ce roman, qui s’attache à mettre en relief cette opposition qui teinte toute chose, en tire aussi les motivations profondes de ses personnages, notamment en ce qui concerne Thomas Maginn, journaliste à XArgus (journal local), ami d’Edward, et qui se révélera aussi son pire ennemi.Fils d’un Irlandais qui récupère la peau et les os des chevaux morts afin de les vendre aux fermiers qui élèvent des cochons, Maginn, homme intelligent (mais amer) qui aurait pu connaître un destin meilleur, qui n’aura jamais de chance avec les femmes (il finira patron d’un bordel), va WILLIAM KENNEDY Le Bouquet embrasé ,10m |r,ir H| ACTES SUD r U* / ‘ rs&wf fjr RK Æi-’ KW r-.'i .1 •.$*,’n-ryg;-v'i%'.| scénariser une sorte de petit complot pour se venger d’une farce que lui avait faite Edward.Avait-il prévu les conséquences de son geste, ses suites funestes?Il faudrait être Dieu pour avoir cette science de l’avenir.Il en est pourtant la source.Ni vraiment bon, ni vraiment mauvais .disait Aristote.En fait, beaucoup d’autres événements vont concourir à l’échec de ce mariage et freiner l’ascension sociale d’Edward, que ce soit la mort de Jacob Taylor et d’une autre de ses filles lors de l’incendie du restaurant le Delavan, les pièces de théâtre de plus en plus personnelles qu’écrit Edward et qui sont de plus en plus mal reçues par la communauté, sa femme, Katrina, qui a toujours tenté de reproduire autour d’elle le luxe et la grandeur de sa famille.En somme, l’amour est-il possible entre personnes inégales?«Son but personnel [dans ses pièces], tel qu’il se le formulait, était de voir les Irlandais atteindre le niveau intellectuel des Américains de souche hostiles aux immigrants [.] de leur montrer la voie pour s’élever au-dessus de la condition paysanne dans laquelle ils étaient nés.» Même les Irlandais lui reprocheront le portait qu’il trace d’eux-mêmes - comme quoi nul n’est prophète en son.ethnie.Cette histoire, comme il y en a tant dans cette Amérique puritaine qui ne manque pourtant pas de passion (on en voit ici les dessous), Kennedy la poursuit depuis déjà un bon moment, en fait depuis qu’il a entrepris, en 1978, d’inaugurer la saga de la «tribu Phélan» - une saga où il a mis à profit les recherches qu’il a entreprises durant les années 60 sur les archives de la ville d’Albany, où il vit (Billy Phélan, 1978, L’Herbe de fer, 1983, Le Livre de Quinn, 1988, Vieilles carcasses, 1992).Maître dans l’art du suspense raffiné, mais crédible, expert du roman à facettes, aux péripéties multiples, Kennedy monte son récit comme l’ont fait avant lui des écrivains tels que Faulkner ou Henry James (l’auteur fait d’ailleurs raconter à ce dernier, lors d’une rencontre avec Edward, que son père lui disait toujours de ses contemporains qu’ils étaient «tous des hommes pleins d’avenir, d’un charme romantique [mais] qu’ils avaient tous fini [.] de manière déplorable, totalement déplorable.» Et il le fait bien, c’est-à-dire avec un art consommé de l’intrigue, qui ne manque par ailleurs pas de style.A ceux qui aiment les romans fortement charpentés, bien documentés sur le plan historique, Le Bouquet embrasé saura certainement plaire.Reste que cette œuvre n’a pas la grandeur et la démesure de celles de Faulkner.Il lui manque sans doute la chaleur du Sud et la vraie misère dé ses gens.ESSAIS Le temps du changement LA FAMILLE DESINSTITUEE Introduction à la sociologie de la famille Marie-Blanche Tahon, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1995 230 pages MARCEL FOURNIER Au cours des 25 dernières années, les pays occidentaux ont été, au plan démographique, marqués par d’importants changements: baisse de la nuptialité, hausse de l’union libre, hausse de la divorciabilité, baisse de la natalité, hausse de la monoparentalité.Que reste-t-il de la famille?Est-ce, comme certains l’annoncent, la mort de cette vieille institution?Un tel questionnement donne une importance au travail de Marie-Blanche Tahon, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa, qui, elle, se montre plus nuancée: il faut plutôt parler de la «famille désinstituée».L’expression est ambiguë, mais, comme le note l’auteur, elle a l’avantage «d’attirer l’attention sur des questions fondamentales», dont évidemment celle de la place des femmes dans la société.Si famille désinstituée il y a, c’est que «l’alliance [symbolisée par le mariage dans nos sociétés] ne fonde plus la famille mais encore que le principe de filiation séculaire [la patrilinéarité] tend à être sapé».Les rapports binaires Il ne faut pas se fier au sous-titre qui présente l’ouvrage comme une introduction à la sociologie de la famille.Marie-Blanche Tahon ne cherche pas à présenter tous les tra- vaux théoriques et empiriques consacrés à la famille: elle fait, ce qui est étonnant et regrettable, peu de cas de l’immense littérature américaine ou plus largement anglo-saxonne.L’objectif est plutôt de développer une perspective multidisciplinaire — au carrefour de l’anthropologie, de l’histoire et de la sociologie — en s’inspirant des réflexions et des recherches de sociologues féministes européens.En filigrane, et c’est là l’intérêt de son «introduction à la sociologie de la famille», Marie-Blanche Tahon poursuit une réflexion personnelle basée sur les distinctions «femme»/«mère» et «hom-me»/«père»: ««homme» et «femme» renvoient à des rapports sociaux binaires, tandis que «père» et «mère» renvoient à des rapports sociaux binaires» (incluant l’enfant).L’ouvrage comprend deux grandes parties.Dans la première partie de l’ouvrage, Marie-Blanche Tahon propose une analyse des notions d’alliance, de filiation et de division sexuelle du travail, tout en présentant une «contextualisation historique et socio-logique».Il est évidemment impossible de présenter en quelques pages toute l’histoire de la famille: l’auteur se limite à l’institution du mariage.Le rapide survol historique permet de mettre en lumière l’importance des transformations récentes.Une grande question est au cœur de l’analyse: «La famille est-elle compatible avec des droits individuels de liberté et d’égalité?» Une telle question peut apparaître saugrenue.«J’avance l’hypothèse, écrit Marie-Blanche Tahon, que la reconnaissance du droit des femmes à contrôler leur fécondité constitue un point d’aboutissement dans la reconnaissance des femmes comme des individus libres et égaux aux hommes»:.Cette reconnaissance récente s’inscrit dans «une longue histoire de l’individuation qui, ultimement, n’a pas épargné les femmes».La nouvelle famille La deuxième partie est consacrée spécifiquement à l’analyse «des effets paradoxaux de ce processus d’individuation sur les membres de la famille et sur la famille elle-même», dans un «décor» nouveau caractérisé par d’importantes transformations: allongement de l’espérance de vie, perte de l’influence de la religion, mise en place de l’État «assurentiel», salarisation massive des femmes.Une «révolution» s’est produite: les femmes ont acquis le droit de contrôler leur fécondité: les femmes mariées peuvent aujourd’hui transmettre un «nom de fille» à leur enfant.Les thèmes qu’aborde Marie-Blanche Tahon, avec, à l’appui, de nombreuses données québécoises et canadiennes, sont les suivants: le sens de l’enfant, le divorce, l’union libre, les familles gynéparentales (de gyne, femme; une parente-femme), les familles recomposées, le partage des tâches, et la place des pères.Qui a gagné?On peut regretter que le père soit aujourd’hui dépossédé, la mère, surchargée et l’enfant, tiraillé.La famille désinstituée n’est pas pour autant une famille malheureuse: «elle est une famille où les repères, qui ont longtemps présidé à son institution, deviennent flous quand Us ne sont pas en voie de disparition».Pour le meilleur et le pire.A l’image de notre époque. I, K |) K V (I I It .I, E S S A M E I) I 4 E T D I M A N (' Il E i> .1 A X V I K It I !) I) 7 I) 7 li-s i ji-Mu tit/ ;Î| 111*1 PH WMMy .jxIzJwû -, Jusqu'au 26 janvier 1997 Entrée libre grâce â noranda Time Néo, 1996.Photo : © Guy L'Heureux.DU MERCREDI AU'DIMANCHE • De MIDI À 19 H Centre international d’art contemporain de Montréal 314, rue Sherbrooke Est • Renseignements : 288-0811 Des séances de jeux sont offertes pour les enfants de 3 à 12 ans accompagnés d'un adulte.Renseignements/inscriptions : 514 939.7026 Les séances de jeux bénéficient de l'appui du Conseil des Arts du Canada.Centre Canadien d'Architecture/Canadian Centre for Architecture 1920, rue Baile, Montréal, Québec, Canada H3H 2S6 LA COLLECTION ŒUVRES PHARES Les Acquisitions récentes en art actuel Musée d’art contemporain de Montréal 185, rue Sainte-Catherine Ouest jusqu’au 6 avril BERNARD LAMARCHE T) arce qu’elles sont souvent assom-JT bries par l'extravagance, le presti-«£ ou l’effet de rareté qu’offrent les ^positions particulières présentées par les musées, les collections permanentes de ces institutions sont souvent négligées par le public.L’occa-sïpn est belle d’aller y faire un tour, la plupart des galeries étant fermées pour encore un moment.Ce sont des lieux où les oeuvres, soumises à l’im-gératif muséal de devoir «montrer» continuellement sa collection, sont perpétuellement «remises en œuvre», (Te) présentées à nouveau et toujours en relation avec d’autres œuvres.'••C’est également la manière pour un musée de proposer, à même ces regroupements, un discours, une ap-jji-oche, un type d’encadrement pédagogique ou didactique qui redouble le cadre immédiat ou physique des couvres.La mise en exposition des œuvres, un mécanisme faussement invisible qu’on escamote lors des visites d’expositions, peut ainsi «accrocher» le spectateur.Parlons donc d’accrochage au Musée d’art contemporain de Montréal (MACM).Deux collections Avec l’exposition sur les collectionneurs, dont le principal intérêt pour le public était la remise en circulation d’œuvres inaccessibles autrement, le Musée provoquait une situation particulière.C’est qu’on retrouvait sur les iqurs deux ensembles d’œuvres — Composition permanente et celle des collectionneurs — dont le principal critère d’assemblage ne provenait pas (j’un désir de mettre en relation des œuvres autour de thèmes forgés à partir d’elles.Le raisonnement à la base de ces événements demeure qu’au préalable les œuvres réunies appartiennent à une collection.Elles sont présentées au musée dans un contexte qui valorise moins leur qualité d’œuvre plus ou moins canonisée que cette appartenance à une collection.Nonobstant le mandat traditionnel des institutions muséales voulant qu’elles montent, en vertu d’une supposée objectivité, des collections «représentatives» des principales tendances en art contemporain, la même situation prévaut pour les salles de la collection.La collection permanente , Pour L’Œil du collectionneur, les médias ont longuement épilogué sur l'incapacité des conservateurs à forger un discours inventif, déléguant aux collectionneurs le soin de rassembler des œuvres à leur place.Dans le cqs de la collection permanente — qes dernières sont souvent organisées selon un parcours historique et .chronologique —, on a cette fois cherté à se détourner de ce type d’alignement orthodoxe, pour proposer, dans les cinq salles qui l’accueillent, •qn accrochage relativement plus ouvert.Une très belle initiative, qui sans tout à fait sortir des classifications modernistes par média ou par style, s’extirpe d’une reconstitution historique et offre d’autres entrées pour la lecture des œuvres.Une initiative, on John Cage), James Brown, en plus d’Irène Whittome (une acquisition récente), Roland Poulin, Gérard Ga-rouste, se retrouvent dans la même salle en même temps qu’une spectaculaire ruine en plâtre du duo français Anne et Patrick Poirier, Le Temple aux cent colonnes, de 1980.C’est sans doute la salle la plus cohérente, si l’on considère quelle parvient à cerner un propos central, en dehors de considérations historiques.Les acquisitions récentes C’est ici que la conservatrice Josée Bélisle, responsable des collections permanentes du musée, a produit l’accrochage le plus éclectique et le plus risqué.Les œuvres y sont disséminées dans un vaste espace dégagé qui s’oppose au fourmillement d’œuvres auquel on est habitué.Cette économie particulière dans la présentation des œuvres laisse place à plus d’espace entre les œuvres permettant ainsi, pour quiconque s’y arrête un peu, de lire chacune des œuvres à la lumière de celles qui l’environnent.En fait, cette salle place l’attention du spectateur sur le parcours entre les œuvres, en lui laissant un maximum d’espace.Le sens de cet accrochage semble volontairement vouloir nous échapper, car l’encadrement pédagogique est réduit à son minimum.On convient que la tâche du visiteur s’en retrouve compliquée quelque peu, mais on apprécie aussi une exposition qui questionne par les vides qu’elle laisse entre les œuvres.11 n’aurait en ce sens pas été vain d'indiquer au spectateur, à l’entrée de la salle, la manière par laquelle il allait être sollicité, pour lui rendre l’expérience encore plus tentante.Le prétexte de cette exposition est légèrement pris en défaut.Rien ne semble destiner ces œuvres à occuper un même espace, sinon qu’elles ont été acquises dernièrement.Le Œil pour œil A~ oison, Étude conceptuelle pour une moquette interactive de la bibliothèque Laurentienne de Florence, 1996.G Ben Nicholson 1996 z LU CU LAU espère, qui saura mener à d’autres essais de ce genre, peut-être encore plus audacieux (on en est pas encore là) plutôt que de voir le musée se retrancher derrière des formules plus prudentes qui ne cherchent pas à faire dire à l’œuvre autre chose que sa place et son rang dans l’histoire.La promotion de la collection permanente des musées semble trop souvent exemptée de l’obligation de chapeauter les œuvres selon telle ou telle configuration thématique.Par exemple, la collection du Museum of Modem Art, un des foyers du modernisme, exhibe encore un accrochage qui correspond aux chapitres de l’histoire de l’art du XXe siècle.Sans que cela équivaille à tricher avec l’histoire, et malgré des œuvres moins prestigieuses que celles du MoMA, le MACM a privilégié, pour ce qui est de la mise en exposition des œuvres, quatre modes d’exposition différents, un par salle.D’abord une mise au point historique pour ce qui est d’œuvres abstraites, puis un autre, par média, problématisant une appropriation de l’espace et un troisième, thématique, qui rassemble des pièces d’horizons variés autour d’un thème unique, traversées qu’elles sont par un frisson proche de la mort.Le quatrième volet concerne les acquisitions récentes.Dans la première salle, on peut admirer diverses peintures abstraites produites au Québec et ailleurs, depuis les années 40 jusque dans les années 60: des abstractions lyriques (Gottlieb, Ernst, Borduas, Pellan), d’autres géométriques (Molinari, Gaucher, Tousignant, Leduc).Des sculptures de Vaillancourt et de Arp complètent cette salle.Pour lier cette salle avec la seconde, on a admirablement disposé un Cari André, une procession de pièces de cèdre enchâssées, qui rend l’idée d’une transition en même temps qu’elle donne le sentiment très net de trancher l’espace pour obliger le spectateur à en prendre conscience, établissant ainsi le thème de la seconde salle.Ici, un des lits de Goulet, Trophée, de 1986, rencontre une œuvre de Keith Sonnier, La Salle (1980) qui utilise le mur de la même façon, en s’y appuyant.Des œuvres de Charles Daudelin, de Charles Gagnon, un Pierre Ayot (ses'caisses d’oranges) et un Rabinowitch com- plètent la salle, autour de références pop parfois, en relation avec l’art abstrait ailleurs, mais toujours en questionnant l’espace, ce que l’art moderniste de la salle précédente oblitère totalement.La troisième salle, où on a disposé sculptures, peintures, et installation vidéo, malgré la symétrie dans l’accrochage qu’on ne peut s’empêcher de trouver suspecte, parvient à articuler avec assurance un thème, la mort, qui prend son importance dans certaines œuvres grâce à leur mise en relation avec d’autres.Jim Dine, Nam June Paik (une pièce en hommage à problème, c’est que le critère de sélection est extérieur aux œuvres.C’eût été mince, s’il ne s’était agi que de cela.Mais quand on s’arrête aux jeux de jarres de Marie A.Côté, aux métaphores de Martha Flemming et Lyne Lapointe, aux lents mouvements du Mona Hatoum, au Capito-née House-Plan, de Kuitca qui reprend, comme le Hatoum, le motif du lit, à l’éther des œuvres de Al Mc-Williams (Veil, 1991) et de celles, magnifiques, de .N Ionique Mongeau, aux pantins animés par la vidéo, de Tony Oursler et au tronc d’arbre sur lequel navigue une petite fiole, de Laurie Walker (qu'on voit aussi danjs L'Œil.), on comprend qu’il y a plus qu’une mise en spectacle de la collection du Musée dans ces salles.Lés liens entres œuvres sont multiple^, leurs significations sont sans cesse relancées par le contact des autres.C’est qu’après tout, il ne s’agit peut-être pas seulement d’une question d'Œil ni même de clin d’œil., m RICHARD-MAX TREMBLAY Can’t Hear You (Autochtonous), Short Space, 1992, de Mona Hatoum RICHARD-MAX TREMBLAY Li’ïiistoire à l’œuvre du 9 janvier au 16 février 1997 Sylvie Bouchard Joseph Branco Alain Laframboise Sylvie Readman Danielle Sauvé Louise Viger Commissaire invitée : Chantal Boulanger Vernissage le jeudi 9 janvier de 18 h à 20 h visite guidée gratuite le dimanche 19 janvier à 14 h frf» Galerie du Centre des arts Saidye Bronfman WÊ 5170 Côte-Ste-Catherine, Montréal H3W 1M7 tyUfciT* Tel.: (514) 739-2301 Fax:(514) 739-9340 YM-YWHA 1 E |} K v 0 1 15 • ¦- E S S A M E I) I 4 E T I) 1 M A N C II E 5 J A N V I E II I !) !) 7 ifflSe ¦ ® w~m m ® r ® i 1 I I R B B R I 1 R R I R I ¦ I ¦ ¦ B I i I P « B B ¦ B M ummwA\ > ipa B^TfanlwelL H’ I l J £?*PSi8C ¦H ^jjrar as**1*- iflOEEB! «IX» *-**
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.