Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (5)

Références

Le devoir, 1997-01-18, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
?LE DEVOIR * Le roman québécois Page D 3 Le feuilleton Page D 5 ?[S VISUELS J Sylvie Readman Page D 6 Grille télé du week-end Page D 7 Formes Page D 8 Marcelle Ferron L’esquisse d’une biographie Une retranscription d’entrevues, récrite et mise en forme, donne l’occasion de s’introduire à l’œuvre et à la vie de l’une des artistes marquantes de l’art québécois.PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Le jeune éditeur Michel Brûlé ne manque pas d’audace.Sa petite maison, Les Intouchables, créée il y a trois ans, tient le coup contre vents et marées.Du mémorable Le Québec me tue de la jeune Hélène Jutras jusqu’à PQ de sac, un pamphlet tout chaud traitant des relations qu’entretient le Parti québécois avec les communautés ethniques et culturelles, Brûlé a publié à ce jour quelque 35 titres.Le jeune éditeur trouve quand même le temps d’écrire.Michel Brûlé publiait ainsi une biographie de Marcelle Ferron intitulée L'Esquisse d’une mémoire.L’entreprise est sans prétention, à l’image de Brûlé.«Ce n’est surtout pas un livre savant, ni un livre de référence.Je ne voulais pas faire un livre sectaire mais plutôt un ouvrage accessible à un large public», prévient-il.Le genre biographique comporte deux pièges.Ou bien l’auteur verse dans l’hagiograhie, ou bien il déboulonne méthodiquement une statue.Brûlé a évité ces deux écueils sans pour autant accoucher d’un chef-d’œuvre.Son entreprise s’apparente plutôt à une «introduction» à l’artiste et à son époque, celle du Refus global et des automatistes.Les spécialistes de l’histoire de l’art qui s’y aventureront ne pourront qu’en sortir déçus.On n’y trouve ni analyse profonde, ni réflexion édifiante sur l’art.Brûlé a plutôt choisi de raconter, en toute simplicité et de façon linéaire, la vie exceptionnelle de Ferron.Personne ne pourra lui reprocher cette heureuse initiative.Il n’y aura jamais assez de livres d’histoire et de biographies consacrés aux grands artistes québécois de ce siècle.Des milliers de jeunes lecteurs, entre autres, prendront plaisir à découvrir qui était l’au-teure de la superbe verrière de la station de métro Champ-de-Mars.D’autant plus que l’éditeur a enrichi l’ouvrage de trois cahiers de photos et de reproductions d’œuvres de l’artiste.Michel Brûlé a rencontré Marcelle Ferron en juin 1995.Il lui avait demandé d’illustrer l'ouvrage collectif Je me souverain.Le jeune auteur-éditeur avait été impressionné par sa rencontre.«Ce qui m’a tout de suite séduit chez elle, c’est sa façon de raconter les choses.C’est une conteuse extraordinaire.Sa vie est d’un très grand intérêt.Non seulement d’un point de vue artistique mais aussi d’un point de vue social.Cette femme a traversé le siècle», dit-il.L’aventure a duré trois mois, l’été dernier.Le jeune homme et la vieille dame se rencontraient une fois par semaine.Brûlé braquait son magnétophone.Le livre est ni plus ni moins la retranscription — récrite et mise en formes — de ces conversations.Le fil d’une vie En près de 300 pages, on remonte lentement le fil de la vie de Marcelle Ferron depuis sa naissance, le 24 janvier 1924.On revoit son enfance marquée par la tuberculose osseuse, VOIR PAGE D 2: FERRON I, li I) !•: V O I li , I.E S S A m e D I I « E T d I M a N (' Il E I 0 .1 A X V I E lî I 0 9 7 fe» ' François Truffaut dans une scène de La Chambre verte, en 1978.«Je suis fidèle aux morts, je vis avec eux.», disait-il.Pour lui, la vie, c’était l’écran, l’ultime refuge, les fdms des autres que l’on dévore à coups de trois par jour, puis les siens qui témoignèrent des passions, des ratures, des fragilités d’une existence toujours en quête d’une œuvre nouvelle, d’un amour plus incandescent.François Truffaut fut «l’homme cinéma» dont la vulnérabilité se découvre dans la quête minutieuse de cette biographie nouvelle signée Antoine de Baecque et Serge Toubiana.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Il fut l’une des personnalités les plus fascinantes du cinéma français, fascinante parce que souvent insaisissable, portée par un talent, une blessure ancienne née d’une enfance incomprise, un opportunisme, une fébrilité, une énergie fragile.François Truffaut, le jeune loup de la critique aux Cahiers du cinéma qui lessiva de sa prose assassine le «cinéma français de qualité» avant de s’élancer sur la Nouvelle Vague, le talent brûlant des Mistons, des 400 Coups et de Jules et Jim, le cinéaste qui devint au fil des ans, ironie du sort, le nouveau porte-étendard du cinéma de qualité français, méritait bien cette imposante brique patiemment fouillée et passionnante que lui consacrent aujourd’hui An- toine de Baecque et Serge Toubiana.Cette biographie-fleuve du réalisateur de La Nuit américaine nous livre le visage déchiré d’un homme fou du cinéma (et de ses actrices), perpétuellement insatisfait, sautant d’une crise à l’autre.«Il y a dans la trajectoire de Truffaut un parfum romanesque qui le rattache au XIX' siècle, ce qu’on pourrait appeler la marque de la destinée», écrivent à quatre mains les auteurs.Les 400 Coups, son premier long métrage si réussi, avait déjà évoqué l’enfance ballottée, clandestine.Dans cette biographie, elle éclate, pathétique, comme un déchirement intime, jamais consolé.Il fut en 1932 le fils illégitime, longtemps renié, abandonné, VOIR PAGE D 2: TRUFFAUT Cahier epéciaL Le 1er février 1997 EE DEVOIR Tombée publicitaire: le vendredi 24 janvier 1997 Rentrée littéraire < I.!•: I) K V Dili, I.Y S S A M K DI IS Y T I) | ,\| \ puis récupéré par sa mere et son i._beau-père mais toujours négligé, l’enfant sauvage qui demeurera toute sa vie le grand défenseur du droit à un ' premier âge heureux, élevé seul, à la ; dure, sans amour.Il eût pu tourner mal comme on dit, n’eût été sa curio-sité insatiable, sa boulimie de cinéma et de littérature.Trois films par jour ; et trois livres par semaine; tel est le refuge de son adolescence, histoire d’oublier «une mère qui ne me suppor-tait que muet».Truffaut fut l’homme ; également de ses rencontres, celle, capitale, d’André Bazin, de Jean Ge-net aussi, le poète maudit, délinquant en qui Truffaut se reconnaissait et qui lui donna son amitié.Comme celle d’Henri Langlois, le passionné et brouillon conservateur de la Cinémathèque française qui lui ouvrit la porte de son antre, sans compter les Cocteau, Hitchcock et compagnie, famille d’élection qui sut le nourrir intellectuellement, faute de lui apporter ce qui lui manquait le plus: son vrai père.La vie de Truffaut, fertile en rebondissements, n’allait jamais cesser d’inspirer son oeuvre, à travers la sé-¦ rie des films mettant en scène Antoine Doinel bien sûr (personnage incar-, né par son alter ego Jean-Pierre Léaud), mais aussi pétrissant d’éléments autobiographiques la plupart de ses scénarios, de Jules et Jim à La Chambre verte en passant par L’homme qui aimait les femmes et Tirez sur le pianiste.Autodidacte qui devint cinéaste à - ¦ force de consommer du cinéma et de s’approprier les styles qu’il admirait, l’érudition cinéphilique de Truffaut sera mise très tôt à contribution à travers son implication dans les ciné-clubs, le cercle Cinéma qu’il fonde en 1948, puis le journalisme à la petite semaine enfin la critique, qu’il marqua au fer rouge.Truffaut fut l’homme des revirements.Celui qui avait aimé d’amour le cinéma français allait dans l’après-guerre découvrir et adorer le cinéma américain au point de partir en croisade contre le septième art maison de papa.Son virulent papier dans les Cahiers du cinéma «Une certaine ten- - dance du cinéma français» en janvier ; 1954 fera date.Il marquera l’avènement des jeunes turcs de la critique, tous ces Rivette, Godard, Chabrol, Truffaut et compagnie qui allaient , passer la tradition française au vitriol , avant de faire le grand bond à la réalisation en créant la Nouvelle Vague.Polémique, hussard, prolifique, Truffaut fit le grand ménage dans le cinéma français avant de plonger dedans tête baissée.Il eut des vies superposées en couches successives.Le cinéphile, le - producteur, l’homme à femmes qui eut des aventures avec ses armadas - d’actrices, le critique balayé par le ci-, néaste qui s’affirma, le jeune homme qui signe son court métrage Les Mis-tons puis ses Quatre cents coups en se .laissant financer par sa future femme, - Madeleine Morgenstern, et son beau-I.père distributeur.Arriviste, François ; Truffaut?A sa manière.Le rebelle fut aussi le nouveau riche au volant de sa Facel-Vega, habillé parTed Lapidus et par Cardin.Celui qui s’est emporté jadis contre «le fric qui pourrit les cinéastes bourgeois», ne mènera pas tout compte • lune fait une vie et une carrière si dif-,-férentes de ceux qu’il avait pourfen-Udus.En attendant, il sera catapulté ‘ ; chef de film du nouveau cinéma, tan-, dis que Resnais et Godard jouaient davantage les théoriciens ou les expérimentateurs.C’était avant que le torchon ne brûle entre Godard et Truffaut.Le cinéaste de Pierrot le fou se sentira trahi par le «réalisateur bourgeois, récupéré» qu’il verra en Truffaut.Cette biographie remonte d’ailleurs à la source du conflit entre les deux hommes, leurs WmiM DKIIUCOI | 'i iii.i nu ni w \ ' altercations (Truffaut met l’animosité godardienne sur le compte de la plus verte jalousie).Truffaut c’est aussi Jean-Pierre Léaud, adopté presque enfant à travers son propre rôle dans Les Quatre cents coups, puis gardé dans son écurie, non seulement dans les œuvres du cycle Doinel mais aussi sur la distribution des Deux anglaises et le continent, de La Nuit américaine, etc.Ce Léaud qui deviendra d’ailleurs une ombre après la mort de Truffaut.La carrière de Truffaut sera tapissée tant d’échecs que de succès commerciaux.Avoir démarré avec les Quatre cents coups, primé, célébré ne l’avait pas aguerri aux mauvaises critiques.Elles viendront bientôt, dès Tirez sur le pianiste, qui fut éreinté et s’écrasa en salles.Mais le triangle amoureux Jules et Jim le remettra en selle, film qui bouleversera Renoir, éblouira Cocteau.Sa filmographie sera en montagnes russes, tantôt ascendante, descendante, mais consacrée.Petit à petit, le cinéaste des tournages extérieurs évoluera vers les films de studio.Adèle H.et La Chambre verte témoigneront de ces revirements.L’ex jeune loup de la critique ne fut pas un homme très engagé socialement et, mis à part la bataille qu’il livra en 1968 pour sauver Henri Langlois menacé de destitution à la tête d’une Cinémathèque qu’il avait fondé, Truffaut restera avant tout un individualiste, se battant surtout pour la cause de l’enfance malheureuse à travers des films comme L’Enfant sauvage.Son amour du cinéma qui fut la passion de sa vie ne s’exprimera jamais si bien que dans La Nuit américaine, une déclaration de foi dans le septième art, qui lui vaudra d’ailleurs l’oscar du meilleur film étranger et accroîtra sa notoriété américaine, déjà grande.La biographie de Toubiana et de Baecque nous fera explorer le plateau de tous ses tournages, l’éternelle angoisse du cinéaste qui ne sera jamais aussi éloquemment palpable que dans La Chambre verte, autel des morts où il se donna le premier rôle, film incompris mais où il eut l’impression d’avoir livré le plus intime de ses fidélités posthumes et de ses inquiétudes.On y rencontrera aussi l’homme à femmes, l’amant de Dorléac, de Moreau, de Deneuve, d’Ardant, de tant d’autres, toujours à la poursuite d’un nouvel idéal féminin, jusqu’au cancer qui devait l’emporter un certain 21 octobre 1984, scellant le destin d’un homme qui s’est senti toute sa vie inachevé, porteur d’un chagrin inguérissable et qui décida tout jeune que la vie, décidément, c’était l’écran.FRANÇOIS TRUFFAUT Antoine de Baecque et Serge Toubiana Gallimard, NRF, Paris, 1996 659 pages AFFOLEES Ginette Pelland La Pleine Lune / Essai, 312 pages, 24,95 $ [.] les travaux de madame Pelland constituent des actes de résistance intellectuelle.[.] Un essai majeur sur la séduction et la constitution de l’identité sexuelle.Robert Saletti, Le Devoir.La psychanalyse ne peut se réduire à la cure psychanalytique proprement dite, elle questionne fondamentalement tous les aspects de l’activité humaine.Ginette Pelland aborde, à travers l’analyse de cas singuliers, la question de la séduction et de l’inceste, question qu’on ne peut penser uniquement depuis les termes d’une recherche clinique strictement affairée è traquer l’objectivité des faits.WSÊKÊt ¦ "O- \ Ginette Pellond AFFOLÉES L I V l FERRON «Ma vie est une bataille pour rester droite avec mes idées de gauche!» SUITE DE LA PAGE I) 1 maladie qui avait attaqué sa jambe gauche et qui allait la laisser infirme; son frère Jacques, l’écrivain immense, celui qui lui apportait des reproductions du I.ouvre et lui donnait le goût de la peinture tout en veillant à son éducation littéraire; son père Alphonse qu’elle aimait tant, un homme dévoué envers les plus démuni.s, celui qui l’a amenée à devenir indépendantiste; le passage mémorable à l’Ecole des beaux-arts de Québec; sa rencontre, marquante avec Borduas; l’époque du Refus global, bien sûr, et ses amitiés avec Gauvreau et Mousseau et les belles années de l’automatisme.«L'esprit qui nous animait s’est bien sûr cristallisé dans le Refus global.Il y avait là une sorte de contradiction.En réalité, l’affirmation était davantage au centre de nos préoccupations que le refus.Pour nous, peindre, c’était affirmer et non pas refuser quelque chose.Pour mieux comprendre, il faut replacer ce manifeste dans le contexte de l’époque.Le monde vivait de très grands bouleversements; tout était remis en question.Faire table rase était dans l’air du temps», confie à ce pro- pos l’artiste à son biographe.Le récit se poursuit, s’attarde sur son exil en France, ses années de bistros et de vache maigre; sa brouille avec Riopelle, puis sa «carrière internationale», c’est-à-dire ses succès successifs en France, en Suède, au Brésil, en Tchécoslovaquie, en Allemagne et dans de nombreux autres pays.Son retour à Montréal, en 1966, interrompt une carrière internationale qui aurait pu être encore beaucoup plus fulgurante.Le livre de Michel Brûlé regorge d’anecdotes.On y apprend ainsi qu’un «haut fonctionnaire sous Trudeau» aurait offert à Marcelle Ferron un voyage en Chine, à quelques jours du référendum de mai 1980, de façon à ce que la grande artiste se taise.Elle a refusé, bien sûr.«Ma vie est une bataille pour rester droite avec mes idées de gauche! Tellement de gens sont récupérés.J’ai montré qu’il pouvait en être autrement», dira-t-elle.Marcelle Ferron L’ESQUISSE D’UNE MEMOIRE Farouche indépendantiste, inlassable militante de gauche, féministe avant l’heure — «il n’a jamais été facile d’être une femme peintre» — Marcelle Ferron se montre en rupture avec les valeurs dominantes contemporaines.«En 1953, quand je suis partie du Québec pour m’installer en France, je pensais que c’était pour de bon.Je ne quittais pas ma patrie avec la rage au cœur.Dans le Québec des années 50 comme dans celui d’aujourd’hui, les forces libérales et conservatrices s’opposaient et, il faut bien l'avouer, le gros bout du bâton était dans les mains des conservateurs.Toutefois, en regardant la société québécoise des années quatre-vingt-dix, totalement dépendante du modèle états-unien ultracapitaliste et néolibéral, je me demande où se situe la grande noirceur.Hormis pendant la Grande Dépression, a-t-on déjà vu plus de pauvres et d’exclus qu’aujourd’hui?», constate-t-elle.Malgré toutes ses vertus «pédagogiques», l’ouvrage de Michel Brûlé souffre de quelques dé- fauts agaçants.L’auteur et son sujet versent parfois dans le name dropping.L’artiste nous raconte par exemple qu’un beau jour, elle s’est trouvée assise aux côtés de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dans un café de la Rive Gauche.«Ces deux géants étaient là, à côté de moi, et je pouvais leur parler.J'hésitais et j’hésitais encore.Finalement, je ne leur ai pas parlé.Zut!» Et alors?Nous n’en avons rien à cirer.De la même manière, l’artiste raconte avoir aperçu Louis-Ferdinand Céline, assis près de sa maison et entouré d’animaux.Et alors?L’éditeur a cru bon, par ailleurs, de reproduire, à la fin de l’ouvrage, quelques articles de journaux consacrés à Marcelle Ferron au fil des ans.Iœ hic, c’est que la qualité de reproduction laisse tellement à désirer qu’il est parfois impossible de lire les textes en question.L’ESQUISSE D’UNE MÉMOIRE Marcelle Ferron Propos recueillis par Michel Brillé Les Intouchables, Montréal, 1996 LA VIE LITTÉRAIRE LE DEVOIR Pivot salue Miron L’animateur et homme de lettres Bernard Pivot a rendu hommage au regretté poète québécois Gaston Miron dans le cadre de son émission Bouillon de culture que les Québécois ont pu voir le dimanche 12 janvier dernier sur les ondes de TV5.On a, pour l’occasion, rediffusé des extraits du passage de Gaston Miron à l’émission littéraire Apostrophe s, au début des années 80.«C’était un grand poète», a dit Pivot, ému.Salon du livre de la Côte-Nord Le 13" Salon du livre de la Côte-Nprd aura lieu du 20 au 23 février à l’École Jean-Du-Nord de Sept-îles sous le thème «Bon livre.beaux rêves!».Suivront plus tard les salons du livre de l’Outaouais (du 19 au 23 mars), de Trois-Rivières (du 30 avril au 4 mai) et de l’Abitibi-Témisca-mingue (du 8 au 11 mai).Le Festival de littérature de l’UNEQ aura lieu du 9 au 16 mai, à Montréal.Margaret Atwood honorée L’écrivain Margaret Atwood recevra le 4 février prochain, à New York, la Médaille de littérature du National Arts Clubs, une institution américaine.Margaret Atwood est la deuxième Canadienne, après Robertson Davies, à recevoir cet honneur.Saul Bellows et John Updike ont déjà reçu la même distinction.Un nouvelle multimillionnaire du livre Un septième roman de l’Américaine Patricia Cornwell, Morts en eaux troubles, paraîtra le 27 janvier prochain chez Calmann-Lévy.L’auteure d'Une mort sans nom et autres best-sellers traduits dans plus de 24 pays a signé récemment un contrat de 24 millions U.S.pour trois romans avec l’éditeur américain Putnam.Les 20 ans de Possibles Pour souligner son vingtième anniversaire, la revue Possibles rend hommage, dans sa dernière livraison, à deux membres de la petite équipe qui a conçu et lancé la revue: Roland Gi-guère et Gaston Miron, deux poètes qui, aux yeux d’André Thibault, «n’ont pas de disciples, du sens servile et ennuyeux du terme, mais des héritiers, oui».Possibles donne la parole à Suzanne Jacob, Normand Baillargeon, Georges Amsellem, Jean Royer, Bruno Roy et Jean-Luc Gouin.Ce numéro de Possibles a été publié quelques jours avant la mort de Gaston Miron.Les Contes urbains dans Moebius La revue Moebius reprend en ses pages la cuvée 1996 des Contes urbains du théâtre Urbi et Orbi.On y trouve des textes d’Yvan Bienvenue, Denise Boucher, Jean-François Caron, Diane Dufresne, Pierre Iœbeau et Isabelle Mandalian.Un texte poétique de Françoise Le Gris et une pièce en deux actes de Fulvio Caccia complètent ce numéro 71 de Moebius.Visites d’auteurs L’écrivain français Yves Berger sera professeur invité au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal à la session d’hiver 1997.L’auteur de Immobile dans le courant du Fleuve (prix Médi-cis 1994, Grasset) donnera quelques conférences publiques.Par ailleurs, Jacqueline Harpman, auteure d'Or-la nd a (prix Médicis 1996, Grasset) sera de passage au Québec du 15 au 24 mars.Enfin, l’auteur du livre Enseigner la vérité (Stock), Jean-Paul Joua-ry, séjournera au Québec en avril.LITTERATURE FRANÇAISE Une petite histoire MADEMOISELLE CHON DU BARRY OU LES SURPRISES DU DESTIN Frédéric Lenormand Robert Laffont, Paris, 1996 175 pages MARIE-CLAIRE GIRARD Beaumarchais a dit d’elle, de cette demoiselle, dans ses Mémoires, qu’elle était laide et qu’il y avait là une bénédiction puisque cela lui épargnait de devoir jamais entrer dans le lit d’un roi.Mais c’était modestie de sa part, ajoute Beaumarchais, «[.] car son esprit plaisait tant à Sa Majesté qu’il n’était pas impossible qu’il fût un jour passé outre sa laideur».A partir d’une anecdote vraie mais peu connue Frédéric Lenormand a concocté un délicieux petit roman, brillant d’intelligence et d’humour sur lequel tous les amateurs d’histoire de France devraient se précipiter.La Comtesse du Barry (née Jeanne Bécu) a été la maîtresse du roi Louis XV à partir de 1769.Guillotinée sous la Terreur, elle a contribué à la colère du peuple face à la corruption et aux excès de toutes sortes dans lesquels s’était enfoncée la royauté.Belle mais sotte, elle devait son titre de comtesse à un mariage opportun avec un noble toulousain qui s’était empressé de filer à l’anglaise afin de laisser place (contre rémunération) à l’ascension % r" Frédéric Lcnonnitnd Mademoiselle Clion du Bnrrv sociale de la belle Jeanne.Ce qui ne tarda pas.Mais ce que nous ignorons généralement c’est que la Du Barry fut accompagnée à Versailles par sa belle-sœur, mademoiselle Chon du Barry, laide et boiteuse, mais pleine d’esprit, qui servit de caution et de mentor à la maîtresse du roi, autrement incapable de tenir un tel rang avec l’élégance requise.Frédéric Lenormand laisse la parole à cette observatrice ironique des mœurs d’une société sur son déclin.Que ce soit la méchanceté des courtisans, les vacheries de la dauphine Marie-Antoinette, une rencontre avec Voltaire, qui avoue ne point posséder de réponses mais se poser beaucoup de questions, la narratrice du roman se révèle époustouflante d’humour grinçant tout en faisant preuve d’une douce perversité à la hauteur des esprits qu’elle côtoyait.Elle suivra la Comtesse du Barry dans son exil doré après la mort de Louis XV, échappera de peu au massacre de la noblesse sous la révolution et dira, avec lucidité, à la fin de sa vie, que son plus grand malheur aura été de n’être que la sœur de Cen-drillon.Morte en 1809, à 75 ans, Mademoiselle Chon du Barry constitue l’une de ces figures anonymes, et pourtant marquantes, qui n’ont pas laissé de trace dans l’Histoire, si ce n’est pour ceux, comme Frédéric Lenormand, qui s’acharnent à les débusquer et à leur donner enfin la parole.HISTOIRE Les phalanges animales Les animaux ont depuis toujours été transformés en auxiliaires de combat LES ANIMAUX-SOLDATS Histoire militaire des animaux des origines à nos jours Martin Monestier Le Cherche Midi Éditeur, Paris, 1996,250 pages JOCELYN CO ULON LE DEVOIR Les animaux, presque tous les animaux, bien dressés et bien traités, deviennent les fidèles compagnons de l’homme.En temps de paix mais aussi en temps de guerre.Depuis que l’homme est entré en contact avec les animaux pour en faire mille et un usages domestiques, il a su les transformer en auxiliaires de combat.Tous, ou presque, ont été enrégimentés: abeilles, moustiques, rats, chiens, chats, cochons, pigeons, hirondelles, dauphins, éléphants, chameaux, etc.Au cours de l’histoire humaine, pas une guerre ne semble avoir été livrée sans la participation de quelques phalanges animales.Martin Monestier, journaliste et auteur de livres pour le moins cocasses sur l’histoire des monstres humains ou sur les techniques de suicide ou d’exécution capitale, s’aventure maintenant dans le monde fascinant des animaux-soldats.Son nouvel ouvrage est un véritable trésor.Le texte, vif, documenté et facile à parcourir, est rehaussé d’une iconographie stupéfiante et d’encadrés appropriés.Sous la plume de Monestier, le destin des hommes et des animaux est inséparable.Les animaux partent à la guerre en même temps que les hommes.Dans l’Antiquité, Lucrèce raconte que certains peuples forment leurs têtes de colonnes de hordes de sangliers.Ramsès II s’entoure de fauves qui l’escortent durant les batailles.Les Romains jettent des essaims d’abeilles aux trousses de leurs ennemis alors que d’autres peuples entretiennent des crocodiles autour de leurs places fortes.Au Moyen Age, les militaires attachent des matières incendiaires aux cous des bêtes qui, emportées par l’épouvante, se précipitent sqr l’objectif.Lors de sa campagne d’Egypte, Napoléon remarque l’emploi fructueux que les Arabes font des dromadaires.Il ordonne immédiatement la création d’une régiment de dromadaires.Fendant la guerre du LES ANIMAUX-SOLDATS HISTOIRE MILITAIRE DES ANIMAUX DES ORIGINES A NOS JOURS J DOCUMENTS DISQUES COMPACTS CASSETTES, DISQUES m OUVERT 7 JOURS 10hà22h gg Métro Sherbrooke 849-1913 Métro Mont-Royal d23-6389 Golfe, dauphins et otaries sont employés pour le repérage des mines.Un travail de chien De tous les animaux de guerre, ceux qui ont été — et demeurent encore — les plus utiles sont les chiens, les chevaux, les éléphants et les pigeons.Monestier consacre d’ailleurs l’essentiel de son livre à ces quatre animaux.Les chiens sont de tous les combats.De la Grèce antique à l’Amérique des conquistadors, en passant par les deux grandes guerres mondiales, ils chassent et dévorent leurs victimes, défendent leurs maîtres, alertent leurs régiments, espionnent l’ennemi, transportent des messages et des bombes, repèrent les pièges et détectent les mines.Les chevaux sont tout aussi actifs.Plus encore, ils accompagnent vraiment les hommes.«Partout où l’homme a laissé l’empreinte de ses pas pour se hausser au fil des siècles, de la barbarie à la civilisation, on retrouve nécessairement à ses côtés la marque des sabots du cheval», écrit un historien du XIX' siècle, cité par l’auteur.Et que dire de l’éléphant, cet animal mythique qui fit trembler Rome et assura à certaines dynasties indiennes le pouvoir sur l’Asie?Ce pachyderme terrifiait les soldats et pouvait mettre en déroule des armées entières.Mais sa force colossale était aussi une faiblesse.Rendu furieux par les coups ou le feu, il avait la mauvaise habitude de se retourner contre ses maîtres et d’écraser leurs soldats.L’éléphant a disparu du champ de bataille avec l’apparition des armes à feu.Le pigeon, quant à lui, reste toujours en poste après quelques milliers d’années de service.Porteurs de messages sous les pharaons comme pendant la Deuxième Guerre mondiale, il a su constamment s’adapter, au point qu’un préfet française écrivait qu’après une guerre atomique, «les pigeons prêts et entraînés reprendraient alors leurs vols de liaison et seraient à l’origine des premiers secours» alors que toutes les communications auraient été détruites.Les hommes, écrit Monestier, se sont battus pour, avec et contre les animaux-soldats.Leur ferveur pour les bêtes donne parfois lieu à des actes insensés qu’on ne peut imaginer aujourd’hui.Ainsi, «les luttes obstinées et désastreuses [dans le royaume de Siam] n’eurent pour cause que la seule possession de lêlépliant blanc, fatale et malheureuse bpte qui a coûté la vie à cinq rois».En Ethiopie et en Norvège, des chiens régnent pendant des années, entourés de valets en livrée, d’officiers, de courtisans.Monestier révèle que pendant la Première Guerre mondiale, quelque 120 000 animaux furent décorés pour faits de guerre.Les animaux n'ont pas fini de servir les hommes, même dans leurs pires besognes. I, li I) !•: \' OIK.I.K S S A M K I) I IS K T I) | M a \ C II K I !» .1 A N V I K |{ I !» !» 7 I) 3 - L I V R, E S * LE ROMAN QUÉBÉCOIS Les pères de la génération sensible ?Patrick Nicol mim Les années confuses récits 4S Triptyque Stéphane Bourguignon Le Principe du geyser ¦ I IN E T I) I M A N (' Il E I !» .1 A N V I E H I !» !» 7 1 I V R E 8 CRIMES ET FICTIONS LES PETITS BONHEURS Stephen King/No Stephen King Personnages en quête d’auteur ALAIN CHARBONNEAU DÉSOLATION Stephen King Albin Michel, Paris, 1996,562 pages ; LES RÉGULATEURS Richard Bachman Albin Michel, Paris, 1996,388 pages Les deux livres ne sont pas signés du même nom mais prenez garde car ils sont bel et bien nés de la même plume, comme ne manquent pas de le souligner leurs couvertures jumelles d'un mauvais goût étudié.Les fidèles ne s’y seront d’ailleurs pas trompés qui auront reconnu derrière Richard Bachman le pseudonyme sous lequel Stephen King a écrit dans sa jeunesse des romans d’une veine plus noire que les livres qui l’ont rendu célèbre.Ressuscitant son alter ego — en fait, Les Régulateurs est présenté comme une œuvre posthume —, l’auteur de Carrie a écrit deux gros bouquins qui peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre mais qui, avec leurs personnages communs en proie aux machinations et à la furie d’un seul et même esprit maléfique, Tak, installent un ingénieux dispositif d’échos, de renvois et de vases communicants.Bref, deux livres-miroirs qui sont un peu au maître de l’épouvante et du macabre biblique ce que Smoking / No Smoking sont à Resnais.Désolation et Les Régulateurs sentent un peu le procédé, ce qui ne surprendra pas venant d’un auteur qui a dit de son style qu’il était «l'équivalent littéraire d’un Big Mac et d’une grande frite».Mais il se dégage de leur lecture couplée le sentiment que King s’est follement amusé à les écrire et qu’il a moins cherché à recycler ses propres recettes qu’à se jouer d’elles.Avis aux amateurs internautes: il existe sur le réseau deux sites francophones qui permettent d’explorer l’univers désaxé de King, Fenêtre secrète sur Stephen King (http://www.Generation.NET/~ima gene/fsking/) et L’Univers de Stephen King (http:6//www.emi.u bordeaux.fr/~crego/King/king.cgi).Vous pourrez y lire tout ce que ne disent pas les quinze maigres lignes de cette notule.PANAMA Eric Zencey Belfond, Paris, 1996,385 pages idée n’était pas mauvaise: plon-r ger un Américain — l’historien Henry Adams, auteur un peu méconnu aujourd’hui d’une Histoire des États-Unis d’Amérique — dans la marmite politico-financière de qu’on a appelé, à la fin du siècle dernier en France, l’affaire de Panama (et non Panama, comme il est écrit sur la quatrième de couverture).Avec ses pots-de-vin, ses malversations, ses faillites suspectes, ses procès retentissants et ses suicides pathétiques, le scandale qui a entouré la mise en chantier du fameux canal interocéanique et éclaboussé plusieurs des principaux acteurs de la vie politique K- mm Deux livres-miroirs qui sont un peu au maître de l’épouvante et du macabre biblique ce que Smoking/No Smoking sont à Resnais s' CHEZ y EST-SELLERS le Parchemin s ROMANS QUEBECOIS 1.INSTRUMENTS DES TÉNÈBRES, Nancy Huston - éd.Actes Sud Leméac 2.ANNABELLE, Marie Laberge - éd.Boréal 3.LE PRINCIPE DU GEYSER, Stéphane Bourguignon - éd.Québec/Amérique 4.C’EST POUR MIEUX T’AIMER, MON ENFANT, Chrysline Brouillet -éd.La Courte Échelle W' ESSAIS QUÉBÉCOIS OLIVAR ASSELIN ET SON TEMPS, TOME 1, Hélène Pelletier-Baillargeon - éd.Fides 2.L’AMOUR EN GUERRE, Guy Corneau - éd.de l’Homme 3.GABRIELLE ROY, UNE VIE, François Ricard - éd.Boréal «r ROMANS ÉTRANGERS 1.DES CHRÉTIENS ET DES MAURES, Daniel Pennac - éd.Gallimard 2.DÉSOLATION, Stephen King - éd.Albin Michel 3.LE CHASSEUR ZÉRO, Pascale Roze - éd.Albin Michel 4.TRUISMES, Marie Darrieussecq - éd.P.O.L.«T ESSAIS ÉTRANGERS 1.LÉO FERRÉ, UNE VIE D’ARTISTE, Robert Belleret - éd.Actes Sud/Leméac 2.INITIALES B.B., Brigitte Bardot - éd.Grasset 3.DE VIVE VOIX, Luciano Pavarotti et William Wright - éd.PLON W' LIVRE JEUNESSE 1.ALFRED SAUVE ANTOINE, Yves Beauchemin - éd.Québec Amérique W' LIVRES PRATIQUES 1.LE GUIDE DU VIN 97, Michel Phaneuf - éd.de l’Homme 2.ENCYCLOPÉDIE VISUELLE DES ALIMENTS.Collectif - éd.Québec Amérique W' LE COUP DE COEUR t.LE LISEUR.Bernhard Schlink - éd.Gallimard Mezzanine, station Berri-UQAM, Montréal.84S-S243 î k\ m m ‘M sous la III1' République cumule déjà à lui seul tous les ingrédients qui entrent dans le composition d’un formidable roman d’enquête.Historien de profession, Eric Zencey l’a bien compris et propose avec ce premier roman un amalgame audacieux de reconstitution historique et de fiction policière à la Gustave Leroux.Intéressant quand il évoque les luttes politiques entre la gauche et la droite ou la montée de l’antisémitisme dans la presse écrite (Panama, c’est la générale de l’affaire Dreyfus), Panama convainc moins quand il déroule le fil des aventures un peu rocambolesques d’Adams dans le Paris fin de siècle des symbolistes ou monte en épingle une enquête menée grâce aux nouvelles méthodes d’investigation des policiers qui découvrent alors les merveilles de l’anthropométrie et de la dactyloscopie.L’auteur ne relève qu’à moitié le défi du récit et on quitte son livre avec l’impression que l’intrigue n’a pas rempli les promesses de l’Histoire.GLACEE JUSQU’AU ZOO Mary Willis Walker Liana Levi, Paris, 1996,400 pages Harcelée par ses créanciers et menacée de faillite, une jeune Texane qui exploite une école de dressage de chiens reçoit une lettre laconique de son père, un employé du parc zoologique d’Austin, qu’elle n’a pas vu depuis 31 ans et qui, à son grand étonnement, lui offre de la remettre à flot.Le jour où elle doit finalement le rencontrer, elle apprend qu’il vient tout juste d’être bouffé vivant par un des grands fauves du pavillon dont il était le gardien-chef.Telle est l’amorce doublement improbable avec laquelle Mary Willis Walker appâte à la fois son héroïne'et son lecteur.La suite, rondement menée par une romancière qui fait ses armes à l’âge où, en général, on les dépose, tient de l’enquête policière agatha-christienne et du thriller exotique: deux ou trois meurtres, un cadavre dans le placard, une séquence terrifiante dans la fosse aux serpents, un obscur trafic d’animaux sauvages pour chasseurs capricieux.Prix Agatha 1992, Glacée jusqu’au zoo (ça ne s’invente pas) ajoute un titre à la nouvelle collection que les éditions Liana Lévi réservent à la traduction des romancières anglo-saxonnes.EN TOUTE HONNÊTETÉ Ruth Rendell Québec-Livres/Calman-Lévy Paris-Montréal, 1996,188 pages Ce qu'il y a de bien avec Ruth Rendell, c’est que l’enquête, le whodunit, l’arrestation du coupable ne l’intéressent pas: ce qui l’intéresse, c’est le mobile, lui et lui seul.Avec une finesse et une intelligence qui lui ont valut le titre de reine de la littérature criminelle, l’auteur de Véra va mourir épingle dans les dix nouvelles de son dernier recueil toutes les petites névroses de la vie quotidienne, qui font de chacun de nous des meurtriers en puissance.Il lui suffit des mots croisés du Times, de la moquette d’un salon victorien, d’un étalage de champignons dans un supermarché ou d’une simple loupe mal placée pour actionner la mécanique, à la fois implacable et parfaitement arbitraire, de l’acte criminel.Freud n’aurait pas boudé son plaisir.JOYEUX NOËL, MERRY CHRISTMAS Mary Higgins Clark Albin Michel, Pains, 1996,284 pages Cette note est intempestive car Joyeux Noël, Merry Christmas entre, comme son titre l’indique, davantage dans la catégorie des articles de Noël que dans celle de la littérature, même grand public.Mary Higgins Clark nous avait déjà fait le coup il y a deux ans avec Douce nuit; voici qu’elle récidive avec un recueil de quatre nouvelles qui se raflent mutuellement la palme du risible.Communs à l’ensemble du livre, deux personnages ineffables; Henry, un ancien président des Etats-Unis encore dans la fleur de l’âge (suivez mon regard), et sa femme, la jeune et brillante Sunday, tous deux «associés dans le bonheur comme dans l’aventure».La quatrième de couverture aurait pu ajouter: «et dans le ridicule».Jugez sur pièce: sauvée par son mari des griffes de ses ravisseurs, Sunday a ces paroles inoubliables: «Henry, mon chéri.Surtout, ne m’embrasse pas avant que je me sois lavé les dents.» Misère, misère.Que Le Nouvel Observateur ait consacré une pleine page de son édition de Noël à cette bluette commerciale reste pour moi la grande aberration éditoriale de l’année 1996.Gilles Archambault ?NOUVELLES Luigi Pirandello Traduction, préface et notes de Jean-Michel Gardair Le Livre de poche, collection La Pochothèque Paris, 1996,967 pages On l’ignore trop souvent, Pirandello fut en même temps qu’un dramaturge de premier plan un romancier et un nouvelliste.Si Feu Mathias Pascal, Les Vieux et les Jeunes sont des romans que l’on connaît, il n’empêche que la nouvelle est pour cet esprit tourmenté un territoire d’élection.Il n’est pas indifférent de noter que les trois quarts des pièces de notre auteur trouvent leur source dans ces récits brefs.Son premier recueil, Pirandello le publia en 1894.Il avait alors 27 ans.C’est en 1922 qu’il entreprit les Nouvelles pour une année.11 publierait 24 ensembles de 15 nouvelles, atteignant ainsi au bout du compte le nombre de 365, d’où le titre proposé.Il n’en publia finalement que 235.Le choix que l’on propose ici est exhaustif et constitue une alternative raisonnable à l’édition complète des Nouvelles pour une année, publiée en cinq volumes par Georges Piroué chez Gallimard.Pirandello, dont la réputation d’auteur de théâtre fut phénoménale et qui fut fêté en son temps dans le monde entier, ne s’est jamais éloigné pour bien longtemps de la nouvelle.Le genre lui convenait à merveille.On pourrait même avancer qu’il constituait pour lui une sorte de respiration essentielle.Georges Piroué affirme fort justement que les «Nouvelles pour une année pourraient être par le truchement du fait divers — qui serait comme la brindille autour de laquelle cristallise le sel de la terre — la longue lamentation d’un journal intime confidentiel, murmuré, bouleversant de sincérité; monument d’abord trop sonore, plein d’échos discordants, assourdissants, mais qu’on découvre avec le temps, dans l’intervalle des hurlements, plaintif, désespéré, admirablement en mineur».Même s’il quitte la Sicile à 20 ans, Pirandello y fait se dérouler bon nombre de ses récits.Nul conteur toutefois n’est moins régional que lui.Ses paysans, ses hobereaux ne sont en rien des êtres dont le pittoresque serait l’unique définition.Ils peuvent nous amuser par leurs gestes ou leurs paroles, mais on saisit rapidement l’inconfort essentiel qu’ils ressentent d’être au monde.La nudité du décor H y a dans la plupart des nouvelles la nudité d’un décor dans lequel se dressent des ombres menaçantes.Pirandello est moderne dans le sens où peuvent l’être Chirico ou Crolo Carrà.Chez notre auteur, les personnages ne sont jamais très loin de succomber à la folie.Ils sont hantés par l’idée de la mort et le suicide est une perpétuelle tentation.Georges Piroué, encore: «Et dans cette immobilité silencieuse s’élève la voix fragile d’un Pirandello squelettique, à bout de souffle, saigné à blanc, réservé, pelotonné au plus clos de sa minuscule personne, qui prend congé discrètement, s’éloignant à pas feutrés, tout enveloppé d’une grisaille que le soleil n’éclaire déjà plus, ayant enfin rejoint la paix des profondeurs».Le lecteur d’aujourd’hui trouvera également à la lecture de ces nouvelles un frémissement semblable à celui qui le visite en parcourant les textes fantastiques de Dino Buzzati.Cette sensation, il l’aura dans des récits baignant dans un naturalisme proche de Maupassant.Il faut dire que Pirandello a été très inspiré par le vérisme qui sévissait alors en Italie.Il affectionne le détail authentique, manie le dialogue avec la maestria du dramaturge de haut vol qu’il est, mais il sème CLASSIQUES P MOD ER N K S LUIGI PIRANDELLO NOUVEL.LES La Pocltolliètiue Pirandello sème un germe d’angoisse qui mine et anime tous les récits un germe d’angoisse qui mine et anime le récit tout à la fois.Dans le récit intitulé Et de deux, le personnage célibataire désœuvré assiste à un suicide.Quelques heures plus tard, il se lance du haut du même pont en refaisant les gestes du désespéré.C’est lui qui, par la plus cruelle des ironies, se dit la phrase du titre.Sun un ton qui inciterait à croire qu’il souhaiterait que quelqu’un d'autre Limite.Il n’y a pas d’espoir chez Pirandello.Dans la Fidélité du chien, seule la bête apparaît comme un être loyal.Cette loyauté n’est qu’un leurre puisque la bête suit qui veut bien l’adopter.Il en va ainsi de l’amour toujours bafoué.La question fasciste On chercherait en vain dans ces nouvelles des signes convaincants de la grandeur de l’homme.Pirandello croyait-il en l’humanité?On peut en douter si l’on considère Yaccessit qu’il accorda à Mussolini.Et s’il prit ses distances par rapport au Duce, s’éloignant de l’Italie, il n’en vécut pas moins en Allemagne dans les années qui préparèrent l’éclosion de l’hitlérisme.Jean-Michel Gardair, à qui nous devons cette édition des Nouvelles, rappelle que Pirandello se réjouissait en 1936, année de sa mort, que Goebbels songe à faire retraduire en allemand son théâtre jusqu’alors traduit par des juifs.Bien évidemment, il faut lire Pirandello pour d’autres raisons.La plus importante étant qu’il est un être de douleur.De cette douleur qui ne vous laisse pas parce qu’ancrée au plus profond de vous-même.Beaucoup de lecteurs seront imperméables à cette acuité de perception, aveuglés qu’ils sont par leur optimisme.Pirandello a frayé quotidiennement avec la déraison, il a frôlé les abîmes du désespoir.Sa vie conjugale et ses aventures ont constitué pour lui autant d’enfers.La célébrité qu’il a connue aura peut-être été un baume.Nous n’en savons rien.Reste l’œuvre qui est tout.LITTÉRATURE AMÉRICAINE \ A l’ombre de Faulkner LE GARDIEN DU VERGER Cormac McCarthy Traduction de l’américain par François Hirsch et Patricia Schaeffer L’Olivier, Paris, 1996,288 pages I REMY CHAREST 1 est parfaitement sidérant de penser que Le Gardien du verger, LU.NATIONALE C’est le 80e anniversaire Revue mensuelle, 38,00 $ par an Sociale, économique et indépendantiste Indépendante des partis politiques Des faits, des idées et des solutions 2000 pages par année Plus de 200 collaborateurs 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1002 Montréal H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 Télécopie: 514-845-8529 d’abord publié en 1965 et réédité aujourd’hui dans une nouvelle (et très belle) traduction française, soit le premier roman qu’ait écrit Cormac McCarthy tant sa matière est riche et complexe, tant la maîtrise de tous les outils de l’écriture romanesque y est grande.Tous les éléments qui font la force et la densité de romans comme Suttree, L’Obscurité du dehors, Un enfant de Dieu ou De si jolis chevaux y sont déjà, aussi forts que dans ces autres livres percutants qui l’ont suivi.Le Gardien du verger raconte avec une magnifique ironie romanesque l’histoire de trois hommes dont les routes se croisent au cœur d’une nature qui les dépasse et qui encadre tous leurs gestes: le jeune John Wesley Rattner, orphelin de père apprenant la vie; Marion Sylder, contrebandier d’alcool dans la force de l’âge; l’oncle Ather, octogénaire qui semble vieux comme le monde et qui vit retiré loin des hommes dans les montagnes, près d’un verger abandonné.Au cœur de ce verger, le vieil homme prend soin d’un cadavre qu’il découvre au fond d’une fosse en tentant de savoir ce qui a pu horrifier deux gamins qui ramassaient des mûres.Pendant sept ans, sans savoir de qui il s’agit, il s’en fait le gardien et, une fois l’an, recouvre le corps du bois d’un cèdre.Le lecteur se rend toutefois compte que cet inconnu n’est nul autre que Kenneth Rattner, le père de John Wesley, tué dans de troubles circonstances par nul autre* que Marion Sylder, lequel devient un genre de héros aux yeux du jeune homme, chacun ignorant tout de ce qui les unit.C’est ainsi que ce qui pourrait avoir été un simple roman noir devient une œuvre immense, aux racines profondes, où la mémoire des personnages ouvre constamment des portes inattendues.Cette façon de détourner une anecdote meurtrière pour augmenter sa portée littéraire rapproche McCarthy de William Faulkner, autre écrivain sudiste mort trois ans avant Pour suivre ce trajet imposant, le lecteur doit s’armer d’une certaine détermination la publication du Gardien du verger.L’ombre de Faulkner plane d’ailleurs fortement sur le livre, accepté et travaillé par celui qui avait été l’éditeur de Faulkner chez Alfred A.Knopf, avant de remporter le prix Faulkner à sa sortie.Encadrement quasi mythologique En parallèle particulier avec Suttree, dont l’action se déroule également dans la région de Knoxville, Tennessee, ou McCarthy a grandi, Le Gardien du verger se distingue par un encadrement quasi mythologique de l’action.Celle-ci se déroule en effet entre une apparition et une disparition qui semblent presque créer artificiellement les lieux et les personnages du livre.Dès les premières lignes, tout prend forme avec la présence, sur une route déserte, d’un homme qui a l’apparence d’un «courtaud volatile disgracieux» et qui voit apparaître «une petite masse informe» prenant graduellement «l’aspect et la solidité d’une camionnette».A la dernière page, l’éloignement d’une autre voiture vient clore les péripéties des personnages, que l’auteur transforme ensuite en ombres fugaces d’un monde perdu: «Sur les lèvres de l’étrange race qui habite ici désormais leurs noms sont mythe, légende, poussière.» De la poussière de la route où ils apparaissent, les personnages retournent en poussière.Pour suivre ce trajet imposant, le lecteur doit s’armer d’une certaine détermination.Il doit être prêt à gagner la richesse de l’ouvrage, extrêmement exigeant et concentré.Sauter un seul paragraphe—voire une seule ligne si c’est la bonne — garantit à peu près sûrement qu’on perde le fil de l’histoire.On ne lira donc pas ce livre à la sauvette, ni en diagonale.Cormac McCarthy, austère et secret de sa personne, garde précieusement les secrets de son Gardien du verger et ne les livre qu’à ceux qui sont prêts aux efforts nécessaires. i.K i) !•: vo i it 1 |,; s s A M I- I* I IS !•: T I) I M A X l II !•: I !) .1 A N V I K 11 I !) SI 7 I) 5 ¦m I.I V I! E S LE FEUILLETON Uarpenteur des rêves de la mémoire LE LIVRE NOIR Orhan Pamuk Traduit du turc par Munewer Andac Folio, Gallimard, Paris, 1996,716 pages A la frontière de deux mondes, la Turquie (et plus encore sa capitale qui, successivement, s’appela Byzance, Constantinople puis Istanbul) est un pays qui devra longtemps souffrir d’une identité fragile, divisée.Sans cesse torturée par un désir de fidélité à la tradition — qui est sa richesse — et l'impérative nécessité de s’arracher au passé pour se moderniser, à l’occidentale, la Turquie n’est cependant pas le Québec.Là, l’histoire, millénaire, continue de nourrir les rêves du quotidien, d’enrichir la littérature que chacun porte en soi, d’animer le présent de voix «anciennes» qu’il est bien difficile de faire taire.Né à Istanbul en 1952, Orhan Pamuk — qui fut ar- ?chitecte, journaliste, qui connut aussi l’Amérique pour avoir enseigné dans plusieurs de ses universités — est un pur produit de cette Turquie «moderne», c’est-à-dire instable, toujours prête à trahir ou à oublier pour aller de l’avant, mais dont la mémoire, pourtant, ne cesse de troubler son assurance et sa détermination.«Quand le jardin de la mémoire commence à se désertifier [.], on en chérit les derniers arbres et les dernières roses, on tremble pour eux.Pour éviter qu’ils se dessèchent et disparaissent, je les caresse, je les arrose du matin jusqu’au soir! Je ne fais que me souvenir et me souvenir encore, de peur d'oublier», fait dire l’auteur à l’un de ses personnages, le journaliste Djélâl, qui tient une chronique quotidienne dans le Milliyet.Notons cependant que, pour lutter contre la défaillance de sa mémoire, ce même journaliste prend des médicaments, des Mnémonics.Ainsi, paradoxalement, est-ce par le moyen des technologies les plus avancées, les plus illusoires, qu’il maintient en vie ce qu’elles s’acharnent à détruire.Jean-Pierre Den is Il cherche, mais ne trouve pas.Dans ce roman foisonnant qui fonde son intrigue sur l’enquête d’une disparition, voire sur l’enquête de la disparition elle-même, nous reconnaissons l’empreinte du roman policier.Un roman policier bien étrange toutefois, où, bien qu’il y ait meurtre à la fin du récit, nous sommes en fait confronté à un tout autre meurtre, aussi subtile qu’irrémédiable: celui de l’identité.Et encore! D’une identité que la victime consentirait à perdre pour mieux être un autre! Certes, le roman s’ouvre sur une vraie disparition, celle de Ruya (qui signifie, en turc, «le rêve»), se poursuit sur la recherche entreprise par Galip, son mari, qui ne ménage aucun indice qui pourrait lui permettre de la retracer (serait-elle chez son demi-frère, Djélâl?Mais Djélâl lui-même est introuvable.Ou alors, chez son ancien mari?).Mais tout cela n’est que prétexte et n’a aucun intérêt en soi.La vraie enquête se passe ailleurs.Ce que file Galip, c’est sa propre errance dans cette ville-cigogne aux chronologies superposées où, tel dans les contes des Mille et Une Nuits, chaque récit en engendre un autre qui retarde le moment fatidique de la confrontation.Nous découvrons ainsi, au détour des chroniques de Djélâl (toujours éblouissantes d’érudition, d’humour, d’allusions multiples qui ouvrent sur de fausses pistes — chroniques qui, notons-le, occupent un chapitre sur deux dans le roman), la boutique d’Alâaddine, sorte de caverne d’Ali Baba où Ruya se fournit en romans policiers américains, comme d’autres s’y procurent une encre bleue qui sent l’eau de rose ou encore des bagues qui jouent une mélodie.Dans une autre chronique, on rencontre un vieil homme, maître Bédii, qui fait des mannequins à la ressemblance parfaite des Turcs.Seulement voilà, il arrive trop tard.«Ses mannequins à lui ressemblaient aux gens de chez nous et non aux habitants des pays occidentaux qui leur fournissaient ses modèles.» «Rien ne peut être plus stupéfiant que la vie.Sauf l’écriture.» Ce que désire dorénavant le client, lui confirme-t-on, c’est la reproduction d’une créature nouvelle et belle, «venue d’un univers lointain, inconnu, afin qu'il puisse s'imaginer différent lui aussi, se croire devenu un autre homme».Alors que maître Bédii affirme que si l’on peut transformer la façon de vivre d’un peuple, sa culture, sa technologie, son art et sa littérature, on ne peut en revanche changer ses «gestes», il comprend bientôt que la partie est perdue quand il observe leur lente transformation dans les rues.«C’est à cause de ses films de malheur!», s’écrira son fils.Pareillement, dans l’autre série narrative que constitue l’histoire de la recherche de Ruya par Galip, ce dernier doute parfois de la véracité de ses souvenirs lorsqu’il n’arrive plus à savoir si les objets qui entouraient Ruya lui appartenaient en propre ou s’ils n’avaient pas été empruntés à un film ou à l’un de ces romans mal traduits qu’elle dévorait.La fiction corrompt ici la réalité, c’est-à-dire la dévore.Et nous ne sommes pas loin alors du travail de l’écrivain, car c’est de cela qu’il s’agit.«Rien ne peut être plus stupéfiant que la vie.Sauf l’écriture», disait Ibn Zerhani, un mystique arabe du XIII'siècle.La ville des doubles et des fausses pistes Bref, nous sommes bien dans les Mille et Une Nuits avec ce roman.Et la ville, Istanbul, y prend une place centrale, devenant elle-même un personnage qui pèse de tout son poids dans le destin de chacun.Car dans cette ville qui passa d’un million d’habitants au moment où l’auteur est né à près de douze millions au moment où il nous parle, qui connut ses mystiques, ses messies et ses faux pro- Orhan noir phètes, ses imposteurs devenus souverains et un giand nombre de poètes, on ne sait pas toujours très bien à quel temps historique l’on appartient ni à quel imaginaire l’on doit sa présence.Ville labyrinthique, ensevelie sous la neige de janvier qui la métamorphose, avec ses impasses et ses quartiers que même les guides touristiques ignorent, cette vie pullulante qui la modifie à chaque instant, elle est bien davantage un rêve qu’une réalité.Et comme dans le rêve, tout peut y coexister, à quelque temps qu’il appartienne, car l’inconscient ne connaît pas le temps historique, lui qui peut faire se rencontrer le souvenir le plus ancien avec des restes de la veille.Comme dans le rêve aussi, on peut très bien s’y déguiser sous les traits d’un autre.Que Galip finisse par prendre la place de son cousin, Djélâl, et poursuivre ses chroniques dans le Milliyet, ne doit pas nous surprendre dans ce roman où l’identité est sans cesse un appel à l’altérité et au dépaysement.«Je me rappelle une histoire qui expliquait que le seul moyen d’être soi-même, c’était d’être un autre.Ces histoires que j’ai tenté de disposer côte à côte dans un livre noir m ’émeuvent en me rappelant une autre histoire, puis une autre encore, exactement comme cela se passe dans notre mémoire ou dans les histoires d’amour des contes de chez nous, qui s’emboîtent les uns dans les autres; si bien que je me plonge a vec plus de plaisir encore dans mon nouveau travail, qui consiste à récrire de vieilles histoires très, très anciennes, et que j’arrive à la fin de mon livre si noir.» Ce qui est sans doute le plus remarquable dans ce roman, c’est encore que la lecture y soit vécue connue une véritable aventure, une exploration de la quête d’écriture et de ses sources.Cela est rare en littérature.Quand bien même ce roman, touffu, devrait-il nous lasser parfois, il ne manque jamais de nous émerveiller, ce qui pardonne tout.ESSAIS ÉTRANGERS LETTRES FRANCOPHONES Une paix allemande LA PAIX PERPÉTUELLE Le bicentenaire d’une idée kantienne Jürgen Habermas Traduction de l’allemand par Rainer Rochlitz Cerf, coll.Humanités, Paris, 1996,126 pages (En librairie le 21 janvier prochain) On connaît bien la différence entre les rapports ipterétatiques mondiaux et la vie au sein des Etats: cette dernière est régie par des lois (légitimes ou non), lesquelles sont appliquées par un pouvoir exécutif et une police.La scène internationale, elle, repose sur un autre type de loi.celle de la jungle, car il y a absence de coercition.• Il y a longtemps qu’on rêve de modeler les rapports internationaux sur la forme juridique de la vie intraétalique.De mettre ordre et raison dans ce chaos des relations internationales.11 y avait de ce bel espoir dans la formule très 1990 du «nouvel ordre mondial».Justement, le renommé philosophe allemand Jürgen Habermas nous rappelle dans un court (mais très dense) essai que 1995 a été marquée par le «bicentenaire de l’idée kantienne» de la paix perpétuelle.La «paix peipétuelle» est-elle une idée proprement kantienne?Non, beaucoup d’auteurs, dont l’abbé Saint-Pierre et Rousseau, ont évoqué cette utopie de fonder un «état cosmopolitique» qui regrouperait tous les peuples de la Terre, un Etat mondial qui empêcherait l’éclatement des conflits et ferait appliquer partout dans le monde les règles déterminées rationnellement.Toutefois, Emmanuel Kant (1724-1804) est sans contredit celui qui a poussé l’idée le plus loin.On convient généralement que ce grand philosophe a inspiré le président Wilson, grand apôtre de la Société des Nations de l’après-Gran-de Guerre.Une organisation au reste inefficace, morte-née, relancée sur des bases plus solides, au sortir du carnage de 39-45.Après 50 ans, l’ONU vit malgré tout une crise existentielle qui nécessite un retour aux sources comme celui que Habermas propose.La postérité de l’idée de paix perpétuelle est aussi due à de nombreux débats d’interprétation des idées de Kant (souhaitait-il vraiment la création d’un gouvernement mondial?).Heureusement pour le lecteur non initié, Habermas ne s’empêtre pas dans ces débats et propose directement son interprétation des idées de Kant.La fin des guerres Le projet de paix perpétuelle a comme, but, dit Habermas, de «mettre fin à l’état de nature entre États belliqueux».Le problème demeure: comment?Habermas démontre que Kant, à travers ses textes sur la question, oscille entre les projets d’institutions contraignantes et des plans d’associations relâchées.Il souligne la préférence de Kant pour une voie mitoyenne: celle d’un «congrès permanent des États» qui ne forme pas vraiment un Etat international ni une confédération mais qui réussit par on ne sait quelle bonne foi à contraindre les Etats souverains.Habermas s’efforce ensuite de montrer les points forts et les limites historiques de la conception kantienne du droit cosmopolitique.L’étude des deux derniers siècles lui fait dire que curieusement, «dans l'immédiat, Kant s’est trompé, mais indirectement, il a également eu raison».Raison de prédire une pacification des mœurs internationales par le fait de l’intensification du commerce: «Je parle de l'esprit du commerce [.] qui est incompatible avec la guerre», écrivait Kant sans savoir que cette idée allait engendrer la création du GATf et de l’Europe communautaire.Kant a aussi eu raison, selon Habermas, de prédire que la disparition des monarchies et l’accroissement du nombre de républiques allait avoir des effets pacificateurs.C’est du reste Kant qui avait imaginé un droit des citoyens à refuser de faire la guerre (après tout, arguait-il, c’est eux qui souffriront des pulsions belliqueuses des dirigeants).Habermas rappelle un troisième facteur qui vient actuellement favoriser l’établissement d’un projet de paix perpétuelle: la création lente mais constante d’un «espace public à l’échelle du globe».Non encore achevé, cet espace s’établit graduellement à travers des épisodes comme les guerres du Viêt-nam et du Golfe.Il prend aussi forme lors de conférences internationales de l’ONU sur des sujets comme la démographie.Evidemment, rappelle Habermas, Kant n'a pu prévoir l'évolution de phénomènes internationaux comme les guerres mondiales, le terrorisme, les guerres d’anéantissement et de déportation.Le philosophe du XVIII' siècle n’avait devant ses yeux que «des guerres techniquement limitées permettant de distinguer entre les troupes combattantes et la population civile».Ce contraste entre le monde de Kant et le nôtre, carac- térisé notamment par la globalisation des risques environnementaux et par les restriçtions désormais imposées à la souveraineté extrême des Etats, pousse Habermas à proposer une révision de l’idée de paix perpétuelle.Il plaide pour la création d’un tribunal permanent et contraignant, évoque des élections mondiales («il ne faut plus que If autonomie des citoyens dépende de la souveraineté de leur État»), Il parle de réformer le foncüonnement du Conseil de sécurité de l’ONU sur le modèle des instances décisionnelles européennes.Morale et droit En extrapolant Kant, Habermas expose sa théorie du droit et de la démocratie, qui se caractérise par le fait que le droit est subordonné à un principe moral dont il consütue une interprétation restrictive.Il insiste sur l’irréductibilité du droit à la morale.C’est là son argument principal pour réfuter les influentes idéologies qui accusent les politiques menées au nom des droits de l’homme de s’ériger en moralisateurs de la planète.L’auteur termine sur une solide critique des idéologies anti-universalistes, idéologies qui, dans les prochaines années, ne manqueront pas de s’opposer à la constitution de toute gouverne mondiale.Habermas prend ici pour cible particulière un autre philosophe allemand, Cari Schmitt (1888-1985).Elève de Max Weber, grand critique des démocraties représentatives, cet ancien procureur du Reich et avocat de la défense à Nuremberg affirmait que toute utilisation d’un concept universel était une «tromperie» des plus puissants pour masquer leur pouvoir sous un voile d’objectivités.Habermas ne rappelle rien du passé de Schmitt, mais on comprend qu’il s’attaque à ce repoussoir pour discréditer a priori toute opposition anti-universaliste à la constitution d’un Etat de droit international.L’association nazisme-réalisme juridique est sous-jacente.Depuis un certain temps, l’idéalisme est de retour.Il y a quelque chose de rassurant dans celui-ci.On peut parler d’un optimisme kantien perceptible, par exemple, chez Maurice Bertrand (La Fin de l’ordre militaire, Presses Science Po) et le kantien Luc Ferry (L’Homme-Dieu ou le sens de la vie, Grasset).Normal, Kant croit à «une progression constante vos la liberté et la inoralité».Dans cette philosophie de l’histoire, chaque guerre a une valeur pédagogique: elle a le mérite d’écœurer toujours un peu plus l’humanité et lui fait désirer la paix et l’harmonie.Après deux cents ans de modernité pojitique, en sommes-nous vraiment rendus à instaurer un Etat de droit sur la scène internationale?Bien sûr, la loi de la jungle est anti-démocratique.Mais il ne faut pas oublier non plus le risque, dont Kant parlait aussi, d’une «monarchie universelle», qui serait le «plus effroyable despotisme».N’est-ce pas le dérapage que contient en germe tout projet de gouverne mondiale, aussi beau soit-il?Autrement dit, une démocratie de cinq milliards d’humains est-elle vraiment réalisable?SOURCE CERF Kant souhaitait-il vraiment la création d’un gouvernement mondial?Auto i n e Robit aille ?Il ne faut plus que l’autonomie des citoyens dépende de la souveraineté de leur État L’exil selon Pineau L’EXIL SELON JULIA Gisèle Pineau Stock, Paris, 1996,308 pages LISE GAUVIN Les grandes maisons d’édition parisiennes, Hatier d’abord puis Gallimard, nous ont habitués à ces récits d’enfance d’auteurs francophones, récits qui nous font assister aux commencements d’écrivains devenus par la suite prestigieux tout en nous transportant dans des contrées lointaines aux parfums exotiques.Toute l’efficacité de ces récits tient à une certaine justesse de ton, mêlant naïveté et artifices d’écriture, susceptible de rendre l’évocation crédible aux yeux du lecteur.Tout l’art consiste également à choisir un point d’ancrage, un élément principal autour duquel s’organisent les autres.Ce point ou cet élément est souvent une figure ayant joué un rôle déterminant auprès de l’enfant.Le dernier ouvrage de Gisèle Pineau, L’Exil selon Julia, obéit jusqu’à un certain point à ces «lois» d’un genre nouvellement établi, ou à tout le moins remis à la mode.Déjà connue pour ses deux livres précédents, La Grande Drive des esprits (1993, Prix Carbet et Prix des lectrices de Elle), et L’Espérance-Macadam (1995, Prix RFO), la romancière guadeloupéenne choisit de raconter ses années d’enfance en mettant en évidence la figure de sa grand-mère, Julia, aussi appelée Man Ya.Mais à la différence des récits plus haut mentionnés, celui-ci se passe essentiellement à Paris, où Gisèle Pineau est née, et relate tout autant les douloureux apprentissages d’une petite fille noire en proie aux humiliations que la souffrance de Julia, victime de ce qu’il faut bien appeler le mal du pays.Amenée en France par son fils militaire, le père de Gisèle, Julia quitte sa Guadeloupe natale pour échapper à la violence d’un mari, Astrubal, que dans la famille on désignait sous le nom de Bourreau.Mais bientôt le souvenir des coups reçus cède la place à une nostalgie indéfinissable, à un vague à l’âme d’autant plus inexplicable que la grand-mère se retrouve dans une situation matérielle confortable, entourée de l’affection des siens.Mais il lui manque ses arbres, sa cascade, son marché et son art de vivre.Ce qui n’est pas rien.La voilà donc atteinte d’une grave dépression.Dès que l’occasion se présente, elle retourne en Guadeloupe, chez elle, avec une joie non dissimulée.Quant à la petite fille, elle fait l’expérience du racisme quotidien et, malgré ses succès scolaires, devient le bouc émissaire d’une maîtresse folle— comment dire autrement — qui l’oblige à se cacher sous son pupitre durant les cours, avec la complicité de toute la classe.Quant la petite fille avouera enfin à sa mère ce qui s’est passé, la chose semblera tellement incroyable qu’on doutera de sa véracité.Mais Gisèle, qui vient de découvrir le journal d’Anne Frank, se met à écrire ce qui lui arrive.Elle écrit même à sa grand-mère et cette dernière, analphabète, doit se faire lire les lettres par une voisine.Le retour aux Antilles Quelque temps plus tard, la famille revient vivre dans les Antilles et la petite fille, devenue presque grande, n’est pas au bout de ses étonnements.Ainsi, en traversant un jour Fort-de-France avec ses frères, la voilà prise de panique devant le spectacle qui s’offre à sa vue: «Soudain la peur nous prend, Trop de chemin parcouru.Nous ne savons pas lire l’heure du ciel.Nous n’avons pas marqué notre chemin.Effarés, nous remontons à la course.Trop d’expressions sur les visages.Nous n’y sommes pas accoutumés.[.] Non, nous ne sommes pas acclimatés à ces débordements, à ces visages parlants, à cette fièvre qui habite la rue.Et puis, il y a tous ces Noirs autour de nous.Tellement de Noirs, plus ou moins noirs.Chabins comme Rémi, négresses à cheveux défrisés, d’autres coiffés en afro portant boubou africain, mulâtresses à longues tresses frappant le bas des fesses, capresses à yeux clairs, Nègres rouges, albinos roses à cheveux jaunes [.] Blancs rouges sur le dos, les mains tachées de son, Blancs à cheveux grainés, Chinois blancs dans l’ombre d’un comptoir, Indiens malabars sombres.» Gisèle quitte à jamais le monde en noir et blanc de ses prémières années parisiennes pour ces «petits pays où on a déposé de tout un peu: maudition et sainteté, scélératesse et bonté, jalousie, belles femmes.Des méchants paradis où l’amour est rompu parla sorcellerie.Des terres sans devant ni derrière, sans endroit ni envers, bouleversées, chavirées».C’est ce monde de la «diversali-té», pour reprendre une expression mise de l’avant par les écrivains de la créolité, que nous rend un récit tout en nuances et en opinions contrastées.Cela en une langue pleine de trouvailles et de poésie, dans laquelle il est question de
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.