Le devoir, 15 février 1997, Cahier B
I.K I) E VOI li .I, E S S A M E D I I 5 E T D I M A N C II E I II V E V R I E R I II I) 7 ?LE DEVOIR ?Danse Page B 2 La chronique de Lise Bissonnette Page B 3 Théâtre Page B 3 Cinéma Page B 4 Vitrine de la vidéo Page B 5 Vitrine du cédérom Page B 5 Disques classiques Page B 6 Musique classique Page B 6 Télévision Page B 6 Jazz et blues Page B 7 Vitrine du disque Page B 7 ?SPECTACLES Le Rideau se relève sur Québec La dixième Bourse Rideau donne rendez-vous aux artistes, agents, diffuseurs et producteurs de spectacles RÉMY CHAREST CORRESPONDANT DU DEVOIR A QUEBEC De lundi à jeudi, des dizaines d’artistes de la danse, de la musique, de la chanson, du théâtre et des variétés se produiront sur les scènes de Québec.Dans la majorité des cas, le grand public ne pourra même pas les voir.Du moins pas tout de suite, puisqu’ils seront sur scène dans le cadre de la dixième Bourse Rideau, lieu de réunion et de transaction des artistes et de leurs agents, des diffuseurs et producteurs de spectacles de tout le Québec.La.bourse, qui en est à sa dixième édition et à son deuxième passage consécutif à Québec, est en effet l’endroit où plus de 400 participants déterminent et planifient une bonne part des tournées qui traverseront le Québec de part en part l’année suivante.Le choix proposé aux programmateurs est pour le moins vaste: Le Sacre du printemps de la Compagnie Marie Chouinard y côtoie Angélique Ionatos, les Soul Attorneys, Carbone 14, Ray Bonneville, Michel Faubert ou Le Piège, Terre des Hommes du théâtre du Paradoxe.Politique de diffusion Cette année, en plus de faire leur magasinage saisonnier, les diffuseurs ont une raison particulière de fêter le dixième anniversaire de l’événement: l’avènement, au Conseil des arts et lettres du Québec, d’une politique de diffusion digne de ce nom, dont on espère qu’elle pourra donner accès, en région, à un éventail plus large de disciplines artistiques.Pour la première fois, souligne la directrice générale de Rideau, Marie Daveluy, les diffuseurs sont reconnus comme des membres à part entière de l’industrie culturelle: «Im reconnaissance de cette profession est très importante.On reconnaît la nécessité dé faire fonctionner une organisation du spectacle qui est aussi nécessaire que la production ou la création.» Il reste à voir les programmes en bonne et due forme, lesquels doivent entrer en vigueur le 1er avril prochain.Confiants, les diffuseurs restent tout de même dans l’expectative.Les besoins sont particulièrement criants pour le monde de la danse, si important à Montréal, fréquemment exporté à l’étranger, mais ne venant que par bribes à Québec et n’allant pour ainsi dire jamais ailleurs dans la province.Le sujet sera abordé lors d’un déjeuner-conférence, le 18 février, sous le thème «Pour que la danse reprenne les routes du Québec».«Il y a une volonté de remettre la danse sur la carte du spectacle au Québec, affirme Marie Daveluy.On sent un VOIR PAGE B 2: RIDEAU PHOTO MICHEL VILLENEUVE Im ages d’un homme en mouvement : |Pf' \ Le documentariste Guy Simoneau vient de réaliser Marcel Dubé: aimer, écrire, film-portrait du dramaturge.Et si Fauteur d’Au retour des oies blanches et d’Un simple soldat, qui fit vibrer le Québec durant tant d’années, n’avait pas dit, ni surtout écrit, son dernier mot?ODILE TREMBLAY LE DEVOIR u’est devenu Marcel Dubé?Où est l’ancien lion de la dramaturgie québécoise, celui qui, des années 50 jusqu’aux tumultueuses années 70, faisait la pluie et le beau temps sur les planches des théâtres comme au petit écran?Qu’est devenu celui que la vague joua-lisante et l’arrivée de Tremblay aux Belles-Sœurs triomphantes a relégué à l’ombre comme une marée chasse l’autre?Le Québec a-t-il encore une mémoire?Ou, comme chantait Charlebois, y en aura-t-il toujours d’autres «plus jeunes, plus fous, pour faire danser les bougalous»?Il a 67 ans et il écrit toujours, Marcel Dubé.Un premier roman sur lequel il trimé dur, précisant en entrevue apprendre sur le tas, essayant de se libérer des conventions théâtrales qui mettent à tout bout de champ le nez dans sa prose et qu’il doit chasser comme inopportunes.Dans un roman, les ruptures temporelles peuvent être abruptes et les descriptions peuvent venir prendre le relais des dialogues qu’il maîtrisait tant au théâtre.Alors il tâtonne et découvre.Elle est loin, l’année 1953, quand, jeune dramaturge VOIR PAGE B 2: DUBÉ ^ïrtoria; me Coté, À ne pas manquer au câble 9, tous les dimanche* $ à 19 h (en reprise : jeudi à 21 h et samedi à 12 h) LA VIDÊOTOURNÉE « le Québec çn ijnages » Devenez REPORTER-TELE * Faites-nous visiter votre quartier ! Présentez-nous une personnalité de votre entourage ! Immortalisez un événement marquant sur vidéo ! Votre participation pourrait vous faire gagner des prix ! Informations ; Sylvie Harpin (514) 465-4732 DUBE Un homme toujours en devenir •Ti fi] V THÉÂTRE DU RIDEAU mise en scene: Guillermo Guy Nadon Luc Guérin Denis Roy Guy Jodoin Michel Daigle f# I s i b lie i n v ¦rai !Edm La création musicale au Moyen Âge Sous le thème du renouveau, un récital qui célèbre l'art des compositeurs médiévaux.Montréal Samedi Ier mars à 20 h Salle Pierre-Mercure Centre Pierre-Péladeau i-UQAM Réseau Admission : 790-1245 Renseignements : 987-6919 Québec Samedi 8 mars à 20 h _ ‘ALLE Vv E L’INSTITUT W 42.Saint-Stanislas Renseignements : 691-7400 r.ÎTT o Radio Canada CBV-f M 95.3 Quebec mentaire est un portrait de l’homme plus que de son œuvre.h n’y sera pas question de l'enfance, éludée dans ce documentaire, ni à peine de cette éclipse qui fut celle d’un dramaturge qui défendait «le «français correct» contre l’invasion envahissante du jouai et qui, au long des années 70 et 80, prêcha quasi dans le désert, tant la langue de la rue triomphait au théâtre dans l’attisée des ardeurs nationalistes.Guy Simoneau déclare avoir refusé de réaliser un film passéiste mais voulu coller au présent d’un homme toujours en devenir, en mouvement.«Si la dimension passéiste est trop présente, on se dit: “Coudonc, y est-tu mort?”», estime le cinéaste.L’usage du français international au théâtre québécois fut la bannière, la marque de commerce et le chemin de croix de Marcel Dubé.«J’étais influencé par Les Insolences du frère Untel, où il montrait les travers de la langue parlée», explique-t-il aujourd’hui.Le jouai, Marcel Dubé ne crache pas dessus mais il s’érige contre son empire absolu et déplore qu’on l’ait glorifié au Québec, même sur les bancs d’école, comme si aucune autre approche de la langue n’avait plus droit de cité.«J’étais le seul à défendre la cause du français correct à la télé, se rappela-t-iL Un jour, on a cessé de m’inviter.» Trop bourgeois, taxait-on le théâtre de Dubé, du temps où certaines belles-sœurs collaient des timbres en entonnant le monologue du maudit cul.«Il y a une différence entre une pièce bourgeoise et une pièce sur les bourgeois, proteste l’auteur des Beaux Dimanches.Je ne faisais pas l’apologie d’un milieu nanti mais montrais leurs ridicules, leurs failles.» S’il a délaissé peu à peu l’illustration de son faubourg à mlasse natal au profit d’une certaine bourgeoisie, c’est, explique-t-il, en grande partie pour une question de langue, le français «correct» correspondant mieux à une classe sociale plus élevée, mais aussi parce qu’il a lui-même fréquenté d’autres milieux qui sont tranquillement devenus le sien.Mais l’universel se trouve aussi bien dans une tasse de thé qu’une canette de bière.Du temps de ses triomphes, Marcel Dubé se rappelle que son public était captif.Les troupes de théâtre plus clairsemées, les canaux de télévision moins nombreux.Aujourd’hui, le choix s’est diversifié, le public, morcelé.Il va encore au théâtre, sans tout consommer, se laisse toucher par des pièces comme le brillant Passage de l’Indiana de Normand Chaurette.Ce Michel Tremblay à qui on l’a si longtemps opposé (il lève pourtant encore son chapeau à la rigueur de sa pièce À toi pour toujours, ta Marie-Lou) n’est pas sans lien de parenté avec lui.L’un et l’autre ont enregistré le cri du vaincu qui hurle.«Je ne parle pas des vaincus.Mais si je parle des vaincus, c’est pour les venger et les voir triompher», écrivait jadis Dubé dans une lettre au Devoir.Il refuse l’étiquette de l’homme qui a cessé d’écrire, rappelant avoir quand même continué sur sa lancée après les années 70, à la suite de l’éclipse de sa maladie, pour le théâtre de L’Escale entre autres.Aujourd’hui, il reconnaît que sa pièce Le Réformiste était trop écrite, dans le grand style, prenant le contrepoint de la tendance joualisante qui décidément l’irritait.Mais le théâtre n’est pas sorti de sa vie.Il se promet d’en écrire encore.Comme il se prépare aussi à réunir un recueil de nouvelles, rédigées au fil des ans, avec un récit inédit contemporain en prime.Et puis, bien sûr, reste ce roman à finir, dont il a rédigé la moitié seulement et qu’il aborde avec l’humilité du néophyte en se disant que l’acte d’écrire est un éternel recommencement RIDEAU Quels seront les résultats de ces opérations de promotion ?SUITE DE LA PAGE B 1 engagement à long terme des compagnies comme des diffuseurs à ce sujet.Et c’est là que les outils de la politique de diffusion sont particulièrement bienvenus.» Présenter de nouveaux types de spectacles à un public qui n’en voit jamais, c’est souvent encourir des pertes financières assez costaudes.Si certains diffuseurs ont accepté ces pertes pour l’amour de l’art, la construction de programmations cohérentes sur l’ensemble du territoire nécessite un appui plus régulier.Autre point d’importance pour les diffuseurs, la circulation au Québec de spectacles étrangers, également au menu de la nouvelle politique de diffusion des arts de la scène.Nombreux sont les artistes québécois qui ont fait sentir, au cours des dernières années, qu’il devenait un peu gênant d’être constamment invité à l’étranger sans retourner la politesse à ceux qui invitent.Depuis cinq ans, Rideau travaille à établir des contacts accrus avec des partenaires européens dans le but de faire voyager leurs spectacles au delà de Montréal et Québec.Cette année, deux spectacles belges sont à l’honneur, soit Juju, production pour enfants du théâtre de Galafronie, et L’Enseigneur, production pour les grands du Festival de théâtre de Spa.«On essaie de faire venir des produits qui sont peu ou pas disponibles ici, souligne Marie Daveluy.Par exemple, Juju est un spectacle pour les 3 à 6 ans, une catégorie d’âge pour laquelle il y a relativement peu de productions dans le théâtre jeunesse québécois.» On trouvera aussi des spectacles légers et faciles à faire tourner puisqu’il s’agit de faire circuler les spectacles le plus loin possible en province.L’Enseigneur, par exemple, est un spectacle solo, par définition plus simple à promener qu’un drame shakespearien exigeant quinze acteurs et des dispositifs scénographiques importants.Quels seront les résultats de ces opérations de promotion?La réponse se trouvera dans les programmations 1997-98 des salles de spectacles, de Val-d’Or à Lac-Etchemin et de Gaspé à Buckingham.Ouvert au public Si Rideau est avant tout une affaire de diffuseurs tout de suite et de public-plus tard, quelques spectacles sont aussi ouverts à tous ceux qui désirent se procurer un billet.¦ Les Âmes mortes.Le plus récent spectacle de Carbone 14 et de son âme vivante, Gilles Maheu, primé au dernier gala des Masques, fait un arrêt à la salle Albert-Rousseau le mardi 18 février à 20h.Pour l’occasion, les billets sont à prix modique: 13 $ pour les étudiants, 22 $ à prix régulier.¦ L’Enseigneur ou Une ombre au tableau.Ce spectacle belge, est présenté le 18 février également, aussi à 20h, au théâtre Périscope.Spectacle solo sur les travers de la vie de professeur écrit par un ancien professeur, Jean-Pierre Dopagne, L’Enseigneur est joué par Alexandre von Sivers, qu’on nous présente comme un genre de Jean-Louis Millette québécois.¦ Souper à Chenonceaux.Certainement un des spectacles les plus originaux présentés pendant la semaine, Rideau ou pas, ce concert thématique offert à la salle Dina-Bélanger du collège Jésus-Marie, le mercredi 19 février, met en vedette l’Ensemble contempo- " rain de Montréal sous la direction de Véronique Lacroix, avec comme solistes la mezzo-soprano Odette Beaupré et la soprano Nathalie Choquette.Les solistes y incarnent respectivement la Controverse et la Polémique, offrant ainsi un encadrement thématique à la présentation d’œuvres de, ; Debussy, Ravel ou Stravinski, mais aussi de compositeurs contemporains ' comme Jean Lesage et Sylvio Palmieri.¦ Le D’Auteuil off.L’importance de Rideau pour la diffusion des arts de la scène est clairement démontrée par la tenue annuelle d’un volet off tenu par des artistes qui se présentent de leur propre initiative hors de la programmation officielle.Le bar-spectacles D’Auteuil est le lieu d’accueil privilégié'.• du ^variétés.Le 17, le bluesman Bob Walsh, vétéran apprécié de la scène 1 québécoise et qui lançait un premier disque en novembre dernier, donne le premier de ces spectacles.Le 18 février, en formule showcase, cinq groupes rock offriront de courtes prestations: Claire Vézina, The Respectables, Brasse-Camarade, En Bref et Skalène.A ENSEMBLE nonymus .MUSICA •'aNTIQ_UA VEN JACQUES NADEAU LE DEVOIR Marcel Dubé Jocelyne Montpetit est une artiste un peu en marge des courants actuels à Montréal.Ses œuvres, intriguantes, interrogent l’existence de l’être humain.La Ligne invisible, présentée du 19 au 22 février à l’Agora de la danse, questionne une fois de plus les profondeurs de l’homme.ANDRÉE MARTIN SUITE DE LA PAGE B 1 fougueux, il écrivit Zone en trois jours, pièce qui allait le propulser dans les premières loges et rafler le prix de la meilleure pièce canadienne au Dominion Festival Drama.Près de quarante ans plus tard, son roman, une histoire d’une femme à la fin de la trentaine qui change de vie, lui aura pris trois ans à mettre au monde, si le livre atterrit en librairie comme prévu à l’automne.Marcel Dubé est aussi le sujet du dernier documentaire de Guy Simoneau (cinéaste de Plusieurs tombent en amour et de Est-ce ainsi que les hommes vivait?), lancé hier au cinéma de l’ONF.Un film qui nous fait rencontrer l’humain derrière l’homme d’écriture.Il s’intitule Marcel Dubé: aimer, écrire.Et on y verra le dramaturge armé de son stylo Bic, le compagnon de toujours (plus fiable et plus fidèle qu’ordinateurs et compagnie) dans les motels ou chez lui, raturant, hésitant, fignolant, revoyant la structure du roman avec son éditeur.On survolera surtout au fil du temps l’histoire d’une trajectoire, celle d’un homme qui arriva à point nommé à l’heure où les Compagnons de Saint-Laurent déclinaient, quand le Québec avait besoin de sang neuf.De Zone au Retour des oies blanches, du Temps des lilas au Simple soldat en passant par Les Beam Dimanches, Dubé sera l’auteur prolifique, se multipliant tous azimuts.Au mitant des années 50, la télévision s’imposera.Elle voudra des dramatiques, recyclera les pièces en téléthéâtres avant que Dubé ne signe aussi des téléséries comme La Côte de sable et De 9 à 5.Vies successives Ce créateur si lancé fut aussi le noceur dispersé qui, un beau jour, s’aperçut qu’il n’était plus un vivant mais un viveur, partit deux jours à la campagne et y resta trois ans.«À vivre dans un milieu en effervescence vingt-quatre heures par jour, tu touches le vide», commente-t-il.Renouveau intérieur qui se joua sur fond tragique de la maladie de Crohn qui allait s’abattre sur lui et le clouer tant d’années au lit.Le film pourrait s’intituler «les vies successives de Marcel Dubé».Participer à un documentaire sur lui, et pourquoi pas?Le dramaturge appréciait que Guy Simoneau saisisse ce côté vagabond qui est le sien, lui qui peut écrire n’importe où.Le cinéaste a compulsé les archives de la Bibliothèque nationale: quarante boîtes de manuscrits et de lettres, sans parler des archives audiovisuelles dont il a récupéré des images pour son film.On découvrira l’amour du dramaturge pour Francine, son infirmière du temps de sa longue maladie, qu’il épousa et à qui il écrivit force lettres touchantes ou drôles.En bref, le docu- Lorsque Jocelyne Montpetit parle, c’est entre autres de l’inconscient, de l’intuition et de la part cachée et invisible présente en chacun de nous.Sa pensée, en ébullition, n’a de cesse de chercher le pourquoi du comment de l’être humain, de ses besoins, ses désirs et ses comportements.Ce n’est pas le genre d’artiste à opter pour la voie de la facilité mais plutôt pour celle de la recherche et, quelque part, de la radicalisation.C’est probablement pour cette raison qu’elle est allée se former auprès de maîtres comme Gro-towski en Pologne et qu’elle n’a pas eu peur de plonger au cœur de la pensée Buto avec Min Tanaka, Tatsumi Hiji-kata et Kazuo Ohno au Japon.«Je pense que l’artiste doit ébranler quelque chose par rapport ce qui l’entoure, explique-t-elle.Il doit être une sorte de visionnaire.Il y a quelque chose qui m’inquiète actuellement dans notre société et que je ne trouve pas spécialement stimulant.On commence vraiment à trop domestiquer le désir H me semble que tou tes les forces primaires, comme la sexualité, l’expression, etc., sont déplus en plus étouffées par une espèce de confort.» A l’image de ses expériences antérieures, mais aussi de ses préoccupations actuelles, ses œuvres chorégraphiques sont une sorte de retour aux sources de l’être.On peut aussi les voir comme des rêves, des rituels, ou encore la matérialisation des dédales intérieurs de l’homme, où tous se mélangent, s’influencent et se transforment.«Le danseur n’a pas de texte comme l’acteur.Pour moi, le danseur sert plus une nécessité intérieure.Le corps devient un matériau à travers lequel on exprime des émotions, des angoisses, des douleurs, des choses qui sont souvent innommables.Et c’est justement parce qu’on ne peut les nommer qu ’elles peuvent pas- Jocelyne Montpetit et Carlos Sanchez serpar un matériau comme le corps.» Après Lettre à un homme russe (1992), Le Gardien du sommeil (1994) et Luminare (1995), trois œuvres denses et déroutantes, Jocelyne Montpetit présente La Ligne invisible, à l’Agora de la danse, du 19 au 22 février.Dans ce duo qu’elle interprète en compagnie de Carlos Sanchez, la chorégraphe explore des thèmes complexes comme la fertilité et l’abandon.Evidemment, on ne retrouvera pas de références littérales de ces thématiques mais des images suggérant ces univers impalpables et troubles.Toutefois, l’artiste précise que la scénographie du sculpteur métis amérindien Edward Poitras, composée d’une grande toile couvrant l’ensemble de la scène —- parfois visible, parfois invisible selon la lumière —, constitue une sorte d’immense nid, symbole même de la fertilité.«La scénographie demeure étrange puisque, quelque part, la scène est un peu comme me immense matrice que tous, interprètes, acteurs ou danseurs, traversent, et à partir de laquelle on se met un peu au monde.» Ainsi la toile de Poitras peut-elle être perçue comme une sorte de métaphore de l’espace scénique.Fidélité On aura compris que la chorégraphe aux yeux en amande n’affectionne ni le premier degré, ni les références simples et directes.Mais elle souhaite malgré tout inclure plusieurs niveaux de lecture dans ses créations.Dans La Ligne invisible, elle ajoute à ses thèmes initiaux la notion extrêmement universelle de recherche de l’autre ou, en langage populaire, de la seconde moitié.«J’ai tenu à ce que l’autre interprète de ma pièce soit un homme pour avoir une complémentarité entre les éléments masculins et féminins.Aussi, je voulais toucher la thématique de la possible relation amoureuse.Dans cette pièce, j’essaie d’exprimer l’idée qu’on cherche l’autre parce que nous sommes des êtres qui ne sommes pas terminés.» Le discours de Jocelyne Montpetit me rappelle ce passage du Banquet dç Platon où Aristophane explique à Eryximaque GUY BORREMANS l’ancienne séparation de l’être androgyne en deux parties,— d’une part une femme et d’autre part un homme — et comment, aujourd’hui encore; ; l’un recherche sans cesse l’autre, son complément.Aussi l’œuvre de Mont- " petit aura-t-elle sûrement de quoi plai-1 re à tous les adeptes de philosophie./ Elle leur donnera peut-être même de „ la matière sur quoi tergiverser pendant le reste des soirées de notre hiver enneigé.Aujourd’hui, si l’artiste n’a pas fini de se poser des questions sur l’exis-tence — elle se décrit, quelque part, ' comme une danseuse existentialiste,.et collabore avec la revue Topo, où elle a signé des articles sur Louise ’ Bourgeois et Kazuo Ohno —, elle avoue cependant n’être plus aussi rebelle qu’avant, lorsqu’elle dansait au Japon.Mais elle adhère toujours à .une authenticité de choix, à la fois dans ses créations et dans son interprétation.Une conjugaison d’intégri-té, de fidélité à soi et d’exigence qui' ' lui permettent, comme elle l’affirme^ «de rester humaine».VERT de Andrea- Marc Béland Raymond Legaulî Mario Saint-Amand traduction : Antonine Maillet à Reynold Robinson Gabriel Sabourin Rosa Zacharie Philippe Beaulieu concepteurs: Danièle Lévesque François Barbeau Michel Beaulieu Michel Smith Jacqueline Lemieux Jean-Marie Guay BANQUE NATIONALE A Hydro Qué Québec 25 février au 22 mars réservations: 844-1793 arouaes : 527-3644 844-1793 / Jocelyne Montpetit Danse chorégraphe Jocelyne Montpetit décor Edward Poitras interprètes Carlos Sanchez Jocelyne Montpetit La Ligne invisible visiblement splendide» 19-20-21- février 1997 à Rencontre en direct I i I I I I I I L’AGORA DE ü Dffl sss&r?' jjVMMjl I I Al RINIUSM ADMISSION ''Ht |*|5 I, K I) K V 0 I IV .I.E S S A M K I) I I ,1 K I I) I M A N < Il K I ti Y V.V II I E II I !l il 7 ¦ ' *£# r T H É Pour des esprits libres lument pas l’autonomie intellectuelle.Les êtres de culture, les plus forts en tout cas, sont des êtres de rébellion, souvent des indomptables, qui pensent autrement.André Malraux, l'archétype du grand ministre de la Culture, était un irréductible, même quand il lit les compromis nécessaires à son ministère; il restait fabulateur, rêveur, bourré d’idées de grandeur, méprisant les réalités matérielles.Et n’eût été de la protection du général de Gaulle, la machine politique française, qui est féroce, l’aurait rapidement défait.Mais il y avait une place, au gouvernement, pour cet esprit libre.Le politicien d’ici qui s’en rapprochait le plus, le créateur et premier titulaire des Affaires culturelles, Georges-Emile Lapalme, était aussi un insoumis, un indigné, un individualiste et penseur autonome, ses écrits en ont témoigné tout autant que sa démission.Mais il passait pour un incongru, incapable de travailler en équipe, c’est-à-dire de se contenter des demi-mesures que sont par essence les projets politiques qui font consensus, ce commun dénominateur de la médiocrité.La France a fait entrer les cendres de Malraux au Panthéon, l’UQAM a tenu un intéressant colloque sur lapalme, et c’est terminé.L’exercice de la politique, en Amérique du Nord, exige un oubli de soi qui va bien au delà du sacrifice de la vie privée.Elle impose une chape de conformité qui fait taire les convictions, étouffer les originalités, ravaler les grands projets.Pour avoir suivi d’assez près les redressements de la politique culturelle québécoise des dernières années, les mécanismes de décision qui ont fini par faire sortir de terre quelques équipements importants mais toujours humbles, je connais la somme d’intrigues, de calculs, de trocs politiques pas toujours admirables auxquels ont dû , se livrer des ministres, parfois en s’humiliant, pour obtenir l’adhésion ou le soutien de leurs collègues et de premiers ministres successifs, à Québec et à Ottawa.Un discours qui n’eût été que culturel, qui eût célébré l’art pour l’art, où , on eût substitué aux considérations sur les retombées éco- • nomiques une acceptation du prix élevé de la beauté, eût, été reçu comme mégalomane, vaguement timbré, et sur-.tout immodeste, ce qui ne pardonne pas.Pariez-en à Marcel Masse, prédécesseur de M.Dupuy dans l’ancien gouvernement conservateur, qui conjuguait le talent politicien à la franche ambition de splendeur culturelle.Ce qu’on lui a le plus reproché, notamment dans une presse canadien-ne-anglaise déchaînée, c’était moins ses dépenses que son impudeur à étaler des références littéraires et historiques, et l’inspiration qu’il trouvait ouvertement chez Malraux.Shocking.Dans le profil du politicien culturel, la connaissance et l'élégance, vraies ou vernies, sont certes importantes.Mais la plus incontournable exigence du poste devrait être une capacité de travailler a contrario des valeurs reçues,,, des pesanteurs acceptées, des arrangements raison-nables.Et une volonté d’être dépositaire de la .grandeur où nous avons plutôt tendance, de notre côté de l’eau, à voir une faute de goût.C’est ça qui est imbécile.FRANCOIS D’ASSISE François d Assise est l’un de ces spectacles solo qui nous font revenir aux sources du théâtre.D’une grande simplicité, intime, et visant l’intériorité par le moyen d’images neuves et vigoureuses, la pièce raconte la vie du saint qui a inspiré tant d’artistes — dont, récemment, l’écrivain Christian Bobin.Le texte somptueux et pas «bon Dieu» pour deux sous de Joseph Delteil est interprété par Robert Bouvier, un acteur très puissant et tout en délicatesses qui réussit à nous mettre en contact avec la spiritualité dans ce qu’elle a de plus vivant et de plus incarné.Un bonheur! Solange Lévesque BLUE BEARD Alexandre Hausvater dramatise et met en scène, en langue anglaise, une novella de Max Frisch qui reprend le thème de Barbe-Bleue.L’histoire est prenante, les acteurs sont à la hauteur de rôles difficiles (et que l’on n’est pas habitués de voir au théâtre, puisqu’il jouent sur les scènes anglophones), mais une scénographie un peu trop littérale appesantit inutilement le spectacle, l’empêchant de décoller et nous empêchant d’étendre les paraboles de l’histoire à nos propres expériences.Tout de même: pour le plaisir du jeu.Dernière ce samedi à l’Institut Goethe.S.L.LES GUERRIERS Deux publicitaires s’affrontent, rivés au même objectif: trouver un slogan qui remplacerait le «Si la vie vous intéresse» de l’armée canadienne.L’un : ; d’eux, justement, mourra au terme de ce huis clos de dix jours.La mise ! en scène âpre de René-Daniel Dubois donne un autre destin à la pièce de Garneau.Surréaliste, elle propulse dans une sphère assez infernale.A l’Espace Go jusqu’au 22 février.S.L.Oui, la Bonne Femme aime les enfants ! Fonds d’investissement de la CULTURE ET DES COMMUNICATIONS Marcel Choquette, M.B.A.Le président du conseil d'administration du Fonds d’investissement de la culture et des communications, M.Serge Turgeon, annonce la nomination de Marcel Choquette au poste de président-directeur général de cette société nouvellement créée.Depuis vingt ans, M.Choquette a acquis une solide expérience dans le démarrage d’entreprises, l’implantation de changements stratégiques et la mise en oeuvre de nouveaux programmes en tant que consultant et comme cadre supérieur au sein d’organismes culturels.Il était jusqu’à tout récemment le directeur multimédia èt nouvelles technologies à Téléfilm Canada.Doté d'un capital de 15 M S, le Fonds d’investissement de la culture et des communications investira du capital de risque dans les entreprises à but lucratif des secteurs de la culture et des communications afin de soutenir leur développement et leur croissance.Quand on a proclamé le nom de Jasmine Dubé à la dernière soirée des Masques, plusieurs spectateurs assidus n’avaient jamais entendu parler d’elle.Jasmine Dubé fait pourtant partie des auteurs dramatiques québécois les plus importants.Mais voilà: elle écrit et joue pour les jeunes publics.SOLANGE LÉVESQUE On réserve un sort injuste aux créateurs de spectacles destinés aux jeunes publics; jusqu’à ce qu’ils obtiennent une reconnaissance officielle, un Masque ou un prix quelconque (et encore!.), leurs succès sont toujours moins spectaculaires et ils demeurent dans l’ombre.La Bonne Femme, écrit et joué par Jasmine Dubé, était en nomination dans six catégories aux Masques et elle en a reçu trois: celui du meilleur texte original, celui de la production de l’année jeunes publics et celui de la meilleure mise en scène (Martin Faucher).Jasmine Dubé écrit aussi des albums et des romans pour enfants.En 1996, elle recevait le prix Arthur-Buies pour l’ensemble de son œuvre littéraire.Il suffit d’écouter parler Jasmine Dubé quelques minutes pour que nous soit communiqué l’amour qu’elle porte aux enfants et l’enthousiasme qui anime, son désir de les captiver.Entre L’Ecole matapédienne de théâtre, la troupe semi-professionnelle qui lui a transmis la passion du théâtre, et le Théâtre Bouches décousues, qu’elle a fondé ep 1986, Jasmine Dubé a fréquenté l’Ecole nationale de théâtre où elle a d’abord complété une solide formation de comédienne.C’est par la création collective qu’elle en est venue à écrire, et cette forme d’exploration demeure encore son instrument privilégié lorsqu’elle s’attaque à une nouvelle pièce.«D’autres éprouvent de l’angoisse à l’idée de partir d’un thème, sans plan, sans programme; j’aime ce vide, ce gouffre qui correspond à la page blanche de l’écrivain: par exemple, quand j’ai écrit La Bonne Femme, j’ai réuni un groupe d’artistes de toutes disciplines et nous avons divagué, avec parfois de longs silences, sur le thème de la bonne femme’’.Il en est sorti des choses étonnantes! C’est vraiment ma façon préférée de travailler.» Le spectacle Bouches décousues, qui a par la suite donné son nom au théâtre que Jasmine Dubé a fondé, a connu un grand succès et.fait beaucoup parler, justement! Il portait sur les agressions sexuelles auprès des enfants, un sujet tabou: «Les gens, déplore l’auteure, ont attribué le succès de la pièce au thème seul; par la suite, on m’a collé une étiquette; on a dit que je faisais du «théâtre à thème», des spectacles didactiques.Ça m’a beaucoup agacée, car au delà du sujet (qui était peut-être d’actualité, j’en conviens), il y avait une au-teure, et cette auteure était reléguée à l’arrière-plan à cause de l’importance qu’on accordait au sujet comme responsable du succès du spectacle.» La partie n’est jamais gagnée pour le théâtre jeunes publics; «Les préjugés ont la couenne dure», affirme Jasmine Dubé.Quels sont ces préjugés?«On considère souvent le théâtre destiné aux jeunes comme un genre inférieur, remarque-t-elle./
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.