Le devoir, 12 juillet 1997, Cahier B
I.E I) E V (I I It , I.E S S A M EDI I 2 E T I) I M A \ ( Il K I 3 .1 I I I.I.E T I !» !) 7 -tt .:j; wc mmm août e n d r e d i b I i c i t a i r e entree Ne manquez pas notre cahier spécial -:- -*• : imi ' mrVH TSBH WnBK~ 1 W -f t LU DEVON! Cinéma Page B 3 Jazz et blues Page B 4 Disques classiques Page B 5 Vitrine du disque Page B 5 Grille télé du week-end Page B 6 Agenda culturel Page B 7 À Québec Page B 8 ?Rire et réfléchir La compagnie Philippe Genty vient présenter Le Voyageur immobile PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Le Festival Juste pour rire (FJPR) n’entend plus qu’à rire.Bien sûr, on y présente encore des galas où défilent les humoristes de l’heure.Mais parallèlement, le FJPR accueille de plus en plus de spectacles où l’humour n’est pas prépondérant, des spectacles aux frontières de l’humour.Depuis quelques années, Rozon mise en effet sur des événements inusités et audacieux.Qu’on se souvienne du tabac des Tap Dogs de l’année dernière.Qu’on pense aussi au Théâtre Juste pour rire.On n’y monte plus nécessairement des comédies.Cette année, le Festival Juste pour rire accueille dans cet esprit un spectacle qui aurait tout aussi bien pu s’inscrire dans la programmation du Festival de théâtre des Amériques: Le Voyageur immobile de la compagnie Philippe Genty.Connu et reconnu partout dans le monde, Philippe Genty parcourt la planète depuis plus de 30 ans.Créée au Théâtre de la Ville, à Paris, en 1995, Le Voyageur immobile a tourné en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, au Brésil et dans plusieurs autres pays.La troupe s’arrêtera à Montréal, à la salle Maisonneuve de la Place des Arts, du 16 au 26 juillet.Les spectacles de Genty, dit-on, échappant à toute tentative de classification.A en juger par le bref extrait vidéo que nous avons pu voir, il faut convenir qu’il serait bien difficile, en effet, d’attacher une étiquette à cette entreprise.Théâtre?Pantomime?Danse?Marionnettes?Performance?C’est à la fois tout cela et rien de cela.Les yeux et l’esprit Disons d’emblée que l’image prime.Le spectateur est convié à pne fête |X)ur les yeux et pour l’esprit.A chacun de ses spectacles, Genty s’inspire d’un matériau particulier.Et cette matière devient l’unité structurelle de la représentation.Cette fois, il a utilisé des cartons, des papiers mâchés et divers papiers d’emballage.Au cours d’un bref entretien téléphonique au Devoir depuis Narbonne — où il met la touche finale à son plus récent spectacle —, l'artiste a expliqué sa démarche.«Je me suis rendu compte, à la réflexion, que la société est emballée.Tout est emballé.Même les champs.Depuis cent ans, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on emballe tout.En prendre conscience m'a amené à réaliser qu’au fond, les gens s'enferment eux-mêmes puis cherchent à se libérer.Leur vie est une suite de morts et de renaissances, entre l’océan et le désert, entre le pli et le repli.» Au terme de sa réflexion, Genty propose donc une sorte de voyage intérieur, un voyage immobile.Ijî spectateur est plongé dans un univers poétique surréaliste.«Les images vagabondent, défilent dans le désordre, un peu comme dans un rêve», explique le metteur en scène.VOIR PAGE B 2: GENTY ?LE DEVOIR ?L’homme de toutes les influences Le Musée Marc-Aurèle Fortin présente Vextrême diversité de Vœuvre de Paul V Beaulieu g publié le 23 août prochain! Nature morte, 1955, aquarelle sur papier.t,# r " 1 MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR ?aris.Fin des années 1940.Rue Campagne-Première, en plein cœur de Montparnasse, dans la lumière d’un atelier, les esprits bohèmes défilent.Leurs noms commencent à peine à circuler, mais bientôt, dans les réunions mondaines et parmi les cercles d’initiés, on les citera encore et encore, vantant les mérites de leurs derniers sujets, textures et coloris.Dans l'atelier de Paul Varier Beaulieu, la vie artistique du Paris bohème de ce temps-là est palpable à tout moment.Entre les allées et venues des Jean Dallaire et Alfred Pellan, imaginons le passage de peintres espagnols tels Florès, Oscar Dominguez, Palmiero et aussi un certain Pablo Picasso.Outre les frères Beaulieu — Paul et son cadet Claude —, d’autres visages fameux passèrent rue Campagne-Première, tels Soutine, Rainer Maria Rilke et Rodin, par exemple.Du montréalais carré Saint-Louis, où il vit le jour en mars 1910, à l’atelier de Montparnasse, où il passa une trentaine d’années, à Saint-Sauveur-des-Monts enfin, où il s’éteignit en avril 1996, l’artiste québécois Paul Vanier Beaulieu se transporte aujourd’hui en plein cœur du Vieux-Montréal, où le Musée Marc-Aurèle Fortin présente l’extrême diversité de son œuvre.p.v.beaulieu, tel qu’il se définissait lui-même en lettres noires au bas de ses toiles, n’a pas connu au Québec, ni en France d’ailleurs, une de ces gloires étincelantes qui incrustent nom et œuvres dans toutes les mémoires.Pourtant, il fut le tout premier peintre contemporain d’origine canadienne à avoir pénétré l’antre du Musée d’art moderne de Paris, avec l’acquisition de Nature morte à la bouteille jaune, en 1951.D’abord dessinateur, puis peintre, graveur et aquarelliste, l’artiste reçut également en 1951 le deuxième prix de peinture de la province de Québec, après Jean-Paul lœmieux, mais tout juste devant ses comparses Pellan et Dallaire.VOIR PAGE B 2: BEAULIEU B 2 I K I) K V II I li .I.!¦: S S \ M !•: I) I I 2 !•: I' I) I M A \ ( i :s .1 r i i i.!•: T i !• !• GENTY Sans histoire, bourré de paradoxes Les comédiens de Philippe Genty évolueront sans lui à Montréal, puisqu'il monte sa dernière pièce à Avignon.MARC Cil NOT aH Hydro Québec présente FEsWt VINGTIEME Amm?97 WÏÀNAUDIÈRE n Classique ! en collaboration avec DU 30 JUIN AU 3 AOÛT 1997 «n c:''1 m samedi 12 juillet 20 h De toute éternité, Roméo et Juliette.ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL CHARLES DUTOIT, chef d'orchestre LYNE FORTIN, soprono STUART NEILL, ténor WNE f0RT|N DELIUS A Village Romeo and Juliet, suite GOUNOD Roméo et Juliette (extraits de l'opéra) Ah! je veux vivre, soprano Ah! lève-toi soleil, ténor 0 nuit divine!, duo Nuit d'hymènée, duo STUART NEILL TCHAIKOVSKY Roméo et Juliette ’ (version Taneiev pour soprano et ténor, avec lo participation Bell de MARIE-PAULE TREMBLAY, mezzo-soprano) PROKOFIEV Roméo et Juliette (extraits du ballet) ^Amphithéâtre 40S 32S 23S Gazon 15$ mardi 15 juillet 20 h 2 grondes interprètes pour une création MARTINE DESROCHES, violon LOUISE BESSETTE, piano MARTINU Sonote pour violon et piano no 3, H.303 HÈTU Sonate pour violon et piano, op.58 (création) K0RNG0LD Morchenbilder, op.3 pour piano (Tableaux de contes de fées) MESSIAEN Thème et variations pour violon et piano LUTOSLAWSKI Portito pour violon et piano (1984) Église de Sainl-Zénon 20 S MARTINE DESROCHES L Radio-Canada > Chaîne culturelle FM 1 4 dimanche 13 juilUri 14 H 30 De Bach à Ellington, rythmes et cuivres! RHYTHM & BRASS Ensemble de cuivres, claviers et percussions GABRIELI, GLUCK, ROSSINI, BERNSTEIN, HUSA, THOMPSON et outres fpj Amphithéâtre 18 $ 14 $ 13 $ ’ Gazon 10 $ vcndreçli 18 juillet Vengerov vous dit: « VIOLIN IS FUN ! » MAXIM VENGEROV, violon IGOR URYASH, piano MOZART, TCHAIKOVSKY, KREISLER, WIENIAWSKI, BAZZINI.Spècial Paires de billets sur scène : 50 S Nombre de places limité Ifl.Amphithéâtre 25 S 20 $ 15 S Gazon 10 S -ft* Radio-Canada Chaîne culturelle FM Télévision samedi 19 juillet 20 h 0 RHYTHM & BRASS Après Alkan et Busoni, une outre découverte: Medtner ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL CHARLES DUTOIT, chef d'orchestre MARC-ANDRÉ HAMELIN, piano TANSMAN Toccoto MEDTNER Concerto no 2 en do mineur, op.50 DVORAK Symphonie no 9 en mi mineur, op.95 « du Nouveau Monde » (f) Amphithéâtre 40 S 32 $ 23 $ ' Gazon 15 $ MARC ANDRE HAMELIN f$j Desjardins ifr Radio-Canada Chaîne culturelle FM lundi 14 juillet Françoise Stravinsky, 90 ons, veuve de Sodma, fils d'Igor FRANÇOISE STRAVINSKY, invitée GEORGES NICHOLSON, intervieweur QUATUOR ALCAN STRAVINSKY Soulima 3 Quatuors a cordes Église de Berthierville 20 S 20 h FRANÇOISE SI RAVIN',It Radio-Canada Chaîne culturelle FM dimanche 20 juillet 10 h 30 messe LES COLIBRIS de Liège (Belgique) JOËL HURARD, chef de choeur HAYDN Misso brevis « Soncti Johannis de Deo » Hob XXII: Z ifji Cathédrale de Joliette, entrée libre dimanche 20 juillet 14 h 30 L'âme du peuple juif KLEZMER CONSERVATORY BAND Musique klezmer pour les fêles juives MARK HAMILTON, direction (f) Amphithéâtre 18 S 14 $ 13 S ’ Gazon 10 $ iiezMiicoNSimron itno INTERNET : http://www.lanaudiere.org/ Courrier électronique : festival® lonoudiere.org/ ^ feslivol@megacom.nel/ ACHAT DE BILLETS AMPHITHEATRE ET EGLISES 1 800 561-4343 (sons (rots pour le Quebec) Réseau Admission: 800 361 4595 ou(514) Z90 1245 Venez pique-niquer à l'Amphithéâtre ! Sur présentation de votre billet de concert, il est possible de pique-niquer sur le «gazon, a compter de 18 h les vendredis et samedis (excepté 1w août à 17 h), et o midi les dimanches.Enfants de 12 ons et moins Admis gratuitement, dons lo section « gazon », si accompagnés d'un adulte.Spècial concert et buffet champêtre Vendredi et samedi: 56 S (18 juillet: 41 S, 25 juillet: 30 S).Dimanche: 32 S rt] Autobus «LE FESTIVAL-EXPRESS» Offert tous les vendredis soir et samedis soir.Départ a ! 7 h 45 (excepté 1 " août à 16 h 45) au «Centre Infotouriste >, 1001, rue du Square Dorchester (près du Métro Peel).Arrêt au côté sud-est de Berri/Sle-Cotherine (au coin d'Archambault Musique, métro Berri UQAM).Prix: 12 $ (aller-retour, taxes incluses).Nombre de places limité.Billets disponibles à tous les points de vente.1*1 F-120712 Bureau fédéral de Fedaral Ofttca ot développement régional Régional Development Canadien TRANSPORTEUR OFFICIEL Radio-Canada Chaîne culturelle FM Diffuseur officiel ©UlEiTïTîE SUITE I)E LA PAGE B 1 Ix1 spectacle, poursuit Genty, n’est pas régi par un système de narration linéaire.En clair, il n’y a pas d’histoire, même si tout est structuré.Iù encore, nous n’en sommes pas à un paradoxe près.Il n’y a pas d’histoire, dit-on.N’empêche que le critique du Monde, Olivier Schmitt, a écrit que «l’auteur et le metteur en scène du Voyageur immobile sait raconter les histoires les plus fortes avec une maestria sans équivalent sur les scènes».Allez y comprendre quelque chose! Aussi, il n’y a que très peu de texte clans l£ Voyageur immobile.«Il n’y a presque pas de mots dans le spectacle.U texte a souvent pour effet de canaliser la signification, de la limiter.L'image, au contraire, est ouverte à tous les sens, à toutes les interprétations.» A entendre ainsi Philippe Genty parler de son spectacle, une question vient à l’esprit: mais que diable vient-il faire au Festival Juste |M)itr rire, entre Michel Courtemanche et François Morency?Genty, lui, n’y voit aucune antinomie.«Attention! Il y a de la noirceur, certes.Mais il y a quand même de l’humour dans ce spectacle, un humour de l’absurde.Au théâtre, il y a deux sortes d’humour.Ou bien on rit de son prochain en train d’être piégé par quelque chose, ou bien on rit de soi en train de se faire piéger.C’est l'humour absurde et c'est ce que nous privilégio>is.Ilyaà la fois du tragique et du comique.» Devant ceux que le spectacle pourrait rebuter, Philippe Genty se fait rassurant «Chacun y puise ce qu’il veut et ce qu'il peut.On peut s'arrêter au premier degré et y trouver son plaisir.On peut aussi y voir de multiples significations.» Philippe Genty ne sera pas à Montréal la semaine prochaine.Depuis neuf ans, il ne monte plus sur scène.Il se consacre pleinement à 1’écriture et à la mise en scène.Genty passera plutôt les prochains jours à Avignon, h- prestigieux festival accueillera Dédale, sa plus récente création.Fait à signaler, enfin, un artiste québécois, Martin Chaput, fait partie de la troupe de Genty.warmilt MARC GINOT Une scène de Voyageur immobile.BEAULIEU La quête d'une identité SUITE DE LA PAGE B 1 Son frère Claude, le troisième d’une famille de sept enfants — dont Paul était l’ainé —, dit de lui qu’il «a passé sa vie à bondir d’une impression à une autre, changeant souvent de style, de façon de travailler, peut-être bien parce qu’il ne voulait pas prendre l’ornière de ses influences.Etait-ce une inconstance bien propre à lui, était-ce simplement le désir de se renouveler sans cesse, ou encore l’influence de peintres comme Picasso, qui changeait constamment de style?», se demande aujourd’hui Claude Beaulieu, architecte, peintre à ses heures et compagnon de vie parisienne de Paul, qui vint le joindre en 1938 dans l’atelier de Montparnasse.Diversité des genres Le directeur du Musée Marc-Au-rèle Fortin, René Buisson, a d’ailleurs voulu mettre cette diversité en évidence à travers le choix des 75 toiles exposées (jusqu’au 8 septembre encore).Des huiles du tout début, paysages, personnages, aux gravures auxquelles il dédia une part importante de son œuvre (le musée ne s’y attarde toutefois pas longuement), aux natures mortes et leurs coloris étonnants, en passant bien sûr par les aquarelles, sur lesquelles de nombreux critiques d’art se sont extasiés, et les toiles abstraites qui passent au cours des années 60.La diversité des genres, l’éclectisme des textures et des coloris.Paul V.Beaulieu se cherchait-il, comme se ie demande son frère Claude?Dans L’Art québécois de l’estampe, 1945-1990, la conservatrice Michèle Grandbois, responsable des dessins et estampes en art contemporain au Musée du Québec, dit que «les liens que développe Paul Vanter Beaulieu avec les artistes de l’école de Paris influencent son expression plastique.L’œuvre peint et gravé de l’artiste témoigne de ses rencontres avec le cubisme cézannien, ainsi qu'avec les thèmes de la nature morte et de l’arlequin si chers à Pablo Picasso.Il garde des réminiscences de la leçon d'Henri Matisse |.j On reconnaît aussi l’influence de Georges Braque dans l'articulation des volumes |.|».L’artiste lui-même, en entrevue à la radio de Radio-Canada en 1981, évoque son passage à Paris en termes d’influences diverses, où la quête d’une identité et d’un style, en cette époque de bouillonnement artistique et culturel, passe peut-être par une multitude d’essais.«Quand je suis arrivé à Paris, d'abord j’avais une formation du terroir; j'admirais beaucoup Maurice Cullen et Clarence Gagnon.Et là-bas, Vlaminck m’a beaucoup impressionné parce qu’il faisait des paysages d’hiver à grands coups de spatule très colorés.Et puis petit à petit, l'école de Paris a pris le dessus.Et là, j’ai senti qu’il y avait d'autres choses à faire.Chacqn cherchait sa personnalité.[.] Evidemment, on regarde chez les grands, bien entendu Picasso, Matisse, Braque, enfin tous ceux de la première génération du début du siècle.» Plongés dans un bain artistique dès la naissance, les jeunes Beaulieu ne s’interrogent pas longuement sur une occupation future.Avec un grand-père amateur d’art, un père avocat mais peintre du dimanche, une mère qui manie aussi pinceau et crayon à l’occasion, s’étonnera-t-on de savoir que les enfants emprunteront presque tous la voie culturelle?«Je suis tombé entre deux artistes et deux ingénieurs», dit Claude Beaulieu, parlant de ses frères artistes Paul et Jacques — connu sous le nom de Louis Jaque — et de ses frères ingénieurs Gérard et Pierre, tous deux fins collectionneurs d’art.Paul fait un saut à l’Ecole des beaux-arts de Montréal en 1927 puis, en 1928, il effectue la traversée vers l’Europe, où il rejoint son frère Claude, déjà amoureux fou de Paris depuis trois ans.«Jeune, mon frère était plutôt insouciant, un spontané, un instinctif qui créait sous le coup d’une impulsion, raconte Claude Beaulieu, longtemps directeur de la revue Vie des arts et puis spécialiste de la réfection des églises québécoises.Il était d’une grande sensualité, avec ce que cela comporte de hauts et de bas.» Ix‘S vacances A peine deux ans après son arrivée à Paris, la guerre frappe et les deux frères sont mis sous arrêts par la police française: sous une directive allemande, tous les sujets britanniques sont incarcérés, d’abord dans la prison de Fresnes et ensuite dans le camp de Saint-Denis, dans une ca- SOtlRUi SIGNAT!IKKS Nature morte au mortier, de Cézanne.sertie désaffectée.Cette période de «grandes vacances», comme le dira Paul plus tard, durera quatre ans, entre 1940 et 1944, internement au cours duquel l’artiste s’adonne au portrait dans un ateliers que les «internés» ont organisé.«Il y avait une double clôture de barbelés tout autour, il fallait passer au comptage tous les matins, mais le reste de la journée, nous étions libres, sous surveillance, mais libres, se souvient Claude.Nous étions plutôt bien à l’intérieur, peut-être plus libres que ceux qui étaient vraiment libres.» À sa sortie du camp de Saint-Denis, Paul revient brièvement au bercail, entame une série d’expositions en solo ou en groupe.L’appel de Paris et le bouillonnement culturel qui y prévaut est peut-être plus fort que la grisaille d’après-guerre qui colore encore Montréal puisque Paul Beau-lieu y revient, retrouvant le vaste atelier chéri et découvrant les délices de la nature morte, qui le suivront pendant longtemps.«Toutes les semaines, j'allais au marché, ramenant divers achats, et dès mon arrivée, mon frère choisissait quelques objets pour les peindre.» La rencontre avec l’aquarelle lui vaut ses plus grands éloges, parce qu’il en maîtrise la technique ardue de façon brillante, dit-on (l’exposition de Saint-Hilaire offre une place de choix à ce médium).Avec les années 60, Paul Beaulieu tâte de l’art abstrait — «l’une de mes périodes préférées», avoue son frangin — et revient au Québec de façon définitive en 1972.Comme décor à l’épilogue de sa vie, une petite maison de Saint-Sauveur-des-Monts, avec un atelier conçu sur le modèle de celui de Montparnasse par.l’architecte Claude Beaulieu.L’an dernier, année de son décès, le Musée d’art de Mont-Saint-Hilaire présentait une rétrospective de l’œuvre de P.V.Beaulieu.Aujourd’hui, quelques-unes de ses créations trônent dans les collections du Musée des beaux-arts de Montréal, du Québec et de nombreuses galeries.Des collectionneurs d’ici et d’Europe également ont peut-être un Beaulieu accroché ici ou là.Cet hommage que lui rend le Musée Marc-Aurèle Fortin s’ajoute donc à tous ceux-là.Parions qu’il aurait aimé aller y fouiner, reculer d’un pas et couvrir d’un seul regard cinquante ans de sa vie en peinture.«Paul était devenu un brin rébarbatif à la fin de sa carrière — interrompue au début des années 80 — et j’ai senti qu’il devait un peu souffrir de ne pas avoir été beaucoup connu.Mais ce serait bien normal qu 'il ait senti cela.«Quel artiste n'a pas ce besoin de voir son travail reconnu?Bien qu’on ne l’ait pas ignoré totalement, il semble qu’il ne faisait pas partie des Borduas, Pet-tan et autres.Quand on a peu d’élites, on revient toujours aux mêmes.C'est bien connu.» i.!•; i> i: \ u i it .i !¦: s s \ m k hi 12 E T d 1 m a x i 11 e i :t .1 11 1 1 1.1: 1 1 •» «1 7 B B ¦ V -, .-S.Jé: mm Dérapage annoncé Jodie Foster, dans le rôle d’Ellie Arroway, écoute les signaux de l’espace.'ll! R( E WARNER BROS Jodie téléphone Paradis CONTACT De Robert Zemeckis.Avec Jodie Foster, Matthew McConaughey, James Woods, John Hurt, Tom Skerritt, Angela Bassett.Scénario: James V.Hart, Michael Goldenberg, d’après le roman de Cari Sagan.Images: Don Burgess.Montage: Arthus Schmidt.Musique: Alan Silvestri.États-Unis, 1997,150 minutes.Au centre Eaton (v.o.) et au Bern (v.f.).MARTIN BILODEAU Contact est sans doute l’un des, plus étranges films d’anticipation jamais réalisé aux États-Unis.D’abord parce que cette histoire d’interprétation scientifique de Tailleurs se confond avec notre appréhension mythologique de l’au-delà.Aussi parce que, dans le même ordre d’idées, le réalisateur Robert Zemeckis, qui reprend les mêmes trucages que dans Forrest Gump, son précédent film, brouille les notions de réalité et de fiction, faisant évoluer ses personnages imaginaires aux côtés de journalistes de CNN, et même du président Clinton.Une démarche à mon sens très dangereuse pour un auditoire de masse facilement mythifié.Adapté du roman de Cari Sagan, scientifique et vulgarisateur décédé l'année dernière, Contact raconte l’histoire de Ellie Arroway (Jodie Foster), depuis son enfance où elle observait les étoiles au télescope et enjambait les distances à l’aide de sa radio à ondes courtes, jusqu’à son voyage sur la planète Vega, après que cette jeune orpheline devenue astronome, qui a consacré son existence à chercher à établir le contact avec des habitants de l’univers, eut capté un message.Ce message codé expliquait comment construire un moyen de transport permettant à un terrien de rejoindre l’émetteur.Sa découverte devient affaire d’Etat, de gros sous et de luttes de pouvoir.C’est contre les siens quelle livrera son dernier combat vers la vérité.Cette suite événementielle, bien conduite et sans longueurs (malgré les deux heures et demie de projection), est jalonnée de personnages qui, sur l’échelle de l'originalité, vont du plus singulier (John Hurt en milliardaire mécène) au plus cjiché (lames Woods en gardien de la sécurité nationale).A mi-chemin entre ces deux pôles, Mathew McConaughey campe l’objet amoureux d’Ellie, doublé d’un éminent théologien (?!).Sur des registres plus neutres, avec chacun deux ou trois moments significatifs, Angela Bassett et Tom Skerritt font tapisserie.Après avoir, avec Forrest Gump, relevé l’impossible pari de créer un héros américain absolu, qui rétablit l’honneur militaire, économique et sportif de son pays tout en ennoblissant la déficience intellectuelle, Robert Zemeckis s’est attaqué à quelque chose de plus ambitieux, qui le dépasse et se résume à une réflexion sur l’altérité qui bouleverse les croyances et repousse les frontières de la science.Malgré qu’il consacre la première partie de son film à secouer le prunier de nos croyances, Contact retombe ensuite dans le simplisme disneyen, rebrousse chemin lorsque vient le moment de ressentir de l’empathie pour une scientifique qui nie l’existence de Dieu et transforme le voyage cosmique tant anticipé en un anti-climax qui prend la forme d’un voyage-éclair au paradis terrestre.Comme le fait son ami Steven Spielberg, Robert Zemeckis interpelle, avec chacun de ses films, l’enfant qui sommeille en chacun de nous.Contact, à cet effet, se veut une histoire d’innocence retrouvée et de scepticisme démonté, dans un monde qui, entre la raison et la foi, a perdu tous ses repères.Pourquoi alors mystifier les spectateurs par des jeux d’illusion qui rendent la réalité et la fiction à peu près indiscernables l’une de l’autre?Le contact avec la vérité se perd dans tout ce brouillard.THE VAN De Stephen Frears.Avec Colin Meaney, Douai O’Kelly, Ger Ryan, Caroline Rothwell.Scénario: Roddy Doyle, d’après son roman.Images: Oliver Stapelton.Montage: Mick Audsley.Musique: Eric Clapton, Richard I lartley.Irlande, Grande-Bretagne, 1996,105 minutes.À TAlexis-Nihon.MARTIN BILODEAU The Van est le troisième et dernier volet de la trilogie de Barrytown, banlieue ouvrière imaginaire qui a inspiré à J’écrivain irlandais Roddy Doyle trois romans, portés presque simultanément à l’écran.Le premier, 'Hie Commitments, réalisé en 1992 par Alan Parker, a connu un succès fulgurant; The Snapper, réalisé Tannée suivante par Stephen Frears, marquait le retour du réalisateur de My Beautiful lxiundrette à la tragi-comédie humble et universelle; Vie Van, du même Stephen Frears, après un lance-njent désastreux à Cannes Tannée dernière, prenait l'affiche à Montréal la semaine dernière, sans autre publicité que l’inutile et vain crêpage de chignon, rapporté dans les njédias, de nos deux festivals qui se l’arrachaient.Projeté sur l’écran inadéquat de TAtwater 2 comme une simple for- malité dont on s’affranchit avant la vidéocassette, 'lhe Van mérite pourtant les honneurs d’une bonne salle et d’une campagne proportionnelle à sa qualité.Bimbo (Douai O’Kelly), marié et père de famille, vient de perdre son boulot.Réconforté par son ami Larry (Colin Meaney), bon vivant sans emploi, Bimbo reprend courage.Lorsqu’on lui propose d'acheter une camionnette à frites, il saute sur l’occasion et invite son ami à se joindre à l’entreprise.Réparée, restaurée et repeinte, les deux Irlandais conduisent la camionnette à la sortie des stades, en bordure des plages et à la porte des salles de bingo.Iœ succès est immédiat.Or, à mesure que la haute saison avance, l’amitié des deux hommes s’effrite.Il leur faudra faire un geste radical et irréversible pour sauver leur amitié.Dans ce The Van admirablement écrit et dialogué, Stephen Frears pose des questions troublantes en cette heure d’égarement spirituel: l'amitié vaut-elle d’être sacrifiée sur l’autel de la réussite sociale?Entre subvenir aux besoins de sa famille et rester digne aux yeux d’un ami de longue date, quelle option faut-il privilégier?Ces questions déchirantes, au centre du film, sont illustrées par des notions de dignité, d’amitié, de responsabilité et d’amour conjugal qui se mêlent, se conjuguent et s’annulent au gré du récit dont l'intensité dramatique est constamment défaite par un humour et un optimisme qui placent The Van dans la catégorie à part des films de Ken Dutch (Raining Stones), Gillies MacKinnon (Small Faces) et Hettie McDonald (Beautiful Thing).Des films qui dissolvent la dure réalité dans une pinte d’humour.Comme dans The Commitments et The Snapper, les personnages imaginés par Roddy Doyle évoquent leurs angoisses et leurs rêves à travers une mélancolie joyeuse, des regards inquiets surplombant de larges sourires, des démissions personnelles compensées par la victoire d’une équipe de rugby en route pour le championnat d’Europe.Des matchs que Stephen Frears décrit avec beaucoup d’imagination et une rare économie d’effets.Le montage de Mick Audsley et la musique d’Eric Clapton et Richard Hartley insufflent aussi un dynamisme étonnant à cette chronique d’un dérapage annoncé, constitué d’une somme d’instants tantôt drôles, tantôt tristes, montés avec le rythme et la fluidité de l’anglais d’Irlande, c’est-à-dire mâché et rapide.Moins formalisant que 77w Commitments — pour lequel Alan Parker faisait cependant preuve de retenue — The Van bat au rythme cardiaque de ses personnages denses et universels, défendus avec aplomb par Douai O’Kelly, un acteur effacé, et Colm Meaney, bouffon déjà mémorable dans The Snapper, qui forment ici un duo à la Laurel et Hardy aussi authentique qu’émouvant, à l’ombre desquels les épouses (campées par Ger Ryan et Caroline Rothwell) ont du mal à se démarquer.Des deux-parcours parallèles de Stephen Frears, il semble que le plus simple soit le meilleur.De The Hit à The Van, Frears projette l’image d’un cinéaste engagé, imaginatif et cohérent.En comparaison, son parcours hollywoodien, de Dangerous Liaisons h Mary Reilly, s’avère nettement plus accidenté.The Van montre toutefois qu’entre la simplicité des petits films et la démesure des grosses productions, qu'entre la Grande-Bretagne et l’Eldorado, Stephen Frears ne se fait plus d’illusions.MIND THAT SNAPPER source i wi n run: ru century i-ox Colin Meany Scènes de crépuscule ENCORE Écrit et réalisé par Pascal Bonitzer.Avec Jackie Berroyer, Valéria Bruni-Tedeschi, Natacha Régnier, Hélène Filières, Laurence Côte.Images: Emmanuel Machuel.Montage: Suzanne Koch.France, 1996,96 minutes.Au complexe Desjardins.\ MARTIN BILODEAU un même plan, ou dans une même scène, le scénario ne montre aucune trace de sa construction, ce à quoi la mise en scène répond par une égale transparence, un rejet stylistique évident qui rappelle la démarche de Ri-vette, en plus calculé, en plus écrit.Cela dit, le récit de Bonitzer s’alourdit de personnages qui le font paraître moralisateur et prétentieux.Olga (Éva Ionesco), l’ancienne belle-soeur devenue américaine, sort tout droit des bandes dessinées du temps de la Guerre froide; la fanatique des médecines douces (Ursula Canto) est une caricature ridicule; le sans-abri qui vend des journaux dans le métro (Lou Castel) paraît plaqué.Ces clins d'œil, chatouillements et règlements de compte, ces aspects, que Bonitzer concède peut-être à la réalité, 11e sauraient cautionner la morale de ce film sur la mort de l’âme et la déchéance du «moi».Un «moi» défendu avec intelligen- \ ! Après avoir, pendant plusieurs années, jeté sur papier les bases des films de Jacques Rivette (de L'Amour par terre à Haut, bas, fragile) et d'André Téchiné (des Sœurs Broute à Jeanne Im Rucelle), le scénariste Pascal Bonitzer passe à la réalisation avec Encore, essai psycho-philosophique sur la nature de l’homme et ses rapports avec les femmes, couronné en France du prix Jean Vigo, remis à un premier film.Ce passage de l’ombre à la lumière, Bonitzer le fait sans heurt, ses compétences de metteur en scène étant, à la vue de ce Encore au titre veeehialien, irréprochable.Partant du personnage d’Abel Vi-chac (Jackie Berroyer), universitaire et essayiste réputé qui vient de franchir le seuil de la cinquantaine, Bonitzer dessine le parcours cahoteux d’un homme qui est hostile à la solitude mais que la vie conjugale étouffe.Aliette (Valeria Bruni-Tadeschi), avec qyi il partage sa vie, Catherine (Natacha Régnier), étudiante qui le séduit.Aurore (Hélène Filières), étudiante qu'il veut séduire et Florence (Laurence Côte), ex-étudiante qui rejette en bloc sa personne et son rationalisme contagieux, femmes de passage ou femmes de sa vie, celles-ci sont à la fois les miroirs de ses peurs et de ses désirs, de ses doutes et de ses certitudes.De Tune à l’autre, Abel cherche ses repères, pour ne rencontrer que l’image défraîchie d’un homme au crépuscule de sa vie active, sur le plan professionnel et amoureux.1 je scénario entremêle astucieusement les scènes de ruptures-hécatombe (les scènes de ménage épileptiques avec Aliette), les instants d'in-npcence (le baiser volé à Catherine) et les paris philosophiques (le partage des pâtisseries), sans perdre de sa vivacité et de son croquant, porté par la somme de ses détails.Construit à la manière d’un cadavre exquis, avec des actions relayées par d’autres dans WN MiMD] H) DRlilDlil SOURCE FC MM À VOIR D’URGENCE avec les yeux et le coeur.A ne pas manquer.» — Studio s acteurs remarquablement choisis ci une maîtrise technique étonnante.¦ - Le Monde |Ï3| 1ANS4t primo Hint O* ixc un film Or Une comédie qui est aussi un hymne au respect de la différence et a la fraternité des hommes, par le réalisateur de
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