Le devoir, 14 juillet 1997, Cahier B
Agenda Page B 6 Culture Page B 7 Economie Page B 2 Sports Page B 5 ?Le" I.K I) K v 0 I II .I.!•: E U N I) I I I .1 r I I.I.K T I il !) 7 L’ENTREVUE Jean Mouttapa Observateur, et partisan, de la mutation des religions L’éditeur et auteur baigne littéralement dans la spiritualité contemporaine En tant que codirecteur du secteur «Spiritualité» (huit collections) aux éditions Albin Michel, Jean Mouttapa joue un rôle actif dans la rencontre des grandes traditions spirituelles du monde.Cette rencontre, qui se produit à un rythme accéléré depuis le milieu du siècle, est particulièrement bouleversante pour la chrétienté qui est aux premières lignes du dialogue interreligieux.Dans un ouvrage visionnaire, Dieu et la révolution du dialogue (Albin Michel, 1996), Mouttapa affirme qu’il devient pratiquement inévitable que le christianisme fasse «bientôt l’expérience, dans sa chair sociale et spirituelle, du message qu’il porte: “Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il ne porte pas de fruit”».CHRISTIAN LAMONTAGNE COLLABORATION SPÉCIALE • entrée de jeu, Jean Mouttapa éta-' blit la perspective et insiste pour dire que le dialogue interreligieux n’est pas réservé aux clercs mais qu’il concerne tout le monde.«La religion n’est qu’une des modalités de la culture et, à ce titre, elle relève du champ du dialogue interculturel qui est un important problème de société actuellement, quel que soit le pays», dit-il.Conséquence de la mondialisation des échanges et du brassage des populations, la nécessité du dialogue interreligieux s’impose donc à tous, croyants ou non, simplement parce que tous sont concernés en tant que citoyens.Evidemment, il y a là davantage qu’une simple question culturelle: l’enjeu est celui de la rencontre des religions.Les croyants de différentes religions peuvent-ils se parler?Sont-ils capables d’écouter ce que les autres ont à dire et d’être transformés par ce dialogue?Autrement dit, allons-nous vers un au-delà des religions historiques?Habitués que nous sommes à un catholicisme triomphant, se plaçant toujours un cran au-dessus de tous et confondant œcuménisme avec paternalisme, la question peut être accueillie par un haussement d’épaules sceptique.Mais pour Mouttapa, ce n’est même plus une question: «Les relations entre les hommes, les peuples et les cultures subissent une telle accélération exponentielle qu'il ne sera bientôt plus possible de croire en son dieu comme si celui des autres n'existait pas.» Quoi qu’il en soit, le mouvement est en marche dans le réel parce que tous, pratiquants ou non, sont soumis à toutes sortes d’influences et d’expériences qui pénètrent profondément la psyché.A preuve, l’important pourcentage de la popu- Allons-nous lation occidentale qui dit croire à la réincarnation, pourtant rejetée par le christianis- vers un me, et la pénétration des pratiques de méditation dans toutes les franges de la société.au-delà des Lorsqu’on lui demande quels apports des grandes traditions spirituelles pourraient religions être assimilés sans trop de mal par le chris- .tianisme, Jean Mouttapa indique la richesse historiques; du pluralisme dans le judaïsme, la méditation bouddhique et, de manière générale, tout ce qui va impliquer le corps dans la pratique religieuse.Il ajoute également certains éléments du christianisme oriental comme X«adoration des icônes», qu’on peut rapprocher de l’utilisation des mandalas en Asie.«Il ne faut pas avoir peur du mélange mais plutôt de la précipitation, dit-il.Le dialogue ne nous laissera pas indemnes.Si l’on croit que dans 10, 20 ou 30 ans le christianisme sera toujours le même après son dialogue avec l'Orient, on ne se prépare pas au vrai dialogue.La différence avec le syncrétisme, c’est le temps.Laissons les choses aller à leur rythme.» Ultimement, la rencontre de l'Occident, qui met en avant la notion de responsabilité, et de l’Orient qui met en avant celle de non-Soi, lui semble déboucher sur un véritable koan zen.«A priori, les deux notions sont incompatibles et c’est ce qui est passionnant.Qui dit responsabilité, dit un’je” et tin “tu", entre deux êtres humains, entre l’homme et la transcendance.Im vision orientale avance que l'ultime réalité se trouve à l’intérieur, dans le monde.En Occident, la transcendance est le Tout-Autre, en Orient, le Tout-Même.» La découverte de l’extrême diversité des quêtes spirituelles rajoute à la relativisation des discours.Le problème est de ne pas tomber dans le relativisme.«Chaque religion est une sorte de darshan, de perspective.Mais je sais que si je creuse au fond de ma propre tradition, j’y trouve la possibilité de réaliser la totalité de moi-même.Dans ce sens, ma tradition est catholique mais le bouddhisme pourrait aussi être qualifié de catholique, au sens d'universel, relié au Tout.» Chose étonnante à première vue, Mouttapa réhabilite la notion de péché en la présentant en tant que brisure dans la relation, notion partout présente dans la Bible.Cette brisure dans la relation par rapport à l’autre, qui est l’essence de la faute par rapport à la responsabilité, apparaît alors comme notre lien fonda- mental avec la tradition juive, et nous éloigne de la psyché orientale.«Le christianisme a un fondement juif, Jésus est juif jusqu'au bout des ongles, il pense juif, son monde est juif et il n’a pas du tout l’intention de créer une nouvelle religion, nulle part dam L’Évangile.C'est à la fois angoissant et fascinant pour un chrétien qui se rend compte de cette judéité radicale du Christ.Il nom en est resté quelque clwse.» Pourrait-on dire que le discours sur la responsabilité personnelle est en quelque sorte une version civile de la spiritualité?«Tout à fait.C’est une sorte de prise de comcience de ce qui fait l’essentiel de l'Occident, c’est-à-dire la vision de l’Homme en tant que sujet de relation avec d’autres sujets.Je crois que la responsabilité personnelle débouche sur une vision de l'Homme, du monde et de l'univers qui ne se suffit pas à lui-même, sur une intuition d’une extranéité du sens du monde par rapport au monde.» Sans se faire prophète, Mouttapa ne voit pas comment l’Église catholique peut éviter un certain effondrement «Il y a actuellement 25 000 prêtres en France.Dam dix am, ils seront 2500.Il est inévitable que l'Eglise passe par une période d'effondrement.Mais si cet effondrement n’est pas accompagné d'une mutation spirituelle, ça sera seulement un appauvrissement.«On ne peut pas être irresponsable et nier toute légitimité à l'institution.Sa seule légitimité, c’est de transmettre, mais elle l'a.S’il advient un monde où Jésus n’a pas plus de chair que Goldorak ou n ’importe quelle créature audiovisuelle, on aura perdu des choses.Parce que les enfants de ces enfants,ne pourront même plus critiquer l’Eglise au nom de L’Évangile.» Mouttapa voit l’effondrement sociologique de l’institution catholique comme une condition sine qua non qui accompagnera les mutations spirituelles.Pour le christianisme, la mutation sera la prise de conscience de sa finitude en tant que religion historique.«Je crois vraiment que le Christ est universel.Si le Christ est universel, il y a deux solutiom: ou bien j’assimile le christianisme au Christ et il faut que ce christianisme envahisse la planète Terre.C'est ce que l’Eglise a pensé pendant 2000 ans, jusqu’à Vatican II, et c’est ce que pensent encore beaucoup de chrétiens.Ou bien je mets une distance infinie entre le christianisme tel que je le connais et le Christ.A ce moment là, je dis que les Hindous ont peut-être une expérience du Christ supérieure à la mienne ou, à tout le moins, autre que la mienne et elle peut m’apprendre quelque chose sur ce que j’appelle Christ et qu’eux n’appellent pas Christ.«Cela veut dire qu’on abandonne toute idée de vouloir convertir des gens, au sens socioculturel du terme, tout en voulant peut-çtre les convertir au Christ, au delà des religions.Car L’Évangile est quand même une bonne nouvelle, quelque chose à diffuser.» Finalement, tout cela nous mènerait vers la rupture avec un certain sens archaïque du sacré où les appareils religieux se présentent comme le pont obligé entre Dieu et l’homme.«En fait, on s'en va vers une laïcisation accélérée.L’institution n’aura plus qu’un rôle de service.» Au point de penser à la disparition de la papauté?«Les non-chrétietis sont beaucoup plus centrés sur Rome que les chrétiens, dit-il.En réalité, en ce qui concerne le dialogue interreligieux, la question de la papauté importe peu.Certains prétendent que si le prochain pape était Mgr Martini, par exemple, les choses pourraient aller plus vite, mais ce n’est pas vraiment important.Le catholicisme ne se passe pas sur les 40 hectares de la Cité du Vatican.Par contre, un pape qui mettrait et\ évidence la spiritualité et l’esprit de compassion de L’Évangile serait une grâce du ciel, parce qu'il inviterait beaucoup de non-chrétiens ou, de gens qui ont oublié leurs racines à se réintéresser à L’Évangile.Et c’est son rôle.» Pour lui, la grande affaire du christianisme au XXL siècle sera le rapport au judaïsme, l’apprentissage de la richesse inouïe de la Torah orale dont l’Église elle même s’est coupée volontairement durant des siècles.«L’inachèvement juif — l’attente du Messie — est absolument essentiel pour donner du “jeu” à la pensée du christianisme», dit-il.Pour Mouttapa, le syndrome des «faux amis» — transposer une idée en provenance d’une tradition dans une autre — est un des principaux écueils de la PHOTO FRANCK FERRILLE Jean Mouttapa: «Les relations entre les hommes, les peuples et les cultures subissent une telle accélération exponentielle qu’il ne sera bientôt plus possible de croire en son dieu comme si celui des autres n’existait pas.» rencontre des traditions spirituelles.Il donne l’exemple de l’idée de réincarnation, à laquelle il consacre tout un chapitre de son livre pour montrer le fossé qui existe entre le point de vue bouddhiste de la réincarnation d’un non-Soi et l’idée occidentale de la réincarnation d’une personne.L’autre écueil est évidemment le syncrétisme abolissant la différence entre soi et autre.«Le dialogue exige deux lieux de parole.» On a l’impression, à première vue, que la préoccupation de dialogue est essentiellement chrétienne.Pour Mouttapa, il y a simplement des raisons historiques à cela: les chrétiens sont partout et ils ont été partout.Ils ont donc été davantage en relation avec d’autres traditions.«Les rapports entre les juifs et le bouddhisme ne datent que de quelques années, sauf er- reur, alors que les chrétiens étaient en relation avec eux depuis très longtemps.Par contre, les ponts entre l’islam et le christianisme ont déjà été créés entre le VIII' et le XII' siècle.Saint Thomas d'Aquin n’aurait pas existé sans Averroès, sans Cordoue, sans Bagdad.Pour des raisons de pouvoir, l’islam a fermé les portes de l'interprétation et de l’initiative mais il y a de plus en plus de musulmans, en Europe et en Egypte, qui demandent la réouverture des portes de l’ijtihâd, de la recherche.«En Inde, il y a eu un grand courant de dialogue interreligieux qui a commencé avec Ramakrishna et Vive-kananda.On y a même vu un courant de vrai syncrétisme, au sens propre et assez respectable du terme, au début du siècle.Aujourd’hui, par nature, le christianisme est aux premières lignes du dialogue interreligieux parce qu’il a été aux premières lignes de la violence religieuse.» Un homme engagé r Editeur, auteur, journaliste et homme engagé dans le concret du dialogue interreligieux, on pourrait dire de Jean Mouttapa qu’il baigne littéralement dans la spiritualité contemporaine et en touche tous les aspects.En tant que directeur du secteur «Spiritualité» chez Albin Michel, il assure la relève du grand Jean Herbert qui fut le premier à publier des livres donnant la parole à des maîtres spirituels de différentes traditions.Pour mémoire, rappelons qu’Herbert a traîné pendant duc ans les manuscrits de grands sages indiens tels Ma Ananda Moyi, Ramakhrisna et Ramana Maharshi, avant de tomber sur Albin Michel qui lui demanda un livre sur les maîtres indiens.Herbert acquiesça à condition de publier les manuscrits de cette tradition orale.C’est ainsi que naquit, il y a 50 ans, la collection «Spiritualités vivantes».Comme auteur, il a d’abord publié La Parole au cœur du corps, un livre d’entretiens avec Annick de S juzenelle.Dieu et la révolution du dialogue est son deuxième ouvrage.Ses projets incluent une préhistoire du dialogue interreligieux, c’est-à-dire de ce qui est antérieur à la fin du siècle dernier, et au premier Parlement mondial des religions à Chicago, en 1893.Comme journaliste, il collabore régulièrement à L’Actualité religieuse dans le monde, un mensuel d’origine chrétienne, tirant à 35 000 exemplaires et qui fait office de porte-parole de ce dialogue interreligieux.Dieu et la révolution du dialogue est d’ailleurs une adaptation de certains textes qu’il a publiés dans cette revue.Enfin, comme protagoniste engagé, Mouttapa a été l’un des organisateurs des premières assises du dialogue interreligieux qui ont eu lieu à Paris, en novembre dernier.«Pour la première fois, on a pris conscience de l'importance politique de ce dialogue pour un pays comme la France.Pays laïc ignorant officiellement l’existence des religions, la France est obligée d’en tenir compte parce que la religion est une force vive pour résoudre certains problèmes.«L’essentiel, c’est de créer l’atmosphère de dialogue, d'interpénétration, de manière à ce qu’on ne puisse plus assister aux affrontements qui se produisent quand on laisse les communautés coexister satis relations.À partir d'un certain degré de relations, on ne peut plus aller à l’affrontement.Le dialogue interreligieux va beaucoup plus loin que la coexistence pacifique et permet de prévenir la violence intercommunautaire.La coexistence aménagée pour que personne ne se rencontre aboutit tôt ou tard à la violence.Il nous faut donc développer l’esprit selon lequel nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes.Nous avons essentiellement besoin des autres, de l’enrichissement qu’ils nous apportent.» clamont@iotalmedia.qc.ca vendredi août b I i c i t a i r e Ne manquez pas notre cahier spécial g publié le 23 août prochain! D1C 1, E I) E V 0 I It .L E L U N I) I 14 J U I L L E T 1 !» !» 7 B 2 =-—-* le devoir ?- ECONOMIE CETTE SEMAINE ALA BOURSE Semaine du 13 au 19 juillet 1997 ASSEMBLÉES ANNUELLES Portrait Tecsult et ses tentacules La firme mise sur une nouvelle génération pour rester dans la course internationale du génie-conseil en évolution — SOURCE TECSULT enjambant la Rivière-des-Prairies, Nom de la compagnie ONTARIO Newfields Minerais Inc.Battery Technologies Inc.Adex Mining Inc.Cambridge Limitée Rothmans Inc.AILLEURS AU CANADA Hydromet Environmental Recovery Ltd BMR Gold Corporation Wall Financial Corporation Kelman Technologies United Grains Gowers Limited Date Heure Lieu 15-07-97 10hOO Toronto 16-07-97 16h30 Toronto 17-07-97 10hOO Toronto 17-07-97 10h30 Toronto 17-07-97 11 hOO Toronto 14-07-97 10hOO Calgary 15-07-97 10h30 Vancouver 15-07-97 10h30 Vancouver 15-07-97 13h00 Calgary 17-07-97 9h00 Winnipeg CLAUDE TURCOTTE LE DEVOIR Pas de vacances cet été, constate Luc Benoît, qui en est à sa première année comme président de Tecsult et qui vient tout juste d’être élu à la présidence du conseil d’administration de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec.Il le mentionne, sourire aux lèvres, car Luc Benoît, âgé aujourd’hui de 48 ans, réalise sans doute un rêve qui a pris forme dès son enfance, alors que son père, ingénieur et l’un des cinq fondateurs de ABBDL, la firme de génie-conseil qui a donné naissance à Tecsult, l’emmenait visiter des chantiers hydroélectriques.Luc Benoît devenait lui-même ingénieur civil en 1974 et commençait sa carrière au sein de cette entreprise en travaillant au design de l’usine d’épuration des eaux usées de la Communauté urbaine de Montréal.Président de Tecsult, son père meurt en 1976.Il aura fallu un délai de 20 ans avant que le fils ne reprenne le flambeau.Luc Benoît s’est intéressé tôt aux activités internationales, ce qui était plutôt inusité chez Tecsult qui consacrait alors la plus grande partie de son énergie aux grands projets hydroélectriques québécois.En 1977, moins de 5 % des revenus de la société provenaient du marché international, lequel du reste générait des pertes.Une question se posait tout naturellement: «Devait-on continuer?» Sensible au marché international Dans ses années d’étudiant, le jeune Benoît avait passé plusieurs vacances à l’étranger pour des stages d’études ou comme touriste.Il a ainsi visité 25 pays d’Europe, d'Asie et d’Amérique latine.«Donnez-moi deux ans, je vais voir ce que je peux faire», a-t-il suggéré aux dirigeants de l’entreprise.Les voyages d’étudiant n’ont pas nui, mais il a fallu faire un dur apprentissage.Heureusement, la concurrence était faible, si bien que cinq ans plus tard, Tecsult retirait plus de 30 % de ses revenus à l’étranger.La tendance s’est maintenue, et depuis 10 ans les contrats internatio- SOURCE TECSULT Luc Benoît naux représentent 50 % du chiffre d’affaires.La clientèle québécoise a un apport de 40 % et le reste provient d’autres provinces canadiennes.Cette présence importante sur la scène internationale a démarqué Tecsult des autres firmes de génie-conseil, sauf SNC-Lavalin.Ce rayonnement a par ailleurs incité un certain nombre de petits bureaux d’ingénieurs spécialisés à se rapprocher de Tecsult pour profiter de son réseau à l’étranger.Par exemple, Poulin Thériault, une firme spécialisée dans le génie forestier est intégrée à Tecsult depuis 15 ans; de quelques employés son personnel est passé à 150 qui travaillent dans 25 pays et où les contrats représentent 75 % du chiffre d’affaires.Ce bureau est devenu le plus important employeur privé d’ingénieurs forestiers au Québec et il n’y a pas de plus important consultant forestier au Canada; en fait, il se situe parmi les leaders mondiaux en son domaine.La percée internationale s’est faite à partir de secteurs traditionnels, nommément l’énergie, l’eau, les routes et les chemins de fer.On a visé d’abord l’Afrique francophone, suivie de l’Afrique anglophone; ce continent représente encore aujourd’hui 60 % des affaires internationales de Tecsult.M.Benoît est même consul du Gabon, un titre largement honorifique et qui découle du fait qu’à une époque plus de 60 % du commerce entre le Gabon et le Canada passait par Tecsult! Une diversification étonnante On a cherché à se diversifier dans des secteurs qui s’adaptent bien aux besoins internationaux et dans lesquels on est déjà très familier ici, comme la forêt et les mines.Mais des activités nouvelles, telles que la formation et la géomatique, contribuent également à faire en sorte que cette entreprise soit présente dans 45 pays et qu’elle fournisse un emploi direct à quelque 900 personnes.M.Benoît situe les services de formation de Tecsult parmi les 12 plus importants au monde.On a commencé par un tout petit groupe à l’interne qui a pris de l’ampleur avec des acquisitions planifiées.Par cette division, qui puise dans un bassin de 300 professionnels externes, Tecsult peut offrir des services d’analyse des besoins de formation d’un client et développer des programmes pertinents, qui sont très variés.Par exemple, Tecsult a participé à des programmes pour éduquer les populations à la protection des forêts; elle a aussi élaboré un programme de formation pour tous ceux qui auront à manipuler le nouveau et complexe bras canadien qu’on utilisera dans la station orbitale.Tecsult aide des pays socialistes à effectuer le virage vers l’économie de marché en révisant tout leur système d’éducation et elle contribue à l’implantation de nouvelles sciences dans des universités, notamment les sciences marines en Indonésie.Ces services de formation génèrent 30 % des revenus de Tecsult, en comparaison de 34 % pour les services traditionnels de génie-conseil; la Une vue du pont Papineau-Leblanc, l’une des réalisations de Tecsult.foresterie et l’environnement ont un apport identique de 15 %; il reste donc une contribution de 6 % pour la géomatique, c’est-à-dire la géographie informatisée qui permet entre autres de localiser des conduites enfouies par de§ références spatiales.A part quelques années de recul ici et là, Tecsult a connu une croissance constante depuis ses débuts.En 1977, ses revenus touchaient 15 millions, en 1990 ils atteignaient 47 millions et ils en sont maintenant au plateau de 75 millions.Viser plus juste Une façon de mesurer le taux de réussite consiste à voir la moyenne de soumissions requises pour obtenir un contrat.La norme générale est de un contrat par cinq soumissions.Or, Tecsult présente en Afrique un ratio de un pour trois; en Afrique francophone, il est même de un pour deux; en Asie la moyenne tombe à un pour dix et à un pour quatre ou cinq en Amérique latine.Tecsult a dont révisé sa stratégie et porte désormais beaucoup plus ses efforts sur l’Amérique latine que sur l’Asie.Contrairement à la situation des années 1970, la concurrence est devenue farouche.M.Benoît cite le cas de la République centrale africaine qui pour un projet, il y a 10 ans, avait reçu trois soumissions.L’an passé pour une proposition semblable, le même pays a reçu 60 soumissions; Tecsult a réussi tout de même à obtenir le contrat.Depuis quelques années, à la faveur d’un Québec qui devient de plus en plus exportateur de produits finis, Tecsult cherche à s’installer dans le secteur manufacturier pour construire des usines.Il y a aussi de grandes firmes qui retournent à leur activité première et qui se départissent de îeur division de génie.C’est ainsi que Tecsult a fait l’acquisition d’une telle division de Dominion Textile, en ajoutant du même coup une expertise nouvelle à sa tablette de produits.M.Benoît avoue en somme ne «pas être trop pessimiste» pour l’avenir du Québec; avec l’ouverture d’Hydro-Québec vers les marchés extérieurs, il voit un potentiel énorme.Le Québec ne représente que 4 % de la consommation hydroélectrique en Amérique du Nord; il suffirait de gagner quelques points sur le marché continental pour relancer le projet de la Baie James.Chez Tecsult même, la relève s’installe.Le nouveau président a 48 ans.L’actionnariat a également beaucoup changé.Il y a trois ans 60 % des actions étaient détenues par trois personnes.Aujourd’hui, il faut au moins sept ac- tionnaires pour regrouper 70 % des actions.Il y a 135 actionnaires, la plupart étant de jeunes ingénieurs qui constituent «la génération montante» et qui auront au cours de la prochaine décennie la possibilité d’acquérir chacun 2,3 ou 4 % des actions.M.Benoît souligne aussi la nomination d’une femme, Chantale Morasse, comme directrice générale adjointe au bureau de Laval.Les défis du génie-conseil Comme président de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec, M.Benoît considère que son premier défi consiste à combattre la facilité manifestée par les preneurs de décision en matière de soumission.«On est malheureusement souvent comparé à un fournisseur de biens ordinaires, c'est-à-dire choisi sur le prix le plus bas et non la compétence, dit-il.Voilà un gros phénomène à renverser.Un dollar en génie
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.