Le devoir, 30 août 1997, Cahier D
?LE DEVOIR ?Im chronique de Robert Lalonde Page D 3 Poésie Page D 4 Grille télé du week-end page D 5 ?Mona Hatoum Page D 7 Formes Page D 8 Jean-Paul Dubois Dans l’œil du cyclone Dans son dernier roman, dont une bonne partie de l’action se déroule à Montréal, Dubois raconte la dépression d’un météorologue.PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR \ A la limite, nous sommes tous interchangeables, et ce qui nous sépare ne tient qu’à un fil, qu’à quelques chocs affectifs.Ce qui me distingue de cet ami qui a voulu s’enlever la vie est bien mince.C’est un peu ce qu’on se dit en refermant Je pense à autre chose, le plus récent roman de Jean-Paul Dubois, un livre où il n’y a rien de banal, un livre riche, quoi qu’on en dise.Du début à la fin du récit, Paul Klein, météorologue de profession, repasse le ruban de sa vie.Il le fait depuis cette clinique psychiatrique de Jérusalem où il s’est enfermé malgré lui, piégé.Entre deux doses d’Anafra-nyl, il raconte tout, avec une rare lucidité, accroché à ce filament de vie auquel il tient parce qu’il le relie à ceux qu’il a aimés.Ce n’est pourtant pas lui qui devrait être ainsi coincé dans un asile.Car ce n’est pas lui que l’on a retrouvé, il y a deux mois, enfermé dans son garage, assis, inconscient, au volant de sa voiture, à demi asphyxié par les gaz d’échappement du véhicule.Ce n’est pas Paul, c’est Simon, son frère, son jumeau.Appelé au chevet de son frangin, Paul s’est progressivement enlisé, au fur et à mesure que son jumeau, lui, prenait du mieux.Il l’a finalement remplacé sur son lit d’hôpital.Une expérience personnelle Comme toujours, Jean-Paul Dubois s’est librement inspiré d’une expérience personnelle.«J’ai passé six mois à accompagner un ami dans une clinique psychiatrique.J’étais à ce point présent que les autres malades m’avaient accepté comme un des leurs.Il y en a même un qui m’a dit un jour: “Vous allez beaucoup mieux maintenant que lors de vos premières visites".À chaque soir, en ressortant de la clinique, je me disais que mon ami et moi, au fond, on était pareils, sauf que moi, je rentrais à la maison tous les soirs.Ce qui nous différenciait ne tenait à presque rien», raconte Jean-Paul Dubois.Ce Paul Klein, le personnage central de Je pense à autre chose, Dubois l’a fait météorologue.Ce n’est pas un hasard.Si d’autres écrivains ont si bien traité du temps perdu, pourquoi ne pas s’attarder sur le temps qu’il fait?La mécanique des fluides et les autres lois qui gouvernent le temps qui nous tombe dessus régissent de la même manière notre destin.Le temps qu'il fait en Argentine aujourd’hui influencera le temps qu’il fera chez nous dans deux ou trois jours.Et puis, pensez-y, il faut du génie pour inventer une histoire mettant en scène un météorologue pris dans la tourmente d’une dépression! S’il lui a inventé un frère jumeau, explique-t-il, c’est pour démontrer que nous avons tous un frère mental, qu’il y a souvent deux personnes en nous, deux morales personnelles qui cohabitent difficilement.Ce Paul Klein nous offre donc le ruban de sa vie, disait-on.Il revit sa rencontre avec Anna, celle qu’il a huit aimée.Il raconte le choc des deux familles, lui, le fils d’un digne réparateur de télévisions et elle, fille d’un juge.La rencontre entre les deux familles donnera lieu à un bijou de chapitre.VOIR PAGE D 2: IHIHOIS $ ' : ' • Ecrire MARTINE DOYON PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Est-ce par sa conscience aiguë des choses?Est-ce par son extraordinaire attention aux bruits des choses de la vie?Est-ce par sa présence au monde si intense?Est-ce par la densité ou la simplicité de son écriture?C’est un pep pour toutes ces raisons que l’on dit d’Elise Turcotte qu’elle est une voix à la fois majeure et unique dans le paysage littéraire québécois.Il y a près de vingt ans — déjà! — qu’elle poursuit son œuvre.Après un premier recueil de nouvelles paru en 1980 (Im Mer à boire).Elise Turcotte s’est surtout consacrée à la poésie.Ses recueils Im Voix de Caria (1987) et Im Terre est ici (1989) lui qnt valu d’être deux fois lauréate du prix Emile-Nelligan.Ç’est toutefois en 1991 que le talent d’Élise Turcotte a transgressé le cercle confidentiel de la poésie pour rejoindre toute une génération de lecteurs qui se voyaient un peu en elle.Cette année-là, elle publiait Le Bruit des choses vivantes, l’un des plus beaux romans de la décennie, l’histoire de l’amour qui lie une jeune mère de 30 ans, Albanie, à sa fille de 4 ans, Maria.Voix unique, disait-on.On reconnaît tout de suite la signature d’Elise Turcotte.Chacun de ses livres se veut l’aboutissement d’un long et patient travail d’écriture sans pour autant qu’on y sente l’ef-forL Elle a une méthode de création particulière.Elle lit à voix haute chacune des pages qu’elle rédige, jusqu’à ce qu'el-le atteigne le rythme voulu.Elle aime explorer les profondeurs, descendre dans la conscience de ses personnages.Une écriture simple L’écriture demeure somme toute simple.Riche mais simple.On cherche en vain les envolées spectaculaires, les astucçs narratives ou les mots tape-à-l’œil.A la limite, un lecteur pressé pourrait ne voir dans ses livres que des histoires banales.Il y a pourtant une tension sourde sous chaque phrase.C’est la marque des vrais écrivains.«C’esf ce que je cherche à faire: quelque chose d'apparence banale qui cache un orage qui gronde», convient-elle.Son nouveau roman, celui que nous étions nombreux à attendre impatiemment, paraît cette, semaine et a pour titre L’he de la Merci.Elise Turcotte y raconte l'histoire d’une adolescente de 15 ans, Hélène, l’aînée d’une famille en apparence normale établie au bord de la rivière des Prairies, près de l’île de la Merci, de la prison de Bordeaux et d’un club de boxe.Il n’y a pas de hasard.Chacun de ces lieux incarne à sa manière la dureté du monde.VOIR PAGE D 2: TURCOTTE uretÉdul^ mumie (X Mes perspectives ont changé.J'essaie de moins m arrêter à chaque phrase, de me laisser aller davantage, d'ouvrir les vannes.J'essaie d'écrire davantage avec mon corps qu'avec ma tête.^ !:tl 1 }V Rjlj ry* U.J wt pj i V.:î Ul) O'ï'.vil * un A l ni Ne manquez pas notre cahier spécial LE DEVOIR o ^ O - o de Québec publié le 13 septembre prochain! i I.E I) E V 0 Ml , L E S S A M E I) I 3 0 E T I) I M A N C II E 3 I A 0 II T I !» !) 7 ¦dh»- , .Dubois., 21 • NUMÉRO 4 • AUTOMNE 1997 VOLUME HOMO VIOLE NS (\h'oni>ni it u revue pOSSibl®® automne 1997 HOMO VIOtENS «Oïl le Big Bong.Ou abr».cell «bn,
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