Le devoir, 8 novembre 1997, Cahier D
- LE DEVOIR ?lettres québécoises Page D 3 Ij feuilleton Page D 5 ?mm* Piopelle Page D 9 Formes Page D 10 L E 1) E V 0 I It .I.E S S A M E D I S E T I) I M A X ( Il E II X 0 V E M 1$ lî E I !) !) 7 Annie Ernaux Une écriture blanche sur fond noir Quand Fauteur ne met aucune distance entre le réel et son écriture ROBERT CHARTRAND Ni romans, ni nouvelles, ni même simples récits, avec la sécheresse apparente de comptes rendus, les livres d’Annie Ernaux tentent de restituer des pans de réalité, sans effets de style.L’écriture est blanche, quasi transparente.Comme s’il n’y avait aucune distance, nulle médiation entre le réel et nous; d’où le malaise, le sentiment d’indiscrétion qu’on peut ressentir à leur lecture.L’auteure y parle de son père (dans Im Place, Prix Re-naudot 1984), de sa mère (dans Une femme), d’une de ses liaisons (dans Passion simple) sans apprêts, avec le seul souci de rendre les personnes et les événements tels quels.11 en est de même [tour Im Honte et pour Je ne suis pas sortie de ma nuit qui viennent de paraître coup sur coup, cette année.Une tentative d’assassinat Le premier s’ouvre par une véritable scène, scène de ménage, scène primitive à sa façon, à laquelle assiste la fillette Ernaux, un certain jour de 1952: «Mon père a voulu tuer ma mère, un dimanche de juin, au début de l'après-midi.» Surgit ainsi, chez ces petites gens, dans ce couple de provinciaux conservateurs, épris de respectabilité, la brutalité qu'on lit dans les faits divers et qui n’arrive — c’est bien connu — que chez les autres.«Pour moi, écrire ce livre, ç’a été une véritable transgression.J'avais gardé ce souvenir pour moi, ne l’ai confié qu'à quelques rares intimes.En l’écrivant, j’ai franchi un interdit personnel; et à partir de cet incident, j’ai exploré toute cette année 1952.» La Honte, il me semble, est proche de Passion simple: n’y a-t-il pas dans les deux un dévoilement, la mise au jour d’un événement intime, très privé?«En effet, il y a, à l’origine de ces livres, la même volonté d’aller jusqu'au fond des choses.» L’événement capital est donné dès le départ, ce qui donne au livre un ton de tragédie.«Oui, j’ai vraiment choisi de placer cette scène au tout début.Il fallait que ce soit la scène inaugurale du livre, car elle l'a été pour moi, dans ma propre vie.En effet, c’est à partir de ce moment précis que j’ai commencé à avoir la mémoire des dates.Auparavant, j’avais des repères plus ou moins flous.Mais ce jour-là, je suis littéralement tombée dans le temps.» Est-ce aussi à ce moment que s’est ouverte cette fracture qu’elle a évoquée dans d’autres livres, cette étrangeté définitive qu’elle a ressentie par rapport au milieu étriqué de sa famille?«C’est à cette époque, oui, que s’est développée ma conscience sociale: d’où l’épisode, honteux pour moi, où ma mère vient me chercher à l'école en chemise de nuit et celui du voyage à Lourdes avec mon père.» Et ses parents, eux, ont-ils changé à la suite de cette explosion de violence de son père?A-t-elle remarqué entre eux un changement quelconque?VOIR PAGE I) 2: ERNAUX .Qu^TIEZ-vous, ?Ethier-Blais < Il ne l’a vu qu’une seule fois.Sa / rencontre avec Jean Ethier-Blais fut brève — à peine 24 heures — mais son intensité lui laisse la tête encore pleine de souvenirs.Le jour où l’homme de lettres est décédé, un malheureux hasard a fait que Martin Doré était dans l’avion, en direction de Montréal, impatient de serrer une deuxième fois la main de ce grand personnage littéraire dont il avait lu l’œuvre en entier.Faute d’avoir mieux connu Ethier-Blais, Martin Doré a décidé de concocter un livre-hommage.Pour saluer l’importance de son œuvre.Mais aussi pour se permettre de le connaître davantage.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Cette semaine, à Montréal, la mémoire de Jean Ethier-Blais reçoit un grand souffle.Pour rendre hommage à son apport à la littérature québécoise, pour rappeler l’ampleur et la diversité de ses écrits, pour élever sa réflexion et la remettre en contexte, deux événements, mariés l’un à l’autre et réunissant plusieurs de ses amis: à la fois un colloque et le lancement d’un livre.Ils sont donc nombreux à faire revivre en paroles, à coups de souvenirs échangés et de pages lues et relues, l’auteur, le critique, le professeur aussi et puis l’ami.Ethier-Blais: dictionnaire de lui-même, en guise de thème pour ce 15' Colloque des écrivains.Et aussi le lancement A’Une vie d’écriture, un l,ivre regroupant des hommages à Jean Ethier-Blais, disparu subitement en décembre 1995, et dont la vie a été entièrement occupée et vouée à la littérature, celle qu’on lit, qu’on écrit, de laquelle on s’abreuve, dont on parle aussi.Martin Doré, aujourd’hui la quarantaine, a d’abord connu Jean Ethier-Blais quand il était critique littéraire au Devoir.Jeune homme, déjà attiré lui-même par les multiples facettes de la littérature, Doré savourait alors les cri- W tiques du personnage publiées chaque samedi dans le quotidien.Plus tard, entraîné dans des études universitaires qui le menèrent jusqu’en Suisse, il allait retomber par le plus pur .des hasards sur un article signé par Ethier-Blais.C’est à ce moment que germe l’idée d’un livre regroupant l’ensemble des articles signés par le critique.VOIR RAGE D 2: ÉTHIER BLAIS PHOTOTHEQUE I.E DEVOIR Jean Ethier-Blais photographié il y a cinq ans devant une toile de Madeleine Ferron.r MIM ( jÀ D'OR 97 .1 '**) COLLECTION GLOBE TROTTER un jeu d'aventures éducatif qui vise à se familiariser avec la géographie physique et humaine du monde./Cil.rég.34," $ BS DIFFUSION! http://www.dirfm.com Destination CHINE Destination INDE Destination ASIE Lo 6*onMVSt5A6el MEJNÜJÆ TwiT*’" Q.LO LO OS O LO Zoé Va ldés LA DOVLHl R DI* DOLLAR LEMEAC Annuaire économique et géopolitique mondial La Découverte/Boréal wÆm i A *; si&éE 'ï'Mrfà HQ MIEKE BAL OU COMMENT LIRE VISUELLEMENI PMOU81 tKonquej.du liatsigi i cœur ci •vîà.-ti: il 58?ir «vfitc.kr a’ u iury.p < i V!! / reiiouvelif.ignt de • '* ,(•* afitmdk .e l’atijçe ?.:m>r.\Y/1^ 'rv^J i.kCvW ***PUM lC.«h.f .r|L‘- -.-Isi.' ¦ ._____' .t- .¦ irwrrj éditeur XYZ éditeur XYZ éditeur 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone : 525.21.70 • Télécopieur: 525.75.37 Le Monde dans tous ses états L’ÉTAT DU MONDE Zoé Valdés LA DOULEUR DU IMAGES LITTÉRAIRES Vendons livres neufs à prix réduit BOUQUIN ERIE 4075, rue St-Denis (angle Duluth) SAINT-DENIS Montréal (514) 288-5567 L’ETAT DU MONDE Le seul annuaire économique et géopolitique mondial Un bilan de l'année des 225 pays du monde, et une chronologie générale Des analyses thématiques des tendances planétaires actuelles 704 pages, 27,95 $ Achetons livres et disques Service à domicile ou à la librairie.Petite ou grande collection.Nous payons le bon prix.Argent comptant.Venez rencontrer Nathalie ou ses collègues.La nouvelle édition de la cathédrale VLB ! Toi Stéphane, as-tu lu Victor-Lévy Beaulieu?Monsieur Melville} Tu devrais.Un grand livre.» LE DEVOIR CKAC730 H2EKElSiÉd33DEl Le pouvoir des mots Boréal Qui m'aime me Amour et sexe à l’ombre de Fidel Castro.«Roman d’amour fou, pamphlet, polar, document, ce roman total est aussi une partouze cosmique [.]» (Bernard Loupias, Le Nouvel Observateur) ESSAIS QUEBECOIS Le monde est un texte Voyage au-dessus du monde tor-Lévy Beaulieu qui, dans Im Mort de Virgile et Monsieur Melville, creusent la démarche créatrice).Les procédés narratifs y sont au moins aussi importants que les arguments de raison.Des situations concrètes sont évoquées et des personnages (dont plusieurs enfants) sont dépeints de l’intérieur.Im Huile d'encre est moins un texte argumentatif qu’un texte littéraire.C’est déguisée en narratrice que Suzanne Jacob nous parle, et même s’il est facile de penser que certaines descriptions, certains événements, ressemblent beaucoup à ce qu’elle a pu vivre (le livre est dédié à son fils), cette présumée ressemblance n’autorise rien d’autre que la constatation d’un rapport entre le vécu et le fictjf.Au profit du fictif.Ecrire, c’est fixer des limites à un gouffre par un récit, nous dit Suzanne Jacob.C’est dans l’invraisemblable que se fonde la possibilité du récit.L’œuvre littéraire relève d’un moi intime mais ne le révèle pas.Bien sûr, l’écriture hante ce moi intime, tourne autour, s’en rapproche, sans l’atteindre toutefois, car l’atteindre voudrait dire être emporté, englouti.Comme a failli être emporté Ishmaël, le narrateur de Moby Dick, dans la bulle noire du tourbillon où est disparu son navire.Cette bulle noire dont il s’approche en tournoyant, attiré par la succion du gouffre, et qui éclate in extremis pour lui sauver la vie, c’est l'illisibilité absolue du monde.Cette bulle noire décrite par Melville — et à travers Melville par Beaulieu, et à travers Beaulieu par Jacob —, c’est la bulle d’encre de l’écrivain.C’est le grand passage qui relie la lecture, œuvre de tous, et l’écriture, œuvre d’un seul.L’écrivain — le vrai — est la personne la moins individualiste qui soit, car son travail consiste à tenter le diable de l’intime pour lui donner une résonance collective et peut-être, avec un peu de chance, universelle.Im Huile d’encre, vient de gagner le prix de la revue Études françaises, qui couronne tous les deux ans un essai inédit.Un essai inédit et littéraire, dans le sens plein du terme.Un essai littéraire et, pour le cas qui nous concerne, de qualité supérieure.rosalCu videotron.ca LA BULLE D’ENCRE Suzanne Jacob Boréal et Presses de l’Université de Montréal, 1997,132 pages Suzanne Jacob, c’est un peu la femme-orchestre de la littérature québécoise.D’abord romancière et nouvelliste, elle a aussi pratiqué la chanson (en tant qu’auteure-com-positrice-interprète) et plus récemment la poésie.Vingt ans après Flore cocon, Suzanne Jacob délaisse maintenant la fiction pure.La Huile d’encre est un essai qui s’aventure dans les méandres de la création littéraire pour poser une question, nous dit l’auteure d’entrée de jeu, qui n’a jamais cessé d’être présente, de s’amplifier même, au fil des années de carrière: celle du discernement.Comment un auteur sait-il que son texte est bon ou mauvais?Qu’est-ce qui l’incite à défendre l’intégrité de son manuscrit jusqu’à la dernière virgule, ou au contraire à remiser ou détruire celui-ci?R o b e r I S a l et Ii La réalité est d’abord faite de mots et d’images La fiction de vivre Pour l’écrivain, le monde est un texte.Et pour Suzanne Jacob, l’exercice de lecture du monde commence très tôt puisque, dès sa naissance, le nouveau-né est accueilli par des yeux qui l’entourent de leur désir de lire.Dès le tout début de la vie, l’enfant crie et la mère traduit ce cri par mille gestes et mille mots qui forment ce que l’écrivaine appelle le récit du lait: «Le lait vient toujours à travers le récit que fait de notre texte-visage et de notre cri la mère qui nous lit».Or, ce premier récit, ce récit nourricier, qui nous arrache à la mort d’avant la vie, à cette mort qui ouvre la vie avant qu’elle 11e la conclue, n’est que le premier des pas qui amènent l’enfant à habiter le monde et à découvrir le «petit abîme de doute» qui existe, par exemple, entre la lune de la nuit et la lune du livre qu’on lui lit.Pour s’aider à lire le monde, l’être humain aime se doter d’images de synthèse.La photo de Mao pour les Chinois ou un crucifix pour les chrétiens étaient des signes de la cohésion du monde, des tentatives pour éviter de basculer dans l’illisible, dans l’inhabitable, pour échapper au sens littéral de ce qui nous entoure.Aujourd’hui, selon Suzanne Jacob, il n’y a plus d’image de synthèse — bonne ou mauvaise —, mais le spectacle de ce vide nous est offert sans arrêt.Nous vivrions dans un monde qui a déraciné tous les symboles pour les inclure dans des réseaux d’écrans où ils circulent dans le plus imperméable des déluges.L’omniprésent écran — de télé, d'ordinateur, de surveillance — est devenu la fiction dominante.Pourquoi «fiction» et pas «réalité» dominante?Parce que la fiction est la condition de la réalité, parce que la fiction est «cette élaboration continue d'un récit qui nous fonde dans le monde, qui nous permet de l'appréhender, d'y répondre et d’en répondre».Parce que la réalité est faite de mots et d’images avant d’exister par elle-même.Et c’est ici que le travail de l’écrivain et de l’artiste (la peinture et la musique sont aussi données en exemple) prend toute sa valeur.La fiction dominante est facilement réductrice, aliénante.Elle fait de l’œuvre un produit culturel, elle cherche dans l’œuvre ce qui se rapporte à la vie de l’écrivain, de l’artiste.Elle cherche du solide, des causes, des explications à tout prix.Elle cherche la réalité.Une réalité stable.Alors que la fonction de l’art est de nous proposer des versions diversifiées du monde.Être touché par l’art, c’est apprendre que tout peut être comme c’est, mais que tout peut ne pas être comme c’est aussi, et que vivre, c’est précisément se rendre compte que la vie est une activité de fiction.Vivre, c’est alors avoir la possibilité de décider de son rôle dans cette fiction.Une œuvre collective Im Huile d'encre n’est pas un essai aussi abstrait que le résumé — très partiel — que nous venons d’en faire peut le laisser croire.La réflexion qui nous y est proposéé, si elle réaffirme la place centrale et cruciale de l’œuvre dans la démarche artistique et de l’œuvre d’art dans la compréhension qu’une société a du monde, ne vise pas à réilier la littérature ou déifier l’artiste.Four Suzanne Jacob, la littérature n’est pas l’aboutissement d’une démarche exclusivement littéraire.Autrement dit, l’écrivain ne puise pas nécessairement son inspiration dans les livres.L’écrivain est d’abord quelqu'un dans le monde, et son désir d’écrire s’inscrit dans le travail de lecture et de synthèse que chacun effectue dès sa naissance.Cette manière de voir a des répercussions dans la forme même de l’essai, qui s’élabore autant à partir de conversations de la vie quotidienne (ou de ce qui y ressemble), de faits divers de la vie privée (la visite d’un peintre ou d’un réparateur d’ordinateur, l’histoire d’un enfant qui achève un chat blessé pour lui éviter de souffrir), qu’à partir de rencontres avec des écrivains (limitées ici à deux: Hermann Broch et Vic- L’INTERVIEW AVEC DIEU Manifeste pour un troisième millénaire François Harvey Triptyque, Montréal 1997,129 pages CAROLINE MONTE ET IT LE DEVOIR François Harvey a voulu refaire le monde.Déçu, dans sa quête de sens et de résultats, de ses lectures philosophiques, de ses entretiens avec les autres hommes, ce journaliste a choisi de s’en remettre à plus grand que lui pour trouver le sens de la vie.Blagueur, énigmatique, insaisissable, fuyant et omniprésent en même temps.Dieu, Celui qui est interrogé, s’est complaisamment prêté au jeu et lui a soufflé les réponses, des réponses.L'Interview avec Dieu, le premier ouvrage de François Harvey, est un compte rendu de cet entretien.Il s’intéresse à la morale, à l’éthique, mais aussi à la grandeur et à la beauté.Sa valeur fondamentale est l’amour, dit l’auteur en entrevue.Cet amour qui, «lorsqu'on le subordonne à d’autre chose, que ce soit l’argent, la carrière et la liberté», nous laisse à la dérive.Plantons d’entrée de jeu le contexte et le rapport de force.L’interviewé, cet immense invisible, est «le seul à prescrire les maladies, et le seul à permettre aussi leur guérison».«Je suis, dit-il, le seul imprésario.J’ouvre et je referme les rideaux selon mon choix.» Comme la vie, dans son sens le plus profond, il s’exprime soùvent par énigmes.Dans ces moments-là pourtant, la poésie seule du texte suffit pour en justifier la lecture.Au sujet de ia guerre et du conflit israélo-arabe, Harvey, glissé dans la peau de Dieu, écrit par exemple que ces gens «constateraient bientôt que le ciel au-dessus d’eux est le même pour tous, et que même un habile voleur serait incapable d’en soutirer une parcelle» s’ils se découvraient «un goût commun pour une liqueur faite d’alcool et substances aromatiques.».Les difficultés que l’ouvrage présente méritent qu’on les surmonte.Et progressivement se dessinent aussi dans le texte des leçons plus claires.L'étude qui suit est consacrée à [une] question de méthode, élaborée à j ‘ lN travers une lecture « visuelle » de Proust.Dans l'œuvre de cet auteur, les , | -,, J rapports entre texte et image sont explorés dans toute leur complexité.JjjÊ" " Mieke Bal.—¦¦¦ Images littéraires ou Comment lire visuellement Proust Quelques leçons De la justice, par exemple: «toute droite, engagée à fond dans le ridicule et le maniérisme, la justice des hommes tourne en rond avec confiance», ou encore de l'amour: «L'amour est un vêtement solide qu'on confectionne en prévision de l'automne.Il est dommage que vous y voyez un bateau emporté par le courant; étonnez-vous qu’il s'échoue sous l’ardeur des combats! Bien des animaux s'aiment mieux que vous».Ce sont des leçons radicales, logées loin des idées communes, faisant «table rase des enseignements reçus, dans le fond comme dans la forme», que nous propose l’auteur.L’invité suprême a bien sûr un point de vue tout autre que celui des hommes.C’est ce qui lui vaut ses critiques absolues, sans appel, de certaines institutions humaines, dont l’école, «un fossile qu'il faudrait nettoyer», la famille, où l’air est désormais «vicié».«Ce n'est pas quelqu’un qui va consentir à s’asseoir et à négocier», dit, au sujet de son invité, le journaliste Harvey, qui admet croire qu’à la racine de la vie réside authentiquement «le plus génial et le plus radical des artistes».Entre autres sujets controversés, on peut lire le Tout-Puissant disant, de l’avortement: «Pourtant les enfants sont mignons; je sais que vous êtes troublés, inquiets, mais ils sont la base de l'édifice au sein duquel les sourds qu,e vous êtes recouvriront l’ouïe.» De l’Etat, qui ne relève pas de la création originelle, Dieu dit par exemple: «À mon échelle, il n 'offre pas plus d’influence et d'intérêt que le dernier des protozoaires.L’État est votre problème!», et de la démocratie: «Elle est la base de votre maladresse.Comme si on ordonnait à un fruit de faire du patin à roulettes! [.] la vraie démocratie fait cette belle action que de distribuer également les richesses».Et il ne ménage pas les prêtres, en lançant qu’«i7s attirent les enfants chez eux en leur donnant des bonbons, puis les sucent et les mordent.U faudrait qu'ils se donnent une nouvelle orientation, qu'ils ouvrent de nouveaux circuits».Li plume qui a écrit ces lignes est sans équivoque celle d’un poète inspiré.Harvey dit avoir choisi la voix poétique parce qu'«elle ne ferme par les concepts», et parce que cette langue ouverte, «plus organique», «lance des suggestions» et «ne s'adresse pas juste à l'intellect».Pourtant, admet François Harvey, l’auteur n’est ni prophète ni Dieu.En fait, sa conscience de Dieu lui est venue en même temps que l'admission de son échec à trouver lui-même les réponses à ces questions.Malgré tout, les solutions qu’il a finalement trouvées aux questions telles que «Pourquoi souffrons-nous?» ou «Expliquez-moi ce que c’est que la vérité?» demeurent très personnelles, Dieu n’étant, pour le commun des mortels, ni très loquace ni très prodigue de textes initiatiques.Les réponses d’Harvey ouvrent cependant ia voie à une discussion avec d’autres.«C’est à moi-même que ce livre a d'abord été le plus utile», reconnaît-il.Sous-titré Manifeste pour un troisième millénaire, l’ouvrage est en fait à la fois «récit fantastique», «essai philosophique» et «poème-fleuve sur l’univers et la vie», comme on peut le lire en quatrième de couverture.Révolutionnaire, rafraîchissant, soufflant comme un grand vent balayant nos conceptions du monde, il est aussi un chant de grâce et de reconnaissance à la fondamentale beauté du monde.Pierre Foglia, Ld Presse, 4 novembre 1997 GIUSEPPE PENONE • ROYDEN RABINOWITCH • KEITH SONNIER • HAIM STEINBACH • ANTONI TAPIES • MARTHA TOWNSEND • RENEE VAN HALM L’automne Rousse Lartiste français anime et accompagne deux expositions dont la galerie Graff est le lieu et la cause ANAMORPHOSES, ARCIMBOLDESQUES ET IMAGES SPÉCULAI RES Galerie de l’UQAM 1400 rue Berri, salle J-R160 Jusqu’au 22 novembre GEORGES ROUSSE ŒUVRES RÉCENTES Galerie Graff 963, rue Rachel Est Jusqu’au 15 novembre BERNARD LAMARCHE Décidément, Georges Rousse est partout à Montréal cet automne.Georges Rousse?Mais oui, on vous en avait parlé à l’occasion du dernier Festival des films sur l’art, en mars, LES ICONOCLASTES t petit>m itfn Une invitation, ce dernier paragraphe, plutôt qu’un commentaire.La galerie Waddington & Gorce a concocté une petite exposition de quinze dessins et deux sculptures d’artistes associés au développement de l’art moderne au XX" siècle, à savoir Marc Chagall (deux œuvres), Raoul Dufy (huit œuvres) et Henri Matisse (sept œuvres, dont deux bustes).Rien pour supporter un quelconque discours, l’exposition est tributaire davantage de la disponibilité de ces gust 0f a œuvres sur le Woman, de marché.Le de- Henri Matisse tour en vaut tout de même la chandelle, car ce sont de petites merveilles que la galerie nous place sous les yeux.On n’a pas les œuvres les plus radicales de ces artistes (par exemple, les dessins de Dufy, gracieux et sophistiqués, sont antérieurs à son passage dans le groupe des Fauves), mais des œuvres lines qu’on n’a jamais l’occasion de voir.11 y a tout de même un buste de Matisse de 1910 Jeanette I.Aussi en lice, une Tête de 1951-52, qui correspond aux années de papiers découpés de Matisse, au moment où il travaillait à la chapelle de Vence, peu avant sa mort, à Nice, en 1954.Pour revenir à Dufy, finalement, il faut voir le magnifique dessin Quai Bourbon, Paris, de 1904, qui proppse de superbes jeux de perspective.A voir absolument circulation de lignes fartes dans des travaux sur papier grand format» qu’il avait vue lors d’une exposition de Simonin en 1990 à Auvernier.On ne saura contredire Tschoop à ce sujet, les œuvres de Simonin, peut-être davantage les toutes dernières que certaines des précédentes, conservent des élans d’un expressionnisme abstrait connu, servi toutefois selon une sauce tout de même personnalisée.Grattages, frottages et autres procédés de gravure se côtoient dans des compositions dont les meilleurs exemples proposent des éléments paysagers et rythmiques intéressants.Particulièrement dans la série des Chroniques archaïques, de larges formats aux fonds colorés, qui explorent, on le découvre lentement, les relations entre des fonds variables en couleur et par l’ajout de rehauts de taches blanches qui viennent singulariser l’œuvre (au contraire de tirages sériels) et des réseaux de lignes constants d’une œuvre à l’autre (monotypes et pointe sèche).Dans la petite salle, également, des échantillons d’une série de 300 petits dessins présentés à Neuchâtel, qui reprennent comme fond des formes récurrentes au pochoir à l’encre, qui deviennent la base pour des compositions qui ne les intègrent que pour mieux s’en détacher.Ce genre d’exercices, souvent repris, révèle souvent des moments singuliers, surtout chez une artiste aussi aguerrie que Simonin.Cette dernière série, l’artiste la désigne comme des Chroniques concentriques.On ne saurait en dire autant de la série des Chroniques maritimes, ces dernières reprennent des schèmes paysagistes souvent rencontrés, qui n’ont pas le même souffle que les deux autres séries exposées.TIGRE DE PAPIER Jean-Paul Riopelle Peintures et dessins sur papier 1953-1989 i Galerie Simon Blais • 4521, rue Clark Jusqu’au 22 novembre Il faut désormais compter sur la galerie Simon Blais pour présenter annuellement des expositions à caractère historique.L’an passé, la galerie proposait une petite rétrospective des (ouvres de Yves Gaucher, au sein de laquelle se cachaient quelques pièces inédites.On l’aura constaté, essentiellement consacrée à des œuvres qu’on dit mineures ou qui sont généralement reléguées au rang d’esquisses ou d’essais préparatoires, la série d’expositions que Simon Blais poursuit s’évertue à valoriser des œuvres sur papier.C’était le cas pour Gaucher, c’t^st encore vrai pour les dessins et peintures sur papier de Riopelle, actuellement en vitrine, et ce jusqu’au 22 novembre.On y présente des pièces qui sont des œuvres à part entière, qui ne débouchent pas directement sur la réalisation d’une œuvre majeure et qui, chez Riopelle, permettent de mieux saisir les problèmes techniques auxquels le peintre, graveur et sculpteur a eu à faire face au long de sa carrière.Encore une fois, Simon Blais aura su créer l’événement.Entre autres par la rareté de certaines pièces, mais aussi par la générosité avec laquelle il a su dénicher ces travaux afin d’en constituer une exposition qui ne soit pas seulement apte à susciter l’intérêt des acheteurs, mais qui dépasse ces velléi-tés„commerciales en réunissant suffisamment d’œuvres pour montrer la diversité des avenues empruntées par Riopelle dans sa pratique du dessin.Comme quoi les entreprises commerciales n’empêchent pas de faire un travail qui, s’il n’est pas de la conservation à proprement parler, se permet de donner un souffle particulier à un corpus d’œuvres.De fait, Blais s’est permis de réaliser un éla-gage consciencieux parmi les diverses périodes de Riopelle qui, on le sait, n’ont lias toujours été d’égales qualités.C’est pourquoi vous ne trouverez pas d’œuvres du milieu des années 80, et à juste titre.Bien sûr, il ne s’agit que d’un échantillonnage restreint.Autrement, il y a suffisamment d’œuvres sur papier pour tapisser des murs en- CHAGALL, DUFY, MATISSE Waddington & Gorce 1446, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 15 novembre Rois de Tliulé VII, de Jean-Paul Riopelle SOURCE LES EDITIONS I.ES 400 COUPS tiers de musées, quelles soient de la main de Riopelle ou de celles de maîtres graveurs pour ce qui est des œuvres d’interprétation, une nuance importante lorsque vient le temps d’établir un catalogue raisonné.Or, c’est précisément la tâche que s’est donnée la fille de Riopelle, Yseult Riopelle: établir le plus exhaustivement possible le catalogue des œuvres de son père, un projet dont on entend parler depuis un moment déjà et qu’on attend ave,c de plus en plus d’enthousiasme.A ce sujet, nous indique le prologue du catalogue de l’exposition Tigre de Papier, signé Simon Blais, on a jusqu’à maintenant répertorié pas moins de 5000 œuvres.C’est grâce à ce concours que l’exposition à la galerie Simon Blais a été menée.Avec l’exposition des estampes de Riopelle, en mars-avril 1997, Riopelle, les plus belles estampes 1966-1995, Blais est réellement en train de se construire une expertise enviable sur le marché des œuvres de Riopelle.Une histoire à suivre.Notez que, dans le cadre de l’exposition, des rencontres-conférences auront lieu tous les samedis à 11 heures, animées par le galeriste Simon Blais, Yseult Riopelle et Gianguido Fu-cito, ancien marchand, connaisseur de l’œuvre de Riopelle.CHRONIQUES ET AUTRES SUITES Francine Simonin Galerie Eric Devlin 460, rue Sainte-Catherine Ouest espace 403 Jusqu’au 15 novembre Autre lieu pour les œuvres sur papier et le dessin.De retour de Neuchâtel, en Suisse, où le Musée d’art et d’histoire de l’endroit lui consacrait ses salles, Francine Simonin revient exposer ses récentes Chroniques et autres suites à la galerie Eric Devlin, jusqu’au 15 novembre.Après avoir été inaugurés dans le cadre d’une exposition qui emprunte la formule risquée des confrontations, une intervention du conservateur Walter Tschoop, conservateur du département des arts plastiques du musée, les dessins de Simonin sont mis en relation avec les œuvres de Barbara Ellmerer (deux artistes séparées de 20 années), une artiste suisse dont les œuvres récentes jouent sur les nuances de blanc afin de rendre évanescents les motifs de la représentation.Un rapprochement entre Simonin et ces œuvres, donc, qui, bien qu’on n’ait pas vu les résultats en salles d’exposition, a de quoi étonner, vu les récents travaux de Simonin, passablement plus expressifs que ceux de Ellmerer.En effet, les œuvres de Simonin, celles présentées chez Devlin actuellement comme les précédentes, exploitent la ligne de manière beaucoup moins réservée que l’autre.D’ailleurs, l’idée du rapprochement entre ces deux artistes, nous révèle Tschoop dans le luxueux catalogue produit à l’occasion de l’exposition, exploite «la T?n jeunes artistes québécois exposnil au Musée! artistes Rencontre jrcredi 1 ' DE fOUOJE El DE IfeHION jusqu au 4 janvier mô MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Pentacom Stratégie-Créativité Madeleine Dansereau Roger Lucas un Evénement unique! DE LA JOAILLERIE D'ART AU QUEBEC, de 1930 à nos jours VERNISSAGE LE 9 NOVEMBRE À 13 H 30 Cette exposition, une production de la Maison Hamel-Bruneau, est une présentation du Conseil des métiers d'art du Québec, en collaboration avec le Musée du Château Ramezay JUSQU'AU 11 JANVIER 1998 Musée du Château Ramezay 280, nie Notre-Dame Est • (514) 878*2787 (ARTS) Heures d’ouverture : du mardi au dimanche 10 h à 16 h 30 .AKanpa Jt •«“•Ri M V 1) 10 I.E I) K V 0 I R .I.K S S A M K D I K E T I) I M A N C il E !) N O V E M If 11 E I !) !) 7 - « , Utau’ Stéf.j/tè* '¦ >2_ IkW .«iSiÇ^Wî^ '#r>*«-r*" Pillow Book »4Ôifc.\'È ^ Le Concorde vénement : Andrée Putman donnera une conférence lundi qui vient, à 18h, à l’Université de Montréal, salle Ernest-Cormier (entrée libre).Andrée Putman SOUSTRAIRE, On présente toujours Andrée Putman comme «la grande dame du design d’intérieur français», périphrase qui colle aussi bien à son statut professionnel qu’à sa haute silhouette racée.Andrée Putman, c’est un parcours de quelque 50 ans, c’est une kyrielle de créations, sublimes de raffinement et de retenue, allant de l’infini-ment petit (objets, mobilier) à l’infini-ment grand et glamour (aménagement +de musées, de boutiques et d’hôtels de luxe à travers le monde, intérieur du Concorde, aménagement de bureaux, dont celui de l’ex-mi-nistre Jack Lang), sans oublier l’inattendu, comme ce décor du dernier film de Greenaway, The Pillow Book.Plus qu’une griffe ou un style, Andrée Putman, c’est une attitude.Une manière de voir, de choisir, un état d’être qui se dessine, en filigrane, dans les propos qu’elle me tenait, le 20 octobre dernier, à Paris, de sa voix grave et râpeuse.Elle avait fixé le lieu de l’entrevue au mythique café de Flore (celui de Sartre, Beauvoir et cie), au cœur de ce Saint-Germain qui l’a vue grandir puis, très vite, ruer dans les brancards du «bon goût» à la française, qu’en égérie des avant-gardes elle a contribué à mettre sens dessus dessous.«Tout ce que j’ai fait, résume-t-elle, est venu de ma rébellion contre mon milieu.» Sophie Gironnay Sophie Gironnay: Vous êtes invitée à Montréal par un organisme, FERDIE, qui veut promouvoir un programme universitaire en design d’intérieur.Et pourtant, vous, votre formation en design.Andree Putman: — Ma formation à moi?Zéro.J’étais à un talk-show récemment, où 40 étudiants me bombardaient de questions — et j’ai adoré: «Où avez-vous étudié, le vrai secret, d’où sortez-vous?» Ma réponse était: de la musique et puis c’est tout! Enfant, vous étiez promise à une carrière de compositrice?— J’avais cette mère, séduisante et autoritaire, qui nous formait, ma sœur et moi, comme on produit des virtuoses.Nous étions deux enfants prodiges.J’ai abandonné à 20 ans.Et puis la revue L’Œil vous a engagée comme coursier.— Je voulais comprendre comment les choses fonctionnaient dans ma propre ville, le commerce, la presse.On m’a vite confié des articles en décoration.J’avais déjà une passion pour la simplicité qui était bizarre pour l’époque [celle de l’après-guerre).J’avais demandé à ma mère si je ne pouvais pas tout jeter dans ma chambre.Je lui ai dit: Je vais acheter des choses dans une boutique en bas, que j’aime bien.Ça s’appelle Knoll, K-N-O, deux L.— Ah bon, et c’est quoi?— Oh, presque rien, il y a cinq meubles.Vous avez toujours démontré un instinct formidable de découvreuse.Est-ce que ça se cultive?— Sûrement Mes parents étaient incroyablement doués et eux-mèmes assez rebelles.Mon père était d’une famille très riche et puissante.Il parlait sept langues.Mais lui ne croyait pas au pouvoir et n’a jamais vraiment gagné sa vie.C’est étrange pour une petite fille d’être à la maison et il y a papa et maman qui sont là.Et qui discutent de choses éthérées.Papa déclamait des vers de Pouchkine en russe, maman écrasait une larme.C’était une ambiance assez incroyable.Une éducation qui m’a exposée anormalement à l’art et a développé en moi l’émotion, l’intuition, un terrain propice à l’imaginaire, et donc à la création.Aviez-vous un métier en vue, à 20 ans?— Du tout, je n’avais aucune ambition.On me dit souvent: comment avez-vous entrepris cette carrière?Comment avez-vous grimpé toutes ces marches?Mais je n’ai rien entrepris, rien grimpé! J’ai fondé un bureau en 1978 et je lui ai donné ce nom d’Écart, parce que je trouvais le mot joli.Mais aussi, je l’ai réalisé après-coup, parce que je me suis sentie à l’écart toute ma vie.Chaque fois, quand j’aimais quelque chose, ça choquait tout le monde, dans la peinture, dans le théâtre, dans la danse.J’ai été immergée dans l’avant-garde, j’y ai cru, j’ai suivi des tas de gens, que j’ai connus à leurs débuts (Bob Wilson, Merce Cunningham).En créant Écart, j’annonçais officiellement: voilà, je ne m’intéresse à rien de ce qui intéresse les autres, mais tant pis, je travaille pour moi! Avec le succès que l’on sait.Mais avant dans les années 50, que faisiez-vous?—Je suis entrée à Prisunic en 58 et là, avec Denise Fayolle, j’ai eu une action très forte, en demandant à des artistes émergents de faire des lithos,qui se vendaient au prix d’une affiche.A l’époque, il y avait des «boutiques pour les pauvres».Les gens, quand ils étaient de bons bourgeois très riches, avaient besoin de penser qu’ils étaient supérieurs parce qu’ils avaient plus d’argent.Il fallait que ça se voie.C’était cela qui me faisait horreur, l’ostentation.Si on vous demande quelle est votre profession?— Eh bien, je ne sais pas répondre.Je suis quelqu’un qui a voulu réintroduire la beauté dans la vie quotidienne, réconcilier les pauvres et les riches, utiliser les matériaux les plus humbles du monde et les réconcilier avec les matériaux les plus sophistiqués et les plus chers, les confronter et les mêler: le ciment et la mosaïque italienne.11 faut bien finir par se dire «architecte d’intérieur», mais je sors de mon territoire.Je fais des choses qui n’ont rien à voir.apparemment.Parce qu’au fond tout est lié, et ça aussi est une pensée, taoïste je crois, à laquelle je tiens.Quand avez-vous senti que votre style prenait forme?— Très tôt.Je n’ai pas du tout changé d’avis.J’ai toujours été très fidèle à retirer des choses.Soustraire, c’est vraiment cela que j’adore faire.Assez inconsciemment, c’est lié à une certaine capacité de méditation, de sérénité, de vraiment ôter les choses inutiles, ôter le petit détail charmant, l’affreux petit bibelot attendrissant.Élaguer, grouper, faire respirer les choses.Vous savez cette maladie très française des doubles rideaux avec, derrière, les rideaux et derrière encore, les persiennes.Tous ces signes de «soin», de «raffinement».C’est pas raffiné.C’est des nids à poussière, c’est mou, ça n’a pas d’esprit Bien sûr que, si on dort mal avec de la lumière, il faut mettre quelque chose dans les fenêtres, mais il y a tellement de façons de le faire sans recourir à ces sinistres recettes.Il y a des recettes, en Europe, sur les façons de faire les intérieurs qui sont lugubres (deux canapés face à face, deux bougeoirs et une horloge au milieu sur la cheminée) et qui sont toutes à éliminer.Il faut aussi dire du mal du faux anglais XIX' ; ça envahit le monde et ça ne correspond à rien du tout! En recherchant à ce point le dépouillement, n’avez-vous pas peur que tout devienne anonyme?— Je suis revenue à l’ornement, mais j’aime le manier avec parcimonie, de façon théâtrale.Ce que je fais aujourd’hui est plus chaleureux qu'à l’époque de l’hôtel Morgan’s de New York.là, c’était la page blanche.Il a eu un succès incroyable, et pourtant il bouscule plusieurs règles de l'hospitalité.Il est vide, les couleurs ne sont pas des couleurs, les seuls décors sont des photos de Mapplethorpe.Mais il est habile, car plus confortable qu’il n’en a l’air: c’est la meilleure couette, le meilleur savon, dix mille détails qui ne sautent pas aux yeux.Et finalement, ce que je déteste le plus, c’est ce qui saute aux yeux.Ce que j’aime le plus, c’est d’entendre ce qu’une dame m’a dit: «A la quatrième journée, j’ai commencé à découvrir toutes les petites surprises que vous nous faites».Des surprises LL ULVUin Escalier-sculpture dont vous êtes consciente?— Elles sont très intentionnées.Je veux créer des effets qui agissent sans bruit et à retardement.Quel est le rôle de l’imaginaire dans votre travail?—Je suis tellement visuelle qu’il y a toujours une histoire, j’adore les histoires.Une fois, j’avais à faire un bureau pour une femme très mégalo, très énervée sur son ego, et je me souviens d’avoir dit: oh! ça va être extrêmement intéressant, on va faire un escalier lumineux qui aura l’air beaucoup trop grand pour l’espace et qui sera là comme une sculpture.On ne comprendra pas où il va.Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça.Peut-être parce que la demande tacite de cette femme était de faire une chose surprenante?Quand ça marche, ce genre de choses, ça crée des liens.Il y a une semaine, elle m’a téléphoné pour me dire qu’elle ne pouvait plus quitter son bureau, le soir, tellement elle a développé une «addiction» à cet espace.Et votre bureau, à vous?—Je viens de rompre avec Écart, qui continuera sous ce nom mais sans moi.La compagnie était passée de deux à 38 employés en dix ans, et on m’a conseillé de prendre un financier, avec qui les choses se sont mal passées.Il vise les hôtels à la chaîne.yous voilà donc même à l’écart d’Écart Que comptez-vous faire, à présent?— Justement, je vais travailler, pour Prisunic, etc., sur des choses à grande diffusion, à très bon marché, très simples et belles, qui plaisent à tout le monde et qui sont sans prétention.Le premier objet est un portant, lancé cet automne pour le catalogue des Trois-Suisses.Car je suis contre les placards, tellement chers et ramasse-poussière.J’adore l’idée des portants à la japonaise, qu’on met dans l’entrée, n’importe où, et d’où les choses pendent à l’air libre.L’air libre qui reste, décidément, votre élément.Salle de conférence Galerie de l’Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 Téléphone (514) 866-1255 L T TI?C I i I / I * t 1 OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Pour acheter, collectionner ou, simplement, regarder.Heures d’ouverture Du lundi au samedi 11h é 18h Dimanche : 11 h à 17h
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.