Le devoir, 30 décembre 1997, Cahier A
?FONDÉ EN 1 9 1 O ?S8 c + TPS + T V y / T O I! O N T e commando s’est ensuite attaqué aux maisons du village et filé onze habitants.A Hassi Bahbah, une femme et ses deux enfants, âgés de moins de dix ans, ont été massacrés dans leur maison au quartier «Makbara» (le cimetière).Le Ramadan est considéré par les groupes armés islamistes comme «propice au djihad» (guerre sainte) en hommage, notamment, aux batailles menées et gagnées par le prophète de l’islam, Mohammed, pendant ce mois.Le ramadan de l'année dernière avait été particulièrement sanglant avec une série d’attentats à la voiture piégée à Alger qui avaient fait des dizaines de morts.Le ministère de l’Intérieur a publié ces derniers jours des placards publicitaires dans la presse appelant la population à la vigilance et lui demandant de collaborer avec les services de sécurité.Les mêmes textes sont repris par la télévision et la radio.Vingt-et-un villageois, dont sept enfants âgés de deux à neuf ans, ont été assassinés à coups de hache dans la nuit de vendredi à samedi, dans la localité d’Ouled-Mousa, près de Médéa.Vingt-sept personnes ont été égorgées et mutilées dans la nuit de jeudi à vendredi à Zouabria, près de Tiaret.Jeudi, trois «patriotes» (membres des groupes d’autodéfense), qui inspectaient une école, ont été tués par l’explosion d’une bombe à Sidi Ali, près de Larbaa.Trois personnes ont été assassinées mercredi dans trois attentats à Bouzaréa, sur les hauteurs d’Alger.120 personnes, selon la presse, 48, selon un bilan officiel ont été massacrées dans la nuit de mardi à mercredi dans l’attaque de deux villages près de Tiaret.La même nuit, onze autres personnes ont été égorgées et mutilées par un groupe armé à Baïnem, à la périphérie ouest d’Alger.Dans la nuit de lundi à mardi, cinq personnes d’une même famille ont été assassinées par un groupe armé près de la station balnéaire de Moretti.Le groupe a également tué deux gardes communaux.Neuf personnes d’une même famille ont été tuées hier lorsqu’une bombe a explosé dans leur maison à Ouled-Al-lel, près d'Alger.Les massacres sont imputés au Groupe islamique armé (GIA), le plus radical des groupes algériens, qui en a revendiqué plusieurs et promis d’en commettre d’autres.En revanche, l’Armée islamique du salut (AIS), bras armé du Front islamique du salut (FIS-dissous), observe une trêve unilatérale depuis le 10 octobre.Une tâche délicate attend le nouveau numéro un vietnamien PASCALE TROUILLAUD AGENCE FRANCE-PRESSE Hanoi — Le nouveau secrétaire général du Parti communiste vietnamien, le général Lê Kha Phiêu, a devant lui une tâche très délicate: maintenir la stabilité politique et sociale tout en permettant une accélération des réformes économiques devenue urgente.Pour cet ultraconservateur dont la nomination a été annoncée hier, il ne fait pas de doute que la première nécessité prime sur la seconde.M.Phiêu a d’ailleurs insisté, dans son premier discours de secrétaire général hier devant le Comité central qui l’avait élu, sur «les risques d'instabilité politique et sociale» et le besoin du Vietnam de «sauvegarder sa souveraineté».Ce général de 66 ans, qui a occupé pendant toute sa carrière des fonctions de commissaire politique et a été actif dans la répression des opposants à la ligne du Parti, n'est certainement pas prêt à faire de concession sur la suprématie du PCV.Ce n'est pas une coïncidence si Phiêu arrive au sommet à un moment où le Parti communiste est ébranlé par de sérieux troubles paysans en province contre la paupérisation et contre la corruption dont sont coupables un grand nombre de ses cadres.«C’est un militaire de la faction conservatrice et c’est la direction qu’a voulu se donner le parti», relève un diplomate occidental.«Phiêu représente l’autorité sur l'Armée et sur le système sécuritaire, il est donc à même de réagir contre ces troubles».Ainsi avec un tenant de la faction dure à sa tête, le PCV a souhaité reprendre la situation en main après s'être embourbé pendant un an et demi dans des conflits internes sur le choix d’une relève à Dô Muoi, le secrétaire général sortant.«Cette nomination est de nature à renfor- cer le régime, à le stabiliser», poursuit ce diplomate, «mais elle est aussi de nature à effrayer un peu les investisseurs étrangers, les bailleurs de fonds».Ceux-ci demandent de plus en plus fermement au Vietnam d’accélérer ses réformes économiques s’il veut réellement s’intégrer dans l’économie mondiale.«Le Vietnam est arrivé à un stade où la croissance n ’est plus possible sam des réformes approfondies», estimait-on encore hier dans une ambassade européenne.Mais toutes ces mesures ont le défaut, aux yeux d'un des derniers régimes communistes survivant de la planète, de se heurter à l’idéologie.Le général Phiêu reste uq farouche partisan d’un fort contrôle de l’État sur l’économie, ce qui va à l’opposé des recommandations faites par la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international à Hanoï.Le Vietnam, qui ne peut poursuivre sa croissance sans investissements étrangers — en baisse d’ailleurs pour la première fois cette année —, est ainsi pressé de restructurer ses milliers d'entreprises étatiques inefficaces et surendettées, d’assainir le climat des affaires avec un vrai cadre légal et de libéraliser son commerce s’il veut sortir définitivement de la pauvreté.Avec le nouveau président Trân Duc Luong et le premier ministre Phan Van Khai, Lê Kha Phiêu forme désormais la troïka qui dirige le Vietnam.Beaucoup se demandent ce que donnera cette étrange équipe dirigée par un ultra-conservateur peu familier des complexités de l’économie de marché flanqué de deux hommes considérés, eux, comme des réformateurs.«On lui a fait le reproche de ne pas être un économiste.Mais il n'a pas à gérer les affaires, seulement à les orienter», explique un diplomate.A1C I, K I) E V 0 I It , I.E M A I! I) I 3 II I) K C K M It It E I !l II 7 A (> ÉDITORIAL La paix en joue Guy Taillefer L’extrémiste protestant Billy Wright a été abattu samedi de cinq balles dans le dos à la prison du Maze, près de Belfast.Que l’objectif politique de cet assassinat soit de faire dérailler les périlleuses négociations de paix lancées cet automne en Irlande du Nord, personne n’en doute.Il n’est pas impossible en revanche que les assassins aient raté leur cible: l’assassinat pourrait représenter le baroud d’honneur de groupuscules violents de plus en plus marginalisés sur la scène nord-irlandaise.n tuant Billy Wright, ses assassins catholiques mettent paradoxalement en évidence le fait que les perspectives de paix n’ont, malgré leur fragilité, jamais été aussi grandes en Irlande du Nord.L’impact immédiat de leur geste donne pourtant à penser le contraire.Suivie de quelques heures de l’assassinat d’un ancien membre de TIRA, sa mort a tout de suite eu l’effet de réanimer l’esprit de vengeance dans lequel sont allées s’échouer l’une après l’autre les tentatives de résolution du conflit irlandais au cours des trente dernières années.11 ne faudrait pas beaucoup de Billy Wright pour faire capoter le processus de paix.«Nous sommes en Irlande du Nord où la violence engendre la violence», a déclaré ce week-end un leader unioniste, David Ervine, qui, après avoir été en d’autres temps camarade de combat de M.Wright, compte aujourd’hui parmi les négociateurs aux pourparlers du château de Stormont.Le ralliement de M.Ervine aux voix de la paix est exemplaire, mais il n’est pas unique.Il est le signe que des conditions historiques ont été réunies cette année qui permettent d’envisager un dénouement pacifique au conflit.La classe politique irlandaise, toutes tendances confondues, en est de plus en plus consciente.Les appels au calme lancés hier par les deux principaux partis républicain et protestant en sont une indication rassurante.«Nous devons garder notre sang-froid», a déclaré le numéro deux du Sinn Fein, Martin McGuin-ness.«Personne ne veut voir le retour du cycle horrible de la loi du Talion», a dit David Trimble, chef de l’UUP, principal mouvement unioniste.Des appels au calme ou à la violence, lesquels seront entendus?Billy Wright pourrait être de sa tombe aussi nuisible au processus de paix qu’il l’a été de sa cellule de prison.Il avait jusque-là échappé à une demi-douzaine de tentatives d’assassinat de TIRA.Exclu d’un groupe paramilitaire pro-britannique pour son refus de renoncer à la violence dans la foulée du cessez-le-feu d’octobre 1994, il était devenu l’icône des protestants opposés aux négociations de paix.Sa mort le sanctifiera auprès d’une frange radicale unioniste qui estime que Londres a tourné le dos à la majorité protestante d’Ulster en tendant la main au Sinn Fein.En faisant d’ailleurs savoir dimanche par l’intermédiaire des médias qu’il «élargira le théâtre de ses opérations dans les semaines et les mois à venir», le groupe dissident qu’avait fondé l’an- née dernière M.Wright, la Loyalist Volunteer Force (LVF), annonce des embûches à répétition pour le processus de paix.Sa marginalisation politique ne l’empêchera pas de faire sauter des bombes.Di désolante ironie veut évidemment que son appel au combat serve aussi les intérêts des extrémistes catholiques.Les dissidents de l’IRA qui ont revendiqué l’assassinat n’en attendaient pas moins de la LVF.Ils sont, pour des raisons diamétralement opposées, des alliés objectifs dans la lutte contre le processus de paix: le premier parce que ce processus exclut d’avance la réunification pure et simple des deux Mandes; le second parce qu’un accord de paix redistribuerait à l’évidence les pouvoirs en Irlande du Nord au profit de la minorité catholique.Les mois qui viennent diront si cette coalition des extrémismes parviendra à faire échouer ces négociations dont les résultats doivent faire l’objet d’un référendum en juin au nord et au sud de File.En rompant le calme relatif qui régnait en Irlande du Nord, les radicaux des deux côtés font de l’extérieur pression sur des négociations de paix qui démarrent très laborieusement.Ils font planer sur leur issue le jugement mal éclairé des armes.A ce titre, le premier ministre britannique Tony Blair doit aujourd’hui concrètement composer avec sa décision d’ouvrir les pourparlers de Stormont sans attendre le désarmement complet des milices, comme Londres l’avait au départ exigé.Mais aurait-il insisté pour faire observer cette condition qu’il n’aurait peut-être jamais été possible pour lui de réunir les parties autour de la table des négociations.Le meurtre de Billy Wright, bien que commis par une faction dissidente de LIRA, met aussi à l’épreuve la solidité du consensus au sein du mouvement républicain sur la participation du Sinn Fein aux négociations et l’engagement de l’IRA à renoncer à la violence.Des informations contradictoires donnent à penser que ce consensus s’érode.Depuis le début du mois de novembre, il y aurait eu une quarantaine de défections au sein de l’IRA et du Sinn Fein, qui sont par tradition des organisations disciplinées et discrètes.Que de telles informations circulent publiquement est en soi étonnant.Cela pourrait signifier que l’unité du mouvement républicain est compromise.Mais c’est pour le moment une inconnue de l’équation nord-irlandaise.Une inconnue qui pourrait au bout du compte peser sur le déroulement des négociations plus lourdement que les groupes extrémistes qui, de part et d’autre, cherchent à museler les voix de plus en plus pressantes de la paix.Sur les négociations en Irlande du Nord pèse le jugement mal éclairé des armes Qui est le vrai Jean Chrétien?Encore tout récemment, on croyait que l’être vivant le plus complexe à avoir jamais été cloné était la brebis Dolly.Mais il nous faudra réviser cette croyance.Il semble en effet que notre premier ministre Jean Chrétien se soit fait fabriquer un assistant physiquement identique à lui-même.Malheureusement, le clone ne semble pas obéir exactement aux ordres puisqu’on observe deux Jean Chrétien différents dans les médias.Le premier, c’est celui qui se moque de ceux qui manifestent pour la défense des droits de l’homme.Lorsqu’il apprend qu’ils ont eu les yeux brûlés au poivre de Cayenne, il se moque d’eux en disant que lui, le poivre, c’est dans son assiette qu’il le met II affirme ensuite qu’il ne sera jamais question des droits de l’homme à l’APEC.On le revoit quelques jours plus tard, en compagnie de l’homme fort de la Chine, affirmer qu’il ne faut pas s’en faire avec les manifestants.Il affirme que le Canada et la Chine sont bien habitués aux manifestants.Après la Place Tiananmen, on peut difficilement imaginer une phrase plus cynique.L’autre Jean Chrétien, c’est celui qu’on voyait récemment annoncer un colloque sur les droits de l’homme coprésidé par le Canada et la Chine (Le Devoir, samedi 29 novembre page A2).Cette Chine qui a refusé, comme l’ont fait d’autres puissances à la morale discutable, de signer le traité international contre les mines antipersonnel qu’a si vaillamment parrainé notre premier ministre.Cette Chine qui annonce déjà ses couleurs en matière de liberté d’expression: la pensée libre est permise tant qu’elle ne remet pas en question la stabilité du régime.Devant ces deux personnalités, on ne peut que rester perplexe.D’un côté on voit un chef d’Etat cynique qui se moque de ses citoyens qui manifestent pour les droits de la personne et qui envisage, au nom de l’économie, de reporter de 10 ans les engagements que nous avions pris à Rio sur la réduction des gaz a effet de serre.De l’autre côté on voit ce chantre des droits de l’homme, cet apôtre de la LETTRES -?- non-violence dont on pourrait être tellement fier s’il ne trahissait pas, tant par ses gestes que par ses paroles, ses propres engagements.Dédoublement de personnalité?Clonage?Opportunisme politique?Quelle que soit l’explication de cet étrange phénomène de duplicité, on pourra toujours se poser la question: qui est le vrai Jean Chrétien?François Privé Professeur de philosophie Alma, 1" décembre 1997 Le Québec me tue.des fois Moi, aussi, des fois, le Québec me tue.Le débat sur le choix de l’emplacement de la Grande Bibliothèque du Québec illustre de façon éclatante le manque de vision, la persistance de schèmes de pensée désuets et l’absence de sang neuf chez nos «penseurs officiels».Ce magnifique projet constitue une chance unique de créer des ponts entre le monde du livre et la population du Québec, dont une proportion appréciable fréquente le centre-ville de Montréal.Or voilà que l’establishment de la rue Saint-Denis, avec la bénédiction de la directrice du Devoir, tente de détourner ce projet de ce noble objectif en lui en greffant un autre: il faut maintenant que ce projet contribue à la revitalisation du «quartier latin».On croyait qu’il avait été démontré lors de la construction de la maison Radio-Canada que la construction d'un édifice public a des effets négligeables sur le développement d’un quartier.De même que la présence du Forum n’a pas empêché le déclin de la rue Sainte-Catherine Ouest et du quartier environnant, il est fort à parier que la construction de la Grande Bibliothèque du Québec dans le Quartier latin n’aura aucun impact notable sur le développement de ce quartier.Par contre, le fait de construire cette bibliothèque en périphérie du centre-ville contribuera sans aucun doute à en réduire l’achalandage.De plus, depuis la fermeture de la succursale de la bibliothèque municipale à la station de métro McGill, il n’y a plus de bibliothèque publique au centre-ville de Montréal.Tel que le découvrent maintenant les organisations des Expos et des Alouettes, ce sont les organismes qui doivent se rapprocher des citoyens et non le contraire.N’en déplaise à Mme Bissonnette, même s’il est vrai que des millions de personnes transitent par la station de métro Berri-UQAM tous les jours, elles ne s’y arrêtent pas.On n’a qu’à voir le nombre de commerces qui y ont fermé leurs portes ces dernières années.René Derouin, dans sa récente lettre au Devoir (5 novembre 1997), fait remarquer, fort justement, que la bibliothèque doit constituer une place publique contribuant à affirmer notre culture hors de l’esprit de ghetto et ce, nulle part ailleurs que dans le centre-ville.Il y a des relents de grande noirceur dans notre peur de nous approprier cette expression de notre américanité.Allons-nous laisser passer cette opportunité unique d’affirmer notre culture au centre-ville?De plus, voilà une bonne occasion de tendre la main à la communauté anglophone (après tout, il est permis de penser qu’il y aura des livres anglais dans cette bibliothèque), la grande absente de ce débat.Pierre A.Cossette Montréal, 4 décembre 1997 Les fêtes de Gilles Duceppe Je tiens personnellement à faire une courte mise au point à propos du calendrier dont j’ai fait parvenir une copie à tous mes électeurs.Une malheureuse erreur s’est glissée lors d’un échange informatique où certains jours du mois de juillet ont été effacés dudit calendrier.Nous n’avons jamais eu et ce, d'aucune façon, l’intention d’effacer la date du 1" juillet, du 4 juillet ou du 14 juillet.Cela aurait été proprement ridicule.Nous nous excusons de cet inconvénient et j’en profite pour souhaiter un joyeux temps des Fêtes à tous les électeurs de la circonscription de Laurier-Sainte-Marie.Gilles Duceppe Député de Ixiurier-Sainte-Marie Chef du Bloc québécois Montréal, 22 décembre 1997 «Ku % Stclin.I û £ (MR/VoTre REPRISE 13 06-97 Petites choses à méditer, suite et fin P artis de considérations philosophiques sur la justice et la liberté, nous en étions arrivés à nous interroger sur les critères qui déterminent la portion de la tarte produite par une économie à laquelle quelqu’un a droit.En vertu de quoi Bill Gates a-t-il droit à un revenu proche de celui de toute l’Amérique centrale, et d’autres, à la soupe populaire?Sujet difficile, car bien des critères ont été avancés ix)ur déterminer à quelle portion de la tarte quelqu’un a droit.J'en étais à me demander comment vous raconter tout ça quand—le hasard, tout de même — ce qui est communément admis dans nos cultures a magistralement été rappelé la semaine dernière par un éminent éditorialiste.Ce sera donc notre point de départ.Ce monsieur discutait, en l'approuvant, de la.réforme Harel de la sécurité du revenu.Et il notait un problème: pour sortir les jeunes de l’aide sociale, il faut qu’ils travaillent; or les jeunes restent à l’aide sociale parce que travailler au salaire minimum ne leur paraît pas une solution attrayante.La solution à ce problème n’est pas de hausser le salaire minimum, comme on pourrait naïvement le croire, mais de rendre moins intéressante l’aide sociale.Comment fera-t-on?Facile: en obligeant les jeunes à s’inscrire à un parcours d’insertion sociale, faute de quoi l’aide sera réduite de 150 $ par mois.N’ayant déjà pas le minimum vital, ils l’auront encore moins.Et c’est bien éthique, tout ça, peut-on s’inquiéter?Tout à fait: c’est même un «devoir moral» que de procéder ainsi, explique le savant homme.Et pourquoi?Eh bien, je cite textuellement, parce que «le coup de pied au cul fait partie des outils d’apprentissage».Vous l’avez noté, sagace lecteur: il y a bien là-dedans certains de nos grands principes de partage de la tarte économique.Rappelons-en quelques-uns.On n’a pas droit à recevoir ce qui satisfait nos besoins, même minimaux: on a seulement droit à la valeur que produit notre travail quand on le vend No r nia ntl Baillargeon sur le marché.Mais on n’a pas le droit à l’égalité des circonstances et des chances pour ce faire, et on a l’obligation de se vendre, même à quelqu’un qui aurait tant exploité le travail des autres qu’il finirait par être en mesure de se payer un journal et un éditorialiste pour écrire dedans en excluant soigneusement l’hypothèse que ce serait la moindre des choses que de ne faire travailler les gens qu’à un salaire décent On a enfin droit à des coups de pied au cul comme moyen d’apprentissage, si tout ce qui précède ne suffit pas.Il y a pourtant des solutions de rechange.Notamment celle-ci, née au siècle des Lumières.Selon cet autre point de vue, les êtres humains sont faits pour s’engager dans des activités librement consenties et il ne devrait s’exercer sur eux qu’un minimum de contraintes et d’autorité — idéalement aucune.Ni coups de pied donnés, ni coups de pied reçus, donc.Ce qui implique aussi un certain nombre de principes pour la production et la distribution de la tarte.Chacun devrait avoir son mot à dire sur ce que produit une économie et sur la somme de travail qu’il est prêt à fournir pour consommer ce qu'il désire consommer.Personne ne devrait être obligé de se vendre pour gagner sa vie; un pouvoir comme celui d’embaucher quelqu’un et tout ce qu’il implique est tellement énorme qu’une société saine l’interdirait, concluant qu’on ne peut lui fournir de justification sérieuse.La portion de la tarte à laquelle quelqu’un a droit ne saurait provenir de critères qui ne dépendent pas de lui et de variables sur lesquelles il n’a aucune prise.L’appropriation d’une partie de la tarte ne peut donc provenir du fait que je possède des moyens de faire travailler les autres.Ou des gains à la loterie sociale (héritage, milieu familial, etc.).Ou à la loterie génétique (je saute haut, ou je tape fort sur une balle, ou je comprends vite et bien telle ou telle chose, etc.).Ou du hasard; ou de l’inventivité, qui est toujours en partie le fait de l’humanité tout entière.En un mot comme en mille: tous les critères actuellement utilisés et qui conduisent à des portions de tarte différentes pour chacun, parfois scandaleusement énormes pour les uns et scandaleusement petites pour les autres, me semblent indéfendables du ixrint de vue de l’équité et de la liberté.Reste quoi, alors?Je ne sais pas et |x?rsonne ne peut véritablement savoir ce que conclurait là-dessus une société libre.Ayant raisonnablement exclu les principes que nous avons mis de côté plus haut, elle aboutirait peut-être à ceci: à chacun qui peut fournir des efforts selon ses efforts, eux-mêmes évalués en fonction de ce qu’il peut fournir.A tous les autres selon leurs besoins.Les efforts demandés doivent l’être dans des emplois les plus équilibrés possibles, c’est-à-dire où chacun effectue un éventail de tâches dont l’ensemble est similaire à n’importe quel autre ensemble de tâches réalisé par un autre.Et dans un contexte de démocratie participative où il n’y a aucune hiérarchie du travail et de son organisation.C’est du moins ce que proposent Michael Albert et Robin Hahnel (Participatory Economies, 1992).Ceci entraîne certes des différences de morceau de tarte mais qui proviennent de circonstances équitables et se maintiennent dans des limites «humaines», si je peux dire.Cela, me semble-t-il, respecte la liberté et l’équité.Ça rend impossible Bill Gates.Et aussi l’idée qu’il faut distribuer des coups de pied au cul pour convaincre des gens de perdre leur vie à occuper des emplois abrutissants, à un salaire ridicule et avec la quasi-certitude d’avoir pour tout horizon un avenir pourri, quels que soient les efforts auxquels on consent.?C’est court, trois feuillets.J’ai omis la moitié de ce que je voulais dire.Si vous voulez en savoir plus et mettre votre grain de sel là-dedans, allez à http://www.lbbs.org/ZMag.htm.Un cours complet sur l’économie participative vous attend, de même qu’un forum animé par Michael Albert, où ses propositions sont débattues.bain@lol.sharcworld.corn A PROPOS -?- .de l'avenir des jeunes Les générations récentes (nées après 1955) ont été les plus durement touchées par les dernières récessions.Ces générations moins favorisées vont-elles continuer de l’être?L'adaptation aux progrès technologiques peut-elle encore profiter aux générations montantes?La réduction du temps de travail et la précarité des emplois sont-elles des situations temporaires ou un nouveau mode de vie auquel il faut s’adapter?In sortie massive du marché du travail des géné- rations plus âgées est encore à venir, mais conjuguée à des conditions économiques plus favorables, elle ix>urrait signifier un revirement de la situation chez les jeunes.Une amélioration de leur niveau de vie serait d’autant plus importante qu’ils auront à faire face au vieillissement démographique de la population à la hausse inévitable des charges sociales.Statistiques sociales, D'une génération à l’autre, Bureau de la statistique du Québec, 1997 LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI R 0 U R A S S A LE 10 JANVIER 1910 Directrice LISE BISSONNETTE Rédacteur en chef BERNARD DESCÔTEAUX Vice-président, finances et administration FRANÇOIS T II 0IIIN Directeur de I ’ i n fo r m a l i o n (IL AIII) E BEAU R E 0 A R D Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, PIERRE CAY0UETTE, NORMAND THERIAULT Rédacteurs en chef adjoints JEAN-ROBERT SANSFAÇ0N, ROLAND-YVES C A It IG N A N D i r e c l r i c c, v c n I c s e t m a r k e t i n g MARTINE DURÉ 2 0 5 0, rue de Ble nry, 0* étage, Montréal (Québec) Il B A 3M9.Té I.: (514) 985-3333 FAIS CE QII E I) OIS I.K I) K V (MR.I.K M A R I) I 3 0 l> K (' K M R It K I !• ü 7 IDEES Médias et intellectuels sur la même longueur d’ondes Jacques Villeneuve, un héros prématuré ?Que va-t-il se passer si Villeneuve ne devient pas le grand champion de la décennie, si le feu d’artifice, au demeurant pas si décisif que cela, s’avérait de brève durée ?LUCIANO BOZZINI Sociologue près le brouhaha médiatique du dernier mois, on aurait pu croire que la poussière retomberait un peu et qu’on passerait à autre chose.C’était oublier que le mythe du superhéros, après tant de battage, paraît bien établi et que les journalistes sportifs (et autres) font leur beurre avec ce qui semble plaire au peuple.Villeneuve dans son kart fait la une du Journal de Montréal (c’est une des caractéristiques du héros qu’on traite aussi de ses loisirs).Même Homier-Roy est forcé d’en parler chaque jour à Radio-Canada: de ce train-là, si Radio-Canada gaspille du temps d’antenne à chaque fois que Villeneuve et Schumacher ouvrent le bec, on en a pour un bout de temps.(Oh miracle, ce matin 3 décembre, Homier-Roy envoie le journaliste sportif au bonhomme: «U livre sur Villeneuve, laisse faire pour aujourd’hui.») On aura à peu près tout entendu.Un commentateur radio y est allé d’une série d’allégories constitutionnelles: la voiture bleue, Villeneuve qui sort,son plan B pour faire échec à Schumacher, etc., etc.A C’est bien meilleur le matin, on nous répétait cette semaine pour la énième fois: «notre héros à tous, on l'aime à cause de son franc-parler».Un lecteur du Devoir (10 novembre) en tartine épais: «notre Jacques national [.] rebelle [.] n’est pas souillé par le star-système [.] une étoile qui se distingue par son humilité et sa simplicité [.] il incarne l’originalité et la modernité [.] le Québec avait besoin d’une idole à aduler et à chérir.» Marc Laurendeau aurait décelé que même The Gazette sort enfin de sa morosité postréférendaire pour jubiler devant le jeune homme prodige.Jean Dion, du Devoir, qui nous a fait don de deux éditoriaux décapants sur le phénomène Villeneuve et les médias, a bien mis plusieurs bémols à ce délire, entre autres sur un héros «qui gagne des dizaines de millions à Monaco bien protégés du fisc [.] dans l’industrie la plus lourde de fric du sport professionnel», mais ces quelques notes discordantes ont probablement été minoritaires.C’est sous la plume du même journaliste que j’ai du reste lu la plus belle phrase sur ce mélodrame collectif: «Un dimanche matin à l'heure de la messe où plus personne ne va, le Fils de l'Autre s’est donné corps et âme et, ce faisant, nous a offert la félicité éternelle.» Les intellectuels ne sont pas demeurés en reste.Toutes sortes d’analyses savantes sur la signification du héros, sur la spécificité ou non québécoise en ce qui concerne les héros, sur Villeneuve père et fils et le mythe du coureur des bois, etc., ont été diffusées, tous médias confondus.Bouchard et Chrétien, flairant la nécessité de ne pas décevoir les électeurs «centristes» (ou stimulés par leur chargé d’image), y sont allés de leur récupération patriotique.Bref, du théâtre en grande.Et la durée ?Je me fiche comme de l’an quarante de Villeneuve et de la Formule 1, mais on me permettra quand même deux commentaires dissonants dans ce grand concert pa-triotico-sportif.En mijotant l’autre jour un plat, j’écoutais justement un groupe d’intellectuels débattre de Villeneuve et du mythe du héros dans la société québécoise.De la JP/ 4 * Le héros des Québécois, Jacques Villeneuve: un feu de paille?JACQUES NADEAU l.E DEVOIR haute voltige, je vous l’assure.Et voici mon premier commentaire.Je me serais attendu, de la part d’un si élevé aréopage de critiques, que quelqu’un mentionne, ne serait-ce que timidement, que Villeneuve a gagné son premier championnat du monde.Nenni, pas un mot.Or, depuis ma jeunesse et au fil des ans, un certain intérêt pour les sports où la performance athlétique compte, m’a rendu familiers une série de héros sportifs qui, sans exception, sont montés sur le socle seulement après des performances dans la durée.De Nancy Greene à Vreni Schneider, de Zatopek la locomotive tchèque à Cari Lewis, de Pelé à Beckenbauer, de Fausto Coppi à Eddy Merckx, nommez-les, selon vos sports préférés.Si Juan-Manuel Fangio, dans la lutte titanesque entre Alfa Romeo et Mercedes, fut un des héros de ma gang d’adolescents, c’est qu’il domina insolemment la course automobile pendant de nombreuses années.Comme avec Merckx, les autres couraient pour la deuxième place.Inversement, des plus instruits du sujet que moi pourraient nous nommer des héros d’une année, des «feux de paille» en quelque sorte, qui ont disparu dans la brume de l’histoire.Que se passe-t-il ?On peut comprendre que les journalistes sportifs bêlent à l’unisson.Ira pression vers le consensus doit être forte dans ce milièu.Pour ne pas parler de «complicité» et de rapports «incestueux», comme le suggérait Jean Dion dans un ses articles.Les intérêts quotidiens et espérés (un petit tour chez la princesse de Monaco avec ça, et qui sait, même la possibilité de humer, même à distance décente, quelques effluves des starlettes de la Formule 1 ?) pourraient sans doute expliquer une bonne partie de l’à-plat-ventrisme de la classe médiatique sportive.(Dans une veine similaire, autour cette fois de l’autre héroïne nationale — Céline —.Jean Barbe nous a courageusement entretenu dims Voir des vautours médiatiques qui rôdent autour des vedettes pour ramasser des miettes de gloire et d’autres choses.) Mais un groupe de penseurs?Peut-être le hasard a-t-il fait que ce groupe ne comprenne que des ignares ou des gens totalement non intéressés au sport, ou encore étaient-ils tous entièrement partis dans leurs univers interprétatifs que la question ne leur effleura pas l’esprit.Ou bien ceux qui ont proposé comme explication le besoin d’un peuple «humilié», ou «en devenir» c’est selon, d’avoir enfin des héros de calibre international, ont-ils à ce point raison que même des spécialistes de la distance critique seraient happés à leur insu par le phénomène?Peu importe au fond, le problème est ailleurs.Non, mais vous vous rendez compte?Si Villeneuve fait perdre sa morosité à The Gazette et à bien d’autres (dixit les médias), si à travers lui (ou Céline) les Québécois avaient une fois pour toutes montré qu’ils «savent faire», que va-t-il se passer si Villeneuve ne devenait pas le grand champion de la décennie, si le feu d'artifice, au demeurant pas si décisif que cela, s’avérait de brève durée?Issue du reste tout à fait possible, malgré les qualités du pilote.Après qu’on ait laissé entendre au peuple qu’il était à la hauteur des autres, celui-ci va-t-il retomber dans la déprime?Après le «ressassement» par certains commentateurs (et par bon nombre d’intellectuels) de la morosité référendaire post-1980, va-t-on nous rebattre les oreilles avec une autre décennie de morosité?Le brouhaha des médias Ce qui m’amène à mon deuxième commentaire.Mon expérience multiculturelle m’a permis de constater la validité de ce qu’affirme Jean Dion: la passion pour les héros sportifs est un phénomène universel.Besoin d’identification, légitime fierté patriotique, admiration devant la performance et la beauté pures (pensons à la foulée féline des grands athlètes, à l’explosion musculaire des sauteurs et lanceurs, à la beauté plastique de certaines filles d’Eve paraissant sortir tout droit du paradis terrestre, au glissement ondoyant des nageurs/nageuses, aux qualités athlétiques et aux jongleries des dieux du soccer), ces sentiments nourrissent le sport de spectacle.Mais je ne crois pas que la très grande majorité des Québécois aient un besoin particulièrement excessif de héros sportifs.Non, tout cela est du brouhaha de journalistes sportifs et de médias intéressés.Dans tous les secteurs de la vie collective, des dizaines de milliers de Québécois — qui de leurs mains, de leur tête ou de leur cœur pour paraphraser M‘:r Helder Camara — créent quotidiennement avec talent et fierté de grandes choses et bâtissent le monde de demain.Qu’on nous fiche donc un peu la paix avec Villeneuve (qui n’en demande peut-être pas tant) et Schumacher.Quant aux spécialistes de la détection tous azimuts de la morosité chronique, se pourrait-il qu’ils nous projettent à la face la leur et leur propre vide existentiel ?Mais pour sûr, ces fichus médias détiennent le redoutable pouvoir de chauffer les cœurs et les esprits.Alors, surtout pour le bénéfice du petit peuple possiblement plus vulnérable à l’identification passive aux héros collectifs, baissez donc un peu le son.Louangez les succès des sportifs canadiens et québécois, mais avec un peu de mesure.Arrêtez de vouloir faire adopter au peuple votre besoin irrépressible (et intéressé) de héros à tout prix, surtout prématurés.Opération Constitution Le débat sur l’unité nationale piège les Franco-Ontariens Les militants des droits des francophones devraient faire leurs adieux au Canada bilingue et se consacrer entièrement à la formulation d’un droit des minorités francophones hors Québec LINDA CARDINAL L’auteure, professeur au département de science politique de l'Université d’Ottawa, vient de publier un essai intitulé La Pensée de l’engagement.Ecrire en milieu minoritaire francophone au Canada, aux Éditions Zra Nordir, 1997.n Ontario, peu avant la parution des données de Statistique Canada sur l’évolution linguistique du pays et quelques semaines après la rencontre des premiers E ministres canadiens-anglais à Calgary, un réseau constitué principalement d’avocats et d’ex-militants du groupe S.O.S.Montfort voyait le jour.Co-présidé par Gisèle Lalonde, présidente de S.O.S.Montfort, et par Marc Cousineau, professeur à la faculté de droit à l’Université d’Ottawa, Opération Constitution réclame de l’Assemblée législative de la province de l’Ontario et du Parlement canadien une protection constitutionnelle pour les Franco-Ontariens.Ainsi, les animateurs du nouveau regroupement considèrent que les francophones de l’Ontario pourront mieux exiger un accès égal aux institutions essentielles à leur épanouissement.Opération Constitution inscrit sa revendication dans le cadre des débats en cours sur l’unité nationale.Selon ses porte-parole, «le gouvernement ontarien doit choisir quelle vision du Canada il endossera.Celle d’un pays où les deux peuples fondateurs ont des droits égaux ou celle d’un Canada où le Québec sera français et le reste anglais».Ira dernière thèse donnerait raison aux souverainistes québécois.Et d’ajouter que «si les francophones n'ont pas leur place dans les provinces à majorité anglaise, quel avantage les Québécois francophones verront-ils à l’union canadienne?» Ainsi, les animateurs d’Opération Constitution tentent d’utiliser stratégiquement le débat sur l’unité nationale afin de faire avancer les intérêts des francophones de l’Ontario.C’est dans cette perspective qu’Opération Constitution invite les francophones de l’Ontario à répondre favorablement au questionnaire sur la déclaration de Calgary.Ira questionnaire a été distribué en anglais, bien qu’une version française soit disponible.Toutefois, les animateurs (l’Opération Constitution déclarent qu’«i7 est crucial et urgent que toutes et tous les francophones de l’Ontario répondent à cette consultation».Us ont même rédigé les réponses au questionnaire afin de s’assurer que les Franco-Ontariens exigent d’une même voix l’enchâssement de leurs droits dans la Constitution.Les réponses vont toutes en ce sens et visent à montrer que l’avenir de la fédération canadienne repose sur le sort réservé à la minorité francophone de l’Ontario.S.O.S.unité nationale Certes est-il légitime pour Opération Constitution de revendiquer l’enchâssement des droits des francophones de l’Ontario dans la Constitution canadienne.Il serait même souhaitable que cette revendication soit soutenue par une conception élargie d’un droit des minorités francophones hors Québec et dissociée du débat sur l’unité nationale.Ce droit obligerait le gouvernement fédéral à garantir à la minorité francophone hors Québec des services en français dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la santé, des services sociaux, des services judiciaires, bref dans tous les domaines significatifs de la vie.Ce droit serait aussi accompagné d’une véritable politique de lutte contre l’assimilation ainsi que d’un mécanisme d’application n’obligeant pas les personnes à se présenter constamment devant les tribunaux afin de faire reconnaître leurs droits.Opération Constitution doit aussi comprendre que l’existence d’un Québec français et d’un Canada anglais correspondent à des tendances démographiques lourdes et à des réa- Sourd aux revendications proprement politiques des Québécois, Opération Constitution sert les intérêts étroits du gouvernement fédéral lités politiques incontournables, produit d’une histoire au sein de laquelle les francophones hors Québec ont choisi une option qui ne les sert plus, le bilinguisme coast to coast.D’ailleurs, faut-il constamment en vouloir aux Canadiens français du Québec d’être devenus des Québécois, de s’identifier à un Québec français plutôt qu’à un Canada bilingue?Sourd aux revendications proprement politiques des Québécois, Opération Constitution sert les intérêts étroits du gouvernement fédéral.Un débat obligé La publication des dernières données de Statistique Canada sur l’évolution linguistique au pays rappelle la vulnérabilité du milieu francophone hors Québec.Iras francophones au Canada sont passé,s sous la barre des 24 %.À l’extérieur du Québec, la proportion de francophones a diminué dans toutes les provinces et le français serait de moins en moins parlé à la maison.Entre autres, 39,1 % des francophones de l’Ontario ne parleraient plus le français à la maison.Si l’on ne peut parler directement d’assimila- tion, les experts s’entendent pour situer le seuil d’irréversibilité à 40 %.Ira situation est donc inquiétante.Dans son éditorial du 5 décembre 1997, Lise Bissonnette a repris une formule consacrée pour commenter l’évolution linguistique au pays: «Statistique Canada confirme en effet ce qui se voit à l’oeil nu» (Le Devoir).D’autres, toutefois, voient moins bien.Ira ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, analyse la perte du français en milieu francophone hors Québec comme le résultat de l’américanisation de la société canadienne plutôt que comme un problème spécifiquement canadien.Pire, elle ne reconnaît que du bout des lèvres les menaces d’assimilation des francophones hors Québec alors qu’elle s’inquiète de la diminution de la taille de la communauté anglophone du Québec.Pour sa part, Tréva Cousineau, présidente de l’Association canadien-ne-française de l’Ontario, a déclaré au Droit que les francophones de l’Ontario sauront contrer les transferts linguistiques en milieu minoritaire.Si l’optimisme de Mme Cousineau est imprudent, il n’en demeure pas moins vrai que les francophones hors Québec ont réussi, grâce à leur dynamisme et malgré le peu de moyens dont ils bénéficient, à contrer une assimilation qui, dans un certain esprit Canadian, aurait dû être achevée depuis fort longtemps.De par leur seule présence au Cana- da anglais, les communautés francophones hors Québec n’incarnent-elles pas l’échec d’un nationalisme Canadian étroit, assimilateur et ho-mogénéisateur par rapport à un nationalisme plus ouvert à l’idée des droits des francophones, des Québécois et des autochtones?Droit des minorités francophones hors Québec Toutefois, il est vrai que la résistance à l’assimilation de la part du milieu francophone hors Québec ne suffit pas à renverser les tendances démographiques lourdes perceptibles dès la commission I.auren-deau-Dunton.Si elles éloignent une fois pour toutes les francophones hors Québec de la possibilité d’un Canada bilingue coast to coast, elles obligent à situer la question des fran-cophones hors Québec dans un autre registre, celui des droits plutôt que celui du bilinguisme.Leur situation numérique particulière et leur perte de légitimité dans le débat sur l’unité nationale les oblige Les animateurs d’Opération Constitution ont à prendre davantage la mesure de cette situation.En fonction des dernières données de Statistique Canada et de l’orientation du débat politique actuel, ils devraient faire leurs adieux au Canada bilingue et se consacrer entièrement à la formulation d’un droit des minorités francophones hors Québec.L’ÉQUIPE DU DEVOIR IA RÉDACTION lournalistes A l’information générale et métropolitaine : Louis Lapierre (adjoint au directeur de l'information), Sylvain Blanchard, Jean Chartier (régions).Paule des Rivières (éducation), Jean Dion.louis-Gilles (rancœur (environnement).Kathleen Lévesque (actualités politiques municipales) (santé), Jean Pichette (justice).Clément Trudel (relations de travail).Serge Truffant (questions urbaines) : Michel Carneau (caricaturiste) : Diane lYécour.(pages éd,tonales, responsable des pages thématiques) ; Martin I uclos et U.nsüne Dumazel Dré-Î "««) Jaaiùrs Crëi.hT et Jafques Nadeau (photographes) ; A l'information culturelle : Michel Bélair (responsable).Stéphane Baillargeon (arts visuels et théâtre).Paul Cauchon (médias), Marie-Andrée Chouinard (livres et politiques culturelles .Louise loduc (musique).Jean-IVrre U-gaull, Od|le Tremblay to-ncnui) \ rinformation économiaue • Gérard Bérubc (adjoint au directeur de l’information), Robert Dutrisac, Benoit Munger, François Normand, Claude Turcotte ; à l’information internationale : Jocelyn Coulon (adjoint au directeur de l information), »u> ai ( t r (r i ona isc .a e vesq .« 1 o politique ' PieiT^O^dlL^an^Corn^Uer'tromn^OMiante^arfrOTfntoin’ à OUaica).Mario Cloutier e, Cilles Lesage (correspondants parlementaires à Québec) Michel '«bTSSSSÜ dartinn) • Inditli Iarhanelle Marie-Claude Petit (commis) La documentation : Gilles Pare (directeur) ; Brigitte Arsenault.Manon Heroine, Serge Implante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa) LA I l BUC m.IT I-h MAHKITrlMi Mai tin* u t .m,nnni r tbÜrsei Z* Mjaooudtae Avril.Jean deBüîyBrigi.te Cloutier.Gyslaine Côté.Marlène Côté.Christiane L-gault, Jacques A Nadeau.Cuylaine Quelle., Micheline Ruelland (publicitaires) ; Sylvie Importe, Clatre Paquet.Pterrette Rousseau.M.cheUne Turgeon .I-mmw MlML LA.PRODUCTION locelvn Arsenault(directeur des approvisionnements distribution et production), Marie-France Turgeon (responsable de la production), Claudine Bédard.Johanne Brunet, Danielle Can tara.Richard Des C omiters.Marie-Josée Hudon.Christian un.mer -U1 ¦ -• - j .,.Sle L,iManon Blanche!,e-Turcotte, Monique .’Heureux.Lise Lachapelle.Rachelle Lùea-Venne.L’ADMINISTRATION Yves Bouthiette (contrôleur).Nicole Carmel (responsable des services comptables).Jeanne^ Arc Houde (secretaire a la direction) ; Céline Furoy, Ghislaine Lalleur.Nathalie Perrier, Danielle Ponton, Danielle Ross.LA FONDATION DU DEVOIR Marcel Couture (président).Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur general)._ ______________________________====^== A 8 I.K I) K V 0 I U .I.K M A I! I) I :i (I I) K < K M H I! K I !( !l LE DEVOIR ACTUALITES BAROMETRE cde la 8 jl I I - l|_ SANS FRONTIERES Journalistes tués mm Journalistes 58 interpellés 69 85 39 Journalistes actuellement emprisonnés Journalistes menacés ou agressés Le fait du mois Colombie.En moins d'un mois, trois journalistes ont trouvé la mort : Jairo Elias Marqués, Francisco Castro Menco et Alejardro Jaramillo.Avec cinq journalistes tués en 1997, la Colombie est le pays d'Amérique latine où le nombre de journalistes assassinés est le plus élevé.Médias censurés Nombre de pays, sur le» 185 Etotj Siégeant oux Nation urne», où la situation de b presse est CORRECTE ¦ DIFFICILE HIRES GRAVE La perle du mois liberia.En réponse à des articles de la presse privée sur les divergences entre l'Ecomog, la force de paix ouest-africaine et le gouvernement de Monrovia, le président Charles Taylor a mis en garde les journalistes "(.) Ne cherchez pas à être vicieux car je le suis plus que n'importe qui dans ce pays".Une famille montréalaise meurt dans un incendie Medford, Massachusetts (AP) — Une Montréalaise et ses trois enfants en visite dans la région de Boston ont péri en fin de semaine dans l’incendie d'un immeuble à logements.Le père des enfants ainsi qu'un jeune garçon de 13 ans ont également perdu la vie dans le brasier.L’incendie a aussi causé la mort du jeune Arnell Allamonar qui, selon les voisins, était asthmatique.Un quatrième enfant du couple a pu être secouru par un autre locataire de l’immeuble.Après avoir passé 20 heures à fouiller les décombres, les pompiers ont mis fin hier à la recherche d’une dernière victime présumée, un enfant.Selon la police et les voisins, Alta Grâce Jeanrisme et ses enfants étaient venus passer une partie des Fêtes en compagnie de leur père, installé en banlieue de Boston.Le petit Samuel est de retour au Québec Québec (PC) — C’est un bébé requin qui a planté ses crocs dans le mollet du petit Samuel Lussier, le matin de Noël, alors qu’il se baignait dans les eaux de la plage d’Hollywood, en Floride.C’est ce que le garçon de huit ans, originaire de Stoneham, au nord de Québec, a indiqué hier aux journalistes qui l’accueillaient à son arrivée à l’aéroport Jean-Lesage, à bord d’un avion-ambulance privé.Accompagné de sa mère et de son frère Gabriel, âgé de sept ans, Samuel n’a pas paru intimidé par les caméras.Emmitouflé sur sa civière, il a de nouveau raconté l’histoire de la «carapace grise» qui l’a agrippé, laissant 63 marques sur son mollet gauche.Apparemment, l’enfant ne souffre plus de sa mésaventure qui a nécessité 230 points de suture.Sa mère, Chantal Bélanger, a d’ailleurs confirmé que Samuel n’avait pas été traumatisé.«C'est l’fiin ici, tnaman», a-t-il même dit à ses parents à propos de l’hôpital.Mme Bélanger a loué la qualité des soins accordés à l’enfant, ainsi que le soutien dont son époux.Ronald Lussier, et elle-même ont bénéficié.Quant au bébé requin, Mme Bélanger a confirmé que c’était bien l’hypothèse qui avait été retenue, après que des spécialistes eurent étudié les marques laissées sur la jambe de l’enfant.S.V.P.Assurez-vous que ce papier journal soit recyclé.LE DEVOIR LEADERS Si Von surveillait autant les financiers, les hommes d’affaires et les médecins que les politiciens, il y a du monde qui aurait pas mal de misère» SUITE DE LA PAGE 1 de beaucoup supérieure à ce que l’on peut observer ailleurs dans le monde.11 avoue même son «admiration» pour beaucoup de nos politiciens, qui avaient plus de chances de s’enrichir dans le secteur privé mais qui ont accepté de quitter le confort financier et la paix familiale pour servir l’intérêt public sous les projecteurs des médias.Au cours de cette entrevue qu'il a accordée vendredi au Devoir, à sa résidence de la rue de la Cathédrale, le cardinal a tenu des propos étonnants de la part du chef du diocèse de Montréal, qui compte 850 prêtres et 281 paroisses, dont des dizaines où les catholiques anglophones pratiquants sont majoritaires.Dans la première tranche publiée hier, il déclarait qu’il ne revient pas à la Cour suprême mais aux Québécois de décider de leur avenir politique.Une opinion que les souverainistes ont applaudie mais qui n’a pas manqué de susciter l’irritation des milieux fédéraux.Ceux qui le connaissent bien disent que ce franc-parler, comme sa désarmante simplicité, est propre à sa personnalité de leader religieux ouvert aux échanges d’opinions et à la discussion publique.Jean-Claude Turcotte est né il y a 61 ans de parents modestes, rue de Bordeaux, près du pont Jacques-Cartier, dans la paroisse Sainte-Marguerite-Marie, dans le bas de la ville de Montréal.Il a exercé une bonne partie de son ministère dans les quartiers pauvres du centre-sud.Son profond souci pour le réconfort des plus démunis n’a jamais cessé de l’habiter mais il préfère parler des pauvres que de pauvreté.Le 26 novembre 1994, Jean-Paul II l’élevait au rang de cardinal, ce qui en a fait un membre du Sacré Collège qui élira le prochain pape.Devenu prince de l’Église universelle, il ose là où ses prédécesseurs sont demeurés discrets; il n’hésite pas à se prononcer sur la performance des politiciens et sur le fonctionnement des institutions politiques.Voici la substance de quelques-unes des nombreuses idées qu'il a exprimées au cours de ce long entretien.¦ «La presse n’est pas tendre pour les hommes publics; elle joue un rôle nécessaire de surveillance, mais elle ne leur donne pas de répit.Il y a à cela un effet pervers qui incite le politicien à trop se préoccuper de la perception populaire.C’est dangereux parce que si tin homme politique craint que son geste soit mal perçu, il s’abstiendra, alors qu'il peut-être parfois nécessaire de poser des gestes impopulaires.» ¦ «Si l'on surveillait autant les financiers, les hommes d’affaires et les médecins que les politiciens, il y a du monde qui aurait pas mal de misère; les politiciens ont le courage de faire face à l'opinion publique et d’en dépendre.» ¦ «Le bipartisme aurait intérêt à s’enrichir de la liberté d’expression des députés à l’intérieur de leur caucus parlementaire; j’ai de la misère à voter pour un parti, je vote encore pour l’homme; les partis ont la valeur de l’ensemble des hommes qu'ils rejoignent.La ligne de parti, j’aurais de la misère à vivre avec cela.» ¦ Quand un parti est dans l'opposition, il faut nécessairement qu’il dise que tout ce que le gouvernement fait est mauvais.Ça me fatigue.Si j'étais un député de l'opposition, je ne sais pas comment je ferais pour respecter la ligne de parti.» ¦ «Il pourrait être intéressant de modifier le système électoral pour y introduire des éléments du mode de scrutin proportionnel.Cela pourrait favoriser une représentation plus équitable des suffrages exprimés.Les gouvernements minoritaires, qui font si peur, ne sont pas nécessairement si mauvais, quand on réfère à l'histoire politique du Québec et du Canada.Ils ont souvent été excellents parce qu'ils étaient forcés de rechercher le consensus.» ¦ «L'objectif du gouvernement Bouchard d'assainir les finances publiques est un objectif louable auquel on ne peut s'opposer; dans les secteurs de la santé et de l'éducation, il fallait faire le ménage, ça faisait dix ans que l’on savait qu’on fonctionnait d’une façon excessive.» ¦ «La réforme de la sécurité du revenu devrait comporter une fiscalité plus équitable.J’ai l’impression que l’on improvise dans ce domaine, que ça manque de vision générale.Il faudrait beaucoup plus de concertation, ce qui n’existe à peu près pas.Je pense aux batailles qu’on a eues entres syndicats et patrons, entre les groupes de pressions et le gouvernement, avec des pancartes et les parades.J'aime mieux quand les gens prennent le temps de négocier.» ¦ «Les sommets économiques, c’est un exemple de concertation.Le fait d’avoir réunir ensemble les syndicats et les patrons ai>isi que les mouvements socio-populaires, c’est un succès, c’est la voie de l’avenir.» ¦ «Il est très important que l’on vise à ce que le plus de citoyens aient accès au travail, parce que c’est très important pour l’être humain.On a eu le rêve facile des années 1970, celui du “welfare state”, où l’État devait combler tous les besoins.Cette façon de voir les choses, tout en assurant une relative paix sociale, créait une catégorie de citoyens qui devenaient de plus en plus piarginaux, qui ne faisaient qu’attendre leur pitance de l’État.Il faut que l'État aide les plus démunis, les plus mal pris, mais on doit viser d’abord à rendre le plus grand nombre de citoyens actifs dans la société.» DOLLAR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue de Bleury, 9 étage, Montréal (Québec), H3A3M9 El Place-des-Arts Ds sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction Au téléphone (514) 985-3333 Par télécopieur (514) 985-3360 Par courrier électronique redaction@ledevoir.com Pour l’agenda culturel (514) 985-3551 La publicité Au téléphone (514) 985-3399 Par télécopieur (514)985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et les appels d’offres Au téléphone (514) 985-3344 Par télécopieur (514)985-3340 Les petites annonces et la publicité par regroupements Au téléphone (514)985-3322 Par télécopieur (514)985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 8h à 16h30 Par télécopieur (514)985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue de Bleury, \r étage, Montréal, (Québec), H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Québécor l^aSalle, 7743, rue de Bourdeau, division de Imprimeries Québécor Inc., 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.L'agence Presse Canadienne est autorisée a employer et a diffuser les informations publiées dans Le Devoir.Le Devoir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc., 900, boulevard Saint-Martin Ouest, I^aval.Envoi de publication — Enregistrement n*0858.Dépét légal.Bibliothèque nationale du Québec.SUITE DE LA PAGE 1 cible d’un délestage de la part d’investisseurs jetant leur dévolu sur le marché obligataire américain.Én clôture hier, la devise canadienne s’échangeait à 69,48 C US, en baisse de 19 centièmes sur la séance, une baisse limitée par une intervention directe de la banque centrale sur le marché des changes en début de journée, alors que la devise touchait les 69,45 C US.S’échangeant désormais à un niveau jamais vu en près de 12 ans, le dollar canadien menace plus que jamais de toucher son bas historique de 69,13 C US, établi en février 1986.«Tout indique que même si les participants exigent désormais des taux d’intérêt au moins à parité avec leurs correspondants américains sur le marché monétaire [échéance de un an et moins], la Banque du Canada ne bougera pas.» Du moins, pas avant le début de l’année, et seulement si le dollar baisse dans un climat de grande volatilité.Même un dollar à 68 C ne lui ferait plus peur si la glissade était étalée dans le temps et se faisait de façon ordonnée, croit l’économiste de Desjardins.«C’est qu’elle craint l'effet que pourrait avoir une autre augmentation des taux directeurs sur l’activité économique», a ajouté M.Dupuis.Cette crainte est d’autant plus réelle que la banque centrale serait présentement à revoir ses scénarios de croissance dans la foulée de la crise asiatique.Ainsi, selon son scénario révisé, l’économie canadienne atteindrait la pleine utilisation de ses capacités (ce qui coïnciderait avec une croissance de 4 %) non plus à la fin de 1998 mais, plutôt, au cours de la première moitié de 1999, ce qui reporterait à l’an 2000 l’apparition des premières pressions inflationnistes véritables.Il reste que la situation pour le moins anormale qui perdure pourtant depuis près de deux ans, à savoir des taux canadiens inférieurs à leurs contreparties américaines, et ce, sur l’ensemble de la grille des taux, devra tôt ou tard être corrigée.«Il est vrai que le différentiel des taux d’inflation entre les deux pays — présentement à environ 0,5 % contre 1,5 % auparavant—, combiné à la cote de crédit inférieure accolée ata titres canadiens, milite en faveur d’un rapprochement des taia canadietts et américains.Mais ce que la Banque du Canada veut, c’est protéger l’écart positif sur le marché obligataire pour ne pas freiner la relance économique», a ajouté François Dupuis.S’imbriquant dans un aplatissement de la courbe de rendement, l’écart entre les taux canadien et américain est descendu hier à 110 points (en faveur des taux canadiens) pour l’échéance de trois mois, à 30 points dans le un an, à 25 points dans les trois à cinq ans, et à huit points pour les échéances de dix ans.L’écart est redevenu favorable aux taux américains dans le très long terme.E>£ **• ¦ I T \ L ARCHIVES LE DEVOIR Conséquence de la guerre civile et de la politique bolchévique vis-à-vis des campagnes, une terrible famine ravage les régions de la Volga.En 1921-1922, elle entraîne la mort de cinq millions de personnes.Les enfants en sont les premières victimes.TERREUR Le présumé ex-espion pourra rester dans le sous-sol d’une église Ottawa (PC) — Un sous-sol d’église n’offre pas de refuge légal pour un présumé ex-espion faisant l’objet d’une ordonnance de déportation, ont affirmé lundi les autorités du ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration.Mais Rys-zard Paszkowski, qui a épuisé tous ses recours légaux plus tôt cette année, lorsque la Cour fédérale du Canada a refrisé d’entendre sa cause, y est quand même en sécurité pour le moment M.Paszkowski, qui est âgé de 42 ans, s’est réfugié dans cette église d’Ottawa il y a deux semaines à son retour, d’un exil de 11 mois aux États-Unis.Il demande d’être entendu de nouveau avant d’être déporté vers sa Pologne natale.Kevin Sacks, d’immigration Canada, a confirmé que M.Paszkowski fait l’objet d’une ordonnance de déportation et qu’il n’a droit à aucune immunité pendant son séjour à l’église Trinity United.«Rien ne ttous empêche d’y entrer pour aller le chercher», a dit M.Sacks.Pour le moment, a-t-il poursuivi, la politique du service est de ne pas pénétrer dans l’église pour l’arrêter.«Mais s’il devait quitter l’église, il serait arrêté et déporté, et il lésait.» L’épouse de M.Paszkowski et leurs deux enfants, nés au Canada et âgés de sept et cinq ans, demeurent à Edmonton où il affirme que le Service canadien du renseignement de sécurité lui a offert une nouvelle identité, en 1984.M.Paszkowski affirme que le SCRS l’a embauché cette année-là en lui promettant un statut d’immigrant reçu.Selon un porte-parole du SCRS, M.Paszkowski est entré en contact avec le service en 1984 et est devenu un de ses informateurs pour une période d’environ deux ans.«Mais cela ne fait pas de M.Paszkowski un employé du SCRS, contrairement à ce qu’il prétend», assure Marc Boyer.Ce dernier ajoute que le SCRS a mis fin à sa relation avec M.Paszkowski avant que celui-ci ne quitte volontairement le Canada en août 1986.M.Paszkowski soutient avoir quitté apres que le SCRS l’eut envoyé en mission à Rome afin de discréditer des terroristes sikhs au moyen d’un faux attentat contre un avion d’Air India, une affirmation que M.Boyer a ridiculisée.SUITE DE LA PAGE 1 nue, une histoire qui, pour avoir été très diverse selon les pays, n’en présente pas moins des traits communs qui ressortent ici avec netteté.Dans tous les pays où il s’est installé, le communisme a charrié, comme un atavisme, des traits de caractère qui étaient déjà présents dans la Révolution d’octobre.Une synthèse comme ce Livre noir permet de comprendre, au delà des diversités régionales et culturelles, un phénomène politique que l’on peut comparer à un grand séisme: une secousse profonde et unique se répercute en de multiples points, cause des dégâts qui ne sont pas les mêmes partout mais qui se rattachent tous à la même rupture.Le communisme moderne «s’est érigé partout en dictature sanglante puis en régime criminel», écrit Stéphane Courtois.«[.] Le crime a été perçu et pratiqué par le pouvoir communiste comme une mesure banale, normale, ordinaire, et ce, pendant des décennies.» Dans chaque histoire nationale du communisme, le Livre noir le fait bien voir, la dictatu- JVé 1.G ’'c-nOtO' * >¦ •.B,'" 00C MPHMT3PHUH AHCTOKIOOO rfl3ETB PA3ET1 La révolution de 1905 a atteint son point culminant en décembre dans les rues de Moscou où les troupes du gouvernement ont stoppé la tentative des révolutionnaires de s’emparer du pouvoir.Cette travailleuse qui brandit un drapeau sur lequel il est inscrit «Liberté» est entourée par un mur de baïonnettes.re l’emporte sur la démocratie, la terreur sur l’humanité.Ce que ce livre ajoute encore à notre compréhension du phénomène, ce sont les multiples informations mises au jour depuis l’effondrement du communisme européen.Il n’y a pas de nouveau dans ce Livre noir pour ceux qui ont lu tout ce qui a paru sur les sociétés communistes depuis le début de la décennie, c’est-à-dire quelques spécialistes.Pour la masse des autres, les synthèses de cet ouvrage livrent une histoire appuyée sur des documents qu’on ne possédait pas il y a quelques années.L’ouverture des archives soviétiques et de celles des pays d’Europe centrale permet aux historiens de préciser de nombreux points d’histoire.Iras 250 pages que Nicolas Werth consacre au communisme russe sont riches de précisions puisées dans les documents mêmes des organes d’information et de police.On y voit Lénine tout autant que Staline prendre eux-mêmes en main les opérations de répression contre les grèves ouvrières ou les paysans en révolte.Staline dresse des listes de gens à liquider, Lénine envoie ses télégrammes aux quatre coins du pays pour réclamer des répressions sanglantes.La folie de Lénine Un point ressort de ce livre avec plus d’évidence qu’on ne pouvait le croire: la culture de violence du communisme, sous toutes les latitudes, émerge de l’action et des conceptions de Lénine dès la naissance du régime bolchévique.Non seulement hérite-t-il d’une tradition russe de cruauté du pouvoir mais il s'empare de l’Etat sans vraie base populaire dans un pays que la Grande Guerre a mis en pagaille.Très tôt, il imposera la dictature bolchévique, au nom d’un mythique prolétariat, contre la volonté d’ouvriers de plus en plus turbulents et de paysans trompés par une promesse de redistribution des terres.Dès là première année de la Révolution, les opposants politiques sont persécutés avant d’être exilés ou liquidés.Ira plus dure de ses guerres, le régime communiste devra la mener contre la paysannerie.Werth dresse un tableau saisissant de la lutte incessante entre le pouvoir et la paysannerie.Le paysan russe ne cesse de réclamer l'autonomie locale, la possession de la terre et la liberté du commerce.Ira régime communiste lui impose ses directives, affame les campagnes avec ses prélèvements, collectivise l’économie.La révolte paysanne verra se dresser de véritables armées contre le pouvoir central.Ce sera une lutte cruelle qui se résoudra par deux famines.Celle de 1922, causée par les politiques de Lénine, qui fera cinq millions de morts, et celle, finale, des années 30, œuvre de Staline, qui fera mourir de faim six millions de personnes sur les terres les plus riches de l’empire.Rien ne permet plus de penser que Staline aurait perverti une œuvre politique bien lancée par un Lénine visionnaire.Ce dernier a mis en place la culture de guerre civile et de terreur dont Staline ne sera que l’héritier et l’amplificateur.Iras chefs bolchéviques «entretenaient une vision abstraite de la mort, du massacre, de la catastrophe humaine», écrit Stéphane Courtois en conclusion du Livre noir.Ce portrait convient aussi à Mao et à Pol Pot, deux des plus grands assassins du siècle.
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