Le devoir, 5 avril 1994, Cahier B
[" Agenda Culturel Page B6 Culture Page B8 Économie Page B2 Les Sports Page B5 ?mnmi I.K I) K V 0 I l< .I.K M A It l> I .r> A V It I I.I » » I \t\t\t \t\t\t Le son pour former l\u2019âme Cette pédagogue de réputation internationale a révolutionné la formation des pianistes de concert STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR La scène se passe dans la Chapelle historique du Bon-Pasteur, à Montréal, il y a une dizaine de jours.Tristan, qui prépare un doctorat en interprétation, répète un Nocturne de Chopin devant une cinquantaine de spécialistes, tous aussi bien formés que lui.Ixi pédagogue française Monique Deschaussées dirige la Master Class d\u2019une main juste et ferme: «On dirait que tu as un train à prendre, lui dit-elle, pour commenter sa dernière interprétation.Va moins vite, laisse-toi bercer.(.) Le doctorat t\u2019intellectualise, il est en train de t\u2019assécher émotivement Heureusement que tu en auras bientôt fini avec cette satanée thèse.» Tout est là La conception de la musique et de la pédagogie de Monique Deschaussées, maître de réputation internationale, tient dans ces quelques phrases.Pour elle, la musique aide à retrouver et à transmettre la vie dans son essence pure.«Cette vie qui est omniprésente dans une partition, depuis ses aspects les plus instinctifs jusqu\u2019à ses vibrations les plus impondérables», comme elle l\u2019a écrit.Mieux: pour elle la musique doit contribuer à «former de meilleurs êtres humains».Et c\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi la grande dame est une critique acide des concours internationaux et des enregistrements aseptisés.i Quand elle ne fait pas répéter des interprètes à Montréal, Tokyo ou Barcelone, Mme Deschaussées donne des cours dans son appartement de Paris.Et il y a foule aux portes: depuis une dizaine d\u2019années, des élèves de plus de 40 pays ont bénéficié de son savoir.Elle même a été formée par deux des plus grands maîtres du siècle, Alfred Cortot (1877-1962), et Edwin Fischer (1886-1960), envers qui elle se dit «éternellement reconnaissante».Elle retient du premier son immense culture et son exigence absolue.Cortot était un spécialiste de l\u2019école romantique.Fischer, lui, était le maître incontesté de la grande école classique allemande, Bach, Brahms, Beethoven.«On admirait Cortot, confie-t-elle, mais Fischer, lui, on l\u2019aimait» Après sa formation auprès de ces deux géants, Mo- nique Deschaussées a entreprit une carrière de concertiste.Elle a joué dans de nombreux pays, en récital et avec orchestre.Et puis un jour, dans la région de la Macédoine de l\u2019ex-Yougoslavie, elle a eu une seconde révélation.«Je jouais un concerto dans un festival et un professeur qui était là m\u2019a demandé de l\u2019aider parce que trop d\u2019élèves s\u2019étaient inscrits à sa Master Class.J\u2019ai accepté pour lui rendre service et, en donnant le cours, j\u2019ai senti des ailes me pousser.Je volais.Ça a été la révélation d\u2019une vocation.» La passion de l\u2019enseignement La pédagogie a été pour elle un moyen de faire la synthèse de tout ce qui l\u2019avait formé: sa rencontre avec des maîtres, son expérience de concertiste, ses études en psychologie et puis sa passion pour les méthodes de relaxation et la psychothérapie.Entre ses voyages à Montréal, Tokyo ou Barcelone, Mme Deschaussées donne des cours dans son appartement de Paris.15 Mme Deschaussées a travaillé pendant une quinzaine d\u2019années à perfectionner cet amalgame d\u2019influences.D\u2019abord dans le but de perfectionner la technique du jeu pianistique.Elle s\u2019est vite rendu compte que les musiciens ne savent pas ce qu\u2019ils font Les pianistes n\u2019ont aucune idée de la morphologie du jeu.Ils ne savent pas comment fonctionne une articulation, un coude ou une épaule, alors que le travail physique est une partie essentielle de leur création.«Chez moi, à Paris, c\u2019est l\u2019hôpital.Mes élèves arrivent avec des piqûres de cortisone dans le bras.J\u2019en ai même vu un avec un plâtre.Même si on est un génie, il faut respecter son corps.Je ne m\u2019occupe plus des pianistes, même s\u2019ils sont de très haut niveau, s\u2019ils n\u2019acceptent pas de revoir au complet leur préparation physique.» Depuis quelques années, elle ne donne que des cours privés et des Master Classes, comme celles qu\u2019elle offrait le mois dernier, au Québec.«Je le répète partout dans le monde: les moments les plus forts de ma vocation, je les vis au Québec.En Europe, on est assis sur des siècles de culture, comme un gros homme affalé dans un fauteuil pour fumer un cigare.Ici, je rencontre une ouverture d\u2019esprit incroyable, un goût pour le nouveau.Et, en plus, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on ne m\u2019aime pas que pour ce que je dis ou fait, mais aussi pour ce que je suis.» Elle a de très bons mots pour quelques québécois, notamment pour Louis Lortie («un grand bonhomme, jeune, qui va beaucoup donner») et Jean-François Latour («il va devenir un grand maître s\u2019il ne se gâche pas»).Et ici, elle n\u2019enseigne pas qu\u2019aux élèves: elle «recycle» aussi les professeurs des conservatoires et des écoles de musique.Pour elle, le tournant a été définitivement pris avec ses quatre livres sur la musique.«C\u2019est merveilleux.Ça fait un tri.Les gens les lisent et puis ils aiment ou ils n\u2019aiment pas.Mais ceux qui décident de venir vers moi, ils savent déjà ce qui les attend.» Son premier livre, L\u2019homme et le piano, est paru en 1981.Les autres ont suivi à bon rythme, un aux deux ans environ (Les 24 études de Chopin; La Musique et la vie; l\u2019Homme et le piano ).Elle a ensuite démissionné de tous ses postes officiels.«Je n\u2019ai plus aucun fil à la patte.Je fais ce que je veux.» Les marchands de saucisson Ce qui implique du même coup une sévère critique de la formation traditionnelle des musiciens et, surtout, cette phobie des concours.«Plus vous tapez vite et fort, plus vous êtes sûr de remporter le premier prix.Les jurés sont des brutes épaisses, pas des grands maîtres.Si vous saviez ce que j\u2019ai vu quand j\u2019étais moi-même juré.des petites enveloppes aux résultats planifiés.C\u2019est effrayant.» Mais ces concours sont devenus essentiels pour une carrière.«C\u2019est parce que les impresarios sont des marchands de saucisson qui ont besoin d\u2019un poulain bardé de prix pour faire la promotion des concerts, juge-t-elle.De mon temps, on valait ce qu\u2019on jouait» Cortot interdisait d\u2019ailleurs à ses élèves de participer à des concours.Fischer, lui, les comparait aux concours de beauté genre Miss France.«D disait que les dames distinguées ne se mettent pas en maillot pour faire mesurer leur poitrine et que les vrais artistes restent chez eux ou vont en salle.» La dame en a aussi contre les techniques d\u2019enregistrement actuelles qui aseptisent jusqu\u2019au silence.«Moi aussi j\u2019ai des disques compacts.Mais il faut se rappeler que les premiers du genre était tellement dévitalisés que les techniciens ont rajouté des vibrations de silence parce que le silence aussi vit Je suis contre tout ce qui tue la vie en musique.» Elle cite aussi l\u2019exemple du «repiquage», qui permet à des chanteuses de faire enregistrer des contre-ut par leurs copines, ou d\u2019insérer des centaines de reprises de mesures dans l\u2019enregistrement d\u2019une symphonie.«C\u2019est du mensonge et je suis contre, tout contre.Cette trahison fait croire aux jeunes musiciens que leurs idoles jouent parfaitement, ce qui est faux.» Mais pour elle, avec toutes ces techniques nouvelles, il s\u2019agit en même temps de perfectionner l\u2019artiste en tant qu\u2019homme, de travailler sur l\u2019âme.Deschaussées a développé un certain goût pour une sorte de mysticisme artistique, qu\u2019on assimilerait un peu vite à du «nouvel âgisme».Son maître Cortot y est peut-être pour quelque chose Son prochain livre portera d\u2019ailleurs sur cette idée essentielle que la musique et l\u2019éthique ne font qu\u2019un, que l\u2019art et la vie vont de pair, toujours, partout, depuis que le monde est monde.«Au fond, je pense comme les Grecs de l\u2019Antiquité, conclut-elle.La musique, l\u2019art, ont une dimension métaphysique essentielle.Ils aident à former le caractère, contribuent à former de meilleurs hommes.Et le monde en a besoin, désespérément.».PHOTOS JACQUES NADEAU Pour Monique Deschaussées, la musique aide à retrouver et à transmettre la vie dans son essence pure.Mieux: pour elle la musique doit contribuer à former de meilleurs êtres humains.L\u2019oreille absolue pour trouver sa voie Monique Deschaussées est avec l\u2019oreille absolue, dans les années trente.Ce don merveilleux donne par exemple la capacité de distinguer les tonalités justes, toujours, immanquablement, sans passer par la gamme.«A trois ans, dès que j\u2019entendais pn coq chanter, je disais s\u2019il s\u2019égosillait en fa dièse.» A quatre ans, tout ce qu\u2019elle entendait dans la rue se transformait en musique, soit sur le plan sonore, soit sur le plan rythmique.«Quand je prenais le train avec mes parents, je fredonnais des morceaux de Beethoven ou de Bach en suivant le rythme des passages des rails.» La maison des Deschaussées était aussi imprégnée de musique.«Toute petite, on m\u2019endormait avec du Mozart et même dans le ventre de ma mère j\u2019ai dû entendre beaucoup de musique.» Ses parents étaient extrêmement mélomanes.Sa mère jouait du piano, son père n\u2019avait qu\u2019une seule passion: le chant «Il avait une superbe voix de ténor et il n\u2019a cessé de prendre des leçons.» Papa Deschaussées connaissait «tous les opéras par cœur et n\u2019oubliait jamais un air après l\u2019avoir entendu une fois.» Maman Deschaussées s\u2019occupait des activités culturelles orléanaises.Cela a permis à la famille de recevoir les plus grands artistes et intellectuels français de l\u2019après-guerre.«Max Ernst, Sartre, Bataille.ils sont tous passés par la maison.Quand on a 15 ans, et qu\u2019on peut converser pendant des heures avec ces monstres sacrés, on en ressort transformée.» Monique Deschaussées a commencé à suivre des cours de musique à quatre ans.«On avait un piano à ;j la maison.Ma grand-mère en possédait un aussi.Je n\u2019ai peut-être pas vraiment choisi mon instrument., Mais si la réincarnation existe et si je dois à nouveau être musicienne dans une prochaine vie, je serais encore pianiste, c\u2019est évident.Je suis amoureuse de la musique et surtout du piano.Vous me mettriez au violon et je pleurerais des litres.J\u2019ai besoin d\u2019harmonie et de richesse sonore, des basses, des fonds sous-ma-rins de la musique.»\tj Ses dons et son initiation familiale lui ont rendu la tâche facile.«On m\u2019a dit que passer à travers le Traité d\u2019harmonie prenait deux ans, au bas mot J\u2019y suis arrivé en trois mois, sans forcer et encore, parce qu\u2019il fallait faire les devoirs.» Elle a ensuite obtenu le premier prix du conserva- ; toire et a donné son premier concert avec orchestre vers 14 ou 15 ans.Puis elle est «montée» à Paris, où -¦ elle a poursuivi sa formation avec les plus grands, ' maîtres de l\u2019époque: Alfred Cortot et Edwin Fischer.Monique Deschaussées ne s\u2019est jamais mariéè.«Tout ce que je fais c\u2019est par vocation, mais je n\u2019ai jamais senti la vocation du mariage.Pablo Casai m\u2019a dit un jour qu\u2019on entre en musique comme on entre ep religion.Hé bien voilà, j\u2019ai choisi.Quand je fais le bilan de ma vie, je n\u2019ai pas l\u2019impression d\u2019avoir travaillé.La musique, c\u2019est mon langage.» S.B.AfbV!fa\\Wfi!JM!rAe»*jy Cartographe Geoffrey J.Matthews tP\u2019Lneift ACTUEL ISBN-2-7608-4583-4 (112 p.) A1C B 2 I.K I) K V I) I h .I.K M A H l> I 5 A V K I I.I » I) 4 LE ECONOMIE Le dernier combat de Milton Friedman Sauver le capitalisme (i IJ Y SORMAN Rares sont les hommes ou les femmes de notre temps dont le nom est devenu un adjectif par la seule vertu de leur œuvre intellectuelle.Milton Friedman est de ceux-là.Tout ce qui dans l\u2019univers des idées désigne une conception intégrale \u2014 intégriste, accuseront ses ennemis \u2014 du marché libre, de l\u2019individualisme absolu, du capitalisme total, et de l\u2019antiétatisme, peut être qualifié de Friedmanien.Un Freidmanite sur la scène politico-culturelle des Etats-Unis, et ailleurs par mimétisme, désigne, en positif ou en négatif, la sentinelle intransigeante du capitalisme, comme seule capable d\u2019assurer à la fois la liberté et la prospérité contre l\u2019éternel adversaire: le socialisme.Milton Friedman, passé 80 ans, d\u2019une incroyable vitalité, n\u2019est pas devenu plus tolérant mais au contraire débusque le socialisme partout.Il a du socialisme, il est vrai, une conception extensjve, puisqu\u2019il désigne ainsi toute intervention de l\u2019Etat hors de ses deux domaines «naturels», tels que l\u2019autorise la doctrine depuis Adam Smith: garantir la défense nationale et la liberté du commerce.«On dit que le capitalisme a gagné, proteste Milton Friedman; en Europe de l\u2019Est peut-être.Mais aux Etats-Unis, ou en France, le socialisme progresse».Friedman fixe pour critère le pourcentage de la,richesse nationale qui transite par l\u2019Etat, 30% aux Etats-Unis, 40% en Fraqce; la France serait donc à moitié socialiste et les Etats-Unis au tiers.«Lorsque j\u2019étais au collège à New York, à la fin, des années vingt, se souvient Milton Friedman, l\u2019État ne gérait que 3% de nos ressources: nous étions plus pauvres mais nous étions plus heureux».Diable! Y aurait-il quelque relation démontrable entre l\u2019intervention de l\u2019État, le progrès et le bonheur?Milton Friedman n\u2019en doute pas.Telle est la raison profonde de sa passion pour le capitalisme et de sa haine contre l\u2019étatisme.«Avec Rose \u2014 son inséparable épouse et complice intellectuelle \u2014 nous venons d\u2019un monde où n\u2019existaient pas le téléphone et la voiture pour tous, où les antibiotiques étaient inconnus, la médecine balbutiante, réfrigérateur et machine à laver à l\u2019état de prototypes, l\u2019ordinateur impensable».Or tous ces acquis de la modernité qui ont objectivement amélioré notre existence, y compris celle des plus modestes, sont l\u2019œuvre des entrepreneurs capitalistes.Le capitalisme, seul, est à l\u2019origine de la création de ces objets, de leur diffusion populaire.C\u2019est le capitalisme aussi qui a suscité un cadre de vie plus plaisant, des conditions de travail plus agréables, des transports plus confortables, un environnement moins pollué.Le capitalisme, au vingtième siècle, aura été, seul, le moteur du progrès.Et l\u2019État, alors?Mais l\u2019État, qu\u2019a-t-il produit d\u2019équivalent?, En quoi a-t-il contribué au progrès?Qu\u2019est-ce que l\u2019État a fait que le capitalisme n\u2019aurait pu faire par lui-même?Milton Friedman, imbattable dialecticien, ne pose que des questions dpnt il détient la réponse.La réponse est: «rien».L\u2019État ne produit rien qui contribue au progrès, et pourtant son emprise sur la société n\u2019a cessé de croître, les efforts de sa bureaucratie pour réprimer l\u2019esprit d\u2019entreprise sont incessants.Milton Friedman se demande pourquoi malgré les progrès engendrés par le capitalisme, nous ne sommes pas plus heureux qu\u2019il y a 60 ans.Si les sociétés développées éprouvent des angoisses collectives qu\u2019elle?ignoraient lorsqu\u2019elles étaient pauvres, c\u2019est l\u2019État qui en est coupable.Excessif Friedman?Il me paraît plutôt posé, calé dans un fauteuil devant un feu de bois; derrière nous la baie superbe de San Francisco.Aucune ville au monde, en dit Milton Friedman, n\u2019est plus proche du paradis sur terre.Il justifie ainsi ses réticences à répondre au flot ininterrompu des invitations qui lui parviennent des quatre coins du monde.«Pourquoi quitterais-je le paradis?» demandât-il?Revenons au procès de l\u2019État, qui ferait coupable de nos angoisses.Dans le cas des États-Unis, que l\u2019Europe de l\u2019Ouest rejoint, Milton Friedman distingua quatre problèmes sociaux majeurs causés par l\u2019État.Tout d\u2019abord la violence criminelle, directement liée à la drogue ou plus exactement à la prohibition de la drogue.Si la drogue était légalisée, Friedman en conclut que les maffias et agressions reviendraient à leur étiage normal, de la même manière que la fin de la prohibition de l\u2019alcool, en 1934, avait ramené le .crime à ce qu\u2019il est dans toute société.C\u2019est dont l\u2019État qui en prohibant la drogue nourrit la violence à un degré jusque là inconnu dans les sociétés modernes.Deuxième maladie sociale causée par l\u2019État l\u2019apparition d\u2019une classe des pauvres, «l\u2019underclass».Cette nouvelle pauvreté qui tend à se reproduire d\u2019une génération à l\u2019autre, n\u2019existait pas quand l\u2019État ne «protégeait» pas les pauvres par le filet de l\u2019assistance sociale qui leur est devenu une prison; l\u2019État crée des pauvres et les enferme dans la pauvreté.Le chômage?Sans le salaire minimum légal, et les multiples taxes imposées aux employeurs, chacun trouverait un emploi et en particulier les jeunes sans qualification.Les ghettos, le délabrement urbain, inconnus dans l\u2019Amérique des années vingt?L\u2019État seul est coupable, répète Friedman; le contrôle des loyers dans les grandes villes dissuade les propriétaires d\u2019entretenir les immeubles et n\u2019incite pas les locataires qui ne payent rien à respecter un patrimoine en déshérence.Le malaise américain, les maladies sociales et urbaines qui hantent la conscience collective et interdisent de jouir pleinement du progrès n\u2019auraient donc qu\u2019une cause: l\u2019Etat, encore l\u2019État Auto-protection Faisons la part de l\u2019esprit de système, gommons de la démonstration quelques excès rhétoriques; il n\u2019en reste pas moins que les arguments de Milton Friedman paraissent rationnels.Mai?s\u2019ils sont rationnels comment comprendre que l\u2019État provoquerait délibérément des troubles qu\u2019il s\u2019emploie ensuite à réparer par des politiques sociales dont l\u2019expérience prouve l\u2019inefficacité?la réponse de Milton Friedman est que ,1\u2019État ne poursuit pas d\u2019autre but que l\u2019intérêt de l\u2019État lui-même, ou pour être plus précis, les gestionnaires de l'État ne poursuivent que leur critère propre.Non qu\u2019ils soient pervers, mauvais ou égoïstes mais parce que la logique de situation dans laquelle ils se trouvent dicte leur comportement.Par exemple on ne voit jamais, observe Milton Friedman, une administration disparaitre même apres que son objet a disparu.Ne voit-on jamais un gouvernement reconnaître qu\u2019une politique a ~ \u2022æ - Æ, gÆÊm .>\u2018****8 m % PHOTO ARCHIVES À 80 ans, l\u2019économiste Milton Friedman est devenu populiste car selon lui c\u2019est par le bas, désormais, qu\u2019il faut combattre le «socialisme».échoué?S\u2019il est évident qu\u2019elle a échoué \u2014 aide aux pauvres, lutte contre la drogue \u2014 les gouvernants en concluent que les moyens affectés à cette politique étaient insuffisants et par conséquent les accroissent.Les gouvernants, ajoute Milton Friedman, sont d\u2019autant plus enclins à poursuivre des politiques perverses, qu\u2019elles accroissent leur contrôle sur la société et qu\u2019eux-mêmes sont indemnes de leurs conséquences.Cela fait bien longtemps, estime Milton Friedman, que les sociétés occidentales ne vivent plus en démocratie parce que les gouvernants, classe politique et classe bureaucratique, poursuivent des objectifs indépendants de la volonté populaire.Une administration, quel que soit le parti au pouvoir, ne poursuit pas d\u2019autre ambition que d\u2019étendre son autorité et son budget.Si des référendums pouvaient être prganisés sur la plupart des grandes décisions de l\u2019État, on constaterait que dans la plupart des cas, l\u2019opinion publique trancherait en sens inverse de la classe politique.L\u2019élève Reagan Milton Friedman serait-il un populiste?Absolument oui.«J\u2019en suis arrivé à l\u2019âge de 80 ans, dit Milton Friedman, à la conclusion que le capitalisme ne pourra être sauvé et les «problèmes sociaux» résolqs qu\u2019en modifiant radicalement les institutions de l\u2019État.Nous devons faire en sorte que celui-ci repasse sous le contrôle populaire, que la classe politique redevienne le censeur et non pas le complice de la bureaucratie».Il ne suffit pas pour y parvenir d\u2019élire le bon candidat; ce sont les institutions elles-mêmes qui génèrent la dérive bureaucratique.Cette révolution antiétatique, Ronald Reagan l\u2019a tentée, dit Milton Friedman, qui fut son conseiller, mais la tyrannie de statu quo imposée par le Parlement l\u2019a frit échouer.Malgré l\u2019engagement idéologique sans faille de l\u2019élève Reagan dans l\u2019école Friedmanienne, après huit ans de présidence, le poids de l\u2019État dans la société américaine est resté inchangé.Le changement par la base C\u2019est donc par le bas, désormais, que Milton friedman repart en guerre contre le «socialisme».Dans cette bataille, les référendums d\u2019initiative populaire, dans les États américains où ils sont légaux, en particulier en Californie, constituent l\u2019arme essentielle.Depuis le début des années quatre-vingt-dix, des référendums d\u2019initiative populaire dont Milton Friedman est le gourou combattent la classe politique traditionnelle sur deux terrains: le «chèque éducation» et la limitation de la durée des mandats électoraux.Milton Friedman ne doute pas que cette révolte populiste finira par l\u2019emporter.Le chèque éducation ferait perdre aux bureaucraties publiques tout droit de regard pur l\u2019enseignement; chaque famille recevrait de l\u2019État un «coupon» valable pour un an de scolarité par enfant dans toute école publique ou privée librement choisie par les parents.Les écoles deviendraient alors des entreprises en concurrence, connaissant le succès ou la faillite: le rôle de l\u2019Etat, subsidiaire, ne serait plus que de garantir le respect de la règle du jeu.La limite des mandats électifs (six ans maximum pour les sénateurs comme pour les représentants, selon la plupart des référendums sur le sujet) ne pourra s\u2019imposer qu\u2019après le consentement de la Cour Suprême des Etats-Unis mais si la voix populaire s\u2019amplifie, on ne peut exclure un amendement qui lui donnerait force constitutionnelle.Milton Friedman en attend, avec quelque optimisme me semble-t-il, une modification profonde de recrutement et du comportement de la classe politique.Les jeunes ambitieux seraient moins tentés par une carrière politique à terme définitivement échu dans six ans; en revanche des hommes et des femmes au terme de leur vie active, seraient tentés de représenter le peuple et servir l\u2019intérêt général, avec une grande indépendance envers les lobbies et sans ambition particulière pour eux-même: un parlement des 2) oyu\\jnAin&> df a^aÂAAiày lill LE VAUDEVILLE R E S T O TRAITEUR IL dt oXcj du midi/ ci pxtxli'r de 5,95$ ^ «JaiLEe d RôTe du/ ô-oÀ/v a pxixivi/ de 9,95S 361, Bernard ouest, Montréal\tTél.: (514) 495-8258 W^JWW/ATJW^WWWWVWWWb
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