Le devoir, 8 octobre 1994, Cahier D
[" Littérature québécoise Page D2 Le Feuilleton Page D3 ?Nature et art contemporain Page D9 Expositions Page Dll t Jean Ethier-Blais L\u2019ange et le démon en chacun de nous HINDU,CHRÉTIENS Jean Êthier-Blais, Éditions Leméac, 102 pages.MARIE LAURIER LE DEVOIR Qu\u2019en termes délicats ces choses-là sont racontées! Pa^ étonnant puisque l\u2019auteur est Jean Ethier-Blais qui signe ici un petit roman de mœurs tout en demi-teintes, en clair-obscur, en une série de caméos qui finissent par faire un tout et à séduire cet «hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère» de Baudelaire.Justement, c\u2019est une atmosphère de mensonge, de dissimulation des vrais sentiment, d\u2019ambiguïté aussi qui règne dans Minuit Chrétiens.Une atmosphère que je qualifierais de «mauriacien-ne» avec un sens de l\u2019humour en plus perceptible dans une description un peu passéiste de bourgeois bien nantis d\u2019une petite ville de province vivant paisiblement leur réussite sociale, professionnelle et familiale.L\u2019un est médecin, l\u2019autre un homme d\u2019affaires, leurs femmes et leurs enfants sans histoire.Bref, tout le monde est heureux et gentil et la vie s\u2019écoule comme un long fleuve tranquille.Jusqu\u2019au moment où Denis, le fils du docteur Charbonneau, entre dans le décor et chamboule complètement cette vie idyllique.Au lieu de jouer au hockey, ce garçon de 12 ans allait plutôt rencontrer un monsieur, nul autre que le voisin du docteur! Ce dernier découvre le pot aux roses et c\u2019est la catastrophe.«Comment Lupin avait-il pu, lui-même père de trois fils, entraîner Denis dans ce traquenard?», se demande le toubib qui se définit pourtant comme «un guide, un \u201csherpa\u201d de l\u2019âme et du corps», sa clientèle n\u2019hésitant pas à lui faire les confidences les plus intimes.Le comportement de son fils le laisse pantois et il le fera savoir à Lupin sans autre forme de procès.Cependant rien ne sera plus pareil dans les relations des deux familles et l\u2019on apprend plus tard que la femme du docteur quittera sa vie monotone pour entreprendre des études d\u2019infirmière.Jean Ethier-Blais réussit ce tour de force de laisser le lecteur en plein mystère, le non-dit étant aussi palpable que les mots pour finalement ne rien dire du tout.«J\u2019ai voulu écrire un livre sur l\u2019existence du démon, nous dit-il en entrevue.Je m\u2019intéresse depuis déjà depuis quatre ou cinq ans sur Satan, le compagnon de chacun d\u2019entre nous.Minuit Chrétiens est une ébauche de la trilogie que je veux consacrer au démon qui est en chacun de nous, et cela se manifeste très jeune si bien que ce livre représente pour moi la responsabilité de l\u2019enfance.Car c\u2019est Denis qui domine Lupin, un être vulnérable qui se laisse prendre au jeu de la séduction.Toute la force de cette troublante certitude se trouve dans le regard de Denis rivé sur Lupin chantant Minuit, Chrétiens à la Messe de minuit» Il faut faire confiance au romancier dans cette interprétation de cette longue nouvelle transformée en roman et qui est écrit dans une langue classique que l\u2019on retrouve dans tous ses livres.Dans Minuit Chrétiens son style reflète encore davantage la maîtrise de cette langue française dont il se fera l\u2019ambassadeur ces prochains mois.VOIR PAGE D2: BLAIS V1 ?LE DEVOIR ?I.K l) E V O I It .I.K S S A M EDI 8 K T I) I M A N (\u2019 Il E »\t» (\u2019 T O » R E I !» !* I k cheminement fc LES CHOSES COMME ELLES ETAIENT Claude Morin, Boréal, 496 pages, 27,95 $.GILLES LESAGE LE DEVOIR A éditeur présente cette / autobiographie politique comme une chronique douce-amè-I\tre d\u2019une carrière pas J\tcomme les autres, qui _ -JÊ raconte «les choses comme elles étaient», replacées dans leur contexte et vues de l\u2019intérieur par un acteur privilégié.Il a raison.Celui que l\u2019on a surnommé le père de l\u2019étapisme (l\u2019expression n\u2019est pas de lui, dit-il), le sphinx de Louis-Hébert (ainsi que l\u2019a baptisé le confrère Normand Girard, du nom de son comté en banlieue de Québec), se livre énormément au fil de ces confidences qui, à l\u2019occasion, prennent l\u2019allure d\u2019une confession intime.Ce n\u2019est pas nouveau, dira-t-on.Claude Morin parle toujours énormément de lui dans ses livres précédents, surtout dans L\u2019art de l\u2019impossible (sur l\u2019émergence internationale du Québec, publié en 1987), Lendemanis piégés (sur les mésaventures constitutionnelles, publié en 1988) et Mes premiers ministres, en 1991, autour des cinq chefs de gouvernement québécois qu\u2019il a servis pendant une vingtaine d\u2019années.Toutefois, jamais autant que dans cet imposant ouvrage, fort attendu, M.Morin trace-t-il de lui-même un portrait à la fois fascinant, saisissant et troublant.Non en raison des révélations époustouflantes d\u2019un acteur qui a joué un rôle de premier plan sur la scène québécoise, mais surtout parce qu\u2019il relate en long et en large, avec une foule et un luxe de détails, des faits et anecdotes qui le révèlent tel qu\u2019en lui-même il est resté.Il explique et s\u2019explique abondamment, se justifie sans vergogne, admet bien ici et là quelques erreurs de parcours, mais si minimes qu\u2019au total, l\u2019ensemble est éminemment complaisant.\u2022 Plaidoyer pro domo, donc, comme le veut la loi du genre.Il est assez rare que quelqu\u2019un se raconte pour se donner le mauvais rôle, s\u2019accuser de fautes plus ou moins graves, se flageller et se crucifier sur la place publique.M.Morin ne déroge pas à la règle séculaire.Mais il s\u2019expose de manière si fine et raffinée, avec brio et dans une langue si élégante, que le plaisir de le lire est vif et soutenu.Il ne faut pas bouder cette chance, très rare chez nous, où les détenteurs de pouvoir sont si réticents à faire connaître l\u2019arrière-plan de leurs décisions, à nous faire partager ce qui les passionne et les fait courir.Cette somme se lit d\u2019autant plus facilement que l\u2019auteur se met en scène d\u2019une manière chronologique.De sa naissance en 1929 à Montmorency, près de Québec, jusqu\u2019aux troublantes révélations de mai 1992 sur les accointances de l\u2019ancien ministre péquiste avec des agents secrets de la GRC, M.Morin dévoile une personnalité beaucoup plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît à prime abord.Cette méthode a l\u2019avantage de le suivre à la trace, en quelque sorte, depuis son enfance heureuse jusqu\u2019à ses étranges péripéties d\u2019informateur de Claude Morin Tpn IXo choses comme , elles étaient l'ne jitiobù'0xtphtg politique Boréal la «police montée».On mesure ainsi à quel point la curiosité insatiable du jeune garçon, sa boulimie de lectures diverses et de connaissance des us et coutumes à travers le monde se sont manifestées tout au long de sa carrière qui, à plusieurs égards, l\u2019apparentent à un franc-tireur.En revanche, l\u2019approche chronologique comporte un énorme désavantage, celui de disperser et de perdre de vue un filon intéressant qui laisse entrevoir des développements palpitants.Le plus excitant, évidemment, c\u2019est celui de ses relations suspectes avec la GRC qui, du ciné-club de l\u2019Université Laval aux échanges rémunérés des années 1970, en passant par la mission à lui confiée par Jean Lesage et la paranoïa fédérale des années 1960, a incité M.Morin à jouer littéralement avec le feu.Au point de s\u2019y brûler, de façon irrémédiable.L\u2019auteur fait des efforts inouis pour nous replacer dans le contexte de cette aventure risquée, pour la justifier et se disculper.Même après près de 20 ans, il reste convaincu qu\u2019il a agi pour le mieux dans le meilleur des mondes tel qu\u2019il était, et non comme nous voudrions aujourd\u2019hui qu\u2019il ait été.Tout au plus admet-il, dans l\u2019histoire des rencontres secrètes que la télé de Radio-Canada a fait éclater comme une bombe en mai 1992, quelques erreurs déplorables: de ne pas avoir confié au notaire, avec son document explicatif, les «dédommagements» financiers de la GRC; d\u2019avoir informé Loraine Lagacé en octobre 1981; et, finalement, de ne pas avoir lui-même éventé la mèche fumante comme il se le proposait en 1987.Sans remettre en cause la sincérité de M.Morin et sa loyauté envers René Lévesque, qui lui a d\u2019ailleurs conservé son amitié jusqu\u2019à sa mort, VOIR PAGE D2: MORIN LIBERTE 215 OCTOBRE 1994\t6$ POUR L\u2019ÉCOLE En vente chez votre libraire À UN MOMENT OÙ TOUS LES REGARDS SONT TOURNÉS VERS ELLE, DOUZE ÉCRIVAINS FONT PARTAGER LEUR VISION DE L\u2019ÉCOLE, CE QU\u2019ELLE FUT, CE QU\u2019ELLE EST, CE QU\u2019ELLE DEVRAIT ÊTRE.POUR L\u2019ÉCOLE, CONTRE LA BÊTISE, L\u2019IGNORANCE, LA MÉDIOCRITÉ: POUR LA VIE.i ï I.K I) K V 0 I It , I.K I II il I Il (' ! Il II II K i) i m .\\ x i h t: A M K I) I 1 V R E S MORIN Parler sans rien dire?SUITE DE LA PAGE 1)1 force est de constater que, sous une modestie apparente, sa vanité, son orgueil, sa présomption, ou un mélange des trois ingrédients dangereux, lui a fait commettre une grave erreur, A répétition au surplus.Sous prétexte de prévenir des coups, d\u2019éviter des désagréments à des innocents, c\u2019est lui qui s\u2019est jeté dangereusement dans la gueule du loup.Contre de l\u2019argent, en plus.Si, au moins, il admettait qu\u2019il s\u2019est trompé.Faute avouée est à moitié pardonnée, comme le prescrivait le catéchisme que les plus de 40 ans ont appris par cœur (dans une atmosphère que M.Morin décrit admirablement).Mais non, il persiste et signe, ignorant malheureusement le GBS (gros bon sens) qui lui sert habituellement de boussole.Parler sans rien dire?Sa prudence et ses astucieuses techniques laissent malgré tout un arrière-goût amer, un terrible point d\u2019interrogation: Pourquoi lui, toujours lui?C\u2019est d\u2019autant plus déplorable que cette pénible affaire recouvre d\u2019une ombre malencontreuse, quoi qu\u2019il dise et quoi qu\u2019il fasse pour la chasser, une carrière remarquable au service du Québec et marquée de mémorables faits d\u2019armes.Sans s\u2019attribuer des mérites qui ne sont pas les siens, M.Morin se donne souvent un rôle central.Trop, parfois.Ce dont on ne saurait le blâmer, tant il est vrai qu\u2019il a été pendant plus de 20 ans une pièce majeure de l\u2019échiquier québécois.Il a su, dans ses deux premiers livres de 1972 et 1973 sur le pouvoir et le combat québécois, faire partager son expérience irremplaçable de conseiller et de haut fonctionnaire de la Révolution tranquille, et en tirer les conclusions qui s\u2019imposaient.Il:a aussi réussi, avec la connivence et la complicité de M.Lévesque, à faire adopter par le PQ une stratégie victorieuse qui a permis au Québec de faire des pas de géant, en dépit de ou malgré l\u2019humiliante défaite référendaire de mai 1980.Avec lui, n\u2019est-on pas forcé de reconnaître que la troisième période ne saurait être entreprise avant la deuxième, et que tout premier mandat référendaire, quel qu\u2019en soit le libellé, ne peut être qu\u2019un mandat de négocier?Toute autre démarche pourrait avoir cette fois des conséquences autrement plus dramatiques qu\u2019il y a 15 ans, d\u2019où la responsabilité énorme du nouveau gouvernement, rappelle le vieux compagnon de route du premier ministre Parizeau.Que le Québec ne se tire pas une autre fois dans le pied, plaide-t-il avec sa longue et précieuse expérience, prenant soin de détricoter comme il se doit ce qui a été tricoté serré au fil de deux siècles.Avec tendresse quand il s\u2019agit de sa famille et de ses jeunes années d\u2019aîné de sept frères et sœurs; avec humour quand il veut mieux faire passer des incidents délicats; avec ironie ici et là, aussi bien à son sujet que pour quelques victimes choisies, M.Morin se sert habilement de toutes les subtilités de notre langue si belle pour raconter les choses comme elles étaient, il y a 50 ou 30 ans.Non pas seulement les événements tels qu\u2019ils ont été, ou tels qu\u2019on en juge avec la lorgnette de 1994.La nuance n\u2019est pas anodine, surtout que ce produit classique d\u2019un cours de même grande cuvée ose encore, à l\u2019occasion, user du plus-que-parfait du subjonctif.Ce qui est loin d\u2019ètre désagréable pour les aînés portés parfois à une certaine nostalgie.Dans un style vif et alerte, avec des chapitres courts aux titres évocateurs et aux sous-titres accrocheurs, M.Morin soutient l\u2019intérêt d\u2019un bout à l\u2019autre de ces 500 pages.Sans cynisme.Y compris dans son esquisse finale de la condition politicienne, qui annonce des développements intéressants, notamment sur la presse, écorchée au passage.Après tout, il a bien le droit de se défendre.Mais s\u2019il a été trop durement et injustement traité comme il l\u2019écrit dans l\u2019affaire de la (îRC en mai 1992, M.Morin ne porte-t-il pas à son tour un jugement sommaire et sévère qui mériterait d\u2019être étayé?Il faut par ailleurs déplorer que, contrairement à sa louable habitude, Boréal n\u2019ait pas jugé bon de compléter un ouvrage de cette ampleur avec les index thématiques et onomastiques qui s\u2019imposent et facilitent le repérage et la consultation.De même, il y a quelques erreurs et impropriétés incongrues, ainsi que des néologismes peu acceptables, à mon avis, dans une brique de facture aussi agréablement classique.Ne se reconnaissant ni gourou ni disciple, Ce «Machiavel du terroir» (René Lévesque dixit), ce «Talleyrand des pauvres» (selon son ami Yves Michaud), fait preuve d\u2019une grande franchise en confiant qu\u2019on ne peut faire de la politique sans mentir.«Il suffit d\u2019imaginer un instant combien brève serait la carrière de l\u2019élu quii observerait la vertu de transparence au point de constamment dire toute la vérité et rien que la vérité! Qu\u2019on le veuille ou non, la politique, comme la politesse, s\u2019édifie sur des fondations dissimulées.D\u2019ailleurs, dans les moments de crises graves ou au cours de négociations ardues, il peut être du devoir du politicien de mentir.«Lie or die!» pourrait-on dire à l\u2019intention des politiciens, comme on dit «Publish or perish!» aux professeurs d\u2019université.» Hélas.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La prêtre, entre la prière et la folie JACQUES A I.L A H I) ?FIÈVRES BUNCHES Novella, André Brochu, XYZ, 149 pages Le dernier numéro de lettres québécoises met en vedette l\u2019œuvre d\u2019André Brochu.En cette rentrée qui s\u2019annonce comme l\u2019une des plus riches des dernières années, l\u2019occasion est bien choisie puisque l\u2019auteur, couronné pour La croix du Nord (Prix du gouverneur général 1991) et Im vie aux trousses (Prix du Journal de Montréal 1993), publie du coup trois autres ouvrages.Ce sont: Delà (L\u2019Hexagone), son cinquième recueil de poésie, Tableau de poème (XYZ), son sixième essai et Fièvres blanches (XYZ), son sixième ouvrage de fiction.Quel travail assidu depuis cinq ou six ans! Il s\u2019en explique un peu dans l\u2019autoportrait du dossier de la revue en déplaçant le jour de sa naissance du 3 mars 1942 au 3 mars 1988, alors qu\u2019après «46 ans de vague à l\u2019âme» il écrit le poème inaugural du recueil (Les matins nus, le vent, Trois, 1989) qui marquait son retour à la poésie, sa vraie naissance à l\u2019écriture.Il avait «perdu sa vie à vouloir écrire» et voilà que les mots surgissaient, enfin apprivoisés.Sont-ils encore ici nombreux les écrivains de la patience et de la maturation?A moins que l\u2019on ne se livre à la critique pour ne pas écrire autre chose?Il y a ensuite, dans ses propos où, comme toujours chez lui, l\u2019humour combat l\u2019émotion, une poétique en raccourci: «Mon style, beau ou sot, comme on voudra, neutralise ce qu\u2019il peut, ce qu\u2019il doit y avoir de cru dans mes textes.De plaie vive, impossible.» Cette mise en avant du cru (du nu, du saugrenu) à bien cuire dans le jeu des formes aussi bien verbales que narratives, comme on l\u2019aimait tant chez les naturalistes, s\u2019illustre magnifiquement dans ces Fièvres blanches.L\u2019histoire est celle d\u2019Adrien, un curé de 53 ans que la folie vient trouver, en 1980, dans sa petite ville ouvrière et son église désertée par la jeunesse.Folie du désir qui |>as-sera par un beau jeune homme avant que de le conduire vers la femme et l\u2019hospice des fous.Ce prêtre indigne parce que fou de désirs trop humains n\u2019est-il pas un des ix-rsonnages de notre époque où le sacré fait souvent retour dans un discours du sacrilège et du blasphème?Il ne cesse en tout cas, de Terre-Neuve au Grand Nord, d\u2019alimenter la chronique du fait divers depuis une bonne dizaine d\u2019années, tout en étant, toutefois peu présent dans notre imaginaire romanesque, ancien et actuel Même le méchant Charles Chiniguy (1809-1899), le fameux prêcheur de la tempérance (viré protestant à cause de femmes rencontrées au confessionnal), n\u2019a pu s\u2019y retrouver.Ce n\u2019était évidemment guère possible avant 1960.Rodolphe Girard l\u2019avait appris avec la mise à l\u2019index de sa Marie Calumet (1904).Et il faudra attendre Roger Leme-lin (Fierre le magnifique, 1952) et surtout André I .angevin et son incontournable Temps des hommes (1956) pour que certaines facettes de l\u2019homme de Dieu, le péché contre la chasteté ou l\u2019esprit, puissent être mises en texte.C\u2019est dire l\u2019intérêt de la nouvelle bien consistante d\u2019André Brochu où le prêtre prend la plume pour tenir le journal sans date de son délire.Il aurait pu être poète, dit-il, ce que l\u2019on croit volontiers par la jouissance assez critique qu\u2019il a des mots et du genre diarique.La première partie de ses écrits présente tout le contexte immédiat et passé de sa passion pour le jeune musicien Serge Lemire.La deuxième montrera la réalisation de ses fantasmes jusqu\u2019à l\u2019épisode final où, selon la loi de la chute propre à la nouvelle, la mort est au programme: celle de ses amours, son enfant-dieu, le beau Serge, puis son Héloïse (son organiste), celle aussi du confrère pervers, condamné pour agressions sur de petites filles.La sienne même, pour cet espèce d\u2019Abélard violé dans son enfance par un évêque.Si, comme on le devine, la charge est lourde et l\u2019histoire assez dérangeante, le récit sourit, rêve et coule habilement vers son delta où se confrontent la prière et la folie, la jouissance et la condamnation, le malade et l\u2019aumônier.Adrien est une autre figure du monstre contemporain.Et André Brochu un de nos meilleurs écrivains.BLAIS Transmettre l\u2019amour de la langue SUITE DE LA PAGE DI «Pendant les mois qui précéderont le référendum et compte tenu de l\u2019indépendance du Québec que je crois inéluctable, je veux consacrer du temps à convaincre mes compatriotes de l\u2019importance de la langue.Je leur dois cela moi qui ai fait carrière avec cet outil essentiel et formidable.» Il faut lire Minuit Chrétiens pour r.éaliser l\u2019immense culture de Jean Ethier-Blais, la subtilité de la description de ses personnages, l\u2019humour caustique ou riant des conversations entre le narrateur et sa sœur, deux célibataires endurcis qui se donnent des nouvelles au téléphone sans jamais se dire vraiment ce qui les pré- occupe, laissant soupçonner ou deviner la profondeur de leur intérêt pour les êtres et les choses.Le narrateur est en quelque sorte le maître d\u2019œuvre du roman qu\u2019il raconte comme étant en fait une diversion, un prétexte pour mener à bien son travail d\u2019historien, de poète et d\u2019esthète qui regrette de ne pas parler chinois et qui rêve d\u2019aller travailler son V un tout nouveau roman tendre et cruel Le héros de Moi, les parapluies.ne cherchait pas à l\u2019être.Et pourtant ! Le romancier fait porter à Normand «Ti Cul» Bazinet l\u2019odieux d\u2019un crime horrible: à l\u2019âge de dix ans, au début des années soixante, on l\u2019accuse d\u2019avoir assassiné sa grand-mère à coups de parapluie.MIEUX QU\u2019UN POLICIER Cet événement est le point de départ d\u2019une histoire aux rebondissements nombreux qui s\u2019échelonnent sur trente années de la vie du héros ainsi que celle de sa famille.Une histoire qui se déroule aussi au fil de 269 pages captivantes où François Barcelo manipule avec art l\u2019humour, le suspense, la cruauté et la tendresse, pour le plus grand plaisir des lecteurs.Moi.les parapluies.de François Barcelo Éditions Libre Expression 269 pages, 19,95 $ Éditions Libre Expression 2016, rue Saint-Hubert Montréal H2L 3Z5 Veuillot seul à Paris.Sans avoir personnellement tout à fait perçu l\u2019aspect «démoniaque» ou «angélique», ou encore l\u2019esprit du Mal que prête l\u2019auteur de Minuit Chrétiens au jeune Denis dans des considérations savantes, j\u2019ai retrouvé plutôt le délicieux souvenir du musicien de Mort à Venise que l\u2019on croit être Gustav Mahler envoûté par le jeune et superbe Tad-zio (souvenez-vous du film tiré de ce roman de Thomas Mann).Le temps d\u2019une centaine d,e pages délicieusement écrites, Ethier-Blais m\u2019a procuré ce même envoûtement.En attendant d\u2019autres de ses ouvrages déjà sur le métier, notamment un répertoire chronologique de ses articles parus dans Le Devoir dont il fut le critique littéraire pendant près de trente ans.Ces textes, ceux qu\u2019il a signés sur Hubert Aquin entre autres écrivains, seront assortis de ses réflexions d\u2019homme de lettres engagé et le livre s\u2019intitulera Le Miroir critique.362 jours par »\"nee_ LIBRAIRIE HERMÈS 1120, ave.laurier ouest outremont, montréal tél.:274-3669 télec.: 274-3660 Une synthèse subjective des travaux et des idées touchant l\u2019homme contemporain, son questionnement et son identité Essais LES PETITS BONHEURS Chroniques municipales HISTOIRE D\u2019UNE VILLE M.E.Saltykow-Chtchédrine.Collection «Folio», 301 p.GILLES ARCHAMBAULT Imaginons, en cette période d\u2019élections municipales montréalaises, le scandale que provoquerait la publication d\u2019une histoire de notre ville écrite à la façon de Saltykow-Chtchédrine.Il faut dire tout de suite que le courage de notre auteur ne franchissait pas toutes les limites de la témérité et que le portrait vitriolique qu\u2019il fit de ses contemporains ne lui interdirait par une prudence certaine.Parus en 1869 et 1870 dans différentes livraisons d\u2019une revue mensuelle, cette chronique d\u2019une petite ville imaginaire de la province russe tient avant tout de la satire sociale.Le nom même de la localité, Gloupov, ne fait pas de mystère des intentions de fauteur.Gloupov signifie «ville des sots».A lire la relation qui est faite de l\u2019histoire de la Mlle par les différents archivistes, on ne doute pas un seul instant de leur stupidité.Qu\u2019ont fait les habitants de ce coin reculé sinon obéir aux tyrans les plus innommables?Sans se poser trop de questions, ils ont assisté aux destructions les plus immondes, ils ont nourri les instincts les plus abjects de leurs gouvernants.On ne manque pas au reste de reprocher à l\u2019auteur son cynisme.Si les dirigeants sont d\u2019une cruauté à nulle autre pareille, le peuple est décrit dans des termes aussi dénués de tendresse qu\u2019il est imaginable.La populace est abjecte, encline à se plier aux pires diktats.Les gloupiens cultiveront la moutarde si on l\u2019enjoint de s\u2019y mettre pour oublier l\u2019instant d\u2019après cette occupation rentable.Ils seront tour à tour paillards et lascifs après avoir été travailleurs et économes.Ils assisteront au pillage de leur ville, à sa destruction et accepteront aussitôt de la reconstruire dans un lieu qu\u2019aura choisi pour eux un tyran.Le dernier des gouverneurs de la ville, Ougrium-Bourtchéief, préfigure en quelque sorte le stalinisme.Il asservit la population de Gloupov de la pire façon, la châtie.«Exténués, bafoués, anéantis, les Gloupoviens se prirent à respirer.C\u2019était la première fois depuis longtemps.Avaient-ils eu une histoire?Avaient-, ils au cours de cette histoire, fait preuve de quelque initiative?Ils ne s\u2019en souvenaient pas.» Salitykov-Chtchédrine se défendait d\u2019avoir décrit un pamphlet politique.Inspiré par les théories socialistes de la révolution de Juillet, il voyait dans les idées libertaires une éventuelle possibilité de secouer l\u2019apathie de son peuple.En cela, il s\u2019opposait à Dostoïevski, son contemporain.L\u2019Histoire d\u2019une ville ne se lit pas toujours sans peine.Ce parcours de la légende est parfois itératif.On n\u2019imagine pas sans difficulté un peuple si bête et des gouverneurs si cruels.C\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un récit caricatural qui ne dépayserait pas un lecteur de Swift, par exemple.Il arrive souvent que Saltykov-Chtchédri-ne accumule les erreurs historiques, les anachronismes à seule fin d\u2019amuser les lecteurs de feuilletons littéraires qui formaient son public.Si on poursuit la lecture, c\u2019est que la succession des personnages ubuesques attise notre intérêt.On rit souvent, mais d\u2019un rire gênant.Sachant qu\u2019à plusieurs moments de sa vie probablement on a été manipulé par quelque gouverneur aux prises avec des lubies dangereuses ou non.Cette constatation, bien sûr, nous amène loin de l\u2019évocation d\u2019édiles qui ne crurent pas tous à l\u2019édification de stades olympiques ou non.Robert Blondin Robert Blondin LE GUERRIER DÉSARMÉ Ver» une nouvelle masculinité Je Guy Conte* Boréal L\u2019«hommanité», ce monde créé par et pour les hommes, dérive.Il se cherche.Il doit changer de cap.Le temps est enfin venu qu\u2019il cède sa place à l\u2019« humanité».258 pages - 22,95 $ B O R É A L i à i à i MYSTERIEUSE FASCINANTE 'ér*m Claude Morin comme étaient Une autobiographie politique msm rer Lili Gulliver Çomrçicn.t L v'amùsa Ui.séduire f l'autre LES EDITIONS DE L\u2019HOMME le samedi 8 oct.de 14h00 à 15H30 pour la partition de son tout nouveau livre Comment s'amuser à séduire l'autre PRIXEfl VIGUEUR JUSQU'AU 12 OCT.94 4380 ST-DENIS; MONTRÉAL TEL: 844-2587\t@) MEROYAt Venez À4 \t1\tf Y P\tq\tx\\f Afe.\t\t \t\u2014\t\tI\t\\ h l\t0\t\t L E F E 11 I I, I.E T 0 N Enfers d\u2019enfance ROBERT L É V E S Q II E ?U FUIE DU GOBERNATOR Faute Constant Gallimard, 192 pages LE JARDIN CLOS Régine Detambel Gallimard, 156 pages Je me crois en enfer, donc j\u2019y suis», écrivait l\u2019adolescent Arthur Rimbaud dans Une Saison en enfer, Julien Green, lui, évoquant sa jeunesse, notait: «L\u2019enfer ne se situe pas en un endroit précis, il est en nous.» On peut le créer, l\u2019habiter ou le promener avec soi, son enfer, le transporter comme un bagage tout en y étant enfermé à clef.Etre le gardien de sa geôle, comme disait Yves Navarre.L\u2019enfer ce n\u2019est pas les autres, cher Sartre, et il n\u2019y aura pas de bronze de Barbedienne sur la cheminée ni de majordome dans un antichambre d\u2019hôtel, parce que l\u2019enfer c\u2019est soi, c\u2019est chez soi, où le gril est allumé dans la nuit.Les enfants ne savent pas qu\u2019ils sont poètes \u2014 heureusement \u2014 et ils se créent tôt des enfers terribles, ce sont des rapts de contes de fées qu\u2019ils pervertissent, retournent à l\u2019envers et contre eux \u2014 ils y sont naturellement les méchants \u2014 et leurs cauchemars les plus éveillés les surprennent dans le délire (ou le délice) autopunitif, comme s\u2019ils auditionnaient déjà pour des rôles d\u2019adultes.La vraie punition c\u2019est la nôtre, n\u2019est-ce-pas?Ils le savent, les enfants.Celle infligée par l\u2019adulte est.forçément injuste.Un enfant n\u2019est-il pas son meilleur diable?Toute une littérature \u2014 de Mallarmé à Réjean Ducharme \u2014 ne nous dit rien d\u2019autre: la vie est triste hélas et je me fais mal, et ce sera bien comme ça.Je suis le seul à savoir que je mérite tant d\u2019ignominie.Dans un roman singulier, à l\u2019écriture malicieuse et stupéfiante, Paule Constant vient à son tour témoigner de ces enfers d\u2019enfance.Dans La Fille du Gobemator elle vous plonge Cette chronique douce-amère d\u2019une carrière politique pas comme les autres raconte «les choses comme ellès étaient», replacées dans leur contexte et vues de l\u2019intérieur par un acteur privilégié.Très personnel, intimiste parfois, plein d\u2019anecdotes, le livre relate la jeunesse et l\u2019évolution de l\u2019auteur, sa rencontre accidentelle avec la politique, l\u2019impression s que lui fit le Parti québécois au début des années 70.Claude Morin y décrit aussi son expérience comme sous-ministre, candidat, député et ministre, parle d\u2019une étonnante démarche des services secrets canadiens, analyse le NON référendaire de 1980, en tire ses conclusions et évoque l\u2019avenir.Il fait la lumière sur des événements mal connus, met fin à quelques légendes, explique des décisions difficiles qu\u2019il a dû prendre.Dans ce témoignage irremplaçable sur le pouvoir au quotidien, Claude Morin révèle, avec humour souvent, mais toujours avec une franchise rare chez les exmembres du «club», ce qu\u2019il pense des partis, de la politique et de ceux qui la pratiquent.Jamais.au Québec, un livre n\u2019avait peint avec une telle abondance de détails et dans des couleurs aussi vives la «condition politicienne».Dans toutes les librairies dès mardi ! 496 pages - 27,95 S Il dit de lui: «je suis un bateau qui se construit dans une bouteille».Roman étrange et fort, pari réussi d\u2019une histoire de réclusion et de punition, d\u2019une descente aux Enfers où les grils des démons flambeurs sont les nuits de glace, les assauts des Loups, les festins de déchets, la violence de la solitude et la peur de tout.Il retrouve une enfance nouvelle et primitive dans laquelle il se réfugie, avec l\u2019odeur des fleurs de cerisiers, l\u2019amitié des chiens errants qui reviennent, la douceur de ce garçon qui l\u2019encule et l\u2019embrasse sur la nuque croûtée, la comédie de ce chat qui vient pisser sur la cendre de ses bivouacs solitaires, avec cette sensation profonde de s\u2019appuyer sur tous les murs du jardin clos.Il passe rarement entre nos mains des romans de la qualité de celui de Régine Detambel.Ce sont des livres où le premier charme est d\u2019être si invraisemblables que l\u2019on entre avec eux en région de poésie.Ainsi de celui-ci, aux apparences brutales, et dans lequel se love un chant d\u2019amour désespéré, ht |x*lite amie jadis violée revient un jour dans ce jardin, avec un camarade.U* prisonnier du parc en est si bouleversé, comme en un jour de condamnation, qu\u2019à grimpe au toit d\u2019une maison en bordure, d\u2019où il regardera l\u2019intruse jadis aimée, aujourd\u2019hui irréelle et étrangère, d\u2019où il regardera aussi |x>ur la première fois le jardin tout entier, son monde, et sa famille faite d\u2019écureuils et de vagabonds, du garçon caressant et de la pute gentille, les trois Reluisantes que sont les vierges de la fontaine les jours de pluie, le gardien qui ferme l\u2019œil en fermant les grilles.Comme un Grand Meaulne de square le garçon rêve à des infinis de mousse et de lichen, il prend racine dans le territoire du crime, il pleure aux lunes à quatre rues de chez ses parents.Ce roman de Régine Detambel est l\u2019un des plus beaux de la rentrée.Comme celui de Paule Constant \u2014 qui est moins marquant \u2014 il nous propose de croire aux enfers, donc d\u2019y être.Comme dans le temps de Rimbaud.L\u2019Enfant dragon de Paul Ohl \u2014\tavec une gamine de sept ans comme guide \u2014 dans un Tartare tropical où grouille une faune d\u2019hommes mis au rancart du monde civilisé.C\u2019est le bagne de Cayenne dans les années d\u2019après la Grande Guerre.Dans la Guyane française.Ce sont des bagnards, voleurs, criminels, assassins, des êtres brisés, des exilés (Dreyfus y est passé en 1894), et certains y doublent une perpétuité.Un nouveau gouverneur y débarque avec sa femme \u2014 une infirmière de vocation \u2014\tet leur petite fille.C\u2019est un héros de la 14-18, et à Cayenne on l\u2019appelle déjà dans les cachots «le boucher d\u2019Ypres»; il a la gueule balafrée par une baïonnette et le cœur insensible, c\u2019est un homme qui déteste le monde entier et cherche son salut dans la terreur.Un Kurtz échappé d\u2019Au cœur des ténèbres, le roman de Joseph Conrad.Plus que la haine, il avait la rectification dans le regard, écrit le narrateur qui tout au long du roman jette le regard le plus froid sur cette jungle humaine.La fillette \u2014 dont le séjour dans l\u2019île du diable formera la matière de son enfance, elle le sait, elle collectionne \u2014 a les yeux tout grand ouverts, tout lui est un bazar de démons et merveilles dans cette descente aux Enfers, dans la moiteur étouffante d\u2019un pays inconnu, humi- de et secret, grouillant des bêtes les plus bizarres, ces crapauds-buffles qu\u2019elle veut adopter, ces agoutis qui finissent dans l\u2019assiette des bagnards (ce sont des rats), d\u2019autres qu\u2019elle invente comme les pataouasses, un gnome à l\u2019énorme tête de batracien, et ces quatre têtes de morts \u2014 les quatre races \u2014 qui trempent dans le formol dans la pièce d\u2019à côté et qu\u2019elle apprivoisera peu à peu.Elle s\u2019appelle Chrétienne la gamine qui se glisse avec une volupté noire dans cette jungle colorée, c\u2019est une païenne précoce qui choisit le mal là où elle le trouve, puisqu\u2019il est toujours éblouissant.Ce sont des bagnards sacrés qui, habillés en livrées de cour, servent des choses inconnues à la table du Gobernator, lui donnent le jour des leçons, la surveillent la nuit, l\u2019initient aux rites du lieu, l\u2019attisent.Ils travestissent leurs crimes, clament leurs innocences, mentent, rêvent, et deviennent eux-mêmes la misère, la prostration, l\u2019injustice, le désespoir, la mort même.On se croirait dans un théâtre de Jean Genet tant Paule Constant force la cérémonie et le travestissement des rôles.C\u2019est une littérature de l\u2019excès, qui prend une forme d\u2019exorcisme, et cette Alice au pays des démons donne à l\u2019auteur l\u2019occasion de recréer son enfer d\u2019enfance à elle, transposant dans un décor d\u2019apocalypse ancienne ses désirs les plus enfouis: elle va tuer un chien qu\u2019elle aimait, le père va sombrer dans un naufrage, la mère va attraper cette lèpre qu\u2019elle soigne comme une sainte, et la gamine s\u2019enfuira pratiquement vers le ciel en grimpant à la corde d\u2019un paquebot.?Régine Detambel livre aussi un roman excessif.Un roman d\u2019enfer.Et là aussi l\u2019exorcisme de l\u2019enfance s\u2019effectue par la littérature dans une violence inventée, assumée, initiatique, rebelle, radicale.Dans Le Jardin clos la romancière imagine un garçon qui se constitue prisonnier d\u2019un parc, de ce jardin public où, à 17 ans, il a été le témoin impuissant \u2014 et désormais coupable \u2014 du viol de son amie par un groupe de voyous.Il n\u2019en est pas ressorti depuis.Il a maintenant 19 ans.Il taille sa barbe avec des tessons, demeure des heures sans bouger, farfouille dans les poubelles, fait l\u2019amour contre un mur la nuit avec un garçon perdu, parfois avec une fille des rues qui lui apporte des jus, il s\u2019endort en écoutant le cri des taupes, marié à la terre, il est parfois heureux mais il fait sur lui un travail de ruine, et ses saisons en enfer sont faites de tant de misère et d\u2019angoisse.336 pages 24, 95 $ Un dessin représentant la prison de Cayenne, dite «le Bagne», en Guyanne française. I.K I) K V l< K T I* I M A X (' Il R I) 0 ( T 0 It It K I II IM I) I ' (I I l< S A M K II I V R E S >WÜ histoire ni: L'ECOLE m s IIAITKS ÜOMIVIEROAIÆS WLIJiaJlM - \u2022 ¦ CWwMnu U i(Uri\\>f jam ' ©KCBEOTC RATURE L I T vlb éditeur K«wV>»j.r.* Hjjjj&pte; y (ftiartt) (xUtéiit lés mytiwN i 'mf iirit|/»»âapW»1 \tT L'IDÉE DE NATURE DANS L'ART CONTEMPORAIN, Colette Garraud, Flammarion, 191 pages STÉPHANE HAILLARGE O N LE DEVOIR 8 Au milieu des années soixante, l\u2019art est sorti des ateliers.Il n\u2019est pas descendu dans la rue, mais a di- Srectement pris le chemin des bois, des déserts, des montagnes des lacs et des mers, pour aller se frotter au sol, aux pierres, aux arbres, aux ïj vagues et à tout ce qui compose des a paysages.Les artistes de ce «retour à la nail ture» se sont le plus souvent expri-niés à travers des œuvres éphé-îf mères \u2014 une spirale de pierres, un ¦j amas de pétales.\u2014 vite emportées ri par les vents ou les marées, dont des Il photographies ou des vidéos demeu-\u2022j rent les seuls témoins.C\u2019est l\u2019histoire de ce «mouve-jj; ment» que raconte Colette Garraud dans son livre L\u2019idée de la nature ij! dans l\u2019art contemporain, publié chez ji Flammarion.L\u2019ouvrage paraît dans »! la collection «La Création contempo-rainé», où ont déjà été publiés cinq fj livres, dont un sur le design au- jourd\u2019hui et un autre sur Christian !\u2022 Boltanski.Mme Garraud est historienne ÿ d\u2019art et professeur à l\u2019École nNatio-: nale supérieure d\u2019art de Cergy, en \u2022 France.Sa magnifique et instructive i synthèse, abondamment illustrée, j est divisée en deux parties.Dans la première, elle analyse les A M K 1»\t1\t8 K T\t\tI) 1 M\tA X ( Il \t\t\t\t \t\u2014»\tn\t\ti\t?Le sentiment de la nature Quand l'art contemporain sort de l'atelier pour relever le défi du naturel ARTS VISUELS Giuseppe Fenone, lui, a poussé la logique jusqu\u2019à travailler avec la nature, en inscrivant sa propre histoire dans les cycles naturels.¦rîBVS e' .\u2022 % AU ifüi ¦ V.T ¦ courants contemporains qui traversent et imbibent cette nouvelle façon de faire de l\u2019art.Elle en rappelle les racines et les objectifs et s\u2019attarde à quelques notions qui permettent de mieux comprendre ce qui est à l\u2019œuvre dans cette démarche, par exemple les nouvelles actualisations du rapport nature-culture, la conception du corps comme outil et comme image, ou tout ce qui s'inscrit ici dans l\u2019éphémère, le transitoire et la disparition.Dans la seconde partie, Colette Garraud propose un portrait de dix artistes particulièrement représentatifs de la diversité des approches qui incarnent ces principes, Walter de Maria, Ian Hamilton Finlay, Hamish Fulton, Andy Goldsworthy, Wolfang Laib, Giuseppe Penone ou Joseph Beuys.Longtemps, la seule expression plastique du naturel s\u2019incarnait dans la peinture de paysage.Depuis quelques décennies, et particulièrement depuis les années soixante, avec les artistes et les œuvres décrits dans cet ouvrage, on comprend que la peinture de ce genre a pratiquement disparu au profit de la photographie et surtout de la sculpture, dans un sens élargi, des installations aux interventions in situ.De cette manière, les artistes contemporains ont investi l'inépuisable thème de la nature de mille et une façons, à commencer par cette pratique totalement originale qui consiste à manipuler des objets naturels, à intervenir au sein de la nature elle-même.Davantage qu\u2019un modèle, la nature a ainsi été prise comme support de l\u2019œuvre.L\u2019art est alors devenu une pratique qui s\u2019exerce physiquement par mais aussi dans le paysage, comme l\u2019exprime bien l\u2019idée de Land Art.Giuseppe Penone, lui, a poussé la logique jusqu\u2019à travailler avec la nature, en inscrivant sa propre histoire dans les cycles naturels.Par exemple en entremêlant trois arbustes qui seront exposés des années plus lard, lorsque leurs troncs épaissis se seront tressés.Ou encore, en creusant une poutre pour y retrouvei l\u2019anneau de croissance de l'arbre où elle a été découpée \u2014 une de ces œuvres magnifiques est d\u2019ailleurs dans la collection du Musée des beaux-arts d\u2019Ottawa.11 y a de la radicalité, voire de la révolte.dans Cette maniéré de s\u2019eXDI i mer, comme le met bien en lumière Mme Garraud.I.e hmd Art, surtout à ses débuts, a mis en scène une volonté de remise en cause extrême du système marchand, de l\u2019institution muséale et des circuits traditionnels.Il s\u2019agissait alors de rendre «inexpo-sables» des œuvres qui finirent pourtant par être «récupérées».«L\u2019art s'installe dans une prodigieuse inertie (.), les musées sont bondés, les planchers s\u2019écroulent», expliquait l\u2019Américain Robert Smithson, peu avant d'aller créer sa fameuse et éphémère Spiral Jetty, en 1970, dans le Grand Lac Salé de l\u2019Utah.11 y a aussi beaucoup de travers contemporains dans cet art contemporain.Cet art est encore et toujours le témoin de son temps.Mieux: comme tout grand art, il est son temps.Cette activité artistique, même si elle défend jalousement son autonomie par rapport aux autres discours et pratiques, n'en demeure pas moins perméable aux idéologies et aux mouvements sociaux.Et de quoi témoigne-t-il?Ici, ce qu\u2019il est encore convenu d\u2019appeler le «sentiment de la nature», hérité des fins fonds de l\u2019Occident, se retrouve infléchi par l\u2019inquiétude écologique.I) !) Je travaille avec une feuille sous l\u2019arbre sous lequel elle est tombée», dit Andy Goldsworthy.«Etre dims la nature est une religion directe», afllr-me pour sa part Hamish Fulton.Ce qui n'enlève rien à la richesse et la profondeur de leurs démarches.Au contraire» la lecture du livre de Mme Garraud, on découvre que les questions à l'œuvre depuis quelques décennies se rattachent a une tradition millénaire.Finalement, ce que questionne «l\u2019idée de nature dans l\u2019art contemporain», c\u2019est aussi le problème de la représentation, celui de la distinction entre le reflet et la chose réelle, la possibilité même d'accé-det a cet être essentiel que la pensée conceptuelle occulte, la volonté d\u2019interroger la place de l\u2019I lomme dans la Nature, la relation du Sujet et de l'Objet.Chez ces artistes contemporains du «naturel», comme chez Nietzsche, Heidegger ou Merleau-Ponty, l\u2019œuvre d\u2019art est plus qu\u2019un simple objet de réflexion, puisqu\u2019elle bouleverse- la question de la vérité.Roger Caillois aussi recherchait du côté de la nature, c\u2019est-à-dire avant l\u2019humain, dans les pierres et les coquillages, cette sorte de «pré-œuvre d\u2019art» confondue avec l\u2019univers tout entier.Il utilisait l'image de la préface pour parler de ce «bouquet de beauté», de cette langue originelle ou le texte humain advient ensuite comme «une formule parmi d\u2019autres».Le iMtid Art, dans son unité et sa diversité, reprend le questionnement de cet objet, propose sa propre et profonde lecture de cette «réalité» si difficilement définissable que l\u2019on appelle «nature».r.T D\u2019ARTO EMCL L.ES EXPOSITIONS: Gottfried Helnwein Visages/Faces 1\u201c septembre - 9 octobre CIAC\u2014314, rue Sherbrooke Est Wanda Koop Paintings (or Dimly Lit Rooms 1 «r septembre -16 octobre CIAC\u20143576, avenue du Parc Entre Image et Matière Neuf artistes italiens : Stefano Arienti, Andrea Busto, Chiara Dynys, Eugenio Giliberti, Felice Levini, Massimo Orsi, Alfredo Romano, Grazia Toderi, Silvio Wolf.1« septembre - 27 novembre CIAC\u20143576, avenue du Parc Roberto Pellegrinuzzi Le Chasseur d\u2019images (1989-1994) Ie' septembre - 27 novembre CIAC\u20143576, avenue du Parc Vidéos allemandes Les Prix vidéos de la ville de Mari 6-16 octobre CIAC\u2014380, rue Prince-Arthur Ouest Carl Beam The Columbus Suite, 1990 6 octobre - 27 novembre CIAC\u2014380, rue Prince-Arthur Ouest Daniel Dion Parcours 6 octobre-27 novembre CIAC\u2014380, rue Prince-Arthur Ouest Pierre Dorion Autoportraits, 1990-1994 20 octobre - 27 novembre CIAC\u2014314, rue Sherbrooke Est Loïc Le Groumellec Œuvres récentes 23 octobre - 27 novembre CIAC\u20143576, avenue du Parc 9© ÉDITI Du 1er septembre au 27 novembre 1994 Heures d\u2019ouverture : lundi fermé: mardi, mercredi et dimanche de 11 h à 18 h: jeudi.vendredi et samedi de 12 h à 20 h Daniel Dion Great Divide/Grande barrière, 1990 Organisée et mise en circulation par le Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa CIAC-380, rue Prince-Arthur Ouest Du 6 octobre au 27 novembre Gottfried Helnwein William S.Burroughs, 1990 CIAC-314, rue Sherbrooke Est Du 1er septembre au 9 octobre Carl Beam, King and Kennedy de la série The Colombus Suite, 1990 CIAC-380, rue Prince-Arthur Ouest Du 6 octobre au 27 novembre UNE PRODUCTION DU CIAC Centre international d'art contemporain de Montréal RENSEIGNEMENTS: [514] 288-0811 ail des arts et des lettres du Québec \u2022 Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal \u2022 Conseil des Arts du Canada - Ministère du Patrimoine dien \u2022 Ministère de la Main-d'œuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle du Québec \u2022 Ministère du Développement des urces humaines du Canada \u2022 Service de lo culture de la Ville de Montréal \u2022 Goethe-Institut Montréal \u2022 Institut Culturel Italien.\u2022 \u2022\u2022 CrownVie LE DEVOIR C3 MUSIQUE PL U S\tJÆ 1) K) I.K I) K V «IB.I.K S S ,\\ M KOI M K T l> I M A N « Il K I» « T « B B K I II» I \u2014\tA.\ts\t\tm\tgn\tA.\t\t -\t\t¦¦¦ « ¦¦¦\t¦ \u2014\t\t\t\u2014\t\u2014\t ' ?\tM\t1\th\tH\tw EXPOSITIONS De l\u2019iconographie gothique.MARIE-MICHÈLE CK O N ANDREA BUNAS \u2022Galerie Waddington et Gorce, 2155, rue Mackay ¦ Galerie Barbara Silverberg, )\t1336, rue Greene Jusqu'au 13 octobre 1994 D'origine hongroise, après des études au Québec et au Japon, Andrea Blanar, qui réside aujourd\u2019hui à Montréal, expose à la ga-leHé Waddington et Gorce qui s\u2019ésl associée pour l\u2019occasion avec Barbara Silbergerg dont la galerie du même nom présente, qüant à elle, de plus petites \t Galerie BERTRAND H.DALVY ART AFRICAIN ANCIEN\t Peinture contemporaine d'Afrique 1628B Sherbrooke Ouest Montréal Qc H3H1C9 Tél.: (514) 989-5571 - Fax: 989-2010 mar./sam.de 11 h à 18 h ou sur rendez-vous pièces de l\u2019artiste.Celle-ci qui possède un atelier d\u2019été dans les marais côtiers du Nouveau-Brunswick, véritable réservoir d\u2019inspiration dans son cas, se situe dans la grande tradition paysagiste canadienne alors qu\u2019une de ses toiles rappelle le style du Groupe des Sept et plus particulièrement, celui de Torn Thompson.Mais les références vont plus loin encore et c\u2019est à une véritable collision entre les cultures que cette peinture très décorative (trop?) nous emporte.De l\u2019iconographie gothique au costume micmac, des enluminures médiévistes aux motifs orientaux et très Europe de l\u2019Est, les toiles s\u2019ouvrent parfois en diptyques, débordent même de leur cadre |x>ur tout recouvrir et se faire sculpturales et aussi mimétiques lorsque les panneaux décalquent des figures identiques et symétriques.Les couleurs enrichies par des ocres et des ors qui vieillis- sent bien et des rouges brûlés sont appliquées à larges touches; les surfaces sont graffitées, les formes hiératiques et en aplats.Œuvres qui s\u2019ouvrent et se déplient comme une boîte, cernées d\u2019oiseaux, surmontées de volutes qui les couronnent, elles parlent de la nature.Mais une nature sauvage qui rend hommage au ciel et à la mer, et lumineuse comme un vitrail d\u2019église.Une peinture spirituelle que certains apprécieront.ViS A, K y i,\u2018\\ 11** .v> ' ' Vr-V -, ¦ * '-'.iUjicisç'.&À.De l\u2019iconographie gothique au costume micmac, des enluminures médiévistes aux motifs orientaux et très Europe de l\u2019Est, les toiles de Blanar s\u2019ouvrent parfois en diptyques, débordent même de leur cadre pour tout recouvrir et se faire sculpturales et aussi mimétiques lorsque les panneaux décalquent des figures identiques et symétriques.- fpw DEROUIN DU 17 OCTOBRE AU 5 NOVEMBRE À L\u2019INSPECTEUR ÉPINGLE 4051, RUE SAINT-HUBERT, (514) 598-7764 RELIEFS, GRAVURES ET PHOTOS VERNISSAGE : LUNDI 17 OCTOBRE À 19 H.en présence de l\u2019ar t i s t e LOUIS-PIERRE BOUGIE œuvres récentes\t, Vernissage.-, mardi T l octobre à 17h \u201e DID AC T A RT 4710 Saint-Ambroise., local 534, tél.: 973:8093 Mardi-Vendredi, 12hOO-10hOO- \u2022 Samedi-Dimanche, 13hOO-1,7hOO PAS MANQUEZ le 22 octobre prochain, notre cahier spécial PUBLICITE Téléphone: (514) 985-3399 1-800-363-0305 Télécopieur: (514) 985-3390 Tombée : 13 octobre NE MANQUEZ PAS L 'EXPOSITION Les beaux jours de Vombrelle GALERIE D\u2019ART 'Eli! cir/joMtion (/t /2 un 22 octobre (9l)4 cPe/vu>s,ia(je me/'c/'er/t /2 octobre a (9 / Eî 234, rue St-Paul ouest (^6^^\tVieux-Mûntréal Tel.: 844-2133 53 3 a al Musée McCord 690, RUE SHERBROOKE OUEST, MONTRÉAL * 3987100 EXPOSITION HAI JA BANG AU CENTRE D\u2019ART MORENCY jusqu\u2019au dimanche 9 octobre 1994 Expositions récentes : New York, Paris, Séoul, Genève, Suède, Allemagne Heures d\u2019ouverture : Du mardi au vendredi, del0hàl8h Samedi et dimanche, dellhàl7h Lundi, fermé 2180, rue de la Montagne Montréal H3G 1Z7 (514) 845-6442 1 DEPUIS 1906 RT CONTEMPORAIN sous toutes ses formes Association des galeries d'art contemporain [Montréal) Propos d\u2019une génération de peintres Pierre Blanchette Yves Bouliane Oliver Dorfer Marc Garneau Suzelle Levasseur François-X.Marange Horacio Sapere 01 octobre - 29 octobre Galerie Éric Devlin 460 Sainte-Catherine Ouest espace 403 Montréal H3B 1A7 Tél.: 514-866-6272 Fax : 514-866-7284 Ne manquez pas le 22 octobre prochain, notre cahier spécial - \u2014\u2014 Montréal 94 I \u2022 i r t d' art t \u2022 n t * m p o t i Réservez votre espace dès aujourd\u2019hui.PUBIKITÉ Téléphone: LE DEVOIR Tombé*\t1100-34) 0305 13 octobre\tUHafim: (SM) 915-3390 \t\tGALERIE SIMON BLAIS \t\t4521, rue Clark suitel00 Montréal (514) 849-1165 DANSEREAU : dernière journée Paul Vanier BEAULIEU aquarelles, dessins et gravures Vernissage mercredi 12 octobre 18 h Andrea Blanar « Hommage à la mer » Pour réserver dans cet espace publicitaire, composez le 985-3319 Jusqu\u2019au 13 octobre 2 EXPOSITIONS WADDINGTON & GORCE 2155.me Mackay Montréal (Quebec) Canada H3G 2J2 Tél.: (514) 847-1112 Fax:(514)847-1113 GALERIE BARBARA SILVERBERG 1336, avenue Greene Wextmount (Québec) Canada H3Z 2R1 Tél.: (514) 932-3487 III!! ii*!! \\ Vr-fM XV* v.;!.V< 'vf L\u2019archéologie après la fouille gf&S?; ! ¦ mmmê OLLOQUE COLLECTIONS III I T I 0 NS Q U I S DES MASS IV E 0 B R Des experts N ANT GRANDES STITUTIONS CANADIENNES Chef CH E L ARLES C N N IS R E I R 0 L M A Y E Josée Bélisle Grandmont ÉRAL Laurier Lacroix P T I ON NSCRI ( ÉT U D I AN T S DATE S CR I P IA PCT O B R È Rense L G N E M EiN T S Des univers stridents de silence ESPACES (IN)HABIIABIES Galerie Leonard et Bina Ellen, Université Concordia 1440, bout, de Maisonneuve Ouest.Jusqu'au 1er novembre 1994 .MARIE-MICHÈLE C K O N Recto-verso, comme le titre l\u2019introduit d\u2019emblée, installations, sculptures et photographies mettent en scène des espaces transitoires et ambigus où l\u2019habitat et la production humaine s\u2019enchâssent l\u2019un dans l\u2019autre pour s\u2019expulser ou s\u2019envelop-per Jusqu\u2019à ne Caire plus qu\u2019un corps fragile.L\u2019usine, la rue, la maison: tous ces lieux organisés, structurés, rationalisés cachent en fait un profond déséquilibre que les artistes évoquent ici avec beaucoup de subti-lit!.Peu de présence humaine ou bien trop comme dans le cas des photos de Ian Wallace où tout l\u2019espace urbain est rempli des sans-a,bri et de leur nomadisme suspect.A l\u2019inverse, dans les usines de sucre Red-path désertées de Clara Gutsche (qui n\u2019est pas sans faire penser aux sujets traités par la photographe Marik Boudreau), l\u2019humanité y est invisible, seulement matérialisée par les jeux géométriques de la lumière naturelle sur les murs.Autre univers strident de silence, celui d\u2019Angela Grauerholz qui cour-circuite les temps dans Hospital, une longue prise de vue chargée d\u2019émotions qui répond à l'Autoportrait à la fenêtre de Sylvie Readman où le regard de l\u2019artiste-spectateur, lui-même indu dans la représentation et dans l\u2019action photographique, s\u2019inscrit littéralement dans le paysage citadin que le viseur cadre et questionne.Miniaturisée, réinterprétée par Robin Collyer, l\u2019usine de fabrication d\u2019aspirateurs en Virginie implantée lors de la dépression économique des années trente aux Etats-Unis et prise à l\u2019époque en photo par le célèbre documentaliste Walker Evans, est devenue une sorte de cage de «verre» opaque, glacée, vide, un objet oscillant entre réel et fiction, et mixant les biens de consommation courante et culturelle.A l\u2019inverse, l\u2019installation sculpturale d\u2019Alain Paiement montre des signes d\u2019activités fébriles: celles que l\u2019on retrouve sur le parquet de la Bourse de Paris où s\u2019échangent stratégies économiques et performances humaines auxquels l\u2019artiste répond par des tactiques optiques d\u2019une grande richesse visuelle.Les images générées par ordinateur, nerveuses, sont étirées, et intégrées à une structure spiralée en bois, une forme ouverte et dynamique.On ne bouge plus, c\u2019est l\u2019œuvre qui se déroule et s\u2019enroule sans répit devant nous.Ou bien, PHOTO J.J.RINGUETTE Raymond Gervais montre comment un vieux gramophone peut être pris dans une tornade, et le tourne-disque, objet auquel il voue un culte formidable (depuis 1975), transformé en petit théâtre de poche, en matière souple parce que reproduisible à l\u2019image du disque.c\u2019est l\u2019inverse.«Paiement, à la fois immobilise le temps et ouvre la porte au récit», écrit avec justesse la conservatrice Karen Antaki.Mais c\u2019est Capital de Roland Brenner qui attire le plus l\u2019attention.Une série de boîtes en carton de différents formats posées sur le sol \u2014 avec des haut-parleurs sous vitre \u2014 recomposent un village de matériaux récupérables.Au-dessus, une perche heurtent quatre pendules et déclenchent des rivières de sons envoûtants, des chants qui se baladent de l\u2019intérieur à l\u2019extérieur de ces îlots anonymes mais devenus, comme dans toutes les grandes villes, les nôtres.Un environnement poétique qui critique notre sœ ciété gourmande qui recycle ou qui jette après usage (la technologie), les dieux qu\u2019elle adore.RAYMOND GERVAIS «LE MAGASIN DE MUSIQUE», Galerie Rochefort, 350, rue Saint- Paul Ouest.Jusqu\u2019au 15 octobre Intervenant dans la galerie Roche-fort, Raymond Gervais y a installé son magasin de musique.Un véritable théâtre de l\u2019imaginaire en pleine maturité alors que l\u2019artiste arrive, et la grande cérébralité que dégagent ses œuvres n\u2019empêche rien, à réveiller le silence, à lui donner une résonnance, une consonance, une identité forte.Inversion de situations fictives ou réelles alors que l\u2019on retrouve sur des boîtiers de disques compact les noms de personnages historiques tels que Cros ou Lautréamont; dialogues des temps aussi alors que sur les murs, deux phrases courtes (ex.: Odilon Redon écoute Albert Ayler) pointent l\u2019attitude d\u2019artistes du passé écoutant ceux qui appartiennent déjà au futur où alignement d\u2019adresses de musiciens de jazz célèbres et décédés auxquels l\u2019artiste s\u2019adresse symboliquement.Gervais articule les liens entre le disque et la photographie, l\u2019un enregistrant le son, l\u2019autre la lumière, et dans ce cas-ci métaphorisant la chambre noire, agissant comme révélateur de la musique.L\u2019artiste montre comment un vieux gramophone peut être pris dans une tornade, et le tourne-disque, objet auquel il voue un culte formidable (depuis 1975), transformé en petit théâtre de poche, en matière souple parce que reproduisible à l\u2019image du disque (aujourd\u2019hui en voie de disparition) et de la multiplication de ses sillons.Ainsi, derrière les vitrines de la galerie, tel un hommage en différé aux rotoreliefs de Duchamp, divers objets appartenant à l\u2019univers de l\u2019artiste, un petit bouddha, une reproduction de la tour Eiffel, le chien de RCA Victor, une harpe-jouet, une étoile de mer, tournent tranquillement sur eux-mêmes, hypnotisés par leur parcours sphérique sur le globe terrestre.Et sur treize lutrins, il y a une photo de Beethoven, les yeux fermés, concentré, qui se souvient (Beethoven, signe du destin, est peu à peu devenu sourd).Raymond Gervais extirpe le visuel du sonore et tire un trait entre l\u2019oeil et l\u2019oreille du spectateur.Pour son immense satisfaction.MICHEL ARCHAMBAULT.DENIS ROUSSEAU «SCULPTURE ATYPIQUE» Centre des arts Saidye Bronfman, 5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Jusqu\u2019au 20 octobre 1994.Les sculptures atypiques de Michel Archambault et de Denis Rousseau ne se mélangent pas: mais coincées dans l\u2019espace de la galerie, elles ne respirent plus.L\u2019accrochage est franchement déficient.C\u2019est dommage parce que ces œuvres imposantes demandent de la place.Chez Michel Archambault, le meuble perd sa fonction utilitaire, se retourne comme un gant, cite les styles pour s\u2019en trouver un, et réconcilie l\u2019art au design.Empilements de formes cossues gainées de vynile, colonne de coussins, f igures aérodynamiques ou improbables, a cheval entre le roccoco, l\u2019Empire, la modernité, les œuvres évoquent le mobilier, mais échappent à toutes catégories en se riant d\u2019elles.Elles sont inclassifiables, d\u2019une inquiétante étrangeté et surtout empreintes d\u2019un humour salvateur.Connue chez Denis Rousseau d\u2019ailleurs, mais différemment.On se rappellera L\u2019installation de l\u2019indifférence exposée au CI AC en 1992: un hybride entre la soucoupe volante et le tabernacle quelle évoquait et où le cri Je l\u2019acteur français Paul Meurisse, «A bas la science», nous renvoyait à nos angoisses (levant le rationnel.Et aussi, Le plaisir1, le désir, le discours chez Christiane Chassay en 1991 \u2014 dont on retrouve au Centre Saidye Bronfman (Le Discours) \u2014 sculptures en mouvement à la langue pointue qui métaphorisaient l\u2019expression orale.Ici, les formes coniques se côtoient rappel-lant, lorsque scintillant, le sapin de; Noël, ou bien nostalgique, un arbre; pétrifié, hérissé.Que ce soit une sonde mue par un moteur et visant l\u2019espace ou un dard menaçant qui renvoie en trois dimensions à un virus tueur, les œuvres de Denis Rousv seau reposent aussi sur le fil ténu qui sépare la vie de la mort.Mais elles font rire aussi.Quel artiste! GALERIE DOMINION ! 438, rue Sherbrooke Ouest\t845-7833 / 845-7471 Mardi nu vendredi de 1 Oh iY I7li30\t- samedi de lOli a I7li Jusqu\u2019au 15 janvier 1995 ALEXANDER BHüa L\u2019imaginaire et l\u2019équilibré MUSEE DU QUEBEC Parc des Champs-de-Bataille, Québec (418) 643-2150 Une exposition organisée par le Whitney Museum\t^ of American Art de New York grâce à la généreuse S RC contribution du Laurie Aitkin Charitable Trust Le Musée du Québec est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec Goodridge ROBERTS a.r.c., o.s.a.( 1904 -1974) Œuvres choisies du 8 au 29 octobre \u2019Os et la bouteille fragments d\u2019histoires Du 21 septembre 1994 au 15 janvier 1995 - MUSÉE D\u2019ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL 185.rué Sainte-Càtherdue OtfST PoiNTt: À CAI.I.iKHi: Musée d'archeoIogie et d'histoire de Montréal 350.place Royale Angle de la Commune Vieux-Montréal\t.nrrult: Renseignements : 872-9150 Ministère de la Culture et des Communications » tt».\t Mars «KBS; '!* Vf l Vf f ' SfeS»«k< ¦-~f.\u2019\u2019 0?
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