Le devoir, 22 octobre 1994, Cahier D
[" Æ DEVOIR JJ, U Feuilleton Page D3 Littérature québécoise Page 1)5 ?|0UIÈ .il J : ijl , l «.VVX Des stratégies pour notre ville Pagt l>ll I.K I) E V O I II I, K S S A M K I) I 2 E T I) I M A N (' Il K 2 :$ O (' T O II It E I !) Il I ' Pour habiter une tradition LAcadémie des lettres du Québec rend hommage aux pionniers Carole David I£ retour à la cellule mère JACQUES ALLARD Le cinquantième anniversaire de l\u2019Académie des lettres du Québec fut fêté, le week-end dernier, par le douzième des colloques annuels de l\u2019auguste compagnie.Souvent ému, on y rendit particulièrement hommage à dix de ses fondateurs devant une soixantaine de participants plus respectueux que débatteurs.11 est vrai que tant de questions assaillent la mémoire, réputée faible par les temps qui courent, et portaient à la méditation.Qu\u2019en dire en si peu d\u2019espace?Quelques notes.Victor Barbeau, l\u2019initiateur dont on rappela la mort en juillet dernier, fut d\u2019abord sobrement présenté par Jean-Louis Gagnon qui remarqua que ce grand maître de la langue, du journalisme et de l\u2019essai démissionna de la Société royale du Canada pour lancer ce qui s\u2019appela, jusqu\u2019en 1992, l\u2019Académie canadienne-française.Le journaliste, nouvellier (La Mort d'un nègre, 1961) et mémorialiste (Les Apostasies, 1985 et 1987) résuma ce qu\u2019était pour lui l\u2019œuvre et la personnalité de V.Barbeau.Dans l\u2019œuvre «très vaste», allant des Cahiers de Turc aux articles du Nouveau Journal, on trouve «les fruits amers de sa réflexion», en particulier dans sa toujours actuelle «trilogie du mal canadien-français»: Mesure de notre taille {Le Devoir, 1936), Pour nous grandir, essai d\u2019explication des misères de notre temps {Le Devoir, 1937) et Initiation à l'humain {La Familiale, 1944).De «la race des grands ancêtres du journalisme au Canada français», celui qui fut, pour Jean-Louis Gagnon, un «intellectuel, un universitaire et un grand bourgeois», dénonça la littérature régio-naliste et prôna une culture universelle.Le regard qui nous rendit la mémoire Fernande Saint-Martin lit ensuite un exposé remarquable d\u2019information et d\u2019enthousiasme sur «Marius Barbeau ou le regard qui nous rendit la mémoire».Qui sait que la seule bibliographie des ouvrages de l\u2019autre Barbeau (1883-1969), aujourd\u2019hui inconnu à force d\u2019être méconnu, a nécessité deux cents pages imprimées?700 titres, 20 livres et recueils, trois prix du Québec ont-ils assuré sa gloire?Voulez-vous le symbole, glacé par excellence, de notre mémoire?À vos cartes, amnésiques: le plus haut sommet de l\u2019Arctique canadien porte le nom du premier anthropologue du Québec.L\u2019aurions-nous d\u2019autant mieux oublié qu\u2019il proposait d\u2019intégrer la culture amérindienne à la nôtre?Ses travaux sur les Haïdas de la côte Ouest sont célébrés au Musée de Victoria (C.-B.), mais ici?Le biographe de Pontiac (entre autres), ie découvreur du peintre Emily Carr avait une idée fondamentale: toute culture est empruntée, que ce soit celle des Haïdas dont l\u2019aigle emblématique rappellerait l\u2019aigle impérial russe ou la québécoise.A-t-on bien lu le Rêve de Kamalmouk (1928:1948 pour la version française), «roman clé» de notre littérature, selon PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR ¦fr mmSm ¦ - \" .,»Œ8S ¦ .Sm.\"*-** m**.* Pour ce premier roman qu\u2019elle portait en elle depuis des lunes, Carole David tenait mordicus à éviter trois écueils.D\u2019abord elle voulait absolument éviter d\u2019écrire un récit autobiographique.Ensuite elle ne voulait pour rien au monde signer un roman qui fasse référence au monde de l\u2019écriture.«Ça ne m\u2019intéressait pas du tout.D\u2019autant plus que d\u2019autres l\u2019ont fait avant moi \u2014 et très bien d\u2019ailleurs \u2014 et qu\u2019il aurait été difficile d\u2019innover dans ce genre», ex-plique-t-elle.Enfin, Carole David avait la ferme intention de marquer une cassure avec la poésie, de ne pas livrer un produit dérivé, un hybride à cheval entre le poème et le roman.Ce qui l\u2019intéressait plutôt dans l\u2019entreprise était beaucoup plus simple.Beaucoup plus exigeant aussi.C\u2019était de raconter une histoire, de façon claire et concise.Voilà tout.«Il y a plein d\u2019univers qui ne demandent qu\u2019à être racontés, des mondes à l\u2019extérieur de soi où évoluent des personnages traversés par des sentiments que l\u2019on reconnaît», estime-t-elle.Pas question de raconter ses histoires d\u2019amour ou ses angoisses créatrices.De cette ambition, de ce désir si bien défini, est né Impala, son premier roman qu\u2019elle publie aux Herbes Rouges.Un ouvrage court \u2014 127 pages \u2014 mais d\u2019une extraordinaire densité.D\u2019une fabuleuse et rafraîchissante originalité aussi, parce qu\u2019il nous entraîne dans des territoires culturels et géographiques à peu près jamais explorés dans la littérature d\u2019ici, plus souvent qu\u2019autrement enfermée dans les horizons étroits et usés du Plateau Mont-Royal.Avec un immense doigté, Carole David nous transporte donc au cœur de la culture kitsch des années 60, la culture particulière des Italo-Québé-cois de l\u2019est de Montréal, de Saint-Léonard à Rivière-de-Prairies, en passant par la rue Dante et les manufactures de textile du nord de la ville où les petites vieilles Italiennes vêtues de noir, la grand-tante Angelina et les autres, s\u2019usent le corps et le cœur dans une fidèle fatalité.Cette culture kétaine, c\u2019est bien sûr aussi celle de la mère, personnage central, Connie Ferragamo, «un juste mélange de Carmen Miranda et de Liz Taylor», une diva de cabarets qui aligne voracement les gin tonies, les cha-cha-cha, les mambo, les passo doble et les chagrins.C\u2019est une topographie, un univers chargé de clubs, de motels, d\u2019hôtels et de gymnases enfumés.Dans ce monde, on lit le Sélection du Reader\u2019s Digest et Photoplay.On décore les gâteaux d\u2019anniversaire avec des Life Savers.On danse au Faisan doré, on s\u2019habille chez Kresge, on roule en grosse Impala en chauffeur à deux têtes et on dîne au Toit Rouge.les Américains \u2014 je pense par exemple aux films de Scorcese \u2014 sont rendus beaucoup plus loin que nous dans l\u2019évocation de cette culture.J\u2019ai voulu apporter ma contribution», dit Carole David.À peine 127 pages, disions-nous.Mais une histoire suffisamment riche pour engraisser une saga de 600 pages.Impala s\u2019ouvre sur la mort de Connie, la chanteuse populaire, la mère de Louisa Ferragamo, la narratrice.Abandonnée par sa mère alors qu\u2019elle n\u2019avait que cinq ans, Louisa, devenue adulte, entreprend de remonter l\u2019histoire, à la recherche de la vérité sur le destin de sa mère.A la recherche aussi de ses origines.Cette quête méthodique se fera à travers les coupures de journaux de l\u2019époque, les lettres et les souvenirs de sa grand-tante, son ange gardien.L\u2019étape ultime de cette quête sera une série de rencontres avec Roberto, le père, celui qui, plus jeune, avait incarné pour sa mère cet univers doré qu\u2019elle apprivoisait chaque soir devant son scrap-book.«Pour t\u2019aimer j\u2019ai menti», chantait Tony Massarelli, acteur important de cette époque kitsch.Ses paroles, quintessence du genre, sont placées en exergue du récit On comprendra mieux pourquoi en faisant la connaissance du père en question, un être qui, comme des milliers d\u2019autres, a appris à vivre en état permanent de mensonge.Au point même de travestir son identité.Ex-boxeur, il ne se remettra toutefois pas de son dernier rendez-vous, de son dernier combat avec sa fille assoiffée de vérité.Il paiera de sa vie cette trahison, cet abandon.«Plusieurs femmes que je connais ont déjà eu envie de tuer l\u2019homme qu\u2019elles aimaient, leur père, leur mère ou leur frère.Elles ont préféré se taire et boire.Moi je l\u2019ai fait», écrira Louisa.L\u2019abandon, le mensonge, la famille, la fatalité: voilà tous des thèmes forts d\u2019impala.Figure connue de la poésie québécoise, Carole David a déjà remporté le prix Émile-Nelligan pour Terroristes d\u2019amour (VLB, 1986).Tout comme Élise Turcotte dont elle partage à plusieurs égards l\u2019univers \u2014 l\u2019efficacité de l\u2019écriture, la justesse de ton dans le récit de l\u2019abandon \u2014, son passage au roman s\u2019effectue avec une aisance remarquable et annonce une œuvre.On a beau lire et relire cette petite histoire de 127 pages: tout est solidement structuré, tout se tient admirablement bien.À condition bien sûr que le lecteur renonce à la passivité et accepte d\u2019y mettre l\u2019effort, car la structure n\u2019est pas linéaire.Cette Impala fera du millage.Son moteur tourne comme une toupie et il y a un écrivain, un vrai, au volant.ILLUSTRATION EN COUVERTURE SONG OF LOVE Impala nous transporte au cœur de la culture kitsch des années soixante.PHOTO HUNO Il s\u2019agit d\u2019un premier roman pour Carole David.«Ce n\u2019est pas un roman sur l\u2019immigration.Mais je suis très préoccupée et très inspirée par le destin des immigrants qui sont venus d\u2019Europe après la guerre, par les drames qu\u2019ils ont vécus.Que leur arrive-t-il une fois qu\u2019ils sont ici?Et la deuxième génération?À mon avis, VOIR PAGE ü 2 : ACADÉMIE Cet ouvrage \u2014 un grand reportage sur l\u2019Église de l\u2019après-Révolution tranquille \u2014 permettra de découvrir le point de vue d'un évêque qui garde espoir, malgré tout.Vol.de 328 pages \u2014 24,95$ Rencontre avec Bernard Hubert, évêque ïfVi I K U K V U I H .I K S S \\ M K U I \u2022 K T II | M A N l II K 2 3 0 ( T 0 B K K I » Il I \tv\tR\tF ï\t J\t\tII\tU L\t) ACADEMIE «Courez à votre soupe et faites-vous du lard» SUITE DE LA PAGE l> 1 Maurice Lemire, qui expose le point de vue de l\u2019Amérindien?Oublieux et bientôt ou* bliés?-Nous sommes des ombres et nous nous en irons comme des ombres» disait Marius Barbeau.Après tout, peut-être tvons-nous adopte au moins l\u2019idéal amerin dieu: passer sur terre sans laisser de traces.I a peu comme li' soldait le grand einm dateur de paradoxes, François Hertel, di-sant Je suis l\u2019essentiel amaleui de la joie de vivre».Robert Vigneault qui l\u2019a eu comme prnfcsseui au i ollègr de Sudbury s\u2019est souvenu de P ascendant immense', qu\u2019a eu.hors pseudonyme, le père Rodolphe Dube sur les adolescents.Comme Borduas, il avait \"le courage de rompre avec l\u2019unanimité.Chez lui, l\u2019essai hit un ton plutôt qu\u2019une forme.«Une manière de rire, surtout de soi», ajouta son ancien élève qui avait eu dans le temps l\u2019audace de lui reprocher le poétique alexandrin: «Courez à votre soupe et faites-vous du lard-.A côté de ce feu follet de la réflexion, parut le Lionel Groulx, ensuite propose pat Jean-Ethier Blais, historien, scientifique qui sut être essayiste, polémiste de haut vol, il fut à la source du nationalisme moderne, définissant le colonialisme dès les années 1920, avant Fanon, cultivant la valse hésitation nationale, inventeur de la notion cultu- relle de notre présence en Amérique.Autant de formules qui, pour l\u2019auteur du tout récent Minuit chrétiens (Leméac), résument l\u2019homme et l\u2019oeuvre.L\u2019antisémitisme de Groulx?Il s\u2019agit d\u2019un aspect conjonclu rel, mineur.Mis en contexte catholique, il n\u2019a rien à voir avec celui d\u2019Adrien Arcaud qui, arrivé au pouvoir, l\u2019aurait fait fusiller.Groulx fut un «très grand homme», la «pierre de touche de notre destin» que seul un «autoracisme» (par nous inventé) nous fait diminuer.Rumilly vs Groulx Marcel Trudel évoqua ensuite la mémoire de Robert Rumilly qui disputait à Groulx le statut d\u2019historien national, avec ses quatre-vingt-douze publications portant toutes, sauf une, sur notre histoire.Invérifiable au plan scientifique, son oeuvre dramatise le domaine, le faisant déborder d\u2019anecdotes savoureuses et constitue, selon le mot de Groulx, «une chronique plaisante».De Robert Charbonneau, Gilles Archambault a voulu ensuite retenir d\u2019une œuvre empêchée, contrainte, Aucune créature (1961), surtout pour ses pages superbes sur la nature.De Ringuet, Francis Parmentier dit après l\u2019importance du Canut du cynique dont il fera l\u2019édition avec Jean Panneton.Sous-titré «Journal d\u2019Antisthène» (dis- ciple de Socrate, fondateur de l\u2019École cynique), l\u2019œuvre atteste l\u2019athéisme de l\u2019auteur, sa qualité d\u2019-amoraliste» (nourri de culture grecque et des Lumières), sa conviction de la disparition fatale du groupe canadien français (sa bilinguisation, comme étape intermédiaire), mais aussi sa conviction que «l\u2019absolu est toujours faux, tout est relatif, et cela seul est absolu».En contraste, Marie-Claire Blais fit une chaleureuse communication d\u2019«une écriture de résistance et de force», celle de Rina Lasnier dont l\u2019œuvre est une offrande à Dieu, une sagesse qui comporte une «énigme d\u2019or»: lamie sensuelle de vivre.lui rencontre se termina sur les propos de Jeanne Demers et Renée Legris.La première voulut s\u2019attarder avec raison sur quelque-unes des belles nouvelles d'Avant le chaos (1945) où presque toujours l\u2019on doit «partir pour aller nulle part, avec sa petite peine sous son bras» tandis que l\u2019autre parla de la correspondance inédite de Robert Choquette avec .Alfred Desrochers où s\u2019illustrent les difficultés de la diffusion littéraire dans les années 1930.Ainsi se dirent, dans une très grande diversité de manières, les hommages à des pionniers du littéraire contemporain.Pour habiter une tradition?Cela nous est si difficile, comme l\u2019a remarqué Bernard Beugnot à propos d\u2019Hubert Aquin.colloque international La littérature comme objet social 26, 27 et 28 octobre 1994 Auditorium 1, Musée de la Civilisation, 85, rue Dalhousie, Québec Conférencières et conférenciers invités : Marc Angcnot (McGill U.), Paul Aron (U.Libre de Bruxelles), Marie-Andrce Bcaudet (U.Laval), Michel Biron (U.d\u2019Ottawa), Manon Brunet (UQTR), Micheline Cambron (U.de Montréal), Roger Chambcrland (U.Laval), Jean-François Côté (UQAM), Philippe Desan (Chicago U.), Robert Dion (UQAR), Silvia Disegni (U.Salemo), Jacques Dubois (U.de Liège), Claude Duchet (U.Paris VIII), Paul Fournel (SGLF), Philippe Hamon (U.Paris III), Nathalie Hcinich(CNRS),JozcfKwaterko (U.de Varsovie), Hans-Jürgen Lüsebrink (U.des Saarlandes), Jacques Michon (U.de Sherbrooke), Clément Moisan (U.Laval), Priscilla Parkhurst Ferguson (Columbia U.), Jacques Pelletier (UQAM), Rémy Ponton (U.Paris I), Pierre Popovic (U.de Montréal), Lucie Robert (UQAM), Régine Robin (UQAM), Fernand Roy (UQAC), Denis Saint-Jacques (U.Laval), Robert Schwartzwald (Amherst U.), Maryse Souchard (U.Cergy), Isabelle Tournier (U.Paris VIII), Alain Viala (U.Paris III) Inscription sur place au moment du colloque : (15$) étudiants, (40$) professeurs CREÜQ centre de «« RECHERCHE EN W LITTÉRATURE _JE_I QUÉBÉCOISE UNIVERSITÉ LAVAL Revivez les grands moments Le Sel MILLER -PI _ HD ROSTAND MERCOURI VIGNEAULT a viDEOCAssrrn POUR LES TROIS VIDÉOCASSETTES »! SRC PERIODICA) LE DEVOIR POUR COMMANDER CHEZ PERIODICA] Tél.(MTL) : 274-3470 1 800 361-1431 tout le Canada Fax:(514)274-0201 rémission de .la semaine Des entrevues de Fernand Séguin Remise des prix Edgar-Lespérance MARIE LAURIER LE DEVOIR En éditeur reconnaissant, Pierre Lespérance du consortium So-gides vient de décerner pour la quatrième année consécutive des bourses de 7000$ chacune à quatre de ses auteurs.Ce sont Serge Patrice Thibodeau, pour L\u2019Appel et s mots (Hexagone) dans la catégorie essais et documents, Sylvain Trudel pour Les prophètes (Les Quinze, éditeur) dans la catégorie création littéraire, Paul Jacob pour son Guide d\u2019,orientation avec carte et boussole (Editions de l\u2019Homme) dans la catégorie livres pratiques, enfin Mia et Klaus pour le.ur album Les Iles-de-la-Madeleine (Éditions de l\u2019Homme), pour la nouvelle catégorie beaux livres et livres illustrés en couleurs.Les auteurs ont été choisis par des jurys formés de neuf libraires et de trois bibliothécaires venant de di- verses villes du Québec.M.Jacques Laurin, coauteur de Ma grammaire (Éditions françaises) qui incidemment connaît un grand succès de librairie, présidait les jurys.Les prix Edgar-Lespérance créés en 1991 honorent la mémoire d\u2019Edgar Lespérance (1909-1964), imprimeur, éditeur et libraire, cofondateur des Éditions de l\u2019Homme.Son fils Pierre Lespérance a pris la relève et dirige les cinq maispns des groupes Sogides \u2014 Les Éditions de l\u2019Homme et Le Jour, éditeur \u2014 et Ville-Marie Littérature, soit l\u2019Hexagone, VLB et les Quinze.Ils récompensent les auteurs d\u2019œuvres originales publiées en français entre le 1er juillet 1993 et le 31 juin 1994.Il va sans dire que les libraires et les bibliothécaires occupent les premières loges pour juger de la valeur et de la popularité des ouvrages primés.L E S P E T I T S B 0 N II E 11 I! S Les plaisirs du vieil âge LES ÉCARTS AMOUREUX De Faut Morand Gallimard, collection «L\u2019Imaginaire, 122 pages.Jusqu\u2019à un certain âge, avouait Paul Morand à un journaliste de la télévision française, on a un ami qui est son corps; et .iis tout à coup c\u2019esl devenu un traître, on vit avec un traître.» Ces propos, il les tenait à l\u2019été de 1971.Il était alors dans sa 85e année.A celui qui lui demande s\u2019il écrit toujours, il répond: «Tous les jours un petit peu.» Y aurait-il d\u2019autres recueils de nouvelles?«Je ne sais pas, je vis au jour le jour; il y en aura probablement si je vis encore un an ou deux ans.» Trois ans p,lus tard, paraissent Les Ecarts amoureux.Il s\u2019agit de trois nouvelles écrites avec le style acéré dont Morand n\u2019a jamais cessé d\u2019être l\u2019apôtre.Bien sûr, le ton n\u2019est plus celui d\u20190«-vert la nuit, ni de l\u2019Europe galante.L\u2019auteur ne chante plus les mérites du cosmopolitisme et des voyages au long cours.Comme l\u2019écrit Jean-François Fogel dans Morand-Express, «vieillir c\u2019est se survivre.Morand a vécu trop longtemps, a vu trop de choses changer autour de lui pour ne pas éprouver qu\u2019il perdait sa place.» N\u2019était de la reconnaissance que lui avait réservée Nimier, Laurent, Hea-dens, Marceau, Blondin et quelques autres, il serait relativement oublié.D\u2019autant que les haines justement suscitées par son attitude pendant l\u2019Occupation n\u2019arrangeaient rien.Que restait-il à ce vieillard qui avait tant vécu, sinon l\u2019écriture?Il s\u2019y livre presque jusqu\u2019à la fin.'Trois ans avant ces Ecarts amoureux, il avait publié un merveilleux livre de souvenirs intitulé Venises.Le recueil qui nous occupe aujourd\u2019hui n\u2019a pas le même panache.Bien que le premier gra ?couverture récit, Un amateur de supplices soit en tous points admirable.S\u2019inspirant de l\u2019Histoire romaine, il met en scèjie Sénèque et Néron.Le tyran, onde sait, contraint le vieux philosophe au suicide.Ce «Je la qu\u2019on ne savait pas encore, c\u2019est que l\u2019affaire pouvait condamne nous être narrée sur un ton d\u2019une étonnante bizarrerie, a vivre», A la fin, Néron empêche ,, .Pauline, la jeune épouse de S ecne-t-ll.Senèque, de le rejoindre dans la mort.Il lui fait refér-mer les veines.«Je la condamne à vivre», s\u2019écrie-t-il.Qu\u2019un vieil auteur s\u2019inspire de faits historiques plutôt que d\u2019une vie ()ù rien n\u2019arrive plus n\u2019a rien d\u2019étonnant.Surtout s\u2019il écrit avec une telle Ligueur.Il y a dans le style de Morand une hauteur qui éloigne ceux pour qui la lecture n\u2019est que passe-temps ou exutoire.Si on ne lit pas Moraiid pour son brio, si on ne parvient pas à en faire son miel, aussi bien passtr outre.La deuxième nouvelle, Les Compagnons de la Femme, rappel de l\u2019avé\u2019n-ture de Saint-simoniens en Asie, Ae se lit pas tout à fait avec autant $e joie, mais Le Château aventureux fui lui succède fait merveille.Véritable conte d\u2019horreur pour enfants attardés, il permet à l\u2019auteur d\u2019évoquer à plusieurs siècles de distance la destinée de deux naines de noble extraction à qui leurs familles veulent éviter de constater l\u2019anormalité de leur condition.Une lecture qui n\u2019a rien d\u2019esseh-tiel - notre vie en est pleine - mais qui nous rappelle qu\u2019un livre n\u2019est riçn s\u2019il n\u2019est pas écrit.Une perle pour terminer: «Maître du premier des arts majeurs, le succès, tout lui avait été ascension, éminence, apogée.» Ne dirait-on pas le meilleur Voltairè?Pourtant, ce n\u2019est à tout prendre qpe du Morand octogénaire.Il est pire façon de vieillir.LE DEVOIR Courez la chance < 1er prix prix Deux billets d\u2019avion à destination de Genève sur les ailes de swissair^T La collection complète des oeuvres de la Bibliothèque du Nouveau Monde .M 4L prix Deux bons d\u2019achats: ¦1000$ Chez Oanipigny ¦1000$ Chez renaüd-bray Chaque semaine, un gagnant recevra 5 ouvrages présentés lors de l\u2019émission*.et un abonnement à la revue littéraire Lettre$ québécoise$ la revue de l\u2019actualité littéraire Pour se qualifier au tirage, les participants doivent identifier correctement le livre d\u2019où sera tirée la phrase mystère qui sera lue en ondes lors de I émission Sous la couverture, le dimanche à 16 h.Chaque participant doit faire parvenir le bon de participation suivant à : Concours Sous la couverture - Le Devoir a/s SRC Télévision C.P.11007 Suce.Centre-Ville Montréal (Québec) H3C 4T9 \u2018Gracieuseté de la librairie de la semaine: Librairie Louis-Fréchette enr rue Notre-Dame Gatineau Les règlements de ce concours sont disponibles à la SRC.Télévision LE DEVOIR * Prix grand public Prix institutionnel sur demande Taxe* et frais de port en mis.Réponse ! Adresse \u2022^Téléphone Code postal Va/* L ip L®*#-: ¦s.\t-j,.' \\ t f qui dédicacera son livre érison EN ECHO K in-Chcirlos Crombo/ La guérison EN ECHO le samedi 22 octobre de I4h à 16h PRIX EN VIGUEUR JUSQU'AU 26 OCT.94 Oampigny 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL TÉL: 844-2587\t0 mtpovai ] ) i I.K I) E V (MK.I.K S S A M K K I K T I) I M A X I II K S» il (I ( T 0 K II K I t> Il I V B, E S Vivement la couleur! L'ENFANT DRAGON Paul Ohl, Libre Expression, 328 pages MICHEL BÊLAI K LE DEVOIR Bien sûr, il y a la Chine, en toile de fond: la Chine «éternelle» évidemment, et si «grouillante de vie».11 y a aussi cette aventure «fabuleuse» de la quête des origines de l\u2019homme au milieu des bouleversements qui agitent l\u2019Empire du milieu alors que se lève lé grand vent du changement.Bien sûr, on retrouve tout cela dans L'Enfant dragon et I beaucoup plus encore.Des personnages hors gabarit: de véritables héros au sens propre du ternie.Du suspense I aussi.Et des paysages merveilleusement décrits.Sans compter des développements très fouillés sur une foule 1 de sujets comme la paléontologie, le trafic de l\u2019opium, le choléra, la lèpre, ou même le sort des coolies à Canton, quelque part à la fin des années 20 \u2014 avec en prime, f tiens, une carte de la ville à la fin du livre.Et tant qu\u2019à y être, une démonstration par le vide de la suffisance de tous ces Occidentaux qui ont eu l\u2019impudence de vouloir I s\u2019incruster en Chine.«\u2022 Bien sûr, Paul Ohl a raison: tous ces parasites ne visaient que leur propre profit.Et l\u2019Occident, des tran-|| chées de la guerre de 14-18 jusqu\u2019aux millions de morts avec lesquels il a assuré sa domination sur l\u2019Asie, n\u2019est qu\u2019une illustration de plus de cette si humaine tendance à écraser tout ce qui est E Autre.Bien sûr, les Chinois K ont tout inventé, peut-être même la race humaine.E Mais fallait-il pour autant faire appel à [ tant de clichés?Com-[ ment se fait-il | qu\u2019on devine toujours à l\u2019avan-i; ce dans l\u2019écriture ! de L\u2019Enfant dragon B l\u2019adjectif qui va ve-nir cadrer une ima-I | ge?Le trait qui va don-\u2018 ner au person-f, nage son allure ' générale?Pourquoi faut-il que le portrait soit dessiné dès que le nom d\u2019un nouveau protagoniste apparaît?Que le lecteur an-! ticipe, non pas ce qui va advenir au | héros mais, presque tou-i jours, la ligne qui suit celle qu\u2019il est en train de lire?Ou encore que la plupart des personnages soient si minces qu\u2019on ne se souvienne d\u2019eux que par ce qu\u2019ils ont fait et non pour ce qu\u2019ils sont?Quand on tient une bonne histoire \u2014 et celle de L\u2019Enfant dragon est à plusieurs titres captiviuite \u2014 il importe aussi de la bien raconter.Parce que, qu\u2019on le veuille ou non, il y a des différences de fond entre l\u2019écriture d\u2019un livre et celle d\u2019un scénario pour la télé ou le cinéma.Ce ne sont pourtant pas les précédents qui manquent D\u2019autres auteurs \u2014 qu\u2019on pense à Malraux, à Duras ou à Clavel, pour ne citer que ceux-là \u2014 se sont intéressés à la Chine ou à l\u2019Asie.Et, à travers le bouillonnement de cet autre monde qu\u2019ils nous ont fait sentir de l\u2019intérieur, leurs personnages continuent à hanter nos âmes.Alors qu\u2019ici, c\u2019est un peu triste à dire, on a l\u2019impression d\u2019être devant une histoire qui attend des images couleur pont se mettre à vivre, à exister vraiment.L'Enfant dragon devrait toutefois connaître un grand succès de librairie avant d\u2019être porté à l\u2019écran comme on l\u2019indique sur la jaquette du livre.Pourquoi?Encore une fois parce que c\u2019est une histoire en or.Ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019on part à la chasse aux «os de dragon».Avec un médecin canadien, Philip Scott, qui a connu les horreurs de la guerre de 14 et dont la femme, Margaret, joue merveilleusement Chopin.I )ans ce Canton de 1923, on sent la fièvre monter: Sun Yat Sen va mourir, Chang Kai Shek apparaît dans le paysage et les Anglais, eux, vont en sortir.Avec comme musique de scène, en arrière-fond, cette Chine en pleine ébullition, Scott s\u2019enferme rapidement dans une obsession: c\u2019est lui qui retrouvera le premier les traces \u2014 les os fossilisés \u2014 de ce que l\u2019on baptisera plus tard le Sinanthropus Peki-niensis.Margaret, elle, préservera leur amour en s\u2019occupant des lépreux.On le devine dès les premières pages du livre, Philip Scott, avec son petit côté Indiana Jones et sa passion pour les «os de dragon», n\u2019est malheureusement qu\u2019un des seuls personnages en trois dimensions de L\u2019Enfant dragon: Les autres, à quelques exceptions près, ne sont que des esquisses.Il faut souhaiter qu\u2019une fois cette fabuleuse histoire mise en images, on les retrouve eux aussi.Tv.iîiï*- .~ > r$&Jâi ange ÿM/ÊÊÊ vlb éditeur DEÏA GRANDE LITTÉRATURE JACQUES BISSONNETTE SANGUINE Un roman noir écrit à un train d'enfer, où l'horreur côtoie la plus grande tendresse.«Dans ce roman vraiment noir, stressant à souhait, l'auteur détend parfois l'atmosphère en nous faisant passer de la détresse à la tendresse d'une manière vraiment machiavélique.» Dominique Paupardin, La Presse.«Jacques Bissonnette a peaufiné son écriture pour accéder à une maturité loin d'être ennuyante.Il prend littéralement le leadership du genre au Québec.» Sylvain Houde, Voir.«Il ne suffit pas de répandre un peu de sang entre les paragraphes pour se réclamer de James Ellroy.Mais il suffit de le faire couler avec talent et imagination pour que naisse un bon polar.Jacques Bissonnette y parvient avec Sanguine.» Isabelle Richer, Le Devoir.Le seul annuaire économique et géopolitique mondial entièrement mis à jour «.de loin la meilleure publication du genre en français.Je le recommande, sans aucune espèce de réserve, à tous ceux qui veulent élargir leurs horizons sur un monde que l\u2019on ne connaît que trop mal.» Claude Picher, La Presse AUSSI L\u2019ETAT DU MONDE Texte-inédit Annuaire economique et géopolitique mondial LA DÉCOUVMTE/BORÉAL 704 pages\u201424,95$ LE Devoir CKAC730© Q Boréal Qui m\u2019aime me lise.\u2022 I.K F K II I I.I.K T O N Sous les pavés, l\u2019ennui tv.uu: - VAN DE WALLE qui dédicacera son livre PEINTURLUPINADE Isabelle M/ies yg Lettres d'une Ophélie jfjËS TRIPTYQUE Téléphone et télécopieur: 597-1666 Lettres d\u2019une Ophélie Isabelle Maes Nouvelles 68 p., 12,95$ A TOUT PRIX les prix littéraires au Québec Robert Yergeau 159 p., 19$ Essai le samedi 22 oct.de 14h à 16h à compter du 26 oct.HUBERT VAN DE WALLE expose chez Champigny 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL TÉL: 844-2587\t0 Mr-RCm Robert Yergeau À tout prix k» prix imtom ta (Xtec Ô-Wjxytpe Qu'ils les ignorent avec superbe ou les espèrent avec angoisse, ou même qu 'ils feignent de s\u2019en moquer tout en les acceptant, les écrivains ne peuvent ignorer les prix littéraires.Trublions, francs-tireurs, rêveurs, forts en thème ou i en indignations, écrivains populaires ou universitaires, rares sont ceux qui n'ont jamais cédé ain mirages des prix.Olivier Rolin des journées folles de Mai 68, le copain devenu écrivain et dont il a lu les livres, «difficiles et fiévreux», où il devine «le dégoût et la tristesse que n\u2019avait pas cessé d\u2019éveiller en nous, en fin de compte, la vie en société, une certaine incapacité à nous montrer familiers de ses rites abrutissants, une nostalgie aussi d\u2019un temps qui ouvrît sur de vastes lendemains».Cette lettre d\u2019une concierge de la rue Grange-aux-Belles, qu\u2019il reçoit avec des mois de retard à Port-Soudan, lui explique que A.s\u2019est suicidé et que l\u2019on a trouvé près de lui une lettre à lui adressée et ne contenant que les mots «cher ami».Elle a cru bon l\u2019en avertir, au cas.Par «devoir d\u2019amitié» le narrateur fera le voyage de Paris pour tenter de reconstituer ce message à jamais perdu.Le roman d\u2019Olivier Rolin est le récit de ce voyage qui est à la fois la quête de la compréhension d\u2019un désespoir d\u2019ami et la liquidation d\u2019un passé décomposé.Le narrateur, revenu à Port-Soudan, écrit: « .je mourrai ici, c\u2019est une affaire entendue».Ce qu\u2019il y a de particulier dans ce roman, où la sincérité souffre parfois d\u2019une élégance forcée, c\u2019est l\u2019inceste posthume du narrateur avec l\u2019ami disparu: « .certains soirs où, en tête à tête avec ma lampe de kérosène, j\u2019ai bu trop d\u2019alcool frelaté, il m\u2019arrive de penser que je suis A., que nous ne sommes pas deux personnes distinctes mais deux états, deux étapes du même homme».Son enquête dans le quartier latin, dans le Paris de maintenant «entré dans l\u2019âge du vulgaire» où «les gens tirent le plaisir et l\u2019ordinaire de leur conversation du spectacle quotidien Dix-sepi nouvelles, dix-sept lettres d\u2019une Ophélie.Elle nous parle encore du fond de sa rivière où elle a noyé son innocence.De la Mer avalée par l\u2019enfant à l\u2019eau qui avale Ophélie, l\u2019histoire se boucle.Ce recueil s\u2019est ru attribuer le prix Gaston-Gouin 1994.té en regardant bouillir les toits de tôle au-dessus du port africain, il fume du kliat eu es|x-mnt dans extas» s nocturnes que le désespoir soil un asile dans lequel il se reposera, ou croyant que, comme Camus dans Noces, «une certaine continuité dans le désespoir peut engendrer la joie».Ses noces sont brumeuses et portuaires avec des filles aux peaux noires et lustrées, elles sont mai quèes d\u2019un ennui maîtrisé et complice, car ce soixante-huitard qui mêlait jadis la révolution à l\u2019aventure (sous les pavés, la plage) et qui eut 20 ans rue Soufflot, des barricades du Boul\u2019mich aux harangues anarchiques de l\u2019Odéon, s\u2019est esquivé avant la fin de l\u2019histoire en choisissant la navigation et puis le hasard et le lointain, persuadé, un quart de siècle tassé sous le bras gauche, que sous les pavés il n\u2019y a rien qui vaille.Navigateur comme Rimbaud était revendeur d\u2019armes, le narrateur d\u2019Olivier Rolin est réveillé de sa prime vieillesse délétère par une lettre qui lui apprend la mort de A, son ami de marionnettes de caoutchouc censées figurer les grands de ce monde», le narrateur va la mener autant sur loi même que sur A.Marche funéraire derrière des idéaux |>erdus.Il retrouve des traces des journées de Mai 68 devenues aussi lointaines que celles de Is Commune ou do Juin 1848.Il pleure, autant que sur son copain suicidé, sur la mort tie l\u2019histoire et puis de la morale et de la politique, «vieilleries» disparues dans «le moutonnement îles actualités».Il regrette d\u2019avoir «mis tant de vertu au service d\u2019idées si férocement vétustes», il admettra aussi qu\u2019«il y eut parmi nous une aspiration aveuglée à l\u2019héroïsme, ou à lu sainteté, qu\u2019on appelle ça comme on voudra».On a lu des post-mortem de Mai 68, de la nostalgie amusée à l\u2019autocritique féroce, mais une telle mélancolie et un tel désabusement sont d\u2019un parfum rare et Olivier Rolin en fait un lamento jusqu\u2019au bord du mélodrame, un chant de douleur qui fera sourire le quinquagénaire Conn-Benefit, Gavroche de celte révolté la qui a su garder la part d\u2019humour sur îes barricades de la rue Cujas.Enquêtant sur le drame de l\u2019ami suicidé, tel le personnage d\u2019Angelo Rinaldi cherchant le mystère de son ami assassiné dans Les Jours ne s\u2019én vont pas longtemps, le polar soixante-huitard d\u2019Olivier Rolin n\u2019a rien non plus d\u2019une série noire.Ce sont polars d\u2019existentialistes.Une concierge lui a parlé d\u2019une femme qui semblait toujours de passage chez A., une infirmière lui a décrit les états dépressifs de l\u2019écrivain, un habitué des jardins du Luxembourg et un ex-co-pain de Mai 68 devenu quincaillier n\u2019ajoutent que détails, et le narrateur fait siens les drames du suicidé, la trahison dans l\u2019amour, la difficulté d\u2019être, la déception de la politique; il mange son âme, comme disent les Soudanais, afin de reconstituer lui-même cette lettre abandonnée.Le narrateur écrit à la place du mort, sur son cahier rugueux de Khartoum, ce qu\u2019il sait être la justification du geste fatal, l\u2019échec d\u2019une société, la sienne, celle de A., où sous les pavés on ne trouve plus que l\u2019ennui.Olivier Rolin a raté son coup l\u2019an dernier avec L\u2019Invention du monde, ouvrage ambitieux qui tentait de donner en 530 pages un portrait à vif du monde tel que perçu dans les informations diffusées un même jour dans les quotidiens de la planète.Il avait rassemblé 500 journaux (en 31 langues) en date du 20 et du 21 mars 1989 car l\u2019on sait qu\u2019il y a toujours deux dates en service sur la Terre.-Il n\u2019est pas arrivé à dégager des liens imaginables ou secrets entre un prisonnier qu\u2019on étrangle dans un pénitencier de Donnaconna et des dames de la Société des épouses de médecins de Ciudad Madero qui préparent un thé-canasta de bienfaisance^ Cette fois-ci, concentré sur un deuil de société plutôt que sur la fôi-rade mondiale, Rolin est plus près de ses pompes et Port-Soudan va d\u2019une sélection l\u2019autre pour les prix de novembre.PORT-SOUDAN Olivier Rolin collection Fiction & Cie Seuil, 125 pages entier pavé de Mai 68 lance dans l\u2019amertume d\u2019une fin de siècle, ou cérémonie des adieux à une jeunesse idéaliste, ou lettre à un ami qui ne vous a pas sauvé la vie, le roman d\u2019Olivier Rolm est tout cela à la fois, mais il est surtout \u2014 et c\u2019est ce qui fait son intérêt au-delà de l\u2019anecdote \u2014 un geste littéraire poignant par lequel un écrivain solde ses vieilles utopies dans l\u2019écriture appliquée d\u2019un vieux chagrin.Comme Nerval au Caire ou Rimbaud en Abyssinie, Nizan vers la mer Rouge, le narrateur d\u2019Olivier Rolin a trouvé le sanctuaire de ses illusions, en forme de colonie pénitentiaire ou de paradis mortel, du côté de l\u2019Afrique, à Port-Soudan, là où les épaves de grands cargos rouiliés sont, il l\u2019écrit ainsi, «mes vanités».On sent tout de suite que le narrateur d\u2019Olivier Rolin \u2014 il raconte «sur le mauvais papier d\u2019un cahier acheté à Khartoum» la mort d\u2019un ami suicidé, hypocrite passeur, son semblable, son frère \u2014 est un exilé romantique et fin-de-siède qui trace (avec une certaine affectation) une romanesque de l\u2019échec.Il a pris le chemin de ce que Nizan appelait «le profond canal des enfers» pour fuir une vie et une ville, Paris où ses amitiés de Mai 68 se sont effilochées dans l\u2019indifférence d\u2019un siècle achèvant sans romantisme, où les idées de ses 20 ans sont noyées dans une conspiration de l\u2019oubli où l\u2019idée même de «changer la vie» est devenue obsolète, sinon un cliché publicitaire.Consul honoraire de la République malgache au Soudan «par une succession de hasards», le narrateur d\u2019Olivier Rolin boit et trafique l\u2019alcool frela- I> I, I I) li y II I K , IKS S A M K )) I 2 '£ K T I) I M A N C H K 2 ii I) CT 11 B H K 1 » » I__ -w LIVRES **- ESSAIS QUÉBÉCOIS\tI\tLITTÉRATURE CANADIENNE-ANGLAISE Pavé dans la mare littéraire Alice Munro, l\u2019ensorceleuse ROBERT \u2022f î\tS A L E T T I ?À TOUT PRIX (IES PRIX UTTtRAIRIS AU QUÏIEC) iRobert Yergeau, Triptyque.158 p.Le monde de la littérature québécoise est petit, on l\u2019a dit et redit.Le public est restreint, à l\u2019inverse pttrfois du capital symbolique que la littérature donne à ses artisans et sc9 commentateurs.Comme l\u2019a déjà montré Gilles Marcotte, au Québec l\u2019institution littéraire a toujours précédé les œuvres.On a crû à la nécessité d\u2019une littérature nationale avant de créer cette littérature.et la nation censée lui donner forme.Selon les critères comptables de l\u2019UNESCO, le Québec ferait partie de ces «pays» dont la faiblesse du lectorat justifie un' «subventionnement» substantiel de la littérature.Peu de lecteurs donc, mais un certain capital sonnant et surtout symbolique pour une littérature qui jusqu\u2019à tout récemment au moins portait le flambeau de notre identité collective.La thèse de Robert Yergeau est relativement simple et très bourdieu-sienne.Conformément aux préceptes de Pierre Bourdieu, réputé sociologue de l\u2019art et de la littérature, la:littérature est d\u2019abord un cadre institutionnel avec ses appareils spécifiques (édition, critique, enseigne- ment.), cadre dims lequel tout écrivain dispose d\u2019un certain statut et à travers lequel se façonnent des conflits que l'on peut dire idéologiques (au sens marxien du terme).De ce point de vue, les nombreux prix littéraires québécois, qui représentent l\u2019aspect le plus visible de ces rapports de force, sont révélateurs d\u2019une autosuffisance malsaine et, plus souvent qu\u2019autrement, relèvent du copinage et du renvoi d'ascenseur.A tout prix, qui vient de paraître, est donc une descente au fond de l\u2019abîme de l\u2019institution littéraire québécoise.Derrière un titre et une présentation (une simple illustration de la Roue de bicyclette de Duchamp qui prend presque toute la place, avec un titre minuscule) aux antipodes de la provocation, se cache une attaque en règle des chapelles littéraires montréalaises (Yergeau montre entre autres choses que ce qu'on appelle littérature québécoise est en fait un phénomène très montréalais).Ce n\u2019est pas la première fois que l\u2019on s\u2019en prend aux effets pervers de l\u2019institutionnalisation de la littérature au Québec.Le Devoir, sous la plume de Jocelyne Richer, avait fait état il y a quelque temps de la concentration des bourses des organismes subven-tionneurs entre les mêmes mains littéraires.Mais l\u2019attaque est ici richement documentée.Je soupçonne que plusieurs écrivains, professeurs et critiques québécois se précipiteront sur ce bouquin pour voir si leur nom y est.Et dans la plupart des cas, ils le trouveront La méthode de M.Yergeau est simple et repose sur une recherche fouillée des commentaires tenus sur la place et le rôle de l\u2019institution.En confrontant les prises de position d\u2019un même écrivain ou d\u2019un même £ £
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