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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1994-11-05, Collections de BAnQ.

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[" pmmmmmm ?LE DEVOIR ?Le Feuilleton Page D3 Littérature québécoise Page D5 ?\\ DTÜ Tri I n Mariemaude Bouthillier Pi PierrM)orion au CIAC Paj.Formes Page D12 I) I M A N C II E S A M E I) I I.E S I) E V O I R N O V K M B R E I !) !) -1 Les Casques bleus entre deux feux PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Puisque les grandes puissances manipulent à leurs fins les opérations de maintien de la paix, l\u2019ONU doit absolument revenir au grand principe qui, sous l\u2019impulsion de Lester B.Pearson, a mené à la création des Casques bleus en 1956: maintenir la paix lorsque que la paix est réellement voulue par les parties en présence.Voilà ce que soutient le journaliste responsable des pages internationales du Devoir, Jocelyn Coulon, dans un essai intitulé Les Casques bleus, publié ces jours-ci aux éditions Fides.Ce livre constitue l\u2019aboutissement d\u2019une longue enquête.Pour le mener à terme, Jocelyn Coulon a en effet parcouru le monde.Il s\u2019est rendu, tout au long de l\u2019année 1993, dans 12 pays et a visité sept missions de maintien de la paix: en Somalie, au Sahara occidental, au Cambodge, en ex-You-goslavie, au Golan, au Sud-Liban et à Jérusalem.Il avait déjà visité, par le passé, les missions à Chypre et au Koweït.Jocelyn Coulon a également réalisé des dizaines d\u2019entrevues avec des soldats, experts et diplomates, de Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l\u2019ONU, au simple soldat fid-jien posté dans le sud du Liban.L\u2019ouvrage qui en résulte, un heureux mariage de reportage et de réflexion accessible à un large public, entend avant tout combler un vide.Depuis 20 ans, note l\u2019auteur, aucun livre publié en langue française n\u2019a tracé pareil portrait d\u2019ensemble des activités de maintien de la paix de l\u2019ONU.Le livre arrive donc à point.D\u2019autant plus que l\u2019avenir des Casques bleus fera l\u2019objet dans les prochains mois d\u2019importantes discussions, en particulier au Canada, pays leader du maintien de la paix.Au cours des dernières années, le rôle des soldats de la paix s\u2019est spectaculairement transformé.Leur nombre aussi, constate Jocelyn Coulon.Il y a trois ans, rappelle-t-il, à peine 11 000 Casques bleus étaient déployés dans 11 missions.«Au 1\" septembre 1994, on recensait plus de : 76 000 soldats de l\u2019ONU, éparpillés i dans 17 missions», note-t-il.Du même ; coup, leurs mandats se sont diversi-: liés, se sont multipliés.«Ils ont dû in-; tervenir dans des guerres civiles, pa-: trouiller des territoires dangereux, or-: ganiser des élections comme au \u2022 Cambodge, désarmer des milices, re-\u2022 construire des infrastructures, proté-; ger des minorités ethniques, échan-I ger des prisonniers, etc.Bref, ils ont ^ dû accomplir toutes sortes de taches ; à mille lieues de leur mission premiè-: re», dit Jocelyn Coulon.!j «Les conséquences ont été ,1 énormes.En 1993, 240 Casques \u2022 bleus ont trouvé la mort, la plupart î du temps au cours de combats, d\u2019at-\\ taques ou d\u2019attentats.Certains ont î été massacrés.En 1991, à peine une l dizaine d\u2019entre eux sont morts, plus J souvent qu\u2019autrement dans des acci-] dents», poursuit-il.Entretemps, une grande confusion ; s\u2019est installée dans l\u2019opinion publique, * au Canada comme ailleurs.Souvent ; parce quelle ignore leur ndson d\u2019être, : la population voudrait voir les Caques : bleus intervenir dans des conflits ou carrément éviter des carnages comme \u2022 au Rwanda ou en Somalie.î|fp» PHOTO SRC René Lévesque s\u2019entretenant avec Jacques Dextraze, commandant du 2' bataillon du Royal 22' Régiment ¦ ¦ RENÉ LÉVESQUE L'étoffe des héros Pierre Godin publie la première biographie à la mesure de René Lévesque PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Il n\u2019y a curieusement pas de dédicace en exergue au premier tome de cette magistrale biographie de René Lévesque que signe Pierre Godin.Mais quand on lui demande de préciser à qui il destine cet ouvrage, l\u2019auteur répond sans hésiter «À tous les jeunes, en particulier à Hélène Jutras», cette courageuse étudiante de 19 ans qui, dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir du 30 août dernier (Le Québec me tue), a dénoncé vigoureusement la médiocrt té ambiante et crié son désir d\u2019exil.«Au lendemain de la télésérie René Lévesque, plusieurs fils de baby-boomers se sont moqués de leurs parents: \u201cC\u2019était ça votre héros!\u201d Les jeunes qui vont lire ma biographie de Lévesque vont découvrir quelqu\u2019un qui n\u2019était pas cet épais, ni ce «pepsi» qu\u2019ils ont vu à la télévision.René Lévesque disait des choses intelligentes et profondes, ce qui n\u2019était pas le cas dans la série télévisée», dit Pierre Godin, précisant du même souffle qu\u2019il refuse de s\u2019engager dans une querelle d\u2019auteurs.«Je lisais le cri du cœur de la petite Jutras et ça me rappelait les années 50.A cette époque-là aussi, il y avait des gens qui disaient \u201con s\u2019en va, il faut fuir cette société médiocre où tout est éteint, où il n\u2019y a pas de débats d\u2019idées\u201d.Jean-Guy Cardinal avait bien résumé ce dilemme: \u201cFaut-il sauver les Canadiens français ou s\u2019en sauver?\u201d, demandait-il.J\u2019ai l\u2019impression que nous vivons une époque pire que celle des années 50.Il y a un vide terrible.Ça se reflète d\u2019ailleurs dans l\u2019état de la presse.La presse n\u2019a jamais été à ce point inutile, amuseuse, facile, voire insignifiante.Il règne un climat général de pesanteur», analyse Godin.«Je lisais la petite Jutras, donc, et je me disais: vas-y, vas te promener dans le monde, tu vas faire tes équilibres.Quand tu reviendras, tu sauras davantage qui tu es.René Lévesque, lui, l\u2019a fait de par son métier.C\u2019était un enfant du siècle, un témoin de son temps.Il a été en VOIR PAGE D 2: LÉVESQUE VOIR PAGE D 2: CASQUES BLEUS LIBERTÉ 215 OCTOBRE 1994\t6$ Pour l * é c o l e EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE À UN MOMENT OÙ TOUS LES REGARDS SONT TOURNÉS VERS ELLE, DOUZE ÉCRIVAINS FONT PARTAGER LEUR VISION DE L\u2019ÉCOLE, CE QU\u2019ELLE FUT, CE QU\u2019ELLE EST, CE QU\u2019ELLE DEVRAIT ÊTRE.POUR L\u2019ÉCOLE, CONTRE LA BÊTISE, L\u2019IGNORANCE, LA MÉDIOCRITÉ: POUR LA VIE.f **txr*0' ÉÉffiÉÉÉ Recette» et propo* culiiuiires vm 304 pages-24,95$ Boréal Qui m'aime me lise 362 jour* pàrannec LIBRAIRIE HERMES 1120, avé.laurier ouest outremont, montréal tel.: 27-4-3669 télec.: 274-3660 Quinze Le nouveau prix Robert-Cliche 1994 sera remis cette année au Salon du livre de Montréal le vendredi 18 novembre prochain sur la scène centrale du salon.A lire absolument, ce Lévesque mis à nu RENÉ LÉVESQUE UN ENFANT DU SIÈCLE - 1 922-1 960 Pierre Godin, Boréal, 476 pages GILLES LESAGE DE NOTRE .BUREAU DE QUEBEC U n enfant du siècle sera-t-elle la biographie définitive de René Lévesque, correspondant de guerre à 22 ans, grand reporter et premier dieu québécois de la télévision radio-canadienne?Nul ne le sait.Chose certaine, le journaliste Pierre Godin a mis toutes les chances de son côté pour que le premier tome du monumental triptyque qu\u2019il vient de publier soit aussi indispensable, incontournable \u2014 selon le terme à la mode \u2014 que ses trois précédents ouvrages sur la Révolution tranquille.Tout y est.Entrevues nombreuses, documentation abondante et riche, rigueur historique de l\u2019analyse, frémissement de la démarche journalistique, élégance de l\u2019élégance, font de cette lecture un vif plaisir.Plus que jamais, le cliché est de mise: ça se lit comme un roman, d\u2019un trait, goulûment.D\u2019autant que, même si beaucoup a été dit et écrit à propos du petit bagarreur brillant et brouillon de New-Carlisle, il restait énormément de facettes à explorer et à mettre en perspective.Ce que l\u2019auteur fait avec minutie et un luxe de détails qu\u2019il sera bien malaisé, désormais, de contester ou de mettre en doute.La sympathie de Pierre Godin envers son héros est bien évidente et il n\u2019essaie nullement de la cacher, comme en témoigne éloquemment son exergue liminaire: «Un peuple est grand quand il produit de grands hommes» (Georges Duhamel).Mais cela ne l\u2019empêche pas, tout en traitant avec déférence et respect son sujet et ses nombreuses sources, de faire revivre devant nous René Lévesque sans complaisance, tel qu\u2019il fut dans son milieu familial, ses collèges (de Gaspé et des Jésuites à Québec), comme war correspondent, journaliste-vedette, époux, père de famille, séducteur et amant à la trop gourmande libido.A cet égard, justement, l\u2019auteur consacre quelques pages, d\u2019une éloquente et émouvante sobriété, au témoignage de la fillç dite «naturelle» de M.Lévesque.A cette aventure survenue à la fin des années 50, un écrivain avide de sensationnalisme aurait pu consacrer un gros bouquin rempli de pathos et d\u2019anecdotes croustillantes.Godin se contente d\u2019évoquer en termes mesurés le cauchemar que fut la vie d\u2019Isabelle (prénom fictif) dans l\u2019ombre d\u2019un père célèbre qui refusait d\u2019assumer tout à fait cette paternité hors mariage.On reprochera sûrement cette cachette de M.Lévesque, cette pudeur de son biographe.Cependant, outre qu\u2019elle s\u2019explique fort bien dans le contexte contraignant du Québec d\u2019alors, il faut se rappeler que M.Lévesque a toujours pris un soin jaloux de ne pas mêler vie privée et vie publique, de ne pas entraîner sa famille, ses autres amours et amourettes, dans son travail quotidien.Pour lui, sa vie privée devait le rester.Et que Godin ait finalement décidé de respecter l\u2019anonymat de cette fille de 36 ans et, partant, celui de.sa mère, se comp-prend et se justifié honorablement.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas la seule vérité que cet ouvrage met au jour.A l\u2019aide de documents et de témoignages iréfutables, Godin démontre que \u2014 contrairement à ce qu\u2019il voulait bien croire et faire croire quarante ans plus tard \u2014 René Lévesque a tout fait pour ne pas aller à la guerre.De même, il tire au clair, probablement de façon définitive, les incidents concernant Mussolini et Goe-ring, survenus à la fin de la guerre.Un travail de chirurgien, propre, discret, sans aucune bavure.Mieux encore que ces incidents dramatiques et épisodes passionnants de notre premier «monstre sacré» des ondes, il me semble que le grand mérite du journaliste, c\u2019est de démonter le ressort qui animait le futur chef de parti, de nous faire partager la passion dévorante qui le propulsait sans cesse.La guerre, l\u2019horrible, l\u2019a troublé et marqué à tout jamais, cet enfant du siècle qui a vu l\u2019horreur de l\u2019Holocauste, la guerre de Corée, la déstalinisation de l\u2019URSS \u2014 au risque de se faire traiter d\u2019espion à Moscou \u2014 la guerre d\u2019Algérie \u2014 au risque de s\u2019y faire interdire de séjour.Rien de banal dans ce destin fébrile et hors du commun, d\u2019un fervent rebelle fils de rebelle, profondément amateur de «beau risque», au sens plein et premier, qui le restera au fond toute sa vie( comme le démontre la suite des choses, que nous attendons désormais avec impatience.Sacré Ti-Poil! En dépit ou à cause de ses contradictions, avec ses grandeurs et ses faiblesses, le René Lévesque de Pierre Godin restera l\u2019un des héros de son temps et hantera longtemps la mémoire collective des Québécois.Avec son biographe chaleureux, on peut estimer de plus que le cheminement du père fondateur du PQ ressemble à celui de Jonathan le goéland de la fable, ce pur symbole de liberté.Comme Jonathan, il a voulu enseigner aux autres goélands de sa tribu à être autre chose que de pauvres goélands bornés se contentant de voler à ras le sol, q voler plus haut, plus vite et plus loin.A ne plus se satisfaire des croûtons de pain et des têtes de poissops tombés de la barque des pêcheurs.A n\u2019accepter finalement, comme le rappelle Godin, comme seule loi digne de ce nom celle qui montre le chemin de la vraie liberté.Avec ses titres évocateurs et sous-titres accrocheurs, ses références, sources et index, ce portrait d\u2019un humaniste séducteur fera date.Et on oubliera vite quelques coquilles, dont les suivantes: André Laurendeau a été pendant 15 ans directeur de ce journal, mais c\u2019est Gérard Fi-lion qui en était le directeur, durant toute cette période; le jeune Dupras qui a jadis accueilli Castro à Montréal se prénommait Claude, et non Maurice; le journaliste Louis Chanti-gny ne s\u2019appelait pas Chantilly; le candidat républicain de 1948 s\u2019appelait Dewey, non Deway.A lire absolument, ce mythique Lévesque mis à nu, avec affection! Un travail de chirurgien, propre, discret, sans aucune bavure CASQUES BLEUS Le mépris des grandes puissances SUITE DE LA PAGE DI Dans son essai, Jocelyn Coulon accuse les grandes puissances, en particulier la France et les Etats-Unis, de mépris envers les Casques bleus.«Les grandes puissances doivent absolument cesser de manipuler les Casques bleus.Elles pervertissent le symbole fort qu\u2019ils représentent L\u2019ONU doit revenir à sa mission première, à un rôle plus modeste, celui de maintenir la paix.Les soldats des Nations unies ne doivent pas devenir des guerriers de la paix.Pourquoi, par exemple, des soldats canadiens iraient donner leur vie pour l\u2019une ou l\u2019autre des parties dans le conflit au Rwanda?», demande l\u2019auteur.L\u2019ouvrage de Jocelyn Coulon fait par ailleurs ressortir clairement la place exceptionnelle des Canadiens \u2014 surtout des francophones\u2014dans les opérations de maintien de la paix Cela remonte aux extraordinaires efforts de Pearson pour trouver une solution à la crise du Canal de Suez et ne s\u2019est jamais démenti depuis.«Le Canada est le leader incontesté du maintien de la paix.Ma tournée dans les différentes missions me l\u2019a encore confirmé.Or, il faut que les gens sachent que notre place actuelle est menacée.D\u2019abord par la réduction des effectifs militaires des Forces armées canadiennes.Aussi par la participation croissante d\u2019autres pays», s\u2019inquiète Jocelyn Coulon pour qui cet ouvrage constitue un hommage au courage et à la bravoure des Casques bleus.LES CASQUES BLEUS Jocelyn Coulon Fides, 360 pages FALARDEAU tourne un plan d\u2019enlèvement, une scène de mort, une séquence d\u2019histoire, le film des événements.dans Octobre (scénario).Stankjg Le seizième «prix de la relève du roman québécois», un roman à la fois historique er policier, doublé d\u2019un roman de mœurs, se déroule dans un milieu qu'aucun romancier ne nous avait décrit auparavant: celui des universitaires des années trente au Canada français.Une histoire vraie ou presque, qui débouche sur un drame mystérieux au cœur duquel se profile l\u2019imposante figure du frère Marie-Victorin.Prix Robert-Cliche de la rtlive du roman québécois RENÉ LÉVESQUE Un ouvrage fouillé et rigoureux qui se lit mieux qu'un roman Mieux qu\u2019un roman On dit souvent, pour vanter les mérites d\u2019une biographie, qu\u2019elle se lit comme un roman.On oublie qu\u2019il y a des tonnes de romans ennuyants! Ce premier tome de la biographie de René Lévesque se lit mieux qu\u2019un roman.C\u2019est un ouvrage fouillé et rigoureux; un ouvrage généreux et vivant; un ouvrage de journaliste, c\u2019est-à-dire rythmé, écrit pour être lu par le plus grand nombre de Québécois possible.Aucun doute: c\u2019est l\u2019ouvrage que devra lire Hélène Jutras quand elle prendra place dans le grand Boeing 747 qui la mènera enfin vers l\u2019exil tant souhaité.! Si le Québec la tue, elle découvrira en revanche toute l\u2019ampleur d\u2019un homme qui s\u2019est tué pour le Québec.Daniel Pinard boréal «Daniel Pinard est à la gastronomie ce que Hubert Reeves est à l\u2019astronomie: un formidable vulgarisateur, un merveilleux conteur et un passionné.» Christine Brouillet, romancière qui fait que, quand il parle, tu sens que ça repose sur du solide.Tu es frappé par la profondeur de l\u2019analyse», explique le biographe.-?- René Lévesque exerce sur les Québécois une fascination qui transcende très souvent toute forme de critique.Il y a souvent chez les combattants de la première heure une volonté d\u2019en faire saint-René.Pierre Godin n\u2019avait surtout pas l\u2019intention de tomber dans le panneau, tout sympathique qu\u2019il soit aux valeurs du héros.Ainsi, Godin démontre que René Lévesque partageait certains traits de personnalité propres aux grands leaders charismatiques.Comme tous ces grands, rappelle-t-il, Lévesque avait «la mémoire défaillante».L\u2019auteur démontre clairement, par exemple, que Lévesque ne voulait absolument pas aller à la guerre, contrairement à la légende qu\u2019il a longtemps perpétuée.Il a donc cédé à la tentation de récrire l\u2019histoire pour laisser une meilleure impression.L\u2019autre trait qu\u2019ont en commun les grands leaders charismatiques, c\u2019est cette tendance à faire souffrir leur entourage.«Dans la vie, il y a deux sortes d\u2019hommes.Ceux qui ont le pouvoir et qui imposent les choses aux autres \u2014 souvent la souffrance.Et les autres, ceux qui souffrent Les femmes qui ont connu René Lévesque n\u2019ont pas été heureuses.Il a laissé des souvenirs douloureux En particulier, à sa fille naturelle longtemps cachée et à sa mère.Je ne suis pas psychologue.Mais je constate que René Lévesque avait des problèmes au niveau de ses sentiments.La perte précoce de son père et d\u2019amis proches n\u2019y était sûrement pas étrangère», risque Pierre Godin sans aller plus loin sur ce terrain.Danie Pinar Pinardi SUITE DE LA PAGE DI quelque sorte notre premier correspondant international.«Plus on est international, plus on rentre chez soi», disait-il.C\u2019est le message que j\u2019envoie à Mme Jutras.Bor-duas et les autres du Refis global, l\u2019ont fait, eux aussi.Ils sont partis», poursuit l\u2019auteur.René Lévesque, Un enfant du siècle, 1922-1960, retrace le parcours de l\u2019homme depuis sa naissance jusqu\u2019à sa fracassante entrée en politique en 1960.C\u2019est la période la moins connue de la vie de René Lévesque: son enfance à New Carlisle, son admiration immense pour son père, ses années au séminaire où déjà il se distinguait par son amour des livres, ses gloires de correspondant de guerre, à Dachau et en Corée, sa carrière de journaliste brouillon et génial.L\u2019ouvrage s\u2019inscrit dans la lignée de la vaste chronique de la Révolution tranquille à travers les premiers ministres entreprise par Pierre Godin avec ses ouvrages sur Daniel Johnson et Jean-Jacques Bertrand.Voici donc René Lévesque.Pour mener à terme son projet, l\u2019auteur a réalisé plus de 250 entrevues et dépouillé des milliers de documents familiaux et officiels.De plus, Pierre Godin a pu consulter le Fonds René Lévesque, grâce à une permission spéciale de Corinne Côté-Lévesque.«Pour la jeune génération, je crois que c\u2019est un livre important.J\u2019ai toujours été sceptique à l\u2019égard des héros et des monstres sacrés.Mais quand tu regardes sa trajectoire, tu dois admettre que c\u2019est un véritable héros.C\u2019est-à-dire quelqu\u2019un qui, toute sa vie, se bat pour une ou deux grandes idées et qui ne lâche pas.Quelqu\u2019un qui pose à l\u2019occasion des gestes éclatants, Pierre Godin des gestes de courage.Son parcours est tout à fait celui d\u2019un héros, au sens grec du terme.Il finit d\u2019ailleurs comme un héros, une idole blessée, une idole cassée.C\u2019est très pathétique», raconte le journaliste.Deux grandes idées, en effet, ont animé Lévesque tout au long de sa carrière.Et ce premier tome de sa biographie permet de voir que ces deux grandes idées ont de solides racines.D'abord, il y avait la nécessité de démocratiser cette société où régnait, du-plessisme oblige, la corruption.Ensuite, la prise en main des Québécois par eux-mêmes, la souveraineté.«Ce livre-là nous permet de comprendre ce qu\u2019est devenu René Lévesque après 1960.S\u2019il se lance en politique cette année-là et devient tout de suite une mégastar, ce n\u2019est pas gratuit.C\u2019est la conséquence directe de sa vie de globe-trotter, d\u2019enfant du siècle qui a vu Dachau, qui a été le témoin parfois horrifié de son temps.C\u2019est ce TSF üü v>v> ü îriptiijiir \u2018\"X r/^ ;¦\u2022,FST PRÉVOST ANTOINE \t PIÉGÉ Boréal 240 pages-22.95S Qui m'aime me lise mmi ifluire tenant l\u2019idée qu'il puisse éprouver de l\u2019amour pour la criminelle qu\u2019il défend va la dépouiller de ses moyens, et de sa raison.C\u2019est avec un raffinement d\u2019observatrice aguerrie que Françoise Gi-roud donne vie à ce scénario usé, sans y faire de fouille, et qu\u2019elle nous retient de page en page même si le passage du temps est élastique et que l\u2019on y cherche en vain la nouveauté d\u2019un regard, quand on y trouve des clichés certes bien cirés mais des clichés tout de même comme lorsque la narratrice dit «je risquais de fondre comme du beurre dans une poêle chaude» ou qu\u2019elle se dit «douce comme un caramel fondant».Le catleya version Françoise Giroud a-t-il la souplesse des montres de Dali.?Que dire vraiment de ce roman d\u2019une des femmes les plus respec- tées de Paris?Qu\u2019il est frais.Qu\u2019il est clair et net.Qu\u2019il est un peu court, car on ne travaille plus beaucoup de nos jours.Si l\u2019on veut \u2014 pour rester dans le thème \u2014 lire des choses magistrales sur le mécanisme de la jalousie il faut retourner en arrière; je relisais ces jours-ci le; conte de Diderot, Madame de la Carlière, c\u2019est d\u2019un moderne, le sa-1 Ion de Diderot est plus vif que celui de 1969 où s\u2019encanaille au scotch une bourgeoisie du livre, et le cher-Diderot a les mots pour le dire; de l\u2019état de Madame de la Carlière, qui rompt en public avec son mari dont elle a trouvé des lettres à une autre femme, il écrit: «une griffe de fer lui serrait le cœur et tiraillait ses entrailles».Le roman de Mme Giroud manque de fer, mais elle ne m\u2019en voudra pas de la comparer désavantageusement à Denis Diderot.L v sainte famille Roman Anne Elaine Cliche 242 p\u201e 20 S Téléphone et télécopieur: 597-1666 Sas Essais André Gên ais 292p., 23 $ Plus de 300 000 lecte l\u2019attendaient! Une suite palpitante, des dénouements imprévisibles et une fin à couper le souffle comme seule ARLETTE COUSTURE en possède le secret.Dès le 14 novembre Sublime, il a dit sublime.donnez sang risque T' + La Société canadienne de la Croix-Rouge Services transfusionnels SEXTANT André Gorvais Sas û Triptyque André Gervais, poète et universitaire, regroupe en ce recueil de pétillants articles, dont plusieurs inédits, à propos de la littérature et aussi de la chason: Emile Nelligan, Saint-Denys Garneau, Roland Giguère, Gaston Miron, Gérald Godin, Gilbert Langevin, Gilles Vigneault, Luc Plamondon, etc., sont finement interpellés.puisque Mai 68 a juste un an et qu\u2019il a délié Paris comme il a réveillé cette quadragénaire au bord de l\u2019engourdissement bourgeois.Ses émeutes à elle ont pris l\u2019allure d\u2019un dilemme simple: le droit de travailler ou le divorce.Une lueur d\u2019effroi dans le regard du jeune avocat: c\u2019est d\u2019abord cela qu\u2019elle remarque.Ils se lieront vite, après le dîner chez Lipp il sera déjà chez elle, séducteur, et elle sur ses défenses, curieuse.Françoise Giroud, telle une Sagan sans saganis-me, réussit à vous tenir avec ce jeu du chat et de la souris, jeu si pérenne, si classique, si banal et toujours nouveau quand on a les mots les plus clairs pour vous y garder en attente.Croyons-nous encore à de tels cirques amoureux?Tout y est chez Giroud si relevé, si juste, que le mot même de gigolo, s\u2019il apparaissait, quand la quadragénaire paye des vacances à son jeune homme et lui refile sa Mercedes, ferait le bruit d\u2019un bloc de béton armé tombant sur la marqueterie d\u2019un hôtel particulier du faubourg Saint-Germain.Dans ce monde chic la jalousie fait son chemin de ravage.Bernard-Henri Lévy, dans le dialogue qu\u2019il a tenu avec Françoise Giroud (Les Hommes et les Femmes, chez Olivier Orban, maintenant au Livre de poche), disait que «ce qui déclenche la jalousie, ce qui met en branle son mécanisme, ce sont des choses ténues.C\u2019est un regard, par exemple.Une mine.Une moue».Dans le roman de Françoise Giroud c\u2019est un mot, le mot «sublime», mais c\u2019est surtout la façon émerveillée dont le jeune avocat le prononce lors d\u2019un souper en ville, en parlant de la cliente qu\u2019il a à défendre, une criminelle qui a tué son amant.Le doute.La quadragénaire s\u2019élait prise au jeu amoureux de l\u2019orphelin \u2014 «mon petit Jerzy» page 128, «un grand fils» page 132 \u2014, elle aime ce garçon depuis qu\u2019il lui a appris qu\u2019il a vu à cinq ans, depuis un placard où sa mère l\u2019avait caché, ses parents enlevés par la Milice direction le Vel d\u2019Hiv.Main- Antoi Prevo Un témoignage personnel et émouvant du destin tragique de celui qui allait faire entrer la poésie québécoise dans la modernité.k ton 1994.tous «(.) vraiment exceptionnel» Reginald Martel, La Presse «C\u2019est sur le thème de la mort de Pierre Mosse, an enfant (de près de trais ans) ipæ La sainte famille développera six «variations» d\u2019autant de membres de la famille (le père d\u2019origine juive, Elie Moses, a modifié son nom et épousé une Garneau.) une remarquable transposition des Variations Golberg (.).La preuve indéniable de ses dons.» Jacques Allurd, Le Devoir En vente chez C\u2019était alors la journaliste qui perçait, jeune fille brillante qui avait fait la script dans les studios de Joinville au temps où allait être houspillé le cinéma de papa par les jeunes loups Truf-faut-Godard-Chabrol, une bande qu\u2019elle baptisera du nom de «la nouvelle vague».Plume d\u2019une souplesse inouïe, élégance et clarté de la formule, du Giroud.Ça éclatait à chaque page dans ce bouquin de 1952 où elle nous brossait une personnalité comme un peintre au motif, changeant de manière selon le modèle qui la recevait.C\u2019est là que j\u2019ai saisi comment le ca-méléonnisme avec l\u2019interviewé était une humilité journalistique, en même temps qu\u2019un coup de maître quand vous écrivez votre interview avec une passion de plume.Lorsque Françoise Giroud dressait le portrait de madame Vincent Auriol on sentait le pot-au-feu faire son œ,uvre sous les lambris de l\u2019Elysée, et lorsqu\u2019elle avait Pierre Brasseur devant elle c\u2019est du fracas de coulisse qui ponctuait les paragraphes.Toujours la formule précise et lumineuse, Piaf «avec sa voix plus grande qu\u2019elle», Odette Joyeux «née pour avoir 16 ans», ou Trenet «un gosse turbulent plus qu\u2019une vedette capricieuse».J\u2019ai relu son portrait du François Mitterrand ministre des Anciens combattants à la fin des années 40: «le plus jeune ministre de France depuis l\u2019Empire».C\u2019est encore vif, c\u2019est toujours net: «Il détonne toujours un peu dans les salons comme un gratte-ciel dans un village moyenâgeux».Elle écrivait de ce Mitterrand de 36 ans: «François Mitterrand vieillira, comme tout le monde.Il aura des coups durs, com- Françoise Giroud me tout le monde, ses échecs et ses remords, ses petites trahisons et ses heures de doute, comme tout le monde».On aimerait avoir écrit cela en 1952.?C\u2019est en 1969 que Françoise Giroud place la rencontre de ses personnages dans Mon très cher amour., une bourgeoise divorcée de 40 ans et un orphelin juif de 33 ans.Elle est agent littéraire, se refaisant une vie après le divorce; il est avocat en quête d\u2019un premier dossier d\u2019importance, sinon d\u2019éclat.Ils sont près du buffet dans un cinq à sept d\u2019éditeur.Ils fileront chez Lipp tester leurs intuitions.1969, c\u2019est l\u2019am;ée où Pompidou entre à l\u2019Elysée, où Neil Armstrong met le pied sur la Lune, où l\u2019on s\u2019arrache Papillon et où l\u2019on fredonne Je t\u2019aime moi non plus.Décor de liberté nouvelle, de fuites, d\u2019insolence, et d\u2019interdits d\u2019interdire Que dire vraiment de ce roman d\u2019une des femmes les plus respectées de Paris?Qu\u2019il est frais, clair et net.Qu\u2019il est un peu court, car on ne travaille plus beaucoup de nos jours.serves Anne Êlaine Cliche LA SAINTE FAMILLE R O B E R T LÉVESQUE ?MON 1RES CHER AMOUR.Françoise Giroud Grasset, 149 pages J } aime le mot jalousie, si beau, si plein, qui sonne comme une musique an-dalouse mais qui mène Othello au crime.; j\u2019aime les œuvres de la jalousie, sur le plan littéraire bien entendu, jalousie mesquine des Albertine de Tremblay, jalousie noble des héroïnes d\u2019opéras italiens.1 Dans sa racine grecque c\u2019est zélos que l\u2019on trouve caché dans jalousie, C\u2019est-à-dire le «zèle»; ça c\u2019est épatant! On met tant d\u2019ardeur à croire l\u2019autre capable \u2014 et coupable \u2014 de vous trahir.C\u2019est fondamental la jalousie; c\u2019est l\u2019une des deux ou trois choses que l\u2019on sait de l\u2019homme et c\u2019est l\u2019un des grands thèmes de la littérature, depuis Shakespeare jusqu\u2019au Julian Bames d'Avant moi, de Guitry qui la cabotine en scène à Genet où elle se développe en trahison, tout le monde passe par la jalousie un jour ou l'autre, pour la maudire ou la déguiser, la décrire ou la démasquer, et la nier, souvent.?* ?\u2022 Françoise Giroud en fait le sujet de son second roman; c\u2019est une jalousie chic et sobre comme un tailleur Chanel.Elle n\u2019insiste pas dans le roman, Françoise Giroud qui donne des textes aux éditeurs depuis 42 ans et n\u2019en a commis que deux.C\u2019est que Mme Giroud fait du roman comme d\u2019autres font de grands voyages, une fois ou deux par vie.Je me souviens de ma première Françoise Giroud, la journaliste de L\u2019Express, les années soixante, et ce bouquin de 1952 que j\u2019avais déniché chez un revendeur il y a longtemps.Cela s\u2019appelait «Françoise Giroud voùs présente le tout-Paris», sous couverture bleu mondain, chez Gallimard dans une collection que dirigeait Pierre Lazareff à l\u2019enseigne de 4\u2019Air du temps».Ce bouquin n\u2019a jamais quitté ma bibliothèque.Françoise Giroud m\u2019y a donné de grandes leçons de portraits journalistiques.De St-Denys l\u2019enfant piege 1) I I.!\u2022: I) K VOIR.I, li S S A M K I) I .r> K T I) I M A \\ C II K li N O V K M B li K I I) !) I LITRES ~- Paul Ohl Philippe Labro On ne badine pas avec l\u2019écriture La recette du succès '¦ Ôèmonville Le Québec face h Pétain et à la Collaboration Yves Lavertu % L'auteur de L\u2019Enfant dragon a appris d\u2019Hubert Aquin que l\u2019écriture n\u2019est pas un amusement, une distraction ou un loisir.GILLE MARCOTTE *¦< * V Ly homme parle abondamment, in-i tensément, hachant çà et là son propos de gestes tantôt secs tantôt doux, des gestes, s\u2019imagine-t-on, venus de son goût des arts martiaux, comme en témoignent encore sa car-rifre et des proéminences que sa veste en denim n\u2019arrive pas à cacher tout à fait.Paul Ohl parle gravement.L\u2019auteur de L\u2019Enfant dragon tout récemment publié par Libre Expression ne badine pas avec l\u2019écriture, comme on le verra.Dans ce cinquième roman, il poursuit son cycle des civilisations et nous entraîne cette fois dans la Chi-ïfe de tous les mystères, sur la piste du plus grand secret: les origines de fjÿu inanité.s \u2018 Enfant de la guerre et d\u2019Alsace, \u2018«transplanté» au Québec à l\u2019âge de vonze ans, puis ce sont les forces armées pendant sept longues années, Lie désert culturel», puis les études en sciences sociales, la fonction publique, les premiers coups de plume, fa rencontre marquante avec Hubert Aquin, ainsi de suite.S\u2019asseoir en Race de Paul Ohl, c\u2019est l\u2019entendre raconter tout cela.Alors on met le magnétophone en marche.et on apprend qu\u2019il y a une dizaine d\u2019années, Icet enfant de la guerre qui y a perdu ;son père a finalement fait de l\u2019écritu-je de fiction sa vocation.Tout partait fde bien loin.| «Mon enfance a été une enfance \u2018silencieuse, raconte-t-il.Une enfance ;où tu ne peux pas parler parce qu\u2019on Rapprend à ne pas parler.On t\u2019ap-\u2019prend à tout garder pour toi, à ne \u2018rien dire de peur que ce qui est dit ¦puisse créer la catastrophe ou la tragédie.C\u2019est le cas bien sûr en Alsace Ses enfants dont les Allemands se 'sont largement servis d\u2019ailleurs compile délateurs inconscients.f «En même temps est venu chez îces enfants du silence un imaginaire passez débordant, assez puissant ^\u2019ailleurs, c\u2019est-à-dire qu\u2019on s\u2019est créé \u2022un monde parallèle.C\u2019est, je pense, bon pas seulement mon cas, mais ce-3ui de tous les enfants de ce moment be l\u2019histoire.Je suis né en 40, je suis Tenfant dragon, je suis né l\u2019année du ^dragon et je suis donc un dragon-td\u2019une certaine manière, explique-t-il.31 y a un lien, entre autres, avec le âitfe.Il ne peut pas y avoir d\u2019autre Titre à ce livre que L\u2019Enfant dragon 5ça!c\u2019est clair».i Paul Ohl est arrivé au pays par ba-Çteàu, l\u2019âge de IL ans.A Québec, pour ensuite aboutir à Belœil, après 3es quelques périgrinations auxquelles se trouvent souvent contraints les émigrants.: «Une enfance dont j\u2019ai de formi-\u2022dables souvenirs, sur la rive sud, à Selœil surtout.C\u2019est une fenêtre sur pne liberté, une espèce d\u2019évasion, 'constamment.Le mont Saint-Hilaire, jça été un terrain de jeux, la rivière ^Richelieu, ça été un terrain de jeux, \u2019ça été ma piscine de tous les jours pendant des années.» c II quitte la famille à l\u2019âge de 17 ans.Il fait du temps dans l\u2019armée.7 «Pas de lueur de littérature vraiment à l\u2019adolescence, dit-il.J\u2019ai des dois éliminer des choses et en retenir d\u2019autres.Tu n\u2019as pas ce problème-là dans l\u2019armée.» Il doit néanmoins à l\u2019armée, lors d\u2019une expédition, loin, très loin, un «moment de grâce», comme il dit, qui allait jouer un rôle dans son destin d\u2019écrivain.«Il y a eu un premier moment d\u2019éblouissement que j\u2019ai eu un soir de 1961 alors que j\u2019étais en relation avec un autre monde, un au-delà.L\u2019endroit où nous étions c\u2019était nulle part, «in the «J\u2019ai réalisé que je me suis trouvé un outil par lequel on pouvait crier l\u2019espoir et le désespoir, la vie et la mort, qui confère pendant de très brefs moments une énorme puissance.» PHOTO ARCHIVES «J\u2019ai un peu un instinct suicidaire parce que je pars à l\u2019assaut d\u2019une montagne qui me paraît par définition inaccessible, l\u2019écriture de fiction», explique Paul Ohl.goûts très simples, de toutes façons il n\u2019y a pas une culture du livre à la maison.Mais je vis avec Edgar Rice Burroughs, je vis avec Tarzan, avec Jules Verne et je vis avec la collection «Signes des pistes».Au plan des GUERIN ROMANS QUÉBÉCOIS 1.\tLE POIDS DES OMBRES, Marie Laberge - éd.Boréal 2.\tUN ANGE CORNU AVEC DES AILES DE TÔLE, Michel Tremblay - éd.Leméac/Actes Sud 3.TOUT DORIS, Doris Lussier - éd.Slanké 4.MOI, MIKE FROST, ESPION CANADIEN, Mike Frost, Michel Gratton - éd.de l\u2019Homme 4g\" ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.MALGRÉ TOUT, L\u2019ESPOIR, Paul Longpré - éd.Fidès 2.\tLE GUERRIER DÉSARMÉ, Robert Blondin - éd.Boréal 3.\tOBÉSITÉ, ANOREXIE NERVEUSE ET FÉMINITÉ, Marion Woodman - éd.de la Pleine lune 4g\" ROMANS ÉTRANGERS 1.\tVA SAVOIR, Réjean Ducharme - éd.Gallimard 2.\tL\u2019ALCHIMISTE, Paulo Coelho - éd.Anne Carrière 3.\tPARIS XXe SIÈCLE, Jules Verne - éd.Hachette 4.HARCÈLEMENT, Michael Chrichton - éd.Robert Laffont 4g\" ESSAIS ÉTRANGERS 1.JÉSUS, Jacques Duquesne - éd.Flammarion 2.L\u2019ÉTAT DU MONDE, collectif, La Découverte - éd.Boréal 3.DERNIÈRES NOUVELLES DU COSMOS, Hubert Reeves - éd.Seuil 4g\" LIVRE JEUNESSE 1.GAYA ET LE PETIT DÉSERT, (livre K7), Gilles Vigneault, Nouvelles - éd.de l\u2019Arc 4g\" LIVRES PRATIQUES 1; COMMENT J\u2019AI GAGNÉ TROIS GROS LOTS À LA LOTERIE.Daniel Corriveau -éd.Québécor 2.LE GUIDE DE L\u2019AUTO 95, Jacques Duval - éd.de l\u2019Homme 4g\" COUP DE COEUR 1.LES TROIS MINUTES DU DIABLE, Danièle Sallenave - éd.Gallimard lectures ça se limite à ça.» La traversée du désert «Mon premier classique je l\u2019ai lu j\u2019avais 24 ans: je découvre Balzac, Stendhal, j\u2019entends pour la première fois le nom de Chateaubriand, de Proust, parce que sur le plan culturel propre, j\u2019ai traversé le désert de l\u2019âge de 17 à 24 ans.Je n\u2019ai pas ouvert un livre: je suis dans les forces armées.Officier au Royal 22e, parachutiste, je m\u2019intéresse à la guerre, je lis des livres sur la stratégie militaire et j\u2019ai le sport comme seul et unique préoccupation en dehors de mes tâches militaires.Rien d\u2019autre, je ne connais ni théâtre, ni littérature, ni musique, je ne sais rien de ça.C\u2019est le désert culturel à proprement parler.» A la sortie du désert, il s\u2019en va en sciences sociales à l\u2019Université de Montréal.«Je ne m\u2019attarde pas outre mesure sur cette période parce que ma vie est très bousculée à ce moment-là.Je suis socialement inadapté.Quelqu\u2019un qui sort des forces armées brutalement comme ça et se lance dans la vie, doit trouver un sens nouveau à sa vie; ce n\u2019est pas tellement évident.Dans l\u2019armée, c\u2019est facile, c\u2019est une vie de premier niveau, c\u2019est une confrérie, c\u2019est des gens qui vivent avec des codes très précis: tu fais les choses telles qu\u2019elles doivent être faites et tu n\u2019auras pas de problèmes.La vie c\u2019est autre chose: tu es constamment devant des choix, tu «in middle of nowhere».Il y eut une bousculade de mots qui cherchaient à décrire ce que je venais de ressentir.«Plusieurs années plus tard j\u2019ai réalisé que je me suis trouvé un outil par lequel on pouvait crier l\u2019espoir et le désespoir, la vie et la mort, qui confère pendant de très brefs moments une énorme puissance.Le sentiment d\u2019être un peu surhomme.C\u2019est notre imagination, notre imaginaire, qui donnent vie à des personnages, qui leur donnent des parcours, qui permettent de modifier le cours de l\u2019histoire.Moi je trouve ça extraordinaire.C\u2019est ça qui m\u2019a mis sur le chemin de Hubert Aquin.«Au moment où j\u2019ai commencé à écrire pour vrai, je me remémore instantanément ce moment-là qui pour moi est un état de grâce, une révélation.C\u2019est le chemin de Damas, je tombe en bas de mon cheval comme on dit pour faire la référence biblique.» Après avoir «attaqué» ce qu\u2019il appelle son «parcours de littérature de sport», notamment La Guerre olympique, Les Gladiateurs d\u2019Amérique, Le Dieu suave (Jim Thorpe), La Machine à tuer (réquisitoire contre la boxe professionnelle) et un petit roman in-tutlé Knockout, Paul Ohl fait le saut vers l\u2019écriture de fiction.Hubert Aquin, qu\u2019il a connu trois ans avant son suicide, pour qui «je règle même une affaire très intime lors d\u2019un voyage en Scandinavie», dont il a «vécu de près» la crise avec Roger Lemelin, Aquin qui lui rappelle aussi Mishima, l\u2019inspire particulièrement.«En 1981 je prends la décision, pour moi c\u2019est une très grande décision, c\u2019est un virage de ma vie aussi et je pars à l\u2019assaut de la montagne.J\u2019ai un peu un instinct suicidaire parce que je pars à l\u2019assaut d\u2019une montagne qui me paraît par définition inaccessible, l\u2019écriture de fiction.Mais avec les balises que Hubert Aquin m\u2019avait données avant sa mort, une rencontre très importante parce qu\u2019elle m\u2019a ouvert la porte du sens de l\u2019écriture, son sens sacré, sa gravité: j\u2019ai compris que ce n\u2019est pas un amusement, une distraction ou un loisir.» Bref, non \u2014 que non! \u2014 Paul Ohl ne badine pas avec l\u2019écriture.UN DÉBUT A PARIS Philippe Labro Paris, Gallimard, 1994.352 pages HERVÉ G U AY Mille raisons expliquent le succès de ce Début à Paris de Philippe Labro.Je retiens pour commencer que Labro sait fort bien que les premiers à faire vendre les livres, ce sont les journalistes.Alors en leur parlant de leur métier et de ce qu\u2019il faut casquer pour y exceller, le romancier fait vibrer une corde sensible qui, il est vrai, aurait pu tout aussi bien les lui aliéner s\u2019il n\u2019avait pas su s\u2019y prendre.Et là-dessus, vous aurez compris que Philippe Labro est un ratoureux.Certes, il y a la manière.Et la manière Labro, croyez-moi, c\u2019est un véritable rouleau compresseur qui ne libère le terrain qu\u2019une fois complètement aplani.Par contraste, les outils de son protagoniste pour parvenir au sommet dans Un début, ce sont ceux de la jeunesse de toujours: de la naïveté, un zeste d\u2019authenticité rafraîchissante, de l\u2019insolence \u2014 juste ce qu\u2019il faut, cependant \u2014 mais surtout un terrible appétit de réussite, cette ambition qui vrille son récit de fond en comble et qui le rend capable du meilleur pourvu que la première marche, elle, ne lui soit pas dérobée.Son matériel, comme il l\u2019avait fait précédemrpent avec son adolescence pour L\u2019Étudiant étranger, il le puise dans les méandres de sa carrière exemplaire (il fut en France un journaliste réputé et un homme de radio redouté) Il suit en cela l\u2019itinéraire de nombreux écrivains avant lui.Néanmoins, Labro cherche moins à re- nouveler le roman d\u2019apprentissage qu\u2019à rendre, fidèle à ses maîtres, l\u2019incroyable inconscience de la jeunesse, sans quoi rien n\u2019arrive.C\u2019est là sa force d\u2019avoir su assimiler sans complexe l\u2019héritage de Stendhal et compagnie, l\u2019efficacité américaine et surtout cette clarté inimitable qu\u2019avaient tant d\u2019écrivains en France dans les années 40.Pourtant, comment ne pas voir par-dessus tout, au-dessus d\u2019Un début à Paris, l\u2019ombre gigantesque des Illusions perdues de Balzac?Reconnaissons donc tout de suite à Labro d\u2019avoir su si bien s\u2019inscrire sous l\u2019aile de ses divers prédécesseurs, de ne pas les avoir trahis et de ne pas s\u2019être perdu parce qu\u2019il les a imités.Bref, de s\u2019être servi pour écrire un bon livre des mêmes moyens qui lui ont permis de se hisser comme journaliste.Et ces moyens, ces techniques, l\u2019apprentissage par lequel il est passé pour monter, Labro ne se fait pas prier pour le mettre en scène.Voilà ainsi son alter ego, observateur et soucieux d\u2019apprendre, qui saisit tout jeune les, conseils au vol.Doué, le jeune loup se met sans tarder un pied dans la porte d\u2019un journal.Pre: mière étape d\u2019une ascension aussi préméditée qu\u2019irrésistible.Ce sont principalement les vieux faits-diversiers qui instruisent le jeune homme.Il copie avec zèle leurs bons tmcs et leurs méthodes, comme la «planque», ou encore, à leur instar, il se met à la recherche de la maman du criminel pour obtenir une entrevue juteuse.Cette dernière recommandation donne justement lieu à une excellente scène où l\u2019apprenti reporter s\u2019entretient avec la mère d\u2019un criminel célèbre.La manière Labro, croyez-moi, c\u2019est un véritable rouleau compresseur qui ne libère le terrain qu\u2019une fois complètement aplani.YVES LAVERTU L\u2019AFFAIRE BERN O N VILLE Le Québec face à Pétain et à la Collaboration (1948-1951) Préface d\u2019André Malavoy «Il est terrible de penser que l'histoire sera écrite uniquement par nos adversaires.» Lettre de Jacques de Bernonville à Robert Rumilly, le 7 février 1968.Voici un ouvrage d'histoire passionnant qui, sous des allures de roman policier, reconstitue, à partir d'enquêtes et de sources inédites, une tranche du passé immédiat du Québec.Mais celui qui s\u2019est lancé à la conquête de Paris ne s\u2019arrête pas en si bon chemin.11 se montre dans le beau monde, tâche de rencontrer au bon moment ceux qui comptent dans la profession.Ce qui permet à Labro de brosser un tableau très vivant du milieu journalistique, des cafés et de glisser de surcroît le portrait réussi d\u2019un patron important de l\u2019époque, le directeur de France-Soir, Pierre Lazareff.Son conseil le plus judicieux: »Si l\u2019on est pas très intelligent, il faut être très intelligible.» Car Un début à Paris s\u2019avère aussi un roman à clefs mais le lecteur québécois ne sera pas trop désemparé.On est en pleine Nouvelle Vague.La guerre d\u2019Algérie ne porte pas encore son nom mais elle pointe bel et bien à l\u2019horizon.Et le conflit menace même sérieusement le héros de Labro qui craint de ne pas avoir le temps de sortir du rang avant de servir sous les drapeaux.Le roman se termine heureusement sur le départ pour le service militaire de la «petite merveille».Et la boucle est bouclée sur ces années d\u2019innocence non sans qu\u2019elles n\u2019aient fait quelques victimes et que le narrateur en ait tiré les leçons qui s\u2019imposaient Entre temps, Labro a conduit son récit de main de maître.Il se permet en outre un début un tantinet littéraire, suivi bientôt de la première séquence où son héros rencontre Biaise Cendrars pour son quotidien, L\u2019Etoile.Le ton est donné.Littérature et journalisme vont s\u2019entremêler jusqu\u2019à la fin, l\u2019un menant à l\u2019autre, forcément.Encore que cette fois, Labro semble être passé pour de bçn I du côté des lettres, de celles qui oiè-I nent aux prix prestigieux comme le I Concourt.On verra si je me trompé.) L K I) K V 0 1 H , I, K s S A M V.I) I .1 K T l> I M A X (' Il K (j \\ o \\' !¦; ,\\| |{ K K i g g | -\u2014L I V 11 E S \u2014.- î) r> Un géant au pays des aveugles LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Le malaise identitaire Jean-Louis Gagnon a rendu hommage à Victor Barbeau lors du cinquantenaire de VAcadémie des lettres MICHELLE PARENT COLLABORATION SPÉCIALE Victor Barbeau s\u2019est accroché à la vie jusqu\u2019à la veille de son centenaire.Jean-Louis Gagnon fit l\u2019éloge avec passion du fondateur de l\u2019Académie des lettres.«11 était digne.Il avait l\u2019allure encore si fière même s\u2019il était vieux, que je le croyais immortel ou presque.Il ne m\u2019était jamais venu à l\u2019esprit qu\u2019il ne pourrait plus être là le jour où j\u2019aurais à rappeler tout ce que le Canada français lui doit.» Au cours de son allocution, M.Gagnon l\u2019a dépeint comme un combattant du régionalisme, un homme impitoyable à l\u2019égard des institutions, de ceux qui profitaient impunément de l\u2019ignorance et du comportement servile des victimes de l\u2019école et de la politique.Barbeau a mis en cause l\u2019enseignement dirigé par le clergé, l\u2019école rurale, urbaine et la politique, trois institutions qui avaient pourri l\u2019âme canadienne française.Il a aussi attaqué les politiciens, ces élus du peuple garants de l\u2019enseignement, et dont les prêtres avaient la responsabilité.Le gouvernement acceptait cette situation.Il ne frisait pas son devoir.Lieutenant de la Royal Air Force en 1915, professeur à l\u2019École des hautes études commerciales, professeur de corporatisme à Laval et de littérature contemporaine à McGill, cofondateur et président du Pen Club de Montréal, nationaliste, Victor Barbeau faisait partie des grands ancêtres du journalisme du Québec français au même titre qu\u2019Olivar Asselin, Jules Fournier, Jean-Charles Harvey et Louis Francoeur.Ce qui l\u2019offusquait de plus, était la pauvreté des habitants de la province de Québec et du Canada français en général.Due à leur ignorance, cette misère intellectuelle se traduisait par une très grande mendicité matérielle.Presque tous les Canadiens français étaient dans le besoin.A ce moment-là, la guerre eut des effets bénéfiques.Pour la première fois dans la province de Québec, il n\u2019y eut pas de chômage.Des routes, des usines furent construites, des écoles se bâtirent.On commença à réviser les programmes scolaires et, peu à peu, le gouvernement joua son rôle.Barbeau reprochait aux Québécois d\u2019être un peuple replié sur lui-même.«C\u2019était un effet de la cause, nous explique M.Gagnon au cours d\u2019une entrevue.Ils vivaient en marge de l\u2019Amérique.Et le clergé était satisfait de la situation créée, il dominait.Les paroisses leur appartenaient.Les prêtres étaient plus forts que les députés.Ils possédaient non seulement le respect de leurs fidèles, mais aussi leurs âmes.Les Canadiens fiançais étaient tellement religieux ajoute-t-il, qu\u2019ils écoutaient tous les dimanches le curé, du haut de sa chaire, dire ce qu\u2019ils devaient faire».«Quand les gens ont commencé à lire les journaux, d\u2019ajouter M.Gagnon, à voir ce qui se passait en Ontario, ailleurs dans le monde, ils se sont aperçu que les familles de 10 enfants n\u2019existaient qu\u2019au Québec».C\u2019était une ])ériode sombre pour les écrivains canadiens français.Un seul grand roman a été écrit avant la guerre: celui de «Maria Chapdelaine».«C\u2019est un Français qui l\u2019avait rédigé, nous avoue amèrement l\u2019écrivain.Peu après une élite laïque s\u2019est développée, une élite qui s\u2019est sentie responsable: Ringuet, Paul Durocher sont apparus».Barbeau a beaucoup contribué à créer cette élite, non seulement par son enseignement universitaire, mais aussi par son implication sociale.En mettant sur pied une coopérative.«La Familiale», le fondateur de l\u2019Académie voulait libérer économiquement les Canadiens français, sans sombrer dans le communisme, sans aller dans le socialisme.Malheureusement, son intention n\u2019a pas été comprise.Se sentant libéré, Barbeau a écrit ses trois principaux livres: Pour nous grandir, L\u2019Initiation à l\u2019humain et, Mesure de notre taille.Le chanoine Groulx l\u2019a approuvé en affirmant qu\u2019il avait raison.S EXTANT J A C Q U E S ALLARD ?; r*.ï, \u2022 WL-: :V'v LE VISAGE D\u2019ANTOINE RIVIÈRE roman, Micheline La France, L\u2019Hexagone, 201 p.Marc Léger est un diplômé en droit devenu détective privé parce qu\u2019il aimait tout autant fouiner dans la vie privée des gens qu\u2019écrire des romans.Après quinze ans d\u2019hésitation, il décide qu\u2019Antoine Rivière, l\u2019ex-confrère bourgeois devenu un ami, constitue dans sa personne même une énigme à éclaircir, la source d\u2019un vrai roman.N\u2019a-t-il pas perdu sa mémoire et son visage à vingt ans, lors d\u2019un fameux incendie montréalais (celui du Bluebird, en 1972)?Ainsi se pose le thème du troisième roman de Micheline La France, après Bleue (Libre Expression, 1985) et Le Talent d\u2019Achille (Boréal, 1990) romans bien accueillis, particulièrement le deuxième qu\u2019Odile Tremblay avait salué en ces pages comme une «cantate à trois voix» sur un personnage «indécidable» (tyran?em-merdeur?artiste?).Cette fois, le problème central du «qui suis-je?» ressurgit à travers la seule voix de ce détective que la découverte d\u2019un nouveau Janus laissera peu rassuré sur lui-même: «Je me sens plus fragile que je ne l\u2019ai jamais été.Le matin, quand je me regarde dans la glace, je ne suis pas certain de reconnaître mon propre visage.Qui suis-je?Y a-t-il sous mon visage un autre moi-même prêt à bondir et à me réduire en miettes?» Le récit de Léger se donne en deux parties égales: «l\u2019énigme» et «l\u2019enquête».Il a beau ambitionner d\u2019être écrivain, il n\u2019a pas de grandes lectures et, en conséquence, ne s\u2019appesantit pas sur les affres de l\u2019écriture.Une référence un peu appuyée à Maigret (lors d\u2019un voyage à Paris) et une pratique assez habituelle du cliché donnent à son parcours narratif toutes les allures d\u2019une bienheureuse médiocrité, même avec l\u2019attention portée à divers lieux montréalais (l\u2019Est et Outremont), à la vie politique depuis une vingtaine d\u2019années et à la vie familiale.Cela est particulièrement sensible dans la première partie dont beaucoup de scènes tournent autour du pot, comme cela est d\u2019ailleurs dit.Il est vrai que ce passionné de la mémoire des autres (surtout celle perdue par Antoine) n\u2019en a guère: ce velléitaire oublie même le nom de celles qui passent en son lit.Quelle est donc ici la stratégie narrative?Faire languir le lecteur?Pour mieux lui démontrer sa supériorité en matière de déduction?C\u2019est évidemment l\u2019un des topos du genre policier.Heureusement que le second temps narratif accouche enfin de l\u2019histoire, l\u2019une de celles qu\u2019affectionne aussi la nouvelliste qu\u2019est Micheline La France (voir Vol de vie, L\u2019Hexagone, 1992).Une histoire que l\u2019on croit prévisible mais qui surprend par son dernier coup de théâtre.C\u2019est que le mystérieux Antoine Rivière ne se découvrira Thomas Verrier que pour retrouver, jusque dans la mort, celle que la mémoire lui aura redonnée.Ira quête de l\u2019identité ferait donc mourir?La connaissance de sa différence, la plus intime, serait-elle fatale, comme chez le bon docteur Je-kyll?En ces temps, où les fictions identitaires refluent, le roman de Micheline La France parle, jusque dans sa manière de n\u2019y pas toucher, de longtemps gi-guer sur le Même, pour montrer que revenir à l\u2019Autre en soi, assumer la vérité de la différence ne garantit rien.Et le malaise identitaire s\u2019aggrave.Peut-être est-ce là le secret de la médiocrité, du kitsch tranquille assumé par le bien nommé Léger.Faire ainsi son deuil de l\u2019origine, comme dirait Régine Robin?Pas besoin de référendum pour cela.Cette fiction le dit jusque dans sa forme.Micheline Ira France [\u2019Automne randbois UN RÉCITAL Poèmes et proses de Grandbois dits par des élèves du Conservatoire d\u2019art dramatique de Montréal.Le 10 novembre à 20 heures, à la salle Saint-Sulpice de la Bibliothèque nationale du Québec, 1700, rue Saint-Denis à Montréal.DEUX EXPOSITIONS L'invitation au voyage.À la Bibliothèque nationale du Québec, du 10 novembre 1994 au 28 janvier 1995.Le voyageur et le poète.Conservateur: Marcel Fortin.Entrée libre.Oeuvres sur papier d'Alain Grandbois.À la Galerie Éric Devlin, du 1 1 novembre au 3 décembre 1994.Entrée libre.UN COLLOQUE L'archipel Grandbois.Les 10 et 11 novembre, de 9h à 16h, à la salle d\u2019Auteuil du Gesù, 1200, rue De Bleury à Montréal.Organisé par le Département de langue et littérature françaises de l\u2019Université McGill et le Centre d\u2019Études québécoises de l\u2019Université de Montréal.Entrée libre.SIX OUVRAGES Lancés à la Bibliothèque nationale du Québec.Alain Grandbois, Les îles de la nuit (Typo) et Né à Québec (Presses de l\u2019Université de Montréal).Yves Bolduc, L'étoile mythique.Lecture de L'étoile pourpre d'Alain Grandbois.Marcel Fortin, Histoire d'une célébration: la réception critique immédiate des livres d'Alain Grandbois, 1933-1963; Denise Pérusse, L'homme sans rivages.Portrait d\u2019Alain Grandbois, aux Éditions de l\u2019Hexagone.Revue Études françaises, Alain Grandbois, lecteur du monde, numéro préparé par Nicole Deschamps et Jean-Cléo Godin.52514 BQ?L'AUTOMNE GRANDBOIS célèbre les cinquante ans des îles de la nuit.inachevées Quelques années d'absence et .\t¦\ti \u2022 \u2022 w 224 pages 18.95 S Claude Morin Les choses comme étaient ( nt jurepu .«fat pobiuil Claude Morin Le choses comme el étaient «.jamais autant que dans cet imposant ouvrage, fort attendu, M.Morin trace-t-il de lui-même un portrait à la fois fascinant et troublant.» Gilles Lesage, Le Devoir «Quoi qu\u2019on pense du personnage, il demeure aussi notre meilleur portraitiste de la condition politicienne.» Michel David, Le Soleil 1< ».pages 2/ 95 ?Qui m 'aime me lise JEROME BIGRAS Mr lAvOS-Tü.DXWOWOüU Les Éditions LOGIQUES Lé» ovtmtotc» de Jérôme Bîgros ÇHAPPi Bungalopolis J.-P.Eid 14,95$ « Tout l\u2019art de Jean-Paul Eid réside dans cette\tg.merveilleuse habileté à T faire coexister la ntouvan- f ce du rêve avec ce qu\u2019il -S y de plus terre-it-terre.»\t| Pierre Lefebvre S Le Devoir\t5 P 3 On a marché sur mon gazon! I J.-P Eid 14,95$ « Les amateurs de bande dessinée y trouveront leur i compte et les sociologues I ne seront pas en reste.»\t' Denis Lord ; Lecture Agenda CROC 95 J.Hurtubise 12,95 $ « La démocratie est un système merveilleux dans lequel l\u2019homme est libre de faire ce que sa femme veut.» Tiré de l\u2019Agenda CROC 1995.Red Ketchup s\u2019est échappé! | Gcidbout & Foumier 14.95 $ « Le 3e album Red Ketchup s'est échappé! est le meilleur.» Jocelyne Lepage ' La Presse Les Éditions LOGIQUES TéL: (S 14) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 ^06799 I, K I) K V 0 I U .I.!¦: S S A M K I) I E T I) I M A N (' Il K II NO V E M H H K I i) Il I I) (I ?S J U I1 m J T S BON II E II R S Diderot, fils de personne DIDEROT, OEUVRES, TOME II - CONTES J Edition établie par Laurent Versini.Robert Ixiffont, collection Bouquins, 1013 pages.R DIDEROT Pierre Lepape Flammarion, collection Champs, 442pages.° st-il dans la littérature française ' - J2/ personnage plus fascinant que » Diderot?Fils d\u2019un coutelier à une ¦ époque où il seyait d\u2019être bien né, il K s\u2019est illustré dans tous les domaines de l\u2019esprit.Philosophe, encyclopédis-: te, critique d\u2019art, épistolier remar-î quable, romancier à l\u2019imagination s fulgurante; il est tout cela.¦*1 Dans son Diderot, Pierre Lepape \u2018 ' met en scène un homme qui sous 15 plusieurs aspects est notre contem-ç porain.On lira donc avec profit cette biographie intelligente et bien infor- ¦\tmée qui s\u2019ajoute à l\u2019œuvre magistra-¦J le d\u2019Arthur M.Wilson, Diderot, sa vie ' et son œuvre (Robert Laffont, Bou-\u2022 quins).«Voici la voix non autorisée, écrit Lepape, puisque non spéciali-'i sée, d\u2019un homme qui a passé sa vie à chercher ce qu\u2019était l\u2019homme dans le monde, dans un constant dialogue ^ avec lui-même et avec la réalité qui l\u2019entourait.» Chez Bouquins devrait se termi-f: ner dans deux ans l\u2019édition en cinq 1 volumes de l\u2019œuvre.Pour le lecteur ¦' que fascine de prime abord l\u2019œuvre \u2019 littéraire de l\u2019auteur de Jacques la fataliste, il est évident que ce deuxiè-I me volet consacré aux œuvres de fic-r| tion romanesque est le plus important.Suivant de près Les Lettres à So- ¦\tphie Volland que l\u2019on trouvera dans le tome final de l\u2019entreprise.1 Comme il n\u2019était pas question de tout relire, je me suis restreint à La Religieuse, laissant à regret ces pures merveilles que sont Jacques le fataliste, Le Neveu de Rameau et Les Bijoux indiscrets.On connaît peut-être la genèse du roman.Il s\u2019agit au départ d\u2019une mystification littéraire.Le marquis de Croismare s\u2019était intéressé, lorsqu\u2019il vivait à Paris, au procès qu\u2019une religieuse avait intenté à sa communauté pour rompre ses vœux.Diderot voulant que le Marquis quitte sa retraite en pro vince pour revenir à Paris imagina d\u2019écrire des lettres en les signant du nom ¦ d\u2019une cloîtrée.L\u2019affaire dura des années.Le marquis se prit au jeu, mais ne quitta pas - - ?\u2022 \u2022 \u2022 1: î: Pour une éthique du bonheur Élaine Audet £tHlQüE bonheur Ôw5m«°\u201c'*0 \u2022iMPoyu préface de Colette Beauchamp .ecueil d\u2019articles écrits entre 1990 et 1993, parus pour la plupart dans la rubrique «Mouvement des femmes» de L\u2019aut,'journal, ces textes commentent l\u2019actualité (la commission Bélanger-Campeau, les événements de Polytechnique, les campagnes référendaires, la guerre du Golfe, la chasse aux «politically correct».) d\u2019un point de vue féministe et pacifiste, en dénonçant la désinformation.Un instrument indispensable pour l\u2019élaboration d\u2019un projet de société qui pose les questions pertinentes du point de vue des femmes et de leurs valeurs.U v G I L L K S ARCHAMBAULT ?son ermitage.Diderot décida alors d\u2019en faire un roman.Quiconque chercherait dans La Religieuse le brio, la fraîcheur, l\u2019invention de Jacques le fataliste serait déçu.Diderot ne s\u2019amuse plus.Il attaque de plein fouet le monde conventuel.Comme le rappelle Pierre Lepage, il évoque cette triste réalité à la façon d\u2019un dramaturge.Nous assistons à une suite de scènes qui embrassent la vie des moniales.Suprême audace pour l\u2019époque, il dépeint le lesbianisme en la personne de la troisième supérieure qui veillera §ur le sort de Suzanne Simonin.A la première page du roman, la religieuse se voit ainsi: «Certainement je valais mieux que mes sœurs par les agréments de l\u2019esprit et de la figure, le caractère et les talents.» Beaucoup plus loin évoquant une rencontre avec la mère supérieure: «(.)elle écartait mon linge de cou et de tête, elle entrouvait le haut de ma robe, mes cheveux tombaient épars sur mes épaules découvertes, ma poitrine était à demi nue, et ses baisers se répandaient sur mon cou, sur mes épaules découvertes et sur ma poitrine à demi nue».Il arrivait à Diderot en écrivant ce roman d\u2019être en larmes.Sûrement songeait-il à sa sœur Angélique qqi mourut folle chez les Ursulines.A certains endroits du manuscrit du reste, Suzanne devient Angélique, par pure méprise.Plus de deux siècles plus tard, on lit cette dénonciation d\u2019un état de vie contre nature avec fascination.Nulle doute, la charge est entière, sûrement outrée par moments.Fallait-il en user autrement face à une situation scandaleuse qui mettait en jeu tant d\u2019intérêts politiques, religieux et économiques?Une œuvre courageuse qui témoigne de la pro-: fondeur de la vi-jw sion d\u2019un écrivain.Encore une fois, il ne s\u2019agit que d\u2019une facette d\u2019une œuvre d\u2019une immense jar- ,, diversité.Tenez, rnST je relirais bien ce week-end Les Deux Amis de Bourbon-J ne.A moins que je ne me laisse tenté par Ceci n\u2019est pas un conte.histoire littéraire Henry David Thoreau, entre Diogène et Socrate HENRY DAVID THOREAU Cahier de L\u2019Heme Nu 65, Sous la dir.de Michel Granger Éditions de l\u2019Heme, 331p., 1994 CHRISTIAN ALLÈGRE La parution d\u2019un Cahier de l\u2019Her-ne tient toujours de l\u2019événement.Le grand format, la typographie, l\u2019iconographie et la formule, immuables depuis quelque 35 ans, séduisent toujours.Cette formule, il faut le dire, est remarquable.Autour du nom d\u2019un écrivain, d\u2019un poète, d\u2019un penseur mort ou vivant, autour d\u2019un thème aussi quelquefois (Le Romantisme noir, Le Grand Jeu, La Franc-maçonnerie, Nirvana, par exemple), chaque cahier rassemble un certain nombre de documents précieux très appréciés par les amateurs.Il n y a pas de réglé stricte, mais chaque cahier commence en général par une chronologie détaillée et s\u2019achève sur une bibliographie complète et à jour.Entre les deux, on trouve des textes de l\u2019auteur inédits ou devenus introuvables, des traductions nouvelles c\u2019est le cas dans ce cahier 65 sur Henry David Thoreau, puis des documents, des lettres significatives ou adressées à des personnages importants, des témoignages, eux aussi inédits, ainsi le cahier 15 sur René Char contenait un poème du philosophe Heidegger, et un certain nombre d\u2019études originales écrites par des gens connus et moins connus qui ne sont pas nécessairement des spécialistes, mais que l\u2019œuvre interpelle, comme on dit.C\u2019est cette variété, avec et à côté du discours universitaire, qui attire et convainc.C\u2019est donc, on le voit, une sorte de célébration.Les Cahiers de l\u2019Herne ne sont pas un lieu d\u2019exercice pour les philosophies du soupçon.Et quel éclectisme! Si l\u2019on jette un coup d\u2019œil à la liste des cahiers parus, on y voit aussi bien Francis Ponge que René Guénon, Lewis Carroll que Mircea PHOTO ARCHIVES Henry David Thoreau Eliade, Simon Bolivar que Robert Desnos; on y voit Musil, Lovecraft, Yeats et Georges Sorel.On y voit Rimbaud, et on s\u2019étonne qu\u2019il ait fallu attendre toutes ces années pour y voir maintenant Henry David Thoreau.Le point commun à tous ces auteurs?Ce sont des créateurs de mondes qui ne cessent d\u2019enthousiasmer et de provoquer, des penseurs dont la philosophie ou la sagesse n a pas fini de faire réfléchir et de rendre intelligents leurs lecteurs.Une nouvelle Amérique C\u2019est bien le cas d\u2019Henry David Thoreau, né à Concord, dans le New Hampshire, qui n\u2019alla jamais plus loin que les forêts de l\u2019État du Maine ou la ville de Boston, classique par excellence de la littérature américaine du XIXe siècle.Il faut voir Thoreau aujourd\u2019hui, comme le premier philosophe, avec son ami (et peut-être maître) Emerson, d\u2019une nouvelle Amérique encore inapprochable, comme l\u2019a expliqué le philosophe américain Stanley Cavell (L\u2019Éclat, 1991).Inapprochable, car nous ne sommes guère prêts à penser de cette façon.Stanley Cavell n\u2019a signé au- cun texte dans ce cahier mais sa présence se fait sentir à presque toutes les pages, en particulier dans les textes de l\u2019américaniste Michel Granger, directeur du cahier, et celui de la traductrice française de Cavell, Sandra Laugier.L\u2019envergure d\u2019un philosophe C\u2019est Cavell qui a rappelé, dès 1972, dans son livre plusieurs fois réédité The Senses of Walden, que Thoreau avait l\u2019envergure d\u2019un philosophe, qu\u2019il fallait lire son journal si plein de descriptions idylliques de la nature comme celui d\u2019un penseur, que le premipr chapitre de Walden s\u2019intitulait «Economie» et qu\u2019en lisant Walden comme un manuel du retour à une vie naturelle, frugale et autarcique, d\u2019invention libertaire de soi et d\u2019individualisme responsable, il fallait y voir un traité d\u2019économie politique.Loin de préconiser simplement le rejet de la vie urbaine, Thoreau écrivait pour appeler au dialogue, à la discussion, c\u2019est-à-dire à la pratique de la philosophie! Je n ai pas à rappeler ici les pages fameuses de Walden où Thoreau fait la critique de notre vie agitée et soi-disant civilisée, avec son utopie de luxe entretenu à grands renforts de technologie, de pillage de la nature et de mépris d\u2019autrui.On la trouvera résumée sous la signature inattendue dans ce cahier de Pierre Hadot, professeur au Collège de France, spécialiste du stoïcisme antique et du néoplatonisme, traducteur de Plotin, auteur d\u2019un livre récent qui est la meilleure introduction aux Pensées de Marc-Aurèle (La Citadelle intérieure, Fayard, 1992).L\u2019article s\u2019intitule II y a de nos jours des professeurs de philosophie, mais pas de philosophes.Cette phrase fait partie de l\u2019un des plus puissants passages de Walden.Pierre Hadot fait la part, dans le mode de vie préconisé par Thoreau, de 1\u2019,épicurisme le vrai, l\u2019ancien, celui d\u2019Epicure et de Lucrèce, qui consiste avant tout à éviter les dé- sirs inaccessibles et les causes de souffrance et du stoïcisme authentique qui est avant tout acceptation joyeuse et communion avec la Nature.Cette alliance des deux philosophies antiques définit tout Thoreau, apôtre de la vie simple et chantre de la nature, où ce non-violent radical ne voyait que gaieté et douceur.De Thoreau lui-même on trouvera cinq textes: des extraits de lettres à son disciple H.G.O.Blake, où s\u2019exprime son principe d\u2019une vie simple et d\u2019une pensée élevée; XHistoire naturelle du Massachusetts, un inventaire zoologique et botanique agrémenté de poèmes à la nature et aux saisons; Marcher, où Thoreau explique l\u2019art de flâner, et qui est pour le traducteur l\u2019occasion d\u2019un contre-sens inquiétant: Ambulator nascitur, non fit (p.85) ne signifie pas.On ne naît pas marcheur, on le devient, mais juste le contraire! La vie sans principes, texte d\u2019une force politique inouïe, où on lit cette phrase: Presque sans exception, les moyens qui permettent de gagner de l\u2019argent abaissent l\u2019homme».On trouvera enfin la fameuse Résistance au gouvernement civil, bible du refus des compromis et de l\u2019injustice, texte qui était le bréviaire de bien des jeunes gens dans la grande période naturiste et libertaire du tournant des années 70.On ne disposait alors que de l\u2019édition de poche Signet de Walden qui contenait l\u2019indispensable On civil disobedience.Depuis, La Désobéissance civile a été traduite par Sylvie Chaput, à l\u2019Hexagone (1982).Ce qui plaira toujours chez Thoreau, c\u2019est un mélange unique d\u2019utopie et de pastorale, c\u2019est l\u2019exemple d\u2019un homme d\u2019une force de caractère rare qui pensa par lui-même et pour lui-même définition du philosophe!, c\u2019est le vœu, si cher à notre cœur, de ne pas être un simple jouet entre les mains des politiciens et des média, c\u2019est la volonté tenace d'être indépendant, libre et autonome.T R U F O MISTO Chez Daeninckx, les magouilles doivent être dénoncées UN CHÂTEAU EN BOHÊME Didier Daeninckx Éd.Denoël 218 pages.Pour parler français de Vincennes, la Tchécoslovaquie est vachement in.Chez les auteurs francs, la «tshakomachine» séparée en deux parties, est devenue le point de chute des laborantins en mal d\u2019histoires sanguines comme ténébreuses.C\u2019est comme ça.Remarquez que l\u2019ex-Tchécoslova-quie n\u2019est pas seule dans le coup.La Bosnie, l\u2019ex-Yougoslovaquie et toutes ses régions où saigne, comme dirait l\u2019autre, le destin du siècle est également prisée des romanciers qui ont sombré dans le polar.Bref, la chute de Berlin inspire beaucoup.C\u2019est ainsi.Surtout chez les auteurs ayant la fibre de la révolte chevillée aux bouts des doigts.On pense à ce groupe qui n\u2019en est pas un parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un groupe informel et qui réunit les Jean-Bernard Pouy, Marc Vilard, Patrick Manchette, Jean-François Vilard, Patrick Raynal et Didier Daeninckx.Ces bonshommes ayant crié en mai 68 se distinguent de «ceusses» qui crient aujourd\u2019hui leur désespoir d\u2019avoir crié en mai de la même année en faisant toujours écho à leurs cris de jeunesse.On l\u2019aura compris, Pouy, Vilar et les autres, c\u2019est la gauche pinard par opposition à la gauche caviar.Jean-Bernard, Marc et les autres c\u2019est le camp retranché des grognards qui gueulent toujours et encore.De toute cette bande, Daeninckx est celui qui gueule avec le plus de constance, une belle constance, sa rage.Chez lui, c\u2019est viscéral, les magouilles doivent être dénoncées.Et enfoncées.Ce qui nous ramène à la Tchécoslovaquie.Après Jean-François Vilard il y a un an, Didier Daeninckx est allé à Prague.Son dernier roman, il faut le souligner, est son premier roman depuis un bon trois ans.Il a entrecoupé les deux par deux recueils de nouvelles.Bon.Son dernier roman s\u2019intitule Un château en Bohême aux éditions Denoël.En guise d\u2019exergue, Daeninckx a glissé cette observation de Vaclav Havel: «Le pouvoir est prison- nier de ses propres mensonges et c\u2019est la raison pour laquelle il doit falsifier le passé, le présent et le futur.» Tout commence alors qu\u2019un écrivain de treizième zone est zigouillé comme suit: «D\u2019un geste précis il appuya le canon de revolver sur la nuque de l\u2019écrivain.La détonation dispersa les corneilles.Il savait que le coup était mortel mais il assura le contrat en logeant une seconde balle dans la tempe de Doline.» Doline, c\u2019est le nom.Frédéric, c\u2019est le prénom.François Novacek est détective privé pour avoir été journaliste à Libé lorsque Libé avait pour fonction la dénonciation des coquins.Au cours de ces années journalistiques, parfois heureuses, parfois frustrantes, Novacek fit la connaissance de Nina la femme de Doline.C\u2019est elle qui frappe à la porte de notre détective.Car si on sait d\u2019entrée que Doline est mort, elle, la Nina ne le sait pas encore.Tout ça pour dire que Daeninckx ne fait pas dans le platte «qui-a-fait-ça?».Ainsi donc, Novacek se rend à Prague tout en restant à Paris.Com- ment ça, il est partout à la fois?Non.On explique.Lui est à Prague, mais il est en relation constante avec Alain, un petit génie de l\u2019informatique.Un malin qui aime louvoyer à l\u2019intérieur des systèmes des gendarmeries.Un joyeux drille qui nourrit Novacek en confidences diverses sur la vie comme sur l\u2019évolution de Doline.C\u2019est lui, Alain, qui explique à un Novacek ayant élu domicile à l\u2019hôtel Europa de Prague que Doline avait ceci de particulier qu\u2019avant la chute du Mur il fréquentait beaucoup-beaucoup les écrivains de l\u2019autre côté.Autrement dit, les écrivains officiels, Dit autrement, on devine que le Doline avait accumulait suffisamment de matières pour faire chanter les anciens patrons du système.La meilleure, c\u2019est que ce meurtre et ce qui s\u2019ensuit n\u2019est pas le cœur du livre.Car l\u2019histoire du roman, c\u2019est surtout la recherche du passé du père de François Novacek.C\u2019est ça.Un château en Bohême est un roman oîi la vérité, la réalité de l\u2019histoire, fait écho au désespoir.C\u2019est lourd.Et c\u2019est noir.Daeninckx est un combattent.Le monde change L'ËTAT DU MONDE AUSSI L\u2019ETAT DU MONDE Texte Inédit Annuaire économique et géopolitique mondial LA DÉCOUVERTE/BORÉAL Le seul annuaire économique et géopolitique mondial entièrement mis à jour «.de loin la meilleure publication du genre en français.Je le recommande, sans aucune espèce de réserve, à tous ceux qui veulent élargir leurs horizons sur un monde que l\u2019on ne connaît que trop mal.» Claude Picher, La Presse 704 pages-24,95$ en coédition avec L\u2019< 238 pages, 19,95$ les éditions du remue-ménage LE Devoir ckac7300 B Boréal UN DON D\u2019ESPOIR POUR LA VIE Association pour les enfants atteints de leucémie et autres formes de cancer LEUCAN 3045, ch de la Côte Ste-Calherine Montréal (Québec) H3T 1C4 (514) 731-3696 (1-800) 361-9643 Qui m'aime me lise. I, E I) V.V OIK, I.K S S A M K l> I \">\t!'¦ I l> I M A X (' Il E (i X O V K M |{ |{ |.;\t| |Ki« m 1 culinaire» 'A- ¦ : £ inarmed GUIDE GOURMAND LES BONS RESTAURANTS DE MONTRÉAL SÉLECTION 1995 / Josée Blanchette Éditions de l\u2019Homme, 129 pages Tout à fait réussie cette nouvelle présentation graphique de l\u2019indispensable guide de Josée Blanchette.Dans cette version plus concentrée, enrichie de pictogrammes et entièrement mise à jour, elle présente ses cent restaurants préférés, privilégiant comme toujours «le petit boui-boui savoureux à la grande institution guindée».Comme nous tous, d\u2019ailleurs.Irrésistible et nécessaire, tout comme la chronique Plaisir quelle signe avec tant de bonheur dans le Devoir du vendredi.Aimé: la gueule du patron du Café Massawippi.Moins aimé: la gueule du patron du Cintra.PINARDISES RECETTES ET PROPOS CULINAIRES Daniel Pinard Boréal, 303 pages (qui ne demandent qu\u2019à être tachées) Voici le livre le plus attendu de l\u2019automne.Dans plusieurs librairies, il a fallu dès septembre dresser des listes d\u2019attente pour calmer l\u2019impatience des disciples de Daniel Pinard.La raison de cet engouement est fort simple: personne ne sait mieux parler de cuisine que Daniel Pinard.Ce premier ouvrage reprend l\u2019essentiel des recettes parues dans Le Devoir et dans Elle Québec.On y trouvera bien sûr plus qu\u2019un livre de recettes.Ces Pinardises sont l\u2019œuvre d\u2019un érudit qui sait nous mener aux plus grandes satisfactions gustatives, bien sûr, mais aussi aux plus grands plaisirs de l\u2019es-prit «On ne se lasse pas de tant d\u2019intelligence et de sensibilité en un seul homme», écrit Josée Blanchette dans une émouvante préface.DE SAINT-DENYS CARNEAU L\u2019ENFANT PIÉGÉ Antoine Prévost Éditiom du Boréal, 239 pages.Hector de Saint-Denys Garneau est l\u2019un des rares poètes qui échappe à l\u2019oubli.Cousin du poète disparu il y a 50 ans, l\u2019artiste peintre Antoine Prévost reconstitue ici l\u2019univers dans lequel a vécu l\u2019auteur de Regards et Jeux dans l\u2019espace et cherche à comprendre le drame de son existence.Son témoignage, selon l\u2019éditeur, jette un éclairage nouveau et troublant sur la vie du poète.Par ailleurs, les œuvres d\u2019Antoine Prévost sont présentement exposées au Musée Marc-Aurèle Fortin jusqu\u2019au 11 décembre.LE SEL DE LA SEMAINE Entretiens de Fernand Seguin Stanké, SRC, 283 pages Plusieurs nostalgiques regrettent la belle époque du Sel de la semaine.C\u2019est pour eux que Stanké et la SRC ont réuni les transcriptions des plus belles entrevues de Fernand Seguin.On y revit ses mémorables rencontres avec Han Suyin, Jean Rostand, Michel Simon, François Mauriac, Gilles Vigneault et Louis Aragon.Un précieux document qui complète admirablement la biographie de Fernand Seguin qui signaient récemment Jean-Marc Carpentier et Danielle Ouellette.LE CANCER DU SEIN S.V.P.NE PAS MUTILER Roger Po isson Méridien, 453 pages Impliqué dans une vive controverse il y a quelques mois à peine, le Dr Roger Poisson, spécialiste du cancer du sein, combat l\u2019emploi prépondérant de l\u2019ablation totale du sein chez les patientes cancéreuses.Fort de 30 ans de pratique, il démontre dans cet ouvrage que «les interventions limitées à la tumeur, accompagnées d\u2019un arsenal de chimiothérapie, radiothérapie et hormonothérapie, peuvent sauver à la fois la vie et le sein».Rrghutld Mortel Q.Ufc 1 hC ' \\r \u2019 «H; > iiL :r£
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