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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1994-11-26, Collections de BAnQ.

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[" K I) !\u2022: \\- Il I II , L K S S A M H I) I 2 « K T I) I M A N ( Il K 2 7 X 0 V E M H R E I !» !» I K I le: Les DU * Le Prix Albert-Tessier Pierre Perrault U E Ml /.'J M Réjean Ducharme r Le Prix Gérard-Morisseï Phyllis Lambert Martine Époque T- Henry Saxe Ronald Melzack Le Prix Wilder-Penfield Yves Lamarre Albert J, Aguayo Le Prix Léon-Gérin .Jean-Jacques Nattiez Dix créateurs, artistes et gens de science se voient cette année décerner l'honneur d'un Prix du Québec.L'architecte Phyllis Lambert reçoit le prix Gérard-Morisset pour sa contribution dans le domaine du patrimoine.Créé en 1992, ce prix rappelle Gérard Morisset (1898-1970), un des pionniers de la mise en valeur du patrimoine québécois.Le sculpteur Henry Saxe reçoit le prix Paul-Émile-Borduas pour les arts visuels, prix qui récompense le travail de créateurs actifs dans les secteurs du design, de l'architecture, de la sculpture, de la photographie, de la peinture et des métiers d'art Le cinéaste Pierre Perrault reçoit le prix Albert-Tessier, gui évoque l\u2019un des premiers artisans du cinéma documentaire québécois.Ce prix reconnaît plusieurs aspects du cinéma dont la scénarisation, l'interprétation, la réalisation, la production et les techniques cinématographiques.L'écrivain Réjean Ducharme reçoit (pour la deuxième fois) la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine de la littérature, le prix Athanase-David.Ce prix, décerné depuis 1922, rappelle l'ancien secrétaire de la province qui créa les concours littéraires et scientifiques à l'origine des actuels Prix du Québec.La chorégraphe Martine Époque reçoit le prix Denise-Pelletier pour les arts d'interprétation, prix qui Le Prix Armand-Frappier Maurice L\u2019Abbé honore la mémoire de la comédienne décédée en 1976.Il est réservé aux domaines de la chanson, de la musique, de l'art lyrique, du théâtre et de la danse.Le sémiologue Jean-Jacques Nattiez, pionnier d'une nouvelle branche de la musicologie, reçoit le prix Léon-Gérin attribué dans le domaine des sciences humaines et des sciences sociales, pour ses travaux qui ont contribué à intégrer la musicologie à la famille des sciences humaines.Les neurologues Yves Lamarre et Albert J.Aguayo reçoivent le prix Wilder-Penfield, institué en 1993, qui couronne une carrière dans le domaine biomédical.Les deux médecins ont été honorés pour leur contribution au développement des sciences neurologiques au Québec.Le psychologue Ronald Melzack reçoit le prix Marie-Victorin, décerné aux chercheurs en sciences pures ou appliquées œuvrant dans des secteurs autres que le domaine biomédical.Ce prix a été créé en 1977 en l'honneur du frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac), qui fut le pionnier des sciences naturelles au Québec.Le mathématicien Maurice L'Abbé reçoit le prix Armand-Frappier, destiné à souligner une contribution remarquable au développement d'institutions de recherche ou à la promotion de la science et de la technologie.Le docteur Armand Frappier avait lui-même obtenu en 1979.le prix Marie-Victorin.1 1 A1C Ë 2 I, E I) E V 0 I It , I, E S S A M E 0 I 2 (i E T I) I M A N C II E Sk Wf.**tf i>^i I ÿ0*5P* - \u2022\t'¦ \u2019\t\u2022\t.-V I I) I) I N 0 V E M H II E wT'-ÿjW'î! .Ï-Z-ZZ * ü I i * I » \\ Les Québécoises et les Québécois qui reçoivent cette année les Prix du Québec ont ceci en commun: chacun dans sa discipline a cru à son rêve et l\u2019a traduit dans ses recherches, dans ses gestes et dans sa création.Chacun a voué sa vie à lui donner forme.Le Devoir nous donne aujourd\u2019hui l\u2019occasion de pénétrer dans l\u2019univers artistique ou scientifique de chacun des lauréats et des lauréates et d\u2019y découvrir comment s\u2019incarne leur idéal conjugué à leur ferveur et à leur ténacité.Les pages qui vont suivre témoignent de cette quête du pays intérieur parsemée de défis, baignée parfois d\u2019ombre, parfois de lumière, nourrie à même les recommencements mais toujours tenue à bout de bras et de courage.Je me joins donc à celles et ceux qui saluent madame Martine Époque, qui a contribué avec ferveur et passion à l\u2019essor de la danse contemporaine au Québec et à son rayonnement sur la scène internationale, madame Phyllis Lambert, architecte de renommée internationale, fondatrice du Centre canadien d\u2019architecture dont la lutte pour la sauvegarde du patrimoine a stimulé l\u2019éveil des consciences sur ce plan, monsieur Réjean Ducharme, écrivain, pour les récits émouvants auxquels nous convient ses personnages, enfants comme adultes.Son oeuvre est un apport original au corpus littéraire du Québec, monsieur Henry Saxe, dont l\u2019oeuvre a marqué de façon significative l\u2019histoire de la sculpture contemporaine, et monsieur Pierre Perrault, cinéaste et poète, qui au Québec a fait oeuvre de mémoire en nommant le pays avec amour et lucidité à travers l\u2019oeil de sa caméra.Le récit du parcours de ces Québécoises et de ces Québécois, nous convainc de leur apport exceptionnel à la société.Plus d\u2019une et plus d\u2019un puiseront dans leur exemple la motivation qui mène à la réalisation de nos aspirations individuelles et collectives.Au cours des années, la promotion de la culture scientifique et technologique a contribué de façon significative à l\u2019amélioration de la qualité de vie collective des Québécoises et des Québécois.L\u2019attribution des Prix du Québec veut souligner, quant à elle, l\u2019apport i; important des femmes et des hommes de chez-nous à l\u2019évolution des jj conditions de vie auxquelles nous avons su nous adapter, jour après jj jour.Nous avons répondu avec plaisir à l\u2019invitation du quotidien Le Devoir ij de vous transmettre toute la gratitude que nous inspirent l\u2019oeuvre et || les réalisations de chaque lauréate et lauréat des Prix du Québec j: 1994, tant dans le domaine scientifique qu\u2019artistique.Ils auront par leurs convictions et leur acharnement au travail, servi d\u2019inspiration à celles et à ceux qui croient au futur et à ses avenues prometteuses.Acceptez que nous saluions ensemble: -\tM.Albert J.Aguayo et M.Yves Lamarre, neurologues, pour leur importante contribution au développement des sciences | neurologiques et à leur rayonnement sur la scène internationale; -\tM.Ronald Melzack, psychologue, pour l\u2019impulsion qu\u2019il a su donner à toute une génération de chercheurs ici ou ailleurs, par ses recherches dans le domaine de la physiologie; -t -\tM.Jean-Jacques Nattiez, spécialiste de la musique, pour le rôle ' prépondérant qu\u2019il a joué dans le développement des études musicologiques et, en particulier, dans le secteur ethnomusicologique.-\tM.Maurice L\u2019Abbé, mathématicien, pour sa contribution remarquable au développement d\u2019institutions de recherche et à la promotion de la science et de la technologie auprès des Québécoises et des Québécois de tout âge.La remise des Prix du Québec est une façon de dire merci à toutes celles et à tous ceux qui démontrent chaque jour que le Québec est une société dynamique engagée résolument vers un avenir encore plus grand et à la mesure de nos volontés communes.flaw ïîctfaqf Marie Malavoy Ministre de la Culture et des Communications Daniel Paillé Ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie I.E I) E V 0 I H .I.E S S A M E I) I 2 (i K T I) I M A X (' Il K 7 X 0 V Y.M H II E I il 1)1 » PR IX DU QUÉBEC- S C I E N C E S PURES ET A P P L I Q U É E S Le magicien des maux Le psychologue Ronald Melzack apprivoise les mécanismes de la douleur WP** ^,-^A Prix Marie-Victorin RONALD MELZACK PHOTO FRANÇOIS BRUNELI.E rïf $*/>¦' y' V ; À* .**y-*| Après quarante ans de recherches, Ronald Melzack est reconnu comme une autorité mondiale sur la douleur.MARC THIBODEAU COLLABORATION SPÉCIALE \\ A l\u2019âge de 65 ans, Ronald Melzack est aujourd\u2019hui reconnu mondialement comme une autorité sur la douleur.Il est également acclamé comme étant l\u2019un des pères d\u2019une théorie qui a révolutionné les ,.conceptions existantes dans ce domaine.Dans l\u2019ensemble, une performance fort respectable pour un chercheur qui dit avoir choisi sa vocation ; «par accident».; «J\u2019ai commencé à m\u2019intéresser à la ; douleur, dit-il, à cause d\u2019une expérience que j\u2019avais réalisée comme létudiant à l\u2019Université McGill sur Ides scotch-terriers avec Donald I Hebb, qui était alors directeur du département de psychologie.» La recherche en question visait à identi-ifier de quelle façon les expériences I sensorielles en bas âge affectent le : développement ultérieur de l\u2019intelli-Igence.! Pour ce faire, plusieurs chiots fuirent élevés en isolement complet 'dans des cages.Lorsqu\u2019ils en sortirent finalement, M.Melzack constata avec étonnement qu\u2019ils semblaient «insensibles» à la douleur.Les jeunes chiens pouvaient en effet plonger leurs narines à plusieurs reprises dans une flamme, sans manifester la moindre souffrance.Ils ne laissaient pas non plus échapper de ; cri lorsqu\u2019on leur marchait sur la ! queue, ou lorsqu\u2019ils percutaient vio- lemment certains tuyaux du laboratoire.L\u2019expérience marqua, pour M.Melzack, le point de départ d\u2019une longue quête pour comprendre les mécanismes de la douleur.Après avoir complété son doctorat à McGill en 1954, il choisit d\u2019approfondir ses çonnaissances en physiologie aux Etats-Unis, au sein du laboratoire du Dr William Livingston.Ce chercheur, qui était à l\u2019époque directeur du département de chirurgie et de la Clinique de la douleur de l\u2019University of Oregon Medical School, invita un jour son étudiant à visiter la clinique.«Il m\u2019a dit que je devais voir des gens aux prises avec la douleur si je souhaitais pouvoir comprendre ce qu\u2019était la douleur.» A la clinique, le psychologue fut frappé par l\u2019intensité de la souffrance des malades.Son intérêt pour la douleur, qui n\u2019avait été jusque-là qu\u2019une «curiosité intellectuelle», se mua alors en véritable passion.«J\u2019ai vu des personnes en proie à des douleurs terribles, des douleurs face auxquelles nous n\u2019avions aucun moyen d\u2019agir.J\u2019ai senti que je devais apprendre quelque chose qui puisse leur servir.» Ses visites lui permirent de faire la connaissance d\u2019une dame diabétique de près de 70 ans, Mme Emily Hull, qui avait dû se faire amputer une jambe à cause de la gangrène.Étrangement, la vieille femme se plaignait de ressentir de vives douleurs dans sa jambe manquante.Ce fut sa première rencontre avec le phénomène des douleurs fantômes (phantom pain), qui sont souvent présentes à la suite de l\u2019amputation d\u2019un membre.«La dame se réveillait dans le milieu de la nuit en criant à l\u2019agonie, se remémore M.Melzack.Elle montrait sa jambe, mais sa jambe n\u2019était pas là.» Le psychologue se lia d\u2019amitié avec Mme Hull, qui perdit également son autre jambe à cause de la maladie.«C\u2019était une femme remarquable, se souvient M.Melzack.Elle était très intelligente et articulée, et utilisait toutes sortes de mots pour décrire sa douleur: horrible, épuisante, terrifiante, brûlante, etc.» Ronald Melzack commença à noter systématiquement ces mots, ainsi que ceux utilisés par d\u2019autres patients.En 1975, cette attention accordée au langage déboucha sur la mise au point du questionnaire McGill-Melzack, qui est depuis devenu un outil très populaire pour évaluer la composante subjective de la douleur chez les patients.Il a été traduit en douze langues et est maintenant utilisé à travers le monde.«Le questionnaire présente une centaine de mots qui peuvent décrire la douleur.Le patient indique ceux qui lui semblent appropriés, et le praticien peut avoir du même coup une très bonne idée de l'intensité de ses souffrances», indique M.Melzack.Après son passage en Oregon, et quelques années d\u2019études en Europe où il côtoya notamment le réputé physiologiste italien Giuseppe Mo-ruzzi, M.Melzack accepta un poste au prestigieux Massachusetts Institute of Technology.Là, il rencontra le physiologiste britannique Patrick Wall, avec qui il entama une fructueuse collaboration qui devait mener à la publication en 1965 de la théorie dite «du portillon» (gate control theory of pain).L\u2019hypothèse marquait l\u2019avènement d\u2019une vision radicalement nouvelle des mécanismes de la douleur, qui s\u2019appuyait sur la notion de modulation.«En bref, souligne M.Melzack, notre théorie postulait que l\u2019information qui est transmise vers le cerveau en provenance d\u2019une blessure peut être freinée ou encouragée en cours de route.» Et ce par des signaux en provenance de la moelle épinière, du cerveau ou des deux entités à la fois.La conception de Descartes, qui datait du XVIIe siècle et qui voulait que le système de la douleur soit formé d\u2019une voie directe circulant de la peau au cerveau, était désormais désuète.Le système proposé par les chercheurs prenait en compte les données psychologiques de la douleur en postulant que l\u2019attention, la mémoire, les émotions et même la culture pouvaient jouer un rôle de «modulateur».La théorie «du portillon» souleva un très grand intérêt et fut reformulée par les deux chercheurs, en 1983, dans un ouvrage intitulé The Challenge of Pain qui fut traduit en français sous le litre Le Défi de la douleur.Elle entraîna une forte croissance de la recherche et des connaissances reliées aux mécanismes de la douleur et a ouvert là voie à de nouveaux traitements.L\u2019hypothèse a notamment mené à la découverte des opiacés naturels, les endotphines et les enképhalines.Aujourd'hui, Ronald Melzack poursuit ses recherches sur la douleur à l\u2019Université McGill, où il est retourné en 1963.Il est le titulaire de la chaire E.P.Taylor du département de psychologie.Parmi ses plus récentjs chevaux de bataille s'e trouve la question de la «sous-utilisation» dejs médicaments pour traiter la douleur en milieu hospitalier.«Le personnel a souvent peur que le patient devienne dépendant de la morphine ou de la codéine, souligne le psychologue.Or, les recherches antérieures démontrent qu\u2019il est extrêmement rare qu\u2019une dépendance survienne lorsque ces médicaments sont utilisés pour traiter la douleur».Le psychologue s\u2019est également attaqué au cours des dernières années au problème dels membres fantômes et des douleurls fantômes, en postulant que le cerveau contient un ensemble particulier de neurones qui génèrent eii permanence l\u2019impression que le corps est intact.Cet ensemble de cellules, baptisé «neuromatricefy pourrait ainsi donner l\u2019impression à l\u2019individu qu\u2019un membre perdu existe toujours.La douleur pourrait être causée par une suractivation de la neuromatrice en l\u2019absence du membre réel.La rencontre avec Mme Emily Hull, la dame diabétique qui souffrait de douleurs fantômes, n\u2019a pas été oubliée.L\u2019homme a la mémoire longue, et ne compte pas de sitôt abandonner ses recherches.La douleur, sous toutes ses formes, n\u2019a qu\u2019à bien se tenir.Il est extrêmement rare qu\u2019une dépendance survienne lorsque la morphine ou la codéine sont administrées pour traiter la douleur en milieu hospitalier il ,1 11 i i j !| i* h q i a II q 0 h i h ii I 1 B» 02?l\u2019énergie des bâtisseurs Si les grands projets naissent de l\u2019inspiration, ils se réalisent à force d\u2019engagement, de volonté et de persévérance.Bâtir, c\u2019est trouver en soi l\u2019énergie de mener toujours plus loin la poursuite de l'excellence.) Université de Montréal L\u2019Université de Montréal félicite les neuf lauréats des Prix du Québec et salue cette reconnaissance qui permet de souligner d\u2019exceptionnelles contributions à la vie scientifique et culturelle du Québec.Elle est fière de voir quatre de ses professeurs honorés. \" -J- ~>s> l ._l \" J V P\"> J ?£& i-j >¦¦> ~-f RECHERCHE BIOMÉDICALE Les aventuriers du neurone Albert J.Aguayo et Yves Lamarre explorent les méandres du système nerveux Prix Wilder-Penfield MARC THIBODEAU COLLABORATION SPÉCIALE Yvette reconnaissance exprime plus que tout la vi-«L/gueur de la recherche en neurosciences qui se fait dans la province et au pays», souligne d\u2019entrée de jeu le corécipiendaire du prix Wilder-Penfield, le Dr Albert J.Aguayo.i Le réputé neurologue, qui dirige le Centre de recherche en neurosciences de l\u2019Université McGill à l\u2019Hôpital Général de Montréal, attribue une large part de sa réussite à l\u2019appui de ses collègues.«Il n\u2019y a jamais rien qui se fait seul dans mon domaine.Tout est réalisé au sein de larges équipes de recherche», dit-il.Ces humbles paroles ne sauraient faire oublier l\u2019importance de la contribution scientifique du chercheur, qui s\u2019est intéressé essentiellement à l\u2019étude des lésions du système nerveux central (SNC) et à la capacité du cerveau et de la moelle épinière de se rétablir.Au début des années 80, l\u2019idée prédominante était que les cellules nerveuses du SNC n\u2019avaient pas la capacité de se régénérer ou de reformer des connexions interrompues.Par cette conception, la communauté scientifique avouait implicitement qu\u2019il y avait peu d\u2019espoir pour soigner les handicapés chroniques victimes de lésions à la moelle épinière.Peu d\u2019espoir également pour les personnes atteintes de maladies dégénératives comme le Parkinson et l\u2019Alzheimer, qui entraînent la perte de cellules nerveuses et l\u2019interruption des connexions entre neurones.Paradoxalement, il était reconnu à l\u2019époque que les cellules du système nerveux périphérique étaient généralement capables de se régénérer suite à une lésion.En s\u2019inspirant de cette observation, le Dr Aguayo et ses collègues étudièrent le comportement de cellules endommagées du SNC en présence de nerfs issus du système nerveux périphérique.«Nos travaux ont démontré que les cellules du SNC chez les mammifères adultes, contrairement à la conception populaire, pouvaient croître dans un tel environnement.Elles conservaient donc une capacité tout à fait extraordinaire de régénération», indique-t-il.PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE Le Dr Albert J.Aguayo s\u2019intéresse particulièrement aux lésions du système nerveux central.Des expériences ultérieures établirent également que les cellules atteintes du SNC étaient en mesure de reformer de nouvelles connexions avec d\u2019autres neurones.Forts de ces résultats, plusieurs laboratoires à travers le monde, dont celui du Dr Aguayo, se mirent à la recherche des déterminants moléculaires qui conditionnent la régénération neurale.«Depuis ce temps, un grand nombre de facteurs trophiques qui jouent un rôle crucial dans le développement des neurones ont pu être identifiés», souligne-t-il.A ce titre, son équipe a récemment publié une étude réalisée sur le rat qui révèle que l\u2019un de ces facteurs, le BDNF (ou brain-derived, neurotrophic factor) possède un effet déterminant sur la survie et la croissance de cellules nerveuses sectionnées dans le nerf optique.Bien que l\u2019heure n\u2019est pas encore venue où les résultats encourageants obtenus chez l\u2019animal pourront être transposés chez l\u2019être humain, les travaux du Dr Aguayo et de ses collègues auront permis de redonner un nouveau souffle à ce domaine de recherche.«C\u2019est une période très excitante, estime le chercheur de 60 ans, qui se dit plus enthousiaste que jamais.Je me suis intéressé à la neurologie parce que j\u2019étais fasciné par ce petit organe de trois livres, le cerveau, qui détermine tout ce que nous sommes comme être humain.Je suis PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE Le Dr Yves Lamarre s\u2019est surtout penché sur les problèmes liés à la motricité.tombé en amour avec le sujet, et mon intérêt n\u2019a cessé de croître depuis.» Chemin faisant, le Dr Aguayo a collaboré en plusieurs occasions avec l\u2019autre co-récipiendaire du prix Wilder-Penfield, le Dr Yves Lamarre, avec qui il a notamment mis sur pied le réseau canadien de centres d\u2019excellence sur la régénération neurale et la réadaptation fonctionnelle.Le Dr Lamarre, qui dirige le Groupe de recherche sur le système nerveux central à l\u2019Université de Montréal, s\u2019est intéressé surtout pour sa part aux problèmes reliés à la motricité.A partir d\u2019observations initiales sur le tremblement, le chercheur a graduellement élargi ses champs d\u2019intervention pour aborder des questions complexes concernant le contrôle moteur chez l\u2019humain et les primates.Son intérêt pour le système nerveux, souligne-t-il, est bien davantage qu\u2019une simple curiosité intellectuelle et trouve ses origines dans son enfance.«J\u2019ai perdu une sœur de 13 ans à cause d\u2019une maladie très rare, une tumeur du système nerveux, explique le Dr Lamarre.Je n\u2019étais alors âgé moi-même que de 14 ans.Ce fut un événement déterminant dans mon cheminement professionnel.» Après avoir complété son cours de médecine à l\u2019Université de Montréal, le chercheur entreprend des études supérieures qui le mènent notamment a Stockholm, où il côtoie le neurophysiologiste Ragnar Granit, Prix Nobel de médecine ën 1967.«L\u2019idée qu\u2019il puisse exister dans le cerveau des groupes de cellules ayant une activité indépendante des influx sensoriels a pris,du temps à être acceptée, se souvient le Dr Lamarre.A l\u2019époque, on voyait le cerveau comme un simple centre de traitement de l\u2019information qui se contentait de produire des réponses en réaction aux stimuli issus de l\u2019environnement.» Tout en poursuivant ses recherches, le Dr Lamarre a également maintenu des activités cliniques à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal, où il est membre du Département de médecine depuis 1971.Une fonction qui s\u2019est révélée très utile à son tour pour la recherche.«J\u2019y ai trouvé des patients qui présentaient des atteintes neurologiques très rares.Si je ne les avais pas rencontrés, il y a un grand nombre de mes études que je n\u2019aurais pu compléter», indique-t-il.Le Dr Lamarre rappelle notamment sa rencontre avec G.Lizotte, une dame âgée aujourd\u2019hui de près de 40 ans, qui présentait à la suite d\u2019une maladie dégénérative un système neurologique tout à fait singulier.«Elle était, et est encore, totalement \u201cdésafférentée\u201d, explique-t-il.Son système moteur est parfaitement normal, mais la majorité des fibres nerveuses qui relaient des informations sensorielles en provenance de la périphérie du corps ont été détruites.Seules des sensations de douleur et de température sont encore présentes.» Même en l\u2019absence de presque toute information sensorielle, observa-t-il, la dame était en mesure de commander des déplacements simples de ses membres.A partir de l\u2019étude de tels patients, le Dr I.amarre a pu approfondir encore plus la compréhension que nous avons du contrôle de la motricité.Une des contributions majeures du chercheur dans ce domaine découla d\u2019une étude menée sur des primates «désafférentés».Grâce à ces travaux, le Dr Lamarre réussit à élucider le rôle de structures corticales et cérébelleuses dans la programmation, l\u2019initiation et l\u2019exécution de mouvements volontaires en réponse à des stimuli sensoriels.Il démontra notamment que l\u2019activité du cortex moteur associée à certains mouvements simples demeurait inchangée lorsque les singes étaient subséquemment «désafférentés».Il en conclut que l\u2019activité du cortex moteur représentait une commande centrale liée à la genèse de ces mouvements, qui ne dépendait pas d\u2019une rétroaction attribuable au système périphérique.Récemment, le Dr Lamarre a délaissé plusieurs fonctions administratives afin de se concentrer au maximum sur ses activités de recherche à l\u2019Université de Montréal, où il est professeur titulaire depuis 1974.Le chercheur de 59 ans se dit très honoré d\u2019avoir été retenu par le jury, mais s\u2019empresse de souligner que le prix vient s\u2019ajouter à une carrière qui est déjà fort gratifiante en soi.«J\u2019ai eu l\u2019occasion de faire toute ma vie ce que j\u2019aime passionnément, dit-il.C\u2019est déjà un grand privilège.» FÉLICITATIONS \u2022 ¦ .» ¦ \u2022 » \u2022 \u2022 - \u2022 .\u2022© .\u2022 AUX LAURÉATS DES PRIX DU QUÉBEC 1994 Alcan est fière de rendre hommage aux gagnants des Prix du Québec.:\t'\t.\t\u2019.\t\u2022\t.\t- .\t.\t- .\t\u2022\t\u2022\ti:\t.\u2022 rt \u2022\t\u2022\u2022\t\u2022 .\u2022\t.¦ ¦ \u2022 > \u2022 ^\t.\t.\t_\t*\t\u2022 \u2022 _ Votre contribution à l\u2019excellence dans les domaines de la culture et de la science est une source d\u2019inspiration pour notre société québécoise.ALCAN L\u2019ALUMINIUM.MÉTAL LÉGER.MÉTAL RECYCLABLE.MÉTAL D\u2019AVENIR.MÉTAL TRANSFORMABLE. m s r - a s 7» a : K |) K V OIK, I.E S S A M E I) I 2 (i E T I) I M A N ( Il E N 0 V E M B R E I I) il I L «) PRIX DO QUEBEC PATRIMOINE Un engagement envers Pessentiel des choses Phyllis Lambert, une femme au diapason des citadins \"> ï SM1 Prix Gérard-Morisset PHYLLIS LAMBERT MARIE-ANDREE AMIOT COLLABORATION SPÉCIALE Est-il besoin de le répéter?L\u2019architecte Phyllis Lambert est une femme d\u2019action.La lecture de son curriculum vitae exige des temps d\u2019arrêt tellement il reflète une vie chargée.Dans ce monde où l\u2019architecture doit ostensiblement servir le public et où les enjeux politiques paraissent parfois insurmontables, cette femme déterminée, énergique et à la foi inébranlable tente depuis plus de quarante ans de se mettre au diapason des citoyens et de leur offrir la possibilité de décider où ils vivront, dans quel milieu et dans quelles infrastructures.Remettre l\u2019aménagement des milieux urbains entre les mains de ceux qui y vivent.Pas une tâche facile?Phyllis Lambert a l\u2019habitude des défis.En fait, à l\u2019écouter, on croirait qu\u2019elle en a non seulement l\u2019habitude, mais qu\u2019elle les adore.Montréalaise pure laine, Phyllis Lambert est séduite dès son enfance par l\u2019art.«J\u2019ai toujours été attirée par ce qui est beau.Déjà, vers l\u2019âge de huit ou neuf ans, j\u2019aimais sculpter et dessiner.J\u2019aimais les chevaux et la campagne.J\u2019aimais la culture, les livres, la musique.» L\u2019histoire de l\u2019art et de l\u2019architecture est un prolongement de ce cheminement qu\u2019elle qualifie elle-même d\u2019empirique.Sa vision et ses intérêts sont eux aussi très vastes et collés à l\u2019essentiel des choses.Le Centre canadien d\u2019architecture, dont elle est la fondatrice, n\u2019a pas surgi spontanément.C\u2019est l\u2019ensemble de ce qu\u2019elle a accompli qui a mené à sa réalisation.Une suite logique de son itinéraire.Sa feuille de route est impressionnante.En 1948, elle termine ses études en histoire de l\u2019art au Vassar College de Poughkeepsie dans l\u2019Etat de New York.«Mais rapidement, après avoir travaillé avec Mies van der Rohe sur la restauration de la Maison Seagram à New York, j\u2019ai compris l\u2019importance de l\u2019architecture dans la communauté.» Le projet, dont elle est le maître d\u2019œuvre de 1954 à 1958, l\u2019incite à L\u2019architecture, pour Phyllis Lambert, est un art structure et qui donne le ton au mode de vie urbain s\u2019inscrire au programme de maîtrise en architecture de l\u2019Illinois Institute of Technology de Chicago.Elle recevra son diplôme en 1963.Depuis, ses réalisations sont suivies d\u2019une véritable pluie de récompenses: le National Honor Award de l\u2019American Institute of Architects en 1978 pour la rénovation de l\u2019hôtel Biltmore de Los Angeles, la médaille de l\u2019Académie d\u2019architecture de France en 1988, la médaille Gabrielle-Léger de la Fondation canadienne pour la protection du patrimoine également en 1988.En 1992, elle a été reçue officier de l\u2019Ordre des arts et des lettres, décoration conférée par l\u2019État français aux artistes et aux chercheurs qui se sont illustrés par l\u2019excellence de leur contribution aux domaines artistiques et littéraires.La même année, l\u2019Ame-rican Institute of Architects attribue au Centre canadien d\u2019architecture ses prix les plus prestigieux, le 1992 AIA Honor Award et l\u2019Institute Honor Award pour l\u2019excellence de sa conception.Et la liste s\u2019allonge chaque jour.Ses réalisations aussi, Phyllis Lambert ne souffre pas d\u2019oisiveté.L\u2019architecture pour Phyllis Lambert est un art public, un art global qui intègre esthétique et structure et qui donne le ton au mode de vie dans nos centres urbains.Or, cet art touche la vie de tous les gens qui sont en lien constant avec l\u2019architecture.Et il revient à ces mêmes gens le privilège de décider de la forme que prendra cet art dans leur vie.Quand on lui demande ce qui rend une ville belle, elle répond qu\u2019il existe trois critères: l\u2019ordonnance, la forme de la ville et des bâtiments afin qu\u2019on puisse les «comprendre», la qualité de la végétation, et un milieu de vie où on peut marcher avec plaisir.La plus grande qualité sociale?La diversité! «Il faut des architectures variées qui ont des fonctions hétérogènes.Rien de plus désolant, affirme-t-elle, qu\u2019un environnement où tout est semblable, conçu sur un même plan sans tenir compte de la diversité des gens qui y travaillent, qui y habitent.» L\u2019engagement de Phyllis Lambert est profond.Déjà, au début des années 1970, elle s\u2019était portée à la défense de nos monuments architectu- PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE qui intègre esthétique et raux, tentant de préserver notre patrimoine jusque-là plutôt mal défendu par les autorités en place.Suite à la destruction sauvage de la Maison Van Horne durant la nuit par un promoteur immobilier peu scrupuleux, Phyllis Lambert traçait l\u2019ébauche de l\u2019organisme Sauvons Montréal et devint, en 1975, la présidente fondatrice de Héritage Montréal.Elle a suscité par cette démarche la formation d\u2019organismes et le regroupement de citoyens pour éviter la démolition du bâti montréalais.En 1979, elle participait à la fondation de la Société du patrimoine urbain de Montréal, dont elle assume toujours la présidence.Cet organisme est à l\u2019origine du plus grand projet de rénovation d\u2019habitations au pays: une coopérative sans but lucratif qui a permis au quartier Milton-Parc de conserver le cadre physique et social dans lequel il avait été conçu.Madame Lambert est également une femme de mobilisation.Son attachement au patrimoine n\u2019est égalé que par sa vision du futur.«Un tissu en constante transformation que l\u2019on doit intégrer à l\u2019environnement moderne, disait-elle récemment en entrevue, la protection de l\u2019architecture est maintenant perçue comme une manière de mieux nous connaître par notre histoire.» Le prix Gérard-Morisset, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine du pa-trimoine, fait foi de cette femme qui a su se porter à la défense, à la sauvegarde et à la diffusion du patrimoine montréalais.Toutefois, sa vision, résolument portée vers l\u2019avenir, lui est tout aussi chère.L\u2019exposition la plus récente présentée au Centre canadien d\u2019architecture exprime bien cette façon de faire.Intitulée Stratégies urbaines: projets récents, l\u2019exposition est la cinquantième à être présentée au CCA.Elle est entièrement consacrée aux nouvelles tendances de planification urbaine.On y traite de réappropriation des axes routiers, de communautés résidentielles implantées en contexte urbain et des nouveaux plans directeurs de quelques grandes villes nord-américaines qui favorisent la transformation plutôt que la reconstruction.Le fil conducteur?Consulter les citoyens, et convaincre les décideurs d\u2019écouter.Peut-être est-ce là le fil conducteur de la carrière de Phyllis Lambert.Le Centre canadien d\u2019architecture, à la fois musée et centre d\u2019étude, permet justement ce genre d\u2019échanges et de présentations.C\u2019est un projet qui a mûri dans l\u2019esprit de l\u2019architecte.Il devait englober architecture, histoire, recherche et sensibilisation du public.Il donne maintenant à tous ceux qui le visitent un sens du patrimoine, de la mémoire et de la vie de demain.«Rien de plus désolant qu\u2019un environnement conçu sans tenir compte de la diversité des gens qui y J travaillent, qui y habitent»\" ! Phyllis Lambert Lauréate du prix Gérard-Morisset 1994 L'architecte qui assure depuis vingt ans la défense, la sauvegarde et la diffusion du patrimoine montréalais.Madame Phyllis Lambert est fondatrice de plusieurs organismes voués à la mise en valeur des bâtiments témoins de notre passé, dont le Centre Canadien d'Architecture.Elle a reçu de nombreux prix en reconnaissance de son rôle primordial dans ce secteur et est reconnue internationalement pour sa contribution à divers projets d'architecture.En remettant le prix Gérard-Morisset 1994 à Madame Lambert, le Gouvernement du Québec lui accorde sa plus haute distinction dans le domaine du patrimoine et souligne son apport à la société québécoise.Toutes nos félicitations à Madame Lambert, ainsi qu'à tous les lauréats des prix du Québec 1994.LE DEVOIR 1 '.yjtvytKA N 0 V E M li K !\u2022 PR.IX I) 11 (HI ITU Le cinéaste à l\u2019état brut Pierre Perrault, le poète cinéaste, n\u2019a jamais abandonné le flambeau du documentaire.quitte à réaliser du cinéma plus vrai que nature Perrault vint jazzer le documentaire en évacuant l\u2019interview \u2014 sa bête noire \u2014 pour mettre les gens filmés «en situation».Tendre une pêche au marsouin?L\u2019idée, qui impliquait des personnages s\u2019exprimant à, travers l\u2019action, donna ce fascinant poème sur l\u2019île aux Coudres éclairé par la figure si charismatique d\u2019Alexis Tremblay qui fit le tour du monde.« Au lieu de me prendre pour un poète, je les ai pris pour des poètes», déclare-t-il de ceux qui ont fait la trame de ses documentaires.Le film devait devenir le premier volet d\u2019une magnifique trilogie coudrière qui passa par U Règne du jour, voyage de Marie et d\u2019Alexis Tremblay au pays des ancêtres, et Les Voitures d\u2019eau, épopée de la construction de ces poèmes volants, les si élégantes goélettes de bois «qui ne Prix Albert-Tessier * R E PERRAULT Pour la caméra, Pierre Perrault a fait revivre la pêche au marsouin qui n\u2019avait pas été pratiquée depuis 38 ans à Pile aux Coudres sont plus qu\u2019objets d\u2019antiquité», comme dirait Léveillée.Pierre Perrault, un bon jour, a plongé dans l\u2019aventure d\u2019un projet collectif ci-de-vant nommé souveraineté-association.En est issu Un pays sans bon sens, un film d'appartenance qui en fit le catalyseur d\u2019un rêve national.Perrault, lui, garda la veine engagée avec L\u2019Acadie, l\u2019Acadie.Puis on le vit s\u2019intéresser aux autochtones, puis nous faire découvrir aussi l\u2019Abitibi à travers le personnage d\u2019Hauris Lalancette.Mais ses heures de gloire étaient derrière lui.On lui a reproché de verser souvent dans la mise en scène.Après tout, la pêche au marsouin de Pour la suite du monde n\u2019avait pas été pratiquée à l\u2019Ile aux Coudres depuis trente-huit ans et fut reconstituée pour les de la caméra.Au fond, Perrault de- ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Il a quelque chose du dernier des mousquetaires, ce Pierre Perrault.Le pur qui n\u2019a jamais abandonné le flambeau du documentaire, quand tous les compagnons des premiers jours, les Brault, les Carie, finissaient par flirter avec la fiction ou par l\u2019épouser pour le meilleur et pour le pire.Pierre Perrault restait collé au direct contre vents et marées.et à l\u2019ONF qui connaît aussi ses propres tempêtes.Le poète cinéaste se décrit comme un ours qui fuit la société et vit dans sa marge, plus à l\u2019aise au milieu d\u2019un bois que dans un salon, absent des premières qui font courir le Tout-Montréal.Chez lui, il écrit beaucoup de poésie, à l\u2019écart des bruits du monde.Est-ce la fréquentation assidue des bœufs musqués, vedettes animales de ses derniers films , qui a aiguisé chez lui ce goût des choses naturelles?mais il vilipende avec passion toute forme de faux (le jeu fabriqué des comédiens dans les films de fiction le fait grincer des dents), d\u2019artifice et même d\u2019ornement: maquillage, boucles d\u2019oreilles, tout ce qui fait la douce frivolité de la vie sociale.«Les sauvages sont sauvages», tranche-t-il.Je rencontre le cinéaste sauvage dans sa belle maison cossue de Mont-Royal, parmi les canards de bois, les photos des bœufs musqués devant leur glacier et du père Alexis Joveneau au milieu des Mon-tagnais de la Romaine.Il arrive d\u2019une fructueuse chasse au lièvre près de la rivière justement nommée la Lièvre, arbore sans complexe sa condition de prédateur.«Vous mangez bien de la viande, vous!» Dieu sait qu\u2019il aurait pu le recevoir depuis belle lurette, le prix Albert-Tessier.Pierre Perrault, grand chantre du direct, auteur de plus d\u2019une vingtaine de documentaires, était l\u2019étemel candidat dont le nom PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE Pierre Perrault: «J\u2019ai fait du- cinéma qui n\u2019est pas du cinéma, mais une tentative de capter des moments de vie.» devait sortir du chapeau.Il est même vaguement in-\tfait des études en droit, dont il a quitté la pratique sultant que le Québec ait attendu si longtemps avant\ten 1956 comme il y était entré.Perrault a fait ses de le couronner.Le cinéaste en reste un peu amer,\tdébuts à la radio à travers des émissions intitulées rend à César ce qui revient à César, ou plutôt à la\tAu pays de Neufve-France, ce qui l\u2019a mené de fil en Gaule.«C\u2019est la France qui m\u2019a découvert», dit-il, en\taiguille à parcourir le Québec avec le chanteur rappelant à quel point Les Cahiers du Cinéma l\u2019ont\tfrançais Jacques Douai, à écouter les gens.«Ce fut porté avant que le Québec ne le reconnaisse.On\tle début de la rencontre avec la parole», dit-il.croirait entendre une variante de l\u2019histoire de Félix.\tMais la parole, il la voulait vivante.C\u2019est ainsi Il est né en 1927 à Montréal, rue Saint-Denis, en\tqu\u2019un beau jour, sur une proposition de l\u2019ONF, le face de l\u2019église Saint-Zotique, d\u2019un père commerçant, voilà embarqué dans l\u2019aventure de faire parler la Mais quand il eut cinq ans, ses parents ont déména- pêche au marsouin sur les bâtures de l'ILe aux gé à Ahuntsic, en pleine campagne, parmi les aubé- Coudres.pines et les bêtes.De la pêche au marsouin de Pour Pierre Perrault a écrit des pages essentielles de la suite du monde à l\u2019orignal de La Bête lumineuse, eii notre histoire cinématographique.Il faut dire que passant par la chasse au phoque, aux morse, par les celle-ci est encore bien jeune.Pour la suite du mon-bœufs musqués de XOumimag, l\u2019animal devait par la de a 31 ans à peine, mais il fut le tout premier long suite régner sur son univers de cinéaste.trois crans métrage de l\u2019ONF et le film révolutionna notre ci-plus bas que les humains toutefois.Car bien avant nérna.Pendant que Michel Brault tenait la caméra d\u2019aimer le cinéma, il dit aimer les hommes.\tà l\u2019épaule, une technique innovatrice qui mettait de Un beau jour, par indifférence, par routine, il a la souplesse dans le traitement de l\u2019image, Pierre soins mandait aux gens de jouer leur propre rôle comme Flaherty le fit en son temps avec les Inuits de Nanook of the north.Pierre Perrault est aussi célèbre pour ce qu\u2019il a tourné que pour ce qu\u2019il n\u2019a pas tourné.Au chapitre du pas tourné: la fiction, bien évidemment, mais aussi des films où les femmes (mise à part Marie Tremblay) tiennent la vedette.Les Alexis Tremblay, les Hauris Lalancette occupaient le devant de la scène, figures emblématiques d\u2019un pays avec plus ou moins de bon sens.Pas tourné non plus: le documentaire sur la ville, le grand poème urbain.Perrault assure qu\u2019il a essayé; Il avait abordé deux travailleurs des abattoirs, mais le Rrojet n\u2019a pas abouti.A l\u2019heure de survoler sa carrière, que dit Pierre Perrault?«Un jour, on comprendra que j\u2019ai fait du cinéma qui n\u2019est pas du cinéma mais une tentative de capter des moments de vie, de traduire en images une réalité qui n\u2019est pas romanesque, que j\u2019ai été fidèle.» C EST AVEC FIERTÉ QUE NOUS RENDONS HOMMAGE ACES QUEBECOIS DE GRAND MERITE QUI ONT PORTE BIEN HAUT LE FLAMBEAU DE LA SCIENCE ET DE LA CULTURE loto-quebec h#*\"'*'- wt-rv.;.I.K I) K V 0 I It , I, K S S A M K I) I 2 (i K T I) I M A N ( Il K 2 7 X 0 V K M li II K I !» Il I b r PRIX DU QUEBEC SCIENCES HUMAINES Des outils d\u2019analyse pour la musicologie Jean-Jacques Nattiez, pionnier de la sémiologie musicale < 0 \u2022a Z 1 w ¦uj «3 a: « Q \u2022U S utllû* Prix Léon-Gérin JEAN-JACQUES NATTIEZ MARIE-ANDRÉE AMIOT COLLABORATION SPÉCIALE Il vous fait entrer dans sa résidence et dans son univers par la grande porte.Jean-Jacques Nattiez, Erofesseur, musicologue et récipiendaire du prix éon-Gérin, est d\u2019une simplicité et d\u2019une gentillesse presque désarmante.Sa culture, son savoir, ses paroles qui lui viennent d\u2019ailleurs sans peine, il les partage avec une infinie générosité en se demandant toujours s\u2019il en a dit suffisamment, si le message est bien clair, si la musicologie, sa passion dont il a fait carrière, est bien comprise.Pas simple en effet, la musicologie.C\u2019est un univers plutôt hermétique où l\u2019art et la science se côtoient et où les courants ne cessent d\u2019évoluer.Né en 1945 à Amiens, le jeune Nattiez n\u2019est pas insensible aux influences précoces qui orienteront son choix de profession.D\u2019abord par sa patrie: Amiens est le berceau de nombreux savants et écrivains tels Branly, Gresset, Delambre et Voiture.«Il y a aussi à Amiens la plus grande cathédrale de France, affirme M.Nattiez, je la faisais visiter aux touristes quand j\u2019avais quatorze ou quinze ans.C\u2019était pour moi une grande source d\u2019inspiration.» De sa famille également.Sjon père était professeur de littérature française à l\u2019École normale et critique musical pour un journal local qui jouit d\u2019une certaine renommée.«La double présence de la littérature et de la musique seront pour moi à l\u2019origine de mes recherches», soutient-il.En effet, l\u2019admiration qu\u2019il voue à Proust et à Wagner lui inspirera, quelques années plus tard, deux de ses principaux ouvrages: Proust musicien (1984) et Wagner androgyne (1990).Il entreprend ses études à l\u2019Université d\u2019Aix-en-Provence à la fin des années soixante.Durant ces tumultueuses années, Jean-Jacques Nattiez sent un nouveau courant jaillir grâce notamment à l\u2019engoue ment que suscite l\u2019avènement du structuralisme dans le monde des sciences humaines.«L\u2019étude de PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE Jean-Jacques Nattiez: «Le chercheur construit un monde de concepts et d\u2019énoncés comme le compositeur d\u2019avant-garde s\u2019aventure dans le domaine encore inouï des sons.» la sémiologie, cette science qui étudie les systèmes de signes, prend de plus en plus d\u2019importance dans tous les domaines.J\u2019ai opté pour cette discipline en musique où l\u2019œuvre, plutôt que la biographie de son créateur, serait commentée, analysée, critiquée.» Sous la direction de Georges Mounin (1967-1968), il entreprend sa maîtrise; son mémoire, réécrit et remanié, devient plus tard l\u2019objet de sa première publication, Fondements d\u2019une sémiologie de la musique (1975), «première tentative d\u2019utilisation systématique, pour l\u2019analyse musicale, de concepts et de méthodes élaborés par la linguistique structurale».Jean-Jacques Nattiez est dès lors consacré pionnier d\u2019une nouvelle branche de la musicologie, la sémiologie musicale, définie comme une réflexion critique et un ensemble de propositions analytiques traitant des modalités de la communication musicale.L\u2019œuvre est immédiatement célébrée.Ixi distinction nette que Jean-Jacques Nattiez établit entre stratégies de production et stratégies de perception réoriente de façon draconienne la réflexion critique tenue jusque-là sur le phénomène musical.«Pour la première fois, quelqu\u2019un dotait la musicologie d\u2019outils rigoureux et d\u2019interprétations qui lui faisaient défaut jusque-là.» L\u2019originalité et l\u2019envergure de la démarche ont attiré l\u2019attention de la communauté scientifique et une foule de publications et de récompenses ont suivi la parution de cette première œuvre.Plus tard, pour faire suite, il publie Musicologie générale et sémiologie, traduit en italien et en anglais.À Paris, en 1979 et à nouveau en 1987, M.Nattiez reçoit le Grand Prix international du disque de l\u2019Académie Charles-Cros.En 1988, on lui accorde la bourse Killam du Conseil des arts du Canada, en 1989, c\u2019est le prix André-Laurendeau de l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences et, en 1989, la médaille Dent de la Royal Music Association de Londres; 1990 apportera le prix Diego Fabbri de l\u2019Ente dello spettacolo pour le meilleur livre sur la musique et le prix Molson du Conseil des arts du Canada.Détenteur de maîtrises en lettres modernes et en linguistique et d\u2019un doctorat en sémiologie musicale, l\u2019auteur travaille sans relâche à une œuvre originale et variée.À ce jour, il a publié six livres et plus d\u2019une centaine d\u2019articles.11 a également prononcé des conférences et participé à plusieurs congrès et colloques dans 19 pays, dont l\u2019Argentine, le Brésil, le Japon, l\u2019Italie et ceux de la Scandinavie.Plusieurs institutions étrangères l\u2019ont accueilli à litre de professeur invité: les universités de Yale, Princeton, Philadelphie et Oxford, l\u2019Ecole normale supérieure de Paris et tout particulièrement le Collège de France.Il poursuit son œuvre dans des domaines aussi inusités que fascinants.La musique inuit, plus particulièrement les jeux de gorge des femmes, l\u2019intéresse depuis plus de vingt ans.Après avoir produit un disque en 1978 sur cet art intrigant, il a conçu plus récemment un type de compact à accès thématique (Jeux vocaux des Inuits) paru en 1990, qui suscite l\u2019intervention de l\u2019auditeur du disque.Une innovation importante dans le domaine de l\u2019ethnomu-sieologie.Professeur de musicologie à l\u2019Université de Montréal depuis 1972, titulaire depuis 1985, il a été responsable du Groupe de recherche en sémiologie musicale de 1974 à 1980.Il fut rédacteur en chef d\u2019abord de la Revue de musique des universités canadiennes (secteur francophone) puis de Circuit («revue nord-américaine, de musique du XXe siècle»).Par ailleurs, il dirige la collection «Sémiologie et analyse musicales» des Presses de l\u2019Université de Montréal et, avec Pierre Boulez, la collection «Musique/ passé/présent», chez l\u2019éditeur parisien Christian Bourgois.Membre de plusieurs sociétés savantes, Jean-Jacques Nattiez est un travailleur, un artiste, un chercheur insatiable.Il s\u2019intéresse à toutes les manifestations de la vie et demeure fidèle au tableau élaboré en guise de conclusion des Fondements d'une sémiologie de la musique: «Le chercheur construit un monde de concepts et d\u2019énoncés comme le compositeur d\u2019avant-garde s\u2019aventure dans le domaine encore inouï des sons: jamais en repos, toujours soucieux de plus de clarté, perpétuellement questionné par les énigmes de la science et les mystères de la musique, je n\u2019attends qu\u2019un prochain thème pour reprendre l\u2019exploration.» Sa dernière décoration le ravit.«Heureusement qu\u2019on m\u2019a bien fait comprendre que ce prix ne sanctionnait pas ma carrière, sourit-il en faisant allusion au prix Léon-Gérin, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaines des sciences humaines et des sciences sociales, car j\u2019ai bien l\u2019intention de poursuivre encore vingt, trente ans! Au moins!» La sémiologie, science qui étudie les systèmes de signes, prend de plus en plus d\u2019importance dans tous les domaines FELICITATIONS A PIERRE PERRAULT CINÉASTE-POÈTE LAUREAT DU PRIX ALBERT-TESSIER 1994 QUI A SU LE PREMIER DONNER LA PAROLE AUX GENS DU PAYS m- - ¦ li* ,S\u201c,T.1964 Pour la suite du monde coréal.: Michel Brault, Marcel Carrière 1966\tLe Règne du jour 1968\tLes Voitures d'eau Le Beau Plaisir coréal.: Bernard Gosselin, Michel Brault 1970\tUn pays sans bon sens! 1971\tL'Acadie, l'Acadie?!?coréal.: Michel Brault 1975 Un royaume vous attend coréal.: Bernard Gosselin 1976 1977 1977 1979 1980 1982 1983 1985 1993 1994 Le Retour à la terre C'était un Québécois en Bretagne, Madame! Le Goût de la farine Gens d'Abitibi Le Pays de la Terre sans arbre ou le Mouchouânipi La Bête lumineuse Les Voiles bas et en travers La Grande Allure L'Oumigmag ou l'Objectif documentaire Cornouailles L'OFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA : TÉMOIN, HIER ET AUJOURD'HUI m onfchd 1 ' , ri ARLETTE COUSTURE, romancière JEAN BEAUDIN, RÉALISATEUR mm FRANÇOISE SÜLÜVAN, ARTISTE-PEINTRE Une oeuvre d\u2019imagination et de rigueur Henry Saxe a apporté une indiscutable contribution au développement de la sculpture au Québec Prix Paul-Émile Borduas HENRY SAXE STEPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Henry Saxe crie en français de «patienter un instant».Il dépose le combiné et, à l\u2019autre bout de la ligne, dans son atelier, à Tamworth, près de Kingston, en Ontario, on l\u2019entend gueuler «Stop the noise please, I\u2019m giving an interview».Le boucan produit par une machine électrique (une meule?) s\u2019arrête presque immédiatement.Puis Saxe s\u2019excuse et continue.«On se prépare pour la chasse, on installe une nouvelle hélice sur le moteur du bateau.» Comme quoi l\u2019art contemporain mène à tout.Saxe explique même que cet atelier, qui ferait saliver des garagistes, «sert même à faire des sculptures des fois.» Et Dieu comme le Conseil des arts savent que Henry Saxe en a produit des sculptures, mais aussi des toiles et des dessins depuis trente ans.On a d\u2019ailleurs pu s\u2019en rendre compte l\u2019été dernier, au Musée d\u2019art contemporain de Montréal, où était organisée une grande rétrospective qui rassemblait une sélection de 120 œuvres produites entre 1960 et 1993.Henry Saxe aura été gâté par le Québec en 1994.«Vous savez, j\u2019habite en Ontario depuis vingt ans», commente-t-il dans ce français atypique qui avance par bourrée.Saxe bloque parfois sur la recherche de l\u2019expression juste, la trouve, puis file à toute vitesse pour compenser.«J\u2019ai perdu un peu le contact avec les événements culturels du Québec, je veux dire des prix et des choses du genre.Je ne pouvais pas croire qu\u2019on m\u2019avait accordé une telle faveur.Quand j\u2019ai réalisé vraiment ce qui m\u2019arrivait avec le prix, j\u2019ai été, comment dire, très heureux, parce qu\u2019au fond je me sens toujours très proche de Montréal et du Québec.» Saxe était d\u2019autant plus surpris qu\u2019il croyait ce prix réservé aux artistes qui habitent le Québec.On lui a cité les noms de quelques autres lauréats exi- PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE «Mes racines artistiques sont montréalaises, affirme Henry Saxe, et on n\u2019échappe pas à ses racines.» lés, et bien plus loin, jusque de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique Nord, comme Fernand Leduc.Le seul véritable critère, c\u2019est d\u2019avoir réalisé de grandes choses, ici.«Henry Saxe a contribué de façon indiscutable au développement de la sculpture au Québec», écrit Marcel Brisebois, directeur du Musée d\u2019art contemporain, dans sa lettre d\u2019appui à la candidature de l\u2019artiste.Ses propositions plastiques ne cessent de surprendre et témoignent des importants développements de la sculpture au Québec depuis 30 ans.» Henry Saxe a vu le jour à Montréal, en 1937, et c\u2019est ici qu\u2019il a produit ce qu\u2019on pourrait appeler ses œuvres de jeunesse, du début des années soixante jusqu\u2019en 1973.Après une formation à l\u2019université Sir Georges William et à l\u2019École des beaux-arts de Montréal (notamment sous la direction du graveur Albert Dumouchel), il présente une première exposition solo à la Galerie Libre, en 1962.Ses œuvres désarçonnent un peu la critique qui attendait des gravures et se retrouve surtout confrontée à des huiles et des collages post-automatistes, où les surfaces colorées se tiennent en équilibre.On y retrouve des influences évidentes de ses nombreux voyages à New York, où il peut admirer la production des Rauschenberg, De Kooning et Kline, dont il admire la liberté d\u2019expression et le côté très «énergique».Saxe enchaîne ensuite avec de nombreuses participations à des expositions de groupe, à Montréal bien sûr, rpais aussi à Ottawa, aux États-Unis et jusqu\u2019à Paris.Puis, en 1964, il réalise sa première sculpture, Sojax, construite avec plusieurs pièces de bois emboîtées les unes aux autres, pour créer qn effet de mouvement.A partir de là, il va de plus en plus concentrer ses efforts sur ce nouveau moyen d\u2019expression.Son style va vite évoluer dans le sens du formalisme alors en train de s\u2019imposer sur la scène artistique québécoise, notamment avec Guido Molinari et Claude Tousi-gnant, qu\u2019il a côtoyés à l\u2019École des beaux-arts.«Gui-do et Claude ont reçu le prix Borduas avant moi, dit Saxe.Je suis d\u2019autant plus heureux d\u2019être honoré après ces grands artistes.» L\u2019influence des peintres plasticiens sur la mutation de Saxe est particulièrement frappante en 1965 et 1966.Il commence d\u2019abord par découper et colorer vivement des panneaux de contreplaqué.Puis, en quelques mois, il se tourne vers le métal traité à la peinture industrielle, qui lui permet de créer des objets formels très épurés, qui semblent tout droit sortis d\u2019une usine de haute technologie de l\u2019époque.Cette évolution débouchera finalement sur la production de sculptures modulaires et transformables à volonté, de plus en plus complexes, mais produites sans plan préalable.Après un an de réflexion, d\u2019étude et d\u2019expéri- mentation, il se tourne vers des matériaux ne nécessitant pas de «fusion» (tressage ou nouage de cordes, pierres ou caoutchouc juxtaposés, etc.), l\u2019utilisation de tiges de métal pliées ou même d\u2019objets manufacturés (escabeau, trépied, etc.).Il abandonne aussi l\u2019utilisation de la couleur comme le recours aux structures mobiles et variables.Saxe expose ses nouvelles œuvres au Musée d\u2019art contemporain, en 1973, l\u2019année même où il quitte Montréal pour Tamworth.Il y installe son grand atelier parfaitement équipé et poursuit depuis ses recherches sur les concepts d\u2019instrumentalité, d\u2019équilibre, de poids et de tension, bref, sur les lois de la physique et de la géométrie.Saxe adopte en fait une sorte d\u2019attitude postconstructiviste, où quelques obsessions s\u2019exposent D\u2019abord un attrait récurrent pour le plan horizontal, voire pour des œuvres au raz du sol.Et puis une passion pour les pièces de métal en opposition dynamique, toutes indispensables et autonomes.Et finalement un respect infini pour le site de présentation de l\u2019œuvre.«Toute l\u2019œuvre de Saxe est le fruit d\u2019un esprit inventif, et témoigne à la fois d\u2019une grande liberté de création et de la singularité de son langage plastique, écrit le conservateur Réal Lussier dans le catalogue que lui consacrait cet été le Musée d\u2019art contemporain.Une même attitude de l\u2019artiste à l\u2019expérimentation, doublé d\u2019un sens aigu de l\u2019analyse, a toujours prévalu dans son travail.» «Je travaille encore beaucoup par instinct, commente pour sa part l\u2019artiste.On ne peut pas savoir ce que sera le résultat final des œuvres.Il y a une part d\u2019Automatisme, d\u2019incontrôlé là-dedans.C\u2019est une partie d\u2019influence de Borduas sur mon travail, encore aujourd\u2019hui je veux dire.» , Saxe n\u2019a cependant jamais rencontré ce Paul-Émile Borduas, décédé à Paris en 1960.«Les seuls automatistes que j\u2019ai connus, c\u2019est Mousseau, Barbeau, Sullivan et Leduc, dit-il.Tout de même, c\u2019est certain, pour moi, Borduas, c\u2019est le pionnier de l\u2019art au Canada, un point c\u2019est tout.Personne n\u2019a contribué autant que lui dans le domaine des arts.Même comparé aux autres peintres de l\u2019époque à havers le monde, Borduas était très révolutionnaire dans son travail et sa philosophie.Il a proposé une révolution totale avec l\u2019art.Ça pour moi, ça demeure une sorte de modèle.» Pour lui, finalement, c\u2019est aussi par cette filiation, cette parenté, qu\u2019il demeure rattaché au Québec.«Mes racines artistiques sont montréalaises et on n\u2019échappe pas à ses racines, conclut-il.Je suis venu ici, à Tamworth, parce que c\u2019était entre Montréal, Toronto et Ottawa, et parce que les locaux étaient pas chers.C\u2019est comme les Éboulements ici, c\u2019est une terre de roches juste bonne pour la patate.Mais c\u2019est à la campagne.Et ça, c\u2019est bon pour la chasse.» EDOUARD LOCK, chorégraphe GONE.MCTTEUft EN SCENE.CIRQUE OU SOIEII mm BANQUE NATIONALE Notre banque nationale Le regard de l'artiste allume les passions.Il faut de l'inspiration pour créer une œuvre, du cran pour livrer ses émotions, de la passion pour conquérir le public.Rendons hommage à nos artistes.Leur vision du monde est le reflet de ce que nous sommes. I !\u2022: I) K v 0 I H .I.K S S A M K DI 2 (i K T I) I M A N C II E 2 7 N 0 V K M B R K I 0 » I b DÉVELOPPEMENT D\u2019INSTITUTIONS DE RECHERCHE Au service de la promotion de la recherche En 1968, Maurice L\u2019Abbé créait le premier Centre de recherche en mathématiques du Canada iwas M -ino'j ^u -j m i -Jacq .)rwaoq> Prix Armand-Frappier MAURICE L\u2019ABBÉ BENOÎT CHAPDELAINE COLLABORATION SPÉCIALE Ly Université de Montréal est au i centre de la vie de cet homme de 74 ans et qui en paraît dix de moins.L\u2019Université lui a donné la base de sa formation et de sa carrière, et même son épouse! À l\u2019écouter, on croirait que lui et l\u2019auguste institution ne font qu\u2019un.Le mélange a bien servi cet homme à l\u2019allure frêle mais à l\u2019esprit vif, aux paroles décapantes enrobées de diplomatie, comme cette cravate rouge qu\u2019il porte sous son lainage vert.D\u2019ailleurs, n\u2019est-ce pas l\u2019Université qui a soumis sa candidature au prix Armand-Frappier?Ce prix instauré l\u2019an dernier honore l\u2019auteur d\u2019une contribution remarquable au développement d\u2019institutions de recherche ou à la promotion de la science et la technologie au Québec.Maurice L\u2019Abbé créait en 1968 le premier Centre de recherche en mathématiques du Canada et devenait le premier vice-recteur à la recherche de l\u2019Université de Montréal.Comme vice-recteur, jusqu\u2019en 1978, Maurice L\u2019Abbé a joué par la suite un rôle prépondérant dans la création d\u2019une dizaine de centres de recherche.Après avoir été consultant auprès de l\u2019OCDE, il présidera le Conseil des sciences du Canada jusqu\u2019en 1983, puis le Conseil supérieur de la science et de la technologie du Québec jusqu\u2019en 1990.Depuis, il préside \u2014 à temps partiel \u2014 une commission d\u2019évaluation de la Conférence des recteurs et principaux universitaires du Québec.L\u2019autre grande réalisation dont il est particulièrement fier est le séminaire de mathématiques supérieures de l\u2019Université de Montréal, qui se tient chaque année depuis 1962.«Une idée remarquable», de son propre avis, qui consiste à réunir des sommités internationales à l\u2019Université de Montréal et à publier ensuite leurs exposés.L\u2019université assure ainsi sa notoriété tout en voyant à l\u2019œuvre des enseignants réguliers potentiels.Un bon calcul.«Je suis très mauvais en calcul, coupe du tac au tac le principal intéressé.Les gens s\u2019imaginent que les mathématiciens sont bons en calcul, mais c\u2019est un mythe.» Et Maurice L\u2019Abbé d\u2019indiquer ce qu\u2019est exactement la logique mathématique \u2014 sa spécialité, qu\u2019il ne serait pas raisonnable d\u2019expliquer ici.En 1946, le futur mathématicien étudiait à l\u2019Université de Princeton, près de New York, et allait ainsi devenir le premier Canadien français à obtenir un doctorat en mathématiques.«On l\u2019appelait le génie de i:' ¦ wr-ï-m SU?! ,v iT m I i , rt m Igl - Wg g§fc:-' H k «T : PHOTO FRANÇOIS BRUNELLE Le premier Canadien français à obtenir un doctorat en mathématiques, en 1951, se considère comme très mauvais en calcul.Princeton», se souvient son épouse.Leur voyage de noces a duré un an, à Paris, où il effectuait un postdoctorat.Rassembleur, Maurice L\u2019Abbé réunit des mathématiciens français qui ne se connaissaient pas.«Les Français sont très indépendants», dit-il.Il devient l\u2019entremetteur de la communauté des mathématiciens, ce qui lui servira plus tard comme président de la Société mathématique du Canada.De retour au Québec, Maurice L\u2019Abbé devient rapidement directeur du département de mathématiques de l\u2019Université de Montréal et joue un rôle de gardien de but pendant la Révolution tranquille.Convaincu qu\u2019il faut séparer l\u2019Etat du clergé, il s\u2019érige également contre l\u2019intention des Jésuites de créer deux nouvelles universités francophones à Montréal.Il publie un livre avec des collègues: L\u2019IUniversité dit non aux Jésuites, et réclame à cor et à cri une commission sur le système d\u2019éducation.La Commission Parent est née.Elle soulage Maurice L\u2019Abbé de sa grande crainte de voir le clergé renouer avec l\u2019université, mais génère un nouveau venu dont il ne reconnaît toujours pas la validité: le cégep.«La formation générale au cégep fait perdre un an à l\u2019université, déplore-t-il.Le Québec est le seul endroit que je connais où existe un tel système.C\u2019est comme une première année universitaire mal enseignée et qui doit souvent être reprise à l\u2019université.» Maurice L\u2019Abbé se montre sévère envers l\u2019éducation qu\u2019il a reçue (trop de philosophie, pas assez de sciences), mais aussi envers celle d\u2019aujourd\u2019hui.Lui qui a fait son cours classique trouve invraisemblable que les classes se terminent peu après 15 heures quand, dans son temps, c\u2019était à 17h45 sept jours par semaine.En revanche, il est l\u2019un des nombreux apôtres de l'informatique, convaincu qu\u2019en familiarisant très tôt un enfant avec l\u2019ordinateur on augmente ses chances de réussir plus tard en société.Lui, par contre, s\u2019en est toujours passé! «Nous venons de nous en acheter un, dit-il.Quand ma femme va comprendre comment ça marche, elle va me le montrer!» Comme premier président du Conseil supérieur des sciences et de la technologie du Québec de 1983 à 1990, Maurice Maurice L\u2019Abbé a souvent dû , convaincre des ministres L\u2019Abbé a joue que leurs fonctionnaires A| erraient.Il est persuadé un role qu\u2019il faut revoir le finan-/\t,,\t, cernent de la recherche preponderant et ciu développement au donc la Québec, pour le bien-être uoiia m du public et des entre-erpflrinn prises.Il favorise les subventions directes plutôt d\u2019une dizaine Que les dégrèvements fiscaux qui profitent surtout de centres aux grandes entreprises.«Robert Bourassa était de recherche un inconditionnel des dégrèvements fiscaux, dé-plore-t-il.Une compagnie peut déduire de l\u2019impôt ses dépenses en R-D.Alcan a un comptable seulement pour ça! Mais beaucoup de compagnies comme Bell Northern Research dépenseraient de toute façon beaucoup d\u2019argent en, R-D.sans dégrèvement d\u2019impôt.L\u2019Etat se prive ainsi de millions de dollars de revenus.» Selon lui, plusieurs PME qui n\u2019investissent pas en recherche et développement utiliseraient à meilleur escient des subventions et tout le Québec en profiterait Maurice L\u2019Abbé admet ne pas toujours avoir eu l\u2019esprit aussi porté vers le développement économique.Dans ses premières années de carrière, il se donnait presque corps et âme à son travail.«Pas pour le Canada, le Québec ou l\u2019humanité, précise-t-il, mais pour l\u2019Université.» De Montréal, bien sûr! ! : i \u2022 i elicitations ! Hydro-Québec est heureuse de rendre hommage aux lauréats des Prix du Québec 1994 pour souligner leur contribution à l'essor culturel et scientifique de la société québécoise.PRIX MARIE-VICTORIN SCIENCES PURES ET APPLIQUÉES Ronald Melzac psychologue PRIX LÉON-GÉRIN SCIENCES HUMAINES Jean-Jacques Nattier sémiologie musicale, département de musique, Université de Montréal PRIX WILDER-PENFIELD RECHERCHE (BIOMÉDICALE) Yves Lamarre neurologue, Université de Montréal Albert Aguyao neurologue, Université McGill PRIX ARMAND-FRAPPIER DÉVELOPPEMENT D\u2019INSTITUTIONS DE LA RECHERCHE Maurice Labbé professeur Émérite de l'Université de Montréal PRIX ALBERT-TESSIER CINÉMA Pierre Perrault cinéaste PRIX GÉRARD-MORISSET PATRIMOINE Phyllis Lambert architecte fondatrice du Centre canadien d\u2019architecture PRIX ATHANASE-DAVID LITTÉRATURE Réjean Ducharme écrivain PRIX DENISE-PELLETIER ARTS D'INTERPRÉTATION Martine Époque danseuse et chorégraphe, fondatrice du Département de danse de l'Université du Québec à Montréal PRIX PAUL-ÉMILE-BORDUAS ARTS VISUELS Henry Saxe sculpteur Hydro Québec Le meilleur de nous-mêmes sa mstfm ¦ - Wmm wmmmw Wmm |[HB| mm mêm WmB W$8$Ê: ' r â»/> C\u2019EST PERMIS Se servir de son imagination, de son talent, de sa passion, de sa volonté, de son inspiration pour créer, pour insuffler la vie à une oeuvre littéraire ou musicale, un Le Mouvement des caisses Desjardins rend hommage à ces femmes et ces hommes qui contribuent à nous rendre très fier(e) s de notre identité collective.La Société d'é Desjardins L\u2019incroyable force de la coopératif rend hommage à Réjean Ducharme pour le prix Athanase-David Littérature Réjean Ducharme, ce perfectionniste, ce fouilleur, cet ouvrier Lenvergure de l\u2019œuvre de Ducharme est telle qu\u2019il serait plus juste de dire que le prix David s\u2019est mérité Réjean Ducharme.Prix Athanase-David RÉJEAN DUCHARME ROBERT LÉVESQUE LE DEVOIR Si ma mémoire est bonne, c\u2019est la deuxième fois que Réjean Ducharme reçoit le prix Athanase-David.Ce prix qu\u2019on ne reçoit qu\u2019une fois, normalement, puisqu\u2019il ne va pas à un livre mais à une œuvre, lui avait été attribué en 1967, trop vite puisqu\u2019il n\u2019en était qu\u2019à L\u2019Avalée des avalés et au Nez qui voque.Voilà qu\u2019on lui refile un second David; cette fois-ci on peut dire qu\u2019il est tard puisque l\u2019envergure de l\u2019œuvre de Ducharme est telle qu\u2019il serait plus juste de dire que c\u2019est le prix David qui, il y a trois jours, se méritait Réjean Ducharme.Comme on a dit à l\u2019époque que le Nobel se donnait Jean-Paul Sartre (malgré que celui-ci l\u2019ait refusé), le prix littéraire de la province de Québec vient de se distinguer \u2014 et de hausser sa barre \u2014 en réinvitant dans sa liste, pour deux sièges dans le club, le plus formidable écrivain que le Québec ait produit au vingtième siècle.Ce David bis ne changera rien à la vie du plus secret des écrivains montréalais, qui vit sa vie d\u2019artiste loin des médias, piéton anonyme dans les rues sales et transversales de Montréal, s\u2019étant toujours refusé à toute apparition publique.Il ne servira pas non plus \u2014 puisqu\u2019il est d\u2019une telle évidence que ce prix lui était acquis \u2014 à faire oublier les réels affronts récents d\u2019autres jurys qui, à Paris chez Drouant, à la Ville de Montréal, au gouverneur général du Canada, ont préféré d\u2019autres écrivains moins affermis, moins transcendants que Ducharme, moins immenses que l\u2019auteur de Va savoir.Avec Dévadé en 1990 et Va savoir en 1994, Réjean Ducharme a effectué un graqd retour au roman après quatorze ans de silence.A la suite de la sortie de Les Enfantâmes en 1976, Ducharme avait subitement cessé d\u2019écrire, du moins de publier.Il avait aussi abandonné l\u2019écriture de théâtre.Artiste d\u2019une insécurité phénoménale face à son œuvre et à sa Le plus secret des écrivains montréalais vit loin des médias et des photographes et s\u2019est toujours refusé à paraître en public.destinée d\u2019écrivain (eh oui!), Réjean Ducharme avait fermé boutique peut-être à cause d\u2019un projet de film \u2014 dont il avait écrit le scénario pour le regretté Francis Mankiewicz \u2014 qui n'avait pas abouti.Cela suffisait pour qu\u2019il ait tout remis en question.Il avait pris la rue, et dans la collecte nocturne des objets les plus hétéroclites, assumant une mémoire des déchets, de bouts de stylo en capsules de bière, de vis en clous, de papiers froissés en bâtons de popsicle, il a bâti en cent collages une œuvre de bric et de broc, dans la lignée de l\u2019art du pauvre, autre fuite et autre nom, il s\u2019appelait Roch Plante.Il est heureusement revenu à sa table de travail, ce perfectionniste, ce fada de la langue et des mots, ce fouilleur, cet ouvrier.La littérature a gagné sur le découragement.Il s\u2019est remis au métier comme on va au boulot, et comme il l\u2019a écrit pour Charlebois: «Le matin on arrive à manufacture les deux yeux fermés ben dur, les culottes pas zippées, en r\u2019tard.» Il vient en quatre ans de se signaler à nouveau au monde avec deux romans qui poursuivent \u2014 mais empruntant des chemins plus sombres, marchant plus lentement, mais sachant où mène la route, c\u2019est-à-dire nulle part, se bâtissant une maison dans un dépotoir où les yeux d\u2019une fillette de cinq ans l\u2019éclairent assez pour l\u2019assombrir encore plus (la force de Va savoir, cet enfant qui s\u2019offre et qui est impossible à rejoindre) \u2014 la plus originale et pathétique destinée d\u2019un romancier d\u2019Amérique du Nord, Ducharme l\u2019enfant du siècle, solitaire dans son monde rapaillé, chair triste et livres lus, l\u2019éternité en allée, sans idéal en poche, son royaume pour une tendresse; regardez ce gamin céleste et déjà vieux il y a dix ans, dans cette rue enneigée de Prévost, regardant vers nous et donnant dans sa tête un coup de pied aux poubelles des adultes.Les jurys qui, il y a peu, ont levé le nez sur Va savoir, lui préférant ici un premier roman (Kokis), là une assiduité aux nominations (Lalonde), là-bas un jeunot (Le Touze au Renaudot où aucune voix ne lui est allée), ont peut-être tenus pour acquis que Ducharme avait déjà tout eu, qu\u2019il méritait tout, qu il en aurait trop, n\u2019en avait pas besoin, que sais-je et va savoir!, mais le fait est qu\u2019il n\u2019a rien eu.Misère des jurys, réflexes insondables, comment peut-on ainsi passer à côté d\u2019une œuvre majeure, qu un roman nouveau vient solidifier plus encore?_ Un second David ne changera rien a 1 affaire puisque ce prix du Québec ne concerne nullement la parution de Va savoir, tellement pas d ailleurs que dans le dossier que le gouvernement québécois remettait aux rédactions, au sujet de l\u2019attribution du prix David à Ducharme, nulle part il n\u2019est fait mention de la parution de ce huitième roman.C\u2019est un dossier qui n\u2019est pas à jour, qui nous signale quelques personnes pouvant nous parler de Ducharme, sa mère, Nina Ducharme, et le poète Gé-rald Godin, tous les deux morts.Ce qui demeure, et ce qu\u2019il faut dire, c\u2019est que Va savoir, de très loin le meilleur roman signé par un écrivain québécois depuis plusieurs années, et l\u2019un des plus forts publiés dans Paris cet automne, n\u2019aura reçu finalement aucun prix.Personne n\u2019aura, dans la république des jurys, reconnu ou salué le retour d\u2019un très grand écrivain.Vous pensez que Ducharme l\u2019invisible, Ducharme le reclus et Ducharme le timide se fout de ce genre de choses?Permet-tez-moi de vous dire que vous vous trompez! Un écrivain comme lui n\u2019a que son œuvre.C\u2019est sa peau et ses os.Des écrivains comme lui sont épouvantablement sensibles à la reconnaissance publique de leurs livres.Ce n\u2019est pas parce que Ducharme ne fait pas le jeu du marché, ou le mariolle à la télé, qu\u2019il faut le considérer comme un être détaché de tout.Sa décision radicale de demeurer caché derrière son œuvre relève d\u2019un attachement total à la survie de ses livres.Il a 53 ans, Ducharme.Il vient, il y a quelques mois, de faire parvenir chez Gallimard une nouvelle photo de lui, datant de 10 ans, où il s\u2019est laissé prendre avec Blaze son chien, un jour d\u2019hiver où le petit oiseau est sorti et lui a fait bonjour; une photo qui s\u2019ajoute au photomaton des années 60.Un tel geste est énorme.Il m\u2019a sidéré.C\u2019est le signe d\u2019un grand salut.Le cadeau d\u2019un fantôme.Réjean Ducharme existe.Et ce grand mystère qui plane toujours autour de lui est là pour le préserver, et de lui, et de nous, et de la vie qui va, et des prix qui passent tout droit sans s\u2019arrêter, car c\u2019est dans ce mystère, dans la nuit américaine de ce garçon de Saint-Félix-de-Valois, et dans son cœur de vieil enfant appliqué, que Réjean Ducharme trouvera à nouveau \u2014 s\u2019il persiste, s\u2019il s\u2019en remet \u2014 la seule joie de continuer.Il se peut que Réjean Ducharme n\u2019écrive plus.Il faut se dire cela.Mais croisons les doigts pour qu\u2019il n\u2019en soit pas ainsi car ce type doit écrire, car il a en lui du génie.poème, un tableau, un personnage, une sculpture, une comédie, un bijou, une découverte scientifique.,\u2022 m i.iHSPÜIf ¦üs'Sa?\u2018MH#*\u2019 '¦¦«P V ¦¦\t: -i >.V X ¦¦ \u2018 '
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