Le devoir, 26 mai 1995, Cahier A
LE DEVOIR Vol.L X X XVI - N o I 2 2 PERSPECTIVES Les sondages tyranniques?Un juge ontarien maintient la loi fédérale qui interdit la publication de sondages électoraux trois jours avant le scrutin.Déboutés, les médias devraient en appeler de cette décision qui limite indûment l’information à un moment on ne peut plus névralgique.MO N T II É A 1.LE V K N l> Il •: 1) 1 2 (I M Al ID D r» 7 r> O ?T P S + T V t) / T o i' o il 1 o S !» u POLITIQUE MONTRÉAL r J VISAS Loi 102: Parizeau met £Và ¦ ' ?Une grève d’avocats # A ^ Lanaudière sur de Veau dans son vin PAGE A 4 paralyse le Palais de justice ^ PAGE A 3 V une note d’été J PAGE B 5 Susan Thibaudeau déboutée Sitôt rendu le jugement de la Cour suprême, Québec et Ottawa s’engagent à corriger les lois régissant les pensions alimentaires LA interdiction de publier des sondages dans 7 les jours précédant une élection fédérale ne porte pas atteinte aux libertés constitu-.tionnelles, estime un juge de la province r voisine.Selon le magistrat William Somers, cette restriction temporaire est une limitation raisonnable en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.Ainsi, la liberté de la presse et des autres moyens de communications ne peut être restreinte que par une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique.Dans sa décision du 15 mai, le juge Somers déboute donc les chaînes de journaux Thomson et Southam; elles font valoir que la loi fédérale, entrée en vigueur le 1er janvier 1993 à la suite des recommandations de la Commission royale Lortie en 1991, porte atteinte à la Charte de 1982.Car elle force les électeurs à se fier à de l’information dépassée, des rumeurs et des commentaires erronés, au moment de faire leur choix définitif.Le juge rejette cet argument.Il affirme que la période électorale n’entraîne pas pour autant un débgt illimité et sans aucune contrainte.A • preuve, il y a des restrictions concernant la publicité et les dépenses des tiers.Il admet qu’il n’y a pas de consensus quant à l’effet des sondages sur les électeurs.Il relève que 80 % des Canadiens sont au fait des sondages électoraux et peuvent donc en être indûment influencés.Il en conclut qu’une courte période de repos (trois jours) est un compromis raisonnable entre l’interdiction totale des sondages et leur publication sans aucune contrainte.Il appuie son jugement sur le fait qu’il y a des restrictions semblables dans plusieurs pays et même, au Canada, en Colombie-Britannique.Ce jugement en première instance soulève un débat fondamental quant à la liberté d’expression.Ainsi que les deux chaînes l’ont fait valoir, l’interdit de publication, si limité soit-il dans le temps, restreint l’information à une élite politique qui a les moyens de se payer des sondages privés, sans quelque restriction que ce soit, pour son usage exclusif.En d’autres termes, pour être valable, l’interdit devrait d’abord et avant tout s’adresser à ceux qui utilisent le plus les coups de sonde ponctuels, à savoir les partis politiques et leurs appareils.Il est évidemment impossible de mettre en œuvre une réglementation aussi ridicule, d’autant plus que les frontières, à l’ère de l’explosion de l’information tous azimuts, ne sont pas étanches.Qu’on le veuille ou non, sous le manteau ou au grand jour, les manchettes des sondages circulent plus ou moins librement, quels que soient les interdits de dernière heure.On vient tout juste de le constater à l’occasion des présidentielles françaises.Pourtant, demain, au conseil national du PQ, les militants de L’Acadie proposeront que la publication de sondages soit interdite durant le mois (sic) précédant une élection ou un référendum.Aberrant et ahurissant.On veut réserver les primeurs les plus névralgiques aux initiés et à ceux qui sont déjà fort bien informés, les surinformant ainsi davantage tout en laissant dans le noir les simples électeurs.Curieuse attitude envers ceux que l’on prétend informer au maximum en vue d’un choix éclairé! Influence indue, prétend le magistrat ontarien.Allons donc! Iœs sondages électoraux sont un élément d’information parmi plusieurs autres qui influencent les électeurs.Et pourquoi pas?Par l’écoute des politiciens et la lecture des programmes, les échanges en famille ou les discussions entre amis, les influences sont multiples et contradictoires sur les électeurs, bombardés de toutes parts.Des effets, bien sûr qu’il doit y en avoir.Mais ils sont énormément difficiles à mesurer.On peut présumer qu’ils jouent dans toutes sortes de directions, au gré de l’humeur des électeurs, finissant en quelque sorte par s’annuler.Prétendre que les électeurs sont si influençables, si impressionnables qu’il faille les prémunir ou les protéger de toute influence tyrannique, c’est emprunter une voie sans limite quant aux contraintes et restrictions à imposer à ces,pauvres chéris, comme l’ironise The Globe and Mail.A preuve, par l’absurde, la résolution péquiste.Espérons qu’elle fera long feu.Des abus dans les sondages, des distorsions dans les questions et dans les résultats?Nul ne saurait le contester.Ce n’est pas une raison pour les limiter, ne fût-ce que pour trois jours, aux initiés, aux stratèges, aux dirigeants politiques.En cette matière comme en d’autres, l’excès de liberté est préférable à sa carence.La pléthore de renseignements qui s’entrechoquent vaut certes mieux que la sécheresse des censeurs, si temporaire soit-elle.Est-ce à dire qu’il ne faille pas de règles ni de nonnes?Au contraire, il en faut, et de très exigeantes, mais mises au point et en vigueur par les entreprises, les propagandistes et les médias.Si les balises sont rigoureuses et les paramètres sévères, le sens critique des électeurs sera respecté.Comme il se doit.Sans la béquille législative ou judiciaire.Gilles Lesage ?A ~~ ' INDEX Agenda „.B9 Avis publics .,.B4 Classées ,.B8 Culture .Bll Économie .A8 Éditorial .A10 Le monde .A6 Mots croisés., ,.B4 Ijcs sports., ,.B8 MÉTÉO ¦'àJNu Montréal Ciel variable le matin.Ensoleillé par la suite.Max: 18 Québec Nuageux avec éclaircies.30 % de possibilité d’averses.Max: 15 Détails en B 4 JEAN DION ET MICHEL VENNE DE NOS BUREAUX.D’OTTAWA ET DE QUEBEC Susan Thibaudeau n’a pas obtenu gain de cause devant la Cour suprême, mais le débat sur l’imposition des pensions alimentaires est définitivement revenu sur le terrain politique.Autant le ministre fédéral de la Justice, Allan Rock, que le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, ont annoncé leur intention de modifier les législations régissant les pensions alimentaires dans le sens des démarches de cette mère de deux enfants, divorcée en 1987 et qui revendiquait depuis plus de cinq ans de ne pas payer d’impôt sur la pension que lui remettait mensuellement son ex-mari.Hier, le plus haut tribunal du pays jugeait que l’Etat est en son plein droit et ne cause aucun préjudice lorsqu'il impose les pensions alimentaires versées par un parent à un ancien conjoint pour subvenir aux besoins des enfants dont ce dernier a la charge.Le jugement, divisé selon le sexe (cinq juges masculins pour, deux juges féminins contre), renverse un verdict précédent de la Cour d’appel fédérale.VOIR PAGE A 12: THIBAUDEAU VOIR AUSSI EN PAGES A4 ETA 10 B Susan Thibaudeau n’en croit pas ses oreilles B L’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon: progrès dans la dissidence B Un autre jugement de la Cour suprême accorde une demi-victoire aux gais et lesbiennes Ils s’en vont à Denver Les Fleurdelisés vendus pour 75 millions $ US Les Nordiques de Québec ne sont plus.Joe Sakic, Stéphane Fiset et les autres poursuivront leur carrière à Denver dès la saison prochaine.Comsat Video Enterprises a fait l’acquisition des ex-Fleurdelisés au coût de 75 millions $ US.Le paysage du hockey professionnel québécois est désormais l’affaire d’une seule ville.«Les Nordiques, c’est toute ma vie.Il y aura un vide incroyable et l’ajustement sera horrible.» — Marcel Aubut «Il fallait maintenir un certain équilibre, on a essayé, ça n’a pas marché.» —Jacques Parizeau «Ce qu’on perd, présentement, c’est le plateau de tournage d’un spectacle de sport professionnel et l’équipe qui est la source de ce spectacle.» —Jean-Paul L’Allier BRIAN MYLES LE DEVOIR La vente du club de hockey professionnel Les Nordiques de Québec, annoncée hier à l’hôtel Le Concorde, a suscité de vives réactions, aussi bien dans l’entourage du Colisée que dans celui du Parlement.L’impuissance, la colère et le désarroi régnaient dans la Vieille Capitale, où personne ne demeurait indifférent face à la mort de l’équipe.Dans une déclaration diffusée en direct à travers le Canada, le président de l’équipe Marcel Aubut a ren- VOIR PAGE A 12: DENVER Aubut enterre les Nordiques Une centaine de personnes protestaient, hier, devant le Colisée de Québec, contre le déménagement des Nordiques.Mais c’était trop peu, trop tard.Le président de l’équipe, Marcel Aubut, annonçait au même moment la vente des Fleurdelisés à un groupe de Denver, au prix de 75 millions $ US.«Les Nordiques, c’est toute ma vie», a dit Marcel Aubut, qui blâme les gouvernements du départ du club de hockey.À l’Assemblée nationale cependant, le premier ministre Jacques Parizeau estime avoir tout tenté pour sauver les Nordiques.Toujours est-il que dans la Vieille Capitale, le hockey professionnel n’est plus qu’un souvenir.PHOTOS PC Québec accuse les syndicats de monnayer la souveraineté MICHEL VENNE ET PAUL CAUCHON LE DEVOIR Le vice-premier ministre Bernard Landry et la vice-présidente du Parti québécois Monique Simard ont rappelé aux syndicats, hier, leurs engagements envers -f-le mouvement souverainiste en insistant sur le fait que la souveraineté n’est ni monnayable, ni échangeable contre le renouvellement d’une convention collective.Ces réactions sont venues à la suite de critiques sévères formulées par le mouvement syndical envers la réforme des soins hospitaliers qui entraînera la fermeture d’hôpitaux, et à la suite de la décision du conseil fédéral de la Fédération des affaires sociales, qui regroupe 100 000 syndiqués affiliés à la CSN, de se dissocier du mouvement souverainiste.M.Landry a déclaré à Chicoutimi, où il participait au congrès de l’ACFAS, que «personne ne peut monnayer son appui au destin national.Si on dit qu’il n’y a pas de souveraineté dans un pays où des hôpitaux doivent fermer, il n’y aurait aucun pays souverain sur Terre.Nos amis syndicaux ont le même devoir que nous de regarder les choses selon une échelle de valeurs adaptée».«Je ne peux pas croire, dit-il, que des gens puissent manquer d’échelle de valeurs au point que leur vote pour un destin national soit conditionné à leur convention collective.» Dans un entretien avec Le Devoir, Mme Simard a rappelé que les centrales syndicales sont membres des Partenaires pour la souveraineté et qu’elles doivent être «cohérentes avec leurs options».«L’option ne peut pas être mise dans la balance avec autre chose, a-t-elle dit.Ce n’est pas échangeable.» Mme Simard croit cependant que le gouvernement a le devoir d’écouter le message que leur lancent les syndiqués.«Il faut aussi respecter les syndicats dans leur rôle qui consiste à VOIR PAGE A 12: MONNAYER Toronto s’empare du Confessionnal Le film de Lepage ouvrira le prochain festival torontois: Serge Losique se serait tiré dans le pied lutin PHOTO JACQUES GRENIER Serge Losique, président du FFM.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Cannes — On vient aussi sur la Croi-sette pour entendre le chuchotement des rumeurs, ramasser des nouvelles au passage.La toute dernière concerne Le Confessionnal de Robert Lepage, qui sera lancé à Toronto où il ouvrira le prochain festival au lieu du FFM de Montréal! Le directeur du festival ontarien.Piers Handling, a fait la grande demande et Lepage aurait accepté.Il semble que Serge Losique, qui désirait ce Confessionnal pour ouvrir son propre festival, se soit tiré dans le pied en expédiant au patron de la sélection de Cannes, Gilles Jacob, une copie d’un article de La Presse faisant dire à Lepage qu’il préférait ouvrir la Quinzaine des réalisateurs plutôt que de se retrouver perdu au mi- lieu de la sélection officielle, ce qui aurait irrité Jacob.L’initiative aurait déplu aux producteurs du film de Lepage.D’où l’exclusion du FFM dans la course au Confessionnal.Plusieurs Québécois à Cannes déplorent que l’Eldorado de Binamé n’ait pas été couru par la critique internationale.Sans cette presse, on reste en panne.Binamé est sauvé par le fait que la France a déjà acheté le film en début de semaine.À l’heure d'Eldorado, la presse se ruait sur deux films très attendus en compétition: Le Regard d’Ulysse, d’Angelopoulos, et Le Couvent, d’Oliveira.Ils eussent mieux fait de bouder Le Couvent car plus absolu ratage, on en voit rarement Dans ce festival on trouve davantage que des films.Des réalités parallèles se côtoient VOIR PAGE A 12: TORONTO 1 I.K I) K V OIK.I.K V E ,N I) K KOI 2 Venez faire le plein d’idées.en aménagement et décoration d’intérieur.• Nouveaux produits, nouvelles tendances • Plusieurs concepts pour bureau à domicile • Consultations gratuites offertes par des designers professionnels JEUDI, 25 MAI - lOh à 19h (sur invitation) VENDREDI, 26 MAI - lOh à 15h (sur invitation) - 15h à 20h (ouvert à tous) SAMEDI, 27 MAI - 10 h à 17 h (ouvert à tous) LES OBLIGATIONS D’EPARGNE DU QUEBEC Québec ?n a EN VENTE DU 19 MAI AU 1er JUIN 1995 INFORMATIONS : 1 800 463-5229 ou (418) 528-1200 La première année 8178 I.K I) K V 0 I H .I.K V K X I) H K I) I 2 fi M AI Ml II 5 A 4 - LE DEVOIR ?- POLITIQUE cr cr £ cr ^V
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