Le devoir, 16 octobre 1995, Cahier C
I.V.I) K V l I H 0 (' T 0 It It K I II II .1 Affranchir l’humanité de i\ & * ;â La FAO: cinquante ans d’efforts CLÉMENT TRUDEL LE DEVOIR LJ ensemble des missions des Casques bleus de l’ONU aura coûté, en 1995, I cinq fois plus que le budget d’une agence comme la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), laquelle est censée veiller à la «sécurité alimentaire» de la moitié de l’humanité.Pourtant, il s’en trouve à Washington pour regretter que la FAO dispose d’environ 700 millions de dollars pour cette tâche et pour souhaiter l’amputation de quelques «surplus».De fait, la FAO compte, fin 1994, un peu plus de 5000 salariés: 3170 à son siège de la Via delle terme di Caracalla (Rome) et 2288 sur le terrain.Outre le siège de Rome, quatre bureaux régionaux rayonnent depuis Accra (Ghana), Bangkok (Thaïlande), Le Caire (Égypte) et Santiago (Chili), sans inclure cinq bureaux de liaison.Est-ce trop?Peut-on croire que les tâches assumées par la FAO puissent être compromises si jamais les bailleurs de fonds réduisaient la part qui leur échoit normalement ou retardaient d’acquitter leur dû?Les États-Unis défraient habituellement 25 % du fonctionnement de l’organisation, mais ils annoncent une réduction substantiel- le de 17 %, à un moment où un nouveau leadership entend intensifier l’action sur le terrain et accroître l’efficacité de la FAO à la faveur d’une restructuration qui vise ni plus ni moins qu’une nouvelle «révolution verte»! Devant le gonflement des mégalopoles par l’arrivée de ruraux pleins d’espoir et piégés le plus souvent dans un cul-de-sac, compte tenu de la persistance de ces «privilèges» que demeurent, dans le monde, l’accès à l’eau potable et les installations sanitaires adéquates (dans les pays en développement, l’eau potable n’atteint que 69 % de la population, et les sanitaires, 54 %), la FAO, pas plus que les autres agences internationales, n’a pas intérêt à baisser les bras.Le dernier filtre où se réglera le sort de la FAO est bien celui de la volonté politique des États de continuer à lutter contre la pauvreté et contre la faim ou de se laisser gagner par la tentation du repli.Un fait significatif: pour construire le tronçon de la route panaméricaine qui traverse le Costa Rica, on trouvait insuffisant, en 1943, le rendement prévisible de la main-d’œuvre autochtone, mais ces travailleurs dépassèrent finalement les normes américaines dès qu’on eut adopté pour eux un programme d’amélioration de l'alimentation! Ce qui fonde le postulat défendu avec acharnement dans les cercles de la FAO: il importe de favoriser l’amélioration nutritionnelle et de permettre à chacun d’avoir «accès à tout moment à la nourriture dont il a besoin pour mener une vie active et saine».La FAO se targue maintenant de susciter plus de deux milliards d’investissements par an à l’appui du développement agricole et rural; «elle fournit un savoir-faire, des idées et des techniques nouvelles aux collectivités rurales».Elle chapeaute de plus 2500 projets qui vont de l’aménagement intégré des terres aux conseils prodigués aux gouvernements quant à la planification, notamment, de programmes forestiers ou de stratégies de commercialisation, rappelait-on lors du Symposium sur la FAO qui s’est terminé hier à Québec.Même si la FAO ne reçoit pas toujours l’attention qu’elle mérite, elle est de ceux qui répètent que la production de grain devrait prioritairement être versée aux besoins des humains (on calcule qu’un tiers de cette production sert à nourrir le bétail).Cette journée du 16 octobre est toujours prétexte à remettre en valeur le slogan «Nourrir le monde», mais faudrait-il pour autant réduire le cheptel pour atteindre ce but?Pas nécessairement.L’on signale cependant que la réduction des aires de fourrage pourrait conduire à une meilleure adaptation aux besoins nutritifs humains.Pour cette mission on ne peut plus claire confiée il y a 50 ans à la FAO, les véritables défis ne sauraient varier beaucoup au fil des ans.Aussi est-il intéressant de relire, à dix ans de leur formulation, les «six défis de l’avenir» gue retenait, en 1985, le directeur général Édouard Saouma, prédécesseur de Jacques Diouf: réduire le nombre de ceux qui souffrent de faim et de malnutrition; accélérer la production dans les pays à faible revenu et à déficit alimentaire; conserver et protéger les ressources naturelles; assurer un traitement plus équitable du monde rural; renforcer la position des pays en développement dans le commerce mondial et assurer la «sécurité alimentaire» pour tous.L’équipe qui entoure Jacques Diouf a un an pour mener à bien le sommet attendu sur l’alimentation.Elle se met à l’ouvrage en privilégiant une approche plus participative et décentralisée, dans un esprit de respect envers les méthodes traditionnelles de culture, tout en gardant à l’esprit que, paradoxalement, ce sont les paysans les plus pauvres qui semblent les plus taxés dans le monde, ce qui les empêche vraiment de prétendre s’insérer dans le renouveau virtuel que les forums internationaux sont censés faciliter.T ony Hall, représentant démocrate de l’Ohio au Congrès américain, s'est converti, en 1993.en croisé de la faim dans le monde.Il se mit à une grève I de la faim de 23 jours pour sensibiliser ses concitoyens ;ï un fléau qui touche près de 8(X) millions d'humains et qui fauche encore chaque année quelque 13 millions d'enfants de moins de cinq ans.Son geste spectaculaire poussa même la Banque mondiale à tenir, du 30 novembre au 1er décembre de la même année, une conférence visant ;1 terrasser le mal (Overcoming Global Hunger).On se rappelle aussi la Conférence internationale sur la nutrition qui se déroula en décembre 1992 Rome, occasion pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de jeter leur cri d'alarme.Non, le mal n’est pas guéri pour autant.La panoplie de mesures mises en place pour i'amenuiser se peaufine toutefois; elle est source d'un espoir mitigé si l’on vise l’horizon 2010.Dans une récente table ronde au siège romain de la FAO, les experts interviewés ont confirmé que «le monde pourra produire de quoi nourrir tous les habitants vie la planète*.Un Irémol s’interpose: «il ne sera pas possible de distribuer cette production à tous.» Intervient alors ce que la' FAO adopte comme objectif depuis 25 ans, de concert avec ses partenaires: la «sécurité alimentaire*, concept ainsi défini en 1983: «Assurer aux populations l’accès, tant économique que physique, à un approvisionnement convenable en vivres, aussi bien en quantité qu’en qualité, et ce en tout temps, sans égard au climat ou aux récoltes, au niveau social ou au revenu.* Il s’agit de ne plus revivre la crise des années 70 où l’on constatait que durant la sécheresse au Sahel et en Éthiopie, le problème n’était pas le manque de vivres; «le véritable écueil était d’ordre financier*.L’effort portera désormais non seulement sur l’augmentation de la production mais sur les réseaux d’accès à la nourriture.Pour l’instant, le seuil minimal des réserves céréalières a été établi à 7,6 millions de tonnes (les disponibilités alimentaires mondiales sont de 18 % supérieures à ce qu’elles étaient il y a trente ans).Affranchir l’humanité de la faim est un objectif qui ne date pas d’hier.L’agronome René Dumont {Pour l’Afrique, j'accuse, Plon 1986), qui insiste dans ses essais et enquêtes sur le danger de l’explosion démographique, évoque des vers de Parmentier (1781): «L’abondance est trompeuse, elle endort et s’enfuit; / la disette effrayante et la faim qui la suit / nous arrachent trop tard à notre léthargie./ Surpris, découragé, l’homme est sans énergie; / s’il a pu les prévoir, il peut les détourner».Il y eut plus près de nous l’impact de La Géopolitique de la faim de Josué de Castro, puis la Campagne mondiale contre la faim des années 60, mais où en sommes-nous?À un mélange d’optimisme et de pessimisme.Pauvreté et abondance coexistent toujours.Edgard Pisani, président du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes, nous prévient.Pour que le monde nourrisse le monde, il faut cesser de gaspiller et s’interroger: «comment satisfaire la demande non solvable?», car le dilemme ne s’estompe pas pour les décideurs politiques: «nourrir les plus pauvres exige que les prix des produits alimentaires soient peu élevés; développer la production agricole des pays où celle-ci est insuffisante passe, au contraire, par une protection des marchés intérieurs, et donc par une hausse des prix».De façon prévisible, des zones comme l’Asie du Sud-Est et surtout l’Afrique subsaharienne risquent d’éprouver des difficultés, ce qui inspire à la FAO une approche plus ciblée.Deux programmes spéciaux seront donc mis en route: l’un touche 78 pays à faible revenu et à déficit alimentaire (43 de ces PFRDA se trouvent en Afrique) où il faudra augmenter la production et privilégier l’action sur le terrain; l’autre consiste à mettre au point une action préventive (EMPRESS) contre «les ravageurs et les maladies transfrontalières des plantes et des animaux».Les progrès enregistrés ne mentent pas; depuis 50 ans, la production laitière a été multipliée par trois, voire par quatre, et le rendement des terres à blé s’est accru de 50 quintaux par hectare par année, souligne Edgard Pisani pour qui la densité (aux Pays-Bas notamment) n’est pas un obstacle à l’exportation de surplus.Depuis deux siècles, les humains sont en général «plus nombreux et mieux nourris».Il faudra toutefois que le Tiers-Monde s’invente un modèle de développement «sans copier le nôtre».Au Bangladesh, 40 % du revenu des familles rurales va à l’achat de riz, nourriture de base, nous rappelle la FAO.Cela vient confirmer que la faim est à la fois cause et conséquence de la pauvreté.Le défi qui attend les États-membres de la FAO est énorme; ils se rendent compte que, dans les dix prochaines années, le monde en développement se sera accru de près de trois milliards d’individus, soit l’équivalent de ce qu’était la population mondiale en I960! La FAO, qui n’est pas seule à mener le combat contre la faim, a la tradition de rechercher des prises de position par consensus.Ce qui risque d’en réduire la portée.Clément Trudel Le Devoir m ultiver l’avenir Une exposition réalisée avec l’appui financier du Symposium du cinquantième anniversaire de la FAO et de l’Agence de développement international (ACDI).Le Musée de la civilisation est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications.MUSÉE DE LA CIVILISATION 85, rue Dalhousie, Québec ministre du Premier Message //^UOL ¦¦¦¦¦¦¦¦ 'gïîgi stfïi'ï'/-.«fe$n iMS, LE PRÉSIDENT DE CONFÉRENCE, LESTER B.PEARSON Lester Pearson, représentant du Canada, préside la conférence de fondation.Il assumera plus tard la charge de président de l'Assemblée générale de l'ONU et sera Premier ministre du Canada.mmW.n w I il COMPASSION ET PARTAGE Le Canada a appuyé activement la mise sur pied du Programme alimentaire mondial, soit l'organisation d’aide alimentaire de l'ONU.Le Canada est de longue date l'un des plus importants pays donateurs au PAM.^uis heureux de saluer le cinquantenaire u nom de la population cana terne [émeMlion et l agriculture.J\ de l'Organisation des pour „ PAO, gui a vu le W « U canada a toujours eu un a.parmi fo travailleurs de Canada.D'ailleurs, des Canadiens et des Cana^ ^ ^ ^^ £ompatnotes ,ut première heure.Aujourd'hui, notre pag ^ ^ ^ et des ,«vaillent à la FAO, en participai “ 1 ^ ^ d mitiatives spèciales, projets scientifiques et techniques^,n ^ |fl ^ et au „iveau de vie a l'ec elle La FAO a beaucoup contri ue a e„ 1945, ils portaient en eur espoi planétaire.Quand «os ^k «“* * et le rêve d'un monde meille ¦ ['avenir.d'activité, célébrons nos réussites et toumo^^ ^ ^ mWement envers les X l'occasion de a ^mWT'!ZuleTcomme le déclarait en 1945 pri„cipes de la FAO *^ ^ * fondation, «Nous souhaitons la me, eure Letrès honorable lean Chrétien Premier ministre du Canada SBr il''.¦ ¦ :if' f .tillili UNE PECHE RESPECTUEUSE DE LA RESSOURCE Le Canada appuie le Code de conduite pour une pêche responsable de la FAO par des moyens divers tels l’accueil de séances internationales de consultation des spécialistes du domaine et la tenue de programmes de formation à l'intention des pêcheurs.% r'M ^Üki UNE INTERVENTION RESOLUE La Commission internationale du peuplier de la FAO, à laquelle le Canada a participé activement, s’est penchée sur le recours à des arbres à croissance rapide et à rendement élevé pour obtenir des résultats à bref délai dans les régions déboisées.f ^1 É0 V’ w* Le marché est nécessaire mais il a besoin d’être piloté PHOTO SAYAH M'SADEF Edgard Pisani, président du Symposium du cinquantième anniversaire de la FAO.ANTOINE KOHI TA I 1.1.K COLLABORATION SPÉCIALE Aujourd'hui.le mot de mondialisation est sur toutes les lèvres et la formule, en passe de devenir un cliche vide de sens, décrit pourtant un phénomène réel, bien que difficile à circonscrire.Il provoque d'ailleurs nombre de réactions et de débats.D'un côté, il y a ceux, optimistes, qui y voient la solution à tous les problèmes (le penseur japonais Kenichi Ohmae, par exemple.) Mais il y a un autre camp, celui des «nuancés», qui rappelle que tout phénomène humain comporte toujours plus d’une facette, dont certaines ne sont pas nécessairement roses.Edgard Pisani, personnage politique français et président du Symposium du 50' anniversaire de la FAO, fait partie de cette seconde catégorie.Il faut dire qu'il a connu un parcours qui ne peut avoir autre effet que de développer l’aptitude à la nuance.Il se sent riche, dit-il, «de plus de cinquante ans d’engagement public», et d’une sagesse développée au cours des expériences les plus diversifiées.Pisani, né à Tunis en 1918, fut actif dans la Résistance française; il a été ministre de l’agriculture sous Pompidou.On le dit en grande partie responsable de la modernisation de l’agriculture française.Il joua aussi un rôle important dans l’élaboration de la politique agricole du Marché commun.Actuellement président de l’Institut du monde arabe il a, ces dernières années, publié plusieurs textes portant sur les problèmes agricoles français et mondiaux actuels.Le marché, oui mais.Pour Edgard Pisani, la mondialisation prend son essor à une époque où il est urgent d’inventer des façons nouvelles de concilier la dynamique du marché et celle des besoins humains fondamentaux.Il est impossible, selon lui, de faire abstraction du libre marché, de la loi de l’offre et de la demande ou de la concurrence, et il insiste sur le caractère presque naturel des lois de l’échange.«Mais toutes naturelles qu’elles puissent être, ces lois ne sont toutefois pas absolues.Il faut, dit-il, leur imposer des contrepoids.» Affirmation qu’il illustre par cette métaphore: «Un ingénieur rural ne nie pas la loi de la gravitation universelle.L’eau part des montagnes et va dans la mer.L’ingénieur construit des barrages, des digues.Il tire donc parti de l’attraction universelle, mais il en discipline les effets.De la même façon, il nous faut tirer parti de la dynamique du marché, force “naturelle” considérable, et construire des barrages, des digues; constituer des stocks et faire des lâchers d’eau si nécessaire.» Pourquoi intervenir dans la dynamique du marché?Parce que, rappelle Pisani, ce marché est d’une certaine façon affreusement myope: «Il voit assez bien à court terme, beaucoup moins bien à moyen.Il est nul à long terme.Il ne peut être qu’un régulateur marchand.Il ne peut pas être un régulateur environnemental et encore moins social».Nécessaires Etats Pour Edgard Pisani, c’est donc dans ces domaines que doivent intervenir les institutions internationales.Au fond, à l’égard du monde prétendument sans frontières ni Etats du futur, il a ses doutes: «N’y croyez pas, c’est une chanson que nous,nous chantons à nous-mêmes.Les Etats-Unis vont-ils abandonner les lois protectrices telles le Buy American Act?» Pisani s’interroge même au sujet de l’Organisation mondiale du commerce, qui devrait à son avis prendre en compte la pérennité du rôle économique des Etats.Il prédit que «si l’OMC n’est que la militante de l’ouverture dçs marchés et des frontières, les Etats ne désarmeront pas.Et l’on verra s’effondrer, comme c’est arrivé plusieurs fois dans l’his- Ce cahier spécial est publié par le quotidien Le Devoir.COORDINATION Louise-Marie Houle COLLABORATEURS Claire Harvey Antoine Robitaille Clément Trudel Claude Turcotte RÉVISION Martin Duclos DIRECTION ARTISTIQUE Roland-Yves Carignan MISE EN PAGES Yves d’Avignon CONSEILLÈRE PUBLICITAIRE Marlène Côté toire, la tendance libre-échangiste qui semblait triompher.» Edgard Pisani ,ne nous dit pas pour autant que l’Etat et les institutions internationales doivent tout faire en matière économique.Au contraire, elles «déresponsabilisent bien souvent».Il n’hésite pas à lancer, au passage, quelques flèches en direction de la FAO : «Disons-le, elle a une tendance à la bureaucratisation.» Toutefois, il note qu’il est plus facile de dire «laissons faire le marché», que de dire «le marché est nécessaire, mais il a besoin d’être piloté».Car déterminer de quelle façon ce pilotage peut s’effectuer n’est pas une mince affaire.Et c’est, aux yeux de Pisani, une tâche qui doit être remplie dans les forums internationaux comme celui deQuébec: «L’objet du symposium me semble de dire l’urgence.De dire la nécessité de sortir d’un débat idéologique entre les partisans et les adversaires du marché, pour entrer dans un débat factuel: le marché fonctionne, mais ne suffit pas à couvrir tous les besoins du monde.Que fait-on alors pour la société, pour l’environnement, pour ceux qui ont faim?» Retour du politique Pour Edgard Pisani, ces questions cruciales provoqueront une sorte de retour du politique dont on sera appelé à redécouvrir les vertus.«À tous les niveaux, précise-t-il, le politique devrait être l’arbitre entre des intérêts qui ne s’arbitrent pas d’eux-mêmes.» Le système à naître devra comporter trois pôles: «les besoins de la société, la dynamique du marché, et le politique».Au plan international, la FAO peut, selon lui, donner des éléments d’arbitrage importants.Mais s’il fallait qu’elle devînt elle-même un arbitre, cela impliquerait une transformation complète de l’organisation internationale à laquelle elle est rattachée: l’ONU.Et il aboutit à cette interrogation en forme de proposition: «La réforme des Nations unies ne devrait-elle pas aboutir à la création d’un Conseil du développement qui aurait des prérogatives comparables à celles du Conseil de sécurité?Après tout, la paix est-elle aujourd’hui menacée par un hypothétique affrontement des Grands, ou par les guerres de la misère et de la pauvreté?par les affrontements ethniques, ou par les migrations qui suivent les cataclysmes naturels?» Bref, lance Edgard Pisani pour résumer: «Quelle est la place que l’on fait aux causes du désordre, à côté de celle que l’on fait aux désordres eux-mêmes?» Le Symposium de la FAO qui se termine aujourd'hui à Québec a été une occasion unique de faire connaître et de partager notre expertise et notre savoir-faire avec des gens venus de partout dans le monde.Nous sommes fiers d'avoir accueilli toutes ces personnes et d’avoir discuté avec eux des meilleurs moyens de développer la sécurité alimentaire mondiale.MARCEL LANDRY ministre do l'Agriculture, des Pêcheries et do rAtmontalion Québec, partenaire du monde.Québec ss La faim dans l’abondance CLÉMENT TRUDEL LE DEVOIR L’Organisation pour l’alimentation et l’agri-fculture (OAA), mieux connue par son acronyme anglais FAO (Food and Agriculture Organization), a été mise en place lors d’une conférence convoquée par le président dei Etats-Unis, Franklin Delano Roosevelt, à Hot Springs (Virginie) en 1943 — on y établissait le scénario d’une «économie d’abondance» une fois la guerre terminée.Roosevelt avait proclamé dans sa Charte de l’Atlantique (1942), qu’il fallait consacrer pour tout être humain quatre libertés fondamentales, au nombre desquelles la «Freedom from Want» ou «libération vis-à-vis du besoin».Le président américain ne pouvait que se montrer sensible aux arguments de nutritionnistes comme John Boyd Orr, hantés par le paradoxe de «la faim dans l’abondance»: 1943 marqua en effet la sombre réalité d’une famine qui sévit au Bengale.Entre deux et trois millions de vies humaines ont été perdues, alors que les réserves de nourriture étaient suffisantes dans cette province où la faim résultait d’un manque de moyens pour se procurer cette nourriture.C’est le 16 octobre 1945, à Québec, que se constitue officiellement cet organisme international que Le Devoir désigne, dans ses premiers reportages, comme l’organisation «des vivres».Il a fallu deux ans de travaux préparatoires, auxquels fut alors étroitement associé le diplomate canadien Lester B.Pearson.Boyd deviendra le premier directeur général de la FAO et obtiendra le prix Nobel de la Paix en 1949.Pearson donnera son nom, en 1969, au rapport intitulé «Vers une action commune pour le développement du Tiers monde».Que signifient ces cinquante années de FAO, qui héritait de travaux antérieurs de l’Institut International d’Agriculture né à Rome, en 1905, grâce aux pressions de l’Américain David Lubin?De prime abord, la FAO semble adopter le rythme d’un escargot, du conseiller patient des pouvoirs en place: il lui fallut 17 ans avant d’aboutir, en 1981, à une Charte mondiale des sols; l’étude, réalisée en 1955 par la FAO sur le Rôle d’un réseau mondial de produits alimentaires, ne débouche qu’en 1961 avec la mise sur pied du PAM (Programme Alimentaire Mondial).Lorsque se tint à Washington, en 1963, un premier Congrès mondial de l’alimentation, John F.Kennedy glissa comme allant Le 16 octobre 1945, à Québec, était officiellement créée l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture de soi: «Notre generation est capable, a les moyens et la possibilité de faire disparaître la faim de la surlace de la terre.Il suffit de le vouloir».Or il y aura en 1996 (les 16 et 17 novembre) à Rome un Sommet mondial de l'alimentation; on y examinera la même urgence, cette «tâche primordiale de notre génération de créer les conditions nécessaires à la paix et au progrès de l’humanité entière».En conclusion de leur étude sur la FAO pa-rue a Genève en 1986, Sergio Marchisio etÀn-tonietta Di Blase soulignent la disparité entre les objectifs énoncés et les moyens matériels ¦pis à sa disposition; selon ces chercheurs, les Etats membres «ont considéré la FAO comme une organisation d’étude et de documentation, un forum de discussion et d’élaboration des politiques agricoles, et seulement partiellement d’assistance technique pour la mise en œuvre de ces politiques».Ainsi s’expliquerait le refus de créer un Office mondial de l’alimentation, la timidité des actions qui ont suivi la Conférence mondiale sur la réforme agraire et le développement rural (1979), et la difficulté qu’éprouva le sixième directeur général, le Libanais Edouard Saouma (1975-1993), à appliquer sa stratégie pour «sortir de l’impasse».La FAO a à son crédit un très efficace Système mondial d’information et d’alerte rapide sur l’alimentation et l’agriculture.Elle a de plus fortement contribué au succès du long débat sur le Droit de la mer.Au nombre de ses réalisations, on note la constitution d’un groupe d’experts en ressources génétiques forestières et l’action d’un Centre d’investissement qui multiplie les missions pour susciter le financement par des tiers de projets agricoles, dans plus de 100 pays.Née huit jours avant l’ONU, la FAO n’a pas à vrai dire connu les tensions de la guerre froide, l’URSS n'en ayant jamais fait partie.Dans les axes principaux de son action, elle a conservé le souci de bien redistribuer les surplus.Son action s’associe aux efforts pour enrayer la désertification — elle publiait en 1982 sa première enquête complète sur les ressources forestières tropicales —, pour conserver les réserves halieutiques menacées et favoriser l’accroissement de la production alimentaire.Périodiquement, la FAO fut agitée par la rivalité entre les pays en voie de développement et les pays mieux nantis, chaque bloc ayant son «poulain» lors du choix d’un directeur général, par exemple.On lui doit une douzaine de publications de qualité, dont le Rapport sur l’alimentation mondiale paraissant chaque année depuis 1983.Les petits paysans, les forestiers et les pêcheurs ne sentent sans doute pas quotidiennement qu’une organisation internationale se préoccupe de leur avenir; il n’empêche que la FAO tient une partie des clés rendant possible la conservation et la perpétuation de leur gagne-pain, l’autre partie du trousseau étant localisée à l’Organisation mondiale du commerce.« 4 « 4 Québec s s ¦ Message du premier ministre Je souhaite la plus cordiale des bienvenues aux nombreux membres de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture qui célèbre cet automne son 50'' anniversaire! Le Québec est d’autant plus fier de vous accueillir, qu’il se souvient.Il se souvient que c’est à Québec justement, que le 16 octobre 1945, 44 pays se sont réimis pour fonder le premier organisme permanent des Nations Unies, mieux connu depuis sous le sigle de la FAO! Un demi-siècle plus tard, ce sont 1 500 femmes et hommes, provenant de 170 pays, qui choisissent à nouveau le Québec comme lieu d’échange, de discussions, de réflexion concernant la faim dans le monde.Vous nous faites honneur en logeant ainsi le Québec à l’enseigne de la convivialité! Votre acharnement à combattre la faim, la pauvreté, la misère n’est plus à vanter.Vos lettres de noblesse, vous les avez largement acquises, depuis 50 ans, par votre indéfectible engagement à créer un monde plus équitable.Vous êtes de ces pionniers qui avez choisi de faire partie de la solution plutôt que du problème! À ce crucial tournant de son histoire, le Québec est très sensible au thème que vous avez choisi pour votre tout récent Symposium: «L’humain au coeur du développement».Pour nous, Québécoises et Québécois, «l’humain au coeur du développement» c’est notre goût de se donner un pays qui nous ressemble et nous rassemble; un pays garant de son développement social, culturel et économique; un pays qui, fort de sa solidarité et de son formidable esprit de collaboration, se mettra le coeur à l'ouvrage pour construire, avec les autres, un monde où l’humain sera encore un peu plus au centre du développement.Le Québec est fier de s’asseoir à la table des nations membres de la FAO.Et plus particulièrement, les Québécoises et les Québécois se font un point d’honneur à partager généreusement leurs connaissances, leurs savoir-faire et l’originalité de leurs solutions.Pour une simple et bonne raison: nous sommes fondamentalement convaincus que c’est de la mise en commun de nos différentes solutions que naît une plus grande équité mondiale.Que ce 16 octobre, journée mondiale de l’alimentation, nous rappelle à toutes et à tous qu’un avenir meilleur, ça se bâtit, ensemble, pour peu qu’on y croie! Jacques Parizeau Premier ministre du Québec T Un savoir-faire à partager Des poissons pour tous rnuiu nv,ui / naïuw *j*v«v«(uuü La production alimentaire africaine a diminué: exportatrice nette de produits alimentaires au début des années 60, 1 Afrique est maintenant importatrice nette.L’agriculture en développement CLAUDE TURCOTTE LE DEVOIR Près de 800 millions d’êtres humains, soit 20 % de la population dés pays en développement, souffrent de sous-alimentation.Chaque année, plus de 13 millions d’enfants meurent des suites de malnutrition chronique avant l’âge de cinq ans.Et pourtant, la situation s’améliore, puisqu’au début des années 70 c’était 36 % de la population de ces pays en développement qui était sous-alimentée.Le fossé qui a été comblé apparaît encore plus important du fait que la .population mondiale a augmenté de 1,7 milliard d’individus depuis 1970.Au cours de cette même période, 1 'l’apport calorifique moyen par habitant a augmenté d’environ 10 %.En fait, l’agriculture a fait des progrès considérables à travers le monde.Depuis 20 ans, le rendement des cultures de riz et de blé a augmenté de près de 50 %, celui des cultures de mais s’est amélioré de 35 %, alors que celui des cultures de légumineuses s’est accru de 30 %.Toutes ces statistiques proviennent de la FAO.Bref, on sait fort bien aujourd’hui, puisque la preuve en est faite, que les moyens et les ressources existent en nombre et en qualité suffisants pour nourrir tout le monde.Encore faut-il prendre les moyens pertinents.On sait aussi que la pauvreté, les inégalités sociales et le manque d’instruction sont les causes premières de la malnutrition.Dans certains pays, on a investi dans les infrastructures (routes, transports) pour faciliter la circulation des informations sur les marchés et inciter aux échanges économiques.De cette façon, un pays comme la Thaïlande n’a pris que dix ans pour enrayer la malnutrition la plus grave, laquelle a régressé de 50 à 17 %.On a noté des progrès également en Indonésie; au Chili, le taux de malnutrition infantile est passé -de 3?à 8,5 %; en Inde, les famines ont complètement disparu, grâce à des politiques de développement qui ont soutenu le dynamisme des populations locales et qui ont adopté une perspective dé moÿen et long termes.Il y a malheureusement une grande exception à ce courant réconfortant: l’Afrique, où la production alimentaire a même diminué depuis un quart de siècle; d’exportatrice nette de produits alimentaires au début des années 60, elle est présentement importatrice nette.D’ici 15 ans, son déficit commercial pour les produits alimentaires pourrait atteindre 16 milliards de dollars.Malgré tout, un espoir est permis là aussi, soutient-on à la FAO.La plupart des pays de la zone subsaharienne ont pris des mesures pour accélérer la transformation de leur agriculture, souvent avec l’aide de programmes d’ajustement structurel négociés avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.L’Afrique doit cependant relever le défi de se libérer des sécheresses.Actuellement, seulement 6 % des sols cultivables sont irrigués et fournissent 20 % de la production totale, soit quatre fois plus que l’agriculture régulière.Quoi qu’il en soit, on prévoit qu’au cours des 30 prochaines années, 80 % des vivres supplémentaires dont on aura besoin proviendront de sols irrigués.Un juste prix Mais se peut-il en définitive qu’en Afrique comme ailleurs le plus grand des défis soit celui de transformer les mentalités?Celles des paysans d’abord et des autres intervenants dans le.réseau agro-alimentaire, notamment les commerçants.Grâce à la libéralisation de l’économie africaine, les gouvernements de ce continent se montrent désormais beaucoup plus ouverts aux initiatives locales.C’est ce qui permet par exemple depuis trois ans à la Corporation de développement international (CDI) de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) de participer à un projet original au Burkina Faso, en vue du développement d’une organisation paysanne efficace.L’Union des groupements villageois de la Boucle du Mouhoun compte après trois ans 5000 paysans provenant de 45 villages de cette région qui compte 125 000 paysans.La croissance de l’organisation se fait au rythme de 15 villages par année.André Beaudoin, directeur géné-’ ral de la CDI, précise qu’il ne s’agit pas d’une structure syndicale mais d’un centre pour une certaine gestion de l’offre.Il rappelle qu’en ce pays, les paysans sont considérés «comme des moins que rien» et que leur problème majeur est d’obtenir un juste prix pour leurs produits.«Avec un juste prix, dit-il, les producteurs sont les premiers à vouloir augmenter leur production, sinon ils se limitent à leurs familles.» Il arrive même que pour cause de besoins immédiats ils doivent vendre leur récolte, quittes à la racheter à prix plus élevé par la suite.Le projet de la CDI consiste donc à la mise en place d’un système collectif de mise en marché des céréales de ces paysans.Pour éviter la vente prématurée, on a créé un système de paiements anticipés.Les paysans sont invités à mettre dans un pool commun l’excédent net de leur production, ce qui permet ensuite de négocier de meilleurs prix.Cette organisation montre une progression évidente: 312 tonnes excédentaires en 1993-94; 734 tonnes l’année suivante et des prévisions de 1400 tonnes cette année.Les paysans ont augmenté jusqu’à maintenant leur revenu net de 25 %, sans compter les économies obtenues en assurant leur propre sécurité alimentaire.Il n’y a dans tout ce processus aucune subvention.La CDI fournit deux coopérants et le projet, qui totalise deux millions, permet d’embaucher une vingtaine d’employés locaux qui sont rémunérés «selon la capacité de payer du milieu».Cela ne manque pas d’étonner dans un pays où environ 15 % de bureaucrates ont l’habitude de profiter d’une manne destinée en principe à 85 % du reste de la population, les paysans.Le défi consiste beaucoup à maintenir dans ce programme la transparence, la démocratie, la rigueur administrative et le souci de la qualité CLAUDE TURCOTTE LE DEVOIR On avait l’habitude de dire aux gens des milieux en développement qu’il valait mieux leur apprendre à pêcher que de leur donner un poisson, ce qui apparaissait comme une solution à long terme valable.Dans une certaine mesure, le problème se pose autrement aujourd’hui, puisqu’on en est à se demander s’il restera bientôt assez de poissons dans les mers du monde pour satisfaire à la demande.Bien entendu, ce sujet a pris une importance inusitée dans les débats ces dernières années entre les pêcheurs eux-mêmes et entre les gouvernements de plusieurs pays, dont certains en sont presque venus à un règlement du conflit par le moyen des armes.Il va sans dire qu’on en discute aussi à la FAO, où l’on se rappelle que jusqu’à ces dernières années, on disait un peu partout sur cette planète que la mer n’appartenait à personne et qu’en conséquence elle était la propriété de tout le monde.La FAO est bien consciente que cette mentalité a conduit à une surutilisation des ressources halieutiques et qu’il faut nécessairement envisager la gestion des pêches d’une autre façon si l’on veut profiter encore longtemps des fruits de la mer.Sans faire preuve d’alarmisme, on peut affirmer que ce problème est de nature existentielle pour de nombreuses popula- Toute la tions côtières pour qui le pois-communauté son est un aliment de base internationale sur lequel elles comptent pour s’inquiète survivre., , On estime maintenant de qu’environ 50 % „ j.du total des 1 utilisation quantités débar- Hnrahlp des quée,s dani?le auraDie aes monde provien- rpssnurees de nent des pêche-ressources ae rie§ exploitées lamer Par des arti-sans-pecheurs et que la plus grande partie de leur production va à la consommation humaine directe.Qui n’a pas vu dans les régions côtières de tous les continents des gens se rendre au quai ou au marché avoisinant le port pour acheter un poisson frais du matin?Il arrive en outre que le secteur artisanal emploie beaucoup plus de personnes que les autres secteurs des pêches; de nombreuses communautés n’ont que la pêche pour assurer leur existence.Cela n’empêche pas que les captures artisanales par personne employée soient nettement inférieures à celles des secteurs industriels.Néanmoins, les ressources côtières qui sont le plus fréquemment exploitées par le secteur artisanal sont généralement surexploitées.Cela s’explique par un défaut d’accès assuré aux stocks, par l’incapacité de pêcher plus loin au large et par l’interaction avec les flotilles de pêche industrielle opérant trop près du rivage.D’autres considérations, comme la pollution terrestre et les utilisations récréatives, contribuent aussi à cette dégradation.Québec forestier ?ires DANS LE CADRE DU 50e ANNIVERSAIRE DE LA FAO On en est à se demander s’il restera bientôt assez de poissons dans les mers du monde pour satisfaire à la demande.Bref, il s’agit d’une situation extrêmement préoccupante en raison de l’impact que cette utilisation non durable des ressources côtières a eu sur la sécurité alimentaire de communautés hautement vulnérables et souvent très appauvries.Il devient donc urgent du point de vue des pêcheurs-artisans d’assurer une étroite coopération avec d’autres organisations internationales afin que les priorités du secteur de la pêche artisanale soient prises en considération.Dans cette optique, François Poulin, directeur général de l’Alliance des pêcheurs commerciaux du Québec et président du Conseil canadien des pêcheurs professionnels, a profité de la tenue du Symposium de la FAO à Québec pour amorcer un mouvement en faveur de la création d’un Conseil mondial des pêcheurs professionnels, c’est-à-dire des pêcheurs côtiers et artisans.Selon M.Poulin, à cause de la crise mondiale du poisson, il est important que les pêcheurs se manifestent.Comme un certain nombre d’entre eux venaient des quatre coins de la planète à Québec, pourquoi alors ne pas en profiter pour provoquer des contacts?Il y avait eu, avant même la tenue du symposium, un accord de principe à l’idée d’un regroupement mondial avec les Norvégiens, les Irlandais, les Portuguais, les Chiliens, les Indiens et les Sénégalais.Au demeurant, c’est pratiquement toute la communauté internationale qui s’inquiète maintenant de l’utilisation durable des ressources de la mer, notamment par le?pratiques de pêche en haute mer.A l’instigation du Canada, le principe de la juridiction étendue à la zone des 200 milles a été adopté par la plupart des pays.On pensait alors qu’il y aurait réduction des flottes de pêche; ce ne fut pas le cas, bien au contraire.La FAO estime que 5 % des prises mondiales provenaient des zones au-delà des 200 milles au début des années 70; cette proportion aurait atteint les 10 % en 1990.Les flotilles de pêche se sont développées depuis l’extention de la juridiction à cause des subventions accordées par les gouvernements pour l’achat de ces bateaux.La FAO soutient que ces subventions atteignent 54 milliards par année et que cela permet à l’industrie de poursuivre des activités de pêche qui n’auraient pas été rentables autrement Pour revenir au taux de capture des années 70, il faudrait réduire de 30 % le tonnage actuel de la flotille de pêche mondiale.Les solutions de l’avenir passent inévitablement par de meilleurs contrôles pour la pêche, peu importe où elle se pratique.Mais il faut compter aussi sur l’aquaculture, dont l’apport était déjà de 15,8 millions de tonnes en 1993 sur des prises totales de 72,3 millions de tonnes.La production provenant de l’aquaculture augmente d’au moins un million de tonnes par année et cela devrait suffire pour combler l’écart de 31 millions de tonnes qu’on prévoit pour 2010 entre la demande mondiale et la production provenant des pêches traditionnelles, fussent-elles artisanales ou industrielles.PHOTO ACDI/PETER BENNETT De nombreuses communautés n’ont que la pêche pour assurer leur existence.OXFAM-QUÉBEC, membre de la coalition organisatrice de l’Assemblée mondiale sur la sécurité alimentaire considère que la sécurité alimentaire, Au cœur de la vie économique, sociale et culturelle, la forêt a modelé, au fil des siècles, la vie des Québécoises et des Québécois.C’est donc dans cet esprit de tradition forestière que le Québec a su développer un savoir-faire qui lui est particulier.Protection des forêts contre le feu et les insectes, sylviculture, amélioration génétique ne sont que quelques-uns des grands champs de connaissances développés par les spécialistes forestiers en quantité et en qualité, EST UN DROIT POUR TOUS! OXFAM-QUÉBEC et la coalition internationale d’organisations non-gouvernementales exhortent la FAO et les institutions multilatérales à accroître leur collaboration avec la société civile pour favoriser une plus grande équité et plus de justice dans le monde.du Québec.À l’aube d’un nouveau millénaire, le Québec forestier est heureux de prendre part aux grands enjeux touchant la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale.naturelles yllCUCL n a OXFAM-QUÉBEC J& .' I.K I) K V U I It .I.E LUNDI I 0 ) C T O H it K I D D 5 IHilt UPA L'Union des producteurs agricoles j^Émrr ’ nTM La sécurité alimentaire une priorité pour les AA ; -"'-A producteurs agricoles du Québec ï§“ « w «Usé «IIP?* Midi «MK /:£l " V Uimplication canadienne dans la FAO CLAIRE HARVEY COLLABORATION SPÉCIALE Lutter contre la faim dans le monde est un enjeu majeur qui concerne tous les peuples.Le Canada ne fait pas exception à la règle.En témoigne une collaboration étroite, depuis maintenant cinq décennies, avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).En dépit des efforts considérables qui ont été faits en cinquante ans, la faim dans le monde n’est pas disparue, ni la pauvreté qui la provoque d’ailleurs.A preuve, la planète compte 1,1 milliard de pauvres et quelque 800 millions d’affamés, dont 192 millions d’enfants de moins de cinq ans.Malgré des études qui démontrent qu’il y a des surplus agricoles, la FAO estime que les statistiques seront aussi alarmantes en 2010.Certaines des personnes qui souffrent de la faim présentent non seulement des carences en calories et en protéines, mais aussi en micronutriments (iode, fer et vitamines).Selon l’Organisation mondiale de la santé, le nombre d’individus susceptibles d’avoir une carence en micronutriments est de l’ordre de deux milliards et comprend les gens qui mangent à leur faim.Ces carences alimentaires L’ACDI évalue minent la santé de popu-,, ., lations entières et sou- desormais les vent de façon irréver-, sible.Par exemple, la ca- consequences renCe en vitamine A en- i I L, i JIJL,J.L dommage les yeux et a long ternie Deut aiier jusau’à caus des mesures d’urgence peut aller jusqu’à causer la cécité.Pour s’attaquer à ce problème, l’Agence canadienne de développement international (ACDI), le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), la Banque mondiale, l’Unicef et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont mis sur pied «L’initiative pour les micronutriments».«Il s’agit non seulement d’ajouter des minéraux et des vitamines dans les denrées alimentaires qu’on expédie à l’étranger comme de l’iode dans le sel, du fer dans la farine de blé et de la vitamine A dans l’huile végétale, mais aussi d’encourager les pays en développement à faire de même», explique André Desrosiers, gestionnaire de programme au Centre d’aide alimentaire de l’ACDI.Un budget en décroissance À cause de la crise qui sévit dans les finances publiques, l’enveloppe budgétaire que le Canada consacre à l’aide internationale est en décroissance.Pour l’année 1995-1996, elle sera de 2,2 milliards, ce qui représente une coupure de 381 millions ou de 15 % par rapport à 1994-1995.Le programme d’aide alimentaire a lui aussi diminué.Il se chiffrera à 257 millions, ce qui se traduit par une réduction de 43 millions ou de 14 % par rapport à l’an dernier.Malgré cela, le Canada demeure, per capita, le plus important donateur d’aide alimentaire au monde.Il faut dire que des calamités d’une gravité exceptionnelle menacent encore des millions de vies humaines.Les guerres civiles, les sécheresses, les famines et les inévitables déplacements de réfugiés qu’elles provoquent se sont multipliés ces dernières années, à un point tel que l’aide alimentaire d’urgence représente actuellement près de la moitié des contributions canadiennes d'aide alimentaire.( ette situation a des effets pervers.En fournissant de l’aide alimentaire d’urgence dans des situations de disettes chroniques, il y a un risque de prolonger la crise au lieu de la régler.Les collectivités peuvent devenir totalement dépendantes de l’aide internationale pour répondre à leurs besoins fondamentaux.Pour être efficace, il faut planifier et gérer l’aide alimentaire avec soin.En charge de la gestion de 79,5% du budget de l’Aide publique au développement du Canada, l’ACDI évalue désormais les conséquences à long terme des mesures d’urgence.«Pour ne pas nuire à la production locale, nous tentons de faire des interventions mieux ciblées et surtout d’en mesurer les résultats sur le terrain», explique Michel Pilote, gestionnaire de programme au Centre d’aide alimentaire de PACDI.Les céréales et les huiles végétales constituent les principales denrées alimentaires que le Canada achemine dans les pays en développement.Il fournit aussi du lait en poudre, du poisson et des légumineuses (pois, haricots et lentilles), mais en quantités moindres.Cependant, comme les légumineuses représentent une partie essentielle de l’aide alimentaire d’urgence et, que la fréquence et la gravité des crises augmentent sans cesse, ces produits occupent de plus en plus de place dans le panier de vivres qu’envoie le Canada.L’ACDI distribue l’aide alimentaire multilatérale par l’entremise du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM).En plus de s’occuper des programmes de nutrition pour des groupes vulnérables, le PAM administre la Réserve alimentaire internationale de crise, qui sert de véhicule pour l’aide alimentaire d’urgence.En vertu d’ententes bilatérales, l’agence fédérale fournit aussi les produits alimentaires directement aux gouvernements bénéficiaires qui, dans la plupart des cas, les acheminent sur les marchés locaux.Les prix sont alors étroitement surveillés pour ne pas nuire à l’économie du pays, comme cela s’est trop souvent produit auparavant.Enfin, l’ACDI soutient les organisations non gouvernementales comme le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI), Oxfam, World Vision et la Canadian Lutheran World Relief dans leurs interventions sur le terrain.Selon Michèle Comeau, sous-ministre adjointe à Agriculture et Agro-alimentaire Canada, la FAO peut compter en outre sur les conseillers techniques de ce ministère.«De concert avec les gouvernements provinciaux, ces conseillers élaborent des stratégies de développement durable qui permettent d’améliorer les méthodes agricoles et la production alimentaire afin que ces pays puissent devenir autosuffisants.» Par exemple, un comité travaille actuellement pour éliminer les ravageurs de plantes qui ruinent les récoltes en Afrique, tandis que le comité sur l’étiquetage est parvenu à ce que des politiques phytosanitaires internationales respectent la qualité des aliments.«Le véritable défi de l’avenir consiste à trouver des façons de combler les besoins alimentaires d’une population qui augmente constamment, tandis que la superficie des terres cultivables diminue», conclut Michèle Comeau.Pour sauver des vies, il faut encore améliorer l’efficacité des secours d’urgence et du développement à long terme.La forêt qui disparaît CLEMENT TRUDEL LE DEVOIR n 1985 — la FAO célébrait ses 40 ’ ans — on soulignait dans le mon-e l'Année internationale de la Forêt, e ces forêts pour lesquelles «U Cnil arbitrer entre des demandes croissantes et souvent conflictuelles».la nécessité d'une telle mobilisation ne fait nas de doute s’il faut en croire les écologistes («plus de forêts ont été perdues entre 1981 et 1990 que pendant toute autre décennie de l’histoire de l’humanité»), car il disparaissait près de 17 millions d’hectares de forêt tropicale par année.Planter des arbres ne suffit plus, comme le rappelle la dernière livraison de Forces.la?but est d’en venir à une «foresterie durable».C’est ce que souhaitait le rapport Brundtland en 1987.C’est aussi la ligne adoptée par l’entente intervenue en 1992 au Sommet de Rio, entre 145 pays, «sur l’aménagement durable des forêts».C’est-à-dire que la récolte de matières ligneuses se doublera désormais d’une planification et d’un aménagement, pour mieux en assurer la jouissance aux générations futures.A Montréal se tenait dès 1949 une rencontre visant l’industrie de la pâte et du papier; l’encre était toute fraîche sur un premier inventaire des ressources forestières mondiales dû à la FAO qui en fera souvent la mise à jour.Certains ont naïvement cru les forêts inépuisables.Le Québec, avec ses quelque 800 000 km carrés de forêt couvrant la moitié de son territoire, compte pour sa part 2 % du total des forêts; il possède, depuis 1987, une Loi sur les forêts «dont l’entrée en vigueur allait imposer un virage radical dans les pratiques forestières» (Danielle Ouellet, Forces, n" 110).Marian Fournier, l’un des préposés à l’aménagement forestier et au reboisement au ministère québécois des Ressources naturelles, souligne que «depuis 20 ou 30 ans, la superficie à vocation forestière est maintenant stable» au Québec et qu’il n’y a pas péril — comme on en fait le reproche à l’Amazonie — d’en changer la vocation au profit d’une vocation agricole.La norme au Québec est qu’une forêt se régénère en 14 ans, ce qu’autorise «la diversité et la vigueur de notre écosystème».Pour l’ensemble du Canada, l’industrie des pâtes et papiers a pris sur elle de multiplier les installations de désen- l’HOTO ACM / ROGER LEMOYNE La récolte de matières ligneuses se doublera désormais d’une planification et d’un aménagement, pour mieux en assurer la jouissance aux générations futures.crage et de recyclage pour mieux se plier aux exigences contemporaines.En 1993, le papier journal canadien était fait de 11 % de libres recyclées.Pour rendre compte de la situation des forêts sur l’ensemble de la planète, la FAO multiplie 1er, études dans sa revue UNASYLVA qui paraît depuis 1947.Elle intervient pour conserver le patrimoine des forêts ou le restaurer là où c'est possible.Dans le plus récent numéro de Cé-rès, autre publication de la FAO, on signale l’importance des zones boisées «pour notre sécurité alimentaire»; «A Java, l’agro-foresterie fournit plus de 40 % des calories consommées par les petits paysans alors qu’au Nigéria les jardins potagers traditionnels contiennent au moins 60 espèces d’arbres “alimentaires”».Sans compter que les forêts contiennent «1383 espèces d’insectes comestibles» et que «le déboisement, associé à des pratiques appauvrissant le sol dans des zones de retenue des eaux, engendre non seulement érosion et baisse de productivité, mais également diminution du niveau d’eau dans les réservoirs et difficultés pour l’irrigation en plaine».Un groupe d’experts en ressources génétiques forestières, formé par la FAO, est à l’œuvre depuis 1968 et contribue à renforcer les outils dont se dotent les pays les moins avancés pour éviter la perte ou la dégradation de cette ressource.Avec la CEPAL (Commission économique de l’ONU pour l’Amérique latine et les Caraïbes) et l’Unesco, la FAO a été prompte à étudier les forêts des 25 pays de cette partie du monde (1953).Elle a, de plus, joué un rôle actif dans la fondation de six écoles forestières, dont celles du Chili, de la Colombie et du Pérou.En résumé, le rôle que s’est donné la FAO face à la forêt n'a pas varié depuis 50 ans: «recherche d’un équilibre approprié entre une utilisation efficace des produits et services des forêts du globe et conservation des ressources».Ix1 plus récent jalon dans l’accomplissement de cette mission se trouve dans la Déclaration de Rome sur les forêts, émise au tenue d’une rencontre au niveau ministériel à la mi-mars 1995.Ix* document approuvé par 54 ministres (dont le ministre représentant le Canada) signale l’importance de programmes multisectoriels nationaux sur les forêts en vue de cerner «les causes sociales et économiques de la déforestation et de la dégradation des forêts» et de stopper la désertification.Cette «foresterie durable» devrait prendre appui sur la coopération internationale, y inclus» par l’infusion d’argent neuf en vue de; > développer une technologie qui respecte l’environnement.Au total, lèç‘ signataires de cette déclaration dœ Rome optent pour la voie du conséji-* sus et des discussions graduelles,' -s’agissant d’instruments internatio-' naux pouvant avoir un caractère coercitif.La FAO, c’est son rôle traditionnel^ rend compte de «progrès globaux»;t elle ne tient pas à se faire taxer d’ingérence dans les décisions qu’assu-i me chacun de ses Etats-membres.À QUÉBEC, DU 11 AU 16 OCTOBRE 1995 Québec s s POUR QUE LE MONDE TOURNE PLUS JUSTE DËIÆLOPPE/ÜENr W E MIX (514)257-8711 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N1A3 AFFAIRE SjÊ l N T E XhjkfL .1^ DU .PARTENAIRE DU MONDE i WÊÊgM mm.?£•«***** .^.^-£2*3 W ?.% t% £%é£ • ¦:*: ; / « v ?J#' sur la misa au DÉ t A NOURRITURE POUR TOUS Par t'eniisrssij çfe* » FAO/ fee wr/.uTissnot^î-^c^sxx?' iplp \ \ Qüprtix: IvÀNADA 1995 ;i.> i;i; i:i Canada Cinquante ans d'engagement CODEX ALiMENTARiUS : UNE NOURRITURE SALUBRE Non seulement les normes internationales de salubrité sont-elles le gage que les consommateurs ont accès à des aliments sains, mais aussi facilitent-elles l'importation et l’exportation des produits alimentaires.Le Canada accorde un appui sans réserve au Codex Alimentarius et préside le comité de l'emballage et de l'étiquetage.Message du ministre de l'Agriculture et de ïAgroalimentaire du Canada Voici cinquante ans, des représentants de 44 pays se réunissaient pour créer l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture.Aujourd'hui, des représentants de ses 171 membres se retrouvent à Québec pour commémorer son cinquantenaire.La FAO est un forum international sans pareil où l’on recueille et répand des connaissances, l'on élabore des politiques internationales et où l'on met en oeuvre des projets qui apportent des solutions durables aux besoins alimentaires, le Canada en est un membre fondateur.Un cinquantenaire est un moment de réflexion.C'est également l'occasion de songer à l'avenir, les objectifs n'ont pas changé depuis 1945, mais les enjeux ne sont plus les mêmes, les fortes poussées démographiques, l'épuisement des ressources et des écosystèmes altérés font qu'il est indispensable que les cinquante prochaines années nous apportent de nouveaux modes d’exploitation intégrés et durables dans les domaines de l'agriculture, des pêches et des forêts.Fort de son savoir-faire, le Canada ne cessera de collaborer avec la FAO a la recherche des meilleurs moyens possibles pour assurer la sécurité alimentaire à l'échelle planétaire.la FAO est appelée à assumer un rôle décisif au cours des années à venir.Je suis fier d’y être associé.L'honorable Ralph Goodale Ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire UN ENGAGEMENT FERME Le ministre de l'Agriculture J.G.Gardiner signe la constitution de la FAO au nom du Canada.VERS UNE AGRICULTURE DURABLE Le Canada, situé au premier rang des producteurs agricoles, a contribué à des projets de la FAO de par le monde.Sur son propre sol, le Canada s'efforce d’augmenter la durabilité de son industrie agroalimentaire par des moyens telles la conservation du sol, la gestion des déchets et la lutte contre la pollution.LA PROTECTION DES VÉGÉTAUX Le Canada est un partenaire fidèle dans la lutte contre les ravageurs et les maladies des cultures.Les efforts déployés par la FAO ont débouché sur l'amélioration des techniques „„„„„„„ g) de |utte contre les locustes et de pesticides plus sélectifs.
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