Le devoir, 2 décembre 1995, Cahier D
?LE DEVOIR ?U feuilleton Huge 1)3 Littérature québécoise Huge 1)5 ?Sylvie Fraser Page 1)9 Formes Page D12 Hélène Rioux «Mon livre s’adresse au cœur des gens» DANIELLE LAURIN T>ai très peur de la mort.Je vis ''J toujours dans la terreur.Dans la terreur ou de ma propre mort ou de la mort des autres.Je ne sais pas d'où ça vient.Tout à coup, les sueurs froides me coulent, je pense que mes enfants sont morts, ou que je meurs, moi.Toute cejte peur de la mort, je l'exprime par Eléonore.» Avec Eléonore depuis dix ans, Hélène Rioux écrit son autobiographie intérieure.Le mystérieux personnage est apparu dans L’Homme de Hong-Kong d’abord, un recueil de nouvelles, puis a traversé trois romans.\àî plus récent, Traductrice de sentiments, marque la fin du cycle.«Eléonore a dit ce qu’elle avait à dire, elle est allée au bout de son obsession (Je la mort, elle s’est ouverte à la vie.Eléonore a choisi la vie, malgré l’horreur.Je l’ai laissée partir.» Déjà, Eléonore avait fait un pas du côté de la vie en plaquant son amant éteignoir dans le roman précédent d’Hélène Rioux, Chambre avec baignoire (Grand Prix littéraire du Journal de Montréal, Prix de la Société des écrivains canadiens 1992).Mais elle n’avait réussi qu’à s’enfoncer davantage dans la douleur, cette douleur, là, à l’intérieur depuis l’adolescence: son enfant arrachée sitôt née, qu’elle n’aura jamais vu grandir, qui ne grandira plus d’ailleurs puisqu’elle,est morte, mais morte comment, Eléonore ne le saura jamais.Parce que la traduction de romans à l’eau de rose ne suffit plus à l’étourdir, parce qqe l’idée de la mort ne la ¦ quitte plus, Eléonore décide de s’im-: miscer dans la vie d’un tueur.Dans Traductrice de sentiments, on la retrouve au bord de la mer, en Espagne, avec cette biographie de Leonard Ming à traduire.Morbide.«Ce n’était pas facile à écrire.Je voulais vraiment parler de l’émotion qu’on ressent devant l'horreur.Je ne voulais rien camoufler.Je ne voulais pas la petite vie.Je voulais un tueur, un vrai, un tueur en série.Qu’est-ce que ça fait un tueur, c’est quoi la mort, c’est quoi être enchaîné dans un bunker et se faire torturer?Je ne .voulais pas faire un livre de morale-, mais je voulais m’interroger sur la fascination que les tueurs en série exercent En .traduisant la vie de léonard Ming, Eléonore va au bout de ça.Elle comprend qu’il n’y a rien de fascinant là-dedans.» La violence à pleine page Où Hélène Rioux prend-elle toute cette violence qu’elle lance à pleine page dans Traductrice de sentiments?«Peut-être que ça vient de moi.Je ne suis pas violente dans ma vie, mais ça vient aussi de tout ce qu’on reçoit.» Quand Eléonore arrive en Espagne, elle aperçoit, placardées partout, des photos d’enfants disparus, victimes d’enlèvements.«Quand elle voit ces photos d’enfants qu’elle ne connaît pas, ça la touche personnellement, comme si tpute cette violence s’adressait à elle.Eléonore est très réceptive, elle est ¦ comme une éponge, pleine de compassion.» Hélène Rioux a dédié Traductrice de sentiments, parsemé de citations des Cahiers de Nijinski, à ses rancs edition Ils ont pignon sur rue à Sherbrooke, Trois-Rivières, Amqui, Trois-Pistoles, Chicoutimi, Val d’Or; Gallix, Hull et ailleurs.Ils sont éditeurs, représentatifs de la poignée de purs et durs — une cinquantaine tout au plus — qui œuvrent hors des grands centres pour garder en vie la littérature de leur milieu.LOUISE LEDUC LE DEVOIR Br==——HI ombien de semonces et de remontrances entendues au cours des derniers jours! Honni soit le mépris des médias! Malheur aux gouvernements à courte vision! Hors des grands centres, les éditeurs doivent cumuler les métiers, adhérer aux principes de l’intégration verticale et étendre leurs tentacules dans toute la province ou, mieux, outre-Atlantique.Malgré la double difficulté d’éditer en région et de se spécialiser dans un genre littéraire peu populaire, la poésie, Les Ecrits des Forges basés à Trois-Rivières éditent 40 titres par an et affichent un chiffre d’affaires dans les six chiffres.Le propriétaire Gaston Belle-mare dit tirer 30 % de ses revenus de l’exportation de titres en France, au Luxembourg, en Belgique et en Suisse.A Trois-Rivières, M.Bellemare se targue d’avoir fait de la poésie un événement et un enjeu électoral.«Chaque candidat à la mairie est interrogé sur l’appui qu’il donnera au Festival de poésie qui attire chaque année plus de 20 000 personnes.» Mieux encore, M.Bellemare aime aussi penser que sa Promenade de la poésie, avec ses 300 poèmes d’amour répartis sur les murs de la ville et sa boîte à lettres en fin de parcours pour déposer ses propres œuvres, fait battre les cœurs.«Quand les amoureux s’embrassent sous l’une de tes réalisations, c’est que ta mission est accomplie.» Et VOIR PAGE D 2 : ÉDITION $ RÉMY CHAREST Dans le inonde de l’édition québécoise, Québec revendique un statut particulier.La vision dualiste de l’édition — il y a Montréal et les régions — y est rejetée du revers de la main par les éditeurs de la capitale.«Nous refusons l’étiquette d'éditeur régional,» déclare d’emblée Denis Vaugeois, directeur des Presses de l’Université Laval et président des éditions du Septentrion.Cette assertion prend deux sens distincts.Tout d'abord, il y a une question de.volume.Au cours des cinq ou six dernières années, le trii-lieu de l’édition à Québec a connu une croissance importante, si bien qu'aujourd'hui, huit maisons d’édition — Multimondes, Nuit Blanche, L’instant même, Loup de Gouttière, Septentrion, Septembre, Anne Sigier et les Presses de l’Université Laval — publient, bon an mal an, tout près de 200 titres.Et on ne compte pas les nombreuses maisons qui publient un ou deux titres par année, avec des succès parfois surprenants.Le deuxième sens tient au contenu des, livres et aux domaines couverts.A Québec, on publie du livre d’art, du roman, de la nouvelle, de l’essai scientifique ou grand public, des livres pratiques, des ouvrages religieux, historiques, touristiques, etc.Et ni les thématiques, ni les auteurs ne sont limités à la région: «Dans nos publications de 1995, quatre des dix-huit titres sont signés par des auteurs de Québec, indique Gilles Pel-lerin, responsable avec Marie Taillon des éditions de l’Instant même.Notre catalogue est probablement l’un des plus internationaux au Québec: Belgique, France, Canada anglais, Mexique, Irlande.C’était un peu une obligation: avant de publier de l’essai et du roman, nous ne publiions au départ que de la nouvelle.S’il avait fallu qu’on soit régional, en plus de se limiter à un genre, notre créneau aurait pris l’allure d’un dé à coudre.» La situation est la même chez Nuit Blanche, qui fait dans la critique littéraire et le livre scientifique, ou chez Septentrion, spécialisé d’abord en histoire.On couvre tous les sujets, nationaux et internationaux, et les manuscrits proviennent de partout au Québec ou même de l’étranger.«Dans le champ de l’histoire, explique Gaston Deschênes, directeur de Septentrion, il y a plusieurs auteurs de l’extérieur qui voient un intérêt particulier à être publié à Québec.On n’est jamais à court de manuscrits, en tout cas.» Chez Anne Sigier, maison spécialisée dans le livre religieux, la moitié des titres sont d’auteurs francophones européens et, en retour, une bonne portion des ventes se fait en France, Suisse et Belgique.«Nous n’avons même pas d’option privilégiée sur les sujets et auteurs de Québec, ajoute d’ailleurs Denis Vaugeois.Les éditeurs de Montréal sont très présents sur le marché pour publier des ouvrages sur la région et surtout, pour courtiser les meilleurs auteurs de Québec, dont la majorité publie d’ailleurs à Montréal.» Montréal tout de même «On fait plutôt de l’édition hors Montréal», résume Jean-Marc Gagnon, des éditions Multimondes qui font du livre scientifique, avec une VOIR PAGE 1)2: RIOUX VOIR PAGE D2: QUÉBEC «Cette collection doit être vue .comme un cadeau, sûrement le plus beau cadeau que l’édition québécoise ne nous ait jamais fait.» Maurice Pouliot, Nvit Blanche «Oh ! Les beaux livres !» Lucie Robert, Spirale «Il faut s’abonner à la Bibliothèque du Nouveau Monde.» Jean Éthier-Blais, Le Devoir Alain Grandbois 1 Nt*QUtMC 1 1 Louis-Antoine 1 Dessaulles 1 MvaifSS H iOJBf i.N.W.*’•' ¦ te*11* 1 Ü -m /| I w 1 Hf 1 w i 1 .—-ifjl i DW _ Bvr 1 L ^ "ïSSl I La Bibliothèque du Nouveau Monde (BNM) rassemble en éditions critiques les classiques de la littérature québécoise, du XVIIIe siècle à nos jours.C’est notre Pléiade^ à prix abordable (38$ à 68 $).Pté^ade est une marque de commerce des Éditions Gaftmard LIBRAIRIES DÉPOSITAIRES Montréal : Librairies Champigny, Gallimard.Gameau, Guérin, Hennés.Olivieri, Renaud-Bray, de l’Université de Montréal et Zone Libre Rive-Sud : Librairies Bernard et le Fureteur Québec: Librairies Gameau, Générale française et du Nouveau-Monde Ottawa : Librairies de la Capitale, de l’Université d’Ottawa et du Soleil Sherbrooke : Librairie GGC Chicoutimi : Librairie Les Bouquinistes.LES PRESSES DE LUNIVERSITÉ DE MONTRÉAL I I) I.y, l> K V III It , I.ti S ?RIOUX s .t M K |> I 2 K T I» I M A X < Il I 3 I' b ' K M II It h I !» D A ï T V D 1?Q 1 \ Il 1, 0 ** / EDITION La difficulté d'être pris au sérieux PHOTO JACQUES GRENIER Hélène Rioux SUITE l)K I.A PAGE l> 1 enfants, pour qu’ils n'oublient jamais la compassion.Elle a placé en exergue cette phrase de son tils Mitia: «Des larmes recommencent à s'immiscer entre moi et mon regard sur le monde.» «Je voulais dans mon livre m'adresser au cœur des gens.Je l'ai écrit avec mon cœur.Eléonore est mon porte-parole, mon alter ego.J'ai l'impression que si je n'avais pas eu d’enfants, j'aurais vécu comme elle, libre, sans attaches.Ce sont mes enfants qui me donnent rendez-vous avec la vie.Si je ne les avais pas eus.Dieu sait où je me serais retrouvée.J'aurais été une errante, une "survenante”, comme elle, je ne me serais attachée à rien.Mes enfants me servent de port d'attache, me gardent dans la réalité.Eléonore, c’est mon moi rêvé, c’est la femme dont je rêve.» Parce que dans Traductrice de sentiments Eléonore est allée au bout de la mort, parce qu’à la lin elle choisit la vie et qu’elle a rendez-vous avec l'amour, Hélène Rioux n’en a plus besoin.«Je voulais écrire sur l'amour depuis plusieurs années, mais j’étais prise par la mort.Il fallait que j'aille au bout de mon sujet.C’est fait.Maintenant, d’autres personnages m'habitent.Je ne sais pas si mon prochain roman sera un roman heureux, mais ce sera un roman sur l’amour.Ensuite, qui sait?Eléonore vit toujours, quelque part, je ne sais pas où, peut-être qu’elle va revenir.» TRADUCTRICE DE SENTIMENTS Hélène Rioux, XYZ, 210 pages Portes ouvertes de Noël à la mairie.Tél.: 872-6211 CLAUDE PARE Zéro raconte le goût du corps qui est le goût de l’écrit qui est le goût de la vie.P-14,95$ Y VA N BIENVENUE Règlement de contes YVAN BIENVENUE ;^-v «Une pièce qui fait avancer la dramaturgie dans ce qu’elle a à dire de plus urgent, de plus intense.» Robert Lévesque, Le Devoir P-14,95 $ Les Amis Avenor Ville de Montréal CLAUDE PARÉ ZÉRO LES HERBES ROUGES/POÉSIE LES HERBES ROUGES / POESIE Donnez un livre à un enfant Jusqu’au 8 décembre, grande cueillette de livres pour enfants de 12 ans et moins.Parlez-en au travail, à vos amis, à votre famille et venez déposer votre récolte dans les bibliothèques de Montréal ou à l’hôtel de ville.Distribution : les 24 et 25 décembre lors des LES HERBES ROUGES / THEATRE PHOTO JACQUES NADEAU Jean-Claude Larouche, éditeur à Chicoutimi.SUITE DK I.A PAGE D 1 que peut-être de nouveaux lecteurs viennent d’être recrutés.Ses plus grands écueils, en région?«D* lobbying.Nous sommes loin des centres de décision et du gratin littéraire qui se donne rendez-vous dans le Quartier l-atin.» Jean-Claude Larouche, qui a donné ses initiales à JCL.à Chicoutimi, trouve aussi difficile d’être pris au sérieux dans la métropole.«On a vendu une vingtaine de titres en France.Quand on téléphone à Paris, il importe peu que l’on soit de Chicoutimi ou de Montréal», constate-t-il.«1rs préjugés sont tels que certains auteurs de la ville préfèrent ne jamais être publiés plutôt que de l’être en région.» JCL a publié quelques best-sellers ces dernières années: le témoignage d’Elisa 1'.(307 (KH) exemplaires), celui de la rescapée de la secte de Moïse, Gabrielle Lavallée (repris par «J’ai lu» et vendu à 200 000 exemplaires).L’histoire des sœurs Lévesque a sûrement donné aussi un bon coup de pouce.«Unir témoignage a fait plus de bruit que de ventes», corrige M.Larouche.N’empêche qu’après quinze ans de vaches maigres, ces gros coups permettent enfin à l’éditeur de s’accorder un salaire.Pour la reconnaissance, par contre, il faudra repasser.«Jamais JCL ne sera reconnue comme une maison littéraire même si quelques lauréats de prestigieux prix ont déjà publié chez nous: André Girard.Jean-Alain Tremblay, Elizabeth Vonarburg.» Un peu las de se battre contre l’anonymat, M.Larouche n’écarte pas la possibilité de déménager ses pénates à Montréal, là où se trouvent plus de lecteurs et d’auteurs, donc plus de manuscrits.«Mais les bureaux coûtent plus cher, il faut payer le stationnement, l’entrepôt, etc.» L’édition à Monréal, Victor Lévy-Beaujieu connaît.Après un passage aux Editions du Jour, L’Aurore et VLB, le voilà de retour à Trois-Pis-toles.«Depuis cinq ans, l’édition en région revit parce que les gens ont compris qu’ils ne devaient pas compter sur les subventions.Comment pourrait-il en être autrement?Les fonctionnaires ne se hasardent jamais au-delà de Québec et les éditeurs en région ne sont pas invités par la SO DEC à siéger aux comités de révision de la politique culturelle.» Vérification faite, à la Commission du livre et de l’édition spécialisée de la SODEC, un seul des huit membres vient des régions éloignées.La situation dépeinte par l’auteur-éditeur n’est pas rose.Dans les bibliothèques du Bas-Saint-Laurent, affirme-t-il, Danielle Steel a la cote.Mais L’Homme rapaillé de Gaston Miron serait une espèce en voie de disparition.«Quand j’étais petit, à l’école, on me faisait apprendre par cœur des passages d’œuvres de Roger Fournier ou de Jovette Bernier.Aujourd’hui, même dans les villages où ils sont nés, personne ne ne les connaît plus.» Difficile distribution Devant le peu d’intérêt des distributeurs à desservir l’obscure librairie du bout du inonde, la mission que se sont donnée tous les éditeurs en région, celle de faire connaître les auteurs de leur coin de pays, est presque réduite à néant.Le propriétaire D’Ici et D’ailleurs de Val d’Or, Jean Ferguson, en est à son quatrième distributeur.«Les trois autres me faisaient croire qu’ils s’occupaient de mes titres alors qu’ils les laissaient dormir dans l’entrepôt.» Les gros salons du livre, il ne faut pas y rêver.«Comment pourrais-je me permettre un stand de 1500 $ avec un déficit de 30 (KK) $?» Et la solidarité régionale?«Je ne vends pas plus de 10 % de mes livres à des gens du coin.Ils sont sophistiqués, les gens d’Abitibi.Ils se précipitent sur tout ce qui vient de l’extérieur et boudent les produits locaux.Résultat: nos artistes s’exilent et nos écrivains vivotent.» Les reportages ou critiques à la télévision ou dans les grands journaux semblent hors de portée.Les hebdos manquent soit de ressources, soit d’intérêt pour la chose littéraire.Les bouées de sauvetage à Val d’Or: la littérature amérindienne et pour adolescents (dont deux romans sur \'Ir-ving Whale).«Au départ, je voulais surtout donner la parole aux gens âgés, à l’institutrice, au mineur de l’ancien temps», admet M.Ferguson.Le» Editions Nord-Côtières, elles, gardent le cap.Bon an mal an, le propriétaire, Louis-Ange Santerre, publie deux titres depuis Callix, village de 506 âmes dont il est le maire: des biographies des gens du secteur, l’histoire du diocèse, des ports.En fait, en région, on publie «ce qui nous tente», comme dit si bien Nicole Fillon, île Machin Chouette, à Amqui «et notre distributeur nous dit qu’on n’est pas pire que les autres!» Une cinquantaine de personnes de la Matapédia ont investi une petite somme en 1990 pour per-mettre la fondation de Machin Chouette.Une attention toute particulière est accordée à la facture des livres (Mme Fillon est aussi graphiste).«Tant qu’à pas faire d’argent, aussi bien se consoler avec la qualité des livres!» L’aspect visuel, c’est aussi le souci de Vents d’Ouest, de Hull, qui fait 12 % de son chiffres d’affaires en vendant ses essais et ses récits en Europe.Son «président-concierge», comme se plaît à se décrire Richard Poulin, pense diriger la seule maison à respecter encore les normes typographiques.«Dans nos livres, il n’y a ni veuves, ni orphelins.» Malgré tout, les subventions ne viennent pas.«Et pourtant, c’est nous qui assurons la relève.Les grosses maisons ne prennent plus de risque: elles ne misent que sur les valeurs sûres, les gros canons.» Enfin, pour la bonne bouche, une grande réussite en région: les productions GGC, rois et maîtres en Es-trie avec la propriété de la Biblairie (18 000 pieds carrés, 3500 titres), les librairies du Collège de Sherbrooke, de l’Université de Sherbrooke et de la faculté de médecine.En 1993, Gé-rald-Guy Caza investissait 600 000 $ dans des imprimantes laser et des Macintosh.«L’imprimerie finance maintenant l’édition.On imprime des notes de cours, des rapports annuels, des dépliants.Et avec cette technologie qui est nôtre, nos tirages sont contrôlés, à coup de 50 exemplaires si ça nous arrange.» Adieu, essais pointus qui dorment quinze ans dans la poussière des rayons.Hors de Montréal, point de salut?Pas toujours! QUÉBEC Un seul distributeur d'importance dans la région SUITE I)E LA PAGE D 1 spécialité côté environnement.«Les lignes 800 et les communications et transferts de données par Internet réduisent de beaucoup l’importance , Venez rencontrer DENISE ROUSSEL LA TRAVERSEE DU MIROIR le samedi 2 déc.de 14h à 16h 4380 St-Denis Tél.: 844-2587 ' le dimanche 3 déc.de 14h à 16h Carrefour Angrignon Tél.: 365-4432 le jeudi 7 déc.de 19h à 21h Centre Laval Tél.: 6SS-5422 LA TRAVERSÉE Dp MIROIR Oampigny l’n\ i-n vielleur Un 2.3 et 7xUv.VS 1 de la distance géographique.Et les maisons de Québec étant généralement plus petites, elles ont l’avantage d’être plus près de leurs auteurs.» Il reconnaît toutefois, en accord avec ses collègues, que la distribution, la mise en marché et les relations de presse doivent passer par Montréal.Pour vraiment agir au niveau national, tous les éditeurs s’accordent pour dire qu’il faut s’assurer d’une distribution nationale et d’une présence raisonnable sur l’important marché de la métropole.Québec, en ce sens, est un centre périphérique.Un seul distributeur d’importance existe d’ailleurs dans la région: Distribution Univers, qui regroupe depuis un peu plus d’un an les ouvrages scientifiques des Presses de l’Université Laval, des Presses de l’Université du Québec et de l’IQRC, ce dernier partenaire devant bientôt être regroupé avec les PUL.Si ce regroupement a donné des avantages de visibilité au livre scientifique, ses résultats sur le marché grand public restent toutefois très mitigés.Échos des médias En général, les éditeurs de Québec ont donc l’impression de concourir sur un pied d’égalité avec leurs collègues de Montréal sur le marché du livre.À une exception près, et de taille, celle-là: la visibilité dans les médias.«La distance a un effet certain à ce chapitre, explique Denis Vaugeois.C’est plus difficile pour nous d’être sur place et de profiter des rencontres fortuites qui permettent de rappeler à un chef de pupitre, à un journaliste ou un recher-chiste l’existence de tel livre, tel auteur, etc.Les animateurs-vedettes cherchent parfois des auteurs et éditeurs-vedettes, ce qui nous fait une bonne côte à remonter.» Le même propos est repris par Gilles Pellerin et Gaston Deschênes, qui insistent tout deux pour dire qu’il s’agit avant tout d’un effet de distance.On engagera parfois des attachés de presse montréalais pour compenser, mais ça, ça coûte des sous.Et il y a bien une part de chauvinisme, parfois: au Salon du livre de Montréal, L’instant même a vu l’une de ses meilleures ventes de l’année, Québec, des écrivains dans la vide, se heurter à des bouquineurs qui reposaient l’ouvrage d’un air dépité en s’apercevant qu’on y parlait «seulement» de la vieille capitale.A propos de chauvinisme, l’esprit de clocher légendaire de Québec ne vient-il pas aider les livres qu’on y publie?La réponse des éditeurs est un non retentissant: les médias, en tout cas, ne donnent aucun traitement de faveur au produit local, le quotidien Le Soleil étant même spécifiquement montré du doigt par les éditeurs.«Bien des livres de Québec et même des livres sur Québec n’ont eu à peu près aucun écho dans les médias de Québec, explique Gaston Deschênes.Le livre Les Plaines d’Abraham, de Jacques Mathieu et Eugen Kedl, qui a remporté quatre prix, a été ignoré.Dans le champ historique, on se rabat vers des publications spécialisées comme la revue Cap-aux-Diamants, qui constitue un meilleur véhicule pour nos livres.» «Je crois que le chauvinisme de Québec est un préjugé, affirme Gilles Pellerin.Ça n’existe pas vraiment.Pas plus qu’ailleurs.Au contraire, je pense que Québec peut être particulièrement dure pour ses enfants.Si on avait un véritable avantage sur notre marché local, ce serait formidable: en termes de ventes par habitant et de clientèle, c’est la meilleure ville au Québec.Mais il n’y a vraiment pas de traitement de faveur.» Bref, nul n’est prophète en son pays.Et l’édition à Québec aurait donc bien du mal à être une édition vraiment régionale, même si elle le désirait.Serge Chapleau signera à Québec le jeudi 7 décembre, de17hà19h " à La Bouquinerie de Cartier 1120, rue Cartier, à Québec Tél.: (418) 525-6767 H Boréal Oui m'aime me lise.Puisqu’on dit de I995 qu’elle passera à l’histoire, aussi bien en garder le meilleur souvenir possible.Ces cent douze dessins de Serge Chapleau vous permettront de bien rigoler chaque fois que vous y repenserez. I K l> K V s Angeles; c’était devenu avec lui Us A tuants et il y avait encore de l’humeur de scandale, en 1958, autour de votre histoire de 1777, qui est libertine bien sûr.C’est à Naples, pendant une éruption du Vésuve, que Dominique Vivant De Non (ce sera Denon après la Révolution.) avait écrit sa nouvelle sous pseudonyme.L’époque était dangereuse autant que frivole.Il lui donna un titre ouvert encore aux interprétations: Point de lendemain.C’est une nuit de séduction menée de main de maître par une marquise, moins sombre et calculatrice que la Merteuil, sur un jeune homme qui, par ailleurs jeune amant d’une comtesse, n’a rien de Valmont.Remarquons que les Liaisons de Laclos, les dangereuses, ne sont pas encore écrites et ne le seront que cinq ans plus tard quand cet officier militaire, lui aussi en dilettante, n’écrira, lui aussi, qu’une seule histoire (un échange de plus de cent lettres fictives).Vivant De Non, qui fait court, n’injecte aucune perversion dans sa nuit unique et libertine, sinon celle inhérente aux séductrices qui, sur un homme, se vengent des autres femmes.car la marquise sait que le jeune homme (il s’appelle Darmon) est à la comtesse! C’est pour cela qu’un soir à l’opéra, quand il est seul, elle lui met le grappin dessus et le pousse dans son càr-rosse direction une seule nuit, et point de lendemain! L’ouverture de la nouvelle de Vivant Denon est trop magistrale pour que je vous en prive.Remarquez sa vitesse mais sa rigueur, sa ponctuation, sa brillance: «J’aimais éperdument la comtesse de ***; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta.J’étais ingénu, je la regrettai; j’avais vingt ans, elle me pardonna: et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partout le plus heureux des hommes.Elle était l’amie de Madame de T.» Cette Madame de T.c’est la marquise qui saisit ce jeune homme si heureux.Une fois chez elle, elle l’emmène au jardin, puis au cabinet, • puis au bord du lit, puis dans les draps (sans doute beaux), et le jour levant elle le remercie (dans le sens du renvoi poli, euphémisme du congédiement) et en partant le jeune Darmon salue, avant de sauter dans le carrosse perruque dépoudrée, le mari qui se lève et l’amant en titre qui débarque! Rappelez-vous comment Milan Kundera décrit ce départ dans La Lenteur où il se sert de la nouvelle de Philippe Sollers au Père-Lachaise appuyé sur le tombeau de Vivant Denon: ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.D’un siècle à l’autre ils partagent la légèreté, l’impertinence, la vivacité d’esprit, l’amour de l’art.SOURCE EDITIONS PI.ON Vivant Denon en contrepoint: «Je t’en prie, ami, sois heureux.J’ai la vague impression que de ta capacité à être heureux dépend notre seul espoir».Philippe Sollers était fait pour rencontrer Vivant Denon.tai légèreté, l’impertinence, la vivacité d’esprit, l’état sceptique, la guerre du goût, l’amour de l’art, les transgressions de la morale, le jeune homme de Bordeaux devenu l’écrivain français le plus brillant de notre époque et le jeune homme de Chalon-sur-Saône devenu le créateur du Louvre les partagent d’un siècle à l’autre.Ajoutons à cela que Sollers est un dix-huitiè-miste coincé dans le XX' siècle, qu’il est dans la chambre de son époque une des «lumières» demeurée allumée, et qu’il se transfère allègrement à travers celui que, dans sa jeunesse à la cour de Louis XV, on appelait «le Faune», à travers ce bel homme qui ne manqua pas de femmes et n’en attacha aucune aux fourneaux,’ à travers cet amateur de chefs-d’œuvre qui pillait par amour de l’art Sollers nous dit pourquoi il se lance dans une biographie de Vivant Denon: «Vivant est un aventurier, soit.Il énervera toujours les “assis” de toutes obédiences.Ce qui m’intéresse, moi, c’est son absence de préjugés, sa maîtrise de soi, sa veille, sa souplesse, sa rapidité intérieure, son sens de la relativité et, finalement, sa bonne forme continuée, intellectuelle et physique.» Il dit plus loin, dénonçant la mesquinerie et la débilité du Larousse qui réduit Vivant Denon à yn «courtisan pêchant les secrets d’Etat dans les alcôves les mieux habitées», ou «un de ces hommes dont le caractère 'et le talent sont égale- ' ment faciles»: «Rien que le ton de cette notice m’aurait donné envie d’écrire ce Cavalier.» Alors il écrit Le Cavalier du Uuvre.N’y cherchez pas la biographie classique où le modèle est de pied en cap, car l’artiste de la plume qu’est Sollers n’est pas un Lottman ou un Lacouture.C’est d’une conversation brillante qu’il s’agit, le style diagonal de Sollers avançant en liberté de manœuvre et de stratégie, l’écrivain étant aussi pertinent dans la digression intemporelle (et donc actuelle!) que dans la manipulation (voyez-y prestidigitation plus que tripotage, tout de même) des données disponibles minimes sur la vie privée de Denon (il n’a pas écrit de mémoires).Comme on disait antithéâtre, sous Ionesco, ce serait de l’antibiographie.Noble d’une fesse et bourgeois de l’autre, assez subtil pour se retrouver Gentilhomme Ordinaire du Roi à l’âge de 18 ans car Louis XV l’a remarqué, et plus tard, la Révolution et la Terreur faites, devenu habile baron d’empire qui déjeune avec Bonaparte et le suit en Egypte (d’où son appellation de «cavalier» galopant derrière les troupes pour répertorier et piller les œuvres d’art qui feront le Louvre), Vivant De Non et /ou Vivant Denon — il réussit le passage sans se faire couper la tête — sont un seul et même individu qui joue à saute-moutons d’un régime à l’autre, de la monarchie à la République en passant par l’Empire (il meurt en 1825 à 78 ans, presque aussi vieux que Voltaire).Car ce n’est pas un idéologue, nous dit Sollers qui ajoute: «Voilà sans doute pourquoi il s’est moins trompé que beaucoup.» Le Vivant qui ressort des pages de Sollers c’est l'homme heureux, celui qui ne se fait pas d’ennemis (sauf Ingres), qui écrit avec une insolence de classe à Voltaire, le beau célibataire radical, le collectionneur qui pille sans doute mais dans cet esprit du temps qui veut que la France dans sa grandeur est la seule nation à pouvoir protéger et montrer ces chefs-d’œuvre, l’auteur libertin d’un seul texte si achevé, et le vrai amateur d’art qui achète pour 300 francs une enseigne de théâtre trouvée chez un marchand près du Carrousel, gardée chez lui quai Voltaire (mort en 1778 le philosophe a son quai avant la fin de son siècle), une enseigne assez grande qu’il aimait plus que tout et qui n’était rien de moins que le Gilles de Watteau.Kundera dans La Lenteur se demande si l’on peut vivre dans (et par) le plaisir et être heureux.Sollers lui répond avec ce portrait de Vivant Denon.Il lui siffle: au contraire du «pour vivre heureux, vivons cachés» renversons la formule: «pour vivre cachés, vivons heureux».! C’est ce qu’a fait Vivant Denon, invisible dans l’histoire, insoupçonnable dans son époque, insur-veillable dans les autres, donc libre.Mais heureux?Ah, voilà.De l’importance d’être Vivant.v K V O I II .I.K S S \ M K n I 2 K T U I M A X ( Il K !» I) K (' K M II II E I » » .1 V ï s I.E S I* E T I T s I! 0 N II EII I! S Invraisemblable mais vrai (i I I.I.E S A K C II A M II A II I.T ?U NEZ LE MANTEAU Nicolas Gogol, Traduction de Boris de Schloezer.Collection «Étonnants classiques-, GF Flammarion, 127 pages Nicolas Vassiliévitch Gogol est né dans une famille noble d’Ukraine.A 19 ans.il devient fonctionnaire à Saint-Petersbourg.ville qu’il exècre et où se déroule l'action des deux récits réunis dans la publication qui nous occupe aujourd’hui, Le Nez et Le Manteau.Son chef-d.’œuvre est certes son roman.Les Ames mortes.Sa courte vie — il est mort à 43 ans — est marquée par des voyages et des séjours en Europe.C’est au cours d’une longue halte à Rome qu’il tombe sous T’influence abusive d’un directeur de conscience fanatique.Gogol meurt en 1852 après une longue dépression habitée par un mysticisme inquiétant.Le Nez et U Manteau relèvent du fantastique le plus pur.Pourtant les deux récits se déroulent selon une logique à toute épreuve.Le barbier Ivan Iakovlévitch trouve un nez dans le pain chaud qu’on lui présente un matin.Or ce nez appartient à un de ses clients.Comment s’en débarrasser sans attirer les soupçons?Et comment surtout le client ainsi amputé peut-il se débrouiller?A partir de cette situation nettement invraisemblable, Gogol nous entraîne dans la fantaisie la plus pure.Le lecteur sait bien qu’il nage dans l’irréel total et pourtant il se met à imaginer ce visage dépourvu de nez et à se dire que pourquoi pas?La chose pourrait arriver, pourrait lui arriver.U Manteau est une histoire pathétique.Un petit fonctionnaire, risée de ses collègues, à cause surtout de la pelisse usée à la corde qu’il revêt, décide un jour de réunir toutes ses économies pour se faire confectionner un manteau.Lorsqu’après des sacrifices inouïs, il parvient à amasser l'argent nécessaire à cette acquisition, qu'il a même comparu devant ses compagnons de travail couvert de ht merveille, il se fait dérober son manteau par des voyous.Il en mourra de chagrin.Ce qui ne serait qu’une fort prenante histoire devient sous la plume de Gogol une charge contre la petitesse des humains en même temps qu'une allégorie.Un fantôme se promène toutes les nuits aux alentours du pont où le fonctionnaire s’est fait voler son manteau, arrachant aux passants leurs vêtements.Le pauvre diable se trouve ainsi vengé de la méchanceté de ses contemporains.On lit aujourd’hui ces textes sans faire appel d’aucune façon à quelque ajustement que ce soit.Gogol écrit avec une concision et une vivacité qui font merveille.Il n’hésite pas à intervenir dans son récit pour se permettre des apartés qui ajoutent à la légèreté apparente de son entreprise.L’auteur mène son récit de main de maître et sait qu'il peut se permettre ces clins d’œil.Un mot pour terminer au sujet de la collection «Etonnants classiques».Elle offre une approche qui me paraît idéale pour un jeune public qui aborderait ces nouvelles pour la première fois.Chronologie, présentation de l’auteur, explication de termes trop spécifiques, notes sur la vie comme elle se déroulait dans la Russie de la première moitié du 19e siècle, rien ne manque.On trouve même un dossier-jeu, dont les vertus pédagogiques paraissent convainc-santes.A une époque où on déplore sans cesse le manque d’intérêt des adolescents pour la lecture, l’initiative mérite d’être signalée.J’oubliais de mentionner que Tourgueniev affirmait: «Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol.» On peut imaginer pire influence.E S S A I S Q 11 Ê 11 É COIS Se refaire une mémoire K O B E K T SALE T T I ?RAISONS COMMUNES Fernand Dumont Boréal, «Papiers collés-, 1995 255 pages l'AVENIR DE LA MEMOIRE Fernand Dumont Nuit blanche, 1995,96 pages ft homme est né dans une Ly famille ouvrière qui ignorait le livre.Malgré , tout, jeune, la lecture f vint.Et avec elle, la passion qui mène à la connaissance, qui elle-même porte à l'approfondissement, qui à son tour conduit au partage que l’on appelle parfois enseignement.Compagnon décalé de la lecture, l’écriture vint aussi, subséquemment, porteuse d’une pensée.Prétextant la théologie ou la philosophie, jouant de la sociologie ou de l’histoire, cette écriture et cette pensée se marièrent si harmonieusement que naquit un essayiste.Un grand essayiste.Le professeur émérite est aujourd’hui à la retraite, mais l’œuvre se poursuit, qui remonte aux années soixante.Que dis-je, l’œuvre essaime, se ramifie, éclate en gerbes.Après Genèse de la société québécoise (Boréal, 1993), voici coup sur coup deux ouvrages de profonde réflexion sur ce que nous sommes, mieux, sur ce que nous pourrions être.Raisons communes et L’Avenir de la mémoire sont deux essais de la même eau intellectuelle, saisissante comme un ruisseau au printemps, apaisante comme une marée d’automne.Le second pourra être lu comme une synthèse, un prolongement, du premier.Ensemble, ils nous font faire un stimulant tour de notre jardin intellectuel.Un jardin où fleurissent des pensées.oncours #?4 •?< a couverture Dimanche à 1 6 h .«¦?fil LE DEVOIR Courez la, chance, de gagner: 1er Deux billets e Deux bons d’achats: d’avionà V .1000$ Chez destination de r , Genève sur les U (''“'P1» swissair Les "best-sellers" de l’année offerts par les éditeurs et remis par |^l ^ LA LIBRAIRIF.ïrïw* DU SQUARE et HERMES » Pour se qualifier au tirage, les participants doivent identifier correctement le livre d’où sera tirée la phrase mystère qui sera lue en ondes lors de l’émission Sous la couve ri m e, le dimanche à 16 h « Chaque participant doit faire parvenir le bon de participation suivant à: Concours Sons la convert tire l.c Devoir a/s Journal le Devoir, 2050, rue De Bleury, 9- étage, Montréal, (Québec) H3A 3M9 20-4593-17 Les règlements de ce concours sont disponibles au journal Le Devoir.¦1 000$ Chez RENACID-BRAY chaque semaine, un gagnant recevra 4 ouvrages présentés lors de l’émission*.et un abonnement à la revue littéraire Lettres québécoises la revue do l actualité littéraire ‘Gracieuseté de la librairie do la semaine: Libraire bouquinerie de Cartier 1120, rue Cartier, Québec (Québec) Gagnant(e) de cette semaine; M.Léonard Bussière St-Gabriel-de-Brandon (Québec) SRC '!§!' Télévision LE DEVOIR Réponse Adresse Téléphone (Bur.) Code postal (Téléc.) Raisons communes est paru à la tin de l’hiver dernier.Des circonstances, certaines moins atténuantes que d’autres, me l’ont fait mettre de côté, une maladresse que la parution de L’Avenir de la mémoire me permet de corriger, du moins en partie.Amalgame d’articles récrits et de chapitres inédits.Raisons communes se présente comme un essai de philosophie politique en forme de bilan de la société québécoise depuis la Révolution tranquille.Un bilan critique, comme il se doit.Partagé en onze chapitres équilibrés, ce bilan traite de notions «lourdes» comme la démocratie, la culture, la nation et l’Etat aussi bien que de questions plus spécifiques comme la langue et l’école.Mais cette répartition est relativement arbitraire, car chez Dumont tout est interrelié.La toile de la réflexion est si bien tissée que chaque notion, chaque problématique donne accès à toutes les autres, pour peu que l’on aime les jardins aux larges plates-bandes.Commençons par un petit bouquet de pensées cultivées.Sur le conservatisme d’une société minée par le clivage entre une population pourvue de privilèges et de mécanismes corporatifs de défense et une autre (composée de jeunes) exclue de la richesse collective et des lieux de pouvoir, il dira: «L’obsession de la gestion est le signe le plus clair de ce nouveau conservatisme [qui] paralyse les institutions et engourdit la collectivité.» Sur la nation: «Le Québec n’est pas une nation.On doit donc y récuser un projet de souveraineté qui aurqit pour objectif d’identifier nation et Etat; il y a ici des anglophones et des autochtones, et la nation francophone ne se limite pas au territoire québécois.» (Par où l’on comprend que Jacques Parizeau a oublié de lire Fernand Dumont, qui est pourtant souverainiste.) Sur l’éducation: «L’éducation ne commence pas avec l’initiative des écoles; toute la culture est éducatrice.» Et inversement: «La culture est une pédagogie des personnes inséparable d’une pédagogie de la communauté.» Enfin, sur la situation catastrophique de la langue française au Québec: «[Nous risquons] de nous égarer si nous ramenons la solution à la pratique fréquente de la dictée ou à l’apprentissage accéléré de la grammaire, en somme à une question de technique pédagogique.Car la langue est un symptôme: une société qui balbutie révèle son anémie dans tous les secteurs de son existence.» Etc.Mais M.Dumont ne se contente pas de constater l’étendue du sinistre, loin de là.Des éléments de solution germent, qui ne sont pas des recettes de bonheur mais bien des pistes d’engagement collectif.Ainsi, sur le plan culturel, la véritable libération viendra d’une culture qui non seulement enracine l’individu dans son passé mais lui ouvre de nouveaux horizons; d’une culture qui, inspirée par la littérature ou par la science, c’est-à-dire par une certaine abstraction, arrachera ce même individu à son quotidien et à son vécu: «S’inquiéter des vicissitudes de la mémoire collective, du péril de la langue, de la qualité de l'école, pour tout dire de la raison commune, ce n’est pas indifférent à la poésie.» Relevant de modes d’allégeance différents, quant à eux, Etat et nation devront trouver un modus vivendi dans des solidarités spécifiques qui donneront naissance à une véritable communauté (politique, culturelle).Or, le terreau qui fonde cette «communion», cette mise en commun, d’une histoire et d’un avenir, c’est la mémoire.Le passé est garant de l'avenir, entend-on souvent.Dans L'Avenir de la mémoire, Fernand Dumont |«)se la question en ces tenues: «Nos sociétés seraient-elles devenues impuissantes devant l'avenir parce quelles ont perdu la mémoire?» Lt réponse est brillante, il va sans dire.Intervention inaugurant un nouveau cycle de conférences publiques à l’Université Laval (et une nouvelle collection chez Nuit blanche), LA venir de la mémoire est un court essai qui en dit long.Il s’ouvre sur une citation de Tocqueville qui, dans l’ébullition révolutionnaire de son époque, s’interrogeait sur une démocratie qui, le passé n’éclairant plus l’avenir, avançait un peu dans les ténèbres.Fernand Dumont trouve la question tout à fait actuelle.Il souligne, sans nostalgie précise-t-il, que l’urbanisation, l’industrialisation, l'avènement massif du prolétariat, ont rendu désuète la culture populaire et obsolètes des coutumes et traditions qu’on a quelquefois conservées sous de fausses représentations.Une fête comme Noël — M.Dumont y revient à deux reprises — a perdu une très large part de son sens communautaire ou historique.Mais plus significatif encore, c’est le fait que cet effritement de la mémoire populaire coïncide avec l’exceptionnelle expansion du savoir historique tel qu’on le définit aujourd’hui.Ou, dans les mots de l’essayiste: «La science historique que nous connaissons n’est pas le prolongement de la tradition: elle est son renversement.» Mise sur un piédestal, la science historique est ensuite analysée pour elle-même.Fernand Dumont montre comment les deux attitudes possibles de l’historien moderne — l’objectivation de la vie collective et le report à la subjectivité de l’acteur historique — supposent un clivage similaire dans nos sociétés.En effet, celles-ci s’organisent de plus en plus selon des règles systématiques, «paraissent obéir à des déterminations immanentes, s’éloignent de l’emprise des individus».Individus qui, en contrepartie, se réfugient dans le cercle restreint de la vie privée.Pour sortir de ce clivage et pallier la perte de mémoire collective que celui-ci sous-tend, l’historiographie, en tant que réflexion sur l’histoire, doit être privilégiée.Devant l’effondrement des grands récits, l’historiographie pourrait représenter une «nouvelle» histoire qui permettrait à l’humanité de se refaire une mémoire et aux cultures d’éviter l’enlisement définitif dans le provisoire.A ce stade ultime de la réflexion, la mémoire devient clairement un travail qui commande deux grandes tâches solidaires de l’ordre de la pédagogie et de l’ordre du politique.L’on retrouve à la fin de L’Avenir de la mémoire, ramassées, soudées, les préoccupations de Raisons communes sur l’école et la conscience politique.Il n'y a pas de conscience politique sans conscience historique et il n’y a pas de conscience historique sans conscience critique.L’école et la démocratie reposent donc sur la même base: le développement de l’esprit critique.Notre mémoire culturelle et notre avenir politique dépendent en quelque sorte de cet esprit critique.Puissent les commissaires de nos états généraux et les têtes dirigeantes de nos institutions réfléchir un jour à cette question.¦ 'L’Avenir (lé ia mémoire offre un touchant et frappant raccourci de la pensée de Fernand Dumont, que l’on ne saurait trop conseiller à ceux qui veulent s’initier à l’œuvre de l’essayiste ou, bien sûr, à ceux qui s’inquiètent de ce qui nous attend.Librairie LA GRANDE LIBRAIRIE DU NORD DE MONTRÉAL Samedi le 9 décembre de I4h à f 6h GILLES VIGNEAULT et FERNAND LABELLE dédicaceront leur livre LE PRINTEMPS ÉD.AU FIL DU TEMPS Prix rég.34,95 $ Spécial 27,95 Vingt-six tableaux poèmes et chansons 1691, rue Fleury est, Montréal • Tél.: (514) 384-9920 • Fax.: (514) 384-4377 Tous les jours de la semaine 9 h à 21 h 30 • * » V i yV ijV*).*3HnN| I .*• r , Un annuaire renouvelé ANTOINE CHAR Autant le dire tout de suite: Québec 1996 est un mémoire de secours entièrement renouvelé mais I qui arrive peut-être trop tôt.Il est en effet difficile de «réfléchir» sur les résultats d’un référendum lorsqu’il ' faut tout avoir écrit avant le 30 octobre.Alors que faire?Roch Côté, journaliste, et Denis Monière, professeur, ont décidément pensé à tout: un spécial référendum d’une vingtaine de pages bleues collées à la fin de la section politique de cette radiographie annuelle de la société québécoise.Qu’y retrouve-t-on?Les résultats par comté et région (amis lecteurs, jetez vos coupures de presse) l’annonce du départ de Jacques Parizeau (n’a-t-elle pas été faite il y a des lustres?) et deux éditoriaux de Lise Bissonnette parus dans Le Devoir les 1er et 2 novembre 1995.C’est d’ailleurs sous la plume de la directrice du quotidien de la rue de Bleu 17 que s’ouvre cette encyclopédie méthodologique dont les renseignements sont regroupés par sujet: politique, et pour la première fois, économique et culturel.Sa vision personnelle de l’année qui Québec 1996 est plus que jamais collé et les expose s’achève va de la «crise existentielle d’un nationalisme québécois qui ne sait plus comment se , , vivre, se dire, aux événements se penser», à la culture «qui traverse une période de sé- cheresse».moins Suit une pluie de «quel- didactiquement, ques événements qui ont plus frappé l’opinion» (accom- prosaïquement pagnée de quelques bonnes photos de Jacques Grenier et Jacques Nadeau), des faits marquants de la vie politique (qui s’arrêtent malheureusement en juillet) et d’un solide «perspective sur l’année politique» dominée, par jes réformes, de l'éducation et' delà, santé.Comme pour un Etat du monde, faire le bilan d’une année exige une sensibilité à la (ois à l’actualité et à l’Histoire.Les Editions Fides et Le Devoir l’ont bien compris puisqu’ils ont fait appel à des professeurs et à des journalistes (dont les noms égrènent régulièrement les pages de votre quotidien préféré) pour atteindre une rigueur d’analyse qui parfois manque quelque peu d’esprit de synthèse.Certains articles gagneraient en effet à être moins longs.Heureusement que les titres de chacune des «synthèses» sont, dans l’ensemble, plus accrocheurs que ceux auxquels on était habitués depuis la première parution de l’annuaire en 1987.Autre amélioration: chaque «papier» est précédé d’un chapeau qui résume le dossier traité toujours accompagné de photos, graphiques ou tableaux statistiques.Une photo vaut mille mots dit le vieil adage chinois et un croquis vaut un long discours, ajoutait Napoléon: il y en a plus que jamais dans cette nouvelle présentation des grands champs de la vie sociale québécoise.Dans un format de poche, qui lient davantage dans celle d’un pantalon que d’un manteau, Québec 1996 est plus que jamais collé aux événements et les expose moins didactiquement, plus prosaïquement.On le sait déjà, 1994-95 aura été un grand cru politique et il coule naturellement à flot dans cet ouvrage de 455 pages, faisant d’ailleurs un peu trop barrage aux sections économique et culturelle du livre.Lucien Bouchard, futur premier ministre du Québec, a promis un autre référendum — après une élection.L’équipe rédactionnelle n’a plus qu’à croiser ses plumes et souhaiter que ce troisième «rendez-vous avec l’Histoire» ait lieu avant de mettre sous presse.4 I.I I» K V It I It .I.K M ID I 2 I.I It I M A X I II ti :t It V.I M It It K I tt I» I) L I V I) 1, a n i \ ''ÜI I u VITRINE I) I) I.I V It K L‘AFRIQUE DU SUD Hadrian Alexander Editions Hachette, collection Qui, Quand.(MonJ1995,79pages La collection Qui.Quand.Quoi?, des Editions Hachette, est un petit bijou.En moins de 80 pages, elle publie des livres intéressants sur des sujets d’actualité.Ceux-ci sont traités en six chapitres.Voici ce que le numéro sur l’Afrique du Sud offre.Qui?Des portraits des _______________ hommes poli- ©~~tiques sud-afri-H cains et un ta-bleau de la diversité ethnique du pays.Quand?Une chronologie de l’histoire de l’Afrique du Sud.Quoi?Les clés indispensables — les partis, les médias, les lois, l’administration — pour comprendre la société.Comment?Pour préparer son voyage.Combien?I^s chiffres et les statistiques utiles.Où?La géographie et les divisions territoriales.Ce petit guide est illustré de cartes, de graphiques et de dessins.Utile pour les étudiants.HISTOIRE ET DICTIONNAIRE DU CONSULAT ET DE L’EMPIRE Alfred Fierro André Falluel-Guillard et Jean Tulard Éditions Robert Ijaffon Collection Bouquins, 1995 1350 pages Une statistique a révélé qu’il était paru plus de livres sur Napoléon qu’il ne s’était écoulé de jours depuis sa mort.C’est dire combien est énorme la masse des ouvrages et articles qui lui ont été consacrés.Impossible de tous les posséder.Les trois auteurs de ce livre vous en dispensent en vous offrant plusieurs ouvrages dans un: un récit de la période qui va de 1799 à 1815, un tableau du monde à cette époque, une chronologie détaillée, un dictionnaire, une bibliographie, et j’en passe.Je n’ai pas lu tout ce livre, bien sûr, mais les cinq cents premières pages — les événements en France et le monde à l’époque de Napoléon — sont tout simplement fascinantes.HISTOIRE DE LA MER ROU&E De Moise à Bonaparte Roger Joint Daguenet Éditions Perrin 1995,334 pages La mer Rouge est un immense lac qui fige l’Afrique et l’Asie dans un face à face de quelques dix millions d’années.C’est d’abord une voie de commerce.Puis, c’est le lieu de confrontation de grandes civilisations.Enfin, sa région est le berceau des religions monothéistes (ju-daïsmes, christianisme et islam).L’auteur brosse un tableau des peuples et des empires qui ont vécu sur ses rivages, qui se les sont disputés ou simplement qui en ont usé.Il nous fait découvrir des facettes inconnues de l’exploration de cette partie du monde par les Occidentaux, comme la présence active des Portugais.Cette histoire aurait pu être fascinante si Roger Joint Daguenet l’avait racontée avec plus de verve et d’application.Jocelyn Coulon \, I T T f: li A T 11 I! E Q U É 1! É (KM S E L’esthétique de la vulgarité .ou VLB rides again J A C Q U E S A I.I.A K l> ?LA JUMENT DE LA NUIT Victor-Lévy Beaulieu Stanké, 1995,189 pages Victor-Lévy Beaulieu est sur la scène littéraire depuis au moins 1968, alors qu’il publiait (à 23 ans) ses premiers romans: Mémoires d'outre-tonneau et Race de monde! 11 devait ensuite en faire paraître une quinzaine d’autres, bientôt regroupés en deux séries: «La Saga des Beauchemin» et «Les Voyageries».Les autres versants de l’œuvre se trouvent dans une vingtaine d’essais divers (parfois assez romanesques, souvent autobiographiques), dans quelques pièces de théâtre et des feuilletons télévisés dont on connaît le grand succès.A cinquante ans, voilà donc un écrivain qui pèse sa bonne quarantaine de livres, sans compter les nombreuses traductions qui en ont été faites (en anglais) ou les éditions françaises.Avec ses autres activités de journaliste, chroniqueur (ici même, de 1968 à 1977) et d’éditeur, on lui doit une telle variété de prestations que les trois lettres de son monogramme se sont bien gravées daps notre paysage culturel.A tel point, d’ailleurs, qu’à Trois-Pistoles Oa région natale maintenant retrouvée), elles s’affichent commercialement, renvoyant, au centre de la ville, à la «Maison de VLB» (pseudo-maison de l’écrivain, ouverte au public avec un manuscrit annoté, entouré de photos de famille où l’on retrouve James Joyce, entre autres ancêtres; bric-à-brac d’objets anciens tenu par son frère; et café-théâtre).Le moins que l’on puisse dire, c’est que rares sont les écrivains qui commercialisent pareillement leur vie et leur personnage.Il y faut sûrement cette détermination dans le sans-gêne et la prétention dont l’écrivain-entrepreneur n’a jamais manqué.Il était fidèle à lui-même, sur le plateau télévisuel de Raison-Passion, l’autre soir.Devant l’animatrice au tailleur d’une élégance impeccable, il avait beau répondre comme un élève docile sur sa vie d’ancien alcoolique ou de mal-aimé, il n’en gardait pas moins son chapeau sur la tête, un feutre gris et rond qu’on aurait dit hérité du vieux Ti-Zoune.Et au vu de sa barbe anarchique et de son attirail d’oiseau bariolé, on pouvait aussi croire le personnage tout juste sorti d’une scène de La Petite Vie.C’était là une autre image de la grosseur québécoise, bien palpable.On aurait dit Jos Kitch en personne, celui qui, sous de multiples défroques, trotte LI B I.nu rent Dlll'tll ABUS DE PRESSE Laurent Duval ABUS DE PRESSE Critique du quatrième pouvoir Michel Sénécal L’ESPACE MÉDIATIQUE Les communications h l’épreuve de la démocratie Michel Cabanae kisir La quête du fiLtisir.Étude sur le conflit des motivations Liber L'ESPACE a Irfin-uir dr U lUWamtffa* ¦ Michel Sénécal Vnfmrdr 1,-W Mmlefart j Libkh Michel Cabanac LA QUÊTE DU PLAISIR Étude sur le conflit des motivations dans l’œuvre entière de Beaulieu.Je sais qu’il n’est pas toujours bon d’associer l’auteur et ses fictions, mais comment résister à une telle impression lorsqu’il en sort lui-même avec-un tel relief?C’était d’ailleurs cette outrance personnalisée, professionnalisée, que l’hôtesse reconnaissait, tout en essayant de comprendre les raisons du show aussi sereinement donné.1m Jument de la nuit aurait-elle apporte là-dessus quelque lumière?Sans doute, si l’on croit que la fiction peut répondre aux questions du réel, sans être pour autant autobiographique.Mais ce ne serait que de façon assez paradoxale puisque, dans ce livre qui marque le retour du feuilletoniste au roman, jamais l’outrance de la vie et de l’écriture (la thématique fondamentale de l’œuvre) ne s’est racontée avec autant de sobriété.Dans ce premier tome, sous-titré «Les Oncles jumeaux», l’écriture renommée pour son caractère débordant et touffu se fait d’une remarquable efficacité pour raconter d’où vient la vocation d’Abel, le personnage fétiche de l’auteur, sa figure de romancier.Les Gérard Bessette, André Va-nasse et autres psychanalysants du texte pourront s’en donner à cœur joie en trouvant dès le début que, pour Abel, tout a commencé dans le ravin de son enfance à Saint-Jean-de-Dieu.Pour avoir voulu voir plus loin, «au-delà des noisetiers sauvages», «il était monté sur un rocher» et avait glissé, plongeant tête première dans «un gros cochon mort» qui se décomposait, le ventre ouvert, grouillant de vers.Voilà donc une histoire qui réveille le cochon des origines, conformément au dicton populaire.Quittant sa famille détestée, Abel ne rejoindra donc Judith et ses propres monstres familiaux (père incestueux sodomisant sa fille, oncles jumeaux, pseudo sculpteurs ivres de sadisme) que pour retrouver, décuplée, l’horreur de ses propres fantasmes.Judith n’aura pas fait en vain l’apprentissage d’une sexualité aussi l’HOTO JACQUES NADEAU Victor-Lévy Beaulieu pervertie que douloureuse: Abel, possédé par son univers aussi marécageux qu’intestinal, en verra de toutes les couleurs (sanglantes, assurément) et de toutes les odeurs.Et l’auteur, ne reculant devant aucune référence noble ou délirante (Kafka, Artaud, Gracq, Bataille, Beckett et d’autres emmêlés, fondus dans son propre texte), fera son livre sur les abjections du cul.Le cul malade mais suprême, bien sûr, extatique.Il s’agit ici, indéniablement, d’enchâsser littérairement l’horreur et l’écœurement.Jamais auparavant dans notre littérature, et même dans le reste de l’œuvre de son auteur, on n’aura eu d’aussi lyriques tableaux de l’avilissement.Les habitués verront donc que VLB rides again (avec son bestiaire et ses bestialités).Et qu’il ne maîtrise enfin parfaitement sa narration qu’afin de mieux cou-çher son esthétique de la vulgarité.A ainsi lire, on voit bien qu’il vaut mieux, parfois, devant les dames, garder aussi son chapeau.La plus grande qualité du Roman de Julie Papineau, c’est d’avoir su allier les aspects historiques et romancés, sans sacrifier l’un à l’autre.» Louise Leduc Le Devoir Le Roman de Julie Papineau ?« Julie Papineau : une vraie héroïne du XIXe siècle.» Monique Roy Châtelaine % QUÉBEC/AMÉRIQUE (Hi (MOI-HJ ¦>— -'•fl-K— •*.-«.N 1 MOND Soph i Minuit ilt Su mm ONCOURT A ' .«À**- MARC CHAPLEAU L'AMATEUR DE VIN le samedi 2 déc.de 14h à 16h au 4380 St-Denis, Mtl FREDERIC BACK ET CIAUDE VILLENEUVE U H.EUVE aCX ** pelle / le dortoir de la misère / l’enfance impalpable / qui la décourageait / des contes de fées / Il fait un calme / de cloître déjà / l’aurore recueille / une odeur de myrrhe / et de sang-mèlé.» Un rythme aussi saccadé condense le propos qui s’ouvre désormais vers d’autres horizons sensibles.Divisé en trois parties (Femme à SOURCE ÉDITIONS DU NOROIT fables, Telle qu’elle s’écrit, L’autre soliloque), ce livre est souvent très près de la confidence du journal littéraire: d’ailleurs, la poète cite en exergue Anaïs Nin, Katherine Mansfield.George Sand et Simone de Beauvoir.Toutefois, ces suites n’accumulent pas les anecdotes, mais cherchent plutôt à saisir une image partielle des «mouvements de son cœur sur la face de la terre».Bien sûr.le dilem- «Un très beau livre, pour tes amoureux de Fart!» \ \ m • MARCELLA MALTAIS (L’HÔTEL CRÈVE-COEUR» mots et les tableaux 'e l’artiste évoquent l’Hôtel du Nord et un Paris méconnu.pages sur papier texturé et papier glacé; 12 reproductions couleur, études et documents.ÉDITIONS DU LAC Avez-vous lu?Le Fils de l’Irlandais me amoureux subsiste à l’intérieur (rune problématique où l'on liasse du songe à l’expérience impulsive du drame passionnel.Mais, les références au corps, au regard, aux sens permettent à la notion de fragilité d’intervenir, pour mieux fusionner les poèmes autour d’une tangente: «Le mal a commencé / trop près de la nuque / c’était en novembre / et la pluie / en fil d'Ariane / au bout du conte / Un sourire métaphore / jetée à la mère / vertiges à l'échine / L’audacieuse remontée / des traces / vers la chambre / quand la main oublieuse / effleure son sein.» Autre surprise, l’oralité de ces vers amène l’ensemble du recueil vers une écriture plus personnelle.D’abord fragmenté, le discours trouve son équilibre à travers la résonance familière de ses strophes: «Dans une chambre / éclairée par le réverbère / le rêve d’hier / lui joue la comédie / Aire mystique / elle se tait / en secret (.)» Rejetant l’artifice, les poèmes A'Une main contre le délire utilisent un minimum d’images poétiques pour mieux inscrire l’effet d’entraînement à travers une langue plus sobre.Si ces «tableaux imprévisibles» semblent se bousculer les uns après les autres, c'est qu’ils prolongent ce que le titre laisse sous-entendre: la confusion, la frénésie, l’enthousiasme.Ce recueil m’a surpris par son rythme sûr, ces touches d’ironies qui s’apparentent à l’univers romanesque de Pauline Harvey, notamment (/» homme est une valse (Montréal, Editions Les Herbes Rouges, 1992).Claudine Bertrand condense, tout en demi-teintes, les maintes surprises que peut nous réserver l’aventure amoureuse! EST-SELLERS 4- *• .' •- La suite du Testament Voici, inespérées, les confidences de l’Abbé Pierre ?sur ce qui inspire sa vie, sa foi, ¦V LES LIBRAIRIES DE LA CAPITALE ROMANS QUEBECOIS 1.IA NUIT DES PRINCES CHARMANTS, Michel Tremblay - éd.Leméac Actes Sud 2.SECRETS DE FAMILLE, Jean-Yves Soucy - éd.Libre expression 3.SOIFS, Marie-Claire Blais - éd.Boréal 4.TRADUCTRICE DES SENTIMENTS, Hélène Rioux - éd.XYZ ^rs ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.LE MAL CANADIEN, André Burelle - éd.Fides 2.LE GUIDE DU VIN 96, Michel Phaneul - éd.de l’Homme 3.LE GUIDE DE L’AUTO 96, Jacques Duval et coll.- éd.de l’Homme 4P' ROMANS ÉTRANGERS 1.LE TESTAMENT FRANÇAIS, Andreï Makine - éd.Mercure de France (prix Goncourt) 2.LE MONDE DE SOPHIE, Jostein Gaarder - éd.Seuil 3.LA PROPHÉTIE DES ANDES, James Redfield - éd.Robert Laffont 4.LA CLASSE DE NEIGE, Emmanuel Carrière - éd.P.O.L.(prix Fémina) 4P' ESSAIS ÉTRANGERS I.L'ÉTAT DU MONDE 1996, collectif - éd.La Découverle/Boréal 2.LES JÉSUITES, Jean Lacouture - éd.Seuil (2 tomes) 3.L’AVENTURE DES LANGUES EN OCCIDENT, Henriette Walter - éd.Robert Laffont 4P' LIVRE JEUNESSE I.LE PETIT PRINCE, Antoine de St-Exupéry - éd.Gallimard 4P' LIVRES PRATIQUES 1.LE GRAND LIVRE DE NOËL, Pamela Westland - éd.Phidal 4P' COUP DE COEUR I.LES CISTERCIENS, MOINES ET MONASTÈRES D’EUROPE, Stephen Tobin - éd.Cerf 171, rue Rideau Ottawa, Ontario KIN 9P1 (613) 241-7287 Suspense et romance dans le Québec des années 30 l’IHPOSTURE Pauline Vincent Libre Expression, 360 pages PASCALE MILLOT Comment une Jeune fille brillante et de bonne famille parvient-elle à se tailler une place de choix dans les sphères intellectuelles du Québec des années HO?En se faisant pas* ser pour un homme.Voilà l’argument de base de ce roman où sus-pensc et romance font bon ménage.Quelque peu frustré d’avoir engendré une fille au lieu du mâle héritier qu’il espérait, le puissant homme d’affaires Jacques Dufresne aurait eu cette phrase malheureuse en découvrant le sexe de son enfant: «Quelle merveilleuse déception!» Alors, pour épater son riche notable de père, Claude Dufresne, la vingtaine volontaire et intrépide, se métamorphose en Claude Dumesne, un jeune homme non moins brillant qui.malgré des obstacles gros comme des montagnes réussira à entamer une brillante carrière de journaliste au journal Im iMurentie.Puissant ressort romanesque Le thème de «l’imposture du sexe» n’est certes pas nouveau et a déjà été largement utilisé en littérature et au cinéma (on pense entre autres à Orlando de Virginia Woolf).Il n’en demeure pas moins un puissant ressort romanesque qui laisse le champ libre à des situations cocasses.Car la journaliste en herbe ne soupçonnait pas que son désir légitime de s’imposer dans un monde ultra-masculin allait la conduire chins les tréfonds d’une société sécrète aux mille ramifications.Pour les besoins de la fiction, la confrérie a été rebaptisée L’Ordre de la Patrie.Mais l’écrivaine s’est en fait librement inspirée de l’Ordre de Jacques Cartier, également connu sous le nom de La Patente, cette société secrète nationaliste et catholique fondée en 1926 par des membres de l’Action libérale nationale sous l’égide de l’Abbé Lionel Groulx.Pour pimenter l’intrigue, on a ajouté des ingrédients qui humanisent une trame historique omniprésente mais donnent au récit un parfum «eau de rose» un peu trop prononcé.La belle Claude succombera-t-elle au charme du bel Alexandre Ouellet, un jeune journaliste aux dents longues fraîchement débarqué de son Rivière-Ouelle natal?Découvrira-t-elle l’identité du grand commandeur de la confrérie?Quoi qu’il en soit, au terme d’aven- ROMAN *•* ¦ m» tures rebondissantes — cérémonie initiatique, meurtres, luttes (Je pouvoir, complots, trahisons —, l'amour et la justice finiront bien sûr par triompher.Et la témérité et le courage de nos deux sympathiques jouvenceaux l’emporteront finalement sur les intérêts politiques et financiers.A 52 ans, Pauline Vincent a roulé sa bosse dans les milieux les plus divers et en particulier dans le monde journalistique.Elle fut entre autres collaboratrice au journal Le Devoir, au Journal de Montréal, à La Patrie (tiens, tiens!), Perspectives, TV Hebdo, etc.Cette implication dans le milieu de la presse et dans les arcanes de la politique (elle fut notamment directrice des communications de la ville de Montréal, attachée de presse et conseillère ministérielle à Ottawa) l’a sans nul doute aidée à nous offrir ce premier roman richement documenté et qui demeure efficace malgré les réserves exprimées plus haut.On peut toutefois regretter que le rythme rapide et soutenu de l’histoire autorise certains raccourcis stylistiques qui, s’ils sont de mise dans l’écriture journalistique pourront faire tiquer les lecteurs pointilleux.Je pense en particulier à l’abondance de courtes phrases sans verbe qui sont monnaie courante dans les quotidiens et les magazines mais peuvent agacer en littérature.Enfin, si de grosses invraisemblances — dont la métamorphose initiale n’est pas la moindre — jalonnent le parcours romanesque, les amateurs du genre pourront sans nul doute se laisser aller au suspense bien mené de ce récit écrit avec un plaisir communicatif.VITRINE DES L I LE PROCESSUS OE PAIX AU MOYEN-ORIENT Maurice Konopnicki et Simon Petermann PUF, Que sais-je?1995, numéro 3034,127pages Le Moyen-Orient instable, troublé par d’incessants conflits, connaît en septembre 1993, à Oslo, une brusque accélération du processus de paix, en cours depuis la Conférence d’octobre 1991, et rendue possible par le bouleversement de l’ordre international.Ce Que sais-je rappelle les grands moments du conflit israélo-arabe depuis le début du siècle jusqu’à la déclaration du 4 juillet 1995 sur l’autonomie palestinienne.Quelques semaines avant l’assassinat de Rabin, les auteurs indiquaient dans leur introduction que le dialogue était maintenant entamé mais que «de MONDE LE PB CESSES DE PAIX AU MOYliX-OItlfT nia: Kosoryia s/.MO.V PETEHMu presses jÇravERsiTAtma ut nur-oi nombreux obstacles, la méfiance réciproque, les menées extrémistes, l’obsession de la sécurité freinent encore la mise en œuvre de la paix».Jocelyn Coulon wmmi son œuvre.J'ai vu la pagode, le panda et la pergola.mais je n'ai jamais vu le père Noël! Ile Imbert Mi or U S 1K f Il faut le voir pour le croire.Le Robert junior illustré NOVAUS OUS À LA RECHERCHE DE QUELQUE CHOSE p/aCvrif’c Découvrez les secrets d’une aventure i intérieure sans I I K II K V III II , ! K S S \ M I |i I V | |l I M A V I II I A K i i m h ii i: i 1 s j U Russell Hanks La rupture REMY CHAREST Que ferait Huckleberry Finn, si ses aventures avaient lieu de nos jours, à l’ère des familles éclaires et de la génération Nintendo?•;n faisant un clin d'œil avoué au célèbre roman de Mark Twain, le prt*-mier paragraphe de Sous le règne de Hone, de Russell Banks pose en bonne partie cette question et vraiment pas pour la décoration littéraire.U* professeur à Princeton et res-jecté auteur de Continents à la dérive, Affliction et De si beaux lendemains fut en effet autrefois un adolescent en dérive, qui passa même trois mois en taule pour un vol de voiture, à seize ans.Sauvé par récriture.il se demande toutefois s'il survivrait à ses frasques de jeunesse si celles-ci avaient lieu aujourd’hui, en des temps plus rudes.Car Banks fait de l'enfance un de ses thèmes de prédilection, dans un sens très engagé: -Sous le règne de Hone est la suite d'une recherche sur le thème de l’enfance perdue.C’est le plus grand crime du monde occidental.Au lieu de protéger nos enfants, nous les avons transformés en une catégorie très vulnérable de consommateurs.Dans De si beaux lendemains, j’observais ce que cette perte représentait surtout du point de vue des parents, via la mort accidentelle d’une bonne part des enfants d’un petit village.Cette fois-ci, je regarde ça du point de vue de l’enfant.» Et quel point de vue! Chappie, ado négligé coiffé d’un mohawk, subissant l’abus d’un beau-père alcoolique, petit revendeur de marijuana, fuit sa maison d’Au Sable, dans le nord de l’état de New York, après avoir volé la collection de pièces de monnaie de sa mère.Il se retrouvera ensuite à vivre dans un aph partement défoncé, entouré de motards auxquels il revend pour vivre, puis dans un autobus scolaire transformé en logement de fortune (par deux personnages issu des Si beaux lendemains), puis dans une immense villa abandonnée pour l’hiver par des estivants du Connecticut, villa qu’il met complètement à l’envers avec l’aide de son paumé de copain Russ.En chemin, par un tatouage qui fait figure de rite d’initiation et de transformation, il assumera une nouvelle identité celle de Bone, puissant roi de rien du tout.De là, il sauvera une petite fille vendue par sa mère à un crapuleux pornographe, partira en Jamaïque avec le rasta I-Man, retrouvera sur l’île un mode de vie rude mais plus accueillant que ses origines, trouvera son vrai père dans un manoir de l’endroit et retraversera finalement la mer pour retrouver ’Amérique avec un regard transformé.La naïveté touchante avec laquelle il regarde et critique le monde qui ’entoure fait place à un système de valeurs autonome, encadré par une morale bien à lui, rejet exprimé (par ’auteur) des valeurs bourgeoises nord-américaines.Soumettre Bone à une telle série de passages et d’épreuves — une «tail taie», une histoire à dormir debout, de l’aveu même de Russell Banks —, c’était du coup créer une «confrontation intertextuelle» avec Huckleberry Finn et, vraisemblablement, une confrontation interpersonnelle entre un personnage criant de vérité et un auteur dans la cinquantaine qui dit écouter Pearl Jam, Beck et les Nine Inch an SJSSELL BANKS Sous le règne de Bone *n.\ v i> ItMÊM «Quand un livre cesse d’être encadré par les actualités de la veille, il prend la dimension qui lui revient» Nails, quand ses enfants ne lui empruntent pas ses disques.Evitant avec brio l’écueil de la condescendance face à son jeune personnage principal et narrateur, Banks crée une forme de parallèle entre son regard sur le monde et l’Amérique et celui de Bone.Dans les deux cas, il existe une forme de rupture de ban, un point de vue ancré d’abord dans leur pays mais aéré par un passage à l’extérieur.Une nécessité, dira l’auteur: «Il est très important pour moinj, de me détacher des Etats-Unis, d’une certaine forme d’ignorance oppressive qui y règne.Je ne veux pas voir le monde par cette lentille restrictive et chauvine.Et une fois qu’on gagne une certaine distance, un regard extérieur, on ne le lâche plus.» Cette prise de position en marge de son territoire d’origine explique peut-être pourquoi le livre a été reçu par des éloges unanimes de la France et des commentaires plus mixtes des Américains et Canadiens anglais.Pour ces derniers, l’appel à Twain et la critique sociale de l’auteur pèsent un peu trop lourd sur l’écriture du livre.Ces réserves sont compréhensibles: certains commentaires de Bone, malgré leur ton joyeusement impertinent, cachent une morale parfois insistante.Affliction ou De si beaux lendemains, en ce sens, laissent un peu plus parler leur récit.Russell Banks reste assez serein devant cette question, dont il remet le jugement entre les mains du temps: «On écrit un livre d’une manière assez restreinte.Il s’écrit et se lit dans l’esprit du temps présent.S’il survit à sa sortie, aux réactions immédiates, le regard évolue.Quand un livre cesse d’être encadré par les actualités de la veille, il prend la dimension qui lui revient.» Reste donc à savoir la place qu’occupera Sous le règne de Bone dans une œuvre qui, elle, a déjà trouvé une place enviable dans la littérature américaine contemporaine.SOUS LE RÉGNE DE BONE Russell Banks Traduit de l'Anglais par Pierre Furlan Actes Sud, 412 pages Les Essentiels Milan Le premier pas vers la connaissance MARCEL.JEAN Jusqu'où ira-t-on dans la volonté de ramener un sujet à ses grandes lignes?Il n’y a pas si longtemps, “Que sais-je?», la célébrissi-me collection des Presses universitaires de France, était la référence en matière d’ouvrages d’introduction.128 pages bien tassées d’un texte accessible mais solidement documenté, voilà en quoi consistait la norme.Puis, voulant accrocher un public plus jeune, certains éditeurs concurrents ont créé des collections misant sur un graphisme plus dynamique ou sur un style plus vivant.Cela nous a donné, dans le premier cas, l’éclatante collection «Découvertes» de Gallimard et, dans le second, la très sympathique collection «Dominos» de Flammarion.Moins austères que les «Que sais-je?», ces petits livres retenaient quand même de leur modèle le sérieux et la qualité des textes.C’est alors qu’une troisième vague d’ouvrages d'introduction est apparue.Cette fois-ci, il s’agissait de pousser un cran plus loin la synthèse, en offrant au lecteur une combinaison d’images clés et de points de repère concernant un sujet donné.Hachette nous a offert avec «Qui, quand, quoi?» des livres de 80 pages à prix modique et Milan, un éditeur de Toulouse, lui emboîte maintenant le pas avec «Les Essentiels Milan», une collection de livres de 64 pages offerts à 4,95 $.On joue à qui abordera le sujet le plus important le plus brièvement possible.Le mot d’ordre, c’est «facilité».Facilité d’accès, facilité de lecture.Le slogan mis de l’avant par Milan, «un pas de plus vers la connaissance», gagnerait à être révisé avec modestie, car cette nouvelle collection offre plutôt «un premier pas vers la connaissance».Parce que 64 pages, pour raconter l’ONU, le sida, l’histoire du cinéma ou la philosophie platonicienne, c’est bien peu.Surtout lorsqu’on tient à ce que presque chaque page soit illustrée.«Les Essentiels Milan», comme leur nom l’indique, vont donc à l’essentiel, quitte à ar- e v c i u t i o n c.n a p " ima t e A.D .I P i e rvcai erre i Fl O rondir les angles avec une violence qui ne manquera pas de brusquer quiconque connaît un peu le sujet traité.En conséquence, la question du public surgit et on se demande à qui s’adressent ces petits livres?Certainement pas à ceux que les sujets abordés passionnent, qui n’y trouveront que frustration.Probablement pas, non plus, à ceux qui connaissent ne serait-ce qu’un peu les sujets, qui trouveront ailleurs de bien meilleurs textes pour parfaire leurs connaissances.«Les Essentiels Milan», donc, s'adressent aux néophytes.En fait, Albert Jacquard, qui signe dans la collection un ouvrage intitulé 1m Matière et la vie, a fait il y a quelques jours un lapsus révélateur alors qu’il accordait une entrevue à la télé de Radio-Canada.Répondant à Christiane Charette, le AVEZ-VOUS LU?Avis aux écrivains Bourse d’écriture Gabrielle Roy Le FONDS GABRIELLE ROY, avec l’appui financier du ministère des Communications du Canada, attribuera de nouveau en 1996 une bourse d’écriture comprenant: (1) la possibilité de séjourner gratuitement pendant six mois dans la maison de Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François, et (2) une somme de 15 000 $.Les candidats doivent résider au Canada, avoir publié au moins deux ouvrages littéraires et soumettre leur demande d’ici le 31 janvier 1996.Le nom du lauréat sera annoncé au printemps 1996.Pour recevoir le dépliant précisant les règles et les modalités du concours, prière de s’adresser au-.Fonds Gabrielle Roy 451, av.Stuart Montréal H2V 3Hl Télécopieur: (514) 271-2220 BETHLEHEM : Ville des Etats-Unis.Pour qui se prennent-ils ces Américains ?; LE ROBERT :j des'NOMS PROPRIA ff) à* Tout ce qui fait l'histoire.Le Robert des noms propres N EST TOUS À LA RECHERCHE DE QUELQUE CHOSE célèbre vulgarisateur a affirmé que son livre s’adressait aux enfants, avant de se reprendre et de dire qu'il s’adressait plutôt au public en général.Cette anecdote exprime bien la réalité d'une collection qui vise à rejoindre le public en général en lui parlant comme à des enfants ou, pour être plus précis, à des adolescents.On reconnaît le véritable public cible de la collection dans un livre comme La Drogue, de François Curtet, qui semble davantage préoccupé à dissuader le lecteur de se droguer qu’à établir une réflexion sur le phénomène.Le ton péremptoire de l’auteur, particuliè- rement lorsqu’il décrit les consommateurs de drogue, relève* pratique-'' ment de* l’avis de santé publique.Cela est louable mais peu propice à poser les termes d’un véritable débat.Cela dit, un autre problème affecte ce petit livre et plusieurs autres de la série.Il est, d'abord et avant tout, destiné à un public français.> Ainsi, quinze pages, soit le quart de l’ouvrage, portent sur la législation française ou énumèrent des adresses utiles au lecteur français.L* livre sur le sida, signé par l'association Arcat-sida, compte sept pages d'un intérêt très limité pour le lecteur non français.L'Action humanitaire, écrit par Jean-Luc Ferré, est majoritairement tourné vers l'action française sur ou hors de son territoire.D'autres livres, comme La Matière et la vie, de Jacquard.Le Roman policier, de Stéphanie Dulout, et Platon, de Bertrand Vergely.résistent mieux à la traversée de l’Atlantique.Leurs auteurs adoptent un point de vue plus universel, qui devrait satisfaire les étudiants d’ici.Quant au reste.Milan, qui a déjà, lancé quinze titres, prévoit atteindre le total de 50 ouvrages à la fin de 1996.Parmi ceux-là, on trouve même un livre intitulé Le Rire, écrit par nul autre que Gilbert Ro-zon.Avec ses couvertures attrayantes et son prix qui défie toute compétition, nul doute que Milan,, saura faire sa place dans ie marché du livre d'introduction.Cependant, le jeune lecteur québécois devra s’assurer, avant, d’acheter, que l’auteur s’adresse^ bien à lui et pas uniquement aux lycéens français.Spirale^ le magazine des arts, lettres, sciences humaines et spectacles no 145, novembre-décembre 1995 La mystique d’hier à demain Pol Pelletier, Nancy Huston, Philip Roth, Denise Bombardier et plusieurs autres, des chroniques sur le féminisme, l’histoire, la psychanalyse, le roman, la poésie, les sciences.EN VENTE EN KIOSQUE ET EN LIBRAIRIE: $5 Spirale, 1751 rue Richardson, bureau 5500, Montréal H3K 1G6, tel: 934-5651 abonnement: 1 an (6 numéros): $28, étudiants: $20 Librairie le Parchemini QUÉBEC/AMÉRIQUE VJMJJJj Marc Fishf Psychiatre.Par l'auteur (lu best-seller MARIAGE À HOLLYWOOD ot r T3 G : a.in N N A Y ne plus quoi re du fumier leurs vaches, trop nombreuses sur des terres rop petites, et doit exporter, et donc emballer, des milliards de Andreas 1er a eu le de génie faire en inodore! — lequel on sa ipe-souvenir qu'on plante le quelle, oîte incluse.Dommage que l'industrie n'embarque pas encore dans ce concept écolo-bulbeux! Regardez de plus près cette drôle de chaussure.la Rubber dipshoe de Lola Pagola.Un escarpin en cuir classique a été trempé, avec sa chaussette, dans un bain de caoutchouc qui s'est figé tel quel.Résultat: ce rêve de choudaque à la Minnie Mouse! Les Hollandais connaissent-ils la slochel En tout cas, le principe est à imiter.«Les Hollandais n'aiment pas la mode!», affirme Renny Ramakers.Ça n'empêche pas quelques couturiers de s'entêter.Leur attitude, très janséniste, est de retourner à l'essence du vêtement.Ils soignent la finition et rejettent.le passage des modes.Dans l'exposition, on peut assister à un nouveau genre de défilé, le défilé sans public et sur CD-ROM, une idée qui a donné froid dans le dos au Tout-Paris.IDS Institut de Design Montréal 1037, rue Rachel 3e étage Montréal (Québec) Canada H2J 2J5 Téléphone .(514)596-2436 Télécopieur : (514) 596-0881 Huitième appel de propositions, programme de recherche appliquée en design, volet 1 L'Institut de Design Montréal (IDM), organisme sans but lucratif, a pour principal but de stimuler la recherche appliquée en design.Pour ce faire, il offre un programme de contributions en deux volets.Le volet 1 du programme s'adresse aux designers, aux partenariats entre designers et entreprises et aux entreprises qui possèdent un service intégré de design et vise particulièrement les petites et moyennes entreprises de la grande région de Montréal.production multi-média ; à l'urbanisme.Le volet 1 du programme favorise la réalisation de projets permettant la conception et le développement de produits novateurs ou l'amélioration, par la qualité du design, de produits existants (y compris les outils de design).Sont admissibles les projets de recherche en design reliés au secteur industriel ; à la mode ; à l’architecture du paysage ; au design d'intérieur ; au graphisme ; à la Le design doit faire partie intégrante des processus de conception et de développement du produit.Contributions maximales : 50% des coûts admissibles d'un projet, jusqu'à concurrence de 100 000 S.Réception des formulaires de proposition : du jeudi 7 décembre 1995 au mardi 6 février 1996, avant 16 heures.Nouveaux formulaires de proposition et conditions disponibles aux bureaux de l’IDM, du lundi au vendredi entre 9h et 16b.16 heures, à l'Institut de Design Montréal.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.