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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 1983-10-22, Collections de BAnQ.

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r LE DEVOIR Groulx: vivre et écrire i’histoire Montréal, samedi 22 octobre 1983 Ce cahier a été préparé par l’Agence du Livre Une exposition qui se souvient de l’histoire par Andrée Ferretti Nous vivons en des temps où nous interpelle sans cesse une actualité aussi vite oubliée.Il y a aujourd’hui tant d’événements qualifiés d’historiques que l’histoire n’a plus le temps de nous rendre intelligible ce qui se déroule sous nos yeux et qui vient tou jours de plus loin que ce que nous voyons et entendons.L'histoire n’a plus le temps d’inscrire dans nos mémoires l’Ilistoire, c’est-à-dire ce qui à l’origine est obscur et qui, à la longue, par le récit qui en est fait, se révèle destin.Or, il s’est trouvé au Québec un grand historien qui par l'histoire a fait naître notre Histoire, qui par l’histoire, comme le soulignent les articles qui lui sont consacrés et les témoignages qui lui sont rendus dans ces pages, a su donner une âme à notre peuple.("est l’histoire de cet historien et de son oeuvre que l’exposition intitulée: Lionel Groulx, la voix d’une époque, veut rappeler à notre mémoire.L’Agence du livre qui, depuis sa fondation en 1964, n’a jamais cessé de s’impliquer activement dans la vie sociale et culturelle du (Québec, a réalisé cette exposition.C’est en effet sa constante volonté de diffuser le plus largement possible les courants de pensée québécois, présents et passés.qui amène aujourd'hui l'Agence du livre à présenter cette grande exposition qui comporte 15 vitrines illustrant 10 aspects fondamentaux de l’oeuvre publiée de Lionel (Iroulx avec les commentaires et les critiques auxquels elle donne lieu.Les articles de MmeSuzan Mann Trofinienkoff et de MM.,!ean-Pierre Wallot et Maurice Lemire analysent quelques-uns de ces aspects mis en évidence par cette exposition: la place qu’occupent les femmes dans l’oeuvre de Lionel Groulx, sa conception de l’histoire, ses romans.Il revenait à l’Université de Montréal d'accueillir, la première, cette ex|X)sition sur l’oeuvre du fondateur de sa chaire d'histoire et de l'un de ses plus illustres professeurs et chercheurs.Mlle sera donc inaugurée par le recteur Paul Lacoste, mardi le ‘25 octobi'è, dans le hall d'honneur du pavillon central de cette institution, là même où le corps de Lionel Groulx fut exposé en mai 1967, comme le rappelle avec émotion M.Lacoste, dans l’entrevue qu'il m'a accordée et qu’on peut lire en page 3.L'exposition se tiendra par la suite et jusqu'au milieu de février 1984, dans quelques bibliothèques et maisons de la culture de la Ville de Montréal qui possède déjà une collection assez complète des oeuvres de Groulx.Mais, comme l'ont heureusement compris ses édiles, une exposition qui tes ra.ssemble, en souligne les thèmes e.s.sentiels et rend compte des réactions qu’elles soulevèrent pendant plus de 50 an.s, ne peut qu’en rehausser la valeur et en faire découvrir aux Montréalais l’inestimable riches.se et l’intérêt indéniable pour une meil- leure compréhension de l'Histoire du (Juébec et de l'Amérique française.Profilant de cet événement, et le soulignant en même temps, M.Jacques Panneton, conservateur à la bibliothèque centrale de la Ville de Montréal nous livre quelques réflexions sur la nature de la bibliothèque publique et sur .son rôle dans la culture et dans la société.La population de la région de Québec n’a pourtant rien à envier aux Montréalais puisque l’exjxisition sera montrée à la bibliothèque centrale de la ville, sous les auspices de l’Institut canadien, durant le premier trimestre de l'année 1984.Mnfin à des dates non encore préci.sées, cette exiwsi-tion itinérante se rendra dans d'autres régions du (Jué-bec et même dans les quelques villes du Canada où les Canadiens français disposent encore d'une in.stitution pour la recevoir.Dans la brochure tirée à des milliers d'exemplaires, qui résume et qui explique les 10 thèmes de l'oeuvre de Groulx, telle qu'exposée, et qui sera distribuée gratuitement aux visiteurs, on peut lire, en première page, ce paragraphe qui illustre bien l’esprit qui a présidé à la mise en oeuvre de cette exposition et lui imprime .son caractère d’événement culturel majeur: Lionel Groulx, penseur et militant, prêtre et historien.Au-delà des controverses qui, 16 ans après sa mort, durent encore sur la nature et la portée de son influence, l’intransigeance ou l'ouverture de son nationalisme, la valeur de ses interprétations historiques, le comservatisme ou le progres- sisme de sa [HULsée, pour en apaiser certaines et, peut-être, qui sait.pour en aviver d'autres.L'Agence du livre ivt allée aux textes et les a rassemhlés.Car il s'agit bien de cela, en effet.Kaire apparaître la parole de Lionel Groulx, telle qu’en elle même, libérée du prisme déformant des commentaires a|)ologétiques ou malveillants, des citations tronquées et sorties de leur contexte, des analyses supt-rficielles qui ne .songent qu'à la faire comparaître devant le tribunal de leurs préjugés.A cette fin, la Kondation Lionel Groulx a .sorti de .ses fonds d’archives tous les documents écrits et iconiques qui composent les 15 vitrines de l’expositon.Fonds extrêmement riches dont nous parle avec enthousiasme, Mme .luliette Lalonde Uémillard, l’animatrice et la secrétaire de la Kondation.Knfin, trois étudiants en histoire de rUniversité de Montréal, Gisèle Huot, Kéjean Bergeron et Kobert Desaulniers nous informent des travaux en cours pour établir l'édition critique du ,lour-iiahie Lionel Groulx et le catalogue de ses manuscrits.Projets qui une fois réalisés coiistituront de précieux instruments de recherches et de découvertes.Lionel Groulx était un historien engagé, un patriote.Son histoire, loin d'éluder le problème radical de la que.stion nation nationale, le place au centre de notre Histoire.Peut-être découvrirons-nous à la lumière de cette exposition que sa problématique natioriali.ste prévient la spéculation politique qui l'exploite ou la con te.ste, car elle lui préexiste et l’englolH'.La générosité du coeur et de Vesprit DK l’historien, de l’animateur, de l’apôtre, chez Lionel Groulx, beaucoup a déjà été dit excellemment.Je voudrais ici témoigner plutôt de deux autres traits de sa personnalité: la générosité intellectuelle et l’attention lucide et fervente à l'évolution des idées et aux grandes mutations tant chez nous qu'à l’étranger.I,a générosité intellectuelle.d’abord, l'inclinait à accepter d’apporter volontiers son concours, sous forme d'articles ou de conférences à des publications et à des organismes même modestes, dès lors qu’il y percevait une démarche authentique et une sincérité.A cet égard, je me rappelle la souriante obligeance et la sympathie avec le.squelles il avait .iccueilli dans sa résidence de Vaudreuil, à '’été 1947, l’étudiant que j’étais, venu solliciter une interview pour le journal maintenant disparu Le Quartier Latinei même un concours plus large en vue de la publiation d’un numéro spécial.A compter de là, j'eus l’honneur de le rencontrer souvent, soit lors des réunions du bureau de la Ligue d'action nationale dont j’était le benjamin, soit au cours d’entretiens particuliers, deux ou trois fois l’an.C’e.st alors que j’ai mesuré son extraordinaire curiosité intellectuelle et son souci d’être à l’écoute de l’évènement, de l'innovation dans tous les domaines.Sa prodigieuse culture historique se conciliait aisément avec l’intérêt attentif pour l’actualité nationale et internatinale, sous toutes ses formes.Les dernières années de sa vie ont coïncidé avec ce qu’on appelle la « révolution tranquille » dont le déroule- ment le passionnait, trouvait chez lui une large adhésion, mais le préoccupait en même temps.Il assistait avec une ferveur inquiète à cette mutation du (juébec, profondément heureux du réveil national qu'elle exprimait et de la créatu lié qu’elle entraînait, mais secrètement angoissé devant la légèreté avec laquelle certaim-s valeurs, notamment spirituel le.s, et .selon lui e.s.sentielles à notre peuple, étaient dénon cées, voire évacuées.— JEAN-MARC LÉGER Autres témoignages en page intérieure / t J' de.ht fléit lut.Hi •'hdu'UA*.h tVf i J f* H' / ^ ^ Groulx, l’histoire et son « petit peuple » ^ ujl.t- lù.f'Cdù .-it F AU'I'-IL parler dt Groulx l’historien, aujourd’hui N’est-ce pas causer quelque malaise dans une profession qui s’est bardée de méthodes dites rigoureuses et dans un public cultivé qui grince à la pensée des anciens schèmes d’interprétation (la Providence, l’ethnie, l’agriculture, etc.).Kn outre, comme l’homme lui-même pensait et agissait à la fois comme animateur, homme d’action, historien et prêtre, la perception que l’on peut avoir de Groulx aura tendance à déborder sur le politique: fédéraliste pour les uns, séparatiste pour les autres, confus — « crypto-séparatiste » — pour d’aucuns qui lui pardonnent mal de n’avoir été qu’un homme-charnière et non un devin.C’est faire bon marché de Groulx historiographe et sombrer trop rapidement dans notre travers habituel: celui d’abattre nos devanciers pour rehausser nos modestes réalisations.Groulx vient tard à l'histoire, et encore, par un détour singulier.Il est professeur au Collège de Valley-field depuis une douzaine d’années, lorsque Henri Bou-rassa déplore (dans LE DEVOIR du 3 septembre 1913) l’ignorance de l’histoire chez les hommes publics, les juristes et les jeunes, à un moment où s’intensifie la propagande des élites pour la participation à la guerre qui s’annonce; devoirs de reconnaissance envers les bons conquérants et la mère-patrie anglaise, etc.Quelques semaines plus tard, Lionel Groulx « ptre » répond à Bou-rassa que malgré l’oubli trop réel dont elle souffre, l’histoire du Canada n’est pas entièrement inexistante, grâce aux efforts de professeurs dans certains collèges.Ainsi, par Jean-Pierre Wallot Vice-recteur aux études et professeur d'histoire à l'Université de Montréal.il a lui-même rédigé à l’adresse de ses étudiants un modeste manuel commencé en 1905 et terminé en 1906, où il retrace l’évolution constitutionnelle du Canada et hasarde quelques perspectives d’avenir.Cet échange produit des résultats inattendus: à la demande de Mgr Bruchési, Groulx assure à compter de 1915 renseignement de l’hi.stoire du Canada à ce qui s’appelait alors l’Université Laval de Montréal, ainsi que des cours à l’École des Hautes Études commerciales.On n’enseignait plus l’histoire du Canada à l’Université depuis le début des années 1860 ! Formé à la théologie et à la littérature, Groulx doit s’improviser historien et, qui plus est, spécialiste en histoire du Canada.Il a certes suivi quelques cours d’histoire.Mais ce n’est que peu à peu, en fréquentant les archives d’Ottawa, en lisant et consultant les « classiques » de l’époque, que Groulx s’initie à cette discipline.Bien qu’il eût jeté son dévolu d’entrée de jeu sur une conception « dynamique » de l’histoire, éloignée de l’histoire événementielle et de l’anecdote alors à l’honneur, ce ne fut que graduellement que Groulx butina à droite et à gauche, chez ses contemporains et avec le temps, chez les « modernes », pour confirmer et étoffer des positions qui s’enrichiront certes, mais ne dévieront pas beaucoup de l’axe originel : K.de Cou- langes, G.de Reynold, G.Goyau, P.de la Gorce, P.L.Kunck, M.Bloch, L.Febvre, L, Halphen, 11.1.Marrou, A.Toynbee, H.Séee, autant de noms parmi d’autres qui peuplent les sous-bassements des textes de Groulx.Ils les illustrent, mais ne les pétrissent pas.Groulx devient donc le premier historien universitaire québécois après Fer-land.De 1915 à sa mort, outre ses publications innombrables et ses conférences sur des sujets d’actualité, s’accumulent des études hi.stcri-ques dont certaines se révèlent encore denses et utiles, telles Lendemains de Conquête (1920), L'Enseigne-ment français au Canada (2 vol., 19.33-1934), Notre maître le passé (3 vol, 1924, 1936, 1944), L’histoire du Canada français depuis la découverte (4 vol., 1950-1952) — son oeuvre la plus achevée —, etc., le tout culminant dans les Mémoires posthumes (4 vol., 1970-1974).En plus de ces jalons, présentés par Groulx comme « provisoires », il met sur pied, presque à soixante-dix ans, une oeuvre tout aussi importante et plus durable ertcore: l’Institut d’histoire de l’Amérique française, fondée en 1946, et la Revue d’histoire de l’Amérique française, lancée en 1947, tâche dont on mesure mal l’ampleur herculéenne pour l’époque.La Fondation Lionel Groulx, pour sa part, devait maintenir un Centre de recherche historique et contribuer à l’étude de notre histoire.Ces « oeuvres » ont assuré une continuité et un renouveau constant à notre historiographie.En ce sens — et en plusieurs autres —, Groulx a innové et tous ceux qui pratiquent l’histoire de l’Amérique française lui sont redevables.Toute l’oeuvre historique et l’oeuvre « d’animation » de Groulx renvoie à une certaine conception de l’histoire et de révolution collective du « petit peuple » canadien-français.Conception finalement plus nuancée et moins étriquée qu’on ne l’a dit et, par certains aspects, essentiellement moderne.En effet, Groulx rejette l’histoire événementielle, éprise d’empirisme court et inÇé-chie par des préjugés implicites, des postulats dissu-mulés ou inconscients qui se cachent derrière la prétendue objectivité qui caractérise le gros de l’historiographie d’alors.D’instinct et très tôt, il écarte l’histoire-nar-ration, celle que Lévis-Strauss a qualifiée plus tard d’« histoire faible», pour l’histoire-explication, « l’histoire forte ».Déjà, il soutient le postulat qu’on trouvera énoncé chez les classiques des années 1960: la tâche difficile de l’historien est d’expliquer ce qui est arrivé.Pour les «modernes», l’histoire se façonne à partir d’une grille explicite de questions, de problématiques: ce n’est pas une partie de pêche au hasard.Le fait, pour le chercheur, de se munir de méthodes scientifiques affinées, n’empêche pas que ses échafaudages à partir de « poussières mortes » se conforment à son plan d’ensemble, à sa vision du monde, à son modèle plus ou moins global, plus ou moins explicité, plus ou moins accordé aux problèmes de son temps.Les contemporains de Groulx le louent ou le récusent à cause de ce choix.Tantôt (par exemple.Orner Héroux), on trouve que l’historien Groulx « répond en même temps aux préoccupations des hommes d’aujourd’hui et que ses oeuvres c,! -fc deviennent « un principe d’action» (LE DEVOIR, 2 juin 1920).Tantôt, on lui reproche son manque d’olijec-tivité et son abandon du ¦< récit » au profit de la « synthèse » et du «tableau».D’autant plus que Groulx en fonce sans ménagement l’édifice idéologique officiel qui masque ses préjugés toujours favorables à l’Empire britannique sous une façade de description détachée de « faits ».La conception de rhistoire, chez Groulx, a évolué de 1915 aux années 1960.Mais certaines constantes se dessinent d’un texte à l’autre.J.’intuition originelle s’est nuancée, mais elle s’est développée dans une continuité sans brisure.L’histoire est « un moyen de culture générale » et une source de « convictions patriotiques».L’histoire n’est pas « une simple succession de faits qui encombre la mémoire sans former l’esprit, mais il faut l’étudier selon les lois même de l’intelligence qui procède par analyse, mais en vue de constituer des synthèses, c’est-à-dire de dominer la multiplicité des choses après des vues générales » qui embrassent de « longues périodes » et les ramènent à « l’unité ».Il faut donc une « histoire intégrale centrée sur l’homme », c’est-à-dire un « être concret », et qui tient compte des dimensions « politiques, économiques, sociales, religieuses, pour en ressusciter le passé».Ces grandes vues doivent tenir compte de la « race » (au sens d’ethnie, de type humain façonné par l’histoire et ses origines), de la géographie, des intérêts économiques et religieux, des institutions en général, en particulier l’Église: « Vous tenez là tous les fermenLs my.stérieux et puissants qui vont faire éclore » notre histoire.Même s’il ac- rùt yltUT *2» A- Srêv .It'U-t H U ùf Ajum-y 'PurfZ 0t' corde souvent trop d’importance aux individus, s’il invoque à l’occasion la Providence, il conclut par une profession de foi au poids presque irréversible des grands phénomènes: « Ce .sont là les grandes causes de notre histoire.» Groulx réfère à Dieu comme à un principe suprême de l’économie de l’histoire, une sorte de loi ultime et abstraite.Mais il .se révèle prudent au moment de dénouer des noeuds complexes d’événements concrets.On lui doit d’ailleurs une virulente dénonciation d» la thèse de la « Conqaête providentielle ».D’autre part, l’hi.stoire nationale, « dûment écrite, atteste l’existence de la nation ».Non « que le national soit- au-dessus de tout », mais il encadre l’existence et les intérêts des hommes.Groulx ne croit pas en l’objectivité absolue, puisque l’hi.stoire « dépend de l’historien plus encore que du document ».Au mieux, il faut viser à l’honnêteté.Et d’ail- leurs, il « n’est pas au pouvoir de l’historien d’atteindre beaucoup plus que du probable».Impossible, donc, d'écrire une histoire neutre, aseptisée, détachée, bien qu’il faille éviter de tomber dans l’apologétique.D’où le rôle patriotique de l’histoire, l’implication de l’historien dans le présent car on ne peut cloisonner le passé, le présent et l'avenir.« (Jue la chose en effet, nous plaise ou ne nous plai.se pas, nous sommes une résultante, un abou-ti.ssant d’hi.stoire.Dans les vivants que nous sommes, survivent combien de morts qui nous expliquent.» Donnant un sens à la trajectoire pas-.s^e, l’histoire apprend a un peuple ses possibilités, ses aptitudes, ses limites.Elle apprend, par .son expérience, et oriente vers des « chemins de l’avenir».dette haute conception de l'hi.stoire, cette recherche de construction, de « l’architecture », de la « vue d’ensemble », du « tableau », se traduit dans la pratique par une .série organisée d'interroga Dons, par une problématique axée avant tout sur l’ethnie ou la nation, appelée souvent la «race»; problématique qui entend situer cet homme concret canadien-français dans ses circonstances politiques, économiques, socia les, religieu.ses, culturelles.Bref, une vision aussi globale que possible de « notre petit (X'uple », avec l'ambition d'en exhumer les traits permanents, « psychologiques », exemplaires, filons de continuité qu’il convient d'identifier cl de renforcer pour qu'entremêlés, ils contribuent nécessairement à la durée et à l’épanouissement de la nation.C’est en ce .sens que Groulx est l’héritier spi rituel de Garneau et notre .se cond « historien national »: par cette recherche des coin posantes fondamentales qu'il faut perpétuer et transmet -tre tout en le.s enrichissant d’apports nouveaux.Car sans elles, point de continuité.Suit* è la pag* Il i Il H Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 Groulx: vivre et écrire i’histoire Ce cahier a été préparé par l’Agence du Livre Les deux romans de Lionel Groulx BIKN qu'il n'ail écrit que deux romans, laonel Ciioutx tient quand même une place considé rable dans l'histoire du ro man canadien-français, car il a mieux que tout autre mai trisé le roman à thèse Quand il publie I.’Appel de lu ruce en 1922.t'iioulx est déjà un nationaliste reconnu Il a signé One croisade d’u dolescents et l.u naissance d'une'race.et il a étroitement [larticijié à la fondation de I,'Action française II occupe la chaire d'histoire à rUmversilé Laval de Montréal, ou son en.seignement lui a déjà fait de nombreux dis ciples II ne s'est jamais caché d'être un écrivain engagé, et.s'il s'adonne au ro man, ce n'est jias par diver-ti.s.sement, mais dans le dessein de donner une audience plus lai ge à ses thèses sur la nation canadienne-française Son expérience dans le mé lier e.st mince, il l'avoue candidement dans la jiréface lapidaire de L'Appel à la race « .le n'ai jamais écrit de roman » Toutefois, il ne faut pas se laisser tromper Croulx est un littéraire qui connaît très bien ses classi ques et les romanciers de son époque, en particulier, Bourget, Ba/.in et Barrés II semble avoir été influencé surtout (lar le Bourget d'après la conversion Le roman à thèse, un outil maintenant très perfectionné dont la technique repose sur une élude en profondeur de la psychologie des jH'rsonnages, peut devenir une arme très elficace quand il est mis au ser\’ice des bonnes cau.ses Cii oulx avait soulevé de l'enthousiasme, en particu lier chez les jeunes, mais la génération adulte lui reprochait son radicalisme, [lour ne pas dire son fanatisme II devait donc observer une certaine prudence, surtout en .sa qualité de prêtre Le roman, oeuvre d'imagination, lui offrit donc, sous le couvert du pseudonyme, la possibilité d'exprimer le fond de .sa pen.sée .sans avoir à craindre les censeurs, Krappé par l'indifférence, sinon l'hostilité, de la bour geoisie canadietme-franyaise à l'égard de la cause nationale, Ciioulx décide de la par Maurice Lemire Directeur du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Quebec mettle en scène et de lui niontrei son devoir La première Cirande (luerre avait ramené la [irospérité au pays et [lerrnettait aux gens des [irofe.ssions libérales de s'in troduire dans les milieux anglais de la métropole, dont les hautes clas.ses n'a\ aient jamais cessé d'exercer leur alliait sur les francophones, al trait qui re.stait platonique tant qu'il n'était jia.s accompagné d'argent Kn temps de pi ospérité, les défections devenaient donc plus nombreu-¦ses Klles .se faisaient surtout par le biais de mariages mix les On voyait là un véritable cheval de Troie, capable d'emiiorter la place de l'in-téiieur (îroulx va donc laire l'autopsie de l'une de ces dé-fections et montrei comment elle peut .se racheter 1 ,'inti Kjue de L'Appel de la race rejio.se sur une théorie plus ou moins fondée, selon hKjuelle on ne renie jamais totalement sa race La théo ne du « coin du leu », corol laire de la thèse qui veut que l'on ne [lerde jamais totale-menl la toi.prétend qu'un homme bien né ne peut renier sa race sans qu'il en reste quelque chose Un organisme vigoureux tend, (juand il atteint sa maturité, à rejeter tous les éléments qu'il s'e.st appropi lés soit par oiiportimisme, .soit pai nécessité ("est là une lorcede la nalure connue sous le nom de [ihénomènede rejet Ciroiilx met donc en scène un cas exemplaire .Iulesde Lanta-gnac a de la race Le noble sang qui coule dans ses veines ne saurait indéfiniment accejiter sans réagii tous les apports hétérogènes Cette foi ce, (jue certains ont qualifiée d'in.slinctuellv, constitue le re.s.sort de l'intrigue Comment le phénomène de rejet s'amorce-t-il'' Il y a d abord l'âge .Au milan de la vie, l'homme qui a réussi éprouve le besoin d'une certaine gratuité Lantagnac au sommet de sa cai rière peut levenir vers sa lace avec cette sorte de condescendance ijue donne une supériorité indiscutable Mais c’est là qu'il se fait surprendre La culture franyai.se qu’il a troquée jxiur l’anglaise n'est pas aussi étriquée qu'il l'avait cru à travers ses préjugés.Bien au contraire, il retrouve un aliment con.sub.stantiel qui lui convient bien davantage.Il y a ensuite le passé Jules a eu beau affirmer à .Maud Fletcher, le jour de son ma-I lage, n'avoir plus qu’elle comme famille, il n’en reste pas moins solidaire des Lamontagne de Saint-Michel de V’audreuil, qui l’enracinent dans le pa.s.sé Le roman comme tel n'est que la mise en application d'un jilan de refrancisation (|ui reticontre des obstacles de plus en plus sérieux, reliquats ou séquelles de vingt-trois années d’anglomanie Kn lait, on peut distinguer deux phases dans l’applica-lion de ce plan une, strictement familiale, et une autre, publique.La première ne comporte que des mesures assez anodines qui n’engagent pas véritablement le combat' cours de français, remplacement des journaux anglais par des revues et des journaux français, remplacement de gravures sur les murs et, surtout, changement de maisons d'éducation pour les enfants.Ces mesures, perçues d’abord comme un jeu, n’au-raient pas éveillé l’hostilité de la mère, si Lantagnac en était resté là Mais l’attitude change gès qu’elle perce le dessein de son mari de lui re-jirendre ses enfants.Le combat ne s’engage vraiment que dans la seconde pha.se Lantagnac décide de devenir député pour revendiquer les droits scolaires de ses compatriotes et laire valoir leur place dans la confédération Tant que la conversion n’a d’effet qu’à l’intérieur de la famille, elle demeure convenable.Mais dès qu’elle se manifeste à l’exterieur, elle devient intolérable, parce qu’elle compromet le statut social de la famille On a beaucoup attaqué la psychologie des personnages de Croulx, au cours de la querelle qui suivi la parution D’une part, on a reproché à Jules son radicalisme, et, d’autre part, on a plaint Maud Fletcher, victime de la dureté de son mari Ces reproches sont en partie fondés Lantagnac ne parle pas suffisamment à sa femme et, surout, ne sait pas lui parler.11 ne converse vraiment bien qu'avec son directeur de conscience, le père Fabien.Selon René Carneau, il est évident qu’il n’y a jamais eu d’amour entre ces époux.Si un écrivain, un romancier surtout, ne peut parler avec bonheur que de son expérience personnelle, il est clair que l’abbé Croulx se trouvait en mauvai.se posture pour imaginer le dialogue amoureux et sa contrepartie, les querelles de ménage Au contraire, la direction de conscience n’vait plus de secret pour lui.Malgré cela, on ne peut le blâmer pour le radicalisme de Lantagnac.Un critique comme Camille Roy oublie trop rapidement qu’il s’agit d'un héros romanesque.Si le nouveau député se comportait comme il le souhaite, c’est-à-dire qu’il renonçât à l’éducation française de ses enfants et à sa carrière politique pour satisfaire les désirs de sa femme, il n'y aurait tout simplement plus de roman Dans les oeuvres dramatiques, l’action tourne toujours au tragique à cause du radicalisme du héros.Ima-gine-t-on une Antigone qui renonce à donner la sépulture à son frère pour faire plaisir à Créon'.' Un Titus qui abdique sa couronne pour épouser Bérénice'' Kn fait, les grands sujets de la littérature classique ont toujours mis en opposition les devoir familiaux et les devoirs civiques, le bien particulier et le bien commun.Le déchirement qui en résulte fait tout le plaisir de la tragédie.Un Lantagnac capable d’accommo-dements.n’aurait plus rien d’héroïque.Maud apparaît ici comme une victime et l’on reproche surtout au romancier de ne pas lui permettre de répondre, elle aussi, à l’appel de la race II était naturel, en effet, que l’offensive inconsidérée de Lantagnac réveillât chez sa femme un instinct de défense qui, lui aussi, s'alimenterait aux préjugés racistes.La conduite de Maud, de son père et de son beau-frère n’auraient rien que de très Bouquiner amicalement IL m’arrive jilutôt .souvent ces lemps-ci de tomber sur un bouquin tout à lait exceptionnel, dont le titre m’avait déjà été .signalé dans un travail de session d'une étudiante ou d'un étudiant ' Ve fut le cas avec La romme et le Serpent autoanalyse de la féminité ( N R F 1976), par l’ethnographe Ar-manda Ciuiducci Kt L'idée de culture, de Victor llell (tjue .sai.s-je.l’UF, 1981), dont le chapitre sui la « Conception jiratiquede la culture à l’époque de l'Kncyclopédie » m’a paru excellent, en particulier les passages traitant de « l’unité des sciences et des arts » et « des rapports entre sciences et littérature » Dans le premier de ces deux ouvrages, il \ va du chambardement affectif et par Staniey Bréhaut Ryerson Professeur d'histoire à l'Université du Quebec a Montreal cérébral que provoque le réexamen de fond en comble, et devenu inéluctable à travers le monde entier, du rapport femme/homme Ce ()ui m'y a le plus ébranlé est le succès, à mon sens au moins, avec lequel on amène le lecteur à « vivre de rinlérieur » pour ainsi dire, l'expérience pour lui largement inconnue, de « l'être-femme» Donc, ranqileui (et la complexité) de la besogne à laquelle nous laisons face.L’histoire et son «petit peuple».nous autres humains des deux sexes, si nous aspirons à une vision nette et entière du réel qui est à changer.Le deuxième bouquin, en très peu de pages, aborde et démele le fameux débat sur « les deux cultures », lancé aux années 50 par le scienti-iKlue et romancier anglais, C.P Snow l’existence de deux « univers» mentaux étanches, celui des lettres et des beaux-arts (« humanities ») versus celui des sciences « exactes » de la nature Il aiTive que, ces temps-ci, nous vivons dans plusieurs universités une expérience particulière dans le cheminement de ce même débat: on discute de la possibilité de projets d’étude qu’auraient pour but de jeter un pont (ou une passerelle) entre les univers « science » et « culture », dans le contexte du virage historique actuel des technologies et de la société.Les livres, en d’autres mots, mènent une vie d'êtres intermédiaires, de placoteux sympathiques, dans les interstices intellectuels (et autres) de nos société!^ Kt les librairies, bien sûr, sont des lieux privilégiés d’« intercom » entre bouquins et bouquinistes.Je pense, tout à coup, à celle qui fut située au 120, rue Lafayette, à Pans, où je me suis réfugié tout à fait par hasard pendant un orage, un après-midi du mois d’août 1931 : et où j’ai trouvé une plaquette intitulée La révolution culturelle (pas la chinoise, d’ailleurs) qui a radicalement modifié les co-or-donnés de ma vie.Une librairie (j’en fréquente plusieurs !) qui me semble jîarticulièrement sensibilisée aux « courants électriques et électroniques » du monde culturel et intellectuel québécois et français, arrive à surmonter les écueils d'étanchéité dont j’ai évoqué quelques-uns.Kn bonne partie, peut-être, grâce à son ouverture amicale aux mondes du travail et de la culture, et à ses nombreuses initiatives auprès des créateurs et du grand public.L’Agence du livre se signale, ces temps-ci au Québec, par une exposition itinérante de l’oeuvre de (Iroulx dont on ne peut que souhaiter le plein succès.normal, et seul le néophyte serait à blâmer pour sa fougue désordonnée Une telle interprétation a certainement dû agacer singulièrement Lionel Groulx, lui qui avait prétendu démontrer le contraire.Le romancier n’a jamais voulu décrire une situation d’équilibre entre deux groupes raciaux, fruit du respect mutuel, mais bien une situation aigue d’in-justice, tant au sein de la famille qu’au sein de l’Etat.Lantagnac a abandonné toute identité, il a renoncé à ses parents, à sa langue, à sa culture et même à l'éducar-tion de ses enfants.Maud considère cette abdication comme normale, parce qu’elle est convaincue de la supériorité des Bntanmques.Quant à l’Fltat, il ignore tout simplement les Franco-On-tariens.Il supprime des droits pourtant reconnus par la constitution et instaure une politique ouverte d’as-similation.Si Maud Fletcher avait tant soit peu de grandeur, eUe aurait eu du mépris pour un homme qui reniait aussi profondément ses origines.Elle aurait compris que, en relevant la tête après vingt-trois ans d’avilissement, son mari se réhabilitait non seulement à ses propres yeux, mais également aux yeux de sa femme et de ses enfants.Groulx dénie aux Anglais - du moins dans ses romans - toute grandeur d’âme et toute capacité de sentiments gratuits.Comme la plupart des ténors de sa génération, Groulx affectionne l’art oratoire et cherche à gagner l’adhésion de son auditoire.Le discours est, certes, celui d’un narrateur omniprésent et omniscient, mais qui s’intéresse d’abord à Lantagnac, et presque à lui seul.Puisqu’il ne peut parler à la première personne, le narrateur s’ingénie donc à trouver des procédés qui lui permettent de livrer au lecteur les diverses réactions psychologiques du héros.Mais ces procédés, plus propres à communiquer des impressions qu’à faire passer des idées, n’intéressent qu’à demi l’orateur qu’était Groulx.Il leur préfère le discours direct.Ce qui explique en grande partie le rôle important du père Fabien.On a voulu voir dans la direction spirituelle de l’oblat une confirmation de la « Priest ridden province » mais il faut plutôt y déceler une nécessité imposée par l’organisation du discours.Lantagnac ne pouvant monologuer, il lui fallait un confident à la manière des classiques, confident d’une culture supérieure et d’un nationalisme à toute épreuve qui représenterait, en quelque sorte, la norme à laquelle le héros aurait à mesurer ses efforts.Qui mieux qu’un prêtre, surtout à cette époque, pouvait répondre à ces exigences?Le père Fabien représente l’Eglise, force qui, d’après Groulx, n’a jamais trahi et peut exiger le maximum de générosité au service de la patrie.De plus le combat intérieur de Lantagnac doit se dérouler d’après un code, qui n’est pas celui de l’honneur.Avec le père F'a-bien, c’est la théologie qui va servir de langage d’analyse aux diverses démarches morales du patriote déchiré entre sa famille et sa patrie.On y verra que la justice distributive s’oppose à la justice commutative, le volontaire direct, au volontaire indirect.Mais surtout ces deux interlocuteurs avaient en commun un art qui vaut aussi bien dans la chaire qu’au prétoire, l’éloquence.Ils peuvent non seulement se Suite de la première page point de durée, point d’orientation.Cette tradition, capi taie iwur la survie incertaine de la nationalité menacée et faible, elle est pétrie de la culture française, du catholicisme, des épreuves collectives qui ont forgé la volonté de ce peuple tenace.Sans ces traditions, point de patrimoine, inconscience dans le présent et impossibilité de con.struire lucidement l'ave nir.La nationahté canadienne-française appartient aux quelques nations de la terre condamnée à un destin tragique, pour qui la question principale est la survie ("est cette recherche, dans le moule de l’histoire, des traditions qui conditionnent l’i-dentité collective et alimentent la vie, qui passionne Groulx et lui fait (lémgi er les historiens qui s’appliquent plutôt à élever les vainqueurs de 1760 et leurs valeurs, et à abaisser les vaincus.Toute grande rupture trop brutale avec le passé Peut tuer cette civihsation.A inverse, dans les moments de crise, il faut réactiver les traditions, y puiser la force de surmonter les obstacles L’histoire du Canada Iran çais à travers les deux regimes est donc une véritable épopée d’un « petit peuple » qui doit Iraverser d'innombrables diflicultés et se con.struire un destin spécilique, fait de mesure, d’équilibre et de vertu Après la Conquête, et sans « cadeau » des conquérants, les Canadiens (français) arracheront pt'u à peu les cHmce.ssions culturelles et politiques qui les amèneront à dominer « une province autonome dans un Canada indépendant ».Il leur restera à gagner l'autonomie économique et .sociale K.st-il besoin d’ajouter que les conceptions de Groulx sur « un Québec autonome dans un Canada indépendant», avec de brefs flirts avec l’in-dépendantisme, ne satisfè-rent personne.S’il s’était fait une conception moderne de la discipline historique, des éléments de sa problématique ont paru dépa.ssés à la plupart des historiens cana-diens-français qui ont émergé après la Seconde Guerre mondiale.L’accent trop pesant sur la religion, sur un certain atavisme supérieur (jonction de l’hérédité française et de l’héréihté catholique), une vision politique ambiguë dans le contexte actuel, autant d’éléments qui datent Mais on ne peut en dire autant de son intérêt [K)ur rfttat québécois et .sur sa vision « architecturale» de l’hustoire EN HOMMAGE À LIONEL GROULX Les Éditions LEMÉAC VOUS SUGGÈRENT La decouverte de l'homme dernere l'historien, l'ecclésiastique, l'animateur ou l'orateur passionné Guy Fregault.historien de renom, dégagé dans un style clair et nuancé, les-lignes de force et.aussi, le.s contradictions de ce personnage controversé qui a tant marqué son époque É.i S12,95 S11.95 ÉDITIONS LEMÉAC 5111, av.Durocher, Outremont — H2V 3X7 Nom Adresse Hommage à Lionel Groulx.11,95 $ Lionel Groulx tel qu’en lul-mème.12,95 $ (frais de port 1,00$) CI-|olnt: ?Mandat ?Master Card .?Cheque ?Chargex no .Signature .donner la réplique sur le même ton, mais aussi développer une argumentation qui met en valeur toutes les facettes de la thèse nationa-hste Le second roman de Lionel Groulx, Au Cap Blomidon, paraît en 1932, dix ans après le premier.Il faut croire que les disputes acerbes qui entourèrent la parution de L’Appel de la race avaient quelque peu refroidi les ardeurs de l’historien pour ce genre de « divertissement ».Il y revient pourtant, mais pour la dernière fois.Dans le premier roman, il s’est porté au secours des Franco-Ontariens opprimés.dans celui-ci, il prêche la reconquête de l’Acadie II est en sentinelle aux marches du Canada français.Dans Au Cap Blomidon, toutefois, il s’agit moins de défense que d’offensive, Groulx n’ayant jamais accepté de limiter l’Amérique française aux seules frontières du Québec.C’est avec nostalgie que, sur la fin de sa vie, il évoquera, comme un rêve désormais impossible, notre « grande aventure en Amérique » Mais en 1932, il n’en est pas encore là.La forte natalité des francophones, le nombre des émigrés vivant aux ¦ Etats-Unis, la dispombihté de nombreux chômeurs touchés par la crise économique font croire qu’il suffirait de diriger habilement les courants de population pour redonner à l’Est du continent un visage français.Qui prendra l’initiative de diriger ces courants de population?L’Etat?L’Eglise?Il ne semble pas Du moins Groulx ne se pose-t-il pas la question.Il se veut un « semeur » d’idées.A d’autres le SOUCI de déterminer les modalités de la mise en oeuvre.Le semeur écrit donc un roman, encore un roman à thèse, où un jeune homme donne un exemple qui devrait orienter toute une population vers l’Acadie; « Jean Bérubé, écrit Groulx dans sa préface, montrera donc à sa race un grand dessein à réahser, un dessein assez haut et assez beau pour grouper et enchanter les énergies collectives; Il leur montrera un morceau de la vieille patrie à reprendre.» C’est donc de « dessein assez haut assez beau » que veut décrire le romancier.André Laurendeau a reconnu en ce roman une épopée de la reconquista : « Les larges pans d’histoire élargissent l’horizon et font apercevoir, par delà Jean Bérubé, dans une fresque animée et grouillante, la tragédie de tout un peuple.» Et Laurendeau d’affirmer que ce ne sont pas uniquement Jean Bérubé et Hugh Finlay qui se rencontrent: « Ils se retrouvent en face l’un de l’aujre, résumant le rôle des deux races, effrayées (sic) l’un et l’autre du lourd passé qui les enchaîne, amenés malgré eux aux actes expiatomes » Une certaine théologie affirmait alors que, si les crimes des individus doivent s’expier soit en ce monde, soit dans l’autre, les crimes des nations doivent obligatoirement s’expier dans l’his-tou-e Les usurpations anglaises en Acadie appelaient tôt ou tard le rétablissement de la justice La venue de Jean Bérubé au pays de l’Acadie marque une sorte de plénitude des temps.Comme le rédempteur, il va faire éclater la vérité, ouvrir la terre promise et effacer les péchés des usurpateurs.Une telle vérité ne peut toutefois pas être affirmée ouvertement.Si Schiller a pu définir l’épopée comme l’intervention de Dieu dans les choses humaines, il reste que cette fntervention, surtout quand elle est nettement partisane, ne peut s’exprimer qu’à travers les énigmes de la fable.Lionel Groulx a des lectures et il connaît bien les procédés des divers genres httéraires.Jean Bérubé n’entend pas des voix comme Jeanne d’Arc.Il n’en obéit pas moins à un appel: « Né avec des ailes à la fine pointe de son âme, le collégien Bérubé attendait pour un jour ou l’autre, l’appel de quelque grand rêve.Ce rêve, il n’en pouvait douter, c’était bien lui qui, à cette heure, sollicitait sa volonté.Oui, Jean Bérubé, le petit montagnard, serait l’ouvreur du chemin par où les Acadiens s’en reviendraient dans leur pays natal pour le redonner au Bon Dieu.» C’est investi d’une mission sacrée qu’il se rend à la ferme des Finlay.Il travaille avec acharnement et mérite enfin la confiance de ses patrons Mais cette action strictement humaine serait de peu d’efficacité sans l’intervention de la Providence.C’est en fait la malédiction héréditaire qui va finalement briser la volonté du vieux Hugh Finlay, malédiction qui se manifeste à l’approche de la mort par une agitation hystérique, occasionnée par le déchirement de sa conscience.Cette malédiction se manifeste d’une façon plus précise par les vociférations de la vieille sorcière, qui viennent annoncer les divers développements du récit et lui donner cette allure épique des destins qui s’accomplissent.Ces procédés n’ont rien de nouveau et certains critiques ont pu accuser Groulx d’avoir eu recours au grimoire suranné de Walter Scott.Il faut avouer que le romancier n’a pas toujours su résister aux effets mélodramatiques et que, à certains moments, il a franchement forcé la note En revanche, peut-on lui reprocher d’avoir fait montre d’imagination'' Inscrire et développer un sujet épique dans le cadre d’un roman n’esst pas chose facile.Un grand sujet est sans cesse ramené aux contingences matérielles de la vie quotidienne.On sait avec quelle maladresse s’en est parfois tiré Lamartine dans Jocelyn et la chute d’un ange.Groulx, pour sa part, a su respecter les dimensions de son sujet et disposer du merveilleux, tout en ,sauvegardant la vraisemblance, ce qui ne va pas sans quelque difficulté.Il reste à s’interroger sur la valeur de la thèse.Comme plusieurs nationahstes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, Groulx nourrissait un certain optimisme sur l’avenir de la race française en Aménque, et il n’acceptait pas que le combat se jouât uniquement à l’inténeur des frontières du Québec.La reconquête des Cantons de l’Est, célébrée significativement par Harry Bernard dans La Ferme des pins, montrait bien de quelle revanche les Canadiens français étaient capables.Les Etatsde la Nouvelle-Angleterre renfermaient un bassin de population francophone qui égalait presque celui du Québec.Si on réussissait à diriger logiquement l’émigra-tion à l’intérieur du Canada et SI on décidait les émigrés franco-américains à réintégrer le pays, la partie, à l’m-' térieur de la confédération, ne se jouerait plus entre une majorité et une minorité, mais entre deux majorités.Au Cap'-Blomidon entendait être l’amorce de cette politique très ambitieuse, d’autant plus ambitieuse qu’elle n’était prise en main ni par l’Etat, — les francophones possédaient-ils alors un Etat?— ni par quelque autre organisme puissant, comme l’Eglise.Elle est, dans ce roman, l’imtiative d’un jeune homme, d’un précurseur, qui annonce la Bonne Nouvelle.Généreuse, enthousiaste, cette initiative peut canaliser les énergies et convaincre un certain nombre d’individus.Mais quelles étaient ses chances de succès?Albert Pelletier n’avait-il pas raison de poser, en ces termes, la question à l’abbé Groulx: « S’il est excellent, en théorie, que les descendants des déportés acadiens reconquièrent le domaine des aïeux, je ne puis oublier que Jean Bérubé et Paul Comeau sont deux jeunes cultivateurs dont quelques générations ont acchmaté la famille à Saint-Donat de Montcalm.Pourquoi les déraciner de là, où leur expérience devrait produire un meilleur rendement que partout ailleurs?Pourquoi faire d’eux la proie probable de l’assimilation étrangère?» L’histoire a donné raison à Pelletier.Mais faut-il condamner pour autant une des dernières expressions d’un réaménagement démogra-hique qui aurait rendu possible un véritable Canada à deux?Ces deux romans assez révélateurs de la psyché de Groulx, témoignent de son apolitisme radical.Croyant possible de rendre aux francophones la place qui leur revient à l’intérieur de la confédération, il ne compte sur d’autres moyens que le bon exemple.Lantagnac, bien que député, ne prend pas le pouvoir.Il sacrifie sa famiUe à l’intérêt de la collectivité.Le geste de Jean Bérubé pourrait demeurer ignoré s’il n’était publicisé par le roman.Dans les deux cas, la parole compte plus que l’action.Lionei Groulx La voix d’une époque Lieux et dates des expositions à Montréal • Université de Montréai 2900, boul.Édouard-Montpetit.Du mercredi 26 octobre au samedi 29 octobre 1983.• Bibiiothèque Centrale adulte 1210, rue Sherbrooke Est.Du mardi 1er novembre au dimanche 6 novembre 1983.• Bibliothèque Mile-End 5253, avenue du Parc.Du mardi 15 novembre au samedi 26 novembre 1983.• Maison de la Culture Marie-Uguay 6052, boulevard Monk Du mardi 17 janvier au dimanche 29 janvier 1984.'• Bibliothèque St-Michel 7601, rue François-Perreault.Du mardi 31 janvier au samedi 11 février 1984.Exposition réalisée par l’Agence du Livre, librairie universitaire, située au 1246 de la rue Saint-Denis, à Montréal. Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 III Groulx: vivre et écrire l’histoire Ce cahier a été préparé par l’Agence du Livre Paul Lacoste: le génie est une loi^e patience Dans la hiérarchie de notre univers, un recteur d’université est un personnage important qu’on ne dérange pas pour rien.J’avais donc soigneusement préparé l’entrevue que M.Paul Lacoste avait bien voulu m’accorder.Je n’en étais pas moins troublée quand sa secrétaire me fit entrer dans son bureau La somptuosité de la pièce, au plafond haut comme la voûte d’une cathédrale, aux superbes boiseries et au décor dont la richesse tient tout autant de la sobriété que du luxe, acheva de me dérouter Aussi, malgré l’accueil aimable de mon hôte, est-ce un peu balbutiante que je lui posai d’emblée ce qui, selon mon plan, devait être ma dernière question.Je lui demandai s’il avait, comme d’innombrables autres chefs de file actuels de notre société, connu personnellement l.ionel Groulx par Andrée Ferretti quelle fierté, je présiderai, le 25 octobre, l’inauguration d’une exposition d’envergure sur son oeuvre et qui se tiendra jusqu’au 29 J’expèreque nombreux seront les professeurs, les étudiants et les employés de l’U de M qui profiteront de cette occasion pou mieux connaître le grand universitaire que fut Lionel Groulx.» chercheurs qui, par la quahté exceptionnelle de leur enseignement et de leurs travaux, sont invités, soit à donner un cours dans d’autres universités, soit à collaborer à des projets de recherches d’envergure internationale qui regroupent les plus grands spécialistes d’une discipline donnée.« Oui, mais alors que j’étais très jeune.Je n’avais pas encore vingt ans, lorsqu’à la fin de ma réthorique, en tant que récipiendaire du prix Collin, j’eus l’msigne honneur d’être reçu par Lionel Groulx.Je peux dire de cette rencontre qu’elle m’a vivement impressionné Elle marque un moment inoubliable dans ma vie d’étudiant J’ai perçu immédiatement l’authenticité de son intérêt et de son dévouement pour la jeunesse De sa manière d’être et de parler se dégageait une aptitude à inculquer de l’idéal.Il donnait le goût du dépassement.Mais ce qui m’a le plus frappé, ce jour-là, qui paraîtra peut-être étonnant, mais qui est très vrtjj, ce sont ses conceptions hardies de l’économie, et de son rôle dans l’édification de notre société, inspirées, m’a-t-il semblé, par un esprit d’entreprise, je dirais meme d’aventure, plutôt inattendu chez un homme que certains qualifiaient de conservateur.Et pointe dans la voix calme et l’attitude pondérée, un enthousiasme qui révèle l’importance que M Paul Lacoste attache à cette qualité d’universitaire.Il faut dire qu’il est recteur de l’IIniver-sité de Montréal depuis 1975, qu’il avait auparavant occupé le poste de vice-recteur exécutif pendant dix ans.Si l’on sait, de plus, qu’il y a étudié et enseigné la philosophie et le droit, qu’il a été l’un des fondateurs de l’Association des professeurs de l’U de M et qu’il a, en tant que conseiller juridique, participé, au milieu des années soixante, aux travaux de refonte de la Charte de l’institution, on ne s’étonnera guère que la vie universitaire et l’Université de Montréal tiennent une place primordiale dans son activité et.dans son coeur « Je considère d’ailleurs comme une grave responsa-bihté l’honneur, attaché à ma fonction, de représenter l’U de M auprès des autres corps publics nationaux et internationaux.Cet aspect de représentation exige de moi un continuel dépassement » Mais à vrai dire, bien au-delà de l’institution particulière dont il préside les destinées, c’est de l’université en SOI que Paul Lacoste se fait une très haute conception.Pour lui, elle est le lieu d’excellence de la société.Ce qui lui permet d’affirmer en toute simplicité que « plus on élève la qualité de l’université, plus on élève la qualité de la société ».Je manifeste un intérêt curieux pour une théorie sociale plutôt inhabituelle ou rarement exprimée et M.Lacoste précise sa pensée.« Ce n’est que bien plus tard, évidemment, que j’ai connu toutes les dimensions de son eouvre et de son action, que j’ai appris, par exemple, qu’il avait été, ici, à ru de M, un farouche défenseur de la liberté académique, au moment où les évêques tentaient parfois de censurer des cours, dont les siens jugés idéologiquement trop audacieux.« Vous pouvez dès lors comprendre avec quelle émotion j’ai, en mai 1967, en tant que vice-recteur, accueilli son corps qui fut exposé ICI, dans le hall d’honneur.Vous comprendrez aussi avec quelle joie et Pour Paul Lacoste, il ne lait d’ailleurs aucun doute que l’Université de Montréal est une des glandes institutions du haut savoir universel.« Non seulement, affirme-t-il, elle occupe le rang de première université francophone d’Amérique, mais elle soutient avantageusement la compraison avec les meilleure universités du monde dans plusieurs disciplines.Elle jouit d’une réputation enviée pour l’enseignement et la recherche qu’on y effectue en mathématiques appliquées, en économique, en physiologie, en biotechnologie, en droit public, en criminologie, entre autres.De même les grandes écoles, telles les IIEC et Polytechnique, et les instituts qui lui sont affiliés se distinguent constamment par une production riche et novatrice de travaux scientifiques et pratiques.La renommée di l’Institut de cardiologie et de l’Institut de recherches cliniques du docteur Jacques Genest, par exemple, dépasse largement les frontières du Québec.De plus, elle compte un nombre important de professeurs et de « L’université dans la rue, moi, je n’y crois pas.Le rôle social fondamental de Université consiste à former des hommes et des femmes qui, par l’excellence de leur savoir spécialisé de même que par l’étendue et la profondeur de leur culture générale, sauront contribuer avec compétence et jugement au développement de la société québécoise et à la résolution des problèmes de plus en plus complexes auxquels elle fait face, à l’intérieur et dans ses relations toujours plus nombreuses et diversifiées avec le monde.Il m’apparaît donc nécessaire, plus que jamais auparavant, de procéder à un rehaussement général des critères destinés à définir et à normer les exis-gences requises pour entrer à l’université et pour y obtenir les diplômes qu’elle décerne.Ces diplômés rayonneront ensuite dans tous les secteurs de l’activité sociale et, de proche en proche, ils amélioreront la qualité de tous » Cette ordonnance de la société autour de l’université comme figure de proue des bonnes transformations sociales m’a semblé quelque peu traditionnelle et certainement élitiste.Je me suis donc inquiétée du sort que le recteur Lacoste réserve aux objectifs contemporains, uni- Bibliothèques, culture et société La Bibliothèque de la Ville de Montréal sera l’hôtesse en novembre janvier et février prochains de l’exposition Lionel Groulx la VOIX d’une époque.L’évé nement se produit au mo ment où la Ville de Montréal est engagée à plein régime dans un important programme de développement de son réseau de bibliothèques, qui asseoit un réseau de maisons de la culture.L’occasion est propice pour énoncer quelques considérations à propos de la relation de la bibliothèque publique avec les notions de culture et de développement culturel.C’est un réflexe répandu de considérer nos bibliothèques publiques comme des institutions paralittéraires orientées essentiellement vers la mise en valeur de la littérature universelle, et accessoirement des beaux-arts et de l’histoire; quand elles ne sont pas ramenées à la dimension de centres de loisirs intellectuels.Il s’agit d’une réduction regrettable, explicable en regard de l’histoire des bibliothèques au Québec, mais rapidement corrigée dès l’examen de quelques notions simples.Certes la bibliothèque entretient un lien privilégié avec l’écriture et l’imprimé, mais ce lien ne définit pas toute sa réalité tant s’en faut par Jacques Panneton Conservateur à la Bibliothèque de la Ville de Montréal Quand on discute de la bibliothèque en général, et des bibliothèques publiques en particulier, il faut éviter de confondre les notions de document, de document écrit, d’information et de littérature.Si on les confond, on limite indûment la portée de la contribution sociale de la bibliothèque.L’écriture est une forme matérielle de transmission de l’information, ce n’est pas la littérature, qui est l’art de l’écriture imaginaire ou de récriture en tant que préoccupation esthétique.L’écri-lure en soi peut transmettre à peu près n’importe quelle information dans n’importe quel champ d’activité.Mais l’écriture littéraire et l’écriture s’intéressant aux arts, dont la littérature, ne représentent pas la majeure partie de ce qui s’écrit et s’imprime.La bibliothèque publique s’intéresse pour une société donnée à la gestion et à la diffusion de sa mémoire sous la forme de documents, écrits d’abord et sous d’autres formes ensuite, au fur et à mesure du développement des techniques de communications.La spécialité de la bibliothèque publique ce n’est pas la culture, c’est l’information documentaire, dont les cultures littéraire et artistique occupent une partie du champ De son point de vue de diffuseur de l’information documentaire, la bibliothèque publique s’intéresse autant à la sociologie, à l’économie, au développement industriel, à l’aéronautique, à l’agriculture, à la médecine, à la philosophie, à la philologie, à la thermodynamique, aux recettes de cuisines, aux poisons et antidotes, aux poissons et aquarium, au vol à voile, a la voile, à la plongée sous-manne, à la poésie, au macramé et à la psychologie des profondeurs.Elle n’est pas spécialisée dans ces disciplines, mais elle se spécialise dans la gestion des informations documentaires que toutes ces disciplines génèrent.Bien sûr, la bibliothèque publique est une institution culturelle, mais elle ne peut pas être réduite à cette dimension, pas davantage que l’université.des individus d’une collectivité donnée à une collection dont le contenu sera aussi large que possible quant à la nature des documents, quant à la variété des sujets et des points de vue traités.En principe, elle assure ainsi un accès à une collection d’intérêt général sans discrimination sociale ni intellectuelle à l’égard de ses usagers.En ce sens, la bibliothèque publique peut être définie comme une institution démocratique d’éducation, de culture et d’information, grâce à la variété de ses collections et grâce à l’ouverture de ses propres objectifs sur ceux des individus qui utilisent ses services en fonction de leurs besoins spécifiques.Sans décrire la variété complète des services dispensés par nos bibliothèques publiques, il convient de signaler trois caractéristiques qui articulent leur relation avec toute entreprise de développement culturel.Premièrement, la tendance des dernières décennies a conduit à l’adoption d’une acceptaton large de la notion de document.De sorte que la nature des documents rassemblée par nos bibhothè-ques publiques est très variée: livres, périodiques, microfilms, microfiches, cartes, plans, dessins, banques de données informatisées, enregistrements sonones, enregistrements vidéo, originaux et reproductions d’oeuvres d’art à la limite, toute forme de support matériel susceptible de recevoir une information.La bibliothèque publique peut se caractériser en termes d’accessibilité générale Deuxièmement, la variété et la nature de ces différents documents situent la bibliothèque publique ep rapport de complémentarité avec différents secteurs de développement culturel.Il s’agit ici d’une double superposition.D’une part il y a communauté de préoccupation dans cette sphère d’activité humaine où le champ cultu- versellement partagés, de la démocratisation de l’enseignement.« Non seulement, chère madame, m’a-t-il répondu avec force, je favorise la plus grande accessiblité possible de tous, hommes et femmes, jeunes et vieux, aux études supérieures, mais je la désire ardemment, comme cela va de SOI, puisque je crois qu’elle est la condition majeure de révolution actuelle des sociétés où ce sont les sciences et des techniques complexes qui sont les moteurs du développement.Je souhaite donc que des mesures énergiques soient prises par toutes les autorités concernées pour taire évoluer notre société le plus rapidement possible dans cette direction.« Mais je le répète, et j’in-siste même, la poursuite de cet ojbectif ne doit en aucune manière emprunter le chemin de la médiocrité Pour moi, une véritable démocratisation de l’éducation supérieure passe autant par le redressement des critères de l’excellence académique que par le développement de toutes les conditions d’une plus grande accessibilité J’ai- merais, de plus, souligner le fait que toutes les politiques vouées à la réalisation de ce double objectif ne concernent pas seulement l’université, Elles doivent d’abord être appliquées aux niveaux secondaire et collégial.Car l’acquisition et la maîtrise du savoir universitaire ne peut être que la conséquence d’une acquisition préalable d’une solide formation de base, tant en ce qui concerne la quantité et la qualité des connaissances que la rigueur des méthodes.Sinon, nous nous retrouverons encore longtemps avec plus d’appelés que d’élus.L’écart, déjà énorme, entre les inscrits aux études de premier cycle et les diplômés des deuxième et troisième cycles ne cessera de s’agrandir » Même si elle relève plus de la réalisation d’un projet global de société que de la .seule administration de l’univer sité, je demande à M La coste comment, en tant que recteur de l’U deM, il appli que sa conception de la na ture et du rôle de runiversité.« D’abord, je dois vous dire qu’à l’U de M, malgré l’influence prépondérante qu’e xerce le recteur dans la définition des orientations, en tant qu’il préside tous les organismes chargés du fonc-tionnemenl général de l’institution, la direction n’en est pas moins tout à fait collégiale.El cette collégialité se pratique à tous les niveaux de décision.L’autorité en effet n’est pas personnalisée, elle repose sur ses divers corps universitaires, tels le Conseil de l'université, la Commission des études, l’as semblée universitaire, par exemple « Car, comme vous le sa vez, l’univer.sité e.st le lieu de la pensée et de la parole, ce n’e.st pas l’armée II n’y a pas de place, ici, pour le commandement autoritaire et sans appel.La pire manière d’accomplir une chose dans l’université, sous prétexte de résoudre vite des problèmes, de réaliser immédiatement des projets, ce serait de contourner les opinions et les désirs des personnes et des groupes qui y oeuvrent, ce serait d’imposer ses propres volontés C’est véritablement un ensemble d'organismes qui, chacun dans une sphère donnée, oriente le développement de l’université, en gère le fonctionnement Le rôle du recteur e.st d'animer ces organismes, de leur proposer des projets ou des solutions, de leur communiquer toutes les informations utiles à leurs prises de décisions II arrive parfois que des diver gences et même des conflits surgissent entre les conceptions et les intérêts des groupes de personnes qui com posent et animent l’université.Je dois alors définir des priorités, effectuer des choix, prendre des décisions et tâcher de les faire accepter à l’ensemble.Dans la conduite de cette institution, la médiation réussie est, en effet, le défi quotidien que j’ai à relever.Mais, comme je suis un homme d’équilibre, j’aime passionnément ce role de conciliateur entre toutes les expre.ssions, entre toutes les tendances.J’y consacre avec enthousiasme le meilleur de moi-même « (’eci dit.et pour répondre plus directement à votre question, il est bien é\ ident qu’à l’heure actuelle où nous disposons de ressources ma térielles et financières iiner semeiit proportionnelles à l’accroissement de nos be soins, je m'attache particu lièrement à la planification de notre dé\eloppement .le pense, par exemple qu’il se rait bon de simplifier l’é\en tail des cours, d’éliminer même certains enseigne ments moins utiles au déve loppement de la conaissance ou a la Iransorination sociale dans le sens exigé jiar la technologisation et l’infor matisation de la société .le vise le décloisonnement des départements afin que nos ressources matérielles limi tées ser\ ent mieux à tous les étudiants et aux professeurs Ge décloisonnement permet trait également une meil leiire utilisation de nos i es sources intellectuelles .le voudrais même que nous en arrivions à partager autrement les tâches des profes-.seurs afin d’accorder plus de temps et de moyens de re cherche aux chercheurs Sans instituer une .séparation rigide entre la recherche et l’enseignement, nous pour rions confier celle-ci surtout à nos protesseursqui prélè rent cet aspect du travail universitaire J'envisge de nombreuses autres lianstor-mat ions qui, en dépit de nos graves problèmes budgétaires, nous permettraient de maintenir et même d'élevei le niveau d’excellence de la recherche et de l’enseigne ment J’ai donc quelques objectifs très précis, mais je garde bien en mémoire une pensée de Jean-I’aul Sartre qui dit que pour changer profondément certaines choses, il faut savoir en accepter beaucoup d’autres.« .le ne saurais, cependant pour aucune raison, accepter le gaspillage irrationel de l’ensemble des ressources destinées au développement des universités.C’est pour- quoi une autre de mes priorités est de favoriser la con certation mter-universilaire Avant de créer de nouveaux points faibles, comme le pro jette le ministre Landry pai la fondation d'une nouvelle Université du Québec, à La val, nous devons investir tous nos efforts et tout notre ar gent dans la con.solidationde nos points forts.Il .sera tou jours temp.s, la prosjiérité re venue, de tenter des expé riences Rien ne justifie ac tuellemenl, pas même le pré texte d’une forte demande poui les secteurs de l’infor matique et des nouvelles technologies, la création d’autres structure s II ne suf lit pas d'ouvrir des locaux et d’embaucher des gens pour dispenser dans un domaine aussi névralgique un enseï gnement approprié aux be .soins « .\ ru de M.nous nousop posons à ce projet parce (ju’il nous ajiparail beaucoup jilus judicieux et plus réaliste de développer le jilus largement po.ssible les .structures et les movens que nous possédons déjà pour favoriser autant la qualité que la quantité des cours requis Car, dans ces domaines comme dans tous les autres, un en.seignement de niveau |ilemement univei sitaire doit allier l'en.seigne ment critique à l'enseigne ment technique 11 doit don lier une formation qui corn porte la production d'une ré flexion théoiique et épisté mologique 11 y a des écoles techniques polir tonner des techniciens Ce n’est pas le rôle de l’université l’ar ex emple, en bio-technologie, pour tormer de véritables spécialistes, cela nécessite une centaine de cours puisés dans dilférentes disciplines » Et ainsi de suite Quels que soient les aspects de la vie universitaire que nous ayons abordés, l’exigence de la qua lité de la recherche et de l’en seignement comme critère suprême d'év aluation de l’ex cellence d’une université, im prègne tous les propos de M Paul Lacoste 'l’out part de là et tout y revient Pour le rec leur de ru de M, aujourd'hui comme hier, il faut faire de bonnes classes jiour arrivei un jour à la maîtrise Le gé me est une longue iiatience rel constitue une partie de ce qu’on pourrait appeler un peu abusivement la juridiction large de la bibliothèque.D’autre part, il y a partage d’objectif fonctionnel, d’un certain sens de la mission, au moment où la bibliothèque prolonge son action d’offre documentaire en s’intéressant à la relation de ses usagers avec les documents.Troisièmement, la variété et la richesse des ressoures documentaires et des services offerts amènent nos bibliothèques publiques à développer des stratégies dynamiques d’approche auprès des usagers potentiels.L’une d’elles consiste à créer de l’a-nimation auprès des usagers potentiels.L’une d’elles consiste à créer de l’animation autour des ressources documentaires en les utillisant elles-même à cette fin, de manière à en faire ressortir la richesse, l’intérêt, la variété des possibilités d’usage qu’elles offrent, de manière aussi à faire ressortir leur parenté avec d’autres secteurs d’activités humaines qui sollicitent l’intérêt des usagers de bibliothèques.Ces remarques expliquent l’étroit rapprochement en train de se produire à Montréal entre les bibliothèques d’une part et la diffusion culturelle d’autre part, qui partagent des objectifs, des équipements et un pubhc.Toutefois, ce rapprochement n’est pas confusion: il s’agit d’entrepns.es complémentaires mais distmctes de nature.En effet la bibliothèque possède une spécificité Sre en tant que système irmation documentaire Comme telle, elle joue un rôle unique et indispensable à l’activité humaine dans tous les secteurs.C’est en quelque sorte une mémoire intelligente.C’est une notion dynamique et noble.Une maison de la culture sans bibliothèque serait comme une société sans bibliothèque, un monde de l’éphémère : la civilisation et la culture supposent la mémoire La Fondation Lionel-Groulx est heureuse de s'associer à l'hommage que l'on veut rendre au chanoine Lionel Groulx et remercie l'Agence du Livre et son équipe, de cette initiative fort louable.Le cahier spécial et l'exposition constituent un témoignage éloquent de l'estime que portent encore à Lionel Groulx ses nombreux disciples et lecteurs.FONDATION LIONEL-GROULX 257-261, Avenue Bloomfield, Outremont Montréal, H2V 3R6 Téléphone: 271-4759 Wk M IV Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 Groulx: vivre et écrire i’histoire Ce cahier a été préparé par l’Agence du Livre Le fondement féminin dn nationalisme de Groulx Lion Kl, Oroulx a enseigné à l’Université de Montréal à une époque où peu de femme fréquentaient ce lieu du « haut savoir ».Leurs chemins d'a venir étaient effectivement bloqués par le nombre infime de collège classiques fémi nins.seule voie d'accès aux études supérieures.Pourtant, une vitrine au sein de l’exposition (îroulx bientôt dans le hall d’honneur de ru de M rappelle son intérêt pour les femmes.On y lit même que les fértiinistes d’aujourd’hui n’ont rien à reprocher à Oroulx (contrairement à d’autres historiens), car si ses salles de cours ont reçu peu de femmes, ses livres d’histoire témoignent de leur pré.sence.Mais sans le mouvement fémim.ste contemporain, auquel Oroulx a échajipé ;le justesse en choisissant de mourir en 1967, aurait-oii même pen.sé à inclure une vitrine consacrée à la place des femmes dans l’hisloire, selon Oroulx’.’ Kt dans celte vitrine, nous reconnaissons nous’.’ Kst-elle miroir ou mu sée?/Vi public d’en juger.Pour moi, une telle vitrine me jiermet une réflexion sur le nationalisme de Oroulx.'l’oul le monde reconnaît .son nationalisme et y vibre ou fns.sonne selon ses goûts po- par Susan Mann Trofimenkoff Écrivain et professeur d'histoire à l’Université d'Ottawa litiques et intellectuels, ou selon ses émotions.Ce qui saute moins aux yeux c’est le fondement féminin, voire féministe, du nationalisme de Oroulx.Kt là où la réflexion se brouille, c’est en imaginant (jroulx devant le choix référendaire de 19S0.Volontiers le placerait-on du côté du OUI tout en soupçonnant (ju’il .se serait .senti beaucoup plus à l’ai.se chez les Yvettes.De voir « ses » femmes s’op [loseï à l’autonomie de son « (letit peu|)le » l’aurait bouleversé Mais il les aurait comprises car les Yvettes tiennent plus de Oroulx que de l.i.se Payette.'I out commence avec sa mère.Non pas dans le sens (le la psycho-histoire, même SI les adeptes de cette approche seraient ravis des pages des .1/émo// ('.s-consacrées à l’hilomèiie Oroulx Kmond, mais [ilutôt dans le sens d’une femme paysanne dans un monde pré industriel.Nulle liait y trouvera-t-on les femmes passives ou poupées.faites « de mince celluloîde ou de pâte de guimauve • que Oroulx dédaignait dans tes rues de .Vlontréal durant les armées 19‘20.Au contraire, la \ le de femme que Oroulx constatait chez sa mère était de force et d’endurance.Klle a su dompter la pauvreté, le manque d’éducation, le travail dur et continuel, les enfantements, les maladieset les mortalités répétés.La religion l’aidait sans doute, mais son caractère y était pour beaucoup.C’était une femme forte.Curieusement, les caractères féminins qu’on retrouve dans les études historiques de Oroulx ressemblent beaucoup à cette mère.Il les place au tout début de la Nouvelle-France et il prolonge les influence à travers toute l’histoire du Canada français.Ici aussi il évite le romantisme qui embrouille tant de notions masculines des femmes.Ses « héroïnes » de la Nouvelle-France ne sont aucunement les « saintes de cire » qu’on retrouve dans l’historiographie ro-mantico-religieuse.Klles ne sont ni douces ni faibles; elles .sont déterminées, pleines d’énergie et de hardiesse, tenaces, débrouillardes, entêtées.Klles .sont les agents actifs de la nouvelle société qui se crée.Groulx les propose —c' M.7- .y T 7' ¦1* Extrait de Journal, premier cahier, pp.28-29.même comme modèle pour la société du vingtième siècle qui se décompose.Les femmes créatrices et salvatrices en même temps, c’est l’héritage groulxien de la Nouvelle-France.D’après lui cet héritage s’est dissipé avec l’avènement d’un monde urbain et industriel.Sans le savoir, Oroulx rejoint ici les interprétations féministes contemporaines qui prétendent que l’industrialisation a nui au statut de la femme.Mais pour Groulx, c’est moins le statut de la femme qui le préoccupe que l’apport de Un moment de détente dans la vie de Groulx par Michel Brunet de l'Académie canadienne-française Lion KL Oroulx, même s'il avait conscience de sa valeur, de l’importance de son oeuvre et de son rayonnement — il était même tenté d’en tirer une certaine vanité, tentation à laquelle il céda parfois — demeura toujours simple et spontané.11 aimait rire, déguster un bon repas en y ajoutant un verre de viii, jouer des tours à .ses intimes -— particulièrement le premier avril —, taquiner le poisson, aller à la chasse.11 n’a jamais cru, comme plusieurs universitaires, auteurs et intellectuels qui encombrent aujourd’hui nos écrans de télévision, qu'il augmenterait son autorité en utilisant un langage é.sotérique et en .se donnant le ma.sque .soucieux du ronsour de Kodin.l’ai souvent eu l’occasion de voir Lionel (îroulx en détente dans son oasis « Le.*-Rapaillages » aux ('henaux de Vaudreuil, chez moi à .Sainte-Adèle ou à ( ôte-des-Neige.s, lors d’un déjeuner en tête-à-tête à son domicile d’Outremont.Chacune de ces rencontres de caractère intime augmentait l’affection que je lui portais, .le retrouvais toujours l’homme si attachant que j’avais découvert lors de mon premier contact avec lui en 19116 (voir » Ma première rencontre avec Lionel Oroulx », l/.Xc-lion nutmnnk' (juin 1966), 890-898).Son naturel jovial, sa capacité de dialoguer librement avec l’autre, .sa grande affabilité m’ont toujours fasciné.Knparticulier, je n’ai pas oublie l’une de ses visites à ma mai.son de Sainte-Adèle.Chaiiue été, il allait passer queUjues jours à Saint-Donat.Véritable pèlerinage qui commémorait ses vacances et ses séjours de repos dans ce site enchanteur des Lau-rentides durant les premières années de sa carrière universitaire, ,1e l’avais plusieurs fois invité à faire une halte chez moi, le menaçant de ne plus me rendre aux « Rapaillages».Un beau jour de l’été 1964, il me prévient r M'.y'-»' ^1 A Vaudreuil, en 1943.qu’en revenant de Saint-Donat, il arrêterait à Sainte-Adèle.Au début de l’après-midi, je vois apparaître un Lionel Oroulx en costume de vacancier, .le remarque surtout son vieux chapeau de paille — un modèle depuis longtemps disparu de l’étalage des chapeliers — dont il se coiffait pour aller à la pêche ou travailler dans son jardin.Sa nièce, qui remarque ma curiosité et celle de mon épouse, nous explique qu’il s’entête à ne pas utiliser un nouveau chapeau qu’elle lui avait offert en cadeau.Avec un sourire narquois, il répond que son vieux chapeau plaît aux poissons et aux oiseaux qui l’accompagnent au jardin.De plus, il attire l’attention des gens sur sa personne.Lui offrant le verre traditionnel de l’hospitalité, il me demande brusquement si j’ai du gin.le ne peux pas dissimuler l’étonnement que provoque sa question.Il s’empresse de m’éclairer: « Vous ne savez peut-être pas, Michel, que je suis devenu un consommateur averti de gin depuis que mon médecin m’a recommandé d’en prendre queUjues cuillerées à soupe chaque jour pour améliorer ma circulation sanguine.Moi Collège Uonel-Groulx (514) 430-3120 iûûfn .ÛA' rordinique en 1984 qui me suis toujours méfié de l’alcool depuis ma première messe où je dus boire du vin-à jeun — vous savez que des prêtres ont alors découvert qu’ils traînaient un atavisme alcoolique —, je n’avais certes pas prévu ce qui m’arrive.» Sa mère, m’avoua-t-il, lui avait raconté les malheurs d’un oncle alcoolique qui « avait bu trois verres » Au début de sa prêtrise, il craignait de découvrir, en buvant son vin de messe, lui qui n’avait jamais consommé d’alcool auparavant, qu’il était héritier de la maladie de son parent.Il me confia que pendant plusieurs années, il versa plus d'eau que de vin dans son calice.le lui proposai donc un gin avec glaçons et tonie Walei de Schweppes’.Cette boisson, contenant de la quinine, venait d’être lancée sur le marché québécois et, à la suite d’une campagne bien orchestrée de marketing, s’était fortement répandue chez les amateurs de gin.Il m’interroge sur la marque de gin que je lui offre.C’était un Gordon’s car mon ami Oeorgs llandfield, le seul qui consommait du gin chez moi, l’avait choisi.le dus reconnaître que j’étais incapable d’évaluer les mérites des gins en vente à la Régie des alcools.Lionel Oroulx me rétorque en riant qu’il est devenu un .spéciali.ste en la matière et me donne un cours humoristique sur les gins Watson, Beefeater et autres marques sur le marché: « Comme vous pouvez le constater, j’ai récemment élargi le champ de mes connaissances.» Quant à la boisson Schweppes’, il ne la connaissait pas.Il buvait ses cuillerées à soupe de gin avec de l’eau.Il me faisait confiance et me demanda de lui préparer la boisson que je servais habituellement a mes invités.Je l’informai égale ment que j’ajouterais le jus d’une limette à son verre: « Tout cela doit être bon et je m’en remets à vous.» La quantité de gin que je lui avais servi était supérieure à celle qu’il prenait habituellement.J’en étais conscient mais je croyais qu’il s’asseoirait sur la terras.se et que, tout en poursuivant la conversation, il boirait son verre par petites gorgées et goûterait aux amuse-gueule que mon épouse avait préparés, Impatient de visiter mon bureau et ma bibliothèque situés à l’étage, il avala son verre presque d’un Seul trait.11 pensait prendre sa dose habituelle de gin comme médicament.Je me reprochai de ne pas l’avoir mis en garde.Mais il était trop tard.Je le conduisis à mon bureau.Il ne cessait de me répéter que j’étais privilégié d’habiter une si belle demeure avec vue sur un paysage unique des basses laurentides.Le ton de sa voix et ses répétitions révélaient les effets du gin.Apercevant mon magnifique chat Chartreux, couché dans l’un des rayons de ma bibliothèque — pour me manifester son attachement et sa présence, ce matou, que j’avais nommé Tonti, déplaçait régulièrement mes livres avec la volonté de me faire comprendre que ceux-ci ne devaient pas seuls retenir mon attention —, il s’approcha de lui pour le flatter en prononçant ces phrases que, comme amateur de chats, j’endosse entièrement: « Animal troublant et mystérieux dont les origines plongent dans la nuit des temps, tu semblés nous regarder avec un regard moqueur ! Saurons-nous jamais ce que tu penses de nous ?» J’appris alors qu’il affectionnait les chats depuis son enfance sur la ferme familiale.Un autre facteur de rapprochement entre nous.Ce fut au moment de descendre l’escalier que se manifestèrent pleinement les conséquences de l’absorption trop rapide de la boisson servie.Conscient de la situation, il me demanda de le précéder.11 se tenait fermement à la rampe et s’appuyait de l’autre main sur mon épaule.Rendus au rez-de-chaussée, je lui offris un café.Il nous fit comprendre qu’il désirait retourner immédiatement à son domicile.Après avoir demandé son célébré chapeau qu’il déposa en équilibre instable sur sa tête, il me pria de le conduire à sa voiture.Il fallait de^'endre un escalier extérieur pour atteindre le terrain de stationnement aménagé au niveau du sous-sol, Installé dans la voiture, il m’avoua: « J’ai bien aimé ma visite chez vous, Michel, Je ne sais pas si je reviendrai un jour mais la petite aventure d’aujourd’hui m’a bien amusé.Klle fera partie de mes souvenirs intimes.» Kt avec son doux sourire complice, à la fois frondeur et affectueux, il ajouta: «J’espère que je n’ai scandalisé personne.» Il avait provoqué notre rire collectif.C’est ce qu’il cherchait.Kt aujourd’hui encore je vois Lionel Groulx quittant Sainte-Adèle le visage réjoui, son vieux chapeau de paille toujours en position instable.Il avait empêché sa nièce de corriger la situation.Il tenait à exprimer par la position de son chapeau l’état d’âme libéré d’un vacancier en détente.Une scène touchante que j’aime me rappeler et que j’ai cru bon de faire connaître aux lecteurs, disciples et admirateurs de Lionel Groulx.Cet homme exceptionnel mérite bien leur attachement.celle-ci à la société.Une telle attitude le place carrément parmi les féministes du début du siècle.Elles aussi n’ont que rarement parlé de leurs droits; leurs devoirs sociaux les préoccupaient.Ainsi n’est-ce peut-etre pas par hasard si les idées nationalistes de Groulx se sont développées en même temps que la première vague du féminisme au Québec.Son nationalisme et ce féminisme aperçoivent les mêmes malheurs sociaux liés à l’urbanisation et y voient les mêmes dangers pour la famille.Tous les deux prétendent que les qualités spéciales — chez les Canadiens français ou chez les femmes — n’ont qu’à être mises en évidence pour sauver la société.Tous les deux proclament cette spécificité à cause de la naissance et de l’histoire: aux femmes une sphère à part des hommes avec des capacités et des fonctions bien distinctes; à la nation cana-dienne-française une sphère à part des anglophones nord-américains également avec des capacités et des fonctions bien distinctes.Un séparatisme sexuel rejoint un séparatisme culturel.Mais de là à entrevoir une autonomie totale est une étape que Groulx et encore moins les féministes de son époque n’ont pu franchir.Au contraire, tous les deux acceptaient les notions courantes de complémentarité des sexes et, par extension, des peuples.(Test ainsi, me sem-ble-t-il, que Groulx a pu énon- cer un nationalisme imprégné d’un certain féminisme.Il y voyait au moins toutes les qualités qu’il avait discernées chez les femmes du passé.Sa nation serait forte, par son caractère et son travail; elle aurait un sens de devoir et de sa mission; elle serait capable de lutter constamment tout en restant sereine, même rayonnante; elle serait convaincue de la justesse de son comportement, de son cheminement; elle enfanterait dans un sens autant physique que métaphorique et ainsi, tout comme les femmes, aurait cette certitude au sein même de la nation, d’être liée intimement au passé et au futur.La garantie de la survivance nationale, ça passe par les femmes.Malheureusement pour Groulx, ni les femmes ni sa nation n’ont toujours suivi ses directives.Quand cette dernière a failli, selon lui, à la tâche — les années 1930 et 1950 tourmetaient Groulx — il avait tendance à trouver les responsables chez les femmes.Si le mouvement d’achat chez nous n’a pas pu enrayer les méfaits de la grande crise, c’était en partie la faute aux femmes.Groulx y voyait la « vanité féminine », le « gaspillage » et le « manque d’économie » des femmes.Si les politiciens n’ont pas pu résister aux tentations des privilèges et ont ainsi négligé leurs devoirs nationaux, c’était de nouveau la faute à la femme « légère, vaine et mondaine » qui pousse son mari à de telle défaillances.Et si tant d’intellectuels remettent le nationalisme en question dans les années 1950 et y voient une entrave au développement économique et social, c’était peut-être lié aux changements dans le comportement féminin.Elles occupent une place beaucoup plus large dans l’économie et dans les professions libérales.Plus les femmes ressemblaient aux hommes, plus la nation canadienne-française ressemblait à ses voisins nord-américains.Fit pourtant, elles semblaient avoir toutes les qualités requises par la nation.Elles étaient capables de demeurer distinctes tout en étant entourées d’un monde différent, sinon hostile.Elles pouvaient même y être attachées intimement tout en restant à part.Evidemment elles possédaient un secret dont la nation pourrait tirer leçon.Elles avaient la réponse au dilemme aigü que Groulx avait discerné chez son « petit peuple » et qu’il avait décrit d’une façon si percutante, le dilemme d’une société française et catholiue vivant dans la civilisation nord-américaine, mais en même temps sans elle.Si les femmes étaient capables de le faire, la nation pourrait le faire aussi.Groulx, comme bien des femmes, se contentait d’inspirer et de provoquer.Il s’est toujours gardé d’une action politique quelconque.Mais ses successeurs avaient moins de scrupules.L’anirte même de la mort de Groulx, un mouvement politique a lancé comme programme l’idéal féminin de Groulx: la souveraineté-association.Dix ans de propagande autour de la question laissait plutôt entendre la rupture que l’association.En dépit de l’effort du Parti québécois d’attacher son option à l’histoire du Québec, une grande partie de l’électorat n’y voyait plus leurs « constantes de vie ».Fit pour tout être — femme, homme ou société — l’indépendance fait peur.Un accident de parcours (quelques mots désinvoltes de la part d’une ministre féministe style 1980) a fait sortir les milliers de femmes du côté de la peur.Trop facilement dirait-on « ainsi soit-il».Les Yvettes n’étaient que symbole; on ne brise pas facilement les liens, même les plus ténus.Ainsi Groulx aurait reconnu les Yvettes.Leur symbolisme lui aurait plu.Pour bâtir elles ne pouvaient pas concevoir la destruction.Leurs liens au passé ne leur permettaient pas de briser ceux au futur.Cette loyauté, cette ténacité et cette responsabilité étaient précisément les qualités que Groulx a tant voulu inculquer à sa nation.D’ailleurs, à pârt le symbolisme, bon nombre d’Yvettes en chair et en os ressemblaient plus aux femmes fortes de l’histoire grouxienne qu’à la petite fille soumise des manuels scolaires d’où elles tiraient leur nom.Elles n’étaient aucunement timides ni passives.Fit elles n’avaient aucune intention de se laisser séduire par de beaux aventuriers séparatistes.On imagine Groulx fasciné et ému par leur présence, leur force, voire par leur moralité.Mais aurait-il pu accepter leur option politique?Son nationalisme a toujours frôlé le séparatisme, même s’il le niait en toute occasion.D’autre part, son natinalisme s’est développé grâce à une conception des femmes, conception qui s’est prolongée, à son tour, grâce à ce nationalisme.Et de cette conception les Yvettes ont tiré profit pour freiner l’autonomie de la nation.Heureusement que, de son vivant, Groulx n’a jamais trop misé sur l’ironie.Université (je Montréal L’Université de Montréal est fière d’accueillir l’exposition Lionel Groulx : la voix d’une consacrée à la carrière et à l’oeuvre de Lionel Groulx.epoque Du 25 au 28 octobre 1983 dans le hall d’honneur du pavillon principal de l’Université de Montréal I! f Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 ¦ V ommage » pafriol'e du xxe siècle Le Chanoine 13 janvier 1372 - 23 mai 1957 rnaîire à penser du Québec français pendant plus d’un demi-siècle, historien national, le Chanoine Lionel Qroulx a autant fait notre présent qu’il a exploré et enseigné notre passé, autant fait l’histoire qu’il l a écrite.Sa foi inébranlable en notre Etat français a guidé sans retour le Québec vers la souveraineté.i Donné à rfîontréal ce 22 juin 1921 La Secrétaire générale Le Président général hXpJUJLàJUkJ 0LitiOUU La Société Saînt-Jean-Baptistc de Montréal VI Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 Groulx: vivre et écrire l’histoire TÉMOIGNAGES Un éclaireur La conscience et un soutien et Vavenir UN éclairour et un soutien, voilà ce qu'a été pour nous le chanoine Lionel (Iroulx.l’endant de nombreuses années, il dis|)ensa ses lumineux cours d’histoire du Canada, au Collège Basile-Moreau.Il a tenu très haut le flambeau.Pour lui, le flamlK-au, c’était te sièc'e et demi de l’héroïque Canada français; c’était la lutte pour la survivance sous une allégeance étrangère et assimilatrice.Ce maître ès patriotisme avait l’art de communiquer son amour pour le grand pays, ¦¦ usque ad mare ».Son admiration venait toujours d’une vision de l’histoire d’un passé dont il savait extraire, selon le mol de Kabe-lais, la « sub.stantifique moelle», d’un pas.sé fait d’endurance, de fierté, d’héroïsme.Ce brillant chef de file réussissait au.ssi à transmettre le flambeau à une jeunes.se à qui il demandait d’apporter au Canada français un « supiilément d’âme».Il était le professeur admiré et aimé.— Alice Giroux, c.s.c.(Soeur Marie flore d’Auvergne) Isx-directrice des études des Soeurs de Sainte-Croix L *homme était un géant J 'AI rencontré le chanoine (Iroulx durant les années où j’étais vice-présidente des fttats-généraux du Canada français.Il avait assisté à quelques-unes des nos a.s.semblées et j’ai été frap))ée par sa courtoisie, sa grande simplicité et la qualité d’attention qu’il prêtait à nos discussions.Il m’a fait le grand honnneur, un jour, d’assister au lancement d’un de mes livres : Mon pays, le Québec ou le (’unuclii.kiicore une fois, j’ai pu constater l’admiration qu’il suscitait sur son pas.sage et l’e.spèce d’humilité avec laquelle il recevait les hommages.Le chanoine (îroulx avait une vision qu’il .savait rendre claire, même à ceux et à celles qui ne partageaient pas toutes ses opinions.L'homme était un géant et l’histoire retiendra qu’il aura été l’un des plus lucides artisans de notre société francophone et québécoise.— Solange Chaput Rolland Généreux points de vue Du R AN'r mes années de collège et d’université, deux homine.s, Henri Bourassa et Lionel (Iroulx, commandaient mon admiration.Le premier sym-boh.sait la fierté du Canadien français qui affirmait être chez lui partoul au Canada et qui réclamait l’égalité de traitement.Le second prOnait, .sous une forme qu’il n’a jamais clairement définie, la création d’un État français.Boura.ssa a profondément marqué la politique canadienne, à tel point que les droits qu’il défendait il y a Irois quarts de siècle se sont graduellement inscrits dans la Constitution canadienne.(Iroulx a largement inspiré les tenants d'une souveraineté ouatinée d’une dépendance économique pour l'État français du Qué-tiec.Ce sont les vues pourtant généreuses de ces deux géants qui .s’affrontent aujourd’hui dans l’arène politique.Ni l’un ni l’autre ne [wuvaient prévoir de leur vivant que leurs disciples se combattraient un Jour lomme des frères ennemis.— Gérard Filion Un charme irrésistible D’UNK soirée pa.s.sée en compagnie de .lean Marcel chez Lionel (îroulx, quelques mois avant sa mort, j’ai retenu deux ou trois choses; d'abord, que la vieilles.se n’avait en rien diminué l’extrême vivacité intellectuelle de celui qui a donné au nationalisme traditionnel sa forme la plus achevée; qu'il avait des événements et des hommes un .souvenir .sans défaillance; et finalement qu’il s’exprimait dans une langue classique, usant de l’imparfait du subjonctif quand il s’impo.sait, mais avec un naturel constant, une aisance de styliste à l’ancienne.On n'était pas obligé d’être d’accord avec ses idées [X)ur succomber au charme du fxirsonnage.— André Major Le maître du nationalisme ON a dit du chanoine (îroulx qu’il a été le véritable maître du nationalisme canadien-français.Non .seulement cette constatation est-elle très juste, mais je crois même qu’on peut aller jusqu’à affirmer que, sans lui, il n’y aurait plus de nationali.sme chez nous.("e.st lui qui a véritablement donné un .sens à nos a.s-pirations nationales et qui les a, en quelque sorte, assises sur des valeurs positives en valorisant et en montrant l'importance des grandes notions d’État et de Pa trie.— Gérard Turcotte d^un peuple HOMMÉ audacieux, courageux, non conformiste, clairvoyant, tel m’est toujours apparu Lionel (îroulx.Il fut le maître à penser de plusieurs gé-néralion.s, dont celle de ma jeunesse.Par choix, par goût, j’ai suivi assidûment ses cours d’histoire du Panada et je garde un bon .souvenir de ses innombrables conférences publiques sur divers thèmes du nationalisme canadien-francais, voire du séparatisme.(îrâce à sa rigueur intellectuelle, à .son vocabulaire précis, à sa langue châtiée, sa parole devenait poussante et dynamique.H était doué d’une sensibilité à peine déguisée sous le rationnel, le mystique, voire le surnaturel.le me .souviens d’un homme aux dimensions immenses que sa petite taille physique rendait encore plus grand, plus noble, plus convaincant.Lionel Groulx vivait chaque engagement, qu’il soit sacerdotal, patriotique ou social comme on s’engage dans une aventure d’amour.Avec pa.s.sion.Lionel (îroulx, prêtre, a béni mon mariage avec Michel (’hartrand et baptisé nos .sept enfants.Toujours, il a répondu promptement aux lettres que je lui écrivais dans des moments de doute ou d’indécision — j’en publierai plusieurs, très bientôt.¦l’ai tenu à assister au lancement de son dernier livre: Constantes de vie, paru chez Kides, en 1967.Quoique très malade, il était, comme toujours, très attentif aux dires et aux salutations de ceux et celles qui l’entouraient pour lui témoigner amitié et admiration.Il ne faut juger ni l’homme, ni l’oeuvre hors contexte: ce serait le mal connaître, le mal comprendre et surtout desservir la vérité.Pour moi, il demeure la conscience et l’avenir d’un peuple.— Simone Monnet Chartrand Une oeuvre de titan La mémoire de Lionel Groulx s’affirmera sûrement de plus en plus comme celle du plus grand des Canadiens-français, le Ghandi de notre peuple, ai-je dit et écrit, un jour.Ce qui émerge le plus à l’heure actuelle, c’est la dimension de .son rôle d’historien national.Mais ce n’est là que la pointe de l’iceberg.De combien plus vaste portée est.par sa découverte dans l’histoire que nous ne sommes pas une simple minorité ethnique, mais une nation libre de disposer d’elle-même, son entreprise ac-1 ive et efficace de réveiller un peuple qui était en train de se laisser ensevelir, en train de devenir informe.Il a ainsi réussi à nous forger une âme nationale.Oeuvre de titan! Mais derrière le grand personnage, il y avait l’homme, .l’ai mis longtemps à le connaître, même si les hasards de la vie m’associèrent à son action alors que je venais pourtant de lointains horizons géographiques et même quelque peu idéologiques.Mais à son contact, devant l’évidence de sa grandeur d’âme, de coeur et d’esprit, j’en vins vite à l’admiration.— François-Albert Angers Du courage et du coeur à revendre LIONKL Groulx, prêtre, historien et homme d’action.n’a jamais perdu l’espoir ni la sérénité, malgré les tourments que notre peuple a sans cesse affrontes.Aux États généraux, il laissait l’un de ses ultimes et importants mes.sages: « Il y va de l’avenir d’une nation acculée à la décision suprême: être ou ne pas être.» Dans les heures difficiles que la nation traverse aujourd’hui, les Québécois et les Québécoises devraient lire et relire les directives de Groulx.Ces conseils, sortis du passé, demeurent constamment tendus vers l’avenir.Sa pen.sée pourrait nous inspirer le courage nécessaire à l’accomplissement des tâches urgentes.— Rosaire Morin Trop méconnu L’UN des buts majeurs de la vie de Lionel Groulx a élé de redonner la fierté à un peuple démorali.sé par les ravages de la guerre de 1760, par l’abandon aussi soudain que total de la France, par l’obligation de bâtir .seul, sans moyens et sans aucun appui extérieur, tous les aspects de sa vie économique et culturelle.Groulx a mené son entreprise par l’étude de l’histoire de l’Amérique française, étude réalisée dans des conditions financières et matérielles incroyablement difficiles.Ce qui ne l’a pas empêché d’être le grand hi.storien du (Juébec et de l’Amérique françai.se.(îroulx a été aussi un saint prêtre et un sage conseiller.Ses avis étaient constamment recherchés par de nombreux jeunes qui, pour beaucoup d’entre eux, sont devenus de chefs de file du Québec.Il n’y avait en lui pas la moindre trace d’un homme raci.stè et les accusations portées contre lui à cet effet proviennent de personnes, soit préjugées, .soit d’intentions douteu.ses ou qui n’ont jamais connu l’homme.Au contraire, il donnait .souvent en exemple les anglophones et les juifs pour leurs sens du travail, de la fierté collective et du service à leur communauté.Qualités qu’il oppo.sait à l’esprit de dénigrement et de division qui régnait alors chez les Canadiens-français.Ayant été le médecin de Lionel Groulx durant les 25 dernières années de sa vie et un proche confident, je puis en témoigner avec force, — Jacques Genest Ce cahier a été préparé par l’Agence du Livre Juliette Lalonde Rémillard: L’âme et les mains de la Fondation Lionel Groulx Déduis plus de qua rante ans, elle vit, jour après jour, dans l’ombre géante de Lionel Groulx, .son oncle admiré et aimé.Ét le bonheur qu’elle en tire ne peut coexister qu’avec la conviction intime et justifiée d’avoir contribué d’une manière exceptionnelle et déter-minante au bien-être de ’homme, à l’édification de son oeuvre et à la perpétuation de sa mémoire.l’endant trente ans, auprès de lui, quotidiennement, elle s’est dévouée à sa personne et à son oeuvre, en tant que maîtresse de maison et secrétaire, avec une générosité du coeur et de l’esprit qui lui donne cette intelligence si fine et si profonde des êtres et des événements qui ont entouré et marqué la vie, l’oeuvre et l’action de Lionel Groulx, que c’est plaisir de l’entendre évoquer les mille et une situations de ce passé si proche et si vivant en elle.Depuis la mort du chanoine, en mai 1967, elle assume la responsabilité de la bonne marche quotidienne de la fondation Lionel Groulx dont elle a été l’une des fondatrices, en 1956, tout comme elle avait été à l’origine, en 1946, de l’Institut d’histoire d’Amérique française et, en 1947, de la Revue d’histoire de l'Amérique française, deux oeuvres auxquelles son oncle tenait particulièrement et auxquelles elle contribue encore.Il ne viendrait à personne l'idée de prendre madame Rémillard pour une intellectuelle.Élle aime trop l’action concrète et préfère se consacrer entièrement au travail quotidien qu’exigent l’organisation et la gestion de la Fondation Lionel Groulx.Pourtant, elle a écrit cinq biographies de femmes, dont celle de la marquise de Vau-dreuil, pour la Société d’études et de conférences.Biographies qui l’ont astreinte à un long et difficile travail de recherches pour rassembler les documents rares et épars et nous instruire de la vie de femmes aussi remarquables que méconnues.Pour l’édition critique des oeuvres de Lionel Groulx, entreprise par l’IllAF, elle assume la tâche de recueillir la correspondance.Élle effectue ses recherches à travers tout le Québec, à partir des lettres qu’elle a déjà en mains.A la Fondation elle est également responsable de toute la documentation et du fonds d’archives qu’elle ne cesse d’enrichir.Élle vient d’obtenir, par exemple, le fonds Gérard Filion.Flnfin, c’est encore par Andrée Ferretti elle qui corrige les épreuves finales de la RllAF.Femme étrange dans sa simplicité.Mais plus aujourd’hui elle tente de se dissimuler derrière l’oeuvre de son « cher grand homme », plus elle s’impose en tant qu’in-dividue re^unissant à un degré étonnant les qualités souvent contradictoires du dévouement absolu et de la pleine affirmation de sa compétence et de son autorité.Historiens, étudiants, écrivains et politiciens qui fréquentent la maison de la rue Bloomfield, s’entendent tous pour reconnaître que « la Fondation Lionel Groulx, c’est madame Rémillard.» Je l’ai rencontrée récemment pour lui demander de bien vouloir faire connaître aux lecteurs de ce cahier du DEVOIR, l’histoire, la nature et le rôle de la Fondation Lionel Groulx.Pour nous parler également de Lionel Groulx intime.« C’est à l’occasion du 10e anniversaire de l’IHAF, en 1956, que quelques amis de l’Institut décidèrent de constituer une corporation pour assurer à l’organisme un gage de survie.C’est ainsi qu’est née la Fondation Lionel Groulx.Corporation légalement constituée par lettres patentes, elle est, à ce moment, administrée par MM.Joseph Blain, Maxime Raymond, Charles-Auguste Flmond, Jacques Genest qui est, soit dit en passant, notre président actuel, et le chanoine Groulx lui-même.J’en deviens immédiatement la secrétaire et je le suis toujours demeurée depuis.Par acte notarié, le chanoine Groulx donne alors à 1 Fondation sa maison sise au 261 de la rue Bloomfield, sa bibliothèque, ses manuscrits et ses archives.« Les deux organismes, l’I-HAF et la Fondation poursuivent essentiellement les mêmes buts.Il s’agit de favoriser l’étude de l’histoire du Canada français et de tout le fait français en Amérique.A cette fin, ils unisent leurs efforts et mettent tout en oeuvre pour organiser des équipes d’historiens et des sections d’étudiants, pour publier une revue, constituer un fonds d’archives, publier des textes et des oeuvres.« En 1978, c’est le centième anniversaire de naissance de Lionel Groulx.Nous lançons une campagne de souscription qui apporte enfin à la Fondation, après bien des difficultés, la stabilité financière et les moyens d’acquérir la maison adjacente, soit le 257, pour en faire son siège social et son centre de recherche en histoire de l’Amérique française.C’est dans cette maison que sont déposés aujourd’hui les nombreux fonds d’archives qu’avec les années nous avons réussi à cnstituer.Ils sont à l’abri dans une magnifique voûte à l’épreuve de l’eau et du feu.Chercheurs, étudiants de niveau supérieur, professeurs peuvent venir les consulter.Ce centre de recherche comprend également une bibliothèque composée d’au moins 18,000 volumes et d’au-delà de 5000 brochures.« Ces documents représentent une richesse incalculable pour notre patrimone québécois.Le seul fond Lionel Groulx est inestimable-,mais nous pouvons en dire autant des autres, par exemple, de ceux d’André Laurendeau, de J,J.Girouard qui comprend une quarantaine de documents sur les Patriotes de 1837-1838, de Georges-Henri Lévesque, de Léo-Paul Desrosiers et de combien d’autres qu’il serait, ici, trop long d’énumérer.Je voudrais pourtant mentionner encore le Fonds des Etats-généraux, celui de l’Action-nationale de celui des Jeune-Canada.» Je dois en effet interrompre madame Rémillard qui est intarissable au sujet de la Fondation.Je lui demande de nous parler aussi un peu de Lionel Groulx, par exemple de sa manière d’écrire et de travailler.« Les lettres composées d’un seul jet, il les écrivait lui-même.Autrement, après en avoir rédigé une première ébauche, il me les dictait en marchant.Quand il s’agissait d’écrire le texte d’une conférence, d’un article de revue, il dressait un plan bien défini avec notes et références.Pour transcrire ses textes, il fallait me débrouiller à travers les grimoires, les ratures, les mots et les phrases numérotées, les crochets, les lignes en flèches, etc.Une fois le travail terminé, des pages entières étaient à reprendre, pages que j’avais pourtant crue définitives.Non qu’il écrivit facilement, mais il avait le goût de la phrase parfaite.» Et je sens dans cette seule phrase vivre toute l’admiration et tout rattachement de Juliette Lalonde Rémillard ui la lient à jamais à son cé-bre oncle.Lionel Groulx, c’est vraiment l’oeuvre de sa vie.Nous tenons à remercier d'une façon toute particulière la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour sa contribution à la réalisation de cette exposition.L'Agence du Livre Librairie Universitaire, située au 1246 de la rue Saint-Denis, à Montréal. Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 VII Groulx: vivre et écrire l’histoire Ce cahier a été préparé par l’Agence du Livre-, Des insüuinents de recherche et de découverte Le catalogue des manuscrits UICONQUKaeu l’oc-|casion de visiter le dépôt d’archives de la Korinâtion Lionel-Groulx, rüe Bloomfield à Outremont, n’a pu manquer d’être impressionné par le nombre et la variété des manuscrits originaux de l’historien, conservés sur quelque 26 mètres de rayons dans une pièce nommée à juste titre « la voûte du chanoine».Dans les cartons, les spici-lèges et les liasses qui s’y alignent sont conservés les milliers de feuillets, de cahiers et de carnets dans lesquels Lionel Groulx a élaboré son oeuvre.On y retrouve non seulement les manuscrits des ouvrages publiés mais par Robert Desaulniers Étudiant au doctorat en histoire à l’Université de Montréal.également les notes, les ébauches et les différentes versions des innombrables discours, des conférences, des sermons, des prêches de retraites, des notes de cours et des autres allocutions qu’il a prononcées.À ces textes publics s’ajoutent divers écrits intimes et des ébauches de projets qui n’ont jamais vu le jour.Pour le chercheur scientifique, ce vaste fonds, unique à notre connaissance dans le domaine des lettres françaises en Amérique, présente un intérêt immense.Il est le produit d’un seul homme au cours d’une période d’activité littéraire intense et ininterrompue de plus de 70 ans, période durant laquelle peu ou pas de manuscrits ont été détruits ou perdus.De plus, ces archives sont conservées sous le même toit que la bibliothèque personnelle de l’auteur.Pas encore répertorié, bien que sommairement classé, ce fonds pose à la recherche des problèmes spécifiques, Kn effet, comment le chercheur, même armé de beaucoup de patience, peut-il espérer .se retrouver dans le déitale des brouillons, des ébauches et des notes que l'auteur n’a pas souvent pris soin de titrer ou de dater et qui, au fil des ans, se sont un peu mêlés ou ont été réunis au hasard des besoins ou par acculent Sur d’autres manuscrits, ce -sont des corrections ou des ajouts tardifs qui brouillent les pistes.Knfin, mentionnons l’habitude que Groulx a d’utiliser, par nécessité ou par commodité, les espaces libres de manuscrits déjà noircis pour inscrire de nouveaux textes, jiarfois sans lien évident avec ceux qui les entourent.C’est pour résoudre un certain nombre de ces problèmes, et surtout pour mettre en valeur les ressources insoupçonnées de ce fonds, qu’une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal, grâce au soutien financier du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, a mis sur pied un projet de catalogue critique des manuscrits de Lionel Groulx.Depuis octobre 1981 et pour une période de trois ans, un archiviste-catalographe et une documentaliste s’emploient à cette tâche.Kncore peu répandu en Amérique du Nord et traditionnellement réservé aux manuscrits du Moyen-Âge, le catalogue de manuscrits est un instrument de recherche d’une grande précision qui s’adapte avec souplesse aux divers be.soins de la recherche érudite et sert particulièrement bien les gros corpus.Chaque manuscrit y est individuellement analysé à l’intérieur d’une notice catalo-graphique uniformisée.La première zone de la notice établit l’individualité propre du manuscrit en donnant son identité et son signalement: titre, mention de responsabilité, date, nombre et arrangement des feuillets, dimensions.Kn deuxième lieu s’aligne une série de notes fournissant des informations complémentaires sur les éléments ci-haut mentionnés (autre titre du manuscrit, endroit où la date a été relevée, etc.).Mlles sont suivies d’une description matérielle du manuscrit, taches, effacements, interventions étrangères.Le cas échéant, le catalographe retrace également l’histoire du manuscrit, les u.sages, les remaniements et les changements de propriétaire Dans la plupart des cas, la notice est conijilétée d’un résumé et d’un dépouillement du contenu.Ouvrage laborieux, mais complet, précis et définitif, le Catalogue des manuscrits de Lionel Groulx (HTmettra aux chercheurs de toutes discipli- nes et pas seulement aux lus- j toriens, aux littérateurs et' aux politicologues, d’accéder| aux ressources d’un fonds* méconnu.Imprimé et diffusé! pour consultation à l’exté-j rieur du dépôt, il évitera aux! chercheurs les pertes dej temps des annotations et des' déiKiuillements individuels et! éliminera les manipulations' inutiles de manuscrits par-! fois fragiles.; Le Catalogue des manus-* crits de Groulx aura surtout! le mérite d" 'nettre à jour-des manuscrits qui, à cause! de leur anonymat, de l’irré-; gulanté de leur formai ou de! leur regroupement acciden-] tel seraient demeurés à ja-! mais Ignorés.! L ^édition critique du «Journal» L’édition critique n’est pas encore très solidement implantée ici, contrairement a la reconnaissance dont elle jouit depuis longtemps en Kurope et aux États-Unis.Conscient de son importance et aussi de sa rareté à laquelle il faut remédier, le Conseil des recherches en sciences humaines du Canada a accordé l’an dernier une subvention à un Corpus d’éditions critiques qui a pour but de publier 18 oeuvres des littératures cana-dienne-française et québécoise, dont quatre appartenant aussi à l’histoire (oeuvres de Cartier, Charlevoix, Lafitau et Lahontan).Jusqu’à maintenant, l’édition critique a été privilégiée plus par les spécialistes de la littérature que par les historiens.Dans son compte rendu de l’édition critique du Journal de Parkman, un de nos grands historiens, Marcel lYudel, faisait remarquer: À parcourir cette édition du Journal de Parkman, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien nous sommes en retard, au Canada français, dans le domaine de l’édition historique (.) c’est en vain que nous cherchons les oeuvres vraiment complètes d’un seul de nos personnages historiques (.) une belle édition critique, qui contiendrait, sans qu’on y ait changé un iota, toutes leurs oeuvres politiques et surtout toute leur corre.spondance ! (.) Nous ne sommes pas mûrs, sans doute, pour l’édition historique.Kn ce domaine, nos voisins des États-Unis nous ont fait bien des fois la leçon.Wade vient de nous la faire encore, il faut l’en remercie/; Il suscitera peut-être chez nous des vocations d’éditeur.(Revue d’histoire de l’Amérique française, 1,4 mars 1948 : 612.) C’était il y a 35 ans.Depuis, il y a eu quelques belles réalisations, mais ce ne sont que des phénomènes isolés.Benoît Lacroix, co-éditeur de l’édition critique des Oeuvres de Saint-Denys Carneau, a été l’instigateur de cette édition critique du Journal de Lionel Groulx, subventionnée par le gouvernement du Québec (MAC, MEQ, FCAC).Déjà, du vivant de Groulx, il l’avait approché pour lui soumettre l’idée d’une édition critique de ses oeuvres, y compris les inédits et sa correspondance.Nous n’ignorons pas que plusieurs s’interrogent sur la pertinence de présenter une édition critique du Journal plutôt qu’une simple transcription du texte.Deux critères prévalent immanquablement dans l’élaboration de tout édition critique: la fidélité au texte et sa lisibilité.Cependant Tau-thenticité prime, et le second par Giselle Huot et Réjean Bergeron Étudiants au doctorat en histoire à l’Université de Montréal.critère n’a préséance sur le premier que s’il y a danger d’ambiguïté ou d’incompréhension.Et dans ce cas, toutes les interventions de l’éditeur doivent être signalées et justifiées.Ce texte, reflet presque absolu de celui du manuscrit (la graphie parfois archaïque, les abréviations, l’accentuation et la ponctuation sont respectées, de même que sont maintenues quoique signalées les fautes orthographiques ou grammaticales) est accompagné de notes textuelles et de notes explicatives.Pour illustrer l’importance du respect du texte de l’auteur, citons un passage où Groulx, commentant sa participation à une fête, écrit; « le délire de la fête s’en mêlant, je me suis même hasardé à faire quelques sauts dans la place pour la première fois de sa vie » (III : 136ms.).Une simple transcription du texte aurait normalisé et donné ma vie.En restant fidèle au texte même, et non à ce qu’il aurait dû être, l’édition critique ajoute une autre dimension à l’écriture.Ce lapsus calami, cet acte manqué reflète une dimension psychologique, il rend compte de l’étonnement de Groulx face à la découverte de cet « autre » qui se livre à un divertissement jusqu’alors réservé à autrui et devant lequel il éprouve le besoin de se distancier.Kn normalisant ou en corrigeant un auteur sans le signaler, on peut omettre des informations qui, paraissant nulles au strict plan littéraire, pourraient s’avérer des renseignements précieux sur un autre plan.Après tout, un journal n’est pas qu’un exercice littéraire.L’édition critique met aussi en évidence la structure même et les différentes formes du Journal.Groulx l’a d’abord conçu comme un journal intime, un regard sur soi, un désir de saisir le moment présent pour être en mesure dans le futur de se retrouver au temps passé: « dans vingt ans (.) ce serait pour moi plaisir délicieux ( .) de me retrouver en toi, comme dans un miroir qui garderait mes jeunes traits » (1: 1ms.).S’il n’a pas tout d’abord d’intention spécifiquement littéraire, graduellement il introduit dans son Journal des pièces destinées à un public.L’envie d’écrire le démange et il fréquente toutes les tribunes.4 U ' a / hvâ ^ ¦ 'ih/Ui 7^' /TiT UtA -ts7 JH.Jluèc l'î/Id à/uj) fViU / fh'i/ju tùu MéuJ duUirr-U l cé 4- dim irrvJ^ /nou/f* _ 1 ijOAUj UJt MM tm/HMJÜWUI Ot^]' .{jvMLBkASJieMj / frntA' ^ f/mJyn nttAoi _ djUA ¦irnuniA- dil/y\Aâ4/AB/^ Ji/uA tbS f'*' OMI iunAi iw) 4 (Ùtu.- U/M .i /k'hu - l/t dt )u4k CiÂZ/rAdi V4 lA/ao /T4 hr /luMt (aM/tujmJ^ AM IA d ¦UM ^ d'IÊmMé , ‘ dé Ak yuy/i lu "UtU du d'idXiK -r {Iludtf tu^dM/i ./tffi/ixt /UUA4I ¦jim dont celle de l’Académie Saint-Charles, société littéraire du Séminaire de Sainte-Thérèse (Cégep Lionel-Groulx), dans le cadre de laquelle il présente régulièrement des travaux en prose ou en poésie.Dès lors, nous distinguons deux grandes catégories de textes selon leur destination : ceux qui en principe doivent rester secrets, et les autres destinés à la publication ou à une quelconque diffusion: poèmes, lettres, discours, articles, méditations.Deux modes d’écriture correspondent à ces deux ca- JOURNAL DE JEUNESSE DU Chanoine Lionel Groulx en deux tomes (1895-1911) Édition critique présentée par Benoît Lacroix Jean-Pierre Wallot Serge Lusignan et a! (à paraître - printemps 1 984) Le livre universitaire littérature ËUMj LES PRESSES DE L’UNIVERSITE DE MONTREAL C.P.6128, Succ.«A» Montréal (Québec) H3C 3J7 Tél.: 343-6929 tégories de textes.Premièrement, une écriture « spontanée » pour les textes dits intimes, qui ne comportent évidemment qu’une seule version, celle du Journal.Deuxièmement, une écriture « travaillée », une réécriture pour les textes destinés à un public.Ces derniers textes du ciJournal ne sont généralement pas des premiers jets (le journal intime en principe est caractérisé par l’authenticité et la spontanéité), mais des versions définitives ou quasi définitives.Groulx peut aussi bien recopier dans son Journal un texte qu’il a déjà présenté comme composition et qu’il remanie pour l’A-cadémie Saint-Charles, comme il peut prendre un texte du Journal et faire la démarche inverse : le présenter comme devoiç de collège, puis à l’Académie, après l’avoir révisé.Un texte écrit pour l’Académie à partir d’une page de Journal, mais plus développé, verra sa finale reportée ultérieurement au Journal.Un long poème engendre un autre poème.Un transfert de genre peut aussi s’opérer : un texte en prose donne naissance à un poème.D’une lettre recopiée dans le Journal, il tire un texte pour l’Académie.Les pages sur sa cam- pagne politique de 1891 deviendront le « Comment j’ai quitté la politique » des Ra-paillages.De son Journal, il extrait des passages qu’il utilisera dans ses écrits à ses jeunes disciples de l’Action catholique et qu’on retrouvera plus lard dans Une croisade d'adolescenis, etc.Ces textes qui peuvent n’a-voir qu’une seule autre version, en ont parfois quatre, cinq.L’« amour presque enfantin » (IV; 1ms.) que Groulx voue à son foyer lui fera produire 15 versions du poème intitulé originellement « Le chant d’un petit colon », puis « Mon foyer » (I : 94-95mss).Nous avons retrouvé 157 versions de textes du Journal, totalisant 372 pages, et touchant 225 des 913 pages des six cahiers du Journal, soit une proportion de près de 25%.Là encore, la comptabilisation des versions fait ressortir le « défaut dominant » (II : 142ms.) de Groulx à l’époque, celui de « verreux » (I: 62ms.).Cardes’67 textes du Journal touchés par les versions, il n’y a que 20 poèmes qui pourtant traînent dans leur sillage 84 des 157 versions.Les notes textuelles rendent compte des variantes de ces textes parallèles, de même que de toutes les variantes (corrections, ajouts, substitutions, suppressions ou ratures) des textes uniques, et ainsi mettent en lumière l’apprentissage de la langue et la genè.se de l’oeuvre de Groulx.Par ses notes en bas de page, l’édition critique vi.se à renseigner le lecteur à chaque fois que le texte mérite un éclaircissement.Dans cette édition, deux types d’information y sont consignés.Premièrement, les notes historiques soulignent les conditions dans lesquelles Groulx a rédigé son Journal', elles fournis.sent des renseignements sur riiistoire du Petit Séminaire de Sainte-Thérèse bien sûr, mais au.s.si sur l’histoire politique et l’histoire sociale; elles apportent également des précisions biographiques, géographiques et chronologiques.Une deuxième catégorie de notes tente de faire re.ssorlir la généalogie du savoir de Groulx par des remarques sur l’hisloire des idées et l’iiistoire littéraire, ainsi que par de nombreuses identifications de sources.Par exemple, dans les premiers cahiers du Journal, l’écriture de Groulx est celle d’un adolescent qui échappe avec difficulté aux réminiscences des lectures et au goût de l’imitation, (’’est d’ailleurs de la lecture du Journal d’Kugénie de Guérin, diariste française du 19e siècle, que lui vient l’idée d’écrire son propre journal qui s’ouvre sur un paragraphe presque entièrement composé de quatre emprunts, non identifiés, à cette oeuvre.Ainsi, par le travail de dépistage de sources, le Journal devient un témoin précieux pour la mise à jour des premières influences intellectuelles de .son auteur.Cependant la reconnaissance des sources ne se fait pas facilement puisque, le plus souvent, les emprunts sont enchâ.ssés dans le texte sans qu’aucun signe graphique ne les démarque de l’é-criture personnelle de Groulx.Les mentions d’auteur et les références aux oeuvres citées sont assez rares.Les emprunts que nous avons pu identifier sont nom-; breux et variés.L’étudiant du cours classique se détache peu de l’influence des auteurs étudiés, ceux de l’ani tiquité (Homère, Virgile, lloj race, Ovide) et ceux du 17è .siècle français (La Fontaine; Corneille, Racine).Chez les auteurs du 19e siècle fran! çais, outre Kugénie de Guérin, .ses préférences vont au)( auteurs catholiques, particu* lièrement à Veuillot, Lacor-daire, l’erreyve et Monta* lembert dont il lit les biographies bien avant les oeuvres Mais à mesure que progresse la rédaction de sort Journal, Groulx, devenu professeur, a une tendance plus nette à transformer plutôt qu'à reprendre les textes lu.s.Son écriture dénote une meilleure maîtrise de l’information acquise.Sans renier ses premières influences, raffinées par de nouvelles lectures ou par des relectures, Groulx élargit considérablement le choix de ses auteurs qui sera orienté vers la littérature française contemporaine et, bien qu’encore timidement, vers l’histoire et ta littérature québécoi.se., Peu à peu, le rêve fait place à l’action et les textes du journal s’espacent, .se ra;-réfient.Puis vient le temps où Groulx choisit désormais de « vider (.) [s)on âme (.) dans [sjes lettres » (V; 217ms.).C’est donc dans un journal « éclaté », sa correspondance, que nous pouvon.s retrouver le dian.sle.L’édition critique a le mérite d’offrir le texte intégral, tel qu’écrit par l’auteur et non tel que l’éditeur a décidé qu’il aurait dû être écrit.Klle offre une lecture plus complète, plus critique*'! plus circonstanciée jiui.squ’elle situe l’oeuvre dans son contexte, l’éclaire grâce aux notes explicatives qui identifient les .sources, les per.son-nes, les lieux, les circonstances et les événements.Kllé constitue en outre un instrument utile aux chercheurs de différentes disciplines (histoire, linguistique, littérature, sociologie) et, en ouvrant de nouvelles voies à la recherche, suscite des études, monographies, thè.se.*), mémoires.Société Canadienne du Cancer L’AUTEUR A AUSSI DES DROITS! Apprécier un livre, c'est aussi reconnaître le travail de son auteur.Les auteurs ont sur leurs écrits des droits moraux et pécuniaires que le lecteur doit respecter.Selon la Loi sur le droit d'auteur, la photographie ou la reproduction sans autorisation d un livre ou d extraits significatifs peut constituer un acte illégal.De plus, elle bafoue les droits moraux de l auteur et le prive d'un revenu appréciable Pour tout renseignement sur le droit d auteur, communiquer avec Le Service gouvernemental de la propriété inlellecluelle Ministère des Altaires culturelles Bloc C 1er elage 225 Grande Allee est Quebec (Quebec) GIR 5G5 Tel (418)643 4279 AHaires culturellat Queiiei Québec a a Le Devoir, samedi 22 octobre 1983 m.f - ¦ ¦ l’' -¦«k'v ih ^ *.LIONEL GRt)ULX La voix d'une epoque Exposition réalisée par L'AGENCE DU LIVRE en collaboration avec LA FONDATION LIONEL-GROULX L'Agence du Livre, Librairie Universitaire, située au 1246 de la rue Saint-Denis, à Montréal.Lieux et dates des expositions à Montréal Université de Montréal 2900, boul.Édouard-Montpetit.Hali d'honneur, pavillon principal, Du mercredi 26 octobre au samedi 29 octobre 1983.Bibliothèque Mile-End 5253, avenue du Parc.Du mardi 15 novembre au samedi 26 novembre 1983.Bibliothèque Centrale adulte 1210, rue Sherbrooke Est.Du mardi 1er novembre au dimanche 6 novembre 1983.Maison de la Culture Marie-Uguay 6052, boulevard Monk.Du mardi 1 7 janvier au dimanche 29 janvier 1984.Bibliothèque St-Michel 7601, rue François-Perreault.Du mardi 31 janvier au samedi 11 février 1984.mÊÊÊÊÊmÊà^ ÉÊÊk
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