Le devoir, 15 septembre 1910, jeudi 15 septembre 1910
t-KEinifcRfc: ANNEE—No.211 MüîNl REAL, Jtuui 15 SEKlfc/WtSRE, 1910 SOU LE NUMERO ABONNEMENTS : Edition Quotidienne: •» »*nada et Etats-Unis.$3.00 Onion Postale .* .*s!oo LE DEVOIR Rédaction et Admini^tration-i 71A RUE SAIN -ACQUEa M O N T R l Edition Hebdomadaire : .¦Ute-Uais et Union Postais .* * * .$1.50 Directeur : HENRI BOURASSA.TELEPHONIE REDACTION : N | 7460.ADMINiSTRATIC \ Main 7441 FAIS CE QUE DOIS ! M.Bourassa a.Notre-Dame Texte sténographié du discours prononcé par le directeur du “Devoir” dans la seconde séance générale du Congrès Eucharistique international.Eminences, ilesseifrncnrs, Mesdames, Messieurs, Depuis deux jours, dans ces séances mémorables, des apôtres de 1 Eglise universelle vous ont énoncé les vérités do la foi et prêché le culte de l’Eucharistie; les chefs de l’Eglise canadienne ont rendu témoignage à la religion vivante de leur peuple (Applaudissements) ; des prélats étrangers ont glorifie les magnificences du congrès de -Montréal; les hommes d’Etat canadiens ont assuré au représentant du chef de 1 Eglise catholique qu’ici l’Etat s’incline devant le magistère suprême de l’Eglise.(Applaudissements.) Du’on nie permette de prendre ce soir une tâche plus humble, mais non moins nécessaire,—à moi qui ne suis rien, à moi qui sors de cette foule, a moi qui n’ai qu’une parcelle du coeur des miens à présenter au Pape (Longues acclamations)—et d’accomplir au nom de tous ce que chacun d’entre nous fait lorsque, après être venu à la tabk sainte chercher un regain de grâce et de vitalité, il formule dans son âme les résolutions qu’il a prises pour devenir meilleur et plus for.Qu’on me pardonne donc d’énoncer quelques-unes des résolutions que nous devons prendre aujourd’hui comme peuple, après avoir communié tous ensemble à la face de Dieu et des hommes dans le culte eucharistique.lout d abord faisons voeu de confesser notre foi dans nos actes publics.Que cette foi, qui éclaire nos consciences et fait battre nos coeurs, no soit pas seulement la base de notre religion individuelle, niais 1 inspiratrice de notre vie publique.(Acclamations.) O rabattons le danger qui nous menace peut-être plus ici que dans la vieille Europe, attaquée par ailleurs dans sa foi; je veux dire le danger de la double conscience, qui fait que souvent des hommes qui adorent Dieu avec sincérité au foyer et à l’église, oublient qu'ils sont les fils de Dieu lorsqu’il faut proclamer leur foi dans la vie publique, dans les lois et dans le gouvernement de la nation.(Longues acclamations, applaudisse m e n ts prolongés.) Au culte de l’argent, au culte du confort, au culte des honneurs, opposons le culte du devoir, le culte du sacrifice, le culte du dévouement.(Acclamations.) L’illustre archevêque de Saint-Paul nous disait hier que l’Amérique est appelée a résoudre plusieurs des problèmes des sociétés futures.C est vrai; mais je crois également que l’Amérique peut encore apprendre quelques leçons des vieilles sociétés chrétiennes de l’Europe (Applaudissements) et qu’il me soit permis, comme Canadien, dans les veines de qui coule le sang de six générations de Canadiens, de demander à l’Europe de nous donner encore un souffle dj son apostolat et de son intellectualité, Je crois que, dans la recherche de ce culte de l’honneur, du dévouement et du sacrifice, même nous, les Français de la Nouvelle-France, pouvons encore apprendre quelque chose à l’autel de la vieille patrie, dont l’évêque d’Orléans et l’évêque d’Angers nous ont parlé hier et ce soir en des termes qui n'indiquent pas qu’ils soient les chefs spirituels d’une nation morte.(Longs applaudissements.) Au culte de l'égoïsme, au culte du riche qui s’engraisse et qui dort (Mouvement dans l auditoire), au culte du pauvre qui gronde! et qui frémit, opposons le culte des oeuvres sociales; car la foi sans les oeuvres est morte, et Pie X, le pape de l’Eucharistie, a été précédé dans les voies de la Providence divine par Léon X1TT, le pape j des ouvriers.(Longues acclamations.) Eminence, vous avez admiré le spectacle de quinze mille ouvriers canadiens adorant Dieu dans cette église et attendant de vos lèvres la parole des commandements suprêmes qui vous a été déléguée par le père que nous vénérons tous.(Applaudissements) Nos ouvriers sont encore catholiques individuellement, mais nos unions ouvrières ne le sont pas ; et je croirais faillir à mon devoir et au rôle que j’ai assumé ce soir, si je ne disais pas à mes compatriotes qu’il est urgent de veiller au salut des ouvriers, non seulement dans cette grande ville de Montreal mais dans toutes les villes de la province de Québec.(Acclamations.) 11 ne suffit pas de dire à l'ouvrier: “Sois chrétien, sobre et laborieux, lion père de famille et fidèle à ton patron; redoute les sociétés sans religion.Nous devons encore obéir à la parole du Pape des ouvriers, lui donner des oeuvres pratiques et lui prouver que la foi catholique n’est pas arriérée ni stérile; que la foi catholique peut non seulement sauvegarder les droits de la conscience, mais encore s'allier fructueusement à toutes les organisations modernes qui permettent au travail de se protéger contre la tyrannie du capital.Il faut prouver a 1 ouvrier que la foi, greffée sur les organisations ouvrières, ne les affaiblit pas, mais leur donne une âme qui les fora vivre, vivre plus longtemps et produire des fruits plus nombreux et plus substantiels que les groupements qui n’ont d’autre but que d’unir les ouvriers dans la revendication de leurs appétits et la recherche d'un salaire plus élevé.(Acclamaiions.) Ici encore, l’Amérique—l’Amérique de l’illustre archevêque do Saint-Paul ( Uouvnncnt) comme l’Amérique de l'éminent archevêque de Montréal—peut aller demander des leçons à l’Europe et en particulier à ce pays où la mentalité chrétienm, même dans le domaine politique, n'est pas morte, à ce vaillant petit pays de Belgique (Ap-plaudisscmrnts) qui.comprimé pendant cinq siècles par les nations étrangères, a.su conserver le double trésor de sa foi et de sa pensée nationale.(Applaudissements), LaBelgique prouve aujourd’hui nu monde entier que la profession des principes catholiques dans le gouvernement, dans les lois, dans l’administration n’e,tnpêche pas un peuple d’être à la tête de la civilisation et d’offrir au monde la solution la plus pratique et la plus efficace des problèmes ouvriers et dos questions .sociales.(Langues acclamations.) Mais s'il est un point sur lequel notre pensée doive s'arrêter particulièrement, s'il est.un principe sur Lequel, catholiques de toute origine, nous devons nous unir dans une commune résolution pratique, c'est celui de l'éducation chrétienne de nos enfants.(Acclamations) Ne laissons pas pénétrer chez nous—la brèche est déjà faite— cette notion fausse que la religion est bonne à l’école primaire, nécessaire au collège classique qui forme les prêtres, mais qu’elle n'a rien à faire dans l’école scientifique ou dans l'école de métiers (Acclamations prolongées) La religion fondée par le Fils du charpentier est peut-être plus nécessaire encore à l’ouvrier qui peine et qui sue, qu'à l’aristocrate de la pensée.(Longues acclamations) Oui, conservons intact, dans cette \i ille province de Québec,—le1 seul état de F Amérique du Nord qui possède ce trésor, comme l'a si bien dit l’éloquent, juge O'Sullivan.(Applaudisse,rents)—conservons intact ce trésor de l’éducation chrétienne, (pii ne entisiste pas seulement d.uis renseignement concret et restreint des dogmes théoriques de la religion—-si me permettent de m’exprimer ainsi les éminents théologiens qui m‘écoutent—mais qui consiste surtout, au point de vue del la foi pratique et vécue, dans la pénétration de toutes les sciences et] de toutes les notions humaines par l’idée religieuse, par la foi auj Christ à ses enseignements, à sa morale (Langues acclamations.) Oui.nous nous glorifions à bon droit d’avoir conservé ce trésor dans la province de Québec; mais de même qu’il y a un instant, je vous prêchais l’évangile de la charité sociale contre le dur égoïsme de l’individu, je vous adjure maintenant de pratiquer la charité nationale et de vaincre votre égoïsme provincial.La province de Québec ne mériterait pas son titre de fille aînée de l’Eglise au Canada et en Amérique si elle se désintéressait des causes catholiques des autres provinces de la confédération.Nous avons—et permettez, Eminence, qu’surnom de-mea compa- triote.je revendique pou eux cet honneur—nous avons les premiers accordé à ceux qui ne partagent pas nos croyances religieuses la plénitude de leur liberté dans l’éducation de leurs enfants.(Applaudissements) Nous avons bien fait ; mais nous avons acquis par là le droit et le devoir de réclamer la plénitude des droits des minorités catholiques dans toutes les provinces protestantes do la Confédération.(Ae-clamations prolongées.L’auditoire fait à l’orateur nue longue ovation.) Et à ceux qui vous diront que là où l’on est faible, là où l’on est peu nombreux, là où l’on n’est pas riche, on ne doit pas réclamer son du, mais le mendier à genoux, je réponds: Catholiques du Canada, traversez les mers, abordez le sol de la protestante Angleterre, faites revivre l’ombre majestueuse d’un Wiseman, d’un Manning et d’un Vaughan, si dignement représentés par un Bourne, (Applaudissements) et allez voir si là les minorités quémandent la charité du riche et du fort (Acclamations.) Les catholiques anglais, fiers de leur titre de catholiques et non moins tiers de leurs droits de citoyens britanniques, réclament, au nom du droit, de la justice et de la constitution, la liberté d’enseigner à leurs enfants ce qu’ils ont appris eux-mêmes.(Applaudissements) Et 1 Angleterre a commencé à se convertir au catholicisme le jour où la minorité catholique anglaise, réveillée par le mouvement d’Oxford, a cesse
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