Le devoir, 3 mars 1930, lundi 3 mars 1930
Volume XXI — Numéro 50 Abonnements parla poste : Edition quotidienne CANADA.• 6.0* Etats-Unis et Empire Britannique .8.00 UNION POSTALE.10.00 Edition hebdomadaire CANADA.2.00 ETATS-UNIS ET UNION POSTALE 3.00 LE DEVOIR Montréal, lundi 3 mars 1930 TROIS SOUS LE NUMERO Rédaction et administration 430 EST NOTRE-DAME MONTREAL TELEPHONE: - - HArbour 1241* SERVICE DE NUIT: Directeur: HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS! Administration: Rédaction: • titrant: HArbour 1243 HArbour 3673 HArbour 4837 S.E.le cardinal Merry del Val La mort du cardinal Merry del Val laisse dans les rangs du Sacré Collège un vide difficile à remplir.Malgré le demi-effacement où vivait, depuis quinze ans, l’ancien Secrétaire d’Etat de Pie X, les journaux de toutes nuances ne peuvent s’empêcher de signaler les éminentes qualités de l’homme et du prélat, sa haute distinction, son extraordinaire aptitude à traiter les questions les plus diverses avec les hommes et les groupes de toutes races.A ces éloges plus que mérités, me sera-t-il permis d’ajouter une note plus personnelle, presque intime?* * * En 1896, M.Laurier m’avait chargé de préparer le mémoire, adressé au Saint-Siège, appuyant la demande d’une délégation apostolique extraordinaire, prélude de rétablissement de la délégation permanente.Naturellement, ce mémoire subit des modifications et des retouches dont je rie voudrais pas réclamer la paternité.Néanmoins, il resta suffisamment du projet originaire pour induire le délégué à accorder un entretien particulier au jeune député qui l’avait rédigé.Après et avant beaucoup d’autres Canadiens, — ecclésiastiques et laïques — j’allai rendre hommage à l’envoyé du Pape dans l’appartement mis à sa disposition, à Ottawa, par le président de la Banque de Montréal.Cette première entrevue me laissa une impression profonde d’admiration, de confiance, de respect et, j’ose ajouter, d’amitié partagée, autant que le permettait la différence des rangs et des situations.Mgr Merry del Val comptait alors trente et un ans.Sans son grand air et sa soutane lisérée de rouge, on lui en eût ôté deux ou trois.Personne de ceux qui l’ont alors connu n’a oublié la pénétrante sérénité du regard, l’insolite beauté de la physionomie, lu parfaite distinction de la personne, du geste, du langage.Mais pour connaître l’homme intérieur, il fallait le voir à l’autel.C’est alors qu’on devinait, qu’on saixtit, à quel point ce diplomate, cet érudit, ce grand seigneur, vivait, par l’esprit, d’une intense vie surnaturelle.Rien d’étonnant qu’il ait conquis si tôt et possédé jusqu’à la fin l’entière confiance du grand pape théologien* et diplomate, Léon XIII, et celle du grand pape de la vie intérieure, Pie X.On sait le culte que le Cardinal avait voué à la mémoire de Pie X.Depuis longtemps déjà, il recueillait pieusement les pièces et les témoignages qui serviront un jour à ouvrir la cause de béatification du Pontife dont il fut le plus intime conseiller.La mort de Pie X et le déchaînement de la grande guerre entraînèrent la retraite du Cardinal, comme secrétaire d’Etat.Il n’avait pas encore cinquante ans.Mais il ne faudrait pas croire, comme on l’a dit sottement ou méchamment, qu’il tomba en disgrâce.Déjà archiprêtre du Vatican et préfet de la Fabrique de Saint-Pierre, Benoît XV l’appelait, dès le 14 octobre 1914, au poste suréminent de secrétaire du Saint-Office, poste qu’il a occupé jusqu’à sa mort.Le Saint-Office, on le sait, est l'une des trois congrégations dont le Pape garde, de droit, la préfecture.Le cardinal-secrétaire en est donc, sous l’autorité immédiate du Saint-Père, le chef effectif.A plusieurs reprises, j’ai noté la remarquable pensée exprimée par S.S.Pie XI, dans son encyclique d’inauguration (Ubi arcano) : prolonger la doctrine de Pie X et la politique de Benoît XV.Dans le concret, cette pensée s’est manifestée par le maintien des cardinaux Merry del Val au Saint-Office, et Gasparri à la secrétairerie d’Etat.Mais j’oublie que c’est de souvenirs personnels et intimes que j’ni promis d’entretenir les lecteurs du Devoir.* * * A chacun de mes voyages à Rome, je me faisais un devoir d'aller présenter mes hommages au Cardinal, et il m’accordait la faveur d'un entretien aussi prolongé que le permettaient ses accablantes fonctions.Comme tous les vrais hommes d’Etat et les grands travailleurs — et comme la plupart des gens bien élevés il ne laissait jamais pressentir à son interlocuteur que sa présence l’ennuyait ou le dérangeait.Au Vatican ou à sa modeste habitation, piazza della Sagrestia, je trouvais le même accueil bienveillant, facile sans familiarité, ouvert sons abandon.De ma vie je n’ai rencontré homme plus maître de soi, de sa pensée, rie son expression et, en même temps, — combinaison rare — plus droit et plus limpide.Il n’est pas exagéré de dire qu’il était intellectuellement incapable d’une fausseté.Ce qui ne l’empêchait pas de connaître et de pratiquer avec un tact exquis l'art des nuances, si prisé des diplomates.En veut-on un tout petit exemple?En décembre 1910, trois mois après le Congrès eucharistique de Montréal, j’étais à Rome.Je sollicitai et j’obtins sans peine une audience du Cardinal-secrétaire d’Etat.Il me reçut à la fin rie l'après-midi, après les audiences officielles, à celle heure de demi-détente entre la besogne du jour et le frugal repas du soir, l’heure la plus propice, à Home, pour les visites.Dans ceux des cercles romains où l’on s’occupe du Canada, on avait fait courir le bruit que j’étais chargé d’une “mission".Au seul air du cardinal, je m’aperçus tout de suite que ce potin était venu jusqu’à lui.L’accueil fut parfait, courtois même — mais l’air était “ministre.’’ Selon une habitude déjà vieille, je fonçai sur l’obstacle.• Je dis au Cardinal l’exacte vérité: “Il a été question d’une “ mission’’ dont j’aurais fait partie, mais l’idée a été abandonnée.C’est donc à titre «le simple particulier, catho-Ihjuc et Canadien, «jue je viens présenter mes hommages à Votre Eminence et repremlre, si elle veut bien m’y autoriser, l’entretien entamé, voici bientôt quatorze ans, sur la situation «ie l’Eglise en Canada." L’effet, presque imperceptible, fut radical et instantané.L’air "ministre’’ disparut, le voile du regard tomba, et l’entretien se poursuivit, une heure durant, dans la plus parfaite confiance mutuelle.Il en fui toujours ainsi.A mon dernier voyage, on 1926, je me risquai à lui «lire: “Eminence, savez-vous pourquoi je vois en vous le plus sûr «les conseillers?” — “Non”, — “C’est à cause de votre double origine.Quand une question «1«> doctrine pure vous est soumise, vous la pesez «lans votre cerveau espagnol, orthodoxe et intransigeant; s’il s’agit d'une situation «le fait, vous avez recours à votre b«>n sens anglais, à votre robuste intuition des réalités, du possible et «le 1 impossible.” || voulut bien accueillir cette boutade par un bon rire.Hélas! j’étais loin de penser «pie je ne le reverrais plus en ce monde! * * * De tout ce «jue j'ai reiaieilli de juste, de vrai, de solide et d’avisé, nu cours «le ces entretiens, ce n’est pas encore le temps de parler.Mais je dois à la vérité et à la stricte justi«*e «le reptmsscr dès maintenant un préjugé, une calomnie, dont j’ai parfois retrouvé la trace dans «les esprits et sur des lèvres d’où un tel senti men t'aurait dû être à jamais banni.“la’ cardinal Merry del Val ne nous aime pas,” ai-jo entendu murmurer plus «l’iine fois.On a même prononcé le mot “ennemi.” L’accusation est aussi fausse et plus grotesque qu'odieuse.Homme de Dieu et de l'Eglise avant tout, catholique, apostolique et romain, essentiellement et complètement, le cardinal Merry del Val était incapable d’un sentiment bas contre qui que ce soit, Jmnune ou peuple.Dans l’ordre purement humain, il était par nature, par éducation et par entrainement, au-dessus de ces mesquines étroitesses d’esprit.Loin d’être l’ennemi des Canadiens français, il était l'un de leurs meilleurs amis, un véritable ami, juste, équitable, clairvoyant, sans complaisance et sans parti pris.11 nous aimait assez pour vouloir notre bien, le développement de nos qualités et la correction de nos défauts.11 nous aimait assez pour nous dire nos vérittïs — et c’est que bon nombre de gens, chez nous comme ailleurs, et peut-être un peu plus qu’ailleurs, ne peuvent plus souffrir.Aux yeux de ces singuliers catholiques, un “bon" Pape, un “bon” cardinal, un “bon” évêque, c’est celui qui nous abreuverait d’eau bénite.de cour, et «jui réserverait ses mercuriales et ces coups de crosse à nos “ennemis” ou à ceux que nous tenons pour tels.Le Cardinal Merry de! Val n’appartenait pas à la catégorie des flatteurs, ries flagorneurs, des courtisans de popularité.11 avait l’àme trop haute pour ces métiers.Et c’est pourquoi, sans parler de toutes ses autres «jiialités, sa mort est, je le répète, une très grande perte pour l’Eglise.Heureusement — et le cardinal eût été le premier à le dire — l’Eglise ne meurt pas.Les hommes passent, Dieu reste.Henri BOURASSA Uactiwiité Le cinéma éducateur F h U n'existe pas, que nous sachions, de censure attitrée pour les théâtres à Montréal.On peut se demander, après de récents évènements, s'il ne serait pas à propos d’en instituer une.Même si on en instituait une, il ne faudrait pas se bercer de vaines illusions.Il existe, en effet, un censeur, voire plusieurs censeurs des pellicules cinématographiques.Or les pièces que l’on joue sont loin d’être approuvées constamment par le public sain, c’est-à-dire par ce public dont M.Pelletier parlait vendredi, qui cherche au théâtre un délassement, une rupture honnête de la monotonie de la vie, une porte pour passer du monde de la réalité dans celui de la fantaisie, mais qui ne veut ni la salacité, ni la grivoiserie, ni le déshabillé, ni l’équivoque, ni même la vulgarité crùc.Nous n’avons pas fait d’enquête à ce sujet, mais il doit y avoir de par la ville de Montréal un grand nombre de gens qui demandent au théâtre une occasion de rire, de se dérider, de faire fonctionner la rate, organe trop négligé.Mais ce n'est pas la comédie désopilante et curative qu’offrent Je plus souvent le théâtre ni l'écran.Le drame sombre est ta spécialité du dernier surtout.Il nous montre contre un funèbre fond de pessimisme un monde de déséquilibrés, de voleurs, de débauchés, de traîtres et d’assassins.Un lecteur vient de nous téléphoner pour nous signaler une pièce que l'on a donnée au cours de la semair' dernière an théâtre Princess: les Nuits new-yorkaises.Le titre, vaste comme un toit d’amphithéâtre, permet d’exposer tous les bas-fonds de la grande ville.Ce n’esl, nous dit notre lecteur, qu’une succession de meurtres et de crimes de tout genre, d’étalages de filles ivres ou en folie.¥ * Ÿ Le cinéma reste cette école du crime qui a été dénoncée par le résident du tribunal des jeunes dé-inquants.U est certain que les enfants — les adolescents de 16 ans sont-ils autre chose que des enfants au point de vue moral, à supposer qu’on n’admette pas d’enfants?-re-produtsent dans leurs jeux d’abord et, plus tard, dans la sérieuse et tragique réalité ce qu’ils ont vu au théâtre.Les exemples abondent de meurtres, de viols, de grands exploits de banditisme qui copient avec une servile fidélité tel récit de meurtre et tel scénario de hold up.Le cinéma est F université du vice d’oà sortent les techniciens des crimes de tout genre.Ceux qui en défendent Ventrée, qui en règlent le programme, en l’approuvant ou le cauiardant selon leur bon plaisir, sont donc revêtus d’une grave responsabilité.Ce n’est pas la Commission scolaire qui exerce, hélas! l’influence la plus directe et ta plus grave sur l’édncatton de la jeunesse, mats le Hurenu de censure du cinéma.La besogne de ees hommes est effroyable.Nous te savons.Nous n’avons jht* tel te désir de les embarrasser, mats uniquement de leur faire part an sujet de ce film des obseriHttions du publia, qui ont dà leur parvenir déjà.Est-ce un rêve irréalisable que de souhaiter que le Pureau de censure fasse l’éducation des producteurs de cinéma?Qu’il leur apprenne que tout film n’est pas bon pour l’expor-talian?Scrntt-ce pure utopie que de croire qu'il est possible d'accorder notre théâtre avec no» professions de fot?Tous se proclament catholiques, soumis, obéissants, sincère», voire militants’, les gouvernants de Québec comme ceux de Montréal.Pourquoi e» désaccord entre la bouche ci le coeur, entre ce qui est et ce que Von professe?* * * Mal» le public a lui ausii ta grande pari de responsabilité.On rencontre tous les jours des parent» qui déplorent te fatt que le théâtre est devenu le foyer pour les enfants et que ta maison n'ejrl plus que le dortoir et le réfectoire.Au Sremter moment libre, dès In pièce Janche épargnée qut en achète Ventrée, on brûle de se rendre au spec-fade.Ces parents à la vue courte ne votent pas que ce sont eux qui ont éduqué leurs enfants.Ils n'ont pas, rrotent-ils, donné Veremple puisqu'ils ne fréquentent pas ces bolten mats qu’ont-tls laissé lire et qu’onU’ breuses salles de spectacles fermées.M.Gaujvin a tort de croire qu’à Montréal même les gens se désintéressent du bon théâtre; encore faut-il qu’ils aient les moyens de fréquenter assidûment les spectacles à prix élevé.Et “Phi-Phi”?M.Gauvin dit quelque part dans sa lettre: “Phi-Phi ne faisait pas partie du répertoire de la troupe.Je peux vous assurer que le répertoire a été changé contre mes goûts.” Notons sa déclaration.Qu’est-ee qu’en dira le directeur du Saint-Denis?Affaire à régler entre MM.Gauvin et Cardinal.M.Gauvin n'aurait rien eu à dire dans ce choix?C’est invraisemblable, mais cela peut être vrai.Admettons que ce soit vrai.M.Gauvin estime-t-il qu’il n’aurait pas alors dû protester, puisque ce n’était pas de son goût?Il eût servi dans ce cas la cause du théâtre français respectable dont il se proclame le tenant.A qui la faute si cette*piteuse ai-fuire nuit outre-mer au recrutement de bonnes troupes françaises avec un répertoire convenable?Pas ft nous, assurément.Deux questions M.Gauvin nous pose deux questions, aux derniers paragraphes de sa lettre.A la première, — serait-ce notre "but ultime" — admirons ce mot ultime sous la plume de M.Gauvin, — d’empêcher toute manifestation d’art français à Montréal, M.Gauvin trouvera la réponse dans l'article même au sujet duquel il nous écrit.Nous y rappelons qu’il existe un théâtre français "qui peut s’exporter, sans que de la boue en rejaillisse sur tout le pays” dont il vient.Si M.Gauvin ne comprend pas.Pour ce qui est de la deuxième et très spirituelle question, “voulez-vous prendre la direction de la prochaine saison théâtrale française?” il va de soi qu’après l’aventure du Saint-Denis M.Gauvin doit se sentir prêt à passer la main.Quelque esprit que M.Gauvin mette à nous tenter, le métier est trop gâché et la côte descendue trop longue, elle est trop ardue à remonter pour que nous nous attelions au coche versé tout au bas.Nous ne l’y avons pas conduit.E^.puis M.Gauvin ne sait-il pas que son excellent M.Rogé, directeur musical de sa troupe d’opérette française, vient de nous promettre, dans la Presse, de nous faire inter A Québi Les lois agricoles de M.Perron Le programme qu’il vient d’exposer rencontre des objections — Les coopératives à $100 la part — L’obstacle qu’y voient les membres de YUnion Catholique des Cultivateurs Depuis dt Us parfois fait lire à ceux dont ils ont charge?Quel est le racoleur du théâtre?Est-ce la circulaire que l’on jette à la porte?Est-ce Vaffiche?Oui, pour une part; mais il est possible de jeter au feu la circulaire, sans qu’elle traîne entre les mains des enfants et si beaucoup de jeunes s’arrêtent devant le panneau-réclame, U est censuré.Mais le journal entre insidieusement dans la maison.Il exerce une fascination d’autant plus vive qu’elle est menteuse.La scène que la censure a supprimée est souvent illustrée dans le journal qui recourt au piment le plus violent.Et la réclame ne s’adresse point seulement aux peux, mais elle pénètre dans l’esprit.On a interdit, mercredi dernier, une pièce de théâtre qut était une ordure.Un journal qui se
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