Le devoir, 29 février 1912, jeudi 29 février 1912
MONTREAL.JEUDI 29 FEVRIER.1912 TROISIEME ANNEE-No.50 UN SOU LE NUMERO ABONNEMENTS : Edition Quotidienne : CANADA ET ETATS-UNIS.$3.00 UNION POSTALE geioO Edition Hebdomadaire : CANADA .$1.00 ETATS-UNIS .$1.50 UNION POSTALE $2.00 LE DEVOIR Rédadion et Administration: 71.RUE SAINT-JACQUES MONTREAL.TEU ;HONES : AD.-.% 'STRATION : Main 7461 RED/.-V’ON: Main 7460 V Diredteur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS A J______ \ - -.,.i.PROFITONS DU DELAI Le débat sur l’extension des frontières d.u Manitoba est ajourné à lundi.Nous prions tous nos amis de profiter de ce nouveau délai pour faire entendre à leurs mandataires la voix de la foule.Il est trop certain qu’à l’heure actuelle, il s’exerce, au parlement, une pression considérable pour amener certains députés à contresigner 1 abandon des droits de ia minorité du Keevvatin.11 faut opposer à cette pression, qui trouve sa force principale dans le ‘'patronage” et la solidarité de parti, celle de l’opinion publique libre et indépendante.Il n’y a pas huit jours, l’un des jeunes députés qui sont le phis fermement résolus à faire leur devoir, quoi qu’il advienne, nous disait: Je tiendrai la parole que j’ai donnée à mes électeurs, mais je ne savais pas qu'il fût si difficile de marcher droit! Donnons à ceux qui sont prêts « nuire lier (Irait ce puissant réconfort de savoir qu’ils ont avec eux l’opiniou réfléchie et décidée de leurs électeurs; faisons comprendre à ceux qui seraient tentés de fléchir qu’aucune défaillance ne sera pardonuée.Les derniers jours de la semaine ramènent dans leurs circonscriptions électorales la plupart des députés: l’occasion est excellente de leur faire connaître, dans une bonne conversation coeur à coeur, le sentiment de ceux qui les ont faits ce qu’ils sont.Quant aux autres, on peut toujours les atteindre par lettre.Ils reçoivent trop de messages qui ne portent que l’éeho des compétitions d’intérêt et de bas appétits; cela les changera, cela leur fera plaisir de recevoir des lettres qui ne visent que l’intérêt général du pays et le respect de la justice.Le mouvement est bien lancé: les pétitions et les articles de journaux que nous avons publiés, les centaines, peut-être les milliers de lettres qu’ont déjà reçues députés et ministres, ne laissent guère de doute sur le sentiment de la foule.Mais, plus le mouvement sera général et puissant, plus nous aurons chance d’obtenir un résultat favorable.C}ue ceux qui seraient tentés de se désintéresser de ce douloureux problème, méditent la signature mise par Mgr Charlebois au bas de la pétition des citoyens de Le Pas; qu’ils méditent l’appel que viennent d’adresser à tous leurs compatriotes du 'Canada les Canadiens-Français de la Saskatchewan.Nous n’avons pas le droit d'être sourds à ces appels.Profitons du temps qui nous reste pour faire entendre à Ottawa la voix du peuple, pour exiger du Parlement le respect die sa propre parole.Orner HEROUX.LETTRE DE QUEBEC L’OPPOSITION GAGNE ENCORE UN POINT EN FAVEUR DU COLON.— LES HOMMES PRATIQUES SONT OBLIGES DE CONCEDER AUX REVEURS.— PREVOST-KEL^Y.— LE DEPUTE DE BONA-VENTURE DEGONFLE ENCORE UNE FOIS.— PERSONNE NE VEUT LE DEFENDRE.— A QUI LA PALME?— MM.BERNARD ET LAFONTAINE AU SUJET DES BARRIERES ET PONTS PEAGE.Québec, 28.—Encore une victoire pour l’opposition, Victoire partielle, si vous voulez, car le respect humain exige qu’un gouvernement prétendu fort intelligent et pratique paraisse céder le moins possible à l’inspiration de ses adversaires.Quand le cabinet Gouin revenu dea élections de ,1908 avec un ministre des terres éclopé, remplaça M.Turgeon par ce bon M.Allard, celui-ci donna à différentes idées la forme d’un projet de loi concernant les terres publiques et il fit décréter entre autres choses qu’aucun colon ne pourrait aliéner son lot de quelque manière que ce fût avant l’expiration d’un délai de cinq ans à dater du billet de location.L’opposition fit sur ce point une grosse bataille dont la preuve nous est restée dans l’amendement suivant que l’on trouve à la page 532 des journaux de l’Assemblée législative pour 1909: ‘‘M.Tellier propose en amendement, appuyé par M.Pennington: “Que le bill ne soit pas lu maintenant pour la troisième fois, mais qu’il soit de nouveau renvoyé au comité général de cette Chambre avec instruction d’y retrancher fautes les dispositions cjwi défendent au colon die vendre ou transporter son lot ou ses travaux ou améliorations pendant cinq ans à compter de la date de son billet de location.” ¦Comme de raison, le parti ministériel fit repouser eet amendement.Il fallait, disait alors M.Caron, la chauve-souris du ministère, qui re-' présentait M.Allard à rassemblée, il fallait absolument protéger le colon contre ses propres imprévoyances et mettre sa bonne foi à l’épreuve.Les ventres pleins ont toujours de ces précautions pour les crève-faim.Or cet après-midi, M.Allard, le bon M.Allard, le brave paysan de Saint-François du Lac, a soumis des résolutions préliminaires d’un projet de loi concernant les terres publiques.Aussitôt l’opposition a voulu savoir qu’est-ce que c’est que ce projet.M.Allard a, répondu qu'il s'agissait d’amender la loi des terres, au sujet de l’aliénation.Cela vous dit peu de chose, n’est-ce pas?Eh bien, cet amendement réduira à trois ans le temps pendant lequel le colon ne pourra ni vendre ni louer, ni transporter son lot.Prenons toujours cela en attendant le triomphe définitif qui approche.» * î Cet après-midi l’on a clos un débat et l’on en a continué un autre sans pouvoir y mettre fin avant six heures.Celui qu’on a clos concerne tout notre régime de tenure des terres publiques, et c'est M.Prévost qui l’a terminé.On se rappelle qu’il devait une réplique à M.John Hall Kelly que l’indisposition de M.Devlin a tout à coup inspiré.Le député de Terrebonne la lui a donnée et bonne.Le député de Bonaventure reste plus que jamais empâté et peut-être même a-Hl compromis davantage ses chances de succès.Il inspire tie moins en moins confiance.M.Prévost affirme d’abord que M.Kelly a répondu au rapport de M.Page, daté de 1910 par des pièces datées de 1908.Il est vrai que .Miquelon a payé certaines amendes, mais en 1908, et comme ces amendes ont été reçues par M.Page, il est à présumer qu’en affirmant deux ans après, que Miquelon aurait dû payer de $3,500 à $4,000, Page devait savoir ce qu'il disait.Puis le député de Terrebonne accuse le ministère des Terres de lui cacher encore deux ou trois rapports d’officiers du département, rapporis de M.Thomson, rapport de M.Piché, rapport de M.Graham concernant les opérations de Miquelon.Que signifie la protection dont jouit ce spéculateur?If n'y a aucune contradiction dans l’attitude de l’opposition: elle veut justice pour tous, que tous les spéculateurs soient punis, qu’ils soient rouges ou bleus.M.Prévost passe ensuite à la question de la terre libre au colon libre.Par de copieuses citations de la Patrie, de la Presse, du Temps, du Canada Français, du Courrier de Montmagny, de l’Avenir du Nord, il établit qu'il a toujours été en faveur de ce principe et par de larges extraits d'une conférence de M.Kelly au congrès de colonisation de St-Jérôme, il démontre aussi que le député de Bonaventure était si favorable à la même idée qu'il ne concevait pas comment le problème de la.colonisation pouvait être réglé autrement.Pourquoi AT.Kelly a-t-il changé depuis?Est-ce parce qu’au lieu d’être l’avocat de R.N.Leblanc, il est devenu l’avocat de M.Edwards?Quant aux marchands de bois il n’a jamais dit qu’ils volaient la province, et M.Kelly le sait bien, mais il a dit et il répète que par sa négligence, le gouvernement perd chaque année au moins cinq cents mille piastres de droits de coupe.Et cela s’explique facilement quand on sait que les mesureurs du bois sont les employés, non de In province, mais des marchands de bois, qui ont intérêt à favoriser leurs patrons plutôt que la province.Le tableau de la recette provenan de cette source est déjà un commencement de preuve à l’appui de cette assertion.dit M.Prévost.Il y a 25 ans en 1888-89, on retirnit en droit de coupe $707.357 et en 1908-09 on ne retirait que $650,000 de la même source.Il y a dix ans le droit de coupe donnait un revenu de $713,435, et en 1900-10, il n'n donné que $734,000, «avoir $21,000 de plus.N’est-os pas la preuve préliminaire que la province perd des sommes énor- mes, puisque malgré l’énorme augmentation dans la construction et 1 usage du bois, la coupe ne paraît pas augmenter.Qu’on nous donne une enquête et nous allons compléter cette preuve.Enfin, le député de Terrebonne achève de démontrer l’erreur voulue de M.Kelly eu lui rappelant ses déclarations passées, à l’effet qu’il n’y avait jamais eu d’aussi bon ministre de la colonisation que lui, M.Prévost, Dans ce temps-là Al.Kelly me vantait pour obtenir des faveurs, quitte à me trahire ensuite, comme il cherche à se remettre en grâce auprès des ministres Actuels, quitte à les trahir aussi ensuite.Et il termine en ré pétant que la seule solution du problème de la colonisation est la terre libre au colon libre et la réorganisation du ministère des Terres sur un système qui permettra de substituer au méli-mélo actuel une méthode suffisante pour tenir le colon en contact avec l’administration au lieu de l’exposer à des délais et à des refus, qui le découragent et finissent par le chasser de ia province.Aucun ami ne tente de réhabiliter le moindrement M.Kelly qui reste, comme en 1909 convaincu de fausse interprétation des documents et de changement complet de front sur la question de colonisation.• « • Ensuite, c’est AI.Lévesque, de Laval, qui reprend sa chronique humoristique.Laval devient le jardin maraîcher de Alontréal, dit-il.C’est évident.Ensuite, c'est AI.Letourneau, de Québec-Est, l’un des figurants de l'affaire Leduc,—l’ami de Al.Laurier et de AI.Alexandre Taschereau.Ensuite, c’est AT.Leclerc de Québec-Centre qui nous parle de défunt Sénéeal.Il me serait bien difficile de vous dire qui mérite la palme des chemins et barrières de péage.Ils vont se prendre au sérieux, surtout AI.Létourneau qui réclame pour le parti libéral '‘l’abolissement de la bicorne” du pont Dorchester, lorsque Ai.Bernard, député de Shefford, en une improvisation ad rem, apporte à l’appui de la thèse soutenue hier, par AI.Tellier, savoir que la politique du gouvernement sur cette question de barrières et chemins de péage n’est qu’une longue comédie, de nouvelles preuves.Ainsi le vote sur la question de la Angus Short Line alors que l’on donnait à une compagnie privée le droit d’établir des péages; la réponse du gouvernement en 1907 alors que l’on déclarait que l’on n’avait pas l’intention d’abolir les ponts et chemins de péage et enfin le projet de loi lui-même qui laisse les municipalités à la merci d’un pouvoir irresponsable.Al.Bernard ajoute de plus que Al.Taschereau sait bien profiter de toutes ces mesures pour avancer les affaires politiques, en faisant savoir à certaines délégations par exemple, qu’il vaut mieux pour elles ne pas se faire accompagner par le député du comté, parce qu’il est (de l’opposition.Il proteste contre cette tactique, déclare qu’il n’en revendiquera pas moins les droits de son comté, mais qu’il ne risquera jamais une parcelle de l’indépendance de ses électeurs pour un bout de chemin ou un pont, et qu’il se moque de toutes les petites mesquineries ministérielles.M.Lafontaine, de Maskinongé, demande si les municipalités qui ont fait de gros sacrifices pour la construction de ponts chez elles seront compensées de leur part de cont ribution dans le rachat des ponts et chemins de péage ailleurs.Il ne faut pas penser qu'au comté de Laval, dit-il.M.Taschereau répond qu’il sera facile de s’entendre.Au contraire, réplique Al.Lafontaine, quand c’est un député de l’opposition, le ministre trouve toujours le moyen de rendre l’entente impossible.AT.Sauvé continuera le débat.Jean DUMONT.UN APPEL DE L’OUEST Les cinq cents délégués du Congrès de Duck Lake réclament justice pour la minorité du Keewatin Duck Lake, Sask., 28.(Service particulier) Le congrès des Canadiens-Français catholiques de la Saskatchewan obtient un succès énorme.Nous avons ici cinq cents délégués venus de tous les centres français de lu province.Cet après-midi, le congrès, à l’unanimité des voix, a adopté une résolution réclamant justice pour la minorité du Keewatin, affirmant ses droits à des écoles séparées et; faisant appel, en faveur de cette minorité, à tous les groupes français du Canada.On a rédigé une pétition demandant l’insertion dans la loi d’annexion d’une clause protectrice des droits de la minorité.Cette pétition a été signée par les cinq cents délégués, qui appartiennent & tous les groupes politiques.Le congrès a constitué le bureau que voici :—K.P.F.Delmas, olat principal de.l’Ecole Industrielle de Duck Lake; M.l'abbé F.-H.Maillard, Wolseley; M.Maurice Quesnel, Wauchope.l-es délégués au congrès de Québec seront : Mgr Mathieu,Mgr Charlebois, le Père Lacoste, O.M.L.l’hon.M.Turgeon, le R.P.Delmas, l’abbé Maillard, M.Quesnel, l’abbé Myre, le R.P.Saumey, l’abbé Bérubé, AI.Beauchamp, M.Amédée Cléroux, le R.P.Auclair, AI.Louis Schmidt.L’inspection médicale des écoles • - Le rapport des médecins-inspecteurs dea écoles pour raauéc 19J1 est des plus instructifs, car l’on petit comparer les chiffres qu’il donne pour l'an dernier avec ceux de l’année 1910.On constate une amélioration sensible.Ainsi, en 1910, on trouve que sur 33,484 élèves on a compté 9,583 sains et 8,004 malades, tandis qu'en 1911, on trouve 32,000 sains et 27,000 malades sur 59.000 élèves.Cette diminution est constante et progressive pour toutes les années à partir de l'institution do cette inspection.C’est donc la preuve qu'elle a fait le plus grand bien.Prenons par exemple la pédiculose, terme scientifique qui désigne,— j'en demanda pardon à nos lectrices l'invasion de ia tête par les poux,— le rapport de 1911 indique 2,000 cas : au début, nous dit-on,on en trouve 20,000, en 1910, on en a trouvé 5,000.Mais ce n'est pas seulement pour les malades que cette 'inspection a été instituée.Ives médecins doivent aussi voir à la ventilation, au cubage d'air, à, l’éclairage, au mobilier scolaire, etc.Ici encore l’inspection a fait le plus grand bien.Dans des écoles, l’éclairage venait de droite, dans d’autres c’était les bancs et les pupitres qui n’étaient pa4 proportionnés à la taille des élèves ; presque partout le cubage d'air était insuffisant et la ventilation absente.Tout n’est pas encore parfait, tant s’en faut, puisque les inspecteurs signalent toujours des écoles mal aérées, mal éclairées, dépourvues d'appareils de sauvetage suffisants, mais le progrès est considérable et il n’y a qu’à continuer pour qu’on approche encore plus de la perfection.Au début.l'inspection a rencontré des adversaires.Certaines commissions scolaires ne voyaient pas de quel droit la ville intervenait dans leur administration.Les préventions ont pou à peu disparu et on ne refuse mainte- nant la visite des inspecteurs nulle part.C est qu’on a fini par comprendre que la santé des élèves importe plus que la conservation de droits purement théoriques, que la Ville no songeait du reste pas à contester.Je ne doute pas d’ailleurs que les commis-saites n’aient fait leur opposition avec la plus entière bonne foi.Seulement ils ne réalisaient pas toujours ro que telle ou telle condition pouvait avoir de dangereux pour la santé de l’enfant.Pu jour où’on le leur a montré, leur opposition a cessé.La direction de l’inspection médicale des écoles a d’ailleurs compris qu’elle n’avait aucun droit légal de se substituer aux commissions scolaires, aussi je crois qu’elle ne l’a jamais tenté et que c’est par ia persuasion seule qu'elle a vaincu les répugnances.Tout le monde s’en trouve donc bien.Fred.PELLETIER.^ i tm - Sur le Pont d’Avignon.La question du suffrage féminin va meth/no aux prises les hommes les plus éminent s de l’Empire.Les suffragettes doivent s’amuser.1x5 jeune Prince do Galles rient «l'arborer son premier chapeau d«t noie.Faut-il ]’
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