Le devoir, 30 décembre 1930, mardi 30 décembre 1930
Volume XXI —No 301 Montréal, mar.30 décembre 1930 Abonnements par la poste: Edition quotidienne CANADA.9 6.00 E.-Unls et Empire Britannique .8.00 UNION POSTALE.10.00 Edition hebdomadaire CANADA.2.00 E.-UNIS ET UNION POSTALE .3.00 Directeur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! TROIS SOUS LE NUMERO Rédaction et administration 430 EST NOTRE-DAME MONTREAL TELEPHONE: .H Arbour I241» SERVICE DE NUIT : Administration: .HArbour 1243 Rédaction : .HArbour 3679 Gérant :.HArbour 4897 Jcffre Au moment où nous traçons ces premières lignes, la mort n’a pas encore définitivement abattu le maréchal Joffre; mais, déjà, d'un bout à l’aulre de Tunivers on discute sa vie et son oeuvre, comme s’il n’aippartenait plus au monde des vivants, comme s’il n’était déjà plus qu’un personnage historique.C’est qu’en fait, personne n’entretient plus d’espoir sur la survie du grand soldat; c’est qu’en fait aussi, et depuis des années, il appartient déjà à l’Histoire.Son nom, aussi longtemps qu’on feuilletera les annales françaises, restera lié à celui de la Marne; et la Marne, en l’occurrence, représente l’une de ces heures décisives où parait s’incliner vers de longues années de succès ou de malheur la vie d’un peuple.Pour l’imagination populaire, dans l’image simplifiée que la foule — et qui, sur ce point, n’est pas de la foule?— se fait des grandes choses, Joffre restera le vainqueur de la Marne.On a beaucoup discuté, on discutera infiniment encore siy la part qui revient aux divers acteurs de ce drame fameux; mais îl est assez probable que l’Histoire, en définitive, ratifiera le verdict populaire.Il y a là-dessus un mot de journaliste français, grand admirateur, au reste, de Galliéni et du rôle que celui-ci joua dans la bataille, qui résume peut-être ce débal.— Le certain, disait-il, c’est que si les choses avaient mal tourné, personne ne contesterait à Joffre les responsabilités de la défaite.Alors.Quant à Joffre lui-même, peu loquace et qui, s’il laisse probablement des mémoires, n’a voulu, de son vivant, prendre aucune part aux débats qui se poursuivaient autour de son oeuvre, on raconte qu’il se contenta quelque soir de faire observer: En somme, il semble que tout le monde ait gagné cette bataille, excepté moi.Il fallut quatre années encore, et d’effroyables efforts, pour abattre le colosse, mais on prétend que, dès le lendemain de la Marne, le chef d’état-major général de l’année allemande, le général de Moltke, dit au Kaiser: Sire, l’Allemagne a perdu la guerre.En tout cas, la route de Paris était temporairement fermée, les Allemands, qui depuis un mois marchaient de victoire en victoire, recevaient en pleine poitrine un coup qui, en les arrêtant au seuil du suprême triomphe, ruinait en eux le sentiment de leur propre invincibilité, diminuait par le fait leur puissance combative, tandis que le, soldat français devenait à son tour le vainqueur, l’homme qui a pris une hypothèque sur l’avenir.Ces résultats, quelque discussion qu’on puisse élever sur les lendemains de la Marne, furent énormes.Ils marquent d’un Irait exceptionnel l’une des phases maîtresses de la guerre.Et c’est peut-être l’occasion de rappeler le mot que les dépêches, tout récemment encore, prêtaient à Foch, l’homme qui eut la gloire d’acculer à l’échec final les armées ennemies: Pour faire face aux difficultés, de la première période de la lutte, il fallait un homme du tempérament de Joffre, impavide, capable d’encaisser indéfiniment, et préparant sous les coups mêmes sa revanche.* « « Un moment vint où le» chefs du gouvernement français crurent que le vainqueur de la Marne n’était plus à la hauteur de circonstances imprévues; qu’il fallait à la tête des armées un chef nouveau.Eurent-ils tort, eurent-ils raison, nous n’essaierons point — cela dépasse absolument notre petite compétence — de le démêler.Le vieux soldat, en tout cas, parut accepter avec une suprême dignité la poignante disgrâce.Incapable désormais de.servir militairement, il mit au service de son pays ce qui lui restait de force et son grand prestige.C’est alors que nous le vîmes aux Etats-Unis et au Canada, qu’on lui imposa cette formidable corvée de courses à travers des pays inconnus où il lui fallait être constamment en représentation.On imaginait bien que celte besogne ne lui plaisait guère, mais il s’y soumettait comme à tout le reste; car c’était encore une façon de servir.Le maréchal avait alors soixante-cinq ans.C'était un vieillard superbe et qui, en dépit de ses cheveux blancs, ne paraissait point sentir le poids des années.Au passage, il donnait plutôt l’impression d’une imbrisable force, ordonnée et disciplinée, que de la souriante et paternelle bonté qu’évoquait son populaire surnom, le Papa Joffre des soldats de son pays; mais un bref incident dévoila tout à coup la richesse et la "tendresse de son coeur.Le grand soldat avait courtoisement, mais sobrement accueilli, les manifestations et les hommages du public; il était, devant certaines effusions excessives, resté d’une froideur polie, mais quand il passa la revue des vétérans, ce fut autre chose.A l'extrémité de la ligne un soldat canadicn-français gisait, incapable de se dresser, sur un lit roulant.Sa mère était debout, tout auprès.Joffre tendit la main au blessé, mais celui-ci ne pouvait même lever le bras.Le maréchal alors, se penchant sur le soldat inconnu, l'embrassa comme si c’eût été son enfant; puis, se tournant vers la maman: C’est votre fils, Madame?La mère s’inclina, en un oui silencieux.Le maréchal mil un genou en terre et baisa la main qui avait bercé le netit soldai.1 Ceux qui virent ces choses comprirent qu’en le baptisant de son filial et respectueux sobriquet, les soldats français avaient simplement deviné quel coéur battait sous l’uniforme de l'homme, apparemment impassible, qui, pour la défense du pays les envoyait au-devant de la mitraille et de la Mort.* * t Les dernières années de la guerre avaient peut-être quelque peu fait oublier ses rudes débuts et celui qui en porta la si lourde responsabilité.On pensait surtout à ceux qui avaient en la joie et la gloire des derniers triomphes, si éclatants et si proches encore.L’Histoire sera plus juste, plus généreusement équitable: elle prendra des choses une vue d'ensemble, elle tiendra compte de tous les facteurs, elle restituera vraisemblablement au vainqueur de la première Marne son rôle de tout premier plan.Quant au peuple, il semble bien déjà l'avoir drapé dans la Légende, au-dessus même de EHistoirr.Et c'est de la pauvre gloire humaine l’une des plus haulcs 1 ormes, celle qui, le plu» sôremenl, défie les siècles.Orner HEROUX qu’il veut une amélioration.L’Oiseau bleu circule dans les écoles et dans pas mal de foyers; mais il voudrait qu’il volât dans tous les foyers canudiens-français, qu’il portât à tous les petits de chez nous sa joyeuse chanson.Si modeste que soit mon influence, elle pourrait aider, parait-il, à étendre le rayon de vol de /’Oiseau bleu.M, de la liochelle m'a donc écrit un mot, poliment impérieux, pour me demander de signaler la revue à nos lecteurs.Ce mot date du 23 décembre, d’où mes excuses pour ne m’exécuter qu’aujourd’hui.Je pou vais difficilement faire autrement.1 cette époque de l’année, les fêtes rongent pas mal de temps et il y a ensuite le souci de l’actualité
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