Le devoir, 30 avril 1913, mercredi 30 avril 1913
VOLUME IV—No.*>9 MONTREAL, MERCREDI 30 AVRIL, 1913 UN S OU LE NU MERO ABONNEMENTS: Edition Quotidienne : CANADA ET ETATS-UNIS.93.00 UNION POSTALE.90.00 Edition Hebdomadaire : CANADA .91.00 ETATS-UNIS .« ¦ » .«I.81.50 UNION POSTALE .•« « « *«* .82.00 Rédaction et Ad ^ .ration i 71.RUE S VAQUES TELEPHONES ; ADMINISTRATION: Mù» 7461 REDACTION: Mua 7460 Directeur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! LE DEVOIR SOCIAL Un discours de M.Fitzpatrick ; De tous les discours prononcés aux fêtes de Québec, le plus remar->tjué fut peut-être celui du président de la Cour Suprême, M.Fitzpatrick.^On trouve tout naturel de voir des prêtres et des religieux s’occuper (ld’oeuvres charitables et l’on admet très bien qu’un certain nombre de laïques les aident, mais l’on n’est pas habitué à voir un homme qui a occupé de hautes situations politiques, qui est au sommet de la hiérarchie Ljudiciaire, se lier publiquement à une oeuvre d’allures aussi modestes, jd’kpparences aussi humbles, que la Société Saint-Vincent de Paul.Nous ^disons lier, car il faut bien noter que M.Fitzpatrick ne participait point iaux fêtes de Québec en sa qualité-officielle, mais bien à titre de membre îfictif des conférences de Saint-Vincent de Paul.L’incident a faitiréfléchir; le discours vaut d’être médité.* Après avoir rapidement esquissé la vie et l’oeuvre d’Ozanam, le président de la Cour Suprême a continué: Mais il ne suffit pas de rendre Ihommage à l’écrivain et à l’orateur, ou même au fondateur de notre so-'eiété; il faut encore recueillir les leçons de sa vie et savoir les appliquer à notre pays et à notre temps.S’il en est qui croient que les membres des conférences doivent être de simples porteurs de bons de pain, ceux-r Jà se trompent et sont démentis à la fois par l’oeuvre et la parole d’Ozanam.Toutes les oeuvres d'asistance et de relèvement social peuvent faillir de notre oeuvre.Et, abordant un autre terrain, l’ancien ministre de la Justice rappelait à ses auditeurs que le temps n’est plus où l’on pouvait considérer le Canada comme une sorte d’Eldorado soustrait aux misères des autres pays.11 montrait, sous la poussée de l’industrialisme et de l’immigration, le conflit prochain du pauvre qui souffre et du riche qui jouit, la ruée des appétits s’exerçant chez nous comme partout, la formation des grandes villes avec toutes les misères qui en découlent trop souvent pour les petits et les malheureux; il évoquait le spectacle des taudis où s’entas-tsent les miséreux, le spectacle des orphelins, des vieillards, des abandon-i nés de tout âge et de tout sexe dont la souffrance sollicite la charité.Il se tournait vers les riches et leur disait : Rappelez-Vous que, si vous avez plus reçu, vous avez des obligations plus grandes.Vous êtes les I tuteurs nés des petits et des humbles.Vous avez le devoir de donner non ! seulement une part de votre superflu, mais votre effort et votre travail ; pour leur soulagement.C'est dans le contact direct avec la misère et la souffrance que vous sentirez se dilater vos coeurs et que vous comprendrez tout le sens de la vie.En faisant du bien aux autres, vous vous en ferez à vous-mêmes.- S’adressant directement aux étudiants de Laval, M.Fitzpatrick ajoutait: Permettez-moi de me souvenir que j’ai l’honneur d’être l’un des professeurs de cette université pour vous dire que ce devoir vous incombe plus qu’à tout autre, jeunes gens qui vivez dans une atmosphère saine, qui bénéficiez de trois siècles de travaux, qui vous appuyez sur de longues traditions et marchez en pleine lumière.La somme de vos obligations est égale à celle des dons que vous avez reçus.Penchez-vous sur les réalités, prenez contact avec les petits et les malheureux, et n’oubliez jamais votre devoir envers eux.C’est l’une des formes de votre devoir envers Dieu.* * * Ce sont là les vérités essentielles d’où sont sorties tant d’oeuvres de Jchafité et d’assistartee; elles sont très vieilles et M.Fitzpatrick ne les » pas inventées, mais en les répétant avec l’autorité de son nom et de son expérience, il a rendu un service dont il faut le remercier.Parmi ceux qui l’écoutaient se trouvaient des hommes qui ont déjà fait beaucoup pour les petits, et donc pour îa paix sociale; il s’en trouvait aussi qui disposent de puissants moyens d’action et qui, peut-être, b’ont pas encore songé à les mettre au service, des pauvres.Il serait élon-lianl que ses paroles n’eussent pas éveillé en plus d’un coeur de fécondes Résolutions.Orner HEROUX.r*— 1 ü: 1 1.Quelles sont ces raisons ?La Semaine de M.Blondin s’applique hebdomadairement à la tâche d’excuser son homme, jadis si actif contre tout projet de contribution à la marine, aujourd’hui si partisan de la contribution Borden.Dans son dernier numéro elle nous dit qu’il eût suffi d’un ipot de M.Borden pour mettre libéraux et conservateurs d’accord sur cette question navale, savoir, ajouter la marine Laurier au don de 35 millions.“Pourquoi M.Borden a-t-il refusé tout compromis avec l’opposition, et a-t-il préféré subir la lutte acharnée de trois mois d’obstruction, demande la Semaine1! “—La réponse ne serait-elle pas, par hasard, qu’il avait donné sa parole aux députés de Québec, et qu’il n’a pas voulu les tromper?” Que la Semaine s’explique, nous ne comprenons pas.A moins que la Semaine veuille dire que les députés conservateurs de Québec ont promis de voter les 35 millions après avoir obtenu de M.Borden l’assurance qu’il n’accepterait pas le projet de marine Laurier.Ce que ça dû lui coûter à M.Borden de s’engager à ne pas faire sienne la politique de M.Laurier qu’il avait si vivement combattue! “Que ceux qui, à la légère, irai-tent de lâches et de traîtres les braves députés de Québec qui ont appuyé le Gouvernement, réfléchissent un peu, et qu’ils nous disent ce qui serait arrivé si les quatorze conservateurs eussent fait bloc contre Je Gouvernement, ajoute la Semaine.“Ne croient-ils pas que M.Borden, délaissé par ses alliés, eût élé justifiable de rechercher des alliances libérales, pour les remplacer, et ne voient-ils pas que pour quatorze votes qu’il aurait perdus, il aurait trouvé pour les remplacer tous les libéraux de la Chambre, unis aux conservateurs, comme dans l’élection d’Hoehelaga, pour écraser un groupe intransigeant et inconséquent.Le résultat eût été Inévitablement la ruine de cette même politique nationaliste, dont M.Borden a gardé et respecté tous les principes dans sa loi actuelle aussi bien que dans tous ses discours.Le temps justifiera çeux que M.Bou-rassa rondaîrine si sévèrement, et le peuple apprendra avant longtemps les raisons de profonde sagesse qui ont guidé les députés de Québec dans ce dédale dangereux.” Ah! bien non, nous ne croyons pas cela.D’abord ce n’est pas quatorze mais vingt votes que M.Borden eût perdu si lous les députés eussent tenu parole et “fait acte d’indépendance”, pour parler comme M.L’Espérance quand il cherchait à se faire élire, ou, encore, s’ils eussent été prêts à risquer leur vie pour défendre leurs principes comme le Dr Paquet en faisait le voeu avant les élections; et ce déplacement eût réduit la majorité de M.Borden à un chiffre tel qu’il n’eût jamais osé insister.Que M.Borden eût alors cherché des alliances du côté libéral, cela n’est pas probable, mais eût-il voulu sortir de l’impasse par ce moyen qu’il eût manqué son coup.Voyons, MM.de la Semaine, êtes-vous assez naïfs pour croire que l’opposition eût profité des difficultés du pouvoir pour le consolider?Vous pensez donc qu’elle a plus de principe que vous?C’est lui faire trop d’honneur.Quant aux raisons de “profonde sagesse qui ont guidé les députés de Québec”, la Semaine ne croit-elle pas qu’il serait beaucoup plus à propos, de son propre point de vue, de les faire connaître que de les garder pour elle seule?Jean DUMONT.Une coopérative avicole C’est celle de Saint-Thomas d’Aquin que je njentionnais ces jours derniers.Elle n’a pas encore deux ans et elle promet déjà beaucoup.On ne l’a pas fondée sans quelques difficultés.C’est toujours la vieille histoire: nos gens sont méfiants et peu enclins à l’union, surtout ils ne sont pas persévérants.Quelques échecs dans le passé les découragent.Pour les amener ù l’effort commun il faut d’abord les conquérir par l’exempàe.Souhaitons que la coopérative de Saint-Thomas arrive à ce résultat.Pour entendre l’exposé du projet, les braves gens de Saint-Thomas furent une soixantaine; ils n’étaient plus qu’une vingtaine lorsqu’il s’agi I de préparer les règlements et à peine quatorze à la séance d’inscription.Qu’importe, on ne se découragea pas.La coopérative fut établie et elle progresse.27U poules ont produit pour $28!) d'oeufs dans l’espace de trois mois, en décembre, janvier et février, la période de l’année durant laquelle la ponte ralentit le plus, et à l'automne 4(10 poulets ont rapporté @300.La ponte de l’été a donné aussi une recette très appréciable.En somme, d’après lcs chiffres qu'on nous indique, le profit paraît avoir été tout proche de 75 pour cent.Il y a peu d’industries qui font mo bénéfice aussi élevé.Succès à la coopérative de Saint-Thomas d’Aquin.G DALLAIRE.BILLET DU SOin UN PH1LANTR0PHE Shakespeare a écrit quelque part: “A name, what’s in a name?” Et cependant il ne connaissait pas M.Cochon, qui donne à cette parole une confirmation non moins éclatante que tardive.Vous sane: comme moi que le président du syndical des locataires de Paris, associe son nom sans noblesse à la plus belle des oeuvres.U a pris la dé-I ense des familles nombreuses à qui les propriétaires refusent de louer leurs immeubles.Il est vrai que de mauvaises langues lui prêtent des ambitions politiques, mais peut-on raisonnablement reprocher à un M.Cochon quelques taches, quand le soleil n'en est pas exempt.A Montréal, nous n’avons pas encore notre M.Cochon.Je croyais, l’autre jour, l’avoir découvert nuiis j’ai appris que mon philantrophe n’était cochon que de fait.En parcourant les journaux je tombai sur une annonce ainsi conçue : “Maison de rapport moderne.Chaque appartement est muni d’une courette et d’un balcon.On reçoit les familles nombreuses.” L’endroit était superbe.J'ai une parente d’âge mûr qui compte presque autant de marmots que d’années de ménage: je lui commu-niauai ma trouvaille, elle y courut.La maison semblait confortable, en effet; seulement la courette était tellement petite que.le balcon la masquait toute.Elle était couverte ainsi d’une double couche d’ombre qui y entretenait une humidité où des grenouilles eussent frissonné.Quand on ouvrait la porte de derrière, un tintamare épouvantable vous parvenait par-dessus le mur.—Qu’est-ce donc?dit ma parente effrayée.—Ce sont les enfants de l’école qui jouent dans la cour voisine.Elle se demandait d’ailleurs pourquoi à un prix très modique beaucoup d’appartements restaient inoccupés.—Mon Dieu! madame, expliaua le propriétaire, le bruit d’à côté ennuie bien un peu les grandes personnes.—Oui, fit-elle, grelottant soudain, sans compter qu’il monte 'de cette cour une humidité malsaine.—Oui, c’est juste, ta haute muraille de l'école nous fait du tort, mais la montagne est si près.—Et le cimetière aussi, observa-t-elle.Et elle vint me conter l'aventure qui me remplit de misanthropie.Louis BRETON.- — I - La législation contre les aubains, en Californie La législature de l’Etat de Californie parait s'être donné pour fonction particulière de rendre impossible au gouvernement fédéral des Etats-Unis l’application d'une politique conséquente dans ses relations avec les pays d’Extrême-Orient.Depuis l’agitation sinophobe d’il y a quarante ans, aucune administration fédérale n’a pu remplir sans entrave les engagements que lui imposaient ' les traités conclus avec les gouvernements de l’Asie orientale.Toujours le pouvoir central s’est heurté au mépris affiché à son égard par les démagogues des unions ouvrières de Californie, dont les manoeuvres font le désespoir des meilleurs éléments de la population d,e l’Etat.Le projet de loi agraire actuellement soumis à la législature de Californie a pour but de priver du droit de propriété foncière tous les étrangers non naturalisés.11 est dirigé contre les Japonais en particulier, et ce sont les Japonais qui en souffriront le plus.De ce chef, il constitue une violation flagrante des droits et privilèges garantis par les traités; le gouvernement japonais l’a signalé comme tel au président Wilson, responsable (en dernier ressort des relations extérieures des Etats-Unis.M.Bryan, secrétaire d’Etat dans l’administration Wilson, s’est rendu à Saeramento pour faire, an nom du président, certaines Représentations aux législateurs californiens.Il s’est acquitté de .sa mission — sans beaucoup de succès, appaiiemment—au cours d’une conférence avec les membres de la législatuite de l’Etat, à laquelle as-sislaient le gouverneur el le lieutenant-gouverneur.Celte intervention test la seule permise au président des Etats-Unis en matière de législation locale.Mais cela ne veut pas dire qu’une fois adopté par les deux chambres de la législaUMe et devenu loi par la sanction du gouverneur, le bill contre les aubains de Californie sera applicable.Un au-Ire pouvoir, pouvoir souverain s’il en fût aux Etats-Unis, a son mot à dire ici.On peut, en effet, invoquer l’autorité de la Cour Suprême dj?s Etats-Ssmis sur la légitimité de l’initiative d’un Etat souverain fai- LA LOI NA VALE Funérailles de première classe ?LETTRE D’OTTAWA La Chambre vote trois projets de lois Le gouvernement ayant provisoirement renoncé à s’occuper de la question navale pour traiter des choses canadiennes, l’attention se porte naturellement sur l’attitude du Sénat.Il est fort probable, ainsi que l’indiquait l’un de nos correspondants d’Ottawa, que la Chambre haute n’aura même pas à s’occuper du projet de contribution.Mais si, par hasard, il en franchit la porte, il a très grande chance d’y trouver des funérailles de première classe.C’est du moins ce que nous laissait hier clairement entrevoir l’un des membres de la haute assemblée.—L’attitude qui me paraîtrait répondre le plus clairement au désir populaire, ce serait, nous disait-il, la mort du bill pure et simple.La longueur du débat a forcé l’opinion à examiner de plus près cette question, et la réaction anti-impérialiste est évidemment considérable.D’autre part, les révélations allemandes paraissent avoir produit un gros effet.Beaucoup de gens qui se refusaient à voir, dans la campagne menée pour l’augmentation des armements, l’influence directe ou indirecte des fabricants de navires et de blindages, sont aujourd’hui contraints de s’incliner devant l’évidence.—Le Sénat va donc tuer la contribution?.—Nous n’avons pas encore eu l’occasion de discuter la question.C’est à peine si nous en avons pu causer dans les groupes.Mais les sénateurs libéraux sont convoqués à une réunion qui se tiendra mercredi matin, et j’imagine que la question navale sera à l’ordre du jour.La carte d’invitation porte: TRES IMPORTANT.Je suppose que le mot ‘funérailles” est sous-entendu.___Des funérailles de première classe alors?—Je le crois.Et si nous en croyons l’observation que nous faisait, il n’y a pas très longtemps, un ancien chef conservateur, ces funérailles seront immédiatement suivies d’un Te Deum commandé par le gouvernement, heureux d’être ainsi débarrassé d’une très ennuyeuse corvée.saut partie de l’Union américaine, quand cette initiative affecte les obligations imposées par les traités.De fait, les responsabilités du gouvernement fédéral résultant de traités conclus dans 1 exercice incontesté de sa juridiction, sont supérieures à la législation particulière d’un Etat.La Cour suprême a affirmé ce principe à maintes reprises.Le juge Swayne, parlant au nom de ce tribunal, établissait dans les termes suivants la supériorité du traité conclu entre les Etats-Unis et la Suisse sur les lois de l’Etat de Virginie: “Il faut avoir toujours présent à l’esprit que la Constitution, les lois et les traités des Etats-Unis font partie des lois de chaque Etat, autant que les lois < locale» et la constitution même de Ceci est un principe fondamjental de notre système complexe de politique nationale.” En s’abstenant de toute immixtion dans la législation proposée à la législature de Californie, le président Wilson a donc reconnu la limite de ‘
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.