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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 1958-08-30, Collections de BAnQ.

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OcÛ ^ 15*3 ^ Numéro spécial du Devoir LE PEVOI1I LE SCANDALE DU GAZ NATUREL "Pour renseigner le peuple de la Province".GERARD FILION Son cinq ONESIME GAGNON Lieutenant-gouverneur ANTONIO BARRETTE Ministre du travail JOHNNY BOURQUE Ministre des finances ANTONIO TALBOT Ministre de la voirie accusés: huit ministres.A ¦¦¦ - ^.7 Conseillers législatifs s »?¦'.«•¦Y.ÇÎMoi je m’en lave DANIEL JOHNSON Ministre des ressources hydrauliques ARTHUR LECLERC Ministre d’Etat lüÉæ s ’ - .-r ¦ •xv.;•• les mains” (Duplessis) PAUL DOZOIS Ministre des affaires municipales JACQUES MIQUELON Ministre d'Etat Plus du tiers du Cabinet Duplessis a trafiqué sur les actions du gaz Plusieurs ministres du cabinet Duplessis ont spéculé sur les actions de la Corporation de gaz naturel du Québec.Quelques-uns figurent encore au livre des actionnaires.Des hauts fonctionnaires de I Hydro-Québec, qui avaient le devoir de protéger les intérêts de la province, ont reçu des faveurs pour faciliter la vente du réseau de gaz.Les promoteurs de la Corporation de gaz naturel du Québec n’ont risqué que $50,000.pour mettre la Compte No 5741 20 actions J.-L.BARIBEAU Cons.législatif Compte No 1075 60 actions EDOUARD ASSELIN Cons, législatif Compte No 1133 40 actions JEAN BARRETTE Cons.législatif main sur un actif de $39 millions.Le coup de bourse est de l'ordre de $20 millions; les promoteurs de la Corporation réaliseront un prof't de capital d’au moins $9 millions.Telles sont quelques-unes des révélations qu’un examen du dossier de la Corporation de gaz naturel du Québec a permis de constater.Nous sommes en mesure de lancer et nous prouverons les cinq accusations suivantes : 1—La vente à la Corpora-fi-n dt «ai naturel p.„ l’Hy-dro-Québec du système de distribution du gaz s'est soldée par un “coup de bourse’’ d'au moins $20 millions.Ce coup de bourse est proprement scandaleux.Il n'a été possible qu'en raison de {Suite à la page 2) Compt» No 42141, 42143 et 28133 $30,800.GERALD MARTINEAU Conseiller législatif mm Compte No 1347 100 actions ALBERT BOUCHARD Cons.législatif Page 2 LE DEVOIR Numéro spécial LES MINISTRES IMPLIQUÉS CE QUE REVELENT LES LIVRES DE LA CORPORATION DE GAZ NATUREL Pour connaître les noms des actionnaires de la Corporation de gaz naturel il n’y avait qu’une méthode complètement sûre: consulter les régistres de cette société.C'est celle que nous avons adoptée.Nous nous sommes présentés au Montreal Trust Company, agent de transfert des actionnaires de la Corporation.Nous avons demandé et obtenu la permission de vérifier les milliers d’entrées faites sur les fiches qu elle garde pour la Corporation.Voici les noms que nous avons découverts parmi les actionnaires anciens ou actuels d’une société qui a acheté son actif d’une compagnie de la Couronne.qui relevait en dernier ressort des ministres du Cabinet provincial : ÿ * ^ ANCIENS ACTIONNAIRES Barrette, Antonio.Le numéro de son compte était 1453.Le 15 juillet 1957 on inscrivait 50 actions à son nom.Il les a revendues le 16 janvier 1 958.M.Barrette est ministre du travail dans le Cabinet Duplessis.I Bourque, jean.Sous le compte No 89, M.Bourque a acheté 72 actions de la Corporation de gaz naturel le 15 juillet 1957.Il les revendait le 4 octobre 1957.# M.Bourque est ministre des finances du gouvernement provincial.Il était alors ministre des ressources hydrauliques, c’est-à-dire responsable au Cabinet de l’administration de l’Hydro-Québec.Gagnon, honorable Onésime, 100 d’Youville, Québec, a acheté pour $2,800 d'unités de la Corporation le 2 mai 1957, alors qu’il était encore ministre des finances du Québec.(Son sous-ministre, M.Edouard Laurent, l’imitait quelques semaines plus tard, en achetant pour $1,400).Johnson, Daniel.Le 15 juillet 1957, sous le numéro de compte 1950, M.Johnson se portait acquéreur de 100 actions de la Corporation de gaz naturel du Québec.Il les a revendues le 29 août 1957.M.Johnson est devenu depuis ministre des ressources hydrauliques de la province de Québec.Il a succédé à M.Bourque comme responsable de l’Hy-dro-Québec auprès du conseil des ministres.Miquelon, lacques.Le 15 juillet 1957 M.Miquelon devenait propriétaire de 100 actions de la Corporation.Il s’en est départi le 3 février 1958.Le compte porte le No 2211.M.Miquelon est ministre sans portefeuille dans le Cabinet de M.Duplessis.Dozois, honorable Paul, 5042 Roselyn.Le 2 mai 1957 le ministre des affaires municipales de M.Duplessis achetait pour $8,400 d’unités de la Corporation.Le certificat porte le No A-40892.M.Dozois a vendu ces unités le 29 mai 1957.L’Iceberg VSw'-.W V’*4**: V • } ¦ •i- '- ¦c >¦ jaaeafca; On n’en voit qu’un cinquième en surface QUE Bt .cCp -ÿr.v >*3 au si Mai Dans les comptes actuellement en vigueur nous avons trouvé les noms de : Talbot, Antonio.No de compte 5251.Le 30 août 1957 il achetait 30 actions de la Corporation de gaz naturel, actions dont il était encore propriétaire le 31 mai 1958.M.Talbot est ministre de la voirie dans le Conseil exécutif de la province.Barrette, Antonio.Le 20 août 1957 M.Barrette a acheté 200 actions de la Corporation; le 13 septembre, 50; le 26 janvier, 50.Le 1 1 février 1958' il en vendait 50, ce qui lui laissait un solde de 250 le 31 mai dernier.Leclerc, honorable Arthur, La Malbaie, ministre d’Etat dans le Cabinet Duplessis.Le 31 juillet 1957, sous le certificat 51504, il achetait pour $2,800 d’unités de la Corporation.Le total est : 6 ministres anciens actionnaires, 2 ministres actionnaires actuels (M.Barrette figurant aux deux endroits).Total 8.(Suite à la page 3) Le scandale .(Suite de la première page) V la connivence des politiciens de l’Union nationale avec les promoteurs de la Corporation de gaz naturel du Québec; 2—Les promoteurs de la Corporation de gaz naturel— ils étaient représentés par sept compagnies de placement -— ont réalisé un profit de capital — donc non taxa- ble — d’au moins $9 millions ; 3— Au moins huit ministres de l'Union nationale, dont quelques-uns des plus importants, sont mêlés à ce scandale en ayant été ou en étant encore actionnaires de la Corporation de gaz naturel.4— Les promoteurs de l’affaire n'ont (personnellement risqué que $50000.pour pouvoir entrer en pourparler* avec l’Hydro-Québec et acheter un actif dont la valeur dépasse $39 millions.Le public a fait les frais de la différence, mais les promoteurs ont gardé le contrôle de l’affaire.Ils ont obtenu une Option sur le service de gaz de Montréal, ont réalisé d'un coup sec un bénéfice de l'ordre de $9 millions, en plus de mettre la main sur un vaste réseau de gaz dont ils comptent tirer des profits Intéressants pendant toutes les années à venir.5—Au moins trois hauts fonctionnaires de l'Hydro-Québec ont joué sur deux tableaux, en servant — ou desservant — à la fois les intérêts de I’Hydro et ceux de la Corporation de gaz naturel, laquelle les a récompensés en leur accordant de plantureuses options sur des blocs d’actions communes et en les nommant au nombre de ses directeurs et de ses vice-présidents.Ils se sont apparemment fait des amis parmi les hauts fonctionnaires de l'Hydro-Québec qu’ils ont ensuite récompensés largement de leurs bons offices.En Ontario un scandale moindre que celui-là a entraîné la démission de trois ministres qui y avaient été mêlés.Dans cette affair* il y a huit ministres cinq conseillers législatifs, un grand nombre de politiciens de l’Union nationale, trois fonctionnaires-clés de l’Hydro-Qué-bec. Numéro spécial Les ministres impliqués.(Suite de la page 2) CONSEILLERS LEGISLATIFS Barrette, Jean, compte No 1133, 40 actions achetées le 15 juillet 1957 et revendues le 11 décembre 1957.' Bouchard, Albert, compte No 1 347, 100 actions achetées le 15 juillet 1957.Asselin, Edouard, qui possédait au 31 mai 1958, 60 actions, achetées le 15 juillet 1957, sous le compte 1075.On trouve également sous le nom de Mme jean-ne Asselin, à la même adresse que M.Edouard Asselin, numéro de compte 1076, c'est-à-dire le numéro suivant du compte de M, Edouard Asselin, à la même date, 120 actions, Baribeau Jean-Louis, compte No 5741, nombre d’actions 20, date d’achat 25 septembre 1957.Martineau, honorable Gérald, 1,000 chemin Saint-Louis, Québec.Le 30 avril 1957 il achetait pour $5,600 d’unités de la Corporation.Le certificat porte le No 28133.M.Martineau a revendu ses unités le 25 mai, soit à peine 25 jours plus tard.Sous le même nom on trouve l’inscription suivante : Martineau, Gérald, 480 Dorcrester, Québec, 8 mai 1957, certificat No A-42143, $12,600.Ces unités furent revendues le 23 mai, 15 jours plus tard.A la même adresse on retrace une troisième inscription : Martineau, Robert, 480 Dorchester, 8 mai (même date d’achat), $12,600, certificat No 42141 (numéro précédent de deux unités celui de l’autre certificat).Date de vente : 23 mai, (même que pour l’autre certificat.) Pour la seule famille de M.Gérald Martineau cela fait $30,800 à l’achat, avec revente dans les quelques jours ou semaines qui ont suivi.Confession de jugement En 1958.comme en 1936 Extrait du Catéchisme des électeurs, édition 1936, publié par l’Union nationale, page 33, article 32: Question: "De quelle manière les puissances d’argent s’y prennent-elles pour dominer le gouvernement de la province?Réponse: “Elles s’y prennent surtout en associant à leurs affaires des ministres, des sous-ministres et des parents de ministres”.La province: (Suite de la page 9) afin de se mêler le plus possible aux foules qui venaient l'entendre et l'attitude qu'il a adoptée sur les tribunes lui ont gagné de nouveaux amis et ont sensiblement atténué la mauvaise réputation de "snob" qui lui était donnée.L'EMPLOI DU RIDICULE ' La campagne libérale, par ailleurs, revêt un caractère particulier qui lui vient de l'emploi simultané du ridicule et du sérieux.Le principal instigateur de la campagne de ridiculisation est le nouvel organisateur du parti, M.Alcide Courcy.Député d'Abitibi-ouest è l'Assemblée législative, ce dernier a découvert inopinément la puissance de cette arme le jour où, prononçant un discours, il improvisa une imitation grotesque de M.Duplessis parlant d'agriculture.L'auditoire éclata de rire.M.Courcy répéta le numéro le jour suivant et ne cesse, depuis lors, d'agrandir son répertoire.Le ridicule, du reste, n'est pas une arme nouvelle dans la province.M.Duplessis l'avait lui-même employé è l'égard de feu Adélard Golbout, premier ministre du Québec durant la 2# guerre mondiale, en le surnommant le "Charlie McCarthy" d'Ottawa.LE DEVOIR pag# j Baptiste: “Excusez-vous, au moins !” Page 3 Ça gazo lISSP’ilÈ’© mm vVtVV-* i v v y* Conflit entre le devoir et Tintérêt y v La participation de huit ministres du cabinet Duplessis à la spéculation sur le gaz naturel est incontestable.Les registres mêmes de la Compagnie sont là pour en témoigner ; à moins qu’on ne les détruise, ils seront des témoins irréfutables.Ce que nous n’avons pas encore expliqué, c’est que les intérêts des ministres dans Ja Corporation de Gaz naturel ont été beaucoup plus considérables que les chiffres ne le laissent supposer.L’inscription de 100 actions au compte de M.Daniel Johnson, par exemple, en date du 15 juillet, indique que le nouveau ministre des ressources hydrauliques possédait à ce moment-là 50 unités de la Corporation comprenant une obligation de $100 et 4 actions de $10 soit une valeur de $140 par unité, car c’est au 15 juillet que deux actions ont été détachées de chaque unité pour être inscrites au livre des actionnaires.Une autre chose que le livre des actionnaires n’indique pas, c’est le nom des ministres qui ont joué sur marge et dont les titres sont restés inscrits au nom du courtier.Nous save is de témoignage irréfutable qu’au moins six autres ministres ont trempé dans l’affaire, dont quelques-uns pour des montants beaucoup plus considérables que ceux que nous avons révélés jusqu’ici.Seule une enquête royale pourrait indiquer l’ampleur de l’agiotage.Un autre point sur lequel il faut insister c’est le suivant: au même moment où les ministres prenaient la décision de vendre à la Corporation de Gaz naturel le réseau de YHydro-Québec, ils s’en portaient acquéreurs comme actionnaires de la Compagnie.Leur cas est donc sensiblement plus grave que celui des trois ministres ontariens qui ont été forcés de démissionner pour avoir spéculé sur les titres de la Northern Ontario Natural Gas Co.Toute l’économie des lois régissant les administrations publiques est basée sur le principe qu’un représentant du public ne doit pas être placé dans la position d’avoir à choisir entre son devoir et son intérêt.L’article 227, paragraphe 11, du Code municipal rend inhabile à siéger à un Conseil municipal: “Quiconque a, directement ou indirecte- ment, par lui-même ou par son associé, un contrat avec la corporation.” Le Code scolaire n’est pas moins sévère à l’endroit des commissaires d’école.L’article 124 stipule: “Toute personne occupant une charge qui lui a été conférée par une commission scolaire en vertu de la présente loi ou qui a une entreprise pour cette corporation ne peut être membre de cette commission scolaire.” La loi des cités et villes n’est pas moins rigoureuse.Dernièrement le Conseil municipal de Montréal retournait au Comité exécutif le dossier du contrat adjugé à la firme J.P.Dupuis Limitée, parce que cette entreprise de construction porte le même nom qu’un membre du Comité exécutif, bien que celui-ci affirme et se dit en mesure de prouver qu’il ne détient plus aucun intérêt dans l’entreprise.Les anciens se rappellent l’affaire des balançoires d’Allan Bray.Ce président du Comité exécutif avait fait construire par le service des travaux publics de la ville quelques balançoires pour sa maison de campagne.Le compte s’élevait à quelques centaines de dollars et il l’avait payé au complet.Il fut quand même forcé de démissionner, parce qu’il avait transgressé formellement l’interdiction qui est faite à tout administrateur municipal de transiger avec la municipalité à l’administration de laquelle il participe.Le ministre Rivard, tout en traitant gentiment LE DEVOIR d’une ‘“bande d’écoeurants” s’est exclamé: “C’est à croire qu’ün ministre na pas le droit d’avoir des parts dans une compagnie.” • Sûrement un ministre a le droit d’avoir des parts dans une compagnie, mais il est contre l’intérêt public et contre la plus élémentaire décence qu’un ministre soit intéressé dans une compagnie qui transige avec la province.C’est là qu’est la faute; elle est d’une extrême gravité.Un conseiller municipal, un commissaire d’école qui aurait posé des gestes semblables à ceux des membres du cabinet Duplessis serait automatiquement déqualifié.Pourquoi les ministres spéculateurs auraient-ils le droit eux de rester en fonction?Gérard FILION i • .J I Numéro spécial Pag* 4 LE DEVOIR RISQUES: $50,000; PROFITS $20,000,000 PROFITS PARTAGES ENTRE PROMOTEURS ET POLITICIENS Le coup de bourse qui a marqué la naissance de la Corporation de gaz naturel du Québec est l’un des plus extraordinaires qui aient été réussis au Canada en ces dernières années.Il s’apparente à celui de la Trans-Canada Pipe Lines Limited, dont les artisans furent en partie les mêmes.Même en admettant la dextérité des financiers et spéculateurs qui l’on monté, il faut bien se rendre compte qu’il n’aurait pas été possible sans la collaboration ou la complicité des politiciens de l’Union nationale qui dominent le gouvernement provincial de Québec.En premier lieu, un gouvernement qui aurait songé aux intérêts de la province et de sa population n’aürait même pas envisagé de vendre un réseau étatisé de gaz au moment où l’affaire s’annonçait plus intéressante que jamais en raison de la venue du gaz naturel.En second lieu, il n’aurait pas traité de la vente avec une compagnie dont le capital versé ne dépassait pas $50,000 même si ses directeurs pouvaient se prétendre appuyés par de puissants intérêts.UN RISQUE DE $50,000 Si extraordinaire que cela puisse paraître, les promoteurs n’ont risqué que $50,000 pour réussir cette gigantesque transaction.Ils ont souscrit 5,000 actions de $10 par l’intermédiaire de trois maisons de courtage canadiennes, trois maisons de courtage américaines et d’une compagnie de pétrole.Vo;ci comment se répartissent ces 5,000 actions : Nesbitt Thomson Investments Limited, Montréal, 725 actions; Wood, Gundy Cr Company Limited.Torontp, 725; International Utilities Corporation, New-York, 1,000; Canadian Delhi Oil Limited, Calgary, 1,250; Lehman Brothers, New-York, 625; Allen Gr Çp., New- York, 625; Osler, Hammond & Nanton Limited, Winnipeg, 50.Ce capital de 50.000 a suffi aux promoteurs pour obtenir leur charte de la province de Québec, la franchise de la distribution du gaz pour toute l’île de Montréal et la promesse au moins verbale qu’on leur vendrait le réseau de gaz de l’Hydro-Québec.Les promoteurs n’ont risqué que $50,000 pour mettre la main sur une entreprise de $40,000,000 susceptible d’une vaste expansion grâce au gaz naturel.Au cours des deux années qui se sont écoulées entre l’incorporation de la Corporation de gaz naturel du Québec le 1 5 juin 1955 et le lancement de la grande émission d’actions et d’obligations qui l’a définitivement mise au monde le 1er avril 1957, ces promoteurs ont engagé des fonds qui s’élèvent au tp-lal à $4,509,888.Ils ne risquaient plus rien alors, ^nais jouaient à coup sûr grâce à la franchise et à la promesse de vente obtenues du gouvernement provincial.ET LA CAISSE ELECTORALE ?De ces fonds, une somme de $1,200,000 a été affectée au paiement de l'option de $1,150,000 à l’Hydro-Québec, propriétaire du réseau de gaz de Montréal.Le reste a servi aux études et aux frais ’d’expertise qui s’imposaient avant de lancer l’entreprise.Il y a eu également des frais de négociation.Est-ce que ces frais de négociation ont comporté des souscriptions à la caisse électorale de l’Union nationale P Ce sont là des renseignements que l’on ne peut évidemment s’attendre de trouver dans le prospectus de la Compagnie dont nous avons tiré presque tous nos renseignements.On vend QOfJTc t^\v-yoR / » PRCVÎMCE AUTOMOMÎSTE, M'EXERÇA , AUCUN COMTRÔLE ~ -PROVENANCE O'UN (3A7 ETRANGER SE DE VA» T DE ME Poînt'se compromettre en exploitant UNE,RESSOURCE naturelle qos eclaappe a SA dURSDÂCTiON” Mau-Mau : Ces nuages proviennent- d'endroits étrangers à la province et traversent des lieux où nous n'avons aucune juridiction A la veille du grand coup de bourse, les promoteurs détenaient, comme on l’a vu, 5,000 des 3,000,000 d’actions ordinaires à $10 qu’ils étaient autorisés à émettre.Ils ont créé des actions “B” d’une valeur de $8 pour se rembourser de la mise de fonds de $4,359,888 qu’ils avaient engagée.Cela faisait 544,986 actions “B” qui devaient se transformer en actions ordinaires le 31 mars 1958.Ce qui s’est vraisemblablement fait.La grande émission du 1er avril 1957 comportait diverses catégories d’obligations d’une valeur totale de $40,000,000.C’est dire que le public épargnant a fait tous les frais de l’acquisition du réseau de gaz de l’Hydro-Québec qui a été vendu au prix d’environ $39,100,000.L’émission comportait également des actions au montant de $8,000,000, soit 800,000 actions à $10.En limitant aussi rigoureusement le nombre des actions par rapport aux obligations, on créait une demande énorme qui a fait monter les cours dès la journée de l’émission.Les profits ont été constitués par la hausse vertigineuse des actions.Certains actionnaires les ont encaissés immédiatement en vendant, les autres Ips ont différés en conservant leurs actions.Une plus-value de $15 par action a été atteinte dès les premiers jours.La cote des actions communes s’était d’ailleurs établie à $25 avant que la lutte autour des taux de gaz ne vienne créer de l’hésitation à la Bourse et entraîner le fléchissement de la cote.Pour établir globalement et approximativement les profits réalisés à la suite de ce coup de bourse, nous prendrons donc pour acquis que le profit unitaire est de $15.Les promoteurs avaient déjà 5,000 actions ordinaires à $10.L’augmentation de $10 à $25 leur a donc valu de ce fait un profit de $75,000.Ils s’étaient en outre octroyé 544,986 actions de la classe “B” à $8.L’augmentation de $8 à $25 leur a valu un autre profit plus substantiel de $9,248,000.Un grand total de $9,323,000.A noter que les promoteurs ont réalisé ce profit de $9,000,000 au moment même où ils ont pris possession du réseau de distribution de gaz de l’Hy-dro-Québec et avant même d’avoir commencé à l’exploiter.Ils l’ont réalisé avec une mise de fonds de moins de $5,000,000 et avec un capital de risque de $50,000 seulement.(Suite à la page 5) EN ONTARIO L*s ministres commissionnai* ras démissionnant.Trois mom* bres du Cabinet de M.Frost ont été forcés de remettre leur démission pour avoir détenu des actions de la Northern On* tario Natural Cas.Dans Québac, huit ministrat restent en fonction.Chez M.Duplessis En date du 20 août 1957 sous le numéro de compte 4972, pour 20 actions, apparaît l’inscription suivante : Tourigny, Emile, Cabinet du premier ministre, Hôtel du gouvernement, Québec.M.Tourigny est chef de Cabinet du premier ministre Duplessis.Notons aussi que la nièce et le neveu du premier ministre ont spéculé sur les actions de la Corporation.Compte No 4972 20 actions EMILE TOURIGNY Chef de cabinet Numéro spécial LE DEVOIR Page 5 HAUTS FONCTIONNAIRES SPÉCULATEURS (e qu’est la corruption Un article de M.Leslie ROBERTS Lest!» Roberts est un des fournalistes canadiens les mieux connus pour sa longue expérience et son franc parler.Il a connu intimement la plupart des hommes politiques qui ont joué un rôle important à Ottawa et à Québec.Il est familier comme pas un avec les dessous de l'histoire politique des quarante dernières années.Il vient de publier dans le magazine THE MONTREALER un article sur le gaz naturel dont nous extrayons quelques paragraphes.“Commençons par définir le mot corruption.Tout homme public, élu ou nommé, est corrompu.dès qu'il place l’intérêt personnel au-dessus du bien public, ou dès qu’il met les deux sur un pied d’égalité.Nul personnage public n’a le droit d’acheter comme placement ou spéculation des titres d'une coi'poration qui, aujourd’hui ou plus tard, est susceptible de solliciter une franchise de service public d’un gouvernement, fédéral, provincial ou municipal.La corruption commence au moment même où un personnage officiel de tout gouvernement joue avec les titres d’une telle corporation, même s’il les achète sur le marché public et au prix courant.Quand un tel personnage accepte de tels titres à un prix de faveur, il n’est pas seulement corrompu; il est un politicien véreux”, “Cela fait partie des mythes essentiels des Canadiens de langue anglaise que la politique dans Québec est une sale affaire.En prenant pour acquis que cela est vrai, il semble que les différentes attitudes entre les deux principales provinces industrielles est facile à analyser.En Ontario, les gens qui “ne sont pas dans la politique pour leur santé” comme on le dit en langage courant.font passer leur intérêt personnel avant le bien public.avec une moue de pitié beaucoup plus prononcée que dans Québec.Dans cette province au moins, on ne mélange pas la corruption et l’hypocrisie.Sous ce rapport ce qui vient de se produire dans Québec peut fort bien marquer la fin d’une ère politique”.Après avoir rappelé que la corruption des classes dirigeantes a conduit à la révolution en Russie et à la prise du pouvoir par Mussolini en Italie et par Hitler en Allemagne, M.Leslie Roberts ajoute: “Si le scandale du gaz au Canada lève le voile sur notre propre avenir, le régime démocratique n’a guère de chance de survivre ici.Car la démocratie ne survit que là où une opinion publique vigilante insiste sur l’intégrité des hommes publics.Une éternelle vigilance est le prix de la liberté.Ne l’oublions pas.” b.Une récompense à M.Cross: une option sur 5,000 actions qui valent $75,000 Quelles recommandations MM.T.E.Cross, C.A.Tellman et B.Stuffman ont-ils faites au gouvernement du Québec?Au moment où les promoteurs de la Corporation de gaz naturel du Québec ont songé à faire l’acquisition du réseau de gaz de l’Hydro-Québec, le directeur de ce service était un ingénieur du nom de Thomas E.Cross.Ce haut fonctionnaire devait commander une influence considérable puisque les commissaires de l’Hydro-Québec sont tous des administrateurs ou des spécialistes de l’électricité et qu’il était le grand spécialiste du gaz.Parmi les filiales de l’Hydro-Québec.il y en avait deux qui étaient étroitement liées au service de gaz: Montréal Coke and Manufacturing Company qui fabriquait à l’usine de Ville-LaSalle le gas artificiel distribué par l’Hydro-Québec et LaVérendrye Line Limited qui possédait Keystone Transports Limited dont les navires transportaient le charbon servant à la fabrication du gaz artificiel.L’Hydro-Québec ne détenait cependant que la moitié des actions de Montréal Coke and Manufacturing, l’autre moitié des actions étant demeurée entre les mains d’une société privée appelée Koppers Company Inc.LaVérendrye Line Limited et Keystone Transports Limited n’étaient pas à proprement parler des filiales de l’Hydro-Québec, mais des filiales de Montréal Coke and Manufacturing Limited où l’Hydro-Québec était associée à Koppers Company Incorporated.Ces diverses compagnies affiliées a l’Hy-dro-Québec étaient dirigées par MM.Carl August Tellman, président et gérant de Montréal Coke and Transports Limited, et M.Harold A.B.Stuffman, secrétaire-trésorier de Montréal Coke and Manufacturing Company et de Keystone Transports Limited et secrétaire-trésorier adjoint de Koppers Company Incorporated.Les promoteurs de la Corporat/on de gaz naturel se sont-ils d’abord adressés aux chefs politiques de la province, les politiciens de l'Union nationale ou aux chefs immédiats du réseau de distribution de gaz de l’Hydro-Québec?C’est une chose que l'on ne saurait sans doute que le jour où une enquête royale viendra éclaircir toute l'affaire.Quoi qu’il en soit, il paraît bien évident que les promoteurs n’ont pas négligé de s’assurer les .sympathies de ces trois hauts fonctionnaires qui dirigeaient pratiquement l’administration du réseau de gaz.Tous trois ont obtenu des postes intéressants à la Corporation de gaz naturel du Québec.M.Cross est vice-président en charge du génie et des opérations.M.Tellman est vice-président en charge de la production et des transports.M.Stuffman est secrétaire-trésorier de la Corporation.Ces messieurs n’ont pas eu à se contenter de vagues promesses.Ils ont été élus à ces postes de commande avant même la cession du réseau de distribution de gaz de l’Hydro-Québec à la Corporation de gaz naturel.Le prospectus dit en toutes lettres à la page 17: “The election of Mr.Cross and Mr.Tellman is to take effect upon the Company’s acquisition of the gas business — L’élection de M.Cross et de M.Tellman n’entrera en vigueur que lors de l’acquisition de l’exploitation de gaz par la compagnie”.( Suite Risques: $50,000; Les profits sur les 800,000 actions ordinaires offertes au public lors du coup de bourse du 1er avril 1957 ont été de $12,000,000, soit la différence entre $10 et $25 l’action.Ces profits se#sont partagés entre les promoteurs, qui se sont évidemment servis les premiers, les courtiers qui leur ont aidé à faire souscrire les $40,000,000 d’obligations et les politiciens de l’Union nationale qui ont rendu l’opération possible.Les épargnants et spéculateurs ordinaires n'ont pu obtenir que des miettes de leurs courtiers.La curée autour des dépouilles des contribua- C’est dire que MM.Cross, Tellman et Stuffman se sont trouvés pendant un temps dans la situation d’être simultanément au service des deux parties à la transaction.Ils étaient à la fois hauts fonctionnaires de la province de Québec en exercice et hauts fonctionnaires désignés de la nouvelle corporation qui traitait avec la province.Ils avaient à soigner simultanément les intérêts des maîtres qu’ils devaient: (initier et des nouveaux maîtres qu’ils allaient rejoindre.Ce sont ces trois hommes qui étaient les principaux conseillers de l’Hydro-Québec, du ministre des ressources hydrauliques, M.J.-S.Bourque, et du gouvernement provincial en matière de gaz.Ce sont eux qui avaient à déterminer les avantages et les inconvénients de la transaction projetée.Ce sont eux, une fois la décision de vendre arrêtée, qui avaient à déterminer la valeur de l’actif du réseau de gaz de PHydro-Qué-bec.Un représentant de la Presse.M.René Montpetit, a demandé au président de la Corporation de gaz naturel du Québec si cesr hauts fonctionnaires avaient participé à la transaction survenue entre la Corporation et l’Hydro-Québec.M.Maurice Forget a répondu: “Je suppose qu’en leur qualité de spécialistes ils ont dû être consultés par les dirigeants de P Hydro.” Quelles opinions ont-ils bien pu émettre, quelles recommandations ont-ils pu faire?Ont-ils représenté à PHydro-Québec et au gouvernement que la province avait intérêt à consacrer son réseau au moment où il allait acquérir une valeur nouvelle par suite de la venue du gaz naturel?Ont-ils trouvé toute une série d’arguments techniques pour justifier la vente du réseau * à la Corporation de gaz naturel?Nous ne le saurons que si le gouvernement Duplessis consent à publier le texte de leurs mémoires ou si une enquête royale les livre à la publicité.Les commissaires de PHydro-Québec et le ministre des ressources hydrauliques aussi bien (pie les autres ministres du cabinet Duplessis paraissent avoir trouvé tout naturel que les hauts fonctionnaires du réseau de gaz de la province passent au service de la Corporation de gaz naturel avant la cession de l’entreprise.Ils leur ont permis de servir à la fols de conseillers pour les vendeurs et pour l’acquéreur.Nous ne savons pas si la province où plus exactement PHydro-Québec a versé des boni à ses trois hauts fonctionnaires à l’occasion de leur départ.Nous savons par contre que la Corporation de gaz les a reçus à bras ouverts.Cela semblerait bien indiquer que les négociations se sont déroulées harmonieus(\nent.La Corporation de gaz naturel semble avoir été tout particulièrement satisfaite de la façon dont M.Cross a facilité la transaction.Elle lui a en effet accordé une récompense substantielle sous forme d'option.Celle option porte sur 5,000 actions communes de la compagnie qu’il peut acquérir en tout temps du 1er avril 1957 au 12 mars 19G2 au prix de $10 l’action.Si M.Cross a déjà exercé son option, il a pu réaliser un profit immédiat de $75,000.Il n’a pas eu à regretter le changement de propriétaire du réseau de gaz qu’il dirigeait.de page 4) profits: $20,009,000 blés québécois et des consommateurs de gaz montréalais a été féroce.Il y a eu une bataille acharnée entre courtiers.Il ne sera peut-être jamais facile de savoir au juste comment le partage s’est fait entre les promoteurs et leurs alliés les politiciens.Quoi qu’il en soit, les profits de ce coup de bourse se sont élevés à plus de $20,000,000, soit plus de $9,000,000 sur les actions de la classe “B” et un peu plus de $12,000,000 sur les actions ordinaires.Les plus pressés des profiteurs ont pu toucher ces profits dès les premiers jours. Page 6 LE DEVOIR Numéro special LE SCANDALE DE LA CORPORATION DE GAZ NATUREL Brasseurs d’affaires politiciens et politiciens brasseurs d’affaires H.Edouard Asselin représente le public, mais défend des intérêts privés.H.Maurice Forget, président de la Commission métropolitaine, défendr t-il les contribuables aux dépens de ses intérêts ! Voire mémoire faiblit, colonel Le 16 juin le colonel Maurice Forget, président de la Corporation de gaz naturel du Québec, déclarait dans une entrevue à la PRESSE qu'il ignorait si des ministres de l'Union nationale avaient des actions dans sa compagnie."Comme tout individu, déclarait-il, ces gens'-là ont bien pu acheter des actions par l'in-itrmédiaire de leurs courtiers.Mais je l'ignore".Le colonel manque-t-il d'information, de mémoire ou de franchise ?On peut se le demander car les livres de la Corporation font mention d'au moins deux transactions faites par la maison Forget & Forget pour le compte de M.Antonio Barrette, ministre du travail dans le Cabinet Duplessis: Le 17 janvier 1958, sa maison de courtage donnait un affidavit en faveur de M.Barrette pour lui permettre de faire remplacer un certificat d'action qui avait été émis le 16 octobre 1957 et perdu.Le 11 février 1958 une autre transaction de M.Barrette a été complétée par la maison Forget & Forget.On nous permettra, — bien à regret monsieur le colonel, — de mettre à l'avenir votre parole.ou votre mémoire en doute.Cela nous incite davantage aussi à demander la publication de la liste des actionnaires et des détenteurs d'unités, depuis le début de la Corporation.On y découvrirait peut-être les noms d'autres ministres dont vous auriez par hasard oublié les noms ! La revue des.(Suite de la page 13) partial, le publie ne peut l’attendre ni des accusateurs, ni tics accusés, ni des partis politiques, mais uniquement d’une commission d'enquêteurs qui ne soient rattaches ni aux uns ni aux autres et qui vient pleins pouvoirs pour faire la lumière dans cette affaire.Démocratie et gouvernement d'opinion sont intimement liés, solidaires l'un de l'autre, et l'une des premières lâches de tout gouvern e m c n t démocratique, c'est, ainsi que le déclarait Pic XII en W44."de mettre le citoyen toujours plus à même, d'avoir son opinion personnelle, de l'exprimer et de la faire valoir conformément aux exigences du bien commun".Des poursuites judiciaires pourront régler tel ou tel point particulier, elles ne suffiront plus à donner au public tous les renseignements voulus pour qu'il puisse se faire une opinion éclairée et bien fondée sur cette affaire extrêmement complexe.Seule une enquête générale et impartiale nous paraît, dans les circonstances, répondre aux exigences du gouvernement démocratique.Trois hauts fonctionnaires de THydro-Québec ont servi deux maîtres en étant à la fois les porte-parole de THydro-Québec et des aspirants gros actionnaires de la Corporation de gaz naturel.Lçur zèle a été récompensé.Il leur a valu une option, — qui vaut déjà une fortune, de 5,000 actions de la Corporation, en plus de postes de vice-présidents.Cet empressement à jouer sur deux tableaux à la fois se retrouve au niveau de la présidence du Conseil de la Corporation de gaz naturel, poste occupé par l’honorable Edouard Asselin.M.ASSELIN Voici la chronologie des activités de M.Asselin, qui est à la fois directeur de la Trans-Canada Pipe Lines; leader du gouvernement au Conseil législatif; président du Conseil d’administration de la Corporation de gaz naturel du Québec; principal conseiller du gouvernement provincial dans la rédaction des lois; et associé d’une firme légale qui porte le nom Asselin & Saylor.Les conservateurs fédéraux ont fait leur campagne électorale de 1957 en dénonçant le scandale de la Trans-Canada Pipe Lines.Les électeurs y ont attaché assez - d’importance pour chasser M.St-Laurent du pouvoir.Ori M.Edouard Asselin, conservateur et conseiller intime du premier ministre Duplessis, fait partie du Conseil d’administration de la scandaleuse Trans-Canada Pipe Lines.ENCORE M.ASSELIN .Quand les promoteurs de la Corporation de gaz naturel ont voulu organiser leur coup de bourse dans la province de Québec, c’est à lui qu’ils se sont adressés.La compagnie ayant été créée à Québec le 15 juin 1955, M.Asselin a été élu au nombre des directeurs.Les pourparlers ayant commencé entre l’Hydro-Québec et la nouvelle société c’est le bureau d’avocats Asselin Gr Saylor qui fut désigné pour s’occuper des intérêts juridiques de la Corporation de gaz naturel.M.Asselin était donc, dans le camp de la Corporation, un personnage de premier plan : président de son Conseil d’administration et son conseiller juridique.TOUJOURS M.ASSELIN .Le même M.Asselin était aussi un personnage de premier plan dans l’autre camp, celui du gouvernement provincial, c’est-à-dire auprès des gens qui s’apprêtaient à vendre le service de distribution du gaz de l’Hydro-Québec à la Corporation de gaz naturel.Il avait par ailleurs occupé dans plusieurs causes importantes pour l’Hydro-Québec.Le Corporation n’ayant pas suffisamment de pouvoirs dans ses lettres patentes, elle décida de présenter aux autorités provinciales une demande de bill privé, pour lui accorder, entre autres choses, le droit d’expropriation et le droit d’acheter une partie de l’actif de l’Hydro-Québec.M.Asselin étant conseiller juridique de la Corporation on doit supposer que c’est son bureau qui a préparé le texte du projet de loi qu’on a ensuite soumis aux Chambres provinciales.M.Asselin étant aussi leàder du gouvernement au Conseil législatif, on sait que c’est lui qui a piloté le bill, avec l’aide du parrain du bill, à travers les divers stades de la procédure parlementaire, jusqu’à la sanction royale, qui fut accordée au projet de loi le 2 février 1956.M.Asselin étant aussi le principal conseiller du gouvernement provincial en matière de législation il est logique de prétendre qu’il a collaboré à la rédaction du projet de loi sanctionné le 21 février 1957, intitulé ; “Loi concernant la vente et la distribution du gaz et la Régie provinciale de l’électricité”, loi qui fixe les conditions de la vente du gaz naturel.M.Asselin a, toujours à titre de leader ministériel, au Conseil législatif, piloté cette loi jusqu’à la sanction royale.Mais il était en même temps actionnaire directeur et président du Conseil d’administration de la Corporation de gaz naturel, société en faveur de laquelle ces lois étaient passées.M.Maurice Forget, président de L'hon.Edouard Asselin, conseilla Commision métropolitaine de 1er législatif et président du Corv- Montréal et président de la Cor- seil de la Corporation de gel poration de gaz naturel.naturel.LA RECOMPENSE M.Asselin, comme les fonctionnaires, a joué sur les deux tableaux.Comme eux il paraît avoir reçu sa récompense.Il est inscrit aux livres de la compagnie comme actionnaire.Sa femme l’est aussi.Son beau-frère, Me Albert Langevin, a été nommé au nombre des directeurs de la Corporation de gaz naturel.LE CAS DE M.FORCET Comme le président du Conseil d’administration, M.Asselin, le président de la Corporation de Gaz naturel du Québec, M.Maurice Forget, se trouve écartelé lui aussi entre ses sympathies et ses devoirs.Il ne s’est cependant trouvé dans cette situation qu’après coup.Au début de l’entreprise, il n’était qu’un courtier tout prêt à participer à une affaire prometteuse, un courtier bien coté dans les milieux de l’Union nationale.Assez bien coté pour que le premier ministre Duplessis lui confie la présidence de la corporation chargée de construire l’autoroute des Laurentides.Ce n’est que lorsque M.Duplessis l’a nommé par loi spéciale président de la Commission métropolitaine de Montréal qu’il s’est trouvé partagé dans ses allégeances.Comme président de la commission qui englobe les municipalités desservies par la Corporation de gaz naturel, il serait tout désigné pour organiser une campagne concertée contre l’augmentation des taux.Comme président de la Corporation, il serait mal venu de promouvoir un mouvement qui aurait pour effet de diminuer les revenus et lés profits de l’entreprise.Jusqu’ici, M.Maurice Forget paraît avoir agi exclusivement comme président de la Corporation de gaz naturel en défendant les nouveaux taux soumis à la Régie provinciale de l’électricité.Depuis plusieurs années, l’Hydro-Québec a confié aa vérification aux deux sociétés de comptables McDonald, Currie & Co.et Rosaire Courtois.La Corporation de Caz naturel de Québec n’a cru pas mieux faire que de retenir les servicet de ces deux mêmes sociétés. Numéro spécial i LE DEVOIR Pag* 7 Ministres Duplessis et conseillers législatifs de ont joué plus de $100,000 Le président1 et un commissaire M.Savoie a-f-ii joué sur deux tableaux?-Le cas de M.Dupuis Ce que nous avons découvert nous autorise à poser au gouvernement québécois la question suivante: le notaire J.-A.Savoie, président de l’Hydro, signataire des contrats de vente avec la Corporation, a-t-il figuré directement ou indirectement comme notaire dans la rédaction ou l’enregistrement de ces contrats?A-t-il retiré, par son bureau de notaire quelque avantage pécuniaire, directement ou indirectement, de cette vente?Voici pourquoi nous posons la question: Le nom du notaire J.-A.-W.Latulippe, co-associé de l’étude Savoie & Latulippe, apparaît sur tous les contrats (cinq en tout) intervenus entre l’IIydro-Qué-bec et ses filiales et la Corporation de gaz naturel du Québec le 25 avril 1957.Le deuxième associé est le notaire J.-A.Savoie, président de l’Hydro-Québec, dont le nom apparaît en cette qualité sur les actes de ventes.Le notaire Latulippe Il y a eu cinq contrats lors de la vente du service de gaz de l’Hydro à la Corporation de gaz naturel.Les voici, avec leurs numéros d’enregistrement au Bureau d’enregistrement de Montréal: 1267043 Acte de fiducie entre la Montreal Coke, le Montreal Trust et la Corporation de gaz naturel ; 1267041 Acte de vente de l’Hydro-Québec à la Corporation de gaz naturel; 1267045 Acte de cession de droits entre la Montreal Coke et la Corporation; 1267046 Acte par lequel la Corporation accepte des servitudes dont étaient grevées ceidaines propriétés de l’Hydro; 1267047 Acte de fiducie entre la Corporation, le Royal Trust et le Montreal Trust.Tons ces contrats, passés à Montréal, pour des immeubles situés à Montréal, ont été signés par Me Léo Leblanc, notaire de Trois-Rivières.On note toutefois dans le cahier d’enregistrement que les cinq contrats, sans exception, ont été présentés k l’enregistrement par le notaire Latulippe, associé professionnel du notaire Savoie, président de l’Hydro.Qui a demandé au notaire Latulippe de faire ce travail?A-t-il été payé pour faire enregistrer les cinq contrats ?Il est facilement compréhensible que l’étude Savoie et Latulippe n'avait aucun droit de retirer quelque avantage que ce soit de cette transaction dont le principal responsable était le notaire Savoie lui-même.Pas plus d’ailleurs, pour les mêmes raisons, que les ministres de l’Union nationale.Voilà un autre point qui serait soulevé devant une commission d’enquête sur le vente de la distribution du gaz à la Corporation de gaz naturel du Québec.M.René Dupuis C’est l’Hydro-Québec, organisme d'Etat provincial, qui a vendu le réseau de gaz de Montréal à la Corporation de gaz naturel du Québec.L’Hydro-Québec est administrée par cinq commissaires nommés par le conseil des ministres de Québec.L’un au moins de ces commissaires est actionnaire de la Corporation de gaz naturel.Il s’agit de M.René Dupuis, ingénieur professionnel.M.Dupuis possède 20 unités, d’une valeur au livre de $2,000, inscrites le 20 mars 1958 sous le numéro de compte 55,070.La valeur réelle de ces unités est plus grande que celle inscrite aux livres, qui ne tient compte que des 20 obligations de $100 chacune.L’unité comporte présentement deux actions qui seront probablement détachées d’ici quelques mois.Ces 40 actions valent chacune de $15 à $19 d’après les cotes de bourse de ces derniers jours et elles sont susceptibles de monter encore plus haut lorsqu’elles seront détachées.Il faut donc ajouter au moins $600 au montant inscrit de $2,000.' L’inscription ne date que du 20 mars 1958, soit près d’un an après la grande émission d’avril 1957.Cela ne signifie nullement que le commissaire Dupuis n’a pas participé au coup de bourse et qu’il n’est pas devenu actionnaire de la Corporation de gaz naturel au moment où l’Hydro-Québec s’apprêtait à vendre son service de gaz.Il a fort bien pu laisser ses unités chez son courtier Îusqu’à ces derniers temps après avoir vendu à porfit ça deux premières actions détachées.Les 13 personnages impliqués dans l’affaire ont acheté 7,840 unités Us ont fait un énorme profit En consultant le livre des détenteurs d’unités (1) de la Corporation de gaz naturel du Québec, nous avons pu calculer combien les 13 ministres et conseillers législatifs de M.Duplessis ont ou ont eu d’intérêt dans la compagnie.Précisons toutefois que c’est là le résultat de ce que nous avons vu.Et c’est déjà impressionnant.Mais il est possible, — pour ne pas dire probable, — que les choses que nous ignorons sont bien plus considérables que celles que nous a révélées notre enquête.Disons aussi que nous limitons Nom Unités Barrette, Antonio 125 Bourque, Jean 36 Doxois, Paul 60 Johnson, Daniel 50 Gagnon, Onésimo 20 Leclerc, Arthur 20 Miquelon, Jacques 50 pour le moment nos révélations aux ministres et aux conseillers législatifs de l’Union nationale.Si nous produisions la liste des amis de l’Union nationale qui ont profité de l’affaire, c’est par dix ou par vingt qu'il faudrait multiplier les sommes investies dans la Corporation de gaz naturel, à la veille d'un coup de bourse qui a produit $20 millions de profits pour les “privilégiés” qui ont été invités à y participer.Voici donc, par ordre alphabétique, les détails que nous sommes en mesure de fournir : Achetées Vendues Somme investie 1957 et 1958 $17,500 8 mai 1957 1er avril 1958 5,040 2 mai 1957 29 mai 1957 8,400 30 avril 1957 7,000 2 ma» 1957 13 mai 1957 2,800 31 juil.1957 2,800 8 mai 1957 16 janv.1958 7,000 CONSEILLERS LEGISLATIFS Asaelin, Edouard Mme Asaelin Barrette, Jean Bouchard, Albert Baribeau, J.-Louis Martineau, Cérald, et famille 30 25 avril 1957 .4,200 60 25 avril 1957 .8,400 20 2 mai 1957 11 sept.1957 2,800 85 mai 1957 .11,900 10 15 oct.1957 .1,400 220 avril 1957 mai 1957 30,800 TOTAL $110,400 CHEZ LES COURTIERS Certains courtiers, amis de l’Union nationale, ont obtenu de larges tranches de l’émission de la Corporation de gaz naturel.La maison Forget & Forget, — dirigée par M.Maurice Forget, président de la Corporation, — en détenait pour $1,687,900 le 26 avril 1957.Cette maison, en dépit des dénégations de M.Forget, en a vendu à au moins un ministre, M.Antonio Barrette.A-t-elle transigé secrètement avec d’autres membres du Cabinet Duplessis ?La maison Crédit interprovincial Limitée avait pour $687,000 d obligations de la Corporation le 5 juin 1957.Que sont devenus ces obligations ?La majorité d’entre elles, comme dans le cas de la maison.Forget Cr Forget, a probablement été vendue à des clients ordinaires.Mais d’importants membres (de l’administration provinciale se seraient-ils glissés, sous le couvert de l’anonymat, parmi les clients du Crédit interprovincial ou de Forget & Forget ?Le même point d’interrogation se pose pour la maison Clément Gr Cui-mont, de Québec, qui détenait pour $751,000 d’obligations de la Corpora- tion en avril 1957.Elle se pose d’autant plus que M.Clément et M.Cuimont ont personnellement acheté chacun $40,000 d’obligations.Cette somme d© $80,000 a-t-elle tout entière passé dans les portefeuilles de ces messieurs ou en ont-ils cédé à des tiers dont les noms ne figurent pas sur les listes d’actionnaires ?Seule une enquête apporterait des réponses à ces questions.Le Devoir a établi que 8 ministres et que 5 conseillers législatifs de l’Union nationale ont acheté pour un minimum de $110,400, d’obligations d’une compagnie qui détient tout son actif d’une entreprise de la Couronne qui lui a cédé une partie de ses biens.C’est déjà plus que suffisant pour exiger une enquête.Elle révélerait probablement que ce que nous savons n’est qu’une fraction de vérité.Une banquise qui flotte sur l’eau ne montre qu’un cinquième de sa taille véritable.Le reste est sous l’eau.C’est la partie “immergée’’ de la transaction Corporation-Hydro-Québec que nous voulons connaître.(1) Un* unité d* la Corporation valait |140 au dé> part.Eli* a rapidamant grimpé k $203. Page 8 Numéro spécial LE DEVOIR Des ministres qui donnent Texemple de la / désobéissance aux lois Quand la Corporation de gaz naturel prit possession du réseau de distribution de YH)i-dro-Québec, le 25 avril 1957, au moins la moitié des ministres de M.Duplessis y possédaient déjà des intérêts soit par eux-mêmes, soit par personnes interposées.C’est pour cela qu’on peut affirmer, Sans crainte d’être démenti, que les membres du gouvernement se sont vendu à eux-mêmes une propriété publique.Nous avons déjà écrit d’ailleurs que les lois régissant les administrations publiques, notamment le Code scolaire, le Code municipal, la loi des cités et villes, interdisent formellement aux hommes publics de transiger avec le corps public qu'ils dirigent.Une telle disposition est sage, car elle protège les hommes publics contre la tentation de faire passer leur intérêt personnel avant le bien commun.Cette disposition ne fait d’ailleurs que traduire dans le droit administratif les dispositions de l’article 1484 du Code civil.Cet article se lit comme suit: “Ne peuvent se rendre acquéreurs, ni par eux-mêmes, ni par des parties interposées, les personnes suivantes, savoir: “Les officiers publics, des biens natio-ceux dont ils ont la tutelle ou la curatelle, excepté dans le cas de vente par autorité juidiciaire; “Les mandataires, des biens qu'ils sont chargés de vendre; “IjCs administrateurs ou syndics, des biens qui leur sont confiés, soit que ces biens appartiennent à des corps publics ou êi des particuliers; “Le sofficiers publics, des biens natio-naux dont la vente se fait par leur ministère.• “L’incapacité énoncée dans cet article ne peut être invoquée par l'acheteur ; elle n’existe qu’en faveur du propriétaire ou autre partie ayant un intérêt dans la chose vendue.” Le lecteur aura noté le paragraphe qui interdit aux officiers publics de se rendre acquéreurs “des biens nationaux dont la vente se fait par leur ministère.” L’interdiction s’applique on ne peut mieux au cas qui nous occupe.Les ministres d’un gouvernement sont sans contredit des officiers publics, puisqu’ils ont la responsabilité politique et administrative d’un pays ou d’une province.M.Duplessis et ses collègues sont, aux termes du Code civil, des officiers publics.Le réseau de gaz de YHydro-Québec était un bien national, c’est-à-dire la propriété de la province de Québec.Ce sont les ministres qui ont pris la décision de vendye cette propriété à la Corporation de gaz naturel.Mais en même temps qu’ils décidaient de vendre, ils devenaient actionnaires de la compagnie acheteuse: ils se vendaient à eux-mêmes ce que le Code civil appelle “des biens nationaux”.Le juge P.-B.Migneault, un des plus grands juristes que le Canada français ait produits, fait le commentaire suivant sur l’article 1484: “Il est dangereux'de mettre en opposition le devoir et l’intérêt: la lutte trop souvent se termine par le sacrifice du devoir.La loi devait donc interdire à ceux qui sont chargés de vendre des biens ou d’en faciliter la vente au plus haut prix possible, d’en faire l’achat pour leur propre compte.Sans cette prohibition, on end trop souvent vu la personne chargée d’agir dans l’intérêt du vendeur chercher à écarter les renchérisseurs, en dépréciant les biens, dans l’espoir de les acquérir à très bas prix.De là les différentes incapacités énumérées dans l’article H84.” 11 serait prétentieux d’ajouter la moindre remarque au commentaire du juge Migneault.On aura noté le dernier paragraphe de l’article 1484 du Code civil: “L’incapacité énoncée dans cet article ne peut être invoquée par l’acheteur; elle n’existe qu'en faveur du propriétaire ou outre partie ayant un intérêt dans la chose vendue.” Dans le cas qui nous occupe, l’acheteur, c’est-à-dire la Corporation de gaz naturel, donc les ministres eux-mêmes, ne peut invo-quer l’article 1484 pour faire annuler la vente.Mais le propriétaire du réseau de gaz, c’est-à-dire YHydro-Québec, donc le peuple de la province de Québec, est fondé à attaquer la transaction en droit et à en réclamer l’annulation devant les tribunaux.Selon quelle procédure l’action peut-elle être prise?U appartient aux juristes d’exprimer leur avis.Mais s’il est possible à un contribuable de faire annuler une transaction intervenue entre un commissaire d’école et la municipalité scolaire, entre un conseiller et la municipalité, le même principe devrait s’appliquer dans le cas de ministres qui se vendent à eux-mêmes une propriété publique.Ce n’est pas parce que des ministres sont placés plus haut qu’ils sont intangibles.Un ministre est tenu d’observer les lois avec la même rigueur qu’un citoyen ordinaire.Il doit même se montrer plus scrupuleux afin de donner l’exemple d’une parfaite intégrité.Il reste toujours évidemment la sanction de l’électorat.Celle-ci viendra en temps et lieu.Les ministres prévaricateurs sei’ont bien forcés de dire à leurs électeurs pour quels motifs et en considération de quels avantages ils se sont, eux ministres, vendu à eux-mêmes un bien national.Gérard FILION I- I UE DEVOIR < J GUIDE IIS { CANADIENS t FRANÇAIS t ." .f depuis près ( d'un demi-siède - -1 ABONNEZ-VOUS SANS TARDER I -i Le Devoir, C.P.6033 — Montréal 3, P.Q.} Vous trouvez ci-inclus $.en paiement I d’un abonnement de .mois au DEVOIR } à compter du .) NOM .I ADRESSE .| .I .> TARIFS: Montréal: 1 an 20.00—6 mois 10.00 | Canada :1 an 16.00—6 mois 8.00 _____________________________________________I Clou-glou-glou Le Devoir! “Toé, l-ais-toé” MM.Adjutor Dussault et Edouard Laurent parmi les actionnaires Ils avaient favorisé la création de la Corporation.— La filiation de cette transaction à travers les divers services de l'adminisfration.Les deux départements de l’administration provinciale les plus directement intéressés à la transaction qui fait passer le réseau de gaz de Montréal de l’Hydro-Québec à la Corporation de gaz naturel étaient ceux des ressources hydrauliques et des finances.Le DEVOIR a déjà révélé que les ministres titulaires de ces départements.MM.|.-S.Bourque et Onésime Gagnon, se sont inscrits parmi les actionnaires de la Corporation de gaz naturel du Québec et qu’ils ont donc profité du coup de bourse d’avril 1957.Le sous-ministre et le chef des services de ces deux départements n’ont pas voulu rater non plus l’occasion.Nous pouvons affirmer aujourd’hui que M.Adjutor Dussault, sous-ministre des ressources hydrauliques, et Edouard Laurent, chef des services des finances, se sont également inscrits parmi les actionnaires.M.Adjutor Dussault est inscrit sous le numéro de compte 682 en date du 15 juillet pour 60 actions de !a Corporation de gaz naturel du Québec.Une dame Thérèse Dussault, qui est vraisemblablement son épouse, est inscrite sous le numéro de compte suivant, le compte 683, pour 10 autres actions.Un peu plus tard, soit le 29 novembre, M.Dussault a augmenté ses placements dans la Corporation de gaz naturel.Il a inscrit 50 nouvelles actions Sous le numéro de compte 6449.Il a donné cette fois l’adresse suivante : “Département des ressources hydrauliques, 39 rue Saint-Louis, Québec '.M.Edouard Laurent, secrétaire du ministre et chef des services du ministère des finances, a inscrit 20 actions de la Corporation de gaz naturel en date du 15 juillet 1957 sous le numéro de compte 2715.Il a donné comme adresse : “Ministère des finances, Cabinet du Ministre, Province de Québec”.C’est ainsi que l’on peut suivre la filiation de cette transaction à travers les services de l’administration provinciale.La chaîne est complète.Tous ceux qui avaient la responsabilité de protéger les intérêts de la province se sont bourrés.Les hauts fonctionnaires de l’administration provinciale ont su mettre à profit les exemples que leur donnaient leurs chefs, les ministres du cabinet Duplessis. J LE DEVOIR Numéro spécial Les ministres de Duplessis ont-ils "ACHETÉ” avant même d'avoir "'VENDU” Ils ont eu en exclusivité, sept semaines pour prépare leur coup Les ministres de l’Union nationale ont été dans le secret de la vente d’une partie de l’actif de l’Hydro un mois et demi avant que la chose ne se fasse officiellement.D’après les inscriptions aux livres des détenteurs d’unités de la Corporation de gaz naturel du Québec près du tiers d’entre eux ont profité de cette période pour prendre les dispositions afin de bénéficier du coup de bourse qui s’annonçait.SERMENT D’OFFICE L’arrêté ministériel autorisant l’Hy-dro-Québec à accepter le projet de contrat que lui offrait la Corporation a été adopté par le Conseil des ministres, à Québec, le 7 mars 1957.Il porte le No 203 du registre des arrêtés ministériels.Ce texte, adopté sur proposition du ministre des Ressources hydrauliques, précise que copie du contrat mentionné est annexée à l’arrêté ministériel.Ce qui signifie que les ministres ont pris connaissance de ce projet, qu’ils étaient pratiquement les seuls à le connaître, sous leur serment d’office, et à savoir que la vente à l’entreprise privée d’une compagnie de la Couronne allait se réaliser quelques semaines plus tard.Tous les contrats ont été signés à la même date, le 25 avril 1957.Voici, par comparaison avec cette date, les dates d’inscriptions aux livres de la Corporation des certificats d’unités de certains ministres: GAGNON, Onésime, alors ministre des finances .2 mai 1957 DOZOIS, Paul, ministre des affaires municipales .2 mai 1957 BOURQUE, Johnny, ministre des ressources hydrauliques .8 mai 1957 MIQUELON, Jacques, ministre d’Etat .8 mai 1957 JOHNSON, Daniel, alors vice-président de la Chambre .30 avril 1957 LECLERC, Arthur, ministre d’Etat, .31 juil.1957 BARRETTE, Antonio, ministre du travail .20 août 1957 TALBOT, Antonio, ministre de la voirie.30 août 1957 Un ministre actuel du cabinet Duplessis (il est toujours actionnaire de la Corporation) a été inscrit aux livres dès la fin d’avril.Quatre autres l’ont été dès les premiers jours de mai.Or ces dates, — c’est important de le souligner, — sont celles de l'inscription aux livres, qui se fait généralement trois jours après l’achat, délai qui peut aller jusqu’à une semaine et plus quand il s’agit d’émissions massives comme celle de la Corporation de gaz naturel, qui a lancé $40 millions d’obligations sur le marché.Soulignons aussi que certaines émissions très en demande, — comme celle de la Corporation, — sont entièrement souscrites avant même qu’elles ne soient officiellement offertes au public.Dans le cas de la Corporation, des courtiers ont reçu des commandes deux et trois semaines avant que les obligations ne soient prêtes à être livrées.Conclusion: les obligations inscrites au nom des ministres de l’Union nationale ont été commarfdées entre le 7 mars et le 25 avril, alors que le service du gaz appartenait toujours aux citoyens du Québec, et alors que les ministres étaient parmi les très rares personnes à connaître de façon précise les événements qui allaient se produire.11 faudrait une enquête publique, — et impartiale, — pour savoir exactement à quelle date les ministres de l’Union nationale ont tenté de devenir actionnaires ou obligataires de la Corporation de gaz naturel du Québec.Cette enquête auprès des courtiers et de la Corporation permettrait probablement de prouver qu’au moins cinq des huit ministres impliqués dans ce scandale,—et peut-être davantage,—ont profité de l’espèce d’interrègne qu’ils avaient approuvé entre la vente de l’Hydro et la prise de possession par la Corporation pour se porter acquéréur de plusieurs milliers de dollars d’obligations de cette dernière.(Une caricature que j’aurais dû faire Tan dernier) — R.L.ou; M.LE MüNoSTnE- O’Al ici 72 ACTnONô POüQ 'OUÔ -UNE BONNE AFFAIRE .CQOVEZ.'MOî.01s* ACHÈTE \ une partie M OE ihydro M QUEBEC VOUS ÊTES Bd EN Bon DE I^E ^ SbGNALEQ 'P4orMéPQ.Page 9 La province de Québec en pleine fièvre .par Richard DAICNEAULT de la PRESSE CANADIENNE QUEBEC (PC) — L«v marmite politique est en ébullition dans le Québec.Bien que normalement les prochaines élection» provinciales ne devraient se tenir que dans deux ans au moins, les libéraux du Québec ont lancé une campagne d'envergure provinciale afin de soulever l'opinion populaire contre le parti de l'Union nationale que dirige le premier ministre Duplessis.Les politiciens libéraux vont d'estrade en estrade, dénonçant avec ardeur le parti au pouvoir depuVs 1944.Ils attirent des foules qui manifestent bruyamment.ACTIVITE DEBORDANTE Tous les partisans de la cause libérale se plongent dans l'esprit d'une campagne électorale: on tient des assemblées de candidature, on sVst mis en frais de réorganiser le parti jusque dans ses moindres éléments, on fait des efforts spéciaux pour hâter la formation d'organisations de femmes libérales, un peu partout et on s'emploie à mettre sur pied une machine qui fonctionnera à l'échelon des bureaux de scrutin le jour même de la consultation.De plus, pour des motifs d'ordre psychologique, on invite tous les libéraux â 'Tendre une main amicale" à tous les partisans de l'Union nationale.Le parti libéral vise ainsi k mettre l'Union nationale sur la défensive et à semer la panique dans les cercles gouvernementaux, de façon qu'on juge opportun de convoquer une élection avant 1960.LES REACTIONS Mais dans la Vieille CAPITALE les principaux partisans du parti gouvernemental accueillent la campagne libérale avec un haussement d'épaules.Le premier ministre Duplessis, ils s'en disent convaincus, ne se laissera jamais forcer la main.Ils soutiennent que la campagne des libéraux s'éteindra d'elle-même.Cependant la réaction du public devant la campagne hors-saison est variée: elle t'échelonne entre la froide cur!osité et l'accueil enthousiaste.Dans l'ensemble, les libéraux — eux-mêmes ont ressenti quelque étonnement devant l'attention qu'on leur accorde dans bien des régions.C'est là du reste ce qui a porté les organisateurs du parti à imaginer des tactiques d'offensive que l'on aurait volontiers jugées, voici un an à peine, nettement marquées au coi.i de la folie.Ainsi, les associations libérales régionales ont commencé k recueillir des souscriptions de campagne aux portes des salles où se tiennent les réunions.Elles rédigent et font signer des pétitions qu'elles glisseront sous la porte du premier rnwis-tre.Elles se proposent de talonner sans cesse le gouvernement, à l'aide de placards et d'affiches, sur les murs et sur les automobiles.On n'a rien vu de semblable depuis bien longtemps, dans la province de Québec.Jusqu'à présent, le gouvernement n'a pas laissé voir que la campagne pouvait le toucher, mais il ne fait aucun doute qu'il surveille attentivement l'évolution de cette offensive du genre guerilla.DEUX EVENEMENTS Deux événements ont suscité tout ce débordement d'activité: 1.L'élection de M.Jean Lesage, ministre fédéral sous le régime St Laurent, à la direction du parti libéral provincial, le 31 mai.2.La série d'articles que le journal montréalais "Le De- voir" a commencé de publier le 13 juin, au sujet de la vente du réseau de distribution de gaz de l'Hydro-Québec, à Montréal, à la Corporation de gaz nafurel du Québec.L'avènement de M.Lesage à la tête du parti a eu pour ce dernier l'effet d'un stimulant violent.D'autre part, les dénonciations du DEVOIR lui donnaient un excellent sujet de campagne.REVELATIONS DU "DEVOIR" La vente du réseau de gaz de Montréal, selon le quotidien de la métropole, aurait été l'occasion d'un- coup de bourse de $20,000,000."Le Devoir" a dit que sept ministres du cabinet provincial ainsi qu'un ancien ministre, actuellement lieutenant • gouverneur de la province, possèdent ou ont possédé des actions de la société privée à laquelle le réseau gouvernemental fut vendu.La Corporation de gaz naturel a soutenu que la transaction n'avait rien d'irrégulier.Les ministres qui ont commenté les révélations du "Devoir" ont déclaré qu'ils avaient agi de façon légale et que leurs achats d'actions s'étaient accomplis dans la régularité.LES ETAPES M.Lesage sauta sur l'occasion et entama une campagne fondée sur le scandale mis à [ jour par "Le Devoir".En juillet, plusieurs ministres, le premier ministre lui-même ainsi que le lieutenant-gouverneur, M.Onésime Gagnon, firent signifier au quotidien montréalais des avis de poursuite l'invitant à publier des rétractations.Le journal répliqua qu'il ne rétracterait rien et qu'il était disposé à défendre sa cause devant les tribunaux.Jusqu'ici, les menaces de poursuite n'ont pas été mises à exécution.En tout premier lieu, M.Lesage demanda au premier ministre Duplessis de confier k une commission royale le soin de faire enquête publique sur tous les aspects de la transaction.A cette réclamation, M.Duplessis fit la sourde oreille, déclarant que la vérité serait révélée à l'occasion des poursuites que ses ministres et lui se proposaient d'intenter au "Devoir".Quelques jours plus tard, le chef libéral invita le gouvernement à démissionne; et à convoquer une élection provinciale.Il annonça que le parti libéral organisait une série d'assemblées de protestation à travers la province et qu'il verrait lui-même à "éclairer le public" sur l'affaire du gaz naturel.A la première assemblée, M.Lesage exhorta la population à faire "une marche de libération".Une semaine plus tard, il laissait savoir que le parti libéral resterait sur la brèche tant que l'Union nationale ne se rendrait pas "sans conditions".EN VEDETTE Ces manoeuvres rapides ont eu pour effet de mettre le leader libéral en vedette plus qu'il ne l'avait jamais été en plusieurs années de ministère è Ottawa.Agé de 46 ans M.Lesage avait passé 15 ans aux Communes.Mais dans la politique provinciale, il est un nouveau-venu.On ne l'avait jamais vu dans des centaines de localités.Il ne s'en est pas moins acquis une renommée certaine en deux mois d'activité à peine.Les efforts qu'il a faits (Suite à la page 3) 1745 Page 10 LE DEVOIR Numéro spécial M.Duplessis EXPLOSE! S! crie sa rage el promet "des enquêtes" Au cours de sa conférence de presse hebdomadaire — dont ii avait exclu le journaliste du “DEVOIR” -M.Duplessis a proclamé que “la presse n’a jamais été plus libre que sous l’Union nationale”.Le chef du gouvernement a ensuite annoncé, en termes équivoques, que les tribunaux seraient saisis de “plusieurs” enquêtes; que la vérité allait éclater et qu’il obtiendrait justice; que des poursuites judiciaire^ seront prises contre “LE DEVOIR”; que les députés de l’opposition ont toujours eu accès aux arrêtes ministériels relatifs à la Corporation de gaz naturel mais ne les ont pas demandés et, pour finir, que M.Jean Lesage, après avoir “étouffé la liberté de parole” pendant le débat sur le pipe-line aux Communes, a “craché en l’air une fois de plus”.Visiblement nerveux à la suite d’une spectaculaire expulsion (dont Cuy Lamarche relate les circonstances ci-contre) le premier ministre a dicté ses déclarations aux journalistes, mais, pendant plus d’une heure, n’a pas jugé à propos de répondre aux accusations portées quotidiennement par “LE DEVOIR” depuis le vendredi 13 juin, ni à la plupart des questions précises que le leader libéral lui a posées en termes clairs, ni aux affirmations que M.Jean Drapeau a étalées dans tous les journaux.Une chose est certaine: M.Duplessis expulse un journaliste, offre aux correspondants l'inquiétant spectacle d’une colère, promet des enquêtes et, surtout, s’engage à “poursuivre” “LE DEVOIR” dans “la fange” où il “s’enlise”; prontst enfin que la vérité éclatera .QUEBEC (PO — Les tribunaux seront saisis de plusieurs enquêtes a affirmé, le premier ministre Duplessis en réponse au chef du parti libéral du Québec qui réclame la création d'une Commission royale d’enquête sur les accusations portées par le journal “Le Devoir” au sujet de la vente du réseau de distribution de gaz de l’Hydro-Québec à une compagnie privée.“Il n’y aura pas seulement une enquête mais plusieurs enquêtes devant les tribunaux et nous prendrons les procédures requises pour faire éclater la vérité et obtenir justice", a déclaré M.Duplessis au cours de sa conférence de presse, hebdomadaire.Dans une série d’articles, dont la publication a débuté le 13 juin, le quotidien montréalais prétend que l’acquisition du service de distribution de gaz par la Corporation de gaz naturel du Québec a donné lieu à un coup de bourse de $20,000,000.Le journal a mentionné les noms de sept ministres, d'un ancien ministre, maintenant lieutenant-gouverneur du Québec, de cinq conseillers législatifs et du chef du cabinet du premier ministre Duplessis comme actionnaires, ou anciens actionnaires de la Corporation.M.Duplessis s’est refusé i donner toute précision sur les enquêtes qui doivent être faites.Il n’a pas parlé de Commission royale d'enquête.“Celui qui parle et le gouvernement de la province de Québec n’ont rien à cacher et ne cacheront rien”, a-t-il dit.Rappelons que le chef libéral, M.Jean Lesage, a réclamé 1 institui on d’une Commission royale d’enquête sur les accusations portées.PROCEDURES M.Duplessis a aussi annoncé que des procédures judiciaires seront prises contre le journal “LE DEVOIR”.“l^e DEVOIR, a-t-il dit, continue de plus en plus à se vautrer dans la fange d'une propagande et d’une publicité odieusement injustes et fausses”.“Des procédures judiciaires seront intentées contre ce journal, procédures qui mettront à jour, devant le public, tous les faits qui relèvent des tribunaux et qui se rapportent à la question soulevée”.“1 e grand scandale dans toute cette affaire, et c'est un scandale odieux, c'est la propagande injuste et souvent infâme du journal qui s’intitule “LE DEVOIR”.“Tous les arrêtés ministériels se rapportant à la transaction a dit le premier ministre, ont toujours été et sont encore à la disposition des députés de l’Assemblée législative”.11 commentait alors une demande que lui a formulée M.Lesage, de rendre plubiies les arrêtés ministériels ayant autorisé la vente et 1 option obtenue par la Corporation de l'Hvdro-Quebec en 1955.député le demande en Chambre, ce qui n'est jamais arrive, on les produira , a dit le premier ministre qui a ajouté* • Ils seront produits devant les tribunaux".-%5 LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN Contre LE DEVOIR Le premier ministre fait "une colère noire" devant dignitaires et journalistes par Mario CARDINAL N.D.L.R.: A l’occasion de l’inauguration de lu nouvelle fonderie de la Canadian British Aluminium Company, le 14 juin, à Baie-Co-meau, LE DEVOIR avait délégué l’un de ses repeorters, Mario Cardinal, pour rendre compte de l'événement et des discours.Comme tout journaliste l’aurait fait dans les mêmes circonstances, Mario Cardinal, en rencontrant le solliciteur général, l’hon.Antoine Rivard, le salue courtoisement et s’apprête à lui demander de commenter les articles parus dans LE DEVOIR sur le “scandale de la Corporation de gaz naturel”.L’interview qui suit n'est pas imaginaire; les propos rapportés ci-bas ne sont pas fictifs; d’autres journalistes les ont entendus et po\{rront en témoigner.Les deux scènes qui suivent ont été “présentées" en primeur à plus de 300 dignitaires et une dizaine de journalistes, réunis dans la salle de réception de la Canadian British Aluminum Co., samedi i Baie-Comeau.Si ailes pouvaient constituer uno pièce de théâtre, le titre serait : "La réaction du premier ministre et de quelques-uns des membres de son cabinet devant le scandale de la Corporation du gaz naturel".Personnages : Le lieutenant gouverneur Onésime Gagnon, l’hon.Antoine Rivard, un journaliste et votre reporter qu’on identifiera par les initiales M.C.M.C.: “Bonjour, M.le ministre (Rivard)”.M.Rivard : “Tiens, Le Devoir.Viens-tu me demander si j’ai des parts dans le gaz naturel.?” M.C.: “Inutile, nous connaissons les noms.Je voudrais savoir quelle _fut la réaction parmi vos confrères ministres”.M.Rivard : “La réaction ?Je vais vous la donner, moi.Vous êtes une bande d’écoeurants.Vous entendez ?Une bande d’écoeurants !” M.C.: ‘ Merci, M.le ministre.Mais pourquoi ?” M.Rivard : “Allons donc ! C’est à croire, maintenant, qu’un ministre n’a pas le droit d’avoir des parts dans une compagnie.” M.C.: “Le scandale ne consiste pas à avoir des parts, M.le ministre.Mais à se vendre, à soi- même, au moment où elle promet de rapporter des millions, une entreprise qui appartient au peuple.Si vous voulez, abuser de la confiance des.(Suite à la page 11) Pourquoi des écoeurants, M.le ministre! Le fils du fondateur de la Société du parler français, l’hon.Antoine Rivard, a traité les rédacteurs du DEVOIR "d’écoeurants”.Pourquoi cette colère du ministre?Nous nous sommes consultés en vain pour en découvrir la raison.Aussi avons-nous décidé de nous en ouvrir au ministre lui-même.M.Rivard, pourquoi sommes-nous des "écoeurants”?Parce que vous avez eu des actions de la Corporation de gaz naturel ou parce que vous n’en avez pas eu?le représentant du Devoir v7 Le premier ministre de la province, l’honorable Maurice Duplessis, a expulsé de son bureau un journaliste du DEVOIR qui avait eu l’audace de se présenter à sa conférence de presse hebdomadaire.M.Duplessis a reçu le journaliste en disant: “Dehors tout de suite”, mais comme ce dernier, Guy La marche, demandait des explications et affirmait son droit d’assister à l’entretien, le premier ministre a fait appeler un lieutenant de la police provinciale qui a escorté le journaliste “manu militari” jusque dans le couloir de l'hôtel du Parlement.Comme tous les vendredis, la conférence de presse avait été convoquée pour la fin de l’ayant-midi LE DEVOIR a-vait délégué un reporter afin de connaître les réponses de M.Duplessis aux nombreuses questions qu’il lui avait posées.Les journalistes, en tout une dizaine, ont d'abord été reçus dans l’antichambre du premier ministre, vers 11 h, 30.M.Gerry Nolan, commis de l'antichambre, est chargé de les accueillir jusqu’à ce que M.Duplessis convoque les journalistes dans son bureau.Déjà, certains journalistes prédisaient ce qui allait se passer.M.Duplessis aime serrer la main de tous ceux qu’il rencontre.A chaque conférence de presse, le même rituel se répète: les journalistes entrent un à un et serrent la main du premier ministre, assis derrière son bureau.Mais hier, il y avait une figure nouvelle dans le groupe.M.Duplessis ne connaissant pas Guy Lamarche, lui demande en le voyant s’approcher, la main tendue."Qui représentez-vous ?(Plus exactement: “Qui cé que vows représentez, vous?) G.L.— Vous ne me connaissez pas, M.Duplessis, je suis Guy Lamarche, du “Devoir”.Aussitôt la curiosité du premier ministre se change en une soudaine stupeur suivie d’une réaction presque automatique.Retirant la main qu'il présentait et qui n’avait pas encore touché celle du reporter, M.Duplessis lança, en montrant la porte du doigt: “Dehors, dehors tout de suite!”.G.L.— Mais pourquoi, M.Duplessis?Duplessis — Dehors! G.L.— Mais je ne comprends pas.Je suis journaliste et vous avez convoqué cette conférence de presse.Duplessis tir! Voulez-vous sor- G.L.— M.Duplessis, je considère que j’ai le droit d’être ici.Les autres journalistes, pris par surprise au moment où ils allaient s’enfoncer doits leurs fauteuils, suivaient la scène attentivement.Ce fut comme si tout le reste de la pièce s’était figé devant la sortie de M.Duplessis et du refus de sortir du journaliste.M.Duplessis passe alors aux actes.Il lance: “Nous allons voir! Je vous fais sortir par la police”.Et il sonne M.Nolan.G.L.— “Vous ne croyez donc pas à la liberté de la presse’!” Plus tard, le journaliste ajouta: “N’est-ce pas de l’objectivité que de rapporter vos paroles dans LE DEVOIR?” (Suite à la page 11) Numéro spécial LE DEVOIR Pagel1 chez les journalistes L'incident survenu le 20 juin dans le bureau du premier ministre de la province a suscité de vives réactions dans tous les milieux, en particulier chez les journalistes qui, sans tarder, ont élevé de vigoureuses protestations.Dans les autres provinces, où la liberté de la presse est tenue pour sacrée, les grands quotidiens n'ont pas été longs à informer leurs lecteurs d'un geste qui paraît les stupéfier.L'Union canadienne des journalistes de langue française, qui groupe sur le pian professionnel les rédacteurs des quotidiens du Canada français et plusieurs publicitaires "s'élève vigoureuse-.ment contre un geste qui ne saurait trouver d'excuse en aucune circonstance".Voici le texte de la protestation: "L'Union canadienne des journalistes de langue française enregistre avec étonnement le geste posé par le premier ministre de la provinc de Québec, qui, è sa conférence de presse hebdomadaire d'aujourd'hui, a expulsé un journaliste professionnel qui se trouvait là dans l'exercice de ses fonctions."Au nom du principe sacré de le liberté de la presse, sur quoi se fonde toute démocratie véritable, en vertu des traditions de la presse canadienne et au nom également du respect dû par les élus du peuple à ceux qui ont charge d'informer le peuple, l'Union des io-jrnalistes s'élève vivoureusement contre un geste qui ne saurait t -jver d'excuse en aucune circonstance.Elle loge une protestation formelle et indignée auprès du chef du gouvernement de la province, sûre par lè de se faire l'interprète des 450 journalistes de la presse écrite et de la presse parlée qui sont dans ses rangs."L'Union, qui représente la plus grande partie de la presse professionnelle canadienne-française, désire souligner les conséquences graves de mesures qui attentent au droit des citoyens è l'information.Elle se réserve de porter semblable geste è l'attention de la Fédération internationale des journalistes dont elle est membre".Le Syndicat des journalistes de Montréal a envoyé un télégramme è M.Maurice Duplessis, premier ministre de la province, pour protester contre l'expulsion de l'un de ses membres lors de la conférence de presse du premier ministre à Québec.Voici le texte du télégramme envoyé par le Syndicat des journalistes de Montréal à M.Duplessis, sous la signature de son président, M.Paul Coucke: "En raison de l'expulsion, lors de votre conférence de presse de vendredi dernier, d'un de ses mempres, et selon une résolution adoptée à l'unanimité lors d'une réunion spéciale de son conseil, le Syndicat des journalistes de Montréal vous prie avec insistance de lui donner l'assurance qu'à l'avenir tout journaliste professionnel, dûment mandaté par son journal pour assister à vos conférences de presse dans le put d'informer le public, puisse exercer librement son métier."Nous espérons fortement recevoir de votre part une réponse qui mettrait fin è nos appréhensions sur le respect de la liberté de la presse".Il fait expulser.(Suite de la page 10) M.Nolan paraît.Le premier ministre ne répondit pas.Marchant de la porte à son bureau, il s’exaspère.Tout à coup, se tournant vers le journaliste, il dit: “Vous êtes un effronté”.Duplessis — Va me chercher Duchesnay! (M.Duches-nay est le garde du corps du premier ministre, un “brave” avec un pistolet).Pendant que son commis m chercher M.Duchesnay, M.Duplessis, manifestement à bout devant cette résistance, tente d’obtenir lui-même que le journaliste sorte.Les portes du tambour qui sépare l’antichambre du bureau étaient restées ouvertes.M.Duplessis s'y dirige et de là, tente d’attirer vers lui le journaliste.“Venez avec moi” dit-il, en montrant la porte qui donne sur le corridor.Mais sa tentative devient bientôt inutile, car le lieutenant Jean-Charles Gosselin, de la police provinciale, vient d’apparaître dans l'embrasure de la porte, que ses épaules bouchent tout entière.On attendait le garde du corps.Le chauffeur fera tout aussi bien l’affaire.M.Duplessis se retire du tambour, s’écarte un peu et lâche les brides, pardon! donne un ordre: “Sors-moé le gars du DEVOIR!” Gosselin toise un moment le journaliste, comme pour l’apprécier et l’évaluer, et il fait son devoir.Il prend une solide (Oh oui!) poigné au bras du reporter, et, le soulevant presque, l’entraine hors du bureau de M.Duplessis.Guy Lamarche, sur le bout des pieds, eut juste le temps de crier: “Je proteste, et je considère ce geste inadmissible”.Il était déjà dans l'antichambre.Mais en passant la dernière porte, il est obligé de faire remarquer au policier d'y aller avec moins de rudesse, puisque de toute façon, il le suivait et sortait.Le moyen de faire autrement! Le.lieutenant répond: “Je ne fais que mon devoir”.G.L.— Vous oubliez que dans ce couloir, je suis dans le Parlement, donc chez moi.Le lieutenant, poussant toujours — “Je vous dis de circuler”.(Le mot clef était lâché).G.L.— Mais vous voyez bien que je circule! Le journaliste circulait, en effet, comme une boite qu’on pousse sur un convoyeur.Un solide gaillard, ce lieutenant et un homme de devoir! Enfin, rendu au puits de lumière, une magnifique architecture de marbre blanc, le lieutenant lâcha prise.Il le regardait partir, comme s’il le portait encore avec ses yeux.% Guy Lamarche continua vers la galerie de la presse où il n’avait rien à écrire.On lavait chassé de la conférence de presse où M.Duplessis révélait à la province son plan d’action.G.L.Quand il “nettoie” la place Mau Mau: “Toé, va rejoindre let aufr’ vartues” mrrmiï) f\?@É 1T©
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