Le devoir, 24 février 1914, mardi 24 février 1914
VOLUME V—No.45 ABONNEMENTS : Édition Quotidienne : CANADA ET ETATS-UNIS.* *3 OO UNION POSTALE.$6.00 Edition Hebdomadaire : CANADA.si.ou ETATS-UNIS.$1.50 UNION POSf ALE.s* oo IWONTRfcAL, MARDI 24 FEVK1EK, m4 UN SOU LE NUMERO LE DEVOIR Rédadion et Administration ; 71a RUE SAINT-JACQUES MONTREAL.TÉLÉPHONES : % ADMINISTRATION : Main 7461 RÉDACTION : - Main 7460 Directeur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! LES HABITATIONS SALUBRES Une conférence sous les auspices du “ DEVOIR.” — Pourquoi nous avons invité le Dr Nadeau Le mercredi quatre mars, à huit heures du soir, M.le Dr Emile Nadeau, de Québec, donnera dans la salle académique du Gesù, sous les auspices du Devoir, une conférence, illustrée de projections, sur les habitations salubres.De choix du sujet et celui du conférencier n’exigent guère de commentaires.La question du logement est l’une de celles qui, à juste titre, préoc-tuipent davantage les esprits généreux.Elle se rattache intimement au problème de la santé générale et de la moralité.Toute réforme hygiénique sérieuse doit avoir pour corollaire l’amélioration du logement; et plus celui-ci sera agréable et sain, mieux il protégera ses habitants contre les tentations de la rue, du scope et du bur.Dans tous les pays à grosse population urbaine, on a été contraint de s’occuper de cette question et, dans plusieurs, soit par l’initiative privée, soit avec l’aidé des gouvernements, on a réalisé des progrès considérables.11 suffit de jeter les yeux sur notre ville pour constater qu’une réforme profonde s’impose dans ce domaine.Rien de sérieux n'a encore clé fait cependant.Pourquoi?Parce que l’opinion publique n’est pas suffisamment éveillée, parce qu’on ignore toute l’étendue du mal et le Vemède qu’on y pourrait apporter.* C’est pour contribuer, dans la mesure de ses forces, à cet éveil de l’opinion,'pour prolonger l’effet d’études comme celles de l’abbé Goüin et d’initiatives comme celle de M.Oscar Dufresne à Maisonneuve, que le Devoir a prié M.le docteur Emile Nadeau de donner à Montréal la conférence que nous annonçons aujourd’hui.V.Nadeau s’est fait une spécialité de cette question du logement.11 h étudié avec grand soin les projets tentés ou réalisés en Europe et aux Etats-Unis; il est — les hommes politiques ont tenu à lui en rendre témoignage — le principal auteur de la loi qui vient d’être adoptée à Québec et qui permettra de réaliser chez nous ce qu’on est en train do faire à Toronto, .lignant la pratique à la théorie, il a été le fondateur de la société québécoise des habitations salubres où il a réussi à intéresser plusieurs des hommes d’affaires de sa ville.Nul n’était donc plus autorisé à traiter celte question.Il nous apportera, avec des faits et des chiffres, une série de projections qui illustreront de façon très claire l’état do choses qu’il faut modifier et les progrès qu’on a su réaliser ailleurs.* * *• Est-il besoin d’ajouter que M.le Dr Nadeau vivant en dehors des querelles politiques et la loi des habitations salubres ayant eu l’exceptionnel bonheur d’être approuvée de.tous les partis, les plus scrupuleux cl les plus susceptibles ne pourront suspecter dans la prochaine conférence la moindre intention politique.Aussi convoquons-nous à la réunion du quatre mars — dont l’entrée sera naturellement gratuite — les hommes, et les femmes, de tous les camps et de toutes les opinions.Tl s’agit d’une oeuvre sociale de premier ordre et - d’extrême ur-8°n( e Orner HEROUX.L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE Cinq à six cents convives assistaient hier au déjeuner du Cana-flian Club dont le professeur Ro-hertson était l’hôte.M.Robertson a parlé de son sujet favori, l’enseignement technique, avec une compétence particu-fière.Ancien directeur des fermes îxpérimentales, puis .directeur du collège agricole McDonald, et enfin orésident de la commission d’étude de renseignement industriel, M.Robertson a beaucoup travaillé, beaucoup voyagé, beaucoup observé et il parle avec une franchise et une originalité qui frappent et retiennent l’attention.Les grands mots ne le trompent pas.Un Canada, dit-il, on est trop porté à se vanter des progrès matériels accomplis jusqu’à présent.Les grands chemins de fer, les gros édifices, les grosses banques, les succès matériels ne signifient pas nécessairement la grandeur d’un peu-pje.Le _ véritable développement d’une nation doit se faire à l’école.C’est là que l’enfant prend conscience de lui-même et qu’il doit apprendre ses devoirs envers la famille et la société.Et c’est ce que nous négligeons trop ici.En Angleterre, en France, en Ecosse, en Suisse, en Allemagne, au Danemark l’effort populaire et gouvernemental se porte sur l’école et sur l’école industrielle.On apprend aux masses à se pourvoir elles-mêmes et à se rendre utiles aux autres.Ce qu’il nous faut, ce sont des femmes capables de faire de bonnes ménagères, et des hommes habiles dans leur métier afin que les uns et les autres prennent goût à leur travail, y trouvent le bonheur dans la vie et fassent des citoyens contents de leur sort, ce qui est la meilleure garantie de paix pour la société.En Ecosse, 3.000 enfants seulement fréquentaient les écoles industrielles il y a dix ans ; aujourd’hui ils sont 43,000.En Allemagne, c’est la même chose et le résultat a été une diminution énorme de l’émigration allemande.A Manchester, en Angleterre, ville à peu près semblable à Montréal.22,000 garçons et filles vont (rois fois la semaine aux écoles du soir après leur journée tie travail.A Montréal, T),000 à peine fréquentent les écoles do même genre quand il devrait y en avoir 25.000.De sa tournée à travers le Canaria, M.Robertson conclut que la jeunesse est bien disposée mais que l’action des classes dirigeantes et des gouvernements fait defaut.Soit tpio le contribuable ne veuille ou ne puisse faire davantage, l’école industrielle n’a pas l’importance nu’elle devrait avoir.Le remède est donc le recours à l’Etat et c’est évidemment ta conclusion de la commission d’étude de l’enseignement technique.Montréal devrait avoir 81 RO.000 par année pour l’enseigne- Ïlient technique, Québec, $32.000, et a population rurale qui en a tant icsoin, •$800,000.Cela veut dire qu’on demande au gouvernement une couple de millions par année pour l’enseignement spécial.1 n mot de M.Robertson nous a surtout fraupé.Bien, dit-il, n’égale la satlsfaet’on que donne l’exécution d’un travail quelconque de ses propres mains.C’est ce que l’on ne comprend pas asscr eh certains mi- lieux.On dirait que le travail manuel est synonyme de déshonneur.Le caprice de la mode est peut-être pour beaucoup dans cette mentalité regrettable.En tout cas si l’école industrielle pouvait la faire disparaître, l’avantage serait déjà inappréciable.On reviendrait peut-être aux anciennes habitudes qui partageaient mieux la vie.Jean DUMONT.LE PLAIDOYER DU CANADIEN NORD Le long plaidoyer que sir \Ym.Mackenzie communique aux journaux ne laisse plus de doute sur les intentions de la Cie Canadien Nord.Sir William Mackenzie nous dit d’abord que les subventions qui figurent dans les statuts excèdent de beaucoup les contributions réelles de l’Etat aux chemins de fer, parce que plusieurs des compagnies .subventionnées disparaissent sans avoir lait un pouce d’ouvrage.Nous savions cela, Le président du Canadien Nord est tout de même obligé d’admettre que sa compagnie a reçu vingt et un millions en argent des différents gouvernements, des subventions en terre considérables et des garanties officielles pour un montant énorme de ses obligations.11 vrai qu’il allègue que le Canadien Nord a construit les chemins de fer pour ces subventions en terre.C’est bien le moins.De quel droit possèderait-il ces terres s’il n’avait fait quelque chose pour les gagner ?Dans l’Ouest seul ces subventions représentent un territoire de quatre millions d’acres et l’on sait, bien que sir William Mackenzie ne le dise pas, que le Canadien Nord a eu bien soin de choisir des terres d’une valeur exceptionnelle.D’Ontario et de Québec le Canadien-Nord a eu 2,749,000 acres de terres boisées.Elles ne valent pas les terres de l’Ouest, dit-il.C’est à savoir.Le prix des bois augmente constamment.D’une seule province, la Colombie-Anglaise, le Canadien Nord a obtenu la garantie officielle de 125 millions d’obligations.Sir William Mackenzie affirme que jusqu’à date cela n’a rien coûté aux gouvernements endosseurs.M’empêche que ces endossements ont permis au Canadien Nord d’avoir de l’argent à meilleure condition, et l’on peut inctiie se demander s’il en aurait trouver sans eetie garantie.Sir William Mackenzie 'déclare enfin que le Canadien Nord a prélevé 134 millions sans endossement de qui que ce soit.C’est-à-dire que par lui-même le Canadien Nord » n trouvé qu’environ $10,non par mille de sa voie, Le reste a été obtenu par l’endossenirnt ou les contributions directes de l’Etat.Autrement dit, les gouvernements ont fourni au Canadien Nord les moyens de construire les deux-tiers de sa vole, Sir William Mackenzie se défend d avoir fait son argent avec le Canadien Nord.II y a pourtant bien des gens qui prétendent le contraire.Est-ce que la plus grande partie du Canadien Nord n’a pas été cons-truite par des rompngnies subsidiaires qui n’étaient nue des prête-noms ?J.D.'LÀ VIE QUI PASSE.CARNET D’UN FLANEUR LE DE U BAIE BEORSIENNE MERCREDI, 18 LEVRIER.—TAMBOURINS ET GRELOTS.La voilà qui commence, la dernière semaine «le liesse, la huitaine des Folies et des Saturnales ; caches, bals masqués, travestissements et sauteries vont se multiplier chaque soir.Du plaisir, encore du plaisir ! Le temps du Carnaval est court : qu’il soit joyeux, qu’il soit bruyant, qu’il soit fou.Voici que le Carême va bientôt montrer sa face livide ; il sera toujours temps de gémir et de pleurer.En avant violons et castagnettes, tambourins et grelots ! Que l’on danse, que l’on saute, que l’on chante, que l’on rie, malgré la fatigue et malgré Tàge, malgré la souffrance et malgré les pleurs.Cachons tout cela sous les masques et les oripeaux.Mascaradons, valsons, tanguons, tangotons ; la vie est brève et demain c’est Carnaval.Pitoyables pantins ! JEUDI, 19 FEVRIER.GOT DE LA PRESSE.LE GI- URE EN 4e PAGE.Le texte du discours de M.Lamarche sur le Canal de la Baie Géorgienne.Il est toujours au milieu de la grande vitrine.Tous les jours il se ratatine un peu plus ; ses chairs prennent de répugnantes teintes de vieil ivoire et se plaquent de teintes verdâtres.Il se conserve, dit la Réclame.Oui, peut-être, mais à la façon de ces cadavres momifiés que d’indiscrètes exhumations ramènent à la lumière du soleil.Certainement c’cst un spectacle des plus alléchants, et les passants, habitués déjà à lui jeter un regard comme à un objet familier, se demandent quel est le malheureux affamé pour qui ce sera une délectation savoureuse que de mastiquer cette viande savamment faisandée.Beaucoup, je croirais volontiers, préféreront grignoter le pain sec, et je ne puis leur donner tort.Peut-être, après tout, est-ce moi qui ai le goût dépravé !.* * * VENDREDI, 20 FEVRIER.NL CHIQUEZ PLUS DE GOMME.Triste, triste, triste !.Les mâ-cheurs de gomme sont des dégéné-rés.Voilà ce que nous annonce en première page matutinale un journal montréalais pourtant réputé sérieux.Ecoutez la statistique : On a découvert que les six derniers suicidés avaient consommé dçnx morceaux de “chewing gum”.Et on en conclut gravement ceci : “Le fait “de mâcher de la gomme indique-t-“il une prédisposition au suicide ?“On bien entre-t-il dans la gomme “un élément capable de pousser à la ‘J/ongue” (ils n’en avaient consomme que deux pourtant *) “ceux qui “en font usage à se donner la “mort ?” Et penser que tant de Canadiens en sucent continuellement de celte méchante gomme ! Horrible ! ! C’est une chose merveilleuse tout de même que la statistique.Moi, je conseillerais aux médecins en instance de découvertes abracadabrantes et aux reporters en mal de nouveautés sensationnelles de retenir les constatations suivantes ; 95 pour 100 des aliénés internés à la Longue-Pointe dans le courant de l’année passée avaient la triste habitude de manger de la viande au moins une fois le jour.Bit.Qui s’en serait douté, et qui osera désormais se faire servir un bon “steak” ?SAMEDI, 21 FEVRIER.— LES FUNERAILLES DE DKROULEDK.J’exècre la politique, et je me garde autant que possible d’y toucher.Pourtant elle amène parfois à des remarques qui ne manquent ni de piquant ni de saveur.Témoin ce qui s’est passé pour l’inhumation de Deroulède.Le gouvernement français refuse pour une raison quelconque de lui faire des funérailles nationales, et le peuple tout entier, qu’aucun apparat extérieur n’attire pourtant, s’émeut, se met en mouvement et fait spontanément nu grand patriote des obsèques plus émouvantes que toutes les obsèques officielles.S’il faut en croire les rapports de p°lire, jamais, depuis les funérailles de Victor Hugo en 1885.jamais pareille foule ne s’était réunie, concentrée pour une fête quelconque.En vérité les moeurs parlementaires sont les mêmes dans tous les pays.Tl est bien rare que les actes des gouvernants, pourtant élus par la foule pour une administration de son goût, il est bien rare que ces actes soient l’expression des sentiments publics.Et pourtant la machine continue de marrher, et le bon peuple se laisse faire tout en se croyant tout, puissant et souverain.Naïveté ou apathie ?Les deux peut-être.* * * DIMANCHE, 22 FEVRIER.—L’UNION DANS LA CHARITE.Les anciens avaient coutume de marquer de cailloux blancs ou noirs les Jours fastes ou néfastes.La colonie française de Montréal pourra elle aussi marquer de dhmiants étin-relarts le» cinq jour* qui viennent de secouler : ce furent certes des jours radieux entre tous.Si important soit-il pour la population malheureuse.le succès matériel, pourtant si nettement déclaré, n’est pas grand chose auprès de ce qu’il a été donné a tous de voir la semaine passée : I l mon dans In Charité ; union des Canadiens avec les Français, union «les Français entre eux Honneur à ceux qui ont su la réali-xer, cette union, et qui sauront la maintenir toujours, l'augmenter encore sons les plis du "Drapeau".Le gouvernement ajourne sa réponse définitive.— Encore une Commission ! — Déclarations de M.Laurier VN DISCOURS FOUILLÉ DE M P.-E.LAMARCHE Ottawa, 23.— Le gouvernement Borden ne commencera pas cette année à construire le canal de la Baie Géorgienne.Il se déchargera sur une nouvelle commission du soin de dire si ce projet est praticable au point de vue commercial.Le ministère nommera bientôt les trois commissaires chargés de faire ce travail.11 semble bien inutile; mais le cabinet se réfugie derrière ce prétexte d’une commission, afin d’excuser son retard.Par contre, il continuera, sans consulter de commission sur ce point, de reconstruire le canal Welland, au coût d’au moins 45 millions, de creuser les chenaux entre les grands lacs, jusqu’au lac Erié, an coût de plusieurs autres millions, et il médite même, au dire de M.Rogers, de dépenser 150 autres millions pour creuser à une profondeur de 25 pieds le chenal du Saint-Laurent.du lac Ontario au port de Montréal.La logique n’est point de ce monde.LE DEBAT Le débat s’est prolongé une partie de la journée.MM.Laurier.Lamarche, Devlin, Rogers et White (Reufrew-Nord) y ont pris part.Les discours sont tous brefs, à part celui de M.Lamarche.Celui-ci a traité le sujet à fond, depuis les origines du projet de ce canal jusqu’à aujourd’hui.En une étude qu’il a communiquée à la Chambre en une heure et demie, le déoiité de Nicolet a examiné, hors de toute préoccupation politique, ce vaste sujet.Son discours résume une grande partie de ce qui s’est dit ou écrit, depuis quelques années, à ce propos.Il est méthodique, clair, concluant; l’exposé «les faits et des statistiques s’v enchaîne logiquement.M.Lamarche veut la construction immédiate du canal de la Baie Géorgienne; et il dit pourquoi, de manière fort satisfaisante.Les députés présents à la séance l’ont tous écouté avec attention.Quelques-uns $e sont pas de son avis, mais il n ‘n pas d'interruption.M.Lamarche, à deux ou trois reprises, introduit dans son discours des passages qui mettent une note, tour à tour pittoresque, patriotique, ou simplement humoristique.dans l’exposé qu’il fait des différents aspects du problème posé aujourd’hui.Son travail consciencieux et fouillé lui vaut les félicitations de plusieurs députés, tant d’un côté que de l’autre de la Chambre.M.Laurier, le premier orateur d’aujourd’hui, à ce sujet, esl bref, simple et clair.Il exprime cet avis intéressant, qu’il esl à la fois ’'our la réfection du canal Welland et du réseau des canaux du Saint-Laurent, et pour la construction immédiate du canal de la Baie Géorgienne.La thèse qu’il pose est soutenable; les énormes progrès faits par le commerce canadien, la culture et le transport du blé.dans l'Ouest canadien et sur les grands lacs, justifient, dit-il en somme, le gouvernement du pays, quel eu’H soit, de doter le Canada d’une double voie maritime, de l’intérieur à la mer, si l’on veut que, dans quelques années, le Canada puisse suffire à expédier lui-même à l’étranger ses produits de l’Ouest et une partie de ceux de l’Ouest américain.Tl traite la question sans aucun parti-pris politique.Aussi personne ne lui a demandé pourquoi le ministère Laurier n’a pas commencé cette grande entreprise.11 aurait sans doute répondu: “J’ai construit le nouveau Transcontinental et les conservateurs estiment mie c’est déià suffisant, à en juger nar le jugement qu’ils portent sur les conditions dans lesquelles ils nrétendent «tue cotte oeuvre s’est faite.” M.Rogers a donné la version du ministère.Il l’a fait sans éloquence; car si M.Rogers, au dire de ses amis, est un politicien remarquable, et, au dire de ses ennemis, un homme terriblement astucieux, —- il faut faire la part de l’exagération, dans chacun Il se dit certain de les confondre.Ajournons,—à la séance même où M.cette circonstance, — le résumé des allegations faites à ce propos par M.Lemieux, aujourd’hui, et l’exposé complet «les tails, déjà connu du reste par les lecteurs du “Devoir”.M.LAURIER ET LE CANAL DE LA BAIE GEORGIENNE \ ers les cinq heures de l’après-midi, M.Laurier aiguille la discussion vers le canal de la Raie Géorgienne.Il prend avantage d’une demande de production de documents a ce sujet qu’il a faite, tout comme Al.-amarebe, de Nicolet, pour demander au ministère son intention quant au creusage de cette nouvelle voie maritime toute canadienne.D’abord, il note que, depuis la dernière session, un grand nombre de corps publics se sont prononcés en faveur de cette grande entreprise, et que le ministère n’a encore rien laisse savoir de ses intentions à ce propos.L’on dit même, en certains cercles, que le gouvernement se prépare à nommer une nouvelle commission chargée de faire enquête sur des aspects plus ou moins désignés de ce grande travail.“H y a déjà eu deux commissions à ce propos, en 1859, d’abord, puis il y a six ou sept ans, dit M.Laurier.Les deux rapports de ces commissions en viennent à la même conclusion, celle de la praticabilité du projet, à tous points de vue.Le canal de la Raie Géorgienne est depuis longtemps une nécessité pour le commerce canadien H y a deux écoles ici; l’une est pour le creusage continuel de la voie du Saint-Laurent, et l’autre, pour l’abandon de ce programme et le creusage du canal de la Baie Géorgienne.Quant à moi, je suis favorable à l’amélioration du réseau des canaux du Saint-Laurent, et aussi à la eonstruc-tioi.du canal de la Baie Géorgienne.A l’heure actuelle, l’Etar fait fail e des refections considérables au canal Welland.Si je comprends bien la situation à l’heure présente elle est telle qu’elle dirige en grande partie le transport du blé canadien vers les ports américains des grands lacs et de 1 Atlantique.I .affaire est sérieuse puisque, des 133 millions de boisseaux de blé expédiés depuis août 1913 de Fort-Arthur, par les lacs, 58 millions ont passé par les ports canadiens, contre 75 millions par les ports américains.Il faut signaler le sérieux de cette situation au peuple canadien.Il n’est pas du véritable intérêt du Canada que, sur 133 mil-bons de boisseaux de blé, il en passe /5 par les port américains.La raison de ce état de c hoses, c'est que, présentement, les gros navires charges de blé, et de 20 pieds de tirant demi, s’arrêtent à Buffalo, avant d arriver au canal Welland, qui n’a que 14 pieds d’eau, et y déchargent leur cargaison, qui prende la route du littoral américain.Quand ]« canal Welland aura au moins 20 jüeds de profond, ces navires pourront se rendre à Kingston et transborder leur cargaison pour Montréal.On a parlé a ce propos, du déchargement de cette cargaison à Oswego, port américain; et la chose ne manque pas de vraisemblance.Quant à moi, je l’ai déjà déclaré, je suis en faveur de la refection du canal Welland.Mais on me dira : “Alors, pourquoi voulez-vous aussi du canal de la Baie Géorgienne?” Plusieurs raisons militent en faveur de la construction immediate de ce canal.Le commerce de I ouest canadien esl à l’heure actuelle si vaste, il se développe si vite que notre réseau de transport actuel a peine à y suffire.On ne peut pré-mi juste quelles proportions il de cette route il y a près dil: “Chaque voir atteindra bientôt, mais il ‘serti énor-ine.En 1902, à peine 4 millions et demi de tonnes de marchandises passaient par le canal canadien du Sault-Sainte-Maric.En 1912, le tonnage global, a ce point était déjà de 39 millions, chaque année.On peut comparer le canal «lu Sàult-Sninte-Marie de ces cas, — il ne brille précisément ^.R0.ur,an ’ "'’'' e I .BELETTE.* Note de J’A, pas dans l’art oratoire.Il débite d’une voix uniforme, sans inflexions, ce qu'il veut dire, et il le dit en i'en-tourant «l’;yssez de circonlocutions pour que ce ne soit pas trop clair, Comme bien d’autres politiciens, après Talleyrand, il estime que la parole a été donnée à l'homme pour n* pas faire connaître sa pensée.Aujourd’hui, il en a dévoile un fragment Tantôt on l’eût pu croire défavorable au canal de la Raie Géorgienne; et tantôt il semblait voir l’aceomplis-sement de ce projet d’un oeil bien disposé.Î1 a fait un discours-balançoire, «tout In dernière oscillation a culbuté le projet rlaiis les broussailles d’une commission nouvelle.M.Rogers manie habilement Fonction; Il en met partout.Tout le monde a hâte de voir «pielle commission il nommera, car il a promis que le gouvernement en passerait par la décision de cette commission.M, Foster, peu sympathique A ce genre de travail, n’était pas à la séance.UN PRELIMINAIRE Tout au début de la séance, M.Rodolphe Lemieux a demandé la production de documents relatifs à l’achat, par le ministère de la milice, il y a quelques mois, d’un terrain, sis à Dorval, et destine ù la conrirneti ,i d’un arsenal et «l’une salle d’oxerel-ccs pour les militaires «le l’Ilc-dc-Montréal.Le "Witness-Telegraph", en août dernier, a raconté à sa façon les conditions dans lesquelles se serait fait cet achat de terrains pour fins militaires.M.Lemieux, aujourd’hui, voudrait vérifier, à l’aide «le documents offirieis.la version du "Telegraph".M.Hughes, d’un ton saccade, explique «ju'il n'y a nul scandale dans l'affaire, et qu’il donnera a M.Lemieux et à ses amis tous .uv.les documents dont ils auront besoin, ce sujet,” ommereo n en est «jurà son commencement.Dans un siècle, il y aura sur l«‘ continent nord-américain, 250 millions d hommes, appartenant aux rares les plus commerciales de l’uni-v.rs et qui auront besoin «le toutes les farildés «Je communications possibles.Toute une partie du Canada aura un débouché sur les grands lacs.il«' même que plusieurs «les princi-pnux états intérieurs des Etats-Unis La configuration géogrnphi«|u«.du Canada est telle, aux abords des Gramls Lacs, qu’une partie de notre nays forme comme un triangle dont la pointe s’enfonce en territoire américain.A l’heure actuelle, avec le ré-smui de navigation du Saint-Lau-rent, les navires qui transportent le blc et 1rs produits de la région des (.rands Lacs aux ports oc«mniques parcourent deux côtés de ce trlan'-gk\ Avec le canal de la Raie Geor- ?o«ïoe’ n?n,lvi'cs.an lieu do faire 1.2< 0 milles de navigation, de Port-Ai thur a Montréal, n’en feraient que 9(.0.je crois, soit une diminution dun quart du trajet.La conclusion, c est qu il faut améliorer la route de 1 Ottawa.Elle avait déjà une Importance reconnue, dès le temps des trappeurs et des coureurs de bols; ils s'en servaient pour s’en aller vers l’Ouest ou en revenir.Nous devons améliorer la route «le l’Outaouais; cette amélioration doit se faire immédiatement.Je ne parle pus ainsi d'un point d«> vue de politique étroite, je parle de cette voie et de la désirabilité de 1 améliorer, en envisageant la question au point «le vue commercial.Profitons des avantages «pie la configuration géographique du Canada donne à notre pays, .t'espère que le ministère nous déclarera sans ambages.mijounHuii même, quellr politique il entend suivre à LE DISCOURS DE M.LAMARCHE Comme M.Laurier reprend son siège, M.Lamarche, le député conservateur indépendant de Nicolet, prend la parole, et prononce un discours d’une heure et demie, dont les lecteurs du Devoir liront ailleurs le texte complet.Résumons-le ici à larges traits.Le député de Nicolet commence par noter qu c, à différentes époques, les chefs des deux partis politiques canadiens se sont déclarés favorables à la construction du canal de la Baie Géorgienne, et «pie “pour cette raison, la proposition de construire immédiatement ce canal devrait trouver l’appui des ministériels et des oppositionnis-tes.” Il cite, à l’appui de ce qu’il dit, sir John A.Macdonald, M.Alac-kenzie, l’ancien premier ministre libéral, M.Borden, M.Laurier, — qui vient justement de se déclarer une fois de plus favorable à cettè entreprise, — et ajoute; “L’opinion publique saine et dépourvue de préjugés ne se contentera pas «l’une politique d’atermoiements ; mais elle demande action immédiate, dans l’intérêt du commerce en général et dans l’intérêt aussi de notre indépendance commerciale.” Chemin faisant, M.Lamarche rappelle l’exploration par Champlain, de trois siècles, et chute, chatpie rocher, chaque obstacle, cha«pie caprice de la nature, le long «le cette route nationale, a son histoire ou son trait d'imagination.Le Sault-an-RécoIlet, la Cul bute, la Chaudière, les Chenaux, le Grand-Calumet, Carillon, le Chapeau, les Deux-Joachims, le Rocher Capitaine, le Trou, la Veillée, Plein-Champ, le Portage-des-Paresseux, tes Epines.sont autant de sen- tinelles immobiles postées à un âge passé dans une région qu’habitent aujourd’hui des Anglais; ce sont des sentinelles qui restent encore dans leur vieille parure française pourvperpètuer la mémoire de ceux qui ont arraché aux tribus sauvages ce vaste héritage commun et pour illustrer en même temps l’endurance ethniaue et la loyauté so lide de leurs descendants.” Puis M.Lamarche rappelle les nombreuses explorations et les rapports des différents experts qui étudièrent celte voie d'eau; en 1856, M.Walter Shnnlv fait un relevé de la rivière Ottawa et de la Ri vicre-des-Français.de Montréal au tac Huron, et rapporte à l’Assemblée législative de l’Union, en 1858, que cette route esl supérieure à toutes les aujres du Canada, au point de vue commercial.En I860, un autre ingénieur, M.T.C.Clarke, soumet à la même assemblée un rapport nouveau, des plus favorables à cette route, lui aussi.En 1870, te gouvernement «le la Confédération nomme une commission royale, présidée par sir Hugh Allan.de Montreal; elle se prononce, en février 1871.en faveur de l’importance considérable de cette en-Irenrise pour tout le Canada, et déclare qu'il faut étudier à fond ce projet de roule intérieure navigable.En 1879.M.E.P.Bender, sur ordre de M.Sanford Fleming, alors ingénieur principal «lu Pacifique Canadien, étudie derechef le tracé du canal de la Baie Géorgienne, par la Rivière-des-Français, du lac Huron au lac Nipissing, et conclut aux grands avantages de la canalisation «le cette route intérieure.En 1895, un autre ingénieur, M.Marcus Smith, fait un rapport analogue, «le même que, en 1898, M.'I'.C.Clarke, dans un rapport additionnel, concluait à la praticabilité de cette canalisation.Nouveau rapport en 1899, par M.Henry McLeod,
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