Le devoir, 11 février 1933, samedi 11 février 1933
Montreal, samedi 11 février 1933 Redaction et administration 430 EST NOTRE-DAMF.UONTBEAL TELEPHONE: .HArt>our 1241» SERVICE DE NUIT : Administration : .HArbour i243 Rédaction : .HArbour 3679 Gérant :.HArbour 4897 LE DEVOIR Vol.XXIV —No 34 T R O ! 5 SOUS LE NUMERO Abonnements par la poste Edition quotidienne CANADA.$ 6.00 E.-Unis et Empire Britannique .8.00 UNION POSTALE .10.00 Directeur-gérant} GEORGES PELLETIER FAIS CE QUE DOIS! Rédacteur en chef: OMER HEROUX Edition hebdomadaire CANADA .E.-UNIS et UNION POSTALE 2.00 3.00 Quelque chose de nouveau La “Semaine populaire d’Education des Trois -Rivières Le Devoir l’annonçait ces jours derniers: on prepare au\ Trois-Rivières, pour la semaine du 1 au 11 juin, une Srmaui' populaire (l'Education.L’oeuvre est sous le patronage du 'em râble Mgr Cloutier; ou l’organisera sous la surveillance et a direction de son énergique auxiliaire, Mgr Comtois.Le tia\ai préliminaire est déjà fort avancé du reste; car il ne s agit pom d’une idée tout à fait nouvelle, que ses auteurs entendent en quelques semaines réaliser.Voici des années que le projet flotte dans certains cerv eaux.11 a été tourné et retourné dans tous les sens.On en a discute toutes les modalités d’exécution, et l’on doit cire passablement avancé même dans le choix des exécutants.On compte faire quelque chose de nouveau, et qui n a point chez nous de précédent direct.Du moins, nous n'en connaissons pas.La Semaine populaire d’Education ne ressemblera pom .par exemple, aux Semaines sociales, que l'on a pu justement qualifier d’universités ambulantes et qui ne cherchent poim directement à atteindre les masses populaires.(On sait que la série des cours et des séances solennelles n’y est coupée que pai une grande assemblée populaire.) La Semaine nouvelle ne ressemblera jH>int non plus aux congrès où Ion débat les interets d’une profession ou d’un groupe.Ce qui s’eu rapprocherait probablement le plus, dans un autre domaine, ce serait la *Se-maine des Missions, telle que nous l’avons vue se dérouler a .lo-liette et à Montréal.La Semaitte populaire d'Education comportera de solennelles manifestations religieuses, de grandes réunions populaires.collectives et spécialisées, et même des séances de jeux.Elle devrait se clore par une messe solennelle en plein air.où l’on compte faire chanter dix mille petits enfants.^ Sous la diversité des manifestations, a travers la variété des actes, ou poursuivra —cela va de soi - un même but.Du reste, la Semaine ne sera que le point culminant, le moment le plus éclatant d’une campagne qui se poursuivra toute l’année durant.Le vénérable Evêque des Trois-Rivières décrété en effet, dans la finale de sa toute dernière lettre pastorale, que ' 1 année 19113, dans tout son diocèse, sera dite do l’Education chrétienne do la Jeunesse”; que "les prédications dominicales porteront, au long de l’année, sur l’Encyclique de S.S.Pie XI Dwim illius marjistri"; que.“du quatre au onze juin, soit do la fête de la Pentecôte à celle de la Trinité, on observera partout, avec des réunions ou manifestations appropriées, une Semaine populaire d’Education”., .Ce que l’on veut essentiellement, c’est, par cette sérié d instructions, de manifestations et de fêtes, et par tout le mouvement «pii s’en dégagera, “graver dans l'esprit: de tous, suivant la parole du vénérable évêque, la nécessité ou l importance, d'une bonne éducation chrétienne''.x Ce que l’on veut particulièrement encore, c'est renouve 1er dans la tête des parents cette conviction que d’éducation des enfants est d’abord leur affaire et qu’ils n’ont pas le droit, que! que secours qu’ils puissent demander aux éducateurs, de tuta-ment s’en débarrasser.Le vénérable promoteur de la Semaine pôpulaire d’Educa* tinn qui, au cours de sa très longue carrière (il est depuis trente-cinq ans évêque et prêtre depuis soixante ans) a vu tant de choses, fait à ce propos une observation pénétrante.“Il semble, dit-il, qu'à cause même des nombreux perfectionnements apportés de vos jours par la science pédagogique, des améliorations incessantes de tout ordre, fournies fHir une organisation scolaire de plus en plus puissante, il semble qii'’, dans la famille, on en arrive peu à peu à se croire dorénavant dispensé de sa }>art de responsabilités dans l'éducation chrétienne de l'enfant.On veut, dans bien as alors une crise pire, jdus lamentable et plus désastreuse, dans le monde spirituel.'' De quoi demain sera-t-il fait?Et qu'adviendra t-il parti culièremont de cette jeunesse qui grandit dans l’oisiveté forcée?La question hante tous les esprits capables de quelque réflexion.Souhaitons donc à la Semaine populaire d'Education des T rois-Rivières le plus complet, le jdus fécond succès.yu’elle fasse de la lumière, qu elle incite à l'action! Qu’elle échauffe les esprits et les coeurs! Orner HEROUX ! à se préparer pour le Prix d'Euro-j pe.((itaiid, sur les instances de son ! fiere, il doit interrompre brusqiie-! ment ses études, ù lu veille de ses ! Helles-l.ettres.Le jeune violoniste \ ne se laisse pas abattre par cette \ épreuve et pendant plusieurs mois 1 il donne des concerts dans les cen-1 très québécois et acadiens afin de ! subvenir aux besoins de sa famille.Les individus difFamés pourront procéder contre leurs insulteurs par voie d*injonction page 3) .Il reprend scs études musicales interrompues, à Boston, où il devient l’élève de Burpin, chef d'alla-que des violons, dans lu Symphonie de Boston.Celui-ci lui fail obtenir une bourse du Conservatoire el le confie bientôt à Winternitz, condisciple de Kreislcr au Cbnservutoire de Vienne.Après avoir préparé avec succès pendant quatre ans son été ! vr, Winternitz juye que l'heure est venue de l’envoyer parfaire ses élu des en Europe.Mais encore cette fois, le manque de ressources semble devoir entraver la carrière si pleine de promesses de LeBlanc.La Providence, sous les traits de l’abbé j DesRochers, veille cependant! Ce dernier persuade la Symphonie de Québec de choisir son protégé comme soliste à un grand concert don- ! né devant le.lieutenant-gouverneur \ et le premier ministre de la provin- ] ce.Le rêve de M.DesRochers se realise.car M.Taschereau, conquis par \ le jeune artiste, lui fait accorder par arrêté ministériel une bourse ; d'études en Europe.* * * t Paris, la carrière d Arthur Le-\ Blanc entre dans une nouvelle phase.Le jeune Acadien, inconnu, isolé dans l’un des principaux rentres artistiques du monde, affronte les difficultés que tant étudiant étranger doit fatalement rencontrer à son arrivée dans la capitale de lu France.tr- thnr LeBlanc se met courageusement au travail.Sa persévérance et son Intent lui vaudront bientôt la sympathie d’artistes éminents tels que Alfred Cortot, Jacques Thibaud, Nadia Boulanger.Guidé par leurs conseils et leurs encouragements, il se prépare â la Licence, de Concert de l’Ecole Normale de Musique, qu’il obtiendra avec un premier prix an bout de deux ans d'études, devant un jury composé de Cortot, Thibaud, Enesco, Kochans-ky.Goriot, qui suit avec une bienveillance tonte spéciale les progrès du nouveau licencié de l’Ecole Normale, décide de lui donner une chance exceptionnelle de se produire en l’invitant à participer comme soliste à l'un de ses concerts.Arthur l,e-Blanc joue en' cette occasion la Fantaisie pour violon rt orchestre de Schumann, pièce très difficile d’exécution.LeBlanc remporte un grand succès et s’attire des éloges précieux de la critique musicale parisienne.Son succès lui acquiert aussi l’amitié de Son Excellence le Ministre du Canada à Paris, M.Philippe Boy: de M.Firmin Roz, directeur de la Maison Canadienne: du comte Robert de Calx, attaché au ministère des Affaires étrunqè-res: de M.Henry Expert, éditeur'de la musique vocale de la Renaissance; du consul Carteron et de.bien d’autres.En peu de temps, notre je.une compatriote a donc su se créer à Paris des amitiés précieuses.Il connaît déjà le grand succès.Mens sa culture artistique ne lui fait pas oublier la culture de.son esprit.Scs lettres de l'été dernier nous le montrent en Belgique, où, en compagnie de ses parents adoptifs, M.et Mme Saint-Coeur, il se repose de ses études.Il en profite pour visiter la patrie de Vieuxtemps, d’Ysaye, et aussi de Rubens et de Van Dyck.Il ne parcourt pas le pays en touriste, mais en artiste.Il emplit ses yen i de paysaqes admirables qu’il décrira plus tard avec charme; il s’émeut aux souvenirs historiques de Waterloo, de Matines, de Lacken, et s’aae-noudle aveC' respect .s-»- tes champs de bataille des Flandres, arrosés du sang de tant des nôtres; son àme vibre aux concerts du Kursaal à Ostende.Quand, à Tautomne.il reprend le chemin de Paris, il rapporte aver lui un arl enrichi de tontes les impressions artistiques de ses vacances.Figure d’artiste Arthur LeBlanc Monsieur Frédéric Pelletier signa lait, il y a quelque temps dans La Vie Musicale du Devoir, l'honneur échu à l’un des nôtres — .4 r tlwr LeBlanc - de jouer comme soliste aux (joncerts Gortol.à Paris.Le critique musical officiel du Dr voir n'en voudra pas, j'en suis sûr.à un modeste collaborateur qui u ¦ rnnmi LeRlanc sur les bancs du collège, d'appuyer en quelque sorte le bref éloge qu'il en faisait dans sa chronique hebdomadaire.En met- ! tant en vedette a son concert de ho-vembre dernier ce jeune violoniste \ acadien âgé d'à peine 27 ans.M, Alfred Cortot consacrait le talent de celui-ci et rendait, en même temps, un bel hommage aux boursiers de ta province de Québec.t,o rarriére encore court r d'Arthur LeBlanc est déjà si féconde qu'elle tient presque du prodige Pousse et encouragé par un ami qui l'a entendu jouer pendant les varan ers rt qui a découvert en lui l’étoffe d’un artiste, le jeune homme quitte su ville natale de Moncton, S.B., à l'âge de treize ans, pour venir frap- | per ortc du Séminaire de Qné- * bec oit il apporte, comme tonte ri-1 ehesse.la poésie du pays d'Evatigè' ine, une àme d'artiste et.un man- I vais violon.Après avoir été cou- : vaincues par le professeur Gilbert des dons exceptionnels d'Arthur Le-Blanc pour la musique, tes autorités du Séminaire dcceptcnl généreusement de donner au jeune homme te gite et la culture classique indispensable à sri carrière artistique.Des ses premiers mois d'études.LeRlanc trouvera un protecteur et un père | dans lu personne de M.l'abbé Chry-sologue DesRochers qui le suivra pour ainsi dire pas à pas dans su carrière et lui ouvrira bien des portes, Après avoir obtenu de l'Ararlè-mie de Musique de Québec une médaille d'or et son diplôme de lauréat.Arthur LeBlanc songeait dè>n * * ¥ La gloire encore toute neuve qui déjà auréole le front du jeune violoniste acadien est te couronnement d'un travail ardu et constant; elle rassure ceux qu’aurait pu attrister la réflexion pessimiste /ro/i souvent justifiée, hélas! — de Léo-Pot Morin, dans ses Papiers de Musique, ! lorsqu'il avoue que l’élève canadien, I de tous ceux qu’il a approchés, est i certainement relui qui travaille le moins.Arthur LeRlanc voit le succès lui sourire parce qn'it a été el qu'il est demeuré un travailleur acharné et sans défaillance.Sa carrière ne fait ' que débuter, mais les prémices prometteurs de celle-ci laissent espr rer une maturité éclatante.L ev I thmisiasme et In perseverance de ' LeRlanc nous permettent de prédi re qu'il tic s'arrêtera pas dans son ascension vers les sommets de l’art.A cette âme d'artiste, le vol de l'ai ' filon ne suffit pas.il lui fruit celui de l'aigle.Apres ses succès an concert Cortot, il érrit a son protecteur: "Me voilà monté /dus hnitl, mais je veux aller encore et toujours plus haut.J ai de très grands /iriijefs que je demande à Dieu de réaliser pour In gloire et l’honneur de noire bel art, de notre cher Canada.‘ Puisse notre jeune ami garder ce bel enthousiasme rt cette bette persévérance au travail qui le caractérisent et Int feront certainement atteindre son but.Puisse l il rapporter dans son pays un talent consacré par les grands maîtres et contribuer a entretenir, chez nous, ta flamme sacrée de l’art.Lucien DESEIENS Bloonote Cabinet- d'union?Il en est derechef question, dans certains quotidiens de l'extérieur.Fn organe financier, le Post de Toronto, dit que si le gouvernement fédéral présent ne peut pas résoudre nos embarras financiers de tout genre, il nous faudra bien en venir à la solution que les circpns lances ont imposée à I’Anglelerre: un cabinet national, dont les mî-nistres seraient pris dans tous les groupes politiques.On comprend que cela pourrait faire l’affaire de coteries qui ont des projets de toutes sortes à faire passer; mais former un cabinet unioniste chez nous, au temps présent, serait une lâche que M.Bennett ne pourrait entreprendre, pas même avec M.Meighen, à supposer qu'ils eussent l’adhésion de M.Ring, et il est impossible qu’ils l'aient.Même s'ils l'obtenaient, il n'y a pas lieu de ! compter que M.King trouverait des partisans chez les siens.I! serait presque seul.La Free Press de Winnipeg est «l’avis que ceux-là qui parlent de former un ministère unioniste* n’en auraient pas même l'idée, s'ils étaient convaincus qu’aux prochaines élections M, Bennett pourrait garder le pouvoir.Mais, dans l’état présent des choses, i] n’est pas du tout certain ! qu’en 1934 ou en 193f> au plus tard M.Bennett puisse sortir victorieux d’une élection générale.Et c’est ce «pii fait penser à la formation d’un ministère unioniste qui compléte-! rait l’asservissement des C.N.R.au ! C.P.R.; ce cabinet serait yrotcction-Visle à outrance et il ferait voter par sa majorité l’ajournement des élections à trois ou quatre ans, afin qu’elles ne puissent avoir lieu avant 1936 ou 1937.Et puis, qui voudrait, à gauche, marcher avec M.Bennett?Peut-être M.Dunning, ancien ministre des finances de M.Ring, et présentement lié au C.P.R.Hors cela, «pii.sauf des politiciens | de deuxième et de troisième rangs, pressés de devenir ministres?if can’t be done, igjpm le Star de Toronto, Peut-être pas; mais à force d’en parler, qui sail?Et puis il y a de grands intérêts matériels en jeu.i et puissants.Il y a un an.Cela fera un an ces semaines-ci qu’eut lieu le rapt du bébé Lindbergh - et un an que les ravisseurs continuent de vivre inconnus cl dans l'impunité.En police américaine a démontré en cette affaire retentissante jusqu’à quel point elle reste impuissante devant la canaille organisée.M.Hoover, peu de temps après être devenu président des Etats-Unis, disait que la criminalité croissante était en voie de faire de son pays “la communauté la plus dangereuse de tout le monde civilisé*'.Ce qui s’est passé depuis lors démontre qu’il n’avait pas tort de.porter un aussi «lur jugement.Cela presse Nous publiions, il y a quelques semaines, la lettre d’un «le nos lecteurs auquel la douane réclamait des droits d’entrée sur un périodique français sérieux, le Mois.Un autre de nos correspondants nous écrit, en marge «les ennuis qu’il a avec la douane par rapport à une publication française analogue, mie les douaniers paraissent incapables de faire la distinction entre «tes romans-feuilletons et des conférences et cjiie tout cela est du dernier ridicule.Et les protestations «le.ce genre se multiplient.Ce qui prou-j ve que M.Caban fera bien de se hâter d'exposer aux Chambres les j grandes lignes du traité de com- ! merce qu’il a négocié entre la France et le Canada.Nous ne pouvons ; indéfiniment souffrir qu’on nous fasse payer des droits sur les revues, les livres «l’étude et les périodiques «fui nous viennent «les milieux français.Qu'on agisse enfin! C.P.Bribes de grammaire A “Lecteur innombrable" Pour m'assurer le plaisir de recevoir une lettre cette semaine, j'ai écrit moi-méme un billet à mon adresse.Le moyen est infaillible, je vous le recommande.Mon nouveau correspondant me demande de citer ses remarques.Donnons satisfaction à ce monsieur, qui signe Lecteur innombrable pour nous faire croire, par ce trope audacieux, qu’il exprime l’opinion d’une foule de bonnes gens qu'un excès de délicatesse «mipê-chr «le mettre leur pensée à nu.Lisons done sans rougir; "Monsieur, je suis fidèlement les ; Bribes de grammaire «ians l'espoir ; d’y trouver «les principe» clairs, un \ exposé méthodique de la srienee grammaticale et là solution «le «llf- j ficultéiÇ sérieuses, comme celles nue] présentent les règles du participe ¦mcompagne dp I auxiliaire avoir.Mais je sens «pie bientôt ma patien* e est h bout.t “Trêve de chinoiseries, monsieur.Notre belle langue devrait vous inspirer autre chose que des dissertations insipides sur des vétilles comme solutionner, échantillonner, talentueux, ne /xts que, etc.“Les détails me soucient fieu, et j'ai bâte que vous traitiez des questions plus importantes.“LECTEI B INNOMBRABLE” Mon correspondant n’y va fias par quatre chemins.S’il représente vraiment l«,s nombreux, je me plains «le faire tant de mécontents, mais je plains surtout la langue française d’être si mai comprise.Il y a sans doute plusieurs causes au malentendu.Le billet de mon correspondant en révèle deux: les préjugés de la science scolaire et le fétichisme de l'orthographe.Quand Lecteur innombrable parle d'un exposé méthodique, il songe de toute évidence au temps de ses classes.Les manuels scolaires, qui résument la traditionnelle doctrine grammaticale, font naître chez les enfants la conviction que la langue peut se mettre en règles et s’ap-prendre comme une série de théorèmes.Les maîtres entretiennent cette illusion qu'ils le fassent avec amour, les illusions sont nécessaires à la vie les jnaitres, dis-je.entretiennent cette illusion dans l’esprit de leurs élèves par «hss cxercices ail les règles s’appliquent à la lettre.Voilà pourquoi, au sortir de l’école primaire élémentaire.nous pensions posséder la langue française.Hélas! les illusions vivent ce «pie vivent les roses.¦ U en doil être ainsi.1,’enfant veut l'absolu.U faut d'abord lui enseigner des principes assez fixes pour fournir à son intelligence des points d’appui.Plus tard, avec des précautions infinies pour ne fias troubler le jugement du jeune élève, le maître commence à lui dévoiler la complexité des faits.Lecteur innombrable doit passer l'âge scolaire.S’il ignore les données de la grammaire enfantine, je n’y puis rien, n’étant pas pédagogue.l’avoue même avoir ignoré jusqu'à ce jour qu’il y eût plusieurs règles du participe.Voici la seule «pi’on m’ait apprise: “Le participe s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, quand ce complément le précède; dans tous les autres cas.le participe reste invariable”.Lecteur innombrable n'n qu’à apprendre ces quelques lignes pour être délivré à jamais de ses angoisses.Pourvu, bien entendu, qu’il finisse trouver le complément direct et en supputer la valeur psychologique.Ce travail de recherche, éminemment formateur, parce qu'il s’exerce sur la pensée elle-même, relève de l'analyse.A s’y appliquer, on se rend bien vite compte que l’orthographe est subordonnée a l'idée.L’est pour l’idée que la langue existe, c’est pour servir l'idée que la langue doit être belle.Mou correspondant ferait bien d’y réfléchir avant de parler de vétilles.Qu'il, veuille aussi admettre que voilà des principes clairs, même s’ils ne sont fias exposés d’une manière méthodique et didactique.La langue doit être belle.N'est-il pas infiniment triste d’entendre une femme de lettres (qu’on se re présente mince et élancée), proclamer à la radio: “Je solutionne ce problème en me basant sur tel principe”?\h! madame, je suis sûr que Lecteur innombrable lui-même se contenterait de s'appuyer sur les principes qu’il aime tant.Prenez garde, madame; à votre voix, "I é-difice de la bonne langue tremble sur ses bases", Jean-Marie LAURENCE L opinion du lecteur Faut-il augmenter les députés fédéraux?M.Barrette vient de signaler à la Chambre l’anomalie extraordinaire qu'il constate dans l’application de l'Acte «le l’Amérique britannique du Nord, concernant le nombre de députés alloués à «baque province.M.Barrette a prouvé par des citations nombreuses que le principe du pacte fédératif était que chaque province aurait un nombre de députés proportionnel à sa population.Toutefois, pour protéger jusqu'à un certain point les petites provinces, on a inséré la sous-sec-tion t de la section .Il permettant à une province de garder le même nombre de députés après chaque recensement, si sa population ne diminuait pas de plus de 1 '20 fuir rapport à l’augmentation totale de la population du Dominion.Cette sous-sertion a été insérée fuir les représentant» de la province d’Ontario comme un gage «le protection pour les petites provinces.Cette protection de t 20 équivaut à f)% de l'accroissement «le population de chaque province.Ontario est la plus grande province du Dominion et la plus populeuse; elle contient en chiffres ronds, a l'heure actuelle, 34% de In population du Dominion, et si nous exceptons la province de Québec, Ontario possédé une population trois fois plus grande que In plus grande des autres provinces.Cette protection de fev sur le chiffre comparatif de sa ‘Les Cosaques du Don La leçon d’un succès Etre soi-mènie.Sortir de l'enfance: accéder a la maturité.Rejeter tout conformisme artificiel, anglo-saxon, américain ou même français.Rechercher les accords profonds de notre nature.Nous avons pratiqué tous les genres dç suicide et qu’y avons-nous gagné?Ni nous manquons de fumet, si nous sommes incolores et amorphes, c'est parce que nous ne./sommes enracinés à rien; ni à la terre, ni aux morts.Pasticheurs éberlués de culture exotique, pâles imitateurs de l'étranger, nous étouffons, sous ces travestis, les élans de notre vraie personnalité.A 1’aspecl de tanl de femmes en pâte de ’guimauve, de tant d’hommes gélatineux, de tant d’épines dorsales à la manque, on se demande quel cataclysme moral a passé sur notre race, et quelle est cette infâme némésis qui s’acharne avec une telle furie, sur un vieii-me aussi docile.Notre ennemi principal s’appelle l’anglicisation: cela est incontestable.La langue anglaise sert de véhicule à tout un arsenal d’idées et de sentiments qui dérivent d’une philosophie et d’un instinct protestants.Mais le snobisme français fait aussi des victimes.Entendons-nous.Toute notre culture vient de ce côté; ne nous privons fias de cet aliment indispensable, et tout en faisant un triage judicieux, multiplions une importation dont dépend notre reviviscence intellectuelle.Atais ensuite, n’en faisons pas un uutomo-tisme de poupées mécaniques.Cette culture, émancipatrice de l'esprit, où la beauté vient de la splendeur «le l’ordre, et qui suscite la liberté intérieure, ne doit pas être transposée en une étroite formule d’esclavage el de démarquage.Plagiaires ridicules, no.us importons des querelles héritées d’un passé trop proche et qui n’est pas le nôtre.Nous répétons, comme des perroquets, des leçons où se mêlent la marotte et le préjugé.Au lieu d'improviser, sur ce continent, des solutions littéraires, art i-sti «pies, conformes à notre situation de latins d’Amérique, de Français du Canada, nous cherchons trop souvent une originalité paradoxale, panachée d'audaces de mauvais nloi, en marge de nos traditions.Dans tous les domaines, tendance à la servilité.Le courage intellectuel, conséquence de la lucidité «le l'esprit, nous fait complètement défaut.C’est sans doute la principale raison ‘pour laquelle tant de Français nous méprisent.La littérature française est-elle souvent entendue dans son vrai sens?Nous pouvons en douter: car.depuis Pascal jusqu'à Mauriac, en passant par «l’Aurevilly et Balzac, elle est imprégnée de morale (religieuse ou positiviste).Son humanisme montre que l'homme, laissé à lui-oième, n’est plus qu’un singe lubrique «*t que toutes les disciplines traditionnelles sont conservatrices, non seulement de biens matériels et moraux, mais même «le i'art le plus pur et dans sa plus haute expression.Il est interdit à un véritable intellectuel de s’autoriser d'une page chaude d'un de ces grands artistes, mais rattachée a un contexte on la loi fait sentir a son heure toute sa rigueur, pour rejeter l'essentiel de cette image totale de la vie.C'est bien beau de crier à tout propos: liberté! Mais qu’or nie cite un talent de chez nous qui ait été véritablement étouffé pat la morale.Par contre, j’en pourrai?citer des masses, que la paresse l'insouciance, la vanité, l’amertume la eouiiisanerie polilque ont desséchés dans leur fleur.Les vérita Ides agresseurs de la liberté de pen ser?Les anciens directeurs de l’Ac tîon Française «le Montréal le« pourraient nommer plus exactement «pie personne.Quand l'âge en aura fait des ermites, «pioiqut n’ayant jamais eu rien «le commue avec le diable, si ce n’est le diable nationaliste, ils pourront fain sur ee point «les révélations sensationnelles.Mais il arrive à ces niquedouillcs grands défenseurs de la liberie de penser, de faire un accès de xé-uophobie.Mais de «iuoi peuvent-ils se plaindre?Au lieu de chercher à être eux-mêmes, ils ont voulu imiter jusque dans ses travers le riverain «le la Seine.Qu’ils daignent souffrir qu’étant une simple copu on 1 érrr jpfréfére'Tortglnai.Pour ne contrister aucun vivant, je ne citerai qu’un nom, celui d’un homme disparu depuis longtemps.A l’heure actuelle, les oeuvres d’Henri Julien se vendent à prix d’or.Or.où couvait la source de son inspiration?Un amateur distingué m’assure qu’il a refusé plusieurs milliers de dollars d’argent américain pour un tableau d’Henri Julien.La saveur de son oeuvre, si bâclée soit-elle, si incomplète aussi, grandira avec le temps, tandis que s’effaceront les illusions de tant de nos esthètes.Nous voilà, semble-t-il, assez loin des Cosaques.Bien au contraire: car ceux-ci, étant Russes, et .s’étant douté que cela les pouvait servir se sont mis à Lèlrc deux fois, ils emportent avec eux tous les éléments poétiques de la lointaine et mystérieuse patrie.Ils chantent le ciel natal, Je vent dans l’immensité de la steppe, la beauté et le charme de la femme russe, et relie âme mobile et pétulante, «nii rebondit selon l’heure triste ou gaie.Ils utilisent, jusqu’à l’exacerbation, tous les éléments humains et pittores-«jues de ee coin de terre étrange et féerique parce que battu des souffles de l'Orient et de l’Occident.Musicalement, c’est très mince.Cela ne tient debout que par la merveille de In lechnkpie, la perfection de l’exécution et surtout par une violente affirmation de nationalisme musical, ce dernier trait dominant et imprégnant tous les autres.« es chanteurs sont russes jusque dans la moindre modulation du timbre, d’une grande plasticité; ils passent «le la voix parlante «'t chuchotante à l’engorgement de la passion, toujours chargés du philtre révélateur de la race et du mi lieu par où iis provotyuenl l’eu-chantemenl des foules.Succès inouï et parfaitement explicable.Les auditoires américains en raffolent.C’est une véritable griserie Ce peuple sans passé applaudit à outrance une «les typifications hé réditaires les plus réussies que je connaisse.L'étonnant serait que des événenmnts aussi significatifs ne voulussent rien «lire, pour les seuls Canadiens français.Serions-nous donc un peuple de nouilles, comme dit l’autre?Arthur LAURENDEAU Les livres (Suite à la page Flâneries d’un dieu rustique 11 Sylvain a flâné en forêt, b lâner est-il le mot?Car ee dieu hoeager me paraît avoir un fort agio: de chèvre, sur le Vue au caractère américain, geu-rette, ctenviron 41 8.,0, et In popu- ITS jiffici|es à concilier.n mr.nt'nV1,1 T° ndlV1S,fc ru ?.ar ,ce ''r I».de I, !di’r,u ltt nigotiHni au do la | Donat Mireault, nncien huUsicr de ;
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.