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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2000-01-08, Collections de BAnQ.

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L E I) E VOIR, L E S S A M EDI « E T I) I M A N (’ Il E !» .1 A N V I E R 2 0 0 0 ?LE DEVOIR ?Lettres québécoises Page D 3 Essais québécois Page D 5 Le Feuilleton Page D 4 ?Poésie Page D 6 Formes Page D 8 ,11* i CARREFOURS «Un poète pire que moi», dit-il GILLES MARCOTTE Vers la fin de la scène quatre de la deuxième partie de HA ha!., il se passe quelque chose d'étrange, que l’on n’a pas assez remarqué.On sait quelle «fête infernale» — le mot est de Jean-Pierre Ronfard, le premier metteur en scène de la pièce de Réjean Duchar-me — se joue là, quel théâtre de la dérision, de la cruauté.Or, dans cette scène, le personnage principal, Roger, celui qui semble être le plus près des intentions profondes de la pièce, sort tout à coup «une boulette de ses poches», la défroisse et la donne à la naïve Mimi: «Lis, cfit-iL N’aie pas peur.Ce n’est pas méchant, c’est catholique! C’est détaché des Dichos de Luz y Amor de saint Jean de la Croix.Un poète pire que moi.» Un poète pire que lui?C’est un hommage considérable, et inattendu, que rend ainsi Roger au grand mystique espagnol, puisque le pire, dans son système ou son anti-système, a toute les chances d’être le meilleur.Mimi, docile comme toujours, commence à lire, «s’inspirant à mesure», dit le texte: «Un oiseau solitaire doit remplir cinq conditions.D’abord voler au plus haut.Ensuite, ne point tolérer de compagnie, même celle des siens.Puis pointer le bec vers les deux; et ne pas avoir de couleur définie.Enfin, chanter très doucement.» Et Roger: «C'est bon, hein.Dis-moi comme c’est bon.» (Vous avez remarqué, il ne dit pas: «C’est beau», 'ù ne s’agit pas d’esthétique, mais: «C’est bon», ça nourrit, ça frit vivre.) Lorsque j’ai vu la pièce de Ducharme, à la première et à la reprise, ce bout de dialogue, qui crée pour ainsi dire un petit espace de joie possible dans le discours de la dérision et de la cruauté, est passé totalement inaperçu.Il y avait là, pourtant, un signe capital, qui se répercute encore dans le dernier roman de Réjean Ducharme, Gros mots, où se font entendre des échos plus ou moins déformés du discours de l’absolu.Il ne s’agit pas, j’espère qu’on le comprendra, de tirer le romancier du côté de la religion, de le faire entrer dans le giron de Notre Saint Mère l’Eglise, selon une méthode de récupération qui a fait autrefois les choux gras d’un certain nombre d’apolo-gètes.Ce que je note, chez Ducharme, c’est le recours à une des grandes traditions textuelles de l’Occident, la seule peut-être dont il puisse s’aider pour exprimer la passion d’absolu qui tenaille et torture — de plus en plus profondément, me paraît-il—les personnages de ses romans.À vrai dire, il n’est pas tout à fait étonnant qu’on n’ait pas remarqué la présence de saint Jean de la Croix dans HA ha!.Nous n’avions pas l’habitude.Dans notre catholique province, nous faisions toutes les génuflexions qu'il fallait, mais quant à se faire une pensée religieuse, à fréquenter, à lire vraiment les grands textes de la tradition, c’était autre chose.Les écrivains, tout particulièrement, se gardaient bien de toute excursion de ce côté, attentifs à se conserver une marge de manœuvre qu’ils sentaient toujours un peu menacée par le magistère.Or, par un paradoxe qui serait sans doute plein d’enseignements si on s’y arrêtait un peu, c’est au moment même où la déchristianisation fait son œuvre, où le «désenchantement du monde» vient près de s’accomplir, que le texte religieux, et particulièrement mystique, réapparaît dans notre culture vivante.D y aurait beaucoup de titres à citer, notamment le très beau livre de Fernand Dumont, Une foi partagée, et l’étonnant roman de Jean Bédard, Maître Eckhart.Une des manifestations les plus frappantes de ce qui n’est pas à vrai dire un retour — on parle à tort et à travers d’un retour du religieux, ces temps-ci — mais une véritable découverte est la collection «L’Expérience de Dieu», chez Fides, qui, en une année seulement, a fait paraître plus d’une dizaine de titres, de Thérèse d’Avila à François de Sales, de Jean de la Croix à Marie de l'Incarnation (on se souviendra peut-être qu’elle est nommée dans Le nez qui vaque), de Thomas More à la Canadienne Dina Bélanger.Il est important de souligner qu’elle est dirigée par un écrivain, le poète et essayiste Fernand Ouellette, qui d’autre part vient de faire paraître un livre de méditations religieuses ferventes, nourries de splendides citations, Dans l’éclat du Royaume.C’est qu’il y a, VOIR PAGE D 2: POÈTE mm fhÂ'i ¦ mm PHOTOS: JACQUES NADEAU LE DEVOIR Leurs mots sont écrits avec l’encre des banlieues, des HLM entassés, des rues peuplées d’ombres.Les uns à côté des autres, ils forment une poésie nouvelle, hurlant parfois une réalité autrement tue, sur-gie d’un tissu d’influences, d’Haïti à Marseille, en passant par New York.Leurs mots dérangent, agressent parfois, mais attendrissent aussi, comme la vie.Les rappeurs seraient-ils les écrivains réalistes CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Cy est en écoutant une chanson du disque L’École du micro d’argent, du groupe de rap I am, que le professeur de littérature Robert Melançon, de l’Université de Montréal, a retrouvé une certaine forme de vers classiques dont la poésie moderne s’est éloignée au cours du dernier siècle.D cite à ce sujet cette strophe de la chanson intitulée Nés sous la même étoile de l’album L’École du micro d’argent «Pourquoi fortune et infortune, pourquoi suis-je né Les poches vides, pourquoi les siennes sont-elles pleines de tunes Pourquoi j’ai vu mon père en cyclo partir travailler Juste avant le sein en trois pièces et BMW?» «R faut évidemment entendre cela rythmé très fortement, martelé, avec des pauses fortes enfin de ligne.Les rimes sont très marquées.[.] Par ailleurs, c’est du langage direct, très clair, proche sous ce rapport de celui de la prose, ou plutôt de la langue parlée», remarque M.Melançon.«C’est toujours d’un côté inattendu que le renouvellement vient», dit celui qui croit que la poésie, dans sa forme moderne, s’est institutionnalisée et s’est éloignée du cœur battant de la vie, se reproduisant en vase clos, en forme redondante.«Je ne veux pas dire qu ’il s’agit de faire du rap [.] Mais le rap peut apporter, simplement sur le plan de la forme, [.] une forme dans laquelle l’oralité joue un rôle très fort», constate-t-il.Dans la forme, le rap est aussi plus près d’une poésie classique, et il rompt radicalement avec les «poèmes en vers libres d’Apollinaire et d’Andrea Moorhead», qui régnent sur la poésie moderne depuis près d’un siècle.d’aujourd’hui ?VOIR PAGE D 2: ENCRE CRUE L TOMBÉE PUBLICITAIRE: 21 JANVIER 2000 CAHIER SPECIAL PARUTION 29 JANVIER 2000 Rentrée LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET DIMANCHE H JANVIER 2 0 0 0 D 2 Livres ENCRE CRUE Au Québec, le rap américain intègre des éléments de culture francophone et créole SUITE DE LA PAGE D 1 Choses vues, choses dites Tignasses hirsutes ou chapeau sur la tête, les membres du groupe Mu-zion, de Montréal, qui ont tous moins de 25 ans, racontent leur voyage à la conquête du langage, cet amalgame de mots créoles, français et anglais qu’ils crachent dans le micro et font rimer parfois à l’intérieur même d’un vers, texte fait pour être dit, martelé, croqué, crié même, rimes conçues pour mordre dedans.«On constate des choses.On écrit toujours parce qu'on a quelque chose à dire; on n’écrit pas juste pour faire une chanson», affirme J.Kyll, une des membres du groupe, qui dit avoir commencé à écrire de la poésie avant d’écrire du rap.Nés à Montréal, leurs parents sont Haïtiens d’origine et immigrants de première génération.Es ont parlé avec eux le créole avant d’apprendre le français à l’école d’ici.«On représente les jeunes Haïtiens de Montréal, disent-ils.On représente le rap qui a été wis à part.» Né aux Etats-Unis, le rap a fait son chemin jusqu’en Europe et jusqu’ici.Au Québec, il intègre des éléments de culture francophone et créole.«C’est un mélange de beaucoup de choses, dit Dramatik, un autre membre de Muzion.Même la musique, elle est faite de toutes sortes d’échantillonnages.» Si, dans un groupe, un Espagnol ou un Grec arrive, il va ajouter des mots nouveaux, et le mélange sera encore plus riche, encore plus bigarré.Pour leur part, les membres de Muzion écrivent leurs textes ensemble, à quatre, mais chaque voix chante les strophes qu’elle a elle-même écrites.Pour eux, le rap est révélateur.«Dans notre cas, contre ce qui se passe autour de nous, dans le monde dans lequel on vit», dit Impassible.L’amour, bien sûr, mais aussi les taxes et les grèves.Tout récemment, la très sérieuse revue Autrement consacrait un numéro spécial au rap, intitulé Une esthétique hors la loi, signé Christian Béthune.Dans un chapitre intitulé «Oralité et technicité», on parle du rap comme d’un passage entre la culture africaine, traditionnellement orale, et la postmodernité, utilisant abondamment la forme écrite comme les nouvelles technologies.Les rappeurs, y lit-on, «s’ils donnent l’impression d’écrire comme ils parlent, c'est que, bousculant les canons de la sacro-sainte forme rédigée, ils voyagent sans complexe entre l’oral et l’écrit.[.] Enfants de l’école et de la rue, ils installent l’écriture dans le champ de la parole et assignent la parole à l’acte d’écrire avec l’évident plaisir d’accomplir là une transgression».«On écrit avant la marge», écrit d’ailleurs le rappeur français Busta Flex, dans Un pour la basse.Les textes de Muzion parlent de chômage, de manque d’avenir, de racisme.«Je me sens comme un TGV sans frein, chassé par le KKK, frangin / Vais-je élever mes bambins, célébrer et décéder enfin / Mais d’ici là j’ai pas Si, dans un groupe, un Espagnol ou un Grec arrive, il va ajouter des mots nouveaux, et le mélange sera encore plus riche GROUPE Renaud- Bray ?-tëarnHu-tr— PALMARES du 29 déc.au 4 janv.2000 JEUNESSE Le aulde officiel des Pokémon 8 Marla S.Bardo Scholastic 2 ART Meubles anciens du Québec * 8 Michel Lesaard L’Homme 3 SPIRITU.Lart du bonheur V 43 Dalaï-Lama R.Laffont 4 CUISINE Le guide du vin 2000 10 Michel Phaneuf L'Homme 5 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous « 113 1.Nazara-Aga L'Homme 6 ROMAN Autobiographie d'un amour 15 Alexandra Jardin Gallimard 7 ESSAI Q.L'année Chapleau 1999 9 Serge Chapleau Boréal 8 ESSAI Q.Un siècle à Montréal 11 Collectif Trécarré 9 JEUNESSE Harry Potter à l'école des sorciers * 59 J.- K.Rowling Gallimard 10 SPIRITU.Horoscope 2000 Challfoux 16 M.- A.Challfoux 7 Jours 11 NUTRITION Une assiette gourmande pour un cœur en santé 10 Collectif Institut de cardiologie 12 CUISINE Les plnardlses : recettes & propos culinaires * 288 Daniel Pinard Boréal 13 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 17 Henriette Major Fldas 14 ROMAN Q.La petite fille qui aimait trop les allumettes « 62 Gaétan Soucy Boréal 15 FINANCE Votre vie ou votre argent ?143 Dominguez & Al Logiques 16 PSYCHO.A chacun sa mission 9 J.Monbourquette Novella 17 JEUX Les grilles des mordus 12 M.Hannequart Ludipresse 18 ROMAN 0.Hôtel Bristol New York, N.Y.9 M.Tremblay Lemôac 19 JEUNESSE Harry Potter et la chambre des secrets * 35 J.K.Rowling Gallimard 20 ROMAN Je m'en vais (Prix Goncoun 1999) 12 Jean Echenoz Minuit 21 ROMAN Un parfum de cèdre * 15 A.-M.Macdonald FtemmadcnQ.22 CUISINE Les sélections du sommelier, Éd.2000 11 F.Chartier Libre Exprès.23 POLAR Le dernier coyote » 11 M, Connelly Seuil 24 ROMAN Geisha « 48 A.Golden Lattes 25 JEUNESSE Histoire de jouets T.02 8 Walt Disney Phldal 26 ROMAN Q.Les émois d'un marchand de café 13 Y.Beauchemln Q - Amérique 2t| HUMOUR Mots de tête 16 Pierre Légaré Stanké 28 POLAR Death du jour 11 Kathy Raichs R.Lalfont 29 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus » 303 John Gray Logiques 30 ROMAN Stupeur et tremblements » 17 Amelia Nothomb A.Michel 31 BD.Gaston Lagaffe n° 19 6 Franquln Marau produc.32 POLAR Inspecteur Specteur et la planète Nète 13 G.Taschereau Intouchables 33 BD Thorgal n° 25 - Le mal bleu 7 Roslnsky & Al Lombard 34 SPIRITU.Le grand livre du Feng Shui 11 Gill Hale Manias 35 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 » I46 N.Walsch Ariane 36 BKDQRAPH.La prisonnière 32 M.Oufklr Grasset 37 HISTOIRE 11 Collectll Larousse 38 BOGRAPH Des temmes d'honneur T.03 10 Llae Payette Libre exprès.39 CUISINE La cuisine d'aujourd'hui 9 57 Donna Hay Konemann 40 ROMAN Soie * 156 A.Barlcco A.Michel 41 ROMAN Le rapport Gabriel 15 J.D Omersson Gallimard 42 THÉÂTRE Presque tout Sol (Nouvelle édition) « 140 Marc Favreau Stanké 43 PHOTOQRA Enfermés dehors 11 Durocher/ Jones Stanké 44 BD.Calvin & Hobbes n°18 Gare au psychopathe à rayures I 14 B Watterson More Loiecion 45 i GUIDE Circuits pittoresques du Québec 15 Y.Latramboïse L’Homme une cent, Car le système à l’autre extrême me place au sommet de son crochet, / et me fout des droites comme Mike Tyson», dit la chanson Rien à perdre, de Muzion.Dans cette chanson, dit Dramatik, «on parle du feeling que les jeunes peuvent avoir face à un avenir sombre; ils se rebellent comme si c’était leur dernière journée.Les jeunes ont des skills, mais ils ne savent pas comment les utiliser».Et malgré leur urbanité, ils sont tout près de leurs racines.L’une des chansons de l’album de Muzion s’intitule Moune morne.«Le moune morne, c’est celui qui ne vit que pour lui et pour Dieu, dit J.Kyll.En Haïti, ce sont des gens de montagnes, qui vivent à l’état sauvage.Là-bas, ils sont mal vus.Parce que trop modestes, arriérés, incultes.alors qu’ils sont les plus proches de la simplicité, de la vérité.» Rap contre art occidental Mais le rap est aussi violence, et même «obscénité et misogynie», selon le titre de l’un des chapitres de la revue Autrement qui lui est consacré.«[.] par-delà toutes les audaces sémantiques jouant avec l’outrance des mots et la crudité des images, c’est en effet toute une ontologie de l’art, propre à l’Occident, que le rap vient battre en brèche, comme le font dans un autre registre les tags, les attitudes gestuelles, les attributs vestimentaires, promus avec ostentation par le hip-hop», lit-on dans Autrement.A titre d'exemple, on mentionne la croisade menée par des puritains américains contre l’album As Nasty As They Wanna Be, de 2 Live Crew.Mais il ne faut pas sous-estimer «la valeur phonétique, rythmique et articulatoire que les rappeurs savent conférer au riche éventail des dirty words dont ils parsèment leurs rimes», écrit Bethune.Fait à signaler, le jazz comptait aussi ses «dirty notes», des notes non traditionnellement liées à l’usage de l’instrument, voire des notes fausses.«Le rap, c’est un reflet de la vie quotidienne, de ce qui se passe dehors, dit Impossible.Si les gens disent que le rap est violent, c’est que la vie qu’on mène est violente», explique Impossible à ce sujet Ce n’est pas le rap qui rend violent la violence est là, c’est tout «On se bat pour nos droits, ajoute Dramatik.Si quelqu’un frappe, on frappe.» «Ce n’est pas seulement quand on est Noir.C’est quand on vit dans un système et qu’on se sent opprimé, et qu’on a envie de se rebeller.C’est une sorte de rébellion, mais sans sortir sa rage pour rien», ajoute Impossible.Pour Bethune, le rap réactualise la poétique de l’obscène, niée, exclue encore aujourd’hui de l’art occidental de masse.Cette poétique est «propre à la tradition afro-américaine, écrit-il, mais volontairement mise à l’index par la distribution de masse, qui n’en laissa transparaître que les formes les plus atténuées».«Ce n’est pas le rap qui fait peur, c’est ce dont le rap parie», constate Robert Melancon.Comme le jazz, ce grand bouleversement musical du siècle, le rap aura pris la voix de la communauté noire américaine.Peut-être finira-t-il, comme le jazz, dans les revues spécialisées et les salles de concert.SUITE DE LA PAGE D 1 entre le langue mystique et l'écriture, la véritable, celle du grand écart celle qui fait l’expérience du dénuement, de la perte, des connivences profondes, particulièrement attestées par la poésie.On a pu lire dans cette collection, il y a quelques mois, un très beau Pascal écrit par une personne que les convenances journalistiques m’empêchent de nommer, et voici le Bernard de Clairvaux de Jacques Brault.Celui-ci connaît son auteur depuis longtemps, car le Moyen Age, il ne faut pas l’oublier, est une de ses demeures.11 présente saint Bernard à partir de ses derniers jours, miné par la maladie, «à bout de POETE course», se reprochant peut-être d’avoir été la «chimère de son siècle», de n'avoir vécu «ni en clerc ni en laïque».Ce contemplatif, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, a été un grand actif, conseiller du pape, prédicateur de croisade, polémi-queur, fondateur d’abbayes.Mais c’est le spirituel, le mystique surtout que présente Jacques Brault, dans un texte élégant et bien informé, marqué par la sympathie, voire une sorte de fraternité.Il ira chercher, par exemple, dans les lettres du moine, des phrases émouvantes qui nous le rendent proche.Quant aux Sermons sur le Cantique des Cantiques, qui constituent la plus grande partie de l’anthologie, il en explique clairement les fondements et la mé- thode, mais le lecteur que je suis, peu familier des grands spirituels, aurait peut-être eu besoin d’un mode d’emploi plus complet pour y entrer vraiment.J’en tire quelques phrases lumineuses, sur (quoi d’autre?) l’amour «L’amour, lui, se suffit, il plaît par lui-même, il est son propre mérite et sa propre récompense.L’amour ne se veut pas d’autre cause, d’autre fruit que lui-même.Son vrai fruit, c’est d’être.J’aime parce que j’aime.J’aime pour aimer.» Le Johnny de Gros mots, torturé par le rêve d’un amour absolu, aurait compris ça.Allez relire ce qu’il écrit à la page 110 de ce roman, le plus exalté et le plus douloureux qu’il ait écrit.MUSIQUE De la démesure comme Fun des beaux-arts On peut dire d'Herbert von Karajan qu'il est «plus grand mort que vivant» KARAJAN - L’HOMME QUI NE RÊVAIT JAMAIS Claire Alby et Alfred Caron Arte Éditions - Éditions Mille et une nuits Paris, 1999,144 pages et un disque compact de 70 min 6 FRANÇOIS TOUSIGNANT \ A l’instar du mot d’Henri III lors de l’assassinat du duc de Guise, on peut dire d’Herbert von Karajan qu’il est «plus grand mort que vivant».Rééditions discographiques en tous genres, monographies.on peine à énumérer la totalité de ce que ce chef, déjà légendaire de son vivant, a suscité en périphérie de son personnage et de son travail.Ce nouvel ouvrage vient compléter le travail que Claire Alby a fait comme recherchiste pour le film Maestro, Maestro! Herbert von Karajan de Patricia Plattner.On pourrait penser, de prime abord, qu’il ne s’agit que d’une éniè-me apologie à la gloire du génie [Karajan.) ou d’un écrit sulfureux qui voudrait se complaire de ses travers (.L’homme qui ne rêvait jamais).Rien de tout cela et, pourtant, tout cela à la fois.Claire Alby, dans sa belle et brève première partie, parle non seulement de sa fascination pour l’artiste au legs immense mais aussi de sa propre expérience avec lui.Succinctement, elle narre son expérience alors que, violoniste dans l’orchestre d'étuaiants de l’Académie d’été de Salzbourg, Karajan vint les faire répéter rien de moins que le premier mouvement de «la» V’.On entend comment naît le «son» Karajan! Cette fascination pour le sujet devient rapidement communicative.Fidèle à son modèle, elle nous force à l’admirer, sinon à l’aimer, sans pitié — et espérant n’avoir aucune résistance de notre part, une impossibilité en ce cas-ci —, uniquement avec L'Union des écrivaines et écrivains québécois, en collaboration avec la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal et le Musée de l'Amérique française, présente Marie Joué ThériauLt dans la série Les poètes de l'Amérique française accompagnée par Marlène Couture, soprano Raymond Lepage, piano Guy Cloutier, animateur le lundi 10 janvier 2000, à 19 h 30 au Musée de l’Amérique française, Québec le mardi 11 janvier 2000, à 20 h à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal 465, avenue Mont-Royal Est, Montréal Laissez-passer obligatoire : (514) 872-2266 Entrée libre 9 : Coups de coeur RB I NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION www.renaud-bray.com I UNEQ 5 Vlllt dt Montréal LE DEVOIR Karajan ne rêvait jamais: il faisait la désarmante simplicité du naturel.Elle parle de son intimidation, de l’incommunicabilité de Karajan.Il ne rêvait jamais: il faisait.Quand la musique arrivait, tout s’effaçait Un projet le hantait: rien n’allait freiner sa terrible volonté.C’est aussi ce qui ressort des extraits d’entretiens qu’on trouve à la fin du livre.On n’apprend rien, mais c’est finement dit; Karajan prenait les interprètes — musiciens d’orchestre, chanteurs, solistes — uniquement et seulement comme extensions de ses visées musicales et artistiques, des pions sur un échiquier.Son autocratie proverbiale ressort fort bien, tout comme l’admiration et l’adhésion inconditionnelle qu’il imposait à tous ceux qui travaillaient sous sa gouverne — ou sa férule: ici, le mot prend tout son sens! Ce trait ressort aussi fort bien de la magnifique biographie d’Alfred Caron qui constitue le cœur de l’ouvrage.On n’y trouve guère de détails croustillants, mais il analyse le portrait du chef à travers une grille politique.Les problèmes de contrats, les rapports avec le nazisme, la rupture avec l’Orchestre philharmonique de Berlin — qu’il ne considérait que comme le prolongement de son bras —, les enthousiasmes, le flair pour la découverte et la mégalomanie, la générosité, tout cela s’inscrit dans un itinéraire logiquement réfléchi.On découvre 3ue, chez Karajan, il n’y a jamais eu e place pour l’inspiration spontanée; tout s’organisait pour que le silence se fasse et que naisse la musique, «sa» musique.Les passages qui traitent de l’obsession de Karajan à fixer — et à imposer — de manière «définitive» sa manière de faire et de penser l’art fascinent.On comprend que, malgré une certaine révolte que la lecture de ces propos peut induire, le magnétisme de ce petit homme, chef grandissime, a subjugué, sans échappatoire possible, tout son entourage, collaborateurs, artistes et public confondus.Seuls les membres de l’Orchestre philharmonique de Berlin surent lui tenir tète, dans les années 80, conflit qui SOURCE: DISTRIBUTIONS POLYGRAM n’est pas à la gloire de Karajan.Ainsi expliquée, l’entièreté du personnage se révèle et, pour une rare fois, on devine un fond d’humanité chez lui.Le livre est superbement illustré, ce qui aide à mieux saisir un peu de cet irrésistible pouvoir.Une photo vaut mille mots et la véracité de l’adage se vérifie.Comment ne pas céder à ces photographies d’yeux illuminés, à la force qui se dégage du port, et j’en passe.Loin de la biographie historique, rigoureuse et neutre, ou de l’hagiographie du monstre sacré, on lit un portrait humain, comparable à ceux que des portraitistes de la trempe de Rembrandt, Goya ou Delacroix dessinèrent: plus vrai que nature.En complément, un disque compact d’enregistrements historiques parachève le tableau.Habitué aux normes d’aujourd’hui dans la qualité des formations instrumentales, on entend d’où sont parties, d’un point de vue technique, des phalanges aujourd’hui prestigieuses.Si la justesse ou les attaques sont parfois douteuses, ce qui ne l’est pas, c’est la foudroyante force rythmique de Karajan (La Flûte enchantée), son souffle (Léonore III) et sa puissance visionnaire d’une énergie écrasante (finale de la IX' de Beethoven).Pour vraiment rendre justice à la pensée de Karajan, 11 aurait fallu une bande vidéo.Mais ça, c’est une autre histoire.Malgré les passions contradictoires autour de cette figure de proue de la direction d’orchestre en ce siècle — on pourrait même avancer qu’il est le chef du siècle —, un tel ouvrage ne peut que faire l’unanimité autour de son excellence.Les aficionados aimeront la disco-, graphie (quasi) complète de tous les ' enregistrements du maestro.Fouillée, clairement présentée, elle s’impose comme un modèle du genre.Pour le grand public, s’entend: les chercheurs et les maniaques aimeront plus de détails, mais la méthodologie utilisée s'avère plus qu’idoine pour quiconque veut jauger l’ample mesure des réalisations de Karajan et prendre conscience de l’aune à laquelle il femt le juger.I I LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET DIMANCHE 9 JANVIER 2 O O O -*• Livres -»- L’écriture, mémoire de la parole NICOLAS LE FILS DU NIL , Mona Latif-Ghattas Editions Trois, 1999,184 p.LES FILLES DE SOPHIE-BARAT Leméac, 1999,255 p.1 ona,Latif-Ghattas est née en Égypte et a émigré au I Québec il y a une trentaine d’années.Elle poursuit depuis une carrière multiple de met-teure en scène, de romancière, de conteuse et de poète.Difficile de distinguer, chez elle, l’auteure de l’œuvre écrite, celle-ci se nourrissant depuis le début de l'expérience de celle-là.Latif-Qhattas, en effet, écrit ses racines égyptiennes, l’émigration, l’exil, le choc des cultures, soucieuse avant tout de maintenir vivantes certaines voix de son pays d’origine, comme si l’écriture se faisait l’écho de paroles chères, de leur ferveur, voire de leurs inflexions.On peut dire d’elle, comme le note la narratrice dans l’épilogue de Nicolas le fils du Nil, qu’en quittant son fleuve d’origine pour «le pays des érables et des neiges», Mona lauéGharu» Robert Chartrand NICOLAS elle l’a emporté dans ses bagages pour l’offrir à ses amis d’ici; qu’elle s’est remise de la blessure de l’exil, car: «Il parait que le froid cicatrise les souvenirs.» Ce petit livre est en fait le tout premier qu’a écrit Mona Latif-Ghattas alors qu’elle faisait des études de lettres à l’Université de Montréal en 1979.Elle en fit cadeau à son Égypte natale six ans plus tard en le publiant à compte d’auteur chez Elias, au Caire — les éditions Naaman de Sherbrooke en diffusèrent des exemplaires ici —, alors que les droits du livre ont servi à financer la construction d’un foyer pour les vieux Égyptiens dont les enfants avaient émigré.11 allait presque de soi que cette nouvelle édition augmentée paraisse chez Trois, la maison fondée et animée par l’auteure Anpe-Marie Alonzo, née elle aussi en Égypte et qui a émigré au Québec à la même époque que Mona Latif-Ghattas.Le cadre narratif de Nicolas le fils du Nil n’est pas très éloigné de celui des Lunes de miel, un recueil de récits paru chez Leméac en 1996, où une vieille dame presque indigne se faisait conteuse.Ici, la narratrice, se souvenant des histoires merveilleuses que lui racontait sa grand-mère — «elle racontait si bien et si vraie était sa voix que même l’invraisemblable devenait soudain réel» —, prend exemple sur elle pour raconter à son tour une histoire d’Orient, de ce monde où «rien n’est fictif), où «même le rêve est réel».Ce sera celle d’une famille égyptienne dont le père avait émigré de Syrie «pour aller chercher fortune dans les vallées des pharaons», et surtout celle d’un des enfants, Nicolas, né dans les années 40, et qui fut toute sa vie aussi honnête qu’adroit, aussi travailleur que généreux.Tout petit déjà, il faisait la joie et la fierté de ses parents.Puis, il grandit, épouse une femme qu’il aime et dont il est aimé; il devient père à son tour, lance une petite entreprise, la perd.D tâte brièvement de la politique, sans succès — son seul tort, apparemment, fut de ne pas avoir un prénom arabe.—, et il meurt subitement dans un accident Le livre de Mona Latif-Ghattas trace le portrait en pointillé de cet homme de bien et des siens, sous forme d’épisodes très courts, une suite de moments exemplaires de ce qu’ils furent de leur vie de famille, du travail, des vacances, mais aussi de leurs sentiments et de leurs rêves, accomplis ou déçus.En arrière-plan se profilent les grands événements de l’histoire de l’Égypte des années 40 à 70: la fin du règne du roi Farouk et son exil, la crise du canal de Suez, la prise du pouvoir par Gamal Abdel Nasser dont la personne même «magnétise», voire «hystérise»-, il paraît à tous honnête, au-dessus de tout soupçon, et il incarne les rêves les plus chers du petit peuple: des rêves de liberté, de dignité, de prospérité.Mais Nasser instaure bientôt une économie étatique: toutes les entreprises de plus de dix employés sont nationalisées.Celle de Nicolas, qui fut pourtant un patron exemplaire, y passe elle aussi.A regret mais sans se plaindre, il se plie à la loi et redevient lui-même simple artisan.Ce n’est pas un ambitieux ni un affairiste: il est d’abord attaché aux siens et à leur bien-être.Nicolas le fils du Nil, comme l’indique son sous-titre, est un roman poétique.On le voit d’emblée dans la typographie même — plusieurs passages sont en caractères gras et/ou en italiques — et dans la mise en page: les blancs sont nombreux, des phrases ou des paragraphes sont parfois répartis comme des strophes, quelques mots peuvent occuper toute une page.C’est ainsi qu’est rendu tangible l’écoulement du temps.Facture poétique de l’écriture également: répétitions diverses qui donnent à certains passages des allures de scansion et retour à intervalles variables de phrases ou de scènes comme celle où des vieux jouent à une sorte de tric- trac.Ils gagnent et perdent: ainsi va la vie qui est une suite de hasards dont il faut s’accommoder avec sérénité.Enfin le Nil, évoqué tout au long du roman comme un leitmotiv, ce fleuve qui e^t la moelle épinière, la tige vitale de l’Égypte, que le père de Nicolas avait choisi en même temps que la femme de sa vie.Il demeure, lui, comme la mère de Nicolas survit à son fils, comme ses fils poursuivent son œuvre et assurent, par là, la pérennité de son souvenir.Un hommage Les Filles de Sophie Barat est un roman plus traditionnel, disons un témoignage romancé, dédié à tous les éducateurs, où Mona Latif-Ghattas a voulu rendre hommage aux religieuses auprès de qui elle a étudié.Dans une note préliminaire aux lecteurs, la romancière annonce ainsi le propos de son livre: «Que devient le passé réel quand le temps le façonne dans nos mémoires, lui donnant ses vraies couleurs?Un roman peut-être, une fable aussi digne de foi que l’intention de son auteur, tramée de ce qui aurait résisté en lui à l’épreuve du présent, mais animée d’un Esprit qui, lui, reste scrupuleusement vrai et bien vivant.» En fait, Les Filles de Sophie Barat est davantage la chronique d’une éducation réussie qu’un roman de formation.Il s’agit ici de rappeler le climat des collèges pour jeunes filles tenus par les Dames du Sacré-Cœur dans divers pays, et surtout l’esprit qui y souffle, partout le même, entretenu par ces religieuses et transmis aux élèves; il leur restera à tel point qu’elles en seront imprégnées toute leur vie et se reconnaîtront entre elles, au-delà des différences d’âge et de culture.On leur a inculqué durablement le goût du dépassement de soi et de la Beauté, le culte du cœur, à ces jeunes filles de milieux aisés qui connurent des «enfances couvées dans ces couvents avec tant de rigueur, tant de doigté.» C’est à l’occasion de la visite d’un couvent à Montréal que la narratrice LES FILLES DE SOPHIE BARAT se remémore celui du Caire, tout semblable, où elle a étudié quelque trente ans plus tôt, où parmi ses compagnes musulmanes et chrétiennes elle s’est éveillée à la culture et au savoir tout en grandissant Elle raconte avec vivacité ses années qui furent pour elles une véritable genèse morale et intellectuelle: elles sont vraiment les filles de Sophie Barat, cette reli- gieuse qui fonda la congrégation au début du XK' siècle, et dont la romancière dit qu’elle a été pour elle «plus forte que le flot haineux du monde, plus forte que les exils», plus forte même que sa propre mère.Les Filles de Sophie Barat est un livre de reconnaissance absolue.D’où sa singularité.rchartrandfdvideotron.ca Écriture libre sur commande Louis Hamelin livre un recueil de chroniques VINCENT DESAUTELS Parce qu’il faut bien écrire, quand on a fait la gaffe de se déclarer, d’entrée de jeu, écrivain.» Une petite phrase parmi d’autres, dans l’avant-propos, fait sourire le lecteur.On pourrait la juger écrite pour l’effet, pourtant elle décrit bien le point de départ du Voyage en pot, recueil de chroniques rédigées par Louis Hamelin pour différentes publications, principalement l’hebbo-madaire Ici.Il en va ainsi de la chronique, quand on a décidé de s’y commettre: il faudra bien écrire puisqu’elle a fixé un rendez-vous, qu’elle se soumet aux exigences de l’heure de tombée.Elle surprend parfois son rédacteur en plein essoufflement; sitôt une chronique rédigée, remise, publiée, la suivante recommence déjà un nouveau cycle.Une écriture libre sur commande.Une production personnelle à la chaîne.Et le chroniqueur ne se révèle jamais autant que dans cet exercice contraignant quand, croyant peiner sur un sujet de circonstance, il ne parle finalement que de lui-même.Louis Hamelin n’y échappe pas, lui qui s’attarde beaucoup sur ses lieux, des lacs et forêts de la Mauri-cie aux grandeurs et misères de la Gaspésie en passant par les hauts et les bas de Paris et les ruelles de Montréal.À travers des textes déjà courts que l’auteur prend parfois plaisir à morceler davantage, ne s’en révèle pas moins l’image d’un contemplatif qui regarde le monde en retrait, pas trop quand même, parce qu’il sait trop bien qu’il en fait totalement partie.On sent passer à l’occasion un souffle de nostalgie dans ces pages, celle de l’enfance, celle des amis lointains et des rapports francs qu’impose la vie avec et dans la nature.Et d’un bout à l’autre, on entend aussi les échos du débat identitaire, celui du Québec, celui de l’auteur; Louis Hamelin avait préparé son lecteur en avant-propos, alors qu’il plaçait le recueil sous le signe de cette quête aussi universelle que très particulière à un peuple qui ne sait pas encore s’il en est un.Une relation trouble C’est un autre personnage qui domine toutefois le paysage du Voyage en pot, un personnage que Louis Hamelin évoque sciemment et à qui il s'identifie malgré lui: celui d'un nouveau Rubembré, sorti tout droit de Balzac pour affronter une fois de plus le grand milieu littéraire.Ah! la France, que ne représente-t-elle pas pour un littéraire de province.L’aventure québécoise du dernier Salon du livre de Paris a révélé tout .cuis Hamelin LF.VOYAGE EN POT Pour les yeux ce qu’elle pouvait incarner comme rêves les plus fous.Hamelin, à l’instar de plusieurs, vit une relation trouble avec cette métropole littéraire qui n’a que faire de quelques exotiques supplémentaires.Paris sera donc le théâtre privilégié des chroniques, puisqu’on apprend que l’auteur y a séjourné pendant de longs mois qui coïncident avec le calendrier du Voyage en pot.Il en ramènera ses meilleures pages, inspirées par l’observation des mondanités livresques, de la hiérarchie littéraire et de ses colorés personnages, pages dans lesquelles se devine en filigrane une déception proche des illusions perdues.Tant de bonne volonté qui se heurte à tant d’indifférence, ça laisse des marques.Elles se traduisent ici par une lucidité crue, qui s’exerce sur tout ce qui bouge, du rêve républicain aux touristes français qui pointent leur nez au détour d’une phrase sur les baleines.Hamelin aboutit enfin à ce froid constat, en forme de post mortem: «La France est aussi le berceau de quelques bons produits», qu’il lance à la mémoire du boucher et de la fromagère.Il y a chez Hamelin une admiration pour James Joyce, l’exilé volontaire par excellence à qui il réserve une courte mais éclairante étude en fin de volume.Le Voyage en pot, c’est le sien, c’est le leur, à l'image de Nosferatu qui prend la mer avec ses coffres remplis de terre natale.Louis Hamelin, expatrié temporaire, bercé d'illusions à ses heures, mais surtout pressé par des chroniques à rédiger «parce qu'il faut bien écrire», constate peu à peu qu’il a lui aussi un peu de terre natale au fond des semelles.LE VOYAGE EN POT Louis Hamelin Boréal, Montréal, 1999,229 pages LES PEINTRES ET LA BIÈRE PAINTERS AND BEER Serge Lemoine et Bernard Marchand Préface de Herre-Jean Rémy, de l’Académie française Éditions d’art Somogy Paris, 1999,208 pages Fruit de la collaboration entre l’historien de l’art Serge Lemoyne, professeur d’histoire de fart contemporain à la Sorbonne (Paris IV) et conservateur en chef du musée de Grenoble, et Bernard Marchand, président-fondateur de l’Ordre de la chppe d'or et amateur de bière devant l’Éternel, ce livre aborde un thème rarement traité mais pourtant mille fois représenté dans les arts visuels: la bière.En 200 pages, Lemoyne et Marchand convient le lecteur à la découverte des liens unissant ces deux mondes à travers des exemples tirés de diverses périodes: l’Égypte ancienne y côtoie les Braque et Picasso, tandis que Rembrandt joue du coude avec Jasper Johns.Mais malgré l’orientation franchement transhistorique de cette approche thématique, la plus belle part va aux peintres néerlandais et flamands du XVII' siècle qui traitèrent, plus que toute autre école, ce sujet dans leurs scènes de genre, portraits et natures mortes.H n’est que de penser aux superbes Stilleben de Pieter Claesz, Willem Claesz Heda et Jan Jansz Van de Velde, aux nombreux portraits de buveurs de Frans Hals et Rembrandt, de même qu’aux scènes de taverne d’Adrian Van Ostade et Jan Steen pour en être persuadé.LES PEINTRES , t LA BIÈRE PAINTERS ani> BEER Mais l’école française du tournant du XXr siècle n’est pas en reste avec les très nombreuses scènes de bar et taverne de Manet, Degas et Raffaelli où le vin, l’absinthe et la bière coulent à flots.Én neuf chapitres proposant autant de sous-thèmes (la bière et l'art; la peinture et la bière, épis d’orge et fleurs de houblon; malteurs et brasseurs; la bière en beauté; la bière dans l'intimité; la bière dans la fête et finalement la bière dans les cafés et les brasseries), ce livre propose un honnête panorama de la place accordée à ce précieux breuvage dans l’art occidental.Les textes sont sobres mais intelligents, la qualité de l'iconographie est bonne et certaines œuvres, rarement reproduites, valent le détour.Entre autres, une très belle sculpture de Picasso de la période cubiste synthétique intitulée Bouteille de Bass, verre et journal (1914), un beau collage de Kurt Schwitters titré Le Chasseur blessé (1942) et un très intéressant Vermeer à sujet moral, L’Entremetteuse (1656).Un bien joli livre que celui-là.Marie Claude Mirandette LA CUISINE MÉNAGÈRE D’UN GRAND CHEF Antoine Westermann Éditions Minerva Genève, 1999,176 pages À l’heure des aliments génétiquement modifiés, voici un livre de cuisine qui n’a pas peur d’effectuer un retour vers le passé, pour y puiser des recettes alsaciennes traditionnelles, mais aussi une certaine ambiance autour de la table.La Cuisine ménagère d’un grand chef donne le tablier au chef Antoine Westermann qui inclut sa tartine au foie de lapin, son carré de veau poêlé, son hachis parmentier au fenouil, la tarte à la crème que sa maman faisait le samedi après-midi et qui devait, en principe, n’être mangée que le lendemain matin.En tout, plus de 80 recettes pour le dîner mais aussi le casse-croûte ou le déjeuner.De spectaculaires photographies viennent aiguiser les papilles gustatives, dont celle d’un steak, ultra saignant, qui n’est certainement pas destiné aux végétariens de ce monde! Mais ce bouquin contient aussi de nombreux conseils pratiques sur la préparation du court-bouillon, du fond brun de veau, du fond blanc de volaille, de la polenta et bien d’autres choses encore.Beau mais pratique.Bon mais réalisable.Le choix des recettes est assez diversifié pour plaire à un grand nombre de gourmets.Les desserts incluent les fameuses madeleines, qu’on conseille de servir chaudes avec une salade de poires ou d’abricots et une glace à la vanille, les tartines aux pommes, la crème renversée à l’orange et même la bûche de Noël et les bredele, spécialité alsacienne qui embaume les maisons d’épices au moment de Noël.Le chef qui livre ici ses recettes fait partie du cercle restreint des trois étoiles.Le livre se veut le premier d’une série s'attardant au menu des déjeuners en famille, trop souvent réduits à de beaux souvenirs.Chaque livre aura son chef et sa région.Le premier de la série est d’une grande qualité et sans prétention.H aura sa place sur la table à café mais trouvera très rapidement son chemin jusqu’à la cuisine.Chaque page contient une odeur qui nous fait penser à quelque chose de bon.Paule des Rivières MUSÉUM Frédéric Clément Photographies de Vincent Tessier Ipomée-Albin Michel Paris, 1999, environ 160 pages Bien intrigante chose que ce livre-objet proposant une «petite collection d’ailes et d’âmes trouvées sur l’Amazone».Pas facile de déballer ce coffret en carton, imitant le bois vert-de-gris et aux fausses pentures de tissu, fragiles et délicates.D’entrée de jeu, on sent qu’on ouvre la porte à quelque chose d’inusité, d’inhabituel, d’étrange.Peut-être même une boîte de Pandore, qui sait?Et dès qu’on feuillette ce livre, dont la jaquette lisse joue au papier chiffon froissé (autre trompe-l’œil), des lettres aux exotiques provenances; puis de courts poèmes en prose, entrecoupés de papillons, de feuilles de papier de soie, de photographies aux mystérieux sujets, de tableaux, de plumes d’oiseaux et de fragments de diverses natures.Mots et images s’entrechoquent délicatement, se complètent, s’interpénétrent pour transporter le lecteur dans un univers où la vie égrène le temps à la vitesse de l’escargot A la fois collection de papillons et herbier de mots, ce livre-objet émouvant autant qu’inutile, superflu mais d’autant essentiel, est le cadeau rêvé à se faire à soi-même.On prendra autant plaisir à le toucher qu'à le lire, à le feuilleter qu’à déguster ses bouquets de prose aux mUle parfums.Marie Claude Mirandette museum P, Union des écrivaines et écrivains québécois rogramme de & arrainage Les « jeunes écrivains » peuvent maintenant bénéficier des services d'écrivains-conseils.Recrutem«nt des « jeunes ccnvnius » et des éerintins-eonsei/.s © Le «jeune écrivain * (âge minimum : 18 ans) ne doit pas avoir publié plus d'un ouvrage ou l’équivalent.Il doit soumettre un projet sur lequel il entend travailler au cours de la période prescrite et doit joindre à sa demande un extrait de ce même projet (d'au moins 20 pages pour le roman, d’au moins 10 pages pour les autres genres littéraires) et un curriculum vitæ.®> L'écrivain-conseil doit être un écrivain professionnel ayant déjà publié au moins trois livres ou l'équivalent, il doit démontrer des qualités de pédagogue et posséder une expérience en tant que professeur, écrivain-résident, animateur d’ateliers ou lecteur d'une maison d'édition ou l’équivalent.Il doit joindre à sa demande un curriculum vitae et une bibliographie.Ses services seront rémunérés.l I) RtH-SÔ 10 I.E I) E V (MR.L E S S A M EDI « E T I) 1 M A N (’ Il E !» .1 A N VIED 2 0 0 0 1) 4 —«• Livres » LE FEUILLETON MUSIQUE Le fantôme apaisant de Bouddha Le goût de la chanson LE BOUDDHA BLANC HitonariTsuji Traduit du japonais par Corinne Allan Éditions Mercure de France, «Bibliothèque étrangère» Paris, 1999,260 pages CM est, je crois, le premier * livre d’Hitonari Tsuji traduit en français et, comble de chance, son auteur s’est vu récompensé par le Médicis étranger.Né à Tokyo en 1959, il semble qu’il soit assez connu là-bas, notamment comme cinéaste, poète et — la chose surprendra — chanteur rock.Je dis que cela est surprenant parce qu’on est loin, avec ce roman, de la violence ou de la dureté rock.Beaucoup plus près, en fait, de la poésie et du récit lyrique, voire de la mystique.Mais ce serait se tromper sur le sens de cette œuvre si on la ramenait à cette seule dimension.La violence est partie intégrante de la plupart des personnages, en particulier les mâles.Tout le début du récit nous révèle la cruauté des jeunes enfants lorsqu’ils sont en bandes et jouent à la guçrre le long des rizières dans Vile d’Ono, s’amusant à faire exploser un crapaud à l’aide d’une cigarette, à humilier une jeune fille en lui pissant dessus, à torturer aussi, moralement et physiquement, l’un des membres de la bande, le plus gros, le plus empoté, le plus timoré: Kiyomi.C’est l’âge où l’on veut faire ses preuves, où l’orgueil est souvent démesuré par rapport aux moyens que l’on a.Qu’importe, on se sent tout-puissant, immortel.Seul Minoru, le personnage central du récit, se comporte différemment, et cela n'échappe pas à Kiyomi qui lui demande constamment son aide lorsqu’on s’acharne sur lui.Mais on ne brise pas une fratrie, surtout au nom de la faiblesse.Aussi Minoru se contente-t-il d’assister au spectacle, s’emportant parfois en disant que tout cela, ce sont des jeux d’enfants.Minoru a encore ceci de spécial qu’il a souvent le sentiment de déjà vu, de déjà vécu, et qu’il voit souvent le Bouddha en rêve.C’est sans doute Jean-Pier re Den is pourquoi il se pose tant de questions sur la vie, la mort, la vieillesse, la décrépitude, le sens de son passage sur terre.C’est une sorte de philosophe malgré lui, mais avec des moyens tout simples, lui qui n’est qu’un manuel.Une traversée du siècle Que lui arrive-t-il?Évidemment, plein de choses, comme chez tous les gens sensibles.La mort d'un de ses frères dans la rivière (ce dont il va se sentir longtemps coupable car ils jouaient à ce moment précis à la guerre de sabres sur le bac), les premiers émois érotiques pour une jeune fille de plusieurs années son aînée, Oto-wa, qu’il va surprendre un jour dans une grange avec un militaire (dont, par jalousie et envie, il va voler les vêtements), la transformation de la forge de sabres de son père en un atelier de réparation de fusils en 1908, la guerre russo-japonaise à laquelle il va participer quelques années plus tard, en Sibérie, et où il va tuer un jeune soldat russe en ayant le sentiment que c’est lui-même qu’il tue au moment de lui donner le coup de grâce.«Alors, pour la première fois de sa vie, Minoru vit dans son fusil une arme meurtrière.H était bien loin du sentiment qu’il éprouvait sur Vile d’Ôno en examinant les fusils avant de les réparer.À ce moment-là, il n’avait pas la moindre idée des innombrables souffrances que ces engins causaient sur le champ de bataille.Il se contentait de les remettre à neuf, machinalement, simples objets dont il remontait les rouages cassés.» A partir de ce jour, quelque chose change en lui qui ne le laissera jamais plus pareil.De retour de guerre, il reprend l’atelier de son père, le fait prospérer.Il épouse aussi Nue (prononcez Noué), la jeune fille qui avait été humiliée par la bande quand elle était enfant On est bien loin de l’érotisme charnel et brûlant que provoquait sur lui la superbe Otowa, mais c’est du solide.De plus, Nue est comme lui, elle a toujours éprouvé le sentiment de déjà vu.S’agit-il de réincarnation?Aucun des deux ne saurait le dire, et lorsqu’ils découvrent que leur second enfant, Rinko, a les mêmes symptômes, qu'elle sait même comment elle s’appelait dans sa vie antérieure et où elle habitait, ils se demandent HITONARITSUJI Le Bouddha blanc roman traduit du japonarS par Corinne Athn bibliothèque étrangère MKRCWtE DE EitAtSCE bien quoi faire.Le temps passant, et les souvenirs s’estompant chez l’enfant, ils sont bien heureux de conclure qu’on n’a qu’une vie à vivre et que le reste importe peu.Le temps passe encore, et une nouvelle guerre éclate, cette fois entre la Chine et le Japon, en 1937.L’atelier de Minoru prend de l’expansion, on y répare même des mitrailleuses.Devant la piètre qualité des armes japonaises et dans le but d’aider son pays et de «chasser intérieurement l’opprobre de son retour du front de Sibérie», il a un jour l’idée de produire une mitrailleuse extrêmement performante.Ce qu’il réussit au bout de quelques années d’efforts, en 1940, au moment de l’alliance entre l’Allemagne, le Japon et l’Italie, mais au lieu de l’offrir à l’armée, il la balance à la rivière.H ne peut supporter l’idée d'être la cause de tant de morts.Après la guerre et la faillite de son entreprise, il se reconvertit dans le métier à tisser, invente un motoculteur, puis une machine à cueillir les algues et à les sécher.D y a surtout un projet qui s’impose à lui, celui de faire quelque chose pour les tombes qui parsèment l’île et dont plus personne ne s’occupe depuis longtemps, à tel point qu’on en devine à peine la présence.La seule idée que tous ces morts seront oubliés, définitivement, l’angoisse profondément Aussi se met-il en frais de convaincre les habitants de l’île d’ériger une immense statue de Bouddha faite à partir des ossements (réduits en poudre) de tous les morts de l’ile.«À l’instant même où cette idée surgit en lui, tous les doutes qui l’avaient jusque-là habité au sujet de la mort s’évanouirent.» Les dernières années de sa vie seront entièrement consacrées à ce projet C’est un très beau roman, tout de simplicité et de sensibilité, que l’auteur a voulu en quelque sorte offrir au souvenir de son grand-père, armurier de profession, comme Minoru.La traversée de notre siècle, vu d’une petite île où presque rien ne change, se fait bien sûr au pas de course, et on aurait aimé parfois qu’il s’étende un peu plus longuement sur certains épisodes.Mais, de toute évidence, là n’était pas le propos de l’auteur.S’il a situé l’essentiel de son action sur cette petite île où tout se vit au rythme des traditions, c’est justement pour nous donner un point de référence dans le temps, pour mieux illustrer la résistance de l’homme au changement, mais aussi son incapacité à ne pas y succomber, du moins à ne pas en être affecté.Quelques jours avant de se suicider, son vieil ami Tetsuzô, le passeur, lui confiait ce rêve: «Je suis passeur, et je fais des aller-retour entre la jetée de l’île d’Ono et celle de Shinden.Du coup, quand je rame sur ma barque dans la journée, je me demande si je ne suis pas en train de rêver aussi [.].Voilà bientôt trente ans que je fais ce métier.J'ai transporté des dizaines de milliers de gens.Je ne comprends pas bien quel sens cela peut avoir.Probablement aucun [.].Minoru, je crois que si je disparais, ce monde disparaîtra aussi, d'un seul coup.Le monde n’est qu’une illusion de mon esprit.Toi aussi, Minoru, tu n’es finalement qu’une illusion que j’ai créée.» Un passeur qui ne passe plus rien.Voilà de quoi méditer en cette nouvelle année.denisjp@mlink.net ROMAN ÉTRANGER Uesprit du peuple invisible SARTORIUS Le roman des Batoutos Édouard Glissant Gallimard Paris, 1999,352 pages N AÏ M KATTAN Dans les écrits d’Édouard Glissant, on connaît le poète, le romancier, l’essayiste — historien et ethnographe.Antillais, francophone, son domaine, son véritable territoire est ce qu’il appelle le Tout-Monde.Mais, autant que tout universalisme, le sien prend son point de départ dans le particulier.Dans son essai Le Discours antillais, il a longuement réfléchi sur la rencontre entre l’Afrique et l’Amérique, dont le passage fut l’esclavage.Une indicible souffrance infligée et subie.Dans son dernier ouvrage, Sarto-rius, Glissant reprend l’ensemble de ses thèmes, l’envers et l’endroit de la rencontre d’un homme avec un autre.En sous-titre, il inscrit «Le roman des Batoutos».Qui sont ces Batoutos?D'abord, qu’est-ce que ce peuple qui n’a aucun pouvoir?Il n’intervient nulle part, il n’a ni armée ni finances, aucun reporter ne rapporte où son territoire commence, où il finit Ce peuple prend naissance 500 ans avant notre ère dans un lieu indéterminé, en Afrique.Les Batoutos élèvent une ville, Onkolo, puis parcourent le monde, y implantent leur esprit, en imprègnent des poètes et des artistes de tous les pays et de tous les temps, d'Albert Dürer à Gaston Miron.Invisible, leur influence est ressentie par tous ceux qui la reçoivent, l’accueillent la portent et tentent de la transmettre.Leur porte-parole est Oko, un personnage mythique, figure de l’espace, et les Batoutos conçoivent Eléné, qui représente le temps.Sous la forme de l’épopée, Glissant fait le rappel des légendes africaines et antillaises.D’abord poète, il est aussi historien, ethnologue, se déplaçant d’un point de rencontre à un autre, se trouvant aux croisées de chemins de l’Orient et de l'Occident.Pour lui, il n’y a d’ethnie que poétique et les cultures naissent pour se fondre les unes dans les autres, pour faire vivre Tailleurs et lui donner naissance.Cette épopée est traversée par le malheur.Les Batoutos, ce peuple d’Afrique qui inspire la poésie du monde, est également un peuple de souffrance.Un des personnages mythiques de Sartorius est Odono.Odono, figure de l’envers de l’épopée qui incarne la traite négrière.Sans nul doute, celle-ci est le plus grand crime de l'humanité qui, selon Glissant, préfigure et annonce Auschwitz.Contrepartie des Batoutos, les bourreaux font eux aussi partie de cette humanité.Le capitaine barrait ces travers d’un trait méprisant.Sans aller au fond, il ne pouvait se cacher qu’il aimait ce métier, qu’il le trouvait noble, autant que s’il s’était occupé de chevaux sauvages ou de faucons non encore dressés.La brûlante passion de dompter une cargaison entière, quittant la Côte-de-TOr avec un chargement bourré de révolte, mais débarquant avec chance dans les Caraïbes ce lot de nègres matés, faisait de chaque traversée un défi, la maturation d’une œuvre d'art qui se construisait jour après jour, à fines touches de supplices froidement dosés, de libéralités consenties à propos.Ce livre est un chant de toutes les souffrances et un hommage à toutes les résistances, le récit d’une humanité qui gît dans la part généreuse et l'aspiration poétique de chacun de nous.Glissant exprime le rêve d’une humanité de paix, enfin réconciliée avec elle-même.LA CHANSON FRANÇAISE ET FRANCOPHONE Sous la direction de Pierre Saka et Yann Plougastel Publié chez Larousse, avec le soutien de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de Musique (SACEM), collection «Guide Totem», 1999,479 pages SOLANGE LÉVESQUE Pierre Saka compose des paroles et des musiques de chansons.11 est également animateur de radio et auteur de nombreux ouvrages sur la chanson française.Yann Plougastel est journaliste et spécialiste en musiques populaires: il a dirigé, entre autres, le Dictionnaire de la chanson mondiale paru chez Larousse.Avec la participation de vingt-six collaborateurs, ces deux auteurs ont élaboré un ouvrage dont l’intérêt dépasse l’aspect documentaire.Non seulement peut-on y puiser toutes sortes de renseignements, mais en le parcourant au gré de l’intuition et de la fantaisie, en se laissant porter par les recoupements et les renvois, on peut en débroussailler assez rapidement les grandes lignes de l’histoire de la chanson française.Imprimé sur papier glacé et abondamment illustré en couleurs, l’ouvrage s’avère d’un usage aussi agréable que pratique.La première partie, titrée «Le hit-parade du siècle», comprend une centaine de pages divisées en neuf périodes («Les années folles», «Les années yé-yé», etc.) où Ton retrouve, année par année, Jes plus grands succès de la chanson.A «1962», par exemple, on apprend qu’une des chansons les plus populaires de Tannée fut Syracuse, écrite par Bernard Dimey et mise en musique par Henri Salvador, et que la chanson a été interprétée par Salvador, Jean Sablon et Yves Montand.Une strophe ou parfois même le texte intégral de la chanson (c’est le cas pour Syracuse) y est reproduit dans un encadré couleur.Vient ensuite le corps de l’ouvrage, intitulé «Dictionnaire de la chanson française et francophone», précédé de quelques pages consacrées aux «Précurseurs aux XVIIf et XIX siècles», des gens comme Béranger (à qui Ton doit Les Souvenirs de grand-mère interprété par Yvette Guilbert), qui fut jugé et emprisonné pour avoir écrit une chanson politique; Jean-Baptiste Clément, auteur du fameux Temps des cerises; et Paul Delmet, compositeur de la chanson Les Petits Pavés (1891) dont la mélodie nous rejoint encore aujourd’hui.Classés par ordre alphabétique, les auteurs de chansons, les compositeurs et les interprètes ainsi que des poètes ayant été mis en musique (comme Louis Aragon) et d’incontournables découvreurs (comme Jacques Canetti) s’y retrouvent avec le lieu et la date de leur naissance et, le cas échéant, de leur disparition.Des entrées comme celles consacrées, par exemple, à Barbara, à Léo Ferré, à Félix Leclerc, couvrent plusieurs pages, alors que des artistes moins connus se contentent d’un paragraphe.C’est précisément à ce chapitre que la subjectivité des auteurs entre en ligne de compte et que les limites et les petites faiblesses de l’ouvrage se mesurent.Comment justifier le frit qu’un maigre paragraphe soit consacré à une artiste d’envergure internationale comme Monique Leyrac?Comment admettre qu’une interprète de la trempe de Renée Claude ne figure pas au dictionnaire?Nazim Hikmet (auteur de grandes chansons de Montand) et Frida Boccara en sont également absents.Souhaitons qu’une édition subséquente remédie à ces omissions.Par ailleurs, la section «Dictionnaire» s'enrichit d’entrées comme «accordéon», où Ton retrouve l’histoire de l’instrument et son rôle dans la chanson, comme «chanson réaliste» et «chanson rive-gauche», qui donnent une idée de ces genres, «Belgique», «Suisse» et «Québec», qui résument l’histoire de la chanson dans ces pays francophones.Les entrées ne correspondant pas à des noms sont immédiatement repérables grâce à un système d’identification par couleurs.Cette section occupe 334 pages, généreusement illustrées elles aussi.Elle est suivie d'un «Glossaire de la chanson», où sont définis, entre autres, le «chansonnier» et le «comique troupier»; le «folk», le «rap», T«opérette» et «le renouveau celte».Deux index, Tun des noms, l’autre des titres de chansons, complètent l’ouvrage.Il faut souligner la qualité et la pertinence des entrées, dont le contenu est en général passionnant, et leur style var rié (28 rédacteurs différents), vivant, non dénué d’humour pour qui sait lire entre les lignes.Sur le plan de l’orthographe, certaines erreurs se sont glissées.Ainsi, La Chanson de Margaret de Mac Orlan et Marceau devient comiquement celle de «Margarette» (page 213); Maqrice Vandair, auteur, ex-directeur des Editions Pathé-Marconi et secrétaire général de la SACEM jusqu'à sa mort, dont le nom est correctement orthographié à la page 422, devient Vander à la page 350.A la page 418, on parle de «Gilles Rozon» au lieu de Gilbert Rozon, et La Tuque, village natal de Félix Leclerc, s’apparente soudain à un fleuve de Normandie (Je «s» final en moins) en devenant «La Touque» (page 301).Quelque part, la célèbre boîte de Montmartre Le Lapin Agile devient «Le Lapin à Gill», et l’entrée consacrée à Richard Desjardins contient elle aussi quelques perles de belle eau (un collaborateur québécois les aurait rapidement repérées).Elles n’empêchent pas cet ouvrage de constituer un instrument précieux pour tous ceux qui sont liés de près ou de loin à la chanson par leur travail, et d’offrir des heures de lecture fort intéressantes aux autres qui aiment se rapprocher de la chanson pour en apprendre plus sur ses créateurs ou pour le simple plaisir.ta Chanson française et francophone P1E8KE Saka Yann PtouGAsm AROUSSE Cette semaine à CENT TITRES Pour marquer l’entrée dans ce nouveau siècle, une émission qui laisse la parole aux écrivains.Danielle Laurin a voulu savoir quel est, selon eux, le livre le plus important de tous les temps, l’oeuvre ou le livre qui a marqué le siècle.Quel regard portent-ils sur le dernier millénaire?Quel est leur souhait pour le prochain?Et enfin, croient-ils que la littérature va disparaître?• Michel Tremblay, Nancy Huston, Hélène Monette, Yves Beauchemin, Amélie Nothomb, Aude, Christine Angot, David Homel, Elie Wiesel, Neil Bissoondath, Hella S.Haasse, Jean-Claude Guillebaud, Madeleine Monette, Tonino Benacquista et Dominique Demers se sont f prêtés au jeu.Résultat?Un bilan 1 subjectif et inspirant.Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Mercredi 19h30 Rediffusion vendredi 13h30 LE PAPIER -2000 ANS D’HISTOIRE ET DE SAVOIR-FAIRE Lucien X.Polastrpn Imprimerie nationale Editions Paris, 1999,224 pages Les bons livres sur l’histoire du papier ne font pas légion et, depuis le légendaire Papermaking de Dard Hunter, publié en 1943, aucune synthèse digne de ce nom ne semble avoir vu le jour.On chercherait en vain un ouvrage plus à jour que le Hunter mais tout ce qui était disponible s’avérait moins complet que le livre de cet auteur dont le travail s’arrêtait au début de Tère industrielle.Et la seule édition disponible, en paperback, avec ses bien chiches photos en noir et blanc, était d’une aide malheureusement bien limitée.Si bien que le livre de Polastron est un ouvrage plus qu’attendu par tous ceux qui s’intéressent au papier, à son histoire, ses techniques et ses mille et un usages.Et il ne déçoit pas les attentes, loin de là.L’iconographie est riche (qualitativement et quantitativement) et magnifique, les textes à la fois très érudits mais intelligibles, les commentaires fins et toujours pertinents.Tout le premier millénaire du papier en Chine et en Orient est admirablement évoqué, de la toute première feujlle à la 1/ À L’ESSENTIEL Venus d’ailleurs célèbre niche aux manuscrits de Dun-huang, retrouvée au début du XX' siècle, en passant par la complexe nomenclature des papiers japonais.Puis, le long voyage du papier, de la Chine à TEqrope, en passant par Samarkand, TÉgypte et l’Espagne mauresque, est évoqué avec moult détails.L’industrialisation fait l’objet d’un long chapitre un peu plus technique, comme il faut s’y attendre.Enfin, les papeteries traditionnelles d’aujourd’hui, du Bangladesh à la Suède en passant par le Népal et le Bhoutan, sont rapidement abordées.En guise d’annexes, un court texte sur les divers usages artistiques des papiers ainsi qu'une brève nomenclature des papiers et formats usuels, un glossaire, une chronologie, une bibliographie et quelques adresses de musées, associations, usines, distributeurs, etc., la plupart en Europe, naturellement.Un excellent ouvrage, une somme sans nom, un travail gigantesque.Et un prix de vente à Tave-nani,of course] Marie Claude Mirandette GRÈCE Simonetta Lombardo Grtlnd, collection «Espaces de rêve» Paris, 1999,136 pages Melina Mercouri, la célèbre actrice grecque qui fut ministre de la Culture, disait que, «pour les étrangers, les Grecs modernes étaient restés exactement les mêmes que ceux qui avaient construit le Parthénon, inventé le théâtre et conçu la démocratie.Il semble que Périclès est mort hier et qu’Eschyle écrit encore des tragédies».Dans le livre Grèce, on trouve des images exceptionnelles de ce pays qui ne Test pas moins, mais également des textes historiques d’une qualité pas toujours aussi marquée dans ce genre de publication.Ainsi, le lecteur y est invité à découvrir un riche passé, «depuis les farouches guerriers macédoniens aux sombres heures du régime des colonels».À mi-chemin entre les cultures occidentale et orientale, la Grèce ne manque pas depuis des siècles d’ouvrir aux voisins, aux visiteurs, aux touristes ses paysages bleutés ou d’un blanc immaculé, avec ses habitants d’une nonchalance caractéristique.Une nonchalance qui se transforme en son contraire lorsqu’il s’agit de politique.En effet, selon l’auteur, les Grecs sont des passionnés de la chose et, d’après les statistiques, ils seraient les plus grands dévoreurs de journaux du continent européen, avec un nombre élevé de titres.Dans ce pays qui compte plus de 15 000 kilomètres de côtes, on ne se retrouve jamais à, plus de 100 kilomètres de la mer Égée, à Test, ou de la mer Ionienne, à l’ouest.Pas éton- \ nant que l’océan y soit un élément pri-mordial pour son économie, mais également pour son mode de vie, son tourisme et la personnalité de sa population.Sans compter la présence de quelques îles très connues telles la Crète et Mykonos.Le chapitre intitulé «La Grèce au cours des siècles» retrace les grandes qualités culturelles de ce coin du monde.«Architecture, sculpture, peinture, philosophie, mathématique.Le monde occidental doit une bonne partie de sa culture à un pays exigu et pauvre en richesses naturelles», peut-on lire.Mais l’originalité grecque ne se limite pas aux fresques de l’Athènes antique, comme on serait parfois porté à le croire.Son histoire est complexe et, vu sa position géographique stratégique, marquée par de nombreuses invasions qui y ont laissé leurs traces.Ijes photos passent de la couleur au noir et blanc, comme pour bien illustrer le contraste entre le passé et le présent, l'Antiquité et le modernisme.En prime: quelques clichés «panoramiques» dont les pages se replient sur elles-mêmes, révélant des images magnifiques en se déployant Ijà Grèce est un pays de soleil, un soleil qui pénètre les pierres ocres de ses paysages et les ruines témoins d'un autre temps, pour y imprimer des teintes uniques.Diane Précourt I I LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET DIMANCHE 9 JANVIER 2 O O O Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS PATRIMOINE Questionnements et balises théoriques Louis Cornellier LA FICTION EN QUESTION Francis Tremblay Ed.Balzac-Le Griot 1999,160 pages VOCABULAIRE TECHNIQUE ET ANALYTIQUE DE L’ÉPISTÉMOLOGIE Robert Nadeau Éd.Presses Universitaires de France 1999,872 pages Réfléchir sur les rapports complexes entre lecteur et histoire, entre fiction et réalité, constitue une forme de thérapie contre tout endormissement de la raison, qui engendre des monstres.» Ce programme suggéré par Umberto Eco n’est pas tombé dans l’oreille d'un sourd.Avec La Fiction en question, Francis Tremblay nous fournit justement les outils théoriques nécessaires pour s’y engager avec intelligence."Qu 'est-ce que la fiction?» interroge-t-il.Quelles sont ses fonctions sociales et psychologiques?D’où vient son pouvoir de fascination?A-t-elle des frontières bien délimitées?A partir de la définition aristotélicienne qui présente la fiction comme •rune mimésis (représentation, imitation, simulation, feinte) d’actions humaines» (Schaeffer),Tremblay procède à un passionnant élargissement de cette notion aux définitions multiples.Le point de vue aristotélicien, explique-t-il, ne doit pas être reçu dans son sens limitatif.Phis qu’à une servile tentative d’imitation, la mimésis dont il est ici question renvoie à une fabrication, à une invention, liée aux formes du récit qui s’appliquent tout autant aux œuvres fictionnelles désignées comme telles qu’à notre propre manière •d’inventer notre rapport au monde, à soi, aux autres» dans notre existence.Docteur en sémiologie de la mémoire, Tremblay explique ici avec brio que, "sans l’usage de la mémoire, nos vies ressembleraient à une suite de perceptions discontinues et disparates, dénuées de logique, sans queue ni tête» et que, mémoire et récit ayant inévitablement partie liée, il appert que la notion de fiction est constitutive du sens même que nous tentons de donner à nos vies.En ce sens, il faut donc convenir que la fiction ne se limite pas aux œuvres mais qu’elle traverse de part en part notre propre conscience d’exister "Sans mémoire, il n’y a pas de fiction, pas de sens aux paroles ni à l’écriture.Sans récit, le monde ne peut exister, il ne peut être voué qu’à l’insignifiance.» Cela établi, la question de notre rapport aux œuvres mérite un regard neuf, lavé de la naiVeté que lui réserve le sens commun.Cet ouvrage aborde des questions difficiles et complexes à partir d’un angle théorique qui risque de rebuter le lecteur du dimanche.Il serait dommage, cela dit de le négliger pour cette raison, car son propos, par le détour d’une réflexion sur la notion de fiction, va au cœur de notre expérience d’êtres de langage.Ainsi, soulevant la problématique des rapports qui existent entre fiction et communication, Francis Tremblay affirme de manière un peu provocatrice que »la fiction n’a pas pour objectif de communiquer» puisqu’elle ne vise pas à transmettre une émotion mais plutôt à "tout mettre en œuvre pour en faire ressentir une».Cette distinction amène l’essayiste à rejeter la notion d’intentionnalité de l’auteur pour lui préférer celle d’intentionnalité du texte développée par Eco.C’est du coup, toute la question de l’interprétation des textes (et des récits en général) qui s’en trouve chambardée.L’analyse des «modes d’organisation signifian- te» de quatre films (dont Orange mécanique) vient exemplifier, trop brièvement, cette thèse.Par la suite.Tremblay étudié les rapports existant entre fiction et réalité et fiction et vérité.Au sujet des premiers, il avance l’idée, empruntée à Noël Au-det, que "la réalité d’une œuvre de fiction tient dans son pouvoir de se présenter» comme une interpretation du’réel idee qu'il illustre en procédant a des embryons d’analyses narratologiques (au sujet de la présence des noms propres dans les œuvres et de l’utilisation de l’espace et du temps) appliquées, entre autres, à Bonheur d’occasion, Maria Chapdelaine et Le Pavillon d’or de Mishima.Cette phrase de Shus-terman résume sa pensée: "L’acte de lecture est un va-et-vient entre l’univers jictionnel et notre monde.» En ce qui concerne les rapports troubles entre fiction et vérité, Tremblay essaie de montrer que l’espace ambigu de la fiction ("capable d’opposer d’un même geste et sans s’abolir vrai et faux, oui et non, réel et fictif») possède des propriétés questionnantes essentielles qui ne doivent cependant pas faire oublier que les stratégies sur lesquelles elles se fondent peuvent se transformer en procédés aliénants lorsqu'elles sont transposées aux discours se réclamant de la vérité, celui de l’information médiatique par exemple.Pierre Campion écrit "En un mot, on ne raconte pas un événement parce qu’il est vrai, il est vrai parce qu’on le raconte.» Des analyses des thèses d'Ignario Ramonet au sujet des médias, de 1984 d’Orwell et du Zelig de Woody Allen permettent à Tremblay de démontrer que ce qui fait la richesse des récits fictionnels peut aussi devenir instrument d'aliénation.Complexe, mais brillant Si la fiction donne du sens à nos vies, on peut dire des œuvres de fiction quelles «nous rappellent cette quête qui nous indiquerait pourquoi nous naissons et nous vivons» en remplissant certaines fonctions.La principale est probablement celle que Tremblay, s’inspirant d’Eco, désigne comme la •fonction thérapeutique de la narrativité» et qui offre une réponse au désordre et au chaos du monde.Mais il y a aussi les autres fonctions: de connaissance, existentielle et de témoignage (catharsis), substitutive (vivre par procuration).imaginaire, de propagande fia culture de masse en offre un exemple) et de contentement de notre morale naïve fies contes), sans oublier la belle fonction utopique qui "autorise l’invention de mondes aussi possibles qu’impossibles, des utopies de langage où il nous est encore permis de vivre et de rêver».Ouvrage spécialisé d’études littéraires, La Fiction en question place le récit au cœur de nos vies et interroge ses vérités (et ses mensonges), qui sont aussi les nôtres.Les prêtres et prêtresses de la grand-messe littéraire le répètent pompeusement et à satiété depuis des centaines d’années sans trop d’efficacité: la littérature, c’est la vie.Francis Tremblay, à la suite d’Eco et de Ricœur, l’explique et le démontre à sa façon.La richesse de son travail est là.Un travail titanesque La science et ses discours en imposent parce que nous leur accordons, d’emblée, une valeur de vérité."C’est scientifique, donc c’est irai» est une formule qui va de soi pour la plupart des gens.Les choses, pourtant ne sont pas si simples et l’existence de l’épistémologie en témoigne."Ça se dit scientifique, donc vérifions», affirme cette branche de la philosophie qui s’est développée principalement au cours du XX' siècle.En introduction à son monumental et magistral Vocabulaire technique et analytique de l’épistémologie publié aux prestigieuses Presses universitaires de France, le professeur Robert Nadeau (UQAM) propose une presentation claire de son domaine de recherche et de ses enjeux actuels et à venir.SU faut d’abord identifier les visees de l’épistemologie.on dira quelle »sintéresse à la science du point de vue de sa validité en tant que mode de connaissance» et qu’elle »se donne pour objectif d’examiner minutieusement les arguments théoriques que la science produit pour en dégager la logique interne».En d’autres termes, on peut dire que l'epis-témologie s'attache a interroger et à juger le statut de la connaissance sdenti-fique (parfois en comparaison avec d’autres types de connaissance) en fonction de critères logiques.Pour prendre un exemple facile et réducteur la cosmologie du Big Bang doit-elle être mise sur le même pied que les mythes primitifs dans l’explication de l’origine de l’univers?Si non, pourquoi?Robert Nadeau insiste: le travail de l'épistémologue ne consiste pas à étar blir la méthode scientifique absolue, mais a «se questionner inlassablement sur ce qui permet censément au scientifique de penser qu’il a établi une proposition au-delà de tout doute raisonnable» et cette entreprise nécessite la mise au point d'un langage spécialisé adapte à son objet L’épistémologue de l’an 2000 est confronté à trois défis propres à son epoque: l’accélération du développement du savoir, qui remet sans cesse sur la sellette la question des fondements de la connaissance; l'explosion et la fragmentation du savoir, qui rend plus problématique que jamais auparavant le projet d’unification des sciences et complexifie les débats autour de la notion de «progrès scientifique»; l’envahissement du domaine de la recherche scientifique par des considérations economiques, qui oblige à tenir compte du fait que les disciplines scientifiques ont désormais partie liée avec le développement technologique pour le meilleur et pour le pire.Pour éviter le désordre susceptible de résulter d’un tel état des lieux, Robert Nadeau plaide la nécessité d’un •métalangage unificateur» au caractère «transdisciplinaire».Son dictionnaire est une première tentative systématique en ce sens.Composé de 3000 lexèmes, ce Vocabulaire technique et analytique de l’épistémologie opte pour un parti pris descriptif et non normatif.Plutôt qu’à un catalogue de définitions, c’est à un «descripteur d’usage» que nous avons affaire, en ce sens que les entrées que l’on y trouve cherchent essentiellement à «décrire métalinguistiquement l’usage précis que les philosophes contemporains» font de ces ternies.Le corpus considéré est vaste et il s’étend de 1902 à aujourd’hui, étant entendu que ce genre de travail doit demeurer ouvert Les travaux des philosophes de l’École française (Du-hem, Poincaré et autres) ont été compulsés, de même que ceux des penseurs rattachés au Cercle de Vienne (Camap, Russell, Wittgenstein), à l'École de Berlin, au pragmatisme américain (Dewey, Peirce) et, surtout ceux des philosophes anglo-saxons se réclamant du néo-positivisme ou qui s’en sont faits les critiques (Popper, Quine et autres).Fait à signaler s'il faut se fier à Nadeau lui-même, «il n 'existe à proprement parier aucun ouvrage comparable au nôtre sur le marché actuel de l'édition».Il n’est pas difficile de le croire quand on constate l’ampleur du travail réalisé ici.La tâche de livrer une critique approfondie de cet ouvrage extrêmement difficile, inaccessible aux néophytes dont je suis, appartiendra, bien entendu, aux spécialistes.Il s’agissait simplement, ici, de souligner le travail titanesque accompli par un compatriote.louiscomellieriâparroinfo.net Le livre de sa mère Un cadeau du ciel et du siècle pour les amants de la culture populaire traditionnelle canadienne-française LA FOI DE MA MÈRE , Benoît Lacroix Éditions Bellarmin Montréal, 1999,560 pages LOUIS CORNELLIER La somme que Benoît Lacroix vient de consacrer à la foi de sa mère est un cadeau du ciel et du siècle pour les amants de la culture populaire traditionnelle canadienne-française.Monument ethnographique élevé à la gloire d’une piété naïve et intense, La Foi de ma mère donne «la parole au peuple d’ici» et rural de la première moitié du XXr siècle afin de «retracer l’histoire du sentiment religieux traditionnel, quelque chose qui touche à la fi>is au sensible, à la vie immédiate, à des manières reçues pour exprimer le temps, l’espace, la vie, les rites et les coutumes».Ce que nous offre Benoit Lacroix avec cet ouvrage essentiellement descriptif, qui multiplie néanmoins les anecdotes révélatrices, c’est la saisie sur le vif d’un monde désormais en allé et la vision qu’en ont ceux qui le composent.Le propos prend la forme d’une mosaïque construite à partir d’événements reconstitués, de croyances revisitées et de paroles parentales prononcées au sujet de la foi.Même si la foi «inquiète, rigide, authentique, profonde, droite» de Rose Aima Blais constitue le noyau dur du projet, celle de Caïus Lacroix, plus exubérante et sociale, y figure aussi en bonne place.Et ce qui ressort de cette enquête menée par un fils aimant et reconnaissant, c’est le portrait d’une foi pleine du respect des modestes envers ce qui les dépasse mais qui les fait vivre au lieu de les écraser; c’est toute la grandeur simple d'un rapport pratique à la transcendance qui s'accommode avec dignité d'un certain mystère.La Foi de ma mère raconte l’histoire de paysans québécois capables de dire oui à la vie, au monde, grâce à leur foj créatrice et pourvoyeuse de sens.Église moralement aliénante dont les richesses, au surplus, trahissaient le message?Allez lire Benoît Lacroix pour comprendre, une fois pour toutes, les limites de ce marxisme de salon.Le choix de tout dire, de tout décrire, de ne rien laisser de côté, a amené l’historien à rédiger une œuvre archi-détaillée, peut-être trop même, qui néglige un peu la forme au, profit de l’exhaustivité du contenu.A la forme es-sayistique plus stylisée, Lacroix a préféré la complétude du document de référence.Question de choix, alors on ne chicanera pas trop, surtout qu’il y a malgré tout de la verve en masse dans ce livre.•Ça nous aide à vivre!», s'exclamait parfois Rose-Anna Blais devant les chants, les fleurs et l'église tout en couleurs des belles cérémonies.Que les travaux de son fils, aujourd’hui, soient salués pour la même raison.Des priorités à revoir La Commission des biens culturels en est encore à sauver les meubles comme le fait ressortir le troisième tome de Chemins de la mémoire JEAN CHARTIER LE DEVOIR Huit ans après le lancement des deux gros volumes d'inventaire sur les biens immobiliers classes, la Commission des biens culturels fait enfin paraître le troisième volume des Chemins de la mémoire, qui porte cette fois sur les biens mobiliers, un volume de 428 pages édité aux Publications du Quebec.Louise Brunelle-Lavoie.la vice-pre» sidente de la CBCQ, a coordonné les travaux des 40 chercheurs qui ont participé au dernier inventaire.Au terme de cette demarche, elle remet en perspective cette tranche qui présente principalement des biens religieux; «C’est un portrait à une période donnée.Mais üy a des oublis majeurs.Car on peut poser un regard critique au statut accordé aux biens mobiliers.Il s’agit d’une approche de sauvetage qui donne ce classement, pas d’une approche de fierté.H ne faut pas voir ça comme une identification de tout ce qu’on ne veut pas perdre.» Les chercheurs présentent ici des milliers de biens patrimoniaux.Mais dès le premier coup d’œil, on s’étonne de la disproportion des œuvres religieuses vis-à-vis des autres.Plus des deux tiers des biens classés proviennent des églises.Après les œuvres d'art classées, on présente les archives et les séries ethnologiques.Le déséquilibre de la première section.la principale, résulte de la politique de classement des biens culturels.un classement en situation d’urgence.Même les biens des communautés religieuses les plus anciennes, comme ceux des ursulines et du Séminaire de Québec, ne se trouvent pas répertoriés dans ce gros volume, ces biens n’étant pas en péril.Devant ce constat, le président de la Commission des biens culturels, Marcel Masse, a mis sur pied un comité chargé d’examiner le corpus et tout ce qui manque dans cet inventaire.Ce comité doit terminer ses travaux en février, après quoi un rapport sera soumis au ministre de la Culture.Le classement de sauvetage Marcel Masse explique la situation; •R s'agit de classements de sauvetage, pas du résultat d'une planification.Quand un bien est acquis par un musée, il est protégé par la qualité du musée.Mais il n’est pas défini comme un bien culturel classé.Il faudrait u ne nouvelle catégorie.» COMMISSION QHS BIFNS (T l Tl RH s Les chemins de la mémoire îicilN mobj du Québec * | * pi .Québec:;!; SOURCE LES PUBLICATIONS DU QUEBEC Ostensoir Au-delà des Chemins de la mémoire, le president de la conunis-sion pense qu’il y a lieu de completer ce travail avec un inventaire des biens culturels qu'ont acquis les musées.Marcel Masse cite l’exemple des tableaux du frère Luc.classes dans les églises, mais pas chez les hospitalières ou les ursulines.«Cet inventaire n ’est pas l'œuvre d’une planification sur les meilleurs biens culturels», glisse-t-il.De la même façon, les archives du Séminaire de Saint-Sulpiee et du Séminaire de Québec restent hors des Chemins de la mémoire.Et pour les series ethnologiques, il ne s’agit pas des plus marquantes.On a classé la forge Cauchon de La Malbaie et la forge Asselin de nie d'Orléans, une chalouperie.une fromagerie et le violon d'Arthur Leblanc, acquis par Angèle Dubeau.Mais cela ne suffit pas.Pourtant, les chercheurs ont compilé tout ce à quoi l'État a donné un statut juridique de bien culturel.Louise Brunelle-Lavoie tient à préciser: «Les trésors d’église sont des biens importants.Nous avons relevé 60 collections de biens d’église, 14 collections d’archives et sept collections de biens ethnologiques.» La CBCQ précise que les classements se font au ralenti depuis quelques aimées.Pour les œuvres d'art, la dernière collection classée remonte à 1993.C’est pire pour les archives, exception faite du Séminaire de Rimouski.Sinon, le dernier classement remonte à 1986.«Ce qu’il faut, ajoute Louise Brunelle-Lavoie, c’est une analyse du corpus des biens culturels.Est t t
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