Le devoir, 15 janvier 2000, Cahier D
LE II E V () I R .LES SA M EDI I 5 ET DI M A N C II E I »i I A N VIER 2 0 0 0 LE DEVOIR Lettres québécoises Page D 3 Le Feuilleton Page D 4 Essais québécois Page D 5 ?Betty Gooduiin Page D 7 Formes Page D 8 Aventure au monde du cyberlivre ANTOINE ROBITAILLE DJ emblée, des chiffres: le livre est un des objets les plus vendus en ligne, avec les logiciels, Durant la période des Fêtes, la firme Pollara, pour le compte de Chapters Online Inc., a effectué un sondage qui a révélé que 34 % des gens qui ont fait des achats en ligne au Canada s’étaient procuré un livre.Ce qui supplante les jouets (22 %), les vêtements (19 %) et les enregistrements musicaux (18 %).La firme estime que 10 % de l’ensemble de la population canadienne a déjà cyber-consommé; seulement 12 % des cyberconsommateurs canadiens se trouveraient au Québec.Je fais maintenant partie de ce groupe sélect, grâce à vous.En effet voulant voir à quoi ressemblera le livre de l’avenir, votre humble serviteur s’est précipité sur le Web.L’ère étant à l’immatériel, j’ai choisi de le télécharger et non pas de faire un simple achat d’un livre en papier par simple cybercorrespondance.Aventure Voici mon carnet de bord.Atterrissage en douceur sur le site (00h00.com).Interface quelque peu subtile.Grâce à un moteur de recherche, je trouve instantanément la référence et la description du livre que je veux me procurer Sévigné@Internet, de Benoît Melançon (Fides), professeur de littérature à l’Université de Montréal.Je clique sur «acheter».On propose de me l’acheminer soit en format papier (25 francs), soit sous forme numérique (19 francs, ou 4,75 huards).Je choisis évidemment ce dernier mode.Une fenêtre spéciale s’ouvre, m’assurant que toute transaction effectuée sera à l’abri des pirates informatiques.J'inscris, en me croisant les doigts, mes coordonnées réelles et virtuelles ainsi que mon numéro de carte de crédit.Après m’avoir suggéré d’imprimer la feuille en guise de preuve d’achat, la fenêtre se referme et OOhOO a «le plaisir de m'annoncer» que je recevrai le livre par courriel dans les prochaines minutes.J’attends.Une «confirmation de commande» arrive, m’expliquant que le livre suivra et qu'afin «d’assurer la protection de la propriété intellectuelle, cet exemplaire numérique est livré crypté».J’aurai besoin d’un «mot de passe» (mon adresse de courriel) pour ouvrir le document dans le logiciel Adobe Acrobat Reader, dans le fameux format PDF, qui reproduit exactement la mise en page d’un livre.Quatre minutes cinq secondes plus tard exactement, je reçois le courriel et avec, en document joint, ce court livre (59 pages) qui «pèse» 391 Ko et met moins de cinq minutes à se télécharger sur mon disque.Faut-il crier victoire?Je me débranche, clique sur l’icône du livre qui porte curieusement mon nom.Le logiciel Acrobat s’active.Le «mot de passe» passe.C’est aussi simple que cela?Non, évidemment Ce serait mésestimer l’informatique.Mon écran me tire soudainement la langue (qui tourne à l'anglais, j’ignore pourquoi, dès que les problèmes deviennent vraiment sérieux): «There was an error processing a page.» Je clique sur «annuler», au cas où.Autre fenêtre: «This file contains info not understood by the viewer.» Bon! Quel est le problème?Retour aux consignes de OOhOO: «Vous devez disposer d’Acrobat Reader version 3.0 pour lire le texte.» Ma version d’Acrobat est trop «vieille»! Facile, alors: je n’ai qu’à mettre à jour mon «Acrobat».Pour une raison inconnue et comme c’est trop souvent le cas, le lien Internet est mort.Environ une demi-heure plus tard, je peux y pénétrer de nouveau.Télécharge la dernière version d’Acrobat.Vingt minutes plus tard, je tente de l’installer sur mon disque.L’ordinateur flanche et reflanche.Aie! Je me calme et envoie le document via Internet à un ami qui a une machine vraiment puissante.Et la bonne version d’Acrobat.Je cours chez lui.Il télécharge, l’ouvre sur écran.Superbe.On voit le livre! Tentons une impression: l'imprimante nous donne les deux premières pages pour entrer ensuite dans une longue transe clignotante.J'abandonne quand apparaît «software error» sur l’écran de l’imprimante.11 ne me reste sans doute qu’une chose à faire: courir à la librairie de mon quartier voir mes amis Benny ou Sarah, qui sauront bien, eux, m’indiquer comment je puis me procurer ce livre.Des bouleversements à venir «Bon, vous dites-vous, c’est le temps qu’il change son ordinateur et ses logiciels.» Sans doute.Parce que la révolution, VOIR PAGE D 2: CYBERLIVRE Que savons-nous des livres?Qu’y a-t-il de plus mystérieux que cette vague de signes qui s’agglutinent en grappes, mûrissent sous l’œil jaloux d’une petite armée de sorciers à lunettes et se vendangent entre les mains d’une foule avide de consommer?Qu’y a-t-il de plus étrange que l’espace des livres, cette nuit qui attend qu’une étoile se lève et où la paix qui les entoure semble ignorer les gouffres qu’ils ont franchis pour venir jusqu’à nous?GUYLAINE MASSOUTRE On aimerait qu’il existe des lois régissant la condensation de la chose écrite pour en percer les secrets.Dépôt d’une .tradition, le copiste, autrefois, se distinguait mal de l’auteur.Écrire et diffuser appartenaient au pouvoir de la parole, pour laquelle être et circuler n’étaient qu’une même opération.Aujourd’hui, l’internaute se met en réseau directement.Les mots trouvent de nouveaux chemins, ceux de l’affichage et de l’impression à diffusion planétaire.Pour un peu, ils nous feraient oublier ce qu’a été et ce qu’est toujours l’édition.Autour du livre, partout, en Grande-Bretagne, en France, aux États-Unis, en Australie, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, au Canada, où des fonds pour un important projet de recherche sur l’histoire du livre viennent d’être alloués, les rangs se resserrent.Une équipe de six professeurs, une vingtaine d’étudiants de maîtrise et de doctorat et de nombreux assistants étudiants, à l’Université de Sherbrooke, s’y emploient depuis 1982.Les livres donnent à un pays sa civilisation: les mettre en perspective, c’est une façon de la décrire.Chaque texte y bataille parmi toutes les manières de penser qui marquent les époques et les générations.Au Québec, l’origine de l’édition remonte aux années 1880.Les conditions économiques et idéologiques sont alors réunies pour que l’entreprise de fabrication du livre naisse et grandisse.Dès lors, l’ascension du livre québécois est irrésistible.C’est à ce projet culturel, aussi modeste au départ que l'artisanat des colporteurs troubadours, eue s’intéresse L’Histoire de l’édition littéraire au Québgc au XX' siècle.Ce premier de trois volumes couvre 1» période 1900-39.Le professeur Jacques Michon en assure la direction, homogénéisant l’écriture de cette abondante nieisson; le livre est écrit à plusieurs VOIR-PAGE I) 2: ÉPOPÉE ./ ES RE U DÉB CAHIER SPECIAL PARUTION 29 JANVIER 2000 Rentrée LITTÉRAIRE TOMBÉE PUBLICITAIRE: 21 JANVIER 2000 1 I) 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE R E S AM ENTREVUE Le chantier des histoires nationales Jacques Michon cherche à saisir l'acte d'élan caché sous la jaquette des livres T J EPOPEE Les «mouvements» du livre G U Y L AIN E MASSOUTRE Jacques Michon parle avec passion de ces éminences grises, inaperçues dans l’histoire, qui ont eu le sens de la production du livre.«La Maison Beauchemin devient le centre de la production du livre au début du siècle.Cela se produit sous l’influence de gens intéressants, comme Emilien Daoust, un humaniste éclairé et un homme d’affaires qui avait une vision à long terme, en dépit d’un contexte de grande noirceur.Il fait penser à Hachette, au XIX' siècle, un conservateur à principes mais animé par un souci d’éducation.Daoust avait un idéal de formation.Venu à l’édition par hasard — par alliance —, il a créé la grande collection de la Bibliothèque canadienne, qui a duré jusqu'aux années 60.» De telles personnes ont marqué les institutions de l’édition.En parallèle, le public des lecteurs suit les mouvements nationalistes, intégristes ou éclairés, qui transforment le paysage éditorial.«Flavien Gran- fer, qui est employé chez Cadieux & krome, une maison guidée par l’intégrisme le plus total, fonde en parallèle la Libraire Granger II deviendra l’éditeur de Lionel Groulx, auparavant édité par Cadieux.Granger est plus libéral.En dix ans, il transforme la petite boutique en entreprise énorme, remplie de livres.En 1900, il monte l’exposition des livres canadiens à la grande Exposition de Paris.Et il offre une collection intéressante de livres canadiens dans sa librairie.C’est un de ces personnages intéressants.» Granger, collé sur l’évêché, publie aussi les sermons qui font marcher sa librairie.L’édition littéraire devient lentement un secteur autonome.En 1926, Albert Lévesque s’engage à servir la cause intellectuelle.«Il prend en charge tout le secteur littéraire, essais compris.Il y investit sa fortune personnelle, ou plutôt celle de son beau-père, et il réussit à faire vivre sa maison pendant dix ans.Il s'appuie sur une élite de lecteurs nationalistes et découvre des auteurs indépendants, réticents à marcher au pas, comme la génération de Desrochers.Sa collection des •Jeunes Romanciers», à succès de scandale, intéresse le mouvement littéraire naissant.Il transige cependant en ménageant son public des couvents et s’oriente vers la littérature jeunesse, moins compromettante.» Ces innovations sont remarquables pour l’époque si on considère qu’il faut attendre les années 80 pour que la littérature québécoise constitue un domaine économiquement autonome.Avant, seule l'école, appuyée par les politiques gouvernementales, encourage le livre canadien par des achats massifs.Il devient impossible, grâce à ces recherches, de mettre tous les acteurs de ces années dans le même sac de l’obscurantisme.Il existe des avant-garde qui, à bien des égards, préfigurent les années soixante.Mais les innovations demeurent courtes, les éditeurs se repliant régulièrement GROUPE Renaud- Bray ?—(Sarnrau—— — (Parnrnu—w— PALMARÈS du 5 au 12 janvier 2000 1 SPIRITU.L’art du bonheur » 44 Dalaï-Lama R.Laffont 2 ART Meubles anciens du Québec 9 9 Michel Lessard L'Homme 3 SPIRITU.Horoscope 2000 Chalifoux 17 M.- A.Chalifoux 7 Jours 4 JEUNESSE Le guide officiel des Pokémon 9 1 I Maria S.Bardo Scholastic 5 NUTRITION Une assiette gourmande pour un cœur en santé 11 Collectif Institut de cardiologie 6 PSYCHO Les manipulateurs sont parmi nous * 114 1 Nazare-Aga L'Homme 7 CUISINE Le guide du vin 2000 11 Michel Phaneuf L'Homme 8 PSYCHO À chacun sa mission 8 J.Monbourquette Novalis 9 ROMAN Autobiographie d'un amour 16 Alexandre Jardin Gallimard 10 JEUNESSE Harry Potter : coffret 3 vol.5 J.- K.Rowling Gallimard 11 FINANCE Votre vie ou votre argent ?144 Dominguez & Al Logiques 12 BD.Gaston Lagaffe N° 19 7 Franquin Maisu produc.13 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 14 Peter J D'Adamo du Roseau 14 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus 9 301 John Gray Logiques 15 SPIRITU.Horoscope 2000 Aubry 14 Jaoquetne Autxy Québécor 16 JEUX Les grilles des mordus 13 M.Hannequart Ludipresse 17 ROMAN Q.La petite fille qui aimait trop les allumettes 9 63 Gaétan Soucy Boréal 18 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 18 Henriette Major Fides 19 POLAR La loi du plus faible 10 John Grisham R.Laffont 20 JEUNESSE Histoire de jouets T.02 9 Walt Disney Phidal 21 ESSAI Q.L'année Chapleau 1999 10 Serge Chapleau Boréal 22 ROMAN Stupeur et tremblements 9 18 Amélie Nothomb A.Michel 23 SPIRITU Conversations avec Dieu T.1 » 146 N Walsch Anane 24 POLAR Le dernier coyote 9 12 M Connelly Seuil 25 GESTION Dépensez tout, vivez heureux 12 Stephen M.Polan Cherchemidi j 26 ROMAN Q.>¦¦¦ Le pari 48 D Demers Q.- Amérique 27 ROMAN Q Les émois d'un marchand de café 14 Y.Beaucherrwi Q-Amérique 28 MATERNITÉ Mon bébé : je t'attends, je t'élève 139 E.Fenwick Readers Olgeâ 29 ROMAN Un parfum de cèdre » A.- M Macdonald RammanonQ.30 CUISINE Les sélections du sommelier, Éd.2000 3 F Chartier ~~ —H Ubre Exprès.31 POLAR Inspecteur Spedeur et la planète Nète 14 G Taschereau Intouchables 32 ROMAN Geisha 9 49 A GoWen Lattes 33 ROMAN Je m'en vais (Prix Concourt 1999) 13 Jean Echenoz Minuit 34 ROMAN Soie * 157 A.Baricco A Michel 35 BOGRAPH.La prisonnière 33 M Oufkir Grasset 36 SPIRITU.Le grand livre du Feng Shui 12 Gill Hale Manise 37 PHOTOGRA Enfermés dehors 12 Durocher/Jones Stanké 38 ROMAN Q.Hôtel Bristol New York, N.Y.10 M Tremblay Leméac 39 CUISINE Les pinardises : recettes & propos culinaires 9 289 Daniel Pinard Boréal 40 BD Thorgal n°25 • Le mal bleu 8 Rosmsky & Al Lombard 41 POLITIQUE Quand le jugement fout le camp 17 J.GrandMaeon Fides 42 POLAR Single & single 13 John Le Carré Seuil 43 POLAR Death du jour 12 Kathy Reichs R Laffont 44 HUMOUR Mots de tête Tt] Pierre legaré Stanké 45 POLITIQUE 3 Jacques Attali Fayard 9 : Cou» de coeur RB NOMBRE 1)1 SEMAINES DEPI IS l.H R PARUTION www.renaud-bray.com sur les positions de gestionnaires.On y voit aussi les crises économiques favoriser une certaine effervescence intellectuelle.Du moins l’hypothèse se discute-t-elle, preuves en main.Quant aux changements de régime politique, ils agissent souvent directement sur l’édition.Et d’autres secteurs culturels montants, comme le cinéma, attirent parfois ces hommes d’affaires opportunistes.Les auteurs se faufilent entre ces aléas.Aujourd’hui, les gens lisent davantage, conclut Jacques Michon.Mais on édite pour des publics plus petits, plus diversifiés.Les intérêts ont éclaté.«Les éditeurs généralistes servent de phares, c'est une place publique pour la société.A côté, les petits éditeurs spécialisés continuent leur travail, pour un public très ciblé et identifié.» Les éditeurs prennent des risques en choisissant leurs auteurs: la Uttératu-re devient pour leur image de marque un enjeu important.L’écrit, sous sa jaquette illustrée, cache ainsi un acte d’élan.HISTOIRE DE L'ÉDITION LITTÉRAIRE AU QUÉBEC AU XXe SIÈCLE-LA NAISSANCE DE L'ÉDITEUR, 1900-1939 Volume I Sous la direction de Jacques Michon Fides Montréal, 1999,487 pages SUITE DE LA PAGE D 1 mains, après des monographies et des thèses, elles-mêmes puisant à d’innombrables fonds d’archives chez les auteurs ou à l’évêché.La culture de l’imprimé Qui ne croit encore que seul le génie d’un auteur suffit à établir sa qualité?Saisit-on les assises sur lesquelles l’expertise des institutions éditoriales permet au lecteur de tenir entre les mains tel livre qu’il feuillette en rêvant ou pour s’instruire?Avant 1920, l'écrivain artisan s’autoé-dite; il est alors peu et mal commercialisé.Mais, en vingt ans, la production annuelle de romans est doublée.Après cette date, sous l'impulsion d’Albert Lévesque, le métier d’éditeur se professionnalise.E n’est plus un simple imprimeur et libraire: «De simple agent de publication au début du XIX' siècle, l’éditeur se transforme progressivement en découvreur et en entrepreneur influent.» Il déniche des talents, corrige les textes, engage son prestige auprès des lecteurs.A ses côtés, l'action éditoriale des journaux, le système des prix littéraires et la critique soutiennent son action culturelle.Mais le Québec du début du siècle n’est pas une société laïque.Si les entreprises de presse, Le Dewn'r y figurant en bonne part, jouent un rôle de leader dans le monde éditorial en ouvrant des voies à la littérature québécoise, en prêtant leurs presses au service de l’édition et en promouvant notamment le roman français en feuiUeton, L’Action sociale du diocèse de Québec participe aussi activement à l’émergence d’une littérature du terroir.Les forces conjuguées de l’idéologie — intérêts commerciaux, intellectuels et religieux — poussent le libraire à quitter son siège d’imprimeur et de diffuseur pour jouer vm rôle plus actif Le libraire, devenu grossiste et, par-tant, homme d’affaires, se lance dans la concurrence avec ses fournisseurs eu- RÉCIT Le vieil homme qui disparaît Ce qui surgit au delà des films, c'est cette image que Perrault emporte dans ce livre des adieux NOUS AUTRES ICITTE ÀL’ÎLE Pierre Perrault L'Hexagone Montréal, 1999,246 pages JEAN CHARTIER LE DEVOIR Voici le livre sur la mort d’Alexis Tremblay.Pierre Perrault y refait son parcours à la lumière de son personnage, tout à l’opposé d’Ulysse le voyageur.Né en 1885, Alexis Tremblay vécut sur une terre de 17 arpents au Bout-d’en-Haut de l’île aux Coudres, agrandie à partir d’un bout de la terre du fondateur, Joseph Simard.«Alexis le débardeur à Montréal au bord de l’eau.Alexis le navigateur du temps de la voile, le maitre-bordeur des charpenteries et des museries, le beau parieur de sa jeunesse», comme le décrit affectueusement Pierre Perrault.Il revoit leur première rencontre, à sa descente d’avion, sous la pleine lune, lorsqu’il est enfoncé dans la neige jusqu'aux hanches: «Je tombe du ciel dans une île.Dans une île de neige.Comme un Petit Prince.» Il parle aussi de la fin d’Alexis Tremblay.Elle survient au moment où ce dernier accomplit un rite paysan ancestral: tuer le cochon.Perrault rentre alors de Cannes, où son film n’a pas été bien reçu.Le vieil homme est âgé de 80 ans et tuer le cochon, même avec ses petits-fils, est une tâche ardue.Il s’effondrera en donnant la mort à l’animal.Perrault songe à Alexis et, pour une fois, le ton est descriptif plutôt que lyrique: «Il porte une grosse casquette d’étoffe, même dans la maison, qu’il soulève quand il réfléchit Derrière ses lunettes son œil fulmine dans le sillage de ses paroles.Il n'a d’autorité que la persuasion.» Il raconte sa mort: «À un certain moment les doigts d’Alexis s’entrouvrent, la blessure devient béante.Le sang coule sur le plancher de bois.Lentement le couteau sort de la blessure.Le cochon continue à gémir de plus en plus faiblement et à se débattre.Û se tnde lui-même de son sang.Alexis s’écroule dans sa mort! Comme au ralenti.Le cœur lui manque.Celui du cochon continue à battre de plus en plus lentement.» Ce qui surgit au delà des films, c’est cette image que Perrault emporte dans ce livre des adieux.E écrit alors ce qui, dans sa bouche, prend valeur de manifeste: «Qui a osé prétendre que la fiction dépasse la réalité?» Alexis mort, Perrault se tourne vers Grand-Louis-à-Joseph-de-L'Anse, qu'il appelle «le vent qui vente» ou «le meilleur homme dans la pêche à marsouins pour en parler» et il songe à la mort d’un autre personnage de ses films, peut-être aussi étrange que la première, une «mort, à bout d'âge, chez lui».Peu avant sa mort, Grand-Louis chantait tout seul sur son lit de mort, le «Libéra» de sa propre mort, et Perrault rêve de l'enterrement du cheval de Grand-Louis où l’homme chanta un «Libéra» pour son compagnon de la-bour dans les champs.A propos de ce «maître-chantre, maître-laboureur et maître-conteur», Perrault revoit le moment où Alexis l’amena chez le récitant, celui qui raconta pendant deux heures la grande pêche avec les harts et les harpons.Perrault sortit ébloui de cette rencontre, comme s'il avait entendu le premier chantre de la Chanson de Roland de la bouche de celui qui l'avait conçue.E écrit «Je cherche en cet homme une explication du langage.Je reconnais, en cet homme de parole, l’importance du langage.Il ne communiquait pas avec les mots comme un mage cherchant à accaparer un pouvoir, mais il parlait aux hommes et à son cheval pour le vantar-diser, le mettre au monde, l'aimer.C’était un homme sensible sous des apparences de frondeur II pleurait souvent et de bon gré.Il me prenait pour son frère parce que je l'écoutais.» Pour ce livre, Perrault devait écrire quelque 450 pages sur les gens de l'ile aux Coudres.Il a dû s’arrêter à 250.Chemin faisant, il aura très peu écrit sur lui-même.A propos de Marie, ouvrière de la Dominion Textiles qu’Alexis alla chercher à Québec, en 1909, pour qu’elle traverse jusqu’à l'ile avant les glaces dans le passage du fleuve, il confie: «L’homme qui meurt implore sa mère.J’ai entendu ma mère à la veille de mourir appeler: maman.L’empreinte survit au temps.» Pour ce dernier ancrage, Pierre Perrault évoque le mouillage des prairies qui lui est si cher, la mer du mouillage à l’abri du Quouessant, et qu’il appelle «le mouillage près de la grande batture, là où il y a encore un semblant de phare», face à la terre du Nord, pays qu’il adopta quand il prit femme, lui au bout du mouillage «à l'entrai* du Gouffre».ropéens.B s’essaie dans des produits à saveur locale, comme les dictionnaires et les livres pédagogiques, adaptés de la France.E se spécialise par secteurs, lance des coUections, fait appel à des spécialistes pour la rédaction.Parfois même, il coédite.On capitalise sur la valeur littéraire tout en choyant un public majoritairement féminin.B y a bien du désordre chez cet éditeur type du début du siècle.Dans les catalogues de «meiBeurs auteurs français en librairie», on fait disparaître plus qu’on conserve, selon les interdits de l’index, quitte à laisser derrière le comptoir et aux libertés de la poste ce qui est inaccessible sur les rayonnages.Ce diffuseur libraire, on le comprend, avance avec ses œülères.Ainsi en est-il chez Granger Frères, Déom Frères ou à la Librairie Garneau.Comment peut-il jouer un rôle de fer de lance quand la conscience de la culture est moins nette que l’importance des alliances politiques et financières?Il lui faudra prendre des risques, sous le couvert du conformisme dominant, pour tirer parti de sa pratique d’une édition non programmée.L’ouvrage de Jacques Michon four-mille de détails, solidement attestés — documents et statistiques à l’appui —, qui concernent entre autres les entreprises Beauchemin, les coUections populaires, les pubücations de L’Action populaire et de la Bibliothèque de l’Action française.Fait étonnant, ce monde grouiUant d’activité ne semble pas affecté par la crise des années 30.Un passionnant chapitre, tout animé des polémiques virulentes de l’époque, est consacré au Bvre interdit par l’Eglise.Pierre Hébert, qui le signe, y restitue les conditions concrètes des contraintes et des risques d’écrire et de pubUen on y voit l'auteur sous influence et le libraire menacé par des cas d’autodafé.La surveülance religieuse entretient une censure efficace! Aux risques de la culture Le plus précieux apport de ce livre, pour le grand public au delà des historiens, est ce qui est à la fois le plus stimulant à pister, pour les chercheurs, et le plus complexe à établir: prendre la marque des changements de mentalité.Es y sont traqués dans les petites maisons d’édition d’avant-garde comme dans les communautés religieuses, dans la Ettérature pour la jeunesse comme dans l’édition littéraire commerciale.Tous ces menus faits incontrôlables de la réalité sociale, qui débordent l’ordre établi, constituent la plus intéressante des aventures collectives.Les «mouvements» du livre, à savoir sa naissance, sa circulation et les obstacles qu’E rencontre, franchissent les barrières des conditions locales sous la poussée même des politiques d’expansion des éditeurs français.La France exerce un ascendant énorme.ParaEè-lement, aucune figure d’auteur québécois ou canadien ne se dégage comme modèle; mais des contenus identifiés aux valeurs nationalistes sont attendus.On s’arrête, dans ce volume, au seuil de la guerre, qui fera le bonheur de l'édition au Québec.En attendant, le pli est pris: le commerce du livre s'internationalise tout en s'inscrivant ici.Cette histoire du livre s’avère partie prenante des questions d’identité culturelle et d’idéologie nationale.Comme quoi les réalités régionales, même avec leurs spécificités géopolitiques, ne sont pas imperméables aux assauts venus du vaste monde.Tout n’est pas dit, surtout lorsqu’il s’agit de comparer les systèmes éditoriaux nationaux, d’une langue à l’autre.Signalons qu’un grand coUoque international sur «les mutations du livre et de l’édition dans le monde du XVIII' siècle à l'an 2000» se tiendra à Sherbrooke du 9 au 13 mai 2000.On y fera sûrement la preuve que les lois du ciel de l’édition, pour être nombreuses, n’en obéissent pas moins à l’élargissement de l’espace public, dans lequel il opère mais qui le dirige.CYBERLIVRE L’édition «en une heure» ?SUITE DE LA PAGE D 1 ou plutôt les vraies révolutions, dans le monde du livre, sont en préparation.C’est d'ailleurs le signal qu’a voulu lancer Time Magazine en nommant «homme de l’année» Jeff Bezos, p.-d.g.d’Amazon.com, le site de référence en matière de commerce électronique (qui n’est pas encore rentable, notons-le).On y vend de tout depuis huit mois, mais ce sont les livres qui ont ouvert le bal.Et selon la revue Wired, ceux-ci comptent encore pour 75 % de ses ventes.Dans les diverses galaxies de l’univers du livre, tout le monde semble sur les dents: on sait que l’histoire de la technique est en marche, ou plutôt en course, mais oq ignore où elle va nous mener.Aux Etats-Unis, les mégalibrairies Barnes and Noble auraient, selon Wired, dépensé plus de 100 millions de dollars américains ces dernières années pour supplanter Amazon.En vain jusqu’à maintenant, jusqu'à ce que Microsoft se joigne à la partie.Au Québec, les chiffres sont tout petits, bien sûr, mais la nervosité est palpable.Joint au téléphone, Bruno Caron, webmestre du site de Re-naud-Bray, se montre très prudent.B y a deux mois, il n’hésitait pas à dire au Devoir que les ventes sur Internet ne représentaient, pour son entreprise, qu'un tout petit pourcentage du chiffre d’affaires de cinq millions en moyenne par mois.Il avait avancé les chiffres de 10 000 $ mensuellement et un investissement de 250 000 $ pour construire le site Web.Aujourd’hui, il insiste pour dire que «c’est beaucoup plus que cela, surtout dans la période des Fêtes», sans préciser davantage.Au Canada anglais, la compagnie Chapters.ca révélait lundi ses recettes: elle aurait vendu pour 4,2 millions pour les achats de livres seulement.Au Québec, les libraires indépendants ALQ (Association des libraires du Québec) cherchent une façon d’investir le Net pour ne pas tout laisser aux grandes librairiçs.Un rapport de la firme Etudes Économiques Conseil leur a été remis en novembre et propose un modèle complexe de «librairie virtuelle du Québec» sur le mode Canadian Book Association, c’est-à-dire qu'on y profite de l’informatisation des catalogues pour acheminer les livres aux clients à partir de la librairie la plus proche.Pour l’instant, l’informatisation des catalogues et leur consultation via des sites coopératifs semble profiter aux secteurs qui occupent une «niche» très particulière comme les livres épuisés, anciens et de collection.Alain Pinel, de la Librairie du Faubourg, rue Saint-Jean à Québec, a adhéré il y a deux mois au site ade-books.com.B y a mis une partie de son inventaire (1300 titres sur 25 000).Et, déjà, les résultats dépassent ses attentes.Il a vendu une centaine de livres sur quatre continents.E songe même à fermer sa boutique réelle pour se concentrer sur le virtuel, étant donné «la baisse de la demande pour ce genre de livre».Le tout-numérique Le bouleversement du commerce en ligne n’a pas encore produit d’effets marquants que.déjà, on annonce une autre révolution, celle des livres téléchargeables.Il y a les Cytale et autres Rocket eBook, bien sûr, livres électroniques qui ne semblent pas décoller pour l'instant.Des géants comme Barnes and Noble et Microsoft misent toutefois gros sur ce scénario.Mais d'autres sont envisagés.Et si les librairies se transformaient en partie en imprimeries, comme le suggérait la revue Wired?«Vous voulez un livre mais nous ne l’avons pas en stock?On vous l'imprime?» Après le «développement en une heure», l’édition «en une heure»?Pascal Assathiany, président de l’Association des éditeurs de livres, prétend que l’industrie aura toutefois le temps de virer de bord: «Pour l’instant, la technique va plus vite que la réalité.» Ce qui est incontestable.L’ANEL organise un séminaire de perfectionnement sur «les nouvelles technologies et la mise en marché dans le domaine de l’édition» le 20 janvier au matin.Le professeur Jacques Nan-tel des HEC y fera une présentation.Renseignements: Christiane Lynch 514273-8130.L’ESSENTIEL LOINTAINS ET GHÂZALS Jim Harrison Traduit de l’anglais par Brice Matthieuçisent Christian Bourgeois Éditeur, collection «Fictives» Paris, 1999,167 pages LETTRE À ESSENINE Jim Harrison Traduit de l'anglais jw Brice Matthjeussent Christian Bourgeois Éditeur.coUec-tion «Fictives» Paris, 1999,95 pages DAVID CANTIN L) univers poétique de l’Américain Jim Harrison ne va pas sans évoquer une confrontation épique entre l’homme et les forces de la nature.Dans Lointains et ghà-zals et Lettres à Essenine, un monde sauvage s’ouvre aux yeux d’Harri son qui saisit autant d'amours éphémères et de pertes révélatrices du quotidien.Tel un condensé de ses dilemmes romanesques, ces poèmes scrutent les grands espaces de l'Amérique afin d’y retrouver de nouvelles légendes.Sur ces terres de l'Ohio mythique, il entrevoit les ombres disparues de Rimbaud, Essenine et Akhmatova.11 parcourt cette beauté tragique comme s’il s'agissait d’un lieu éternel, de l’autre versant de sa présence au monde: «Le garçon était debout dans la maison en feu.Quelle soit / ainsi, fenêtres grandes ouvertes.Je n ai pas besoin / d’un toit.J’ai besoin de remplir tous ces espaces où nous / ne laissons jamais les mots advenir.» f LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE I « JANVIER 2 O O O I) 3 ESSAIS ÉTRANOERS -*• Livres -»- ROMANS QUÉBÉCOIS Les vraies leçons PRODIGES ET VERTIGES DE L’ANALOGIE Jacques Bouveresse Liber, collection «Raisons d’agir» Paris, 1999,158 pages Le microcosme parisien est vraiment un nid de vipères, un panier de crabes, une jungle et tout cela à la fois.Les quelque 200 personnes qui le composent et s’y opposent donnent souvent l’impression d'être au centre du monde.En avril dernier, Le Canard enchaîné, dans une fausse entrevue avec Régis Debray, faisait dire à ce dernier: «J’espère que la guerre du Kosovo ne fera pas oublier la vraie guerre, celle des intel-los parisiens.» Guerre est le bon mot.L’échange d'invectives y est la norme.L’un accuse des philosophes en vue de «piètres penseurs».Un autre prétend que tous ceux qui ne font pas partie de sa bande sont des «chiens de garde» du néolibéralisme.L’an dernier, souvenez-vous, un physicien américain et un scientifique belge, Alan So-kal et Jean Bricmont, ont mis le bras dans le tordeur en qualifiant d'impostures intellectuelles (Odile Jacob, 1998) l’utilisation abusive, hors contexte, négligente, de notions scientifiques, par des penseurs français comme Régis Debray, Gilles Deleuze, Jacques Lacan, Julia Kristeva et Jacques Derrida Jacques Bouveresse, philosophe à qui l’on doit des travaux renommés sur Wittgenstein, veut réactiver cette affaire et en tirer les «vraies leçons».J’y reviens tout de suite.Après une parenthèse.Railler Paris et son microcosme est, j’en suis conscient, chose aisée.Personnaliser les débats, les psychologiser, se limiter aux étiquettes, aux clans, aux féodalités aussi.Et il serait dommage d’en rester là.D’abord parce que la seule vraie originalité de Paris en la matière est le caractère public des affrontements.Après tout, en Allemagne, cet automne, la querelle sur le posthumanisme, qui opposa Sloterdijk et Habermas, fut très dure.Et aux Etats-Unis, pensons aux engueulades sans fin sur la political correctness! Bref, il n’y a pas qu'à Paris que le choc des idées est la continuation de la politique par d’autres moyens.Et il serait dommage de décréter qu’il n’y a rien à retirer à cause de la violence des affrontements.Et ce, pour une autre bonne raison: l'homme seul, sans dialogue ni débats avec d’autres, ne pourrait accéder au peu de vérité que sa finitude lui permet.Autrement dit, sous le ressentiment des ego égratignés, les coups bas, sous la rhétorique, il y a souvent de vrais questionnements, quelques vrais arguments.Ça vaut toujours mieux que l’absence relative de débat.Comme celle qui caractérise notre société.Ambivalence Cette ambivalence prévaut lorsqu’on referme le petit livre de Jacques Bouveresse, qui déplore les réponses des penseurs français aux accusations du physicien américain.On se dit: «ouf, ça joue dur à Paris!».Et, en même temps: «il y a là de vraies questions».Notamment: existe-t-il un «droit à la métaphore» qui autorise n’importe quel philosophe à masquer ses insuffisances, ses ignorances, son manque de rigueur, derrière des formules?Ce «droit à la métaphore», que plusieurs ont réclamé contre les accusations de Sokal, permet-il aux «penseurs» de l’homme et du social de reprendre dans leurs démonstrations formules et théorèmes, afin de se donner une patine d’objectivité?Il y a une préciosité française qui agace de plus en plus.Avec raison, bien souvent.Et ce n’est pas uniquement le modeste chroniqueur qui le dit, mais un grand philosophe, que j'ai jadis entendu, dans une salle de cours à McGill, condamner «thefbg emanating from Paris».Brume dans laquelle, ces dernières années, ont été utilisés, à toutes les sauces, des termes scientifiques comme «chaos», «big bang», «mécanique quantique», «principe d’Heisenberg».Bouveresse a le courage de dire et de démontrer que le roi est nu.Ses critiques font souvent mouche.Il ne se contente pas par exemple de condamner les trucs visant à épater la galerie.Il en présente les prémisses.Une de celles-ci est le scientisme, par exemple.Ce qui est paradoxal puisque, bien entendu, c’est précisément l’attaque de Sokal et Bricmont qui respirait le scientisme à plein nez.Elle qui donnait l’impression de dire qu’il ne peut y avoir de parole vraie à l'extérieur de la démarche scientifique classique.D’ailleurs, même Bouveresse glisse, au début de son livre, un «je ne suis pas forcément d’accord avec [les auteurs] sur les questions de cette sorte».Plus loin, il s’interroge: «Qui sont les vrais scientistes?» Les savants qui dénoncent des emprunts erronés par les philosophes et littérateurs, de théories scientifiques, ou ces mêmes philosophes et littérateurs qui, pour se donner une crédibilité, usent à tort et à travers de la science?L’exemple que Bouveresse ne cesse de ressasser — ce qui devient à la longue un peu lassant — est celui de Régis Debray, qui utilise depuis 20 ans le théorème de Gôdel pour «expliquer pourquoi, dans un système inspiré et dominé par une idéologie en principe strictement rationaliste, matérialiste et athée, un comportement religieux» a pu exister.Or, selon Sokal et Bouveresse, il est impossible de conclure quoi que ce soit à propos des «systèmes sociaux» à partir d’un tel théorème, lequel ne peut seulement expliquer «l'incomplétude» de systèmes formalisés.Autrement dit, l’emprunt aux sciences n’apporte ici rien qui vaille.Pire, cela n’introduit que du «flou et de l’imprécision» là, précisément, où «l’on pourrait évidemment s’attendre à ce que ce soit pour introduire» un peu plus de précision.Aussi, qui utiüse ici des éléments de science comme s’il s’agissait de vérité éternelle, en taisant souvent les débats toujours en cours au sujet de ces théorèmes?Et voici un autre paradoxe, puisque c’est précisément les «épistémologues postmodernes» qui remettent en question l’universalité de la science.Bouveresse fait remonter cette tradition à Oswald Spengler, qui affirmait «qu’il n’y a pas de réalité et que la nature est une fonction de la culture».Or l’auteur de Déclin de l’Occident s’était fait rabrouer par Robert Musil qui rétorquait: «Pourquoi [alors] les haches du paléolithique et les leviers du temps d’Archimède ont-ils agi exactement comme aujourd’hui?» Autrement dit ce que Jacques Bouveresse veut rétablir, c’est une pensée rationaliste, qui refuse de croire que la science «n’a au fond ni plus ni moins de rapport avec la connaissance objective que n'importe quelle autre “construction sociale’».Il le dit sans détour et avec Einstein: le réel existe.Au reste, celui qui voulait «élever le niveau du débat» laisse parfois tomber des termes comme «idiotie», «sottise».Il se laisse parfois transporter par son indignation.Et le lecteur se surprendra parfois à lui reprocher les mêmes manques de rigueur qu'il décèle chez les «philosophes» et «journalistes» qu’il critique sans cesse.Aussi, même si Bouveresse est convaincant lorsqu'il dit que nul philosophe, pour faire taire les critiques, ne devrait utiliser «le droit à la liberté d’expression», on pourrait lui rétorquer que, souvent, ses critiques ressemblent davantage à des accusations visant à discréditer l’ensemble de la parole de «l’adversaire».Son livre, tout comme celui de Serge Halimi (Les Nouveaux Chiens de garde, paru dans la même collection), prend parfois la forme d'une liste de «coupables» à dénoncer.Si l’on critiquait plus qu’on accusait, dans cette collection — qu’on pourrait presque rebaptiser «Raisons d’haïr» —, peut-être que, dans le microcosme parisien, des dialogues civilisés pourraient prendre naissance plus facilement.Antoine Robitaille À L ’ E S S CHANT ÉLOIGNÉ Rainer Maria Rilke Traduit de l’allemand et présenté par Jean-Yves Masson Editions Verdier, coll.«Der Doppelganger» Paris, 1999,93 pages Réédition du premier titre paru dans la collection «Der Dop-pelgànger» chez Verdier, Chant éloigné propose une brève anthologie des poèmes de Rilke portant sur la musique, grâce au travail patient de Jean-Yves Masson, la vie et l'horizon, f travers une telle voix méditative, tout mouvement retourne à cette écoute nécessaire du silence intérieur.La musique devient l’espace de l’âme, l’ouverture que suscite une présence aussi spirituelle qu'affective.La poésie de Rilke révèle la beauté du murmure créateur, de ce chant qui unifie la sensation profonde d’exister.11 suffit d’entendre ces mots où se cache le désir de répondre à l'inséparable: «Timbre qui n'est plus Toute / mesurable.Comme E N T I E L si le son / qui nous surpasse de toutes parts / était l'espace qui mûrit.» L’ÉVANGILE ÉTERNEL William Blake Traduction et présentation d'Alain Suied Éditions Arfuyen Paris, 1999,79 pages Après Les Chants de l’innocence, Les Chants de l'expérience et Le Mariage du ciel et de l’enfer, le poète Alain Suied propose une nouvelle traduction de L'Evangile étemel de William Blake.Dans cette œuvre prophétique, le grand poète anglais envisage rien de moins que de faire çurgir sa propre «Bible du Paradis».Evangile «révolutionnaire» lancé à la figure de l’Institution, ces vers révélateurs donnent lieu à un dialogue mystique entre Blake et le Christ, la condition humaine et la perte divine.L’un des chefs-d’œuvre de cet homme prodigieux.David Cantin Au nom des fils OSLO Bertrand Gervais XYZ, collection «Romanichels» Montréal, 1999,180 pages En choisissant le titre de son premier roman, Bertrand Gervais a-t-il voulu détourner l’attention de l’essentiel de son livre ou, à l’inverse, le souligner au cas où il nous échapperait en cours de lecture?Oslo, en tout cas, n’a rien à voir avec la Norvège; l’essentiel de l’action se passe à Montréal, dans le périmètre très précis du parc Lafontaine et de ses alentours immédiats.Et s’il y a bien un personnage qui se prénomme Oslo, c’est une sorte de fantôme, ou une simple vue de l’esprit, comme le suggère son patronyme — Spirit —, de même que l’ami d’enfance qui revient hanter la mémoire du narrateur, Mitchell Awry.Oslo et Mitchell ont tous deux grandi à Denver, au Colorado.Or ce dernier décide, à 22 ans, de venir s’établir à Montréal.Après avoir brûlé ses effets personnels, il part dans l’espoir de fair son passé et ses origines, ou plutôt de les reconnaître à distance et, comme il le dit, de récupérer ici «une langue paternelle», disparue là-bas dans les cendres — nous saurons plus tard que son père était effectivement un Québécois francophone.Mitchell Awry s’exile pour se retrouver, pour devenir enfin, grâce à l’écriture, un fils, faute de l’avoir été de naissance.Il loue, en bordure du parc Lafontaine, la maison qui fat pendant de nombreuses années «le palais des nains» — elle a réellement existé — au couple de propriétaires: la curiosité du Heu, où tout est aménagé à la taille des nains et qui abrite un «hôpital de poupées», n’attire plus le public.Dans ce sanctuaire du minuscule où il se sent un géant.Awry va dormir dans le Ht de la fille des propriétaires, qui était, elle, de taille normale, mais il laisse tout en l'état: c’est, note-t-il, «essentiel à [ses] projets d’écriture».Mais ni le recul ni le décor ne l’aident à coucher sur le papier ce qu’il estime essentiel.Ce sont plutôt des rencontres qui vont le guider.Dans le parc Lafontaine — il a résolu de ne pas s'éloigner des environs —, il fait la connaissance de WilHam, un clochard qui a de la peine à se déplacer; sa circulation est si mauvaise que ses pieds sont nécrosés; on doit les lui amputer incessamment Awry se He également avec Marianne, une jeune fille aux allures de punk, qui est vendeuse dans un magasin de vêtements et préposée, l’hiver, à la nivométrie.En compagnie de ces deux habitués du parc et du copain de Marianne, un garçon qui a la silhouette d’Edgar Allan Poe, il va faire la fête, une nuit du mois d'aoùt.On veut égayer William avant son hospita-Hsation, et il se trouve que c’est également l’anniversaire de Marianne.Au cours de cette nuit, qui deviendra pour Awry un moment d’initiation et la fin d’un monde, la petite troupe improvisée boit de l’alcool et prend un peu de cocaïne.Us se font des confidences, sillonnent le parc, se perdent de vue, se retrouvent Ils dérident enfin, à l’initiative de Marianne, d’emmener le pauvre WilHam chez son fils Smon, qui habite tout près et avec qui il est en brouiHe depuis quelques années.C'est presque une expédition étant donné l’état de ses pieds.Et tout au long du parcours, MitcheU Awry se souvient par bribes de sa jeunesse à Denver, de ses errances et de ses frasques en compagnie d’Oslo, de la mort de celui-ci, semblable à ceHe de Louis Hé-mon; il se rappelle aussi un passé plus proche, et notamment ses rapports étranges, presque pervers, avec Simon, ce garçon dont l’aisance et la spontanéité l’ont séduit.Et puis il y a Marianne, à qui Mitchell demande de l’initier à la sensuaHté.Mais c’est la figure du père, problématique, obsessionnelle, qui est la grande affaire ici, comme c’était le cas dans Tessons, ce recueil de récits de Gervais paru en 1998.Comme un mal contagieux, elle affecte tous les personnages.MitcheU fabule à propos du sien, lui fabrique une défroque de héros — on apprendra que la réafité est bien moins glorieuse —; celui de Marianne est, à l’inverse, omniprésent, même après sa mort; et Simon, lui, a coupé tout lien avec William.Dans Oslo, paternité et filiation sont plus que des thèmes récurrents.Les traits qui s’y rapportent sont si nombreux qu’on serait tenté d’y voir autant d’appels du pied au lecteur distrait ou superficiel, dont on voudrait s’assurer qu’il voit bien de quoi il retourne.Cette accumulation d’images et de situations plus ou moins identiques, le romancier américain John Hawkes l’a pratiquée dans toute son œuvre: c’est eHe, bien plus que les personnages ou l’intrigue — si chère pourtant aux romanciers anglo-saxons —, qui devait assurer la cohérence de ses romans.Bertrand Gervais, qui connaît bien l’œuvre de Hawkes, a-t-il voulu en faire autant, à sa façon?Et il n'y a pas que les pères qui s’accumulent dans Oslo.Que de loups, également dans les mémoires de ces personnages: de celui, effrayant, de Denver à ceux du Jardin des mer- Robert Chartrand ?Bertrand renais veilles en passant par l'enfant-loup d’un magazine à sensations, ils rôdent dans le roman.Marianne, elle, est originaire de.Rivière-du-Loup! De même, les corps des personnages, dont l’état ou la perception sont en quelque sorte des signatures: Mit-cheÜ se dit prisonnier du sien depuis qu’on a diagnostiqué une néphrite chronique, et sa peau est aUergique à tous les contacts; celui de Marianne est libre et séduisant; Simon l’a épanoui et sensuel alors que celui de WilHam se défait Les lecteurs pourront voir là une insistance un peu simpliste et finalement agaçante.«Cessez d’en remettre, on a compris», a-t-on envie de dire à l’auteur.Mais ces accumulations font également la cohérence d’Qsto et paradoxalement, eües entretiennent un climat onirique, mystérieux.Les personnages tournent en rond dans le carrousel de leur existence.Confondant fantasmes et réafité, se heurtant aux autres, ils retrouvent chez eux des blessures semblables aux leurs.Ils sont enfrainés dans un tourbillon qui a un effet de fronde, et qui ultimement les projette ailleurs.C’est, à défaut de mieux, l’image qui nous vient ceUe qu’on retient de ce séjour montréalais de Mitchell Awry.Son entreprise de repH sur un territoire minuscule, sa quête de soi en circuit fermé dans et autour de ce parc Lafontaine lui permettra peut-être de se fibérer de l’attraction de l’enfance, de l’orbite du père, et de devenir à son tour un météorite qui poursuivra sa course aléatoire imprévisible, libre peut-être enfin.MitcheU Awry est un puceau irritable, voyeur de l'épanouissement des autres.Le parc Lafontaine est un lieu fér cond pour l'imaginaire de nos romanciers: Michel Tremblay y a promené ses personnages, de même que Hugues Corriveau.dans Parc univers.Dans Oslo, c’est un espace à la fois dos et ouvert, habité par IHistoire — le général de GauUe, Félix Leclerc, DoUard des Ormeaux y sont —, riche de son passé et de ce qui s’y trame de nos jours.Inquiétant et famifier comme les musées ou le Jardin botanique dans Tessons, c'est aussi un Heu de rêverie ou de révélation, un ailleurs dont Mitchell Awry fait son id.«Les leçons de vie ne s'apprennent pas aisément; on ne trouve pas le ton qui convient dès les premières pages, mais on peut y travailler, un stylo à la main.La voix se cache parfois sous les reins.» Cette étrange réflexion de Mitchell Awry à la fin de son rérit, qui reprend mie phrase citée en épigraphe, est-elle une précaution d’auteur, ou une autre piste à peine éclairée vers une lecture tout autre de son roman?Mitchell Awry — dont le patronyme est un adjectif relativement rare, qui désigne l'étrangeté, le dérèglement — aurait-il trouvé enfin l’art sous la passion, le travail créateur sous la spontanéité, et surtout quelque vérité — la sienne — sous l’amas des hasards?Oslo, en tout cas, est une belle mécanique romanesque.rchartrancTâ videotron, ca À L’ESSENTIEL En noir et blanc MONT-ROYAL, UN MONDE À PART Édité par Denise Gérin-Lajoie Pour le compte de Linda Rutenberg Montréal, 1999,100 pages On le connaît en été, en automne.en hiver et au printemps.Le parc du Mont-Royal fait intimement partie de la vie des Montréalais, et la photographe Linda Rutenberg, en collaboration avec le groupe Les amis de la montagne, a décidé de l’immortafiser en photos.Mont-Royal, un monde à part, ouvrage bilingue et tout en noir et blanc, vient de paraître.L’album présente le mont Royal sous toutes ses coutures, dans la solitude cycliste, la joie bruyante des patineurs en hiver, les traces de pas dans la neige, etc.Le tout est accompagné de courts textes de différents poètes et paroliers (on remarquera l’omniprésence d’Yvon Deschamps et de son épouse, Judy Richards).L’ouvrage, qui est bilingue, réunit aussi quelques textes de Robyn Sarah, d’Elisabeth Harvor et du poète yiddish A M.Klein.Comme au plus beau de l’été, on y croisera des vieüles dames jouant au scrabble, des amoureux enlacés, des touristes et des enfants.Comme au temps du verglas, on verra aussi des GROUPE Renaud-Bray Çhampigny- St-Denis—^ — C onférence de ARNAUD APOTEKER responsable du programme « Biodiversité» chez Greenpeace Le mercredi 19 janvier de 17h à 19 h Les OGM, vous connaissez ?Découvrez toutes les facettes d’un débat qui ne concerne pas seulement votre assiette.O ampigny 4380, rue St-Denis M : (514) 844-2587 ® métro Mont-Royal arbres aux branches brisées et du bois en fagots.Malgré la subjectivité du regard proposé, l’ouvrage ne donne pas la splendeur de la montagne et ses coins secrets.Tout en noir et blanc, il ne rend pas les couleurs de l’automne et l’été.Le touriste qui ne peut re- tourner sur le mont Royal achètera peut-être volontiers l'ouvrage, mais les Montréalais préféreront y aller eux-mêmes, faire le plein d’images et de beauté, et en découvrir d’autres faces cachées.Caroline Montpetit Le plus récent ouvrage de MIA ET KLAUS est en librairie MIA et KLAUS Méridien Magnifique ouvrage de 130 photographies illustrant les eaux douces du Canada.Édition de luxe, tirage limité.Reliure fine toile, 24,5 cm X 31,5 cm, 69,95 $ Méridien ÉDITIONS DU MÉRIDIEN \ I t LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DI M A N C H E IR JANVIER 2 0 0 0 D 4 littérature française Vie et brouillard Nobécourt relie l'identité et l’Histoire HORSITA Lorette Nobécourt Grasset Paris, 1999,246 pages GUYLAINE MASSOUTRE Comment devenir soi-même quand on est hanté par la certitude de porter un secret au fond de soi?Aspirée de l’intérieur par une angoisse noire, Hortense, l’héroïne de ce poignant roman de Lorette Nobécourt, cherche à desserrer l’étau qui l’étouffe.Sur un rythme haletant, elle se lance à la poursuite des indices que sa mémoire libère peu à peu.Qui est au juste ce père disparu, dont elle possède un inquiétant journal rédigé durant la guerre?Au moment où Günter Grass reçoit le prix Nobel de littérature et où, parallèlement en France, paraissent une somme notable — et de qualité — de romans portant sur la collaboration, Horsita verse une caution inquiétante à l’opinion qui veut qu’on hérite, sans le savoir ni le vouloir, des fautes de ses ancêtres.«Vivons-nous autrement que par scansion, Par halètement?.Il n'y a pas de vie continue car il n’y a pas de massacre continu.Seulement un détail après l’autre qui, accumulés et avec la distance, le recul, nous donnent un aperçu de l’horreur du tableau.» Au centre du livre, donc, une réflexion sur l’identité, en rapport avec la monstruosité morale.Ce roman est bâti sur une enquête, menée dans l’épouvante de confirmer une vérité refoulée, celle de la culpabilité d’un père aimé, juif roumain.Il débute en Amérique centrale, à San Salvador, dans un autobus où, à la suite d’une frousse majeure, la narratrice prend conscience du prix de la vie.Cette évidence bouscule en elle une foule de compromis et de refoulements, ouvrant les vannes d’un questionnement.Comprendre devient une obsession.Mais comprendre quoi?Comment vivre après Auschwitz, après que tous les liens les plus sacrés ont été bafoués?Des bouffées de honte Ange aux ailes tranchées, Hortense revoit sa jeunesse avec une douleur infinie.Par la plume, elle explore ce mal-être inconnu, fébrilité diffuse qui l’empêche de se tenir droite.«Au fond, de quoi s’agissait-il exactement?Du meurtre de soi-même ?Non, ce n’était pas cela.Il s'agissait BERNARD BLANC Lorette Nobécourt d'un faisceau de fibres nerveuses.» Quelle a été l’enfance d’Hortense, privée de tendresse par ses parents excessifs?Face au souvenir de son père, antisémite qui chantait «Heil Hitler» pour faire rire ses enfants mais pleurait en regardant Bambi, l’adulte cherche des liens, des causes, tout en interrogeant le Centre de documentation juive contemporaine.Pour ne pas excuser, par rigueur historique et morale.Avec un tel fardeau, accablant «la part innocente», il est parfois difficile de naître, et encore davantage de mourir.Comme si ce poids de culpabilité retenait le cours des choses pourtant inéluctables, si bien que rien n’est plus important.Car la haine de soi dit la hantise d’hériter des siens.La vie peut-elle transporter le crime, dont les mobiles n’appartiennent pas à celui qui la reçoit?Hortense, interrogeant force témoins, cherche à percer le mystère de ce père juif col-laborateur et de cette mère capable, sinon coupable, d’avoir aimé cet homme.De ce couple, une enfant est née, vers 1970; le père a 50 ans.Les parents ont-ils trahi la beauté et l’innocence du monde?Que signifie la toute-puissance de la femme à exister aujourd’hui?Mensonge! s’écrie la narratrice, dupée sur sa raison d’être même.N’a-t-elle pas aimé ce père, prisonnier de l’Histoire, avec ceux qui ont été dans le mauvais camp?Mais que signifiait, par comparaison, la vie de cette jeune fille destinée à être gazée?Quant à cette autre qui a survécu par miracle aux camps hitlériens, se nom-me-t-elle autrement que Mémoire?La pensée d’Hortense reflue vers l’arrière, douloureuse comme un corps violé.L’écriture de Nobécourt épouse cette détresse, la menace de «s’abîmer, chuter, choir, ne pas se relever», la déperdition de l’être.L’Histoire poursuit sa déflagration: «À Auschwitz, ils ont organisé le meurtre du langage et maintenant nous subissons le bruit assourdissant de la communication planétaire qui tend à nous faire oublier ce meurtre.Les mots ne portent plus leur sens.» Si bien que la part d'ombre, refoulée, de l’humanité continue de s’étendre sur nos actions.Le corps pensant Le roman se déroule sur plusieurs plans, de la conscience d’Hortense au journal intime de son père, en passant par des lettres et des conversations entre amis.Dans ce kaléidoscope, les points de vue se multiplient, poussés par une seule exigence, celle de faire rejoindre la trahison et l’amour dans le cœur, source de l’écriture.«Le corps a une connaissance delà vérité que nous ignorons, parce que le corps ignore le mensonge, il est innocent.Lorsque trop de barrières tentent de briser la vérité, il prend la parole.» De fait, le roman s’enfonce de plus en plus dans les strates de la conscience, entraînée par un langage fulgurant presque extatique à force de quêter la piété, comme pour faire rempart aux symptômes assaillants de la faute, de l’angoisse et du renoncement moral.L’effort est admirable, le roman convaincant; il nous rejoint II réussit à ébranler nos certitudes, glissant un doute sur ce que l’auteure appelle le juif en nous.Celui qui est un jour frappé de stupeur devant le mal hitlérien.Celui qu’elle nomme «la voix emmurée, à genoux», qui gémit au fond de votre gorge, mais dont l’impuissance s’enflamme si soudainement dans Horsita.Une réflexion sur l’identité, en rapport avec la monstruosité morale ^ Livres -»- LE FEUILLETON Le jeu souverain de la littérature ŒUVRES ROMANESQUES COMPLÈTES, TOME 1 Vladimir Nabokov Édition établie sous la direction dç Maurice Couturier Editions Gallimard, collection «La Pléiade» 1999,1729 pages VLADIMIR NABOKOV, 2 -LES ANNÉES AMÉRICAINES Brian Boyd Traduction de l’anglais pap Philippe Delamare Editions Gallimard, Biographies NRF 1999,826 pages A l’occasion du centenaire de Nabokov, né le 22 avril 1899, un grand nombre de livres sont parus, nous invitant à pénétrer encore plus avant dans la vie et l’œuvre de cet immense écrivain dont le scandale Lolita éclipsa un moment les mérites et, surtout, le génie, à la fois désabusé et triomphateur.Il y a en effet de l’aristocrate arrogant et, parfois même, quelque peu hautain chez cet auteur pour qui — toute vie étant une fiction mal ficelée et erratique — la littérature doit toujours compter davantage que la réalité.Lui qui aimait à distinguer parmi les écrivains les conteurs, les pédagogues et les enchanteurs se plaçait volontiers dans la dernière catégorie.Encore faudrait-il ajouter: un enchanteur désenchanté, quoique toujours brillant Ce que La Pléiade nous offre aujourd’hui avec ce premier tome des Œuvres romanesques complètes (deux autres tomes devraient suivre, publiés à deux ans d’intervalle, si tout va bien), ce sont essentiellement les œuvres que l’auteur a conçues et rédigées en russe, quel que soit d’ailleurs son lieu de résidence.Ce qui est plus surprenant c’est que la plupart de cellesd (à l’exception de La Défense Loujine et L’Invitation au supplice, directement traduites du russe) ont été établies à partir des traductions anglaises effectuées entre 1937 et 1971 à l’initiative de Nabokov lui-même.On comprend alors mieux l’importance de l’immense appareil critique mis en place pour cette édition, permettant ainsi aux plus exigeants (ou aux plus amoureux de ses fans) de rétablir les versions successives des œuvres que Nabokov n'a cessé de retoucher ou de remanier — parfois profondément — tout au long de sa vie et celles des nouvelles éditions qui paraissaient Cela donne cette étrange impression d’entrer dans une œuvre aux multiples strates et états, où les notes et commentaires critiques sont parfois aussi importants que le récit lui-même, nous livrant les clés qui nous aident à mieux en apprécier les subtilités et, souvent le sens.Le maître d’œuvre de cette édition, Maurice Couturier, n’a-t-il pas lui-même été happé par ce Nabokov «compliqué» à l'époque où il le découvrait au début des années 70, en parcourant les rayons de la librairie du campus universitaire américain où il étudiait! Il était alors tombé sur une édition critique de Lolita (The Annotated Lolita, paru chez McGraw-Hill) qui l’avait ébloui, lui révélant combien une œuvre littéraire de cette densité gagnait à être enrichie d’annotations pour être véritablement comprise et appréciée à sa juste valeur.Certains di- Jean-Pierre Denis « « ?SOURCE ÉDITIONS GALLIMARD Vladimir Nabokov tel qu’il apparait sur la couverture du tome 2 de la biographie rédigée par Brian Boyd, portant sur les années américaines de l’écrivain.ront qu’une œuvre devrait pouvoir se défendre elle-même, en son plus simple apparat face aux assauts du lecteur, et que l’œuvre qui a besoin d’un support critique ou érudit manque nécessairement de cette simplicité ou de cette sorte d’immédiateté que demandent la plupart des lecteurs quand ils abordent un livre de fiction.Mais, avec Nabokov, rien n’est simple, et la littérature ne se donne jamais comme la réalisation d’un projet narratif qui obéirait à des règles définies ou attendues.Certes, empruntant aux idées du héros de La Méprise, Nabokov peut-il écrire que le «rêve le plus cher d’un auteur, c’est de transformer le lecteur en spectateur», mais c’est immédiatement pour lui faire ajouter qu’il n’y parvient à peu près jamais et que les «pâles organismes des héros littéraires, nourris sous la surveillance de l’auteur, se gonflent graduellement du sang vital du lecteur; de sorte que le génie d’un écrivain consiste à leur donner la faculté de s'adapter à cette (peu appétissante) nourriture et de mener ainsi une vie florissante, parfois pendant des siècles».L’art du peintre — «cette simple et brutale évidence» — que vise le héros de La Méprise, lui-même narrateur de ses aventures ou de ses fictions, est en fait constamment contredit et dévoyé par ses soudains coups de théâtre, ses apartés faits au lecteur, ses confessions («•[.] j’aurais pu rayer cela, mais je laisse à dessein comme exemple d’un de mes traits essentiels: le mensonge allègre et inspiré»).Ainsi en va-t-il le plus souvent avec Nabokov, multipliant les pistes, les brouillant, les réinterprétant à sa façon et selon les circonstances, comme si tout cela était un jeu.Un jeu essentiellement littéraire, un mensonge inspiré.Russe, français, anglais, toutes langues qu’il maîtrisait, semblent peu lui importer, il s’est même vanté de ne penser en aucune langue, affirmant penser d’abord et essentiel- lement en images.Faut-il le croire toujours?Rien n’est moins sûr tant son goût pour l’affabulation est puissant, et la diversité de ses voix impressionnante.Une chose est sûre, Nabokov n’est pas un auteur facile, et au delà (ou en deçà) de la surface de ses récits, il y a toujours l’immense champ de la littérature qui œuvre en douce, ou en cruauté.La littérature n’est-elle pas le principal personnage des romans de Nabokov, du moins leur inspiratrice la plus constante! En somme, beaucoup d’intertextualité, comme on dit dans la critique savante, et un plaisir évident et quelque peu ludique à en jouer et à s’en jouer.C’est là que prend toute son importance l’appareil critique.Quant à la monumentale biographie dont Brian Boyd (l’un des meilleurs spécialistes de l’œuvre de Nabokov à ce qu’on dit, responsable par ailleurs du département de littérature anglaise de l’université d’Auckland) nous livre ici le second volume, que dire sinon qu’elle est, justement, monumentale?Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit sans défaut.Je l’ai trouvée quant à moi un peu longuette et parfois inutilement (ou maniaquement) détaillée.Mais peut-être était-ce une précaution nécessaire à prendre avec cet auteur sur lequel tant de rumeurs ont circulé et qui a dû si souvent rétablir les faits les plus élémentaires, notamment avec l’un de ses biographes, Andrew Field.Comme on le voit à ce passage, la vie privée était plus que sacrée pour Nabokov: «Je déteste mettre mon nez dans la précieuse vie des grands écrivains, je déteste regarder par-dessus la palissade de ces vies — je déteste la vulgarité de T“intérêt humain’’, le frou-frou des jupes et les gloussements dans les couloirs du temps — et jamais aucun biographe ne soulèvera le voile de ma vie privée.» Malheureusement pour lui, il avait fait confiance à Field, et les dernières années de sa vie ont été empoisonnées par ce biographe mégalomane qui se prenait par ailleurs pour un écrivain.«[.] l’aliénation mentale est une chose — lui écrit un jour, exaspéré, Nabokov — et le chantage en est une autre, et chantage est bien le mot qui convient à vos menaces de publier mes déclarations informelles enregistrées au cours de deux après-midi, les faux souvenirs d’étrangers et les diverses rumeurs qui sont tombées dans votre oreille négligente, si je continue d’insister pour que vous supprimiez de votre livre les erreurs factuelles, les bourdes de votre imagination et la méchanceté vulgaire qui entachent encore votre version “révisée’’.» La biographie de Boyd représente cependant un avantage non négligeable pour ceux qui voudraient s’orienter dans l’œuvre nabokovienne et choisir les récits qui leur parlent le plus.Elle fournit en effet d’excellents résumés de ses récits, tout en suggérant certaines interprétations.Et.comme toujours, tout cela est extrêmement documenté.Donc, une somptueuse et monumentale introduction à la vie et à l’œuvre de Nabokov.den isjp@m link, net \ liiJittïir Nabokov Œuvres roiiianes(|u Québec fondv dp dt vpriification dp l p< onortvip dp la (apitalP Une invitation de la 1a S .tpiUtlc - nationale du Qutbec "" Bibliothèque nationale du Québec 1 700, rue Saint-Denis du 30 novembre 1999 au 20 janvier 2000 du lundi au samedi, de 9 h à 17 h FORFAIT SÉJOUR ET MUSÉE El • CHAMBRES RÉNOVÉES AVEC VUE SUR LE FLEUVE À partir de 128 $ par nuit pour 2 personnes hôtel •PETITS déjeuners au café bar sur-le-cap LOEWS LE concorde ' BILLETS POUR LE MUSÉE Non disponible les 4 et 5,11 et 12 février 2000 Sria/ir Aiumn/f jnr Lhôtel officiel de l'exposition, à proximité du Musée du Québec / Réservations : 1800 463-5256 I D 8 LE DEVOIR.LES SAMEDI I !> ET DIMANCHE I (> JANVIER 2 0 0 0 ?LE DEVOIR ?MICHÈLE PICARD Des aimées de planification ont fait que les faubourgs du Vieux-Montréal sont aujourd'hui des chantiers actifs qui protnèttént de renouveler le tissu urbain aux abords de la vieille ville.la couronne du Vieux-Montréal foisonne de nouveaux projets, qui auront nécessité bien des années de réflexion et de gestation.Si, par le passé, le Vieux-Port a fait l’objet de consultations publiques et de nombreuses esquisses par les meilleurs concepteurs avant de voir le jour, certains projets privés do Tannée, qui s’annonce prometteuse, n'auront pas ta chance d'avoir acquis les bienfaits d’une longue préparation.Que ce soit à l'ouest, au nord ou à Test, et pas seulement à proximité du Vieux-Montréal, le paysage urbain changera aussitôt les premiers bourgeons sortis.Ixs grues, dans certains cas.sont déjà au rendez-vous et architectes, paysagistes et urbanistes planchent sur leurs dessins, virtuels ou réels.Cette ceinture a été laissée en jachère depuis la construction de l'autoroute Ville-Marie dans les années 60.Une série de projets en chantier, pour la plupart publics, se dessinent à l'horizon de cette zone scindée depuis trop longtemps.Jetons donc un coup d’œil sur notre environnement de demain.La Cité du multimédia Dans un quartier laissé en friche pendant de nombreuses années, le Faubourg des Récollets, la Société de développement de Montréal souhaite m L'ét -«Les plaquçs d'art public ?-4 Les réseaux l* Le potentiel immobilier/ les places publiques La structure paysagère üLa mise en lumière ^ Les télécommunications donner naissance a un microcosme propice à l’effervescence du milieu des nouvelles technologies.Propriétaire de près de 70 % des terrains et immeubles, cette société paramunicipale veut attirer les grands et petits du secteur dans le but de créer des emplois dans ce domaine.Grâce à des subventions des différents ordres de gouvernement, les sociétés désireuses de le faire peuvent s’établir dans un secteur donné, soit entre les mes Duke, de la Commune, William et King, et bénéficier de crédits d’impôt substantiels.Décrié par certains pour son manque de multidisciplinarité, ce projet d’envergure veut favoriser la centralisation des entreprises de ce domaine et utiliser un parc immobilier dont la situation est enviable malgré la vétusté de certains édifices.Un projet qui avance bien, malgré les exigences techniques élevées et les embûches des tout débuts.Un nouveau projet de construction est à Tétude, une tour de 57 étages qui viendrait créer un Centre du commerce électronique.À suivre.Quartier international de Montréal Fruit d’une collaboration longue et intense entre les secteurs publics et les intérêts privés, ce projet de restructuration de la zone urbaine comprise entre la Place Bonaventure et le boulevard Saint-Laurent, autour de l’autoroute Ville-Marie, vise à retisser des liens entre le Vieüx-Montréal et le centre des affaires, le Quartier chinois et la Cité du multimedia, de même qu’à maximiser les retombées économiques reliées à l’agrandissement du Palais des Le projet du Quartier international/éléments de composition urbaine illustration: n o m.a.d.e La ceinture du Vieux et autres CHANTIERS L’axe University, aménagements proposés congrès.Les architectes Gauthier, Daoust, Lestage et Provencher, Roy et associés ont travaillé principalement au réaménagement d’espaces publics et à la réalisation de l’infrastructure.La mise en lumière et l’éclairage, la structure paysagère, de même que le potentiel immobilier ont tous été soigneusement étudiés dans le but de tirer le maximum du futur aménagement Une série d’interventions précises, dont certaines sont déjà en branle — Taxe University, le square Victoria, la place du Palais, la rue Saint-Antoine, l’avenue Vi-ger, la rue Saint-Jacques, la rue McGill, le recouvrement de l’autoroute, l’agrandissement du Palais des congrès, le programme d’animation —, viendront compléter les améliorations faites par la Ville ou les partenaires, comme l’Association des riverains.Mais ce qui fait Tunicité de ce projet et le rend encore plus prometteur, au delà de la grande qualité des études et du design, c’est qu’il est le résultat d’une entente de partenariat entre le public — les différents paliers de gouvernement — et le privé, principalement les proprié taires et locataires d’immeubles du secteur.Expérience à répéter.Faubourg Saint-Laurent Poursuivons un peu plus à Test à proximité du Quartier chinois, où s’élève l’ancien Faubourg Saint-Laurent qui, fort des études de développement faites ces dix dernières années par le service d’urbanisme et la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, se reconstruit et tisse un nouveau projet résidentiel dans les dents creuses de son quartier.Un promoteur construira dans les prochaines années 837 logements locatifs dans une dizaine d’immeubles au nord du boulevard René-Lévesque, entre les rues Saint-Dominique et Hôtel-de-Ville.La première phase s’élèvera sous peu sur le boulevard tandis que, lors de la deuxième phase, un immeuble de 250 résidences étudiantes sera érigé devant le Monument-National, lequel est financé par la Société Saint-Jean-Baptiste.Les plans de l'ensemble seront signés par l’architecte Michel-Ange Panzini.A étudier.Archives nationales du Québec à Montréal Encore plus à Test, à l’angle de Tavepue Viger et de la rue Saint-Hubert, dans l’ancienne Ecole des hautes études commerciales (Gauthier et Daoust architectes, 1908-1910), logeront désormais les magnifiques collections des Archives nationales, partie intégrante de notre patrimoine collectif.La conception de l’agrandissement de l’édifice de même que la restauration de celui-ci ont fait l’objet d’un concours remporté en 1997 par la firme de Dan S.Hanganu, avec Provencher, Roy et associés.Hanganu a conservé l’ensemble des bâtiments sur le site sans égard à la qualité ou au style, attitude très ar-chivistique en accord avec la vocation du client Définitivement moderniste dans l’approche architecturale, la partie conceptuelle du projet promet de nous faire redécouvrir le langage de l’architecte.Tous attendent avec impatience l’ouverture de ce lieu de culture et espèrent enfin ne plus aller à Pointe-Saint-Charles pour étayer leur recherche.À découvrir bientôt.Faubourg Québec Virage au sud, rue Berri, vers le majestueux Saint-Laurent et, pour une fois, un vrai projet intelligent de condos sur le bord de Teau.On en redemanderait.Conçu et élaboré grâce à la collaboration de nombreux architectes, urbanistes et autres concepteurs, le plan d’ensemble est plus convaincant que le premier immeuble réalisé, difficile à vendre du reste.Le viaduc Notre-Dame complété et la phase II du premier îlot en voie de parachèvement laissent présager un plus grand succès architectural dans cette étape.Gageons que le choix d’un architecte d'une grande compétence tel que le bureau de Boutros et Pratte y est pour quelque chose.Le Centre interactif des sciences de Montréal Terminons notre promenade dans le Vieux-Port, Tœil du cyclone, où Tété dernier une installation nous faisait découvrir les constructions du musée à venir, celle du projet qui a longtemps mûri, qui a fait l’objet de multiples rêves et dont les premiers plans étaient tracés au début des années 80, dans la foulée du rapport Séguin.Récemment, il a fait l’objet d’un concours sur invitation, remporté par les architectes Gauthier Daoust Lestage inc.et Faucher Aubeftin Brodeur Gauthier, avec Renée Daoust architecte et Eric Gauthier architecte, tous deux chargés de projet Situé sur le quai King Edward, en lieu et place de la défunte Expotech, ce centre proposera une promenade scientifique à travers douze thèmes, dont la pharmacie, la médecine et l’énergie.L’objectif principal est de susciter et favoriser la relève, mais surtout de porter un regard vers l’avenir.Certains regretteront le marché aux puces, mais tous s’entendent sur l’intérêt de ce centre qui, de plus, est situé dan§ le lieu le plus fréquenté par les touristes et la famille.A expérimenter à partir du mois de mai.Montréal sous surveillance Pour boucler la boucle autour du Vieux-Montréal, on doit surveiller de près l’évolution du projet des frères Reichmann de construire un centre de divertissement à Montréal, le Technodôme.Le site choisi, soit la jetée Bickerdike, est au cœur des activités du port Une partie des terrains convoités sont des édifices permanents et des paysages d’Expo 67, le musée d’art maintenant vacant, TExpo-théâtre, Radio-Canada International; les édifices de l’administration du port étaient ceux de la presse au temps de TExpo.Un regard sur le passé récent mais non moins important Selon des sources généralement fiables, la Ville voudrait réhabiliter et vendre l’ancienne gare-hôtel Viger (Bruce Price architecte, 1896-1898), histoire de faire un peu plus de sous.On pourrait parier pour un projet de condos par un développeur peu scrupuleux! Espérons qu’un développeur hôtelier lui redonne son lustre d’an-tan.Ça plairait bien aux Japonais, ce style château de Banff à Montréal! mpicard@securenet.net Galerie de l’Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 Téléphone : 1514)866-1256 : ( ï a I e r.ta ^ t r^ t d’ailleurs Vitrine unique L) ICI OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Pour acheter, coUectionner ou, simplement, regarder.ww.n.i.,«ii„.T«iij|i iiEü«Riiii.ii|in Heures d'ouverture de la Galerie IDM Du samedi au mercredi, de 10 h é 18 h.Du jeudi au vendredi, de tOh à 21b I t 1
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