Le devoir, 29 janvier 2000, Cahier D
1.E I) E VOIR.L E S S A M EDI 2 !) E T I) I M A X C II E :i l) .1 A N V I E R 2 0 0 0 LE DEVOIR Lettres québécoises Page D 3 Essais québécois Page D 4 Littérature française Page D 7 Littérature jeunesse Page D 10 ?A V 'V Ame Hébert Page Dll Paris se souvient Page D 12 m .VJL 'V & ii - IM ¦ K fc ¦= \ i ttéra i re If > ' M Des provisions h ' 2 4 5 / ^«casf .0 t MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré», écrit Marcel Proust dans Journées de lecture.Ce texte, tout frémissant de sensualité, devait d’abord paraître en revue, avant de servir de préface à Sésame et les lys, de Rus-kin, et de coiffer un recueil de critiques paru en poche chez Christian Bourgois, il y a quelques années.En cet enfant, quiconque lit avec une pareille’ nécessité se reconnaîtra aisément, même devenu adulte.Les livres semblent s’offrir à l’enfant selon un ordre paisible et mystérieux.L’adulte sait sans doute qu’il a vieilli quand il prend avec découragement la mesure de l’océan de livres s’étalant sous ses yeux.L’enfant prend, lit, oû-blie.L’adulte n’a que des regrets: «Et tous ceux que je ne connais pas!» Le commerce a compris cela qui parle de nouveautés.Le commerce est chose sérieuse.Comme les écoliers, il a ses rentrées.Celle de janvier, moins tapageuse que celle de l’automne, n’en marque pas moins un temps fort dans la vie éditoriale.Nous avons voulu y voir plus clair dans chaque domaine: romans, essais, poésie, littérature jeunesse, biographies, ouvrages pratiques.Tâtonnant, fouinant, épluchant les programmes des éditeurs, parfois lisant (ce qui est de loin la part la plus agréable de l’affaire) les ouvrages ou des jeux d’épreuves en avant-première, nos collaborateurs ont donc dressé un inventaire, partiel et impressionniste, de ce qui se trouvera en librairie au cours des prochains mois.Après tout, nous sommes entre adultes.La main tendue, que l’enfant refuse avec fierté, on voudra peut-être la saisir à travers les pages de ce cahier Livres consacré à la rentrée.Il se referme sur un hommage à l’écrivain Anne Hébert, dont le décès survenu samedi dernier aura ému plus d’un lecteur, laissé seul, désormais (suivant un type de rapports qu’elle privilégiait aussi de son vivant), avec une œuvre marquée au sceau d’une haute exigence."On aurait voulu que le livre continuât», soupire le petit Marcel.Nous aussi.\ I I L K I) K V 0 I H , L E S S A M EDI 2 !) K T I) I M A N (' Il E A (I .1 A \ V I E II 2 0 0 I) RENTREE LITTERAIRE CARREFOURS Expatriés et «impatriés» POÉSIE K - Oui, sans doute, je ne puis le cacher, je suis un «impa-trié».Il n’y a pas là de quoi être fier, semble-t-il.Qu’est-ce qu’un «impatrié»?Ne cherchez pas dans le dictionnaire, le mot ne s’y trouve pas, Nancy Huston vient tout juste de l’inventer pour l’opposer à «expatrié».Ce dernier, r«expatrié», a découvert par la force des choses «un certain nombre de réalités qui façonnent, le plus souvent à notre insu, la condition humaine».Par exemple, il sait, à cause de la distance qui sépare l’enfant qu’il fut de l’adulte qu’il est devenu en changeant de culture, de pays, de langue, que malgré tout on demeure toujours cet enfant-là.L’«impatrié», lui, qui n’a pas bougé, peut «se bercer toute [sa] vie d’une douce illusion de continuité et d’évidence».L’«expatrié» sait de science certaine des choses que r«impatrié» ne peut savoir: que, par exemple, le monde n’est pas un, que l’identité est toujours incertaine.Mais les risques, pour l’expatrié, particulièrement pour «l’exilé[e] linguistique» qu’est Nancy Huston, sont considérables.Elle est née, on le sait, à Calgary.Ses parents s’étant séparés, elle a passé son adolescence au New Hampshire, tandis que sa mère s’établissait à Montréal (à ce moment ou plus tard, je ne sais pas).Elle travaille, elle étudie à New York; puis la voici à Paris, c’est-à-dire à des années-lumière de Calgary, suivant les séminaires de Lacan et de Roland Barthes, participant aux aventures du gauchisme et du féminisme, enfin épousant un des plus lies cotte brillants théoriciens de la littérature, lui aussi venu d’ailleurs, Tzvetan To-dorov.Qui est aujourd’hui cette romancière française née à Calgary?Où est sa langue maternelle, recouverte de tant de mots français?Quelle réalité ont pour elle ces mots français acquis si tard?Il y a de l’angoisse dans ces questions.S’abandonner sans réserve à toutes ces langues^ voire à tous ces accents (dont le québécois!) qui se disputent la priorité à l’intérieur de soi-même, c’est, dit Nancy Huston, risquer de «sombrer dans la folie».Son livre s’intitule Nord perdu.Le nord, c’est Calgary; mais c’est aussi la raison, l’unité, une certaine vérité premiere.Perdre le nord, on sait ce que ça veut dire.Autour de cet abîme tourne sans cesse le petit livre de Nancy Huston, et qu’elle évite, enfin, par le recours à la langue maternelle, à ce qu’il y a de mère en elle.Elle raconte quelque part une petite histoire particulièrement touchante pour r«impatrié» québécois, celle d’une conversation avec son ami Jean Morisset, dans un café de Sainte-Rose-du-Nord, au Saguenay.Elle s’émerveille de voir à quel point celui-ci est «impatrié» dans sa région, dans sa culture, comment il peut dire à la tenancière du café — non, il n’a pas besoin de le lui dire, cela s’entend, passe dans l’air du lieu: «Tu es des nôtres, on est ensemble, on se serre les coudes sur cette planète.» Mais si elle se sent «si fragile et friable» dans ce café, en écoutant les deux autres parler, si elle les envie un peu, c’est que l’expatriée, en ellè, GROUPE Renaud- Bray ?—(êarrEËati—— ——(garneau PALMARÈS du 20 au 26 janvier 2000 £ SPIRITU.L’art du bonheur « 47 Dalaï-Lama R.Laffont NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 17 Ma-J.DAdemo du Roseau \3 JEUNESSE Harry Potter : coffret 3 vol.7 J.- K.Rowling Gallimard 2 ART Meubles anciens du Québec « 12 Michel Lessard L'Homme NUTRITION Une assiette gourmande pour un cœur en santé 14 Collectif Inst, de cardiologie £ HORREUR 1 Thomas Harris A.Michel > PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous « 117 1.Nazare-Aga L'Homme < ROMAN Autobiographie d'un amour 19 Alexandre Jardbi Gallimard £ PSYCHO.À chacun sa mission 11 J.MonbouqueOe Novalis « 10 ROMAN Un parfum de cèdre « 19 A.-M.Macdonald RammarionC 11 ESSAI 0.Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole 11 Fernand Folsy Lanctôt éd.12 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 « 149 N.Walsch Ariane 13 ROMAN Q.Les émois d'un marchand de café 17 Y.Beauchemin Q.-Amérlqu 14 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) 9 21 Henriette Major Fldes 15 » L PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus 9 307 John Gray Logiques FINANCE Votre vie ou votre argent ?147 Dominguez & Al Logiques 17 RELIGION La foi de ma mère 11 Benoît Lacroix Bellarmin .18 ROMAN Q.34 Anne Hébert Seuil 1# CUISINE Le guide du vin 2000 14 Michel Phaneuf L'Homme 20 PSYCHO.Pourquoi les hommes n'écoutent jamais.25 Allan Pease First 21 CUISINE Les pinardises : recettes & propos culinaires 9 272 Daniel Pinard Boréal 22 ROMAN Q.La petite fille qui aimait trop les allumettes 9 66 Gaëtan Soucy Boréal 23 BtOGRAPH.2 E.Carrère P.O.L.;— 04 SPIRITU.Horoscope 2000 Challfoux 19 M.- A Challfoux 7 Jours B.D.Gaston Lagaffe n*19 10 Franquin Maraupraduc 26 NUTRITION Comment nourrir son enfant 3e éd.25 Lambert-Lagacè L'Homme «7 ROMAN Stupeur et tremblements 9 21 AméieNothontb A.Michel GUIDE 8 Alain Demers Trécarr* », 29 POLAR L'inspecteur Specteur et le doigt mort 68 G.Taschereau Intouchable 30 POLAR Le dernier coyote 9 14 M.Connelly Seuil 31 PHOTOGRA Enfermés dehors 15 Durocher/Jones Stanké 32 ROMAN Q.Hôtel Bristol New York, N.Y.13 M.Tremblay Leméac 33 ROMAN Je m'en vais (Prix Concourt 1999) 16 Jean Echenoz Minuit 34 jlEUX Les grilles des mordus 16 M.Hannequart Ludlpresse £ ROMAN Océan mer 9 106 A.Barlcco A.Michel m GESTION Dépensez tout, vivez heureux 15 Stephan M.Pbian CherehemkJ 37 BIOGRAPH La prieonnlère 35 M.Oufklr Grasset 5 ROMAN Soie * 160 A.Barlcco A.Michel CUISINE Les sélections du sommelier, Éd.2000 15 F.Chartier Libre Exprès 40 ROMAN Une veuve de papier 37 John Irvlng Seuil 41 PSYCHO.35 Julia Cameron du Roseau H PSYCHO.Interpréter les gestes, les mimiques.193 Allan Pease Marabout *> SPIRITU.Conversations avec Dieu T.2 * 126 N.Walsch Ariane POLITIQUE La mondialisation de la pauvreté 63 MChoaauttonky ÉcosocMté PENSÉES Le petit livre de la sérénité 20 Jssn Gastaldl du Rocher DEPUIS LEUR PARUTION www.renaud-bray.com ** * Wr SOURCE BUSCHKKBOOKS Philip Stratford a appris à reconnaître les vertus secrètes d’une telle appartenance.L’identité, cela ne s’apprend que par détour, et l’«impatrié» ne devient un être humain complet que s’il a fait une certaine expérience, par forcément géographique ou même linguistique, de l’exil.?Philip Stratford, lui, a-t-il fait moins de chemin?La distance entre Sarnia (Ontario) et Senneville (Québec) paraît infiniment moins grande que celle qui sépare Paris de Calgary, puisque, somme toute, le Canada existe.Mais les kilomètres et la nationalité ne disent pas tout.Philip Stratford m’a toujours paru être le représentant par excellence de l’Ontario profond, de cette ancienne culture enracinée dans le paysage autant que dans les mœurs, les idées, à laquelle appartenait également le très célèbre Robertson Davies (que Philip Stratford m’a donné à lire, il y a de nombreuses années).Il était donc indubitablement ontarien, et j’aimais l’entendre parler français — parfaitement — avec cet accent qui donnait aux mots de ma langue maternelle comme une nouvelle vie.Il a fait carrière au département d’études anglaises de l’Université de Montréal, enseignant la littérature anglaise comme de raison, mais aussi passant de longues heures à traduire des œuvres canadiennes-françaises.Il était cela, justement, un passeur.Celui qui va d’une rive à l’autre, l’œil droit bien ouvert sur les différences, l’autre sur les similitudes.J’ai toujours admiré l’aisance de cette longue silhouette d’homme — l’adjectif lanky semblait avoir été créé pour lui —, pratiquant, entre les langues comme entre les hommes, toutes les nuances de l’amitié.Je crois savoir un peu mieux, aujourd’hui, d’où lui venait cette aisance, cette largeur d’accueil.Philip Stratford était un homme qui avait eu, qui avait une maison.On la voit, sur la couverture du livre posthume qui vient de paraître, Hawthorn House: grande, rectangulaire, avec un beau portail et des fenêtres à carreaux, chaleureusement anglaise, sans doute établie sur un grand terrain, entourée de grands arbres et de fleurs.Non pas un château, non pas un manoir: une grande maison, où une famille assez nombreuse pouvait vivre commodément.On ne voit pas la rivière, tout près, la St.Clair, sur laquelle naviguent des cargos.Quand le père, ingénieur à la raffinerie Esso de Sarnia, avait acheté cette maison aux environs de 1930, elle avait une centaine d’années et se trouvait en mauvais état.Patiemment, au cours des années, il l’a restaurée, agrandie, il l’a faite sienne.Philip Stratford n’est jamais allé revoir Hawthorn House depuis la mort de son père, et ce n’est pas la nostalgie mais une sorte de reconnaissance qui inspire la centaine de pages de souvenirs qu’il a rédigées au cours de la dernière année de sa vie.Que racontent-elles?La mère et le père sont présents, mais discrètement, moins que les frères et sœurs, à peine plus que la cuisinière et l’homme à tout faire exigés par une aussi grande demeure.C’est la maison elle-même qui revit surtout, la façon dont elle était construite, ses pièces et les objets qu’elles contenaient.La mémoire de Philip Stratford, abondante, précise, n’est pas proustienne, elle ne suscite pas des coïncidences quasi miraculeuses.Elle reconstruit, à petits traits, une maison qui fut vraiment habitée, dont on oserait dire qu’elle fut vécue.Et le lecteur, séduit, s’y promène comme chez lui, adopté par une famille à la fois bien soudée et ouverte aux autres.Si Philip Stratford n’avait pas la nostalgie de Hawthorn House, c’est qu’il en avait trouvé une semblable, un peu moins grande peut-être mais aussi chaude, au Québec.Il pouvait, sans difficulté, être à la fois Ontarien et Québécois.Hawthorn House \ Montréal, .des bibliothèques s plus m cfion ^ ' de M Vior |>ono' (oction e tooctÀ' EfiTlT Utve é k de c'r'arn _________[courir pq ê p -2% Lot tari»0'1’’' avec )u»tetwe, ruent, ta'^o^ drovi a PP ç.erric*’ P°' du sujet t'a Oés'ipcat.o , ça une Vivre! '¦ norn .our.et c titre, arnica'.ptusieur1’ < Votre bibliothécaire et son équipe vous souhaitent une bonne rentrée littéraire.Vous trouverez toutes les nouveautés à votre bibliothèque.Passez nous voir ! un ' retain e) Par “"ïVl moint> Robert MONtréaL .2.O O O Convergence des voix d’ici et d’ailleurs DAVID CANTIN Contrairement à l’automne, la rentrée hivernale en poésie semble plutôt calme.Très peu de noms prestigieux.de recueils attendus chez les éditeurs québécois.Par contre, une nouvelle génération de poètes ne cesse de s’imposer.Qu’on pense à Martine Audet, Bertrand Laverdure, Monique Deland, Stéphane Despatie, Christine Richard ou Nathalie Wat-teyne.Assez différentes, ces voix se rejoignent surtout dans l’exigence qu’elles tentent de maintenir: une quête individuelle ouverte sur l’imprévisible chemin de la création.Lorsqu’on regarde les nouveautés en poésie pour l’hiver et le printemps 2000, il est assez difficile d’y reconnaître une ligne directrice.Plus que jamais, on constate que l’horizon ne cesse de changer.Que la plupart des éditeurs s’intéressent, plus que jamais, aux traductions et aux poésies étrangères.A L’Hexagone, on mise beaucoup sur la traduction française par Michel Carneau de l’œuvre poétique de Leonard Cohen.Sous le titre Etrange musique étrangère, cette parution devrait combler un vide important en ce qui a trait à une meilleure connaissance de la poésie anglophone du Québec.Dans un même esprit de découverte, Serge Patrice Thibodeau présentera La Mémoire du soleil de l’Algérien Salah El Khalfa Beddia-ri.Chez l’éditeur, on parle d’un regard inédit sur l’Algérie passée, présente et future, aperçue de loin et de très haut.Le Québécois Robbert Fortin fait également son entrée à L’Hexagone avec f’Aube aux balles vertes.Aux Editions du Noroît, on propose une douzaine de titres d’ici au printemps.Au premier rang, on inaugure enfin la collection «Dialogues» avec Francis Catalano, qui présente et traduit l’Italien Valérie Magrelli.De nouveaux livres s’ajoutent également aux collections «Initiale» (Louis-Jean Thibault), «Chemins de traverse» (J.F.Dowd), «Latitude» (Pasquale Verdic-chio) et «Ovale» (Jacques Brault).C’est également chez cet éditeur qu’on pourra découvrir les nouveaux recueils de Paul-Chanel Malenfant, Louise Côtnoir, Monique Deland, Bertrand Laverdure et Martine Audet, entre autres.Les Editons Triptyque semblent vouloir répondre à L’Hexagone avec Co-incidences: les poètes anglo-québécois.Sur le modèle de Contre-taille: 25 auteurs canadiens-anglais, Pierre DesRuisseaux constitue une importante anthologie de textes de plus de 40 poètes anglo-québécois.En plus de Leonard Cohen, on retrouve aussi des noms incontournables tels D.J.Jones, Irving Layton et Ken Norris.L’ensemble est traduit avec attention par DesRuisseaux lui-même.Dans Souliers neufs sur terres brûlées, Michel Albert évoque la solitude monoparentale douloureuse entre un père et sa petite fille.Inspirée par la culture et les paysages du Maghreb, Hélène Lépine trace les portraits de ceux et celles qui vont et viennent dans Les Déserts de MourAvy.Après un premier recueil fort prometteur en 1994 qui s’intitulait Alentour filer, Nathalie Watteyne revient avec D’ici et d’ailleurs où elle reprend ses rêveries du mouvement et de la fuite.Encore une fois, l’auteure s’astreint à pratiquer ce qu’elle nomme «les formes simples».Aux Ecrits des Forges, on entame la nouvelle année avec des voix très différentes qui se rencontrent.Des noms tels Galien Lapointe, Yolande Villemqire et Jean Royer côtoient ceux d’Eric Roberge, d’Annick Arse- nault et de Rosalie Lessard.Du même coup, on pourra découvrir l’écriture poétique de l’artiste Christine Palmié-ri grâce à un premier recueil qui a pour titre Un gant pour une vie, tout comme L’Engoulevent de Stéphane Despatie, Trois Voix l’écho de Germaine Beaulieu et Musiques blanches de Paule Doyon.Malgré un automne difficile qui s'achevait sur le dernier numéro de sa revue, Trois maintient toujours avec rigueur sa présence éditoriale.Après Passagère (Noroît, 1992) et L’Eau des oiseaux (Trois, 1997), Christine Richard signe un troisième recueil (Les Algues sanguines) où une forme de mystique marine s’installe au fil des gestes quotidiens, des avancées et des rechutes.Avec Ne me dites plus qui je suis, Danielle Fournier s’interroge sur la douleur amoureuse et la façon dont l’âme brisée trouve réparation.Le regard porté sur le monde devient le reflet d’un désespoir et d’un vide intérieur.Nouveau venu, Hervé de Fontenay propose ses Silencieuses empreintes, qui reflètent un ciel intime qui n’a d’autres lois que d’être toujours en épousailles avec le souffle de l’existence.Aux Herbes rouges, les frères Hébert offrent quelques bilans dans les collections «Five O’Clock» et «Enthousiasme».On célèbre d’abord le 150e anniversaire de naissance du poète Nérée Beauchemin grâce à un chobc de poèmes et une présentation de Clément Marchand.Aussi, dans «Five O’Clock», le directeur Claude Beausoleil présente à son tour Les Soirs rouges (paru pour la première fois en 1947) de Clément Marchand,-qui exprime avec force le passage poétique d’un mode de vie rural à l’apparition de l’urbanisation.Après un certain retard, la collection «Enthousiasme» devrait faire place à un second volume des poésies complètes de Roger DesRoches ainsi qu'à un tome où l’on regroupera quelques recueils phares de surréalistes québécois moins connus (suivi d’une postface de Françpis Charron).Chez Lanctôt Editeur, Cynthia Girard viendra rejoindre Jean-Sébastien Larouche parmi les poètes de la relève dans ce lieu où la poésie a encore sa place.La Fureur des wapitis s’annonce comme un joyeux délire baroque où la réalité se mélange en vrac aux images audacieuses.Après avoir inauguré sa collection poésie, aveç deux titres l’automne dernier, les Editions Trait d’Union proposent de rassembler les voix poétiques de Pierre Ouellet et du Français Bernard Noël dans un même ouvrage.Il y a aussi, les imprévus, les surprises et les découvertes que chaque saison annonce à sa manière.Un parcours qu’il faudra, sans doute, surveiller attentivement.Cette semaine à CENT TITRES Cette semaine, Danielle Laurin rencontre Lucien Francoeur et Tony Tremblay, Poètes urbains, lauréats du Prix Émile Nelligan, ils ont en commun la poésie et la révolte.Une rencontre électrique.-• Robert Lévesque nous fait découvrir Warwick Collins, un auteur d’Afrique du Sud.Son plus récent roman La pissotière, raconte les tribulations de trois Jamaïcains qui travaillent dans des toilettes pour hommes au coeur de Londres.Une histoire désopilante.• Quant à Jean-Paul Daoust, il nous présente la volumineuse biographie que Claude Jeancolas consacre à Rimbaud, un poète mythique dont l’influence ne se dément pas.Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Mercredi 19h30 Rediffusion vendredi 13h30 Télé-Québec Lk dk vous r # 9 P I P L E D E V 0 I li .EES SAMEDI 29 ET I) I M A N C II E 3 0 .1 A N V I E R 2 0 0 0 I) :ti RENTREE LITTERAIRE ROMANS QUÉBÉCOIS Une rentrée prometteuse Ils ne se sont pas donné le mot, aucun d’eux n’a voulu que les choses soient ainsi, et cependant, tous les éditeurs y contribuent: la rentrée littéraire, la grande, la vraie selon plusieurs, a lieu à l’automne parce que la tradition, parce que le Salon du livre de Montréal.Certains souhaiteraient que les parutions soient mieux étalées sur toute l’année mais, disent-ils, il faudrait nous concerter, ce qui n’est pas une mince affaire.Il n’empêche que la rentrée d’hiver existe, moins tonitruante que l'autre, et que celle de cette année s’annonce bonne et riche.Alors que chez Hurtubi-se/HMH on a déclaré forfait pour les romans et que chez L’Effet pourpre on réfléchit encore, XYZ a déjà fait paraître La Mer intérieure d’Andrée Laurier, où l’océan se fait maternel, et un roman lesbien, Amours au noir d’Hélène Guy; on annonce également La Dot de la mère Missel de Pierre Tourangeau, dont le titre est plus frivole que le propos: il y sera question des rêves et des réveils éprouvants de jeunes qui, dans les années 60, avaient voulu marxiser le monde.La rentrée s’annonce généreuse et festive chez Québec Amérique qui a cette année son quart de siècle.Pour souligner l’événement, l’un de nos illustres prédécesseurs, Jacques Allard, qui dirige la collection «Mains libres», a demandé à plusieurs auteurs de la maison de se faire nouvellistes le temps d’un collectif dont le titre est également le thème: La Fête paraîtra fin mars, avec les signatures de François Barcelo, Noël Audet, Monique Larue, Jean-François Chassay, Nairn Kattan, Micheline Lachance, etc.De François Gravel, qui écrit autant pour les jeunes que pour les adultes, on lancera en février Fillion et frères, chronique d’une famille et d’une époque dont on dit qu’elle sera dans la veine d’Ostende, paru en 1994.On devrait s’attendre à un mélange d’histoire et de sociologie au quotidien, qui nous dira qu’ainsi allait la vie hier, que voilà comment on rêvait et se dépatouillait alors.Bernard Andrés, dramaturge, romancier et essayiste, fera paraître L’Énigme de Sales Laterrière, un portrait romancé de ce personnage plein d’initiative, esprit éclairé et progressiste, engagé à Robert Chartrand Le Dany Laferrière nouveau, L’Œil du cyclone, clôt le cycle romanesque américain entamé avec Comment faire l’amour.fut l’amoureux clandestin d’une femme qu’il n’avait pu faire officiellement sienne.Finesse et lucidité en perspective avec La Fête, de Nairn Kattan, un roman épistolaire qui se nourrit comme souvent à l’expérience de son auteur un écrivain établi revient sur ses amitiés, ses amours, sa carrière et sa condition de migrant.Enfin, un premier roman de Martine Potvin, Les Cercles au-dessus de nos têtes, qui révélera peut-être un nouveau talent.Les éditions de La Pleine Lune auront également 25 ans cette année, qu’elles fêteront sans doute selon leurs moyens.Pour l’heure, elles annoncent deux traductions: un nouveau Trevor Ferguson, Le Kingka-jou, et des nouvelles de Denise Roig, Le Vrai Secret du bonheur, ainsi qu’un roman de Roger Magini au titre ambitieux, Styx, où un ramasseur d’épaves va se trouver confronté à son propre passé.Rentrée importante chez Triptyque alors qu’en avril paraîtra un roman de Nando Michaud, cet écrivain réjouissant, facétieux qui sait proposer du rire intelligent une rareté! Il avait notamment publié, en 1988, Les montres sont molles mais les temps sont durs au Cercle du livre de France de Pierre Tisseyre, un bijou de roman carnavalesque, une folle équipée dans le temps qui nous transbahutait de l’époque du Christ à aujourd’hui en passant par la Renaissance.Cette fois, dans Le hasard défait bien les choses, nous nous déplacerons plus modestement entre Montréal et Québec, entre avant-hier et aujourd’hui, mais sans doute avec autant de plaisir.D’ici là, La Pleine Lune lancera, en mars, une ample chronique fàmiliale, Les Onze Fils, de l’écrivain-musicien Claude Vaillancourt, et un premier recueil de nouvelles d’un homonyme, Yves Vaillancourt, qui est photographe: Winter seront des récits de voyages.André Paquette, lui, signe le premier volume d’une pentalogie, Première expédition chez les sauvages, où s’affrontent, sous Duplessis, deux modes d’appréhension de l’Autre, ceux d’un jeune idéaliste et d’un politicien véreux.A surveiller également: la sortie du numéro 85 de la revue Moebius, sur Les Repoussoirs littéraires, et celle de La Vieille Fille comme person- réuni par Lucie Joubert et Annette Hayward- L’art de la bagatelle Chez Lanctôt, la rentrée d’hiver est également importante.Il y aura le Dany Inferrière nouveau, L’Œil du cyclone, qui clôt, paraît-il, le cycle romanesque américain entamé avec tambour et trompette avec Comment faire l’amour., ce brûlot célèbre dont on écourte presque toujours le titre par pudibonderie, à moins que ce ne soit par inanque d’espace.Puis, un roman de l’écrivain à succès Marc Fisher — qui signe parfois de son vrai nom, Marc-André Poissant —, Les Six Degrés du désir (c’est peu, non?), sera sans doute un livre coquin puisque nous entrerons par effraction dans les journaux intimes d’un père et de sa fille qui travaillent tous deux dans le milieu de l’édition.Lanctôt publiera aussi le premier roman du comédien Roger Blay, Le Vol du condor, sur les séductions et pièges de l’exotisme, particulièrement ceux de la civilisation inca, de même que Les Effets pervers de Martin Gagnon, où un tueur en série — le premier au Québec?— réfléchit à sa condition.Continuation, enfin, de la publication de textes devenus introuvables de Jacques Perron, avec ses Textes de jeunesse, et d’une pièce de théâtre inédite dans le collectif Jacques Ferron: autour des commencements.Chez Lanctôt toujours, ce qui sera bien plus qu’une curiosité: Les Carnets du lac, d’Hélène Pedneault, la chroniqueuse de La Vie en rose, la dramaturge, la pamphlétaire, l’admiratrice de Françoise Loranger, dont le lac n’est pas une cause à défendre ni une espèce en voie d’extinction mais plutôt un ami, un confident, un miroir.Activité également importante chez Boréal, où paraîtra en mars La Nuit entière de Christiane Frenette — dont on réédite en compact 1m Terre ferme —, un récit poétique où des femmes, le temps passant, essaient de vivre avec l'irréparable.Puis, du journaliste Louis-Bernard Robitaille, Le Zoo de Berlin, une virée historico-romanesque dans cette ville-emblème du XXe siècle, sur fond de famille déchiquetée et de magouilles financières.Michel Michaud, auteur et scénariste de Coyote (qui avait paru chez VLB) et du Roman d’Étienne Brûlé (Libre Expression), lui-même une sorte de personnage, fera paraître Cœur de cannibale.Boréal lance aussi deux premiers romans, l'un de Marie-Sissi Labrèche, Borderline, sur les séquelles d’une enfance monstrueuse, et l’autre de Guillaume Vigneault, Carnets de naufrage, où un homme épris d’absolu voit son monde s’écrouler quand sa femme le quitte.Petit printemps, en revanche, chez Leméac-Actes Sud, où on n’annonce jusqu’ici qu’un seul titre, mais prometteur: Récits de la terre première du géographe Jean Morisset, une suite de genèses que l’auteur a recueillies chez les Amérindiens et les Inuits.Enfin L’Instant même annonce pour février un recueil de nouvelles de Roland Bourneuf, Le Traversiez dont l’auteur fait la une du dernier numéro de Nuit blanche, et, pour mars, celui de Sylvie Massicotte, Le Cri des coquillages, sur les rapports entre parents et enfants, y compris ceux que les premiers n’auront pas.Prometteur, si on se souvient de son premier recueil, L’Œil de verre, qui était très réussi.De même pour Serge Lamothe, qui avait publié il y a deux ans un fort roman, La Longue Portée-.La Tierce Personne, annoncé pour mars, dont le narrateur est un homme d’affaires qui a réussi, sera le prolongement ou l’écho du premier.Bonne rentrée! rcharfrancKdvideotron, ca tous égards dans son époque et qui nage littéraire, un collectif d’analyses le Parchemin QUARTIER LATIN Pour le choix, Vaccueil et les prix Mezzanine Métro Berri-UQAM 505, rue Ste-Catherine Est, Montréal (514) 845-5243 Gueu Lise Demers Une histoire d'amour et d'amitié à rebrousse-poil, un roman qui glane et fouille sans complaisance la condition humaine.« Une critique sociale empreinte de poésie et, surtout, de beaucoup d’humanité.[.]Avec un tact certain, l’auteure parvient également à démontrer que n'importe qui peut se retrouver de l'autre côté du miroir.>' Pascale Navarro, Voir ! LANCTOT VIE QUOTIDIENNE Pratiques et inclassables MARIE CLAUDE Ml RAN DETTE La vie n’est pas toujours une sinécure.Dieu merci, il y a çà et là quelques altruistes pour partager avec nous leur réflexion et nous aider à faire face, voire à surmonter l’adversité.L’un d’eux, Guy Corneau, revient cette année avec un nouveau titre: 1m Guérison du cœur.Après Père manquant, fils manqué et L'Amour en guerre, Corneau tente de répondre à quelques questions pour le moins difficiles.Nos souffrances ont-elles un sens?Sont-elles nécessaires?Au delà de ces questions, ce texte invite le lecteur à faire face à la souffrance et à tenter non seulement de l’accepter mais de la comprendre.Aprè§ Les Enfants de Jocaste, Les Filles d’Ève et Les Fils d'Oreste, la psychanalyste Christiane Olivier revient en force avec un Petit Livre à l’usage des pères dont le but premier est d’aider ces derniers à tenir une place spécifique au cœur du développement psychologique de l’enfant.Si l’on reste dans les questions de famille et de couple, les éditions Odile Jacob propçsent quelques titres intéressants: A quoi sert un père de Jean Lecamus, La Sexualité: phframones et désir de Claude Aron, mais surtout Nous n’arrivons pas à nous entendre sexuellement de François-Xavier Poudat, un livre destiné à tous les couples qui éprouvent des problèmes sexuels mais n’osent pas consulter un sexologue.Si vos pgoisses sont suscitées par votre poids, quelques nouveautés chez Odile Jacob qui pourront peut-être vous aider dans votre quête du » v soi idéal.Entre autres, le docteur Gérard Apfeldorfer, auteur de Maigrir, c’est dans la tête, revient en force cettë' année avec Maigrir, c’est fou!, un panorama des méthodes amaigrissantes' d’Hippocrate à nos jours.Quant à' Jacques Fricker, auteur de Maigrir en grande forme et du Guide du bien-manger, il propose sa façon de Maigrir vite et bien.Un incontournable pour tous ceux1 pour qui, comme beaucoup d’entre-nous, ont tendance à éprouver quelque difficulté à gérer leur temps: Le Nouvel Art du temps de J.-L.Ser-van-Schreiber, un livre censé, par des' moyens pratiques, réduire notre niveau de stress et aider à mieux profiter de la vie.Une touche d’humour pour terminer avec quelques inclassables aux titres amusants.Chez Actes Sud, le1 très sérieux «baroqueux» Philippe Beaussant propose Mangez baroque et restez mince.Il s’agit d’un recueil des quelques-unes des recettes favorites des grands maîtres actuels de la musique baroque.De la ratatouille niçoise de Jean-Claude Mal-goire à l’authentique bortsch ukrainien de Galina Zinchenko en pas^ sant par les recettes catalanes de Jordi Savall, ce petit recueil laisse présager de biens belles soirées mu1" sico-gastronomiques.Plus près de) nous, Les Réveils mutins II de FranM çois Parenteau, aux Editions Lartc-^ tôt, sont 4a retranscription, légèrement modifiée, des billets radiopho-1 niques lus à l’émission de Joël Le BU got, Samedi et rien d’autre, à la radio de Radio-Canada», saison 1998-1 99.Jolie façon de prolonger vos samedis à longueur de semaine.' 1 Il est des comportements qui étonnent: Claudia cherche sa mère en celle qui l’a tuée! Uuncr Mer intérieure Andree Laurier Mer intéri KM'- IMllfjjr L E DEVOIR.LE S S A M E D I 2 !) E T D I M A N C II E A O J A N V I E R 2 0 0 0 RENTREE LITTERAIRE ESSAIS QUÉBÉCOIS Le Québec qui pense euxième flot livresque annuel après le déluge de septembre, la rentrée d’hiver — dite la petite, par comparaison — s’annonce cette fois-ci riche et relativement mouvementée.Voici donc, par thèmes, ce que le gens qui aiment réfléchir au Québec auront à se mettre sous la dent pensante au cours des prochains mois.Politique et société Dès février, le professeur et militant Jacques Pelletier lancera la polémique avec La gauche a-t-elle un avenir?(Nota bene).Renouvellera-t-il le débat?On le souhaite, mais on peut en douter, tant son discours récent sur la question semble empêtré dans une forme de traditionalism^ militant peu mobilisateur.A lui de faire la preuve du contraire et de nous réjouir.Gaétan Breton ira-t-il dans le même sens?Fervent péquiste déçu par son chef, il signera un pamphlet intitulé Les Orphelins de Bouchard (Triptyque).Pour sa part, Philippe Séguin, ancien ministre français et professeur invité à l’UQAM cette année, nous donnera un Plus français que moi, tu meurs! (VLB-Albin Michel) dans lequel il prônera une coalition Québec-France tournée vers l’avenir.Sur l’essai de Jean-François Lisée qu'annonce le Boréal pour février, le mystère demeure presque entier son sous-titre sera: Comment échapper au déclin du Québec.Plus pédagogique que polémique, l’essai de Jean-Marc Piotte intitulé Les Idées modernes (Fides) viendra enrichir le rayon des ouvrages de référence, alors que le Expansion canadienne et repli québécois (1860-1896) (Lanctôt) de Robert Lahaise apportera une pièce supplémentaire à l’argumentaire des antifédéralistes.livre-hommage rédigé par un collectif, Gérald Godin, un poète en politique (L’Hexagone) fera revivre la mémoire d’un personnage marquant de notre histoire politique et culturelle récente.Qn attend avec impatience Les Oiseaux de malheur (VLB) de l’excellent journaliste André Pratte, une critique des travers médiatiques doublée Louis Cornellier d’une invitation à pratiquer un «nouveau journalisme, pédagogique plutôt que spectaculaire».Science et société Les bouleversements technoscientifiques en cours fascinent et épouvantent un peu tout le monde et nos essayistes n’y échappent pas.Fruit d’une vaste enquête meqée au Canada, en France et aux Etats-Unis, Éthique et fric (VLB) du journaliste Mathieu-Robert Sauvé exposera, dit-on, les «enjeux sociaux et philosophiques reliés au développement des sciences et des technologies biomédicales».Dans un registre qui s’annonce plus catastrophiste, Ollivier Dyens, un Montréalais qui enseigne à la Louisiana State University et qui nous avait offert il y a quelques années les très beaux poèmes de Prières, abordera sensiblement la même question, mais d’un point de vue plus strictement philosophique dans Chair et métal (VLB).Pour se préparer à toute cette réflexion nécessaire mais difficile, les lecteurs pourront s’armer en lisant En quête de science: introduction à l’épistémologie (Fides), signé par Maurice Gagnon et Daniel Hébert.Littérature Dans les mois qui viennent, les études littéraires se multiplieront.Les éditions Nota bene occuperont l’espace éditorial en publiant des études sur la nouvelle (René Audet), sur le récit québécois (Maurice Emond), sur la narration (Jaap Lint-velt), sur la poésie québécoise (Jacques Blais) et sur les écrits de la Nouvelle-France (Maurice Lemire).Ailleurs, on pourra lire La Décennie des conclusions (Fides), une volumineuse étude de Daniel Chartier au sujet de la réception critique de la littérature québécoise des années 30, La Vieille Fille comme personnage littéraire (Triptyque) de Lucie Joubert et An-nette Hayward, Les Textes de jeunesse (Lanctôt) de Jacques Perron et, finalement, deux ouvrages aux titres évocateurs: Langagement (Boréal) de Lise Gauvin et Emblématiques du jouai (Lanctôt) d’André Gervais.Histoire Figure nationale majeure mais controversée (un pléonasme?), Lionel Groulx nous est sobrement et brièvement présenté dans son intimité par sa nièce et secrétaire, Juliette Lalon-de-Rémillard, dans Lionel Groulx, l’homme que j’ai connu (Fides).Dans des essais qui s’annoncent plus costauds, Yves Lavertu, avec Jean-Charles Harvey le combattant (Boréal), retracera l’itinéraire de ce penseur libéral de l’entre-deux-guerres, Peter MacLeod étudiera Les Iroquois et la guerre de Sept Ans (VLB), Gérard Bouchard poursuivra ses travaux avec Nations et cultures du Nouveau Monde (Boréal), Yvan Lamonde lancera le premier tome de son Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896) (Fides) et Morisset et Waddell, deux géographes, nous livreront leurs impressions d’un voyage au cœur de la Franco-Amérique dans Amériques (L’Hexagone).De leur côté, les éditions Septentrion continueront leur remarquable travail éditorial en nous offrant, comme à chaque saison, une foule de documents et d’études indispensables.Théologie et philosophie J’ai eu l’occasion de le souligner, en ce lieu, à maintes reprises: la réflexion théologique québécoise est riche et, surtout, très vivante.La tendance, semble-t-il, se maintiendra et c’est à Marc Renault, ancien franciscain, que reviendra l’honneur de lancer la saison sur une note polémique.Intitulé La Liberté confisquée - Essai sur le cléricalisme (L’Hexagone), son ouvrage présente une réflexion extrêmement exigeante, voire ardue, qui constitue en fait une virulente critique de point de vue officiel de l’Église qui place la foi à la traîne d’une conception métaphysique de la liberté.Passionnant, mais très très difficile à saisir dans le détail.Assurément plus abordables, Les Livres subversifs: les Évangiles (Fides) de Jean-Paul Mi-chaud et L’Infini du sens: Jésus-Christ (Bellarmin) de René Latourelle complètent pour le moment cet avant-goût théologique.En philosophie, le gros morceau Gérald Godin de la saison, œuvre de Jacques Marchand, s’intitule Autonomie personnelle et stratégie de vie (liber).Essai de morale fondamentale, ce traité pose la question: «La liberté est-elle une chimère ou est-elle la véritable finalité de l'homme moral?» De la profondeur en perspective.Sport et humeurs Les Jeux olympiques de 2000 qui se tiendront à Sydney cet été y sont-ils pour quelque chose?Toujours est-il que deux essais sur la question sportive marqueront la saison.Quelle éthique pour le sport?Fair-play et esprit sportif au Canada (Liber) de Léo-Paul Bordeleau développera un point de vue critique sur l’éthique sportive actuelle qui «repose sur une conception étroite de l’homme réduit à un organisme-machine», alors que Splendeurs et misères des champions (VLB) de Makis Chamalidis, à saveur plus psychologique, tentera de tracer le portrait du cheminement du héros sportif (vers avril).Enfin, au rayon des humeurs, le paysage littéraire s’enrichira des Réveils mutins (Lanctôt) de François Parenteau, un recueil de billets radiophoniques lus à l’émission de Le Bigot, et des Carnets du Lac (Lanctôt) de la parfois tranchante Hélène Pedneault.Allez tout de suite vous aérer les esprits; les idées s’en viennent! louiscornellier@parroinfo.net H §z Christiane FRENETTE Marie-Sissi LABRÈCHE > 2 3 H o ^ Z u* Le bal des bandes DENIS LORD Dans les milieux férus de postmodernité et soucieux de revamper le statut du neuvième ar(, on ne dit plus «bande dessinée».A cette expression présumément désuète, aux connotations infantiles, on préfère «narration graphique» ou encore «art narratif contemporain», termes peu conviviaux, certes, mais ô combien sérieux.Par conséquent, soucieux d’être bien de notre temps, nous vous offrons un aperçu de ce qui est à venir dans le joyeux monde de la bulle, aperçu qui, faut-il le souligner, est aussi subjectif que l’urubu qui, pour nidifier, préfère le piton rocheux aux branches de l’érable argenté.Ouvrons le bal de février avec Léo qui, chez Dar-gaud, nous propose Bétel-geuse, une nouvelle série dont cinq tomes sont prévus et où l’on retrouvera Kim et quelques autres personnages à’Aldébaran.Chez le même éditeur, voilà un onzième épisode de Blar ke et Mortimer, intitulé L’Affaire Voronov.Juillard (scénario) et Sentes (dessin) remplacent Van Hamme et Benoît.Glénat offre deux titres intrigants: Avec L’homme qui rit, De Felipe (Black Deker) mélange styles et techniques dans une adaptation d’un roman de Victor Hugo; autre adaption, celle de L’Art de la guerre, un traité militaire datant du Ve siècle avqnt J.-C., mis en images par Sui Yun.A garder hors de portée des enfants?Casterman y va de deux Sokal: Le Testament de l’explorateur, carnet de croquis lié au cédérom LAmerzone, et La fille qui rêvait d’horizon, onzième épisode des aventures du très palmipède Canardo.Toujours dans l’animalité mais chez Albin Michel, Ptiluc lâche les rats pour La Foire aux cochons-, des hommes qui ont marqué l’histoire se réincarnent en porcs dans une ferme près de chez vous.Chez le même éditeur, Olivier Decan se retrouve bien malgré lui dans le monde des travestis parisiens: c’est Les Léviathans 3 - Réactions en chaîne, signé Paul Gillon.Les Humanoïdes y vont d’une réédition: Arzac, la toute première bédé signée Moebius.Le mois de mars promet une exceptionnelle moisson, c’est notre opinion et, fervents lecteurs, vous la partage, I rez certainement.Que demander dç I mieux qu’un nouveau Munoz et San> I payo, nos auteurs fétiches?Dans //rs-l toires privées, Alack Sinner cherche à| innocenter sa fille Cheryl, accusée de I meurtre et affligée d’amnésie.Autrçl détective, autres mœurs, mais toujours I du très grand art: La Vache prend lé 1 taureau par les cornes dans La Momie I scandaleuse.Les fabuleux duettistes | De Moor et Desberg frappent encore | et on en redemande.Au Seuil: publication d’un troisième I volet des Carnet de voyages I de Loustal, recueil d’illusfra lions; les auteurs de Stigmates, Mattotti et Piersanti, [ refont surface avec Ano-\ nymes, une série de portraits de femmes.Pari ailleurs, Zone convective, là colleçtion alternative de [ Mille-pes, prévoit présenter j le Stripbook 2 d’Eric Braün, un recueil de strips muets mettant en scène les I aspects les moins reluisants de l’urba nité contemporaine.Aux Humanoïdes, le grand Ptiluc s’associe au dessina leur Johann pour une nouvelle série I dont l’action prend place dans un réfri I gérateur.De fait, elle s’intitule Frigo-, premier tome: Tête de veau et vinaigrette.A consommer de préférence avant la date de péremption.En avril, ne te découvre pas d’un phylactère.Les Humanoïdes associés, I encore eux, lancent une nouvelle col-1 lection, «Poisson pilote», dont le man I dat est de «regrouper des auteurs au I ton et à l’humour décalés».Un projet éditorial fort séduisant, qui comprend des nouveautés (Les Cosmonautes du futur, par Trondheim et Larcenet) et des rééditions marquantes (Black-town, Hop-Frog.).Dans ce même mois, chez Del-court, on propose quelques intéressantes adaptations de l’américain: le huitième tome de Bone (Smith), Batman Year One (Miller) et Batman -Rire et mourir (Moore/Bolland).Le manga autobiographique s’incarne chez Casterman par le second volet de Journal de mon père: Taniguchi signé La Séparation, suite de Le Grand Inj cendie.Fluide glacial met sur le marché le troisième tome de Bill Baroud; un privé bedonnant et loser issu de l’imagination de Larcenet lorcKàcourriel.qc.ca Michel MICHAUD LA NUIT ENTIERE Quel est ce mystérieux échange entre les êtres qu’on affuble souvent du nom d’« amour » ?Parution : mars 2000 Louis-Bernard ROBITAILLE B BORDERLINE Un roman de l’enfance, non pas l’enfance bénie, mais celle qui crée des monstres.Parution : avril 2000 CŒUR DE CANNIBALE Une version nouvelle de l’éternel triangle, qui élève l’amour au rang des beaux-arts.Parution : mars 2000 11 « ujis-Kihnnhiy Kohiimim I Guillaume VIGNEAULT Boréal Oui ni ’aime me ILte LE ZOO DE BERLIN Une virée berlinoise où le passé resurgit dans les ruines du présent Parution : février 2000 Visitez notre site web; www.editionsboreal.qc.ca CARNETS DE NAUFRAGE Fuir là où les vagues sont si hautes, pour se mesurer à ce qui nous dépasse.Parution : février 2000 II L K DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DI M A X C, Il E 3 O .1 A X VIER 2 0 0 0 RENTREE LITTERAIRE ROMANS DE L’AMÉRIQUE Sur la ligne de mêlée imanche dernier, ayant bien travaillé depuis environ dix-sept jours, et y çtant encore depuis un peu avant l’aube ce jour-là, j’ai décidé de m’offrir de petites vacances: les finales de conférence de la NFL Sept heures de bon football américain en ligne.Après-midi béni, consacré à réfléchir au minimum.Je m'installe dans un fauteuil confortable, à côté de mon chat plongé, sur sa chaise préférée, dans une autre de ses siestes prolongées typiques de cette période glaciaire.J’aurais pourtant dû le savoir de mémoire d’amateur, ces deux finales disputées bout à bout sont le plus souvent décevantes, surtout si on les çompare aux huit parties souvent folles des deux Week-ends précédents (finales de division).Quand, l’après-midi à peine entamé, j’ai vu Mark Bru-hell se faire intercepter à la porte des buts, donnant le signal, bien malgré lui, * d’une de ces joutes si justement appelées «comédies d’erreurs» (le ballon qui rebondit un peu partout, et tout le monde le regarde passer en ayant l’air de s’interroger sur la finalité suprême de l’existence), j’ai commencé à jeter des coups d’œil résignés du côté de la pile de communiqués de presse laissée à mûrir sur la table à côté du verre de vin, cadeau des grands éditeurs qui veulent marquer, eux, le début d’une autre saison: la rentrée littéraire, prise deux.L’exercice, je l’avoue, me laisse perplexe.Bien sûr, je sympathise avec fous ces écrivains anxieux qui, gonflés à bloc, leurs exemplaires dédicacés sous le bras, s’apprêtent à envahir nos heures de loisir.Mon grand-père Hamelin, quand il regardait un match de football, Voyait une mêlée confuse de bonshommes au physique Michelin en train, pour une raison qui échappait à sa compréhension, de s’empiler tous en tas.Les envois de presse des relationnistes me font un peu le même effet, avec cette différence que la règle du jeu, ici, ne m’est pas totalement inconnue.On parle stratégie: il faut signaler, à l’attention populaire, les parutions à venir.Bon, d’accord.De toute façon, on est rendu Louis Ha me lin au troisième quart et les Jaguars viennent de se faire retourner un botté de dégagement sur 80 verges.Aussi bien dire que l’après-midi est déjà à moitié foutu.Alors comment procéder?Essayer de repérer, dans cet entassement, les quelques noms connus associés à des livres déjà lus et appréciés, et à partir de ce maigre savoir, gloser pour faire bonne figure?Ou bien établir des listes?Voici les polars de la rentrée, espèce jamais en voie d’extinction, apparemment.Voici les romans historiques, voici les romans d’amour, ceux d’aventures, et de voyages, et voici.les autres, vous savez bien: ceux qui ne sont ni des romans de ci, ni des romans de ça, juste des.romans, tsé?Des romans-romans, bref, comme on parle des tableaux-tableaux d’un peintre et des poèmes-poèmes d’un poète.* * Une liste, c’est bien beau, m^is alors par éditeur ou par genre?À propos de liste, j’en ai une ici: chou-fleur, anchois (deux onces), olives noires, tomate (sic), persil, câpres, tites oranges, zucchini, poivron jaune, crème 35 %, gruyère, parmesan, spaghettinis, vin rouge-blanc (comme ça se prononce, etresid).Bon allez, au travail.Trevor Ferguson va publier en mars un roman en traduction aux éditions de la Pleine Lune.Ça s’intitule Le Kinkajou et ne comptez pas sur moi pour écrire qu’il s’agit d’un incontournable, la dernière fois j’ai eu l’air fou.Aussi à la Pleine Lune en mars: Le Vrai Secret du bonheur, par Denise Roig, nouvelles traduites de l’anglais par Hélène Rioux.Chez Albin Michel, en janvier, la suite par Thomas Harris des aventures de Hannibal le cannibale, intitulées justement Hannibal.Stephen King dit que c’est bon, mais moi, les auteurs qui s’improvisent critiques, je me méfie.Aussi, Sex and The City, de Candace Bushnell, qui va répondre paraît-il à la question suivante: où en sont les femmes aujourd’hui dans l’incessante quête du partenaire idéal?Réponse: mon numéro de téléphone est dans l’annuaire.JOSÉE LAMBERT Trevor Ferguson va publier en mars un roman en traduction aux éditions de Ta Pleine Lune, intitulé Le Kinkajou.Dans la catégorie Thrillers et Polars, on va trouver chez Albin Michel les titres suivants: Court-circuit, de James Hall, Une taupe à la Maison-Blanche, de Jack Higgins, Kidnapping, de Laurie King et Le Canyon des ombres, de James D.Doss.Des questions?Christian Bourgois, le sympathique éditeur, nous promet un roman intitulé La Filière émeraude, de l’Irlandais Michael Collins qui vit à Chigaco.L’Amérique crue des désirs inassouvis, comme si on y était (d’ailleurs, on y est parfois; ça dépend des jours).Chez L’Olivier, c’est l’Angleterre qui, cette fois, passera sous le scalpel de l’Américain Nick Cohn: exclus, SDF, junkies.s’ils n’étaient pas là ceux-là, qu’est-ce qu’on pourrait bien raconter dans les romans?Henry Roth, lui, ce serait plutôt le contraire: il trouve la pauvreté répugnante, nous apprend, son éditeur.J’imagine qu’en plus, il n’aime pas les malades (chez l’Olivier)?Ce serait, hélas, la condition de Billie Raitliffe, l’héroïne de Purple Moody, atteinte, chez Rivages, d’une maladie neurovégétative grave et dont le fils bégaie.Quand ça va mal.D’ailleurs, il n’est pas encore quatre heures et demi et voilà que ça recom- mence: Kurt Warner, l’homme doté d’un bras de Dieu à la Claude Ryan, se fait intercepter la toute première passe qu’il tente.Imaginez: la meilleure offensive de la ligue qui affronte la meilleure défensive.Ça donne?Un non-événement.Allons voir chez Gallimard.Qui publie tellement de livres cette année qu’il faut une boussole pour s’y retrouver.Je m’y perds.A part le grand Faulkner en Pléiade, aucune trace de ces auteurs canado-améri-cains que j’affectionne on se demande pourquoi.Mais peut-être aurai-je mal regardé?Après tout, la défensive des Buccaners offrait tout un spectacle au même moment: très technique, pour initiés seulement Pas beaucoup d’espace de manœuvre, comme sur cette page: jetons-y quelques noms pour finir: Steve Martini et T.C.Boyle chez Grasset; Edith Wharton chez Flammarion; Howard Fast sur le macchar-tysme, et Daniel Woodrell sur la guerre de Sécession, chez Rivages.Mes prédictions pour le Super Bowl aussi?Pas de problème: les Rams par trois touchés, 400 verges de gains par les airs avec une moyenne d’une annonce abêtissante à toutes les quinze secondes.Hot, hot! LETTRES FRANCOPHONES Promenade napolitaine LABYRINTHE DES SENTIMENTS TaharBenJelloun Stock Paris, 1999,146 pages LISE GAUVIN Il en est des villes comme des personnes.Il y a celle que Ton fréquente depuis la naissance, celles que l’on a l’habitude de côtoyer au quotidien et celles qui deviennent sujet d’élection, villes réelles douées d’un pouvoir magique d’autant plus efficace qu’il s’alimente à l’imaginaire et se transforme en fantasmes.Pour Tahar Ben Jelloun, Naples représente cet espace de fiction apte à engendrer une multitude d’images et de récits.Après L’Auberge des pauvres, roman baroque dont l’action se situe sur la scène napolitaine, voici de nouveau la ville dont on dit qu’elle «vous poursuit, vous hante et vous habite jusqu’au délire et à l'obsession».Et le narrateur d’ajouter que Naples, comme Tanger, «vous prend aux tripes et vous laisse sans défense», alors que Venise, trop sage, n’est pas faite pour accueillir les images et les fantaisies.Roman de voyageur, celui-ci célèbre les charmes d’une ville caphar-naüm dont on attend l’imprévu au cœur du quotidien le plus trouble: «Ce que j’aime dans Naples, ce ne sont ni les musées, ni les églises, ni les monuments, ni la mer.Ce que j’aime à Naples, c’est la turbulence des pierres, la folie qui plane au-dessus des toits comme un nuage, c’est le linge qui sèche sur une corde entre deux balcons, c’est une vieille femme habillée en noir et qui garde de l’ironie au coin de l’œil, c’est le marché en plein air où des Marocains, crient “figui nostri”, c'est l’excès, l’excès de bruit, l’excès de mystère, l’excès d’évidence, l’excès de violence et la peinture rouge versée sur les murs pour faire croire que c’est du sang.» Roman d’amour, l’ouvrage associe les évocations de la ville à la rencontre d’une femme énigmatique, d’origine marocaine, pour laquelle le narrateur éprouve une passion distante.Dans un labyrinthe de sentiments confus, où s’additionnent les images d’un amour passé et celles d’un pré5 sent fugitif, celui-ci se réfugie dans la contemplation de dessins représentant l’aimée sous les traits de plume, d’un artiste associé à Naples, Ernest Pignon-Ernest.Car cette femme se; confond avec l’image des femmes de Naples, qui «portent le siècle dans leur regard / et blanchissent les souvenirs impudiques».A travers l’amour, la poésie, s’esquisse une critique sociale qui, pour être discrète, n’en est pas moins efficace.Comme dans les ouvrages pré' cédents, l’auteur ne manque pasj d’épingler au passage le gouverne^ ment de son pays d’origine, le Maroc,, qui ne fait rien pour l’art ni pour l’éducation artistique de ses concitoyens.' La critique porte également sur une, certaine forme de laxisme politique qui, sous couvert d’accueillir lesi étrangers, ferme les yeux sur un phé nomène qu’il faut bien appeler, par analogie, la traite des Blanches.Et ainsi disparaîtra la jeune femme côtoyée durant le roman, devenue objet d’échanges entre des mafieux de di-, verses provenances.Dans ce roman aux tonalités intimistes, le constat fait place à la confi-' dence et l’indignation succède à la nostalgie, cette nostalgie dont l’amour n’est jamais tout à fait dé.pourvu, ce qui lui donne le plus sou-! vent, qu'on l'admette ou non, un ca-! ractère de fiction.< OC KD KJ 2 O KJ < Retrouvez : {lilies ARC H.WIJî.U I I Philippe AIIHPRT Oc (iASPP Coletle BfîAtK II AMP .I H sahel h III (,ON puxjlH's H PR UN Marie C laire lil AIS Mai un PI \IS Pierre WHJRG.UJI I ].uc|ues KRAI I I Philippe DRUON ( rai g BROWN I .ouis { ARON Paul Amlre COMI Al Louise PI < III NI Denys DPI U,l I ernaïul DI 'MON 1 Rene Dt ROC III R Louis I RI ( III I II Sainl-Pems (.ARNI Al Yves OINDRAS laï ques (.lODBOUT laeques L GODBCïU I l«ftne C.ODIN I ianeois GRAVI I Dennis Ut ! SI Aime Ht DI RI I nuis lit MON Suranné J AC Oit Michel IURDANT Peiei KLATINC.Raymond Kl WANSK'i Marie I ADLRUI Roheri LU ONDI lean I AROSI Monique LARI I .C amille t .lMOU LS PaviL André UN fl AU I raneoise I ORANul R Andre MAJOR N kolas MACHIAU I Mari o MICONI fini le NU I U.AN Pierre NI PVI U I ise MOU Monique PROt d \ Daniel POI IQUIN Serge PROt JA I rniieois RK ARD leremy RII KIN >\oo RIVARD Jean-i lande ROPLRI I ouis Prrnnnl ROPII \11 1 I liahitelle RO> laeques SAVOII (,sel.ut si nnA Marie lose I III RI U I I Di m e (i I R K t.( d R Roland V LU B 0 R Ë A L C0IHPRCT Des textes IMPORTANTS ( un format PRATIQUE, des prix ACCESSIBLES VIENNENT DE PARAÎTRE : Gilles Archambault La Fuite immobile Bruno Hébert Ccst pas moi, je le jure ! Suzanne Jacob Laura Ijtur Christiane Freneite La Terre ferme Robert Lalonde Le Diable en personne Gilles ARCHAMBAULT La Fuite immobile Roman 176 pages • 14,95 $ Gaétan Soucy La petite fille qui aimait trop les alhimettes Bruno HÉBERT C’est pas moi, je le jure ! Roman 198 pages • 12,95 $ François Ricard Gabrielk Roy-Une vie Suzanne JACOB Laura Laur Roman 190 pages • 13,95 $ Gabrielle Roy Le temps qui m'a manqué ____ .j F Christiane FRENETTE La Terre ferme Roman 156 pages» 11,95 S Raymond Klibansky l e Philosophe et la Mémoire du sièele Robert LALONDE Le Diable en personne Roman 192 pages • 13,95 $ Roland Viau I nfants du néant et mangeurs d'âmes Ùwm.irirfNM* « aurifté •« fcucfwttar Gaétan SOUCY La petite fille qui aimait trop les allumettes • Roman 182 pages • 12,95 $ François RICARD Gabrielle Roy, une vie Biographie 648 pages • 22,95 $ Gabrielle ROY Le temps qui m’a manqué Autobiographie 112 pages • 11,95 $ Raymond KLIBANSKY Le Philosophe et la Mémoire du siècle Entretiens avec Georges Leroux 316 pages • 18,50 $ À PARAÎTRE : Robert LALONDE, Le Petit Aigle à tête blanche, roman, 272 pages • 14,95 $ Jean-Charles HARVEY, La Peur, essai Anne HÉBERT, Le Premier Jardin, roman Roland VIAU Enfants du néant et mangeurs d’âmes Essai 320 pages • 18,50 $ Boréal Qui m’aime me lût I L K I) E V () I R .LES SA M EDI 2 » K T I) 1 M A N C H E 30 JANVIER 2 0 0 0 RENTREE LITTERAIRE ESSAIS Il n’y a pas que Sartre CH est massif.Ecrasant.Ça * vous arrive comme un projectile impossible à éviter Le Siècle de Sartre de Bernard-Henri Lévy (Grasset).La rentrée d'hiver, souvent la plus forte côté essais, s’en trouve comme prisonnière.Le Tout-Paris littéraro-journalistique sait chanter en chœur.«La seule règle [du journalisme culturel] est de traiter des mêmes sujets, au même moment», fait remarquer un personnage de Benoît Duteurtre dans son roman Tout doit disparaître (Gallimard, 1992).Le Monde affirmait le 21 janvier qu’il fallait «oublier [.] les réticences qu’on Ant peut avoir à l’égard du per- r0 b i sonnage social qu 'on désigne ^ souvent par ses initiales, BHL» et «plonger dans ce livre de plus de 600 pages».Reste qu’il semble être beaucoup question de.BHL dans ce livre que l’éditeur présente ainsi: «à la fois un essai de philosophie, une biographie et une méditation sur le siècle qui commence».Au reste, pourquoi ce «festival Sartre», tout d’un coup?Certes, il y a çe livre d’un écrivain fasciné par un autre écrivain, sans doute.Mais soyons un peu cynique, comme il faut l’être à l’égard de tout festival.D y a ici conjonction de calendrier et, par ^séquent, calcul éditorial: voilà les ces de l’actuelle tempête sartrien-e,' En effet, il y a 20 ans mourait celui qui, le mieux, incarnait l’idée de l'intellectuel français.D’autres raisons?«La nostalgie de la radicalité», me suggérait un ami.Oui, les eaux tièdes du consensus libéral ennuient Et il fait bon de se remémorer une époque où l’utopie enflammait réellement les esprits.Cette nostalgie s’ajoute à une autre, selon moi.Celle du temps où un intellectuel parisien, à partir d’une table aux Deux Magots, pouvait s’adresser au monde entier.11 y a aussi l’œuvre, bien sûr, qui est grande à certains égards.Elle contient notamment une théorie de la liberté qui pourrait éclai-ine rer certaines attitudes à une tille époque où la technique fait ^ sauter un à un les verrous des antiques «limites» entravant l’humaine volonté.Le Devoir participera au festival, n’ayez crainte, mais avec cette touche d’originalité que vous aimez tant Festival: vous avez bien entendu.Car il n’y a pas que Grasset qui se lance.Tous les éditeurs ou presque entrent dans la danse.Les Presses universitaires de France annoncent la parution de La Cause de Sartre de Philippe Petit Gallimard, Trois Aventures extraordinaires de Jean-Paul Sartre d’Olivier Wickers.Plon lance L’Adieu à Sartre de Michel-Antoine Brunier.Un peu en périphérie du «festival», Calmann-Lévy présente Les Années Beauvoir de Sylvie Chaperon.Enfin, la Bernard-Henri Lévy Le Siècle de Sartre Les écrits • Des nouvelles de Vassilis Alexakis, Jean Marcel et Émile Ollivier.• Des essais d’André Brochu et François Hébert.• Des poèmes de Carole Huynh Guay et Luc Perrier.• Des extraits de romans à paraître de Gloria Escomel et Jovette Marchessault.• Les discours de réception à l’Académie des lettres du Québec de Louise Dupré et Pierre Nepveu.En vente dans toutes les librairies.Le numéro : 10 $.Abonnement annuel (trois numéros) : Abonnements : LES ÉCRITS.5724, chemin de la Côte Saint-Antoine Montréal (Québec) H4A 1R9 Les amants de la libertf I tivcnl lire tir Jeaii»Paul Sartre et • Simone rit Beat revue Le Débat (Gallimard) y participe aussi, mais un peu malgré elle, étant née le jour même de la mort de Sartre.Et qui plus esL suprême insulte, en attaquant ce monstre sacré! Pierre Nora, son directeur, avait lancé sa revue avec un manifeste anti-engagement qui avait paru déplacé mais qui annonçait la fin d’une époque.(Notons que Le Débat demeure malheureusement toujours aussi difficile à trouver au Québec.Et encore, son prix est carrément prohibitif.) Ça joue dur sur la scène intellectuelle parisienne.Nous le disions récemment Ça jouait dur au temps de Sartre aussi.Mais cette saison, c’est Jean-François Kahn, fondateur de L’Evénement du jeudi et de Mariane, qui promet de mettre à jour Les Nouvelles Guerres intellectuelles (Albin Michel), notamment à propos de l’affaire Régis Debray sur le Kosovo.Les convictions de Philippe Séguin Le Québec ne fait habituellement pas partie de l’univers métaphorique du microcosme parisien.Sauf chez quelques Français nationalistes, qualifiés maintenant de «souverainistes», même si le sens du vocable diffère subtilement en Hexagone.Philippe Séguin, qui enseigne à l’UQAM depuis sa démission fracassante du RPR est souvent associé à ceux-ci.Il s’en défend bien.On pourra bientôt, juger sur pièce des convictions de M.Séguin, car ce dernier lancera lundi à Montréal Plus français que moi, tu meurs! -France, Québec: des idées fausses à l’espérance partagée.Sous-titre plus prometteur que le titre, convenonsen.En coédition: Albin Michel pour la France et VLB pour le Québec.Inquiétudes Pour le reste, le cœur des essayistes balance comme d’habitude entre inquiétudes et sagesses.Commençons par la première catégorie.Les éditions Nil annoncent la par rution de La Troisième Mort de Dieu d’André Glucksman.(Si Dieu est un chafi il lui reste donc quatre vies.) Le descriptif parle de deux morts, lors de chacune des deux guerres mondiales.Et Nietzsche et Dostoïevski?Rien pour l’instant.Cependant, en exergue à la description du livre, une citation.d’Helmut Kohl.Ce dernier nous certifie que Glucksman est «un grand philosophe.un intellectuel lucide».(Avec ce qui est révélé ces tempsd sur l’ancien chancelier, parions qu’on trouvera quelqu’un d’autre pour chanter les louanges de M.Glucksman dans les futurs communiqués.) Dieu, l’autorité: deux idées qu’on a aimé détester mais qui ne semblent pas vouloir mourir.Et quand les gens de gauche s’en soucient, on se dit que quelque chose, vraiment a changé.Ici, c’est Laurent Joffrin, du Nouvel Observateur, et Philippe Tesson qui s’interrogent: Où est passée l’autorité?(éditions Nil).Sa mise en question est générale, affirment les auteurs de ce livre à deux voix: «dans la famille, dans l’école, dans la rue, dans les entreprises, mais aussi dans les partis politiques, dans les institutions et dans l’Etat».L’inquiétude se fait principalement économique, encore cette saison.Retour en grande de Viviane Forrester qui avait soulevé tout un débat en dénonçant L’Horreur économique.Lés mots semblent aussi forts et les maux aussi grands dans son livre à venir en mars, Une étrange dictature (Fayard), portant sur la puissance financière «qui n’aspire pas à prendre le pouvoir mais à avoir tout pouvoir sur ceux qui le détiennent».Dans la même veine, chez Odile Jacob: La Grande Bataille, les marchés à l’assaut du pouvoir, par Daniel Yergin et Joseph Stanislaw.Plus prometteur peut-être, Le Travail sans qualité, les conséquences humaines de la flexibilité, traduction d’un livre de Richard Sennett chez Albin Michel.Soulignons aussi, au Seuil, une traduction d’un ouvrage de Paul Krug-man, économiste emmerdeur mais très stimulant Pourquoi les crises reviennent-elles toujours?Question qui incite à la méfiance face à l’euphorie actuelle du déficit terrassé et des bulles financières.Et l’environnement dans tout cela?La prochaine crise sera à la fois économique et écologique, affirme Clive Ponting dans Le Viol de la terre (Nil).Selon l’auteur, les civilisations s’effondrent en détruisant leur environnement.Ce serait arrivé aux Romains, dit-il.Et si le problème en était un de nombre, Six milliards sur la planète: sommes-nous trop?, s’interroge Michel Jiusson aux éditions Textuel.Ce qui, jadis, chassait les inquiétudes les suscite aujourd’hui: la science.Dans Les poules préfèrent les cages (Albin Michel), Armand Farrachi s’en prend aux scientifiques qui, selon lui, servent maintenant à légitimer les prétentions de l’économie mondialisée qui «vise à soumettre l’homme aux conditions de l’industrie».Tous les scientifiques?Sûrement pas le généticien Axel Kahn, qui publiera chez Nil Et l’homme dans tout ça?, présenté comme une charge contre l’ultralibéral is.' me, cet antihumanisme.Sagesses Comment retrouver le caractère émancipateur de la science?En s'attaquant à Ce qu’il reste à découvrir (Bayard), selon le titre du livre à venir de John Maddox, de la revue Nature?Ou en la rebranchant sur les autres sa-1 voirs, et vice-versa, comme le suggère Edward O.Wilson dans L’Unicité du savoir, de la biologie à l’art, une même connaissance (Robert Laffont)?C’est ce que répète depuis des lunes l’aboip né de ces textes de rentrée, Edgar Morin, qui exprime cette fpis Une ardente impatience (Arléa), sorte d’autobiographie intellectuelle.Retour de l’idée de sagesse?C’est ce que soutient Alain Le Nizèze qui a dirigé, aux éditions Autrement, un numéro s’intitulant simplement La Sagesse.11 y a aussi le philosophe André Comte-Spon-ville qui annonce un recueil de Pensées sur la sagesse chez Albin Michel.Pause Pour ma parfi je vous quitte l’espace d’une saison.Nul bum-out, ne vous inquiétez pas.Juste un travail particulier qui requerra, jusqu’au printemps, presque tout mon temps.Je m’ennuie déjà de cet intense travail bimensuel de lecture et d’écriture.Ce n’est qu’un au revoir, donc.arobitaillédsympatico.ca Philippe Séguin • Le festival idéal », une Entrée libre de Jeu Survol de quelques festivals : Montréal (RA), Outaouais, Avignon, Edimbourg, Grahamstown, Fort-de-France L'hiver 1999 en danse Radiofictions en direct Flommage à Jean-Louis Millette Portrait de Jean-Pierre Ronfard Le théâtre de Joël da Silva JEU 93 En vente dans les Maisons de la presse, EN UBRAIRIE ET À NOS BUREAUX.Renseignements : (514) 875-2549 Abonnements : Periodica : (514) 274-5468 E sTl MIS 192 P., 120 PHOTOS, 14 $ E SEUL TRIMESTRIEL AU QUÉBEC CONSACRÉ AUX ARTS DE LA SCÈNE ?«Où tout arrive et plus encore» — Reginald Martel, La Presse « Premier roman plein de talent» — Robert Prud'homme, Radio Ville-Marie JEAN FRANCOIS GROS D AIUON «Un écrivain remarquable» — Muriel Outil Passager Jean-François Gros d Aillon roman / 222 pages / 19,95 $ www.lescop.qc.ca (514) 277-3808 Le temps de lire.Bernard Andrès 1 R • IKS S A M K I) I 2 i) K T |) I M A X ( || K 0 .1 A X V IKK 2 (I 0 0 ^RENTRÉE LITTÉR.AIKEt Livrer bataille Une armée d’écrivains pour la rentrée d’hiver MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR En littérature française, la rentrée d’automne tient du bulldozer: il s'agit d’être remarqué, en quelques lignes pour les plus dis-erets, le temps d’un prix pour les plus ambitieux.La rentrée d’hiver quant à elle est une armée en campagne, avec ses diverses formations.D’abord l’artillerie lourde, qui n’a plus rien à prouver à ses lecteurs, mais tout à soi-même, pourvu que l’on soit exigeant.L’aviation, §es beaux uniformes, ses histoires bien ficelées, ses rêves à vendre.L’infanterie: petite troupe bruyante et sympathique de nouveaux venus, au col de travers, à la bou-.tonnière béante, qui ne savent pas encore marcher au pas de la vanité et des honneurs.Le lecteur qui furète dans les rayons des nouveautés n’a plus qu’à se transformer en général et à passer ses troupes en revue en attendant de pouvoir rendre le seul verdict qui vaille: la chère, l’envoûtante, l’impitoyable lecture.Selon le commentaire qui accompagne les ouvrages ici présentés, chacun saura quand elle est faite, quand elle reste à faire.Un roman ne vient jamais seul Chez les auteurs confirmés, la nouveauté se fait souvent accompagner d’une réédition en poche, les commerciaux des maisons d’édition, gens pragmatiques, y voyant à juste titre un éventuel effet d’entraînement sur le consommateur.De Pascal Quignard, on vient ainsi de rééditer dans «Folio» le fiévreux et magnifique Vie secrète, alors qu’un roman est annoncé dans la «Blanche»,Terrasse à Rome, dont le titre sonne comme un programme.Mais il y sera question de vieillesse êt de temps qui passe, non d’éternité romaine.Même scénario éditorial pour le Richard Millet JOHN FOLEY Casanova de Philippe Sollers, qui précède de quelques semaines la sortie d’un roman au titre délicieusement anti-sollertien, Passion fixe, par lequel l’écrivain entend cependant montrer qu’il est constant.Chez Grasset, on s’en doute, Yves Berger publiera son prochain roman, Santa Fe, qui aura pour thème, on s’en doute, le Nouveau Monde, étreint avec jubilation, avec ferveur, jusqu’à l’excès.Cette fois, le Nouveau Monde se confond avec une jeunesse de 18 ans, aimée d’un sexagénaire.Ces choses-là arrivent tous les jours.Il y a nos beaux aviateurs.Ils s’appellent Denis Guedj, dont le Seuil annonce pour avril Le Mètre du monde.L’auteur de Théorème du perroquet et de Génis ou le bambou parapluie, prompt à combiner la science et la fiction au nom du plaisir d’apprendre, sera d’ailleurs de passage au Québec en mai dans le cadre d’un très sérieux congrès de mathématiques.Ils s’appellent Yann Queffelec, avec Désertas (Robert Laffont).L’histoire d’un adolescent délinquant incarcéré avec ses semblables sur un îlot pénitentiaire.Ou Pierre-Jean Rémy, avec Demi-siècle, qui évoque le passage du temps sur une petite élite d’avocats, de journalistes et d’artistes qui se retrouvent à dîner chaque dimanche soir, depuis 20 ans, rue de i’Université.Ils s’appellent Sébastien Japrisot, avec Les mal partis (Denoël).Ce roman de jeunesse, paru en 1950 et que l’éditeur invite à redécouvrir, raconte la passion d’un collégien de 14 ans pour une jeune religieuse qui en oubliera «l’Amant» auquel sa vocation la destinait.Pour achever de compliquer l’affaire, l’histoire se déroule à Marseille, sous l’Occupation.Enfin, c’est encore l’amour qui taraude René de Ceccaty dans L’Éloignement (Gallimard), dont le narrateur suit jusqu’en Amérique du Sud les traces d’une romancière morte qui le renvoient à ses passions anciennes.Une armée se définit aussi par ceux qui n’en sont pas.Ces maquisards, rebelles à toute classification, on voudra les lire précisément pour cette raison.Ainsi, chez RO.L, Richard Millet renoue le fil obsédant qui le relie à la province corrézien-ne, avec le troisième roman d’une suite noire, amorcée avec La Gloire des Pythres et L’Amour des trois sœurs Piale.Lauve le pur est la confession d’un fils du pays (mal) transplanté à Paris, blessé par la nuit des villes, l’indigence et la vulgarité du siècle.Le roman, qui mêle compassion et misanthropie dans une même douleur, est traversé d’éclairs: un visage de femme, la Yann Queffélec SOURCE ÉD.J UI.LIARD langue française qui monte, flamme droite.Inclassable aussi, un J.P.Pontalis, dont La Fenêtre (Gallimard) ouvre sur une série d’histoires empruntées à sa pratique de psychanalyste et transformées par la littérature.Un Bernard Chambaz et son Après-midi dans les jardins du zoo, où l’on parlera là aussi d’amour, décidément la grande affaire des écrivains, tandis que Jean-Philippe Toussaint fera paraître chez Minuit (où sont déjà d’autres titres: La Salle de bain, Monsieur, La Télévision.) un Autoportrait (à l’étranger), où le sexe et la mort se confondent avec l’idée du départ.Quand il n’écrit pas de polars, Didier Daeninckx se consacre à la nouvelle.Chez Verdier, Le Dernier Guérillero, qui paraîtra en février, réunit des nouvelles dont l’apparente simplicité révèle surtout la complexité des êtres et de- leurs motivations.Jacques Bellefroid, quant à lui, a pris le maquis l’automne dernier en revenant au roman après un silence de di;x ans.Fille de joie, alors paru aux Editions La Différence, prenait appui sur un ménage à trois peu banal pour se moquer d’une époque soucieuse avant tout d’apparences.L'Agent de change, qui paraîtra cet hiver, promet d’être aussi peu banal: un homme, lorsqu’il n’exerce pas Philippe Solers les paisibles fonctions qui donnent au roman son titre, croit devenir fou en voyant s’animer la scène d’un certain timbre offert par sa femme.La grâce des débuts Et voici la cohorte des jeunes gens, traditionnellement présents en nombre à la rentrée d’hiver, aux enjeux moins féroces.A leur tête, une excellente angliciste, Sylvie Doizelet, dont on attend avec curiosité La Dame de Pétrarque, annoncé chez Gallimard.D’Eric Paye, on avait aimé les épaisses et fantastiques forêts du Mystère des trois frontières, paru au Serpent à plumes, il y a deux ans, avec d’autres nouvelles.Le même fait maintenant paraître Les Lumières fossiles, chez José Corti, qui accueillait déjà ses essais.Jeune homme tout aussi prometteur, le Denis Lachaud, auteur d’un fort remarqué J’apprends l’allemand, chez Actes Sud.Il revient cet hiver avec La Forme profonde, qui juxtapose les mondes de l’enfance et des adultes dans une ville de bord de mer.Ce n’est pas la mer qu’aperçoit le narrateur de Paysage de fer (Verdier), à travers la fenêtre de son compartiment, dans le train Paris-Nancy, mais la Marne, la Meuse et la Moselle, qui irrigueront son imagination et dont l’évocation devrait confirmer le talent de François Bon pour les belles rêveries maîtrisées.Chez Vivian Hamy, François Vallejo publie un second roman, Pirouettes dans les ténèbres, à l’intrigue et aux phrases échevelées à souhait mais qui donnent envie d’aller y voir.Un jeune orphelin, auquel ses longs bras ont valu le surnom de Gibbon, devient livreur d’antiquités pour le compte d’un psychiatre-brocanteur et tombe amoureux d’une jeune fille au visage tuméfié.Evidemment, dit comme cela.Enfin, un premier roman réussi.Vie lointaine (Balland), pour Farès Khalfallah, qui évoque avec retenue, à travers une série de tableaux, la figure d’un père dont la mort provoquera le retour du fils en Tunisie.On peut vouloir partir pour d’autres raisons.Tout Français qu’il soit, Alex, «héros» du premier rot man de Nicolas Fargues, Le Tour du propriétaire (P.O.L.), fait preuve d’une autodérision tonique au moment de s’embarquer pour l’Indoné-t sie, fuyant Paris et ses petits maîtres romanciers qui tirent à la ligne; fuyant, aussi bipn dire, l'écrivain qu'il pourrait être, s’il ne partait pas: pour écrire, malgré tout, le roma» dont il se moquera.C’est drôle, subi til comme doit l’être l’ironie, qu’on ne pratique jamais assez, dans les casernes comme sur les champs de: bataille auxquels ressemble parfois la vie.» %» Nicolas Fargues JOHN FOLEY 'LU QX 1 victor-Lévy Beaulieu O 1 Les grands-pères b r?> M i Victor-Lévy ^ Race de mol roman 9,95 $ RECHERCHEE y 12,95 $ "METAMORPHOSES", thème d'un échange littéraire entre le Québec et la Communauté française de Belgique et titre du recueil de nouvelles littéraires à venir.Pour une quatrième année consécutive, l'AGENCE QUÉBEC WALLONIE BRUXELLES POUR LA JEUNESSE offre une ouverture internationale pour tous les auteurs de 18 à 30 ans que le thème inspire ! Les intéressés trouveront plus d'infos à : www.aqwbj.org ou (514) 873-4366, poste 225 Une jeune fille du nom d’Elmire Audet de Notre-Dame-des-Anges, comté de Portneuf, s’est enftiie au mois de novembre dernier avec un Indien âgé de quarante ans.La jeune fille n’a que seize ans, est une très jolie blonde aux yeux bleus.Toutes les recherches faites par les parents pour la retrouver sont restées sans succès.Le Pionnier de Sherbrooke, 22 mars 1883.Un roman de Pamphile Le May Un épisode de la chronique judiciaire et une satire de la bourgeoisie québécoise.WSTIUCT Or q»KRK> www.carpediem.qc.ca/lahuit Distribution Univers : 1-800-859-7474 Deux grands classiques de Victor-Lévy Beaulieu enfin disponibles en format de poche.üEI TYPOll IllILRHf RF J i www.edtypo.com £a pcwôUui de Ca Citté%aùitie moi j'appelle cela le printemps Arthur Rimbaud La Famille Grenouille de Jean-Guy Noël Une famille mtréalaise ypique passe es vacances estivales à Old Orchard.Cela ne pourrait être que farce et caricature.Mais si cela, malgré les apparences, tenait davantage de l'odyssée et du mythe?Ht si le fait divers flirtait avec la légende?JEAN-GUY NOËL I JJEAJÜ I La Famille Grenouille Ifà MARTINE POTVIN Parulion : avril Parution : ffvrler Les Cercles au-dessus de nos têtes de Martine Potvin Premier roman de cette au-teure, ce livre nous parle magnifiquement du monde et de l’apprentissage que l’on doit en faire quand on est laissé à soi-même et à ses rêves.Voici un récit intimiste, audacieux, une réflexion originale, un style nouveau.Pour dire que le monde est un cirque dont on doit s’emparer, jouir et triompher.rfi/Vvj hjete & Parulion : avril Récits de la fête Collectif Québec Amérique fête son vingt-cinquième anniversaire ce printemps.Ses auteurs d’hier et d’aujourd’hui ont décidé de souligner l’événement à leur manière; et quoi de mieux que de raconter, pour célébrer! Vous lirez les Allard, Audet, Barcelo, Beauchcmin, Beaulieu, Bourguignon, Chassay, de Bellefeuille, Gagnier, Rattan, Lachance, Larue, Lelièvre, Noël et Pukhardt! QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com 1 Offrez-lui ou offrez-vous.une ou deux des revues suivantes et courez la chance de gagner un certificat cadeau de 400$ à flamber à l’Hôtel Ritz Carlton de Montréal.Chaque coupon d’abonnement vous donne une chance de gagner les 400$ pour le Ritz.Les revues: Une revue qui présente des «inédits» d’auteurs québécois excellant dans la pratique de la nouvelle.On y trouve également des textes d’auteurs étrangers, des entretiens avec des nouvelliers, des télexions sur la nouvelle en tant que genre et des critiques ties dernières parutions dans ce domaine.3 numéros / année La seule revue francophone en Amérique du Nord vouée à l'écriture des femmes.Elle publie de courts textes de création, prose ou poésie, des entrevues et des comptes rendus de livres de femmes.Elle a ouvert en 1993 un volet international et décerne annuellement le Prix de la relève au féminin.4 numéros / année Une revue qui publie avant tout des textes de fiction, (poésie, court récit) mais aussi des entrevues, des textes d’opinion, des essais sur des «sujets» culturels ainsi que des comptes rendus de lecture.Trois numéros sur quatre sont thématiques, P autre étant constitué des meilleurs textes reçus au cours de l'année.4 numéros / année LES ECRITS Depuis 1954.la doyenne des revues littéraires du Québec publie des textes inédits d’écrivains d'ici et de l'étranger.sans aucune restriction de senre.Elle vous offre un véritable panorama de la littérature: contes, essais, hommages, journaux intimes, poèmes, théâtre, nouvelles.3 numéros / année .-?4.Oui, je tiens à flamber 400$ au Ritz et je prends un abonnement aux revues suivantes: Pour 1 an En Institution Hors-Canada Prix ARCADE 24$ - - LES ÉCRITS 25$ 35$ 35$ MOEBIUS 26$ 48$ 70$ XYZ 18$ 22$ 30$ Sous-total___________ï.(Canada seulement) +TPS (7%)______________I Sous-total____________â (Québec seulement) +TVQ (7,5%)___________$ Total____________£ No de TPS: R10030l498\NodeTVQ: 1006280281 Mode de paiement ?Visa ?Mastercard ^ .numéro de la carte date d’expiration ?Je désire m’abonner ?Je désire offrir un abonnement en cadeau à Nom de l’abonné Adresse Ville Code postal Téléphone Date En achetant un abonnement, je cours la chance de flamber 400$ au Ritz Carlton de Montréal Nom Adresse Ville Code postal Téléphone Date signature ?Chèque ou mandat à l’ordre de la SODEP RETOURNER À: SODEP, CP.786, Succursale Place D’Armes, Montréal (Québec) H2Y 3J2 Téléphone: (514) 397-8669 Télécopieur: (514) 397-6887.Sauf indication contraire, votre abonnement débutera avec le numéro en cours.Un délai de 6 à 8 semaines peut s’écouler avant que vous ne receviez votre premier numéro de l’éditeur.Si une revue cesse de paraître, la SODEP ne peut être impliquée dans aucun recours pour autant que la commande et son paiement aient été transmis à l’éditeur.Les prix sont sujets à changement sans préavis.L J t: » I i h 1> K V 0 1 H ¦ I K s S A M K I) 1 2 !> K T I) I M A \ C II K It 0 ,1 A ,\ V IKK 2 0 0 0_I) 9 •RENTRÉE LITTÉRAIRE- LE FEUILLETON Les mystères du Japon Cette expérience de dépaysement et de familiarité tout à la fois L’ANNULAIRE Yôko Ogawa Traduction du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle Actes Sud Arles, 1999,96 pages Voilà une auteure qui sort de l’ordinaire et mérite le détour.Encore fort jeune (elle est née en 1962), Yôko Ogawa s’est très tôt distinguée au Japon comme un écrivain avec qui il fallait compter.Dès la publication de son premier roman, en 1988, elle obtient le prix Kaien.En 1991, son roman La Grossesse obtient le prestigieux prix Akutagawa (attribué à un texte de 100 pages) et se vend à plus de 300 000 exemplaires.Si Yôko Ogawa a d’abord donné dans le roman court — qu’on songe aux récits publiés par Actes Sud à ce jour: La Piscine (72 pages).Les Abeilles (76 pages), La Grossesse (80 pages),Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, suivi A’Un thé qui ne refroidit pas (109 pages) —, elle s’est aussi commise à de plus vastes chantiers.Son dernier roman, Un cristal bien rond, fait plus de 700 pages, et elle en a plusieurs autres qui font les 300 pages.On attend toujours, pour le moment, leur traduction en français.Pour l’essentiel, ce qui fait la force de ses récits tient à leur sens du détail (du petit détail), à leur simplicité, à la «naturelle» cruauté de ses personnages (je dis naturelle parce qu’ils n’en font pas usage de manière préméditée, plutôt comme s’ils étaient mus par des fils invisibles), enfin à l’atmosphère étrange et envoûtante qui y règne, merveilleusement servie par une écriture dont la partie descriptive se fait le plus souvent «blanche».S’il me fallait lui trouver des ancêtres, j’irais du côté de Kawabata et d’Abé Kôbô, ce qui est tout dire.Et plus encore vers le dernier (Abé) en ce qui concerne L’Annulaire, qui m’a fait penser à La Femme des sables par le thème de l’emprisonnement consenti afin d’atteindre à la liberté.Enfermer l’inquiétude C’est l’histoire d’une jeune fille de province (sans famille ni amis) qui quitte son emploi dans une usine d’embouteillage à la suite d’un léger accident qui lui fait perdre une partie de son annulaire.Oh, rien de bien grave, un simple bout de chair qu’elle voit tomber dans la cuve où l’on prépare le soda.Rien n’est vraiment expliqué de ses motivations, sinon qu’elle a alors le sentiment d’y perdre une partie de son corps.Elle se rend donc en ville et, le premier jour, tombe sur ce vieux bâtiment un peu étrange (comme s’il attendait la démolition) où une petite annonce est placardée à l’entrée.On demande une employée.Elle y rencontre le patron, M.Deshimaru, et se fait aussitôt engager, sans même devoir décliner son identité.«Pour être franc, je n’ai pas vraiment de questions à vous poser.Bien sûr, j'aimerais bien savoir au moins votre nom et votre adresse, même si ces formalités n'ont aucune signification pour le laboratoire.» Etrange homme que ce M.Deshimaru.Toujours d’humeur égale, méthodique, froid, peu bavard, il est aussi d’une grande patience et jamais ne s’emporte.«Ici, il n’y a ni ordres, ni obligations, ni règlements, ni slogans, ni services, ni réunion du matin.» En somme, si on se place dans le Japon réel, c’est le lieu utopique par excellence.Mais ce qui est le plus singulier, c’est encore le métier qu’il exerce et qui consiste à accueillir et conserver des «spécimens» qu’on lui apporte dans son laboratoire.C'est là que nous comprenons mieux l’aspect fktionnel et fortement onirique — du moins allégorique — du récit d’Oga-wa.Les spécimens dont il est ici question n’ont rien à voir avec une YÔKO OGAWA A %ï> naturalisation en bonne et due forme.Ils sont d’ailleurs extrêmement variés et ne sont demandés que parce qu’ils sont liés à une histoire personnelle, c’est-à-dire à un souvenir ou un affect quelconque attaché à un objet.«En préparant les spécimens, nous apportons une réponse à ces problèmes personnels», lui explique M.Deshimaru dès le premier jour, car le sens de ces spécimens «est d'enfermer, séparer et achever».Certains clients ont ainsi fait une demande de spécimen pour des champignons fla jeune fille qui les apporte les avait trouvés tous les trois sur le site de l’incendie qui avait emporté ses parents et son frère), d’autres pour un calcul urinaire, des ornements de coiffure, des castagnettes, des jumelles de théâtre, voire «les sons» d’une partition de musique (car ce serait tout ce que la demandeuse n’aurait pas réussi à supprimer à la suite de sa séparation avec son amant).Chaque fois il s’agit, pour reprendre les mots de M.Deshimaru, «d’enfermer une inquiétude».Nous sommes là dans un univers de fantasmes et de fétichisme que les psychanalystes comprendront bien.Mais le récit ne s'arrête pas là.Très tôt se dessine entre la jeune employée et son patron une relation intime qui confine elle-même au fétichisme.Presque tous les jours, ils se retrouvent dans le lieu dit de la «baignoire», une salle de bains aujourd’hui désaffectée où seule la baignoire brille dans la pénombre.C’est là qu’il lui enfde un jour une paire de chaussures qui ont la curieuse propriété d’absorber le pied, de s’en approprier, avec l’ordre de ne jamais s’en départir.Je ne vous en dévoilerai pas plus.Un récit sans clôture Quoique bref, le récit est très fort.Il nous plonge immédiatement dans un univers trouble, bien qu’à peine angoissant (juste ce qu’il faut pour nous tenir dans la tension), qui nous soustrait du réel pour mieux se saisir de nous.Nous ne nous sentons pas dans l’obligation de distinguer, comme il arrive souvent à la lecture d’un roman, la réalité du fantasme en faisant «la part des choses».Tout est vrai et tout est faux en même temps, c’est-à-dire que tout est une fiction vraie.Et c’est le propre de la littérature que de nous faire vivre cette expérience de dépaysement et de familiarité tout à la fois.Ses récits ont par ailleurs une curieuse propriété qu’on lui a souvent reprochée: ils n’ont pas véritablement de fin, ils n’aboutissent pas vers une conclusion ou un terme.Raison de plus pour les apprécier, car ils appartiennent alors davantage au lecteur, qui continue longtemps à les rêver et à les habiter.Une histoire qui reste ouverte, c’est comme une rencontre amoureuse dont on peut encore tout espérer parce qu'on n’en voit pas la clôture, la finalité, qu’on est encore dans l’invention.denisjpCqm link, net Jean- Pierre Denis f ROMANS ÉTRANGERS Eclectisme, dit-elle HÉLÈNE LE BEAU Difficile de cerner en peu de mots le corpus des livres à paraître d’ici avril.Pour bien faire, il faudrait en temps et en espace plus que moins, et pour s’y retrouver, on gagnerait à classer en connu, inconnu, nouveau venu, espoir, promesse, coup de cœur.Ces livres sont à venir et les éditeurs n’ont pas toujours des jeux d’épreuves à leur disposition, et puis, les préprogrammes sont bien minces pour les curieux.On y va donc avec le soutien des attachées de presse, un peu à tâtons, dans certains cas plus assurément, en suivant ou rejetant la rumeur selon ses passions.Coup de foudre pour Le Cimetière des rêves de Ha-nan El-Cheikh (remarquable traduction de Y.Gonzalez-Quijano) chez Actes Sud.Ce recueil de nouvelles, histoires de femmes, histoire de vie, disponible avant parution, m’a permis de découvrir une voix tranchante comme la lame d’un sabre, nette et pure comme un ciel de désert, bercée par l’insoumission d’un peuple continuellement en sursis.Chiite du Liban, Hanan El-Cheikh, belle et rebelle, vit à Londres, bouleverse les codes, lève tous les voiles de la condition féminine, et pas seulement ceux de la musulmane.Avant tout, elle écrit dans la vérité d’un souffle puissant, universel.On notera l’arrivée proçhaine de L’Appel du couchant de l'Égyptien Gamal Ghitany (trad.: V.Creuset) au Seuil.On en dit et pense beaucoup de bien, dans la tradition des fables des Mille et Une Nuits.On lira aussi Le Télescope de Rachid de Jamal Mah-joub (traduction de l’anglais soudanais de M.el J.Sévry) chez Actes Sud.Enfin, puisque les mondes sont voisins, soulignons la parution en avril du premier roman du poète Persan Firouz Nadji-Ghazvini, Neige sur Téhéran (titre provisoire) chez Denoël, traduit par l'auteur qui vit à Paris depuis dix ans, dans un exil fait de littérature et de construction puisqu'il œuvre dans le bâtiment pour gagner sa vie.L’année du Portugal au Salon du livre de Paris sera l’occasion de plusieurs intéressantes parutions.Un grand classique, inédit en français: La Capitale de Eça de Queirôs (trad.: C.Maffre) chez Actes Sud.Ecrit en 1878, c'est l’histoire de la rencontre entre Lisbonne et un jeune provincial épris de poésie, aux illusions menacées.Tout à fait contemporain, Une lie au loin de Luis Cardoso (trad.: J.Parsi) chez Métailié.Premier roman en portugais du Timor oriental.Une plume remplie de promesses chez cet auteur ingénieur forestier nui nous convie à une traversée initiatique des îles de l’archipel du Timor, sorte de rituel du devenir homme.Chez le même éditeur, on gagnera à lire Des nouvelles du Portugal, une anthologie d'auteurs vivants entre 1974 et 1999.Indispensable, avec quelques inédits (Mia Couto et Abdulai Sila).Du côté des hispanophones, Le Silence des eaux de Rodrigo Rey Rosa (trad.: A Gabastou) chez Gallimard.Roman noir du Guatémaltèque voyageur, cela surprendra, fera peur, brouillera les pistes, comme on aime.Très attendu.Ernesto Sabato livrera en février Avant la fin (trad.: M.Bi-bard) au Seuil.Un faubourg de Buenos Aires comme théâtre et Schumann en fond sonore.Pessimisme et espoir.Chez Verdier, L’Hérétique (trad.: D.Blanc) du très grand Miguel Delibes, immédiatement reconnu comme une œuvre exceptionnelle dès sa parution (1998) en Espagne.Testament moral et religieux, roman à grand déploiement, monumental, dédié à Valladolid, sa ville natale.On ne manquera pas de lire L’Assaut du Cubain Reinaldo Arenas (trad.: L.Hasson) chez Stock.Terminé juste avant son suicide en 1990, ce roman-brûlot contre la bêtise et le totalitarisme est une quête du bien dans un monde où règne le mal.Figure maternelle obsédante, haro sur l’ennui, le poète maudit méritait sa réputation de dissident grandiose.En dissidence aussi, Attila Jôzsef, né en 1905, mort trop tôt en 1937.Quinze ans d’écriture intense,,de vie dure dans un monde hostile.Etiqueté schizophrène, interné puis relâché, psychanalysé par une femme dont il tombe amoureux, à 32 ans, le Hongrois magnifique se jette sous un train.Les Editions Phébus publient pour la première fois en français l’ensemble de L’Œuvre poétique (et Ecrits intimes).Tzara, Eluard, Cayrol, Bosquet s'étaient déjà frottés à la traduction.Sous la direction de George Kassai, tout a été revu, mis en ordre, sauvé de l'oubli.Chez Gallimard paraissent deux livres de Roberto Calasso, fondateur des éditions Adelphi.Ka (traduction de l’italien par J.-P.Mangarano), un récit exploratoire sur la mythologie indienne, roman des origines, de l’âme humaine.Ka veut dire qui?, question ultime que se pose le vivant quand il croit avoir répondu à toutes les autres.Et Le Fou impur (trad.: D.Sallenave, l’auteur et E.Deschamps), qui parcourt à rebours le chemin du président Schreber de la cour d’appel de Dresde, avec folie, humour et.contamination.Pêle-mêle, d’autres attendus célèbres dont on parlera certainement dans ces nages.Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille de Peter Handke, revenu, es-pérons-le, du Kosovo.chez Gallimard; C’est comment l’Amérique?, deuxième roman de l’Irlandais Frank McCourt, chez Belfond; Musique et Silence de Rose Tremain qui passe chez Plon; England, England, de Julian Barnes, au Mercure de France, qui fera grincer des dents les orangistes patentés.Et pour la route, à découvrir: Mon ombre de Christine Falkenland, un deuxième roman chez Actes Sud, traduit par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach.Le nord, la solitude, le silence, la résistance.Une femme, une île, surtout une nouvelle voix à entendre chez les jeunes auteurs suédois.SOURCE SEUIL Ernesto Sabato La dame de cent ans suivi de Diogène 1960 Françoise Loranger Une centenaire raconte son plus grand amour, dévoilant ainsi un secret gardé tabou pendant quelque 75 ans.Un texte bouleversant.Françoise Loranger La dame de cent ans suivi Des biographies pour tous les goûts MARIE CLAUDE MIRANDETTE Avec le froid qui s’installe et les sombres soirées qui s’étirent jusqu’à nous faire désespérer d’un possible retour du beau temps, les livres deviennent, l’espace de quelques heures, le dernier refuge où réchauffer nos âmes transies.La rentrée littéraire hiver 2000 offre au lecteur un florilège de biographies, documents et mémoires qui devrait permettre à tout un chacun de voguer tranquillement jusqu’au prochain printemps.Au cœur de cette récolte de titres épars, voici une sélection de ceux qui ont le plus retenu notre attention.Aux éditions Bayard, l’historien Clayborne Carson a réuni divers documents de Martin Luther King et formé grâce à ceux-ci une «autobiographie» du pasteur noir assassiné à l’âge de 39 ans.Carson y résume la vie et les grands combats du célèbre preacher américain dont la figure emblématique incarne encore, plus de trente ans après sa disparition précipitée, le long combat des Afro-Américains dans leur conquête d’un traitement équitai-re.Parallèlement à cette biographie, Bayard publie Minuit, quelqu’un frappe à la porte, un recueil des onze plus célèbres sermons de Luther King, dont cinq totalement inédits.Tandis que les éditions Perrin proposent une biographie du général de Gaulle rédigée par Paul-Marie de la Gorce, Fayard offre un portrait de Lawrence d’Arabie (par André Guillaume) de même qu’une biographie de la reine Victoria (de Roland Marx).Au Seuil, Stéphane Michaud, professeur de littérature comparée à la Sorbonne, aborde la vie et l’œuvre de l’énigmatique Lou Andréas Salomé.Basé sur des archives à ce jour inédites, ce texte se veut une analyse approfondie de cette femme dont les amitiés, parfois amoureuses, avec Nietzsche, Rilke et Freud ont marqué profondément la pensée de ces hommes.Simultanément, le Seuil publie Jutta et réédite Lettre ouverte à Freud, deux textes signés Andréas Salomé.Côté biographie littéraire, on retiendra principalement le Jacques Prévert d’Yves Courrière chez Gallimard (collection «NRF Biographie»), de même que 17fa-lo Calvino de Jean-Paul Mangarano.S’intéressant autant au romancier qu’au conteur, Mangarano offre une synthèse des tendances hétérogènes qui constituent l’essence même de l’œuvre de Calvino.Chez Michel Lafon, Gilles de Robien livre une biographie de Jules Verne.Olympia Alberti propose, quant à elle, une incursion du côté de Rainer-Maria Rilke.Dans R.-M.Rilke.Sans domicile fixe (aux éditions Christian Pirot), on suit le poète dans ses errances littéraires, on l’accompagne dans ses obsessions pour découvrir, grâce à la transparence exemplaire entre l’œuvre et l'homme, tout l’univers rilkien.Dans un tout autre registre biographique, aux éditions Libre Expression, Le Dernier Saut de l’ange de Sylvain-Claude Filion résume la vie et la carrière du skieur acrobatique québécois Yves Laroche.Chez Québec-Amérique, L’Enigme de Sales Laterrière de Bernard Andrés retient l’attention.On sait la passion de l’auteur pour cet aventurier du tournant XVIII-XIX'- siècle qui fut tour à tour directeur des Forges du Saint-Maurice, médecin diplômé de Harvard, accoucheur et défenseur des sages-femmes avant ARCHIVES LF.DEVOIR Lou Andreas-Salomé SOURCE TELE-QUEBEC Martin Luther King d’être exilé à Terre-Neuve sous de discutables accusations de complot avec nos voisins du sud lors des tentatives d’incursions américaines en territoire canadien.Une fresque historique de près de mille pages qu’on attend avec intérêt A mi-chemin entre la biographie, le document et le commentaire littéraire, Les Grandes Aventurières d’Aline Apostolska offrent un pot-pourri de quelques personnalités présentées par l’auteur dans le cadre de sa chronique éponyme à la radio de Radio-Canada.Ixs inconditionnels d’Apostolska seront ravis de pouvoir savourer quelques-uns des grands moments de la vie de ces femmes hors du commun qui ont inspiré des générations entières.Anne Boleyn y côtoie Alexandra David-Néel, Héloïse, Hildegarde de Bingen et Néfertiti.En tout, 22 femmes, 22 destins exceptionnels à redécouvrir.Dans un tout autre ordre d’idées, Yiddish Connection (Denoël) de Rich Cohen, scénariste du prochain film de Scorsese, raconte l’odyssée des grands gansgters juifs de Brooklyn dont les célèbres frères Shapiro, Abe Reles et Meyer Lansky.Si vous avez aimé II était une fois en Amérique de Leone, ce livre devrait vous ravir.Et la perspective d’un Scorsese sur ce thème n’est certainement pas pour déplaire! Finalement, pour les cinéphiles à la recherche de quelques potins, La Folle Vie de Woody Allen de Marion Meade explore l’existence du célèbre cinéaste new-yorkais depuis la découverte des photos de Soon Yi par Mia Farrow jusqu’à l’adoption de la petite Bechet par Woody et Soon Yi.Une biographie parfaitement non autorisée, of course1.Le Conttil de» Art» I The Cantda Council du Canada for the Art» ^ n (tirit m (îttpraire immortef La direction de l’Université de Sherbrooke et le Centre de recherche Anne-Hébert rendent aujourd’hui hommage à leur éminente bienfaitrice, qui a fait don de nombreux documents représentant l’essentiel de son œuvre.En 1993, l’Université de Sherbrooke célébrait le génie littéraire d’Anne Hébert en lui décernant un doctorat honorifiQue.Cet attachement envers la poétesse et romancière a aussi donné naissance au Centre Anne-Hébert, voué à la conservation du patrimoine de l’auteure ainsi qu’à l’animation scientifiQue entourant son œuvre.C’est dans sa mission de perpétuer la mémoire d’Anne Hébert Que l’Université de Sherbrooke puise le réconfort devant la disparition d’une des figures les plus marquantes de la littérature moderne.Le Centre de recherche Anne-Hébert est situé à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke (819) 821-7201 www.usherb.ca/Hsh/centannheb/ UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE I) 11.L K DEVOIR, L E S s A M EDI 2 !» K T 1) I M A X < Il K :$ II .1 A N V I K R 2 O 0 0 HOMMAGE A ANNE HEBEliT Œuvre forte, fragiles débuts CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Elle a pris la plume à une époque où les femmes étaient souvent confinées au silence.Le milieu intellectuel raffiné et exigeant où elle a grandi lui a dénué la parole, favorisant l’éclosion de son grand talent Aujourd’hui, c’est elle, à-travers sa prose et sa poésie lumi-npuses, qui trace le chemin aux écrivains québécois.Née en 1916 dans l’ambiance feutrée d’une maison bourgeoise, imprégnée de culture et de littérature, la petite Anne Hébert boit littéralement les.paroles de son père, Maurice Hébert fonctionnaire, mais aussi critique littéraire.«Les livres dont il pariait à la radio, je lés lisais», a dit Anne Hébert dans une note biographique inédite, disponible sûr le site Internet du Centre Anne-Hébert de TUniversité de Sherbrooke, lequel possède et gère tout un ensemble dé documents sur l’oeuvre d’Anne Hébert, de même que le centre de recherches lui étant consacré.«A ce climat s'ajoutaient toutes mes lectures d’enfance: Andersen, Green, Dickens, Poe, sorti oublier la comtesse de Ségur.» De santé fragile, Anne Hébert partage sa vie entre la ville et la campagne, entre Québec et Sainte-Catherine-de-Fossambault, préférant de toute évidence la seconde à la première, elle pour qui la nature québécoise, et en particulier les rivières et la mer, a été muse et inspiration de tous les instants.«Nous n’étions pas élevés de façon très américaine ni moderne», a-t-elle confié à Châtelaine en 1963, entrevue reprise dans une monographie signée Pierre Pagé et publiée en 1965 chez Fides.«C’est une éducation plus exigeante que celle de mes camarades, une éducation plus française qu’américaine.[.] Mon père était aussi très exigeant pour la langue.» Là-bas, la maison paternelle côtoie le manoir de la famille de son cousin, Hector de Saint-Denys Carneau, autre grand poète de la littérature québécoise, décédé prématurément à 37 ans, en 1947.Anne Hébert photographiée au milieu des années 70.BOB KISHER «Nous habitions la même campagne.1m même campagne et le même été.Il habitait le paysage, Nous avions mis nos royaumes en commun: la même campagne, le même été.fêtais la plus petite.R m’apprenait à voir la campagne.La lumière, la couleur, la forme: il les faisait surgir devant moi.R appelait la lumière et la lumière lui répondait», a-t-elle encore écrit dans un texte intitulé Saint-Denys Gameau et le paysage, cité par Pierre Pagé.Son cousiq partage aussi avec elle ses lectures: Eluard, Supervielle, Claudel, Reverdy et Ramuz, confie-t-elle dans la note biographique préparée par le centre qui porte son nom.Saint-Denys Gameau, en compagnie d'autres intellectuels, fait partie d’un groupe qui fonde la revue La Relève, et ses poèmes suscitent l’intérêt du critique Maurice Hébert, qui découvre bientôt un autre talent dans la famille.Mais «de Saint-Denys n’était pas le seul, dans l’entourage du critique, à manifester de l’intérêt pour la littérature», écrit André Brochu dans un récit biographique sur Saint-Denys Carneau, intitulé Le Poète en sursis et publié chez XYZ.«Anne, Anne Hébert, sa propre fille, semblait avoir aussi été touchée par la mystérieuse vocation.La grêle demoi- Leo Édition** TROIS, la revue TROIS et le festival de TROIS rendent hommage à Madame Anne Hébert 1916-2000 < La disparition d'Anne Hébert, qui a plongé dans le deuil sa famille et ses pmches, laisse un grand vide dans le monde de la littémturr québécoise.Généreuse, elle nous lègue ses romans, ses pièces de théâtre et ses recueils de poésie qui n ’ont pas encore dévoilé toute leur richesse.Devant ce don exceptionnel, chacun et chacune de nous se dent d honorer b mémoire de cette immense artiste qui nous a offert plus d’une occasion de ressentir collectivement admiration et fierté.> La ministre de la Culture et des Communications Agnès Maltais Québec selle, d’une beauté troublante, vivait plus à l’intérieur d’elle-même, dans un réseau dense de songes, que parmi les êtres de sa famille ou les jeunes gens qui lui faisaient la cour.Elle avait, pour son cousin et ses amis de Montréal, tous plus avancés qu’elle en âge et en connaissances, une avide curiosité que seule tempérait la crainte de se montrer inférieure à eux.Elle cherchait à prévenir la critique en affichant une préciosité maladroite qui, loin de les désarmer, piquait au vif leur instinct protecteur.» Intérieure, la jeune Anne Hébert écrit d’abord du théâtre, puis trace des poèmes dans des cahiers.Son père, intéressé, les recopiait dans un calepin et «les lisait à tout le monde», confie encore Anne Hébert dans l’entrevue déjà citée.Dans un certain exemplaire de l’édition originale des Songes en équilibre d’Anne Hébert, publiée aux Editions de l’Arbre en 1942, et trouvé par celle qui vous écrit ces lignes, dans une librairie d'occasion de Rivière-du-Loup, on y lire ces mots, tracés de la main de son père:
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