Le devoir, 5 février 2000, Cahier D
I.K I) K V O I R , I.E S S A M K I) I 5 E T I) I M A N < Il E e débat concernant l’avenir de cette librairie relance le dossier de la diffusion du livre québécois en France.Un bureau du livre québécois Au printemps dernier, le sujet avait suscité un intérêt considérable au moment de la clôture du Salon du livre québécois à Paris (qui fut l’un des moments forts du Printemps du Québec).Dans le milieu du livre, on parlait alors avec enthousiasme de la possibilité d’ouvrir un bureau du livre québécois en France.Cette ferveur semble être retombée, et le projet est depuis resté lettre morte dans les bureaux du ministère de la Culture et des Communications du Québec.«Pour l'instant, on peut considérer que ce projet semble perdu dans les limbes, dit Pascal Assathiany, p.-d.g.de la maison d’édition Boréal et président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), mettant cette inertie sur le compte des «lourdeurs gouvernementales».Pour l’ANEL, le bureau du livre québécois à Paris agirait comme un centre culturel, en établissant des liens entre le Québec et la France et en aidant les auteurs et les éditeurs à mieux diffuser leurs livres en France.1^ tout favoriserait d’éventuelles coéditions et servirait aux petits éditeurs québécois, qui n’ont pas les moyens de se payer un bureau et du personnel à l’étranger.Pour sa part, Thomas Déri affirme qu «il y a beaucoup d'éditeurs québécois dont les exportations ont augmenté de façon très nette depuis quelques années, il y en a d'autres qui ne publient pas des choses qui intéressent le marché.Ce sont des choses qui sont toujours en mouvement».Il est vrai cependant que la librairie du Québec à Paris ne s’occupe pas de ventes de droits ou de coédition.De son côté, l’éventuel acheteur, M.Foulon, assure que ses ambitions sont dVassttrer la continuité» des activités de la librairie du Québec en France.«Il y a du travail à faire», dit-il, tout en reconnaissant aussi que beaucoup a été fait au cours des dernières années.Selon lui, le livre québécois présente un «potentiel très vaste» en France, potentiel qui attend d’être exploité.Actuellement, la librairie fait en sorte de rendre disponibles des ouvrages d’auteurs québécois et des ouvrages sur le Québec.Cet éventail inclut les essais, les beaux livres et les livres touristiques.VOIR PAGE D 2: LIVRE QUÉBÉCOIS JACQUES GRENIER LE DEVOIR YOUGOSLAVIE D AVANT BOMBES ILLUSTRATION: TI FRET Ses mots se sont accrochés aux chatoiements des soies vendues au marché de Skopje, A la mousse qui floue sur un café turc bien tassé.Ils recréent l’art de VIVRE, LES SOUVENIRS, LES ÉCLATS D’UNE YOUGOSLAVIE DÉSORMAIS PERDUE, DIVISÉE PAR LA GUERRE.AUJOURD’HUI EXILÉE AU QUÉBEC, ALINE ApOSTOLSKA A RACONTÉ CETTE Yougoslavie où elle est née, pays mythique qu’elle porte dans sa tête, et ou’elle a reconstituée par fragments avant qu’elle ne disparaisse tout à fait de la mémoire des hommes.Sa Lettre à mes fils oui ne verront jaunis la Yougoslavie vient d’être publiée chez Leméac.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Finalement, ce que j’ai voulu ressusciter, c'est un art de vivre, une façon de voir les choses, de manger les choses, d’écouter telle musique, d’avoir tel point de vue, telle vision du monde, qui fait que cela appartient à cet endroit et pas à n’importe quel autre», dit Aline Apostolska au sujet de la Yougoslavie en buvant une gorgée de café turc.La rencontre se déroule au Café Sarajevo, rue Clark à Montréal, l’un des seuls endroits où, désormais, Serbes, Bosniaques, Macédoniens et Croates peuvent prendre un verre côte à côte.Partout autour, des tableaux, des affiches, des meubles et, bientôt, de la musique rappellent la ville divisée.Sarajevo, la mixte, la culturelle, Sarajevo qui aurait dû être la capitale de la Yougoslavie, selon Apostolska, parce qu’elle était au croisement des cultures, des langues et des religions yougoslaves.«U fiait que cela [la capitale de l’ex-Yougoslavie] ait été Belgrade, cela a été dès l'origine un mauvais choix», dit-elle.Parce qu’en Yougoslavie, avant la guerre, le pouvoir était majoritairement serbe, dit-elle, la richesse était croate et la culture était bosniaque.Mais la Yougoslavie d'avant la guerre, pour Aline Apostolska, c’est d’abord le Skopje du couple formé par ses grands-parents, une catholique, blonde et herzégovine, et un brun orthodoxe, dont les déchirements ont été à l’image du pays, même s’ils sont morts bien avant la dernière guerre.Mais ce n’est pas que cela, puisque l’auteur parle serbe, croate et bosniaque, macédonien et herzégovine, toutes ces langues qui se sont croisées jadis dans la Yougoslavie disparue.VOIR PAGE D 2: ODEURS 1 5 K T I) I M A X < Il K (i K K V R 1ER 2 0 (I (I Livres ROMAN QUÉBÉCOIS Les vacances de tous les dangers ACCIDENTS DE PARCOURS ,André Marois La Courte Échelle, collection «16/96» Montréal, 1999,158 pages e collage fantaisiste qui illustre la couverture du roman d’André Marois indique bien le climat de départ.Accidents de parcours démarre joyeusement, comme une mouture moderne des Lettres persanes de Montesquieu, c’est-à-dire moins philosophante que l'original, une satire des moeurs actuelles, à saveur sociotouris-tique, où le regard de l’autre ferait apparaître notre propre étrangeté, qui nous rappellerait que le banal, c'est souvent de l’extraordinaire dont on a cessé de s’étonner.Dans Accidents de parcours, pas de duo d’iraniens en pays étranger, mais plutôt deux couples, l’un québécois, l’autre breton, qui d’un commun accord échangent leurs maisons un certain mois de juillet, le temps de prendre leurs vacances respectives.Les uns et les autres en sont à leur premier voyage.Dans chacune des maisons se trouve un exemplaire des lettres persanes, que les hommes ont lu; leurs compagnes en feront autant en voyage pour en tirer des enseigne- ~ ments mémorables.Josée, la Québécoise, se promettait de lire Montesquieu depuis longtemps, comme d’ailleurs tous ces classiques qu’elle achète d’occasion.Elle espère ainsi parfaire sa culture et se débarrasser de son complexe d’infériorité «face à toute personne ayant eu l’intelligence de continuer ses études après le cégep»\ Inventer la vie Le couple québécois, sitôt installé dans le petit village de Ploërdou, joue les touristes — Josée, surtout, qui est pleine d’enthousiasme et de curiosité: elle veut tout voir, tout goûter, y compris certains alcools dont elle va abuser.Pierre, Robert Chartrand son compagnon, qui est traducteur, a apporté du travail.Bien sûr, les villageois observent les nouveaux venus.L’un d’eux va bien plus loin: Fernand, un voisin, est un vieux retraité qui vit seul — il est veuf, les enfants sont partis — et occupe tout son temps à épier les gens du village.Il est voyeur et s’en réjouit; quel plaisir de «voler l’intimité du monde, chaparder la vie lorsqu’elle se croit incognito», d’être le spectateur assidu d’un grand film muet dont il invente les dialogues! Fernand est un obsédé qui ne fait de mal à personne, et si son corps est plutôt flétri, son langage et ses propos sont encore bien verts.Avec l’arrivée du couple de Québécois, il s’en promet.Fernand, de l’un ou l’autre de ses postes d’observation, va se rincer l’œil avec ou sans ses jumelles.Mais plus il en apprend sur eux, moins il a le sentiment d’en savoir.Ses séances de guet, pourtant fructueuses, lui apportent plus de questions que de réponses.Ce couple, au fond, lui échappe, de même que Pierre devient peu à peu une énigme, un étranger inquiétant pour Josée.Elle ne le reconnaît plus: il se met à fumer, et des Gitanes, il laisse pousser sa moustache, à tout moment il descend au jardin et arrose le même petit périmètre.Plus grave: il devient désagréable, puis carrément odieux avec Josée.Que lui arrive-t-il?Et que penser de toutes ces coïncidences, de ces parallèles trop nombreux pour n’être que le fait du hasard: ces mêmes livres dans les deux maisons, la même reproduction au mur, cette même date de naissance pour Pierre et Mathias, le Breton qui séjourne à Montréal.Les deux hommes, au delà de leurs goûts identiques, seraient-ils plus intimes que ne le croient leurs femmes?Ainsi, d'énigmes en coïncidences, la satire des mœurs d'Accidents de parcours cède le pas au roman noir.La Bretagne reste un peu bretonnante, et on y fête le 14 juillet avec toute la ringardise convenue.Mais elle s’assombrit progressivement et redevient l’antique Arcoat, ce pays de forêts mystérieuses où ont germé tant de légendes.Pierre et Mathias sont des cousins à la mode de Bretagne qui, insidieusement, deviennent de véritables jumeaux.Car Mathias aussi, de l’autre côté de l’Atlantique, devient odieux avec Corinne, sa femme.Est-ce la crise de la quarantaine qui les rend méconnaissables?Il y aura des cadavres, dans Accidents de parcours, qui ne seront pas forcément ceux qu'on aurait cru, et des énigmes d’un autre ordre pour bien titiller la curiosi- __________ té des lecteurs.Car Accidents de parcours est également un roman gigogne, divisé en trois parties dont chacune est un livre: «Le livre de Bretagne», «Le livre du Québec», «Le livre entre deux terres».Les personnages se relaient comme narrateurs: Fernand et Josée dans le premier «livre», puis Mathias et Corinne; enfin, celle-ci et Fernand.Chacun, chroniqueur de lui-même et des autres, raconte à la première personne, et comme à voix haute, sauf Mathias, qui parle de lui-même à la troisième: mais n’est-il pas, précisément, aliéné alors qu'il s’enquébécise subitement dès son arrivée à Montréal?Accidents de parcours se déroule donc dans une quadraphonic asymétrique qui donne au roman son rythme enlevé et lui confère une part de son étrangeté.Qui est ce «vous» auquel les personnages s’adressent parfois?S’agirait-il de nous, les ultimes voyeurs?Et même si nous semblons bien loin de Montesquieu et de ses Lettres persanes, elles sont bien présentes dans le roman d’André Marois, et souvent éclairantes par-delà les siècles: Josée et Mathias ont raison d’assurer qu’elles sont toujours actuelles.Par ailleurs, on a lu bien d’autres auteurs, de part et d’autre de l’Atlantique: les deux couples ont des goûts éclectiques et sûrs: Tabucchi et Goodis, Céline et Steinbeck, Harrison et Claude Aveline, auteur de romans policiers qu’André Marois lui-même aime sans doute.Marois envoie également un coup de chapeau discret au chanteur Leonard Cohen et à sa chanson Suzanne.Quant Accidents de parcours au vieux Fernand, qui semble mépriser les intellectuels, c’est un malin: il paraphrase Victor Hugo — «Demain, j'irai dès l'aube», annonce-t-il quelque part — ou se défend d'enfreindre son «devoir de non-ingérence dans la politique intérieure» des gens qu’il épie tout en pratiquant ardemment la non-indifférence.Et It^s meurtres?Eh bien, pour en comprendre les motife, ____________ les lecteurs que cela intéresse auront le choix des interprétations: anthropologique, si on veut croire qu’il suffit d’une toute légère impulsion pour que des hommes apparemment évolués et ouverts d’esprit redeviennent des mâles obtus; historico-my-thique, en pensant à ceux qui, de nos jours, tentent de ressusciter les légendes et la mythologie celtiques; sociopsyehologique enfin, si, comme le personnage de Corinne, on estime que «l’ennui et le machisme sont les fondements de nombreux fanatismes».André Marois a écrit jusqu’ici des nouvelles, dont certaines ont été primées.Sauf erreur, c’est le premier livre qu’il fait paraître.Accidents de parcours n’est pas qu’une longue nouvelle, c’est un vrai roman noir, mais sans trop de morbidité, un peu mou en son centre — «Le livre du Québec» est moins prenant que les deux autres — mais rondement mené dans l'ensemble.Certaines énigmes — la piste celtique et cette gémellité de Pierre et de Mathias — sont un peu tarabiscotées, mais Marois a le sens de l’intrigue et de la mesure: il a su, notamment, ne pas trop typer les parlées québécois et français de ses personnages.De la quinzaine de romans parus dans cette collection destinée aux adultes — on sait qup le créneau le plus important des éditions de La Courte Échelle, c’est la littérature jeunesse —, celui-ci est sans doute, avec le Zombi Blues de Stanley Péan, le plus franchement noir, le plus cru.C’est, en l’occurrence, une qualité.rchartrand(a videotron.ca LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Errances au seuil de la mémoire LA PASSANTE DE JÉRUSALEM Julie Stanton Les Heures bleues Québec-Laval, 1999,96 pages VESTIGES Suzanne Mardi Les Heures bleues Québec-Laval, 1999,78 pages DAVID CANTIN Récits poétiques ou poèmes narratifs, les derniers livres de Julie Stanton et Suzanne Mardi relient les failles d’un drame aussi intime qu’universel.Une voix creuse cette lente détresse de la mémoire, la tragédie de vivre à même l’incertitude d’une absence.Ces quêtes de vérité donnent sur un monde où le désordre est à l’image des résonances intérieures.De La Passante de Jérusalem à Vestiges, l’âme errante convoque un périple des sens et des émotions capable de dire ce mouvement où «l’amour seul parle en premier et en dernier».Tel un carnet ouvert sur le départ de l’être aimé, La Passante de Jérusalem de Julie Stanton dévoile les liens de ce trajet symbolique d’un individu à un autre.Sachant ses jours comptés, une femme à Kamouraska s'adresse à l’homme parti pour Jérusalem à la recherche de la figure de la passante.L’histoire de cette passion à distance s’engage ainsi vers le reflet de la ville biblique; métaphore de cette détresse du peuple juif, victime de l’Holocauste.L’agonie de même que le désir animent ce soliloque que le temps et l'incompréhension placent à l’échelle humaine.Afin de mieux saisir cette chronique de l’espoir amoureux contre l'absurdité mortelle, Julie Stanton convoque le métissage des genres.On reconnaît dans cette prose elliptique le souffle patient de l’observation fragile ou du constat douloureux.¦A travers l’émergence des souvenirs, .cette voix rejoint le silence qu’elle por- te afin de «questionner le monde et ses désastres [.] cette vertigineuse incertitude».D’ailleurs, comme le rappelle l’écrivain français Marc Cholodenko dans La Poésie la vie (P.O.L, 1994): «Le silence de poésie est le silence de tous les silences, retrouvant le silence natif de tous les morts, il est l’originel embrassement de silence d’où sortirent les mots.Le silence chaque fois rapporté au présent de l’origine de chaque mot.» Ainsi, le chant épuré de Stanton rehausse cet approfondissement de soi-même où l’agonie est le miroir d’aimer.Le registre, aussi discret qu’instable, permet à l’appel solitaire de rejoindre la présence et l’absence qui ne s’opposent plus: «Aurais-je seulement voulu le taire que je ne l'aurais pu, ce rendez-vous entre les figues et les barbelés qui me verra privée de neurones marcher à vos côtés en attirant vers moi de mon œil crevé le ciel et votre clarté.Car nous sommes habitués à ne pas mourir tout à fait, y consentir n’aurait de sens que si être né l’avait été en vain.Ou avoir aimé, par exemple.» Cette fuite devant le désir, Julie Stanton l’imprègne d’une lumière encore possible.De Kamouraska à Jérusalem, il n’y a que cette parole qui tente de résoudre un contact imprévisible.Ces mystères tel un miroir, que les œuvres de l’artiste Gernot Nebel ponctuent de l'image au mot Le fardeau de soi De la peinture à la prose, Suzanne Marcil convoque le drame de la vieillesse dans son deuxième récit poétique aux éditions Les Heures bleues.Ffesfiges traverse les fragments d’une vie devenue un poids intolérable.Dans sa maigreur, Annette B.reste immobile afin d’attendre la mort qui la guette.Autour d’elle, on s’empare cruellement de son intimité, de son souffle et de sa souffrance intérieure.A l’image des ruines qui l’entourent, son existence ressemble à un fardeau qu’elle porte en elle-même.Peut-elle survivre à cette détresse, à cette décrépitude capable d’impré;-gner les chambres de sa mémoire.A partir de ce fil narratif, Suzanne Marcil propose une réflexion cruciale sur un destin où l’angoisse existentielle répond au corps cadavérique.Il ne s’agit pas d’exhiber gratuitement cette épreuve délicate, mais de lever le voile sur un fait social.Quel sort réserve-t-on aux individus pris au piège d’un temps insoutenable?Dans les toiles de Marcil, le corps se transforme à même son malaise comme s’il s’agissait d’une cage de chair et d’os.On voit les traces d’une mort solitaire où les simples gestes du quotidien semblent déjà inaccessibles.L’écriture est dense, rapide et sèche.Contrairement aux images, d’une sombre précision expressive, les détails du récit ne rehaussent pas ces souvenirs enterrés.Il ne reste qu’à entendre les vestiges de ce parcours troublant «Je me suis installée tout au fond de la pièce dans le seul fauteuil.Je manquais d’air, d’espace pour bouger, de phrases intelligentes à dire, je voulais me sauver à cause du malaise qui persistait.Il allait falloir meubler la conversation, il allait falloir faire semblant d'être heureuse pour elle.Je me suis calée au fond de mon fauteuil, en espérant éviter le pire; le pire est venu.» DOCUMENT Érudition et dérision, même combat LA GRANDE ENCYCLOPEDIE DU DÉRISOIRE TOME TROIS Bruno Léandri Fluide glacial Paris, 1999,226 pages DENIS LORD Par-delà les grands sujets municipaux ou internationaux, les reportages sur les conflits armés, la corruption ou les exploits sportifs, il existe un vaste domaine d’investigation inexploré par les journalistes, historiens, perquisiteurs de vérités et chercheurs de tout poil.Ce domaine, selon Bruno Léandri, figure bien connue du mensuel d’humour français Fluide glacial, c’est celui du Dérisoire, «dérisoire parce que personne n’en parle même si tout le monde y pense, [.] anecdotique, contingent, futile, [.] enfanteur de cette dérision si néfaste dans le monde du Sérieux et de l’Important».En bref, Léandri se veut le Normand Lester du saugrenu, un Albert Londres traquant l’intrigant sous son trompeur vernis de banalité.La Grande Encyclopédie du Dérisoire — trois tomes parus jusqu’à ce jour béni — se présente donc comme un recueil de courts textes regroupés en six sections: mœurs et société, commerce et industrie, sciences et techniques, art et showbiz, histoire et géographie.La mise en pages se révèle très dynamique, enrichie de nombreuses photographies et de dessins humoristiques — simples mais réussis et décapants — de l’auteur lui-même.Et ce fameux dérisoire?Dans la section «commerce et industrie», il prend la forme d’une enquête sur les refus malencontreux, monumentales bévues commises par des décideurs aux sinus éminemment défaillants, au flair singulièrement atrophié.Ça débute avec l’histoire d’un individu chargé des auditions pour une compagnie de disques dans les années 60 et qui, 20 ans plus tard, classant ses papiers, se rend compte qu’à l’époque, il a jugé comme dénué de talent un certain Robert Zimmerman.lequel, sous le pseudonyme de Bob Dylan, est aujourd’hui connu jusque dans les bourgades les plus reculées de Tongatapu.Le chapitre des gaffes immenses se poursuit avec Iç rejet des Beatles par Decca, celui d’À la recherche du temps perdu par André Gide à la NRF; du Voyage au bout de la nuit par un certain Eugène Figuière.Autres refus lourds de conséquences, côté géopolitique et scientifique: celui du roi du Portugal, Joao 11, de financer l’expédition d’un quidam nommé Christophe Colomb; la fin de non-recevoir opposée quasi unanimement par les géologues des * années 30 à la théorie des plaques tectoniques de Wegener.Moins historique, dans le chapitre «sciences et techniques», Léandri recense un certain nombre d’astuces mnémotechniques aux accents surréalistes et qui, à la limite, sont par- fois plus difficiles à mémoriser que ce qu'elles sont censées rappeler.Également au programme: la face cachée des grands scientifiques (la passion de Newton pour l’alchimie); l’histoire des calendriers (Jésus est né en -1, donc avant son ère); les impostures scientifiques (Teilhard de Chardin soupçonné d’être l’auteur d’une des plus célèbres supercheries de l’histoire de la paléontologie) et autres histoires pas piquées des vers.Léandri ne se cache pas de faire dans l’anecdotique et c’est de ce côté que son ouvrage pèche parfois.Certains sujets mériteraient davantage d’approfondissement, des informations devraient être plus précises.Par exemple, il n’est pas fait mention du nom du directeur artistique qui a refrisé d’engager Dylan.Par contre, La Grande Encyclopédie du Dérisoire — qui fait également l’objet d'une série télé sur la Cinquième chaîne en France — se pare de l’immense mérite d’aborder la réalité sous un angle original et de débusquer l’insolite et le ridicule dans des domaines apparemment aussi sérieux que l’histoire, la science ou l’industrie.Ce type d’ouvrage devrait être obligatoire au secondaire, ne serait-ce parce qu'il prouve avec éloquence que s'instruire peut être rigolo.De surcroît, on appréciera l’écriture de Léandri, très humoristique, caractérisée par une grande liberté dans le ton.Chez ce fin lettré, la gouaille, l'impertinence et l'érudition font bon ménage.lorcKa) courriel.qc.ca Documents XYZ QUE SONT LES HÉROS DEVENUS ?À l'occasion de la parution du # 30 de la revue Conjonctures, vous êtes invités à un débat sur le thème du héros.Que sont-ils devenus ?Quel est leur utilité, leurs légendes et leur survie dans un moment de l'histoire qui semble les avoir bannis et leur a préféré des anti-héros ou les héros inconnus.Venez retrouver les héros de votre enfance et réfléchir avec nous sur ce que nous en avons fait.Participants Gilles Marcotte Écrivain Jacques Mascotto Professeur de sociologie à rUQAM Véronique Dassas Journaliste et membre du comité de rédaction de Conjonctures Animateur Ivan Maffezzini Institut Trempet de Montréal Mercredi 9 février 19 h 30 RSVP : 514.739.3639 Olivieri librairie • bistro 5219 ch.de la côte-des-neiges T 514.739.3639 F 514.739.3630 H3T 1Y1 métro côte-des-neiges Si vous désirez souper au Bistro avant le débat, Il est préférable de réserver.PHIUPPE «OMÎT CT VVS* LACROIX L’AMBITION NARRATIVE PAttCOUM* DAWt L'arUVffC O’ANDffCAS L’ambition narrative invite à une relecture minutieuse d’une œuvre étonnante.Les perspectives originales qui y sont développées débordent cependant l’analyse d’un corpus et stimuleront tous ceux que la bande dessinée et la narratologie intéressent.Philippe Sohet et Yves Lacroix L’ambition narrative Parcours dans l’œuvre d’Andréas 270 p.• 36,95 $ 8 illustrations couleurs XVZ éditeur.1781.rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) Hzl jZt Téléphone : (ÇI4I15J5.21.70 • Télécopieur : (çicp 52S.75.37 Courriel : xy/ed@nilink.net En signature QUAND LES GRANDS JOUAIENT À LA GUERRE Ilona Flutsztejn-Gruda «[.;.] le récit d lloha Ht1ts7.tejri-Gn.1da passionne.Ce livre est à mettre en parallèle avec l.e Journal d’Anne Frank.» François Tousïgnant, Le Devoir Leméac éditeur et la librairie Indigo vous invitent à une rencontre avec i'auteure llona Gracia.Cette rencontre sera animée par madame Jeannette Blondi.Vendredi 11 février 2000 18h a 20h « llona Guida raconte-1.] dans un style simple, sans forcer le trait, avec tendresse et humour.Michel Dolhec, Le thwi Indigo I .ivres imisk|ut‘ iÇ c ale I 500.avenue Mc Gill College angle Sainte Catherine .Tél.: (514) 281 S54l) ACTES SUD JUNIOR 1 I) 4 K I) K V Ernst Weiss JARMILA SOCIÉTÉ Sur le zinc 10 000 BRÈVES DE COMPTOIR , Jean-Marie Gourio Editions Robert Laffont Paris, 1999,698 pages Aujourd’hui, même la bêtise se mesure en termes qualitatifs.C’est d’ailleurs à cette activité (de mesure) que se consacre le Français Jean-Marie Gourio, en répertoriant sous forme de «best of» des tirades ou des bribes de dialogue, envolées depuis le zinc des cafés français, puis attrapées au vol par des oreilles indiscrètes.Des oreilles que lui-même et ses espions doivent avoir très grandes puisque le tome 3 des Brèves de comptoir, qui paraît chez Robert Laffont et regroupe sous une même couverture les trois derniers recueils publiés annuellement sous le même nom, comporte pas moins de 10 000 hyperboles ratées et métaphores escamotées, lesquelles promettent de faire du possesseur du livre la vedette d’un prochain party.Feuilleter ce bêtisier permet avant tout d’observer la force des mythes («L’abbé Pierre s’en va, Polnareff revient, finalement, on y gagne») et des idées reçues («Mais qu’est-ce qu’elle fait, sa femme, s’il a une bonne?», ou encore: «Ils veulent me faire passer les examens du sida, moi, un garagiste!»).L’ouvrage de Gourio, qui se passe de présentation (c’est très dommage) et se contente d’égrener les brèves à la manière des titres des quotidiens (en jouant sur la grosseur des caractères, selon l’inspiration), se montre cependant respectueux de la chronologie des événements qui les ont inspirées et les regroupe par thèmes et sujets.L’auteur consacre ainsi plusieurs pages délirantes à l’absurde saga entourant la mort de lady Diana: «Des photographes poursuivaient la Mercedes à cent soixante sous le pont de l’Alma.» Réplique: «C'est limité à corn- LIBER Jacques Marchand Autonomie personnelle et stratégie de vie Essai de morale fondamentale ! Autonomie personnelle et stratégie de vie 312 pages, 29 dollars bien là-dessous?» Ou encore: «Ils ont dit dans le journal qu’elle avait de la cellulite.» Réplique: «En Angleterre, peut-être, mais pas en France.» Bref, à travers les 700 pages de Brèves de comptoir, un constat affligeant s’impose: la source de toute cette bêtise provient essentiellement des médias, et du rapport bêtifiant que ceux-ci entretiennent avec les téléspectateurs.«Entre lire un truc de Corneille ou regarder la télé, c’est pas cornélien comme choix, je regarde la télé», affirme d’ailleurs l’une des voix anonymes interceptées par Jean-Marie Gourio, tel un cri de ralliement que les autres «auteurs» ne manqueraient pas de pousser avec elle.Martin Bilodeau Denis Lapointe LES REER Les stratégies les plus efficaces pour atteindre rapidement et sûrement ^indépendance financière Denis Lapointe 156 pages, 14,95$ Les stratégies les plus efficaces pour atteindre rapidement et sûrement l’indépendance financière CEST LE TEMPS D’Y VOIR ! En vente partout CARTE BLANCHE I) 7 R E S ROMAN FRANÇAIS Les divagations solitaires d’un atrabilaire UNE DESOLATION Yasmina Reza Albin Michel Paris, 1999,158 pages i GUYLAINE MASSOUTRE On attendait avec curiosité, dans les milieux littéraires français, la sortie du premier roman de Yasmina Reza, Une désolation.Auteure à la une de l'actualité théâtrale, elle est jouée et traduite dans une trentaine de langues: il y a eu Conversation après un enterrement, Im Traversée de Thiver, L’Homme du hasard et Art, une pièce qui, on s’en souviendra, a connu un franc succès au Théâtre du Rideau vert, en 1996, dans une mise en scène de Claude Poissant, reprise en 1997.Si Robert Lalonde y jouait le rôle d’un homme exécrable, c’est que Reza affectionne les grincheux, les détestables, les machos.Elle a parfaitement compris leurs ressorts secrets, leur entêtement caractériel, leurs positions réactionnaires et leurs vieilles aigreurs.Ces personnages intelligents, à voir l’éventail de leurs champs d’intérêt, cherchent-ils à se faire remarquer pour se distinguer de la masse qu’ils abhorrent?Pas toujours, plus près qu’ils sont du misanthrope Alceste que de tel m’as-tu-vu de l'avant-scène publique.En fait, ils sont plutôt discrets, ces consciences malheureuses en colère, toujours prêts à se retirer du monde.L’exercice obligé de vivre en société leur paraît de plus en plus superflu.Reza excelle dans l’art du portrait, dans la peinture de caractère.Elle sait débusquer celui qui se tient dans l’encoignure de la porte, à l’écart du groupe, et surprendre le fil de ses pensées ronchonnes.Car il voit tout, cet animal renfrogné qui, pour avoir respecté les conventions et accompli son parcours d’homme moderne comme un combattant sans médaille, penche maintenant du côté des aigris.Sous son air accablé, il fustige tous les conformismes, les idées à la mode, les nouvelles bienséances.Ses visions sombres le tirent vers la caricature; là, il s’en donne à cœur joie, de la dénonciation à la mauvaise foi.Il est l'homme des excès et des passions dévastatrices.Mais il s’est toujours contenu.Et le voilà près d’exploser, vraiment de mauvaise humeur.Vous l’aurez compris, Une désolation offre un vrai régal de lecture.Une consolante obscurité Ce roman possède un ton percutant et juste qui tranche parmi les parutions de l’automne.Enfin un personnage complet, d’âge mûr, qui n’est ni rêvé ni éludé, ni miroir de l’auteur ni carton-pâte.Sa voix est claire, entière, cohérente jusque dans ses fausses notes.Il vous secoue et vous provoque: riez, sinon il est insupportable.Il est rare que l’invention d’un romancier procède d'un éclat de rire et que, de surcroît, on puisse se dire du personnage: celui-là, je le connais.Reza, avec un détachement remarquable, ne témoigne de rien; elle a écrit un monologue à lire dans un fauteuil, mieux que Musset qui rêvait d’y parvenir.Le personnage ne lui ressemble pas, il vit.Comment s’y prend-elle?In clé de son écriture, c’est une absence de narcissisme et un humour vif, plein de tendresse au fond, qui lui fait entendre le soliloque d’un esprit tordu.Celui-ci s’adresse à son fils, avec qui il est incapable d’échanger en direct, car ce décrocheur, qui paresse sous le soleil tropical, décline une apathie et un désordre de vie qu’il réprouve.Sa fille, il la trouve sotte et vaine parce qu’elle s’entiche des petits auteurs du temps.Sa femme l’exaspère car elle l’empêche de geindre et de s’enfermer dans sa vision mélancolique de RENAUD MONFOURNY A »• Yasmina Reza la vie.Son meilleur ami est mort, et il n’en avait pas d'autres.Restent sa femme de ménage et deux ou trois relations sur le dos desquels il peut casse du sucre abondamment.Car lui se pense détenteur incompris d’un 'regard «tragique» sur l’existence.C’est vrai qu’il a un point de vue critique sur la sottise.Toutes les vérités admises lui semblent des paradoxes.Il a l’intelligence vive, à la manière des personnages de Thomas Bernhard et, plus encore, de Bernard-Marie Koltès.Mais il est déjà trop retiré pour errer sur la scène.Trop plein de ressentiment pour se montrer, il opère en privé.Le roman est pour lui un parfait vase clos où se noyer.Quel roi du ravage! Voyez-le parler à son fils de sa mère: «Un cerveau que tu pensais acquis à l'indolence se met à fabriquer des pensées et des pensées bien sûr toujours contraires aux tiennes, énoncées avec opiniâtreté pour t’achever.» Il vitupère dans sa petite noirceur: «Moi dont la seule terreur est la monotonie des jours, moi qui pousserais les battants de l’enfer pour fuir cet ennemi mortel, j’ai un fils qui croupit dans le loisir.» Et ce paresseux sans vergogne professe — pas trop fort: «Im vie, c’est ce que nous voulons impatiemment.Le réel, la matière qui doit flancher.Voilà ma théorie.Le reste, des arguties de gonzes-se.» Les raccourcis, c’est sa spécialité.L’ironie réactionnaire du personnage est souvent drôle, parfois époustouflante; mais elle résonne aussi en profondeur.Le cancer moral, qui ronge cet inadapté de la fonctionnalité à laquelle il s’est toujours plié, a quelque chose de sain, un «désespoir émancipé du temps».«Vieillir, c'est en finir avec l’apitoiement», dit-il.On comprend en effet que le bonheur, rien des valeurs actuelles ne le lui a donné.Pourquoi?Une vieille juive lui fait observer que tous les gestes de ceux que nous avons cessé d’aimer semblent dénaturés.Or les grandes causes ont disparu.Ainsi, à la motivation a succédé le désœuvrement existentiel.Aurait-on pu créer regard plus lucide qu’un juif, né en Europe de l’Est, pour suivre la voie authentiquement désespérante de l’inconfort?Tiens, on croirait lire Mordecai Richler.Les voies d' homme de Un portrait saisissant de cet homme engagé, insoumis, incorruptible.Pour mieux suivre la série télévisée Chartrand et Simonne 304 p.+ 24 p.photos t *.RN \M> » MICHEL Ut VOtll O VN HOMMf PI tAftOU ANCTOT EDITEUR I.E I) E V (HR, I.K S SA M E I) I 5 E T I) I M A N C II E (i K É V R I E R 2 0 0 0 ARTS VISUELS Hauts vertiges de la peinture TERREURS INTIMES Christine Major La Centrale 460, rue Sainte-Catherine Ouest, local 506 Jusqu’au 12 février BERNARD LAMARCHE \ A la galerie B-312, il y a moins d’un an, la dernière fois que nous avons vu les toiles de Christine Major — elle a exposé depuis la série des Speakerines à la galerie Plein sud à Longueuil —, nous n’avions pu nous y arrêter en ces pages.Et pourtant.Cette peinture qui raffine ses moyens de fois en fois est une de celles qui parviennent, sans toutefois renoncer aux plus beaux atours de la pratique, à engager un véritable rapport qui porte à réflexion.Dans La Mécanique des fluides, la très réussie exposition d’alors, à quelques détails près.Major explorait sans tomber dans le cliché la délicate question de la précarité des images.Ainsi, sans abuser du langage, il était possible de parler de cette dialectique fragile traitant de la formation et de la dissolution des images.Avec une facture très singulière, les peintures figuratives de Major traitaient en fait de la médiatisation.Sans la mimer, ses toiles évoquaient l’apparence instable des images vidéo, traquaient avec brio le sentiment de fugacité qui provient du défilement sans fin des images hautement médiatisées.Comme quoi les arts dits «traditionnels» peuvent parler de la technologie.Quelques-uns de ces tableaux étaient tout simplement déroutants.L’artiste n’a pas chômé depuis.Après cette exposition puis une autre dans la même année.Major revient à La Centrale avec une proposition remarquablement bien ciblée, qui emprunte de nouvelles avenues.Avec comme titre ce mot emprunté à Paul Virilio, qui avec raison (il n’y parvient pas toujours réellement) faisait état de la spectacufarisation des «terreurs intimes», de la mise à nu des frayeurs timides de l’existence, notamment à travers le culte de la télévision, Major expose, mais alors là dans tous les sens du terme, ironiquement mais avec une précision et une acuité vraiment appréciables, ses propres terreurs, celles quelle possède comme peintre.Désespoir des peintres Les trois tryptiques présentés en galerie, sous un éclairage diffus et inhabituel pour la peinture, abordent ouvertement des problèmes de peinture.Quiconque connaît le moindrement les développements de l’art moderne y retrouvera des clins d’œil lancés à quelques jalons de la modernité: Gustave Courbet rôde en ces œuvres, Marcel Dû-champ, de manière très ironique, également alors que la vidéo, le cinéma et très certainement la peinture gravitent dans ce travail.C’est dire combien les références qui nou-rissent la production de Major ne sont pas assommantes.Par contre, les problèmes liés à l’acte de peindre aujourd’hui sont directement soulevés par les titres des trois triptyques, principalement dans le premier de cette liste: Déses-poir-des-peintres, Les Écrans témoins et Crash Theory.Des images troubles Le premier tryptique à tomber sous l’œil, Les Écrans témoins, entame la réflexion sur la désagrégation des .:: Vue partielle de l’exposition de Christine Major images.Une toile tout simplement magnifique.Paysage bleu, avec son atmosphère de bruine et sa facture vidéographique, consiste en une nocturne dans la pénombre de laquelle des branchages fantomatiques se font menaçants.Judicieusement disposé à ses côtés, Paysage rouge, incan-descant, partage avec le premier le plaisir de jouer des effets de transparence.Extrait de la série des Speakerines (ici le numéro sept de la série), le dernier tableau de ce trio disposé au sol pour en accroître la présence, pose son modèle comme en état de liquéfaction, comme si la couleur (avez-vous remarqué la reprise du télévisuel trio rouge-vert-bleu?) n’arrivait plus à tenir à la surface de la toile.Peut-on rester indifférent devant ces images troubles?Ici, la peinture se donne des allures bizarrement synthétiques.Le second tryptique pose d’emblée le caractère insaisissable des choses.Titré en relation avec cette petite fleur particulière à laquelle les acquarellistes ont fini par donner le nom de «désespoir des peintres» (aussi appelée saxifrage), vu la difficulté qu’elle posait à sa représentation, c’est le pôle du décoratif que soulève ce second tryptique.Complètement kitsch, La Mariée (en référence à Duchamp), un tableau pas tout à fait résolu, semble ouvrir à la question du sujet Aux abords de cette image, un tableau reprend un motif floral dont la mise au foyer est déficiente.Le troisième pan de cet ensemble, La Source, reprend de Courbet la PAUL LITHERLAND représentation de la béance, autre joli problème de peinture, que Major réussit à ne pas rendre de façon trop littérale.Pour compléter le parcours dont l’accrochage a été étudié à souhait Crash Theory, un triptyque démembré par le passage de l’entrée de la galerie, plaçé de façon à ce qu’on le découvre à la toute fin du parcours, est formé des toiles La Vitesse, La Constellation et Le Nuancier.La première reprend une iconographie reliée au danger comme au désir d’un couple serré, défilant sur une motocyclette.Encore ici, la peinture recouvre cette image photographique et en gomme partiellement la précision, comme pour établir une sorte d’aura phantasmatique.La Constellation et Le Nuancier s’infiltrent dans le vocabulaire de la peinture abstraite.Organique, lyrique, le premier tableau présente des formations globuleuses.Plus haut perchée sur le mur, cette toile à échelle cosmique nous surplombe.Au sol, à droite de cet amas globuleux, Le Nuancier, un tableau qui n’est pas des plus enlevants si on l’isole de l’ensemble de l’exposition, tire à lui des considérations latentes, continuellement agitées dans les autres toiles.Ainsi, dans cette palette de plages colorées qui jouent comme s’il s’agissait d’un exercice de couleur, l’idée de mesure est introduite.Ce nuancier de couleurs introduit l’idée que la peinture, indéniablement, est cimentée à la notion d’étalon.Comparée dans l'histoire, tiraillée par l’apparition de la photographie (celle-ci est omniprésente sous les couches de peinture dans l'exposition), et elle aujourd’hui dont la place est âprement disputée par la tyrannie des images en, général, la peinture est affaire de délimitation.Celle du cadre de la toile, certes (encore que Major ne traite pas ses tableaux tels des îlots), mais surtout celle des atours propres à la peinture — on en a un éloquent exemple sous les yeux à La Centrale —, à moindre importance celle dé l'archaïque notion de style, et sans cpnteste celle découlant du désir en peinture de montrer.A cela, Major répond par des alléchantes métaphores de l’insaisissable, où-règne le mystère.A l’expression de la parole (Crash Théo-, ry), Major oppose l’expérience de la couleur.Et cela s’avère toute une expérience.Rappel On s’en voudrait sérieusement de ne pas vous inviter à aller «essayer» l’œuvre de Marie-Josée Laframboise, intitulée Rets, à la galerie Circa (372, rue Sainte-Catherine Ouest,-local 444).Laframboise, qui travaille avec du papier craft' froissé en des sortes de câbles entortillés, noués entre eux, a complètement empli la petite salle de la galerie.Telle une araignée boulimique, l’artiste a tissé dans l’espace un dense, réseau de cordes de papier.La chose est à expérimenter.Là où Laframboise, précédemment à Occurrence (1998))' tentait sans réussir totalement d’induire chez le visiteur un, rapport tactile avec les objets qu’elle avait confectionnés,-elle a cette fois-ci réalisé une œuvre tentaculaire, orgaé nique, à l’intérieur de laquelle il est possible d’avancer, bien qu’au prix (justement) de maintes contorsions.Cela afin d’éprouver des relations inusitées avec l’espace, les objets, qui le meublent et les corps qui les manipulent D’une étonnante rigidité mais d’une élasticité qui la fait vibrer entière-! ment dès qu’on la touche, la structure en appelle au corps et fait vibrer la petite salle d’une étrange énergie.La force souple de cette mécanique se dresse contre la fragilité du papier, et l’intensité de cette présence heurtante et fascinante ne peuf être niée.Malheureusement, cela se termine aujourd’hui.A voir sans hésiter.Rets, de Marie-Josée Lafranboise DENIS FAKLKY L’art de la bureautique INAUGURER l'an 2000 D'où venons-nous ?Que sommes-nous ?Où allons-nous ?Commissaire: Monique Brunet-Weinmann MARIO DUCHESNEAU 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 502 Jusqu’au 19 février BERNARD LAMARCHE Mario Duchesneau utilise le mobilier comme matériau sculptural.Auparavant, il l’a découpé, lui a fait épouser des formes singulières, a imbriqué des meubles les uns dans les autres, notamment afin de rendre le domestique étrange, moins coutumier.On a pu voir de lui des accumulations de mobilier aux galeries Clark et Skol ces dernières années.Il y a trois ans, au Musée d’art contemporain de Montréal, Duchesneau avait construit, avec des bureaux de bois empilés, une mégacité boulimique où des meubles miniatures semblaient presque se mouvoir tant la référence était nette aux uni- vers époustouflants de la science-fiction, dans lesquels l’architecture prend des allures gigantesques et excessives, écrasantes.A l’espace 502, Duchesneau laisse de côté les meubles à proprement parler pour explorer des formes permettant de déployer un type relativement récent de bureau.C’est le bureau de son ordinateur que l’artiste a utilisé pour construire l’actuel empilement présenté dans l’espace 502 de l’édifice Belgo.Cette construction de papier fait appel aux caprices de la perspective, à la fascination du bricolage, en même temps qu’elle évoque une combien patiente élaboration.Pour la pièce titrée Chemises enche-misées (1999-2000), l’artiste a déplié dans l’espace, selon une structure modulaire, presque comme un jeu de legos, l’image qui anime le fond de son écran d’ordinateur.Incidemment, cette image de son desktop, si vous me prêtez l’expression, est celle.d’un bureau Jusqu'au mars 2000 Mardi, mercredi, jeudi : 13 h à 19 h Vendredi, samedi, dimanche : 13 h A 17 h ENTRÉE LIBRE Installations de Jacques Benoit • Bonnie Baxter • Jeane Fabb • Lili Richard • Sonia Robertson i I l Maison de la culture Frontenac 2530, me Ontario Est (métro Frontenac) Renseignements : (514) 872-7882 www.ville.montreal.qc.ca/maisons MONtréqL a.o o o REALISEZ UN FANTASME ACHETEZ UNE ŒUVRE D'ART CONTEMPORAIN À la vente aux enchères d'œuvres d'art des Amis du Musée d'art contemporain Le mardi 15 février 2000 i Cocktail 18 h 30 Vente 19 h 30 La vente seta dlriflée par Philippe Ségalot, direcreur de i'art contemporain international, Chrtatie's Frais d'entrée : 20 $/ inclus catalogue, cocktail et prix de présence Renseignements : (514) 847-6271 http://nnedia.marm.qc.ca Musée d'art c ontemporaln de Montréal 1 as, rue Stn Catherin» Ouest Les oeuvres seront exposer» 3 la salle Beverley Webster Rolph du Mus»e d'art contemporain les tt, 12 et 13 lévrier, de 11 hi I fi h (entrée librel Œuvres de : John Heward Miljenko Horvat Christiane Ainsley Harlan lohnson Jocelyne Alloucherie Thérèse loyce-Gagnon Michel Beaucage Denis luneau Claire Beaulieu Holly King André Bergeron Michel Labbé Roger Bellemare François Laçasse Carol Bernier Michel Lagacé André Bergeron Richard Lanctôt Claude-Philippe Benoît Guy Langevin Robert Blair Lucie Laporte David Hlaterwick Francine Larivée Laurent Bouchard Tin-Yum Lau Sylvie Bouchard Rita Letendre Monique Bourbonnais lanet Logan Gilbert Boyer Serge Lotosky loseph Branco Yves Louis-Seize Marie-France Brière Scott MacLeod Kittie Bruneau Louise Masson Pierre Bruneau lean Mc E wen Chitta Caiserman-Roth Mario Merola Graham Cantieni John Mtngolla Christiane Cheyney Normand Moffat Sorel Cohen (oélle Morosoli Ulysse Comtois Marie-Jeanne Muziol Raynald Connoly Yves Nantel Marie-A.Côté Pierre Otis Linda Covit Léopold Plotek Cozic Sylvie Readman François Dallegret Jean-Paul Riopelle Éric Daudelin Paul-Émile Saulnier Tatiana Démidoff-Séguin John Sc hweitzer Benoit Desjardins Carole Simard Laflamme René Derouin Francine Simonin Oliver Dover John W.Stewart Michéle Drouin Bruno Tenti Claude Dulude Pierre-Léon Tétreault Yvone Durujr Françoise Tounissoux Marcelle Ferrnn Gérard Tremblay lorraine Fontaine Peter Trépanlér André Fournelle YVes Trudeau lohn Francis Victor Vasarely Bernard Gamoy Mark Vatnsdal Marc Carneau Bill Vazan Denyse Gérin François Vincent Russel T.Gordon Laurie Walker Yvon Goulet Jinny Yu Michèle Héon , Léo Zogmayer (comble d’ironie, dans Windom 98, ce fond d’écran s’intitule «Mystère»), Selon un point de vue double, Duchesneau a reconstruit cette image (reproduite quatre fois, selon des textures différentes) sur un empilement de volumes géométriques, déconstruisant puis restructurant l’image, qui finalement se tord au gré de nos déplacements dans la galerie.La chose n’est d’ailleurs pas sans rappeler, comme un cousin lointain, les blanches et vides structures modulaires d’un Sol LeWitt, à ceci de près que, dans cette sculpture de Duchesneau, tout se joue en surface.Du cyber en papier La pièce dévoile un théâtre qui, sans être nécessairement plus complexe que ceux de LeWitt, active d’autres paramètres.En reproduisant à la surface de ce casse-tête 3D un extrait du texte d’un livre encore à paraître de Jean-Rolland Dubé, l’artiste stimule la lecture, que les volumes géométriques obscurcissent «Pendant que je terminais une autre journée enrichissante, l’oiseau cherchait désespérément de la nourriture.Où dormirait-il, il l’ignorait.J'en demeure convaincu, sa vie n'était qu'un sombre ramassis de balbutiements», peùt-on lire, au prix d’une certaine gymnastique, à la surface de ces boîtes.Or, ces volumes qui évoquent les cartons utilisés pour stocker des documents cachent, pour quiconque se PAUL LITHERLAND - ; Chemises enchemisées, 1999, de Mario Duchesneau donne la peine de contourner ladite construction afin d’aller en visiter les coulisses, un singulier principe de bâtir.De fait ces blocs sont faits de chemises de rangement de paperasses.Ce petit détour par l’envers du décor initial permet de compléter ce qui se présente comme une amusante (oui, oui!) chaîne sémantique.Tout se passe comme si, dans cette pièce, Duchesneau avait repris le lexique des termes employés dans la LA PEAU DE L’OURS une œuvre de.collectionneurs à la Galerie d'art d'Outremont du 10 février au 5 mars 4 95-7419 PEJMAN Peintures récentes Pejman Ebadi a 17 ans.Il vit et travaille en France, expose en Europe et en Amérique depuis plus de 10 ans lusqu’au 26 février GALERIE SIMON BLAIS 1521.rue ( lark Montreal H21 21S 5118491165 Ouvert du mardi au samedi de() h S0 .i 17 h S0 bureautique informatique — bureau,; dossiers, fichiers — pour lui retirer s£! nature virtuelle.La cohérence de! l’œuvre passe en quelque sorte par fe-langage.Cela va de pair avec les re-1 cherches formelles auxquelles l’artiste; retourne depuis un moment.Vrai par-contre que, pour nous, d’investir ceî champ de signification a comme effet,-il faut l’avouer, de retirer à la pièce plusieurs de ses effets, de la rendre pat; trop littérale.En réalité, il est impossible, au fur et à mesure que l’on recon-! naît ses éléments iconographiques et* plastiques, de résister à l’humour dje-cette œuvre.D’un côté, la chose n’est! pas qu’un bidule amusant qui fait se conjuguer l’un avec l’autre deux registres de signification — il y a en effet bureau et bureau.De l’autre, l’œuvré fait sans conteste montre d’un humour intelligent, d’un esprit alerte et d’un! emportement enjoué.Du 5 au 26 février Francesco Clemente : estampes Giuseppe De Luca : peintures (i A L E R I F; DOMINION 14.LS.me Slicibinoko OhcnI.Monlrciil K45-747I Du mur.m sam de lOh ;V I7I Lancement de la monogra Richard Deschênes I» samedi 5 tévrlar da 16 h à 19 h Galarla Éric Dsvlln 460, Salnta-Catharln» Ouaat Espaça 403 Montréal H3B 1A7 T«l.: 514-868-6272 Fax: 514-880-7284 du mweredi au vandradi da 12 h « 18 h laMmadld«12H17h L K I) K V 0 I B .I.E S S A M E I) I 5 E T I) I M A N ( Il E (i F É V It I E R 2 0 « 0 S il I) T il Krieghoff: méconnu, trop aimé, malaimé LOUISE GAUVREAU COLLABORATION SPÉCIALE DE TORONTO De Cornelius Krieghoff qui œuvra au XIX' siècle, on ne sait pas grand-chose.Tous les documents importants qui relatent sa vie ont brûlé ou disparu.Reconstituer le cheminement de cet .rtiste autodidacte, au marketing r fîcace auprès des anglophones, .i - ait pas tâche facile.Il a donc fallu plus de cinq ans au Musée des beaux-arts de l’Ontario pour colli-gèr les éléments d’une première rétrospective de Krieghoff, assez complète avec ses 152 toiles présentées, dont 62 proviennent de la collection privée du magnat de la presse Kenneth Thompson.Pourquoi Krieghoff?Pour situer, dans le contexte de l’art canadien, la contribution de l’artiste et mesurer son importance.De prime abord simpliste, voire naïf, le style narratif de Krieghoff fournit une mine de renseignements sur les mœurs de l’époque.La vision fondamentale de l'artiste était déterminée par son statut d’immigrant hollandais aux racines allemandes qui découvrait un monde nouveau.Voilà qui explique sans doute sa fascination pour les habitants du Bas-Canada et les «Indiens, telle qu’elle se manifeste dans la plus grande partie de son œuvre.Cependant, le traitement que fait Krie- .PONDS D'ARCHIVES DU SEMINAIRE DE QUEBEC Photo de Cornelius Krieghoff prise vers 1860 ghoff des Canadiens français se résume à une caricature soit idéalisée, comme dans les scènes de famille extérieures, soit exagérée, comme dans cette scène supposément transgressive qui montre de joyeux fêtards refusant de payer à un péage, faisant un pied-de-nez, a-t-on présumé, au gardien anglophone, symbolisant l’autorité et l’élite britanniques.On peut y voir ici cependant une influence de l’école romantique allemande, à laquelle appartenait Krieghoff, pour laquelle l’humour agit comme soupape dans les sociétés répressives.Krieghoff et les Canadiens français «Le problème vient de ce que nous, Canadien français [.], ne nous reconnaîtrions pas dans les images de Krieghoff.» Dans le catalogue qui accompagne l’exposition, le professeur d’histoire de l’art François-Marc Gagnon ajoute qu’on a du mal à critiquer le fait que ses «[.] acheteurs aient préféré ramener en Angleterre ou ailleurs en Europe des tableaux enjoués, pleins de détails sur les costumes et les coutumes du pays, fidèles à représenter les saisons, surtout l’automne et l’hiver, plutôt que d’austères portraits de notables locaux ou des tableaux de dévotion».Dans ce sens, Krieghoff s’arroge la peinture de genre et se distingue des portraitistes plus prévisibles tels que Joseph Légaré, Théophile Hamel ou Antoine-Sébastien Plamondon.C’est en 1840, après la rébellion du Bas et du Haut-Canada, dans up context?de lutte de pouvoir entre l’État et l’Église, que Krieghoff imrpigre au Canada, en provenance des États-Unis.Un de ses sujets de prédilection devient la résistance des Canadiens français aux institutions traditionnelles.De surcroît, pour faire face aux âpretés de l’hiver, les habitants avaient compris l’importance de la vie communautaire et des plaisirs de la vie, ce qui a amusé l’artiste.Certains contemporains tels que le grand historien d’art Gérard Morisset ont accusé Krieghoff de condescendance dans son approche, tant avec les colons qu’avec les Indiens, auxquels il a consacré le tiers de sa production picturale connue.Une lecture plus attentive laisse plutôt transparaître le grand respect I D É O C0I.I.ECT10N DE PETER WINKWORTH LONDON La Fabrication du sirop d’érable au Canada, vers 1849 SOURCE KASTEI.GALLERY Campement indien au bord d’une rivière (détail), vers 1850 qu’avait Krieghoff de ces deux peuples.Son premier contact avec les Indiens se fait dans la guerre contre les Séminoles de la Floride.L’Indien, immuable, à la physionomie impassible, fait très forte impression sur Krieghoff,.à en juger par le souci du détail qu’il montre dans ses toiles.Ajoutons que le mode de vie frugal et ancestral de l’Indien faisait fi des lois de l’économie florissante qui abrutissait l’être humain et lui enlevait au passage toute dignité dans les mœurs.Enfin, on peut aussi penser que la sympathie particulière que Krieghoff affichait à l’endroit des Canadiens français lui venait de son mariage avec Émilie Gauthier, dont il aura deux enfants.Evolution L’évolution de Krieghoff est palpable à travers les différentes périodes qui l’ont mené successivement à Montréal, Toronto et Québec.Ainsi, à partir de Québec, l’Indien, jusqu’à ce jour isolé, est maintenant contextualisé dans des scènes de genre.Même si ses personnages deviennent plus petits pour laisser plus d’importance au sublime de la nature, le motif indien prend une importance accrue dans l’œuvre.François-Marc Gagnon soutient que cette miniaturisation traduit l’intégration de l’Indien à son environnement et que, par son rapprochement artistique avec la forêt, Krieghoff renoue avec ses propres racines allemandes.Le conservateur en chef du Musée des beaux-arts de l’Ontario, Dennis Reid, s’anime lorsqu’il parle de Krieghoff.Dans son bureau dont la verdure nous renvoie aux scènes de nature de Krieghoff, ses mains bougent au moment d’expliquer la richesse de l’héritage de l’artiste.M.Reid soutient que son œuvre est étagé et exprime, de façon complexe, un engagement social.Courses de traîneaux sur le Saint-Laurent, à première vue, met en scène une course débridée et colorée de deux traîneaux d’habitants.Une deuxième lecture révèle la complexité du jeu des nuages, typiques de la région de Québec.Une observation plus approfondie des détails, par exemple des pompons de chevaux, rouges et bleus, se traduit par un clin d’œil aux partis politiques de l’époque avec le cheval au pompon bleu qui semble prendre la première place, tête baissée.Reid explique que le choix de l’exposition de Krieghoff est le résultat d’un travail de consultation auprès de groupes-témoins.Dans ces groupes, même si tous reconnaissaient son style, peu de gens arrivaient à identifier son nom.Est-ce si important, au fond, que de connaître et reconnaître Krieghoff?Dennis Reid soutient qu’il est impératif que l’on sache qui est et a été Krieghoff.Cette rétrospective résulte d’une synergie de spécialistes éminents, disséminés dans douze musées canadiens: le Musée de Québec, le Musée des beaux-arts du Canada, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée canadien de la civilisation, le Musée McCord, les Archives du Canada, le Musée royal de l’Ontario, l’Art Gallery of Hamilton, l’Owens Art Gallery (N.-B.), l’Art Gallery of Nova Scotia, la Galerie d’art Beaverbrook de Fredericton et le Glenbow Museum of Calgary.Le concours d’une douzaine d’autres collaborateurs, dont le critique d’art Ken Cook et le professeur François-Marc Gagnon du département d’histoire de l’art de l’Université de Montréal, ajoute au prestige de l’événement.Une des contributions importantes que Krieghoff a faites à l’art canadien relève de sa conception du paysage, la connaissance que l’on en a vient de la présence humaine qui s’y inscriL ce que le professeur François-Marc Gagnon explique par le fait que «le pays est encore très lié à la mémoire».CORNELIUS KRIEGHOFF: IMAGES DU CANADA Musée des beaux-arts de l’Ontario Toronto Jusqu’au 5 mars 2000 Itinéraire: Musée du Québec, à Québec, du 14 juin au 10 septembre 2000; Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, du 12 octobre 2000 au 7 janvier 2001; Musée McCord d’histoire canadienne, à Montréal, du 22 juin au 8 octobre 2001 Superhéroïne en boîte VENUS.I SEE BLUE Lynne Marsh Galerie Oboro 4001, rue Berri, local 301 Jusqu'au 13 février BERNARD LAMARCHE Toute la ville en parle, même la télévision s’est mise de la partie.L’espace de la galerie Oboro est actuellement plongé dans le noir (dans le bleu très, très foncé, nous précise-t-on).Seul, un personnage s’échine à l’intérieur du cadre d’une projection vidéo.Ce personnage, c’est l’artiste Lynne Marsh qui en tient le rôle.Un véritable cinéma nous est offert, alors qu’une non moins véritable super-héroïne s’échappe du châssis restreint de son petit écran cathodique pour étaler ses pouvoirs à notre échelle.Costumée en héroïne du cyberespace, Marsh reprend une mythologie largement exploitée dans les jeux vidéo, celle de la guerrière, équivalent fantasmatique de la femme forte, indéniablement intrépide et tout à la fois objet de convoitise sexuelle.Ainsi, cette héroïne évolue devant nous, bondissant par-dessus les montagnes numériques, assenant dans les airs des coups de pieds, effectuant une panoplie de gestes puisés des arts martiaux, se produisant dans des chorégraphies fortement typées.Outre le fait qu’ils nous plongent dans une noirceur commune aux salles de cinéma, dans lesquelles le regard est stratégiquement protégé à souhait, devenant à plus d’un égard voyeuriste, la bande vidéo de Marsh et son mode de présentation sont intima ment reliés à la détermination de l’image de la femme telle que conjuguée au masculin.Dans la plupart des œuvres qu’elle produit, Marsh se réfère à cette construction sexuée de la femme forte, attirante et paradoxalement menaçante.Dans ces mises en scène, la combattante s’expose à notre regard, sans nul autre but que d'être placée là pour le regard.Ici, elle fait la démonstration de ses pouvoirs athlétiques et de son entraînement aux arts du combat Costumée selon des codes éprouvés dans les comic books consacrés aux superhéros, avec en prime une teinte d'exotisme asiatique — bottes, jupe fendue et ix'tit chandail laissant bien à la vue les abdominaux de la dame —, Marsh franchit des distances ahurissantes et combat un ennemi invisible à nos yeux.Or, la chorégraphie de la combative ballerine tourne à vide, se voit retirer toute son utilité (il n’y a plus de mondes à sauver des visées d'horribles vilains!) et devient, très ironiquement, purement ostentatoire, une sorte d’offrande au spectacle.De temps à autre, le spectacle ralentit.L’héroïne semble attendre d’autres aventures, d’autres assauts, à moins quelle ne fasse que reprendre son souffle pour mieux reprendre sa course dans ces paysages générés par Hiv formatique, qui proviennent de simulations de la planète Vénus produites par la NASA A ce moment seulement, la Vulnérabilité de l'héroïne est palpable.A ce moment elle décroche, brise en partie son rôle, exhibant un aspect de sa personnalité que les «vrais» jeux vidéo lui auraient refusé.Par contre, aussitôt dévoilée, cette fragilité est aussitôt ravalée.«Haï, haï, haï», entonne la guerrière, accompagnant ses sauts et ses coups des habituels cris.Il en va de la parodie, certes, mais d’une parodie manipulée avec doigté.Sans le mince filet de narration que propose la plupart des jeux vidéo de combats, l’héroïne offerte au regard semble s’en prendre, justement, à celui (comme celle) qui regarde.En modifiant l’échelle de l’image, Marsh, selon un procédé d’une simplicité désarmante, nous intègre dans la fiction, non pas comme marionnettiste au bout d'une console, mais comme spectre noir (autant que la salle), qui se risque (virtuellement, bien sûr, ne délirons pas) à entrer dans l’image.De fait, aux grandes étendues vierges, non colonisées du paysage (on parlait de fantasme), répond l'espace de la galerie, rendu complètement anonyme, opaque, presque menaçant (allez-y à plusieurs, vous verrez si vous voyez quelque chose).Et puis, les deux espaces finissent par se contaminer.Dépêchez-vous, il ne reste qu’une semaine pour se frotter à cette combien ironique superfemme.L’œuvre, de plus, vous arrachera très certainement quelques sourires.SOURCE GALERIE OBORO Extrait de Venus.I See Blue, 1998, de et avec Lynne Marsh.YVES GAUCHER RÉCURRENCE0 V Yves Gaucher, 3 de la série 24 préludes, 24 moments, 1963 Encre de chine et graphite sur papier Arches, 13,5 x 15 cm (approximativement, chacun) Collection de l'artiste.CLilbutes Œu Peintures, gravures et dessins realises entre 1957 et 1999 Jusqu'au 5 mars 2000 jusqu'au 23 avril 2000 MUSEE DU QUEBEC MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec:: 185, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal Métro Place-des-Arts • Renseignements : (514) 847-6226 Parc des Champs-de-Bataille, Québec (418) 643.2150 www.mdq.org le Musée du Québec est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.Une présentation de 0SSILOR www.essilor.ca 11 < oniril ilrt Art« I tiw ( anxli du .Huili lof th» Am I) 10 I.K I) K V (tin.I.K S S A M K I) 1 5 K T I) I M A N (' Il E
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