Le devoir, 19 février 2000, Cahier D
I.K I) K V (MR, I.K S S A M K I) I I !l K T I) I M A N < Il K •> 0 K K Y II I K H 2 (I (I II LE DEVOIR Gilles Marcotte Page D 3 Lettres québécoises Page D 4 Le feuilleton Page D 6 ?' E# m JL Léon Golub Page D 7 Formes Page D 8 Sartre Tenfer, VJ I I c’est mof a WM* ^ m J % m 3%'K, r deux Sartre Un hommage paradoxal, capable de se porter au delà des errances et des dérives et dans le fond amoureux de Sartre Paris leur fait la fête et célèbre d’une même voix les noces de Sartre et de Bernard-Henri Lévy.Il y a certes beaucoup de raisons d’aimer Le Siècle de Sartre et de s’abandonner à son écriture emportée, mais il y en a aussi de nombreuses de résister à sa vitalité débridée et de chercher un peu de rigueur au milieu d’une telle pétarade.Portrait d’un philosophe.GEORGES LEROUX Les vingt années qui nous séparent de la mort de Sartre ont été l’occasion de prendre la mesure d’une pensée qui s’est élaborée dans un rapport quasi direct à l’action.Dans la biographie d’Annie Cohen-Solal (Gallimard, 1989; réédition Folio), plusieurs apories de cette pensée étaient déjà signalées, mais jamais autant qu’ici on ne s’est trouvés en présence d’un effort pour mettre à plat ces contradictions et en comprendre la genèse.On aimera le livre de BHL pour cette raison même, car rien ne nous est épargné des erreurs et des fautes de Sartre, et Bernard-Henri Lévy n’entreprend d’aucune manière ce qui s'apparenterait à une réhabilitation.Si, contre toute attente, il aime Sartre par-delà tout ce qu’il blâme et déteste chez lui, c’est qu’il admire d’abord un style, un projet de vie, une morale personnelle qu’il identifie à sa première philosophie.En proposant à son lecteur de reparcourir l’itinéraire philosophique de Sartre, il l’invite à considérer les contradictions de la pensée de Sartre comme la trame de fond de la philosophie du vingtième siècle.Mais ce projet de déposer dans l’histoire de la pensée contemporaine les contradictions qui sont associées à la pensée totalitaire excuse-t-il Sartre de tant d’aveuglement?Et suffit-il de distinguer un premier Sartre, celui des romans et de L'Être et le Néant, celui d’avant 1945, d’un second Sartre, emporté vers des positions toujours plus fanatiques, pour neutraliser ce qui serait l’échec de Sartre?Ce livre n’est pas simple, là où il commence par ÿmer, il finit par accabler, et la confusion, loin de se dissiper, ne fait que s’accroître.A certains égards, du fait même de la complexité du parcours de Sartre, il fallait peut-être commencer par là.volonté de comprendre L’enquête est construite sur la base des textes et, même si la lecture en est fragmentée, le réflexe de Bernard-Henri Lévy étant toujours d’identifier le symptôme plutôt que de reconstruire l’argument, il faut reconnaître que la plongée dans l’œuvre est profonde.VOIR PAGE I) 2: DEUX SARTRE o- (Ma 'ÇO I fl I ¦XUi m i fi ~ H flF" ru 1 KjT3i CZ> CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR À PARIS Avec sa tête d’éternel dandy, légèrement échevelé et pas tout à fait rasé, il arrive en coup de vent au bar de l’hôtel Montalambert au cœur du Quartier latin.Lorsque je lui rappelle que nous nous étions déjà rencontrés chez lui il y a quelques années, il demande: «Mais.c’est où, chez moi?» Puis cela lui revient.«Ah oui, boulevard Saint-Êermain!» Quand il cesse de parcourir le monde, quand il revient de New York ou de Bosnie, la vraie patrie de Bernard-Henri Lévy, c’est tout de même Saint-Germain-des-Prés.Ce Saint-Germain qu’il fait revivre à sa façon dans X«enquête philosophique» de 664 pages qui fut l’événement de la rentrée littéraire française et dont le titre est déjà tout un programme: Le Siècle de Sartre (Grasset).En effet, pour Bernard-Henri Lévy, toujours en mal de grands hommes, Sartre reste indépassé dans le domaine intellectuel.Peut-être ne fut-il pas le plus grind des philosophes, le meilleur romancier, le dramaturge le plus estimé et le journaliste le plus lu, mais c’est lui qui résume la seconde moitié du XX' siècle, ses lumières comme ses gouffres, par sa capacité d’être sur tous les terrains, d’aspirer tout ce que le siècle a produit, de n’être pas seulement un écrivain public mais «un intellectuel public».L’idée remonte à l’enterrement du philosophe.«J’ai su que j’écrirais ce livre lorsque j’ai vu cet extraordinaire anti-enterrement, cette immense foule venue du monde entier — dont plusieurs délégations de Québécois — qui venaient dire: “La vie continue!”J’ai compris qu 'il s’était passé autour de cet homme quelque chose d'important, qu’il était peut-être un condensé de l’époque et que, pour comprendre cette époque dont nous étions en train de prendre congé, il fallait passer par ce rendez-vous.» Et puis surtout, Bernard-Henri Lévy en avait marre de l'ironie amère et des sourires entendus que distillent les intellectuels depuis la mort du personnage.«On a fait le coup à Hemingway, à Malraux, et on le fait à Sartre.Cette façon qu’ont les nains de la culture de faire de Sartre le bouc émissaire de toutes les erreurs du XX' siècle est insupportable.C’est la haine des tarentules.Il y a de la monstruosité chez Sartre, mais aussi de la grandeur.» VOIR PAGE D 3: ANATOMIE I M A X C II E 2 0 F E V R 1ER 2 (I I) 0 —^ Livres *»—— ESSAIS QUÉBÉCOIS La méthode Corneau LA GUÉRISON DU CŒUR NOS SOUFFRANCES ONT-ELLES UN SENS?Guy Corneau Editions de L’Homme Montréal, 2000,288 pages Les habitués de cette chronique le savent: le royaume de la rhétorique molle et du vécu théorisé à coup de slogans qu’est l’univers de la psycho-pop n’a pas sa niche ici.D’ailleurs, qu’ils se rassurent, l’expérience de cette semaine ne constitue qu’une parenthèse et n’annonce pas de changement de cap.D s’agit simplement de prendre la mesure d'un phénomène, de chercher à comprendre les raisons de l’engouement public et médiatique que suscite l’œuvre de Guy Corneau, de jauger de visu la valeur d’un travail de ce type.Psychanalyste jungien, ce qui, en soi, n’est pas un critère de succès assuré dans les réunions de «matantes», Guy Corneau vend des livres à la pelle, par dizaines de milliers, en offrant au public des œuvres qui se présentent comme profondes et validées par les compétences professionnelles de leur auteur.La Guérison du cœur, son plus récent envoi, gravite autour du nœud suivant: «Mon hypothèse est que les souffrances psychologiques et physiques sont un signal qui nous indique que nous nous sommes éloignés de notre être profond et nous invite à redevenir intime avec lui.» Réflexion sur le «sens des crises et des épreuves» qui postule que «nous sommes tous des constipés de l’imagination» et que c’est la raison pour laquelle nous souffrons, ce livre nous convie donc à une quête de sens.Dans le domaine, le topo est assez classique et son développement aussi, trop long, abusivement répétitif et parsemé de «cas vécus».Cela dit, si on veut saisir plus en profondeur le «charisme» de cette œuvre, dépasser la facilité du préjugé, il faut aller plus loin et explorer en détail ce que j’appelle ici la méthode Corneau.En voici les principales stratégies; vous aurez ensuite toute liberté d’évaluer le produit en connaissance de cause.Question de méthode D'abord, stratégie première, l’au-teur-thérapeute se présente comme un hypersensible, une posture qui lui confère un aura d’authenticité susceptible de faire tomber les résistances fragiles.Il raconte, en ouverture, être presque mort d’une colite ulcéreuse, avoir vécu ces événements comme une révélation.Un peu partout dans le volume, il se décrète «foudroyé», «ému jusqu’aux larmes», «magnétisé», «subjugué» par des lectures, des rencontres ou d’autres expériences plus.particulières: des rêves révélateurs, des épisodes de «réalités interpénétrées», etc.Tant de fragilité offerte, on le conçoit, suffit à désarmer même les cœurs les plus durs.Sur le plan stylistique, la méthode Corneau privilégie une sorte de prose poétique, non pas du pauvre, mais de l’écologiste de salon issu de la génération lyrique (au sens ricardien) et amateur de moines tibétains occidentalisés.Interminable brochette de métaphores bio-spirituelles, festival débridé de slogans antithétiques (la mort, c’est la vie; la maladie, c’est la santé; la violence est douceur; etc.et vice versa), cette prose artistique en diable manie le symbole jusqu’à plus soif et inspire une question à l’avenant: poésie de la misère ou misère de la poésie?Mais tout cela, ici, n’est que support, cadrage d’un discours plus théorique qui constitue la substantifique moelle de ce projet et qui laisse tout autant, sinon plus, pantois.Prenons le cas des références.On s’attendrait, bien sûr, à y trouver des renvois à la tradition jungienne élargie, ce qui représente, en soi, un horizon très large qui va du meilleur (rarement) au pire.Eh bien, pas dogmatique pour deux sous, Corneau a décidé de ne se priver de rien.En vrac, et sans souci d’exhaustivité, voici un échantillon des penseurs et des sages ici convoqués: Hubert Reeves, Einstein, le dalaï-lama, Molière, Wittgenstein, «les Chinois», un chef amérindien, Rilke, Gandhi, Jésus, les Rolling Stones, Kundera, des alchimistes, quelques médiums et bien sûr, Jung.Présentées sans distinction aucune des ordres de connaissance auxquels elles renvoient, ces paroles de sagesse s’entrecroisent ici dans un syncrétisme revendiqué: «Je n ’arrive plus, écrit Corneau, à dissocier biologie, psychologie et spiritualité.» Un tel aveu explique-t-il que l’auteur en arrive à s’enfarger dans des contradictions pour le moins grossières?Ainsi, aux pages 118-119, il affirme que «le prix qu’il y aurait à payer pour ces 2000 ans de christianisme» serait «la crucifixion du corps» pour écrire, à la page suivante, qu’il «aime l’expression ‘le Vivant" que l’on employait pour parler du Christ ressuscité»} On veut bien que «la valeur d'une interprétation [.] réside dans l’effet que cette interprétation a sur nous», mais on souhaiterait tout de même qu’il en résulte autre chose que de la confusion entretenue.Ces relais «culturels» n’épuisent évidemment pas l’univers référentiel de cet ouvrage qui puise aussi au monde «scientifique».Dans un chapitre à saveur médicale, Corneau nous initie donc aux travaux de quelques médecins dont les conclusions viennent corroborer son hypothèse voulant que nos souffrances aient des causes psychologiques.Ainsi, du docteur Crombez qui flirte avec la pensée magique sans y sombrer absolument jusqu’au docteur Sabbah qui «nous explique que les allergies ont souvent à voir avec des conflits de séparation» et que «les conflits associés au gros intestin sont liés à des choses que le patient n’a pu ni digérer, ni éliminer», au sens symbolique et inconscient bien sûr, en passant par des ostéopathes capables de sentir «le meurtrier en [vous]», le discours se donne un petit vernis de scientificité (suffisant pour impressionner les crédules, à ce qu’il paraît), même s’il se défend bien de tendre vers cet objectif.Du doute et de ses vertus C’est que Corneau, autre élément essentiel de la méthode, est prudent.Il reconnaît, au détour d'une réflexion plutôt tordue, «les avancées fantastiques de la science» classique (y en aurait-il plusieurs sortes?), l’utilité des médicaments et il joue à quelques reprises la carte de la mesure, quitte à la délaisser quelques lignes plus loin.Un médium entre-t-il dans un état second?Corneau dit d’abord qu’il doute pour ensuite rapporter le plus sérieusement du monde les paroles de l’énergumène.11 n’est pas naïf: il croit toujours tout, mais il avait d’abord douté.La psychanalyse, on le sait, interprète les rêves et les symptômes.Une telle entreprise, d’emblée sujette au dérapage, exige circonspection, discrétion et tact.Ici — serait-ce une tendance jungienne?—, rien de tel.Sauvagement interprétés de façon systématique, les rêves multiples qui apparaissent tout au long du parcours fournissent toujours des clés immédiates aux blocages psychiques de ceux qui les font et ils semblent presque inventés pour illustrer le propos.De même, le recours abusif à des situations d’enfance pour expliquer des malaises d’adultes sert de pirouette interprétative.Votre mère vous empêchait de vous épanouir, votre blonde vous laisse, vous rêvez à une ourse qui vous lèche: la guérison du cœur est sur la bonne voie.Avec la méthode Corneau, tout est bon, pourvu que cela fasse du bien.On pourrait continuer ainsi longtemps, souligner les quelques artifices populistes employés par l’auteur qui évoque notre «merde intérieure», qui écrit que «le corps, avec ses maladies, ses rots, ses pets, ses odeurs, ses douleurs, ses pellicules, ses boutons, ses cancers, ses spasmes et ses colites, est le lieu où se disent les trahisons de soi»; il faudrait aussi, tâche plus urgente, dénoncer avec énergie l’indécente psy- Louis Cornellier POÉSIE Périples au centre de soi NAVIGATIONS Sophia de Mello Breyner Traduit du portugais , par Joaquim Vital Editions de La Différence, coll.«Le fleuve et l’écho» Paris, 1999,62 pages LA VISITE DU CERVEAU (Éric Simon s’expose Alix PLUS GRAVES ENNUIS) Eric Simon L’Oie de Cravan Montréal, 1999,40 pages DAVID CANTIN Peu de choses semblent rallier les voix de Sophia de Mello Breyner et d’Eric Simon.Sinon une expérience fondatrice liée à la connaissance de soi et d’un langage poétique.Alors que Sophia de Mello Breyner navigue à la, recherche de «l’entièreté du possible», Eric Simon explore les songes fantastiques de ses œuvres picturales.Deux livres où la poésie devient le saut de chaque instant la parole singulière qui refrans-crit un univers mental et physique.Proche de la langue simple et limpide d’Eugénio de Andrade, la Portugaise Sophia de Mello Breyner traverse la ville de Lisbonne tel un fleuve lointain dans ses Navigations.Connue aussi pour ses nouvelles et ses contes pour enfants, son cinquième recueil aux éditions de La Différence rassemble des poèmes de la fin des années 70.Il ne s’agit pas d’un choix hétéroclite, mais bien d’un véritable parcours à l’image de cette «Lisbonne oscillante comme une grande barque».En peu de mots, on suit les traces de ce départ qui laisse entendre une quête de vérité et d’étonnement On assiste au récit d’un voyage immobile, d’une lente dérive afin d’accéder au centre de soi.Parmi les images de conquêtes fiévreuses et les métaphores marines, on découvre cet affrontement héroïque entre un être et ses peurs anciennes.L’errance vers l’Orient se mêle aux signes d’espoirs et de découvertes.Toujours à l'affût d’une émergence nouvelle, cette poésie se mesure aux tentatives de vaincre le mouvement du passé.Sur la route de l’or ou dans les obscurs parages, la «navigation abstraite» de l'écrivaine retourne jusqu’au (premier matin de la création».A la poursuite du temps et de l’histoire, la voix discrète de Sophia de Mello Breyner refait le périple vers les tempêtes d’une absence indéfinissable: «Nous naviguâmes vers l’Orient —/La longue côte était d’un vert épais et somnolent / Un vert immobile sous l’immobilité du vent / Jusqu’à la blanche plage couleur de roses / Touchée par les eaux transparentes / Alors surgirent les îles lumineuses/D’un bleu si pur si violent / Qu’il dépassait l’éclat du firmament / Navigué par des grues miraculeuses / Et en nous s’effacèrent la mémoire et le temps.» Le timbre de ces strophes bascule «comme quelqu’un qui cherche son visage et le manque».Dans le sillage de Fernando Pessoa et d'Antonio Ramos Rosa, Navigations de Sophia de Mello VICTOR TEBOUL Que Dieu vous itirue de l'homme silencieux quand il se met soudain à parler 3m ,¦ ILJH n / ¥ lesTOntouchables Que Dieu vous garde de l’homme silencieux quand il se met soudain à parler Victor Teboul Séance de lecture Le jeudi 24 février à 19 h à la librairie Chapters située au 1171, nie Sainte-Catherine Ouest (angle Stanley) 236 pages • 19,,$ Breyner transmet les empreintes d’une connaissance vécue.Son long voyage poétique entraîne vers cette lumière qui aveugle dans la nuit suspendue.Récit poétique inclassable ou complément fictionnel d’,une exposition, La Visite du cerveau d’Eric Simon peut se lire de bien des manières.D’ailleurs, pourquoi donc l’insérer dans une chronique de poésie?Il ne s’agit pas de poèmes et encore moins d'un essai sur la poésie.On entre plutôt dans une rêverie fantaisiste qui se rapproche d’une certaine dérive poétique.Comme beaucoup de parutions à L’Oie de Cravan, cette plaquette étonne et déstabilise dans «sa quête [qui] serait celle fuyante de ne pas avoir de quête».Elle propose, en quelque sorte, le récit d’une plongée dans la mémoire de l’auteur et du plasticien montréalais.En surface, ce livre relate une série d’événements inattendus qui se rencontrent.Mais, il tend surtout à reproduire une déambulation insouciante à travers l’esthétique rêveuse de l’artiste.Il importe peu de savoir ce qui se trame derrière ces histoires d’architectures et de billards.Tout part d’un simple constat de l’écrivain: «Ce qui, hier (littéralement par- fois), me semblait relever que de la science-fiction s’ajoute de plus en plus régulièrement à l’expérience de notre réalité quotidienne.» Cela donne ainsi sur un théâtre de la mémoire, «une vision partielle, en chantier de [\’]espace mental».D y a, dans cette rencontre de mondes et de voix parallèles, le désir de communiquer un réenchantement qui passerait par d’autres couloirs.Cette superposition d’expériences de la réalité mène à une échelle d’éveils immédiats et secrets.On imagine ce narrateur funambule franchir des villes et des immeubles dans l’immobilité de sa chambre.D suffit, à son tour, de se laisser prendre au piège de cette descente à l’intérieur dep séquences oniriques et narratives d’Eric Simon: «Je ne crois pas que les idées meurent.Ou plutôt si, mais elles ressuscitent.On les oublie, mais elles ne meurent pas.Les idées sont des points où se rejoignent les humains.Il suffit de penser à la même chose pour se retrouver au même endroit dans l’espace des idées.Même les secrets sont accessibles de cette manière.Il s’agit de déambuler au hasard sans but précis et on découvre des lieux inconnus.» Les Presses de l*Université Laval Les Éditions de rIQRC Serge LAURIN L/ne captive heureuse chez les Iroquois.Histoire d’une famille de Nouvelle-Angleterre au début du XVIIf siècle XVI-356 pages • 29,95 $ Rouge, Bleu.La saga des Prévost et des Nantel 325 pages • 29,95 $ «a- -Téléphone : (418) 656-7381 UgJ t Télécopieur :(418) 656-3305 WW l ^ Dominique.Gingras@pul.ulaval.ca AA m http://www.ulaval, cafpul chologisation des conflits de masse meurtriers (Kosovo, Sierra Leone.Rwanda) à laquelle se livre Corneau en conclusion (selon le cliché habituel: «En ce sens, l’épuration ethnique constitue une formidable mise en scène de la “peur de l’autre en soi"»), au mépris de la complexité sociohistorique.On s’arrêtera ici: assez, c’est assez.Corneau, pourtant, fera encore un malheur.Ses livres se vendront et ses incantations visant à nous convaincre d’écouter notre corps (la formule célèbre revient à quelques reprises dans le volume) retentiront aux quatre coins du Québec et en Europe (eh oui).Peut-être pas chez vous, mais chez votre voisin, chez votre collègue.Il fallait dire, je crois, que cela est un peu dommage.Le seul, à ma connaissance, à s’y être risqué jusqu’à maintenant est le collègue Yves Boisvert, chroniqueur urbain au journal La Presse.Je lui laisse les derniers mots: «Ça ne nous empêche pas de penser que s’il faut écouter son corps attentivement, on n’est pas obligé de croire tout ce qu'il nous raconte, ce corps, comme dirait Descartes, un type dont les médiums n ’ont pas trouvé le canal.» (9 février) louiscornel liertaparroinfo.net GUY CORNEAU U GUÉRISON DU CŒUR Sût soujfrvtH'fS ont-t'Urs un &tm ?CklSfti Une fable sur le bien écrit p le romancier le plus connu du Québec.YVES BEAUCHEMIN Finaliste au prix des libraires (France) i.LJIIUIC» dur marchand DOMINIQUE DEMERS i an sur 1 palmarès Le récit touchant d’une femme médecin aux prises avec le passé.„ Dominique Demer» ROBERT PATENAUDE Le livre qui fait la nouvelle D' Robert Patenaude m, a I a i urgence QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com Pour savoir ce qui se passe vraiment dans les salies d’urgence.4: l 6 I) 6 L E I) E V 0 1 R .L ES SAMEDI 19 ET DI M A N C 11 E 2 0 K É V R 1ER 2 0 0 0 —«¦ Livres — LE FEUILLETON La société coupable LETTRES LUTHERIENNES -PETIT TRAITÉ PÉDAGOGIQUE Pier Paolo Pasolini Traduit de l’italien par Anna Rocchi Pullberg Le Seuil Paris, 2000,248 pages édigés pendant la dernière année de sa vie, en 1975, cette série de textes que nous proposent en français les éditions du Seuil ont d’abord paru sous forme d’articles dans divers journaux et hebdomadaires italiens {Carrière della Sera, Il Mundo, Giorni).On y a par ailleurs ajouté l’intervention que Pasolini destinait au congrès du Parti radical italien et qui a été lue deux jours après son assassinat survenu le 2 novembre 1975.Nous avons ici, dans ce recueil d’articles, le Pasolini engagé, polémiste, ardent, comme il le fut toute sa vie; le Pasolini incompris, aussi, qui ne cessa de répéter les mêmes choses pour que tout le monde comprenne bien, que le message soit clair.Pasolini a très tôt eu la réputation d’un idéaliste de gauche (un communiste «peu orthodoxe» disait-on de lui), un utopiste aux mœurs sexuelles douteuses, affublé rendait suspect aux yeux d’à peu près tout le monde.En intervenant de façon quasi permanente dans la vie publique italienne, il a inventé sa façon à lui d’être le dernier grand intellectuel italien: devenir, par son entreprise de «publication du privé», une sorte de conscience politique paradoxale, inlassablement vigilante, un révélateur s’offrant «didactiquement» à la persécution des médias, des pouvoirs, de la bêtise générale.Ses dernières interventions, souvent prophétiques, sont loin de contredire l’opinion que Ton s’est faite de lui.«Un des thèmes les plus mystérieux du théâtre tragique grec — commence-t-il d’entrée de jeu — est celui de la prédestination des fils à payer les fautes des pères.Il importe peu que les fils soient bons, innocents, pieux: si les pères ont péché, ils doivent être punis.» Et de conclure à l’égard de ces jeunes des années 70 qu’il « observe tout autour de lui: «Mon sentiment est qu’ils doivent être condamnés.» Pasolini a toujours eu le sens du tragique, et c’est sans doute ce qui lui fut le moins pardonné en cette société démocratique et consumériste où, comme chacun sait, seul le drame, voire le mélodrame bourgeois, a droit de cité; où, surtout, rien ne doit venir troubler Jean-Pierre Denis par ailleurs d’un sens critique qui le la quiétude de ceux qui croient au pro- le meme toit que L'ODYSSÉE Pour un repas, * un petit ^ gueuleton » ou un I verre DU NOUVEAU MONDE Restaurant-bar-café-terrasse ANGLE | SAINTE-CATHERINE ET SAINT-URBAIN RÉSERVATIONS [514] 866.8669 H * i A grès et au bon sens historique.Lui ne croyait pas que nous allions vers une société meilleure et que, au-delà des ratés et des manifestations criardes de la modernité, tout finirait par rentrer dans l’ordre.C’est l’homme du parti pris radical et de la fidélité à l'idéal qui l’a forgé à son adolescence.En cela il est exemplaire, car la fidélité est une vertu qui s’est perdue.Le malheur de la pauvreté Le fil rouge qui traverse l’ensemble de ces «lettres» pourrait se résumer comme suit «Si je condamne les fils (à cause d’une cessation de mon amour pour eux), et si je suppose par conséquent leur punition, je n’ai pas le moindre doute que cela arrive par ma faute.Puisque je suis père.Puisque je suis l’un des pères.Un de ces pères qui se sont rendus responsables, d’abord du fascisme, ensuite d’un régime clérical-fas-ciste et faussement démocratique, et qui ont fini par accepter la nouvelle forme du pouvoir, le pouvoir de la société de consommation, le dernier des désastres, désastre de tous les désastres.» C’est ce dernier point surtout que Pasolini ne cesse ici de critiquer, car dans cette nouvelle société consumériste, il n’y a place que pour une seule culture, un seul modèle de culture: celui de la bourgeoisie.En somme, Ton pratique aujourd’hui en toute bonne conscience le «génocide culturel», notamment en supprimant cette «différence» que représentait il n’y a pas si longtemps encore Tancienne culture paysanne et populaire (comme il aurait encore plus raison aujourd’hui!).D’où son choix d’ouvrir ce recueil sur une série de lettres pédagogiques Pier Paolo Pasolini Lettres luthériennes PrUt tnülê pétlogoffttfuf adressées à un jeune Napolitain.qu’il invente.Pourquoi Napolitain?Parce que les Napolitains auraient peu changé au cours de l’histoire récente, restant pauvres quand tous les autres se seraient enrichis, notamment les habitants du Nord.Qu’ils seraient par ailleurs restés pleins de gaieté et d’affection naturelle (qu’ils soient de remarquables voleurs à la tire n’est pas non plus pour lui déplaire).Pour Pasolini, cela ne fait aucun doute, dans notre société il y a une idée directrice que tout le monde partage, sincèrement ou insincèrement, et c’est que «la pauvreté est le plus grand malheur du monde, et que donc à la culture des classes pauvres doit se substituer la culture de la classe dominante.» Cette idée lui fait littéralement horreur, et c’est bien de son époque que de fustiger ainsi la bour- geoisie comme étant le mal absolu, et d’autant plus absolu qu’il prend le masque de la tolérance et de la rationalité, c’est-à-dire de la normalité.Les jeunes monstres Pasolini, qui est au cœur de ce fossé des générations dont on a tant parlé à cette époque, remarque encore une chose: qu’il n’y a plus d’échange possible entre les pères et les fils, qu’on ne peut plus se comprendre tant le mode de l’expérience a changé.«(.) tous les quelques millénaires arrive la fin du monde.Le changement est alors total.Et c’est bien une fin du monde qui s’est produite entre moi, qui ai cinquante ans, et toi qui en as quinze.» D’un côté, un intellectuel qui, avec ses «esthétismes», est resté critique par rapport aux «choses» modernes parce qu’il les voit comme de simples «signes linguistiques»-, de l’autre un jeune qui, par sa culture, accepte ces choses modernes comme «naturelles» et écoute leur enseignement comme quelque chose d'absolu.Résultat: le premier ne peut apprendre au second les «choses» qui l’ont éduqué, et le second ne peut apprendre au premier les «choses» qui sont en train de l'éduquer (cette expérience induite par le monde même des «choses» a une grande importance chez Pasolini, et une base philosophique qu’il serait ici trop long de développer).Dans cette nouvelle configuration de la culture, il faut d’ailleurs complètement reconsidérer les notions d’«obéissance» et de «désobéissance».Pour Pasolini, ce jeune qui prend des attitudes de contestataire, de révolté, d’extrémiste, qui a les cheveux longs, se force à paraître laid, etc., est tout le contraire d'un révolutionnaire.En fait, l’initiation qui le conduit à ces attitudes est totalement conformiste.Les «désobéissants» seraient plutôt à voir du côté des véritables inadaptés, des déviants, enfin, ajoute-t-il, des «cultivés», une espèce très rare.Il a saisi là quelque chose d’essentiel que, même aujourd’hui, on n’arrive pas encore à admettre tant l’idéologie de la contre-culture a fait de ravages.Quant à la lutte pour la démocratisation de l’expression et fa libération sexuelle à laquelle il a lui-même participé, que reste-t-il de sa force contestataire?Rien.Elle a été dépassée par la décision du pouvoir consumériste d’accorder une tolérance aussi large que fausse à ces manifestations.La réalité des «corps innocents» a, quant à elle, été violée, dénaturée par ce même pouvoir; les ries sexuelles privées, traumatisées par 1a fausse tolérance et fa dégradation corporelle.Aussi, ce chantre de 1a révolution sexuelle, peut-il clamer aujourd'hui: «Je hais les corps et les organes sexuels».Plus précisément, «ces» corps, «ces» organes sexuels.Il y a dans ce livre des idées extrêmement stimulantes, et il est malheureux que Pasolini n’ait pas eu le temps de réviser ce projet La seconde partie est en effet un peu longue et surtout fort répétitive.Quant à fa première partie (Lettres à un jeune Napolitain), il est dommage qu’elle ne soit pas devenue l’objet même de ce livre et n’ait pas été plus développée.Somme toute, un livre qu’on appréciera pour ses idées plus que pour sa forme et sa qualité d’écriture.Mais cela vaut quand même le détour.denisjp@tnlink.net ROMAN DE L’AMÉRIQUE Mailer, ou l’Amérique on ami Jean Morisset de 1a Fraternité métisse internationale (ou tout comme), me faisait remarquer que cette capacité des romanciers américains à produire de «gros livres» tenait sans doute en partie à 1a valorisation d’une ambition athlétique, 1a vision de l’écriture comme performance marathonien-ne.Alors qu’ailleurs, on semble privilégier la plaquette exsangue et l'élégance sobre de la concision (comme si 1a «pureté», en plus d’être une pose morale répandue, devait aussi à tout prix $e mêler de littérature), aux États-Unis, des auteurs aussi intellectuellement respectés que Joyce Carol Oates, Don Delillo et Thomas Pynchon se font une sorte de devoir d’investir le marché avec des pavés qu’on a peine à soulever d’une seule main (fa dernier Delillo, 1e dernier Pynchon.).Le cas Mailer, à cet égard, est typique.Il fait son entrée en littérature en 1948 avec Les nus et les morts, roman de 701 pages, d’une maturité presque inconcevable, écrit par, un jeune homme vingt cinq ans.À la page 1021 (!) de son Harlot et son fantôme, vaste ouvrage sur la CIA Mailer inscrivait «À suivre».Plaisantin, va.Et j’ai oublié 1e nombre de pages que comptait Nuits des temps, cette espèce (le grande pyramide qu’il élevait à l’Égypte des pharaons.Un bon Louis Ha me lin millier, au bas mot.Mailer est un monstre.On se demande où il a trouvé le temps de couvrir les grandes conventions des partis démocrate et républicain, des années 60 jusqu’à aujourd’hui, pour le compte de magazines prestigieux.Car Mailer, en plus d’être un romancier instinctif et profondément intelligent, est aussi un reporter sagace, commentateur lucide et souvent décapant de 1a rie contemporaine de son pays.La petite dispute qui paraît l’opposer à Tom Wolf en ce moment tient sans doute à la part d’héritage que chacun réclame, par des voies différentes, au nouveau journalisme.Mailer, de Marylin à Lee Harvey Oswald.Une seule passion: l’Amérique.Ce conflit est aussi, naturellement, d’ordre politique.Wolf serait un type plutôt à droite, qui doit, selon Mailer, «une partie de son succès à l’assurance qu’il offrait aux riches — “Tues peut-être idiot [.], mais, frère, lesgensquise trouvent tout en bas sont infiniment pires”».Mailer, lui, est parfaitement crédible dans 1e rôle de l’intellectuel de gauche déçu.«La gauche était opposée à la guerre, à la pauvreté, à la faim, au sida, à la drogue, à la corruption en haut lieu, aux prisons surpeuplées, aux restrictions budgétaires, au sexisme, au racisme, à l'opposition à la libération gaie, mais elle n’avait pas eu une seule idée, en vingt cinq ans, pour résoudre l’un ou l’autre de ces problèmes.» Le jugement est incisif, un peu rapide.Un intellectuel de fort calibre Après 50 ans d’écriture (un bail, il est vrai), Mailer regarde en arrière et collige quelques-uns des essais et reportages qu’Ù a livrés, au fil d’une existence scandaleusement célèbre (les cinq mariages et autres déboires matrimoniaux, plus un certain coup de fusil ou de revolver ayant fait, je crois, les manchettes) à diverses publications.Mailer est ce type même d’écrivain qui, de loin, peut facilement être réduit à un cliché.Pour les Français, impossible de passer à côté: c’est «l’enfant terrible» de fa littérature américaine.Et il y a bien sûr fa macho, le «tough guy», cadet de Hemingway, amateur de boxe et de corrida.Un tel traitement, s’agissant de Mailer, relève d’une injustice.Dans L’Amérique, version française de fa sélection intitulée The Time of our Times (fa livre, en passant, ne fait que 472 pages), on découvre, comme un double du viveur effréné, 1e penseur tonique et articulé qui ne craint de se mesurer, ni aux contradictions de son époque, ni aux grands hommes de son pays, ces futurs présidents qu’il saisit et portraiture en quelques traits, à la fois tenté par l’idéalisme et la désillusion, porté par une implacable lucidité et une admirable clairvoyance psychologique, tel un enquêteur de 1a psyché cherchant le reflet de ses propres réflexions dans l’ascension et fa gloriole des puissants.ISP Comment gagner un voyage pour deux In vous abonnant d’ici le 20 mai 2000 là notre prix spécial Paris ! 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MON CHOIX IDE THÉÂTRE J T0 - phoU : - sculpture BORD - poésie et arts t Club Aventure FACTUREZ-M0I ou\ .Nom Adresse • littérature N OR MA N M AIL F: R L’AMÉRIQUE Ce n’est pas un journaliste ordinaire qui affronte, au détour d’une intimité, les John et Robert Kennedy, Eugene McCarthy, Henry Kissinger, Jimmy Carter et Bob Dole.Non, il les évalue à Taune du regard du romancier.Il en fait des personnages de son propre itinéraire, questionneur et inquiet, amoureux et cynique, un pisteur d’états d’âme qui, de Dallas au Watergate, essaie de comprendre 1e projet collectif parfois insensé, fa plus souvent chaotique, que d’aucuns ont jadis baptisé «Manifést Destiny».Narrateur invétéré, il se met en scène à la troisième personne pour mieux approcher son sujet.Les dérives fondamentalistes du Parti républicain, lorsque harponnées par son regard d’aigle, deviennent hilarantes.Le burlesque ne lui échappe jamais.Ni la pathétique fripouillerie d’un Richard Nixon dont il explore 1e caractère avec un art et une pénétration rien moins que tolstoïens.Mailer, c’est 1e vrai roman de l’Amérique.Le lecteur qui rit dans Thorreur de fa politique trouvera aussi fa à boire et à manger.Épris de noble art.Mailer couvrit, comme reporter, le fameux Rumble in the Jungle qui rit Mohammed Ali réinventer 1a boxe tout en récupérant son titre mondial des poids-lourds.Intensité dramatique, description épique, appréhension de Tabîme humain que franchit, entre chaque coup de poing, une machine de muscles (et un cerveau, dans le cas d’Ali) dont le métier est de recevoir des coups sur fa tête.On est loin du cahier sports de La Presse et de cette «profonde intelligence» (Réjean Tremblay) dont ferait preuve Stéphane Ouellette, 1e Poète.(à quand un sé-mioticien lutteur de foire?).Le livre est si captivant et roboratif à tous points de vue que je serais bien en mal de la résumer au moyen d’une impression définitive.Mailer possède Un œil pour les laideurs architecturales de L’Amérique moderne, 1a triomphale exportation du plus plat conformisme Ç9-; thétique.Dès les années soixante» II-voit poindre l’obsession du show-bte qui va s’emparer de fa politique américaine jusqu’à bientôt lui dicter sa lo].Son véritable ennemi, c’est l’hydre fie! 1a médiocrité qu’il traque sous toutes ses formes.Exceptionnel.Il me faudrait une douzaine de pages de plus pour le commenter selon son mérite.Pourrais-je écrire, moi aussi: à suivre?.L’AMÉRIQUE Norman Majler traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinoritch Hon Paris, 1999,472 pages I.K I) K V 0 I K .L K S S A M K I) I 9 K T I) I M A S C II K 2 » K K V H I K R 2 II II (I II rr i.ï ARTS VISUELS Corps grotesques, corps défaillants WHILE THE CRIME IS BLAZING, PAINTINGS AND DRAWINGS, 1994-1999 Leon Golub Centre Saidye Broniinan 5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine.Jusqu’au 5 mars BERNARD LAMARCHE Si vous ne vous êtes pas encore déplacés pour aller voir les toiles brutes de l’artiste engagé Leon Golub à la galerie du Centre Saidye Bronfman, vous avez tort, il s’agit d'un des grands centres d’intérêt de l’encore jeune saison des arts visuels montréalais.Et pas seulement pour le prestige du nom.Toute la production de l’Américain depuis des années sert une dénonciation de la violence, qu’elle soit ponctuelle — Golub s’est penché sur les affres de la guerre du Vietnam — ou généralisée, intemporelle, comme c’est le cas dans les toiles et dessins qui font les frais de cette exposition intitulée While The Crime is Blazing, Paintings and Drawings, 1994-1999.Quiconque connaît la production de Golub sera étonné de voir la facture que prend cette production récente.Les toiles de l’artiste ont toujours elles-mêmes fait l’objet d’une certaine violence.Pour arriver à donner forme à ses figures hiératiques, Golub a toujours procédé par grattage, par utlisation de solvants qui «érodent la toile», donc par le retrait de pigments sur la toile.Une facture singulièrement agressée résultait de cette technique exigeante.Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir, dans la salle dédiée à la collection permanente en art contemporain du Musée des beaux-arts, la magistrale toile de Golub issue de la série des Mercenaires.Or, les limites d’un corps âgé de 77 ans ont forcé Golub à réviser ses méthodes.Il fallait entendre le peintre, lors d’une apparition publique le mois dernier, parler ouvertement, avec des mots sereins, de cette réalité.Ainsi, ces toiles sont moins chargées de ces gestes brusques qui jusque-là avaient fait la marque du peintre.La dernière production est le fruit d’une application davantage fluide du pigment, alors que les corps morcelés que l’artiste dépeint semblent attaqués par une peinture qui ne colle plus à eux.Dans une toile qui reprend le mythe de Prométhée, dans le coin droit, en bas, un personnage par la peinture semble lui-même se liquéfier comme en écho à la violence du contexte dans lequel il se trouve.Violence et intégrité du corps Dans une des toiles, Like Yeah! (1994), on retrouve la panoplie des éléments iconographiques habituels à la peinture de Golub: corps brisés, ré- Golub dépasse l’unique fait de montrer la violence; plus, il la traque férences aux grafittis et le motif du chien menaçant, à la fois gardien et agresseur, qui habite ses toiles depuis peu.Beaucoup des contextes urbains moins favorisés se retrouvent dans les toiles de Golub.Ses fonds brossés renvoient aux murs de la ville qui eux-mêmes donnent l’impression de disparaître, violentés.Les couleurs, criardes, renvoient également aux bruits urbains.Partout, les corps sont déshumanisés.Ce sont plutôt les chiens qui sont animés.La contraction du cri, couvée par le silence de la peinture, est omniprésente dans cette imagerie.L’abject également Dans Dionysiac (1998), le corps humain est entièrement démembré dans une composition qui ne fait pas l’économie d’effets théâtraux.Flottants, les membres sont transformés par la couleur artificielle et par l’application saccadée des pigments, se transforment en un amas de prothèses en plastique.Ici, le corps se fait grotesque, attaqué et trituré par les soins prophétiques qui lui sont prodigués.Car la violence telle que la secoue Golub est essentiellement celle qui détruit à grands coups l’intégrité du corps.Alors, dans cette peinture qui ouvre sur les considérations urbaines et sociales qu’exprime cette violence, une tension psychologique s’avère.Et Golub excelle dans le rendu de cette féroce crispation.De cette façon, Golub dépasse l’unique fait de montrer la violence; plus, il la traque.Les nombreuses plages vides des toiles non préparées de Golub disent cette intention de cibler hardiment l’âpreté des mondes que l’artiste peint.D’un autre point de vue, certaines toiles sont martelées de signes qui s’accumulent brutalement et semblent excéder le cadre restreint des toiles refermées par les murs de la ville.L’iconographie seule — faite de squelettes, de crânes, de corps éventrés — ne parvient pas à soutenir le malaise, la matière même, tient un grand rôle dans ces toiles qui traitent moins de la mort en soi que de ce qui la précède, de ce qui peut y mener.Aussi, Golub ne parle-t-il pas d’une mort encore plus terrible, celle qui laisse les vivants paralysés par la frayeur?En tout cas, son travail veille à ce que la violence ne puisse pas, dans les tableaux, être banale.Parmi les dessins de cette exposi- Champs colorés FRANÇOISE SULLIVAN Galerie Lilian Rodriguez 372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 405 Jusqu’au 11 mars BERNARD LAMARCHE On se souvient, depuis trois ans, des toiles rouges et bleues de Françoise Sullivan, présentées à la galerie Lilian Rodriguez, puis dans une exposition très réussie qui mettait en relief de manière fort impressionnante ces toiles, à la galerie de l’UQAM.Ces bleus et ces rouges chatoyants réservaient de réels beaux moments de peinture.Or, des nouvelles toiles de cette artiste chevronnée, dont la présence dans certains des jalons de l’histoire de l’art québécois n’est pas à débattre, tant en danse qu’en peinture, pour ne rien dire non plus de son implication comme signataire du manifeste Refus global, il n’est pas toujours possible d’en dire autant.Cette nouvelle exposition de travaux récents ne cesse de dire l’importance du paysage dans la peinture de Sullivan.Les lignes d’horizon des tableaux abstraits sont rythmées de lézardes qui rappellent les courbes de la lande.Les choix de couleurs gonflent également cette veine paysagère.Quelques œuvres, notamment celle où un carré noir se découpe dans le bleu miroitant des rebords de la toile, se donnent comme de véritables petits joyaux de peinture.Plusieurs, par contre, ne retiennent pas aussi facilement notre attention.Non pas que cette peintre n'affiche pas une assurance que viennent confirmer plusieurs années de peinture, mais elle semble ici quelque peu frileuse, moins téméraire que par le passé.Par contre, dans cette exposition est présenté le premier essai en gravure de Sullivan, intitulé Sonores et nus.Une collaboration avec l'auteu-re Denise Desautels, dans laquelle on retrouve les gestes ondulés présents dans les autres toiles comme les mots de l’auteure qui épousent la plaque carrée de l’œuvre, l’estampe est une belle réussite.Cette pièce est le résultat d'un échange entre Sullivan, Desautels et la danseuse et chorégraphe Lucie Grégoire, et de la complicité de l’imprimeur Danielle Blouin.Vrai qu'ici se déploient une transparence et un mouvement qui ne sont pas du tout banals pour ce médium.C’est toutefois dans la petite pièce de la galerie que la plastique de Sullivan se fait plus ardente.Dans cette mosaïque de pastels qui recouvre tout le mur de la petite salle, l’artiste parvient à dynamiser ce qui ailleurs arrive moins facilement à décoller.Dans ces petits formats qui jouent habilement de la répétition et du geste plus nerveux, Sullivan retrouve la vitalité qui a souvent marqué sa production.Rien ne devrait vous empêcher de vous attarder à ces œuvres d’une artiste dont le parcours recoupe parfois les bornes de l’histoire.CENTRE SAIDYE BRONI MAN Dans Dionysiac (1998), de Leon Golub, le corps humain est entièrement démembré dans une composition qui ne fait pas l’économie d’effets théâtraux.tion, quelques-uns arrivent, dans la forme et dans la manière, à pulvériser les corps en des convulsions intenables.H faut absolument s’attarder à Escape artist (1995).Finalement, Aversion (1994) nous convie à une chorégraphie où encore une fois le corps est animé d’un spasme terrifié.Ce n’est pas en vertu d’une aveugle admiration qu’on ira voir cette exposition mais, dans la mesure où s’y déploie une manière moins épidermique dans le traitement de la peinture — cette pro- duction n’a jamais été superficielle —, à cause d’une approche plus cérébrale, qui y gagne peut-être à être assimilée à plus petites doses, que plus fermement.While The Crime is Blazing.Paintings and Drawings, 1994-1999, est le fruit d’une collaboration entre la galerie du Centre Saydie-Bronfman, la Bueknell Art Gallery de l’Université Bucknell, en Pennsylvanie, et le Macdonald Stewart Art Centre à Guelph, en Ontario.Stuart Horodner en est le commissaire.PEJMAN Peintures récentes Pejman Ebadi a 17 ans.Il vit et travaille en France, expose en Europe et en Amérique depuis plus de 10 ans.lusqu'au 26 février GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Montréal H2Î 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au samedi de 9 h 30 à 17 h 30 CciAfç d'ACjUAmlk ôtiôc "féckMicjué’!; 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