Le devoir, 3 juin 2000, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI :{ ET DI M A N < Il E I .1 lT I X 2 O O O LE DEVOIR Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 ?De Renoir à Picasso Page D 7 Jardins Page D 8 Molière (Jean-Baptiste Poquelin) HISTOIRE LITTERAIRE Sur les tréteaux de la comédie GEORGES LEROUX Ce petit livre (Molière - Philosophie, d’Olivier Bloch) est vif et vert comme un matin de printemps et son titre, qui annonce une joyeuse rencontre, recouvre de fait un labyrinthe intriguant où se donne à découvrir toute l'histoire des idées du XVIL siècle.Il ne s’agit pas de restituer ce qu’aurait été, dans les débats de Descartes, de Gassendi ou de Ma-lebranche, la position de Molière, encore que sur plusieurs points de philosophie le grand comique se soit montré capable de subtilité.Il ne s’agit pas davantage de répondre à la question, aussi piégée pour lui qu'elle l’était pour Rabelais, de savoir si la comédie de Molière recouvre un athéisme ou une irréligion complète, dont le Tartuffe serait l’expression achevée.Cette question a ses mérites et l’enquête d’Olivier Bloch permet de l’effleurer, mais le vrai sujet de son livre est à l’étage au-dessus, là où le texte permet un peu plus de clarté.Prenant argument du témoignage du biographe de Molière, M.de Grimarest, qui fait de lui un disciple docile de Pierre Gassendi, l'historien entreprend de recenser tous les échos du débat philosophique de cette première modernité française qui atteignent la scène de Molière.Entre Lucrèce et Diderot voici un écrivain sensible au matérialisme, dont l’écriture sera dans son siècle la contre-épreuve par le rire du sérieux philosophique.Formé comme Descartes à la bonne vieille scolastique.Molière appartient au monde qui en verra le remplacement par les mouvements venus d'Italie: le naturalisme néo-stoïcien des libertins érudits et le réalisme politique inspiré de Machiavel, dont Gabriel Naudé sera en France le principal propagateur.Dans ce lot de penseurs contestataires domine la grande figure de Pierre Gassendi, critique de Descartes et auteur d'une oeuvre néo-épicurienne monumentale.Il vécut notamment à Paris chez son ami luillier, dont le fils fut un grand ami de Molière.Olivier Bloch évoque avec finesse les relations qui unissaient Molière au milieu de Gassendi dans les années 1640.Par exemple, ce François Bernier qui fut l’éditeur du philosophe, mais surtout Cyrano de Bergerac, auteur d’une VOIR PAGE D 2: MOLIÈRE :« I La nation des morts Elle porte en elle une nation entière, un peuple de fantômes, d’âmes errantes au corps trépassé, simples souvenirs peut-être.Qui sait au fond ce que sont les morts devenus?Elle entretient avec eux une relation houleuse, leur fait la conversation, leur en veut et les aime à la fois.Essayiste et maintenant auteur d’un premier roman, Deuils cannibales et mélancoliques, publié aux éditions Trois, Catherine Mavrikakis.qui est aussi professeur de littérature à l’université Concordia, soigne la mémoire de «ses morts», comme elle les appelle, tout comme elle soigne son besoin de leur survivre.Son livre est la petite chronique d’un deuil inachevé.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR ela a commencé avec un mort.Encore un.Un ami perdu de vue depuis des années dont la narratrice du roman a appris le décès un an après les faits, par hasard.Un ami avec qui elle s’était d’ailleurs brouillée, de qui elle a ensuite voulu se venger, même si elle l’aimait toujours.«J'ai besoin défaire payer à Hervé sa mort.J’ai besoin de l’insulter.D’aller cracher sur sa tombe, ou de faire pisser mon chien sur son épitaphe.J’ai besoin de me venger bêtement.Mais de quoi?», écrit-elle.Le sida.Parce quelle s’intéressait alors à l’œuvre d’Hervé GuiberL lui-même mort du sida et qui a écrit sur ce thème, Mavrikakis a rebaptisé cet ami Hervé.C’était il y a quelques années et Catherine Mavrikakis avait déjà un chapelet de morts derrière elle, des morts douloureuses et prématurées, survenues souvent par suicide ou maladie, elle qui a fréquenté la communauté homosexuelle mâle au plus fort de l’épidémie Ide la sinistre maladie.Cette dernière mort a réveillé toutes les autres.Elle l’a menée au roman.Du suicide, elle parle aussi sans complaisance, elle qui a subi les nombreuses tentatives de suicide de son père et qui y voit beaucoup de théâtre.«Je déteste les gens qui se suicident, des fois j’ai envie de les frapper, je sais qu’il y a de la mise en scène dans le suicide», dit-elle.Pour les besoins du livre, l’auteur a baptisé tous ses morts Hervé.Son roman nomme la mort sans trompettes ni flonflons, ni fausse compassion, l’aborde même avec un certain humour.Elle rappelle ses morts les uns après les autres, les confond, les compare, s’en i moque, s’en ennuie, les congédie.Cela lui permet peu l à peu de vivre sans eux, elle qui a déjà eu des ten-I dances suicidaires et qui se réjouit d’être en vie.Du reste, elle dit n’emprunter une personnalité suicidaire P que pour les besoins du livre.VOIR PAGE D 2: MAVRIKAKIS «Je déteste les gens qui se suicident, des fois j’ai envie de les frapper, je sais qu’il y a de la mise en scène dans le suicide.» *PTS O LETTRES 0 SPSCTACLES o SOENŒS HUhMNES Dossier «Cliniciens ès lettres» n" 172 (mai-juin 2000) Abonnement : (514) 355-3333 La revue fête ses vingt ans cette année.Profitez-en pour vous abonner ! Dossiers à venir : « Les cultures de la psychanalyse » (nu 173, juillet-août 2000) « Poètes de P Amérique francophone » (n° 174, septembre-octobre 2000) « Mort, U féminisme ?» (n° 175, novembre-décembre 2000) sans frais : 1-8000-363-1310 • expsmag@,expressmag.com f i ' î L F.I) F V 0 I K .L F S S A M F 1) I A FT I) I M A N < H F I .1 I' 1 X 2 0 0 () I) 2 SUITE DE LA PAGE D 1 œuvre aux sympathies gassen-distes indubitables et dont Le Pédant joué sera tout bonnement réécrit dans les Fourberies de Sca-pin.Le fils de Luillier s’appelait Chapelle et M.de Grimarest le représente disputant avec Molière, sur un bateau qui les ramenait d’Auteuil, des mérites de Gassendi et de Descartes.Les Objections circulaient, et l’arrogance des Réponses ne plaisait à personne.Qu’on en trouve l'écho dans le dialogue de Dom Juan et Sganarel-le n’est qu’une des résonances de la philosophie dans la comédie.Rien qui Lisse de Molière un cartésien, ce serait plutôt le contraire.A suivre Olivier Bloch dans sa lecture du «je» et du «moi» dans L’Ecole des femmes et dans L'Impromptu de Versailles, toute la métaphore du théâtre et du personnage résiste déjà en sous-œuvre aux certitudes du cogito, dont elle accueille au même moment les inquiétudes.L’enjeu matérialiste Entendons-nous, Molière ne *• Livres •• MODÈRE Molière ne raille pas Descartes, il Vexpose un peu crûment raille pas Descartes, il l’expose un peu crûment Laissons de côté les aspects aristophanesques, où tout est prétexte à se moquer du penseur, c'est-à-dire de celui qui recherche la hauteur, le détachement et ne peut éviter la suffisance et l’esprit de sérieux.Ils sont nombreux chez Molière, et ces moqueries ne sont pas pour Bloch la véritable résonance de la philosophie dans la comédie.I>es docteurs du Mariage forcé.Pancrace l’aristotélicien et Marphurius le pyrrhonien, constituent certes de belles figures comiques, mais ces personnages ne permettent pas d'exposer l’enjeu philosophique du XVIL siècle, un enjeu auquel Molière se montre favorable: le matérialisme.Cet enjeu va se laisser traquer sur la piste de la médecine.Tous ces médecins et toutes ces humeurs, comme par exemple chez l’atrabilaire Misanthrope, ouvrent en effet au grand jour le trésor de l’anthropologie philosophique inspirée de la tradition médicale: qu’est donc la nature humaine, est-ce simplement un flegme?Et le philosophe du Bourgeois, modelé sur la figure du cartésien Géraud de Cordemoy, sert-il seulement de repoussoir au gassendisme?Pour répondre à ces questions, Olivier Bloch se déplace sur un registre supérieur: laissant les personnages, il va vers les thèmes de la philosophie qui se condensent dans l’écriture de Molière.En les désignant comme des philosophèmes, Bloch ne fait rien de faussement savant: il veut seulement se prémunir contre le risque d’attribuer à Molière une philosophie que le comique ne fait que faire entendre.Cela dit, il y a tout de même l’ouverture de Dom Juan: «Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie.» Ce morceau, Bloch va l’analyser jusque dans ses derniers replis, et en particulier l’éloge du tabac prononcé par Sgana-relle.Il y voit un credo philosophique matérialiste, où s’expose tout le tiraillement moderne du corps et de l’âme, toute la question de la psychologie morale, par laquelle la philosophie n’est jamais si bien à sa place que dans une réplique de théâtre.Contre les déclamations héroïques des héros de Corneille, auxquelles convient le cogito cartésien, Molière fait valoir le naturalisme de Sga-narelle et de Dom Juan: le vice comme la vertu ne sont rien d’autre que le résultat d’un processus matériel.En voilà assez pour réinterpréter l’éthique d’Aristote et se relier au cycle de la mélancolie qui va de L’Amour médecin au Malade imaginaire.Mélancolie, doctrine des tempéraments, telle est l’explication juste des errances de la raison.Cela nous reconduit-il à Gassendi?Par le détour de ses objections au rationalisme de Descartes, nous revoici au cœur du sujet: Molière, attiré par le matérialisme, sera intéressé par la critique de Gassendi, et en particulier par la question de l’influence de l’esprit sur le corps.«Cela n’est-il pas merveilleux que me voilà ici.» Réplique admirable, que Dom Juan laisse se dérouler sans interruption, pour que chacun y retrouve l’écho de Gassendi à travers Malebranche.Cette filiation ¦ Olivier Modi ¦ Molière / Philosophie m Bibliothèque ALBIN MICHEL like* ¦ passe par Géraud de Cordemoy, dont le texte Le Discernement du corps et de l’âme est ici placé en position de matrice philosophique de la comédie, mais elle est surtout exemplaire du siècle qui s’exprime dans Molière.«Mais moi, qui suis-je maintenant.?», s'écrie Descartes après avoir évoqué la malin génie.C’est l’Amphitryon qui lui répond, dans le dialogue de Sosie et Mercure: «Et peux-tu faire enfin, quand tu serais démon, que je ne sois pas moi?» Emboîtement de Descartes?Mise en abyme vertigineuse du sujet moderne?Evitons les formules, demeurons avec Olivier Bloch près du texte de Molière.Printanier, comme tout ce qui va conduire aux Lumières, ce texte est un adieu à la scolastique et à ses vaines disputes en même temps qu'une ouverture aux vents nouveaux de l’inquiétude du sujet et aux philosophies qui ont cherché à le penser.Cela, Olivier Bloch le montre avec une finesse et une clarté qui s’ajustent parfaitement à la nervosité de l’époque qu’il entreprend de retraverser: lecteur de Molière, il se montre de bout en bout agile et brillant, passeur de la philosophie à la comédie, il est tout simplement lumineux.MOLIÈRE - PHILOSOPHIE Olivier Bloch Albin Michel, Bibliothèque «Albin Michel Idées» Paris, 2(XX), 190 pages MAVRIKAKIS Une réflexion sur la place des morts dans notre vie SUITE DE LA PAGE D 1 Pour elle, la mort des autres est un défi, et elle prend le pari qu’elle les reverra peut-être un jour, même si elle n’est jamais arrivée à croire en une religion, en la vie après la mort.«C’est un sujet qui m'a toujours un peu obsédée, ce n'est pas non plus que je sois particulièrement morbi- de, et j'espère que ce n 'est pas cela qui ressort du texte, mais c’est aussi que j’ai connu beaucoup de gens qui sont morts, alors il y a cette proximité.Et c’est un peu parce que j’ai connu des gens qui sont morts très jeunes», dit-elle en entrevue.Elle arrive de noir vêtue, à la fois nerveuse et sûre d’elle, étonnée de l’attention qu’on lui accorde, elle qui admet avoir écrit ce livre par plaisir GRC R< ti inr maud-Bray —«ngk»—(gariîcÏÏi - w — PALMARÈS du 24 au 30 mai 2000 1 1 essai 0.Le mystère Villeneuve 4 J.Beaunoyer Oc/Amérique 2 SPORT 1 Étienne Marquis Trustar 3 POLAR Le testament 3 John Grisham R.Laffont 4 ROMAN City 2 A.Baricco Albin Michel 5 NUTRmON Quatre groupes sanguins, quatre régimes 34 P.J.D'Adamo du Roseau 6 ROMAN Et si c’était vrai.19 Marc Lévy R.Laffont 7 ROMAN Véronika décide de mourir 8 Paulo Coelho Anne Carrière 6 SPIRITU.l’art du bonheur * 65 Dalaï-Lama R.Laffont 9 PSYCHO.À chacun sa mission 28 Monbourquette Novalis 10 ROMAN Balzac et la petite taiileuse chinoise * 16 Dai Sijie Gallimard 11 SEXUALITÉ Le pénis illustré * 10 Joseph Cohen Konemann 12 JEUNESSE Le dinosaure 3 Walt Disney Phidal 13 ROMAN 2 Amin Maalouf Grasset 14 PSYCHO.La guérison du cœur 17 Guy Corneau L'Homme 15 BIOGRAPR C’est comment l'Amérique?8 Frank McCourt Belfond 16 JEUNESSE Harry Potter : coffret 3 vol.24 J.- K.Rowling Gallimard 17 ROMAN Le bonheur en Provence 8 Peter May le Nil 18 HISTOIRE 100 ans d'actualités - La Presse 25 Collectif La Presse 19 SANTÉ Le corps heureux 8 T.Cadrin-Petit L'Homme 20 POLAR Cadavre X 6 P.Cornwell CaÉnamLévy 21 BKX3RAPH.Mémoires de la rose * 2 Consuelo de Saint-Exupéry Plon POLAR 1 Ruth Rendell CsÉnarrvlévy FICTION L'empire des anges 5 Bernard Wectoer Albin Michel 24 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 38 Henriette Major Fides 25 ROMAN 2 Christian Jacq XO éditeur 26 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 * 162 NeateD.Waésch Ariane 27 ESSAI Q.Marcel Tessier raconte.10 Marcel Tessier L'Homme 28 ROMAN Q.L'autruche céleste 15 lléana Doclin RammarionQ.29 SPIRITU.Le grand livre du Feng Shut 32 GUI Haie Manise 30 HORREUR La petite fille qui aimait Torn Gordon 5 Stephen King Albin Michel 31 FAUNE 52 RogerTPotereor B roquet 32 B.D.Garfield n' 30 - Dur de la feuille 7 Jim Davis Dargaud 33 ROMAN Mon cœur, tu penses à quoi?11 Nicote de Boron Plon 34 HORREUR Hannibal * 19 Thomas Harris Albin Michel 35 JEUNESSE Quand les grands jouaient à la guerre 13 lléna F.- Gruda Actes Sud 36 ROMAN Un parfum de cèdre * 37 AMMacdonaW RammarionQ.37 B.D.Lucky Luke n* 39 - Le prophète 7 Morris/Nadnam Ludty Comics 38 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus * 325 John Gray Logiques 39 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 135 1.Nazare-Aga L’Homme 40 ROMAN Autobiographie d'un amour 33 Alexandre Jardin Gallimard Livres -format ooche 1 ROMAN Geisha « 4 Arthur Golden Livre de poche 2 PSYCHO.Le harcèlement moral 15 M.-F.Hlrigoyen Pocket 3 ROMAN Q .La petite fille qui aimait trop les allumettes * 18 Gaétan Soucy Boririocmpaci 4 ROMAN Les cendres d'Angela « 85 Franck McCourt J'ai lu 5 ROMAN L'alchimiste 221 Paulo Coelho J'ai lu 9 : Coup* de coeur RB HHiHI : I** aornain* sur notra lista ^ NOMBRE r>i SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION égoïste et pour se libérer d’une obsession.Dans son livre, elle parle d’ailleurs de certains morts comme de «pots de colle de l’au-delà, qui demandent réparation ou quelque vague vengeance».Mais loin d’être une litanie nécrologique, ce livre offre en fait une réflexion sur la place, voire la présence des morts dans notre vie, nous qui n’échappons guère à la mort et qui y sommes sans cesse confrontés, de Maurice Richard à Dédé Fortin, en passant par tous les autres, plus près ou plus loin de nous, et même jusqu’aux petits animaux pleurés de notre enfance.«On est juste des vivants et il faut continuer à vivre», constate Mavrika-kis.Décapant le mince vernis de la vie en société montréalaise r ^ Lancement du livre Juifs et Canadiens français * dans la société québécoise: actes d'un colloque Un compte-rendu du colloque "Les relations judéo-québécoises: identités et perceptions mutuelles" Parrainé par la Bibliothèque publique juive et l'Institut interuniversitaire de recherches sur les populations (IREP) et en conjonction avec la Quinzaine Sépharade Mardi 6 juin 2000 à 19h30 Centre de conférence Gelber 2, Carré Cummings (entrée sur l'avenue Westbury) 't IMBP ®lK,ue § I ÉDITIONS DU ^ NOROIT Nouvelles parutions printemps 2000 Catherine Fortin Le désarroi des rives UMSA"*0,DBWvB 90 pages 14,95 $ US FORÊTS Bertrand Laverdure Les forêts 85 pages 14,95 $ Louis-Jean Thibault Ut nuit sans contours 74pages 14,95 $ quelle dépeint sans complaisance, un milieu universitaire figé et complaisant, elle démontre une rage fougueuse, une rage inassouvie, qui montre les dents à l’occasion.«Je leur en veux d’être morts.Je sais que ce n’est pas leur faute, mais cela me fait chier qu’ils ne soient plus là [.].Im mort ne doit pas étouffer les sentiments qu ’il y avait, et cela va dans tous les sens: la rage, la colère, l’amour; elle ne doit pas figer la vie.» Ce qu’elle a voulu faire, confie-t-elle, c’est enterrer ses morts, «mais les enterrer de façon à ce qu’ils demeurent accessibles», d’où la mélancolie qui accompagne l’ouvrage.«La mélancolie, c’est quand on n ’est pas capable de faire le deuil.» L’ouvrage se penche également sur le suicide, qui est carrément en rupture avec le combat des sidéens qui ne veulent pas mourir.«Je ne suis pas suicidaire; je l’ai déjà été mais je le travaille.Je ne veux pas que ce livre soit un chantage au suicide», dit-elle, admettant qu’il s’inscrit dans un travail psychanalytique.«J’écris pour distraire tous les suicides et tous les morts qui nous appellent sans cesse», écrit-elle pourtant, surmontant la peur de nommer les choses.Récit empoisonné Née d’une mère française et d’un père grec, d’une mère rationnelle et d’un père superstitieux, Catherine Mavrikakis a grandi à Montréal.Depuis 20 ans, elle y a enseigné à différents niveaux, du secondaire à l’université.Et son livre, même si c’est une fiction, pose aussi un regard critique sur la communauté intellectuelle montréalaise, une communauté peu combative, peu engagée, dénonce-t-elle, dont la tâche est essentiellement de former des élites par la méthode des vases communicants.«Mes anciens étudiants me sapent le moral, ils me dépriment, ils m’empoisonnent la vie et finissent par me détruire.Je ne suis décidément pas bonne mère, écrit tout de go la narratrice./’aï passé tant d’heures à leur montrer que la littérature, c’est aussi de ne pas aller à cette université, je me suis telle- CuthciUM.MuvrikaktN DEUILS CANNIBALES ET MÉLANCOLIQUES ïtOTLin 3 ment épuisée à leur dire de travailler sur autre chose que Ga-brielle Roy et toute l’institution littéraire bien pensante et pas du tout engagée, que je ne veux plus rien avoir à faire avec eux.Je les maudis.» Elle croit d’ailleurs que «le récit empoisonné est un genre qu’il nous faut réinventer».Si le thème choisi par Catherine Mavrikakis n’est pas des plus rigolos, il n’en est pas moins quotidien, comme la mort d’ailleurs.Il mérite aussi certaine ment qu’on s’y attarde.Selon elle, les Occidentaux ont d’ailleurs une manière maladroite d’enterrer leurs morts.«On vit dans une société où le deuil est un petit peu du prêt-à-porter», alors que le deuil véritable s’étend souvent sur plusieurs années.«C’est bien quand cela gagne, la vie.C’est réjouissant, dit-elle.J’aime bien les fêtes, quand on célèbre, la célébration de la vie.» Pourtant, on fait tous des arrangements avec la mort, on vit ses deuils comme on peut.Mavrikakis, elle, a décidé d’en parler, de les garder un peu avec elle, et même d’en rêver, à l’occasion.«On meurt comme on a vécu», dit-elle.L’événement ne grandit pas.il interrompt.11 n’y a rien d’éternel.DEUILS CANNIBALES ET MÉLANCOUQUES Catherine Mavrikakis Editions Trois Laval, 2000 200 pages A Triptyque www.generati0n.net/tript5' Tel.: (514) 597-1666 J- fs «L‘1iç Pajpjette P expedition /s sauvaoes rimun.lift) p.Is s ?¦ I.fi 1 îles icmps île I miuncm c.I n y p.ii'Sihnv le centre
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