Le devoir, 10 juin 2000, Cahier D
LE DEVOIR.LES SA M EDI 1 O ET I) 1 M A X CUE II .1 l' I X 2 O O O LE DEVOIR Romans québécois Page D 3 Polar Page D 8 Pascal Quignard Page D 8 Livres de poche Page D 9 ?L’enfiint cow-boy Page D 10 Polar Le Poulpe en voyage au Québec Le journaliste Michel Dolbec signe un premier polar dans la collection française CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Paul est un obèse solitaire et mal aimé, concierge montréalais qui traîne derrière lui une vadrouille humide, et que l’on surnomme Paul la limace quand il n’est pas là.Bref, Paul, le premier personnage que l’on rencontre dans le roman policier Palet dégueulasse, dans la série Le Poulpe paraissant aux éditions Baleine, ne ressemble en rien à son auteur, Michel Dolbec, qui occupe le poste de correspondant de la Presse canadienne à Paris depuis plusieurs années.Paul est un Québécois qui meurt dans des circonstances mystérieuses, alors que le Poulpe, l’enquêteur-vedette de cette série, qui s’appelle aussi Gabriel Lecouvreur, est Français.Apprenant la mort de Paul à la lecture d’un entrefilet dans un journal québécois qui traîne au Pied du Porc, son bistrot favori de Paris, le Poulpe décide de s’envoler vers le Québec pour y mener son enquête.C’est la rencontre de l’ancien et du nouveau continent, qui donne lieu à une variation sur l’usage de la langue française, qui ne manquera pas d’amuser quelques lecteurs.«Palet» est le terme hexagonal qui sert à désigner ce qu’on appelle ici une rondelle de hockey.Gabriel Lecouvreur, qui n’entend rien à notre sport national, ne tarde pas à l’apprendre, lui qui s’introduit dans le monde merveilleux du hockey pour les fins de son enquête."Hé la tapette! Icitte on dit un bâton de hockey pis une puck.Un disque, à la limite une rondelle.Mais pas un palet! Compris l'hostie de Français?», écrit Dolbec.Un mariage d’accents Il faut dire que Michel Dolbec est originaire de Shawinigan, et que les nombreuses années qu’il a passées en France lui permettent de circuler très facilement VOIR PAGE D 2: DOLBEC in* mSÊm S1SI11SII MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Comme dans les plus purs western, tout commence comme un point noir à l’horizon qui grossit jusqu’à devenir une colonne: piaffement des chevaux, cris des hommes, grincement des essieux: ils arrivent! par charretées, les livres qu’on voudra lire cet été, car la règle veut qu’on ait alors tout son temps — dans le hamac tendu entre les deux tilleuls; dans le métro qui ne s’arrête plus à Honoré-Beaugrand et vous emporte au bout du monde; près du petit bassin, les pieds dans l’herbe, et quand vous levez les yeux, cette grotte, là-bas, on dirait bien que c’est celle du chasseur, ou de Circé, ou de maquisards prêts à en découdre dans la pénombre.Dans un monde fait de métamorphoses, on peut être sûr au moins d’une chose: les grottes n’ont plus rien à voir avec la direction des parcs de la Ville de Montréal.«La recette commence par une erreur» (Maryline Desbordes, La Seiche, Points).«J’imagine que vous devez recevoir peu de Lettres car les vôtres sont si nobles qu'elles effraient» (Emily Dickinson à Samuel Bowles, Lettres au maître, à l’ami, au précepteur, à l’amant, Circé).«Oui, il est plus facile d’inventer une réalité de toutes pièces que de pénétrer dans celle qui nous est la plus proche» (Francisco Coloane, Le Passant du bout du monde, Phébus).«Je sais bien que de deux choses l’une: ou tu vis, ou tu écris.Mois je veux vécrire» (Jacques Godbout, Salut Galarneau!, et dans la toute récente édition du Nénuphar, s’il vous plaît).Ce ne sont là que quelques-uns des titres qui vous attendent cet été, si vous ne les avez pas lus au moment de leur parution, il y a quelques semaines.La tête encore pleine de la vie qui en déborde, on vous les recommande sans réserve.A condition de ne pas oublier les autres: ceux qui vous tombent dessus, qu’une copine vous prête, qu’un libraire vous tend, ceux qui traînent dans la chambre d’ami d’une maison de campagne ou sur une étagère, avec les allumettes et le sucre, dans une cabane au milieu des bois: des charretées de lectures, on n’exagère pas.Les pages qui suivent vous proposent donc une première sélection, toutes catégories confondues, avec une faiblesse toute saisonnière pour le roi roman.Une seconde suivra la semaine prochaine.Joyeusement éclectique, notre choix est semblable à celui de l’abeille qui butine et fait son miel d’une variété de fleurs.Les pavots pensifs de l’histoire.Les marguerites de la romance.Les roses épineuses du polar.Et l'aventure d’une brassée de tulipes que vous fait livrer un inconnu.Alors le soir tombe.La fraîcheur s’installe.On est allé sur les mers.On est mort au moins trois fois, l’assassin cavale toujours, qu’importe.On apprenait le nom des étoiles.L’été ne finissait jamais.On Usait L’été ne finissait jamais.On lisait.Cbre Martin '“•"‘“"fMta.h, UjMi»,»** Artonne Mafe Mariaagéi»* Lkniel Fbüqun La Cét* de Sabla partez le Québec en poche ! En vente chez votre libraire Catalogue complot : www.lmesbii.com f01* Gauthier -teanne-Maoœ Defcte fl 7revo' ^guson Nouvefiej d'Abitibi ^ enfer / i I.F.I) K V U I H .L K S S A M F I) I 10 ET DI M A X (HE II JUIN 2 0 0 0 DOLBEC Chaque roman de la série Le Poulpe est écrit par un auteur différent SUITE DE LA PAGE D 1 d'un registre à l'autre.D'ailleurs, quand il ouvre la bouche, ce journaliste, qui fait maintenant ses débuts dans le monde littéraire, parle français tantôt avec un accent parisien, tantôt avec un accent québécois, ce qui est assez déroutant, surtout quand ces deux accents, le québécois et le français, s’harmonisent en un seul.«Je m’amusais à poser un regard québécois sur le regard que le Français jette sur le Québec, ce qu'il voit en tant que touriste», dit-il en entrevue, lui qui a récemment fait une petite tournée de promotion au Québec.Palet dégueulasse invite donc Ijecouvreur à visiter le Québec, et Shawinigan en particulier, sur les traces de l’assassin de Paul.Il découvre bientôt que Paul avait joué au hockey dans sa jeunesse, et son enquête le mène dans les hautes sphères du hockey québécois.Aussi, l’un de ses personnages, nommé Jacques Laventu-re, caricature-t-il Marcel Aubut, ancien copropriétaire des Nordiques de Québec.«Chez vous, c’est le socialisme, la retraite à cinquante ans, les grèves à en plus finir, les trois mois de vacances payées.Mais travailler, se battre, gagner, vous savez pas ce que ça veut dire.Vous voulez le beurre et l’argent du beurre et.», dit ce Laventure au Français Découvreur, qu'on appelle le Poulpe parce que ses bras se sont étirés à force de se tendre vers le vide, après la mort de ses parents dans un accident de voiture.Le personnage du Poulpe existe pour sa part depuis les débuts de la série, qui compte une centaine de titres.L’idée originale de cette série est de Jean-Bernard Pouys, qui a aussi écrit le premier titre, La petite écuyère a cafté, qui recevait le prix Paul Féval de littérature populaire en 19%.Selon la formule consacrée, le Poulpe est un personnage «libre, curieux et contemporain», lit-on en quatrième de couverture.11 enquête à son compte sur des sujets de son choix.Il a des sympathies de gauche et porte un passé de militant.«D’extrême gauche, plutôt anarchiste», dit Dolbec.Dans le roman de Dol-bec, cela lui fait rencontrer un groupe de manifestants québécois, qui protestent à Montréal contre la tenue du congrès d’une organisation de droite nommée Human life Federation.«Ils portaient des vêtements 'né-gligés — jeans troués, tee-shirts noirs — et affichaient les mêmes gueules infréquentables, les mêmes tronches d’asociaux imperméables aux lois du marché et au réalisme économique.Bref, c’étaient des potes», écrit Dolbec.Autre marque de commerce du Poulpe, son goût prononcé pour les bières, qu’il expérimente les unes après les autres au fil des pages.Robin des Bois sur les bords, il a aussi un faible pour les femmes.C’est à travers un ami libraire que Michel Dolbec, qui vit à Paris, a été mis en contact avec la maison d’édition Baleine.Son bagage lui permettait de faire voyager le Poulpe au Québec, ce qui convenait à l’éditrice puisque le personnage, qui célèbre ses 40 ans cette année, n’avait jusque-là pas encore voyagé.En écrivant, donc, Michel Dolbec s’est imprégné de ses souvenirs québécois, tout en usant de la liberté propre à l’écrivain d’inventer des lieux et des personnages.«Par exemple, à Shawinigan, la description que j’ai faite de la ville d’un point de vue historique est vraie.Les descriptions de la naissance de la ville, de l’aménagement urbain, du projet urbain, c’est vrai.Jusqu’à aujourd’hui, avec cette tentative de renaissance autour de l’activité 0 N S ^¦(/[ONDES '¦ fiôe# /tMJÆii/e'K cît /jof'féc’ / NOUVEAUTES A NE PAS MANQUER Indispensable: l'album du centenaire du Mouvement Desjardins DESJARDINS, 100 ANS D'HISTOIRE Pierre Poulin, avec la collaboration de Pierre Goulet et Andrée Rivard Préface de Claude Béland 144 pages, reliure rigide, 29,95$.Publié en coédition avec les Éditions Dorimène Tout en couleurs - avec des photos de Mia et Klaus La démocratie: une série jeunesse que tout adulte devrait lire! LA DÉMOCRATIE, JE L'APPRENDS! Laurent Laplante Illustrations: Paul Berryman 14,95 $ L'histoire de la démocratie au Québec LA DÉMOCRATIE.JE L'INVENTE! Laurent Laplante Illustrations: Paul Berryman 14,95 $ Une initiation aux valeurs de la démocratie: liberté, égalité, fraternité.VIENT DE PARAITRE ! L'ÉVALUATION DES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX Un outil d’aide i la décision Gaétan A.Leduc et Michel Raymond, préface de Normand Trempe, 426 pages, 39,95$ Un tour d'horizon complet des notions à assimiler, des méthodes et des procédures reconnues en matière d'ÉlE, ainsi que des exemples en provenance de toute la Francophonie.La collection vie pédagogique: des petits livres pour de grandes réflexions POUR DES PRATIQUES PÉDAGOGIQUES REVITALISÉES Sous la direction de Luce Brossard 192 pages 19,95$ Penser et comprendre le changement pour le réussir.Des pistes prometteuses: PROPOS DE LEADERS PÉDAGOGIQUES Sous la direction de Luce Brossard et Arthur Marsolais 190 pages, 19,95$ La parole de leaders tels: Philippe Meirieu, Roland Arpin, Catalina Ferrer, Philippe Perrenoud, Britt-Mari Barth, Jean-Pierre Astolfi, Stella Baruk, Yves Bertrand, Gilles Noiseux, Réginald Grégoire et Claude Lessard.VIENT DE PARAITRE ! mon-viotence et citoyenneté Ve «‘vhere-MM/nhlf oui t'ttpprrnif NON-VIOLENCE ET CITOYENNETÉ Un «vivre-ensemble» qui s'apprend 220 pages,19,95$ L'école et la classe peuvent constituer un lieu privilégié d'incubation de la démocratie.La Bible des victimes de la fibromyalgie Fibromyalgie L'ÉVALUATION MS ENVIRONNEMENTAUX & •S* " * 'a» u»*.u4u< MfChci Raymond LA FIBROMYALGIE Bien la connaître pour mieux surmonter la douleur, la fatigue chronique et les troubles du sommeil Marcel Guité et Agathe Drouin Bégin 544 pages, 39,95$ Les victimes de la fibromyalgie ont maintenant à leur disposition un livre très complet leur donnant la synthèse de l’information la plus récente pour connaitre, comprendre et surmonter cette maladie des temps modernes.VIENT DE PARAITRE ! Pour tous ceux et celles qui se demandent qui ils sont et d'où ils viennent le miroir du monde LE MIROIR DU MONDE Évolution par sélection naturelle et mystère de la nature humaine Cyrille Barrette 354 pages, 29,95 $ Le monde a-t-il un sens?Pourquoi existons-nous?Qu'est-ce qu'un humain?La biologie évolutionnaire peut contribuer grandement à éclairer ces questions existentielles normalement réservées à la philosophie, à la théologie ou, de plus en plus, à l'ésotérisme.Demandez notre catalogue 2000 à votre libraire Visitez notre nouveau site Internet et participez au concours Gagnez une nouveauté: www.multim.com Chez votre libraire ! touristique, c'est vrai.Mais le terminus d’autobus que je décris, il ne doit plus exister depuis vingt ans.Je fais comme s’il était encore là aujourd’hui, parce que c’est un beau décorde road movie [.].Donc, il y a des libertés comme cela que j’ai prises, puis d’autres où fai essayé d'être assez rigoureux», dit-il.A Shawinigan, il y a aussi une ancienne centrale hydroélectrique qui ressemblait à une salle de bal, une image très forte de l’enfance, que décrit Dolbec.Mais il porte aussi ce regard sarcastique sur la presse québécoise, faisant la caricature de certains journalistes qu’on aurait envie d’identifier.«Justement, c’est pas bon pantoute, s’exclame un de La Marre, journaliste à Montréal Matin.Vous autres, les Français, vous êtes capables de remplir douze pages avec rien.C’est écrit comme dans des livres mais y a pas de nouvelles là-d’dans.Vous parlez pour rien dire.C'est ça votre problème.» L’auteur, qui vise aussi le marché français, a pris soin d’écrire en note de bas de page que pantoute veut dire pas du tout.Chaque roman de la série Le Poulpe est écrit par un auteur différent.C’est bien, parce que cela permet à de nouveaux écrivains, ou à des écrivains moins connus, de faire leurs preuves.Michel Dolbec espère en vendre quelque 15 ou 25 000 exemplaires, lui qui publie ainsi son premier livre, et qui a même obtenu une avance pour le réaliser.PALET DÉGUEULASSE Michel Dolbec Le Poulpe Baleine Paris, 2000,168 pages GRC R< i incr maud-Bra —®arîïfau~ \ PALMARÈS | du 31 mai au 6 juin 2000 ^ y_ 1 ROMAN 1 M.Higgins Clark Albin Michel 2 ROMAN Véronika décide de mourir 9 Paulo Coelho Anne Carrière 3 POLAR Le testament 4 John Grisham R.Laffont 4 SPORT Jean Perron : profil d’un vainqueur 2 Étienne Marquis Trustar 5 ROMAN Et si c'était vrai.20 Marc Lévy R.Laffont 6 ESSAI Q.Le mystère Villeneuve 5 J.Beaunoyer Qc / Amérique 7 BKXàRAPR Maurice Richard : l'idole d'un peuple 51 J.- M.Pellerin Trustar ROMAN City 3 A.Baricco Albin Michel 9 SPIRITU.L’art du bonheur * 66 Dalaï-Lama R.Laffont 10 PSYCHO.La guérison du cœur 18 Guy Corneau L’Homme 11 SEXUALITÉ Le pénis illustré * 11 Joseph Cohen Konemann 12 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 39 Henriette Major Fides 13 PSYCHO.À chacun sa mission 29 Monbourquette Novalis 14 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 * 163 Neale D.Walsch Ariane 15 POLAR 1 Michael Connelly Seuil 16 JEUNESSE Harry Potter : coffret 3 vol.25 J.- K.Rowling Gallimard 17 HISTOIRE 100 ans d'actualités - La Presse 26 Collectif La Presse 18 SaRCTlON L'empire des anges 6 Bernard Werber Albin Michel 19 JEUNESSE Le dinosaure 4 Walt Disney Phidal 20 BIOGRAPH.C'est comment l'Amérique?9 Frank McCourt Belfond 21 ROMAN Vers chez les blancs 5 Philippe Djian Gallimard 22 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 35 P.J.D'Adamo du Roseau 23 ROMAN 1 Isabel Allende Grasset 24 ROMAN Balzac et la petite taiiteuse chinoise * 17 Del Sijie Gallimard 25 ROMAN La pierre de lumière, tome 1 - Néfer le silencieux 3 Christian Jacq XO éditeur 26 ROMAN Le bonheur en Provence 9^ Peter Mayle Nil 27 BIOGRAPH.Mémoires de la rose * 3 Consuelo de Saint-Exupéry Plon 4 28 SANTÉ Le corps heureux 9 T.Cadrin-Petit L'Homme 29 ROMAN Le périple de Baldassare 3 Amin Maalouf Grasset 30 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 136 I.Nazare-Aga L'Homme ' ’ V r 31 HORREUR Hannibal » 20 Thomas Harris Albin Michel 32 ROMAN Mon cœur, tu penses à quoi?12 Nicole de Buron Plon 33 ROMAN Un parfum de cèdre * 38 A.- M.Macdonald Flammarion Q.34 GUIDE 8 Collectif Ulysse 35 ESSAI Q.Marcel Tessier raconte.11 Marcel Tessier L'Homme 36 HORREUR La petite fille qui aimait Tom Gordon 6 Stephen King Albin Michel 37 ESSAI Q.Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France 15 André Lachance Libre Exprès.38 ROMAN Q.Le royaume de mon père, tome 1 6 Fabienne Cliff VLB éd.39 ROMAN Q L'autruche céleste 16 lléana Doclin Flammarion Q.40 POLAR Sage comme une image 2 Ruth Rendell Calmann-Lévy Livres -format ooche 1 ROMAN Geisha 9 5 Arthur Golden Livre de poche 2 ROMAN Le parfum 11 Patrick SusMnd Livre de poche 3 Sc.FICTION Perry Rhodan n* 145 - Les partisans du grand nuage 2 Scheer & Darlton Fleuve noir 4 ROMAN Q.La petite fille qui aimait trop les allumettes 9 i» Gaétan Soucy Boréal compact 5 ROMAN 8 Joaé Saramago Seuil 9 : Coups de coeur RB ¦¦¦: 1*u semaine «ur noire t— nombre DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION U ESSAI Contre le laisser-aller LE PAYS RÉEL SACRIFIÉ La mise en tutelle de l’urbanisme au Québec Gérard Beaudet Nota Bene Québec, 2000,362 pages CLAUDINE DÉOM Même les plus optimistes de nos lecteurs déchanteront à la lecture du portrait de la pratique de l’urbanisme au Québec que nous peint Gérard Beaudet dans sa toute récente publication.Urbaniste et professeur à la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, l’auteur est aussi président de la Fondation Héritage Montréal.L’ouvrage, qui relève beaucoup plus du manifeste que de l’essai traditionnel, vise principalement à rendre compte de l’abandon des autorités publiques de la question de la planification et de l’aménagement du territoire québécois, ce pays réel, héritage de plus de trois siècles et demi d’occupation.Les propos de l’auteur sont clairs et le ton est direct il ne faudrait donc surtout pas s’attendre à des éloges à l’endroit des élus municipaux et provinciaux, qui sont l’objet de remarques parfois incisives.Les causes et les conséquences Les exemples cités afin de défendre ses propos ne manquent pas.Au contraire, M.Beaudet est une source intarissable (et éloquente, de surcroît) de cas récents devant lesquels le lecteur ne pourra qu’acquiescer ou, à tout le moins, demeurer perplexe.Le réaménagement de la Côte des Eboulements à Charlevoix, le développement résidentiel de l’ancienne ferme des sulpiciens sur le mont Royal, sans oublier le projet d'implantation du CHUM dans le quartier Rosemont n’en sont que quelques exemples.Plus qu’un simple pamphlet, l’auteur relève le défi d’expliquer les causes de cette absence de débat sur les questions urbanistiques de Montréal et d’ailleurs.M.Beaudet invoque des motifs d’ordre économique — le néolibéralisme — et politique — la souveraineté — qui façonnent dans l'esprit de plusieurs ce qu’il appelle le Pays mythique: «Les classes dirigeantes ont complètement occulté les considérations urbanistiques des décisions concernant le territoire depuis plusieurs années.La donne économique tient le haut du pavé: on nous dit que le développement rentable, celui qui se veut souvent sans égard pour la qualité de vie et la volonté des citoyens, est le prix à payer pour la viabilité économique du Québec.En attendant, on tente de minimiser les impacts en alléguant que nos villes ne sont pas si laides et, qu'après tout, elles pourraient l’être davantage.Pourtant, on aurait beaucoup de mal à me faire croire que nos vieilles routes, nos autoroutes et les approches de nos villes, sont agréables», com-mepte M.Beaudet.A cela s’ajouterait une pratique québécoise qui n’a jamais réellement eu la chance de se développer: «Au Québec, la dérive de l’urbanisme s'explique aussi par le fait que l’on ait jamais vraiment eu la chance de maîtriser efficacement les outils de contrôle du développement de notre territoire que permettait la Loi sur làménagement et l’urbanisme.Ixuiague néolibérale qui souffle depuis*quinze ans a entraîné une sorte de dérive des préoccupations urbaine?, ce qui fait maintenant de l’urbanisme qu’un simple moyen, Virement utilitaire.Dans certains ptats américains ou dans plusieurs pays d’Europe tels que l’Angleterre et l’Allemagne, une pratique bien enracinée a su davantage résister aux forces du marché.» Que l’on se range ou non du point de vue de l’auteur, force est de constater que l’urbanisme n’est pas qu’une question de sous.Les récentes années orft fait valoir l’in-• térêt croissant de la population à l’égard de l’avenir He leur ville ou de leur quartier.Le, Pays réel sacrifié a le mérite de youloir ramener la question de ^-pratique de l’ur-banisme au Québec sur la place publique afin non seulement de mesurer les impacts des récentes décisions prises par nos élus, mais aussi de réajuster le tir.Céfftjd IfcBurfft PAYS REEL to «i$l in Melil fa I'wbOftVfir o« OtféW » I V LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DI M A N C H E II J l' 1 \ 2 0 0 O ROMANS QUÉBÉCOIS Un ancien Canadien de pied en cap L’ENIGME DE SALES LATERRIÈRE Bernard Andrés Québec Amérique Montréal, 2000,872 pages Le héros éponyme du roman de Bernard Andrés a-t-il été tout simplement un homme «moyen», qui n'aurait échappé à un destin sans histoire qu’à la faveur des circonstances?Pierre de Sales, qui a bel et bien existé, avait-il l’étoffe d'un personnage historique?n naît dans la région d’Albi au milieu du XVIII'' siècle d’une famille de nobliaux où on a le goût des affaires, et plus de titres que de biens.En tant que cadet, il ne peut espérer d'héritage: le modeste patrimoine sera transmis à l’aîné, comme c’est la coutume.De Sales doit donc se faire une situation.Et comme la vie campagnarde lui pèse, il rêve d’aventures et d’exotisme.Il se verrait bien dans les Antilles, par exemple, plus séduisantes que le froid Canada d'où l’un de ses oncles vient de revenir précipitamment: il a été mêlé aux malversations de la fin du Régime français sous l’intendant Bigot.C’est pourtant ici qu'à l’instigation de cet oncle, il débarque en 1766 après avoir étudié la chirurgie pendant quelques mois à Londres.Il se fait désormais appeler Pierre de Sales Laterrière — la famille a déjà possédé un vignoble de ce nom —, car les Anglais qui viennent de conquérir la Nouvelle-France voient d’un mauvais œil les immigrants français qui ont un nom à particule.Laterrière se présente comme médecin — ce qui n’est pas tout à fait exact — mais aussi comme homme d’affaires — c’est un peu prématuré: il possède des lettres de recommandations qui le disent associé à des marchands huguenots.Or, tout au long de sa vie de Canadien, Laterrière va effectivement être actif dans les deux domaines et y réussir également bien.Il sera d'abord commis, puis inspecteur aux Forges de Saint-Maurice, cet ancien fleuron de l’industrie de la Nouvelle-France Robert Chartrand S’appuyant sur de très nombreux documents, Andrés a d’abord fait œuvre d’historien que les Anglais veulent relancer.C’est d’ailleurs à Trois-Rivières qu'il fait la connaissance de Catherine Delezenne, qui sera l’amour de sa vie.Même si son père la donne en mariage à un chevalier d’industrie, Pierre et Catherine vont continuer de s’aimer au vu de tous.Ils vont vivre ensemble et avoir des enfants alors que le mari officiel, lui, sera opportunément condamné à l’exil.Laterrière et sa femme vont demeurer à Montréal, à Québec, à Trois-Rivières.Accusé à tort de pactiser avec les Américains qui tentent d’envahir le Canada, il sera emprisonné pendant trois ans au cours desquels il côtoiera notamment Fleury Mesplet, l’im-primeur-journaliste — mais les deux hommes ne sympathisent pas.Laterrière devra alors s’exiler brièvement à Terre-Neuve: ce sera la rançon de sa liberté.Le négociant trouve aussi le temps d’être apothicaire et médecin ambulant.Mais comme il n’a pas de diplôme reconnu, il est interdit de pratique, Il se rend alors aux Etats-Unis et en revient avec le premier doctorat en médecine décerné par l'université de Harvard après avoir soutenu une thèse sur la fièvre puerpérale! Après être retourné en Angleterre où il fait de bonnes affaires, Laterrière achètç la seigneurie des Eboule-ments et s’y installe.11 y passera les dernières années de sa vie à rédiger ses Mémoires et à veiller sur les siens, n meurt en 1815.Un esprit indépendant En dépit de ses multiples activités, de cette vie agitée par moments, Pierre Sales de Laterrière aura été, au regard de l’Histoire, un homme assez ordinaire, exemplaire peut-être de sa génération.Il fut habile en affaires et consciencieux comme médecin.C’était un esprit éclairé.Mais surtout, il tira parti des occasions qui se présentaient et se plier à certains caprices du sort.Il fut souple au besoin, mais également tenace dans les entreprises qui lui tenaient à cœur.Il ne semble pas, en revanche, avoir eu de convictions poli- tiques précises.Ni Patriote avant la lettre ni traître, il s’est acco-modé de la situation politique où se trouvait le Canada nouvellement conquis.Et il a mené a vie amoureuse comme il l’entendait, sans faire de cas dé la rumeur publique.Bernard Andrés connaît la vie de son personnage, qu’il relate ici avec toute la rigueur et la modestie qui sied à un historien, puisqu’il dirige depuis une dizaine d’années à l’UQAM un groupe de recherche sur le XVIIL siècle canadien.Comme il l’indique dans le préambule et la postface de son livre, la figure de Laterrière est intéressante à plus d’un titre: ses Mémoires, quoique seulement publiés en 1873, ont été les premiers qu’on ait écrits ici, et il appartient à cette génération, «injustement oubliée» par les historiens, de Canadiens qui ont vécu la Conquête.S’appuyant sur de très nombreux documents, et notamment sur les Mémoires mêmes dont il ne reste qu’une copie incomplète — l’original demeure introuvable —, Andrés a d’abord fait œuvre d’historien.Il présente la vie de Laterrière le plus fidèlement possible, documents à l’appui.Mais également les mœurs, les mentalités et les enjeux socio-politiques de l’époque pour que les lecteurs puissent s’y retrouver.Il insère par exemple dans son récit des aperçus fort instructifs sur la franc-maçonnerie.L’Enigme de Sales Laterrière s’apparente donc aux monographies sérieuses des bons historiens, à ces biographies qui ne s'appuient que sur des faits avérés.Et pourtant, Bernard Andrés présente son livre comme un roman.H est vrai qu’il a dû reconstituer avec le plus de vraisemblance possible des épisodes de la vie de Laterrière qui n’ont laissé aucune trace sûre; il s’agissait alors de suppléer aux silences de l’Histoire.Mais Andrés va plus loin: en dépit de toutes ses recherches et de son souci d’exactitude, il se serait adonné ici à un «jeu romanesque».Son livre serait, en définitive, une fiction sur d’autres fictions puisque les témoignages de première main, de même que les travaux des historiens, ne sont jamais que des lectures où, en dépit du souci de précision et de l’honnêteté de chacun, se glissent des points de vues.Le livre d’Andrès ne serait donc qu’une lecture d’autres lectures, qui ne donnerait — ce qui n’est pas rien — qu’un portrait vraisemblable et signifiant du personnage et de l’époque.Qui peut dire mieux, a-t-on envie de lui répondre.Tous les ouvrages historiques, dès lors qu’il ne sont pas une simple collection de faits bruts, de citations iréfutables, ne sont-ils pas romanesques?L’historien ne se transforme-t-il pas en romancier lorsqu’il se mêle de donner à comprendre au lieu de se contenter de reproduire.Quoi qu’il en soit, L’Énigme de Sales iMterrière est un roman au sens le plus courant du terme qui donne à voir les personnages, leurs faits et gestes, à faire deviner leurs pensées et leurs sentiments.Il arrive parfois que surgisse l’historien, qu’on imagine en train de compulser ses documents et qui nous avoue candidement qu’«û« chapitre des amours canadiennes, nous ne savons que ce que le mémorialiste confiera plus tard».Le charme ou l’illusion romanesque sont alors rompus, mais très brièvement.On aurait pu souhaiter non pas davantage d’affabulation, mais que le ton de l’essai historique y soit moins net Pour ce qui est de l’énigme de Pierre Sales de Laterrière, elle ne se dissipe qu’en partie.Elle est liée à ses origines mêmes, et donc à l’identité profonde du personnage.Dénigré par certains historiens, un brin vaniteux selon certains passages de ses Mémoires, Laterrière, qui a laissé une belle descendance ici, demeure une énigme — on n’a pas pu jusqu’ici établir avec certitude l’année de sa naissance — que Bernard Andrés a menée avec rigueur et plaisir, dans une écriture à la fois sensible et précise.Et cela se lit comme un roman, tous genres confondus.rchartrand@videotron.ca Aurélien Boisvert M.Duplessis a-t-il eu la tête de Mr Charbenneau ?À l'occasion du 40 anniversaire du décès de M.Duplessis, l'auteur a tenté de répondre à cette question en analysant les opinions et les témoignages de journalistes, de politiciens, de clercs et dtiisloriens.«8 pages • Prix total : ts.oo s ÉDITIONS 101, C.P.591, Suce.Desjardins, Montréal H5B 1B7 HÉLÈNE l’EDNEAULT LES CARNETS DU LAC «On n’est que ce qu’on absorbe!» Comme les lacs.Une «traduction» magistrale, tocii en humour et en finesse, des fameuses réflexions du Lae Sainl-Sébastien que l'autcure-traductrice Hélène Pedneault a tenté d'apprivoiser.Ces conversations limpides ont change sa vit .strawbtgjj^ Un hommage à John Lennon / / ¥ S* U | I; Ml i l M I t.l- ’ Présenté par Anne Filali Ce magnifique livre-cadeau relié, tout en couleurs, est présenté par une amie de Yoko Ono.Il rassemble une centaine d'œuvres d’art et d’œuvres littéraires d’artistes du monde entier.Conçu comme un jardin, a l’image du Parc Strawberry Fields de New York dedie à John Lennon, le livre prescrite chaque œuvre sur une double page avec, en regard, la biographie et la photo de son auteur.IA\! lui I PI M MR Editions du Cerf Relté 192 paf»e% • 99.9s $ nisUihution Fuie S’approprier le ciel L’ASTRONOME AMATEUR Carole Stott Traduction et adaptation par Jean-Claude Ribes Libre Expression Montréal, 2000,144 pages RENÉE ROWAN Ce bel album se présente comme un guide d’initiation à l’observation du ciel nocturne.D’une saison, d’une heure, d’un lieu donnés, le ciel change mais l’ordre du déferlement des étoiles se répète d’année en année.La Terre accomplit une révolution autour du Soleil en un an.Ainsi, au fur et à mesure du mouvement de la Terre parmi les étoiles, un observateur verra, chaque nuit à la même heure, des étoiles différentes se succéder au fil de l’année.On peut facilement confondre les planètes avec des étoiles, tandis qu'une tache floue peut être plusieurs choses: un amas de milliers d’étoües, une nébuleuse ou une comète de passage.Comment se repérer?C’est ce que ce guide fort bien fait, aux explications claires et concises, dont chaque page est abondamment illustrée en couleurs, nous aide à faire.Tout d’abord, l’observateur, s’il désire avoir une meilleure vue du ciel, a intérêt à choisir un site élevé, à l’écart des lumières de la ville; les planèfes sont ainsi plus faciles à voir.A l’œil nu, on peut ob- server des centaines d’étoiles dans un ciel noir, mais les objets moins lumineux sont plus difficiles à observer.Avec des jumelles, on peut voir quelque 43 000 étoiles, assure Tauteure; apparaissent aussi les montagnes et les cratères de la Lune, les amas stellaires, les nébuleuses et les galaxies.Le lecteur trouvera, à la fin de l'album, un glossaire donnant la définition de tous ces termes.Une carte du ciel est un outU indispensable pour les astronomes, non seulement pour les débutants mais aussi pour les observateurs expérimentés.Comme une carte terrestre ou routière, la carte céleste permet de s’orienter dans le ciel.À l’œil nu, on peut voir de nombreux objets dans le ciel nocturne, mais les instruments d’optique sont utiles pour améliorer notre vision: les jumelles, les télescopes et les montages CCD: le guide présente chacun de ces outils et les techniques de l’astronomie en plus d’expliquer comment photographier le ciel.Le planisphère céleste joint au livre permet d’identifier les constellations, quels que soient le moment de l’année et le lieu d'observation.Un chapitre décrit les planètes, la Lune, le Soleil, les comètes, les astéroïdes ainsi que d’autres objets, et explique comment les observer.Ailleurs, on s’attarde aux familles d'étoiles, à la Voie lactée, au ciel polaire astral, aux constellations zodiacales, et plus encore.Un ouvrage complet non seulement pour l’astronome débutant mais pour toute personne désireuse de rafraîchir ses connaissances; une remarquable initiation à un passe-temps facile à pratiquer en tout temps de l’année, peut-être encore davantage durant les vacances d’été alors que la température est plus clémente.Il suffit d’attendre la nuit et de regarder le ciel.Mise en garde de l’éditeur l’ob-' servation du Soleil à l’œil nu ou avec un quelconque instrument d’optique, sans protection spécifique, peut endommager grandement la vue, voire rendre aveugle.étbu'.nTK: (Tiff f jmjk m -Ve; I I ,R< )YAli.MI 1)1 MOUdil 27,95 S Une héroïne attachante.Un destin exceptionnel.Mystérieux, émouvant et sensuel ; un roman qui ouvre le cœur.[ | vlb éditeur w \\ u.cJ\Ib.i mn paxHOfi de Ca (ittéiatuve i/ L E DEVOIR.L E S S A M E I) I 10 ET D I M A \ C H E II .1 II I N 2 0 0 0 Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS Visions du Québec EXPANSION CANADIENNE ET REPLI QUÉBÉCOIS 1860-1896 Robert Lahaise Editions Lanctôt Montréal, 2000,256 pages LE TEMPS DISSIPÉ -SOUVENIRS Jean-Marc Léger Éditions Hurtubise-HMH Montréal, 2000,474 pages ans la foulée de son précédent Libéralisme sans liberté, 1830-1860 (Lanctôt, 1997) et du gargantuesque Une histoire du Québec par sa littérature, 1914-1939 (Guérin, 1998), Robert Lahaise, docteur en histoire et en littérature, poursuit sa passionnante exploration de notre histoire par les textes en publiant Expansion canadienne et repli québécois, 1860-1896.Sa méthode n’a pas changé et comporte toujours deux moments distincts mais qui s’éclairent mutuellement: d’abord, une synthèse historico-littéraire assez classique de la période étudiée et, ensuite, une longue section intitulée «Documents» qui reprend le premier parcours, mais en laissant la parole aux écrivains de l’époque.EXPANSION CANADIENNE ET REPU QUEBECOIS Chercheur rigoureux mais néanmoins engagé, Lahaise ne se prive pas d’interpréter les données de l’histoire dans le sens de sa thèse, nationaliste et anticléricale.1860-96, ce furent les années de la Confédération et de ses suites, de l’affaire Riel, de la saignée démographique canadienne-française et de la colonisation réparatrice.Sur le plan sociolittéraire, cette époque baigne dans un ruralisme triomphant et voit s’affronter, dans une guerre fratricide, les ultramontains enragés et les Rouges militants.r Ce que Lahaise y lit ° r n et appelle «expansion * canadienne», c’est d’abord le fait «qu’en moins de trente ans le bulldozer fédéral étend le Dominion de l'Atlantique au Pacifique, à l'avantage d’une majorité définitivement anglophone», et ensuite, conséquence obligée, ce repli québécois qu’il résume ainsi: «Le Québec se recroqueville frileusement sur sa théorique juridiction concernant ses institutions, langue et foi.» À l’appui de sa thèse, il invoque les tractations des Pères de la Confédération visant à créer un parti unique et à financer la construction du chemin de fer transcontinental.Les affronts subis par les francophones hors Québec dans les années qui suivent et la saga Louis Riel viennent confirmer, selon lui, la volonté de puissance anglo-saxonne qui a présidé à l’ordre de 1867.La réplique québécoise à cet expansionnisme spoliateur se résumera à un «repli conquérant», une «autonomisation nationaliste» vécue sur le mode d’un clérico-na-tionalisme «plus exalté qu’exaltant».Dépossédés du pouvoir politique et économique, les Québécois, sous l’influence acharnée de leurs élites, se réfugieront dans un agriculturisme glorieux et un providentialisme de compensation qui transforme la Conquête de 1760 en événement heureux puisque responsable de notre catholicisme resté pur.C’est tout cela, cette gloire du pauvre, riche de sa supériorité spirituelle et de sa mission historique, qu’expriment les poètes (Louis Fréchette, Pamphile Le-may, William Chapman et plusieurs auteurs d’occasion), les historiens (Casgrain, Faillon, La-flèche) et les croisés ultramontains (surtout le virulent Tardivel et le réactionnaire fini A.-B.Routhier), généreusement convoqués au ballet de citations que constitue la deuxième partie de ce livre.Un choeur sans faus-is se note?Que non, et La- llier ha‘se n a Pas manqué d’appeler aussi à la barre les courageux et flamboyants dissidents que furent Arthur Buies, le violent anticléricaliste Aristide Filia-treault et le posé mais radical Louis-Antoine Dessaulles.Nous sommes bien, dans cette seconde section, en littérature et, quoi qu’on en dise, elle n’est pas toujours de la plus mauvaise eau, mais, surtout, l’histoire s’y laisse lire à livre ouvert puisque, comme l’écrit justement Lahaise, «avant le milieu du 20f siècle, nos auteurs prolongent essentiellement dans leurs écrits les thèmes sociohistoriques alors dominants».Ils prolongent aussi, avec un souci qu’on dirait aujourd’hui ethnologique, la vie quotidienne de leurs contemporains, «du ber au cimetière» selon la formule de l’historien, et rien ne semble leur échapper: âges de la vie, définition des rôles en fonction du sexe, vie rurale, vie urbaine, typologie naïve des classes sociales, avancées technologiques et, bien sûr, omniprésence de la religion.Puissamment révélateur des mentalités d’une époque, le choix d’extraits de Robert Lahaise en ce domaine fait mouche et instruit sans ennuyer.Non exempte de parti pris, la lecture de l'histoire que l’on retrouve dans Expansion canadienne et repli québécois, 1860-1896 s’avère néanmoins, et peut-être même par cela, une expérience fort enrichissante parce qu’elle Jean-Man* Lé^er Le Temps dissipé ItTWJS éclaire le passé en nous branchant directement sur une littérature en grande partie oubliée mais pourtant pleine de vie et de sens.Monsieur Francophonie Né à Montréal en 1927 dans une famille nombreuse et plutôt pauvre mais qui avait toutes les vertus (c’est presque trop: on y détestait «le mensonge et la paresse», on y était «sain et simple», «délicat et généreux», serviable et inventif, etc.), le petitJean-Marc Léger ne se doutait sûrement pas que sa vie professionnelle à venir serait aussi bien remplie.La seule liste des multiples occupations qu’il a eues suffirait presque à remplir les colonnes de cette chronique.Aussi, je n’en retiens que les plus significatives: avocat et diplômé en sciences politiques, Léger fut secrétaire général de ce qui est devenu aujourd’hui l’Agence universitaire de la Francophonie, journaliste à La Presse et au Devoir (de 1957 à 1969), délégué général du Québec à Bruxelles, sous-minis,tre adjoint aux ministères de l’Éducation et des Relations internationales ainsi que directeur du Centre de recherche et de la Fondation Lio-nel-Groulx.Au surplus, dans le cadre de ce riche parcours, Léger a beaucoup voyagé, et rarement en tou- LA GARDE PARTAGEE : L’EQUITE EN QUESTION DENYSE CÔTÉ La garde partagée est-elle vraiment un modèle idéal ?En examinant comment les pères et les mères se répartissent dans les faits la responsabilité des soins donnés aux enfants, Denyse Côté démontre que ce modèle ne peut être imposé à toutes les familles.202 p.• 19,95 $ Chez votre libraire TROIS FÊTE SES 15 ANS MGMEAnro MORT —Tfârn?MOMENTO MORI Alain Fortaich roman Morte, Momenta Mori.Vraiment, Momenta Mori était accablée par un amour trop lourd; un amour bien vivant pour une petite morte.Que fait-on d'un _______ infaisable amour?210 pages-20,00 S En vente chez votre libraire les éditions du remue-ménage 110, rue Sainte-Thérèse, bur.501, Montréal (Québec) H2Y 1E6 tel.(514) 876-0097 • téléc.(514) 876-7951 a/ Éditions Nota bene LE PAYS REEL SACRIFIE AYS EEL LA GAUCHE A-T-ELLE UN AVENIR ?Essai de JACQUES PELLETIER 240 p.11,95$ Essai de GERARD BEAUDET « Le cri d’un urbaniste en colère » Marie-France Bazzo Indicatifprésent 362 p.17,95$ NADÈGE DEVAUX S.O.S.AMOUR Un drôle de roman pour coeur esseulé Las de vivre seuls, Angélique el Bernard cherchent l’âme sœur sur le réseau de Télé-Amour.Les candidats sont nombreux et chaque fois, l’espoir est au rendez-vous.De nos jours, on magazine le grand amour dans les petites annonces! riste.L’Allemagne, l’Algérie, la Yougoslavie, l’Afrique française, la Belgique et bien sûr la France l’ont accueilli à divers titres.On imagine bien que, à l’heure de rédiger ses souvenirs, l’homme avait l’embarras du choix.Son livre, cependant, rempli d’anecdotes et de comptes rendus de missions, n’est pas avare de détails et dénote une volonté de tout dire qui le dessert; c’est souvent bon, mais, comme on le dit parfois, c’est long.Peu friand de ce genre d’ouvrage, je me suis plus attardé, en cours de lecture, aux idées défendues par l’auteur qu’à la narration des activités qui l’ont occupé au cours de sa vie professionnelle.Combatif et toujours animé par «l’envie d’en découdre», Léger raconte, mais il prend aussi position dans ce livre.Grand nationaliste devant l’éternel, il réaffirme ici ses convictions souverainistes, s’en prend à la duplicité «naturellement inscrite au cœur du fédéralisme canadien», plaide en faveur d’un «enseignement sérieux et fervent de l’histoire dès l’école primaire» et redit avec force son refus catégorique d’une «définition purement géographique et circonstancielle du Québécois, qui nous ferait culturellement multiples, c’est-à-dire anonymes et linguistiquement “asexués”».Ailleurs, ne résistant pas à la tentation passéiste, il fustige le débraillé vestimentaire contemporain, se désole de la disparition du latin et critique durement l’influence délétère de la télévision.L’éducation d’hier, va-t-il jusqu’à affirmer, était meilleure que celle d’aujourd’hui et n’était pas élitiste.Grisé par le «beau passé», Léger choisit le bon côté du monde d’hier.C’est son droit, mais on ne le suivra pas là-des-sus, sauf peut-être quand il affirme qu’on «ne dira jamais assez l’importance dans l’ordre pédagogique et la valeur, sur le plan culturel et sur le plan social, de la connaissance et de la pratique de la chanson».Son grand combat, cela dit, fut et reste celui en faveur de la langue française.Intarissable à ce sujet, celui qui a parcouru le monde afin de jeter les bases d’une véritable francophonie internationale affirme entretenir «une sorte d’optimisme tragique».Ici, me semble-t-il, deux remarques s’imposent.La première, c’est que l’avenir du français au Québec et partout dans le monde exige des alliances internationales et une lutte soutenue, et Léger a raison d’insister à ce sujet.La seconde, c’est que son discours chagrin au sujet «de la misère du français chez nous» et de «la pauvreté de la langue des journaux» est creux et démobilisateur.Ce genre de jugements ne rime à rien et nous détourne de l’essentiel.Bien sûr, il y a parfois des «fautes» dans les journaux (dans le livre de Léger aussi, d’ailleurs: l’adverbe «presque» est élidé à plusieurs reprises, dont deux fois en cinq lignes au bas de la page 263), mais le niveau, quoi qu’on en dise, monte, et le vrai problème demeure celui du statut de la langue.Rédigé dans un style élégant mais par moments compassé (que penser, par exemple, du «mère-grand»?), Le Temps dissipé est l’œuvre d’un combattant culturel sincère que le mandarinat n’a pas transformé en lavette idéologique.C’est rare et c’est déjà beaucoup.louiscomellierlçÇparroinfo.net ALBUMS Jardins d’antan JEAN CHARTIER LE DEVOIR L> arrière-petit-fils d’Elsie Reford, ' la célèbre dame qui a créé les Jardins de Métis, situés à la frontière de la Gaspésie, a conçu cet album de photographies extraordinaires en noir et blanc sur les grands jardins du Québec.Il couvre une période qui va du début de la photographie et s’arrête à la Révolution tranquille.Alexander Reford retrace l’histoire des grands jardins, en accordant une bonne place au jardin de son arrièregrand-mère.Marie-Ève Cardinal, étudiante à la faculté de l’aménagement du paysage de l’Université de Montréal, a procédé à la recherche iconographique, tout en accordant une place de choix à la collection William Notman, au musée McCord.De ces photos anciennes, il résulte un livre magnifique.Pour chacun des clichés, la cote est donnée, mais parfois sans le lieu présumé de la prise, le nom du photographe ou l’année.Sans faire preuve d’un souci obsessif de l’exactitude, on aurait aimé que ces détails soient précisés.Il en est ainsi d’une photographie anonyme au domaine Cata-raqui, où un promeneur se tenant au haut de la falaise, à Sillery, admire les grands voiliers trois-mâts attachés les uns aux autres, dans l’anse au Foulon.Les jardins de la grande bourgeoisie de la région de Montréal sont à l’honneur, tels le jardin de Cleveland Morgan à Senneville, le jardin de Hugh Paton à l’île qui porte son nom, celui d’Edmund Arthur Robert à la seigneurie qu’il a acquise d’Edward Èllice, lié à lord Durham, à Beauharnois, ou encore le jardin Pease d’Edward Maxwell au pied du mont Saint-Bruno.L’ouvrage invite à dénicher de grands jardins régionaux, tels le jardin de la résidence d’été de la famille Porteous à l’île d’Orléans, celui d'Henry Atkinson à Spencerwood, en 1850, avant qu’il ne devienne le Bois-de-Coulonge, celui de Montagu Allan à Cacouna et finalement le jardin d’Herbert Meredith Marier, à Grantham Hall, au bord de la rivière Noire, à Drummondville.Au passage, on découvre l’ancien manoir de Saint-André, reproduit du livre de l’archiviste de la province de Québec, Old Manor Old Houses, publié en 1927 par Pierre-Georges Roy et qui présentait 200 manoirs du Québec.Rappelons que le volume précédent de la collection «Photographies du Québec», collection fort bien accueillie par le public, se nommait Des forêts et des hommes 1880-1982.Il présentait des vues de coureurs des bois, de camps de bûcherons, de draveurs, parfois de débardeurs qui chargeaient le bois sur les goélettes.Le premier volume de cette série avait été constitué à même l’extraordinaire collection de photographies anciennes du Musée de Ri-vière-du-I nup.Rusieurs photos de goélettes au quai de la pointe de Ri-viere-du-Loup ont été ajoutées à ce livre sur les hommes de la forêt, ainsi que des forestiers de l’arrière-pays.Assurément, cette collection présente le Québec profond avec une belle sensibilité.Sa facture de qualité devrait lui assurer une longue vie.DES JARDINS OUBLIÉS 1860-1960 Alexaqder Reford, Marie-Ève Cardinal Les Publications du Québec/UAs-sociation des jardins du Québec Québec, 1999,212 pages T/V-v /cc/n/'C'S {/ifcZ/fyen/C'S fiof//' /c/c /W Triptyque vvww.generation.net tripty Tel.: (514) 597-1666 Premiere expedition chez les sauv ages 4» ianl roi i m 11 mk v Livres ROMAN DE L’AMÉRIQUE Drapeau rouge et liste noire CM était une guerre * qu’on disait «froide» même si elle eut pour théâtre les principaux points chauds de la planète.Le président Truman était fort tenté par une frappe préventive qui aurait éliminé les plus grandes villes soviétiques et environ 15 millions d’individus.En guise de boucs émissaires, pour se consoler, il envoya les époux Rosenberg à la chaise électrique.Maintenant que le Mur est tombé et que le bon capitalisme triomphe partout, il pourrait être commode d’oublier qu’il y eut un Parti communiste américain comptant des centaines de milliers de membres bien inten- * tionnés, parti qui, à sa base, n’était guère plus manipulé par Moscou que les citoyens des pays dits «libres» ne le sont quotidiennement par les banques et les intérêts financiers de la grande entreprise.Plus tard, la propagande aidant, on érigerait un piédestal à un esprit aussi rétrograde que Soljénitsyne, que l’histoire avait placé du bon côté du glacis, alors que l’Amérique, terre de la liberté d’expression, enfermait ses propres dissidents dans le silence et la honte.Le goulag américain exista bel et bien, même s’il fut avant tout un état d’esprit plutôt qu’un lieu.Ses méthodes rappellent celles de la mafia: pressions à peine subtiles et pourparlers d’arrière-boutique.Les envoyés spéciaux d’Edgar J.Hoover, grand patron du FBI, travesti et maître-chanteur, étaient des conseillers littéraires très écoutés à l’époque.Howard Fast a été un écrivain aussi prolifique que précoce.Il publie son premier livre à 19 ans et connaîtra ses premiers succès bien avant la trentaine.Il a connu la pauvreté d’une famille d’immigrants dont le nom de Fastov est anglicisé à Ellis Island, la débrouillardise de la rue, les bagarres contre les bandes de gamins chez qui son nez juif éveille l’hostilité.Ses premiers livres sont des bluettes romantiques, mais ensuite, dans un restaurant Louis H a m e l i n il fera la rencontre déterminante d’un groupe de jeunes gens «merveilleux et intelligents» et deviendra «complètement ensorcelé par le cours inépuisable de leurs idées, concepts et théories».«Un écrivain est une étrange créature.C’est une délicate feuille d’aluminium que le monde marque de son empreinte, un être intéressé et égocentrique et pourtant totalement vulnérable.» Si, en plus, ledit écrivain est un idéaliste vivant sous un régime politique proto-fasciste, on peut parier qu’il va avoir des problèmes.Le cas des intellectuels européens aveuglés par le mirage d’une Union soviétique représentant la patrie utopique des travailleurs est bien connu et fait encore, en France, l’objet de féroces débats.Celui de leurs petits cousins d’Amérique, hormis une très célèbre liste noire hollywoodienne, semble avoir sombré dans un oubli relatif.En la présente phase de libéralisme prospère et de consumérisme joyeux, on comprend l’intérêt de ce voile pudique jeté sur un très sombre épisode de l’histoire du peuple qui prétend avoir inventé la démocratie.En ce sens, le livre d’Howard Fast, avec l’éclairage douloureusement intime qu’il projette sur la foi des uns et la lâcheté des autres, est le bienvenu.Il permet de préciser une certaine mécanique des événements, de rappeler, par exemple, que les communistes américains, avant la guerre de Corée, avant, aussi, le coup de massue psychologique que représenta la mise au point d’une bombe soviétique, restaient des gens plutôt fréquentables, respectés par les hommes et les femmes normalement intelligents de leur pays, y compris ceux qui ne partageaient pas leurs idées.Mais dans les années 50, avec l’apparition du Comité des activités antiaméricaines, la guerre au délit d’opinion va devenir totale, et le climat de suspicion et de dénonciation qui s’instaure alors rappelle les meilleurs moments du KGB.Qu’on se le dise: le cri-rpe de la pensée a existé aux new-yorkais appelé L’Ours russe, Etats-Unis, et Fast nous offre le spectacle troublant d’une société supposément libre, en train de s’écraser moralement pour mieux vomir les quelques moutons rouges désignés à sa vindicte par les fabricants de consensus public.La peur.Vos anciens amis changent de trottoir quand ils vous aperçoivent.Médias et confort moral majoritaire: l’équation fonctionne, relevant de la psychologie des foules et de l’idéologie du lynchage.Unanimité des milliardaires.Ce sont les Hughes et Hearst qui façonnent les états d’âme de la nation.S’agissant de mémoires, le pacte de lecture impose une exigence de vérité, subjective certes, mais parfois contre-balancée (déstabilisée, si on veut), ici, par une absence criante de références là où l’auteur aurait eu intérêt à s’appuyer, à l’occasion, sur des écrits extérieurs à sa propre entreprise et à les citer.Tout regard tourné vers le passé sera bien sûr «révisionniste» à sa manière, et du choc des points de vue doit toujours renaître ce compromis fragile qu'est la vérité des faits.On veut croire avec Fast que les Britanniques ont assassiné six millions de personnes en Inde en stockant le riz pour empêcher la population de l’Assam et des zones frontalières de recevoir les Japonais en «libérateurs».Cette famine planifiée, dont Fast fera plus tard le sujet d’un roman (Le Serment), apparaît tout à fait en accord avec les impératifs guerriers d’une structure coloniale et ne fera l’objet d’aucune inculpation, même tardive, pour crime contre l’humanité.Combien de ces holocaustes subtilement administratifs, se deman-de-t-on, l’histoire a-t-elle ainsi choisi d’ignorer?Il faudrait écrire une histoire des silences.Mais lorsque Fast raconte que Joseph Staline, voyant les armées hitlériennes passer la frontière, transmit à ses troupes l’ordre de ne pas tirer, affirmant que la conscience prolétarienne du fantassin allemand moyen l’empêcherait d’ouvrir le feu sur ses frères ouvriers russes et que ceux-ci furent fauchés par «centaines de milliers», on tique un peu.D’où sort cette légende farfelue?On est d’accord: les Soviétiques furent légèrement surpris de voir leur allié de la veille cavaler sur la steppe, mais bon: une note en bas de page, avec référence à l’appui, aurait eu, ici, son utilité.Et cette lacune concernant une anecdote dont les implications sont énormes et que fauteur choisit d’expédier en quelques lignes pourrait amener un lecteur soupçonneux à prendre d’autres affirmations de Fast avec un grain de sel.C’est regrettable.Ailleurs, il nous arrache un bon sourire par la touchante naiveté avec laquelle il reproduit les propos d’un Sartre lui expliquant doctement qu’en France, pendant la résistance, «il n 'y eut aucun philosophe parmi les traîtres».C’est trop.Mais Howard Fast ne fut pas toujours aussi naïf.Presque dès le début, il va dénoncer la rigidité idéologique et la langue de bois d’un Parti communiste en proie aux sempiternelles divisions internes propres à toutes les extrêmes gauches.L’antisémitisme patent du pouvoir soviétique va semer un doute progressif dans son esprit, que la révélation des crimes de Staline viendra confirmer, l’amenant à déserter les rangs.Entre-temps, il sera devenu un paria, écrivain occulté dont le Spartacus, pourtant considéré comme un chef-d’œuvre au sein des comités de lecture, sera bizarrement refusé par l'ensemble des grands éditeurs, le forçant à s’au-toéditer.O Edgar J.! Les mémoires de Fast expriment une tragédie dont nous n’avons peut-être pas fini de bien mesurer les implications: comme Kundera l’a montré dans La vie est ailleurs, l’exaltation lyrique, compagne obligée des idéaux révolutionnaires, mène, de par «sa nature même», au consentement totalitaire.La bonne foi, cette chair à canon des vieux rêves, ne suffit pas.Dans toute idée dort la possibilité d'une domination.Et l’homme révolté, aujourd’hui plus que jamais nécessaire, peut-il chercher son salut ailleurs que dans une réflexion critique indépendante, loin des mots d’ordre de l’action collective?Aaaargh! Dilemme.MÉMOIRES D’UN ROUGE Howard Fast Traduit de l’américain par Emilie Chabc-Morgiève Rivages - Ecrits noirs Paris, 2000,456 pages Un atlas qui sort de l’ordinaire L’ATLAS IMAGINAIRE Louise Van Swaaij et Jean Mare Traduction française ,par Laurent Bury Editions Autrement Paris, 2000,96 pages Ly édition originale, parue en r 1999 en langue néerlandaise, portait le titre Atlas van de Ble-vingswereld.Les auteures, deux cartographes qui n’ont rien oublié de leurs jeux d’enfants, abandonnent ici leur métier pour dresser les cartes de la rêverie où la rie intérieure devient terra incognita.Avec ses fleuves, ses montagnes, ses villes, la carte géographique d’un pays combine rêve et réalité: l’aventure, l’attrait de l’in- connu, le mystère invitent à la découverte de l’ailleurs.Dans ce nouvel atlas, on est en présence d’un voyage de l’imaginaire vers notre continent intérieur.Les cartes qu’on y présente ont, au premier abord, l’apparence des cartes géographiques ordinaires, mais quand on y regarde de plus près, on se rend rite compte qu’il s'agit d’un monde différent, celui de la pensée et des émotions.Tout en s’inspirant de la cartographie traditionnelle qui nous est familière, cet atlas présente les choses différemment: il remplace les noms des villes, des montagnes et des fleuves par ceux de concepts et d’affects de la rie quotidienne.Entre la baie de la Sagesse, la mer d’Abondance et les eaux Dor- mantes, vous découvrirez cette île bien connue, malgré ses zones à peine franchissables; Prospérité, la capitale, est desservie par l’aéroport liberté.Riche en régions superbes mais parfois désolées, comme les montagnes de Travail, le bulletin de Salaire, les plaines de la Solitude, les volcans de la Passion, les sources d’inspiration et les villes-frontières, Doute et Défi, l’île est l’expression quasi inexprimable de notre conscience et des mille instants qui forment ce voyage aventureux qu’on nomme la vie.Louise van Swaaij et Jean Mare ont conçu et dessiné une vingtaine de pays imaginaires à l’intérieur de notre continent affectif.Les cartes montrent en détail les régions et les villes du secret, du savoir, du comportement, de l’ennui, du ride, du travail, de la passion, du plaisir, etc.Le texte qui précède chaque carte a pour objectif de stimuler l’imaginaire et d’inciter le lecteur à poursuivre l’inventaire de son propre continent Un atlas hors du commun, pas comme les autres, un voyage étrange, fantaisiste.Renée Rowan IIIAN-CUY LACROIX tr |ACQU LS-A.MASCOTTO MANIFESTE POUR L’HUMANITÉ Cç manifeste n'a t|n'un objectif: contribuer, avec modestie, à l'affirmation d'un nouveau sujel historique, d'une nouvelle humanité.Les Terriens doivent s’unir pou imposer la justice immanente à la condition humaine.Contreia barbarie.Nous AGRANDISSONS I pour mieux vous servir ! À l'achat de trois livres sur présentation de cette annonce obtenez: 20‘é le premier> 25% sur le deuxième * £0% sur le troisième* 3 ¦O U 1 n a '< Promo en vigueur ^ q jusqu’au X O juin 2000 Venez découvrir notre sélection de livres avec des rabais allant jusqu’à le Parchemin Quartier Latin Mezzanine Métro Berri-UQAM - Tél : (514) 845-5243 UN ETE POLICIER ANKELL } U UNIUliiü Hlülf «Mankell pousse le roman de pfbcédüre policière à un degré de grande perfection.(.) sans conteste l’un des meilleurs polars de l’été.» Gilbert Grand, La Presse KELLERMAD J o n a t h a n KELLERMAN BILLY STRAIGHT «Si vous avez aimé La Sourde, vous allez adorer Billy Straight.Une fois encore, l’intrigue débute sur les chapeaux de roues.» Christine Fortier, Voir lONNELL\ LA LUNE ÉTAIT.NOIRE Alors que Cassie Black s'apprête à commettre le plus gros vol de sa carrière, tout bascule dans un suspense d'enfer quand un tueur sadique et surdoué tente de l'en empêcher.LEEUERMAN CONNELLY ! UE POt TE AUBERT LE COUTURIER j DE LA MORT ) IL» ÜÊIÊÊÊÊëi* MARININA tA MORT - - -POUR || KELLERMAN 240 p.• 11,95 S m ^ no ^ SEUIL J Collection POINTS LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JUIN 2 0 0 0 Le Théâtre dés opérations Journal métaphyslqii qt polémique 1999* > En'/ibmrie pour un Z 40 S* l ?* • Gallimard 29,951 “ L'homme est une catastrophe naturelle.! ” La biologie, la cybernétique, l’évolution mais aussi - et surtout-le destin des religions irriguent cette grande colère lestée Dominique ROLIN Journal amoureux Gallimard 23,95$ 40 ans d’amour fou pour un homme de 25 ans son cadet, une passion sous le signe de la joie, de la clandestinité, donc de la liberté.À 87 ans, Dominique Rolin nous donne une leçon de jeunesse, de lucidité et de tendresse.Philippe- SOLLERS Passion fixe Gallimard 27,95$ % # t Dans un roman troublant, Sollers rend grâce à celle qui lui a inspiré la seule “ passion fixe ” de sa vie, mais comme toujours chez lui, l’intrigue est un prétexte à une critique de la “ tyrannie " qui s’exerce sur notre société.A va Annie ERNAUX L’Événement Gallimard 18,95$ • Ce n’est pas précisément un “ livre d’été ”, mais le compterendu bouleversant d’un avortement voulu, le récit d’une douleur, d’une beauté rarement atteinte.Terrasse à Rome Gallimard 24,95$ UIGNARD Ce court et beau roman s’apparente à un livre de sagesse, réflexion sur le métier d’artiste, méditation sur la vie, ses âges et ses bonheurs.Par l’auteur de “ Tous les matins du monde ".GRAND PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2000 Catherine CUSSET Le problème avec Jane Gallimard 29,95$ Le portrait chaleureux et beau d’une femme d’aujourd’hui en quête de sexe et de fidélité.“ Une histoire contemporaine qui tient à la fois de Hitchcock, de Beauvoir et surtout d'elle-même.À la fois efficace et inspiré ! " Dominique Bona Sans oublier L’Adversaire de Emmanuel Carrère, POL, 27,95$, Balzac et la petite tailleuse chinoise, Gallimard, 24,95$, la série des Harry Potter, Gallimard, et la série À la croisée des mondes de Pullman, Gallimard.GALLIMARD I) 6 —*• Livres LITTÉRATURE FRANÇAISE ROMAN K.BOULLA Tolstoï sur son cheval Demir en 1905.Le chasseur silencieux SILEX LA TOMBE DU CHASSEUR Daniel de Bruycker Actes Sud Arles, 1999,186 pages Lettre ouverte à Léon Tolstoï LETTRE D’ÉTÉ Pascale Roze Albin Michel Paris, 2000,82 pages GUYLAINE MASSOUTRE Pourquoi lire ce petit ouvrage, parmi tant d’autres?A cause de l’urgence qui s’en dégage?Sans doute, car voici quelques bonnes raisons, donc une sorte de plaidoyer pour Pascale Roze, qui portent à distinguer cette signature parmi tant de plumes amoureuses: «Les mots me viennent comme une eau rare et acide dans la gorge mais chacun m’apporte la nostalgie du chant fou, du chant libre, échevelé et victorieux du merle qui s’égosille en ce moment sous ma fenêtre.» Vraiment?Le champ des publications littéraires est aujourd’hui si vaste, les plumes si variées, les nécessités si foisonnantes que nos bonheurs de lecture restent parfois, à notre insu, à portée d’une main qui les effleure sans s’en saisir.Le bonheur dort sur l’étagère.Puisse celui-ci, en tenue jaune chemisée de sépia, se réveiller.Peut-être y a-t-il quelque sagesse à hésiter de lire car, sans qu’il ait été commis de faute, «l’écriture n’est pas innocente».Lorsque, à la veille de remettre les épreuves de son roman Le Chasseur zéro — qui allait lui valoir le prix Concourt — à son éditeur, Pascale Roze s’effondre, foudroyée par un anévrisme au cerveau, elle pressent que «devant la pléthore des textes, devant les ramures infinies des formes, toutes explorées, toutes fatiguées, il ne reste qu’un seul appui, une seule légitimité à l’écrit: l’expérience, qu’un seul enjeu: sa transcription dans un langage nu comme les chiffres».Elle a senti le fracas de la tôle, vécu dans la peau de son pilote de chasse kamikaze: elle a écrit l’histoire d’un combat avec la mort Et la voilà à son tour acculée, en ultime danger.Trois ans plus tard, elle raconte une somme de coïncidences impressionnantes, encore choquée des liens entre vivre et écrire.Non seulement elle a survécu, mais monsieur Nagatsuka, le hé- ros japonais de son livre, est venu en personne se présenter à elle.En français, s’il vous plaît Pour la remercier de ce lien si spontanément jailli mais si périlleux à capter dans des mots justes, où une formidable joie d’exister frôle l’anéantissement Voilà une bonne histoire que la mort n’aura ni devancée ni effacée.Aujourd’hui, Pascale Roze écrit sur sa joie de vivre, «un sentiment profond de bien-être, de légèreté, d'euphorie», tel que l’éprouvent les grands malades en sursis.«Moi, la mort s’est approchée de moi et je ne l’ai ni vue ni sentie», raconte-t-elle, naïve et partiellement amnésique, au sortir du trépas.L’aile s’est écartée, et il n’est resté qu’une ombre massive, un effluve de vie, en fait une carte postale, posée sur la table de nuit, pour retenir Pascale du côté des vivants.C’est celle de la couverture, un homme à cheval: il se nomme Tolstoï.Une obsession nommée Tolstoï Là encore, le témoignage littéraire de Roze est bouleversant RICHARD DUMAS Pascale Roze d’authenticité.Ce Russe, à qui elle voue un chant d’amour, est l’écrivain du lien entre la vie et la mort, où l’événement vécu est toujours «inconscient mais accessible par le travail souterrain, à la fois intuitif et laborieux de l’écriture».Elle se reconnaît en lui, amoureuse d’Anna, hantée par Guerre et Paix, lovée au creux des «plis de [son] imagination».L’hallucination littéraire déboule dans la vie, à moins que la vie ne soit qu’objet d’écriture, cinglante «comme une gifle, un grand coup de battoir».L’écriture l’y dépose, précise, douce, berçante.«J’ouvre les livres et je regarde à l’intérieur de toi.» Cette fascination, «obscur objet du désir», est plus qu’une compagnie, une force d’attraction, une capacité de visualiser et de traduire en mots la puissance littéraire.En un été, Roze écrit peu à peu cette lettre vibrante à son auteur favori, comme pour prolonger la souffrance et partager la violence cousue, muette, entre les lignes de milliers de pages qui la déploient sourdement.On rencontre rarement une telle ferveur, à l’élégance soignée.Le maître est pourtant tenu en un si lointain respect que jamais son écriture ne se fait imitative.Il est totalement intériorisé.À côté de cette femme qui écrit, un homme est couché, une jeune fille aussi; mais celle qui vraiment écrit est traversée par un monde livresque qui la légitime, la justifie d’exister.Rien de moins.Quels tours prend alors le verbe aimer?Au sortir du coma, il y a eu une conversion de l’âme, une virginité retrouvée: Roze a acquis une certitude, qui se greffe sur toutes les douleurs, celle d’arrimer sa vie à l’univers d’un romancier comme on occupe une maison, un pays.«Je pense encore à toi», ce petit refrain qui acquiesce à la vie autant qu’à la mort se resserre autour d’un nom, Léon Nikolaïevitch Tolstoï, dans «l’éblouissement du vivant au cœur des mots».Pascale Roze a préféré vivre; elle est devenuç l’esprit de celui qu’elle aime.A son familier Liova, elle explique pourquoi.C’est à la fois intense, possédé et troublant BrewttrKnetn Les Aliments trafiqués Lti dnimu Jr la itMxtmtlopr Les Aliments trafiqués Les dessous de la biotechnologie w*- Brewster Kneen Préface de Louise Vandelac La biotechnologie moderne - le génie génétique— est un attentat contre la vie; elle n’est pas une manifestation de curiosité inspirée par l’altruisme mais une entreprise mue par une volonté de contrôler.251 pages.Prix: 24,95 $ Disponible en librairie Diffusion Dimédia inc.à iété DOMINIQUE FERNANDEZ écrivain et auteur du livre La Beauté publié aux Éditions Desclée de Brouwer sera à la Librairie Olivieri la Beauté ZhuCuimikc __ jeudi 15 juin à 19 h 30 pour une causerie animée par Jean Fugère sur le thème La beauté, autour du mythe d'Orphée Réservation obligatoire: (514) 739-3639 5219 ch.de la Côte-des-Neiges T 514.739.3639 F 514.739.3630 H3T 1Y1 métro Côte-des-Neiges manger au Bistro avant ou après la rencontre.Il est préférable de réserver.livieri librairie • bistro JOHANNE JARRY St il pouvait reprendre vie, que nous apprendrait l’homme de Neandertal sur ce qu’était son monde et sa façon de vivre?C’est ce mystère silencieux que tentent de percer trois archéologues en entreprenant des fouilles dans les steppes d’Asie centrale soviétique (Tadjikistan) pour découvrir la sépulture paléoUthique d’un squelette vieux de 48 000 années.Dès la première page, on apprend que le paléo-anthropologue responsable des recherches, Daniel Andréïevitch Izdolchtchikov, et les deux membres de son équipe ont péri dans un accident d’avion au retour de leur mission scientifique.Reste le journal intime de Daniel.Tous les jours, il y faisait état de la progression des travaux en punch nt ses écrits de poèmes.L’ensemble faisait sensiblement écho à ce que lui inspirait leur travail complexe et minutieux dont l’aboutissement aurait pu prouver que nous sommes les descendants d’anthropoïdes.Taraudé par la question de l’origine de l’homme, Daniel témoignait dans son journal d’une conscience aiguë de la mort.Il nous fait aussi comprendre qu’on ne fouille jamais la terre innocemment, surtout lorsqu’il s’agit de profaner une tombe.Qui était cet homme?Comment vivait-il?Qui l’a enterré?A-t-il été pleuré?Ce sont, finalement, des questions profondément humaines liées à la fmitude de l’homme que notait Daniel à la fin de ses longues journées de travail.«Mais si chacun au monde pouvait se trouver attelé à une besogne aussi absorbante (comme du temps, peut-être, où les Moustériens taillaient studieusement leurs beaux outils de pierre), la paix qu’auraient les hommes entre eux!» Oui, la paix est présente dans ce récit des jours de fouilles.Pourtant, seuls dans ce lieu désertique, les trois archéologues sont à la merci des lieux, des deux, des pilleurs de ruines.On sent la chaleur gêner leurs travaux.On craint la pluie et le vent qui pourraient tout détruire en éparpillant les ossements mis à découvert Plus l’inconnu prend forme sous leurs yeux, plus le silence croît entre eux; ils prennent conscience qu’ils sont en présence de quelqu’un pour qui ils éprouvent une étrange affection.Des objets de chasse sont disposés autour du corps, semblant témoigner d’un rituel.«Si l’homme de Neandertal ne nous avait légué cet usage d’enterrer les morts, Taurions-nous bien imaginé à sa place?» s’interroge Daniel.En définitive, les éléments naturels qu’a dû craindre le chasseur auront eu raison de tout D'où vient cette passion pour les ruines, les squelettes?Daniel croit que l’espoir de retrouver son père enterré en quelque endroit sur un champ de bataille pourrait être à l’origine de sa démarche scientifique.L’hypothèse du personnage est bien soutenue par le récit de Daniel de Bruycker, qui lie cette histoire à celle des origines de l'homme.Premier roman d’un auteur qui a déjà publié trois recueils de poésie, Silex sera de bonne compagnie pour ceux et celles qui s’apprêtent à séjourner sous la tente, au bord d’une rivière, loin de la civilisation.Son roman ramène le lecteur à des temps plus anciens où la vie de l’homme dépendait du feu, de l'eau et de la chasse.Si la vie a changé depuis, le travail de ces archéologues rappelle que le mystère qui entoure la mort, ainsi que celui de nos origines, demeure entier.«“Glisser à la surface”: et pourtant nous aussi nous broutons au passage la surface des choses — et ces os, ces pierres sont notre herbe à moutons même si, mâchant tiges et feuilles, nous ne rêvons, ruminants pensifs, qu’à un goût plus profond de racines.» DANIEL DE BRUYCKER SILEX A I 'f L K DEVOIR.LES SA M EDI I O ET DI M A X C HE II .1 I I X 2 O O O —«* Livres -»— LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Des hommes de saison pour un m, Difficile de croire qu’il y aurait des livres d’été, tout comme, à jeter un coup d’œil dehors, on peut se prendre à douter de l’existence même de la saison estivale.Pourtant, elle existe bel et bien.Et de même ceux-là, que leurs auteurs aient voulu ou non qu’il en soit ainsi.Pour cette première sélection d’une demi-douzaine de titres —il y en aura autant la semaine prochaine—, nous avons choisi de ces romans en apparence légers, mais pas bêtes du tout, à lire d’abord pour leurs personnages invraisemblables, tous fous à des degrés divers.Tous hommes.L’espèce serait-elle plus portée que celle d’en face sur les pitreries?Portraits de quelques-uns d’entre eux, dans les livres.ROBERT CHARTRAND Maurice Tremblay (Marc F.Gélinas, Chien vivant, VLB) est un brave garçon qui quitte un jour sa Gaspésie natale pour monter à Montréal.Ce n’est pas qu’il s’y ennuyait.H avait pu s’étonner tout son saoul avec son grand-père fantasque, grand collectionneur de cailloux et un peu bougon et qui, pour demeurer bien vivant dans les mémoires, avait demandé à être enterré debout.La famille occupait ses soirées à regarder passer le train dans le salon, conune le font les vaches dans les prés.Mais Maurice, comme son père et ses oncles, est un amateur de hockey, un partisan fanatique des Canadiens.A défaut d’être commentateur sportif ou joueur, il se fera engager comme préposé à l’entretien de la glace au Forum.Il n’en peut plus de fierté, mais même les plus humbles trouvent le moyen d’être insatisfaits.Maurice «Rocket» Tremblay aime une jeune fille dont le cœur est déjà pris.Jalousie, colère, peine.Il lui reste heureusement sa famille pour l’affection, et son petit logis de Montréal dont il essaie de faire un chez-soi qui lui ressemble et qui le tiendrait chaud.Ajoutons que Maurice s’égare parfois dans cette histoire qui est plus capricieuse que lui, dont la fantaisie s’alourdit parfois.On ne peut pas s’appeler Alma-zar Trudeau sans finir.un beau jour, par se prendre pour un autre.C’est ce qui arrive au héros d’Alain Gagnon (Almamr dans la cité, Lanctôt Editeur): il sera Don Quichotte, mais en moins naïf.Ce fils de ra-mancheur, ce frère d’un professeur de littérature ne rêve pas d’un monde révolu.Il peste contre les banlieues où toutes les rues et les maisons se ressemblent.C’est un cynique doublé d’un personnage en quête de son auteur après Cervan- tès, Pirandello?Ce roman se veut «picaresque» et tient ses promesses.Almazar a de la culture et s’en sert abondamment pour jeter sa gourme: voici convoqués Sade, Lawrence Durrell, Melville, Christiane Rochefort et.Alain Gagnon soi-même, qui vient à la rescousse.Qui dépannera l’autre?Où s’arrête le créateur et où commence sa créature?Le livre de Gagnon est un roman dans le roman, plein de jeux de miroirs et de chausse-trappes, un exercice de style vertigineux où l’auteur s’est fait plaisir sans doute, sans oublier ses lecteurs.L’homme à la gabardine Les agents secrets se ressemblent tous: chacun est le meilleur, le plus futé de la planète! Le Fanfaron (qui donne son titre au roman de Joseph Jean Rolland Dubé paru aux éditions des Glanures) est un type bien de chez nous, un avatar d’X-13 qui aurait l’envergure de James Bond et la dégaine de Peter Sellers quand il jouait l’inspecteur Clouzot: il a d’ailleurs un majordome, monsieur Ito, et un chauffeur érotomane, Pierre Polaroid Tremblay.Le Fanfaron va se mesurer à un criminel digne de lui, et donc génial: le Grand Artiste.On croisera le célèbre intervieweur américain Larry King, le président des USA.Car, le saviez-vous?Le monde actuel s’est emballé.Alors, autant s’y promener à bord d’un appareil à transport intégral qui carbure à la neige et en rire.La vie est une bande dessinée dont chacun est le héros.Mais essayons d’être un peu sérieux en compagnie de Vivier La-londe (Claude Belcourt, Le Grand Baveux, éditions Trait d’union), policier de la brigade des stupéfiants ou ce qu’il reste de lui après que des vilains — d’affreux trafiquants jamaïcains, peut-être?— l’ont tabassé.Pas un de ses os qui ne soit bri- Invitation Le grand public est invité à la remise des prix de la 8e édition du Concours de vulgarisation scientifique de i'Acfas.La cérémonie aura lieu le(mercredl 14 juin,) de 17 h 30 à 20 h 00 au Centre iSci, Vieux-Port de Montréal (quai King- Edward,métro Place d'Armes).NOMBRE DE PUCES LIMITÉ.RSVP : (514) 849-0045 Les Pressé! Collection ’P'UtoHC dirigée par Guy Laforest Hr| n um m m Hegel et la société moderne Charles Taylor 1998, 198 pages, 25 $ Mondialisation, citoyenneté et multiculturalisme sous la direction de Mikhaël Elbaz et Denise Helly 2000,270 pages, 25 $ Une étrange multiplicité Le constitutionnalisme à une époque de diversité James Tully 1999, 260 pages, 25 $ Le défi québécois Christian Dufour 2000, 188 pages, 19,95 $ Les citoyens au bazar Mondialisation, nations et minorités Joseph Pestieau 1999, 318 pages, 30$ A'JT: ” ', - '> 1».Il.n L’honneur du guerrier Guerre ethnique et conscience moderne Michael Ignatieff 2000, pages, 19,95 $| II 22 cm ISBN 2-89428 358-X 474 pages - 36,95 S HMH HV/TIlim ÉDITIONS HURTUBISE HMH -«• Livres •»- LITTÉRATURE JEUNESSE L’enfance des cavernes CAROLE TREMBLAY LASCAUX, LA PRÉHISTOIRE MERVEILLEUSE Textes de Stefano Sibella, illus.de Roberta Angeletti Réunion des Musées nationaux, coll.«Drôles d’époques» Paris, 2000,36 pages IA GROTTE SACRÉE Olivier Melano L’école des loisirs, coll.«Archimède» Paris, 2000,38 pages CROMIGNON Michel Gay L’école des loisirs Paris, 2000,40 pages TOUTE LA VÉRITÉ SUR LA DISPARITION DES DINOSAURES Texte de Hector Hugo, illus.de Véronique Deiss Casterman Paris, 2000,90 pages COQUINE ET SON TRÉSOR Texte de K.V.Johansen, illps.de Bernice Lum Editions Scholastic Markham (Ontario), 2000 32 pages Chaque année, le hasard, l’inconscient collectif ou l’alignement particulier des planètes en- RÉUNION DES MUSÉES NATIONAUX Illustration de Roberta Angeletti pour Lascaux, la préhistoire merveilleuse.*Î8WA gendrent un thème à la mode, qui se traduit par la publication d’un nombre étonnant de livres sur le même sujet En littérature jeunesse, après l’année des personnages d’insectes et celle des loups végétariens, nous voici dans l’ère du paléolithique.Parmi les livres sur le sujet, la très sérieuse Réunion des Musées nationaux reprend un ouvrage, préalablement paru en italien: Lascaux, la préhistoire merveilleuse.Il s’agit d’un docu-fiction humoristique qui raconte l’histoire d’Alice qui s’égare pendant la visite scolaire à Lascaux.Au détour d’un passage, elle fait la rencontre de deux hurluberlus dont l’un prétend être Homo sapiens.Les personnages sont évidemment fictifs, mais les illustrations les campent dans un décor réalisé d’après les véritables fresques.En plus des renseignements sur l’époque, parsemés tout au long du récit, on retrouve un supplément de trois pages sur le site de Lascaux à la fin de l’album.La Grotte sacrée est typique des ouvrages à caractère historique des dernières années.Toute l’information est transmise à travers une fiction qui met en scène un jeune personnage de l’époque.Agda doit subir prochainement l’initiation qui fera de lui un véritable chasseur.Avant qu’il puisse pénétrer dans la grotte sacrée où aura lieu la cérémonie, on le suit dans les diverses étapes de sa journée, du lever au coucher, des jeux aux repas, dans son rapport aux autres et à la tradition.L'information, très digeste, est appuyée par de nombreuses illustrations.Leur agencement en cases de différents formats donnent l’impression de lire une bédé idéale pour le petit Homo sapiens à partir de huit ans.Avec Cromignon, le très prolixe Michel Gay ne se fatigue pas avec l’histoire: il en raconte une.Celle d’un petit cromagnon qui, vexé de ne pouvoir suivre les chasseurs à cause de son jeune âge, boude dans une grotte, puis s’amuse à lais- ser des traces de sa main sur les rochers des alentours.Mais voilà qu’en se promenant, U tombe nez à nez avec un mammouth.Grâce à ses petits dessins, Cromignon relancera les chasseurs rentrés bredouilles sur la trace du plus gros gibier des environs.C’est mignon comme tout et ça se comprend dès trois ans.Bien que les dinosaures n’aient pas fait leur apparition cette année sur les tablettes des librairies (, notons tout de même la publication de Toute la vérité sur la disparition des dinosaures, un ouvrage proposant des hypothèses plus loufoques les unes que les autres sur la disparition des brontosaures et consorts.On y envisage la possibilité que les gros lézards aient été de fervents adeptes de danse et se soient retrouvés coincés dans la citrouille qui les ramenait du bal: on suppose qu’ils aient été coquets, se peinturlurant d’une substance fluorescente mais, malheureusement, radio-active.On imagine aussi qu’ils aient préféré un célèbre paquebot neuf à l’Arche bringuebalante f d’un dénom-mé Noé.gentiment folichon et ça s’adresse aux plus de huit ans.Dans Coquine et son trésor, une chienne déterre par hasard un squelette de mastodonte dans le jardin.Hélas, l’emballante découverte est rapidement récupérée par ses maîtres.L’amertume et l’incompréhension terrassent la pauvre bête lorsqu’elle voit les conservateurs du Musée de sciences naturelles partir avec sa friandise géante.Les éditions Scholastic, qui ne se distinguent habituellement pas par l’avant-gardisme du graphisme et de l'illustration, ont fait un effort particulier pour ce sympathique petit album.Ce n’est pas exactement la révolution graphique, mais au moins on s’écarte un peu du réalisme traditionnel auquel la maison nous a habitués.r EDITIONS SCHOLASTIC Illustration de Bernice Num pour Coquine et son trésor.Un, deux, trois, mon cheval de bois.GISÈLE DESROCHES Parmi les albums pour enfants parus ce printemps, trois productions attirent particulièrement l’attention.D'abord L’Enfant cow-boy de Gilles Tibo, qui apparaît exceptionnel dès la page couverture.On y voit un enfant aux vêtements déchirés chevaucher un cheval doré lancé au galop au milieu d’une harde.C’est un enfant comme il y en a depuis toujours dans les ruelles des villes ou des villages, qui se fait un royaume d’un dépotoir, une moqture sublime d’un vieux baril.A la fin d’une bataille épique, alors qu’il «émerge de l’autre côté du sommeil», une bête lumineuse le rejoint et l’emporte dans une chevauchée fantastique qui le fait crier de joie.Ni les chevaux de bois des garderies, ni les chevaux de plâtre des carrousels, ni même les chevaux peints sur les toiles dans les musées ne résisteront à cet appel.Le texte de Tibo avait déjà un souffle poétique et un formidable élan vers l’infini, mais finalement, ce sont les illustrations saisissantes de Torn Kapas L’Enfant cow-soy que l'on retient.Chevaux envoûtants de précision et de sensualité, avec leurs nasaux frémissants et leurs regards si vivants! Tom ICapas rend des textures précises: on veut toucher la robe de ces puissants coursiers, là où les veines affleurent; on veut caresser l’écorce noueuse du grand chêne, on devine le relief de la couverture sous les doigts.L’illustrateur joue de la lumière dans les drapés et les crinières, varie les perspectives, ne ména- ge ni les décors ni les détails.Tout est achevé et minutieux, et pourtant le mouvement est ample, généreux et fascinant.La cavalcade nous entraîne irrésistiblement avec elle dans cette mémorable virée imaginaire.Par ailleurs, aux 400 coups, le style de Geneviève Côté atteint son plein épanouissement avec L’Affreux, un conte amérindien adapté par Michèle Marineau.Déjà dans La Grande Aventure d’un petit mouton noir, paru cet automne chez Dominique et compagnie, elle avait livré des images enchantées, plus évocatrices que descriptives.Ici, dans un petit format seyant, de deux coups de crayon et d’un coup de pinceau, elle rend l’essentiel du texte et de l’émotion des situations.Tenant à la fois des Mille et une nuits et de La Belle et la Bête, l’histoire met en présence une petite fille naïve et joyeuse et un Affreux, méchant et grognon comme il se doit.Une histoire d’apprivoisement et de séduction charmante qui a la force et Tin-temporalité d’un mythe.Légèreté et fantaisie de la peti- y Les années aigres-douces des anciens du cours classique La mémoire du cours classique Claude Corbo 2-89381-725-4 • LX-835 15 sur 23 cm • 450 p.• 34,95 $ Inspiré par un modèle éducatif élaboré en Europe dans le sillage de la Renaissance, dispensé dans des collèges ou des petits séminaires institués et gouvernés par des commu nautés religieuses, longtemps réservé aux seuls garçons, le cours classique québécois s’est employé, pat la pratique des humanités gréco-latines et d’un catholicisme impérieux, à former l’élite cléricale et laïque de la nation.Pour le meilleur et pour le pire, ce cours classique a profondément et durablement marqué ses élèves.L’ouvrage de Claude Corbo examine la mémoire que conservent du cours classique les écrits autobiographiques de ceux qui l’ont vécu - des historiens: Lionel Groulx et Marcel Trudel; des intellectuels et des penseurs: Victor Barbeau, Jean Lemoyne et Pierre Vallières; des scientifiques: Armand Frappier et Pierre Dansereau; des écrivains: François HerteLJean-Éthier Blais, Jacques Perron et André Major; des hommes politiques: Georges-Émile Lapalme, René Lévesque et Lucien Bouchard.MATÉRIAUX FRAGMENTAIRES mut UNE HISTOIRE DE L’UQAM Les Éditions LOGIQUES inc.7, chemin Bates Outremont (Québec) H2V 1A6 Tél.: (514) 270-0208 • Fax: (514) 270-3515 http://www.logique.com Distribution exclusive: Québec-Livres Du même auteur: Matériaux fragmentaires pour une histoire de l'UQAM Claude Corbo 2-89381-219-8 • 1X233 15 sur 23 cm • 376 p.• 24,95 $ 111 bdxnuwmflrtrnt i 1 QtM ferai te fille, aspect sombre et inquiétant de TAffreux.Tristesse et impuissance pendant la détention, joie tranquille de la victoire à la libération.Couleurs chaudes et rassurantes des fleurs et des animaux, noirceur de la caverne et tourbillons de bleus angoissants.Très joli album.Finalement, comment passer sous silence le bébé-livre Toupie fait la siestel Aucun album de la série Toupie n’est banal, mais celui-ci est spécialement rigolo.Cette fois, c’est l’heure de la sieste, mais «les orteils de Toupie ne veulent pas dormir».En 14 pages tout carton, Dominique John réussit à livrer une histoire mouvementée, stimulante, drôle, pleine de’rires et d’imagination.Loin des petits imagiers sages et traditionnels qui se contentent d’énumérer les objets familiers devant un bébé passif, les petits albums de la collection «Chatouille» débordent d’émotions et de rebondissements.Ils proposent une définition de l’enfance joyeuse et créative.Ils racontent une séquence qui interpelle le jeune enfant et comporte de vraies phrases narratives.Dominique John s’adresse aux bébés-lecteurs comme à des êtres intelligents et passionnés.Les petits personnages-animaux, Toupie et Binou, ne font rien à moitié.Lorsqu’ils s’ennuient, ils ont la mine si basse qu’elle traîne par terre.Lorsqu’ils rient, ils ont la gueule largement fendue.Lorsqu'ils jouent, ils jouent «pour vrai».Dans la vie, ils s’éclatent.Tout leur est prétexte à inventer.Ça fourmille.Ça grouillç.Bref, ça chatouille joliment.Egalement paru: Le Shampoing de Toupie.Un, deux, trois, il était une fois.L’ENFANT COW-BOY Texte de Gilles Tibo, ill.de Tom Kapas livres Toundra Toronto, 2000,36 pages L’AFFREUX Conte amérindien adapté par Michèle Marineau, ill.de Geneviève Côté Les 400 coups, coll.«Monstres, sorcières et autres féeries» Montréal, 2000,32 pages TOUPIE FAIT LA SIESTE LE SHAMPOING DE TOUPIE Texte et illustrations de Dominique John Dominique et compagnie, coll.«Chatouille» Montréal, 2000,16 pages ROBERT LAHAISE EXPANSION CANADIENNE ET REPLI QUÉBÉCOIS 1860-1896 «Une lecture originale de la littérature québécoise à la lumière de l'histouv socio-politique, qui met mi jour, des pans entiers de notre lillcrulure.Robert Lahaise parvient à une synthèse étonnante de l'im-bricution du littéraire et du politique.» Noël Auciet 4» I AN*.TOI -îir i ni 111 iR EXPANSION CANADIENNE ET REPLI QUEBECOIS i860-1896 ) i
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