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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2000-07-08, Collections de BAnQ.

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I.E 1) K V OIK, L E S S A M EDI K E T I) I M A N (' Il E !1 ,1 1' I L 1.E T 2 O O 0 « LE DEVOIR - Romans québécois Page D 3 Lettres francophones Page D 4 Essais québécois Page D 5 Jardins Page D 8 ?Sam Lévin Page D 7 Balades TïtteraïTës : MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Vous connaissez vos classiques, bien sûn Maria Chap-delaine, Menaud maître-draveur, les Poésies complètes de Nelligan, Le Survenant.A califourchon sur deux siècles, tant par la chronologie que par l’esprit, ces œuvres revendiquent, à juste titre, une place de choix dans la littérature nationale.Mais leurs qualités propres n’ont-elles pas fait oublier celles qui les ont précédées?Avec leurs raccourcis inévitables, les manuels ont sans doute assimilé trop légèrement la littérature cana-dienne-française du XDC' siècle au seul terroir et à une idéologie de la survivance qui n'est plus de saison.Du feuilleton haletant, avec pirates et enlèvements à la clé, au récit de voyage, en passant par le pamphlet et le journal, à cette époque comme maintenant, les écrivains n’ont jamais accepté de se limiter à un genre.Pourquoi ne pas profiter de l’été pour (re) découvrir quelques-uns d'entre eux?Pendant les prochaines semaines, la une du cahier Livres vous invite à une balade dans les contrées pas si lointaines de notre littérature en vous proposant la lecture de textes méconnus d’auteurs connus et moins connus de notre jeune littérature.Ni curiosités ni documents, ces textes, nous les avons choisis avant tout pour leur intérêt Au lec-teur de mesurer maintenant son indulgence à l’endroit du passé.De l’avis de plusieurs historiens de la littérature québécoise, Arthur Buies (1840-1901) est la figure par excellence de l’écrivain romantique.Parti en France pour poursuivre ses études, il s’enrôle dans l'armée de Garibaldi.De retour au pays, il n’a de cesse de défendre avec humour et conviction ses idées anticléricales, jusqu’à sa rencontre, décisive, avec le curé Labelle, en 1879, qui fait désormais de lui le chantre de la colonisation.Journaliste, pamphlétaire, chroniqueur, Arthur Buies a fondé deux journaux, La Lanterne en 1868 et L’Indépendant en 1870, où il a publié les réflexions qu'on va lire maintenant.Propos révolutionnaires et chroniques scandaleuses.Confessions publiques.A R U I E S i.sdp-.Les prêtres portent généralement de très gros «casques», sans doute pour ne pas que Vesprit saint s'échappe.ARTHUR BUIES On ne saura plus bientôt où marcher dans les rues de Montréal pour éviter les toits qui s’écroulent.Ce qui prouve que le progrès n'est qu’une illusion.Que sert de bâtir des maisons à six étages pour que les dal|es vous tombent sur le nez?A deux étages, ça fait tout autant de bien.Il y a trois théâtres, le théâtre Royal où il est défendu d‘al-ler, le Gesù où il est défendu de ne pas aller, et les Variétés où l’on joue un jour une chose, et le lendemain rien du tout, ce qui constitue la variété.Le Gesù est un théâtre spécial.Dans tous les autres, une fois sa loge payée pour la saison, on y a un droit absolu; mais au Gesù, chaque fois qu'il y a une représentation extraordinaire, tout individu qui paie un dollar ou un écu vous enlève votre banc.Au reste le parterre ne coûte que trente sous, absolument comme au théâtre Royal.La population se divise à peu près également en deux classes, les prêtres et les mendiants.Les prêtres portent généralement de très gros «casques», sans doute pour ne pas que l’esprit saint s’échappe.Cette population a certains goûts princiers: les parties de billard, les séances de boxe, les bouffonneries des ménestrels, les combats de coqs, et les départs de l’évêque pour l’Europe.Le nombre des idiots est en raison directe du nombre des confréries; il s’élève à peu près à 20 000.Il y a presque autant d’églises que de ministres des différents cultes, mais très peu d’écoles.On compte en outre un certain nombre d’institutions non fréquentées par la jeunesse, et un très grand nombre d'auberges qui le sont.Les avocats et les médecins pullulent; deux classes fort utiles.Les uns tuent, les autres ruinent En revanche il n’y a pas de savants, pas de littérateurs, pas d'historiens, pas d’ingénieurs, pas de minéralogistes, pas de philosophes, pas de sculpteurs, pas de peintres, pas de poètes, pas de mathématiciens, pas d'astronomes, pas de géomètres, pas de géographes.un géologue et un chimiste.Une église bien célèbre est celle de Notre-Dame-de-Pitié, où l’on a tiré d’un seul verre 350 bouteilles d’huile.* Il est vrai que cette huile est miraculeuse.Les huiles miraculeuses sont comme le caoutchouc.VOIR PAGE I) 2: BUIES GSSILOR M(Mrw.ct«llor. (t 0 0 w L FRANCOPHONES la tête en bas VUES *»- DANSE La danse pas à pas TRAIN FOU Axel Gauvin Seuil Paris, 2000,213 pages LISE GAUVIN Dans une entrevue qu’il m’accordait en avril 1999, le romancier réunionais Axel Gauvin, à qui je demandais si, à cause de son utilisation d’expressions créoles et, de façon générale, du travail accompli sur la langue française à partir de la langue créole, il n’y avait pas un risque de générer une lecture exotisante, il m’a répondu: «C'est un très gros problème.Un problème que je ne peux pas résoudre.Le texte peut être perçu par le lecteur comme étant exotique ou ne l’étant pas.Je suis obligé d’évoquer des couleurs et des saveurs qui sont les miennes.C’est ma culture, mon être, mon milieu.Dans la langue, c’est aussi un peu la même chose.L’exotisme est un mot dont j'ai horreur.J’aimerais pouvoir le supprimer d’un coup de baguette magique.Mais on n'y peut rien.On est né la tête en bas.Les gens qui ont parlé les premiers sont ceux de l’hémisphère nord.Ils ont décrit la réalité des autres comme étant étrangère, comme étant exotique.» Et il ajoutait: «J’ai choisi d’aller vers ce métissage et, à partir de ce moment, je suis bien obligé d’accepter cette perception parfois exotique ou exotisante.Jusqu’à ce que l’on admette que ce que j’écris, c’est aussi de la joie, c’est aussi du drame.C’est notre façon à nous de la dire, de l’exprimer.Quand j’entends quelqu’un dire: “Ah, qu’est-ce que c’est succulent", ça me met dans une colère bleue.A ce moment-là, j’ai envie d’être très pessimiste et de dramatiser les choses en disant: “Vous savez, on meurt avec ces mots-là.” C’est pas seulement joli.On exprime aussi le plus grave avec ces mots-là.Ce n’est pas drôle.C'est peut-être parce que nos façons de nous exprimer sont plus vivantes, que nos mots ont plus de chair, de sens, qu’on arrive à les trouver drôles.» Celui qui a été et se dit toujours un militant de la langue créole a commencé par écrire un manifeste, Du créole opprimé au créole libéré.Publié en 1977, ce texte, bien avant Eloge de la créolité des Antillais Chamoiseau, Bernabé et Confiant, revendiquait le statut de langue originale pour le créole.Ce qui n'empêchait pas le romancier d'écrire en français son premier roman, Quartier trois lettres, de le traduire ensuite en créole, puis de nouveau en français pour sa publication (L’Harmattan, 1980).Le même roman, quelques années plus tard, était traduit de nouveau et publié en créole.A propos de cette aventure, il avoue: «Il me fallut extrêmement longtemps pour admettre que j’aimais aussi la langue française.Je l’ai aimée de façon spontanée.Mais à partir du moment où je me suis rendu compte que ma langue maternelle n’était pas reconnue, j’ai axé mes priorités sur la reconnaissance de cette langue.Maintenant, je ne boude plus mon plaisir de lire ou d’écrire en français.» Cinq romans plus tard, l’écrivain reconnaît que sa manière de travailler a changé.La langue du premier roman était un mixage, un métissage, une «langue artificielle», comme on l’a dit, chose qu’il prend d’ailleurs pour un compliment.C'était pour lui une façon de marquer le territoire.Il dit avoir changé d’avis après, voulant «une créolisation qui ne marque pas le territoire mais fait davantage arriver à l'autre, arriver à ceux qui ne sont pas créolophones».D’où, précise-t-il, cette créolisation de son texte que le lecteur non créole doit comprendre.Changement de cap, donc, mais aussi changement d’éditeur.I^s éditions du Seuil succèdent à L’Harmattan.Les notes explicatives font leur apparition.Des notes demandées par l’éditeur?Oui, acquiesce le romancier, qui précise encore que pour lui, «quand il y a une note, c’est qu’il y a un échec, un problème qui n’a pas été résolu».Train fou témoigne de cette recherche et de cette négociation permanente que doit accomplir le romancier pour trouver sa propre langue d’écriture.Le livre, dont la plus grande partie se passe en une nuit, raconte les tribulations d'un sous-directeur d’administration locale, un métropolitain fraîche ment débarqué dans l’ile, aux prises avec une société déjà fortement structurée, aussi bien du point de vue des Blancs que de celui des Noirs.Nuit de cauchemar au cours de laquelle le prénommé Bernard côtoie, à son corps défendant, des compagnons d’infortune avec qui il s’engage dans une équipée aussi tragique que loufoque.C’est alors l'occasion, pour Axel Gauvin, de donner à voir une suite de portraits et de récits de vie sur fond de misère et d’exploitation, récits entrecoupés parfois d’éclaircies de tendresse.Personne n’est épargné dans ce monde où la caricature n’est jamais bien loin, ne serait-ce que pour décrire un certain «porc nationaliste et dou-douisant» ou les aventures érotiques de la femme du directeur.Dans ce roman qu’Axel Gauvin dit avoir «écrit et pensé en français», seule la parole, une parole provocante, acerbe, démystificatrice, peut empêcher le train fou, ce «petit train-chenille» formé par des humains à la dérive, de sombrer dans la désespérance.Mais Maxime Grondin, le personnage qui fait contrepoids à celui de l’arriviste, réussira-t-il à rejoindre le train avant la «définitive confusion»?Au lecteur de deviner la fin de ce récit dont le rythme endiablé n’en rend que mieux la charge sociale.Train fou DICTIONNAIRE DE LA DANSE Sous la direction de Philippe l£ Moal Larousse, collection «Les grands dictionnaires culturels» 1999,864 pages, 550 illustrations 169,95$ JULIE BOUCHARD Est-il encore possible, aujourd’hui, d’appréhender le monde, un monde, de façon simple et univoque?Ou faut-il tenir pour acquis l’éclatement de sa forme et la diversité des facettes sous lesquelles il se présente?C'est en tout cas la prémisse qui semble avoir prévalu à la rédaction du Dictionnaire de la danse, récemment paru chez Larousse dans la collection «Les grands dictionnaires culturels».Parce que «trop souvent, on considère qu’apprécier la danse relève uniquement du “ressenti" et ne suppose pas de connaissances préalables», 140 signatures réunies sous la direction de Philippe Le Moal, toutes «convaincu [e]s que le regard se forme», se sont donné comme objectif de constituer «un ensemble de références ouvert visant à faciliter la compréhension du fait chorégraphique» et pouvant servir «au spectateur de points de repère».Qu’est-ce qu’un ensemble de réferences ouvert?Un ensemble qui se laisse difficilement saisir: il propose non pas un regard mais «un certain regard» sur la danse en Occident, de la Renaissance à nos jours; il découle d’une «sélection raisonnée des informations»: il privilégie la pluralité des approches afin de témoigner de «toutes les singularités».Cette façon pour le moins équivoque de présenter les choses est peut-être celle qui sied le mieux à une «discipline fluctuante, [un] art en perpétuel renouvellement» comme l’est devenue la danse depuis les débuts du XX' siècle, mais elle nous laisse entre les mains une chose un peu floue: dictionnaire ou «ensemble ouvert»?Et que penser d’un «certain re- gard» alors qu’on aurait aimé un regard tout court?Passons rapidement sur la structure du Dictionnaire de la danse, qui comporte trois parties: Le Monde de la danse, réservée à ceux qui ont pensé, créé, interprété, enseigné, défendu ou hébergé la danse au cours des siècles passés jusqu’à nos jours; Œuvres chorégraphiques, réservée à celles retenues par le «certain regard»: et Les Mots de la danse, qui définit les termes et les concepts employés aujourd’hui ou hier dans le monde de la danse.Philippe Le Moal, entouré de collaborateurs issus de tous les horizons et de trois coins du monde, n’a pu s’empêcher de voir grand; le Monde de la dame intègre non seulement chorégraphes, interprètes, pédagogues, théoriciens, compagnies ou écoles de danse, mais aussi les compositeurs et les peintres qui participé rent parfois à sa conception, en plus des décorateurs ou des scénographes qui fabriquèrent ses décors, ou des réalisateurs qui la portèrent au grand écran.Vu sous cet angle, le monde de la danse est trop vaste pour que l’on sache où et pourquoi s’arrêtent ses marges.A titre d’exemple, Ginette Laurin, Marie Chouinard, Paul-André Fortier ou Jean-Pierre Perreault y ont trouvé place aux côtés de Christina Hoyos (fabuleuse danseuse de flamenco), mais Jocelyne Montpetit en a été écartée.C’est sans doute le résultat de la «sélection raisonnée des informations», mais on aurait aimé savoir comment ce raisonnement a été conduit.Comme on aurait aimé comprendre pourquoi la notice réservée à Marie Chouinard offre un regard analytique sur son langage esthétique alors que celle consacrée à Ginette Laurin n’est pratiquement que biographique.Mais ce qui reste dans Tombre n’empêche pas de parfois se régaler; il serait mal venu de bouder son plaisir à la lecture d’une brève mais complète notice sur Antonio Gadès, chorégraphe espagnol dont les œuvres (portées tant sur la scène qu’au grand écran) peu- vent difficilement laisser indifférent, tout comme il serait vain de nier l’intérêt d'un dictionnaire qui rassemble dans l’ensemble de ses pages des indices sur la danse telle qu’on la connaissait au XVII siècle aussi bien que sur celles qui se déploient aujourd’hui au Japon, en Europe ou en Amérique.La bonne idée de la section Œuvres chorégraphiques est d’avoir rassemblé les pièces qui traitent d’un même thème et de les avoir fait suivre d’un regard critique sur l'ensemble des aporoches chorégraphiques utilisées pour aborder un des grands mythes de l’humanité, tel Adam et Eve ou Faust.La dernière section, Les Mots de la danse, révèle deux choses fort intéressantes, mais qui ont peu de rapport entre elles.D’abord, une chose toute simple, si simple qu’el-le semblera naïve: la danse porte la conscience vers le corps humain.On comprendra mieux avec un exemple.On lit sous le mot «appui»: «interaction entre le corps et un élément extérieur utilisé comme support ou soutien».Quand avez-vous pris conscience que, lorsque vous preniez appui sur quelque chose, vous entriez en interaction avec lui?Mais tout n’est pas simple dans le monde de la danse et c’est là la seconde «révélation», si ce n’est confirmation de cet état de fait; le terme «adage», défini brièvement, renvoie ensuite vers six autres articles celui qui voudrait en connaître la portée réelle.L’amateur ne survivra à ce régime qu’au prix d’une détermination d’acier; le professionnel, lui, y trouvera sans doute son compte.Somme de «regards croisé» sur un art en «en perpétuel renouvellement», le Dictionnaire de la danse, publié en France et en français seulement, s’offre comme un outil de références; mais sans grande concurrence sur le marché, il est difficile d’en évaluer la qualité réelle.Malgré cela et malgré ses défauts, parce qu’il offre une mine de renseignements parfois fort éclairants sur un art somme toute encore mal connu au Québec, on peut se réjouir de son existence.BÉDÉ PATRIMOINE La fraîcheur et l’ennui Promenades SOUKCli Gl.ÉNAT Illustration du communiqué de la remise «off» des prix d’Angoulêmc en 1974 revu par Gotlib dans Charlie mensuel.Tirée de Glénat, 30 uns d’édition.DENIS LORD LES LÉVIATHANS (TROIS TOMES) Paul Gillon L’Echo des Savanes/Albin Michel, Paris, 2000 Employé au service des contentieux de la compagnie Trapp, le très mâle Olivier Decan s’engage dans un engrenage mortel lorsque chargé d’acheter une filature du Nord de la France pour un investisseur étranger.De Paris à Amsterdam en passant par le Brésil, Decan, sa chatte Méduse et la belle Victorine vont se colleter avec un cortège bigarré et venimeux d’individus peu recommandables: tueur à gages nain et homosexuel (pourquoi pas), dictateur africain corrompu, homme d’affaires paranoïaque (ça arrive), mère incestueuse.D’un sociopathe à l’autre et passé moult deus ex machina mettant en vedette Méduse, après un tome et quelques pages, l’ennui prend la barre de ce récit érotico-politique.Même si Gillon - né en 1926- s’avère un dessinateur réaliste accompli et que cette réédition rend son talent plus perceptible que dans la version couleurs antérieurement publiée dans le défunt Métal Hurlant, Ixs IJviathans ne valent pas les classiques du même auteur, Les naufragés du temps, La Survivante ou encore Jehanne.JULIUS KNIPL, REAL ESTATE PHOTOGRAPHER: THE BEAUTY SUPPLY DISTRICT Ben Katchor Pantheon, New York, 2000 108 pages Une boutique de symétrie, un commerce d'imitations authentiques, un distributeur de human interest et un service de finition de signifiants de surface: ne voilà que quelques unes des entreprise qu'abrite le Beauty supply district, quartier imaginaire d’une mégalopole nord-américaine où s'agitent de nobles mais obscurs artisans de l’esthétique, qu’on parle de musique contemporaine ou de pots d’olives.Dans le principal et éponyme récit du dernier album du New-yorkais Ben Katchor, tout en lavis grisants, vifs et élégants, les artères de la ville se confondent à un tissu social grouillant, avec une prédilection pour les petits commerçants Juifs.The Beauty supply district requiert un lent apprivoisement mais s’avère rafraîchissant et audacieux dans la narration; le réalisme le plus précis s’y marie avec l’ironie et la poésie.Katchor a récemment conclu une entente avec Amok pour une édition française de ses derniers titres.La mondialisation a parfois de savoureux ratés.GLÉNAT 30 ANS D’ÉDITION Le livre d’or 1969-1999 Glénat, France, 2000 192 pages Il n'y a pas si longtemps, un des plus importants éditeurs européen de bande dessinée, Jacques Glénat, célébrait trois décennies de publication de bu-bulles mais aussi de livres de voyage, en particulier sur la montagne et la mer.Abonné très jeune par ses grands-parents à des périodiques de bédé comme Spirou et Tintin, il a développé sa passion de l’édition jusqu’à se faire le chantre de l’historique, le transmetteur du manga et d’auteurs américains dans la francophonie.Il ne faut pas l’oublier, les Cahiers de la BD, ça vient de lui.Dans cet album riche en photos d'auteurs et en dessins, l'éditeur marque le coup par un album-souvenir.Pour fanatiques et/ou historiens.LES COSMONAUTES DU FUTUR lewis Trondheim et Manu Larcenet Dargaud, France, 2000,48 pages Poisson pilote, la nouvelle collection de Dargaud, tient à flot un banc d’auteurs pas piqués des vers: les frères D‘ Gall, Sfar, David B., etc.Bref, des artistes qui possèdent ce qu’on qualifie généralement de démarche d’auteur, surnageant ici dans d’autres eaux.Dans Les cosmonautes du futur, Larcenet (Bill Baroud) fraye avec Trondheim (Lapinot) pour une incursion dans le quotidien de Gildas et Martina, deux préadolescents à l’imaginaire fécond.Le premier est convaincu que des extraterrestres se ca- chent parmi nous, la seconde croit dur comme fer que ce sont des robots.Comme Gildas et Martina sont très sérieux dans leur fantaisie, ils vont pousser leur enquête jusqu’à un laboratoire de recherches sur l’antimatière.Ce fin portrait de l’enfance et de son imaginaire est porté les excellents dialogues de Trondheim et une mise en cases dynamique.Le dessin de Larcenet se rapproche de manière étonnante de celui de son comparse, proximité amplifiée par la présence de l’apport de Brigitte Findakly, coloriste de la série iMpinot.lorddfa canimail.com SOURCE GLENAT Autocaricature de Dermaut pour une carte de voeux (1991).Tirée de Glénat, 30 ans d'édition.L’ARCHITECTURE DE SAINT-ROCH GUIDE DE PROMENADE Ville de Québec, ministère de la Culture, Publications du Québec, 2000,144 pages REGARD SUR L’ACADIE ET SES RAPPORTS AVEC LE QUÉBEC Patrice Dallaire Éditions d’Acadie, 1999 222 pages JEAN CHARTIER LE DEVOIR historien de l’architecture lue ’ Noppen a publié trois livres extraordinaires sur le Vieux-Québec, dont le dernier à la demande expresse de la Commission de la capitale nationale, Québec de roc et de pierres: la capitale en architecture, probablement le plus beau livre sur Québec.Cette fois, il récidive avec un petit livre de belle facture sur la renaissance de l’un des faubourgs de Québec, le quartier Saint-Roch.D’entrée de jeu, il explique le mauvais sort de Saint-Roch: «Exclus pendant près d’un siècle des représentations de la ville, le quartier a vu naître sa mauvaise fortune à la fin du XVIL siècle, quand on y a installé un “hospice pour les faux”, hôpital général plus propice à semer la terreur qu'à stimuler l’établissement.» Au XIX siècle, l’hôpital de la Marine recevait les victimes du choléra à Saint-Roch.Mais, à partir de 1860, ce quartier devint le plus populeux de la ville, avec les nombreuses usines qui s’y établissaient «Capitale des tanneries, capitale des chantiers navals, puis capitale de la chaussure, le “quartier", explique l’auteur, ainsi nommé dès la constitution légale de la municipalité en 1832, prit figure de ville industrielle bien avant la haute-ville qui le toisait: on l'appela “centre-ville"dès le XIX siècle quand, battant au rythme de l’Amérique du Nord, sa grande rue Saint-Joseph, bordée de magasins comme on en voyait à New York ou à Chicago, entraîna tout Québec bien au-delà de la “petite ville de province” qu'elle était restée.» Et voilà qu’un siècle plus tard, à partir de 1989, la revitalisation de Saint-Roch s’est amorcée à renseigne de la culture et du paysage, choix du maire Jean-Paul Lallier et de son équi|>e.D’ores et déjà, aux abords du jardin de Saint-R(x-h, les sièges de l’Université du Québec, de Télé-université et de PENAP se sont installés près du lieu culturel Méduse, ce qui referme la tranchée des années soixante-dix de l’autoroute de la Falaise.Cela vient en complément de la restauration de l’usine Dominion Corset, puis de l’usine E-X.Drolet Noppen donne de la perspective et de l’air au quartier.Ainsi, il évoque à propos de l’édifice La Fayette du boulevard Charest, datant de 1959, l’esthétique de Le Corbusier.Saint-Roch est assurément revitalisé avec Noppen qui en fait la louange dans ce livre de belle qualité.L’Acadie Patrice Dallaire précise qu’il ne cherche pas à dresser un portrait définitif de l’identité acadienne, ni même une chronique des années quatre-vingt-dix, mais plutôt un portrait speiopolitique de l’Acadie actuelle.A titre de délégué du Québec dans les provinces de l’Atlantique, il a, au cours de son séjour de six ans, apprivoisé un peu cette Acadie, à l'occasion de centaines de séjours dans tous les coins de l’Acadie.De Chéticamp à la baie des Chaleurs, de Caraquet à la baie Sainte Marie, de Par-en-Bas à Beauséjour, Dallaire s’est donné la peine d'ausculter tout ce territoire où perdure la réalité française, malgré les mauvais traitements et la déportation massive des Acadiens par l’Année britannique en 1755.Ceux qui ont survécu dans les bois et ceux qui sont revenus d'un long exil, dépossédés, ont donné le jour à des gens méfiants et fort prudents à l’endroit de leurs voisins.Le chapitre sur les relations avec le Québec s'intitule justement, «Québec-Acadie : je t’aime, moi non plus»; il indique bien la perplexité de l’auteur quand il appréhende cette relation difficile.Dallaire écrit par exemple : «Le développement du mouvement souverainiste soulève des passions qui se sont formées à la fois d'élans de sympathie et d’insécurité morbide; il provoque aussi maintes contradictions au sein du discours de certains Acadiens.Pourquoi?Parce que de nombreux Acadiens, placés dans la même position que les Québécois, seraient, eux aussi, souverainistes.Certains l’admettent ouvertement — surtout ceux du Parti acadien».Toutefois, cet élan semble s’être résorbé ces dernières années.A cet égard, Dallaire souligne le succès relatif de René Lévesque en Acadie dans les années soixante-dix.Mais, le territoire de la péninsule acadienne qui reste majoritairement français, juste au sud de la Baie des Chaleurs, attend encore le leader qui saura le mobiliser solidairement avec les Gaspésiens, leurs voisins qui faisaient partie du Bas-Canada avec eux autrefois.Un sujet à revisiter! \ \ L E I) E V 0 I R .LES S A M EDI S K I I) I M A \ ( H E !» .1 I I I I E I 2 0 (I 0 i) r> ¦- Livres-'» ESSAIS QUÉBÉCOIS Deux personnages inquiétants RELIGION La solution du monothéisme JACQUES GODBOUT -LE DEVOIR D’INQUIÉTER Yvon Bellemare Humanitas Brossard, 2000,176 pages DES AMIS BIEN PLACES John Kenneth Galbraith Boréal Montréal, 2000,250 pages Auteur d’une thèse de doctorat en 1980 sur «la technique romanesque de Jacques Godbout», de plusieurs articles au sujet du même auteur, parus dans des revues spécialisées, et d’un Jacques Godbout, romancier en 1984, Yvon Bellemare poursuit son exploration de l’œuvre protéiforme du père des Têtes à Papineau en publiant Jacques Godbout - Le devoir d’inquiéter.Clair, bien mené, instructif mais trop peu critique, cet essai résume un parcours professionnel dont l’évidente richesse ne parvient cependant pas à en faire oublier les manquements.D’abord poète — pour apprendre à écrire, affirme Bellemare —, Godbout, ensuite, par le théâtre, «s'initie à une écriture concise et percutante».Cela dit, ce sont ses romans, ses essais et ses films qui feront sa renommée.Bellemare a voulu parler de tout et faire court.Il y parvient avec une aisance qui indique assez sa profonde connaissance de l’œuvre.Ainsi, son efficace survol des multiples romans de Godbout l’amène à conclure que ce dernier «diffuse dans ses ouvrages romanesques des données qui se rattachent aussi bien à la présentation non équivoque d'une ligne de pensée bien orientée qu du perfectionnement de techniques du discours».Et cette ligne de pensée, dont la «non-équivocité» est loin de m’apparaître évidente, serait celle d’une fidélité et d’une sensibilité constantes «aux mutations profondes qui marquent le Québec» (duplessisme, FLQ, question nationale).Bellemare privilégie une lecture sociocri-tique de l’œuvre, un sillon creusé en profondeur par Jacques Pelletier, et ses analyses, pour être brèves, n’en restent pas moins pertinentes.Le cinéaste Godbout, réalisateur de plus de 30 films, reçoit aussi un traitement de faveur.Ses documentaires (sur les chiens, sur l’industrie militaire, sur la politique québécoise) sont encensés pour le regard perçant qu’ils jettent sur la réalité, ses films-portraits (sur Will James, Hans Selye, Norman William) de même, et ses films-essais (réalisés avec Florian Sauvageau) sur la face cachée de l'information, à mon avis les plus réussis, suscitent l’enthousiasme d’un Bellemare qui fait office de meneur de claque informé mais conquis.Reste, enfin, Godbout l’essayiste, le pamphlétaire turbulent des années 60 devenu le vieux sage insaisissable d’aujourd’hui.Bellemare, qui ne partage pas cette perception qui est la mienne, résume avec justesse l’univers thématique du penseur: «Les liens étroits entre la culture et l’écriture, les nombreux aléas politiques de la collectivité québécoise et, enfin, tout le tapage médiatique amplifié par les moyens de communication.» Militant indépendantiste, ardent défenseur de la culture québécoise, partisan d’un Québec laïque, critique amusé mais sévère de l’idéologie de la communication, Jacques Godbout fut, c’est vrai, tout cela, mais les dernières années l’ont vu devenir plus tortueux, moins résolu.Que défend-il maintenant?Bellemare passe un peu vite (une note en bas de page) sur les dures critiques formulées au cours des années 90 par Serge Cantin et Jacques Pelletier à l’endroit de Godbout.Qu’il soit, ainsi qu’il se définit lui-mème, «l’homme des surfaces et non des profondeurs», qu’il se dise touche-à-tout et fier de l’être, on veut bien, et cela n’est pas nécessairement pour nous déplaire, mais cela donne-t-il le droit de tout dire pour ensuite s’esquiver?Bellemare écrit: «Même si quelques esprits envieux ou chagrins lui reprochent son manque de profondeur, il n’en demeure pas moins juste d’affirmer que Godbout exerce avec bonheur l’art de l'écriture et stimule les esprits léthargiques par ses images provocantes.» Ce n’est pas faux mais incomplet: que faut-il à une provocation pour qu’elle soit mobilisatrice et salutaire?Des images qui piquent?S’en contenter ne reviendrait-il pas à sacrifier la fin aux moyens?Le devoir d’inquiéter est noble, mais ce n’est qu’un début.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Jacques Godbout La sagesse de Galbraith Assez platement anecdotique, cherchant «à informer et parfois, peut-être, à divertir».Des amis bien placés décevra ceux qui aiment le penseur John Kenneth Galbraith.Ici, le grand économiste d’origine canadienne devenu américain relatç ses souvenirs de conseiller d’Etat au service des présidents démocrates, traite «des grandes personnalités politiques et de l’impression qu’elles ont laissée à leurs contemporains, dont [il faisait] partie», et se contente essentiellement de jouer les chroniqueurs mondains.Responsable du contrôle des prix et de la gestion du rationna ment sous Roosevelt pendant la Deuxième Guerre mondiale, rédacteur de discours et conseiller économique pour plusieurs candidats et présidents démocrates (Roosevelt, Kennedy), plus tard ambassadeur américain en Inde, Galbraith, partisan de la doctrine keynésienne et progressiste modéré, a fait partie du cercle des décideurs yankees pendant plus de 40 ans.Aujourd’hui, le géant (2,04 m) de 92 ans se souvient et s’adonne, selon le titre original de l’ouvrage, au name-dropping.Fan affiché de l’homme Roosevelt {«le plus grand des hommes politiques», intelligent, capable d’écoute et d’action) et de sa politique du New Deal, imposée malgré les récriminations du milieu des affaires, admirateur d’Elea-nor Roosevelt {«Personne n’a mieux défendu qu ’elle la cause des démunis»), vaguement critique envers Truman et tout déférent à l’heure d’évoquer le souvenir d’Adlai Stevenson, deux fois candidat déçu à la présidence, Galbraith, dans ces pages, semble avoir troqué son esprit critique pour la complaisance.Ainsi, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil: Kennedy, esprit éclairé, s’opposait, «sans le moindre doute», à l’intervention au Vietnam (et pourtant.); sa «belle femme» Jackie avait toutes les qualités: Lyndon Johnson, «le candidat des pauvres», n’agissait qu’en fonction du bien public, mais ses mauvais conseillers en politique extérieure ont ruiné sa carrière; Jawaharlal Nehru fut «un ardent défenseur des principes de respect et de dignité»-, même la bonne de l'économiste, «petite, intelligente, noire, très dévouée à nos enfants» (!).figure au tableau d'honneur, sans oublier Lester Pearson et le si cultivé Pierre E.Trudeau.Disons que ça sent un peu fort l’encens.En fait, le seul chapitre un peu critique de cet ouvrage est celui qui traite de trois des principaux collègues mandarins de Galbraith.Là, le libre-penseur (mais est-ce si vrai, finalement?) se permet d’exprimer son rejet de la politique extérieure yan-kee, un modèle de bêtise et d'entêtement selon lui.11 démolit, entre autres, la fameuse théorie des dominos, invoquée au moment du Vietnam, selon laquelle même une minime victoire communiste dans un petit pays marquerait le début d’une hégémonie régionale.Il aurait fallu, écrit-il, privilégier «l’aide économique et le soutien aux réformes politiques et sociales plutôt que l’envoi d'armes et la conclusion d’alliances militaires».Plus loin, il rejette avec force le mythe de l’efficacité des bombardements aériens lors de conflits armés.Pour le reste, et dans l’ensemble donc, Des amis bien placés est à classer au rayon des livres pépères.Est-ce cela, la sagesse?louiscornellier@parroinfo.net ni Kcand LE MONOTHÉISME EST UN HUMANISME ShmuelTrigano Éditions Odile Jacob Paris, 2000,193 pages NAIM KATTAN Dans son précédent essai, L’Idéal démocratique, Shmuel Trigano a dressé un portrait du monde actuel et de ses réalités telles que nous les vivons.Sombre bilan! Cependant, son ouvrage ne se terminait pas sur un point de non-retour mais plutôt sur une interrogation.Existe-t-il une réponse?Y a-t-il une solution?Dans son dernier ouvrage.Ix monothéisme est un humanisme, il tente d’exposer le début d’une réponse.On connaît Trigano comme l'auteur de plusieurs ouvrages sur le judaïsme ainsi que de livres dans le domaine de la philosophie, des sciences politiques et de l’histoire.Il puise, ici, dans ses diverses recherches pour faire l’exposé du monothéisme au présent.Cela fait des siècles qu’Abraham répondit à l’appel du Dieu unique.Mais, dit Trigano, Abraham est né ce matin.Son monothéisme est fondateur de ceux du judaïsme, du christianisme et de l’Islam et il est toujours d’actualité.L’essayiste ne s'attarde pas sur les variations, la diversité, voire les divergences des approches monothéistes.Il revient et s’appuie sur le monothéisme premier.Par un acte de générosité, le Dieu unique a créé le monde.Ne cherchant pas à affirmer sa toute-puissance, il a laissé à l’homme sa liberté et lui a assigné une tâche de création.La sienne n’est pas terminée et, une fois que l’homme et le monde furent créés, Dieu s’est caché et, à partir de son retrait, il a conclu un acte d’alliance avec l’homme.Aussi, pour ce dernier, le monde est donné.Qu’en a-t-il fait, qu'en fait-il?Par une aptitude d’aveuglement, il peut chercher à usurper la puissance divine pour dominer ses semblables.Il se condamne alors à la solitude, abandonne sa liberté de création et s’engage sur la voie de la destruction, vivant la mort avant qu’elle ne survienne.On sait qu’une telle attitude n’a épargné l'humanité à aucune période de l’histoire.Il importe, pour en sortir, de ne pas renoncer au monothéisme.Dans son alliance avec Dieu, l'homme obtient sa liberté et l’assume.Or, cette liberté s’accomplit dans la création et celle-ci ne se réalise que dans l’allian- ce avec l’autre, avec l'homme créé par Dieu à son image.C’est dans le lien avec l’autre, dans l'alliance entre les hommes, que le monothéisme démontre sa puissance et son actualité.Il nous affranchit de la nature et nous établissons alors notre propre loi, celle du Dieu unique.Quand nous nous soumettons au règne de la nature, nous cherchons à classer, à hiérarchiser.Nous croyons alors percevoir une contradiction entre l’unité de Dieu, celle de l’homme dans son alliance avec Dieu et la multiplicité des désirs, des tentations, des promesses passagères.Nous y répondons par la soif du pouvoir et par la violence, confondant ainsi l'absence apparente de Dieu avec l’oubli.Nous succombons à l’injustice.Dans le monothéisme, dit Trigano, l’injustice n’est jamais acceptée, jamais subie comme un verdict du destin.Elle est un scandale et l’homme dans son alliance avec Dieu est appelé à l’éliminer.Car le monothéisme est un appel lancé à l’homme d’accepter d’être le partenaire de Dieu dans la création.Celui-ci lui impose dos responsabilités: accepter, dans son alliance avec l’autre, avec les autres hommes, leur liberté et voir dans la multiplicité une richesse; en dehors du pouvoir, considérer le monde comme un lieu de vie où l’injustice n’a pas de place.L’ouvrage de Trigano est riche et sa perception de l’homme dans le monde actuel est généreuse.11 ne nous invite pas à revenir à la tradition mais nous expose un monothéisme d'aujourd’hui.Dans le désarroi que nous ressentons et que nous subissons, celui-ci demeure toujours l'indicateur du chemin, un jalon primordial et essentiel sur la voie de la liberté et de la justice.SHMUEL TRIGANO LE MONOTHÉISME EST UN HUMANISME comotts' atiACt L o ii i s Cornellier ?Que faut-il à une provocation pour qu’elle soit mobilisatrice et salutaire ?À L’ESSENTIEL MUSÉE D’ORSAY -100 CHEFS-D’ŒUVRE IMPRESSIONNISTES Laurence Madeline Scala Paris, 1999,144 pages Avec de nombreuses illustrations en couleurs \ Ami-chemin entre le guide de musée et le survol de la peinture impressionniste, cet album regroupe 100 des plus importants tableaux impressionnistes conservés au musée d’Orsay, institution parisienne consacrée à l’art de la seconde moitié du XIX' siècle et du début du XX' siècle.Au cœur des collections d’Orsay, l’école impressionniste occupe une place privilégiée et attire, bon an mal an, quelques centaines de milliers de visiteurs.Ce bel album, richement illustré de reproductions de belle qualité de chacun des 100 tableaux retenus, avec moult détails et quelques œuvres comparatives, propose une visite des plus beaux fleurons de cette collection à travers une brève incursion du côté de la plus populaire école de peinture au monde.Ba-zille, Caillebotte, Cézanne, Degas, Fantin-Latour, Manet, Monet, Pissarro, Renoir, Sisley, Whistler, Mary Cassatl et Berthe Morisot sont au rendezvous de cette vue d’ensemble que l’on a divisée en trois grands chapitres: de 1863 à 1874, soit avant la première exposition du groupe chez Nadar; de 1874 à 1886, soit la période marquée par les huit expositions du groupe; et, finalement, après 1886, ou l’impressionnisme au delà des expositions.Le tout est complété par une brève chronologie, des mini-bio-graphies de chacun des artistes et une table des illustrations.Joli cadeau à offrir aux amateurs de cette école artistique.Marie Claude Mirandette SOCIOLOGIE Les contraintes du métier ARCHIVES LE DEVOIR MONDE ET RÉSEAUX DE L’ART Diffusion, migration ET COSMOPOLITISME EN ART CONTEMPORAIN Sous la direction de Guy Bellavance liber Montréal, 2000,307 pages MARIE CLAUDE MIRANDETTE Cet ouvrage est le résultat de discussions et de rencontres d’une douzaine de chercheurs travaillant autant en sociologie, en histoire sociale qu’en histoire culturelle de l’art.Le recueil de textes ainsi constitué ne se veut pas un essai idéologique mais plutôt une série d’études de cas permettant d’esquisser un portrait général des conditions et des contraintes du métier d’artiste, de même qu’un aperçu — que l’on souhaite réaliste — de ce que signifie, aujourd’hui, être artiste en arts visuels.Les textes colligés ici proposent diverses pistes de réflexion sur le phénomène de l’exil comme thème fondateur de la culture moderne et principe moteur de la créativité contemporaine.En introduction, Bellavance expose ce qu’il identifie comme «la double problématique de la diffusion et de la migration en art contemporain», laquelle fait osciller le rôle de l’artiste entre deux pôles le plus souvent antinomiques: celui d’ambassadeur au service d’une entité collective et celui de rebelle exilé ou «exote», pour reprendre la formule consacrée par Victor Segalen dans son Essai sur l’exotisme.Bellavance effleure aussi «l’importance de l’expérience des “réseaux qui comptent" dans un contexte d’internationalisation du marché, du système, du champ ou du “monde’’ de Paul Émile Borduas l’art contemporain», bref du ré-seautage essentiel à toute forme de reconnaissance.Les textes de cet ouvrage peuvent se regrouper selon quatre grands axes: Ici et ailleurs ou la diffusion de l’art québécois sur la scène internationale; Eux et nous ou la question de l’art autochntone; Les Autres ici ou la situation des artistes immigrants; et finalement Propos et entretiens ou rencontres avec quelques acteurs du milieu de l’art contemporain québécois.Ici et ailleurs Cette première section, la plus copieuse et de loin la plus riche, propose quelques cas emblématiques de la présence de l’art québécois sur la scène internationale.Jean-Pierre Denis (dans Borduas hors frontière - I«e “One Big World') y aborde le cas de Paul Emile Borduas?comme figure fondatrice de l’art contemporain québécois.Son exil et son décès hors frontière, à l’aube de la Révolution tranquille, concourent en effet à faire de Bor- duas une sorte d’icône fondatrice du Québec moderne.En fait, c’est l’ensemble de l’expérience de la génération des automatistes qui s’incarne dans la figure emblématique du «Père de la modernité québécoise».Mais Borduas n’est pas le seul, loin de là, à incarner l’artiste «exote» comme en témoigne le texte de Marcel Fournier {L’Artiste et l’Exil) consacré au scqlpteur Robert Roussil.A la vague des automatistes succède celle de la seconde génération d’artistes abstraits avec les Molina-ri, Tousignant et Gaucher.C’est à ces cas que Jan Marontate consacre son essai sur Les Moyens artistiques et circulation des savoirs techniques.Jean Paquin (L'Expressionnisme postmoderne au Québec, 1981-1987) s'intéresse à l’art néo-figuratif québécois dans un essai qui interroge l’émergence, dans It's années 80, d’une ixïnture à référence expressionniste au Québec, laquelle se développe parallèlement à des courants similaires sur la scène internationale.Louis Jacob {Migra- tion artistique et cosmopolitisme) aborde le thème du voyage d'artiste posé comme axe méthodologique de la production et instrument de travail à part entière via les exemples de trois jeunes artistes actuels: Alain Paiement, Rose-Marie Goulet et Dévora Neumark.Dans une perspective plus largo, Francine Couture {L'Art du Québec exposé à l’étranger: une figure protéiforme) interroge l’image du Québec et de son art hors frontières.Cet essai consacré aux expositions québécoises diffusées à l’étranger est l’un des plus intéressants du présent ouvrage.Stéphane Aquin, dans Entre la langue et l’œil, aborde l’épineuse question de l’influence des politiques culturelles canadienne et québécoise sur l'exportation de l’art issu du Québec.Quant à Véronique Rodriguez {Artistes en résidence), elle interroge le rôle et l'impact du programme provincial de séjours en résidences d'artiste chez les boursiers.Eux et nous Deux textes abordent la délicate question de la situation de l’art aborigène de même que la signification de l’émergence d’un art autochtone contemporain au Québec et au Canada.Jean-Philippe Uzel {L’Art contemporain autochtone, point aveugle de la modernité) remet en question la nature même de l’intérêt des milieux de l’art contemporain pour ces formes d’expression artistique tandis que Guy Sioui Durand {Un Huron-Wen-datàla recherche de l’art) se fait le défenseur d’un art autochtone en rupture avec la figure folklorique de l'Amérindien.Cette section, plus modeste et de facture nettement plus libre, propose une amorce de réflexion sur une problématique somme toute relativement récente de l’art contemporain.Les Autres ici Dans Trajets et expériences d’ar- tistes immigrants à Montréal, Guy Bellavance aborde la situation de quelques artistes étrangers installés à Montréal.Ce n’est pas tant de savoir comment ceux-ci s’intégrent au milieu existant qui intéresse l'auteur que comment ils parviennent à faire évoluer, à faire «bifurquer» ce milieu pour y créer leur place.Propos et entretiens Afin de donner la parole à divers intervenants du milieu, quatre entrevues exposent la réflexion d’autant d’acteurs influents du milieu de l'art contemporain québécois, quatre individus qui jouent, chacun à leur manière, un rôle significatif dans la diffusion de l’art actuel.Bellavance s’entretient avec le galeriste René Blouin ainsi qu’avec Chantal Pontbriand, fondatrice-directrice du Festival international de nouvelle danse et fondatrice-directrice de la revue Parachute, un des principaux organes de diffusion de l’art contemporain québécois sur la scène internationale.Monique Langlois, quant à elle, discute avec le designer Luc Cour-chesne tandis qu’Andrée Fortin recueille les propos de Richard Martel, artiste-producteur reconnu pour son apport à la diffusion de l’art de la performance dans la région de Québec.Ce livre n’est certes pas exhaustif et ce n'est pas là sa prétention.De l’aveu même de Bellavance, il s’agit plutôt de «Tamorce d’une réflexion sur le statut de l’art en contexte de mondialisation».Les études sociologiques sur la diffusion de l'art ne faisant pas légion au Québec, le présent ouvrage vaut d’être considéré par tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l’art contemporain et à ses institutions.Reste à espérer que la réflexion ainsi entamée n'en demeure pas là.> ( I.E DEVOIR.L E S S A M E 1) I K ET I) I M A N CHE 9 .1 C | L L E T 2 0 0 0 I) (> —^ Livres LEUE.COMME UNE pays de leurs B ORANGE Le amours La Chine, le Brésil, la Grèce, l'Égypte, New York, le Grand Nord des Inuits, l'Italie, l'Argentine, la Gaspésie et l'Afrique: voilà où vous emmènera le cahier Livres du Devoir au cours des prochaines semaines si vous refusez, vacances ou non et où que vous soyez, quoi que vous fassiez, de vous départir de votre cher journal pour la période estivale.Vous serez en bonne compagnie, et au premier chef, avec Aline Apostolska.Tous les jeudis soir de l'été, sur la Chaîne culturelle de Radio-Canada, celle-ci anime Bleue comme une orange, une émission qui réunit un écrivain et un artiste pour un dialogue culturel et poétique des plus évocateurs autour d'un pays.Hélas! la radio, formidable créatrice d'atmosphères, est éphémère.Qu'à cela ne tienne: Le Devoir saura retenir ces paroles fugitives.Chaque samedi, retrouvez la version écrite spécialement pour vous de ce qui vous aura charmés trois jours plus tôt.Cette semaine: la Gaspésie de Françoise Graton et Gilles Pelletier, à bord de leur voilier, le Ben sûr.MARC ANDRE GRENIER Gilles Pelletier à bord de son voilier, le Ben sûr.ALINE APOSTOLSKA Françoise Graton et Gilles Pelletier.ils se sont rencontrés lors du tournage de la célèbre série Cap aux Sorciers, et déjà il jouait un capitaine.Figures incontournables de la vie théâtrale québécoise, ils jouent aussi depuis plus de 30 ans leur meilleur rôle: celui de couple que tout unit, même leur amour pour la Gaspésie.Ils jouent jusqu'au 2 septembre au Théâtre d’Eastman (salle Marjolaine-Hébert) dans la nouvelle comédie musicale de Michel Duchesne, Les Quatre Cents Coups.Reflux de mémoire Ben sûr, sans le Saint-Laurent, le Québec, ne serait pas.Le «fleuve aux grandes eaux» salué par Frédéric Bach, ce «chemin qui marche», Magtogoek originel des Amérindiens, depuis que Jacques Cartier imagina qu’il le mènerait de l'autre côté de la terre, et que ses falaises étaient tapissées de diamants, invite toujours autant à partir et à se dépasser.En dépassant d’abord la face visible d’un monde qui n’est pas que le Québec.Se dépasser, sinon retourner au plus près de soi, par-delà le périssable, par-delà le contingent, loin peut-être jusqu’à l’Arctique, jusqu’à un pays mythique sans début ni fin, sur les berges duquel on ne peut prétendre accoster, enivré d’horizons, qu’en suivant, sans concession, les battements de son cœur.Retrouver la mémoire du temps où l'ombre de notre queue nous suivait pas à pas.Ben sûr, l’homme qui prend l’eau, retourne quelque part autant qu’il dépasse ce quelque part, accoste en lui-même à mesure qu’il s’en affranchit II découvre des horizons comme s’il avait enfin la possibilité de les redécouvrir en lui-même, tapis derrière la fin d’une terre, d’un Finistère réel et imaginaire à la fois, qu’il soit situé de ce côtèci ou de l’autre de l’océan.Ben sûr, on ne devient pas marin du jour au lendemain.Non.On l’est depuis toujours.Un jour, par nécessité ou désir, il s’en souvient, de la même façon qu'il peut se rappeler qu’il savait nager, jadis, avant de l’oublier.Peut-être que, face au Saint-Laurent qui conduit vers l’océan — l’Europe, l’Amérique du Sud, le Mississippi ou le Grand Nord —, l’homme retrouve cet état-là.L’appel du large n’est peut-être alors que la marque de retrouvailles longtemps espérées, enfin permises.L’eau est une drôle de terre, qui n’attache qu’à ce qu’on pourrait librement quitter.Une terre nourricière parce que consentie, surtout pas obligatoire.«Ben sûr», cette réflexion semblera un peu philosophique.Allé goriquement, suivant le fil de l’eau, il s’agit pourtant d’une inspiration, d’une série d’impressions surgies à la suite de l’émission du 6 juillet au cours de laquelle Gilles Pelletier et Françoise Graton nous ont invités à partir vers la Gaspésie à bord de leur bateau, le Ben sûr.Un voilier ainsi bien nommé en souvenir d’un rôle que tint Gilles Pelletier dans une série télévisée signée Victor-Levy Beaulieu, L’Héritage.Appella- tion rassurante, qui confirme le comédien au long cours dans son rôle favori de marin subtil et habile, et qui révèle la comédienne Françoise Graton dans celui d’ac-corqpagnatrice, épouse et partenaire.A deux, ils tiennent la barre depuis si longtemps.Union tumultueuse de la mer et de la terre «Françoise est une bibitte de terre, et moi une bibitte d’eau», explique d’emblée Gilles Pelletier, qui se souvient que sa famille, originaire de Kamouraska, se composait déjà d’une «branche “merienne” et d'une branche terrienne».A quoi Françoise Graton répond que ces deux composantes sont en soi celles de leur destination favorite, la Gaspésie.«Gaspésie où s’affrontent les forces de la terre et celles de la mer.» N’est-ce pas tout simplement la dé finition du Québec.même si l’on dit que la Gaspésie n’est déjà presque plus le Québec, alors que par bien des aspects elle en est une caricature.«N’oublions pas que la population originelle était composée de pêcheurs cultivateurs, qui possédaient une somme considérable de connaissances et de compétences diverses.», rappelle Gilles Pelletier qui, dès l’âge de quinze ans, partait vers Percé en auto-stop, propulsé par le besoin d’aller plus loin, de laisser flotter son regard, suivant l’envol des oiseaux de l’île Bona-venture: «Ce que j'aime, c’est l’o-cé-an!», insiste-t-il.Son épouse revendique pour sa part le côté dur, frustre de la Gaspésie et choisit pour l’évoquer l’image de la beauté du risque: «Beauté de ces marins qui risquent tout pour la pêche, et beauté des couleurs, juxtaposition de la terre rouge et du bleu-vert du fleuve, puis du bleu profond de l’océan.» Elle va jusqu’à avouer que, sans son marin de mari, elle n'aurait sans doute jamais pris le bateau, elle qui nourrit depuis l’origine une vraie peur de l’eau.Belle déclaration d’amour qui l’a conduite à naviguer parfois loin, jusqu’à Halifax et même jusqu'à Saint-Pierre et Miquelon.Preuve de confiance aussi envers le capitaine Pelletier, que l’on dit habile à prévoir les impré vus, bien qu’il dise lui-même combien la mer en Gaspésie est difficile, n’offrant aucun havre véritable à l’exception de Gaspé.L'image que pour sa part il aime à retenir est celle des vigneaux, ces établis de bois sur lesquels on faisait sécher la morue au soleil.Les vigneaux représentent l’omnipré sence de la mer, même sur terre, une présence olfactive surtout, qui mêlée à celle du salin et du varech reste accrochée aux narines comme à la mémoire.Le pays des artistes Avec eux qui se rendent en Gaspésie depuis trente ans, de préfé rence hors de la saison touristique, nous pouvons également effectuer un voyage dans le temps.Percé mis à part, le lieu a bien changé.Au fil des ans, de vraies routes sont venues border les berges, des lieux d’hébergement se sont multipliés, la gastronomie a acquis des lettres de noblesse.De sa diction inimitable, Gilles Pelletier aime à raconter que les pêcheurs mangeaient déjà des joues de morue dans du beurre fondu, mais qu’ils rejetaient les homards à l’eau.«Ils préféraient le gros gin aux crustacés, pour sûr!», dit-il, à quoi Françoise Graton répond que, bien avant les restaurants qui offrent aujourd’hui toutes sortes de mets inédits, «rien n’était meilleur que de manger à la table de l’habitant».Puisque l'on parle de ressource-ment, rappelons que la Gaspésie, à partir des années 70, est devenue le lieu où les artistes montréalais vont recharger leurs batteries, créant ainsi une vie artistique estivale tout à fait incontournable, pour eux-mêmes comme pour les touristes ou les habitants du cru.Le couple Graton-Pelletier évoque deux étapes majeures de la vie artistique gaspésienne.La première fut la fondation du Théâtre de Percé par Denise Pelletier, sœur de Gilles.Aventure dans laquelle elle avait entraî- né Georges Legros, Denise et Guy Provost, Lucille Groult et tant d’autres, bien avant que Françoise Graton ne prenne les rennes de ce théâtre durant trois saisons estivales.Elle et son mari y ont d’ailleurs joué deux pièces ensemble, l’une de Miller et l’autre de Tennessee Williams.«Le public adorait venir là», se souvient-elle, sans oublier qu’il aime toujours à le faire, que ce soit lors du Festival de Petite-Vallée ou lors des nombreuses manifestations culturelles qu’offre aujourd’hui la région.La seconde étape fut celle de la création du Centre d’art de Percé à l’initiative des Guitté et de Françoise Bugeot Un véritable foyer artistique d’une vie estivale s’est développé à partir de ce moment-là, «une sorte de microcosme montréalais» autour duquel gravitaient Tex Lecor, Armand Vaillancourt, Micheline Beauchemin, Jean-Paul Mousseau, Charlotte Boisjolis, François Rosais, Marcel Bélanger, mais aussi Pierre Elliott Trudeau et Pierre Dansereau .«C’est le seul endroit où notre vie sociale se composait plus de nos amis artistes que de gens du cru», précise Gilles Pelletier avec une pointe de regret, expliquant que ces acteurs, peintres et poètes ne prenaient que rarement le bateau avec lui.«Partout ailleurs, lorsque j'arrive en bateau, je me mêle d’abord à la population locale», ajoute-t-il.Comme à Terre-Neuve, dans la Basse-Côte-Nord, le Charlevoix ou même les Antilles.Lors de ces voyages-là, avec son fils Simon, ses amis Claude O'Neil ou Roger Carré, il peut mettre en pratique l’esprit de solidarité et d’équipe typique du marin.«Nous sommes victimes du mythe Tabariy, loup de mer solitaire, racon-te-t-il, mais c’est assez fiux.» Et de comparer la navigation à un match de foot plus qu’à un jeu de patience entre soi et soi.et qui, sans doute, n’empèehe pi la méditation ni le recueillement A travers sa description, la navigation devient une occasion de communion, avec soi-même mais surtout avec l’immensité.Chacun à sa juste place, la mer ne triche pas avec ces règles-là.L’envers sombre Au fond, à cause des graves difficultés économiques qui l’accablent, la Gaspésie semble aujourd’hui plus connue pour sa vie artistique et touristique que pour celle de ses habitants.Conune si le théâtre, l’art avaient procédé à leur œuvre de transfiguration, comme si l’art seul pouvait refigurer la nature et la transmettre.Mes interlocuteurs vont jusqu’à croire que la vie artistique, signe de vitalité, sauvera la Gaspésie de sa dérive économique, dont l'exode des jeunes reste le signe le plus symptomatique.«Nos enfants et petits-enfants y vivent, et leur qualité de vie est tellement exceptionnelle.», concluent-ils.La Gaspésie, c’est mon pays.dit la chanson sur un rythme de joueur de cuillères.Havre d’amour de la mer alliée à la terre, terre de la mémoire originelle et, bien sûr, pays de la morue! Chacun sa vision, sa version de la Gaspésie, mais sans doute pour tous, pays de la liberté d’être et de respirer.Cette série estivale est issue d’une collaboration spéciale entre Le Devoir et la Chaîne culturelle de Radio-Canada.Tous les samedis de l’été, Aline Apostolska offre la version écrite de l’émission Bleue.comme une orange, diffusée le jeudi à 22h sur les ondes de la Chaîne cidturelle, 100,7 FM.Cette émission vous invite au voyage et à la découverte, en compagnie d’écrivains et de voyageurs de renom.Bleue.comme une orange est aussi un voyage sonore et musical réalisé par Clotilde Seille.Jeudi 13 juillet: l’Afrique noire avec les écrivains Sylvie Massi-cotte et Mongo Beti.Jeudi, 22h, 100,7 FM.bleucommeuneorange@mon-treal.radio-canada, ca Il est aussi possible de réécouter Bleue.comme une orange sur le site de Radio-Canada, à l’adresse unm.radio-catuida.ca/culture ROMAN DE L’AMÉRIQUE La part de Thomme Les personnages de ce qu'il est convenu d'appeler road novel (ce roman de la route, d’esprit typiquement américain, où priment la dérive et l’imprévu, au détriment de la destination à atteindre) sont d’ordinaire des adolescents précoces ou attardés, jeunes adultes en mal d’être, en crise ou simplement insou- ciants.On y rencontre moins souvent un homme de 73 ans, chirurgien cardiaque à la retraite, en tous points respectable, donc, mais qui est atteint d’un cancer du côlon et ne peut se faire aucune illusion sur le caractère infaillible des diagnostics de la médecine moderne et les souffrances qui l’attendent.Cet homme peut déci- der, autant pour prendre un peu d’avance sur lesdites souffrances que pour en épargner à ses proches le long et pathétique spectacle, de partir à la chasse comme au temps de sa jeunesse et de simuler un accident survenu, disons, au moment de traverser une clôture.Le voilà parti en compagnie de ses deux fidèles amis, chiens leveurs de gibier, épagneuls bretons qui se croient à l’aube d’une partie de plaisir comme une autre.Or l’accident sur-vient.Enfin, un autre accident.Par nature imprévisible, comme le seront tous les événements qui, à partir de là, vont s’enchaîner, comme l’est la vie elle-même, dans sa suprême et indifférente ironie.Après un peu d’aquaplanage Qa pluie donnant ses couleur^ à la route et aux paysages de l’Etat de Washington en ce dernier automne), l’homme et son véhicule vont se retrouver le nez contre un arbre, l’homme étant sauf «presque par miracle», lui fera observer un témoin.Ce n’était pas le miracle attendu, mais bon.Se tuer par hasard est peut-être encore moins facile que si on.a pris soin de tout planifier.L’impératif médical et, donc, l'engagement viscéral de cet homme se retrouvent alors en flagrante contradiction.Son arcade sourcilière aurait bien besoin de quelques points de suture.mais à quoi bon des points quand on a décidé d’en finir le jour même?Tout cela n'est-il pas un peu absurde, à l’image d'une certaine condition humaine?Le périple cahin-caha qui commence alors est, justement, une sorte d’allégorie, un parcours de l’existence en raccourci, à travers les embûches et obstacles qui parsèment le chemin et au terme du- quel prévaudra, seule, la nécessité de lutter, en dépit du caractère dérisoire des moyens dont l’humain dispose.Le courage dont il est question ici se trouve du côté du devoir et de la soumission ultime à la loi.La révolte, une fois détournée de la tentation de fuir, découvre un sens nouveau dans l’accomplissement humble et quotidien de ce qui peut être poursuivi sur cette terre tant qu’un cœur bat, tant que l’âme peut continuer de s’ouvrir aux images, aux souvenirs, au désir, à la présence fraternelle et à la pitié.Dans ce genre de récit, comme quand on part en stop, l’enchaînement des actions est entièrement réglé par la nature à la fois évasive et incontournable des rencontres.Le gentil couple de jeunes excursionnistes qui lui fait faire un bout de chemin et lui laisse, en guise de cadeau, un talisman: le clochard qui, après l’avoir tapé de vingt dollars, va lui donner trois joints pour calmer la douleur de ses tripes.N'ayant pas renoncé à son projet, le D Ben Givens entre dans le désert de sauge où se tapissent les perdrix chukars.Armé de son fusil, suivi de ses chiens, il va rencontrer la mort, pas encore celle dont il avait rêvé.Une mort qui, plutôt, l’oblige à réagir, incarnée par une meute funeste lancée à travers la nuit sur les traces d’un coyote, son frère de misère, tout aussi traqué que lui.Une mort multiple, souverainement envahissante, réverbérée, depuis les souvenirs de la guerre en Italie jusqu’aux pulsions pas si bénignes de la chasse, en autant de symboles de la chute, et qui le force, pendant que sa déroute se pour-suit, entre les décors poussiéreux d’une série de petites villes à moitié mortes et la lumière violente et aseptisée d’une clinique vétérinaire, à faire les choix qui le ramèneront progressivement du côté des vivants.Après les nouvelles somptueuses de Charles d’Ambrosio, dont il fut question dans ces pages, la prose pleine de sûreté de cet auteur dans la jeune quarantaine semble vouloir ajouter Seattle, devenue un femps la capitale culturelle des Etats-Unis dans les années 90, à la liste des lieux d’élection de la géographie littéraire américaine, avec les Concord, Lidée de la grande ville europe centrale 1890-1937 ’M* * du 24 mai au 15 octobre 2000 CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal 514 939.7026 ou www.cca.qc.ca ûfi Benqu.d.Mon».! ‘ii’ tfi £23 SSS” Tatiana Démidoff-Séguin L’Échiquier en ballade Installation dans le hall d’entrée Maison de la Culture Frontenac 2550, Ontario est du 20 juin au 8 octobre 2000 Le public interviendra sur des toiles tout au long de l'exposition sur le thème du jeu et de la liberté jL O O O ml Musique et enchantement 15 juillet à Joliette : airs d'opéra ÆF Galina Gorchakov-a et l'OSM }0 juillet : une journée à Orford l j€$ J Iransport, conférence, repas, concert .Histoire et patrimoine A detOllVS 18 juillet : Boucherville - Vcrchères 5-6 août -.Québec, Grosse-Île «cuirs culturels puis Chambly, Ota, Charlevoix.fT «ccm,v„y^ R»tmon< Bienlôt : Toronto, Kleinhurg, Buffalo Réservations (514) 276-0207 Louis Ham e lin ?» ?New York, Key West, Missoula et Los Angeles, où vont traditionnellement aboutir les bons romanciers et futurs scénaristes ratés.Bien sûr, au sortir d'un pentalogue de Jim Harrisson, il peut arriver que l’on trouve le tout un peu sage et appliqué, et la description des lieux et paysages presque trop soigneuse (incontournable thème des grands espaces, abordé avec une minutie obsédée de réalisme, carte géographique incluse).De la description de la cueillette commerciale des pommes à celle d'une opération à cœur ouvert sur le front d’Italie, la documentation est irréprochable, comme l’est la construction extrêmement méticuleuse de ce roman qu’accompagne, à la fin, une page de remerciements faisant penser à un générique de film («merci aux habitants de la petite ville de.», etc.).On pourrait par ailleurs se passer d’un symbolisme religieux assez primaire, comme s’il était besoin, à chaque fois que le regard chargé de désir d’un homme croise celui d’une femme, de nous montrer un serpent en train de se faufiler dans les buissons.Le thème du verger, théâtre de l’amour adolescent et de «l'œuvre de Dieu» qui vont unir Givens et la femme destinée à devenir sienne, est déjà suffisamment explicite en soi.Mais on suit ce brave docteur avec beaucoup d’intérêt, surtout lorsque la rencontre de quelques jeunes cueilleurs mexicains, immigrants illégaux, complètement démunis et paumés, vient lui rappeler la signification profonde de la carrière qu’il avait choisi d’embrasser.En une seule nuit étoilée, une seule opération pratiquée dans les conditions insalubres d’un baraque de travailleurs agricoles, le docteur Givens va mettre au monde deux êtres, l’un qui naît, l’autre qui renaît: l'enfant des Chicanos nu et sans avenir, et lui-même, avec le cancer qui le ronge, prêt à rentrer parmi les siens.C’est pas mal beau.À L’EST DES MONTAGNES David Gutersen Traduit de l'anglais (États-Unis) par Michèle Albaret-Maatsch Seuil Paris, 2000,281 pages L K I) K V OIK.I.K S S V M KOI 8 K T I) I M A X (' Il K il .1 I' I L L K T 2 O O O =u.ARTS VISUELS Images de marque SAM LEVIN, PHOTOGRAPHE DES STARS Cinémathèque québécoise 335, boulevard de Maisonneuve Est Jusqu’au 10 septembre BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Peut-être ne connaissez-vous pas bien son nom.Mais les visages qu’il a immortalisés ne vous seront certainement pas indifférents.Photographe de plateau des plus présents dans les années quarante, influent au même titre que Roger Corbeau (1908-1995), qui a travaillé avec Marcel Pagnol pendant des années, ou Raymond Voinquel (1912-1994), Sam Lévin atteint sa pleine notoriété en tant que portraitiste de célébrités.Ses contacts avec les studios de la Metro Goldwyn Mayer et Cinecittà lui ont permis de rencontrer et d’amadouer de grandes stars du cinéma puis de la chanson française.En plus de nous avoir fait partager son regard très perçant sur ces personnalités, Lévin a carrément forgé le regard que nous portons sur les stars.Il aurait même contribué par son ap- Superbe, rexposition permet tous les fantasmes.proche à l’établissement du star-système.Né en 1904 en Russie, chimiste de formation, Samuel Lévin ouvre au début des années 1930 un studio à Paris où il acquiert rapidement la notoriété en tant que portraitiste de célébrités.C’est par contre dès 1935 qu’il se fait connaître à titre de photographe de plateau.Il devient le photo-graphe privilégié de Jean Renoir en 1937, lors de La Grande Illusion, que suivront La Bête humaine en 1938, puis La Règle du jeu en 1939.De photographie de cinéma, par contre, il n’y en a qu’une dans l’exposition de la Ciné mathèque, au tout début du parcours, tout juste après quelques portraits, comme pour montrer ce que l’exposition ne sera pas: un cliché pris pendant le tournage de Im Bête humaine, avec Jean Renoir, Jean Gabin et Simone Simon.Précisément, le sous-titre de l’exposition, Photographe des stars, ne trompe pas.Ce sont exclusivement des portraits.Toutes des stars: des réalisateurs, des acteurs bien sûr, mais aussi des chanteurs.Les noms propres défilent: Michel Simon, expressionniste, qui nous sert, dans le dédale des regards qu’est l’exposition, une bravade menaçante en guise de regard, Moni- i Alain Delon et Romy Schneider à l’époque de Christine de Pierre Gaspard-Huit (1958).SOUKCK CIM MATHKQl'K QUKBÉCOISK Lino Ventura photographié par Sam Lévin en 1965.SOURCE CINEMATHEQUE QUEBECOISE ca Vitti, dans un rare décor des compositions de Lévin, Michèle Morgan à trois reprises, Jean Marais et Jean-Claude Brialy, étrange ment couverts de sueur (simulées), Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo.Le siège de l’âme L’exposition est rendue possible par la donation par l’épouse du photographe, Sabine Girolet, d’un legs massif au Patrimoine photographique, association chargée, par la Direction de l’architecture et du patrimoine français de la conservation, de la gestion et de la diffusion des collections photographiques appartenant à l’Etat français.En juin 1997, Mme Girolet, faisait donation de 80 000 diapositives ou négatifs couleur, 400 000 négatifs noir et blanc, 100 000 tirages de diffusion ou contacts originaux et 400 tirages d’époque.Cinq mille personnalités figurent au registre de la collection.Les photographies présentées à Montréal, au nombre de 150, sont des tirages récents, plus adaptés aux affres des voyages.A travers les sections de l’exposition, une remarquable définition du regard photographique se dessine.Les noir et blanc ont leur fonction, les couleur la leur.Aux ambiances et à l’incursion des noir et blanc dans ce que l’on tient, à défaut de mieux, pour lame des modèles se substitue plus loin dans l’exposition la couleur, avec laquelle Lévin tend vers le spectacle, une version manifestement plus glamour de la photographie.Cette section propose une esthétique du corps dans laquelle la séduction passe moins par les émotions que par une cosmétique qui s’en tient à l’épiderme sans être superficielle.Dans les couleurs, la caméra s’éloigne des modèles, là où les noir et blanc scrutaient précisément les visages à la recherche de climats réflexifs.On tient Lévin comme un magicien de l’éclairage.Ses fréquentations des plateaux de tournage lui ont permis de percer la carapace des grandes stars et de se gagner leur confiance.I.a notoriété du photographe s’est élargie rapidement, lui permettant d’avoir accès à ces éminences dans des conditions idéales.La doxa désire ardemment voir dans les yeux le miroir de l’âme, des gouffres plongeant dans le sol des humeurs les mieux enfouies.A vouloir percer le secret de lame, on oublie souvent de considérer ces surfaces comme telles.Miroirs, les yeux retournent moins le reflet de l’âme que les secrets du photographe.Dans les yeux des modèles se goûte le travail du metteur en scène, du théâtre.Au profit d’une technique impeccable, sur ces surfaces se livrent les ruses du photographe pour pam^ nir à sculpter les visages, la science de lévin pour les éclairages, les dispositifs scéniques et tout le travail en studio anime les regards des feux d’une rampe qui se révèle tel un artifice.lévin privilégiait les éclairages de cinéma aux éclairs des flashs.Il faut lire dans les regards que nous retournent les Jeanne Moreau et Alain Delon tout le labeur du photographe à fabriquer l’idée de l’authenticité des prises de vue.Du grand art.Accrocher du cinéma Visiblement, le coordonnateur des expositions de la Cinémathèque, Alain Gauthier, a eu beaucoup de plaisir à accrocher ce cinéma.Partout dans l’architecture de la présentation, faite de couloirs, Gauthier a profité des allées et des carrefours spécialement aménagés pour lancer, à travers l’espace, des renvois entre les images.A un carrefour, trois Brigitte Bardot entrent dans notre mire, de 1956, de 1958 et de 1963.Ailleurs, un Mastroianni (1968) et un Aznavour (1970) se répondent, face à face, deux images dramatiques, de rarissimes clairs-obscurs.Toute l’exposition est ainsi montée, en clins d’œil, en allusions, en suggestion.En finale, le regard du «maître» sur un des deux autoportraits de Lévin de cette présentation plane sur ses modèles féminins, tout près d’un Dali majestueux, une image délirante d’ambiguïtés.C’est d’ailleurs là, dans cette exposition remarquable, qu’aurait pu s’investir l’exposition, dans cette délicate question du regard masculin.Mais là, on dérive, on s'emballe.Superbe, l'exposition permet tous les fantasmes.Les Beaux dimanches au Fort-Lei saison 2000 i:si:vi l s ivak ij: devoir 104.1 f Caméléon ^ csaïuiiunon DES ACTIVITÉS POUR TOUTE LA FAMILLE CK DIM tVCIII 9 .HUI.ITT I \ Ci M \ \ IM I \ 1 O I M : Spectacles et ateliers oe fabrication oe cerfs-volants.¦ • ¦ Parcs ¦ Canada Partis Canada Canada TT^L'VWV '*'1 ¦¦¦¦ Richelieu MPWtfS cœNt i 8«r* PmNMII»-«ir Ne» AVOCAT ¦ Autotout i* Sont# [Il ou [ ft ou Routa QU tud Les centres d’exposition de rAbitibi-Témiscamingue 0)4*1 Cn], Programmation des CENTRE D’EXPOSITION DE ROUYN-NORANDA (819)762-6600 • 1-888-957-1999 3 mai au Événement PassArt ; 3 septembre 2000 œuvres à Rouyn-Noranda CENTRE D’ART ROTARY DE IA SARRE (819)333-2294 25 juin au Prima/Hydro-Québec 20 août Biennale d’excellence en métiers d’art de rAbitibi-Témiscamingue CENTRE D’EXPOSITION DE VAL-D’OR (819) 825-0942 19 juillet au Rose Pareil et George Parkin 10 septembre La photographie de Pareil & Parkin Artistes invités de Melbourne, Australie SALLE AUGUSTIN-CHÉNIER INC.DE VILLE-MARIE (819) 622-1362 20 mai au Biennale internationale d’art 20 août miniature, 5e édition.Œuvres contemporaines réalisées par des artistes des quatre coins du monde.CENTRE D’EXPOSITION D’AMOS (819) 732-6070 7 juillet au La ville dont vous seriez le héros 20 août Exposition sur l'environnement urbain amossois Or Ace a ta pwmoipeiion financière du Gouvernement du Québec Ministère de le Culture et des Communications I I L K I) K V 0 I H .L K S S A M K Ü I H K T I) I M A \ ( HE !» .1 I' I L L E T 2 0 0 0 I) 8 :=-* LE DEVOIR ?JARDINS Compagnes de route, hôtes du jardin Les épis violins de l’épilobe à feuilles étroites disent l’été autant que les framboises et les bleuets cueillis sur les bords d’une route de campagne ÉRIC ST-PIERRE LE DEVOIR ïir?% ?.» Au cours de vos grands dérangements ou petits déplacements de l’été, remarquez toutes ces fleurs sauvages robustes croissant le long des routes.Elles pourraient faire les grands massifs colorés et sans tracas de votre jardin de vacances.Que faire cette semaine?Les vacances, et soudain l’air se fait plus léger.Les soucis s’envolent.Nos yeux se dessillent à mille beautés hier encore ignorées.Ainsi ces fleurs des champs et des fossés, soudain remarquées sur le bord des routes et qui feront les grands massifs colorés et sans tracas des jardins de grandes vacances ou de pleine ville.Si vos errances vous portent de Montréal vers Québec ou vice-versa, vous vous étonnerez, près de Saint-Hyacinthe, d’une portion d’autoroute ensauvagée.Le gazon donne toute sa mesure.Les sauvages fleurissent sans gêne.Ces essais de réduction de la tonte résultent d’un projet conjoint entre le ministère des Transports du Québec et la chaire en paysage et environnement du département d’architecture du paysage de l’Université de Montréal.Un tronçon sur l’autoroute Henri-IV Nord (573) près de Val-Bélair et une portion de l'autoroute 40 près de Donnacona sont semblablement laissés à eux-mêmes.Faisons le tour de ces jardins spontanés avec Yves Bédard, biologiste au ministère, et inspi-rons-nous-en pour des jardins de peu de soins.i ‘wÈk 5 * r ï : Marguerites et rudbeckies Les marguerites blanches envahissent les abords des autoroutes dès mai.L’idée des marguerites en larges aplats vous plaît.Mais la variété sauvage introduite d’Eurasie, bien que prolifique, manque de panache.Choisissez alors les grandes marguerites vivaces, Leucanthemum X superbum «Alaska» par exemple, bien en fleurs et tout en hauteur (60 cm).Comme elles s’étendent sans bon sens, elles constitueront une inépuisable source de partage avec les copains jardiniers.La rudbeckie hérissée, cousine de la marguerite travestie de pétales dorés et d’un cœur brun, fleurit sur les talus secs des autoroutes.Elle se satisfera de n’importe quel sol bien drainé à la ville ou au chalet.Il existe une pléthore de variétés horticoles de cette rudbeckie (marquées de brun ou à centre vert comme «Irish Eyes»).Ces variétés sont considérées comme des annuelles ou des vivaces de courte vie.Vous les sèmerez donc ou en achèterez l’année prochaine.Par contre, les jolies Rudbeckia fulgida var.sullivantii «Goldsturm» (un mètre) et Rudbeckia nitida «Herbstsonne» (deux mètres) sont, elles, tout à fait vivaces.Plus timide, la rudbeckie laciniée est une grande indigène des clairières.Dans les vieux jardins fleurissent encore des massifs de ses variétés à fleurs doubles, tout à fait gaies et bon enfant.Bleu du ciel, bleu de mer Les chicorées fleurissent superbement bleu de ciel.Mais elles sont si avares de feuilles et de fleurs — ces dernières ne s’ouvrent que le matin — qu elles ne valent pas la peine d’être introduites au jardin.Dommage! In vipérine (Echium vulgare), une bisannuelle bleue elle aussi, forme de larges colonies dans les endroits, rocailleux, secs et calcaires, les plus inhospitaliers qui soient.En été, une pente jouxtant l’échangeur Turcot se couvre d’ailleurs de ces fleurs bleu de mer que vous voudrez au jardin.Rose ou blanc Les épis violins de l’épilobe à feuilles étroites disent l’été autant que les framboises et les bleuets cueillis sur les bords d’une route de campagne.Il y en a que son extraordinaire couleur ravit.D’autres préféreront sa version blanche, disponible depuis quelques années et qui fait de vaporeux mais vigoureux massifs en juillet-août.Thérèse Romer la marie au jaune doré de la lysi-maque ponctuée, Andrew Lawson, auteur de La Couleur au jardin (I,a Maison rustique, 1997), avec-la Nepeta «Six Hills Giant», bleu lavande.les pépiniéristes anglais Nori et Sandra Pope, dans Couleurs éclatantes pour un jardin contemporain, lui adjoignent la verge d'or du Canada, une indigène belle et robuste, pour un dynamique duo de fin d'été.Ui mauve musquée, rose délicat, s’accorderait aussi avec l’épilobe.Vagabonde des bords de roule elle aussi, elle formera, tout comme l’épilobe, de belles colonies.Tisane et couleurs toniques L’achillée millefeuille présente toutes les qualités, y compris celle d’être comestible — mais à petite dose — et, séchée, de donner d’excellentes tisanes.Mais le blanc grisâtre de ses ombelles reste bien terne.Plutôt que la version indigène, choisissez une des nombreuses variétés horticoles aux couleurs toniques: entre autres «Cerise Queen», couleur cerise et comestible d’après Jekkq McVi-kar (Im Passion des herbes, Guy Saint-Jean Editeur, 1999).Alors, au départ des vacances, observez tout à loisir les bords de route et d’autoroute, mais passez donc le volant à un copain.¦ En pèlerinage à Sainte-Anne-de-Beaupré'ou à Baie-Saint-Paul, zyeutez les terres-pleins (lu boulevard Sainte-Anne, devenus prés fleuris et haies champêtres grâce à la joyeuse bande d Yves Bédard et Daniel Trottier (ce dernier est architecte paysagiste au ministère des Transports).Outre de nombreuses plantes mentionnées ici, vous y verrez des rosiers inermes {Rosa blanda) à fleurs simples, des trèfles rouges, amis des sols et des bourdons, des coronilles aux feuilles légères et aux fleurs rosées, des lins vivaces et des lupins.Une révolution se trame sur les bords de chemins.et c’est tant mieux.¦ Dénichez les plantes sauvages mentionnées ici chez votre pépiniériste ou votre spécialiste en fleurs vivaces s’ils ont des plantes indigènes.Ou, sinon, chez Marc Meloche, flore sauvage, à Saint-Tacques ([450] 839-3527).¦ Cueillez avec diligence les jeunes haricots pour une production continue.¦ Après la récolte, préparez vos fraisiers pour l’an prochain.Désherbez soigneusement.Enlevez les vieilles feuilles en fauchant à dix pouces du sol.Apportez du compost et arrosez par temps sec.Da nielle Dagen a is ?SOURCE JARDIN BOTANIQUE DE MONTREAL De loin, un groupe de vipérines paraît bleu de mer.De près, on observe un maigre feuillage piquant, de petites fleurs en épis d’abord rosées puis bleues.¦ilft- * 4 & T - «» T.* A f Cf ¦> ' sP ' ' 1 v i ^ -i- * i «éT • - tk' *** •* A SOURCE JARDIN BOTANIQUE DE MONTREAL Les épis violins de l’épilobe à feuilles étroites colorent les bords de route et les brûlis.Sa forme blanche, plus aérienne, apporte beaucoup de délicatesse au jardin.IRi SOURCE JARDIN BOTANIQUE DE MONTREAL L’achillée millefeuille présente plusieurs variétés horticoles aux couleurs toniques, comme cette «Terra Cotta» jaune ocre.»
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