Le devoir, 29 juillet 2000, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET D 1 M A X C II E 3 O .1 l I L L E T 2 O O O * LE DEVOIR * Romans québécois Page D 3 Les écrivains d’Internet Page D 3 Bleue comme une orange Page D 6 ?no tt Le paysage impressionniste Page D 7 Jardins Page D 8 Balades TïtteraiTes 1 Voyag MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Vous connaissez vos classiques, bien sûr: Maria Chapdelaine, Menaud maître-dra-veur, les Poésies complètes de Nel-ligan, Le Survenant.A califourchon sur deux siècles, tant par la chronologie que par l’esprit, ces œuvres revendiquent, à juste titre, une place de choix dans la littérature nationale.Mais leurs qualités propres n’ont-elles pas fait oublier celles qui les ont précédées?Avec leurs raccourcis inévitables, les manuels ont sans doute assimilé trop légèrement la littérature canadienne-française du XDC' siècle au seul terroir et à une idéologie de la survivance qui n’est plus de saison.Du feuilleton haletant, avec pirates et enlèvements à la clé, au récit de voyage, en passant par le pamphlet et le journal, à cette époque comme maintenant, les écrivains n’ont jamais accepté de se limiter à un genre.Pourquoi ne pas profiter de l’été pour (re) découvrir quelques-uns d’entre eux?Pendant les prochaines semaines, la une du cahier Livres vous invite à une balade dans les contrées pas si lointaines de notre littérature en vous proposant la lecture de textes méconnus d’auteurs connus et moins connus de notre jeune littérature.Ni curiosités ni documents, ces textes, nous les avons choisis avant tout pour leur intérêt.Au lecteur de mesurer maintenant son indulgence à l’endroit du passé.Une demi-boutade a fait de François-Xavier Garneau (1809-1866) le premier romancier cana-dien-français.Notaire, journaliste, historien autodidacte, poète aussi, et traducteur, il se lance en 1840, sans argent ni soutien, dans la vaste entreprise d'écrire une Histoire du Canada pour répondre à lord Durham et à son jugement hautain sur ce «peuple sans histoire».Mais auparavant, l'homme qvait voyagé.Deux mois aux Etats-Unis en 1828, deux ans en Angleterre entre 1831 et 1833, entrecoupés de courts séjours en France.11 en ramènera diverses observations culturelles, sociales et politiques qui paraîtront en feuilleton dans Le Courrier de Québec en 1854, avant d'être réunies en volume en 1855, dont on lira maintenant quelques extraits.et en rance dans los années 1831,1832 et 1833 François-Xavier Garneau FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU Ce qui frappe un étranger à Londres, c'est l’aspect affairé de la population.Les grandes rues sont remplies d'un torrent d'hommes, de femmes, d'enfants, de chevaux, de cabriolets, de charrettes, de carrosses, qui circulent sans cesse et au milieu duquel brillent, çà et là, la couleur rouge des malle-postes, ou les couleurs variées des diligences, qui entrent en ville ou en sortent à tout instant de la journée pour toutes les parties de l’Angleterre.Au milieu de ce mouvement et de ce bruit se promènent, à pas lents, les hommes de police échelonnés de distance en distance sur la voie publique pour maintenir Tordre.Ds portent habit bleu et chapeau rond avec leur numéro au collet; un petit bâton est leur arme ordinaire.Dans les grandes rues passantes il est une classe d'hommes faite pour attirer les yeux.Ce sont les hommes-affiches; ils forment une classe d’industriels qu'on ne connaît point au ^ Canada.Ils portent une planche en l’air au poitrine et l’autre sur le dos, suspendues au cou, sur lesquelles sont collés des placards rouges, bleus, noirs, pour attirer l’attention des passants.Le système des affiches va très loin en Angleterre.Les fabricants de bière et de noir à soulier en ont fait un grand usage et en ont retiré des avantages immenses.J’ai entendu raconter à ce sujet des choses fabuleuses.On rencontre aussi à tout instant à Londres des gens, dont quelques-uns avec tablier blanc, qui portent dans des espèces de boîtes, longues et étroites, des pots d etain remplis de boisson; ce sont des distributions de bière qu'on va faire à des pratiques, à domicile, car la consommation de la bière est énorme dans les îles britanniques; c'est avec le genièvre la boisson du peuple.Nous avions encore vu une ou deux fois des gens habillés de noir, avec de grands sacs de serge brune pendus au bras et garnis de long cordons, lesquels paraissaient contenir des livres et des papiers.On me dit que c’étaient des messieurs de la justice.Je l’avais déjà à moitié deviné à leur teint et à leur physionomie.C’étaient des procureurs, des solliciteurs, des proctors, des écrivains à tant du cent mots.Les professions qui se rattachent à l'administration judiciaire sont divisées ici en une infinité de classes, et conséquemment les formalités légales sont extrêmement compliquées.VOIR PAGE D 2: VOYAGE À ¦ it ! Il fill!- i l:Hli i il 11!"» George Street.Palais de justice Tombée publicitaire fl août 2000 • Parution août 2000 Cahier SPECIAL ®i«ir R e n r e e LITTERAIRE .¦psigsa sS's-r i L K I) K V (Il K .L K S S A M K IJ I 2 !J K T I) I M A \ < Il E :J ü .1 I I L L K T 2 I) 0 0 I) 2 m Livres VOYAGE Les passions épuisées, la raison, la vérité surnagent et reprennent leur empire SUITE DE LA PAGE DI Chaque contestation, chaque procès est, en effet, une mine qui doit faire vivre une foule de familles.Rien n'est doublé pour la rendre profitable; et avec l’esprit commercial et calculateur que l’on connaît aux Anglais, l’on doit croire que lorsqu’une affaire arrive à sa fin, elle a passé par tous les innombrables défilés de la chicane sans en excepter un seul, et épuisé toutes les ressources de son génie inventeur.Tout cela se fait avec un sérieux et une science comme si pas un mot de ce qu’ont dit ou écrit n’était inutile.[.] Londres est la plus grande ville de l’Europe, et la première métropole de la liberté et de l’industrie.C’est là où la liberté est la mieux assise et où l’industrie est la plus vaste et la plus riche.Le sénat et le commerce forment la base de la puissance anglaise.Après avoir étudié quelque temps sa physionomie physique, ses rues, ses monuments, son commerce, je me mis à considérer la population et l’organisation sociale de cette grande nation.Une chose me frappait sans cesse, c’était l’alliance de la liberté et du privilège, du républicanisme et de la royauté.Je cherchais à comparer cette organisation avec l’organisation américaine, c’est-à-dire, avec celle des Etats-Unis, car l’organisation coloniale est une chose exceptionnelle dont la durée est pour ainsi dire fixée d’avance, et dont le terme marche avec le chiffre de la population.Prenant les choses pour ce qu’elles étaient dans le moment, je finis par me convaincre que les deux pays avaient fondé leur constitution sur des faits réels et non sur des théories imaginaires, d’où provenait leur stabilité.Je voyais devant moi une royauté, une aristocratie et une plèbe dont les fortes racines remontaient à l’origine de la nation.L’aristocratie était puissante et considérée, le peuple nombreux et soumis, le roi regardé comme essentiel au maintien des boulevards qui servent de protection à ces deux grandes et seules divisions de la nation.L’aristocratie, par ses souvenirs historiques et ses richesses, exerce un empire immense sur les idées, ou plutôt elle se considère et elle est presque considérée par le peuple comme une puissance qui ne pourrait être renversée que par le renversement de la nation elle-même.Elle est d’ailleurs si sage et si éclairée qu’elle ne s’expose jamais inutilement.Elle connaît la fragilité des choses humaines; elle sait que tout passe avec le temps.Elle ne s’oppose donc point aux progrès des choses et des idées.Elle s’étudie seulement à y prendre part de manière à faire rejaillir sur elle-même la.plus grande partie de l’illustration personnelle qui en résulte; elle vote dans la législature pour les améliorations en toute chose, et ouvre ses rangs avec ha- Cette presse exerce une grande influence non seulement sur les opinions de la nation, mais sur celles de toute la race anglaise GRC R< JUPE maud-Bray — «uüiwmii»—(garnmi—— | PALMARÈS ^ * du 18 au 25 juillet 2000 1 i POLAR Soins intensifs 8 C.Brouillet courte échelle 2 DICTION.1 Collectif Larousse 3 SPIRITU.L’art du bonheur * 73 Dalaï-Lama R.Laffont 4 ROMAN Avant de te dire adieu 8 M.Higgins Clark Albin Michel 5 ROMAN Fille du destin * 8 Isabel Allende Grasset 6 POLAR Prisonniers du temps 8 M.Crichton R.Laffont 7 ROMAN Et si c'était vrai.27 Marc Lévy R.Laffont 8 POLAR Le testament 11 John Grisham R.Laffont 9 B.D.Le petit Spirou n" 9 - C'est pas de ton âge! 6 Tome & Janry Dupuis 10 POLAR Napoléon Pommier 6 San-Antonio Fleuve noir 11 ROMAN Q.L'autruche céleste 23 lléana Doclin Flammarion Q.12 POÉSIE Q.Erreur d'impression 6 Daniel Bélanger coronet liv 13 ROMAN Harry Potter and the Goblet of Fire 3 J.- K.Rowling Bloomsbury 14 PSYCHO.À chacun sa mission 35 Monbourquette Novalis 15 ROMAN Véronika decide de mourir 16 Paulo Coelho Anne Carrière 16 ROMAN Maintenant et pour toujours 5 Danielle Steel Pr.de la Cité 17 ROMAN Le bonheur en Provence ?15 Peter May le Nil 18 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 46 Henriette Major Fides 19 ROMAN Le périple de Baldassare « 10 Amin Maalouf Grasset 20 PSYCHO.La guérison du cœur 25 Guy Corneau L'Homme 21 SANTÉ Le corps heureux 15 T.Cadrln-Petit L'Homme 22 ROMAN City 10 A.Baricco Albin Michel 23 ESSAI Q.La crise d'Oka 2 John Ciaccia Leméac 24 ROMAN Un parfum de cèdre * 45 A.-M.Macdonald Flammarion Q.25 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 42 P.J.D'Adamo du Roseau 26 ROMAN Bridget Jones : l'âge de raison 6 Helen Fielding Albin Michel 27 ROMAN Balzac et la petite tailleuse chinoise * 23 Dai Sijie Gallimard 28 CUISINE Sushi faciles 8 Collectif Marabout 29 POLAR La lune était noire 8 M.Connelly Seuil 30 GUIDE Plaisirs d'été pas chers, éd.2000 9 Alain Demers Trécarré 31 POLAR La ville de glace 22 John Farrow Grasset 32 B.D.Album Spirou n' 254 6 Tome & Janry Dupuis 33 Sc.FICTION L'empire des anges 13 Bernard Werber Albin Michel 34 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 143 1.Nazare-Aga L'Homme 35 ROMAN La pierre de lumière, tome 1 - Néfer le silencieux 10 Christian Jacq XO éditeur 36 ESSAI Q.Marcel Tessier raconte.19 Marcel Tessier L'Homme 37 Sc.FICTION Vittorio le vampire 6 Anne Rico Plon 38 BJOGRAPH.C'est comment l'Amérique?16 Frank McCourt Belfond 39 ROMAN Vers chez les blancs 12 Philippe Djlan Gallimard 40 HORREUR Hannibal * 27 Thomas Harris Albin Michel Livres -format ooche 1 ROMAN Geisha « 11 Arthur Golden Livre de poche 2 B.D.DragonBall n’ 41 7 Akira Toriyama Glénat 3 ROMAN Les cendres d'Angela 9 74 Franck McCourt J'ai lu 4 ROMAN Le journal de Bridget Jones e 24 Helen Fielding J'ai lu 5 ROMAN Comment voyager avec un saumon 25 Umberto Eco Livre de poche * :Coup«u| > ' dimwalier - i I) G L K DEVOIR.L E S SAMEDI 29 ET DI M A X C II E 30 JUILLET 2 0 0 0 Livres ai BLEUE.COMME UNE ORANGE Le pays de la fiction et de la lumière La Chine, le Brésil, la Grèce, l’Égypte, New York, le Grand Nord des Inuits, l’Italie, l’Argentine, la Gaspésie et l’Afrique: voilà où vous emmène le cahier Livres du Devoir au cours des prochaines semaines, si vous refusez, vacances ou non, et où que vous soyez, quoi que vous fassiez, de vous départir de votre cher journal pour la période estivale.Vous serez en bonne compagnie et, au premier chef, avec Aline Apostolska.Tous les jeudis soirs de l’été, sur la Chaîne culturelle de Radio-Canada, celle-ci anime Bleue comme une orange, une émission qui réunit un écrivain et un artiste pour engager un dialogue culturel et poétique des plus évocateurs autour d’un pays.Hélas! la radio, formidable créatrice d’atmosphères, est éphémère.Qu’à cela ne tienne: Le Devoir saura retenir ces paroles fugitives.Chaque samedi, retrouvez la version écrite spécialement pour vous de ce qui vous aura charmés trois jours plus tôt.Cette semaine: l’Italie de Paola Baggio et Normand de Bellefeuille.ALINE APOSTOLSKA Paola Baggio est née à Bassano del Grappa, village montagneux de la Vénitie, où l’on fait la meilleure grappa.Arrivée à Montréal avec ses parents à l’âge de six ans, elle a grandi dans le quartier de la petite Italie avec sa famille.Après des études en biologie, elle s’oriente vers l’enseignement pour être aujourd'hui professeur en 6' annép du primaire à l’école Lanaudière.A 14, 21 et 25 ans, elle est retournée dans le pays de son enfance pour raviver la part italienne d’elle-même qu’elle désire conserver et cultiver.Normand de Bellefeuille est né à Montréal.Parallèlement à son métier d’enseignant du secondaire, il a mené une brillante carrière d’écrivain, poète et romancier.Aujourd’hui éditeur chez Québec-Amérique, il œuvre pour établir des ponts entre les littératures italienne et québécoise, trouvant ainsi l’occasion de retourner dans le pays qui depuis l’adolescence le fascine, «pays du mensonge et de la lumière», où il se sent comme dans les «vues» qui ont nourri son adolescence.Pays du mensonge et du paraître Im figure de l'Italie dans le.roman québécois: fantasme, métaphore, mais aussi.mensonge.C’est sous ce titre polémique que Normand de Bellefeuille a présenté sa dernière tournée de conférences auprès des élites universitaire et littéraire italiennes, exprimant ainsi clairement le rapport de fascination et d’inspiration qui, depuis l’adolescence, le lie intimement à ce pays, ou plutôt ces pays, puisque l’Italie n’est pas une, mais multiple.S’y ajoute sa perception singulière, littéraire, mais surtout cinématographique, du pays, de cette culture si ancienne apte à réveiller en nous des perceptions sensorielles - lumière, chaleur, couleurs, sons, odeurs - qui au Québec lui semblent plus neutres.D’essentielles perceptions sensorielles, de belles endormies qui chuchotent à l’oreille de notre mémoire subjective et sélective.On pourrait penser que des images de Ben-Hur et de Quo Vadis à une confrontation avec la vraie Italie et les vrais Italiens, Normand de Bellefeuille aurait fait une traversée vers le réel en se coltinant physiquement à ce qui fut pour lui fiction.Il n’en est rien.Il affirme «chercher le metteur en scène et l’éclaira-giste», comme si toute l’Italie était Cinecittà, et succomber à un fol besoin de mythifier le récit de ses voyages, alors qu’il n’a de discours que «strictement documentaire» lorsqu’il revient, par exemple, de SOURCE TEI.E-QUEBEC Un symbole impérissable de la séduction italienne: Marcello Mastroianni, qu’on voit ici dans une scène du film La Peau, en compagnie de Claudia Cardinale.France ou d’Ecosse.Au chapitre de l’Ecosse, l’essayiste Jacques Allard serait sans doute plus près du processus de «mythologisation», mais cela est une autre histoire, et peut-être l’objet d’une future émission.Pourquoi donc cette perception d’un mensonge italien chez Normand de Bellefeuille?L’Italie reste certes la terre de la création artistique, de la commedia dell’arte, des conventions et des images que Ton a besoin de donner de soi.Il s’empresse néanmoins de préciser qu’il parle bien de son mensonge à lui, et non de celui des Italiens.Evidemment, quitte à être dans le jeu, autant y croire pleinement, et le jouer en toute sincérité.C’est cela que confirme Tltalo-Montréalaise Paola Baggio.Revenant vers le pays de son enfance avec une vision nord-américaine, elle n’a pu échapper au filtre d’un irréductible discernement: «Je n’ai pu m'empêcher de constater à quel point il fallait se plier aux règles du paraître.Avoir l’air toujours souriant, toujours bien habillé, toujours partir en vacances.».Les «vues», les films qui ont peuplé Tadolescen- !il LE SYMPOSIUM de la nouvelle peinture du 4 août au 4 septembre ARTISTES SÉLECTIONNÉS Sébastien Dion Sotte Fékété Yechel Gagnon Fred Latorge François Lemay Alexis Robert Suzanne Gauthier Scott MacLeod Anicet Boka Valérie John Sandrine Mahieu-Geoiges Abderrazak Sahli ARTISTES INVITÉS Che Chuang Françoise Sullivan Jimniey Québec Canada s?' .Nouvette-Écosse Colombie-Britannique Côte-d'IvoIre Martinique France Tunisie New York Mnntrèni Afrique Europe il Afrique du Nord États-Unis Canada mm 4L .G.v - ; ' - ‘v les 24 Cl 25 pour COLLOQUE .FAIRE OEUVRE LE FIL DE LA METIS ¦ «xo la préstdonc* d’honneur de René Raiseron LES PARTICIPANTS: Jocelyne Altoucherie (Québec).Ignorer, explorer, jalonner Élione Chiron (Parts), le fil rouge de la métis ou les ruses de l'oeuvre à taire Edmond Couchol (Paris).Du métissage à l'hybridation Françoise le Gris (Montréal), (e désir voilé Claude Thérlen (Trois-Rivières), Valéry et les sollicitations, poiétiques de to sensibilité tormelle Paul Lussiei (Chicoutimi).Exposer: les mots de peinture Francine Chaîné (Québec).Une poïélique d accompagnement: ta direction d'étudiants diplômés en arts visuels Cécile Cloutier (Toronto), La faisance ’ de t'oeuvre d'art Derrick de Kerkhove (Toronto), La peinture numérique: métissages, collages et nouvelles palettes Coslin Miereanu (Paris), Interlaces du sonore et du visible René Passeron (France), t ort et le comme-si Bernard Paquet (Montréal), te diagramme à l'oeuvre Les 2 et 3 septembre FORUM LE SYMPOSIUM, UN EVENEMENT EN PERSPECTIVES ET EN PROSPECTIVES- LES PARTICIPANTS Hedwidge Asselin, Normand Biron.Guy Durand.Claude-Maurice Gagnon.Francois-Marc Gognon.Ninon Goulhiei.Paul Lussier, Bernard Paquel PEINTURE MÉTIS UN ÉVÉNEMENT R F N D U POSSIBLE GRACE ce de Normand de Bellefeuille, trouvent ainsi un écho réel dans le spectacle de soi que Ton doit offrir à ses voisins, cultivant son intimité à Tombre du qu’en-dira-t-on.Beauté, convivialité, exubérance et tutti quanti.La culture nord-américaine, adonnée à la recherche d’authenticité et de conscience, trouve là ses limites.La vieille Europe ne s’offusque pas d’évoluer dans le paraître, et plus on se rapproche de ses racines latines et méditerranéennes, plus on est près de la liberté d’être dans le spectacle, avec toute l’extraordinaire part de convivialité, de faconde, toute cette douceur de vivre indissociable du fait de se sentir vraiment en vie, et peu importe que ce soit au prix de quelque indispensable théâtralité.Toute une vision du monde façonnée par le fait de vivre quotidiennement, et depuis toujours, dans la beauté, les traces historiques — «ce décor qui a beaucoup servi» — la luxuriance végétale, l’odeur enivrante de la peau et de la nature surchauffée par l’omniprésence solaire, toute cette prépondérance du paraître en effet, mais d’un paraître tellement véridique que seul Fart peut véritablement en traduire l’intensité.Selon mes invités, dans le cas de l’Italie, Tart semble plus révéler le vrai que le travestir.Tout cela qui est si normal pour un Italien dont les yeux sont habitués à vivre dans l’abondance, «et si séduisant pour un Nord-américain» comme se plaît à le reconnaître de Bel-lefeuiile.Tout ce qui manque à Paola aussi, malgré tout, à Montréal, elle qui tient tant à conserver ses images, ses odeurs qui font remonter les souvenirs et lui permettent de s’ancrer dans ses racines éloignées, mais non trahies.«Je veux garder en moi toutes cette mémoire et cette beauté, affirme-t-elle, pour ne pas trahir complètement mon pays.» La trahison reste la véritable hydre de l’exil, et le souvenir, la seule épée qui puisse lutter contre un tel mortifère dragon.Souvenirs souvenirs, et plaisirs.Si quitter c’est trahir, ne pas oublier c’est travailler fort à conserver la langue.Par amour de sa deuxième langue, le français, Paola Baggio est devenue enseignante du primaire.Mais elle a conservé sa langue, son dialecte vénitien, qu’elle parle encore avec ses parents, en plus d’avoir récemment choisi de retourner vivre dans le quartier montréalais de la Petite Italie.Cette langue qui est en soi une chanson, pareille à celles qu’elle chantait enfant et dont, spontanément, elle retrouve les paroles en studio.Cette langue poétique et vive, mouvante d’une région à l’autre, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, selon qu’il s’agisse d’un opéra donné à la Scala de Milan, d’un poème, d’une sérénade accrochée aux trompe-l’œil de la côte ligurienne, des psalmodies d’Assises, de la retenue de Sienne, des disputes de Naples, de l’excès de fiction de Florence, ou d’une langoureuse incantation amoureuse d’Adriano Celentano dont la mère de Paola peuplait sa cuisine et d’une larme nostalgique, peut-être, assaisonnait ses plats.Car qui dit mémoire évoque évidemment des goûts, et autant que l’omniprésence artistique et musicale, TItalie ne va pas sans le souvenir des plats accrochés au palais avec l’adhérence de la fidélité.Paola Baggio évoque la polenta, le co-teccino, la choucroute typique des régions du Nord, et m’explique que les Italiens privilégient les réunions à la table familiale aux sorties au restaurant.Normand de Bellefeuille s’honore de manger «tout et n’importe quoi», ayant écumé tous les restaurants italiens de Montréal avant de s’adonner à une découverte enchanteresse des plats régionaux lors de ses tournées italiennes.Vitelo tonato, bolo misto, scalopine accompagnées de combinaisons inattendues et colorées, grillades de fruits de mer, on découvre en lui le connaisseur que sa sveltesse ne laisserait pas soupçonner.Je ne peux pour ma part m’empêcher de penser que si les Italiens privilégient les repas maison, le succès de la célèbre trattoria dai Baffoni se justifie sans doute, comme me l’expliquait son propriétaire, par le fait que depuis toujours on y sert «ce que les Italiens de souche avaient l’habitude de manger chez eux».Souvenir impérissable de la marna, et du lieu stratégique que constitue la cuisine.Québec - Italie On sait que parmi les communautés qui ont successivement peuplé et façonné Montréal, la communauté italienne est Tune des mieux intégrées.Selon Baggio, cela tient «aux points communs entre Italiens et Québécois», plus nombreux qu’on ne le croit: le sens de la solidarité communautaire, la place centrale de la mère, sans doute aussi la prépondérance de la religion romaine et apostolique qui, en Italie comme au Québec, a longtemps imprimé sa marque, par le biais aussi de ses excès.J’évoque Casanova, caricature d’une morale grégaire où, depuis trop longtemps, Vénus à sa proie est attachée et où «on est puni par là où on a péché» comme dans la mieiuç huilée des spirales dantesques.A ce chapitre, Paola Baggio confirme que TItalie lui semble encore imprégnée de cette interprétation catholique du texte «même si les générations changent et ne suivent plus les interdits d’antan».Elle, l’Italienne, et lui, le Québécois, ont d’ailleurs aussi en commun d’avoir rejeté le joug catholique de leur enfance, elle en bifurquant très tôt vers les sciences et la biologie, lui en versant dans l’athéisme sans compter l’indispensable rébellion que stipule en soi le métier d’écrivain.Les rapports homme-femme en portent particulièrement l’empreinte, constituant sans doute une différence sinon une incompréhension majeure, entre les conceptions italienne et québécoise, non pas des responsabilités familiales mais de la séduction, de son rôle et de ses codes.Alors que le traditionnel culte du héros encore si vif en Italie cache mal l’androgynie intrinsèque à la divinisation héroïque même, les Italiens entretiennent leur art de la séduction, «une façon de regarder les femmes comme des œuvres d’art» et de les glorifier comme telles, plus désireux du jeu de la conquête que de sa seule issue consommatrice.Normand de Bellefeuille, qui avoue un net attrait pour les talons hauts des Italiennes, se voit même obligé d’expliquer à ses amis italiens de passage que les Québécoises n’ont pas l’habitude d’être prises pour des icônes.Ou que, comme Paola Baggio, elles n’y croient pas.«La sérénade c’est agréable, dit-elle, mais un moment seulement.» Elle regrette là encore une certaine résurgence de la fiction dans des rapports de séduction trop codés.Malgré ses racines qu’elle tient à conserver, la culture nord-américaine lui a donné le goût des rapports authentiques, pour ne pas dire égalitaires.Mais pour Normand de Bellefeuille, qui a inauguré le futur studio des Ecrivains Québécois à Rome, la littérature reste le plus grand lieu de complicité et d’échanges, faits de reconnaissance et de différences, et de reconnaissance des complémentarités mutuelles, entre écrivains italiens et québécois.11 y travaille fort et se réjouit que des auteurs comme Micone, Calabrese ou Alfonso aient trouvé leur juste place au Québec, mais aussi que des écrivains de langue française soient si immédiatement intégrés en Italie.Peut-être les Italiens apportent-ils aux Québécois ce qu’ils leur manque.«Ils nous ont appris à manger et nous, on leur a appris à manger moins vite», me répond-il.Ce n’est pas moi qui le contredirais: la littérature ne s’adresse-t-elle pas d’abord à nos tripes?Cette série estivale est issue d’une collaboration spéciale entre Le Devoir et la Chaîne culturelle de Radio Canada.Tous les samedis de l’été, Aline Apostolska offre la version écrite de l’émission Bleue comme une orange, diffusée le jeudi à 22h sur les ondes de la Chaîne culturelle, 100,7 FM.Cette émission vous invite au voyage et à la découverte, en compagnie d’écrivains et de voyageurs de renom.Bleue comme une orange est aussi un voyage sonore et musical réalisé par Clotilde Seille.bleucommeuneo-range@montreal.radio-canada, ca.Jeudi 3 août, à 22h: New York avec Jacques Parmentier et Peter Schubert.100,7FM.LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Une Iranienne en exil IRAN, LES RIVES DU SANG Fpriba Hachtroudi Éditions du Seuil Paris, 2000,300 pages NAÏM KATTAN Fariba Hachtroudi vit en France.En 1979, elle dénonça les crimes commis dans son pays depuis la révolution khomeynis-te.Elle effectua en 1985 un voyage clandestin en Iran dont elle évoqua les péripéties dans son premier ouvrage: L’Exilée, publié en 1991.Iran, les rives du sang est un ouvrage de combat.Fariba Hachtroudi est une militante de l’opposition; elle anime une association humanitaire de résistance iranienne.Il ne s’agit cependant pas ici d’un document ou d’un essai.Hachtroudi a emprunté la forme du roman pour raconter l’histoire du meurtre d’une vieille femme, crime qui ne fat jamais éclairci.À partir de Paris où elle réside, la fille de la victime fait conduire l’enquête par un inspecteur de po- lice, Tadjik.Policier de métier, celui-ci a servi sous la police secrète du shah, la Savak, avant de se recycler dans celle des imams.Or il est accablé de remords, tiraillé par des cris de conscience.Afin que Tadjik puisse poursuivre son enquête, la reprendre, cette fille lui fait parvenir de son lointain refuge un «livre rouge» où elle donne sa version du crime.Le policier entreprend son travail et nous le livre en une alternance de pages de journal de sa correspondance et du compte rendu de ses activés.Plusieurs personnages doubles, ambigus alimentent cette poursuite des faits.L’auteur dénonce les crimes, d’abord et surtout ceux perpétrés contre les femmes.Une doctoresse du nom de Naguesse révèle des dessous horribles: des femmes réduites à la prostitution, contraintes à Tavortement dans une société qui affiche ostensiblement son moralisme.On découvre que la femme dont on a camouflé l’assassinat en suicide et qui s’appelle Echq («amour» en iranien) est, en fin de compte, le symbole de toutes les Iraniennes.Celle-là, dans sa communication avec sa fille qui vit en exil, écrit: «Demanderas-tu encore comment je suis morte, ma fille?De mille et une façons durant les mille et une nuits de barbarie ordinaire, tolérée, institutionnalisée: brûlée vive, pendue, trouée de balles, égorgée, asphyxiée sous les gravats de la dilapidation ou sous le corps des geôliers en rut.» Ce livre est un cri et l’auteur a choisi la fiction, la littérature, pour le faire entendre.Fariba Hachtroudi écrit en français, un français parisien avec, parfois, des mots familiers.La romancière a choisi une écriture double: celle du journal de l’exilée parisienne et celle de la narratrice, tentant ainsi d’établir une distance entre une réalité concrète et un réel vécu de l’extérieur.Un problème se pose pour le lecteur francophone quand les policiers de Téhéran s’expriment dans cette langue parisienne.Mais il ne s’agit pas ici de traduction, et le problème se pose à tout écrivain qui s’exprime en une langue qui n’est pas la sienne. L E I) E V (MR.LES S A M EDI 2 !* K I I) I M A \ ( Il K A
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