Le devoir, 19 août 2000, Cahier C
LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DI M A X (' Il E O A O I T i O O 0 LE DEVOIR SA c' ¦ > * t'.l.Le goût des uns le dégoût des autres ¦ JW* m g n e s CHRONIQUE Le palace redoré Page C 2 UN LIEU, UN CRÉATEUR: Sylvain Lelièvre Page C 3 FORMES Hnndertwasser Page C 8 Cinéma Page C 4 Musique Page C 6 Le Goût des autres d’Agnès Jaoui ouvrira le bal du FFM jeudi prochain.Film phénomène, celui-ci nous parvient auréolé de son immense succès dans l’Hexagone.Avec de bonnes idées à la base et une performance remarquable de Jean-Pierre Bacri en homme d’affaires moustachu et amoureux.Les Français se sont reconnus dans le miroir d’un film abordant les thèmes de l’exclusion, du sectarisme.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Je l’ai rencontrée en mai dernier à Cannes en pleine cohue du festival, au 7e étage du chic Hôtel Martinez, terrasse glamour s’il en est, piste d’atterrissage des stars toutes catégories.Elle s’en foutait un peu d’ailleurs.Agnès Jaoui a beau être une étoile en France, elle arbore profil bas, joue de simplicité; sa vraie nature de toute évidence.Les anti stars sont toujours plus intéressantes que les autres, plus courtoises à tout le moins, moins dupes du succès aussi.Le Goût des autres (scénarisé avec Bacri), sorti en France en mars, n’était pourtant projeté en aucune catégorie au festival de la Côte d’Azur.Qu’à cela ne tienne! Cannes est aussi un marché.Or, quand le nom d’une cinéaste circule sur toutes les lèvres, celle-ci finit par se pointer tôt ou tard sur la Croisette, histoire d’appuyer les ventes internationales.Le sauvage Bacri ne l’accompagnait pas, bien évidemment N’empêche: leurs noms sont devenus indissociables.Coscénaristes, acteurs des histoires qu’ils écrivent, Bacri et Jaoui constituent une success story ambulante, mais Jaoui a franchi toute seule le pas de la réalisation.Avec un succès qu’elle considère inespéré.Le Goût des autres vient de quitter l’affiche dans l'Hexagone après avoir atteint plus de quatre millions d’entrées.Jamais la réalisatrice n’avait rêvé pareil triomphe.Première réalisation tant qu’on voudra, elle n'avait rien d’une néophyte pour autant, la dame.Jaoui et Bacri transforment en or tout ce qu’ils touchent César du meilleur scénario au duo pour Un air de famille de Kla-pisch (adapté de leur propre pièce, laquelle avait récolté aussi le Molière).César de scénario aussi pour Smoking, No Smoking et On connaît la chanson d’Alain Resnais.Elevée en banlieue, puis à Paris auprès d’un père conseiller en marketing, d’une mère psychothérapeute, elle précise que tout le tout le monde écrivait à la maison (son frère Laurent Jaoui est devenu réalisateur).Agnès aussi a eu vite la piqûre.VOIR PAGE C 2: JAOUI SOURCE: LES FILMS SEVILLE L E 1) E V Oil!.I.E S S A M EDI ID ET D I M A X ( Il E 20 A 0 D T 2 0 0 0 (' 2 ?Le palace redoré Voici donc le beau palace Impérial en train de faire peau neuve.Envolés, les sièges rouges au célèbre inconfort.Passés désormais à la petite histoire, les plus écrapoutis d’entre eux dont le postérieur des cinéphiles conserve un souvenir meurtri.Dans les prochains fauteuils, tout aussi écarlates, il fera, paraît-il, bon s’asseoir lorsque le FFM s’élancera sur ses rails vendredi.Vous m’en voyez ravie.D’une année à l’autre, nous, critiques de cinéma, comme le public et les membres du jury, nous sommes enfilé, stoïques sous les assauts du mal de dos, les séances de compétition du festival, pendant que le chic cinéma pourrissait en sa superbe ruine.Serge Insique, manitou du festival et propriétaire dudit palace, est parvenu à convaincre l’Etat de secourir le vénérable établissement.L’année prochaine, si tout va bien — et si la Fondation privée de l’impérial présidée par Roger D.lancjry dégote assez de sous pour appuyer les fonds d’Etat —, ventilation, chauffage, maquillage, tout sera remis à neuf.Une marquise d’époque flottera même au gré du vent d’été.Alléluia! Mes rapports avec Serge Losique ne sont pas au beau fixe, comprenons-nous bien.Entre lui et maints journalistes culturels (j’en suis), s’est établie une relation aigre, copieusement nourrie par les fins de non-recevoir assénées à maintes questions venues du parterre médiatique.Cela dit, serait-il le diable en personne, que je me réjouirais de le voir sauver le plus beau cinéma en ville.Odile T rem blay Rideau de scène fastueux, moulures, fresques, prestance, j’ai toujours un petit éblouissement quand j’entre à l’impérial.L’onéreuse cure de jouvence en vue (2 150 000 $) n’a à mes yeux pas de prix.Bon! I>e lifting en question permettra sans doute à Losique de livrer une guerre plus féroce encore au rival Ex-Cen-tris, opposant fleuron d’hier à fleuron d’aujourd’hui.Rien n’est parfait.Mais Montréal a besoin d’axes de prestige en cinéma, fussent-ils dirigés par des ennemis jurés.Sauvons les meubles d’abord.Après, on regardera ce qui se passe.Le renouveau de l’impérial frappe d’autant plus l’esprit que l’ère est à la mise à mort des vieux cinémas de Montréal.De fait, la rédemption d’une salle vient ainsi masquer la mort des autres.Déjà que le York, le Séville, écrins baroques du septième art, ont pourri sur pied.Dès l’instant où les mé-gaplexes prenaient racine en ville, les jours dqs anciennes salles se voyaient d’autant plus comptés.A mesure que tombent les anciens baux reliant les grandes chaînes à leurs vieux cinémas, ces derniers ferment à la queue leu leu.Feu le Loews et le Palace ont emporté avec eux leur décoration baroque et leurs fantômes, le Complexe Desjardins nous a privé de salles qui se vouaient au cinéma d’auteur.A brève ou moyenne échéance, l’Egyptien, le Faubourg, les cinémas Atwater, le Dauphin sont appelés à s’évanouir à leur tour.Que des cinémas aient possédé (comme le Loews) une valeur historique, qu’ils répondent (comme le Dauphin) au besoins d’une clientèle de quartier, les voici au mieux condamnés, au pire déjà morts.Les mégaplexçs ont fixé de nouvelles normes de consommation.A moins d’être un Ex-Centris pourvu d’un riche mécène en arrière-scène, ou un Impérial, rescapé çle prestige récoltant soudain la manne des fonds d’Etat, on change de vocation comme le Rialto qui se rit des lois patrimoniales ou on flotte dans les limbes, à l’instar de l’Outremont.La mort des petits cinémas, en plus de sacrifier la mémoire d’une architecture, sonne aussi le glas d’une vraie diversité cinéphilique.A salles identiques, films identiques.Si le plus élégant joyau de la couronne montréalaise du tissu cinématographique est rescapé de l’hécatombe, on s en réjouit, mais on regarde autour et on le trouve bien seul.Les vieux cinémas accompagnent au dépotoir les antiques théâtres, pareillement démodés, à l’instar des pianos mécaniques de Léveillée.Pour un Monument-National, un Corona sauvés de la ruine, combien d’anciennes maisons de spectacles s’éteignent?A raison?à tort.Parfois on ne sait plus.Ça semble aléatoire, ces prises de décision en matière patrimoniale.La ville a sauvé un insignifiant Cinéma 5 et négligé un magnifique Rialto.Allez comprendre.Samedi dernier, je me suis retrouvée, coin Beau-dry et Sainte-Catherine, à une fête un brin pathétique.On y célébrait en petit comité le centenaire du Théâtre National.La vieille salle, fondée par l’homme de théâtre Julien Daoust, était vouée dès le départ aux pièces francophones.Glissant à partir des années 30 dans le burlesque, elle fut le berceau de la Poune, de Manda Parent, des Olivier Guimond, père et fils, d’Alys Robi, avant l’ascension du Théâtre des Variétés.Le directeur général du lieu, un Français, Michel Astraudo, avait prévu monter un méga spectacle souvenir pour célébrer le centenaire cette semaine, mais tout est tombé à l’eau, faute de subventions suffisantes.Depuis deux mois, on y projette des films pornos, gais, à cause du quartier ambiant.«Le cul vient au secours du Théâtre National!» s’écriait Michel Astraudo d’un ton comicodécouragé.Je regardais la plaque commémorative témoignant de la valeur historique du bâtiment, en me grattant la tête.Pourquoi?Pour qui, cette plaque?La fille du fondateur de ce théâtre, présente à la cérémonie, me demandait en écho: «Est-ce que ça vaut la peine de sauver ce théâtre?Si oui, qu’est-ce qu’on fait?» Un fonctionnaire en charge du dossier patrimonial pouvait-il répondre à ces deux petites questions?En tous cas, celles-ci flottaient encore sur le party comme des ballons à moitié dégonflés quand j’ai quitté les lieux.otrern blayùi ledevoir.com SOURCE LES FILMS SEVILLE En plus de réaliser Le Goût des autres, Agnès Jaoui y incarne Manie, une jeune serveuse amoureuse d’un garde du corps, T T saison théâtrale 2000-2001 5 AU 16 SEPTEMBRE 2000 Yiick or De Jean Marc Dalpé Mise en scène : Fernand Rainville Avec : Frédéric Blanchette, David Boutin, Pierre Curzi, jean Marc Dalpé et Maxime Dénommée Une production du Théâtre de La Manufacture 26 SEPTEMBRE AU 14 OCTOBRE 2000 6ur le i?orA Ae U jmêlre, m lout oem ckew eu, jlmwes Dc Patrick Quintal M'se en scène : Luce Pelletier Avec : Nicole Leblanc et Patrick Quintal Une production du Théâtre du Double Signe 19 OCTOBRE AU 11 NOVEMBRE 2000 Xeccûokc Texte et mise en scène de Patrice Dubois Avec : Marie-Joanne Boucher, Daniel Desjardins, Claude Gagnon, Marie-Claude Camache, Richard Lemire, Michel Mongeau, et Christiane Proulx Une production de janvier Toupin Théâtre d'Envergure 16 NOVEMBRE AU 9 DÉCEMBRE 2000 Cyber Texte et mise en scene de Michel Monty Aw* : Michel Cardin, Stéphane Deniers, et > Brigitte Poupart, Christian Bégin, Stéphane Crête, Louis Champagne, Ellen David, Roger Larue et plus.Une production dc 7rans-Théâtre .12 AU 23 DÉCEMBRE 2000 Cowleç 'UrbàAwç Textes de Yvan Bienvenue Une production du Théâtre Urbi et Orbi 9 JANVIER AU 3 FEVRIER 2001 \e Rlf£ âe- U me De Pierre-Michel Tremblay Mise en scène : Marie Charlebois Avec : Christian Bégin, Marie Charlebois, Patrice Coquereau, Pier Paquette et Isabelle Vincent Une production Les Éternels Pigistes * * * i 13 FEVRIER AU 24 MARS 2001 | le 0t\o\km.cÀ ^ De Colleen Wagner Traduction : Carole Fréchette Mise en scène : Martine Beaulne Avec : Maxime Dénommée et Monique Mercure Une production du Théâtre de La Manufacture 27 MARS AU 31 MARS 2001 \eç> 1- rmrç Ae 6\\fi\owtÀ?eo$$e De Carole Fréchette Mise en scène : Martin Faucher Avec Philippe Cousineau, Daniel Parent et Sophie Vajda Une production du Théâtre de La Manufacture 10 AVRIL AU 19 MAI 2001 l’À^jcxke ï)uwcwkcM De Lise Vaillancourt Mise en 8cène : Martin Faucher Avec : jean Besré, Macha Limonchik, Monique Miller et Denis Roy Une production du Théâtre de La Manufacture 23 MAI AU 16 jUIN 2001 M D« François Archambault, Yvan Bienvenue, Nathalie Boisvert, Emmanuelle Roy Mise en scène : Martin Desgagné Avec : Mélissa Curzi, Violette Chauveau, Louis-Martin Despa, Marie-josée Forget, Martin Fréchette, Emmanuelle Jimenez, Pierre Limoges, Sandy Manswell, Margaret McBrearty, Alexandre Mérineau, Stéfan Perreault, Sébastien Rajotte, Stéphane Simard, Marie-Hélène Thibault, Cuylaine Tremblay et un autre comédien Une production du Théâtre Officiel del Farfadet À La Licorne, on s'abonne à la «série» ! 2, 4,10 spectacles.plus on est mordu, plus on économise ! V/ 4559.Papineau.Montréal ( coin Mont-Royal I Abonnements / Réservations : 514-523-2246 y LAUCORHE v" direction artistique La Manufacture JAOUI Jamais mieux servie que par elle-même SUITE DE LA PAGE C 1 Cela dit, quand une comédienne se met à écrire des scénarios, c’est parfois parce que personne ne lui a offert les rôles qui lui plaisaient vraiment.Elle avoue se les ficeler elle-même un peu par dépit.«Si on m’avait demandé d’incarner de vrais beaux personnages, je n’aurais peut-être jamais écrit.» Jaoui se rappelle d’un ton presque horrifié ses efforts déployés jadis pour plaire aux producteurs, aux metteurs en scène, quand elle ne se sentait parfois ni le physique ni le tempérament de l’emploi.«Plaire, c’est vraiment affreux», répète-t-elle convaincue.Disons qu’elle plaît désormais par ses œuvres.Elle avait toujours voulu être actrice, mais ce lien de dépendance avec le metteur en scène lui déplaisait souverainement.«C’est si infantilisant!» s’écrit-elle.Jaoui a fait ses débuts au théâtre, un temps dans l’écurie de Patrice Ché-reau, réputé pour sa misogynie.Elle grimace un peu en évoquant l’épisode.Un ange passe.Décidément, Jaoui ne sera jamais si bien servie que par elle-même.et par Bacri.En 1987, tournant dans la vie de Jaoui: cette rencontre décisive avec Bacri, appelé à devenir son amoureux et son compagnon de travail.Leur première pièce de théâtre, Cuisine et dépendances, un succès bœuf, leur valait un premier Molière en 1993.C’était parti.Au départ, elle brossait davantage les histoires et lui, les dialogues.Aujourd’hui quand on lui demande qui fait quoi, elle ne sait vraiment quoi répondre.Ils ont chacun leurs cahiers, leurs stylos, s’entendent sur le thème après longues discussions, et le produit constitue une véritable aventure commune.«Pour Le Goût des autres, on voulait écrire m polar, précise-t-elle et puis, le thème de l’exclusion s’est imposé doucement.Nous sommes partis du constat que les gens fréquentent les gens de leur milieu et en viennent à mépriser les autres, les exclus de leur chapelle.Le goût devient une dictature.De là est née l’idée du film: mettre en scène différents milieux qui peuvent difficilement s’interpénétrer.lueurs codes sont trop différents.» Il faut dire qu’en France, où tout est codifié, l’interpénétration des milieux sociaux se fait particulièrement mal.L’exclusion, Jaoui affirme connaître.Parisienne, soit, mais d’origine juive et tunisienne.«Je me suis toujours sentie en décalage dans tous les milieux, confesse-t-elle.Bacri de son côté possède une indépendance d'esprit si marquée que forcément, ça l’isole.» «Le Goût des autres n’est pas pour autant une critique de ‘Vautre”, mais me observation de la vie, de la société.» Bacri y incarne un homme d’affaire inculte et un peu balourd qui s’amourache d’une comédienne de théâtre.Le troupe se moque de lui bien entendu.11 n’est pas du bâtiment.«C’est la première fois qu’il joue un rôle aussi vulnérable», constate Jaoui.Elle même incarne une serveuse ayant une aventure avec le garde du corps de l’homme d’affaires.La réalisation la tentait depuis longtemps, mais elle a longtemps craint de faire le saut.Une fois à la barre, elle s’y est soudain sentie très seule, même si Bacri l’appuyait.C’est lui qui prenait les rênes de la réalisation quand Jaoui entrait dans sa peau d’actrice.Renoncer à jouer, elle ne pouvait s’y résoudre, elle affirme aimer trop ça.Le rôle principal la tenta un moment, puis elle le tricota pour la comédienne de théâtre Anne Salvaro, qu’elle juge injustement méconnue.«En France, existe un fossé entre les théâtres subventionnés et les théâtres privés.Le public des uns snobe celui des autres, cloisonnements qui rejoignent le thème du film.Disons qu’on a décloisonné Anne Salvaro, une grande comédienne du théâtre subventionné, pour l’entraîner dans un autre univers.Et puis on avait tellement envie de travailler avec elle.» Au découpage, c’est Woody Allen qui l’a surtout inspirée, mais Jaoui a revu aussi des films de Cassavetes, de Truffaut.«Je voulais être le plus simple possible, faire la part belle au texte et aux acteurs.» \ja technique lui a réussi, en tous cas.L’exclusion, Jaoui affirme connaître.Parisienne, soit, mais d’origine juive et tunisienne.«Je me suis toujours sentie en décalage dans tous les milieux.» SOURCES LES FILMS SEVILLE Jean-Pierre Bacri (à gauche) incarne dans Le Goût des autres un homme d’affaires balourd qui s’amourache d’une comédienne. LE DEVOIR.LES SA M EDI 10 ET DI M A X C II E 2 O A O t T 2 O O 0 (' U N LIEU UN CRÉATEUR Un piano dans une page blanche Musique, peinture, danse, littérature, théâtre: sans lieu qui permette à l esprit créateur de s’épanouir, ces mots demeurent des catégories, sans doute commodes pour le classement mais qui attendent d’être habitées par les œuvres.Celles-ci ne tardent pas à venir tant le génie du lieu renvoie aussi à ce que deux ou trois Grecs rêveurs ont appelé l’inspiration.Pendant tout l’été, nous vous invitons à entrer dans les coulisses de la création en visitant l’atelier, la chambre, le loft ou le studio de quelques artistes du Québec choisis dans différentes disciplines.Soyons modernes: ces lieux sont éclatés, tout à la fois espace mental et cadre physique.On les trouvera aussi bien dans la rue que dans tel café où l’on a ses habitudes.On l’imagine à Outremont, sur le Plateau, ou alors à la campagne dans une splendide victorienne.On le croirait baignant dans l’art, entouré de tableaux et de mille belles choses inutiles, ou alors en pleine littérature, plaquant ses notes et couchant ses mots entre d’immenses bibliothèques en bois lambrissé, ou encore parmi les souvenirs et artefacts de ses quarante ans de chanson.Nenni.Pour créer, Sylvain Lelièvre n’a besoin que d’un piano et de lui-même: dans le bas de duplex qu’il habite depuis vingt et un ans à Ville d’Anjou, l’inspiration n’est surtout pas sur les murs.SYLVAIN CORMIER Maldonne.Il y a eu comme qui dirait un malentendu.C’est la chanson qui m’a induit en erreur.Dans Les Choses inutiles, chanson éponyme du dernier album de Sylvain Lelièvre, c’est fou comme ça fourmillait d’objets.Des tangibles («disques en viny-le», «orchidées», «masques d’Eschyle», «contes de fées», «bibelots débiles», «photos où l’on fait des milles»), mais aussi des intangibles («charme fuyant d’un profil») et des purement poétiques («la voix des poètes en exil»), voire des comestibles («les langoustines sur le gril»).J’imaginais son chez-lui comme muse.Une mosaïque de belles choses inutiles autour des utiles, reflétant les goûts d’un homme de goût J’avais mal lu.La chanson commence ainsi: «Moi j’aime les choses inutiles.» Nulle part Sylvain Lelièvre ne parle-t-il de les posséder.L’erreur était sur la personne: c’est moi qui amasse, encadre et affiche tout.«J’ai effectivement encore des vinyles, relativise-t-il en digne fan d’Eddy Du-chin, mais je n ’ai pas l’esprit collectionneur comme toi.» Normal, c’est un artiste: il a l’esprit créateur.Les choses inutiles sont dans sa tête et son cœur, matériel immatériel des paroles et musiques de chansons.Pas besoin de s’en entourer, pour ne pas dire: s’en encombrer.Ceci expliquant cela, première constatation: il n’y pas grand-chose dans le sous-sol chez Sylvain Lelièvre.Pas grand-chose d’autre que l’essentiel: un piano à queue, qui occupe la moitié de l’espace dans la pièce principale, une console de son, des haut-parleurs et un petit clavier électronique formant carré dans l’autre moitié.Aux murs: couleurs pâles et nudité nue.Ou peu s’en faut.Pas de photos de l’artiste avec ses pairs, bras dessus bras dessous.Pas de disques d’or comme chez les vedettes ou les gérants de vedettes.A peine une affiche de sa tournée de l’hiver dernier avec Pierre Ba-rouh («ça ne restera pas là longtemps.»), une petite étagère de cassettes «pas classées.», une colonne de pochettes de ses disques, laminées.En encore, pas toutes.«Ce n'était pas mon idée.Je vais finir par les enlever.En fait, la seule chose qui a une signification, c'est cette toile que Philippe Asselin m’a offerte parce qu'il avait aimé mes chansons.Elle s’intitule La Basse-Ville.C’est aussi le nom de ma compagnie de production.» L’entendant, j’ai l’impression qu’il ne les avait jamais vraiment regardés, ses murs tout nus.Jamais levé les yeux de ses noires et blanches ou de sa console.«Mon Félix n’est même pas là, observe-t-il d’un œil neuf.Je dis MON Félix: j’en ai gagné un seul.» Chez d’autres, la statuette serait au-dessus du foyer, ou alors bloquerait une vieille porte antique dans une extraordinaire maison deux fois centenaire.Mais bon, il n’y a pas de foyer, pas plus qu’il n’y a de vieux bois: Sylvain Lelièvre habite depuis plus de vingt et un ans un bas de duplex à Ville d’Anjou.Fidèle Oui, Ville d’Anjou.Rez-de-chaussée, sous-sol.Brique blanche des années 60.Maison pareille à celles de gauche, de droite, d’en face et de biais.Il faut l’adresse pour trouver l’antre du joueur de piano qui aime tant «les treizièmes et les accords fuckés»: la description de la façade ne suffirait pas.«C’est vrai que je suis plus naturellement Plateau, concède-t-il, mais ça coûterait beaucoup plus cher pour disposer du même espace.En fait, c’est la disponibilité de cet espace-ci qui m’a amené à habiter Anjou.» L’artiste a beau se doubler d’un professeur de littérature au cégep, manne n’est jamais tombée sur son coin de paradis: Sylvain Lelièvre mène depuis près de quatre décennies une remarquable carrière modeste.Mais serait-il Plamondon qu’il ne vivrait pas tellement autrement.Le lieu est d’abord pratique parce que c’est ainsi qu’il travaille le mieux.Vie de famille en haut, création en bas.L’ostentation, il ne connaît pas.«J’ai tout ce qu’il me faut.Mon piano, mon studio de préproduction.Si je voulais faire un disque tout seul, je disposerais de 26 pistes.En plus, c’est un lieu de répétition.Ça fait des années qu’on répète ici.» Lelièvre est un fidèle: le contrebassiste Vie Angelillo et le batteur Gérard Masse l’accompagnent presque depuis sa naissance (d’artiste.).Il a rencontré sa compagne actuelle à l’âge de 17 ans.Le piano est là, lui, depuis 1982.«Un cadeau de Marie-Hélène», précise Lelièvre en souriant affectueusement.Marie-Hélène, parue en 1976 sur l’album Programme double, est sans doute la plus connue des chansons de Sylvain Lelièvre, sa seule véritable héroïne des palmarès.«Elle rapporte encore, c’est assez étonnant.» Bon an mal an, fidèle comme lui, Marie-Hélène apporte son millier de dollars au moulin.Lequel moulin, faut-il ajouter, roule entièrement à sa propre eau.Sylvain Lelièvre, en effet, s’appartient.L’auteur-compositeur est son propre éditeur, rare lucidité dans le monde fort exploité de la création artistique.«C’est ce qui me rend le plus service», résume-t-il sans vantardise.Lelièvre n’est pas pour autant, à la Vigneault, l’archiviste en chef de son propre musée.Au fond du sous-sol, deux pièces, plus petites, sont consacrées à la paperasse.Celle de gauche sert à l’écriture des textes de chansons (et la préparation des cours), l’autre pour les archives.incomplètes.Sylvain Lelièvre n’a pas religieusement conservé ses programmes de spectacle, ni rigoureusement actualisé son dossier de presse.«C'est sûr qu’on garde des coupures, mais je ne les ai jamais classées.Ma fille s’en est occupée à un certain moment.» Parfaitement répertoriées et immédiatement utilisables, par contre, sont les partitions et textes.«Si tu me demandes les paroles des chansons, elles sont toutes là, en ordre.Sur le disque dur avec des copies de sécurité.Fiches techniques pour toutes les formations.Numéros d’assurance sociale des musiciens.» Ce qu’il faut à un artiste actif.«Tu peux me demander ce que j’ai chanté à Saint-Hyacinthe en 1979, c’est dans l’ordinateur, parce que si je retourne chanter là, j’ai pas le goût de chanter les mêmes chansons.» «Les archives, continue-t-il, ce n’est pas mon travail.Quand j’ai chanté aux Oiseaux de passage [quinze soirs complets à la suite du dernier album], Pierre Jobin, qui anime cette très agréable petite salle de ma ville natale de Limoi-lou avec sa copine Renée Marcoux, avait organisé une petite exposition à mon sujet.Il y avait des affiches de mes débuts, des documents émouvants pour moi.C’était formidable, mais je ne me verrais pas entouré de ces choses-là.Tu sens ton âge et ce n’est pas trop bon de se sentir vieux.» Le quinquagénaire a encore l’horizon lointain.«Quand je serai vieux, j’espère que j’aurai assez de lucidité pour le sentir tout seul.» D’ici là, il crée.Toujours dans le sous-sol, sauf exception: son chouette roman Le Troisième Orchestre a été écrit dans une maison louée à la campagne, avec vue sur lac.Et réécrit à Ville d’Anjou, comme de raison.Au moment de l’entrevue, Lelièvre est d’ailleurs en plein travail: il compose de nouveaux arrangements jazzy pour son spectacle du Festival international de jazz de Montréal.Profitant de la séance de photo, il poursuit son œuvre, une main sur les notes, l’autre couchant sur le papier les contrepoints harmoniques.Le photographe croque la scène, j’y assiste, et Lelièvre, tout naturellement, nous oublie.Comme les murs.«Bon, si le saxo ténor joue ça.» Entre le piano, les mains, la tête et le cœur de Sylvain Lelièvre, la création a lieu.Autour, le lieu de la création est une page blanche.V Abla Farhoud théâtre du rideau vert Du 22 août au 16 septembre 2000 Mise en scène: Louise Laprade Avec Nicole Leblanc Assistance à la mise en scène: Edithe Le Hesran Concepteurs: Claude Goyette, Mérédith Caron, Claude Cournoyer, Larsen Lupin et Francis Laporte (514) 844-1793 - www.rideauvert.qc.ca 4664, rue Saint-Denis - métro Laurier Service de garderie les samedis et dimanches en matinée, sur réservation seulement.B WTVfl Omni Télé-Québec Les l undis Cdassit/lies du Rideau Vert Premier concert le 23 octobre 2000 à 20 h La France — Fauré.Debussy et Ravel Pour créer, Sylvain Lelièvre n’a besoin que d’un piano et de lui-même.FRIC ST PIERRE LE DEVOIR Abonnement à la série de 7 ou 5 spectacles ! Saison 2000-2001 CJs U théâtre du rideau vert QJ Hydro Québec partenaire de saison Ou 22 août au 16 septembre 2000 MAUDITE MACHINE — ABLA FARHOUD Mise en scène : I ouise I.apradc Avec Nicole Leblanc.Nicole Leblanc Du 26 septembre au 21 octobre 2000 QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ?— EDWARD ALBEE Traduction : Michel Tremblay Louise Marleau Mise en scène : Martin Faucher Avec Louise Marleau, Raymond Cloutier, Pascale Desroehers el Patrick Lauzon.Du 7 novembre au 2 décembre 2000 L’HEUREUX STRATAGEME - MARIVAUX Raymond Cloullei — Maikila Boies Monique Spariam Mise en scène : François Barbeau Avec Markita Boies, Monique Spaziani, Catherine Sénart, Jean Petitclerc, Gabriel Sabourin, Jean Asselin, Nicolas Canuel, François Longpré et Dominique Côté.Du 12 décembre 2000 au 6 janvier 2001 (HORS ABONNEMENT) AVEC LE TEMPS, CENT ANS DE CHANSONS Louise Forestier Conception et mise en scène : Louise Forestier Directeur musical et arrangements : Jean-François Groulx Musiciens : Jean-François Groulx el Jean-Bertrand Carbon Avec Louise Forestier, Kathleen Fortin, Lynda Johnson, Hélène Major, Louis Gagné el Serge Postigo.Du 23 janvier au 17 lévrier 2001 INTERIEUR - MAURICE MAETERLINCK Serge Posligo Mise en scène : Denis Marleau Avec Gabriel Gascon, Gregory Hlady, Pascale Montreuil, Marie-Claude Marleau, Annik Hamel, Daniel Soulières,.En collaboralion avec le Théâtre Ubu.théâtre ubu Gabriel Gascon Gregory Hlady Kim Yarosbevskaya Du 6 au 31 mars 2001 VENECIA-JORGE ACCAME Traduction André Melançon Mise en scène : Guillermo de Andrea Avec Kim Yarosbevskaya, Linda Sorgini, Marie-Chantal Perron, François L’Écuyer, Pauline Lapointe,.Du 17 avril au 12 mai 2001 LES FOURBERIES DE SCAPIN - MOLIERE Linda Soigmi Marcel Leboetii AnneOorval V Mise en scène : Jean-Louis Benoit Avec Marcel Leboeuf, Anne Dorval, Isabelle Biais, Claude Prégent, Pierre Collin, Guy Jodoin, Roger La Rue, Charles Lafortunc, Gina Couture,.Du 22 mai au 16 juin 2001 LA CHAMBRE BLEUE - DAVID HARE (librement Inspirée âe la ftmâe é Artbin Scbnilrlerl Traduction Serge Dcnoncourl et Maryse Warda Mise en scène : Serge Dcnoncourl Avec Pascale Desrochers et Normand D'Amour.Pascale Desroehers Normand D'Amoui Téléphone : (514) 845-0267 Télécopieur : (514) 845-0712 Courriel : infotrideauvert.qc.ca Site Web : www.rideauvert.qc.ca I.E DEVOIR.L E S S a M EDI I » E T I) I M A \ I II E > O A O f T ¦> n n it A (I I! T ¦> n I) II Helsinki, capitale culturelle de l’Europe CINÉMA Des mètres et des mètres de cauchemars bien orchestrés *1A *** * W'mm r* ' rxJ£ t- : ¦ :s':rar wma "II! fp»pf,pa 1 • Huile d’Oscar Kleinéh représentant le Port-Sud d’Helsinki (1877).! Les 450 bougies d’Helsinki En tout, 450 activités officielles se déroulent d’un bout à l’autre de l’année dans tous les domaines HERVÉ GUAY Helsinki — la ville d’Helsinki souffle cette année ses 450 bougies.Pour cet anniversaire, des célébrations ont cours jusqu'en décembre de telle sorte que l’agglomération urbaine de 900 000 habitants bourdonne d’activités.Dans ce domaine comme dans d’autres, les Finlandais ont tenté de bien faire les choses.Rien ne préparait pourtant Helsinki à devenir la capitale d’un futur Etat nordique lorsque la ville a été fondée en 1550 sur ordre du roi de Suède, Gustave Vasa.Mais la rivalité russo-suédoise aidant, Helsinki obtiendra une forteresse maritime en 1748, Sveaborg (aujourd’hui rebaptisée Suomen-linna).La chose constituera un argument de poids au début du XK' siècle quand le tsar Alexandre 1" décidera de doter le Grand Duché de Finlande, devenu autonome et arraché à la Suède, d’une nouvelle capitale.On songera alors à la petite bourgade située bien plus près de Saint-Petersbourg que Turku, l’ancien centre administratif sous la domination suédoise.L’autre raison qui joue en faveur d’Helsinki vient de ce que l’empire russe peut de la sorte se débarrasser des sympathies suédoises ayant cours à Turku, qui se trouve en outre bien plus près de Stockholm.Après les incendies de 1808-1809, Helsinki sera donc reconstruite par les Russes avec un faste sans précédent, lui donnant des airs de petit Saint-Petersbourg.Les autorités d’Helsinki ont de plus profité des célébrations qui entourent le 450e anniversaire pour marquer le coup et faire désigner la ville comme l’une des capitales culturelles de l’Europe au cours de l’an 2000.En tout, 450 activités officielles se déroulent d’un bout à l’autre de l’année dans tous les domaines.Jusqu’aux restaurants de la ville qui offre des petits plats plus raffinés que de coutume pour contenter aussi bien l'estomac du touriste consentant que celui des citadins attirés par les nombreuses festivités.Festivals, architecture et design Bien entendu, l’été a été particulièrement grouillant avec sa succession d’expositions, de concerts, de mini-festivals de musique, de danse ou d’opéra.Mais l’événement vise aussi à mettre en évidence le savoir-faire finlandais tel qu’il s’est manifesté pendant le dernier siècle, en architecture et en design, par exemple.L’histoire de la ville est aussi à l’honneur que l’on a voulu rendre aux gens qui l’habitent grâce à une exposition mobile qui se déplace d’un lieu à l’autre.Mais d’autres grands musées, comme celui de la ville d'Helsinki, s’occupent aussi de la dimension internationale en présentant une excellente rétrospective de la photo soviétique du siècle dernier.Le programme d’activités à lui seul compose un magazine substantiel, aussi disponible sur la grande toile (2000.hel.fi).On y trouve en outre le détail des activités au jour le jour.Et si ce n’est pas encore assez, chaque semaine, le Helsinki this week répète encore l’information en anglais sous forme d'une petite brochure qui se glisse dans la poche d’up veston.Eclectique à souhait, le programme inclut aussi bien des artistes populaires, comme le gra- phiste américain Keith Haring, qu'un surréaliste oublié tel que Paul Delvaux dont l’univers revivra d’octobre 2000 à janvier 2001.Quant à l’amateur d’opéra, il peut aussi bien redécouvrir l’opéra baroque Ulysse de l’obscur compositeur français Jean-Féry-Rebel que se rendre à la création du Roi Lear d’Aulis Sallinen, composé pour l’occasion.Bien entendu, l’art urbain n’a pas été oublié.Même le fameux sauna finlandais trouve place dans cette gamme d’activités.Chaque mois, un sauna de la région est désigné à qui revient l’honneur de défendre la tradition.Variété Parmi toute une série d'événements, j’ai assisté, dans le cadre du festival Non Stop Puppets, à un Frankenstein néerlandais et décapant dans un petit théâtre expérimental d’Helsinki.Mais j’aurais pu aussi bien aller vers un spectacle de nouveau cirque ou attendre septembre pour aller voir de quoi le cinéma asiatique a l’air.Toutefois, si l’ambiance est à la fête, Helsinki ne se transforme pas pour autant en ville électrisante, démontée par tant d’activités.Dans leur sagesse, les organisateurs ont préféré la variété et la multiplicité des événements à échelle humaine aux foules records et aux spectacles à grand déploiement.Encore que pour les amateurs de bains de foule, quelques grands concerts donnés au Stade olympique, comme celui de Placido Domingo le 26 août, ont été prévus.Mais l’on aurait tort de chercher à Helsinki une frénésie qui ne s’accorde guère avec la taille de la ville et la mesure de ses habitants.En matière de festivités, ces célébrations semblent illustrer que, comme leurs champions olympiques, les Finlandais aiment mieux les plaisirs de longue haleine et qui tiennent bien la distance.THE CELL De Tarsem Singh.Avec Jennifer Lopez, Vince Vaughn, Vincent D'Onofrio, Marianne Jean-Baptis-te, Dylan Baker.Scénario: Mark Protosevich.Image: Paul laufer.Montage: Paul Rubell, Robert Duffy.Musique: Howard Shore.Etats-Unis, 2000,105 minutes.MARTIN BILODEAU intérêt du Silence des ' agneaux provenait de la fascination qu'éprouvaient l’un pour l’autre les deux personnages principaux, elle du côté du Bien, lui du côté du Mal.'Fhe Cell, premier film de Tarsem Singh, repose sur un semblable rapport de fascination, commandé cette fois par l’intimité forcée entre Catherine Gennifer Lopez), psychologue pour enfants, et Stargher (Vincent D’Onofrio), un tueur sadique atteint d’une schizophrénie aiguë qui, au moment où la police et le FBI s’apprêtaient à lui mettre la main au collet, a glissé dans un coma profond.Drôle d’endroit pour une rencontre, direz-vous.Or une découverte neurologique des plus hasardeuses permet à Catherine de pénétrer le subconscient des comateux et de les soigner de l’intérieur.Cela dit, lorsqu’un agent du FBI (Vince Vaughn) lui amène Stargher, ce n’est pas pour qu’elle le guide jusqu’à la lumière, mais bien pour qu’elle obtienne de lui l’information nécessaire pouvant le conduire à l’endroit où il a séquestré sa dernière victime, une jeune femme qui, comme l’exige son rituel, mourra par noyade au terme des quarante prochaines heures.Avec d’une part le compte à rebours comme moteur de l’enquête, et de l’autre les méandres de l’inconscient du tueur où celle-ci nous plonge à intervalles réguliers, le scénario de Mark Protosevich travaille sur deux tableaux, voire deux espaces à la fois.Et donne lieu, dans ce second espace, à des séances de cinéma surréaliste parmi les plus inspirées des dix dernières années.Ces séances, où la douleur et le Mal flamboient dans des apparats trompeurs, jettent (heureusement) dans l’abîme freudien une enquête policière hautement prévisible, qui a fort à faire pour se démarquer de celles qui ont fait frémir les spectateurs par le passé.Certes, quelques aspects visuels rappelant avantageusement l’excellent Morts suspectes (Coma), de Michael Crichton, ainsi qu’une analogie avec la légende de Thésée et le Minotaure s’imposent comme les principaux points d’ancrage d’un film qui va et vient entre le fantastique et le mythique, au gré d’un montage hypnotique signé Paul Rubell (The Insider).Il manque cependant quelques ressorts supplémentaires qui sortiraient du coma de la figuration les deux ou trois personnages périphériques, que Tarsem Singh a confiés à des acteurs qu’on croyait affranchis.Découverte dans Secrets and Lies, où elle jouait la fille adoptée de Brenda Blethyn, l’Anglaise Marianne Jean-Baptiste creuse au meilleur de ses possibilités son personnage simpliste de scientifique sympathique et Dylan Baker, révélation de Happiness où il campait un bouleversant pédophile, se défend honorablement dans un rôle de second.Ironiquement, ces deux laissés-pour-compte tiennent la dragée haute à Jennifer Lopez et Vince Vaughn, deux acteurs au registre limité qui symbolisent ici la rencontre téléguidée de la beauté et de la ténacité, et dont on se soucie peu qu’elle les conduise (ou non) à une escale sur le matelas.Car la raison d’être du film est ailleurs: dans ses dédales labyrinthiques admirablement dessinés; dans ses images de torture qui sollicitent nos plus morbides instincts; dans ses pièges machiavéliques qui se déclenchent au moindre faux pas; dans sa tension soutenue; bref, dans sa réalisation, réglée au quart de tour par un cinéaste formé à l’école du clip et qui, s’il ne maîtrise pas parfaitement l’art de raconter une histoire, sait comment enfiler des mètres et des mètres de cauchemar.AU.IANCE ATLANTIS VIVAFILM Jennifer Lopez dans le film The Cell de Tarsem Singh.MARC GINOT/NON STOP PUPPETS Un Frankenstein néerlandais et décapant dans un petit théâtre expérimental d’Helsinki, donné dans le cadre du festival Non Stop Puppets.Si l’ambiance est à la fête, Helsinki ne se transforme pas pour autant en ville électrisante s Cahier SPECITAt Le Devoir Rentrée CULTURELLE Parution août 2000 1 1- E DEVOIR.LE S S A M EDI 19 ET DI M A X ( Il E 2 O A O V T 2 O O O (’ 5 CINÉMA La multiplication des miroirs Le Québécois Christian Duguay connaît Hollywood, la courtise de près mais garde ses distances lorsque vient le moment de crier «moteur».The Art of War, son tout nouveau thriller tourné a Montreal 1 année dernière, scelle avec les studios un mariage de raison.auquel il se promet d'être infidèle.MARTIN BILODEAU De la même façon que La Mecque n’a pas besoin de publicité pour attirer son flot annuel de pèlerins, Hollywood ne fait pas de réclame pour que les cinéastes talentueux de partout à travers le monde se joignent à elle.Le Hollandais Paul Verhoe-ven (Basic Instinct), le Suédois Lasse Hallstrom (Cider House Rules), le Hong-Kongais John Woo (Face/Off) ont entendu sa sirène et s’y sont installés à demeure.D’autres, comme George Sluizer (The Vanishing) et Ole Bornedal (Nightwatch), y ont fait escale avant de prendre le premier vol de retour.D’autres, comme le Québécois Christian Duguay, travaillent pour elle, mais de chez eux.Et s’en portent d’autant mieux.«L’avantage que je vois au fait de travailler à distance, c'est qu’Hollywood ne vient pas s’imposer au niveau créatif», expliquait le cinéaste de 40 ans, en entrevue au Devoir en prévision de la sortie, vendredi prochain, de The Art of War (L’Art de la guerre, en version française), un gros film d’action entièrement tourné à Montréal, dans lequel Duguay conjugue la guerre froide au présent.«J’avais peur de me retrouver entre deux chaises avec ce film-là, parce que d’une part je voulais faire un cinéma à la John Woo, avec des chorégraphies complexes pour les scènes d’action, et de l'autre je voulais un contexte politique très réel, qui rappellerait Les Trois Jours du Condor.» Résultat: un thriller politique enlevant, où un agent très spécial, joué par Wesley Snipes, à la solde des Nations unies, est impliqué dans un complot visant le sabotage d’un accord économique sino-américain.Des triades au FBI, personne, mis à part le Shaw Noir (Snipes), n’est blanc comme neige dans cette affaire d’espionnage, réglée au quart de tour selon les consignes d'un genre dont Duguay absorbe les bosses et embrasse les codes comme s’il les avait inventés.L’essayiste Michel Ciment ne disait-il pas dans Les Conquérants d’un nouveau monde que «réaliser un film de genre, c’est s'astreindre à une invention permanente, en renouvelant l’expression pour surprendre le spectateur et exciter sa curiosité à l’intérieur d’un système aux règles strictes»?Transparence stylistique Déployant, sous sa surface de transparence narratologique et stylistique, une panoplie d’idées et de clins d’œil — où le cinéaste prend à rebrousse-poil le préjugé, fortement ancré aux Etats-Unis, voulant qu’on associe la nation chinoise à une culture d’envahisseurs —, The Art of War ob- serve la consigne.Duguay reconnaît cependant que l’auditoire habituel de Wesley Snipes n’est pas très sophistiqué et que les subtilités de son film ne seront accessibles qu’à un auditoire plus large, que la campagne de publicité orchestrée par Filmline International a bruyamment entrepris de rejoindre.A l’entendre.The Art of War pourrait marquer la fin d’une époque dans la carrière de Christian Duguay, amorcée avec Screamers et The Assignment.«Je ne suis plus le petit jeune à qui on va dire comment arranger le scénario, on me fait de plus en plus confiance et j’ai de plus en plus de contrôle sur les films que je fais.» Et les films qu’il veut faire, du coup, sont plus ambitieux, plus personnels.Certes, il travaille à un nouveau thriller de science-fiction de 75 millions de dollars, et certes, les commandes de toutes sortes sont nombreuses.Mais un vieux rêve de transposition sur grand écran du Corto Maltese d’Hugo Pratt et celui, plus large, d'être reconnu comme un auteur et d'intégrer la ligue des cinéastes de prestige se font plus pressants qu’avant.«Quand tu entres dans cette catégorie-là, tu veux que tout soit parfait, dosé, à point.» De fait, quelqu'un qui ne connaît Christian Duguay que par ses films et ses mini-séries (Million Dollar Babies, sur les jumelles Dionne, et Joan of Arc, pour CBS) ne penserait pas qu’il a été soufflé par Besieged (Shandurai), de Bernardo Bertolucci: «C’est un film comme ça que j’aimerais faire.Et ça mé fait peur parce que je ne veux pas rater mon créneau lorsque je vais arriver avec un vrai film d’auteur.» Un film qui, de son propre aveu, pourrait se faire en dehors du giron hollywoodien, peut-être aussi en français, qui sait?D’ici là, l’auteur en lui se soumet aux consignes d’un système qu'il ne renie pas, duquel il n'attend aucune forme de permission, mais où il continue de tirer des numéros.Ainsi, une grosse agence los-angelaise le représente et il passe beaucoup de temps là-bas, à «vendre [sa] salade» à une industrie soumise à la tyrannie du capital.«La machine hollywoodienne restera toujours ce qu’elle est, soit une machine à faire de l’argent.Le talent de celui dont le film connaît un bon box-office est évalué à la hauteur de ce box-office», reconnaît le cinéaste.Le style de Duguay n'est pas révolutionnaire, mais il lui est personnel, articulé au moyen d’une iconographie qui dédouble les perspectives, multiplie les miroirs et allonge les couloirs, de telle sorte que ses films ressemblent à des expériences de laboratoire dont les personnages sont les cobayes.Ce qui renforce l’impression, voulue par le cinéaste, d’un cinéma de la conspiration, de la machination, du double-jeu, dont il a appris les rouages dans les films d’espionnage des années 70.«Ce sont des films qui me fascinaient parce que tout à coup, sans savoir pourquoi, on était pris dans une histoire complexe, dans laquelle on n’était pas un spectateur passif mais actif.» Avec The Art of War, Christian Duguay souhaite renouveler cette expérience de connivence avec le spectateur, bien que, par ce vœu, il reconnaît aller à contre-courant du cinéma de genre d’aujourd’hui.«J'aimerais que les gens prennent conscience de la façon dont les films sont exécutés.[.] C'est vrai que je fais du cinéma d’essence américaine, mais il y a du métier derrière, un fini, une certaine classe.c’est pas du cinéma pop-corn.» «Je ne suis plus le petit jeune à qui on va dire comment arranger le scénario» JACQUES GRENIER Uî DEVOIR Christian Duguay travaille pour Hollywood, mais de chez lui.Et s’en porte très bien.A l’heure des choix Interroger la mémoire humaine SOURCE CINEMA DU PARC L’action à.'After Life se déroule en d’étranges limbes où une équipe reçoit les défunts de fraîche date.AFTER LIFE Réal et scénario: Hirokazu KoreEda.Avec Arata, Erika Oda, Susumu Terajima, Takashi Naito, Kei Tani.Image: Yamazaki Yataka, Sukita Masayochi.Musique: Yasuhiro Kasamatsu.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Un bon film repose avant tout sur un bon scénario.On ne le dira jamais assez.Or ceux-ci ne courent pas les rues.D’où l’intérêt suscité par la thématique très originale K \ 0 I R .L K S S A M K l> I |
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.