Le devoir, 19 août 2000, Cahier D
LE DEVOIR.LES S A M EDI 19 ET DI M A X ( Il E 2 O A O f T 2 O O O ?LE DEVOIR * Q) Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Roman de l'Amérique Page D 5 Armand Vaülancourt Page D 7 Jardins Page D 8 Q Le nouveau Far West ! Un fraudeur usurpe Videntité d'un auteur sur Internet CAROLINE M O N T P E T IT LE DEVOIR Rien de plus rassurant que le bon vieux monde des trois dimensions.Peut-être lisez-vous ainsi des journaux sur papier, achetez-vous vos livres avec l’aide de libraires de chair, de sang et, avec un peu de chance, de discernement.Peut-être vivez-vous loin du réseau désincarné, gigantesque et enchevêtré d’Internet, loin de ses merveilles et de ses excès.Mais rien n’interdit que quelqu'un, dans le monde du cyberespace, ne soit en train de jouer sur le réseau une carte majeure dans le parcours de votre vie.L’auteur américain de littérature fantastique Terry Goodkind l’a appris à ses dépens, alors qu’un internaute malhonnête et déloyal a impunément usurpé son identité durant au moins deux ans, sans jamais être importuné par son hôte, Amazon.com.Pour Terry Goodkind, qui cherche en vain le coupable, Internet rappelle désormais l’ancien Far West, et la clientèle de la librairie virtuelle Amazon.com y fait figure d’une foule prête à lyncher le premier auteur à succès venu.«Il y a quelqu'un qui a utilisé mon nom pour dire en substance: je suis désolé que le public ait été si déçu de mes derniers livres, et je considère l’idée de modifier les personnages en conséquence», lance un Terry Goodkind furieux, joint au bout du fil, au Nevada.Commentaires bienvenus Tout a commencé lorsque, profitant de la complexité technologique qui permet désormais des échanges interactifs entre inconnus sur la Toile, les grandes librairies virtuelles que sont Chapters.com, au Canada, Amazon.com, aux Etats-Unis, ou Alapage.com, en France, ont mis au service de leurs clients-lecteurs des forums leur permettant d’afficher leurs commentaires sur les livres offerts.On peut ainsi apprendre, en naviguant sur Amazon.com, cette librairie essentiellement anglophone au catalogue essentiellement américain, qu'un lecteur anonyme de Timmins, Ontario, a apprécié la traduction de Bonheur d’occasion, de Ga-brielle Roy (The Tin Flute), roman mis au programme de sa classe de 12' année, ou que Mike, de Colombie-Britannique, a trouvé le même ouvrage ennuyeux à mourir.Bon.Cela permet aussi, soit dit en passant, de voir à quel ppint les livres québécois sont peu lus aux Etats-Unis.Dans certains cas, en particulier celui des livres meilleurs vendeurs, la librairie fournit une abondance de commentaires, positifs et négatifs, sur un seul livre.C’était le cas des ouvrages Soul of the Fire et de Stone of Tears, de Terry Goodkind.VOIR PAGE D 2: FAR WEST TROIS.morts de Friedrich Nietzsche $ Il y a cent ans mourait en Allemagne un des philosophes qui ont le plus contribué a transformer le cours de la philosophie moderne: Friedrich Nietzsche.L anniversaire de sa mort nous invite a commémorer une œuvre ou la violence d’un geme postromantique va frayer le chemin aux grandes critiques du XX1 siecle.Il I I M R \TION: I RI.DKKIC l»\.l \K GEORGES LEROUX ;ami passionné de Richard Wagner et de Lou Salomé est en effet l’auteur de livres qui, comme Par-delà le bien et le mal, La Généalogie de la morale.Ainsi parlait Zarathoustra, ont constitué une véritable révolution, autant par l’écriture que par la pensée, par rapport à l’idéalisme européen.Reçue par Michel Foucault, par Gilles Deleuze, par Jacques Derrida comme l’œuvre fondatrice de la pensée contemporaine, la pensée de Nietzsche n’en demeure pas moins un signe de contradiction et on a vu un groupe de philosophes français faire paraître un livre pour montrer tout ce qu’il y a de détestable chez lui (Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, Grasset, 1991).L’héritage de Nietzsche est diversement reçu et cet anniversaire est l’occasion de présenter quelques travaux récents qui permettent de s’orienter.Quand il meurt à Weimar le 25 août 1900, Friedrich Nietzsche ne meurt pas pour la première fois.Plusieurs replis et enfoncements successifs auront conduit à l’épuisement un esprit fatigué et dépressif qui avait pris conscience dès son enfance des démons qui l'habitaient.Alors que tout le destinait à une carrière brillante à l’université de Bâle où il est accueilli en 1869, à l’âge de 25 ans, comme professeur de philologie, il s’en retire après seulement dix années.Quand on fait, à travers sa correspondance, la chronique de ces vingt-deux semestres d’enseignement, on est d’abord saisi par la somme des maux qui entravent son travail.lœs crises de dépression et les migraines ophtalmiques qui le font souffrir horriblement alternent avec les périodes de répit, l’écriture exaltée et la boulimie des voyages à travers l’Europe.Cette retraite est un repli forcé, la vie en société est impossible à celui qui souffre autant.Juin 1879: la date de sa première mort coïncide avec l’anniversaire de la mort de son père, le pasteur Karl Imdwig, mort à trente-six ans d’une maladie neurologique alors que le jeune Friedrich n'a que cinq ans.«Je ne suis que mon père répété et comme sa survie après une mort prématurée.» Retiré de l'université, il quitte une société qui l’oppresse et où il n’a trouvé qu’ennui et fatuité.La publication de La Naissance de la tragédie en 1872, chef-d’œuvre où son exaltation de la Grèce s’exprime dans une écriture passionnée, ne l’a sauvé d’aucun de ces troubles qui voqt aller s’accentuant.La suite le montre, l’œuvre s’est écrite contre la maladie qui l’envahit.A la suite de Jacques Rogé (Le Syndrome de Nietzsche), on peut se demander comment une pensée aussi forte a pu s’élaborer au milieu de tant de souffrances.Certains ont vu chez lui une recherche quasi délibérée de ces états exacerbés où l’écriture s’enflamme et produit ces fragments vertigineux qu’il a recueillis en livres.C’était le regard de Lou An-dreas-Salomé sur lui.Dans son essai de reconstitution de la maladie qui scella son destin, Jacques Rogé montre qu’au contraire Nietzsche lut dès le début non seulement parfaitement conscient de ce qui le rongeait de l’intérieur, mais très attentif à en décrire les causes et les effets pour en guérir.VOIR PAGE D 2: NIETZSCHE Daniel Fbliquin G» Côte de Sthl Caire Martin Dan» un gant de ter kevor Ferguson Antonne Maillet M»ria«gd|as Louis Gauthier Nr» SaNiMN Jeanne-Mance De/isle N©uv«JNw d'Abitjb; d’enfer Cet été, partez le Québec en poche ! I BCR y En vente chez votre libraire Catalogue complet : www.livres-bq.com «R 2 r .1 % L E I) E V 0 I R , LES S A M EDI 1 9 ET D I M A X ( HE 20 AOÛT 2 0 0 0 I) 2 -«• Livres •»- Nietzsche Un ami exemplaire et soucieux de la qualité de ses amitiés SUITE DE LA PAGE D 1 La deuxième période de sa rie, qui va de 1879 à l’effondrement de 1889, est torturée par une souffrance croissante, que rien ne parvient à calmer.On peut la découper en plusieurs phases et décrire chacune comme le frit cette thèse de médecine, mais c’est pour retrouver toujours une alternance de dépression et de périodes maniaques, où la mélancolie du père disparu apparaît comme le fait le plus obsédant.Les grands biographes de Nietzsche, au premier rang desquels Charles Andler (Nietzsche, sa vie et sa pensée, Gallimard, cinq volumes en trois tomes, 1958) et Curt Paul Janz (Nietzsche: Biographie, Gallimard, deux volumes, 1978), se sont intéressés au rapport dp cette mélancolie à sa pensée.A cette question, le livre de Jacques Rogé apporte un éclairage neuf, dans la mesure où il propose un examen de toute la vie du philosophe, en suivant pas à pas la progression de la dépression à travers la succession des états de frénésie et d’extase où il parvient à écrire.La deuxième mort survient quand cette cyclothymie s’emballe et conduit au déraillement.Janvier 1889, date fatidique où il doit être enfermé.Les œuvres de cette deuxième période (1879-1889) ont constitué pour la philosophie européenne un tournant dont on s'applique encore à mesurer l’ampleur.La mort de Dieu, la critique de la métaphysique, le renversement des valeurs, toutes ces thèses fortes sont aussi problématiques.Les grands interprètes n’ont pas manqué, depuis Martin Heidegger jusqu’à Jacques Derrida, pour entendre la proclamation de Zara- thoustra.Aujourd’hui, la traduction française des œuvres complètes est presque achevée (Gallimard, édition Colli et Montinari, 14 tomes en 18 volumes, en cours depuis 1968) et les études se multiplient selon les perspectives.On découvre la richesse de ces lectures quand on entre dans le Cahier que l’Herne lui consacre pour l’anniversaire de sa mort Multiplicité des voix La formule de ces riches cahiers est connue: textes inédits, chronologie, études, bibliographie.Publié sous la direction de Marc Crépon, celui-ci propose plusieurs ensembles sur Nietzsche et les Grecs, sur la musique, sur la critique de la métaphysique et de la culture.On notera un entretien avec Michel Haar et de belles études de Jacques Le Rider, Françoise Dastur et Marc de I^unay, pour n’en nommer que quelques-unes.Le bref essai de Ronald Hay-man (Nietzsche.Les voix de Nietzsche) se montre très sensible à la multiplicité des voix qui parlent dans l’œuvre: Dionysos, le dieu des masques, et Zarathoustra ne sont que les plus importantes, elles seront recouvertes par les voue intérieures qui conduiront au 4 janrier 1889.Mathieu Kessler propose de son côté une étude fouillée, où la morale, la physiologie et la métaphysique sont relues en fonction de la constitution d’une esthétique généralisée (Nietzsche ou le dépassement esthétique de la métaphysique): toutes les dimensions de l’art sont explorées, dans le projet d’éclairer non seulement la création, mais la force même de la singularité.L’aptitude à surmonter le nihilisme caractérise peut-être plus l’art que la philoso- GRC R< DUPE maud-Bray — —tèarnéaïi - tr— ) PALMARÈS ^ du 9 au 15 août 2000 1 JEUNESSE Harry Potter : volumes 1, 2 et 3 35 J.- K.Rowling ! Gallimard 2 DICTION.Le Petit Larousse Illustré 2001 4 Collectif Larousse 3 SPIRITU.L’art du bonheur * 76 Dalaï-Lama R.Laffont 4 ROMAN Fille du destin « 11 Isabel Allende Grasset 5 POLAR Avant de te dire adieu 11 M.Higgins Clark Albin Michel 6 DICTION.Le Nouveau Petit Robert I 5 Collectif Le Robert 7 SEXUALITÉ Le pénis illustré « 21 Joseph Cohen Kônemann 8 ROMAN Véronika décide de mourir 19 Paulo Coelho Anne Carrière 9^ ROMAN Et si c'était vrai.11 Marc Lévy R.Laffont 10 POLAR Soins intensifs 11 C.Brouillet courte échelle U POLAR Le testament 14 John Grisham R.Laffont 12 ROMAN Soie » 186 A.Baricco Albin Michel 13 B.D.Le petit Spirou n 9 - C'est pas de ton âge! 9 Tome & Janry L Dupuis 14 ROMAN Le périple de Baldassare « [l3: Amin Maalouf Grasset 15 CUISINE Sushi faciles 11 ; Collectif Marabout PSYCHO.À chacun sa mission 38 Monbourquette Nova lis Q.17 ROMAN Q.L'autruche céleste 26 lléana Doclin Flammarion 18 POLAR Prisonniers du temps 11 M.Crichton R.Laffont 19 POÉSIE Q.Erreur d'impression 9 Daniel Bélanger coronet liv 20 ROMAN Un parfum de cèdre v 48 A.-M.Macdonald Flammarion Q.21 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) » I 49 Henriette Major Fides 22 ROMAN Many Potter and the Goblet of Fire •CSèrsion française disponible dès octobre2> 6 J.- K.Rowling Bloomsbury 23 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 146 I.Nazare-Aga L'Homme 24 ROMAN City 13 A.Baricco Albin Michel 25 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 45 P.J.D'Adamo du Roseau 26 PSYCHO.La guérison du cœur 28 Guy Corneau L’Homme 27 ESSAI Q.Marcel Tessier raconte.22 Marcel Tessier L'Homme 28 GUIDE 11 Collectif Phidal 29 POLAR La ville de glace * 25 John Farrow Grasset - 30 ROMAN Vers chez les blancs 16 Philippe Dllan Gallimard 31 ROMAN Maintenant et pour touiours ! 1 1 8 Danielle Steel Pr.de la Cité 32 ROMAN Balzac et la petite tailleuse chinoise e 26 ! Dai Sijie — Gallimard 33 ROMAN Bridge^one^H|âgederaison 9 Helen Fielding Albin Michel 34 POLAR 4 Kathy Reichs Scribner 35 36 CYCLISME Il n'y a pas que le vélo dans la vie propos culinaires 8 L.Armstrong Albin Michel CUISINE Les pinardises : recettes & « 300 Daniel Pinard Boréal 37 BKXàRAPH.C'est comment l'Amérique?18 Frank McCourt Belfond 38 HORREUR Hannibal V 30 Thomas Harris Albin Michel 39 SANTÉ Le corps heureux 18 T.Cadrin-Petit L'Homme 40 HISTOIRE 100 ans d'actualités - La Presse 37 Collectif La Presse Livres -format ooche 1 ROMAN Geisha « T4 Arthur Golden Livre de poche 2 ROMAN Le journal de Bridget Jones « 26 Helen Fielding J'ai lu 3 SPIRITU.Conversations avec Dieu, tome 1 e 7 NeateD.Walsch J'ai lu 4 ROMAN Les cendres d'Angela e 77 Franck McCourt J al lu 5 ROMAN Comment voyager avec un saumon 28 Umberto Eco Livre de poche Coups de coeur RB ¦¦¦: l^8 semaine sur notre liste ^ NOMBRE.DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION Ronald Hayman Nietzsche phie, mais cette étude ne peut éviter de s’engager, derrière l’artis- te, vers une éthique du sujet solitaire et souverain et du souci de soi.Ce beau livre vient rejoindre les études classiques de Jean Gra-nier (Le Problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche, Seuil, 1962) et de Gilles Deleuze (Nietzsche et la philosophie, PUF, 1962, réédité; une synthèse admirable).Dans Nietzsche.Un continent perdu, Bernard Edelman entreprend la relecture du matérialisme nietzschéen.Averti des périls d’une lecture vitaliste, pour ne rien dire des dangers d’une biologie politique, il donne de «l’éternel retour» une interprétation d’abord cosmologique.Cette lecture risquée donne tout son relief aux concepts du chaos et du devenir, qui font de la physique de Nietzsche le milieu d’émergence de la volonté de puissance.L’histoire du corps comme l’histoire de l’humanité sont le produit de genèses matérielles et la société présente elle-même l’image d’un chaos de forces et de différences.Si la leçon du matérialisme de Nietzsche est entendue, elle peut conduire à une réinterprétation active du nihilisme, ouverte sur une transmission de nouvelles valeurs.Ce livre exigeant trace un chemin personnel dans l’œuvre nietzschéenne et ouvre des pers- pectives politiques dépourvues de toute complaisance quand il s’agit de juger sa critique de la démocratie ou son biologisme.La chute Le 18 octobre 1888, Nietzsche écrit de Turin à Franz Overbeck: «Voici venue la grande époque de mes vendanges.» h sait que la fin de l’écriture est proche et toutes ses lettres de cet automne-là sont une chronique de ses appréhensions.Les dernières (à August Strindberg, à Peter Gast) proviennent déjà d’un autre monde.Le 3 janvier 1889, il sort de chez lui.Sur la piazza Carlo Alberti de Turin, il voit un pauvre cheval maltraité par un cocher.Il se jette au cou de l'animal et l’embrasse en pleurant, puis il tombe, frappé d’apoplexie.Il ne s’en remettra pas.Franz Overbeck, prévenu, vient le rejoindre et le trouve relisant les épreuves du Contre Wagner.Il le conduit à l’asile de Bâle.Il sera ensuite transféré à lena, où sa mère le prendra chez elle le 24 mars 1890.A la mort de celle-ci en 1897, sa sœur Elisabeth le ramène à Weimar, où il meurt le 25 août 1900.Toutes ces journées de l’automne 1888, avec leurs détails et l’atmosphère des rues de Turin, comme tant d’autres du séjour italien jusqu’à la scène de la piazza Carlo Alberti, sont évoquées dans un livre surprenant du dessinateur Frédéric Pajak (L’Immense solitude).La mort du père en est le point de départ — celui de Nietzsche, celui du dessinateur —, la jonction avec le suicide de Cesare Pavese dans une chambre d’hôtel de Turin fait le reste.Ces dessins à la plume, tous très beaux dans leur simplicité, restituent non seulement les lieux, mais les pensées et les paroles de deux écrivains qui vont vers la mort.On n’y trouvera presque pas de texte, mais les légendes, reprises de l’œuvre et de la correspondance, sont parfaitement ajustées à l’émotion du dessinateur.Rien pourtant ne conduisait à associer Nietzsche et Pavese, si ce n’est la force de la dépression qui conduira l’un à la folie, l’autre au suicide.Mais la mélancolie qui imprègne ces dessins, le profond amour qui s’en dégage, permet de faire de ces portraits de deux orphelins sous le ciel de Turin une chronique de leur commune singularité, de leur absolue solitude.Au bout de ce livre inspiré et émouvant, leur écriture finit par se rejoindre et la mémoire de Nietzsche à Turin se fige à travers ces images dans ce qui fut le dernier séjour de sa pensée.Le cheval, les yeux brillants dans la nuit, sait que Nietzsche est déjà dans la mort Lorsqu’il s’effondre en janvier 1889, il a quarante-quatre ans, la partie la plus importante de son œuvre est derrière lui, mais il ne cesse de griffonner et de jouer du piano.Sa mère l’entend jouer î’avant-dernière sonate de Beethoven.Les souvenirs de son ami le plus fidèle, Franz Overbeck, le montrent comme un ami exemplaire et soucieux de la qualité de ses amitiés.On pense certes aux amis disparus de la jeunesse, dont le souvenir le hante — Erwin Rohde, Richard Wagner, Peter Gast —, mais on pense surtout à une certaine idée de la conversation philosophique dont s’est nourrie toute l’œuvre: «Nietzsche est l'homme auprès duquel j’ai respiré le plus librement.» Sans doute cette phrase de Franz Overbeck se transforme-t-elle pour ceux qui furent ses proches autant que pour la postérité de ses lecteurs en hommage à la liberté de sa pensée.CAHIER DE L’HERNE NIETZSCHE Sous la direction , de Marc Crépon Editions de l’Herne Paris, 2000,478 pages NIETZSCHE.UN CONTINENT PERDU Bernard Edelman Presses Universitaires de France, «Perspectives critiques» Paris, 1999,368 pages.NIETZSCHE.LES VOIX DE NIETZSCHE Ronald Hayman.Nietzsche Traduit de l'anglais par Christian Cler Le Seuil, «Points Essais» Paris, 2000,92 pages NIETZSCHE OU LE DÉPASSEMENT ESTHÉTIQUE DE LA MÉTAPHYSIQUE Mathieu Kessler Presses Universitaires de France, «Thémis-Philosophie» Paris, 1999,312 pages SOUVENIRS SUR FRÉDÉRIC NIETZSCHE Franz Overbeck Traduit de l'allemand par Jeanne Champeaux Editions Allia Paris, 1999,112 pages L’IMMENSE SOLITUDE AVEC FRIEDRICH NIETZSCHE ET CESARE PAVESE, ORPHELINS SOUS LE CIEL DE TURIN Frédéric Pajak Presses Universitaires de France, «Perspectives critiques» Paris, 1999,332 pages LE SYNDROME DE NIETZSCHE Jacques Rogé Editions Odile Jacob Paris, 1999,264 pages Note sur l’édition des œuvres: toutes les œuvres majeures sont disponibles au format de poche.L’ancienne traduction d’Henri Albert, faite avant l’édition critique italienne, a été reprise dans la collection «Bouquins» (Paris, Robert Laffont, deux volumes, 1993).FAR WEST Combattre la censure SUITE DE LA PAGE D 1 Or Amazon.com met aussi également à la disposition des auteurs un espace pour discuter avec le public.En général, les auteurs sont peu nombreux à s’en prévaloir.Terry Goodkind aurait sans doute été le dernier à s’y intéresser, lui qui ne navigue pas sur Internet.C’est après avoir reçu des lettres de ses fans le suppliant de ne pas changer ses personnages qu’il a découvert le subterfuge.Car un lecteur anonyme et malveillant avait utilisé le nom de Goodkind pour s’excuser auprès des lecteurs de la pauvreté de ses derniers romans et promettre qu’il allait veiller à en changer les personnages.«Or je ne changerais même pas mes personnages si ma femme ou ma mère me le demandaient.Je les changerais encore moins pour un lecteur anonyme d'Amazon.com.Ces commentaires me font passer pour un auteur sans principes qui vend son âme à n ’importe qui», dit-il.Selon lui, ces forums d’opinion sont «le summum de l’idiotie», puisqu'ils permettent à n’importe qui de mener une concurrence déloyale ou de démolir injustement un livre qui a du succès.«Les gens ne réalisent pas que les écrivains peuvent avoir des ennemis.Et depuis que cette histoire a été rendue publique, je me suis rendu compte que c'était arrivé à d’autres auteurs qui n’osent pas se plaindre pour ne pas s’opposer à Amazon.com, qui pourrait cesser d’offrir des services de vente de leurs livres.» Non seulement les commentaires affichés sur Amazon.com étaient-ils faux, mais ils sont restés deux ans sur le réseau avant que Goodkind n’en prenne connaissance.«La librairie Amazon.com n’a pas collaboré du tout pour nous aidera trouver le coupable.Elle n’a même pas accepté de publier des excuses.Je veux savoir qui est cette personne qui a essayé de détruire ma réputation et de nuire à ma carrière, pour éventuellement la poursuivre devant les tribunaux», ajoute Goodkind.Un filtrage minimal Du côté d’Amazon.com, on affirme que le réseau prévoit un certain filtrage des commentaires, tout en précisant que le procédé doit rester secret.«Nous avons un processus de filtrage mais il y a toujours quelques cas de méprise», commente laconiquement Bill Curry, directeur des relations de presse d’Amazon.com.M.Curry ajoute que les commentaires sont censés aider le lecteur à faire un choix, en donnant des renseignements sur le livre et non en visant leur auteur.Quant aux auteurs eux-mèmes, il arrive qu’ils acceptent de donner des commentaires sur leurs œuvres.C’est le cas de William Powell, auteur du livre The Anarchist Cookbook, qui affirme, dans l’espace qui lui est réservé, souhaiter que son livre ne soit pas réédité.«On m’a fait récemment savoir que plusieurs sites Internet font largement état de mon livre», écrit Powell, qui a signé The Anarchist Cookbook, en 1968, au beau milieu de la guerre du Vietnam, alors qu’il avait 19 ans et qu’il participait au mouvement d’opposition à cette guerre.«L’idée centrale de ce livre était que la violence est un moyen acceptable pour provoquer le changement politique.Je ne suis plus d’accord avec cet argument», écrit Powell.Précisons que les droits d’auteur du Cookbook, cédés en 1970, appartiennent à la maison d’édition et non à l’auteur.Dans d’autres librairies virtuelles, Chapters.com, Alapa-ge.com ou, plus près de nous, Gallimard-mtl.com, le public peut faire ses commentaires, mais les auteurs n’ont pas de lieu pour discuter, tout au plus y trouve-ton des commentaires de l’éditeur.Dans la plupart des cas, le réseau prévoit peu de contrôle sur le contenu ou sur la provenance des commentaires des lecteurs.«Nous croyons qu’il fait partie de notre rôle, en tant que libraires, de combattre la censure», explique Martha Cass, de chez Chapters.Aussi les responsables du réseau se bornent-ils à épurer les commentaires de leurs obscénités, s’il y a lieu.«Il revient au lecteur qui fait le commentaire d’identifier quel type de lecteur il est, s’il le désire», ajoute-t-elle.«Nous essayons de laisser paraître une variété de points de vue sur les livres.Cela nous permet aussi d’offrir un espace d’échange sur les livres qui débordent le niveau local, qui s’élargit au plan national et même international.» Chez Gallimard-mtl.com, on affiche également les commentaires des lecteurs après vérification de la provenance des courriels.«Nous lisons tous les courriels qui sont affichés», explique Jean-François Chételat, directeur de la libraire Gallimard à Montréal et responsable du site Internet.Les responsables du site agissent donc comme modérateurs, retirent les obscénités et les aberrations dans les courriels, et s’efforcent de permettre l'expression de divers points de vue.«On y découvre des talents cachés», dit Chételat.Tout en étant prudent, Gallimard tente quand même de conserver la vivacité de ton des critiques, de publier les commentaires positifs comme les négatifs, et de ne pas sombrer dans la rectitude politique.Tout cela demande du temps, un temps précieux et personnalisé qu'un géant comme Amazon.com n’a peut-être pas prévu consacrer à ce service.LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Une sacoche vide LA SACOCHE Bahiyyih Nakhjavani Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf Actes Sud, 2000,320 pages JOHANNE JARRY Nous sommes au milieu du XOC siècle, en plein désert.Une caravane en route pour la Mecque réunit neuf personnages, ainsi qu’un âne transportant une sacoche dont on ignore la provenance.On apprend bien vite que l’objet mystérieux contient des rouleaux de papiers calligraphiés d’écritures mystiques.Chacun des voyageurs voudra déchiffrer ces textes pour apprendre quel est le sens de sa vie.Quant au lecteur de Im Sacoche, prévient la quatrième de couverture, il éprouvera lui aussi «le désir de cet objet merveilleux, symbole de toutes les quêtes et de toutes les révélations».Alléchante perspective.Bahiyyih Nakhjavani, Iranienne partageant sa vie entre la France et l’Angleterre — La Sacoche a d’ailleurs été écrit en anglais — a produit un roman quasi irréprochable où l’exotisme, l’érudition et le style sont au rendez-vous.Toutefois, une sensation de vide s’installe assez rapidement; les belles phrases, les descriptions du désert, les récits de vie (souvent abracadabrants) ne mènent nulle part, ne soulèvent aucune question.Le lecteur plus érudit y trouvera peut-être son compte, reconnaissant ici un passage de la Bhagavadgîtâ, là une citation tirée des Entretiens de Confucius.L’auteure se passionne visiblement pour les grandes religions, mais elle a étrangement oublié le rôle que celles-ci jouent auprès des hommes: ses personnages sont privés d’âme, et donc de substance.Finalement, un jeune diplomate anglais ambitieux et insignifiant déguisé en derviche réussit à s’emparer de la sacoche tant convoitée.Qu’en fera-t-il?Il se contentera d’en disperser le contenu qui s’éparpillera, au fil des ans, aux quatre coins du monde.Donc aucun des personnages (pas plus que le lecteur) n’aura réussi à connaître le sens de ces textes énigmatiques.Cette fin en queue de poisson semble refléter l’embarras de l’auteure pour un objet qui, visiblement, ne l’inspire plus.A plusieurs reprises, en cours de lecture, on se demande: pourquoi cette histoire a-t-elle été écrite?On a envie de répondre: pour séduire.Mais la séduction n’opère pas, faute de sens et de profondeur.La Sacoche de Bahiyyih Nakhjavani ne contient que des mots.Cela suffira aux lecteurs qui veulent seulement être divertis.BAHIYYIH NAKi (JAVANI SACOCHE t f DEVOIR S A M E 1» I D I M A X < Livres ROMAN QUÉBÉCOIS Dessine-moi un personnage.LA LEÇON DE NARRATION Pierre André Les Intouchables Montréal, 2000,174 pages «T u appelles cela un roman?fit Dan.— Tu as raison, répondit Pat en se laissant tomber par terre et en tirant sur sa cigarette, ça ressemble plutôt à une fable.» Ainsi se terminait, ou presque, Petits Pas de danse, le précédent roman de Pierre André (1999, chez le même éditeur), alors que deux des personnages, qui avaient sagement tenu leur rôle jusque-là, montraient du doigt le récit dont ils faisaient partie, comme si la fiction qui prenait fin se dérobait brusquement et que, eux en sortant, pouvaient en devenir les lecteurs.Pour le reste, c'est-à-dire tout ce précédait cette scène finale, Petits Pas de danse était un roman de facture assez tra-ditionnelle.L’histoire était mince: en attendant de pouvoir remettre en état un vieux chalutier qui les emporterait vers les mers du Sud, six jeunes gens, amis et amants, s’adonnaient à de petits emplois alimentaires.Mais surtout, ils parlaient entre eux de politique, de rapports amoureux, de ce monde sans repères qu’ils n’avaient pas tout à fait désespéré de pouvoir refaire ou, à tout le moins, de rendre plus supportable.Il y avait en effet de la fable dans ce roman: un brin de fiction et un soupçon de morale.Dans un climat qui pouvait rappeler les films d’Eric Rohmer, mais sur le ton d’un feuilleton télé québécois.Ce roman devait s’intituler La Marie captive — c’était le nom du bateau de la grande évasion — et la couverture devait être illustrée d’une toile de la dédica-taire, amie intime de l’auteur, mais elle serait morte d’un cancer avant d’avoir pu l’achever.Détails que tout cela, ou détours inutiles par l’œuvre précédente avant d’en venir à celle qui vient de paraître?Ce n’est pas l’avis de Pierre André, qui les fait figurer en bonne place dans Im Leçon de narration.Celui-ci n’est pas pour autant la suite de l’autre.Il en serait plutôt le prolongement, en plus subtil, un avatar romanesque avec toutes les chausse-trappes que suggère son titre.On y retrouve la même petite tribu de personnages, à quelques coordonnées près.Au moins deux ont gardé le même prénom: Pat et Robert Chartra nd Personnages et auteur deviennent alors spectateurs d’eux-mêmes — peut-être en sont-ils les interprètes, on ne sait trop.Sola.Ils sont cinq cette fois-ci: deux garçons et trois filles.Mais en réalité — si l’on peut dire —, ils sont six comme dans Petits Pas de danse, puisque l’auteur lui-même y figure comme narrateur discret, puis en meneur de jeu, ou, comme le dit un des personnages dans un des très rares passages où l’on cède au jargon de la narra-tologie, en «patron extradiégé-tique».L’auteur — jamais nommé — est un sujet de conversation parmi les autres: on s’interroge sur son rôle et ses intentions alors que lui, beau joueur, leur offre des tournées de bière.Il assiste même, avec eux, à des intermèdes narratifs où sont joués, de façon tout à fait théâtrale, des scènes qu’ils viennent de vivre en «format» romanesque.Personnages et auteur deviennent alors spectateurs d’eux-mêmes — peut-être en sont-ils les interprètes, on ne sait trop.Il y a ici une scène de l’écriture, au sens propre, où l’on joue au regardeur-regardé.Cherchez la femme Ce qui n’empêche pas Im Leçon de narration d’être à bien des égards un roman-roman.Pat, un des «rescapés» du roman précédent d’André, est hospitalisé pour une blessure à la jambe: la foulure qu’il subit à la fin de Petits Pas de danse, par l’effet d’un déplacement dont l’auteur garde le secret, semble être devenue ici une phlébite.Il se fait dorloter par Sandrine, sa petite amie, et une infirmière au grand cœur qui éveille chez son patient les fantasmes qu’on devine.Max, son copain, est un professeur de cégep qui se fait un point d’honneur (!) de n’avoir des aventures avec les jeunes filles que lorsqu’elles ne sont plus ses étudiantes.Pat lui-même aurait pu être professeur de cégep, mais il y a tant de mesquinerie et de magouilles dans ce petit monde, au dire des personnages, que c’est à vous en dégoûter.Les trois jeunes filles, elles, seront les étudiantes de service, un peu surprises de leur emploi, mais finalement résignées: l’auteur en a décidé ainsi pour elles.Pendant que les personnages de Pat et de Max jouent joyeusement les mâles amateurs de chair fraîche, l’auteur s’immisce de plus en plus dans le récit jusqu'à devenir un personnage à part entière; il révèle à ses créatures qu’il est amoureux d'une jeune fille, bien réelle, qui s'appelle Sophie Thibault Et que la dédicataire du roman en cours se meurt elle aussi, PIERRE ANDRÉ La leçon de narration comme celle du roman précédent d’un cancer.Ses personnages recueillent ses confidences et finissent par se demander, pas bêtes, s’ils ne sont pas tous des projections de ses fantasmes.Ils n’en auront pas de confirmation, et les lecteurs non plus, mais chacun n’en aura pas moins sa petite idée là-dessus.Les personnages du roman de Pierre André sont donc progressivement évincés par leur auteur — dont on est forcément tenté de penser qu’il s’agit de Pierre André lui-même — qui révèle sa propre intimité sans cesser pour autant de jouer au mentir-vrai de la fiction qu’il a élaborée.Cet homme qui dit écrire «des romans pour oublier cette vie, pour refaire un monde qui soit moins misérable», qui se réfugie dans les mots comme sur une île déserte à l’abri d’un monde qui lui échappe totalement, réalise le rêve de croisière que projetaient précisément les personnages de Petits Pas de danse.Assez curieusement, l’auteur est en voie de réussir là où ses personnages ont échoué.On converse abondamment, dans ce roman comme dans le précédent, autour d’un repas, en prenant un verre.On lance quelques piques contre le milieu littéraire québécois, on se désole de l’envahissement d’une «culture de shop», généralisée et exportable; on fait allusion à une future «bibliothèque nationale dont la directrice a les mêmes initiales que Borges» [sic].On discourt sur l'amitié, sur la différence entre liberté et autonomie, entre infor- mation et communication de la part de Max.Pal déplore la pusillanimité des Québécois, relayé par l’auteur qui estime que ce petit peuple «ne fait pas plus dur qu’un autre, c’est seulement son hésitation qui le tue».Bref, on parle souvent pour parler, sans se prendre au sérieux ni chercher un sens à un monde qui n’en a plus depuis longtemps.Tout cynisme enlevé, restent l’amour et le désir dans ses manifestations les plus génitales, où auteur et personnages trouvent un dernier refuge contre la sclérose ambiante.Les hommes rendent hommage aux femmes, si désirables, qui «transportent» les hommes depuis leur naissance.Elles sont l’avenir de l'humanité tout entière.Et elles savent aimer les hommes tels qu’ils sont, maladroits, craintifs, ces enfants qui ne grandissent jamais vraiment.Pierre André réussit à transposer dans son écriture le décousu des conversations à bâtons rompus, où, avec un vocabulaire parfois bien pauvre, chacun cherche à meubler ses angoisses, et qui dit bien leur désarroi.Roman et antiroman, autofiction dont certains passages prétendent être écrits «en temps réel», La leçon de narration n’en est pas tout à fait une, heureusement.robert.chartrand5@ sympatico.ca dépassement sans fin .ADONIS LE VISIONNAIRE Michel Camus Editions du Rocher Monaco, 2000,140 pages LE LIVRE DU MIROIR Arnaldo Calveyra Traduit de l’espagnol par Silvia Baron Supervielle Actes Sud Arles.2000,138 pages DAVID CANTIN T a poésie est cette perpétuel-"l^/le recherche d'un dépassement sans fin», inutile de dire que cette phrase rend assez bien la quête intuitive que le poète Adonis a entreprise au cours de son existence.Depuis la traduction française des Chants de Mi-hyar le Damascene par Anne Wade Minkowski, on ne cesse de découvrir dans les recueils de ce poète de Qassabine l’essence d'une «parole de vérité».Malgré un bon nombre de livres parus à ce jour, il n’existait malheureusement aucune monographie permettant de mieux connaître les jalons de l’intense activité de cet écrivain et traducteur.Sous le titre Adonis le visionnaire, c’est donc une lecture très personnelle que Michel Camus propose à travers ce portrait de l’homme et d’une œuvre à la confluence des poètes mystiques arabes.Du coup, il semblait judicieux de jumeler cet essai au magnifique recueil de l’Argentin Arnaldo Calveyra.Le Livre du miroir touche aux racines profondes de l’être face à l’image d’une expérience révélatrice.De William Blake à Roberto Juarroz, Adonis compte au nombre de ces poètes pour qui l’expérience poétique devient une expérience mystique.Né en 1930 dans un petit village du nord de la Syrie, les poèmes de ce jeune paysan parviendront à incarner un puissant désir de métamorphose.De la révolte à l’illumination, on découvre dans cette langue le jaillissement intense d'une réconciliation des contraires.lœ verbe d’Adonis «le conduit de l’extérieur vers l’intérieur et, de l’intérieur, vers l’intérieur de l’intérieur, vers la source abyssale où vie et mort coïncident».A travers une série de courts chapitres, Michel Camus ne manque pas de questionner le chemin créateur que suivra Adonis tout au long de son périple contemporain.Profondément ancré dans un réel aussi tangible que transcendant, le rythme de ce chant célèbre «une pulsation de l’être et de la vie [.] la rencontre de la parole arabe et de la vie, de l’homme arabe avec son être et avec l'autre».11 suffit de se remémorer quelques-uns des titres des recueils d’Adonis (Désert, Célébrations, Chronique des branches ou Mémoire du vent), pour comprendre à quel point la parole retourne vers sa lumineuse ignorance: «dans l'ombre des choses/ j’aime me tenir/ et j’aime entrevoir la création/ errer à l’intuition/ suivre l'étrangeté de l’art/ comme cet ambigu sans nom/ et plein d’incertitude / je pars de nouveau chaque matin».Adonis le visionnaire donne à cette œuvre toute la dimension qu’elle mérite, et donne à cet errant habité par un mystérieux centre dç gravité la place qui lui revient.A partir d’éléments biographiques, Michel Camus interroge le sens caché de cette parole prophétique.Ainsi, on se rapproche d’une voix majeure et d'une présence universelle.L’art du dépouillement Chaque nouveau petit livre d’Arnaldo Calveyra chez Actes Sud ouvre des horizons inattendus face à cet écrivain authentique.Les proses de ce Livre du miroir témoignent d’un dépouillement ainsi qu'une exigence inté rieure.Ce miroir devient le centre de l’âme, la transformation des sens qui s’élève à une autre forme de connaissance.Dé licate et subtile, la poésie de Calveyra atteint une sorte d’osmose avec la qualité du monde visible.De l’observation à l’intuition, une patience du regard libère le promeneur d’une obscurité envahissante.Tranquillement, cette voix devient le passeur de ce qui s’immobilise derrière la plus simple apparence: «Dans le miroir de rester peu à peu endormie, le long jour passe, passe un fleuve, passe l’eau de ce fleuve, beaucoup de fleuves passent, nuit qui vient par la fenêtre entrebâillée, qui n ’assombrit pas l’eau, passe, passe le recensement des lieux en attente, toujours, de la même chose, le dénouement subit du spectacle du jour où tu es arrivée à être presque toutes les choses».Il y a beaucoup à apprendre dans ce recueil qui retourne à ses propres questions d’une page à l’autre.L’écriture simple ne cesse de s’ouvrir à «l’énigmatique langue du poème», pour mieux déployer ses reflets.Ce Livre du miroir traverse le côté clair du passé, du présent et de l'avenir.Longue méditation sur le pourquoi du poème, ce livre d’Arnaldo Calveyra s’obstine avec une beauté inséparable du jour.C’est alors que le pas du voyageur se met en mouvement.Sur la guerre d’Espagne Réédition d'un classique de George Orwell HOMMAGE A LA CATALOGNE (1936-1937) George Orwell les Éditions 10/18 Paris, 2000,294 pages FRANÇOIS NORMAND LE DEVOIR Les éditions 10/18 viennent de rééditer un classique de George Orwell, Hommage à la Catalogne.Un petit bijou.Moins connu que 1984 ou que La Ferme des animaux.Hommage à la Catalogne n’en demeure pas moins un livre majeur dans l’œuvre de l’écrivain britannique.Il y raconte sa participation à la guerre civile espagnole dans les milices trotskistes du RO.U.M.(Parti ouvrier d’unification marxiste).Comme plusieurs intellectuels, Orwell s’était engagé pour combattre les franquistes qui menaçaient de renverser la République.Lorsqu’il arrive en Catalogne, celle-ci est balayée par un vent révolutionnaire.Barcelone est même devenue une ville où la distinction entre classes sociales n’existe plus ou presque.On collectivise, on s’appelle «camarade».Dans les milices du P.O.U.M., sur le front d'Aragon, il n’y pas de distinction entre soldats et officiers.On prend les décisions en groupe.Orwell consacre la première partie de son ouvrage à la vie au quotidien au front, allant des conditions pitoyables dans les tranchées à la désuétude de l’armement des miliciens en passant par les quelques batailles, voire escarmouches, avec les fascistes.En annexe (quoiqu’il traite un peu la question en première partie), Orwell relate les dissensions politiques dans le camp ré publicain, entre communistes, socialistes et anarchistes.Il s’agit d’un analyse inédite et essentielle pour réellement comprendre la guerre d’Espagne.NOROIT LECTURE-HOMMAGE À / navievp l'.iul IVLiniyr, IMIirr i roll.IIiTîik* horion, ('.nilimnc l'orliii.Lui ljVoill|ilc.I.u'qil' ¦-1 UhTIi i.Lhllltlc I'iii'.kIm! l;ionninlirilllr Mario ilnuTlo (iuavot Irluvni IM inn poiTu|lli ixorplinnmTli ik lionoucvo Mi im il Amyot ( 194 V 2000) le vendredi 25 août 2000 à 19h30 à L'Anglicane 33, rue Wolfe, Levis.Renseignements et réservations : (418) 838-6000 F ESTIVAL DE Au cœur des mots Place TROIS la littérature lO'ÉDITION Tous les lundis du 31 juillet au 28 août 2000 Lundi 21 août Lundi 28 août Geste d'Anne-Marie Alonzo Avec Sophie Faucher, Catherine Bégin et la voix de Monique Richard.Mise en lecture de France Castel Madeleine Ferron, femme.avant et après la lettre Avec Benoît Gouin, Monique Mercure et Brigitte Raquette Adaptation et montage de Lucie Joubert Mise en lecture de Lorraine Pintal Billets en vente I Réservations Maison des Arts de Laval (450) 667-2040 Réseau Admission (514) 790-1245 Tous les spectacles sont J 20h00.Maison des Arts de Laval 1395.bout de la Concorde ouest, Laval (Qc) Métro Hénri-Bourassa, autobus 35 ou 37 co\v« DBAWsrromimr* ououtacc LE DEVOIR Ffi Prix régulier: 19 $ Prix étudiants et aînés: 17 $ (taxes incluses) Série abonnement 5 soirées : 25 % dé réduction MAISON ARTS LAVAL I L E 1) E V 0 I R .LES S A M EDI I !» ET I) I M A X ( H E 2 0 A 0 V T 2 0 0 0 I) A Livres -AVj ESSAIS QUÉBÉCOIS Au pays de l’essai DU REFUS GLOBAL À IA RESPONSABILITÉ ENTIÈRE Parcours analytique DE L’ESSAI QUÉBÉCOIS DEPUIS 1948 Yolaine Tremblay Ed.Le Griffon d’argile Sainte-Foy, 2000,176 pages st-ce l’imminence de la rentrée scolaire (déjà lundi, pour mes cégé-piens et moi) qui titille le prof en moi?En tout cas, j’ai à vous proposer, cette semaine, un ouvrage ouvertement pédagogique, propre à ravir les lecteurs de cette chronique, grands dévoreurs de prose d’idées devant l’Éternel.Anthologie de l’essai québécois des cinquante dernières années, enrichie d’une réflexion théorique sur le genre et ses spécificités, Du Refus global à la responsabilité entière s’avère une agréable et instructive visite guidée au pays de nos penseurs.Yolaine Tremblay a divisé son ouvrage en cinq chapitres qui correspondent aux visages divers d’un corpus très riche et bien de chez nous, c’est-à-dire obsédé par les questions de langue et d’identité.Introduits par des considérations théoriques précises et justes, les morceaux choisis prennent tout leur sens et permettent au lecteur de découvrir une pensée québécoise dynamique, qui nourrit et, oui, je le dirai ainsi en confondant forme et fond, souvent très belle.Pourquoi écrit-on des essais?D’abord, peut-être, pour explorer le JE et sa mémoire, répond Yolaine Tremblay.Pour illustrer cette Louis Cor nellier forme intimiste qui emprunte aux approches narratives et méditatives, elle a choisi des textes d’Alain Grandbois, de Monique Bosco, une très belle méditation de Jacques Brault autour d’un vers de Verlaine, 4e plus grand des poètes mineurs», qui l’a fait entrer en écriture et un extrait puissant et irrésistible de La Détresse et l’enchantement dans lequel Ga-brielle Roy évoque avec une douleur rentrée 4e sentiment que le malheur d’être Canadien français était irrémédiable».«Lieu et outil de pensée» selon la leçon de Montaigne, l’essai québécois, chez d’autres, devient expérience écrite d’un sujet qui s’universalise par la réflexion.Que suis-je comme être-dans-le-monde?Et ce sera L'Homme d’ici (1952) d’Ernest Gagnon, une vibrante quête d’authenticité qui fréquente les cimes de la condition humaine: «seule la charité découvre la vraie figure de l’homme parce que la charité seule, par delà toutes les ressemblances, décèle la Ressemblance unique, l'Image et la Ressemblance de Dieu».Ce sera aussi, entre autres, la posture d’un Pierre Morency qui, «face à l’univers», s'abandonne au chant des oiseaux qui contient toute la beauté du monde: «Pourquoi ne chanteraient-ils pas tout simplement parce que les étoiles naissent dans le brasier des galaxies, parce que les constellations sont des troupeaux de guides, parce que chaque matin est le début du monde, parce que les feuillages, les vagues, les torrents sont musique, parce que les cellules de l’été sont en feu, parce que les champs ondulent et que les arbres respirent, parce que la lumière, même petite, fait chanter ce qui vole, ce qui est léger, ce qui déborde dans le vent?» Pourquoi pas, en effet?La responsabilité de Phomme Et il y a la société qui nous requiert, qui nous sollicite, qui exige, fût-ce pour s’y opposer, qu’on s’y engage.L’essai devient donc, selon les mots de Yolaine Tremblay, «en prise sur le réel» et l’essayiste «tente alors de mesurer la responsabilité de l’homme dans la marche du monde».Engagé de la première heure, Pierre Vadeboncœur appartient à cette famille des battants du réel.Sa Ligne du risque, une grenade intellectuelle qui chante la liberté et qui élève Borduas au rang de libérateur, est entrée dans l'histoire.Que dire, encore, de l’immense Fernand Dumont, modèle incontesté de droiture, de puissance réflexive et de critique constructive?A ceux-là, monuments de notre pensée nationale, Yolaine Tremblay a joint les voix de Jean Le Moyne, de Jacques Godbout, de Gilles Marcotte, de Neil Bissoon-dath et de quelques autres qui ont aussi choisi de croire que les mots pouvaient agir sur le réel.Question de tempérament ou de stratégies, certains esprits plus fougueux optent pour la colère et l’emportement et choisissent «de dire “non” dans une position offensive».Argumentateurs incendiaires, ils transforment la place publique en arène.Frondeur, c’est Jacques Ferron qui s’amuse à renverser les statues en stigmatisant «la niaiserie de Refus global», «ce manifeste mal fagoté [qui] n’était pas grand-chose».Indigné, c’est Fernand Ouellette qui vomit, en 1979, les éditorialistes an-tipéquistes qui se font les valets de la classe possédante, ou encore Hélène Pedneault qui ridiculise la réaction antiféministe.Arrogant, c’est Jean Larose qui pontifie afin de chanter la grandeur de la littérature française, seule apte à nous sortir du «vécu» québécois.Dans le débat linguistique, c’est le petit frère Untel à l’assaut du jouai; Gérald Godin, plus nuancé et plus douloureux; Jean Marcel, systématique, brillant et, croit-il, définitif.Ils choquent, ils bousculent, ils agressent, mais que serait la culture québécoise sans eux, penseurs de l’urgence dont les turbulences nous tiennent en éveil?Comment définir, enfin, certaines proses dans lesquelles la pensée se trouve à ce point gorgée de sève poétique que les genres en perdent leurs repères?Comment recevoir, par exemple, les Routes marines de Rina Lasnier qui confondent avec grâce réflexion et adjuration: «Si tu te mets au plein de la mer, tu liras sa face tournée vers des ciels foisonnant de royaumes.[.] Peut-être sauras-tu, parla sueur de son écume, l’effort de ses mille bras pour ne point devancer l’heure de ses noces anciennes avec la terre, quand la terre se dédurcira du mal de l’homme.»?Les calmes hymnes du Carnet du soir intérieur de Félix-Antoine Bavard?L’essai, un lieu poétique?On suivra Yolaine Tremblay.Conçue pour des étudiants de niveau collégial, cette belle anthologie s’adresse à tous ceux qui souhaitent mieux connaître l’essai québécois.Par son choix de textes judicieux et son appareil théorico-pédagogique simple et stimulant (des questions d’approfondissement accompagnent chacun des extraits et des lectures convergentes sont suggérées), ce manuel, car c’en est un, contribue à faire de nous de meilleurs lecteurs d’essais grâce à un parcours au terme duquel deux choses nous apparaissent en clair: le genre es-sayistique a ses exigences, qui font ses forces et ses richesses, et le Québec, une tradition de pensée.Allez, on retourne à l’école pour parler de tout ça.et de bien d'autres choses! louisconællieriaparroinfo.net ROMAN HISTORIQUE Canonisation : mode d’emploi LA SEDUCTION DE DIEU , Jacques Merlino Éditions ° 1 - La Marge Paris, 2000,222 pages MARIE CLAUDE MIRANDETTE Vous passerait-il par l’esprit ne serait-ce que l’espace d'un instant, de proposer la canonisation de Don Juan, célébrissime charmeur devant l'éternel?Celui qui a fourni le modèle du Séducteur de Séville, de Tirso de Molina, à l’opéra éponyme de Mozart en passant par le Don Juan ou la Punition du libertin de Goldoni, et qui a séduit les donzelles par centaines, voire par milliers, défiant tout à la fois la Justice, l’Église et Dieu lui-même.C’est pourtant autour du procès en canonisation de Don Miguel Manara de Vincentello y Leca, dont l’existence se confond avec celle du mythique séducteur andalou, que se tisse l'intrigue de ce roman.De Rome à Séville, on y suit Piotr Klossowski, jeune et brillant prêtre polonais dépêché par son évêque pour mettre son intelligence et sa foi au service de la papauté.Piotr est mandaté par la Sacra Congregatio Pro Causis Santorum (Congrégation pour la cause des saints) pour mener l’enquête finale d'un procès, entamé il y a plus de trois siècles à la demande des Frères de la Charité chrétienne de Séville, pour canoniser celui qui non seulement les gratifia de sa fortune mais choisit de finir ses jours, dans la rédemption la plus complète, au sein de leur hospice de la Caridad.Et c’est à l’hospice même où Don Miguel rendit l’àme en l’an de grâce 1679 que Piotr mène l'enquête; il y rencontre un étrange pensionnaire, Caspar Ca-bildo, qui lui fait découvrir peu à peu la vie fascinante de ce personnage haut en couleur.DANIEL MALLARD Le Don Juan de Molière, tel qu’incarné par Benoît Gouin.C’est tout l’univers baroque hispanique du XVIL siècle qui revit alors dans un récit où se mêlent légendes et faits historiques et où l’on ne parvient pas toujours à faire la part entre les deux.A ce récit déjà riche s’en greffent d’autres dont une histoire de tentation de la chair, où Hoir est troublé par la séduisante Cristina, conservatrice en charge du patrimoine de la ville de Séville, et une histoire de vanité, où une attachée de presse québécoise tente de voler le morceau par la publication d’un reportage sur la vie de Don Miguel, au cas où sa canonisation deviendrait réalité.Habilement menée et écrite dans un style riche et coloré, cette intrigue se construit en une série de variations sur le jeu de la séduction où l’art, sous toutes ses formes, joue un rôle prépondérant.Ce roman «d’enquête en canonisation», écrit par le rédacteur en chef de France 2, est à la fois instructif et divertissant.En fait, il n’a qu’un défaut: à peine 200 pages! C’est bien peu pour raconter la vie passionnante de cet homme qui, en Espagne seulement, est réputé avoir séduit mille et trois femmes! LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Au bord de l’abîme LES JARDINS DE BOMARZO Hella S.Haasse traduit du néerlandais par Anne-Marie de Both-Diez Le Seuil Paris, 2000,176 pages DES NOUVELLES DE LA MAISON BLEUE traduit du néerlandais par Annie Kroon Actes Sud/Leméac Arles/Montréal, 2000,192 pages MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Il existe une chose telle que l’esprit des lieux.Il ne se laisse pas aisément circonscrire, et sans doute cette résistance n’est-elle pas étrangère à la fascination qu’il exerce auprès de ceux des écrivains les plus portés sur la rumination.La Néerlandaise Hella Haasse, aujourd’hui octogénaire, mais dont l’œuvre n'a commencé à être traduite en français qu’au tournant des années 90, est de ceux-là.Les maisons, les sources, les bois deviennent ainsi les pages d’un immense livre qu’un art fait d’ellipse, de retenue et de suggestion, invite à tourner avec lenteur.Et il y a les jardins.Situés à vingt kilomètres de Viterbe, dans le Latium, ceux de Bomarzo sont une création maniériste de la Renaissance italienne.A en juger par la description fervente qu’en fait ici Hella Haasse, leur pouvoir d’attraction a dû, au cours des siècles, être aussi grand que la répulsion, mêlée de fascination et d’effroi, qu’ont inspirée les gueules béantes de leurs monstres de pierre, leurs antres donnant sur l’Enfer, leurs labyrinthes de verdure où l’esprit un tant soit peu égaré pouvait s’enfoncer plus avant dans la folie.Giancorallo Orsini, qui en devint le seigneur en 1502 et en régla le premier agencement, était-il fou?Il avait beaucoup lu Le Tasse, non pas Torquato, le poète de la Jérusalem délivrée, mais son père, Bernardo, auteur de Florilande, un roman de chevalerie fantastique dont les personnages ont peut-être inspiré l’étrange bestiaire de Bomarzo.Si la lignée des Orsini était noble et puissante, elle était aussi apparentée aux Borgia, dont le plus flamboyant et douteux représentant régnait au Vatican depuis 1492 sous le nom d'Alexandre VI.La maîtresse papale s’appelait Julie Farnèse, célèbre beauté de la Renaissance, déjà pourvue d’un mari, hélas contrefait, en la personne d’Orsi-no Orsini.Tout condotierre qu’il fût, ce dernier renonça rapidement à rivaliser avec un amant aussi prestigieux et vint oublier ses cornes dans son château de Bessanello, situé non loin des bois de Bomarzo.C’est sur cet arrière-plan d’intrigues et de dépravation que s’étendit le parc de Bomarzo, demeure des nymphes dès l’époque étrusque et par la suite d’une fée Mélusine dont les Orsini aimaient à se croire les fils.La laideur physique d’Orlando Orsini, renvoyant à la monstruosité morale des Borgia, renvoie ainsi à ce jardin de grotesques par le biais de ce qui est à peine une allégorie, tout en demeurant une énigme, un rébus de statues, de bosquets et de grottes, dont nul visiteur ne trouva la clef.Une œuvre à deux voies En néerlandais, la publication LES JARDINS DE Bomarzo des Jardins de Bomarzo remonte à 1968 et on peut raisonnablement supposer que l’ouvrage a accompagné la rédaction de romans historiques qui, avec les récits à l'action contemporaine, sont les deux grandes voies empruntées par l’œuvre d’Hella Haasse.Les aléas des ventes de droits étrangers ont fait en sorte que les premiers sont publiés au Seuil, les seconds chez Actes Sud.N’importe, pourvu qu'ils soient traduits.On lira donc avec un très vif plaisir cet ouvrage qui tient de la monographie historique par son souci documentaire, de l’art poétique et de l’essai littéraire par les réflexions qu’inspire son sujet sur les limites de l’imagination quand il s'agit de combler les blancs de l'histoire, de la fiction, enfin, quand ces derniers donnent lieu à d'aussi fécondes spéculations.Des nouvelles de la maison bleue, arrivé en librairie cette semaine comme en éclaireur de la rentrée Leméac, ici coéditeur avec Actes Sud, est tout imprégné lui aussi de l’esprit des lieux, cette fois incarné dans une grande demeure bourgeoise 1900 entourée d’un parc et d’un corps de bâtiments que l’étalement urbain de l’après-guerre aura tôt fait de lotir.Mais la maison elle-même, avec ses nombreuses pièces et ses ornements architecturaux d’un autre temps, ne serait qu’un superbe coquillage posé sur un écrin de verdure si ses deux dernières propriétaires, les sœurs Lu-nius, n’étaient revenues habiter les lieux le temps d’en régler la vente et la démolition, leur redonnant, en quelque sorte, la vie en même temps que la mort.Nées d'un professeur irlandais et d’une mère argentine issue d’une des plus riches familles de Buenos Aires, Felicia et Nina sont aussi différentes que le jour et la nuit, par tempérament, mais aussi en raison de leurs parcours, là soucieux des conventions, ici aventurier, qui se rejoignent cependant au début de la vieillesse dans une solitude résignée.Comme une tragédie grecque un instant tentée par la démesure (politique ou passionnelle) et qui aurait choisi de faire entendre une voix feutrée et de céder aux révoltes étriquées de notre siècle, Des nouvelles de la maison bleue intègre à intervalles à sa trame narrative le point de vue réprobateur et raisonnable d’un chœur formé de villageois, de la femme de ménage ou de passants, tour à tour intrigués ou envieux, dépositaires, dans tous les cas, de la sagesse du juste milieu.Sage devient alors ce roman dont le charme réel ne parvient pas à gommer les échappées psychologiques qui pèsent par moments sur le fil d’une histoire qui retient le lecteur dans ses rets fragiles et entêtés.Gagnez a™ LE DEVOIR AVEC UN VOYAGE D'UNE SEMAINE AU MAGNIFIQUE Agadir Beach Club * HOTEL au Maroc Comprenant : • 6 nuits d'hébergement pour deux personnes tout-inclus au Agadir Beach Club • Deux billets d'avion aller/retour sur les ailes de Royal Air Maroc * • Splendeur marocaine, luxe et détente • Une plage magnifique, 7 restaurants POUR PARTICIPER, Répondre A la question du jour et nous («ire parvenir les coupons de participation qui seront publiés dans le Devoir trois fois par semaine du lundi au samedi.Les coupons devront être reçus i nos bureaux avant le 22 septembre à !7h30.Le tirage aura lieu le 27 septembre 2000.Le concours s'adresse aux 18 ans et plus.Un seul coupon par enveloppe.Les conditions e» règlements du concours sont disponibles 4 la réception du Devoir.• t* as t t^&ui royal air maroc Les caravaniers du monde Coupon de participation DEVOIR Nom: Adresse:.App.:.Ville: Code postal :.Retourner par la poste à : Concours Le Devoir, 2050, rue De Bleury, 9" étage, Montréal, Québec HSA SSI.Téléphone : (résidence).(bureau).Question : Quel est le titre de l’éditorial aujourd’hui ?Réponse :.< L E I> E V 0 1 R .1.E S S A M EDI I !» E T l) I M A X ( Il E 2 » A 0 f T 2 0 0 0 -Livres *»- ESSAIS ÉTRANGERS Inné et acquis : des frères siamois Un plaidoyer pour le contrôle social et démocratique des découvertes LES IMPOSTEURS DE LA GÉNÉTIQUE Bertrand Jordan Le Seuil Paris, 2000,170 pages Notre destin est-il entièrement inscrit dans nos gènes?Peut-on lire dans l’ADN comme.une voyante dans les lignes de la main ou dans les feuilles de thé?On serait porté à le croire, à l'aube de cette période de l’histoire déjà qualifiée de «siècle génétique», alors qu’ici et là on nous annonce l'identification du «gène» de la criminalité ou de l’innovation, de l’homosexualité ou de l’alcoolisme.Comme l’a notamment démontré l’importante série d’articles sur la génétique, présentée cet été par Le Devoir, les progrès en ces matières ont considérablement ébranlé la conception commune de l’être humain.L’éternel débat entre l’inné et l’acquis a été réactivé.L’inné, c’est-à-dire l'hérédité, les déterminismes et limites naturelles.L’acquis, autrement dit l'environnement, la socialisation, l’éducation.L’être humain est-il davantage le produit de l’un ou de l’autre?La question a de tout temps déchiré les philosophes.Dans les années soixante, «l’acquis» occupa le haut du pavé.L’existentialisme et ses rejetons avaient en quelque sorte discrédité tout déterminisme.On exaltait la liberté, la volonté, la plasticité infinie de l’homme.Souligner des traits naturels, invoquer la notion de caractère ou de tempérament, c’était une position «de droite».Par freudisme, on acceptait, à la limite.les déterminismes de la petite enfance.Ce qui relevait du reste du culturel et non du naturel.Lorsque la science génétique commença à identifier la source d’importantes maladies (comme la myopathie, la mucoviscidose, et le syndrome de Werner), la tendance a lentement été inversée.Et elle fut rapidement poussée jusqu’à son extrême logique: le tout-génétique.Dans cette perspective, chaque trait d’un individu correspondrait, quelque part sur cet impitoyable «logiciel» qu’est l'ADN, à une ligne de programmation particulière.C’est contre cette tentation actuelle que s’insurge le généticien français Bertrand Jordan dans un essai éclairant, Les Imposteurs de la génétique.Tentation qui, selon ce scientifique aux indéniables talents de sociologue, n’a pas pour unique source le caractère fulgurant de la génétique des dernières décennies, mais aussi un certain contexte social et idéologique.«Avec le triomphe mondial d’un mode de production capitaliste auquel ne s’oppose plus aucune alternative, écrit Jordan, nos sociétés marchandes et individualistes tendent à dissoudre les solidarités et à se décharger de toute responsabilité dans le devenir des individus.» On accueille donc favorablement les «théories qui attribuent le destin des personnes à leurs gènes plutôt qu d leur éducation, leur environnement et leur condition sociale, y trouvant une justification “biologique” à l'existence d’inégalités qui tendent à s'accroître».Bref, avec les gènes, on se déresponsabilise.Juste milieu?Ainsi, au yeux de notre auteur, la «surestimation du donné génétique qui règne actuellement dans certains milieux est une doctrine fausse, fondée sur une simplification et une distorsion extrêmes de ce que nous avons appris récemment à propos des gènes».Jordan ne cherche toutefois pas à relancer le balancier dans sa position extrême du «tout-acquis», affirmant que ceux qui «diabolisent la génétique et rejettent en bloc ses avancées, comme certains courants “écologistes" allemands, font également fausse route: nier le rôle de l’hérédité est tout aussi absurde que d’affirmer sa prééminence absolue et permanente».Est-ce à dire que l’humain se constitue de 50 % d’inné et de 50 % d’acquis?Une telle position du «juste milieu» serait aussi réductrice.Car le donné génétique et l’environnement social ne sont pas cloisonnés.Ils interagissent de façon complexe et souvent, pour certains phénomènes particuliers.sont profondément enchevêtrés.Jordan le démontre en examinant plusieurs cas qui lui permettent de faire des distinctions essentielles.S’il y a des maladies qui ont une source génique préci- Bertrand Jordan Les imposteurs de la génétique se, d’autres ont des structures plus complexes, «multigéniques», comme le diabète, l’hypertension, la sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer.En cerner les sources géniques est moins aisé d’autant que l’environnement peut jouer un grand rôle dans leur déclenchement.Aussi, l'auteur déplore que l’on aborde trop souvent les prédispositions génétiques comme des déterminismes directs.Autrement dit tout est affaire de degré: «Un risque de 10 % d’être un jour atteint de diabète, par rapport à un taux normal de 4 à 5 %, ne fait pas de moi un diabétique, et ne doit en aucun cas être pris en compte dans une décision d’embauche.» Erreurs et approximations Erreurs et approximations simplifient et exagèrent le rôle de la génétique.Pour le démontrer, Jor- dan s’attarde dès le depart à un exemple selon lui très représentatif des dérives actuelles: la prétendue découverte, annoncée dans les médias, du «gène de la criminalité».Il montre que ce qui se présente avec tout l'aura de certitude et de précision scientifique est au contraire assez hypothétique.«Lorsque le titre d’un quotidien proclame qu 'une équipe a mis en évidence le “gène de la schizophrénie”, celui de l’homosexualité, ou de la psychose ma n iaco-dép ressii e, il faut entendre, en fait, qu ’a été effectuée une localisation, et non l’isolement effectif d’un gène.Entité qui [.] ne serait de toute façon pas “le" gène de la schizophrénie, mais plutôt un gène dont certains variantes conféreraient à son porteur un risque supérieur à la moyenne de développer cette maladie.» Jordan montre aussi que les études portant sur des affections qui ne sont pas identifiables avec précision se fondent souvent sur des méthodes imprécises.On ne peut diagnostiquer avec autant de certitude la dystrophie musculaire et l’alcoolisme.L’homme est «divers et ondoyant», disait Montaigne et selon Jordan, même les études sur les clones qui sont «vrais jumeaux» — études à partir desquelles on déduit d'importants principes — comportent des imprécisions méthodologiques sérieuses.D'abord, l’exacte identité des gènes des jumeaux n’est pas tout à fait absolue: des mutations peuvent survenir dans certaines cellules au cours de leur développement in utero.De plus, les études sur les jumeaux négligent souvent le rôle de l’environne- ment social dans le développement des individus.Les imposteurs Qui sont les imposteurs, alors?les médias, bien sûr, qui cèdent trop souvent à l’ivresse du scoop.Mais comme dit Jordan, ils ne sont pas les seuls en cause.Si les journalistes s'empressent trop souvent de conclure aux pouvoirs magiques de la science, c’est qu’ils répondent aussi à un désir profond dans la population.Troisième catégorie d’imposteur^: les scientifiques eux-mêmes.Étant coupés des malades et des cliniciens qui s’en occupent, les généticiens sont souvent «peu conscients des dimensions humaines de la maladie dont ils étudient le gène».Aussi, «la nature de leur travail les pousse à surestimer le rôle des gènes».Le scientifique souhaite ardemment démontrer ses hypothèses.Le chercheur desire intensément «trouver».D’abord parce qu'il rêve d’etre à la source d’une découverte marquante.Ensuite, parce qu’il veut pouvoir poursuivre ses recherches et qu’il est en compétition féroce avec d’autres pour obtenir le financement nécessaire.Nullement un pamphlet malgré son titre.Les Imposteurs de la génétique se termine sur un plaidoyer pour le contrôle social et démocratique des découvertes géné tiques et pour une participation accrue des scientifiques au débat public.Avec cet excellent petit livre de vulgarisation et de débat, on peut décidément dire quejor dan prêche par l’exemple.arobitaille@sympatico.ca Antoine Robit aille ?ROMAN DE L’AMÉRIQUE Mort d’une bonne bourgeoise Je lisais dans le journal la semaine dernière: Clinton dîne avec les pompiers.Ma première réaction: lui, y connaît ça! Mais cette innocente boutade me suggère une question d'une tout autre gravité: les aventures d’un soir, coucheries d'une nuit et autres liaisons fatales destinées à durer quelques après-midis peuvent-elles ensuite nous hanter et nous poursuivre toute la vie, même si on n’a pas la chance d’être le président des États-Unis?Le beau livre inquiet de Susan Minot, que je ne connaissais pas avant de la rencontrer au fond d’un hamac, semble dire: oui.Une femme d’un certain âge se meurt d’un cance dans sa chambre d’une maison cossue de la Nouvelle-Angleterre.C’est l’occasion d’un retour en arrière qui, soumis aux aléas chaotiques d’une mémoire qui par sa nature même exclut tout déroulement ordonné, va faire défiler, devant des yeux hallucinés par les doses de morphine toujours plus forte, une vie ma foi bien remplie: trois maris, quelques enfants, dont au moins une fille illégitime, des croisières, des voyages, des séjours dans des villes étrangères (dont la halte romantique presque obligatoire à Venise) et surtout, surtout, le seul grand amour véritable, aux traces indélébiles, consumé dans l’instant fiévreux d’une nuit unique à partir de laquelle il va rayonner et exercer son empire sans espoir sur tout ce qui reste d’existence à vivre.Une référence évidente se situerait, à première vue, du côté de La Mort d’Artemio Cruz de Carlos Fuentes (admirons l’onomastique au passage: Artemio Cruz: art-mien-croix; ah, le génie.).Même position d’un personnage principal arrivé en bout de parcours et tentant de ressaisir, à l’aide d'une impossible logique, les éléments d'un passé auquel rien ne paraît pouvoir donner un sens, hormis cet exercice lui-même.Comme l’Artemio de Fuentes, la Ann Lord (du nom du dernier mari) de Susan Minot n’appartient pas exactement à la faune prolétarienne déclassée, ou, disons, de vendeurs d’assurance et autres gagne-petit dont est si friande la littérature américaine, de John Updike à Arthur Miller, pour ne rien dire des Bu-kowsky, John Fante et compères.Dans cette littérature besogneuse de cols-bleus, la bourgeoisie, éteignoir de l’esprit rebelle du pionnier, se voit accorder, par rap-port à la tradition européenne, un espace relativement restreint.Dans Crépuscule, on parle d'une de ces bonnes familles parvenues de la région de Boston qui écoulent des existences parfois buco- liques, toujours confortables, entre les cocktails avec traiteur, les croisières, ou simples promenades vespérales, sur le voilier ou le yatch amarré dans le port, et, bien sûr, les mariages organisés à l’enseigne du protocole le plus strict.Une rencontre décisive Une certaine mystique amoureuse semble faire croire que de nombreuses rencontres entre futurs maris et femmes se produisent, précisément, lors de ces hymé-nées auxquelles sont conviés parents et amis.C’est du moins ce qui se produit avec l’héroïne de Minot, la rencontre décisive prenant place dès l’arrivée, à l'aéroport, où sont venus la cueillir ses amis d’enfance (iras intéressants, ceux-là, d’un point de vue exogamique), accompagnés, pour l’occasion, d’un fort bel étranger.Il est médecin, ce qui ne gâte rien, même si Ann ne peut pas encore savoir qu’un cancer sera en train de la détruire à petit feu au moment où elle se souviendra avec le plus d’intensité de lui.L’art de Minot consiste dès lors à entremêler, avec une habileté consommée, les scènes de mariage, avec leur caractère officiel et joyeux (pour ne pas dire guindé), celles, fugitives, dérobées à la passion qui va consumer Ann et son séducteur un brin manipulateur dans l’intervalle de la même nuit, et les assauts torturés de cette mémoire qui revient visiter, pour tenter de tout revivre à travers la lucidité défaillante de la femme vieillie, l’amoureuse jadis délaissée, étendue là, sur son lit de mort, au milieu des va-et-vient.Réflexion merveilleusement implacable sur le thème de la mémoire.Est-ce que les souvenirs peuvent, sinon consoler, du moins permettre de comprendre?Non.«Cette perspective avait quelque chose de limpide et d’inattendu, de presque réconfortant, paradoxalement, mais, en dépit de cette limpidité nouvelle, le monde ne lui paraissait pas davantage explicable.» Contribuant à l’ultime confusion, il y a ce fait que la mémoire, forte de ses mécanismes secrets, choisit elle-même les scènes à assembler, selon des impératifs qui lui sont propres.Ce mystère a-t-il vraiment été entamé par les théories de monsieur Freud, et ensuite le scalpel des chirurgiens du cerveau?Pourquoi, comme Ann, se souvient-on «de cette paire de gants à carreaux verts et blancs, de cette photographie d’arbres sous la pluie dans un paysage urbain»?Mais, du reste, «ces choses, si elle ne s’en souvenait pas, qui le ferait à sa place?» Il y a, j’ai oublié de le signaler, un certain petit Marcel penché au chevet de madame Lord.L o n i s H a ni e ! i n ?Le style est parfois opulent, souvent simple et efficace, marqué par des élans où on reconnai-tra çà et là certaines influences très bien digérées du Nouveau Roman, fait rarissime, s’agissant de littérature américaine.Le combat de cette femme, à travers la douleur superficielle qui s’empare de son corps, vise un ennemi autrement plus redoutable: le temps qui continue de s’incarner, et d’avoir raison, autour d’elle, en lui offrant, juste avant la dissolution finale, des images de plus en plus floues et insensées.Regarde-moi.a dit l’homme cette nuit-là.«Reste toujours comme ça», supplie pour sa part la femme, évidemment en vain.Plus tard, couchée à jamais, refusant encore de renoncer, elle s’attendra «à tout instant à le voir entrer».Ce n'est qu’au dernier moment, comme un don suprême, qu'elle acceptera de le laisser partir, et avec lui le monde et celle qu’elle a été.Qu’aurait été la vie (ma vie, celle de l’univers) si, dans un instant maintenant lointain, les choses s’étaient passées différemment?Est-ce que tout le monde, à un moment ou l’autre, ne se pose pas cette fatale et inutile question?Si oui, cela fait de ce tout le monde, au départ et à la fin, un lecteur compétent du roman de Susan Minot.Au fait: pourquoi ça n’a pas marché?Disons, au-delà de cette nuit unique, isolée, inaugurale et magique?De cette source de souffrance présente et à venir, qui marquera à jamais la chair d’un désir au fer rouge et du souvenir d’une injustice?C’est simple: il était pris, le grand sali-gaud.Il était même fiancé.C’est banal.Et d'une tristesse.CRÉPUSCULE Susan Minot traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Demanuelli Gallimard Paris, 2000,348 pages UruptlBcuie ARCHAMBAULT LA PLUS GRANDE MAISON DE MUSIQUE ET LIVRES AU DES OUTILS MULTIMEDIA ESSENTIELS A L'APPRENTISSAGE Que vous soyez débutant, intermédiaire ou avancé, trouvez le logiciel adopté à vos besoins.A1 HiPt >T* | i i Mttit o i Dactylogiciel ANTIDOTE N'écrivez plus sons lui : il deviendra l'outil nécessaire pour l'écriture du français.TEU ME MORE La solution complète pour un apprentissage de l'anglais personnalisé.Autres titres dans la même collection egalement en 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a réuni un écrivain et un artiste pour engager un dialogue culturel autour d’un pays.Cette semaine, le Grand Nord de Jacques Pasquet et Edwige Bage.ALINE APOSTOLSKA Jacques Pasquet est français, installé au Québec depuis 30 ans.Ecrivain et conteur pour la jeunesse, grand connaisseur de la culture inuite, on peut régulièrement l’entendre dans des bars tels que Le Sergent recruteur à Montréal, mais aussi dans de nombreuses écoles et bibliothèques du Québec.Il est également consultant pour la Commission scolaire Kativik, particulièrement pour le développement du français auprès des jeunes du Nunavik.Il a publié récemment L’Esprit de la lune, chez Québec Amérique jeunesse, dans la collection «Clip».Edwige Bage est une jeune Québécoise passionnée de l’univers inuit.Elle s’en inspire pour adapter ses contes et les transcrire dans un langage québécois contemporain.Ethnologue et écrivain, Jean Morisset a publié Récits de la Terre première (Leméac, 2000).Plaire à Sedna «Im rumeur de sa beauté est tellement chaude qu’elle fait fondre l’air et plier l’horizon.Sedna.C’est le seul mot qui ne fait pas craquer les lèvres.Sedna.Tous ils en ont entendu parler [.]» (extrait d’un conte inuit recueilli par Edwige Bage).Sedna.Son chant qui monte du fond de la mer, mais aussi sa colère, obstinée et dévastatrice.Sedna.Selon leurs actions, elle peut secourir ou noyer les humains qui en ont trop rêvé, ou lui ont trop désobéi.C’est par ce conte qu’Edwige Bage apporte sa contribution à cette émission consacrée à la «Terre première» dont parle Jean Morisset dans son dernier ouvrage, la terre inuite dont il m’intéresse précisément de savoir si elle reste celle de la culture inuite ou si elle n’est pas plutôt devenue l’espace dont nous, Occidentaux, avons besoin, notre espace de liberté, alors qu’il n’est pour les Inuits que perte, oubli et désolation?Trahison des lois que Sedna, dans la mythologie inuite, contrôle et protège.«Dans la tradition, lorsqu’un humain s’octroie des droits qui dépassent sa condition, et notamment se croit supérieur aux animaux, Sedna intervient pour rétablir l’équilibre», rappelle Jacques Pasquet.C’est donc une divinité gardienne non seulement des plateaux de la balance terrestre, mais également de la pérennité de la vie et de ce que nous appelons aujourd’hui l’écosystème.Autant dire que Sedna doit être furieuse de voir ce qu’il est advenu de son peuple et de son territoire depuis l’arrivée des Blancs! Mais — et le paradoxe est d’autant plus accusateur — le détournement de la culture inuite, depuis l’intervention des missionnaires au XVII1 siècle, a atteint un tel degré de perversion que ce sont aujourd’hui les Blancs qui, au Nunavik et aussi au Nunavut, tout comme autour du micro ou lors de festivals de conteurs, font revivre les récits anciens pour les transmettre aux jeunes générations qui, sans cela, n’en entendraient jamais parler.Et cela non pas en inuktitut mais en français, en ce qui concerne le Nunavik, et encore majoritairement en anglais au Nunavut, malgré le récent statut provincial de celui-ci.Pour Sedna, au fond, ce n’est même plus la peine de se fâcher.Comble de la culpabilité, ce sont les Occidentaux qui tentent aujourd’hui de plaire à Sedna, qui essaient par là même de préserver un coin de paradis blanc — un rêve de glace vierge — où ils puissent ressourcer leur imaginaire et étancher leur soif de rêves inassouvis.Renouer avec ses origines Tout comme nous tentons depuis quelques décennies de nous réapproprier la culture amérindienne, la terre inuite constitue un de nos ailleurs favoris du moment Mais les Inuits eux-mêmes ont-ils un ailleurs?Et cherchent-ils à plaire à Sedna?«C’est la question que je me pose souvent, avoue Jacques Pasquet./e tente, à travers mon travail, défaire en sorte que les jeunes générations se réapproprient leur patrimoine mythologique et culturel et que ce soient eux qui le transmettent.Nous sommes parvenus au point où il faut passer par le monde des Blancs pour que les Inuits reprennent contact avec leur culture d’origine.» Lui qui enfant rêvait devant les images de Na-nouk of the North du cinéaste Flaherty souligne ainsi l’extraordinaire ambiguïté de son rôle qui consiste à développer une langue, le français, qui n’est pas celle du pays d’origine.Répétons la question: les Inuits ont-ils un ailleurs?L’interlocuteur fait la moue.De fait, Harry Adams, Inuk et consultant à la commission scolaire pour le Nunavik, que nous avions invité à l'émission avec l'espoir d’entendre son point de vue, n’est pas venu, abandonnant à Pasquet toute la responsabilité — mais aussi tout l’espace de parole.Il n’y a pas que les icebergs qui partent à la dérive, analyse-t-il.Le mirage de la consommation occidentale constitue le seul ailleurs des Inuits d’aujourd’hui.«Nous adorons ériger des igloos en hiver, eux ne savent plus les construire.Ils s’habillent comme nous alors que nous avons perfectionné notre habillement au point de ne plus souffrir du froid dans le Grand Nord tandis qu’ils s’en plaignent de plus en plus souvent.Nous imaginons manger du caribou cru alors qu’ils ne jurent que par les produits que nous importons, affirment que Dieu a créé les Inuits, tournant ainsi le dos à leur mythe de création.» Jacques Pasquet conclut, laconique: «Nous les avons rendus vraiment dépendants, c’est-à-dire désireux de dépendance.C’est très exactement cela qui les coupe le plus sûrement de leur identité, qui est précisément de n’être pas dépendants.» Mémoire de Pavant mythique Si vous croyez que la glace est La glace installe un rapport à la lumière et à l’espace, une confrontation à l’immensité et au vide.un pop-sicle qui ne goûte rien, rappelez-vous que la glace est la mémoire du monde.Le lieu même de l’absolu.Elle installe un rapport à la lumière et à l’espace, une confrontation à l’immensité et au vide: le fait de marcher sur la banquise «au beau milieu de nulle part» sans jamais savoir si on est sur l’eau — et donc en danger de noyade — ou sur la terre — et donc en danger d’être attaqué par un ours, oubliant presque que l’on vient d’un lieu ou que l’on va vers un autre, en danger donc non pas de se perdre mais de tomber là sans espoir d’être secouru.Une perte totale de références extérieures qui renvoie à l’intériorité.Cette connexion avec l’infini, avec le plus grand que soi, entre en une extrême résonance avec le monde intérieur.«Rien n’est plus assourdissant que le silence total», disait déjà Jean Morisset lors d’une précédente entrevue, ce que Jacques Pasquet confirme à sa manière: «Tout prend une ampleur hallucinante.Le simple battement du sang dans les tempes est un roulement de tambour.C’est l’occasion de comprendre la signification profonde de l'interdépendance de l’infîni-ment petit avec Tinfiniment grand.» Ce que Théodore Monod a si souvent décrit dans ses récits sur les déserts de sable.On pourrait facilement, j’imagine, voir pointer une once de mysticisme — non déiste — à travers «le calme riche et plein» qu’évoque Pasquet.«La première phase de panique fait place à un vrai bonheur», raconte-t-il.La tentation d’un retour à un avant mythique.Morisset n’avait-il pas d’ailleurs mis en garde: «Si vous vous couchez sur la glace, vous n'aurez peut-être plus envie de revenir.» La mémoire d’un avant mythique est également ravivée par le rapport inédit que tout cet environnement induit avec le corps.Se promener dans un cocon de chaleur créé par les vêtements de plus en plus efficaces contre le froid, c’est, selon Jacques Pasquet.«imaginer retourner dans une sorte de ventre maternel».La froidure extérieure ramène à une sensation de protection intérieure.Mais c'est aussi la confrontation avec l’espace inhabité: le Nunavik est grand comme la France pour une population totale de 7000 à 8000 habitants, répartis en 14 communautés, avec une densité d’habitants qui varie de 1000 pour Kuujjuaq à 120 pour un village de la Baie d’Hudson.La confrontation aussi avec un langage exempt de toute référence avec notre forme de conceptualisation verbale du monde.«L’inuktitut est une langue de la réalité, explique Jacques Pasquet.Une langue fluide, variant d’une communauté à l’autre (il travaille entre autres choses à Funiformisation des langues sur le cercle circumpolaire].Une langue concrète qui parle du quotidien, nomme les choses que l’on vit, les objets utiles, et comment les utiliser, mais où il n’existe aucun terme pour exprimer les émotions.» Une langue où il existe trente termes pour dire neige — selon ses formes et l’endroit où elle se trouve — mais aucun terme pour dire «j’ai envie de» ou «je me sens bien ou mal».Une langue collective surtout où le «je» n’a toujours pas fait son apparition.Les fameux chants de gorge obéissent aux mêmes principes.«Il s’agit d’un jeu de sons entre femmes, dit Pasquet, qui représentent les bruits de la nature reproduits par le souffle de l’estomac et du fond de la gorge, le but étant d’étouffer la voix de l’autre, de lui couper la parole dans une surenchère qui peut durer des heures.» L’avant mythique enfin, c’est se rappeler, lorsqu’on est assis sur la banquise, que la vie animale, végétale et aussi humaine est très ancienne sur ce territoire.Il est bon de se souvenir que les chiens ont été massacrés pour développer l’industrie des skidoos, que les bancs de phoques ont été déplacés, que les ours polaires, affamés, ont recommencé à attaquer dans les villages — reconnection inattendue avec les mythes originels! Les peuples originels qui ont peuplé le continent américain seraient arrivés par le Groenland, en des vagues successives entre 45 et 25 000 ans avant nous.«Jamais je ne perds la conscience que tant de pas ont foulé cette banquise avant moi, dit Jacques Pasquet.peux presque les voir passer à mes côtés.» Et sans doute les saluer de la main, et d’un sourire, espérons-le, indulgent.Des fois que Sedna se fâcherait.bleucommeuneora nge@mon-treal.radioKI SI XTES I*Ali lorfiennox LK DEVOIR saison 2000 in/i 1.Cmé V oftngyioîiay DES ACTIVITES POUR TOUTE LA FAMILLE C F I) I M \ N f II F 20 A O II T Mo\i c^iuui II l\ loi icm i ni v \vns ni I oui l.iwo\ : Trio de musiciens folklorioues d'inspiration traoitionnelle française.WIfchoui-bènéfice en soirée.R E N SE l G N F M F N T S IlEtl HISTORIQUE NATIONAL OU F0RT-LENN0X, SAINT PAtlt-OE-LTlE-AUX NOIX (450) 201 5700 1*1 Parcs Paries Canada Canada Canada lÜStBRSER * t1 é $«w Piwf-dR-rlriuit INo« Richelieu fnwmrs co*se*.s inc f/ou/ fymtdr f&Ué/é AVOCAT Autoroute Sort* ïl ou - * s’éloignant, le rêve persiste encore même s’il se brise sur les pistes et les routes.Si ce n’était qu’un mythe?se demande-t-il dans cette dernière mouture de son récit.«Au demeurant sublime, au demeurant indispensable, élément constitutif du rêve.» Dans Santa Fé, Berger ne prolonge pas seulement ce rêve, il s’y accroche, suivant, en l'occurrence, la trace d’un autre explorateur de l'Amérique, Vladimir No-bokov.Et c’est délibérément que le personnage féminin du roman porte le prénom de Lolita, transformé en Léa.Celle-ci a dix-huit ans.Elle fait, à l’aéroport, la connaissance de Roque, un homme qui a dépassé la soixantaine et qui, avant de lui déclarer sa passion amoureuse, lui offre l’Amérique, un périple nourri par le récit qu’il en fait.Libre, Léa le suit sans poser de questions.L’auteur nous conduit d’abord à New York, ensuite à Chicago puis sur la route 66 jusqu’à la Californie, jusqu’à Santa Fé.Sexuellement, Léa est comblée par Roque mais écoute distraitement son discours tout en lui disant qu’elle l’admire.Quant à lui, il est guide touristique, historien qui voit à travers les jambes de Léa et son ventre le corps de l’Amérique, poussant si loin le rapprochement qu’il frise l’ironie, l’humour.Léa voit l’Amérique telle qu’elle se présente: un passé de violence, des petites villes qui se confondent et où l’on mange mal.Elle écoute la musique américaine de son choix et n’hésite pas à jeter une douche froide sur les envolées lyriques de son amant d’une Amérique, d’un passé qui n’exis- tent que dans son récit.Roque s’aperçoit qu’une autre Amérique occupe désormais toute la place, non seulement au sein du territoire d’origine mais partout, y compris en France.Pour cet homme vieillissant, Léa est un constant rappel du réel, et d’abord celui du corps.Ils sont pris tous les deux ans dans une tornade et Roque tombe malade.Ses années le rejoignent et, par rapport à sa Lolita, il s’aperçoit qu’il est un vieil homme qui ne survit même plus dans un rêve à jamais dégradé et brisé.Finalement, Léa fait la connaissance des Amérindiens.Ce sont les propriétaires d’un casino où — miracle! — elle gagne quarante mille dollars.Frappé par une crise cardiaque, Roque est sur son lit de mort et déplore que Léa fasse fortune aux dépens des Amérindiens.On se demande si Santa Fé est l’ultime sursaut face à la mort, celle de la passion et celle d’un rêve mythique, ou bien seulement l’adieu que lance Yves Berger à une Amérique qui n’existe plus que dans de vieux livres et d’anciens films.Ce qui frappe dans ce roman, c’est l’absence des êtres.Dans ce vaste territoire, il n’y a ni hommes ni femmes, si ce n’est un réceptionniste dans un motel ou un garçon de restaurant.On ne sait rien sur Léa et peu sur Roque, sauf qu’ils font l’amour et qu’ils traversent des villes et des villages que l’auteur énumère d’une manière obsessionnelle, comme pour saisir le ténu fil conducteur d’un réel qui maintiendrait le rêve de son personnage sans l’intervention d’une substance, d’une réalité vécue.Cahier SPEOAt Le Devoir R e n ,t r é e LITTERAIRE Parution août 2000- U?hFvniu i r i L K l> K V (I I H .L K S S A M EDI 19 E T I) I M A X (' Il E 2 0 A (I T T 2 0 0 (I ARTS S U E L S Sans titre, vers 1968, d’Armand Vaillancourt SOURCE MUSEE DES BEAUX-ARTS DE SHERBROOKE Un sculpteur dans la cité ARMAND VAILLANCOURT Musée des beaux-arts de Sherbrooke 241, rue Dufferin Jusqu’au 10 septembre BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Mine de rien, alors qu’on ne peut dire que ses œuvres sont montrées parcimonieusement, au compte-gouttes, intégrées à des collections permanentes des musées ou dans le cadre de certaines expositions temporaires, telles Déclic, l’année dernière, au Musée d’art contemporain de Montréal, ou Une expérience du siècle, en ce moment au Musée d’art de Joliette, une sorte d’engouement pour les œuvres de l’artiste engagé Armand Vaillancourt est observable, alors que ses œuvres se retrouvent en ce moment aux cimaises de deux établissements de diffusion de l’art.Le 3 août dernier, la Maison des arts et de la culture du Haut-Richelieu, à Saint-Jean-sur-Riche-lieu, inaugurait l’exposition Armand Vaillancourt, 50 ans de carrière, qui présente une sélection d’œuvres de l’artiste, essentiellement sculpteur, mais dont la pratique l’a aussi amené à toucher la peinture.Plus tôt cet été, la Musée des beaux-arts de Sherbrooke ouvrait une exposition qui se veut aussi une modeste rétrospective de l’œuvre de Vaillancourt.Encore un peu, et on pourrait parler d’un véritable emballement pour celui qui a,remporté en 1993 le prix Paul-Emile Borduas.Cet empressement de deux institutions artistiques à l’extérieur de Montréal vient à point.Il permet de revoir des pièces du sculpteur né il y a 71 ans, à Black Lake, dans les Cantons-deTEst, lui qui dans les dernières années a fait davantage parler de lui pour ses sorties à caractère politique, quand on ne le retrouve pas sur les somptueuses photographies de mode publiées il y a deux ou trois ans dans le magazine «tendances» Wallpaper, avec une série reprise dans Ocean Drive, pour les boutiques de vêtements Tristan & America.Vaillancourt a toujours insisté pour que son art, sa vie et son engagement politique et social soient traités sur le même pied, lui qui n’a jamais eu peur de la controverse.Tromper la matière Dans cette exposition, qui contient une vingtaine d’œuvres réalisées entre 1955 et 1999, quelques aspects de la carrière de Vaillancourt sont abordés, sa sculpture, bien sûr, mais aussi la peinture, moins intéressante, qui négocie avec les leçons de l’automatisme, l’art engagé et l’art public, recouvrant toutes les dimensions de l’art de celui que l’auteur John K.Grande, dans un petit ouvrage publié l’an dernier (Playing with Fire, chez zeit&geist éditeur), qualifie de sculpteur social.Une des dimensions les plus captivantes de cette exposition demeure la sculpture et plus précisément sa manière de tromper la matière.Outre une colonne faite de modules répétés, une variation de 1983 sur le thème de la colonne sans fin de Brancusi, et une sorte de Sacré-Cœur urbain sur fond de silencieux récupéré, en plus de trois larges toiles — certaines des pièces ne sont pas datées: beau casse-tête pour les historiens —, une série récurrente de petites sculptures de bronze ou en fonte amène à penser que le sculpteur se fait ainsi alchimiste.Quelques-unes de ces sculptures supportées par un ingénieux socle couvert d’un miroir qui permet de voir le dessous des sculptures, parmi les plus anciennes, semblent avoir été moulées directement sur des calcaires ou des coraux, auxquels le sculpteur donne une forme définitive.Ainsi statufiées par le bronze qui conserve superbement leur caractère organique, ces matières reprennent le dialogue entre la nature et la culture, que le sculpteur n’a pas laissé en plan.Par le truchement d’une installation dont la symétrie établit des résonances entre diverses pièces d’époques différentes, ces dernières sont souvent mises en relation avec d’autres, plus récentes, qui reprennent autrement des '•«r- ; rlSP Armand Vaillancourt tensions similaires.Les matières se fondent alors que, dans une série étonnante, Vaillancourt a réalisé un ensemble de constructions en styromousse qu’il a figées en bronze, dont certaines semblent être des projets de sculpture publique.Repère inuit, de 1963, emprunte à une autre tradition en sculpture, tandis que La Nuit s’avère un étrange objet, avec ses volumes moulés sur une pièce de styromousse qui sert à l’empaquetage de produits.Un autre Sans titre (c.1962-1963), étrange, visqueux dans sa géométrie pourtant rigoureuse, vraisemblablement réalisée à l’ancienne technique de la cire, montre un cube évidé en son centre doté d’un repoussant mais combien intrigant côté organique.L’exposition montre à quel point la production de Vaillancourt comporte plusieurs visages.Reste à savoir quand une grande institution montréalaise consacrera une rétrospective à celui qui est l’un des artistes significatifs de l’histoire de l’art au Québec.Il n’est pas certain que Vaillancourt veuille s’en tenir à cet aspect des choses, lui pour qui la sphère sociale est aussi importante sinon plus que celle de l’art, mais diable que cela serait passionnant! Tirer le portrait KARSH ET NAKASH.CÉLÈBRES PORTRAITS Musée des beaux-arts de Sherbrooke 241, rue Dufferin Jusqu’au 30 septembre BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR T uste au-dessus de la tête de J Vaillancourt, au second étage de l'ancienne banque qui abrite le Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS), les salles contiennent des images d’un des portraitistes les plus connus du XX' siècle, Yousuf Karsh, dont le principal fait d'armes n'est pas d’être le seul Canadien à figurer dans les registres du International Who’s who de Londres.Quatre-vingts clichés de Karsh et de George Nakash, l’oncle qui l’a initié à la photographie et qui a été «son premier maître», se retrouvent sur les cimaises de l’établissement muséal.Ce dernier avait ouvert son premier studio de photographie en 1918 à Sherbrooke, avant de déménager ses pénates à Montréal en 1934.Il avait accueilli Karsh en 1924 à Sherbrooke, alors que celui qui allait arracher son cigare à Winston Churchill n’avait que 16 ans.On comprend rapidement la portée pour le MBAS de la mise sur pied de cette rétrospective.On pourrait s’étendre longuement sur les images de Nakash.Elles témoignent d’une intense activité de photographe et constituent des archives considérables.Ces images qu’on a peu souvent la chance de voir proviennent de boîtes à images de familles de la région de Sherbrooke, mais aussi de la Société d’histoire de Sherbrooke comme du musée McCord (dont on s’étonnera toujours de l’étendue de la collection).Nul besoin d’insister sur l’importance de cette exposition quant à sa valeur historique et artistique, pour quiconque s’intéresse à la photographie locale ou à l’histoire du Québec (dommage que le MBAS n’ait pas les moyens de produire de catalogue).La section de l’exposition consacrée à Karsh n’est pas moins invitante en ce qu’elle montre un contingent imposant de portraits de personnalités québécoises — Yvon Deschamps, René Lévesque, Gratien Gélinas, Claude Ryan, Jean-Paul Riopelle, Alfred Pellan —, canadiennes —, Pierre-Elliott Trudeau, Glenn Gould (très jeune, surprenant, loin des stéréotypes) Grey Owl (sur le portrait duquel l’affiche du récent film a été calquée) et internationales — Chur- SOURCE MUSEE DES BEAUX-ARTS DE SHERBROOKE Winston Churchill, par Yousuf Karsh chill (une image archi-célèbre), Picasso, Pablo Casais (magistrale), Warhol, Ingrid Bergman.Christian Dior (terrifiant), etc.Un magni- fique mur des «fous» est également aménagé, avec Gould, Cocteau (étrange) et Tennessee Williams (trouble).Karsh est un de ces photographes qui tentent de sublimer l’enveloppe corporelle de ses modèles pour capter leur aura, une mystérieuse énergie.Chez lui, les blancs sont presque inexistants, les fonds noirs contribuant à cette atmosphère si particulière.I,es objets, comme cette lampe timide qui éclaire Williams, sont mangés par le noir, deviennent difficiles à lire, magnifiques.Son portrait de François Mauriac réduit la silhouette du modèle à quelques lignes très blanches qui tranchent sur la noirceur.L'exposition contient plusieurs images qui sont littéralement devenues des icônes de la culture.Le plaisir y est double: on y reconnaît des individus illustres, mais aussi, on y rencontr e des techniques impeccables, des images de facture remarquable.SOURCE MUSÉE MCCORD D’HISTOIRE NATURELLE Autoportrait, vers 1965, de George Nakash “"ÿjSeo ïdls dans L’agenda G a I e r Art Mûr e n ca d re m e n ts « La revente » du 5 août au 6 septembre Arp • Assal • Barry • Baxter • Beament • Beaton • Bruneau Bureau • Charrier • Cloutier • Comtois • Daley * Evergon Forcier • Freeman • Gagnon • Gauvreau • Giguère • Hurtubise Jonas • Lagacé • Lalonde • Laporte • Lavoie • Leduc * London Matte • McEwen • Molinari • Poirier • Scholnick • Simard Simonin • Steichen • Steinhouse • Torres • Van Halm • Vazan Wolfe • Zilon • etc.l'idée de la grande ville europe centrale 1890-1937 tEÉfté À du 24 mai au 15 octobre 2000 CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal 514 939.7026 ou www.cca.qc.ca JACQUES GRENIER LE DEVOIR I Banque de Montreal Appui de la Société d'affichage Omni LE SYMPOSIUM de la nouvelle peinture SAMEDI 19 AOÛT 16 h Conférence-rencontre avec Françoise Sullivan 17 h Performance - Danse contemporaine les Productions Château-Butô Nicole Pellerin et Mario Velllette JEUDI 24 ET VENDREDI 25 AOÛT Colloque «Faire oeuvre : le Kl de la métis» SAMEDI 26 AOUT 16 h Conférence-rencontre avec Jim Tlley SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 SEPTEMBRE Forum « le Symposium, un événement en perspectives et en prospectives » PEINTURE MÉTIS UN tvÉNEMTNf RENDU POSSIBLE GRÂCE 11.rue Forget (418) 435-3681 www ava.qc.ca/symposium2000 l « I.F: I) K V OIK.LES S A M EDI I !l K T I) I M A \ ( Il K 2 O A O I' T 2 0 0 0 I) 8 -* LE DEVOIR ?- JARDINS MM & PHOTOS JACQUES GRENIER LE DEVOIR Allez, osez bien doser les festifs feuillages panachés! liflrp .¦¦ s V"1 / P i ”> .-V ; Un panaché bien frais Oui, bien sûr, le soleil brille et l’été bruit mais la plate-bande, elle, s’est essoufflée d’avoir tant donné.Il y a bien les phlox.Mais, plantés de l’année, ils fleurissent si court qu’on les voit à peine.Les plantules d’échinacées blanches, encore au seuil de l’enfance, resteront toutes feuilles cette saison.Comment alors réveiller tout ce vert endormi du plein été?Un coup de feuillage panaché de blanc viendrait bien à propos titiller notre œil assoupi et réveiller une plate-bande défraîchie.Dan telle l) a gêna is Les aromatiques Pour un coup d’éclat instantané, imaginons une menthe ananas appelée aussi menthe pomme pa- nachée (Mentha suaveolens «Va-riegata»), feuillage gaufré, marbré de blanc crémeux, toujours im-pec, donnant un coup d’éclat aux sombres héliotropes.Elle ravivera le bleu profond des épis de l’hyso-pe.N’hésitez pas à la planter à cette époque de l’année puisque, comme elle est vivace, vous en profiterez encore pour des années à venir.Mettez-la aux premières loges de la plate-bande car elle ne dépasse guère les 50 cm.Si vous en pincez pour le goût fruité de cette menthe, garnissez-en vos coupes à sorbet, salade de fruits, etc.Son goût douceâtre lui interdit les taboulés, rartas et autres chasses-gardées de la menthe verte.Comme la menthe ananas se fait plus rare dans les centres-jardins à cette époque de l’année, donnez quelques coups de fil avant de vous déplacer.Vous pourrez lui substituer la sauge tricolore (Salvia ofjki-nalis «Tricolor»), moins éclatante cependant.Celle-ci feuille moins généreusement que la menthe ananas et tire sur le pourpre.k»* ; 4 luiafe & Du petit pot sur la terrasse au fond de scène du jardin, il existe des graminées panachées de blanc dans tous les formats.Par exemple, îe grand Miscanthus sinensis «Variegatus» pourra atteindre les deux mètres lorsque se hissera sa blanche inflorescence, le ruban-de-bergère panaché, Phalaris arundinacea «Picta», restera sous les 80 cm et le petit Arrhenaterum eliatus ssp.bulbosum «Variegatum» ne dépassera guère les 80 cm.Les graminées Ce qu’elles sont festives, les graminées panachées, et elles resteront belles jusqu'aux premières grandes gelées et même au-delà, dans le dépouillement du plein hiver.Miscanthus sinensis «Variegatus», Phalaris arundinacea «Picta» se retrouvent plus communément dans les pépinières.Mais il existe quantité d’autres graminées de tout format et pareillement rayées.Elles contrasteront joliment contre les bleus mais aussi contre le rose doux ou le blanc des astilbes, des roses, des Agyranthemum fructico-sum, des anémones d’automne.Elles apporteront un peu d’élan dans l’impassible froideur d’un jardin gris ou blanc.La plupart de ces graminées demandent le plein soleil mais certaines prospèrent à la mi-ombre.Ainsi Hakonechloa macra «Alba striata» au port retombant et aux feuilles marginées de blanc tolérerait l’ombre.Cela reste à voir, car en général les feuillages présentent davantage de panachure à plus de lumière.Arrhenatherum elatius ssp.bulbosum «Variegatum» se trouverait mieux en ombre légère.Comme les ombres sont multiples, rien de tel que d’expérimenter la chose dans son propre jardin et d’en tirer ses propres conclusions.Glissez-en un plant contre les larges feuilles bleues glauques des Hostas sieboldiana «Elegans».Des vivaces et annuelles Les choux d’ornement aux feuilles découpées et lavées de blanc «Peacock» blanc pourraient varier l’ordinaire des annuelles de mêmes tons: cléomes, cosmos ou impatientes de Nouvelle-Guinée.lœs Iris pallida «Variegata» présentent un port irréprochablement vertical et des feuilles rayées d’un blanc bien franc, d’un grand effet au travers du feuillage plumeux du fenouil ou des scabieuses.Un arbuste De tous les arbustes au feuillage vert et blanc, le plus aérien demeure le saule nain Salix integra «Hakuro Nishiki» dont les feuilles restent marquées de blanc après s’être ouvertes légèrement rosées.11 illuminera une composition en blanc au côté d’une délicate hydrangée paniculée aux fleurs en dentelles (pensons à «White Lace» par exemple), près d’armoises, épiaires ou à'hélichrysums argentés, A'Agyranthemum, de cosmos blancs et autres classiques du genre.Allez, osez bien doser les festifs feuillages panachés.Le feuillage de la menthe ananas reste bien frais tout l’été et contrastera joliment avec le sombre héliotrope.I.e plant photographié ici vient tout juste d’être taillé pour conserver un équilibre de formes et de hauteurs dans la plate-bande.¦ .mm.¦ Y J ÏSSIà *5.S v M s -si \%è'' Que faire cette semaine?¦ Menthe ananas; rarissime dans les centres-jardins à cette période de l'année.Lundi dernier, il en restait quelques plants à la Maison des fleurs vivaces, 8707, boul.Arthur Sauvé, Saint-Eustache.Tél.: (450) 472-84(X).Vous en trouverez sans doute ailleurs avec un peu de chance et des doigts bien agiles.¦ Pivoines: si vous devez le faire, aussi bien diviser ou déplacer tout de suite vos pivoines herbacées.De petits éclats portant trois à cinq yeux (bourgeons à la base du plant) reprennent mieux que les plants plus importants.Ensuite patience, car les nouvelles transplantées ne fleuriront que bien des années plus tard.¦ Fleurs au menu: discrètes fleurs de cataires, d’origan, de coriandre, d’hysope.Celles des capu- cines rappellent le chou et le poivre.Que goûte le solaire tournesol?¦ Feuilles dliostas, de livéche, rameaux de ronces ou de févier, fleurs d’aneth, roses et scabieuses, dahlias ou rudbeckies, voilà ces jours-ci les somptueux bouquets de feuillage et de fleurs du jardin.¦ Lecture: un ouvrage qui date mais qui est toujours disponible et qui fait tout de même le grand tour du jardin panaché.Origine des panachures et emploi des feuillages panachés, répertoires de variétés: des annuelles aux arbres et arbustes en passant par les vivaces et les graminées ornementales.Feuillages panachés, de Susan Couder, hi Maison Rustique, 1994,40 $.i I
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