Le devoir, 23 septembre 2000, Cahier F
1- v.I) K V (MH.LES S A M EDI 2 3 E T I) I M A X < Il K 2 I S E I' T E M B K E 2 (t 0 0 LE DEVOIR Société Les Entretiens Jacques Cartier Alain Bideau «L'intérêt, c'est qu'à la sortie, il y ait un enrichissement mutuel», explique le fondateur du Centre Jacques Cartier et l'instigateur des Entretiens.Les experts de divers domaines sont donc réunis pour partager leurs connaissances.«En capital-risque, par exemple, nous, Français et Européens, avons beaucoup à apprendre du Québec.En relations interculturelles [aussi]».Page 3 Robert Lacroix «Il se brasse du côté de la Communauté économique européenne tellement de choses que nous pourrions facilement être oubliés.Nous leur fournissons le réseau nord-américain et ils nous ouvrent la porte du réseau européen.Sur le plan international, ces Entretiens sont un des éléments qui servent à tisser des liens solides avec l'autre continent» déclare celui qui est recteur de l’Université de Montréal.Page 4 «Au moment où le Centre a été créé, une vingtaine de Lyonnais allaient passer une année universitaire au Québec.m Ils sont aujourd'hui plus de 300!» t s u r naîtrai R o y a 1 y aura bientôt quinze ans (1ère Doré, vous vous souvenez?), Montréal repensait son avenir, planifiait ses espaces, réaménageait ses quartiers, définissait les diverses vocations des lieux urbains.Sur papier du moins.L’objectif final, et il fut atteint, était le dépôt d’un plan d’aménagement à partir duquel la ville future naîtrait (un plan complet et certains se souviendront que la maquette du nouveau centre-ville fut mise en exposition là où est aujourd’hui un McDonald’s rue Sainte-Catherine, entre Saint-Urbain et Clark, face au Théâtre du Nouveau Monde).De là viennent les réalisations du Vieux-Port et les aménagements dans le Vieux-Montréal quand d’autres éléments divers, comme les colonnes Morris au centre-ville et autres bannières de signalisation dans les rues, en découlent Outre-Atlantique, une ville poursuivait sa renaissance.Il faut voir aujourd’hui Lyon, ses nouvelles façades, un opéra neuf, les quartiers de la presqu’île, les berges de la Saône et du Rhône, et il reste à venir un nouveau Palais des congrès (là aussi) qui s’ajoutera aux nouvelles halles Tony-Garnier et à la nouvelle gare urbaine: quant aux autoroutes, elles ne sont pas en reste, surtout quand il est question de tunnels! Les villes vivent de sursauts: elles se façonnent selon l’inspiration et par la Volonté de leurs élus.Un jour, Montréal et Lyon, par jumelage, furent reliées.On aurait pu en rester là, ne pas dépasser le stade des propos amicaux et des échanges protocolaires.Vinrent en 1987 les Entretiens Jacques Cartier, nés d’une volonté de faire rayonner la ville de Lyon à l’échelle internationale.Il fallait pour l’instigateur du projet un complice: «J’ai pensé que la fée pourrait être le Québec et le Canada», rappelle aujourd’hui Alain Bideau, l’homme derrière cette initiative.Conséquence, heureuse: «La région de Rhône-Alpes représente désormais un des axes les plus dynamiques des échanges français avec le Québec.Villes de savoir H y a quinze ans, Montréal se cherchait une vocation pour son centre-ville.Certains, j’étais de ceux-là, considéraient que l’on oubliait rapidement qu’à quelques kilomètres de distance se trouvaient sur l’île quatre universités de forte taille: luxe sur lequel peu de villes au monde peuvent capitaliser.Pourquoi alors ne pas déclarer l’arrondissement Ville-Marie cité universitaire internationale et, à la suite de ce geste, ériger résidences et autres édifices de services (ce qui n’exclut pas les célèbres festivals au moment de la planification: tout au contraire).Rentable?«Au moment où le Centre a été créé, une vingtaine de Lyonnais allaient passer une année universitaire au Québec.Ils sont aujourd’hui plus de 300!», déclare aujourd'hui Alain Bideau.Et du côté québécois?«Aux niveaux les plus élevés, on essaie maintenant de voir si on peut interconnecter nos réseaux canadiens, québécois et européens; en même temps, on essaie de mesurer la possibilité d'interconnecter les relations universités-entreprises dans un contexte international», fait savoir le recteur de l'Université de Montréal.Robert Lacroix est donc, lui, un internationaliste.Il est certain que la liaison lyonnaise l'inspire, d’autant plus que la ville rhodanienne compte à elle seule huit institutions universitaires! Qu'il est aussi possible pour la tenue des Entretiens Jacques Cartier de déplacer des centaines d’universitaires de haut vol, tout en sachant que l’expansion en nombre des colloques est plus limitée par les capitaux disponibles que par les sujets et experts accessibles.Rêver?Pourquoi pas.Surtout quand les institutions sont ouvertes aux échanges, sachant que la communication virtuelle est réelle quand il est possible de l’appuyer sur des échanges en direct, de mettre face à face ceux et celles qui pensent, analysent et façonnent les connaissances.Pendant une semaine, surtout du 4 au 6 octobre, Montréal, et aussi Québec, où trois colloques sont présentés, vivra au rythme d’une université «ouverte».Comme quoi le libre-échange n’est pas un mot qui s’applique à la seule économie.Normand Thériault États et multinations De l’idée au produit Page 2 - COLLOQUES — Rencontres interculturelles Page 4 Déambulations 2000 Page 6 Programme et programmation Pages 6 et 7 i t L E I) E V 0 I K .L E S S A M EDI 2 3 ET I) I M A N (HE 21 S E I’ T E M II It E 2 0 I) 0 F 2 ENTRETIENS JACQUES CARTIER Organisations politiques Mort et naissance des États Entre l’Etat-nation, la multination et l’organisation supranationale Quel modèle d’organisation politique faut-il privilégier en ce début du 3e millénaire?Doit-on favoriser l’État-nation, la multination ou les organisations supranationales?L’État-nation est-il devenu obsolète?Les multinations sont-elles viables?Autant de questions encore à ce jour sans réponse.Le débat demeure ouvert, indépendamment des luttes locales d’affirmation.Une réflexion en cours sur le déploiement des forces politiques planétaires.Les organisations supranationales telles qqe les Nations Unies ont de plus en plus tendance à s’imposer et à contraindre le pouvoir des États-nations.Sur cette photo, le président américain Bill Clinton prend la parole devant le Conseil de sécurité des Nations Unies.«s O ¦ 1 MICHEL SEYMOUR Plusieurs ont annoncé la fin de l’État-nation, mqis la mise en place de véritables États multinationaux pose toujours de très nombreux problèmes.Il existe plusieurs sortçs d’État-nation, qu’il s’agisse d’États-na-tions ethniques fondés sur un processus de «nation-state builfing» (comme l’Allemagne) ou d’Ètats-nations civiques fondés sur un «state-nation building» (par exemple, la France).En outre, il se peut que certains types d’États-nations soient dépassés alors que d’autres méritent d’être conservés, et notamment les États-nations multiethniques et pluriculturels.Quoi qu’il en soit, parmi l'ensemble des questions que suscite la redéfinition de l’État-nation, il faut tenir compte de la difficulté posée par la fluidité des référents identitaires de genre, de classe et d'ethnicité.Il faut également se demander comment analyser les dynamiques parfois antagonistes liées aux mouvements nationaux, féministes, anti-racistes.Aux différentes façons de concevoir l’État-nation s’ajoutent différentes façons de concevoir la multination elle-même.Il peut s’agir d’un État qui es,t de facto multinational ou d’un État multinational de jure, c’est-à-dire d’un État dont le caractère multinational se reflète aussi dans la constitution et les institutions.L’État multinational de facto peut par exemple être une fédération territoriale (le Canada), alors que l’État multinational de jure peut être une fédération multinationale fia Belgique), voire une «fédération d’États-nations» fia future Europe?).Mais la multination ne doit pas de toute façon nécessairement prendre la forme d'une fédération, car elle peut aussi être une confédération d’États souverains.ou prendre une forme hybride et faire intervenir un ensemble de liens fédératifs et confédératifs (par exemple l’Europe actuelle).Identité culturelle Pour certains, l’État multinational doit être composé d’une population partageant jusqu’à un certain point une même identité culturelle.La multination est alors conçue comme une «nation» culturelle inclusive composée de plusieurs nations pouvant en même temps avoir des traits caractéristiques spécifiques.On pense ici à la Grande-Bretagne tqui rassemble une population ’fcomposée de nations diverses partageant néanmoins une langue commune, des institutions communes et une certaine histoire commune.Pour d’autres, la multination doit prendre la forme d’une identité civique supranationale, voire postnationale, inclusive et républicaine.Selon cette perspective, la seul?identité commune au sein de l’État multinational serait l’identité civique proprement dite.La viabilité d'un tel arrangement supposerait seulement une adhésion au même ordre constitutionnel.On ppnse ici au patriotisme constitutionnel de Jürgen Habermas.Identité civique Mais il y a d’autres façons de concevoir la multination.Selon certains, il serait possible de promouvoir simultanément une identité civique commune au sein de l’État tout en assurant une politique de la reconnaissance à l’égard des nations constitutives.Si Ton adoptait cette perspective, on ne chercherait pas à forcer la mise en place d’une seule langue, d’une seule culture et d’une seule histoire à toute la population composant la multination, mais l’on ne se satisferait pas non plus de gommer les différences en se réfugiant dans une identité exclusivement civique trop ténue, purement formelle, qui ne pourrait que fragiliser à long terme l’État multinational.La solution en question propose plutôt de corriger l’absence d’une identité commune suffisamment riche par l’adoption d’une politique de la reconnaissance, qui ferait entrer dans l’espace public, institutionnel et constitutionnel les droits collectifs des peuples composant la multination.Pluralisme On mentionnera enfin une dernière option qui mérite d'être étudiée.Il s’agirait d’adopter une approche pragmatiste et pluraliste.Selon ce point de vue.il existerait plusieurs modèles acceptables d’organisation politique: différentes formes d'États-nations et différentes formes de multinations.Ce pluralisme politique n’équivaut pas à un relativisme, car il suppose seulement que les modèles peuvent varier d’une région à l’autre pour des raisons géopolitiques et identitaires.Il s’agit en somme d’évacuer tout dogmatisme et d'autoriser des solutions diverses qui tiennent compte des besoins différents exprimés au sein de différentes populations.Tout cela est compatible avec le fait qu’au sein d’une région donnée, seulement un nombre restreint de modèles sont possibles et acceptables.Telles sont donc les voies que le colloque permettra d’explorer.Une place importante sera également accordée à une réflexion sur la viabilité des organisations supranationales.Celles-ci ont de plus en plus tendance à s’imposer qt à contraindre le pouvoir des États-nations.C’est aussi à cause de telles organisations supranationales que l’Etat-nation perd de son influence.On pense à l’Organisation des Nations unies, mais aussi et surtout à la communauté européenne, à l’Organisation mondiale du Commerce, à la Banque mon- diale, au Fonds monétaire international et, plus généralement, à tout un ensemble de phénomènes causés par la mondialisation de l’économie.Ces réalités nouvelles nous permettent de réexaminer dans un nouveau contexte j’oppo-sition traditionnelle entre l'État-na-tion et la multination.Le colloque Dans le cadre des treizièmes Entretiens Jacques-Cartier, une trentaine de conférenciers interna-tipnaux discuteront de l’avenir de l’État-nation, du nationalisme, des minorités et de l’expérience européenne, à l’occasion du colloque États-nations, Multinations et Organisations Supranationales, qui aura lieu à l’hôtel Delta, dans la salle Opus II, au 475 avenue du Président-Kennedy, du 4 au 6 octobre.Ce colloque sera précédé d’une table ronde d'ouverture portant sur la, mondialisation et ses effets sur l’État-nation et à laquelle participeront Messieurs Raymond Barre, Jean Daniel, Bernard Landry, Bob Rae et Philippe Séguin.Le modérateur sera Bernard Deseô-teaux.Cette table-ronde aura lieu exceptionnellement dans l’amphithéâtre Ernest-Cormier, au pavillon principal de l’Univçrsité de Montréal, au 2900, boul.Édouard-Montpetit, le 3 octobre à 15h30.Les conférenciers seront invités à poser les balises théoriques du problème, mais aussi à réfléchir sur des cas d’espèce.Parmi les cas d’espèce étudiés, mentionnons: les Balkans, le Canada, la Catalogpe, l’Écosse, l'Espagne, les États-Unis, l’Europe, la Finlande, la France, le Québec, l’Indonésie et la Suisse.I^s conférenciers proviennent de différents pays et de différentes disciplines.Éa conférence d’ouverture sera prononcée par Liah Greenfeld de l’Université de Boston, et la conférence de clôture par le professeur Benedict Anderson de l’Université de Cornell.Une table ronde, sur le thème de l’avenir de l’État-nation clôturera le colloque.Cet événement sera sous la présidence de Lise Bissonnette et réunira Joseph Facal, Anne Legaré, Ken McRoberts, Alexa McDonough, Michel Venue et Patrick Weil.Michel Seymour est professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal.Il est, coordonnateur du colloque Etats-nations, Multinations et Organisations Supranationales présenté à l’hôtel Delta, dans la salle Opus II, au 475 avenue du Président-Kennedy, du 4 au 6 octobre.L’entrée est gratuite, mais l'inscription est obligatoire.Pour s’inscrire, il faut faire parvenir ses coordonnées complètes, son occupation et son affiliation institutionnelle par télécopieur ou par courrier électronique au coordonnateur du colloque, Michel Seymour.Par télécopieur: (514) 343-7899; par courriel: multina-tion2000@email.com On peut également remplir le formulaire à cet effet sur le site du colloque ou écrire à Michel Seymour, département de philosophie, Université de Montréal, casier postal 6128, suce.Centre-ville, Montréal, Québec, H3C 3J7.De l’idee au produit Sciences utilitaires recherche assure l’émergence de nouvelles technologies La «Dans l'ensemble du Canada, 12 % de la recherche universitaire se fait de concert avec l’entreprise privée.Ici, à l’université de Montréal, ce chiffre atteint le 20 %.Aux États-Unis, la moyenne s’établit à 10 %.Il est donc faux de croire que la recherche aux États-Unis est financée par le privé.» Ainsi parle Alain Caillé, vice-recteur à la recherche.Même, des entreprises, comme T2 C2, travaillent à favoriser l’arrimage entre l’industrie et l’université.ARCHIVES I.E DEVOIR Comment sortir du laboratoire pour investir dans le marché avec un produit économiquement rentable?PIERRE VALLÉE Eurêka! lançait Archimède qui, en prenant son bain, venait de découvrir l’un des principes fondamentaux de l’hydrostatique.Nous connaissons tous cette anecdote, devenue depuis le symbole de la découverte scientifique.Tous les jours, ici au Québec, dans les laboratoires universitaires ou privés et dans les instituts de recherche, de nombreux scientifiques de toutes disciplines empruntent la même voie, soit celle de la recherche scientifique.Des découvertes donc, il s’en fait.«Nous faisons de la bonne science au Québec, aussi bonne qu'à Boston ou ailleurs dans le monde», affirme Bernard Coupai, président de T2 C2, une entreprise spécialisée dans le démarrage d’entreprises dans les secteurs des biotechnologies et des technologies de l’information.«La semence est là, à la base», rajoute pour sa part Jacques Simoneau, vice-président aux investissements au Fonds de solidarité de la FTQ.Certaines de ces recherches, dites fondamentales, ont comme but premier de reculer les limites de la connaissance mais elles peuvent aussi déboucher sur une application concrète.C'est l’objectif que vise, en particulier, la recherche appliquée.Selon Alain Caillé, vice-recteur à la recherche à l’Université de Montréal, on ne devrait pas faire une trop grande différence entre les deux démarches scientifiques.«Je préfère parler de recherche de base, dit-il, puisqu'on 5 fond, tout commence par une idée.» Mais comment passer de l'idée au produit?Comment sortir du laboratoire pour investir dans le marché avec un produit économiquement rentable?Quel est le parcours à prendre?Et ^ommes-nous, au Québec, suffisamment outillés pour réussir?La valorisation de la recherche scientifique «Peut-on avoir un produit qui possède une valeur marchande sans avoir au préalable une idée?», demande Alain Caillé.Selon lui, il faut d’abord valoriser la recherche.«La première étape consiste à la création des lieux physiques où travailleront les chercheurs et qui permettront, et cela est très important, la formation, au cycle supérieur, des chercheurs de demain.» A cet égard, sans que tout soit parfait.Messieurs Caillé, Coupai et Simoneau croient que nous n’avons pas à rougir de nos institutions de recherche québécoises.Ensuite vient la diffusion des résultats de ces recherches, soit par des colloques, des publications et des articles de vulgarisation.Et en dernier lieu, vient la recherche de partenaires pu blics ou privés avec lesquels on cherchera à développer et à mettre sur le marché un nouveau produit.On a souvent reproché aux universités québécoises de fonctionner en vase clos et de ne pas être assez à l’écoute des besoins des entreprises.C'est, selon Alain Caillé, un mythe qu'il faut pourfendre.«Dans l'ensemble du Canada, 12 % de la recherche * universitaire se fait de concert avec l'entreprise privée, explique-t-il.Ici, à l’université de Montréal, ce chiffre atteint le 20 %.Aux États-Unis, la moyenne s'établit à 10 %.Il est donc faux de croire que la recherche aux États-Unis est financée parle privé.» A l’inverse, on peut se demander si nos entreprises s'intéressent à la recherche universitaire.Selon Jacques Simoneau, le monde industriel québécois ne s’intéresse pas assez à la recherche universitaire.« Par exemple, en Europe, il n’est pas rare de voir dans la salle des représentants d’entreprises assister au dépôt d’une thèse de doctorat.» Le démarrage d’entreprises Cette timidité des entreprises existantes, combinée avec la structure économique du Québec qui repose en bonne partie sur les PME, expliquent, selon Jacques Simoneau, l’émergence ces dernières années d’une foule d’entreprises dérivées, issues de la recherche scientifique.Ce sont des chercheurs, et très souvent des étudiants qui ont collaboré à la recherche, qui se lancent en affaires.«Les jeunes ont de plus en plus le sens de l’en-trepreneurship», souligne Bernard Coupai.La première étape consiste à protéger la propriété intellectuelle, soit par le dépôt d’un brevet ou l’obtention d’une licence.Ensuite se donner les moyens financiers çle poursuivre la recherche.À ce stade, tous s’entendent pour dire que le capital de risque est dis|xmible.Mais il y a des obstacles: «95 % des chercheurs viennent à l’entreprise par hasard, explique Alain Caillé, et plusieurs vivent un déchirement.» En effet, la recherche scientifique et la gestion d’une entreprise sont des démarches assez différentes et le manque d’expérience en gestion est souvent le maillon faible de la chaîne.C'est ici qu'entre en jeu une entreprise comme T2 C2.«Nous investissons sur la base de la qua- lité de la science et des personnes, déclare Bernard Coupai, mais nous évaluons aussi de très près le potentiel commercial.Il faut éventuellement dégager une valeur.Pour ce faire, nous établissons un plan d'affaires.Au bout de 15 mois, nous évaluons à nouveau le tout.C’est alors que l’on décide ou non de passer à l'étape suivante.» Cette dernière consiste à trouver des partenaires financiers qui permettront de développer d'abord un prototype et ensuite de mettre sur le marché le produit.Selon Jacques Simoneau: «L’arrimage avec le marché financier est souvent l'étape la plus difficile.» D’une part, il faut souvent disposer de sommes considérables pour se rendre à la fabrication du produit et ensuite la commercialisation de ce dernier est loin d’être une sinécure.«Par exemple, dans le domaine des biotechnologies, nous devons dès le départ, penser au marché international», précise Alain Caillé.«Il faut aussi jouer de vitesse pour aller sur le marché, rajoute Jacques Simoneau, très souvent, d’autres que nous, ailleurs dans le monde, ont eu une idée semblable.» Et selon Bernard Coupai: «A cette étape, nous manquons au Québec de gestionnaires d’expérience.» C'est pourquoi, sauf exception, rendues à cette étape, plusieurs de ces entreprises dérivées optent pour la voie de la fusion ou de la vente à une entreprise d'envergure qui a les moyens de développer le produit et de le commercialiser.«Il faut comprendre que l'entreprise est souvent le produit, explique Alain Caillé, c'est la technologie qui a été développée qui donne la va leur.» Pour Bernard Coupai, qu’il s’agisse d’une fusion, d’une vente, ou que l’entreprise réussisse à commercialiser elle-même son produit, le résultat dans tous les cas est une valeur ajoutée qui vient contribuer à l’économie québécoise.«Nous avons tout ce qu’il nous faut pour réussir, conclut-t-il, il suffit de travailler.» Toutes ces questions, et beaucoup d'autres, seront débattues lors du forum intitulé De l’idée au produit.De l’idée au produit, un forum tenu les 4 et le 5 octobre prochain au centre Sheraton , au 1201, boulevard René-Lévesque Ouest « « LH I) H V (Il K .L K S S A M E l> I 2 :5 K T l> I M A X f II E 2 1 S K I’ T H M K K K 2 (Ml (I F ENTRETIENS JACQUES CARTIER Une entrevue avec Alain Bideau Une magie qui ne s’explique pas Le rendez-vous des décideurs, des universitaires et des gens de la culture Les années se suivent.Les Entretiens Jacques Cartier se succèdent.Mais jamais ils ne se ressemblent.En cette treizième édition, chercheurs, artistes, hommes d’affaires et politiciens français, québécois, mais aussi européens et nord-américains se sont tous donné rendez-vous à Montréal.L’objectif?Se rapprocher, partager et communiquer.Bref, échanger, encore et encore.SILVIA GALIPEAU Fidèles, les participants reviennent toujours, année après année.Pourquoi ?«Ce n'est pas à moi de le dire !», lance modestement Alain Bideau.Mais réaliste, il poursuit: «si ce que nous faisons n’intéressait pas le milieu, il ne viendrait pas».Et il vient Cette année, comme à toutes les douze précédentes.Tous les milieux se font un point d’honneur d'être présents.Pour ce qui est du monde de la recherche, les huit présidents des huit universités de la région Rhône-Alpes feront le voyage jusqu’à Montréal.Le milieu des affaires ne sera pas en reste, les présidents des France Télécom, Electricité de France, et autres grands seront représentés.Idem pour le milieu politique: et la ville de Lyon, et la région Rhône-Alpes, et le département Rhône-Alpes seront de la partie.Même scénario du côté québécois.L’Université de Montréal, mais aussi Hydro-Québec, la Société des alcools du Québec, la Caisse de dépôt et placement du Québec, et différents ministères québécois, pour ne citer qu’eux, seront des Entretiens.Au total, plus de 200 conférenciers sont attendus, en plus de quelque 3000 participants, tous venus pour assister aux 14 colloques au programme cette année.Échanges multilatéraux Mais attention, les Entretiens ne sont pas seulement un lieu d’échange franco-québécois.«N’avoir que des petits colloques entre la France et le Québec avec seulement des Français et des Québécois me semblerait un peu réducteur [.].Nous avons beaucoup œuvré à dire: à côté de la France, il y a l’Europe des régions», insiste Alain Bideau.Et à côté du Québec, il y a l’Amérique du Nord, pourrions-nous rajouter.Car l’intérêt des Entretiens Jacques Cartier, n’est pas seulement de réunir des penseurs français et québécois, mais aussi de rejoindre des Européens et des Nord-américains, pour qu’ensemble, tous échangent dans une langue commune: le français.«C’est l’enrichissement du bilatéral par le multilatéral», résume-t-il.Alain Bideau, directeur de recherche au CNRS, est le cofondateur de ces Entretiens Jacques Cartier, avec Marcel Mérieux, président de la fondation Marcel Mérieux.En 1984, les deux hommes décident de mettre sur pied une structure permettant d’inciter les milieux culturels, universitaires, économiques et politiques de la ville de Lyon d’échanger.C’est la création du Centre Jacques Cartier.«L’histoire explique pourquoi il y a très peu de contacts entre les milieux culturels, les milieux universitaires de recherche, les milieux écono- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Alain Bideau, l’initiateur et principal animateur des Entretiens Jacques Cartier.miques et la bourgeoisie marchande de cette ville.Il n’y avait pas, en effet, de parlement à Lyon et la création de l'université est très tardive.H aura fallu attendre le XIXe siècle !», explique celui qui, en plus d’être à l'origine de l’initiative, est aussi démographe, président de la société de démographie historique de France, et adjoint au maire de Lyon depuis 1995, entre autres choses.Les Entretiens Jacques Cartier sont fondés en 1987, dans le but premier de favoriser le rayonnement de la ville de Lyon à l’échelle internationale.Pourquoi s'allier au Québec ?«J’ai pensé que ce serait plus facile avec l’aide d’un complice.Et j’ai pensé que la fée pourrait être le Québec et le Canada», répond-il.C’est aussi cette alliance qui a permis de dynamiser les échanges entre Français et Québécois.«Rhône-Alpes représente désormais un des axes les plus dynamiques des échanges français avec le Québec.Chaque année en effet, le Centre lance un appel d’offres afin de retenir de 20 à 25 projets de recherche permettant des échanges bilatéraux.Au moment où le Centre a été créé (en 1984), une vingtaine de Lyonnais allait passer une année universitaire au Québec.Ils sont aujourd’hui plus de 300!».Pluralité Depuis 1987 donc, et ce tous les ans.— trois années consécutives à Lyon, la quatrième année à Montréal — quelque 200 chercheurs se réunissent.Iü structure est depuis le début la même: pas de thème principal.Une seule règle: la pluralité.Une exigence: la qualité.Les colloques rassemblent les différents milieux pour couvrir dçs sujets aussi généraux que l’Etat nation, mais parfois aussi pointus que la dynamique non-linéaire et la biologie mathématique.«L'intérêt c'est qu’à la sortie, il y ait un enrichissement mutuel», explique Alain Bideau.Les experts de divers domaines sont donc réunis pour partager leurs connaissances.«En capital risque par exemple, nous, Français et Européens avons beaucoup à apprendre du Québec.En relations intereultu-relles (aussi)».Dans d’autres domaines, tous pourront tirer profit des recherches des autres, notamment cette année au colloque portant sur l’obligation des résultats en éducation.Signe des temps, cette année plus que jamais, l’économie sera au menu.Les Entretiens se feront ainsi un reflet des tendances de la société.Ainsi, tout un forum sera réservé au thème «De l’idée au produit», l^s présentations traiteront de la recherche fondamenta- le jusqu’à la création d’entreprise, dans le domaine des biotechnologies, de la mode et du multimédia.«C'est une réflexion en français pour permettre aux chercheurs de créer leur propre entreprise».Ces présentations feront davantage de place aux acteurs qu’aux chercheurs.On compte en effet peu d’universitaires parmi les conférenciers, mais surtout des présidents d’entreprises, une expérience que les Entretiens souhaitent réitérer dans les années à venir.Retombées Que dire des retombées des Entretiens, après treize années d'échanges ?D'abord gêné par là question, Alain Bideau y revient ensuite sans cesse.«C’est l’amnce-ment des connaissances, la mise en réseau, etc.Il y en a tellement!».Dans les milieux économiques qt culturels, les retombées sont plus immédiates: invitation d’une troupe de théâtre ici, échange commercial là.Ailleurs, les retombée^ se font davantage à long terme.Ainsi, les Lyonnais ont participé aux Mosaïcultures à Montréal et ont également inauguré un parc dans la métropole.L’an prochain, ce sera au tour des Montréalais d’en inaugurer un dans la ville de Lyon.Dans le milieu scientifique, les Exposciences québécoises se sont transportées en France, donnant aux jeunes scientifiques un rayonnement sans pareil.Mais outre ces retombée^ concrètes, Alain Bideau insiste sur l’aspect quasi magique des Entretiens, un aspect auquel il tient beaucoup.«Quelles sont les retombées ?Il n’y a pas de façon cartésienne de répondre.La vraie réponse c’est: ça marche, et ça marche de mieux en mieux.[.] Il y a une magie qui ne s’explique pas».EDITION »v-* • ¦ .üülè - SjÉpEj SOURCE ALAIN BIDEAU EDITEUR Vue de Lyon, gravure de Philippe Tardy Le «livre d’or» des Entretiens Le Lyon des Québécois SI MONTRÉAL RÊVAIT LYON.Collectif sous la direction d'Alain Bideau et Nonnand Biron Lyon, Alain Bideau éditeur, collection Les chemins de la recherche, 2000,85 pages, deux estampes à l’eau-forte et à l’aquatinte sur papier BFK Rives.MARIE-CLAUDE MIRANDETTE Ce luxueux album, imprimé sur papier Strathmore Script et dont l'emboîtage est l’œuvre du relieur québécois Pierre Ouvrard, est le résultat d’une étroite collaboration entre le Centre Jacques Cartier de Lyon et la Promotion des arts et des entreprises culturelles de la Ville de Montréal.Les textes sont de la main de plusieurs personnalités publiques et artistiques des deux continents dont Pierre Bouçque, Guy Doré, Christiane Duchesne, Martine Epoque, Bernard Landry, Réal la Rochelle, Daniel Latouche, Jean-Claude Marsan, Pierre Perreault, Lorraine Pintal, Jean-Louis Roy, Lionel Vallée et Gilles Vigneault.Aux textes s'ajoutent deux estampes à l’eau-forte et à l’aquatinte signées Philippe Tardy, graveur lyonnais, représentant autant de vues de la ville de Lyon.Cette belle pièce de collection est en quelque sorte un journal de voyage écrit à plusieurs mains.Chaque carnet, de la plume d’un participant aux Entretiens du Centre Jacqus Cartier, se veut d’abord un témoignage, une anecdote, un com- mentaire personnel, une impression de la capitale française de la soie dont les rives séculaires de la Saône et du Rhin ont inspiré des générations d’écrivains et d’artistes.Et continuent de le faire.Le texte de Vigneault — il s’agit de l’allocution qu’il a prononcée à l’occasion de la réception d’un doctorat honoris causa dont l’Université Lumière de Lyon l’a gratifié en 1990 — est à la hauteur de son immense talent de sa verve légendaire.Un bel ouvrage dans la grande tradition des coffrets de luxe pour célébrer l’amitié qui lie deux grandes villes.LES ENTRETIENS JACQUES CARTIER, une tradition À ltnrs M « IN I SOURCE ALAIN BIDEAU ÉDITEUR Vue de Lyon, gravure de Philippe Tardy L'INRS contribue à l'avancement des connaissances et à la formation de chercheurs.Combinant les sciences sociales, le génie, les sciences naturelles et biomédicales, l'expertise des professeurs-chercheurs de l'INRS, mise à profit lors des ^“Entretiens Jacques Cartier, rejoint les grandes préoccupations suivantes : • variabilité climatique et gestion des ressources en eau • lutte contre les maladies animales d'origine virale • nouvelles dynamiques sociales : jeunes, familles, immigrants, personnes vieillissantes • viabilité économique, sociale, culturelle, environnementale des milieux de vie urbains et gestion intégrée des métropoles "I Université du Québec Institut national de la recherche scientifique La science en action pour un monde en ÉVOLUTION Informations Téléphone : (418) 654-2500 Télécopieur: (418)654-2525 www.inrs.uquebec.ca llülllllll ‘avenir e»t aux idées.A/ous sommes ravis d'accueillir les participants des 13e Entretiens du Centre Jacques Cartier.Bon brassage d'idées ! Le quartier Saint-Roch abrite le Centre national des nouvelles technologies de Québec (CNNTQ).VILLE DE r I quebec www.ville.quebec.qc.ca LE DEVOIR.LES SA M E I) I ET DI M A N C UE 2 4 SEPT E M B R E 2 O O O F I - ENTRETIENS JACQUES CARTIER * Rencontres interculturelles Une entrevue avec Robert Lacroix Nouveaux paysages urbains La ville est un creuset de diversités culturelles Le ministre Perreault souhaite que l’âge d'or de l’immigration revienne: 55 000 et plus de nouveaux citoyens venant d’ailleurs annuellement.Le maire Bourque est d’accord.D’autres élus municipaux emboîtent le pas.S’il est possible de calculer en nombre l’immigration, il est pourtant difficile d’évaluer les transformations opérées sur les villes.Et de prévoir celles à venir.Nouveaux citoyens, nouvelles villes.ANNICK GERMAIN BERNARD LAMBERT/JOURNAL FORUM/UNIVERSITE DE MONTREAL Pour le recteur de l’Université de Montréal, Robert Lacroix, le savoir n’a pas de frontières.Au carrefour de la libre circulation des savoirs Une très haute qualité académique et scientifique Que les rencontres internationales soient bénéfiques aux universités, le recteur de l’Université de Montréal n’en doute point.«Il se brasse du côté de la CEE tellement de choses que nous pourrions facilement être oubliés.Nous leur fournissons le réseau nord-américain et ils nous ouvrent la porte du réseau européen.Sur le plan international, ces entretiens-là sont un des éléments qui servent à tisser des liens solides avec l’autre continent» déclare ainsi Robert Lacroix.Pour lui, aucun doute ne subsiste: l’avenir des universités passe par l’internationalisation.Des savoirs et des étudiants.La diversité culturelle est un phénomène urbain, voire typiquement (mais non exclusivement) métropolitain au moins pour deux raisons.La première: la ville, surtout la grande, est un creuset de diversités, elle les attire, et les produit.Diversité de modes de vie, diversité de valeurs, diversité d’origines ethnoculturelles.Elle se caractérise d'abord par le côtoiement d’inconnus, qui apprennent à communiquer dans la distance.C'est le début de la civilité et le citadin heureux est celui qui sait non seulement évoluer dans un monde d’étrangers tout en gardant son intégrité, mais aussi s’enrichir au contact de la difference.La deuxième raison qui associe la ville à la diversité vient du constat qu’un peu partout dans le monde l’immigration se concentre d’abord dans les grandes villes, et que ces dernières ont vu leur cosmopolitisme s’affirmer depuis une vingtaine d'années.C’est donc dire que la diversité culturelle en vient de plus en plus à désigner la coexistence des cultures issue de ces migrations, alors que le terme recouvre plus largement toutes les différences culturelles, celles liées aux modes de vie, aux identités d’âge, de sexe ou de régions.Ville pluriethnique C’est essentiellement de la ville pluriethnique dont il sera question dans le colloque organisé conjointement par le Groupe Culture et Ville, l’Université de Montréal, l’INRS-Urbanisation, le Centre Jacques Cartier, la Direction régionale de l’action culturelle Rhône-Alpes et la Ville de Montréal dans le cadre de ces 13' Entretiens Jacques Cartier, sous le titre La diversité culturelle au quotidien.L’angle d’attaque retenu dans ce colloque qui aurait pu allonger de façon banale la liste des manifestations interculturelles, est celui certes des cultures du quotidien, mais avant tout celui de ces espaces de cohabitation non contrainte que sont le spqrt, la culture ou la gastronomie.A la différence des domaines du travail, de l’école, du logement, des services sociaux, ces incontournables de la vie de tous les jours où l’on se fait généralement imposer ses vis-à-vis, les espaces de la culture, du sport et de la «bonne bouffe» sont des lieux que l’on a choisi de fréquente^, par plaisir plutôt que par devoir.A ce titre, ce sont des espaces de vie sociale tout à fait privilégiés, comme on le verra plus loin.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La diversité culturelle au quotidien.Mais revenons d’abord sur l’actualité de la question de la diversité culturelle, car elle est paradoxale.D’un côté, on veut augmenter le nombre d’immigrants admis au Québec, de l’autre, on parle de moins en moins de la diversité culturelle qui y est associée.Voyons de plus près.En ce moment, le ministre Robert Perreault consulte les Québécois sur les quotas souhaitables en matière d’immigration internationale.Il est question de hausser ces derniers de façon significative jusqu’à atteindre éventuellement 55 000 admissions par année, ce qui correspond à peu près aux années recprd du début des années 1990.A l’heure actuelle nous n’atteignons pas les 30 000 visés par le gouvernement dans son dernier plan d’action.Est-il besoin de rappeler que la grande majorité de ces immigrants s’installent dans la région de Montréal (88 %)?Malgré les nombreux efforts faits pour les disperser en région.On sait aussi que 45 % de ces immigrants s’établissent dans la seule ville de Montréal et que le maire Bourque est un ardent défenseur d’une hausse des quotas d’immigration (il n’est pas le seul, en région aussi les élus réclament des immigrants).La réalité de l’immigration imprègne donc de façon importante notre paysage urbain, et le phénomène ira croissant.Les prochains états généraux sur la langue vont attirer notre attention sur l’impact de cette réalité démographique sur l’usage du finançais par rapport à l’anglais.Or les allophones constituent non seulement un ensemble extrême ment hétérogène de langues mais aussi de cultures, ce qui n’est pas forcément la même chose, tant s’en faut, et il n’est pas certain que l’on parlera de culture lors de ces états généraux.Interethnicité Pourtant, compte tenu de l’étonnante variété des origines ethnoculturelles de nos immi- grants, une proportion accrue de ceux-ci signifie que nous seront exposés à une plus grande variété de cultures.Il n’est donc pas superflu de s’interroger sur les transformations qu’apporte cette diversité culturelle, sur ses atouts, sur ces défis et tout particulièrement sur la manière dont ces différences cohabitent dans la ville et la construisent.Du métissage au conflit en passant par l’indifférence, il y a mille manières de vivre la diversité au quotidien, de partager les espaces communs dans la ville.Les organisateurs du colloque dont il est question ici ont choisi, on l’a dit, de regarder non les lieux «durs» de la vie sociale que sont le travail, le logement, la vie politique, mais plutôt, au cœur de la vie quotidienne, ces temps et lieux de sociabilité gratuite, librement choisis, que sont les sports, la gastronomie et les activités culturelles.On pourrait dire en paraphrasant le sociologue belge Jean Remy, que ce qui se vit dans ces lieux est d’autant plus important dans la construction de l’inter-ethnicité que les rapports entre les gens y sont généralement sans conséquence sur les grands enjeux de la vie sociale.Il s’agit donc autant de lieux privilégiés d’apprivoisement de la différence, d’enrichissement mutuel ou .de confrontations.Ainsi, les restaurants dits ethniques ne sont-ils pas à la fois des espaces privilégiés de découverte (la fameuse ouverture sur le monde) de ce qui est différent et des territoires où l’immigrant peut jouer le rôle de l’hôte et nous recevoir chez lui?Nos habitudes alimentaires n'ont-elles pas singulièrement changé depuis l’arrivée des épiceries de la Méditerranée?N'est-ce pas en jouant au hockey que les jeunes immigrants s’immergent le plus facilement dans la société d’accueil?Et Montréal n’est-elle pas en train de se convertir avec ferveur au soccer (ou au football, pour parler «ethnique») au point où la Ville de Montréal se voit obligée de tenter de reconvertir les terrains de baseball en terrains de soccer?Sans tomber dans l’apologie d’un cosmopolitisme naif, il n’est pas difficile de reconnaître que la ville nous donne à voir maints exemples de métissage, qu’elle en est le creuset, la matrice.Gestion de la différence Ces rapports de cohabitation harmonieuse ne sont pas toujours spontanés.Ils ont parfois besoin d’un aménageur! On appelle cela la gestion de la diversité culturelle.Et on peut dire que cela occupe (Je plus en plus pas mal de monde! A commencer par les gestionnaires d’équipements récréatifs et sportifs, de lieux et d’espaces culturels.Comment forger des cohérences à travers cette diversité, comment accommoder les différences sans renier ce qui fait l’essence d’un espace public, à savoir être accessible à tous?Va-t-on encourager la formation d'équipes sportives sur une base nationale?Autorisera-t-on des heures de baignades séparées pour hommes et pour femmes?Comment prévenir les conflits associés à la confrontation de valeurs différentes?Car le sport, la création culturelle et la gastronomie peuvent aussi devenir des occasions d'affrontement, et ce d’autant plus qu’une diversité de significations sociales sont engagées dans la pratique d’une activité.Quand un sport est l’occasion de pratiques communautaires, voire identitaires intenses, nous ne sommes plus sur le terrain de l'interculturalisme mou et doux.La diversité culturelle met en jeu des valeurs, des arts de vivre, des visions du monde qui, dans une ville comme Montréal où les quartiers sont de plus en plus multiethniques, sont appelés à se côtoyer à petite échelle.Il sera intéressant de confronter l'expérience montréalaise en la matière avec celle des villes de la région Rhône-Alpes, ainsi que des autres régions urbaines examinées dans ce colloque, de Bruxelles à Barcelone.Car cette gestion de la diversité culturelle est aussi l’affaire des citadins eux-mêmes, et il faudra prendre le temps de s’arrêter pour découvrir toutes les stratégies utilisées par ces citadins pour construire à leur manière une ville plurielle.Annick Germain est professeur-chercheur à l’INKS-urha-nisation.Elle vient de faire paraître Montreal.The Quest for a Metropolis (en eollalxtration avec Damans Rose, chez John Wiley, Toronto, 2000) et interviendra le mardi 3 octobre chms l'après-midi lors des Premières rencontres interculturelles urbaines, présentées au Montréal, Arts interculturels.REGINALD HARVEY L’ Université de Montréal verra ' défiler et s’exprimer dans maint de ses espaces des gens qui œuvrent dans plusieurs domaines de la connaissance lors des Entretiens du Centre Jacques Cartier.A cette occasion, les événements au programme de cette manifestation à caractère international relèveront à la fois des sphères politique, sociale, culturelle, éducative et scientifique.Deux grandes villes francophones, Montréal et Lyon — l'une américaine et l'autre européenne —, rassembleront dans un même espace urbain des penseurs et des acteurs issus de leur milieu respectif, invitant leurs confrères d’autres villes à participer à leurs débats.Ils échangeront sur diverses questions et feront valoir leurs points de vue sur de nombreux sujets.De la sorte, ils contribueront au rayonnement des idées d’un continent à l'autre: de tout temps celles-ci se sont largement répandues, que ce soit de façon épisto-laire dans le passé ou par le biais des réseaux de télécommunications dans le présent Hôte des 13' Entretiens, le recteur de l’Université de Montréal, Robert Lacroix, situe dans cette perspective cette rencontre annuelle.Il se réjouit de l’aspect scientifique de cette manifestation.En même temps il fait valoir son point de vue sur le décloisonnement des savoirs, qui s’accentue grâce aux échanges inter-universitaires et aux progrès technologiques.L'université d’aujourd’hui est devenue le carrefour de la libre circulation des savoirs en provenance de partout dans le monde.Les Entretiens 2000 «Au point de départ, à l'examen de ce vaste programme de colloques, de rencontres et de tables rondes, il apparaît que les Entretiens revêtent un caractère hautement scientifique, notamment grâce à la présence de groupes de chercheurs qualifiés qui sont originaires de plusieurs pays.Particulièrement cette année, les organisateurs ont voulu s’assurer que chacun des colloques regroupera des gens de très haute qualité d’un point de vue académique et scientifique», affirme dans un premier temps le recteur.À l’ordre du jour, figurera également la valorisation de la recherche universitaire sous l’angle de la relation et des transferts avec les secteurs industriels et commerciaux.D’autres colloques aborderont de grandes thématiques politiques et sociales au niveau national et international.Enfin, les richesses culturelles de Montréal seront mises en valeur.«A titre de recteur de l’Université de Montréal, en tant que dirigeant d’une institution qui reçoit des étudiants de partout dans le monde, dont plusieurs sont originaires de France et plus spécifiquement de la région de Lyon, ce genre de rencontre est en même temps une occasion de retrouvailles et de fête.Nous avons établi des liens particuliers par nos échanges d’étudiants», mentionne-t-il.De plus en plus, des étudiants de premier cycle dans divers secteurs poursuivent durant deux à quatre mois des programmes réguliers dans des universités françaises.De même, l’Université de Montréal accueille plusieurs jeunes Français, dont un bon nombre de la région de Lyon, qui fréquentent de nombreux départements dans le cadre du suivi de leur études universitaires.«Dans la perspective d’une économie complètement globalisée, les jeunes doivent vivre des expériences linguistiques et d’éducation, qui les ouvrent à l’ensemble du monde», commente-t-il.Le savoir sans frontières Les universités ont été les premières à vivre le phénomène de la globalisation.A toutes les époques, les chercheurs de plusieurs pays ont échangé entre eux sur leurs travaux.«Si vous retournez dans l’histoire, vous vous apercevez que des savants comme Darwin ou Newton passaient leur temps à s'écrire.Eux et leurs collègues voyageaient aussi de temps à autre.Ix savoir n ’a pas de fron.-tières», lance Robert l^icroix.A notre époque, les changements radicaux sont survenus au niveau des moyens de communication, qui ont considérablement réduit les coûts de la circulation des personnes et des données.A partir de là, l’intensification des échanges est devenue proprement phénoménale.Une véritable explosion du partage des connaissances scientifiques s’est produite à la faveur de l'implantation systématique du transport aérien et de la poussée fulgurante des télécommunications, ressort-il de ses propos.VOIR PAGE F 5: LACROIX 'électricité t dans •'eau, source de vi Fabuleuse richess que nous avons su apprivoiser.L eau source d'énergie pure, renouvelabl source de bien-êtf Une ressource naturelle dont nous avons tiré un savoir, un héritage à valoriser en harmonie avec celui si précieux delà nature.L'eau.Notre propre énergie.Hydro Québec www.hydroquebec.corn i I L K 1» E V OIK.L E S S A M E I) i 2 A ET I) I M A X < H E 2 » S E K T E M B R E 2 O Ü 0 F 5 ENTRETIENS JACQUES CARTIER LACROIX L’Université se penche sur un projet de réseautage avec l’Europe SUITE DE LA PAGE F 4 À cause de la recherche qui déborde nettement de la connotation régionale et en raison de la dimension internationale de l’éducation contemporaine, les universités doivent nécessairement se tourner vers l’international.«La pratique des professions et des sciences est devenue internationale.Les jeunes universitaires se sont très bien adaptés à cette situation.Depuis l’âge de dix ans, ils surfent sur l'Internet.Ils savent ce qui se passe dam l’ensemble du monde et aspirent fortement à vivre des expériences à l’étranger», dit-il à ce propos.En Europe, la mise sur pied de la Communauté économique européenne (CEE) a propulsé les pays dans un phénoménal mouvement d’internationalisation.Les étudiants se promènent d’une université à l’autre et les projets de recherche conjoints foisonnent.«Les Entre-tiem Jacques Cartier sont fort utiles parce qu’ils servent à maintenir nos liens traditionnels avec les universités européennes.U se brasse du côté de la CEE tellement de choses que nous pourrions facilement être oubliés.Nous leur fournissons le réseau nord-américain et ils nous ouvrent la porte du réseau européen.C'est tout à fait complémentaire.Sur le plan international, ces entretiens-là sont un des éléments qui servent à tisser des liens solides avec l’autre continent», soutient le recteur.Des projets à l’échelle internationale LUniversité caresse pour les étudiants des projets d’envergure qui reposent d’abord sur la mobilité de ces derniers.En vertu de la nouvelle formule de financement des universités, le gouvernement du Québec leur versera des montants substantiels qui seront tout spécialement dédies à des stages d’études à l’étranger.A ce chapitre, TUniversi-té de Montréal recevra 1,7 millions par année.M.Lacroix parle de l'avenir en ces termes: «À l’heure actuelle, pour quatre Européens que nous accueillons, il y a un étudiant de chez nous qui part à l’étranger.Il faut retrouver la parité et réinvestir dans ce processus-là à tous les niveaux d’études».L’Université se penche également sur un projet de réseautage avec l'Europe.Par le biais d'un programme de recherche étalé sur plusieurs années, les Européens veulent placer en réseau, de façon systématique, les données sur des thématiques particulières à l’ensemble des universités et à certaines entreprises du secteur privé.Compte tenu de l’expertise privilégiée que possèdent le Canada et le Québec au sujet du réseautage et de leurs connaissances pertinentes en matière de relations entre-prises-universités, ils pourraient joindre les rangs des Européens dans le cheminement de ce projet d’envergure.«Au niveau les plus élevés, on essaie maintenant de voir si on peut interconnecter nos réseaux canadiens, québécois et européens; en même temps, on essaie de mesurer la possibilité d’interconnecter les relations universités-entreprises dans un contexte international», fait savpir le recteur.A cause des compression bud- gétaires subies au cours des six dernières années, l’université s'est tournée vers les priorités qui ont consisté à offrir aux étudiants les meilleurs services de base possible dans un contexte difficile.Les investissements sur l’internationalisation ont par conséquent été réduits.Maintenant, les horizons se dégagent.«Avec les réinvestissements de Québec en éducation et d’Ottawa dans la recherche, je pense que les cinq ou six prochaines années seront extraordinaires pour le développement des universités québécoises et pour l’essor de l’internationalisation de ces universités-là», prévoit Robert Incroix.£ fcd FONDS de solidarité FTQ La force du travail Levier économique, partenaire de votre croissance, le Fonds de solidarité FTQ contribue avec force au développement des entreprises dans tous les secteurs de l’économie québécoise.Pour bâtir une économie, ca orend des outils.JX m*L 1 800 361*5017 wwnnf.fontlHftq.com I ! L K DEVOIR.L E S S A M EDI 2 .1 E T I) I M A N (' HE 21 S E P T E M B R E 2 O O O () ENTRETIENS JACQUES CARTIER Déambulations 2000 rammation La création d’objets virtuels La plongée dans le cyberespace Des artistes et concepteurs refusent de limiter le cyberespace à l’image qu’actuelle-ment il nous renvoie: un espace où tout est pour l’œil seulement, à l’occasion pour l’oreille.En arts médiatiques, on sait toutefois comment le monde même, sa connaissance et son exploration, devient autre par le recours à l’ordinateur.Tout est encore à concevoir.LOUISE POISSANT Certains diront qu’un univers sans odeur est un univers sans saveur.Que, dans le cyberespace, et c’est la crainte de plusieurs, le sujet risque l’inertie ou la triste position de grabataire, branché certes mais inerte.Ses fantasmes et son rayon d’action semblent limités à la seule consommation pour l’œil sur un écran.Il est vrai que pour l’heure, le cyberespace est essentiellement affaire d’œil.Les sens de la proximité, le toucher et l’odorat ne sont que très allusivement sollicités en téléprésence.C’est sans doute la raison pour laquelle plusieurs artistes bricolent des dispositifs permettant de reproduire la complexité du tactile.Ils utilisent aussi la subtilité du souffle, le rythme des pulsations cardiaques ou les mouvements de la cage thoracique pour agir et naviguer dans les nouveaux environnements virtuels.Et si l’on est encore loin des bains olfactifs permettant de s’imprégner de sensations intimes, l’étreinte virtuelle est toute proche.Artistes, architectes et designers créent des objets, des lieux et des univers qui bousculent nos façons de voir et nos habitudes de vie.Rus que jamais d’ailleurs, leurs réalisations ont un impact direct sur tous les secteurs incluant ceux qui semblent les plus éloignés du domaine des arts.En effet, l’éducation, le commerce, l’industrie, la santé passent dorénavant par le numérique et par tout un monde d’objets virtuels que certains ont pour vocation de créer.Que d’autres ont pour mission de remettre en question.Quel est le statut de ces nouveaux objets et de ces lieux qui interpellent un autre rapport au réel?Quel est leur degré d’autonomie?Comment résoudre les paradoxes, comme le signale Ron Burnett, que soulève le passage obligé à l’écran que l’on traverse en actionnant des touches du bout des doigts?Quels sont les défis et les enjeux posés par ces environnements virtuels qui s’émancipent progressivement des modèles connus, et qui exigent des dispositions et des attitudes dont on évalue encore mal les retombées.Cinq grandes questions retiennent l’attention.La formation de paysages et de sites sur la toile La multiplication et la diversification des activités sur le Web ont contribué à l’émergence de nouvelles métaphores permettant d’y circuler et de s’y retrouver.Ce réseau de communication et d’échange doit fournir des représentations et des repères adaptés à «ce continent fantôme» comme l’appelle Mi-chæl La Chance.L’univers du livre et le domaine du théâtre ne sont plus les principales références Progressivement, on a vu appa- SOURCE ENTRETIENS JACQUES CARTIER Voyage en Égypte de Martine Rondet-Mignotte raître toute une série d’images jouant davantage sur la notion de navigation dans le cyberespace.On surf, on explore, on parcourt on circule, on se perd, on visite souvent des cartes.On devient «immersant» pour reprendre une expression de l’artiste Char Davies, visiteur, pilote, touriste, pèlerin, internaute (calqué sur astronaute) selon le dispositif, l’iconographie et le projet De plus en plus d’artistes et de concepteurs multimédia cherchent à créer de nouvelles formes d’interfaces, c'est-à-dire des images (flèches, boutons, petits bonhommes, etc.).On voit d’ailleurs apparaître une grande diversité de cartes, de paysages et de sites qui ne visent plus à délimiter un territoire, mais plutôt à fournir de nouvelles «figures de la territorialité» comme le dit Henri Desbois, un relevé topographique des échanges et des parcours des internautes.Ce que Anne Cauquelin appelle des cartes «paysagères qui sont en fiait le relevé d’états commutatifs.» Habiter le cyberespace La référence aux lieux, villes, îles, édifices, découle assez naturellement de celle de la carte.Elle rejoint aussi, sans doute, une autre problématique très proche de la réalité des réaménagements urbains actuels.Urbanisme et architecture (palace pour certains chats, le manoir dans Mist, l’enfilement des pièces dans plusieurs sites) servent d’images, de repères et de programmes, de terrains d’expérimentation en quelque sorte pour l’échafaudage du cyberespace, et éventuellement la conception d’architectures fluides, plastiques, interactives.Un nouveau réseautage s’installe dans les villes, et entre elles, relayant progressivement des réseaux géophysiques plus anciens (installations portuaires, ferroviaires, routes, métros, trafic aérien), et renouant souvent avec une forme de transcendance, voire «une mythologie oubliée» comme le signale Nicolas Reeves.La simulation 3D permet de jouer sur des proportions, de moduler des volumes, de réorienter des fonctions, de «réinventer le modèle architectural» comme le montre Tidafi Temy.On pénètre à peine dans le domaine de l’architecture interactive et plastique.La résistance des matériaux, des métiers et des investissements explique sans doute que ce domaine si difficile à ébranler soit inspirant sur la scène virtuelle.Mais plus résistante encore est la persistance du besoin de repères dans un monde de solides.Nous ne sommes peut-être pas encore équipés ni prêts à quitter le terrain des vaches où la gravité fait encore la loi.«Car ce qui est en jeu dans l’ouverture des architectes au cyberespace concerne directement notre capacité à habiter en “concepteurs”et pas seulement en spectateurs des mondes virtuels» comme l’observe très justement Jean-Herre Chupin.L’exploration d’autres formes de sensorialité La création d’interfaces ajoute une nouvelle dimension au rôle de l’artiste.En effet, le numérique provoque un «ordre de pensée à part entière» comme l’explique Alain Renaud.Il favorise aussi d’autres comportements et, ultimement, des sensoriali-tés inédites ou inhibées.Les technologies qui permettent de s’introduire et de circuler dans le cyberespace ou sur le Net sollicitent de nouvelles formes de tactilité, de vision, d’audition etc.Les artistes qui les développent grâce à cette immense palette de matériaux et de formes que décrit Claude Cadoz, refaçonnent l’œil et l’oreille et convoquent une multi-sensorialité comme l’annonce d’ailleurs le terme multimédia.Et c’est une espèce de sens commun, le numérique, qui rend possible ces expériences sensorielles encore inédites.Cette entreprise qui consiste à révéler d’autres dimensions de l’humain et de la sensibilité prolonge l’un des grands projets inscrits dans la modernité: changer l’humain.Il ne s’agit plus toutefois de changer les déterminismes sociaux, mais la texture même de l’humain.Entre l’automate et le clone, ces deux extrêmes du spectre, se trouvent tous les degrés permettant d’augmenter la sensibilité, incluant «un épiderme technique, une seconde peau», comme l’annonce Charles Halary.La simulation 3D permet de jouer sur des proportions, de moduler des volumes, de «réinventer le modèle architectural» L’apparition de formes d’art inédites La pratique des arts médiatiques rompt avec bien des formes d’art du passé.Les œuvres et les approches de même que les modalités de diffusion de ces œuvres adoptent de tout autres voies.Une borne multimédia interactive partage peu avec la peinture de chevalet Elle permet «des opérations sur les formes, les codes ou les couleurs: déformation, combinaisons, répéti- tions» comme l’explique Éric To-san.Elle introduit des images et du son composites, nouveaux éléments de «maquettes intelligentes» pour reprendre l’expression de Stéphane Hanrot, éventuellement assemblés dans une architecture modulaire, visant parfois à inscrire l’art dans d’autres formes de vie.Toutes ces approches exigent une redéfinition du rôle d’artiste à la fois technicien, mathématicien et chercheur comme le signale Michel Fleury.Elles cherchent aussi une complicité active et inventive de la part du spectateur.Mais si ces formes d’art renouvellent le vocabulaire formel et les matériaux de l’art, elles reconduisent cependant certaines fonctions assignées à l’art par la modernité et plus profondément encore, elles renouent avec l’une des toutes premières missions de l’art: le «désir de communication et d’appartenance à un monde planétaire plus achevé» comme l’ajustement observé Hervé Fischer.Le statut des nouveaux objets La logique de la toile opère un déplacement de la contemplation vers l’action.C’est vrai de la façon de circuler sur le Web, mais aussi des êtres que l’on y rencontre.Grâce à la programmation dite comportementale, on arrive dorénavant à créer des objets virtuels jouissant d’une certaine autonomie «qui les rapprochent davantage du monde du vivant et de l’intelligence.Ils sont devenus des "acteurs”», comme le dit Edmond Couchot.En ce sens, le Web devient un «espace pragmatique où l’humain se perçoit encore un peu plus comme acteur démiurge que contemplateur face au monde», comme le dit aussi Éric Raymond.Tous les jeux d’avatars pouvant aller jusqu’aux clones projettent l’humain sur de nouvelles scènes exigeant d’autres facultés.Ds représentent un autre mode d’appropriation des technologies par des artistes, et annoncent là aussi des réaménagements fondamentaux.Désir d’ubiquité mais risque d’isolement dans l’anonymat et la profusion.Ultimement on peut craindre la perte d’identité ou d’intégrité de (humain à force de dédoublement A partir de quel moment la fascination ludique de ces créatures devient-elle menaçante?Plus que jamais dans son histoire, l’humain a le pouvoir de se changer et de changer le monde.D peut «vivre dans conditions physiques altérées» et s’adapter comme le signale Ted Krueger.Il peut aussi cohabiter avec des êtres artificiels, «des agents autonomes biomimétiques» tels qu’en génère Deme-tri Terzopoulos.L’artiste jouit dorénavant du concours de l’informaticien et du scientifique pour «combiner l’art d’impressionner les sens par l'illusion et l’art de programmer les comportements par l’artifice» comme le dit si bien Bill Vorn.Par la création d’objets virtuels, on peut maintenant habiter des mondes qui n’étaient que possibles hier.Devant de telles perspectives on aimerait croire, comme Descartes, qu’il y a bien un pilote dans le navire.Louise Poissant est pnofesseure au département d’arts plas-titques de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Groupe de recherches en arts médiatiques.Elle coordonne Déambulations 2000, dans le cadre des Deuxièmes Ren-contres étudiantes Jacques Cartier présentées à l’UQAM du 4 au 6 octobre.R O ' jiïèé*- M REUTERS Le maire de Lyon et ancien premier ministre Raymond Barre présidera la conférence d’ouverture des 13'“ Entretiens Jacques Cartier.La treizième rencontre Colloques et forums Les IS’" Entretiens Jacques Cartier se tiendront à Montréal du 2 au 6 octobre 2000, à Québec les 1" et 2, et se concluront à Lyon les 30 novembre et 1" décembre.Détails des présentations.SOURCE ENTRETIENS JACQUES CARTIER Une œuvre de Nicolas Reeves LE DEVOIR Chaque forum et colloque présenté dans le cadre des Entretiens fait appel à des spécialistes, des experts et des universitaires.Un colloque donné dure normalement trois jours et propose un cycle complet de conférences.Dans certains cas, mais c’est l'exception plus que la règle, ils sont gratuits.Normalement, un professionnel peut s’attendre à débourser jusqu’à 500 $ en frais d’insciption; pour le même colloque, un étudiant pourra s’inscrire en déposant 40 $.Il faut donc s’informer avant de vouloir assister à une conférence ou à un colloque complet.Bons entretiens! La mondialisation et ses effets sur la nation Une table ronde sous la présidence de Raymond Barre, ancien premier ministre, député du Rhône, maire de la ville de Lyon; modérateur: Bernard Descôteaux, directeur, journal Le Devoir, Montréal.Avec Bernard Landry, vjce-prerpier ministre, ministre d’État à l’Économie et aux Finances, Bob Rae, ancien premier ministre de l’Ontario, Jean Daniel, journaliste-auteur et directeur du Nouvel Observateur et Philippe Séguin, député des Vosges et ancien président de l’Assemblée nationale française.Le mardi 3 octobre de 15h30 à 18h au Pavillon principal, amphithéâtre Ernest-Cormier, 2900 boulevard Édouard-Montpetit, Université de Montréal.Ouvert au public.De l’idée au produit Un forum organisé par Gilles Beaudet, Université de Montréal, Patrick Robert, vice-recteur aux affaires publiques et au développement, Université de Montréal, Alain Bideau, directeur.Centre Jacques Cartier et Stéphane Marion, Université Jean-Moulin (Lyon 3) Le mercredi 4 octobre et le jeudi 5 octobre au Centre Sheraton, salon J,1201, boulevard René-Iœ-vesque Ouest, Montréal.Inscriptions avant le 30 septembre au (514)343-6492ou par courriel fen-chel@bcoc.umontreal.ca Déambulations 2000 La création d’objets virtuels Deuxièmes rencontres étudiantes Jacques Cartier Sous la responsabilité de Louise Poissant, Groupe de recherche en arts médiatiques (GRAM), UQAM et Hervé Jacquemin, directeur, Centre de culture scientifique,,technique et industrielle Saint-Étienne.Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre 2000 au Studio-théâtre Alfred-Laliberté, Salle Ma-rie-Gérin-Lajoie (local J-M400), 405, rue Sainte-Catherine Est, Montréal.Renseignements: Groupe de recherche en arts médiatiques (GRAM) au (514) 987-3000, poste 8237 Variabilité climatique Prévision saisonnière pour une gestion optimale des ressources en eau Organisé par Bçrnard Bobée, iNRSrEau, Alin Crsteanuu, 1NRS-Eau, Michel Hoepffner, Centre national d’études spatiales (CNES), Toulouse et Michel Lang, Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement, Lyon.Le mercredi 4 octobre et le jeudi 5 octobre 2000 à l’Hôtel Delta, salle Opus , 475 avenue du Président-Kennedy, Montréal.Information: courriel ejc@inrs-eau.uquebec.ca Santé publique L’homme et l’animal Organisé par Max Arella, Institut Armand-Frappier, Robert Higgins, Université de Montréal, Jean-Claude Panisset, Université de Montréal, Marc Girard, Fondation Mérieux, Lyon, Jean-François Mornex, Université Claude-Bernard (Lyon 1), et Bruno Chomel, University of California, Davis.Le mercredi 4 octobre et le jeudi 5 octobre à l’Hôtel Delta, salle Ravel, 475 avenue du Président-Kennedy, Montréal.De la molécule à ses applications Synthèse organique dirigée Organisé par André B.Charet-te, Université de Montréal, Yvan Guindon, Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et Jacques Goré, Université Claude-Bernard (Lyon 1).Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre 2000 à l’Université de Montréal, Pavillon principal, Amphithéâtre, Ernest-Cormier, 2900, boulevard Edouard-Montpetit.Information: http://cirai, corg.u montreal.ca abc.jacquescartier Dynamigue non linéaire et biologie mathématique Organisé par Jacques Bélair, Centre de recherches mathématiques (CRM), Université de Montréal, Christiane Rousseau, Université de Montréal, Pierre Auger, Université Claude Bernard (Lyon 1), Jacques Demon-geot, Université Joseph Fourier, Grenoble et Philippe Tracqui, CNRS.Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre à l’Université de Montréal, pavillon André-Aisens-tadt, salle 6214, 2920, chemin de la Tour.Information: (514) 343-2197 ou par télécopieur: (514) 343-2254.Variabilité de la thérapeutique médicamenteuse Décrire et estimer pour prédire et contrôler Organisé par Laurent Claret, Université de Montréal, Murray Ducharmo, MDS Pharmaceutical Services, Montréal, Pascal Girard, Pharsight, Lyon et Pascal Maire, Hospices Civils de Lyon.Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre 2000 à l’Hôtel Delta, Sidle Mozart, 475, avenue du Président-Kennedy, Montréa.l Information: (514) 343-6111 poste 3071 ou par télécopieur: (514)343-2102 Les premières rencontres interculturclles urbaines Organisé par Daniel latouche, INRS-Urbanisation) et Benoît Guillemont, Direction régionale des affaires culturelles Rhône-Alpes, Lyon.VOIR PAGE F 7: PROGRAMMATION I I » I.K I) E V 0 I R I.K S S A M E I) I 2 3 E T I) I M A N (' Il E S K P T E M B R E 2 0 0 0 ENTRETIENS JACQUES CARTIER.PROGRAMMATION SUITE DE LA PAGE F 6 Du lundi 2 octobre au jeudi 5 octobre au Montréal, Arts Interculturels (MAI), 3680, rue Jeanne-Mance, Montréal Information: (514)499-4000 poste 0 ou par télécopieur-(514)499-4065.États-nations, multinations et organisations supranationales Organisé par Micheline Label-le, Université du Québec à Montréal, Michel Seymour, Université de Montréal, Michel Cornaton, Université Lumière (Lyon 2), Henri Giordan, Université Paul Valery, Montpellier, Elise Mar-renstras, Université Denis Diderot (Paris 7) et Henry Milner, professeur, Université d’Umeà, Suède.Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre à l’Hôtel Delta, salle Opus II, 475, avenue du Prési-dent-Kennedy, Montréal.Centrée est gratuite mais l’inscription est obligatoire: multina-tion2000@email.com Par téléphone: (514)343-5933 ou par télécopieur: (514) 343-7899 Le contrat social à l’épreuve des changements démographiques Deuxièmes rencontres Sauvy Organisé par Jacques Légaré, Centre interuniversitaire d’études démographiques, Alain Bideau, Université Lumière (Lyon 2) et Jacques Véron, Institut national d’études démographiques, Paris Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, 100 rue Sherbrooke Est, Montréal Information: Nicole Wragg au (514) 499-4012, par télécopieur (514)4994065 ou nicole.wrag@inrs-urb.uquebec.ca L’obligation de résultats en éducation Organisé par Claude Lessard, Université de Montréal, Guy Pelletier, Université de Montréal, Jean-Louis Derouet, Institut national de recherche pédagogique, Paris et Philippe Meirieu, Institut des sciences et pratiques d'éducation et de formation, Université lumière (Lyon 2).Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre au Holiday Inn Montréal-Midtown, 420 rue Sherbrooke Ouest, Montréal.Information: AFIDES au (514)383-7335, animer afidesiùgries.qc.ca L’intégration des marchandises dans le système des déplacements urbains , Organisé par Robert Gagné, Ecole des hautes études commerciales de Montréal, Michel Gendreau, Université de Montréal, Jacques Roy, Université du Québec à Montréal, Danièle Patier, Université Lumière )Lyon 2) et Jean-Louis Routhier, Université lumière (Lyon 2).Du mercredi 4 octobre au vendredi 6 octobre à l’Université de Montréal, pavillon principal, salle M-415, 2900, boulevard Edouard-Montpetit.Information: (514)343-7575 ou par télécopieur (514) 343-7121 Arrêt sur image et fragmentation du temps Cinématographie, kinétographie, chronophotographie Organisé par Marta Braun, School of Image Arts, Ryerson Polytechnic University, Toronto, André Gaudreault, Groupe de recherche sur l’avènement et la formation des institutions cinématographique et scénique, Université de Montréal, Thierry Fré-meaux, Institut Lumière, Lyon et David Robinson, Le Giornate del cinema muto Film Festival, Por-denone, Italie.Du mercredi 4 octobre au samedi 7 octobre au Cinémathèque québécoise, salle Claude-Jutra, 335, boulevard de Maisonneuve Est, Montréal, Sources et instruments de justice en droit privé Organisé par Nicholas Kasirer, Université McGill.Denis Marso-lais, Chambre des notaires du Québec, Pierre Noreau, Université de Montréal et Jean-Paul Picot, Conseil Supérieur du notariat français, Lyon.Ije mercredi 4 octobre et le jeudi 5 octobre au Ritz Carlton, salon Bleu, 1228, rue Sherbrooke Ouest, Montréal.Information: Chambre des notaires du Québec, courriel: http://www.cdnq.org/ L’administrateur agréé: un professionnel du XXI’ siècle Entre l’université et l’entreprise: le manager au Quebec et en France Organisé par Alain Noël, Centre d'études en administration internationale (CETA1) et Alain Charles Martinet, Université Jean Moulin (Lyon 3).Le mercredi 4 octobre et le jeudi 5 octobre au HEC, amphithéâtre IBM, 3000 chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal Information: Ordre des administrateurs agréés du Québec, par télécopieur: (514)499-0892 Le commerce du vin à travers le monde L’expérience québécoise Organisé par Jean-Claude Gagnon, Société des alcools du Québec et Gilbert Garder, Université Lumière (Lyon 2) Le mercredi 4 octobre à la Société des Alcools du Québec, 905, avenue de I/irimier, Montréal.À Québec Les tables rondes organisées en partenariat avec le Conseil général du Rhône et la Ville de Québec auront pour thèmes: ¦ les nouvelles technologies et leur application dans les collectivités; ¦ actions innovantes en faveur des jeunes en éducation, emploi, culture; ¦ les jeunes et les nouvelles technologies.Elles se tiendront le lundi 2 octobre et le mardi 3 octobre dans des lieux toujours à être précisés.À Lyon L’association Liberté, utilité sociale et responsabilité Organisé par Adrien-Charles Dana, Université Jean Moulin (Lyon 3), Gérard Sousi, Université Jean Moulin (Lyon 3), Louis John, Université du Québec à Montréal et Georges Le-bel, Université du Québec à Montréal.Le jeudi 30 novembre et le vendredi 1" décembre à l’Université Jean Moulin Lyon 3, dans la Manufacture des Tabacs, 6, cours Albert Thomas, Lyon.< K CAHIER S l> f.C I A L E S T 1’ C B L I E I1 A K L E I) E VOIR Responsable Ml RM AM) TIIÉRl.U’LT nllipriaultaledevoir.fa Tel.: (T>1 I) 9 8 AA 3 A A redact ionolrdevoir.com V A I S C E g l! E 1) 0 I S avenir pense avant L/Université de Montréal : une valeur sûre pour l'avenir.faire Qu’il soit question de santé, de haute technologie, d’environnement, d’enjeux sociaux, de nouvelles techniques de gestion, l’avenir doit être pensé.Avec ses deux Écoles affiliées, l’École Polytechnique et l’École des HEC, l'Université de Montréal est l’une des plus grandes universités canadiennes de recherche offrant des programmes d’études de 1", 2e et 3e cycles dans presque tous les domaines du savoir.L’Université de Montréal, laboratoire des grandes tendances de demain, est résolument tournée vers l’avenir et vers le monde.Visitez-nous au www.umontreal.ca.Université de Montréal Les XIIIe Entretiens Jacques-Cartier »v‘.ÉPr,/’.Pfffp?àkY'ÂVô'’ - entre le Québec et la France Quatre jours d’échanges entre le Québec et la France sur l’état de la recherche et les thèmes de l’heure, avec la participation d’invités de prestige.Le gouvernement du Québec souhaite la bienvenue à tous les participants.Puisse cet événement international symboliser la vitalité de la relation entre le Québec et la France.Québec Es k3 ES I i i
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