Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

Le devoir, 2000-11-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
I K I) E V (UH.L K S S A M EDI II E T I) I M A N (' HE 12 X 0 V E M B K E 2 0 0 0 LE DEVOIR Science et culture \ Prix Denise-Pelletier André Brassard a profité de la remise des prix du Québec pour effectuer en un an sa première sortie publique.Hommage à l'homme de théâtre dont on retient souvent, d'une production abondante, les 41 mises en scène de textes de Michel Tremblay.Page 3 Prix du Québec Prix Lionel-Boulet Bernard Coupai admet devoir l'ensemble de ses réalisations à une seule et même obsession: celle de rendre la science utile à quelque chose.Une obsession qui a fait bien des petits.Page 6 ardi soir dernier se jouait la finale d’une lutte à finir dans une campagne menée à coups de milliards de dollars.Au même moment, à un peu plus d’une centaine de kilomètres au nord de la frontière américaine, dans une vénérable enceinte, était réunie une assemblée de femmes et d’hommes venus entendre nommer les noms d’autres élus, ces derniers recevant une reconnaissance accordée après des décennies marquées au sceau d’efforts, d’hésitations et d’enthousiasmes souvent contenus.Dans ce dernier cas, même si la scène se déroulait au Québec, quand l’Assemblée nationale, sous l’égide de ses ministres Maltais et Rochon, accueillait les lauréats des prix littéraires et scientifiques, sans doute étaient plus nombreux les Québécois devant leurs téléviseurs à être à l’écoute des divers bulletins de nouvelles venant du Sud, ignorant même encore en fin de soirée qu’une autre proclamation, celle-là définitive, avait eu lieu quelques heures plus tôt.L’aléatoire jeu électoral, indépendamment de ses conséquences nécessairement politiques, avait pour lui l’intérêt de son immédiateté, donnant l’illusion à qui le contemple d’être le témoin de l’histoire, voire d’y participer.Détermination Pourtant, pour un Jacques Hurtubise, ce «non-événement» est d’importance.Quand à 18h, ce 7 novembre, il est officiellement proclamé lauréat du prix Paul-Emile-Borduas, se joue le film de toute une vie pour celui dont les premiers tableaux, il y a de cela quarante ans, sont apparus, signalés par de brèves mentions dans de rares journaux, sur les cimaises des galeries montréalaises; par la suite, il aura à vivre d’un art qui se vend mal, soutenu surtout par le circuit institutionnel des expositions qui consacre ainsi une détermination à toute épreuve: «Une célébrité québécoise, ça me suffit.Mais les galeries d’art n’ont pas d’argent.Les collectionneurs sont plus que rares, les grandes corporations achètent des miettes, pis encore, c’est beaucoup dire, la plupart du temps elles n’achètent rien.Les arts visuels, au Québec, c’est très mal connu.» Il en va de même pour la «vedette» qu’est André Brassard, à qui les pairs attribuaient ce même jour le prix Denise-Pelletier, reconnaissant ainsi les 151 mises en scène qu’il a en 35 ans signées, façonnant ce faisant le paysage culturel d’un coin d’Amérique et construisant, souvent avec la complicité d’un Michel Tremblay, l’identité québécoise.Il devient alors par l’attribution de ce prix plus qu’un intervenant dans le circuit de l’industrie culturelle, étant ainsi reconnu comme un créateur dont les œuvres ont marqué une génération.Car, en art, il faut le dire, la critique observe plus le travail de création (te regard alors souvent soumis à la plume) qu’elle l’accompagne.Les Lanctôt et Mo-rency, lauréats du Albert-Tessier et de l’Athanase-David, 1e savent eux aussi.Un prix vient alors affirmer publiquement ce qui avait jusque-là, au mieux, été énoncé de façon discrète.Découvertes Ailleurs, la soirée des prix du Québec permet de faire des découvertes.(Si la critique artistique est régulièrement dénoncée pour être à l’occasion cruelle, elle a au moins pour elle 1e mérite de signaler tes existences.) Quand l'autre Brassard, Gilles celui-là, reçoit 1e prix Marie-Victorin, le Québec découvre que vit en son territoire une célébrité internationale du monde de l’information.Quand Jean Davignon met en circulation le mot «hypercholestérolémie», 1e lauréat du prix Wil-der-Penfield dévoile un autre pan de l’histoire québécoise, génétique cette fois, elle aussi lourde de conséquences.Même, qui savait, avant que Michael Brecher reçoive le prix Léon-Gérin, que r«échelle de Richter», qui mesure sur la planète la force des conflits mondiaux, a été conçue au Québec?Et aux tenants d’une vérité économique, avant la remise des prix Armand-Frappier ou Lionel-Boulet, qui d’entre eux pouvaient démontrer que la nouvelle économie québécoise ne s’explique pas seulement par une prospérité continentale mais aussi par les efforts consentis d’un Jean-Guy Paquet ou d’un Bernard Coupai?Ce mardi soir québécois a donc permis à la mémoire collective de compenser ses absences.Parfois trop tard.Comme le disait dans le journal du lendemain Philippe Bruneau, celui qui venait de décliner le prix Gérard-Morisset: «Je ne peux accepter un prix de reconnaissance du gouvernement, qui n’a jamais reconnu l’importance de la musique traditionnelle du Québec.» Et il y a toujours ces prix, ceux qui devraient être donnés.On peut alors aussi penser aux Guy Mauffette, Raymond Klibansky et à tous ceux et celtes qui pendant des décennies construisent, presque dans l’intimité, tes cultures des peuples.Si 1e jeu politique a 1e poids de ses milliards pour 1e porter à l’avant de la scène publique, et ainsi «voter le show», il n’est pas pour autant assuré que tes noms qu’il proclame sont plus méritoires.Ils ont toutefois pour eux d’être tes acteurs de spectacles médiatiques à grand déploiement quand d’autres élaborent dans de simples bureaux et ateliers ce qui demain constituera la culture de tout un peuple.Alors, pour établir la grandeur d’une œuvre et mesurer la reconnaissance d’une société, combien de votes sont nécessaires?Normand Thériault % Sa! Les prix scientifiques Les prix culturels Marie-Victorin Gilles Brassard Wilder-Penfield Jean Davignon Léon-Gérin Michael Brecher Armand-Frappier Jean-Guy Paquet Athanase-David Pierre Morency Paul-Êmile-Borduas Jacques Hurtubise Albert-Tessier Micheline Lanctôt Georges-Émile-Lapalme Henri Bergeron Page 2 Page 2 Page 4 Page 4 Page 5 Page 7 Page 8 Page 8 v t I PHOTOS DES MÉDAILLES DE YVES PROVE NCHE R/PHOTO MONTAGE LE DEVOIR LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 N O V E M B R E 2 (I 0 O E 2 - PRIX DU QUEBEC Prix Marie-Victorin Téléporté dans le futur Gilles Brassard et la cryptographie quantique Célébrité dans le nouveau monde de l’information, Gilles Brassard travaille sur le cryptage et le décodage des messages.Des théories aux conséquences pratiques lourdes.MICHEL BÉLAI R LE DEVOIR \ A première vue, les ordinateurs et les principes de la mécanique quantique ne semblent pas avoir beaucoup de choses en commun.D'un côté la logique implacable du déroulement des O et des 1; de l'autre, le principe d’incertitude et les distorsions de l’espace-temps.Aussi, quand Gilles Brassard se met à travailler sur le concept de la cryptographie quantique quelque part au début des années 1980, la réaction de la communauté scientifique internationale oscille-t-elle tout de suite entre le scepticisme et l’incrédulité.Mais depuis, les horizons se sont largement ouverts.Gilles Brassard n’est plus seulement considéré comme un pionnier et comme un visionnaire: il a formé toute une génération de chercheurs de premier plan qui comme lui explorent l’un des champs les plus prometteurs du génie informatique.Voilà même qu’on parle aujourd’hui du futur ordinateur quantique.Et de téléportation.Gilles Brassard est un homme fort occupé.Professeur titulaire à l’IRO (Informatique et recherche opérationnelle) de l’Université de Montréal, il est aussi membre du Conseil d’administration de l’AC-FAS, du Centre for Applied Cryptographie, du Centre de recherches mathématiques et de l’International Association for Cryptologie Research.Spécialiste mondialement reconnu de l’informatique quantique, il fait également partie du comité d’organisation de toutes les grandes conférences mondiales sur le su-jeit depuis la fin des années 1980: il'ëtait à Capri, en juillet, pour la ciriquième conférence internationale portant sur les Quantum Communication, Measurement & Computing tout en participant activement à l’organisation du tout dernier congrès de l’ACFAS ou il a prononcé une conférence sur l’informatique quantique.Il est aussi membre du comité de rédaction du Journal of Cryptology après en avoir été le rédacteur en chef de 1991 à 1997.Il a enseigné partout: à Berkeley comme à Normale Sup, en Australie comme à Lausanne ou à Bruxelles.Et il est membre étranger de l’Académie des sciences de Lettonie comme de la Société royale du Canada.Bref, si l’on essayait de le suivre à la trace, on serait presque forcé de croire qu’il cultive l’art d’être à plusieurs endroits au même moment et l’on pourrait certainement se demander si ses dons d’ubiquité ne découlent pas de son intérêt marqué pour les particules qui possèdent la propriété d’occuper deux espaces en même temps.Révolution La carrière internationale de Gilles Brassard commence en 1979 alors que notre spécialiste en cryptographie, déjà professeur adjoint à l’Université de Montréal, rencontre un physicien à l’emploi du géant IBM, Charles Bennet.De leurs discussions naitra ce que l’on considère maintenant comme «l’une des plus importantes révolutions en informatique depuis l’invention du transistor».De quoi est-il question entre les deux hommes?De la théorie de l’information et des principes de la mécanique quantique.L’intuition de fond de Gilles Brassard vient de ce qui est d’abord — et toujours — considéré comme une caractéristique «négative» de la circulation de l’information dans un système quantique: l’information quantique ne peut être mesurée de façon précise.Et plus même: toute tentative pour la mesurer engendre une transformation de cette information.C’est de ce simple constat que découle toute la théorie de la cryptographie quantique.YVES PROVENCHER Gilles Brassard, spécialiste mondialement reconnu de l’informatique quantique.A l’époque, le raz-de-marée des ordinateurs personnels n’a pas encore déferlé sur l’Occident Mais les travaux des scientifiques un peu partout à travers le monde reposent depuis longtemps déjà sur les performances des grands ordinateurs.et sur la sécurité des informations et des bases de données qu’ils contiennent.D’ou l’importance grandissante de la cryptographie, cette science de l’encodage des messages visant à les rendre inviolables.Et lorsque l’ordinateur se met à prendre de plus en plus de place au milieu des années 1980, avant même l’arrivée d’Internet et du commerce électronique, l’idée de génie de Gilles Brassard d’utiliser les propriétés de l’information quantique pour cryptographier l’information circulant entre deux ordinateurs apparaîtra rapidement comme aussi nouvelle qu’essentielle.Ici, pas d’intrusion possible: tout espionnage, toute tentative de percer la communication engendre une perturbation de cette même information.Brassard et Bennet mettront néanmoins cinq ans à raffiner leur théorie.Puis, en 1989, les deux chercheurs livrent un premier prototype de cryptographie quantique, et en octobre 1992 ils rédigent le «cover story» du Scientific American, qui allait faire de ce champ de recherche un des plus florissants à travers toute la communauté scientifique internationale.Ébullition Depuis, beaucoup de bits ont coulé sous les écrans d’ordinateurs.Voilà aussi que les choses se sont précipitées comme c’est souvent le cas quand de grandes idées monopolisent l’attention des chercheurs un peu partout.Pendant que Gilles Brassard travaille sur le principe de superposition qui permettrait une accélération sans précédent de la capacité de calcul des ordinateurs — ici, l’utilisation du parallélisme découlant du fait qu’un système quantique peut se retrouver simultanément en deux endroits distincts prend des proportions cosmiques — la notion d’ordinateur quantique commence à émerger.Et l’informatique quantique devient peu à peu un sujet en pleine ébullition.Peter Shor, un chercheur d’AT&T, vient accélérer les choses encore plus en découvrant un algorithme permettant de factoriser les grands nombres.C’est lui qui dira de Gilles Brassard: «Il est largement responsable de l’émergence de l’informatique quantique comme secteur de recherche.H est entièrement responsable de l’explosion d’intérêt pour le secteur.Il est l’un de ceux qui ont le plus contribué à la croissance des champs de recherche de l’information quantique et du traitement de cette information».En approfondissant la théorie, Gilles Brassard ouvre effectivement toute une série de champs de recherches comme celui des «intrications quantiques» — ces «bruits» qui accompagnent la circulation de l’information dans un système quantique — menant à la notion de «purification d’intrication», puis à celle de «correction quantique d’erreurs».Et en raffinant toujours davantage ses protocoles de cryptographie quantique, il invente avec cinq collaborateurs la notion de «téléportation quantique» en 1993.Cette notion toute théorique sera réalisée expérimentalement en laboratoire à Rome en 1998, puis ensuite à Innsbruck et Los Angeles, permettant ainsi de penser que l’ordinateur quantique — qui n’existe encore qu’en théorie — pourrait un jour être une réalité bien concrète.Le Scientific American d’avril 2000 venait consacrer l’importance des intuitions de Gilles Brassard en faisant de la téléportation quantique sa principale manchette.Mais il y a aussi que Gilles Brassard a trouvé une façon originale de se ressourcer constamment en formant la plupart des chercheurs importants du secteur: «la liste de ses étudiants au Ph.D se lit presque comme l'histoire des plus récents développements dans le secteur», comme le faisait remarquer un membre de la Société royale de Londres, Artur Ekert.Un des stagiaires postdoctoraux de Brassard, Daniel Simon, est le découvreur d’un célèbre algorithme, l’algorithme de Simon, qui est à la source de l’algorithme de Shor pour la factorisation des grands entiers.Et les Berthiaume, Mayers, Salvail, van de Graaf, Tapp, Hoyer et Crépeau sont tous des chercheurs de pointe qui continuent à explorer et à redéfinir les frontières de l’informatique quantique.«Le secteur de l’informatique quantique, commente Gilles Brassard, est avant tout un champ de recherches théorique.Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de débouchés concrets.Bien sûr, la téléportation, ça fait tout de suite rêver les gens.Mais il ne s'agit pas de science-fiction.Ce qui est concret, ce que cela rend possible, du moins en théorie, ce n'est pas la téléportation des personnes mais bien l’avènement de l’ordinateur quantique.Et là, il reste encore beaucoup de travail à faire.Ce qui, en soi, est déjà fort stimulant.» A l’heure de la prolifération planétaire d’Internet, du commerce électronique et du B2B, on risque d’entendre parler encore longtemps des intuitions et des «idées impossibles» de Gilles Brassard.Conrad Kirouac ( 1885-1944), le frère Marie-Victorin, frit un célèbre botaniste.Son nom a été donné au prix qui souligne une contribution marquante en sciences de la nature et du génie: mathématiques, physiques, de la vie, de l’environnement, de la terre, de l’eau, de l’athmosphère et du génie.Félicitations à nos professeurs ! Gilles Brassard, Ph.d.(Cornell), msrc Professeur titulaire au Département d'informatique et de recherche opérationnelle de la Faculté des arts et des sciences Lauréat du prix MARIE-VICTORIN (sciences pures et appliquées) Jean Davignon, m.d„ m.sc„ oc, frcp(o, facp, msrc Professeur titulaire à la Faculté de médecine Directeur, Recherche clinique à l'Institut de recherches cliniques de Montréal (affilié à l'Université de Montréal) Lauréat du prix WILDER-PENFIELD (recherche biomédicale) www.umontreal.ca A Université de Montréal Prix Wilder-Penfield YVES PROVENCHER Le D'Jean Davignon a su dans le contexte de ses activités mettre la recherche fondamentale au service du malade.Le champion de la recherche clinique Le docteur Jean Davignon et le Québec génétique Il a deux passions: la musique et la recherche.Jean Davi-gon passera toutefois à l’histoire pour ses travaux sur l’hy- percholestérolémie familiale, québécoise.ANN LAROCHE Médecin et chercheur de réputation internationale, le Dr Jean Davignon a consacré l’ensemble de sa carrière à l’étude de l’athérosclérose et des hyperlipidémies.Ses travaux ont permis de mettre en évidence les facteurs génétiques qui prédisposent aux maladies coronariennes de même que les relations entre les gènes et l’environnement dans le développement de l’athérosclérose.L’originalité de sa démarche scientifique a consisté à faire coexister une clinique d’hyperlipidémies unique en son genre et un laboratoire de recherche ayant une expertise multidisciplinaire, notamment en génétique et en biologie moléculaire.Il s’est aussi intéressé aux aspects nutritionnels des maladies cardiovasculaires et à la pharmacologie des agents hypolipidémiants.En collaboration avec des compagnies pharmaceutiques, il a d’ailleurs participé à la réalisation d’importantes études cliniques.Le prix Wilder-Penfield souligne notamment la qualité et l’envergure de la production scientifique de ce chercheur, son rayonnement international ainsi que sa contribution à la formation de la relève.Chercheur exemplaire Clinicien chercheur, depuis 1967, à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).où il a été nommé directeur de la recherche clinique en 1985, le Dr Davignon a su dans le contexte de ses activités mettre la recherche fondamentale au service du malade.Aux dires de son collègue et mentor, le Dr Jacques Genest, «il n’y a pas de plus bel exemple de recherche clinique dans le monde».Le Dr Davignon a créé l’une des plus importantes cliniques d’hyperlipidémie lui permettant d’étudier l’activité, l’efficacité et les effets secondaires de nouveaux médicaments hypolipidémiants, comme les fibrates ainsi que plusieurs statines qui sont actuellement les plus utilisées dans le traitement de l’hypercholestérolémie.Sa contribution la plus importante porte sur la découverte du gène responsable d’une maladie héréditaire plus fréquente chez les Canadiens français que dans les autres populations, soit l’hypercholestérolémie familiale, pour laquelle il a obtenu en 1987 la collaboration des Nobel américains Goldstein et Brown.Le D1 Davignon poursuit également, depuis 1967, une carrière de médecin à l’Hôtel-Dieu de Montréal, où il a été chef de la section de médecine vasculaire de 1972 à 1994.En plus d’occuper, depuis 1977, le poste de professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université de Montréal, il est aussi professeur auxiliaire au département de médecine expérimentale de l’Université McGill, depuis 1969, et professeur au département de nutrition de l’Université de Montréal, depuis 1995.Détenteur d’un B.A de l’Université de Paris, qu’il a obtenu en 1953 à la suite de ses études au collège Stanislas d’Outremont, le Dr Davignon a obtenu, en 1958, un doctorat en médecine de l’Université de Montréal.Il a été, en I960, le premier médecin travaillant dans le milieu hospitalier francophone à obtenir une maîtrise en sciences de l’Université McGill.Le D’ Davignon a également fait plusieurs séjours aux Etats-Unis.D’abord, une maladie héréditaire bien de 1961 à 1964, au Minnesota, où il a suivi à la clinique Mayo une formation postdoctorale qui l’a amené à faire de la recherche en physiologie vasculaire avec le Dr John T.Shepherd.Puis, à l’Université Rockefeller de New York, où il a fait trois années de recherche, de 1964 à 1967, sur le métabolisme des lipides et des lipoprotéines dans le département du Dr Edward H.Ahrens Jr.Le prix Wilder-Penfield est pour le Dr Davignon la reconnaissance du travail d’une équipe de collaborateurs chevronnés qui depuis plus de vingt ans œuvre à ses côtés.Bien qu’il ait été honoré de divers prix et honneurs prestigieux, dont, en 1996, le prix de l’œuvre scientifique de l’Association des médecins de langue française du Canada et, en 1994, la grande médaille d’or du Centenaire de l’Institut Pasteur de Lille, le Dr Davignon a tenu à souligner l’importance d’avoir reçu au début de sa carrière la bourse Markle en médecine académique.La médaille Frederick Newton Gisborne Starr, la plus haute distinction accordée par l’Association médicale canadienne, en 1993, a également compté pour lui tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.Parallèlement à ses activités de recherche, le D1 Davignon a été président de la Fondation canadienne de l’hypercholestérolémie familiale.Iæs personnes qui ont le plus influencé sa pratique tant par leur côté humain que par leurs capacités intellectuelles sont, d’abord, le Dr Genest, fondateur de l’IRCM, avec qui il a fait ses premières armes au département de recherches cliniques de l’Hôtel-Dieu de Montréal.C’est d’ailleurs en travaillant avec ce dernier, dont la recherche portait sur l’hypertension, qu’il a pris intérêt aux maladies cardiovasculaires.Sa fascination pour la recherche lui vient aussi de Raymond Robillard, professeur de biologie à Stanislas, qui a grandement influencé son choix de carrière.Quant aux D” Shepherd et Ahrens, ils ont été très déterminants pour ce qui est de la recherche clinique.D’ailleurs, le Dr Davignon nous a fait part du plaisir sans cesse renouvelé qu’il a de côtoyer en recherche des gens de grande qualité.Plaisir partagé avec la pédiatre et généticienne Anna Kessling qui, en 1988, est venue de Inndres afin de mettre en place un laboratoire de biologie moléculaire.Génétique québécoise Le D' Davignon est né è Montréal, et le Québec est pour ce fils de banquier un endroit privilégié pour poursuivre une carrière en recherche.Différents facteurs appuient ce chobt.D’abord, la grande compréhension des gens d'ici et leur collaboration quand il s’agit de venir en aide à la recherche et de faciliter le travail des chercheurs.Aussi, il est plus facile, en raison de l’histoire précise de la population, de faire de la génétique au Québec.Le I)' Davignon nous a confié ne jamais s’ennuyer en recherche, c'est pour lui une passion comparable à celle de l'explorateur: «Ce qui est le plus passionnant dans ce travail, c’est ce qui touche directement à la recherche clinique: identifier un problème auprès du malade, en faire l’étude en laboratoire et éventuellement trouver des solutions qui vont nous permettre de guérir VOIR PAGE E 3: DAVIGNON i ë i I L K D E V (MR.L E S S A M ED! Il ET I) I M A X (' ME 12 X (! V E M B R E 2 0 0 0 K > PRIX DU QUÉBEC * ’ Prix Denise-Pelletier CYa ton tour ! André Brassard à l’avant-scène du théâtre québécois Le plus étonnant, c’est peut-être d’apprendre qu’André Brassard ne l’avait pas encore reçu, ce prix Denise-Pelletier.L’an dernier la récompense a été attribuée à Jean-Pierre Ronfard.Avant lui, il y a eu Raymond Lévesque (1997), Monique Mercure (1993), Vincent Warren (1992), Joseph Rouleau (1990) et Jean Duceppe (1979).Félix Leclerc avait inauguré en 1977 l’impressionnante série dans le domaine des arts de la scène.YVES PHOVENCHER Depuis ses débuts professionnels, au milieu des années soixante, André Brassard a réalisé plus de 115 mises en scene.DAVIGNON SUITE DE LA PAGE E 2 un plus grand nombre possible de patients et nous mettre parfois sur la piste d'autres maladies.» Dans ce contexte, il dit se réjouir de la création des Instituts de recherche en santé du Canada qui va donner plus de visibilité à la recherche par son impact réel sur la santé des Canadiens.Pourtant, le manque actuel de cliniciens chercheurs désole quelque peu le Dr Davignon, dont l’ultime souhait serait que l’on subventionne encore plus la recherche: «La recherche clinique, il faut la défendre et la subventionner, car elle est menacée de disparition», nous a-t-il dit avec ferveur.Il nous a également fait part de son inquiétude face à une hypergestion: «L’Amérique souffre depuis plusieurs années d’une hypergestion qui tend à gagner le Québec».Selon ce principe, on multiplie des activités non productives pour la simple nécessité de fout réglementer.A l’instar de la profession médicale, la musique passionne le Dr Davignon, qui aime à l’occasion aller au concert «Quand j’écoute de la musique, nous a-t-il mentionné, je reprends confiance en la valeur humaine.» Pour ce qui est de ses lectures, outre celles très nombreuses relatives à son champ de recherche, il s’intéresse surtout aux écrits portant sur la théorie de la complexité.Le Dr Davignon, pour qui les valeurs familiales comptent autant que les valeurs humaines, voue une grande admiration aux personnes s’occupant de causes humanitaires.En tant que membre de nombreuses sociétés professionnelles, siégeant au sein d’un grand nombre de comités, à titre de conférencier invité partout dans le monde et en tant qu’ambassadeur de la recherche clinique, le Dr Davignon représente l’une des forces vives de la médecine dont on ne soulignera jamais assez l’influence et l’impact de la recherche sur le plan international.Wilder Penfield (1891-1976) a été reconnu comme l’un des plus grands neurochirurgiens au monde.Le prix qui porte son nom s’adresse à un chercheur ou une chercheuse du domaine biomédical.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Mériter une récompense de cette importance, c’est bien.Ne pas la recevoir à titre posthume, c’est encore mieux-André Brassard a profité de la remise des prix du Québec pour effectuer une première sortie publique depuis le grave accident cérébro-vasculaire qui l’a terrassé, pendant la période des Fêtes de fin d’année, en 1999.La convalescence se poursuit près d’un an plus tard.«Tout le monde me dit que ça va, mais moi, je ne peux pas dire la même chose», confie d’entrée de jeu le metteur en scène rencontré chez lui, à Montréal, il y a quelques jours.«Sur le plan extérieur, je fonctionne, ça va.Je suis capable d’être autonome même si je n’irais pas danser au Grands Ballets.Disons que j’ai encore une drôle de relation avec mes membres.On est en chicane.Il parait que c’est normal après un ACV Mon cerveau a été touché et le cerveau, c’est encore assez mystérieux.» Il explique l’origine de cette catastrophe personnelle par certains abus: «Je travaillais trop, je mangeais mal, je buvais du Coke, je fumais.», énumère-t-il entre.une bouffée de cigarillo et une gorgée de Seven Up.«Je devrais dire que j’ai touché le fond et que je veux retrouver ma vie.Mais non, je suis encore tête de cochon.Si je fume moins qu’avant, c’est juste parce que c’est interdit à de plus en plus d’endroits; si je ne bois plus ce Cherry Coke, c’est parce que la compagnie n’en fabrique plus.» Retrait et retour André Brassard a dû se retirer temporairement de la direçtion de la section française de l’École nationale de théâtre du Canada et abandonner ses contrats de mises en scène.Ce retrait professionnel le rapproche quand même du milieu, puisque entre ses séances de physiothérapie et les examens de suivi médical, il a maintenant le temps de se rendre au théâtre, voir des pièces montées par d’autres.«Les dernières années, c’est simple, je n’y allais plus au théâtre.Je courais entre l’Ecole et les répétitions.» Quelques jours avant l’entrevue, il s’est rendu au Théâtre de Quat’Sous pour y voir Le Colonel oiseau.Il a «bien aimé» l’atmosphère «d’étrangeté et d’aliénation» se dégageant de la production.Le directeur du Quat’Sous le lui rend bien.De toutes les lettres de recommandations de la candidature d’André Brassard au prix Denise-Pelletier, celle de Wajdi Moua-wad est la plus passionnée.Un cri d’amour dans un lit de rose.«Rarement il m’aura été donné, jusqu’à présent, de devoir, par écrit, poser un geste qui puisse prendre la forme d’un témoignage de ce que l’on peut appeler une profonde reconnaissance», écrit Wajdi Mouawad au comité de sélection, dans sa lettre d’avril dernier.Il décrit ensuite «Monsieur André Brassard» comme le «responsable du battement de cœur du théâtre québécois» et comme le «porteur de ce que l’on peut appeler l’esprit du théâtre, [.c’est-à-dire] la relation d’amour qui existe entre les artistes et les spectateurs».«Il serait impardon- nable à mon sens, pour une collectivité, de ne pas reconnaître les êtres qui l’ont profondément transformée», termine M.Mouawad.Depuis ses débuts professionnels, au milieu des années soixante, André Brassard a réalisé plus de 115 mises en scène, s’attaquant aux plus grands auteurs d’ici et d’ailleurs pour les meilleures salles nationales.Des exemples?Rien qu’au cours des cinq ou six dernières années, il s’est attaqué à Camus {Les Possédés), Tchékhov (La Mouette), Edward J.Moore (Le Seahorse), Slawomir Mrozek (Les Émigrés), Copi (Une visite inopportune) et Wajdi Mouawad lui-même (Les Mains d’Edwidge au moment de la naissance).Tremblay, 41 fois! Et puis des Michel Tremblay, bien sûr.Son complice scénique de toujours eut les honneurs d’une autre grande récompense culturelle de la province, le prix Arthanase-David, il y a une bonne décennie déjà (1988) — ou serait-ce le contraire: celui-ci ayant eu la chance de compter celui-là parmi ses lauréats.Au total, depuis Les Belles-Sœurs en 1968, l'auteur Tremblay a collaboré 41 fois avec le metteur en scène Brassard! Il y a deux ans, à leur dernier accouchement théâtral, dans Encore une fois si vous le permettez, créée à l'occasion du cinquantième anniversaire du Théâtre du Rideau-Vert et du trentième anniversaire de la créa- tion des Belles-Sœurs, Brassard jouait même le jeune Tremblay sur scène.«André Brassard est non seulement le grand metteur en scène que l’on connaît (et je suis bien placé pour le savoir), écrit le dramaturge-écrivain, mais il a en plus été pour au moins trois générations d’artistes du théâtre québécois un maître à penser, un mentor, presqu’un gourou.» Le principal intéressé avoue que ce genre de commentaires mettent «un peu de baume sur l’ego».«Les gens de théâtre se demandent toujours entre eux ce qu’ils font, dans quoi ils jouent, poursuit-il.Si tu ne fais rien, tu as l’impression de ne pas exister.Ce prix me fait donc plaisir parce qu'il va rappeler aux gens que j’existe encore.» Il garde quand même les pieds sur terre et reproche d'ailleurs aux médias et même aux nombreux petits milieux artistiques de gonfler artificiellement la renommée de certaines figures de proue.11 cite lui-même l’exemple de Robert Lepage, encensé comme un nouveau dieu des planches, avec toute la pression que cela suppose.«On qualifie vite nos créateurs de génies.Imaginez ce que ça cause comme poids sur les épaules de se faire dire ça.Je trouve qu'on devrait être un peu plus cool avec les artistes.» Le lauréat explique aussi qu’il n’utilisera pas la tribune pour lancer quelques cailloux aux gouver- -, nements pour leur «inaction cul-.turelle».«On a les gouvernements qu'on mérite.Mais bon, je ne vais pas faire un Luc Plamondon dè \ moi-même.Je pense que je vajs, plutôt parler de moi.C’est peut-, être un effet de la maladie.Je suis.capable de me faire plaisir, Un i peu, maintenant.» Denise Pelletier (1929-1976) a été une femme de théâtre réputée.Le prix qui porte son nom est réservé aux domaines de la chanson, de la musique, de l’art lyrique, du théâtre et de la danse.Le ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Jean ROCHON Pierre Morency Prix Athanase-David Micheline Lanctôt Prix Albert-Tessier LES PRIX DU QUÉBEC 2000 Lauréats des Prix du Québec 2000, nous vous rendons hommage au nom de tous les Québécois et de toutes les Québécoises.Nous sommes fiers de compter dans nos rangs des êtres tels que vous et vous offrons nos félicitations les plus sincères, vous qui représentez la créativité, la passion et la persévérance.Vous êtes, Pierre Morency, Gilles Brassard, Michael Brecher, Jacques Hurtubise, André Brassard, Micheline Lanctôt, Jean-Guy Paquet, Jean Davignon, Bernard Coupai et le regretté Henri Bergeron, des êtres d’exception, des modèles pour notre société.Vos réalisations remarquables, que vos pairs reconnaissent en vous choisissant pour cette haute distinction, inspirent et inspireront tous les jeunes qu’une carrière scientifique intéresse ou que le vaste champ de la culture interpelle.Les lauréats des prix scientifiques et culturels La ministre de la Culture et des Communications, /Agnès MALTAIS Gilles Brassard Prix Marie-Victorin Michael Brecher Prix Léon-Gérin Jacques Hurtubise Prix Paul-Émile-Borduas André Brassard Prix Denise-Pelletier ~Y~ Z Jean-Guy Paquet Prix Armand-Frappier Jean Davignon Prix Wilder-Penfield Québechh Bernard Coupai.Prix Lionel-Boulet Henri Bergeron Prix Georges-Émile-Lapalme I ( I L K I) K V 0 I R .I.K S S A M EDI II E T D I M A X C II E I 2 X (I V E M B R K 2 0 0 I) E 4 * PRIX DU QUEBEC Prix Léon-Gérin L’homme de toutes les crises Michael Brecher a créé l’outil de mesure des séismes politiques mondiaux Le titulaire de la chaire R.B.Angus de sciences politiques de l’Université McGill, devenu un politologue mondialement reconnu, a toujours un regret: devoir constater encore aujourd’hui que «le fossé entre les communautés politique et universitaire reste très étendu».MADELEINE LEBLANC Ce prix revêt pour moi une signification très particulière.Je suis conscient du fait que c’est un honneur très spécial au Québec et au Canada.Dans le vrai sens du terme, cette récompense vient couronner l’accomplissement d’une vie.J’avoue être profondément ému et touché de ce que le comité ait évalué ma contribution au monde des sciences humaines à un niveau qui mérite le prix Léon-Gérin.C’est merveilleux de voir ainsi son travail reconnu.» Ainsi s’exprime Michael Brecher, lauréat 2000 du prix Léon-Gérin, qui constitue la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine des sciences humaines.Cet hommage souligne la qualité et l’envergure de l’œuvre de cet homme acharné et la remarquable contribution à la science politique et à l’étude des relations internationales qu’il a réalisée.Titulaire de la chaire RB.Angus de sciences politiques de l’Université McGill, Michael Brecher est devenu, au fil des ans, un intime des prix et des mentions.Ainsi, outre le prix Fielhouse d’excellence en enseignement que l’Université McGill lui a décerné en 1986, il recevait en octobre dernier le prix d’excellence en recherche de la Faculté des arts de cette même université, honneurs qu’il est sans doute le seul à cumuler.Qui se penche sur sa feuille de route ne s’étonnera pas de ce précédent.Celui qui a été professeur invité à l’Université de Chicago, à l’Université hébraïque de Jérusalem, aux universités Berkeley et Stanford et à l’Université d'Uppsala accorde depuis toujours une importance égale à la recherche et à l’enseignement: pour lui, ces deux activités ne sauraient cheminer l’une sans l’autre.«La recherche rend l’enseignement particulièrement intéressant pour les étudiants qui profitent ainsi des résultats de mes recherches.Us voient l’interaction entre ce que j'enseigne et ce que j'étudie.Us m’ont souvent assuré que c’était cette partie qui les intéressait le plus dans mon enseignement.Cela leur permet de réaliser que je ne conçois pas la recherche et l’enseignement comme deux entités distinctes.» Entre autres récompenses internationales, sa biographie de Nehru (1959) lui a valu le prix Watumull de la prestigieuse American Historical Association.Cet ouvrage de référence sur la vie de ce grand leader indien a, par ailleurs, été traduit en hindi, en allemand, en italien et en japonais.En 1973, il a reçu le prix Woodrow Wilson de l’American Political Science Association pour son septième livre (Q en compte aujourd’hui 18 à son actif), intitulé The Foreign Policy System of Israel Parmi ses très nombreuses réalisations, M.Brecher est particulièrement fier du cadre conceptuel qu’il a établi pour aborder l’étude du comportement des décideurs en temps de crise.11 le rappelait d’ailleurs lui-même à la remise du prix: «Si je devais choisir une contribution en particulier, je mentionnerais ma tentative de concevoir pour les séismes politiques internationaux, c’est-à-dire les crises internationales, une échelle scientifique permettant de mesurer l’intensité de ces bouleversements politiques, soit la contrepartie de l’échelle de Richter pour les séismes géologiques.À vrai dire, j’ai tenté d’aller plus loin avec une échelle qui permet de mesurer l’impact de ces séismes politiques sur les différents protagonistes et sur le système et les sous-systèmes internationaux qui y sont soumis.» L’indice ainsi obtenu permet de prévoir, lors du déroulement d’une crise, l’intensité de cette perturbation, son impact éventuel et les étapes WES PROVENCHER «Je trouve encore l’enseignement stimulant et fascinant», souligne Michael Brecher.* **ï Michael Brecher, titulaire de la chaire R.B.Angus de sciences politiques.Récipiendaire du prix Léon-Gérin, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine des sciences humaines.«Monsieur Brecher a contribué de manière significative à l’épanouissement de l'étude scientifique des crises et des conflits internationaux en formulant un modèle théorique de gestion de ces phénomènes.I.c prix Léon-Gérin lui revient, car il fait honneur à son génie et à son leadership intellectuel.» — Jean Rochon ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie 9 McGill 845, rue Sherbrooke ouest Montréal, Québec I HA 2T5 www.mcgill.ca qu’il faudra franchir afin d’en contenir les effets.Respect de la différence Né à Montréal le 14 mars 1925, Michael Brecher s’est toujours montré sensible au respect de la différence et des droits humains.Jeune adolescent, il suit déjà la guerre d’Espagne dans les journaux,.Puis, il observe avec attention la montée du nazisme.Les bouleversements qui s’ensuivront seront déterminants pour son orientation professionnelle.Après avoir obtenu son baccalauréat en sciences politiques à McGill, il fera sa maîtrise et son doctorat en relations internationales à l’Université Yale.«Les universitaires doivent être modestes face à l’influence potentielle de leur travail et ce, pour plusieurs raisons.Premièrement, à mon plus grand regret, la plupart des décideurs et même certains bureaucrates ont très peu de respect pour la recherche universitaire.Us ne croient pas pouvoir apprendre quoi que ce soit des découvertes que nous faisons.Ils croient savoir davantage comment agir, ce qui fait qu’en 50 ans de pratique, je constate que le fossé entre les communautés politique et universitaire reste très étendu.La situation au Canada s’améliore tranquillement mais elle est bien meilleure aux Etats-Unis.J’ai travaillé pendant plusieurs années en Inde; là-bas le monde universitaire n’a pratiquement aucune influence, sauf peut-être à de rares exceptions lorsque, par exemple, les hommes politiques se demandent s’ils doivent ou non se doter de la bombe nucléaire.» D croit plutôt que l’influence réelle que peuvent avoir les universitaires, les chercheurs et les professeurs se situe dans leur rôle d’enseignant.«J’ai formé des milliers d’étudiants.En tant que professeurs, nous sommes en position d’ouvrir leur esprit et de leur apprendre à penser de façon intelligente à certains des problèmes les plus cruciaux auxquels ils devront faire face en tant qu’adultes, et nous touchons en particulier ceux qui seront appelés à œuvrer dans les services publics.En les aidant à façonner leur manière de raisonner, nous pouvons influencer leur comportement éventuel, c’est du moins ce que m’ont dit d'anciens étudiants.» Bien que M.Brecher semble mettre en doute l’influence réelle de l’ONU, il souligne que cet organisme utilise, comme source principale en matière de crises, les données cumulées dans le cadre de ses travaux se rapportant au projet International Crisis Behavior (1CB) développé depuis 1975.Crises mondiales Cette immense entreprise consistait à analyser systématiquement environ 400 crises qui ont secoué le monde au cours du XX' siècle.Le but était de rechercher des constantes dans la genèse du développement des conflits et d’observer les réactions des protagonistes face aux défis et menaces de crises, le positionnement des organisations internationales et la façon dont les crises résorbent.«Nous avons découvert principalement deux choses.D’abord, contrairement à ce que l’on peut croire, les décideurs politiques confrontés à un grand stress se comportent de façon très efficace, sont attentifs à l’information dont ils disposent et attendent avant de prendre la bonne décision.Ensuite, peu importe le niveau de développement politique ou économique d’un groupe donné, sans égard à la langue, aux croyances ou à la nationalité des gens en présence, le processus de prise de décision comporte essentiellement des caractéristiques identiques.» Les résultats du 1CB Project ont fait l’objet de plusieurs ouvrages dont le dernier, A Study of Crisis, publié en 1997, compte plus de 1000 pages.Ce livre vient d’ailleurs d’être réédité partiellement sur cédérom.Ce désir d’analyser et de comprendre les crises et autres instabilités politiques reste au cœur de la démarche de Michael Brecher, qui aspire toujours à l’émergence d’un monde politique plus stable.«Je trouve encore l'enseignement stimulant et fascinant.Cela me donne un immense plaisir tout en me permettant de poursuivre mes recherches.Je n’en suis pas du tout fatigué; c’est une fascination sans fin.Je prévois continuer aussi longtemps que possible et aussi longtemps que je pmrrai apporter quelque chose.J’aime encore beaucoup ce que je fais et quand ce ne sera plus le cas, j’agirai en conséquence.» Léon Gérin (1863-1951), que l’on considère comme le premier sociologue québécois, a donné son nom au prix réservé aux sciences humaines.Ijes disciplines reconnues ptmr ce prix sont les sciences sociales, les sciences du langage, les sciences de l’administration, l’urbanisme et l’aménagement, l’histoire, les sciences juridiques, les sciences de l’éducation et la géographie.Prix Armand-Frappier YVES EROVENCHER Jean-Guy Paquet a fondé le Groupe d’action pour l’avancement technologique et industriel de la région de Québec (GATIQ).Scientifique et bâtisseur de région Jean-Guy Paquet a mis ses connaisances au service de sa région, celle de Québec S’il a été recteur de l’Université Laval, il a aussi fondé le GATIQ, le Groupe d’action pour l’avancement technologique et industriel de la région de Québec.Par sa formation, Jean-Guy Paquet était toutefois déjà l’homme polyvalent, aux champs d’études et d’intérêts variés.REGINALD HARVEY Ingénieur, chercheur et gestionnaire, Jean-Guy Paquet a placé son savoir et son expertise au service de la région de Québec.Scientifique de formation, il a tour à tour été vice-recteur à la recherche et recteur de l’Université Laval entre 1974 et 1987, a fondé en 1983 le Groupe d’action pour l’avancement technologique et industriel de la région de Québec (GATIQ), et il occupe les fonctions de président et directeur général de l’Institut national d’optique depuis 1994.Grâce à sa contribution au rayonnement du savoir dans le milieu régional, Québec est devenue un centre de recherche scientifique, un pôle de développement technologique et un espace économique diversifié.Polyvalence Le lauréat du prix Armand-Frappier a d’abord obtenu un diplôme d’ingénieur en physique avant de compléter une maîtrise en aéronautique et d’obtenir un doctorat en génie électrique.Au niveau des études supérieures, il s’est résolument tourné vers l’acquisition de connaissances relatives à la robotique ou aux systèmes qui fonctionnent par eux-mêmes.En cette matière, il s’est penché sur des applications telles le pilotage des fusées non habitées et le pilotage automatique des avions.Sur le plan biomédical, il a principalement démontré de l’intérêt popr la circulation des hormones.A ce propos, il s'exprime ainsi: «Dans cette sphère de connaissances, j’ai eu la chance de travailler avec des chercheurs comme Fernand Ixibrie au milieu des années soixante.Je réalisais le modèle mathématique du système hormonal et ce dernier intervenait sur l'aspect biologique.J’ai aussi suivi des études de médecine et mon approche scientifique relevait de ce qu ’on appelle les systèmes à feedback ou à rétroaction tels l’ajustement de la température dans le corps humain ou autres phénomènes du même genre.» A partir de toute cette complexe problématique, il a formé une solide équipe de recherche dans le secteur de la robotique et a exercé ses fonctions de chercheur en génie électrique pendant 10 ans.L’université de la recherche et du milieu A titre de vice-recteur à la recherche et de recteur de l’Université Laval, Jean-Guy Paquet est devenu Tardent promoteur de la recherche universitaire qui a gagné du terrain dans cette institution sous sa gouverne.En même temps, il a prôné et réussi pendant les quelque 13 années durant lesquelles il a occupé ses fonctions un rapprochement entre la communauté universitaire et le milieu socioéconomique.Deux personnes font initié à la recherche et furent ses véritables maîtres.Le premier, Lionel Boulet, était directeur du génie électrique de laval et fut le président fondateur de l’Institut de recherche de THy-dro-Québec (IREQ).Le deuxième a été son directeur de thèse de doctorat, le docteur GUle.«M.Boulet m’a donné ma première job au département de génie électrique et m a incité à faire de la recherche dans le domaine qui m'intéressait.Quant au professeur Cille, qui était professeur à l’Ecole d'aéronautique de France, c’était un homme plutôt extraordinaire.Ingénieur militaire de l’air, il avait suivi un cours de médecine par intérêt personnel en dépit de la volonté de son père.Il était docteur en physiologie et en graphologie.Il était aussi un musicien exceptionnel et un virtuose de Chopin», raconte-t-il.Un troisième personnage s’est incrusté significativement dans le paysage de sa vie professionnelle.Jean-Guy Paquet a en effet succédé trois fois au professeur Larkin Kerwin, soit à titre de vice-doyen en sciences, de vice-recteur à la recherche et de recteur.M.Kerwin fut le premier recteur de l’Université laval de 1972 à 1977.«C’était un chercheur dans l’âme qui s'intéresse à cette activité encore aujourd’hui.Pour lui, la recherche universitaire revêt une grande signification et il m’a initié à la gestion des programmes», signale-t-il.Devenu recteur, il a voulu démontrer que l’université est en mesure de contribuer au développement d’une région, avant de lancer une campagne de levée de fonds en faveur de Laval aq cours de son second mandat.«A ce moment-là, on qualifiait les universités de tours d’ivoire.Comme par hasard, mon bureau était alors situé au 17 étage d’une tour qui était occupée par les étudiants lors de mon entrée en fonction», ironise-t-il.Le GATIQ voit le jour 11 a alors examiné les projets dont Laval pourrait s’occuper pour participer plus étroitement au développement socioéconomique de la région.«Partout ailleurs je voyais des parcs technologiques prendre de l’expansion, notamment aux États-Unis, en Allemagne et au Japon.Pourquoi ne créerait-on pas un tel parc à Québec pour loger des industries de haute technologie?» s’est alors demandé le recteur.Fort de l'appui de la Chambre de commerce de Québec, de la Société de développement de la ville et de représentants de l’Université du Québec, il a alors fondé le Groupe d’action pour l'avancement technologique et industriel de la région de Québec (GATIQ).Ix)rs d’un sommet socioéconomique sur la région au début des années 1980, cet organisme a proposé la réalisation de quatre projets, soit la création d’un parc technologique, d’un institut d’optique, d’un centre de recherche sur l’informatisation des organisations (CEFRIO) et d’un autre centre spécialisé en biomasse.«Le sommet se terminait le vendredi après-midi et ma présentation, à titre de recteur et de président du GATIQ, figurait en dernier lieu au programme.Les participants, ministres, maires et gens de syndicat, étaient fatigués au terme de plusieurs journées d'échanges», se souvient Jean-Guy Paquet.Il poursuit «lœ maire de Québec, M.Pelletier, je crois, a alors pris la parole et s’est exprimé à peu près ainsi: “Ça fait une demi-heure que nous entendons Paquet parler de ses projets qui ont l'air d'avoir du bon sens.Par conséquent, je propose que l’on vote et adopte tout cela en bloc.”» lx‘ «Paquet» en question ajoute VOIR PAGE E 5: PAQUET i I PAQUET SUITE DE LA PAGE E 4 aujourd’hui: «Ils ont voté en bloc en faveur de l'adoption des quatre projets sans savoir de quoi il s'agissait vraiment.» N’empêche que le parc technologique regroupe maintenant une centaine d’entreprises et accueille quelque 4000 travailleurs.Se sont notamment installés à l’intérieur de sa surface, un institut d’optique, une institution en foresterie, un institut de recherche sur le magnésium, et deux importantes entreprises de biotechnologie et de pharmaceutique.«Le virage technologique a été pris avec succès grâce à la concertation de tous les intervenants», résume-t-il.L’Institut d’optique s’autofinance a 80 % En 1994, Jean-Guy Paquet accédait au poste de président et directeur général de l’Institut national d’optique.Organisme sans but lucratif, l’Institut travaille pour l’industrie aéronautique.Au cours des 10 premières années qui ont suivi sa fondation en 1988, ses dirigeants se sont appliqués à dénicher des contrats auprès de compagnies canadiennes et québécoises.Le budget de l’établissement s’établissait à 12 millions de dollars en 1994 et provenait dans une proportion d’environ 40 % des deux gouvernements, provincial et fédéral.«Aujourd’hui, le taux d’autofinancement a doublé et est passé à 80 %.Sur un budget de 30 millions, figurent toujours les six millions de l’Etat.À cette somme se sont toutefois ajoutés 24 millions de dollars que l’Institut puise dans le secteur privé sous la forme de contrats de recherche, de ventes et de prototypes», signale fièrement le lauréat du prix Armand-Frappier.De 100, le nombre d’employés est passé à 185.Armand Frappier (1904-1991) a été un pionnier au Québec dans le secteur de la santé et de l’hygiène publique.Il a fondé en 1938 l’Institut de d’hygiène et de micobiologie de Montréal, institut qui porte aujourd’hui son nom.Ce prix est décerné pour la création ou le développement d’institutions de recherche, ou pour l’administration et la promotion de la recherche.I.E l> E V O I R .I.E S S A M EDI II E T I) I M A X (HE 12 X O V K XI B R K 2 0 0 O « PRIX DUPÉ BEC - E 5 Prix Athanase-David Uécriture comme une naissance Pierre Morency raconte le côté lumineux du monde Pour l’auteur des Histoires naturelles du Nouveau Monde, «il faut déshumaniser la nature et renaturer l’homme».Pierre Morency s’y applique donc depuis 40 ans.ROBERT CHARTRAND Pierre Morency n’est pas, loin s’en faut, un optimiste à tous crins, mais on ne peut s'empêcher de remarquer une appétence de joie, voire de ravissement devant la beauté de la vie qui circule dans toute son œuvre.«J’ai sans doute une propension à voir le côté lumineux des choses même si j’ai eu une enfance somme toute difficile.Dans mes textes, je raconte ce que je vis en me tenant au plus près de l'expérience immédiate: je crois profondément, comme l’écrivait Emerson, que l'instant est un roi masqué.Tout en demeurant lucide, je tente de rendre l’étincelle de certains instants.C’est dans ma nature.» Cela se trouve également, pourrait-on ajouter, dans la nature elle-même, appréhendée tout au long de l’œuvre de Morency comme dans des retrouvailles sans cesse renouvelées.la nature vue et sentie dans son intégrité, sans anthropomorphisme.«J’ai lu assez récemment cette phrase de Nietzsche qui dit assez bien mon entreprise d’écriture: il faut déshumaniser la nature et renaturer l’homme.Dès mon enfance, la nature m’a apporté de la joie.Et je sais d’expérience qu’elle peut nous amener loin en nous-mêmes.Je suis d’abord nourri par l’observation.Puis, le chemin se fait.Et ce qui vient dans les mots peut mener à une sorte de vérité originelle.L’écriture, si on lui est fidèle, nous amène à nous perfectionner.On sort de soi par les images, par les mots.On peut alors s’y découvrir: la poésie est aussi un miroir.Il m’arrive d'ailleurs de me demander où j’en serais si je n’avais pas écrit: sans doute moins loin que là où j’en suis.» Une vie à écrire Pierre Morency était tout jeune lorsqu'un beau jour des années 60, il décida de consacrer sa vie à écrire.Ce fut comme un appel, un engagement que des circons- tances favorables l’ont par la suite aidé à tenir, il le reconnaît.«Il y avait à Québec un animateur de radio qui lisait un poème à chacune de ses émissions quotidiennes.Je lui ai soumis quelques-uns des miens.Puis, j’ai été scripteur pour un magasine hebdomadaire.Je me suis alors dit naïvement: l’écriture, désormais, c’est pour la vie.Et tout s’est enchaîné.J’ai réussi à vivre de ma plume depuis, sans faire trop de compromis.» Tout en continuant d’écrire pour la radio, Pierre Morency a publié des recueils de poèmes aux éditions de l'Arc que dirigeait Gilles Vigneault, puis à l’Hexagone, poèmes réédités en 1988 sous le titre Quand nous serons.H a également écrit quelques pièces de théâtre de même qu’il a adapté et traduit, avec le comédien Paul Hé bert, le Charbonneau et le chefAe J.T.McDonough.D’ailleurs, tous genres confondus, l’écriture de Pierre Morency semble devoir aboutir à la parole vive.D a maintes fois lu ses textes en public, au Québec et en Europe.«J’écris mes textes en fonction d’une éventuelle lecture à voix haute, d’où l’importance du rythme, des sonorités, mais aussi d’une certaine lisibilité.Il faut qu’ils soient accessibles dans l'instant.Là-dessus, je reconnais l’influence marquante de mon père et de mes grands-parents, qui étaient de très bons conteurs.» A la fin des années 70 et au dé but de la décennie suivante, l’œuvre de Pierre Morency se tourne de plus en plus vers la nature.E écrira de nombreuses chroniques pour la radio: Le Bestiaire de l'été, L’Œil américain, etc., diffusées ici et en Europe, et qui seront la matié re première de sa trilogie des Histoires naturelles du Nouveau Monde, publiée au éditions du Boréal.D ne s’agit pas ici de poésie au sens strict, mais plutôt d’une prose de haute tenue où se mêlent l’observation, les souvenirs et l’introspec- Pierre Morency tion, où se rejoignent sensualité et sensibilité, où le lyrisme se conjugue avec un souci de rigueur.La nature avec sa faune et sa flore, les humains sont rendus par l'écriture sans tentative d’appropriation, tels qu’en eux-mêmes, dirait-on, et pourtant neufs de ce regard qui nous les fait redécouvrir.Pierre Morency, selon l’écrivain français Yves Berger, s’y révélait «le jubilant du Nouveau Monde».La formule fait sourire l’intéressé: «Cela m’a touché, mais j’ai l’impression qu’elle s’applique davantage à Yves Berger lui-même qu’à moi.» Lorsqu’on lui demande de nommer des poètes avec qui il se sent des affinités, Pierre Morency parle de I nuise Dupré, de Denise Desautels et de certains grands aînés: Gaston Miron, Paul-Marie Lapointe, Roland Giguère, qui est également un ami.«N’étant pas très intellectuel, je me sens moins proche des poètes plus formalistes.J’aime me poésie très écrite, où il y a un travail sur la forme, qui recèle sa part de mystère mais qui reste immédiatement accessible.» YVES PROVENCHER Engagement Très engagé dans le milieu litté raire, Pierre Morency a notamment participé à la fondation de la revue Estuaire et de l’Union des écrivains du Québec.Cependant, dans son œuvre même, le social et le politique sont évoqués très discrètement.«Je suis tombé récemment sur un site Internet où on faisait une analyse très politique des poèmes que j’avais lus lors de la Nuit de la poésie de 1970.Je me suis dit: pourquoi pas?Mais très tôt, j’ai senti la nécessité de me démarquer des poètes que j’admirais et dont les textes étaient assez ouvertement engagés, histoire de bâtir une œuvre qui me soit propre.Ceci dit, je pense qu’une des fonctions cardinales de l’écriture, c’est de jeter un faisceau lumineux sur l’obscurité des choses: l'injustice, les inégalités, la violence.Celles-ci font partie de mes interrogations et je crois qu’elles transparaissent dans mes textes.Une œuvre doit d’abord avoir un noyau signifiant, qui irradie partout.» Les réactions de son public, plus nombreux que celui de la plupart des poètes, Pierre Morency a eu l’occasion de les connaître.«Les gens m’ont souvent dit que mes livres leur jaisaient du bien.Je touche peut-être, à l’occasion, une fibre secrète chez plusieurs, qui leur donne le goût de voir, d'écouter autour d’eux.Mon œuvre laisse entendre que la nature peut mener à la poésie, mais également à s'améliorer soi-même.C’est une invitation à sortir de soi, à aiguiser sa curiosité, et éventuellement à comprendre ses semblables.Cela permet de lutter contre la pesanteur et le sommeil.» L'amoureux de la nature est cependant un citadin.De Lauzon où il est né, il voyait la ville de Québec au loin.«Elle a fait partie de mes premiers désirs.Je m’y suis fixé par hasard, et m'y suis attaché.C’est une belle ville qui ouvre des perspectives, sur le fleuve, notamment.Et j’y ai accumulé des souvenirs qui lui donnent une épaisseur.» Pierre Morency y a beaucoup marché, seul ou avec des écrivains comme Jacques Poulin, ou Gabriel-le Roy, qu’il a eu la chance de fréquenter dans les dernières années de sa vie.Somme toute, le lauréat du prix Athanase-David serait-il un homme heureux?«Dans la mesure où peut être heureux un individu qui n’est pas insensible à l’état du monde, qui commence à avoir une certaine idée des limites de la vie humaine, qui n’est pas sans connaître la menace que nous faisons peser sur la planète, j’avoue en toute simplicité que je porte en moi une lueur de bonheur, ce qui est immense.Je me suis longtemps demandé si ce que je faisais avait une certaine valeur.Maintenant, je connais ma mesure, ma palette, Et je n ’ai pas d’autre prétention de faire le plus grand possible avec mon petit bagage.» Et il continue de vivre, au sens le plus fort du mot de sa plume.Athanase David (1882-1953) crée en 1922 les concours littéraires et scientifiques du Québec.Le prix souligne un travail d’écriture de conte, nouvelle, poésie, récit roman, essai, de facture dramatique ou s’adressant à la jeunesse.m c( v/- ¦ H rnx du Québec 2000 ¦: ; I Félicitations à tous^ les lauréats des Prix du Québec r & il SOCIETE DE DEVELOPPEMENT DES ENTREPRISES CULTURELLES Québec www.sodec.gouv.qc.ca La culture, une passian qui se develqppe L’Université Laval rend hommage aux lauréats des Prix du Québec 2000 et souligne la contribution exceptionnelle que deux de ses diplômés ont offert à la société québécoise.Jean-Guy Paquet Prix Armand-Frappier Figure notoire de la société scientifique du Québec.Jean-Guy Paquet s’est distingué dans l'avancement de la recherche scientifique, notamment dans le domaine de l'optique.Pierre Morency Prix Athanase-David Illustre écrivain de renommée internationale, Pierre Morency a marqué ’écriture québécoise comme poète, dramaturge, essayiste, raconteur, auteur de récits et scripteur radiophonique, UNIVERSITÉ LAVAL Aujourd’hui Québec, demain le monde. L K I) H V 0 I R .L K S S A M E D I II ET DI M A N ( Il E I 2 X 0 V E M B B E 2 0 (1 0 E (> PRIX DU QUEBEC Reconnaissance publique Lannée du premier refus Prix Lionel-Boulet La science pour passion CLAUDE LAFLEUR Pour la 24 année, le gouvernement du Québec a décerné ses prix, mardi dernier, au Salon rouge de l’Assemblée nationale.Six de ces prix récompensent des personnalités du monde culturel et cinq des sciences.Ces prix sont ainsi attribués annuellement à des personnes qui se sont distinguées par une carrière remarquable dans leur domaine.Ils constituent en fait la plus haute distinction décernée par le gouvernement pour témoigner de l’apport d’individus à l’avancement social et scientifique du Québec.L’origine de ces distinctions remonte à 1922 lorsque Athanase David, alors secrétaire de la province, a créé les Concours littéraire et scientifique.Il visait de la sorte à soutenir le travail d’écrivains et de chercheurs chevronnés puisque, jusqu'en 1966, le prix David était décerné pour une œuvre littéraire et pour un ouvrage de recherche.Par la suite, ces prix ont plutôt été accordés pour l’ensemble de l’œuvre d’un écrivain et pour la carrière d’un scientifique.Finalement, en 1977, afin de refléter la diversité de la vie culturelle, sociale et scientifique, le gouvernement a porté de deux à cinq le nombre de prix.Depuis, ce nombre est graduellement passé à onze.«On décerne des prix pour souligner une carrière exceptionnelle dans différents domaines de la culture et des sciences, indique Claude Ja-nelle, secrétaire du volet culturel des prix du Québec.Ceux-ci couronnent donc l'ensemble d’une carrière et non pas une réalisation ponctuelle.» C’est pourquoi les lauréats ont généralement entre 50 et 70 ans et comptent souvent de 25 à 30 années de pratique artistique ou scientifique.Chaque lauréat reçoit une bourse non imposable de 30 000 $, une médaille réalisée par un artiste et un parchemin calligraphié et signé de la main du ministre responsable et du premier ministre.Elles sont cette année l’œuvre des joaillières Christine Larochelle et Catherine Tremblay.La première, créatrice de la médaille remise aux six lauréats scientifiques, a reçu sa formation à l’Eco- le de joaillerie et de métaux d’art de Montréal où elle enseigne maintenant La seconde, conceptrice de la médaille remise aux cinq lauréats culturels, a une formation en joaillerie dp Centre Saidye Bronfinan et de l’Ecole de joaillerie et de métaux d’art de Montréal.Les médailles seront présentées dans un écrin en bois d’acajou, doublé de peau de vache et de porc, de couleur marine, conçu et réalisé par Jacques Fournier.Relieur professionnel, celui-ci est également directeur-fondateur des éditions Ro-selin, une maison spécialisée dans le livre d’artiste.Quant à la bourse, pour le prix Albert-Tessier, décerné dans le domaine du cinéma, elle aide souvent le lauréat à se consacrer à l’écriture d’un scénario ou contribue à financer un projet de film.Four d’autres, notamment des écrivons, la bourse fournit l’occasion de se procurer un ordinateur.«Et pour certains, dit-il encore, c'est même l’occasion de réaliser un rêve.Je me souviens de Raymond Lévesque qui a déclaré, au moment où il recevait le prix Denise-Pelletier, qu’il ferait un voyage en bateau jusqu’en France!» Des lauréats choisis par leurs pairs Le choix des onze lauréats se fait par l’intermédiaire de jurys indépendants les uns des autres.«Pour chacun des prix, un jury est formé de spécialistes du secteur.Par exemple, pour le prix Denise-Pelletier, qui reconnaît le mérite d’un artiste dans le domaine des arts d’interprétation (musique, théâtre, danse ou variétés), le jury se compose de personnes qui viennent de chacun de ces secteurs.Chaque jury est par conséquent constitué des pairs de ceux et celles qu'il est appelé à évaluer.» Le processus de nomination s’amorce chaque année dès février, alors que le Secrétariat demande aux organismes culturels et scientifiques de soumettre des candidats.En outre, des annonces sont publiées dans les principaux journaux puisque n’importe qui peut présenter des candidatures.Notons que pour être admissible, tout candidat doit posséder la citoyenneté canadienne et avoir fait carrière au Québec.Cependant, personne ne peut présenter lui-mème sa candidature alors qu’un prix ne peut être attribué par le jury à titre posthume (ce qui explique fa nomination cette année d’Henri Bergeron).«Ce sont généralement des organismes qui constituent le dossier de mise en candidature d’une personne, explique le responsable.Ces dossiers sont envoyés au Secrétariat.Puis, nous constituons les jurys et nous leur remettons les dossiers de candidature pour étude.» Le nombre de candidats varie d’une année à l’autre et selon les prix, mais qu’il est généralement compris entre 8 et 15 candidats pour chaque prix.Une première: un lauréat refuse son prix! Notons, finalement, que cette année, le prix Gérard-Morisset n’est pas décerné, non pas faute de candidats intéressants mais plutôt parce que le lauréat choisi.a décliné! Philippe Bruneau ne sera donc jamais mentionné comme lauréat Le prix Gérard-Morisset souligne la contribution exemplaire d’une personne dans le domaine du patrimoine qui comprend la muséologie, 1a connaissance du patrimoine, l’architecture, l’archéologie et les archives, «fl s’agit de la mise en valeur du patrimoine sous toutes ses formes», indique M.Janelle.Il précise que cette année, le jury tenait à souligner la culture orale et que le lauréat pressenti aurait été fa première personne à recevoir ce prix provenant du secteur du patrimoine vivant.«Pour nous, c’était une façon de reconnaître ce secteur qui n’avait pas encore vu couronner de lauréat depuis l’existence du prix en 1992.» Tout en soulignant que le Secrétariat respecte 1a décision du nominé, il ajoute que «d’un autre côté, nous ne nous sentons pas obligé de ne pas dire de qui il s’agit.» Un tel refus ne s’est jamais produit dans l’histoire des prix du Québec, bien qu’il soit déjà arrivé, à deux occasions par le passé, qu’un prix scientifique ne soit pas attribué.faute de candidats jugés valables.Pour tout savoir sur fa sélection de Prix et les lauréats (passés et présents) , voir le site Prix du Québec à http://umv.mrst.gouv.qc.ca/Jr/prix-qc/ a Bernard Coupai ing.Ph.D.(génie chimique) récipiendaire du Prix Lionel-Boulet pour sa contribution en recherche et développement dans le milieu industriel 42 L Université de Sherbrooke est très fière d’avoir compté dans sa communauté universitaire, pendant deux décennies, ce fondateur du Département de chimie, ce professeur exceptionnel, ce chercheur renommé fT UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE www.usherb.ca Le parcours sans faute de Bernard Coupai Bernard Coupai se définit spontanément comme un chercheur impatient et un gestionnaire chanceux.GUY LAINE BOUCHER Modeste, Bernard Coupai, lauréat du prix Lionel-Boulet, admet devoir l’ensemble de ses réalisations à une seule et même obsession: celle de vouloir rendre fa science utile à quelque chose.Une obsession qui a fait bien des petits.Ingénieur chimique de formation, Bernard Coupai, 67 ans, a fait de fa science et des technologies son pain quotidien depuis de nombreuses années.De l’enseignement à fa gestion de fonds de capital de risque, en passant par fa recherche, il a exploré toutes les facettes de cette sphère d’activité.Enfant, rien ne laissait pourtant présager qu’il pourrait s’engager dans une telle carrière.Né à Montréal d’une famille modeste, c’est son passage au Séminaire Saint-Jean qui allait lui éveiller l’esprit à 1a chimie et aux sciences en général.Quelque cinquante ans plus tard, sa voue vibre d’ailleurs encore d’un enthousiasme à peine contenu lorsqu’il parle de sa rencontre avec l’abbé Léon-Maurice Pépin.«Il m'enseignait la chimie, la physique et les mathématiques.C’était un véritable passionné et il nous a transmis cette passion.Des gens comme ça, on en rencontre rarement dans une vie.» Son çours classique en poche, Bernard Coupai s’inscrit à l’École Polytechnique où il décroche un baccalauréat, puis une maîtrise en génie chimique.Enseignant le temps de quelques années, il décroche ensuite une bourse de 1a fondation Ford pour aller poursuivre des études doctorales dans une université américaine.Une époque dont il parle aujourd’hui avec un certain amusement «Tout le monde me disait que penser obtenir une telle bourse était complètement fou, que seuls les étudiants américains pouvaient vraiment profiter du programme.L’Université de Floride avait un programme de recherche en contrôle industriel qui m’intéressait.J’ai donc demandé la bourse et je l’ai eue.En 1963, marié et père de deux enfants, je partais donc pour la Floride avec mon petit bonheur.C’était un peu fou, mais super stimulant.» De retour au Québec deux, ans plus tard, il retourne à l’enseignement d’abord à l’École Polytechnique, puis à l’Université de Sherbrooke où, à compter de 1967, il crée de toutes pièces le département de génie chimique.Un engagement qui allait durer jusqu’en 1986, où il passera définitivement du côté des gestionnaires.Bernard Coupai fait un premier pas dans le secteur privé en 1974, alors qu’il joint les rangs de I iivallin le temps d’une année sabbatique.Une incartade qui allait porter fruit et lui permettre de mener une double vie d’ingénieur et d’enseignant pendant quelques années, puisque après avoir négocié un statut particulier auprès de l’université il mènera de front les deux carrières, faisant l’aller-retour Sherbrooke-Montréal, deux à trois fois par semaine.Professeur, puis désormais ingénieur bien en vue, le vice-président du Conseil national de recherche du Canada le contacte en 1986 pour le convaincre de prendre la direction du tout nouvel Institut de recherche en biotechnologies, rattaché au Conseil national de recherches du Canada.Après un premier refus, il se laisse finalement convaincre et mène 1a barque de l’Institut pendant deux ans, le temps précise-t-il aujourd’hui, «de voir que la bureaucratie n’est pas faite pour lui».Préoccupé par 1a commercialisation des projets de recherche et de leurs résultantes, il lance en 1990, le tout premier fonds de capital de risque en biotechnologies au Québec.Avec BioChem Pharma comme navire amiral, BioCapital fait découvrir les sciences et techno-logies à l’industrie québécoise du capital de risque tout entière.L’entreprise bien en selle, il quitte à 1a fin de 1992.Peu de temps après, alors qu’il est membre du conseil d’administration de l’organisme Innovation Montréal, on lui présente ce que devrait être 1a Société Innovatech du Grand Montréal.Convaincu de bien-fondé et de l’avenir de l’organisme, il démissionne de son poste d’administrateur et soumet sa candidature pour en devenir le premier président-directeur général.Un pari relevé puisque, non seulement il sera retenu, mais il occupera la fonction pendant cinq ans.Des années qu’il qualifie encore aujourd’hui «d’exceptionnelles».YVES PROVENCHER Bernard Coupai En 1996, il convainc Sofinov, la filiale d’investissement technologique de fa Caisse de dépôt et de placement du Québec et 1a Banque de développement du Canada, de mettre sur pied un tout nouvel organisme de développement des sciences et technologies.«Innovatech nous permettait de faire des choses très intéressantes, mais nous perdions aussi beaucoup d’occasions d’affaires parce que les gens qui se présentaient devant nous n’avaient pas de plan d’affaires, ne voulaient pas, ne savaient pas ou n’avaient pas le temps d’en faire.L’idée m’est alors venue de partir quelque chose qui se situerait en amont et qui nous permettrait d’écrire nous-mêmes le plan d’affaires.Nous avons réuni 62,5 millions pour investir dans les sciences de la vie et la technologie de l’information et nous avons démarré la machine.» Encore longtemps Toujours active, 1a firme T2C2/Bio inc.et Gestion T2C2/Info inc.compte aujourd’hui sur un portefeuille de 40 sociétés, dont quatre sont devenues publiques.Son fonctionnement est relativement simple.Il consiste à faire le tour des universités, centres de recherche et centres hospitaliers pour repérer les projets de recherche qui ont un potentiel de commercialisation, négocier avec les institutions le droit de commercialisation et financer la mise en marché du produit en question.Un travail que Bernard Coupai considère encore aujourd’hui comme très stimulant Si Bernard Coupai parle fort simplement de ses activités, les principaux acteurs du monde de fa recherche, des sciences et des technologiques québécoises, eux, ne tarissent pas d’éloges sur ses accomplissements.Des éloges que le principal intéressé refuse d'accepter pour lui seul.«Le Canada met tellement d’argent en recherche que ça me tracassait, je me disais qu’il fallait bien faire quelque chose avec ça.Nous avons ici tout ce qu’il faut pour faire de la bonne science: de bonnes universités, de bons chercheurs, il suffisait seulement de tout mettre ça ensemble.C’est ce que j’ai fait.Et encore je n'ai vraiment pas fait ça tout seul.J’ai été bien entouré.D'ailleurs, dans la vie quand on réussit quelque chose, on ri est jamais tout seul.Pour le reste j’ai été très chanceux, fêtais à la bonne place au bon moment.» Le prix lionel-Boulet est fa treizième distinction décernée à Bernard Coupai.Ce qui ne l’empèche pas d’être fort ému.«Voir son nom associé à Lionel Boulet est un honneur.R a réussi où beaucoup auraient échoué.Il est parvenu à convaincre le gouvernement que la recherche était un outil de développement économique.Dans le Québec des années passées ce n’était pas une mince tâche.Son influence a été remarquable.Nous lui devons beaucoup.» Parions que certains diront fa même chose du lauréat en question d’ici quelques années.Lionel Boulet (1919-1996) a été l’un des pionniers de l’Institut de recherche d’Hydro-Québec.le prix qui porte son nom s’adresse à qui s’est distingué dans le développement d’entreprises et par son apport au développement économique du Québec.La galerie Graff est fière de représenter JACQUES HURTUBISE récipiendaire du Prix Paul-Émile-Borduas 2000 galerie Noir de Corbone, 2000, acrylique sur toile, 108 x 163 cm jusqu'au 2 décembre «Etoiles variables» acryliques sur toile et sur papier (t rtiff 963, Rachel Est, Montréal, Qc H2J 2J4 Tel, : (514) 526-2616 • e-mail : graff@cam.org Du mer.au ven.de 11 h à 18 h Sam.de 12 h à 17 h Prix Lionel-Boulot Bernard h Prix du Québec .ouhqnont lu ir.iVfiil f'xr (,|)|ionrH*l fie femmes ut (l'hommes qui ont < ontribue n n s il II 1 c NORMAND THERIAULT nth cri&iiltolodrvoir.ra 20.10.rue du Blpiirv.0* rla^p, Montréal (QiipIipcI HUA AMI).Tri.: (51 II »85 rrdartionolrdrvoir.rnin FAIS C H (J 11 K I) 0 I s 1961 à 1992, et qui a réalisé notamment les émissions-reportages portant sur les Biennales de la langue française de 1973 à 1991 avec Henri Bergeron comme interviewer-ani-mateur, insiste sur le sérieux avec lequel il envisageait chaque étape de son travail.«Tout ce qui touchait à la langue française l'intéressait.On ne s’improvise pas animateur; la perfection qu’il atteignait était le fruit d’un travail rigoureux.R n’a jamais reculé devant l’effort, et il faisait en sorte de ne jamais se montrer au-dessous de ses possibilités», souligne Gilbert Picard.«Son idéal a toujours été très élevé.Que ce soit à Dakar, au Luxembourg, à Moncton, à Lausanne ou à Lisbonne, en Louisiane ou au Québec, où étaient enregistrés nos reportages, il tenait à rendre compte non seulement de l’état de la langue de la façon la plus exacte possible, mais aussi du contexte et de l’atmosphère des lieux.Il mérite bien ce prix.» Huguette Paré, réalisatrice de plusieurs émissions culturelles parmi les plus appréciées de la radio FM de Radio-Canada, témoigne: «De 1967 à 1983, il animait Chronique du disque.Il a été pour moi un précieux collaborateur.Il avait la passion de communiquer et un respect infini pour les gens d’ici.Et ce respect des autres s’exprimait par le respect de la langue», précise Mme Paré.«Mais l’excellence de son langage était sans prétention ni préciosité; elle était basée sur la recherche permanente du terme et de l’expression justes.» Quelques jours avant sa mort Henri Bergeron a téléphoné à Huguette Paré.«Sa voix était un peu voilée, mais son français, toujours impeccable.Il a fait pour le français ce qu ’on peut faire de mieux: Henri Bergeron il a donné l’exemple, comme les vrais grands, comme son collègue Guy Mouffette, l’Oiseau de nuit avec lequel j’ai eu le bonheur de travailler six ans au Cabaret du soir qui penche et qui mériterait également ce prix», conclut-elle.Jacques Houde, qui fut longtemps le collègue de Henri Bergeron à Radio-Canada puis à Radio Ville-Marie, abonde dans le même sens: «“Monsieur B”, comme je me plaisais à l’appeler, fut pour moi un maître: le maître de la communication.Avant tous, il avait fait l’école de la communication électronique, en découvrant tout à travers l’expérience puisque tout restait alors à inventer.Il était également un être de bonté, magnanime en toutes circonstances.» «Son être tout entier habitait sa voix.Extrêmement professionnel, il ne se permettait jamais de remarques excessives envers ses pairs; il me disait simplement: “Prépare-toi bien; rien de ce que tu fais ne doit être improvisé; tout doit être sciemment préparé”.» Selon Jacques Houde, la voix de Henri Bergeron ne se perdra jamais et son énergie subsistera à travers ceux qu’il a formés.«R a tant donné pour le respect de la langue! À nous d’apprendre la leçon et de la perpétuer.» Georges-Émile Lapalme (1907-1985), le «père de la Révolution tranquille», a été le premier titulaire du ministère des Affaires culturelles du Québec.Le prix qui honore sa mémoire couronne la carrière d’une personne ayant contribué à la qualité et au rayonnement de la langue française parlée ou écrite au Québec, que ce soit dans le domaine de la culture, des communications, de l’éducation, de l’administration, de la recherche, du travail, du commerce ou des affaires.1 Prix Georges-Emile-Lapalme Hommage à monsieur Henri Bergeron, lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme À titre de ministre responsable de la Charte de la langue française, c'est avec respect que je tiens à souligner l'œuvre rayonnante de monsieur Henri Bergeron.Homme de culture et fin pédagogue, monsieur Henri Bergeron était un brillant communicateur.Par son amour de la langue française, son souci du mot juste et son élocution exemplaire, il fut un inlassable pèlerin de la promotion du français et un de ses plus ardents défenseurs.Il a marqué plus d'une génération d'annonceurs.Nous lui sommes redevables d’une contribution inestimable à la qualité du français au Québec et, plus particulièrement, dans le paysage télévisuel.& SlLü^L "RjfaUULJtabyv.- Louise BEAUDOIN Ministre des Relations internationales Ministre responsable de la Francophonie Ministre responsable de la Charte de la langue française Québec Relations internationales El El ES ES ( I
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.