Le devoir, 3 février 2001, Cahier D
LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIM A X ( Il E 4 FÉVRIER 2 O O I LE DEVOIR Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4etD6 Le feuilleton Page D 5 Walter Benjamin Page D 6 Formes Page D 8 Gilles Ma rc otte ?CARREFOURS lire avec La question mérite d’être posée: pourquoi accorder à des ouvrages de critique un temps qu’il serait plus profitable, semble-t-il, de consacrer à la lecture des œuvres qu’ils dissèquent?Je ne parle pas des professeurs de littérature, qui entretiennent la flamme de l’analyse, de la réflexion, en lisant leurs collègues d’ici ou d’ailleurs.Je parle de gens comme vous et moi, de lecteurs qui n’ont pas un programme de lecture parfaitement rigoureux, organisé, qui aiment flâner dans les librairies, qui n’ont pas trop honte de lire des romans policiers et qui regardent de temps à autre, à la télévision, l’aimable Bernard Pivot Justement, est-ce qu'on en invite parfois, des auteurs d’ouvrages critiques, à Bouillon de culturel Des biographes, parfois, à la rigueur, comme ce monsieur Attali, il y a quelque temps, qui avait l’air de savoir tant de choses sur Biaise Pascal.Ou encore un Pierre Dumayet, lui-même artisan de la télévision et qui, dans un petit livre agréable, plus parlé qu’écrit Autobiographie d’un lecteur, nous fait part entre autres nombreux sujets, de l’immense passion qu’il a pour Flaubert.Mais des critiques, au sens où j’entends le mot, des gens qui pensent assez longuement et écrivent de même sur la littérature, les œuvres littéraires, non, vraiment.Il ne faut pas faire fuir le chaland et mettre ainsi en danger une émission littéraire qui a déjà du mal à survivre dans le tapage ambiant Ue m’excuse de me référer aussi fréquemment à l’émission de Pivot mais c’est qu’elle représente, mieux qu’aucune autre, l’aspect mondain de la vie littéraire, la façon dont elle se vit s’échange, se parle sur la place publique.) On ne fera pas à Pierre Dumayet l’injure de le traiter de critique.11 fut à la télévision, avec son collègue Pierre Des-graupes, l’animateur d’une émission littéraire qui avait du ton, Lectures pour tous.C’est d’un même tenant que, dans Autobiographie d’un lecteur, il raconte sa vie, ses lectures et ses aventures de télévision, avec une simplicité (fausse, heureusement) souriante.Madame Bovary, c’est lui.Le roman de Flaubert il le connaît littéralement par cœur.Il peut prendre l’auteur en flagrant délit d’inexactitude, de négligence factuelle.Ce qui lui fait poser une question essentielle: «A-t-on le droit de dire qu’on déteste un personnage de roman?Les sentiments que nous éprouvons pour des personnages fictifs sont-ils réels?Chacun a le droit de répondre par oui ou par non.» Pour Dumayet, c’est oui, plutôt oui, oui avec quelques nuances.Oserai-je dire que, pour moi, professeur d’université à la retraite (c'est un de mes chapeaux), quiconque n’a pas eu la tentation de ce oui n’a jamais lu un roman?Il y a aussi, forcément dans un tel livre, beaucoup d’anecdotes, de réflexions diverses.Vous ne saviez sans doute pas que l’aubergiste de La Haye, où naquit Descartes, s'appelle Mme Raison.Ou que Flaubert, encore lui, se méfiait de la journée du mardi.On apprend plusieurs choses de cet ordre, chez Dumayet.Et on retient ce court passage sur mai 1968, plus profond qu'il ne le paraît d’abord: «Je garde un bon souvenir de Mai 68.Presque tout le monde avait le même âge.Presque tout le monde avait raison.Finalement, tout le monde a eu tort.Charles Du Bos, bien sûr, c’est autre chose, immensément autre chose, et je ne parlerai de ce grand critique, un des plus grands du XX' siècle, qu’avec une sorte de pudeur, comme d’une amitié toute personnelle.Ceux qui ont fait leur cours classique se souviendront peut-être d’un Qu'est-ce que la littérature?un peu mou, qu’ils remplacèrent quelques années plus tard par celui de Jean-Paul Sartre, décidément plus moderne, plus agressif.Quelques-uns s’égarèrent, imprudemment peut-être, dans les milliers de pages du Journal ou des Approximations.J’entends dire que d’autres, ou les mêmes, y reviennent, atti-! rés par un critique qui est aussi un véritable, peut-être un grand écrivain, et dont l’œuvre s’offre en contrepoint à l’esprit de fuite qui est la marque de notre temps.VOIR PAGE D 2: LIRE ri faille / JHHNKr < JACQUES GRENIER LE DEVOIR Rachel Leclerc est discrète.Simplement vêtue, dans le restaurant de l’ouest de la ville où elle m’a donné rendez-vous, elle offre au monde un visage sans fard.C’est à l’intérieur, dans l’invisible, que bat sa poésie, sa prose.Dans Ruelle Océan, le dernier roman qu’elle a fait paraître chez Boréal, Rachel Leclerc, qui est originaire d’un village appelé Nouvelle, en Gaspé-sie, livre un regard attentif sur la ville, sur le quartier pauvre du centre-sud de Montréal, avec ses itinérants et ses poubelles qui débordent.Avec l’œil du poète, au milieu de la laideur et de la souffrance, au delà du cynisme, elle voit reluire la beauté.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Lorsqu’elle a emménagé dans l’est de Montréal, il y a quelques années, Rachel Leclerc confondait la bruit de la circulation de l’avenue Papineau avec celui du ressac de l’océan.«Comme un roulis qui s’arrête et qui continue», dit-elle.Sursaut de poète?C’est en tout cas cette observation qui a donné son titre à son dernier ouvrage, $ w m®.Ruelle Océan.Et l’action de Ruelle Océan se déroule précisément dans ce quartier, à l’angle des rues Papineau et Ontario, entre les effluves de monoxyde de carbone et celles des usines de cigarettes, selon la direction d’où vient le vent.Un quartier où «le collier du rêve est si court, écrit-elle, qu’il vous étrangle au moindre mouvement».Un quartier, écrit-elle encore, «où le savoir est si pauvre que la pauvreté elle-même apparaît comme une punition méritée».Car c’est la pauvreté, une pauvreté qui s’est développée au cours des dernières années, qui a été son plus grand choc.«Pour moi, la pauvreté à Montréal, c’est quelque chose de très troublant», ajoute-t-elle en entrevue.Le roman, poli comme une œuvre d’art, ciselé comme un bijou, met en scène une femme, devenue infirmière en ville, et suit la déchéance de son père, diminué par un infarctus et entretemps devenu tenancier d’une cour et d’une collection de détritus qu’il entretient avec les soins d’un artiste.Entre l’héroïne et son père, il y a des tensions, bien sûr, mais il y a aussi de la tendresse, ce passé commun, jamais nommé de vive voix, qui les lie devant le monde.Loin de la mer, le quotidien apporte son lot de miséreux, d’ancienne clientèle d’hôpitaux psychiatriques et d’autres fous qui errent dans les rues et fouillent allègrement les poubelles dans l’indifférence générale.«J’avais envie de dire ce que je pensais», explique Rachel Leclerc.VOIR PAGE D 2: LECLERC « Pour moi, la pauvreté à Montréal, c’est quelque chose de très troublant » JACQUES NADEAU I F.DKVOIR I.K I) E V 0 I R , LES S A M EDI 3 E T DIMANCHE 4 FÉVRIER 2 0 01 LIRE Il y a deux façons, pour une œuvre ou pour un homme, de vieillir: bien, ou mal SUITE DE LA PAGE D 1 Me voici donc devant les Approximations, qui viennent d’être rééditées dans un seul immense volume de plus de 1500 pages.Non pas devant: dans, c’est-à-dire nageant dans un fleuve de mots dont le cours tranquille ne paraît pas avoir de fin.La critique de Charles Du Bos a vieilli, sans doute, fl y a deux façons, pour une œuvre ou pour un homme, de vieillir: bien, ou mal.La critique de Du Bos a bien vieilli, dans la mesure même où ses défauts, ou ce que l’on pourrait considérer comme des défauts, longueur des développements, attention à des détails infimes, deviennent cela même qui nous tient à cœur, nous instruit.Elle n’appartient pas à ce qu’on appelle la critique savante, avec tremendous footnotes, non plus qu’à la critique journalistique, celle de la première réception.Elle fait flèche de toutes sortes de circonstances: hommages, entretiens, conférences, pour déployer un discours subtil, fertile en distinctions, qui semble tourner habilement autour du pot, si je puis me permettre cette expression, mais en réalité se dirige d’un pas sûr vers la découverte essentielle.Du Bos cite beaucoup, à grandes pages.Et si nous lisons ces trois ou quatre pages de Proust de Tolstoï, de Claudel comme si nous ne les avions jamais lue% c’est que nous avons été mis en condition par le texte critique.Nous lisons Proust avec Du Bos, en compagnie de Du Bos En vérité, nous ne lisons pas une étude sur Proust écrite par Du Bos, nous lisons Proust avec Du Bos, en compagnie de Du Bos.Un chroniqueur que je ne saurais nommer, parce qu’à la fois il m’amuse et m’agace considérablement reprochait à Du Bos, entre autres choses également graves, d’avoir encombré ses Approximations d’études trop.élogieuses sur des auteurs disparus très vite de l’horizon littéraire, comme Gérard d’Houville, Jacques Sin-dral, May Sinclair, Marcelle Sauvageot et tutti quanti.Charles Du Bos, que l’on imagine trop facilement égaré dans les hautes sphères de l’esprit, tenait à ses contemporains: «te choses, écrivait-il, que nous rencontrons chez m vivant, chez un contemporain, alors même qu’elles peuvent être moins haut situées que celles que des morts auraient à nous offrir, produisent souvent sur nous une “impression" plus forte parce que plus contagieuse: “presque physique”, l’adjectif est la justesse même, et ici aussi [.] il faut laisser tomber le “presque”.» Mais il se trouve, belle chance, que parmi les contemporains de Charles Du Bos, se trouvaient aussi Marcel Proust, Paul Claudel, André Gide, François Mauriac, et même le comte Tolstoï.D’autre part, les contemporains ne sont pas tous de notre époque, bien entendu.Dumayet, pour finir: «Tous les textes peuvent se lire comme s’ils étaient nos contemporains.Ou comme si nous étions les leurs.» GROUPE Renaud- — diijÿuifc _ Carneau— PALMARES HEBDOMADAIRE selon les ventes de nos 24 succursales Du 24 au 30 janvier 2001 1 PSYCHO.La synergologie 37 Philippe Turchet L'Homme 2 ROMAN 99 francs 19 F.Beigbeder Grasset 3^ ROMAN Q.Gabrielle « 9 Marie Laberge Boréal 4 JEUNESSE Harry Potter et la coupe de feu, tome 4 » 10 J.-K.Rowling Gallimard 5 HUMOUR Journal d'unTi-Mé 12 Claude Meunier Leméac 6 HUMOUR Les chrétienneries 17 Pascal Beausoleil Intouchables 7 POLAR Les rivières pourpres e 156 Jean-C.Grangé Albin Michel 8 ROMAN 3 Christian Jacq XO éd.9 ROMAN Q.Un parfum de cèdre » - Éd.compacte ¦ 17 A.-M.MacDonald Flammarion Qc.10 CUISINE Encore des pinardises * 16 Daniel Pinard Boréal 11 ROMAN Q.Un dimanche à la piscine à Kigali e 14 G.Courtemanche Boréal 12 PRATIQUE Le guide de l'auto 2001 17 Duval & Duquet L'Homme 13 SPIRITU.4 Neale D.Walsch Ariane 14 PSYCHO.3 T.D'Ansembourg L'Homme 15 PSYCHO.À chacun sa mission 60 J.Monbourquette Novalis 16 POLAR Hannibal * 53 Thomas Harris Albin Michel 17 JEUNESSE Chansons drôles, chansons folles (Livre & DC) » 20 Henriette Major Fides 18 ESSAI O.La simplicité volontaire 149 Serge Mongeau Écosociété 19 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous » 170 I.Nazare-Aga L’Homme 20 PSYCHO.La guérison du cœur 53 Guy Corneau ! L'Homme 21 PSYCHO.Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même 24 Lise Bourbeau E.T.C.22 ROMAN Madame Socrate * 12 Gérald Messadié Lattès 23 PSYCHO.Grandir : aimer, perdre et grandir 360 J.Monbourquette du Richelieu 24 ESSAI Q.Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde 9 D.Bombardier Albin Michel 25 ROMAN Et si c'était vrai.53 Marc Lévy R.Laffont 26 ROMAN Métaphysique des tubes 20 Amélie Nothomb Albin Michel 27 CUISINE Sushis faciles » 35 Collectif Marabout 28 CUISINE Le guide du vin 2001 13 Michel Phaneuf L'Homme 29 GUIDE Montréal : les lumières de ma ville 65 Marcoux & Pharand L'Homme 30 B.D.2 Dorison & Alice Glénat 31 RÉCIT Ébène * 10 R.Kapuscinsky Plon 32 PSYCHO.Les manipulateurs et ïamour 18 1.Nazare-Aga L’Homme 33 ÉSOTÉR.Horoscope 2001 23 Anne4A.Chalifoux 7 jour* 34 ROMAN Dans ces bras-là * - pri» Femim - 17 Camille Lauren* P.O.L.35 PSYCHO.Je t'aime, la vie » 15 C.Bensaïd R.Laffont \m\ horreur 2 Dean Koontz R.Laffont 37 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus * 361 John Gray Logiques 38 HUMOUR Choses à ne pas faire 15 Bruno Blanchet Intouchable* 39 PSYCHO Lâcher prise 421 Guy Flnley le Jour 40 ÉDUCATION 2 Collectif Ma carrière Livres -format poche 1 JEUNESSE Harry Potter : volumes 1,2 et 3 * 59 J.- K.Rowling Folio junior 2 ROMAN Geisha * 38 Arthur Golden Livre da poche 3 SPIRITU.L'art du bonheur * 11 Dalaï-Lema J'el lu 4 JEUNESSE À la croisée des mondes, tome 1 -Les royaumes du Nord « 39 Philip Pullman Folio junior 5 ROMAN La montagne de l'âme v • Prix Nobel d* llttératur* - 1 ! 49 Gao Xlngjlan da l'Aube 9 : Coup da coeur RB HH 1è N.B.: La* dictionnaire* et le* titra* à l'étude «ont exclus U NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION Pour commander à distance s (r»N) 342-28H www.renaud-bray.com «r Livres ^- LECLERC Chez elle, Vindignation s’exprime doucement SUITE DE LA PAGE D 1 Lancée sur le sujet, elle devient intarissable.«Depuis quelques années, je ne sais pas si vous constatez la même chose que moi, mais on voit de plus en plus de gens fouiller les poubelles, dans ce quartier-là notamment [.].Il y a un problème de société que la pauvreté seule n'explique pas.Je ne sais pas si cela a un rapport avec la désinstitutionnalisation psychiatrique qu’il y a eue il y a quelques années, mais je pense qu’il y a beaucoup de gens à Montréal qui souffrent de désordres psychiques.[.] Peut-être qu’on a perdu de la fierté, dans le fond.On en a perdu beaucoup, je pense, depuis 15 ou 20 ans.» Elle ajoute que son roman «n’est pas un roman gentil», qu’il parle de choses négatives et que c’est pour cela qu’elle a peur de la critique.Il y a en Rachel Leclerc une pudeur qui condamne son propre cynisme.Pourtant, chez elle, l’indignation s’exprime doucement, en jets de mots qui scintillent sous les yeux, avec la souffrance comme toile de fond.La vie dans ce quartier, près des rues Ontario et Papineau, semble durer une éternité.Durant cette éternité, la femme consulte un psychiatre et lui raconte sa vie.Dans l’écrin de ses souvenirs, la narratrice retrouve son premier amour, un Noir vagabond rencontré dans une grange désaffectée.Un voyageur en provenance de Montréal, de ceux que Rachel Leclerc voyait passer, près de chez elle, dans sa jeunesse.Un de ces pouceux, hippie sur les bords, qui tentait une ballade vers Gaspé, cher- chant la mer, et dont elle admirait la liberté.«Selon la tradition, écrit-elle, le quêteux qui pénètre dans une maison pour un repas doit, en échange, faire le récit de ses voyages pour l’édification de ses hâtes, qui sont sédentaires», lit-on.Ainsi Harold devint-il son amant.Comme la vie de l’écrivaine, qui s'est déroulée entre la ville et la campagne, et même si le roman n’est pas autobiographique, l’action fait des allers-retours entre la vallée de la Matapédia et la grande ville de Montréal.En fait, Rachel Leclerc a pris le chemin de Montréal dans la jeune vingtaine.C’était après avoir rencontré le poète Michel Beau-lieu, qui l’avait encouragée dans ses ambitions.«C’était un très grand poète», dit-elle en se souvenant de l’homme, mort prématurément.Elle a abordé la grande ville avec l’intention de devenir écrivain et de rencontrer d’autres écrivains.Depuis, elle a publié de nombreux recueils de poèmes, notamment Rabatteurs d’étoiles (Noroît), qui a remporté le prix Alain-Grandbois, et Les Vies frontalières (Noroît), couronné du prix Emile-Nelligan et du prix Jo-vette-Bernier.Mais ce sont les thèmes de son dernier recueil de poésie,/e ne vous attendais pas, publié au Noroît, qui sont le plus repris dans Ruelle Océan.Il y a déjà de cette indignation contenue, de cette colère larvée, dans cet univers «où vous n’existez pas moins que les anges / qui passent un coup d’aile au pare-brise / des gens pressés de traverser leur enfance / s’étonnant de retrouver leur propre odeur / dans ce quar- Raciiu.Lecu rc _____m.RUELLE OCÉAN A Kun-à tier de toc et de rouille», comme elle l'écrivait déjà dans la suite intitulée Quartiers.De la campagne, elle évoque volontiers la beauté.Et relève qu’on voit rarement plus d’un ou deux mendiants dans un seul village.Mais la vie aurait aussi été incomplète pour elle sans ce séjour à la ville, avec son bourdonnement culturel, son activité, sa laideur même.«Est-ce que je me sens déracinée?Peut-être un petit peu, mais je ne souffre pas de cela.Je souffre d’autre chose», dit-elle.Ruelle Océan témoigne d’ailleurs d’une autre poésie que celle qu’on retrouvait dans Noces de sable, son premier roman, qui se déroulait au bord de la mer, au milieu du XIX1 siècle, et pour lequel elle avait notamment remporté le prix Henri-Queffélec, en France.«Parce que Noces de sable se passe au bord de la mer, et là, jus- tement, j'ai voulu exploiter la poésie de la ville.Pour moi, la poésie de la ville est la poésie des petites gens, des travailleurs, voire de la pauvreté.On est bien servi quand on cherche ce genre de poésie-là à Montréal», poursuit-elle.La narratrice de Ruelle Océan est une enfant de l’errance.La mort de sa mère l’a projetée vers une famille d’accueil avant de la ramener à son père, de l’en chasser et de la faire revenir vers lui une dernière fois.On peut d’ailleurs se perdre dans le dédale de ces départs et de ces arrivées.«Elle a dépassé le mur du son de la solitude et de la souffrance, ce qui fait qu’elle est revenue sur l’espèce de cynisme et de détachement qu’elle avait eus, elle redevient me personne humaine ou humaniste», dit-elle.Peut-être est-ce cette femme que Rachel Leclerc est devenue, légèrement apaisée, au milieu de la quarantaine?L’écrivaine se promet d’ailleurs de poursuivre son œuvre mais ajoute avoir toujours besoin de temps pour écrire.Le temps d’observer, le temps de ne rien faire, le temps de regarder et de réfléchir.Ce temps qu’on revoit filer sous nos yeux lorsqu’on parcourt ses pages.Parce que, pour savourer vraiment une œuvre aux tels accents poétiques, intense et intimiste, il faut aussi avoir le temps de lire.RUELLE OCÉAN Rachel Leclerc Boréal Montréal, 2001,176 pages ESSAIS Contre Trudeau Un virulent pamphlet de l’historien Michel Brunet LOUIS CORNELLIER Virulent pamphlet anti-tru-deauiste, cet opuscule du grand historien nationaliste Michel Brunet (1917-1985) contient quatre articles publiés entre 1968 et 1974.Réunis et réédités par Guérin à l’occasion du décès de l’ancien premier ministre du Canada, ces textes visent entre autres à dénoncer l’opportunisme de Trudeau, ancien intellectuel ci-télibriste recyclé en politicard insolent, mais surtout à démolir la pensée trudeauiste, dépassée et fautrice de troubles.Au Trudeau progressiste, visionnaire et intellectuel chanté par des admirateurs naïfs, Michel Brunet oppose le sien, un homme politique nuisible et sans vision, ivre de pouvoir: «Son manque de générosité, sa suffisance, son incapacité de communier aux inquiétudes de ceux que la vie n’a pas favorisés, son élitisme de patricien déguisé en défenseur de la démocratie, son mépris pour les hommes obligés de se soumettre aux détenteurs de l’autorité se sont manifestés dans toute leur dimension.» L’erreur de Trudeau, ce ne fut pas, écrit Brunet, de défendre un antinationalisme de principe.Ce fut, au contraire, de s’accrocher à un «nationalisme messianique» canadien-français péri- mé, totalement déconnecté de la réalité québécoise post-Révolu-tion tranquille.La «mutation profonde» qui a fait du Canadien français un Québécois, Trudeau, par ignorance sociologique, l’a manquée: «Héritier de l’ancien nationalisme canadien-français, celui de l’époque Car-tier-Laurier-Bourassa-Lapointe où les élites traditionnelles, pour oublier leur impuissance, se consolaient en rêvant ouvertement ou secrètement d’une reconquête démographique ou psychologique du Canada, il s’imagine appelé à édifier un nouveau pays.» Son «rêve intérieur d'idéologue» aura donc contribué à faire hon- nir, sous de faux prétextes, le nationalisme québécois au Canada anglais, à pourrir le climat national et à retarder l’avènement souhaitable d'un nationalisme québécois mature, libéré de «l’irréalisme des objectifs continentaux du nationalisme canadien-français messianique d’hier».La claque est sévère, ramassée et retentissante.L’HISTORIEN MICHEL BRUNET JUGE PIERRE ELLIOTT TRUDEAU Michel Brunet Ed.Guérin Montréal, 2000,90 pages LUC LAROCHELLE Ada regardait vers nulle part LUC LAROCHELLE s •«t r 1 « ^ s Une vraie leçon d’écriture et de littérature.S.Péan, La Presse Quel plaisir ! J.-F.Crépeau, Le Canada Français Sobre et sûr.P.Navarro, Voir Formidable.Fascinant.C’est un exploit.R.Lévesque, Un dimanche à la radio LES HERBES ROUGES / NOUVELLES JEAN-MARC BRUNET nous offre une biographie unique sur l’histoire de ce grand Québécois, père de la souveraineté et pionnier de la naturopathie ! Le prophète solitaire : Raymond Barbeau et son époque Connaissez les faits sur l’origine de l’idée de souveraineté moderne ! Une œuvre de 582 pages, avec reproductions de documents d’époque ! Commandez en envoyant un chèque ou mandat de 34,95$ (frais de poste inclus) à l’adresse suivante: Ordre naturiste social, 8523 Saint-Denis Montréal, Québec, H2P 2H4 Ou visitez le www.jmb-lenaturiste.ca Dédicace de l’auteur sur demande LIBER sous la direction de J.-E Chassay, J.-E Côté et B.Gervais Edgar Allan Poe Une pensée de la fin Collaborateurs : Renald Bérubé Rachel Bouvet Jean-François Chassay Isabelle Cassette Jean-François Côté Valérie de Courville Nicol Kim Doré Bertrand Gervais Marie-Renée LarochelU Jean Morency Jean-Pierre Vidal Nicolas Xantbos S»»i U Jlrtflif if Jut Pranféh (béttaj jM-hvqtll CM Ptrinmd Gm*lt "foe edgar Edgar Allan Ptt.Uni pensée de la fin Liber 204 pages, 24 dollar VI » LE DEVOIR.LES SA M E I) I 3 E T I) I M A N CUE 4 E É V R I E R 2 0 01 i) :i Livres ¦» LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Une femme insaisissable ROMANS QUÉBÉCOIS BENNY VIGNEAULT ue ce soit au théâtre, au riné-'Qf ma ou encore en littérature, la multiplicité des points de vue sur un même événement constitue, pour celui qui sait en tirer profit, un procédé riche de possibilités.Entre autres exemples, pensons à l’incontournable Rashômon, du réalisateur japonais Akira Kurosawa, au Cercle de la croix, de l’écrivain anglais lan Pears, ou encore aux Fous de hassan, de la très regrettée Anne Hébert Pour l’élaboration de son cinquième roman, Chroniques pour une femme, Lise Vekeman a choisi de puiser à cette eau et s’en tire avec des résultats plus que dignes d’intérêt D’abord, au cœur de l’intrigue, un mystère: une femme aux portes de la quarantaine repose entre la vie et la mort dans une chambre d’hôpital de la petite municipalité de Bermont La veille, on l’a retrouvée noyée sur les berges du lac, près de l’Auberge des filas, qu’elle fréquentait depuis quelques années.Gabrielle Varin a-t-elle voulu se suicider?A-t-elle été victime d’une tentative de meurtre ou s’agit-il simplement d’un accident?Pour mieux répondre à ces questions et ainsi résoudre l’énigme, le roman est divisé en quatre parties précédées d’un prologue et suivies d’un épilogue.L’ensemble du récit est pris en charge par un narrateur omniscient qui, en quatre chapitres, donne l’occasion à une personne qui connaît de près ou de loin la victime de prendre la parole.Seront alors entendus, dans l’ordre, le mari de Gabrielle (Jérôme), le serveur qui l’a sortie de l’eau et qui l’a ranimée in extremis (Roger), une ancienne amante (Yukiko) puis, en dernier lieu, son frère Olivier.Si ces quatre témoignages permettent au lecteur d’en apprendre davantage sur les circonstances entourant la «noyade» de Gabrielle, ils dressent d’elle néanmoins quatre portraits fort différents, voire, à plus d’un titre, contradictoires.Qui dit vrai dans cette histoire?Dès les premières pages, la question est lancée: qui est Gabrielle Varin?Ainsi apprend-on, par exemple, qu’elle vivait dans la hantise d’être abandonnée, que la mort tragique de sa mère, alors qu’elle avait à peine douze ans, l’a profondément marquée, qu’avant d’être mariée, Gabrielle a entretenu pendant onze mois et demi une relation amoureuse avec une artiste asiatique, qu’elle louait à l’auberge, de façon plus ou moins régulière, une chambre avec vue sur le lac, toujours la même, qu’elle s’y enfermait et commandait une bouteille de vin rouge.On découvre aussi pourquoi le lac la fascinait autant qu’il l’effrayait Chroniques pour une femme est un roman psychologique construit avec soin et rigueur qui, grâce à un judicieux échange de voix entre les différentes instances narratives — le narrateur omniscient et les quatre personnages —, s’appliqué à livrer l’information avec parcimonie, dans un style concis et vif, de façon à soutenir l’intrigue.L’ordre d’entrée des témoins n’est pas anodin, ni le choix des citations, ni celui de la trame temporelle du roman.A travers l’histoire de cette femme tourmentée, mystérieuse et insaisissable, Lise Vekeman aborde à nouveau des thèmes qui lui sont chers: l’enfance, la mort, la mémoire, l’apprentissage de la douleur, dès l’enfance, par la perte de ceux qu’on aime.«J’ai peur, Mabie, lui confiera trop tard son frère.Peur de moi, de ma mémoire.Comment puis-je avoir emmagasiné autant d’événements, chaque saison du passé, tes affrontements et tes peines, mes excès d’inquiétude?Je n’étais qu’un gamin! Pas vraiment.Sans doute étais-je vieux.Le malheur vieillit les enfants.» En bout de course, après avoir «fait connaissance» avec Gabrielle dans toute sa complexité, la question de savoir ce qui lui est vraiment arrivé en cette soirée du 8 octobre demeure somme toute secondaire.Au fil du récit, l’intérêt du lecteur se transporte ailleurs.Qui était Gabrielle Varin?Mais, surtout, par quels concours de circonstances est-elle devenue la femme qu’on retrouve dans le coma au début de cette histoire?La vérité nous file toujours un peu entre les doigts.CHRONIQUES POUR UNE FEMME lise Vekeman L’Instant même Québec, 2000,204 pages Vues sur l’espace de notre imaginaire LE ROMAN DU QUÉBEC Jacques Allard Québec Amérique Montréal, 2000,468 pages Jacques Allard est un intellectuel qui ne se défend pas de l’être.Professeur d’université et chercheur, il fait de la critique littéraire savante mais sait également s’adonner à la vulgarisation.Il se voit surtout comme «un commentateur à préoccupation pédagogique», «un praticien de la critique savante ou professionnelle qui voudrait rester un peu mondain»: c’est ce qu’il écrivait dans Traverses, un essai sur la critique littéraire d’ici (Boréal, 1991).On se souviendra d’ailleurs qu’il a tenu, de 1992 à 1996, la présente chro- « nique dont il a publié certains de ses textes sous le titre Le Roman mauve chez Québec Amérique, en 1997.Allard a sans doute lu à peu près tous les textes, littéraires ou apparentés, publiés chez nous depuis les débuts.Compte tenu de la jeunesse rélative de notre littérature, ce n’est pas un exploit, et Allard ne s’en vante pas.Toutes ces œuvres sont cependant à sa disposition, ne serait-ce que pour faire l’objet d’une référence ou d’une comparaison.Mais qu’on se rassure: son «roman du Québec» n’est pas pour autant une anthologie, ni un quelconque manuel.Il s’agit plutôt d’une synthèse, ouvertement partiale, de notre production romanesque, d’un récit imaginaire mais signifiant — d’où son titre — qui, des Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé aux Fous de Bassan d’Anne Hébert, nous raconte, en quelque sorte.Pourquoi Allard a-t-il choisi de s’attarder sur tel roman plutôt que sur tel autre?Certains, jugés marquants par la critique et la tradition, s’imposent d’évidence.D’autres pourront surprendre: le Marie Calumet de Rodolphe Girard et davantage encore, Le Dé- Robe r t C h artrand butant d’Arsène Bessette ou le Fontile de Robert Charbonneau, qu’on ne lit plus guère et dont Allard souligne par ailleurs les faiblesses.Mais dans la perspective de la sociocritique, ou «topocritique», sur laquelle l’essai d’Allard prend appui, tous ces romans méritent d’être retenus: chacun d’eux explore une part de l’espace, réel ou imaginaire, de son époque.Car la grande affaire des romans, la dimension qui les hante presque tous, ce serait l’espace, selon Allard, qu’il faut entendre ici dans toutes ses acceptions possibles: littérale — les lieux dont parle le roman et leur signification —, symbolique, voire formelle puisque la structure même d’un roman peut également être vue comme une configuration particu-« lière avec ses propres voies de passage, ses lieux de rassemblement, etc.Allard, dans sa thèse de doctorat sur Zola, avait déjà décelé dans l’entreprise de cet écrivain un véritable écosystème de cet espace, où «le temps est secondaire, lui est soumis.Dans la genèse comme dans l’écriture».Sans doute par souci d’éviter les propos trop techniques, Allard ne fait qu’esquisser les fondements de sa démarche, en se contentant de signaler au passage les auteurs dont il s’est inspiré.11 va plutôt la mettre à l’épreuve des textes, cette démarche.Au lecteur alors de la juger à ses résultats.Dans chacune des trois parties de l’essai, c’est l’ensemble du roman québécois qui est parcouru, dans une perspective différente.Il en trace d’abord une brève «histoire», écrite expressément pour cet ouvrage, où il distingue trois étapes: roman primitif, roman moderne, roman postmoderne, dont les œuvres caractéristiques sont respectivement Les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé père, Trente arpents de Ringuet et Prochain épisode d’Hubert Aquin, vus comme des étapes marquantes dans la conquête d’un espace imaginaire et de sa poétique.m ' | M > ?î|i| L •r- RE ?r\ h > \i ffi.* w .,.0Mal*'ratM,n IN essai 14,9^ RENDEZ-VOUS Claire Caron présentera son premier roman Des ailes au cœur à la librairie Le FURETEUR 25, rue Webster à Saint-Lambert le jeudi 8 février à 17 h 30.Cuire Caron Un pamphlet contre le viol de l’enfance.m m H'prtyycn dû.u, (WIM‘ Des ailes au cœur: la quête de bonheur d’un héros du quotidien hbrel Expression Allard propose ensuite des «perspectives» où l'on suit l’avènement de la modernité dans les œuvres de la première moitié de ce siècle, avènement parfois timide, laborieux, qui a été le fait d’auteurs isolés dont certains ont chèrement payé leur audace.Ces romans furent «novateurs», dit Allard, en dépit de leurs défauts, par exemple le naturalisme étriqué de La Scouine d’Albert La-berge ou les faiblesses d’énonciation des Demi-civilisés de Jean-Charles Harvey.S’y trouve également un chapitre, un peu long en regard de la maigreur de ses résultats, sur le profil des romanciers de ce demi-siècle.Que ressort-il de leurs œuvres?L’impression d’une lente et partielle conquête d’un espace intime — appelé ici la Chambre —, le constat d’une certaine frilosité entrecoupée de sursauts d’audace, et peu d’invention si ce n’est chez Gérard Bessette (Jm Bagarre) et Anne Hébert {Le Torrent).En somme, le territoire du roman québécois, nous dit Allard, serait délimité par trois pôles, ou trois «espaces» qu’il tente de conquérir, de saccager ou de fuir, c’est selon: le «Ciel» (lieu des principes, des idéaux moraux ou religieux), la «Chambre» (c’est-à-dire l’intimité des désirs, du moi) et la «Cité» (société, territoire ou pays), triangle complexe où se déplace l’imaginaire de nos romanciers.Cette topologie, qui permet des relectures stimulantes, est particulièrement présente dans la troisième partie de son essai, de loin la plus considérable, des «lec- tures» assez fines d’une quinzaine de romans, dont six de Gérard Bessette.C’est ce qui reste d’un projet plus vaste qui devait s’intituler précisément «Le Ciel, la Cité, la Chambre», annoncé dans Le Roman mauve et qui n'a pas été mené à terme.D’où la part d’inachevé, voire de décousu de cette partie du Roman du Québec, riche pourtant d’excellentes pistes de réflexion sur tel roman de Jacques Poulin, de Germaine Guèvremont ou de Roch Carrier.Où commencent et finissent les «Ateliers d’écrivains», et pourquoi, à la toute fin, ces «Vues de la Chambre»?Difficile de le dire, même en consultant la table des matières.On lira l’essai de Jacques Allard avec profit pour la finesse de ses analyses.Et avec plaisir pour l’élégance de la formulation.Allard s'adresse aux étudiants et aux professeurs, mais également, comme il l’indique en avant-propos, au «grand public intéressé» qui ne répugne pas à faire retour sur certaines lectures, qui aime lire et réfléchir.Se manifestent ici un attachement évident à notre roman et de l'estime, voire de l'admiration pour certaines œuvres.Qui n’excluent pas les reproches: le roman québécois serait exagérément méditatif (on y agit peu), souvent peu documenté, et l’auteur (ou son œuvre) «pourrait travailler dorénavant un peu plus».A chacun de s’y mettre.Y compris ses lecteurs et critiques.robert.chartrandS (asympatico.ca NOUVEAUTÉ Jean-Pierre Issenhuth RÊVERIES Jean-Pierre Issenhuth Le rêveur trouve partout matière a penser, à écrire, a échafauder patiemment le monde, lit, qui ne demande qu'à naître.RÊVERIES Papiers collés, 264 pages • 25,9'; $ Papiers collés » La collection des grands essais littéraires dirigée par François Ricard Jacques Allard Bernard Arcand Gilles Archambault Serge Bouchard Jacques Brault André Brochu Jean Larose Robert Lévesque Gilles Marcotte Pierre Nepveu François Ricard Yvon Rivard Boréal www.editionsboreal.qc.ca I.K I) E V 0 ! R .L E S S A M EDI :i ET DI M A N C II E 4 F Ê V R 1ER 2 0 0 I I) 4 «• Livres •» ESSAIS QUÉBÉCOIS Plaidoyer pour la sociologie Maurice Angers présente avec simplicité et efficacité les théories de grands sociologues de réputation internationale qui viennent ébranler nos croyances naïves et nos opinions «personnelles» SE CONNAÎTRE AUTREMENT GRÂCE À LA SOCIOLOGIE , Maurice Angers Editions Saint-Martin Montréal, 2000,148 pages est ma plus ferme conviction que le savoir sociologique manque cruellement à la plupart de mes contemporains.Ils aiment bien débattre mais le font trop souvent sur la base d’un intuitionnisme subjectiviste qui fausse les discussions, entretient les préjugés en tout genre et paralyse l’action constructive.Sur les tribunes téléphoniques, dans les pages éditoriales et d’opinions des journaux, lors de discussions quotidiennes, les points de vue s’expriment avec verve, mais un certain psychologisme dominant et un individualisme de principe (même pas méthodique!) les font vite et presque toujours dérailler vers une voie de garage interprétative qui érige la volonté individuelle ou l’insignifiant «gros bon sens» en critères absolus d’évaluation.Des enfants réussissent moins bien que d’autres à l’école?Ils ne sont pas intelligents, ou alors, qu’ils travaillent plus fort et que leurs parents les motivent! Les membres d’une famille aboutissent à l’aide sociale de génération en génération?Ce sont des paresseux! Vous aimez Willie Lamothe alors que votre médecin, lui, préfère Mozart?Il a de la classe et du goût, et vous ne connaissez rien à la musique! On pourrait allonger cette liste indéfiniment, mais cet échantillon ne veut qu’évoquer la niaiserie de jugements qui ignorent «que nos actions et nos pensées ne relèvent pas simplement de notre personnalité unique mais de ce que nous sommes en tant qu'êtres sociaux, c’est-à-dire liés les uns aux autres, vivant en société», ainsi que l’écrit le sociologue Maurice Angers en introduction à Se connaître autrement grâce à la sociologie.Ouvrage d’initiation au savoir sociologique, ce livre présente avec simplicité et efficacité les théories d’une foule de grands sociologues de réputation internationale qui viennent ébranler nos croyances naiVes et nos opinions «personnelles» au sujet de situations et domaines qui modèlent nos vies quotidiennes.Après avoir rappelé le postulat de base de la sociologie, qui stipule «que notre identité ne peut se développer en dehors de nos relations avec les autres», et établi les fondements épistémologiques de cette science humaine en résumant les théories de Cooley, G.H.Mead, Goffinan, Elias et Riesman (avec sa passionnante hypothèse des trois caractères sociaux qui ont marqué l’histoire de l’humanité), Maurice Angers opte pour une approche thématique afin d’illustrer la pertinence de la sociologie comme mode de connaissance.Les rôles sexuels sont-ils coulés dans le béton de notre nature biologique?Divers travaux en anthropologie, dont ceux de Margaret Mead, ont fait la preuve du contraire et Angers s’appuie sur les recherches des Québécois Bouchard et St-Amant ainsi que des Français Baudelot et Establet pour démontrer que ces rôles sont plutôt la résultante du traitement différencié que nous recevons en fonction de notre genre: «La socialisation sexuelle étudiée par les sociologues révèle que l’accent n’est pas mis sur les mêmes choses dans l’éducation des garçons et des filles.» Aux dernières serait inculquée, plus ou moins consciemment, la fierté de bien paraître, un trait qui entraînerait le réflexe de «se définir dans le regard des autres», celui d’être attentives aux autres, de même que l’attitude à ne pas se surestimer.Aux premiers seraient plutôt inculquée la fierté d’être fonceur, de se définir par ses actions sur les choses, des traits qui entraîneraient la recherche d’un ego héroïque, la tendance à se surestimer et le goût de l’espace extérieur.Ces constatations peuvent être utiles, par exemple, quand on cherche à expliquer pourquoi les filles réussissent mieux à l’école: «[.] il semblerait que les façons de faire et de penser apprises tout jeune préparent en règle générale mieux les filles aux exigences scolaires.» Mais c’est sans compter sur l’influence de notre classe sociale d’origine, qui pèse encore plus lourd dans notre balance identitaire.Si la sociologie a quelque chose à nous dire sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure, c’est assurément par l’entremise de son concept de classe Louis Cornellier SOURCE ÉDITIONS DU SEUIL Le sociologue Pierre Bourdieu sociale qu’elle y parvient avec le plus d’acuité.Le génie des travaux de Pierre Bourdieu en ce domaine est connu (et critiqué!), et Maurice Angers a eu raison d’y puiser l’essentiel de sa démonstration.Pour illustrer l’indispensable concept d'habitus de classe, notre guide s’inspire de l’ouvrage du maître intitulé La Distinction, dans lequel sont définies les «trois formes principales de capital (économique, culturel et social) qui se fusionnent et engendren t les classes sociales».Enquête sur les goûts (le sous-titre est Critique sociale du jugement) — «une réalité si personnelle, nous semble-t-il, qu’elle ne se discute pas» —, cet ouvrage révolutionnaire et captivant montre que les différences de goûts (culinaires, artistiques, vestimentaires, linguistiques) entre les classes sociales masquent des différences de conditions matérielles d’existence, et Bourdieu, ajoute Angers, «qualifie d’ailleurs de violence symbolique cette mise à l’honneur de l’esthétique bourgeois comme étant la norme légitime à suivre, relayée non seulement par l’école mais aussi par ceux qui exercent le métier de critique dans divers domaines» (sic).Cette thèse suscite encore de virulents débats parce qu’elle remet en cause la valeur même que les classes bourgeoise et petite-bourgeoise accordent à leurs jugements esthétiques, mais cette agitation ne fait que confirmer, à mon avis, son puissant potentiel critique.La sociologie a aussi beaucoup à nous dire sur les enjeux générationnels (les théories de Mannheim, les travaux de Grand’Maison), sur nos rapports à la nation et à l’État (Fernand Dumont), sur les rapports dominants-dominés (nécessaire Albert Memmü), sur l’organisation du travail, sur les types d’intégration sociale (centenaires, les travaux de Durkheim restent toujours éclairants), et elle a trouvé en Maurice Angers un présentateur honnête et stimulant dont la prose simple et pédagogique, malgré quelques fautes de français, convient bien à la mission qu’il s’est donnée.Accepter que notre position sociale nous détermine, quelle est souvent la cause de nos comportements et nous inspire nos opinions, n’est-ce pas abdiquer cette liberté individuelle à laquelle nous tenons tant avec raison?Plusieurs sociologues ont réfléchi à cette interrogation fondamentale qui met en cause notre vision de l’être humain.Pierre Bourdieu, peut-être le plus décapant d’entre tous, fut de ceux-là, et la conclusion que tire Angers de sa réflexion prend la forme d’un éloge de la lucidité difficile à récuser: «En remettant en question la société telle qu’elle fonctionne à un moment donné, en en faisant ressortir les règles cachées, la sociologie participe à la diminution du contrôle qu’exercent les pouvoirs en place et ouvre une fenêtre sur la liberté.La liberté, ce serait donc [.] d’entrer dans le jeu de la société sans illusions, en sachant cependant que les règles peuvent en être modifiées.» Allez, bonne sociologie! louiscornellier@parroinfo.net Une certaine sagesse SIGNETS Ma rie-Andrée Lamontagne Le Devoir Il faut savoir cultiver son jardin, disait à peu près l’autre, à la fin.Mais il avait pas mal bourlingué avant de choisir de rester chez soi, ce qui n’est pas sans présenter quelque difficulté.Par ailleurs, que faire du jardinier qui n’a pas quitté ses plates-bandes de toute son existence, hormis pour travailler aux che- mins de fer, dont il est maintenant retraité?Et d’abord, diront les snobs, est-on seulement capable d’une pensée dans ce monde de tables recouvertes de toile cirée, de fleurs en plastique, de mobylettes pétaradant comme pour une revanche, de soupe toujours servie à l’heure parce que l’ordre du monde le veut ainsi?Dialogue avec mon jardinier, de Henri Cue-co, pourrait n’être que le récit plein de finesse et d’humanité de l’amitié qui unit deux hommes, l’un peintre, l’autre jardinier, nés dans le même coin de pays et que tout — destin, condition, éducation, mode de vie — devrait séparer.L’ouvrage ne serait que cela, il serait déjà une réussite.Quel bond qualitatif aura fait ce petit livre pour accéder au statut de pure merveille, l’auteur lui-même, on veut le croire, n’en sait rien, mais le résultat est là, indé- POUR MIEUX CONNAITRE NOTRE HISTOIRE Aperçu des mœurs et coutumes des Agniers au 17' s.13 $ Histoire du Montréal de 1640 À 1672 20 $ Une Vallée de la Mort attendait les Français 13 S Prisonniers des Agniers 16$ Nation iroquoise 14 $ Voyage chez les Onnontagués 18$ M.Duplessis a-t-il eu la tête de Mgr Charbonneau ?13$ Les Kditions 101, C.1*.591, Suce.Desjardins, Montréal iQel II5II IB7 aii.lioiss ert risympatico.ca niablement.Dialogue avec mon jardinier ne propose ni sagesse ni système de pensée mis à l’épreuve des faits riches d’enseignement que serait la culture patiente des salades et des haricots.Il donne à voir, à entendre surtout, deux hommes se débattant, chacun avec ses moyens et hors de toute hiérarchie entre ceux-ci, avec l’humaine condition.Ailleurs, ils appellent cela philosophie.Ailleurs aussi, ils ont mis au point des catégories, le Beau, le Vrai, l’Ame, Dieu, qui permettent de discuter avec l’assurance des doctes sans avoir à confesser qu’on est le plus souvent morts de peur.Ici, entre des allées sans cesse menacées d’être transformées en taupinières ou dans l’atelier à la porte laissée ouverte, il faut d’abord passer par un apprivoisement réciproque, apprendre à se connaître pour mieux faire tomber la barrière des classes.Car l’un, celui qui paie, est bien le patron, tout peintre qu'il soit, et l’autre, un employé chargé de l’entretien du potager quand le peintre est à Paris, où il habite la plupart du temps.Le jardinier doit également s’occuper du potager lorsque le patron revient au pays pour peindre sur le motif des sujets aussi grandioses que l’herbe qui pousse ou telle patate fendue d’un coup de bêche, toutes réalités dépourvues de signification et qui ne sont même pas belles, alors que peindre un bouquet de fleurs, ce serait tellement plus joli, en plus c’est la femme qui serait contente.Au-delà des apparences Le jardinier regarde travailler le peintre et comprend peu à peu à quel point lui aussi peut voir au-delà des apparences.Le peintre observe la vie animer choses et gens, au premier chef le jardinier.Ces deux-là se sont reconnus.D’un monde à'l’autre, un fluide passe.L’art nourrit la vie, est nourri par elle, et la qualité de l’échange laisse peu de place aux distinctions sociales qui ont cours hors du cercle.Là-bas, l’exercice de la culture est soumis à des lois.Dialogue avec mon jardinier parle de peinture.Mais comme le cinéma, le théâtre, l’art ou la musique, la littérature se donne à apprécier à travers une série de variations esthétiques, aux codes subtils etcapricieux, qui dressent autant de cloisons entre les écrivains et les publics.Sans en être tout à fait conscient, chacun choisit ainsi son camp et en change à mesure qu’évoluent ce qu’il croit être ses goûts.On commence par lire Enid Blyton et, de la comtesse de Ségur à Jules Verne, de Jeanne Bourin à Bernard Clavel, de Michel Tournier à Ernest Hemingway, on accéderait un jour à La Recherche du temps perdu et, si l’on persévère, à Finnegan’s Wake.Appliqué à l’art et pour peu que l’on vienne de loin, un tel raisonnement permettrait de passer des femmes nues sur velours aux toiles de Rothko.L’émouvant récit de Henri Cueco vient rappeler que les événements ne se produisent pas toujours dans cet ordre.Un tel bouleversement des critères esthétiques, sans qu’aucun des protagonistes ait eu à gommer sa personnalité, est bien une révolution.Il donne à l’art tout son sens, préserve l’artiste de l’académisme des fausses avant-gardes et l’ouvrier de l’aliénation, comme disait Marx sous d’autres cieux.Mais qui sait si seule l’amitié n’est pas en mesure d’en permettre la pleine expression?Subtilement, la narration de Dialogue avec mon jardinier tiendra donc à distance tout ce qui sépare ces deux individus en apparence aussi différents: vie conjugale, progéniture, cercles de relations, habitudes (raffoler des harengs, préférer le thé), loi- sirs (excursions en car au bord de la mer, visite des monuments de Paris).Elle ne les ignore pas, mais en fait autant de moyens de connaître l’autre pour permettre l’irruption de l’essentiel.«Quand tu fais tes peintures, explique alors le jardinier, à l’esprit naturellement classique, tu fais bien l’ordre; dans la pagaille de ce que tu vois, tu choisis.Tu fais du rangement et ça fait beau quand on a plaisir à s’y reconnaître, à retrouver son chemin.Ton jardin, c’est pas moi qui mange tes légumes, eh bien il est beau quand il me remercie d’avoir bien fait mon travail.S’il y avait de la broussaille, ce serait ma défaite.C’est comme une robe à une femme: ça la fait belle et c’est pas obligé que tu en profites avec elle.» Des réflexions de cette sorte, ce petit livre en est plein.On les trouve comme les fraises avec la rosée.Ni traité, ni leçon, ni sagesse populaire.Juste la pensée d’un homme faisant son chemin, confiante.Comme ils sont deux, ils ne peuvent être désespérés.DIALOGUE AVEC MON JARDINIER Henri Cueco Le Seuil Paris, 2(XX), 220 pages fÿ Éditions Nota bene Des I ivres pour savoir M.-Lr!,,» M„,i ARTHUR BUIES CHEVALIER ERRANT Mi 1 M Un superbe texte de Micheline Morissct 211 p.17,95 $ 100 ans après sa mort, Arthur Buies revient sur les lieux qu'il a chéris toute sa vie.X ¦ www.telequebec.qc.ca/ideps D'IDÉES Cette émission est enregis Dimanche 14 h et 13 Réalisation: Simon Girard Télé-Québec La famille est-elle en voie de disparition ?La crise de la famille a fail couler beaucoup d’encre au cours des dernières décennies.Si tout le monde s'entend pour dire que la famille a connu des transformations majeures, les points de vue divergent sur la nalure positive ou négative de ces changements.Chasseurs d’idées propose donc un débat et une réflexion sur la famille d’aujourd’hui.Invités : Daniel Dagenais sociologue, auteur de La fin de la famille moderne Micheline Dumont historienne ef professeur émérite de l’Université de Sherbrooke Peter Gossage professeur au Département d’histoire et de sciences politiques de l’Université de Sherbrooke et spécialiste en histoire de la famille Marie-Blanche Tahon professeure de sociologie è l’Université d’ Olivieri 5219, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal (Québet H3T 1Y1 Tél.: 514 739-363 Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Vendredi I9H30 • Rediffusion1, : dimanche 13h30 et lundi 13h30 Cette semaine à CENT TITRES Dimanche, 13 h 30, Danielle Laurin rencontre Denise Desautels pour la parution de Tombeau de Lou, un récit touchant qui évoque la mort de sa meilleure amie.D.Kimm a lu Ruelle Océan, un roman de Rachel Leclerc et Yvon Lachance, Les déshérités, de Bharati Mukherjee.Le livre de la semaine de Danielle Laurin : Persepolis, une bande dessinée iranienne.Montréal, ville inspirante?Tony Tremblay en fait la preuve en livrant quelques extraits d’un texte de Jean-Yves Loude, écrivain étranger en résidence à l’UNEQ.l*.Montr*.l |g ST-'U Ï.’CC," ® STCUM De la création littéraire à la création artistique 34 reliures d'art ËÜEfli de la BiDiiotneque nationale au uueoec «s,, I du 25 janvier au 10 mars 2001 1700, rue Saint-Denis du mardi au samedi - 9 h à 17 h - entrée libre Bibliothèque nationale du Quebec I P I) 8 E DEVOIR.LES S A M E I) I 3 E T D I M A N < Il E I F Ê V R I E R 2 II 0 LE DEVOIR Dans le sud-ouest de la France, un an après l’ouragan qui a ravagé la forêt de pins, l’heure est à la réflexion sur le design paysager du plus grand boisé d’Europe: la forêt des landes d’un million d’hectares plantée sous Napoléon III.CHARLES-ANTOINE R O U Y E R Sabres, France — L’équivalent de deux ans et demi de récolte de bois détruit en l’espace d’une nuit le grand jardin de pins maritimes planté par Napoléon III sur 10 000 kilomètres carrés est tombé comme de vulgaires allumettes, le soir du lundi 27 décembre 1999, dans le sud-ouest de la France.Un an après «la tempête», comme on l’appelle là-bas, le design paysager à l’échelle d’une région tout entière est sur la sellette, qu’il s’agisse de l’hydrologie ou de l’avenir de l’industrie du bois.D’ores et déjà, une réflexion s’impose: la nécessité d’une gestion plus concertée de la ressource naturelle, d’un aménagement du territoire pluridisciplinaire et ascendant, soit exactement le contraire de la décision centralisée tombant de Paris en 1857, décrétée par Napoléon III.Pour mieux comprendre l’historique de cette formidable expérience paysagiste qui a donné naissance à la forêt des Landes, le plus grand massif forestier d’Ey-rope, un détour s’impose par l’E-co-musée de Marquèze, à Sabres, au sud-est de Bordeaux.Marquèze, au cœur du parc naturel régional des Landes de Gascogne, raconte l’histoire de la mutation profonde du paysage naturel et socioéconomique à la suite de l’arrivée de la sylviculture.Lande désertique Les Landes forment un immense triangle longeant 230 kilomètres de côte atlantique, depuis la célèbre région des vins du Médoc, au nord, jusqu’aux portes du Pays basque, au sud.La région tire son nom de la végétation de lande rase, de maigres buissons qui arrivaient tant bien que mal à pousser sur un sol pauvre et marécageux.Dans ce désert landais, les bergers, coiffés d’un béret noir, vêtus de gros manteaux en peau de mouton et montés sur des échasses (selon un modèle leur permettant de rester au sec, de marcher plus vite et de dominer leurs troupeaux), emmenaient pacager leurs moutons.Les «longues jambes» étaient aussi des messagers errants et des conteurs, dépositaires de la tradition orale, de hameau en hameau, ces «quartiers landais», comme celui reconstitué à Marquèze: quelques maisons blotties les unes près des autres dans cette immensité balayée par les vents venus de l’Atlantique.Les bâtisses aux toits à trois pentes typiques tournaient d’ailleurs le dos à l’océan, la toiture arrière venant presque toucher le sol pour mieux protéger le bâtiment du souffle de la mer.Ces bourgades étaient écrit François Mauriac dans Thérèse Desquérioux, comme «une extrémité de la terre [.]: quelques métairies sans église, ni mairie, ni cimetière, disséminées autour d’un champ de seigle, [entourées] de marécages, de lagunes, de pim grêles, de landes».Ces quartiers constituaient de petites unités agropastorales autosub-sistantes où rien n'était gaspillé.En 1857, Napoléon III oblige les communes à creuser des fossés pour drainer l’humidité afin de planter des pins maritimes.La décision visait un objectif autant écologique qu’économique: fixer la dune côtière et développer une industrie locale, explique François Billy, ingénieur agronome et fonctionnaire chargé de mission au patrimoine naturel dans la région.La récolte traditionnelle de la résine destinée à être distillée en térébenthine prend de l’ampleur.Aux abords de Marquèze, de nos jours, de longues échancrures dans l’écorce des pins rappellent ce gemmage.Le gemmeur (résinier) incisait la fibre claire du bois pour faire s'écouler la résine dorée dans un petit pot de terre cuite accroché en contrebas (non sans rappeler le seau dans lequel s’écoulait jadis l'eau d’érable dans nos contrées).L’industrie des pâtes et papiers, exigeant du bois non résiné, mettra ensuite fin aux gemmeurs.t* * qui soigne ses blessures Forêt cultivée Le paysage, résume François Billy, est ainsi passé d’une immensité vide où poussaient des oasis, des bosquets de pins, à des clairières ouvertes au cœur d’une immense forêt, non pas artificielle mais «une forêt cultivée», précise François Billy.Le soir du lundi 27 décembre 1999, un ouragan venu de l’océan Atlantique soufflant à plus de 200 kilomètres à l’heure est venu déraciner ou casser comme de vulgaires crayons les arbres de la moitié nord de la forêt.Ce sont en tout 25 millions de mètres cubes de bois qui sont tombés, résume Guy Gallay, responsable de l’inventaire forestier de l’Observatoire de la forêt national français.Dans le Médoc, sur la façade atlantique du département de la Gironde, au nord,de la forêt des Landes, de 80 à 90 % des arbres ont été touchés, précise M.Gallay.Dans le département des Landes, un tiers de la forêt a été touché, dans sa partie nord où est passé l’oqragan.A présent, les répercussions sur l’hydrologie pourraient être considérables puisque ces arbres détruits ne pompent plus leur cinquantaine de litres d’eau par jour.«Dans le Nord-Médoc, il y a des remontées des plans d’eau l’hiver qui vont s’aggraver suite à la tempête», confirme M.Lesgourgues, ingénieur forestier, délégué du Comité interprofessionnel des bois d’Aquitaine (CIBA) et le «Monsieur Tempête», responsable de la coordination de l’action post-tempête.Béatrice Réaud, fonctionnaire chargée de mission au tourisme et diplômée en aménagement du territoire et tourisme, souligne également l’attention apportée actuellement au cycle de l’eau à l’échelle de toute la région.Une table ronde de concertation, de réflexion et d’action est en projet afin de rassembler toutes les parties prenantes et définir un schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE).Au centre du massif des Landes, la cohabitation difficile entre les pins et une agriculture développée au cours des 50 dernières années soulève d’autres problèmes hydrologiques.L’agriculture traditionnelle exige des drainages plus importants que pour le pin.Sans parler des problèmes d’érosion émanant de l’activité humaine, notamment le pompage de l’eau pour arroser les cultures, qui se traduisent en bout de chaîne par un ensablement du bassin d’Arcachon, cet immense lac relié à l’océan et qui reçoit les eaux de la principale rivière drainant tout le bassin versant des Landes, la Leyre.Parallèlement le recours aux engrais dans ces sols pauvres entraîne des problèmes de nitrates dans les nappes phréatiques ainsi que dans le bassin d’Arcachon.La tempête vient finalement s’inscrire dans l’évolution de l’écosystème d’une immense région sous la main humaine.La catastrophe naturelle a sans doute accéléré une prise de conscience: la nécessité de gérer de manière concertée la ressource naturelle, une démarche systémique, multidisciplinaire, à partenaires multiples, plutôt ascendante.Monoculture ou pas?L’après-tempête vient aussi soulever la question du reboisement et de la monoculture du pin.«C’était une forêt artificielle, certes, explique M.Lesgourgues, mais à partir d’une essence autochtone.Cela correspondait à l'extemion de zones forestières existantes.Im question d’introduire une essence alternative se pose aussi aujourd'hui.Mais les sols sont pauvres, les pluies faibles, les plans d'eau remontent en surface l’hiver, il y a des gelées l’hiver et des températures jusqu'à 40 degrés l’été.ü n’y a pas beaucoup de choix en matière d’espèces alternatives.» Enfin et surtout, les risques de catastrophes naturelles (l’ombre du réchauffement climatique plane évidemment) remettent en question la nature même de l’investissement sylvicole.«Tout le monde s’interroge sur l’occurrence d’autres événements de ce type», confie M.Lesgourgues.«On réfléchit en termes de risque forestier.Avant, la forêt était un placement sûr.Maintenant, avec les incendies, les problèmes phytosanitaires [maladies et parasites], les événements météorologiques, c’est devenu un investissement à haut risque à long terme, sur 50, 100 ou 200 ans.Il n’y a aucune garantie de prix [du bois], à la différence des agriculteurs.Il faut réfléchir à un mécanisme pour le sylviculteur, à me forme d’assurance à long terme.» Tout cela vient finalement rappeler que dans le paysagisme et l’aménagement du territoire, les aspects sociaux, économiques et écologiques sont indissociables, quelle que soit l’ampleur de l’échelle, dans l’espace comme dans le temps.carouyetiuhome.com Marquèze: l’Eco-musée de la Grande Lande est ouvert d’avril à novembre.Renseignements: www.parc-landes-degascogne.fr ou % (33) 558083131.Ce reportage a été réalisé avec la collaboration d’Air Transat et de www.raileurope.com.fs»-'] Dans le département des Landes, un tiers de la forêt a été touché, dans sa partie nord où est passé l’ouragan.REGARDS OBLIQUES Conférence sur les BIA (business improvement areas, ou zones d’amélioration des affaires), «Staying Competitive On Main Street», du 25 au 27 mars, à Toronto, dont une allocution de l’urbaniste Allan Jacobs, de San Francisco.Renseignements: % 1 800 546-9177, (416) 889-4111 ou www.toronto-bia.com.Mémoire de tempête - l«e bois de Boulogne, reportage photographique sur les dégâts de la tempête de 1999 au bois de Boulogne à Paris par Philippe Earnian (Corbis/Sygma), Le Cherche Midi éditeur (www.cherche-midi.com), 2000.PHOTO: CHARLES-ANTOINE ROUYER Arbres cassés (Médoc, trois jours après la tempête).Ouvrier récoltant la résine des pins g|§5S M à 1 '\ M m A} 11 'ï-tSi > r fl&’v 1 !f \ m f 3 Participez au Salon international des inventions et nouveaux produits de Genève Institut de Design Montréal 390.ruo Saint-Paul Est Marché Bonsacours (niveau 3) Montréal (Québec) Canada H2Y 1H?Téléphone 1514)866-2436 Télécopieur (514) 866-0881 Courriel idm®idrn qc ca Site Web http //www idm.qc ca L'IDM ET LE SALON DES INVENTIONS L'Institut de Design Montréal sera présent de nouveau cette année au 2?Salon des inventions, des techniques et produits nouveaux de Genève Ce Salon, reconnu comme la plus Importante exposition dinventions, compte des participants provenant de plus de 40 pays.Lan dernier,près de /00 exposants, 650 journalistes et 65,000 visiteurs étaient présents.Des prix et des distinctions sont remis pour attesler de la qualité des nouveaux produits présentés.En particulier, un prix prestigieux de design industriel est accordé par le jury de cet événement PRÉSENTER VOS NOUVEAUX PRODUITS ASSISTER AU SALON AVEC LAIDE OE L'IDM RENSEIGNEMENTS UTILES Pour promouvoir le design d'ici, "I < , 'IDM aura un stand 8 ce salon.Nous invitons les designers et entreprises ;1 y présenter leurs nouveaux produits Si une participation à ce salon sous la bannière de l'IDM vous intéresse, n'hésiter pas à nous contacter au (S14) 866 2436 avant le 14 février pour nous faire part de votre intention.Il s'agit d'une occasion exceptionnelle de rencontrer des labricants, distributeurs, promoteurs, de même que des responsables d'organismes indus triels et commerciaux étrangers susceptibles de diffuser votre produit dans le monde entier Une aide accordée.* financière pourrait vous être Evénement: Salon international des inventions, des techniques et produits nouveaux de Genève Dates: 4-8 avril 2001 Faites vite,, les places sont limitées! 'Certains critères s'appliquent Lieu: Palexpo Genève, Suisse Site Web: www inventions geneva ch
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