Le devoir, 24 février 2001, Cahier D
I.K l> K V (MK.I.K S S A M K I) 2 I V.T I) I M A X < Il K 2 K K V II IKK 2 (l 0 LE DEVOIR Serge Gainsbourg Page D 2 Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Stéphane Gilot Page D 7 Formes Page D 8 Gilles 7 -1 Marcotte ?"S ¦ » R j_ CARREFOURS L’Ontario existe, • If • je l ai rencontré Je n’entre pas souvent dans les grandes librairies anglaises.Elles me donnent le tournis, avec leurs espaces démesurés et la folle quantité de gros livres aux couleurs violentes quelles contiennent.Il me semble aussi qu’elles sentent un peu plus le commerce que les nôtres, les françaises, même lorsque celles-ci appartiennent à Monsieur Renaud ou à Monsieur Péladeau.Auprès du livre anglais, qui a la vocation du best-seller inscrite sur sa couverture, le livre français se donne souvent (plus que le québécois) un air de personne de bonne compagnie, discrète, pas criarde, qui me plaît bien.Nous n’en sommes plus, bien sûr, au temps où les livres de Gallimard, de Grasset, de Stock, de Calmann-Lévy, du Seuil se présentaient dans le plus simple appareil.On a cru nécessaire de recouvrir leurs couvertures de vêtements plus aguichants.Mais nous savons, nous, les anciens, les fidèles, que sous ces ornements un peu vulgaires se trouvent encore les beaux traits d’antan, suggérant par leur forme dépouillée l’attention, le recueillement qu’exige la lecture.Il n’est pas impossible, évidemment, que la distinction que je fais ici entre la librairie anglaise et la française soit le reflet du vieux cliché, entretenu chez nous par un certain nombre de vieux tousseux, déclarant la civilisation anglo-saxonne vouée au plus abject matérialisme, et la nôtre, la latine, consacrée aux valeurs de l'esprit.Mais enfin, j’y vais parfois, dans ces grandes librairies anglaises, soit parce que j’ai besoin de tel livre, soit pour voir les arrivages.Et la flânerie me conduit invariablement après quelques détours par les nouveautés, vers ces bacs remplis de livres en solde qui promettent mers et merveilles pour presque rien.J’y fais la chasse au trésor.Je suis souvent déçu.Si des livres solidement cartonnés, et qui coûtaient si cher à leur sortie, se retrouvent aujourd’hui dans le bac des soldes, ce n’est pas toujours sans raison valable.Mais quel plaisir d’y trouver à l’occasion un de ces livres qu’on n’achèterait peut-être pas si justement ils n'étaient en solde, un livre non essentiel donc mais intéressant pour cette raison même, et dont le prix modique nous autorisera à le jeter au panier s'il manque d’intérêt! Le voici, dans toute sa gloire: Happy Alchemy (McLelland & Stewart) de Robertson Davies, celui qui fut notre candidat — encore un «nous» qui fera jaser dans les chaumières! — le plus vraisemblable au prix Nobel, et dont jamais un des nombreux livres ne m’a ennuyé.C’est que, pour Davies, homme de bonne composition, l’ennui est l’ennemi mortel, le seul peut-être, avec la bêtise qui lui est consubstantielle.Quand il écrit le mol boring, il le charge d’une énorme puissance de refus, qui va bien au delà des bâillements de circonstance.U' titre qu'on a donné à ce recueil d’écrits sur le théâtre et les autres arts vivants le dit bien, tiré de deux vers d’un poète anglais du dix-huitième siècle: «By happy alchemy of mind / They turn to pleasure all they find» («par une aimable alchimie de l’esprit, / ils font tourner au plaisir tout ce qu’ils rencontrent»).Qu’il prononce des conférences à Stratford ou à Gdteborg, qu'il parle de la tragédie grecque ou de celles de Shakespeare, ou encore qu’il écrive lui-même quelques pié celtes dont une, particulièrement réjouissante, vous transforme en un tournemain l’histoire d'Œdipe et donc le complexe du même nom; qu’il fasse état de sa piètre carrière musicale, qu'il disserte sur l’opéra ou qu'il analyse l’influence qu’a eue sur lui la psychanalyse jungienne, Robertson VOIR PAGE 1) 2: ONTARIO JACQUES GRENIER LE Bouyoucas son ~P an Pan Bouyoucas n’est pas né sur l’île de Léros, en Grèce.Mais jeune, il s’y rendait tous les étés pour visiter son grand-père maternel.Et c’est sur l’île de Léros que cet auteur, qui vit au Québec depuis près de 40 ans, a situé son plus récent roman, L'Autre, qui paraît aux Allusifs.Les Allusifs, c’est cette nouvelle maison d’édition québécoise, dirigée par Brigitte Bouchard.Pour elle, Pan Bouyoucas a donc pondu une histoire qui baigne dans la mer Égée, sous le soleil méditerra- ., , g m néen.Une méditation sur le destin.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR i S '!# ' 1 -y J"' "" Æ il) LJ autre, c’est celui qui a quitté l’île.Le frère jumeau du héros, peut-être ' son double.Car le narrateur, c’est celui qui y est resté.Les deux ont le même nom et le même prénom, la même mère et le même père.L’Autre est un roman miniature sur les chemins que l’on prend et ceux que l’on rate.Sur ceux qui partent et sur ceux qui restent Et sur les îles grecques, parce qu’elles sont les îles d’origine des parents de Bouyoucas, mais aussi parce que la Grèce, qui est à la source de notre culture occidentale, représente la patrie par excellence.Car Bouyoucas, même s’il est né et a grandi à Beyrouth, est Grec dans lame.La Grèce, c’est d’abord le pays de ses grands-parents.«Quand je pense à la Grèce, je ne pense pas à Athènes ou à l’Acropole, je pense à l’île», dit-il.Léros, c’est l’une des îles de l’archipel du Dodécanèse, qui longe la côte turque, entre Rhodes et Patmos.On dit qu’elle est protégée par Artémis, la déesse de la chasse et de la Inné.Avant la guerre, elle abritait plus de 10 000 habitants, dont plusieurs milliers sont partis pendant les hostilités, au moment de l’occupation allemande.En effet, ceux-ci avaient moins d'affinités avec les Allemands qu'avec les Italiens, qui avaient eux aussi occupé l’île auparavant, explique Bouyoucas.Pour écrire ce livre, l’écrivain s’est inspiré des histoires de sa grand-mère.Par exemple, un jour, sortie d’un abri après un bombardement et accompagnée de sa mère, qui n’avait alors qu’un peu plus de dix ans, la grand-mère a contemplé le spectacle de soldats britanniques morts, suspendus aux branches d’un eucalyptus.La scène est reprise dans le roman et vue à travers les yeux de Thomas, le narrateur.Dans le roman, ce dernier ne quitte pas file de la mer Égée.Après la guerre, il fait exploser une grenade, et sa blessure le forcera pour toujours à marcher avec une béquille.Année après année, la vie le retient dans ce lieu où il est né, aux côtés de la blonde Bionda, qui le couve comme une mère.Et ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’il rencontre l’Autre, l’autre Thomas, qui, celui-là, s’est marié, a voyagé et revient sur Vile, plus gras, plus riche, pour reprendre la maison que sa mère a laissée en héritage.Dans la réalité, les grands-parents maternels de Bouyoucas ont quitté la Grèce en bateau, pendant l’occupation allemande, pour se réfugier au Moyen Orient, en Palestine, où le roi de Grèce s’était par ailleurs replié.C’est là que la mère de Bouyoucas a rencontré son mari, qui a ensuite pris le chemin de Beyrouth, où le VOIR PAGE D 2: ÎLE MPK% fejr;* , $5 f i # ri'%’ * ¦ I.E l> E V 0 I It .I, E S S A M E l> I 2 4 E T I) I M A \ ( Il E 2 5 E É V R I E K 2 0 0 I D 2 ILE SUITE DE LA PAGE D 1 jeune Pan est né.Brisée par le bombardement de sa maison, la grand-mère n’a jamais accepté de retourner dans son île.Un rêve d’Amérique Adolescent, Pan Bouyoucas rêvait de connaître l'Amérique.Aussi, à Beyrouth, peu après que son père eut senti une balle lui effleurer la tête sur le campus de Tuniversité où il travaillait, en 1962, la famille s’est-elle embarquée pour Montréal.Son histoire est une histoire de croisée de chemins, de portes ouvertes sur des possibles, de portes parfois jamais franchies.«Parfois, on se souvient plus des baisers qu’on n’a jamais donnés que de ceux qu’on a damés», dit-il.On a tous deux ou trois incidents dans nos vies autour desquels le cours des événements a basculé.Lui-même pourrait se demander, par exemple, comment sa vie aurait tourné s’il avait émigré à New York plutôt qu’à Montréal.C’est qu’à Montréal, où sa famille s’était établie pour qu’il puisse précisément terminer ses études en français, il a dû s’inscrire à l’école anglaise.En tant que grec orthodoxe, il n’était pas admis dans leg écoles catholiques françaises.A l’université, Pan Bouyoucas poursuit donc des études en anglais.Et c’est dans cette langue qu’il écrit sa première pièce de théâtre, intitulée From The Main To Main Street, qui a pris l’affiche au Centaur et qui porte sur les immigrants de deuxième génération.Un succès immédiat «Parfois, je me demande, si j’avais continué ma carrière en anglais, ce qu’aurait été ma vie», confie-t-il, avouant avoir, comme bien des immigrants sans doute, vécu des déchirements linguistiques considé- rables.Depuis, Pan Bouyoucas a épousé une francophone et écrit la majeure partie de son œuvre en français.11 affirme aujourd’hui qu’il n'est pas un immigrant, bien que son œuvre témoigne de la richesse de son passé.«Une de mes principales difficultés, quand j’écris, est de fixer la nationalité de mon personnage», dit-il.Car l’immigration, de toute façon, a marqué la Grèce depuis 3000 ans, comme les mythes en témoignent.L’Odyssée, où Ulysse voyage tout en rêvant toujours de retourner à Ithaque, ne se,déroule-t-elle au cœur de la mer Egée?Les quatre titres qui inaugurent le catalogue des Allusifs évoquent d’ailleurs des univers variés.La Polonaise Tecia Werbowski raconte Prague, Vilma Fuentes explore son Mexique natal, André Marois est Français.C’est un hasard, assure Brigitte Bouchard, qui avoue cependant s’intéresser de près à la littérature du monde.La particularité des Allusifs, c’est surtout de présenter des romans miniatures, des histoires contenues dans une centaine de pages.«Il y a un choix que les auteurs doivent faire dans la quantité de personnages.On ne peut pas présenter, par exemple, une saga avec une descendance de trois générations», dit Brigitte Bouchard.Des romans synthétiques, allusifs, qu’on parcourt le temps de se tremper les pieds dans un univers étranger, de faire un détour en Grèce, par exemple, avant de replonger dans l’hiver québécois.L’AUTRE Pan Bouyoucas Les Allusifs Montréal, 2001,104 pages GRt R< o DUPE snaud-Brav — ddlJFJMiifc _ (garneau— PALMARÈS HEBDOMADAIRE selon les ventes de nos 24 succursales Ht JS Du 14 au 20 février 2001 1 1 PSYCHO.La synergologie 40 Philippe Turchet | L'Homme 2 JEUNESSE Harry Potter et la coupe de feu, t.4 • 13 I J.-K.Rowling Gallimard 3 ROMAN Q.Gabrielle T 12 Marie Laberge Boréal 4 ROMAN Q.Un dimanche à la piscine à Kigali * 17 G.Courtemanche Boréal 5 HUMOUR Les chrétienneries 20 Pascal Beausoleil Intouchables 6 ÉROTISME Rougir de plus belle 4 Marie Gray Guy Saint-Jean 7 HUMOUR Journal d'un Ti-Mé 15 Claude Meunier Leméac B ROMAN 99 francs 22 F.Beigbeder ; Grasset 9 ROMAN Q.Un parfum de cèdre * - Éd.compacte - 20 A.-M.MacDonald Flammarion Qc.10 POLAR Hannibal T 56 Thomas Harris Albin Michel 11 PSYCHO.77 Théodore Zeldin Fayard 12 PSYCHO.Cessez d'être gentil, soyez vrai ! 6 T.D'Ansembourg L'Homme 13 ESSAI Q.15 février 1839 - Lettres d'un patriote condamné à mort 4 Chevalier Comeau & De Lorimier Nadeau éd.14 PSYCHO.À chacun sa mission 63 J.Monbourquette Novalis 15 CUISINE Encore des pinardises * 19 Daniel Pinard Boréal 16 CUISINE Sushis faciles * 38 Collectif Marabout 17 BIOGRAPHE 3 Françoise Giroud Fayard 11 ROMAN can.4 Timothy Findley SopertàpUnæ 19 ROMAN La musique d'une vie 2 Andreï Makine Seuil 20 ROMAN Stupeur et tremblements « 76 Amélie Nothomb Albin Michel 21 CUISINE Le guide du vin 2001 16 Michel Phaneuf L'Homme — 22 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 173 I.Nazare-Aga L'Homme 23 ESSAI Q.La simplicité volontaire 152 Serge Mongeau Écosociété 24 JEUNESSE Chansons drôles, chansons folles (Livre & DC) « 23 Henriette Major Fides 25 ROMAN Chocolat 44 Joanne Harris Libre Exprès s.26 ROMAN Et si c'était vrai.56 Marc Lévy R.Laffont 27 ÉROTISME Confidences d'une entremetteuse 3 LUI Gulliver VLB éd.28 JEUNESSE Je t'aimerai toujours * 788 Munsch & McGraw Firefly 29 ESOTtraSME Le rêve et ses symboles 836 Marie Coupai de Mortagne 30 POLAR Dernier refuge 3 Patricia MacDonald Albin Michel 31 ROMAN Madame Socrate * 15 Gérald Messadié Lattès 32 ROMAN La pierre de lumière, t 4 - La place de vérité 5 Christian Jacq XO éd.— 33 PSYCHO.Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même 27 Lise Bourbeau E.T.C.34 ROMAN Dans ces bras-là * - Pri* F«mina - 20 Camille Laurens P.O.L.35 HUMOUR Choses à ne pas faire 18 Bruno Blanchet Intouchables 36 ESSAI Q.Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde 12 D.Bombardier Albin Michel 37 PSYCHO.La séduction : vérités et mensonges 22 Richard Fleet Libre Express.38 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus * 364 John Gray Logiques laslaiOORAPHE 4 E.Radzlnsky Libre Express.L PSYCHO.3 Rita Emmett L'Homme Livres -format poche »e 1 JEUNESSE Harry Potter : 1.1, 2 et 3 * i tu « > \ I.E I) K V (MR.I.K S S A M E DI 2 4 K T l> I M A N C II K A V E V R I E R 2 (I (I I I) •> * > —«¦ Livres *•— ROMANS QUÉBÉCOIS Histoires pour tous LE MAITRE D’HOTEL Raymond Cloutier Lanctôt Editeur Montréal, 2000,199 pages LA SEMAINE PROCHAINE, JE VEUX MOURIR Michel Désautels VLB Montréal, 2000,218 pages 1 y a des livres qui proposent des pactes de lectures modestes mais honnêtes.Au lecteur qui consent à se laisser prendre au jeu de la fiction, ils offrent en échange de lui plaire, de le distraire de ses soucis, de l’émouvoir.Et quand cela va pour le mieux, il sera séduit ou remué.Il aura même rêvé.C’est l’immense domaine des romans populaires — de la sous-littérature, diront les spécialistes — qui, dans leur projet même, tiennent compte du public sans autre prétention que de lui raconter une histoire captivante le temps qu’elle dure.Raymond Cloutier, l’homme de théâtre bien connu, croit à cet art populaire.À la scène comme à la ville.Il est possible, selon lui, de s'adresser intelligemment au plus large public possible, comme il l’avait affirmé dans Le Beau Milieu (Lanctôt, 1999), ce qui lui avait valu autant d’appuis que d’inimitiés.Le premier roman de Cloutier, Un retour simple, paru chez le même éditeur il y a deux ans, avait été très justement étiqueté: c’était un «thriller affectif», où étaient conjugués de façon assez séduisante du suspense, de l’émotion et de la sensualité.On retrouve ces mêmes ingrédients dans Le Maître d’hôtel, agrémentés d’une touche d’exotisme vacancier.C’est à Cuba que se déroule l’essentiel de l’histoire.Le décor est planté, avec juste ce qu’il faut d'accessoires.Cuba: son soleil, ses cigares, sa musique, offerte notamment par le célèbre pianiste Rubén Gonzalez.Et lieu de convergence où vont se rencontrer par hasard deux hommes.Un comédien québécois, quadragénaire, qui, fatigué d’être confiné à des emplois de vilains, décide de jouer son va-tout profes- sionnel: il vient tourner dans un film où, pour la première fois de sa carrière, il sera dans le rôle d'un amoureux.Et un certain Paulo, maître d'hôtel, qui file le parfait bonheur avec une jeune Cubaine; il vit sur l’île depuis plusieurs années et il tente d’oublier un passé qu’on devine lourd.Celui, plus récent, du comédien n’est pas rose non plus.Il ne sait plus où il en est avec sa femme.Elle est désirable, généreuse, aimante, mais le couple est sans joie.Ces deux étrangers ne sont différents qu’en surface.On nous laisse peu à peu deviner que chacun porte un masque, ou plusieurs, qu’ils jouent des rôles pour se cacher leur vérité intime.Le maître d’hôtel se fuit tout autant que le comédien.Le récit, qui fait des aller-retour entre Cuba et Montréal, offre au lecteur des privilèges: il saura ce que Jean, le comédien, et sa femme pensent chacun pour soi, et ce qu'ils font en l’absence de l’autre.L’écriture même du roman de Cloutier invite à s’approcher au plus près des personnages: discrète, efficace, elle donne un effet de prise directe sur eux, y compris dans les dialogues, qui sonnent fort juste.Le Maître d’hôtel raconte habile- ment des fuites et des reconnaissances chez des personnages qui cherchent un sens à leurs existences jusqut^là improvisées.Pour en finir C’est également ce que tente de faire le personnage principal du roman de Michel Désautels, 1m semaine prochaine, je veux mourir.Il se fait bien tard, cependant, pour Hector Maurice, qui, d’entrée de jeu, semble disposé à en finir^ comme l'indique le titre.A 84 ans, l'homme est las, usé.11 vit seul dans un logis confortable du Vieux-Montréal.11 se laisse aller au désordre, puis entreprend de faire l'inventaire de ses maigres possessions (vêtements, photos), de les trier et, par là peut-être, de voir clair dans son passé.Le ménage lui sera l’occasion d’un bilan.Il n’a pas si mal vécu, cet homme.Il a été un entrepreneur prospère, parfois trop accaparé par le travail.Il a été marié, a eu une liaison clandestine, a divorcé: ceci explique cela.En remontant plus loin dans ses souvenirs, il se rappelle surtout les remarques désobligeantes d’une institutrice, celles de sa mère, celles d’une jeune fille plus délurée que lui.Il n’aura été pour elles qu’un «sans-dessein».Robert C h artrand LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE L’amour qui s’en va BENNY VIGNE AU LT Le succès d’un premier roman place généralement son auteur dans une position ambiguë, tout autant désirée que redoutée.Habitué qu’il était de travailler dans l'ombre — il le faisait ainsi souvent depuis plusieurs années —, soumis aux seules exigences qu’il s’imposait lui-même, libre de présenter ou non son travail en gestation à quelques happy few, le voilà tout à coup propulsé sous les projecteurs.Dès lors, pris entre les attentes d’uii nouveau public à contenter — sans compter celles des critiques! — et la nécessité d’écrire d’abord pour soi, le romancier voit surgir devant lui un défi de taille: celui de la deuxième œuvre.Au début de l’année 1998, Guy Parent, journaliste jusqu’alors inconnu comme écrivain, publie chez Québec Amérique un premier roman intitulé L’Enfant chinois, qui lui vaut une réception critique plus qu’enviable.Et pour cause, puisque le livre est remarquable tant pour la rigueur, la finesse et l’efficacité de sa construction que pour l’intérêt de son propos ou la beauté de son histoire — à ce titre, le premier roman de Parent n’est pas sans rappeler celui de François Cheng, Le Dit de Tian Yi (prix Femina), publié la même année chez Albin Michel.Tous deux, malgré des différences évidentes, se croisent à la lecture par le ton et par le plaisir suscité.Or, trois ans plus tard, c’est-à-dire l’automne dernier, l’écrivain québécois récidive avec un deuxième roman, La Beauté du monde, toujours publié chez Québec Amérique.Grande est la déception.Compte tenu du succès du livre précédent, comment éviter la comparaison?Tout est là, pourtant, de ce qui fait la force de Parent — l’écriture souple, l’intelligence du propos, l’inventivité, la sensibilité, la réflexion.Mais quelque chose fait défaut.Dans quel piège l’auteur est-il tombé?Coup de foudre Journaliste et rédacteur dans une salle de nouvelles pour la télé vision, London (Lone) vient tout juste de voir sa femme le quitter lorsqu’il rencontre Florence à la terrasse d’un café.Impression de déjà vu.L’amour s’installe entre eux subtilement, irrémédiablement, comme elle ne le fait qu’une seule fois dans une vie.«Florence et London se connaissent depuis quelques minutes à peine.Et depuis quelques minutes à peine, leur conception du monde s’élargit.Une idée de soi est en train de changer, de grandir, une sorte d'avidité joyeuse prend de plus en plus de place.Un plaisir s’installe, rond et plein, le corps répond bien à l’existence.» Au fil de la discussion, sans prendre la peine de réfléchir, Lone lance à Florence une proposition de voyage que la jeune femme, libre et audacieuse, accepte volontiers.Destination: l’Italie.Mais ce qui s’annonçait au départ comme un voyage d’amour et de décou- vertes deviendra pour l’un et l’autre l'occasion d’aller une fois pour toutes au bout de soi.Désireuse d’approfondir l’art de la sculpture, Florence partira donc seule sur les traces de Michel-Ange et trouvera refuge dans une petite coopérative de sculpteurs, dans le village de Pietrasanta, au nord de la Toscane.Pour sa part, triste de devoir se séparer de la femme qu’il aime, Lone retournera à Montréal et se tournera vers la littérature.Seul le temps pourra arranger les choses et réunir à nouveau les deux amants.Avec La Beauté du monde, Guy Parent rappelle qu’on travaille toujours un peu la même matière.Si l’histoire de Lone et de Florence se présente d’abord comme celle d’un voyage initiatique, une réflexion sur l’amour et sur la vie, elle permet aussi à son auteur d’approfondir les thèmes déjà abordés dans le premier roman: le voyage intérieur et la quête d’identité, la solitude, les rapports Cfest bien connu, les Éditions Trois-Pistoles ne publient pas de best-sellers.Bouscotte : l* goût du beau risque Victor-Iévy Beaulieu Jf Joût du beau risque J .roman • 400 pages • 29,95 $ Grâce à Bouscotte, la règle est parfois infirme.Aussi, la deuxième édition de Bouscotte sera-t-elle disponible partout dès mardi prochain.N’en achetez pas trop toutefois : l’auteur ne voudrait pas avoir à se chercher un autre éditeur ! ÉDITIONS TROIS-PISTOLES Distribution exclusive: Agence de distribution populaire de l'être humain avec l’univers qui l’entoure, les références orientales, l’apprentissage de la douleur, le bonheur de vivre, la beauté et l’amour.Grâce à une narration tantôt descriptive, tantôt réflexive, les personnages — du haut d’un sommet des Appalaches ou d’une montagne italienne — s’observent, s’étudient et se racontent.Cela procure au récit à la fois tout son intérêt et sa difficulté puisque les réflexions, en dernier recours, prennent le dessus sur les événements rapportés.Bien qu’avec des qualités certaines, le roman finit par lasser, trop long d’une centaine de pages.L’auteur aurait eu intérêt à profiler une fois encore de ce qui faisait la force de son premier livre: l’économie de moyens.Qu'en sera-t-il du troisième roman?LA BEAUTÉ DU MONDE Guy Parent Québec Amérique, Montréal, 2000,306 pages fa Cm roman 24,95$ Après Maître Eckhart, Jean Bédard vient encore une fois ébranler les évidences de notre temps.’¦ iRwA UROUPt www.edhe^aj , ' i _ : l J l ît'ésâîà Ja f'A T CAii W .', *'¦ Ce passé sans grand relief, plus banal que tragique, reflue assez curieusement dans la tête d’Hector Maurice.11 entend les voix de ces femmes qui lui font des discours pleins de reproches.Il en prend acte, sans préciser ses torts, si ce n'est de s’accuser de maladresse et de procrastination.Pour l'heure, entre des épisodes d’amnésie et des moments de prostration, il se promène dans son quartier, le souffle court.Il fait la connaissance d'une jeune fille, laiba, qui se prend de sympathie puis de franche affection pour lui.Hector la trouve appétissante, et on croirait un moment que leurs rapports pourraient aller plus loin.Mais Désautels nous épargne une variante d’Harold et Maude: Hector et Luba s'en tiendront au jeu de la titillation réciproque.La jeune fille est affectueuse mais correcte, et Hector ne joue pas les vieillards libidineux.On n’a ici qu’un vieux monsieur qui se laisse dorloter tout en se rinçant l’œil.Hector croira se faire un autre ami en la personne d’un itinérant du quartier qu'il appelle «le Marcheur».Il lui fait des confidences.lui fait cadeau de quelques vêtements.Ils se promènent ensemble, mais ce pauvre devine qu’il n'est pour Hector qu’une simple distraction.Luba est-elle l'avatar de la femme idéale qu’Hector aurait voulu connaître, et le Marcheur, celui de l’ami parfait?Ils demeurent en tout cas des étrangers, de simples fréquentations qui viennent trop tard et dont il ne tirera que quçlques instants de bien-être.A la vérité, on a du mal à saisir cet Hector Maurice, comme s’il n’était qu’un dilettante de sa propre existence, avec ses souvenirs tronqués, superficiels, et ses émotions dérobées aux autres.Dans les lettres qu'il dicte à luba, où il fait ses adieux à ceux qui ont traversé sa vie, il prend en fait congé d’eux tout en prenant soin de se disculper.Ils sont bien pâles, les personnages de ce roman, alors que l’écriture qui les raconte leur cherche en vain une substance.Après le climat jamesbondien de Smiley, Michel Desautels s’est essayé, sans grand succès, à celui de l’intimisme, robert.chartrandS (asympati co.ca Le visage tm' Ru Identité et dépossession.Je est un autre.Micheline La France Romanichels poche ¦ • Le visage d’Antoine Rivière 248 p.• 16,95 $ XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone : (514) 323.21.70 • Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel : xyzed@mlink.net Gilles Tibo Le Mangeur de pierres GILLES TIBO LE MANGEUR DE PIERRES QUfol Une singulière histoire d’amour entre deux êtres écorchés, rejetés.Car il n’y aura vraiment qu’Élisabeth pour comprendre et accepter Gravelin.et son étrange fascination pour les pierres.Roman adulte QUÉBEC AMÉRIQUE Æ www.quebec-amerique.com » s I L K I) K V OU!, LES S A M E I) I 24 E T I) ! M A X (' Il Ë 2 5 F Ê V H I E H 2 O (I I Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS Psychanalyse et lapins interprétatifs PSYCHANALYSE, LITTERATURE, ENSEIGNEMENT À LA RECHERCHE DU SCÉNARIO DE L’AVENTURE Jean Forest Éditions Triptyque Montréal, 2001,264 pages LE CINÉMA DU BONHEUR Claude de Fontager Éditions de la Pleine Lune Lachine, 2000,252 pages Je suis entré dans le livre de Jean Forest à reculons pour au moins deux raisons: je suis très sceptique quant aux vertus de la psychanalyse et ses prêtres me déplaisent souvent; les trois précédents ouvrages de l’auteur me sont tombés des mains.Le style saccadé, plein de à-coups, de Forest, de même que son ironie plutôt suffisante me font mauvais effet.Circonstance aggravante: le livre s’ouvre sur une introduction nostalgique qui chante la grandeur du cours classique agonisant et qui déplore le mépris dans lequel le système scolaire public actuel tiendrait la littérature.Rien, donc, pour m’amadouer.L’objectif avoué de l’essai mé-« ?rite pourtant qu’on s’y attarde: «Il aspire à faire aimer l'étude de la littérature aux élèves de nos écoles ou de nos universités, ce qui suppose une approche qui ne conviendrait pas nécessairement à tous leurs maîtres!» Cette approche privilégie une lecture freu-do-lacanienne de la littérature, couplée à un modèle de structure narrative inspiré par celui de Propp et ultimement fondé sur la charpente commune de Louis Cor ne Hier deux mythes fondamentaux relus par Freud: celui de la horde primitive et celui d'Œdipe.La première partie de l’ouvrage, consacrée à une exposition de certains concepts fondamentaux de la psychanalyse (castration, inceste, désir, pulsion, Loi, imaginaire, symbolique, etc.), se lit agréablement.Forest y manie les concepts avec un plaisir évident et vulgarise avec une belle aisance des théories souvent complexes.La deuxième partie, consacrée à la présentation et aux applications de son «scénario de l'aventure», gâte la sauce.Le modèle lui-même n’est pas en cause, c’est son utilisation qui choque.Forest multiplie les références littéraires et les fait entrer dans son moule en faisant sortir au besoin de délirants lapins interprétatifs de son chapeau sans fond.Stallone rime avec Staline, suggère-t-il; la Big Whale de Moby Dick devient The Big White Male et ensuite le Big Mac de McDo et le Big Dick et les «eurêka!» se multiplient ainsi jusqu’à épuisement des stocks qui semblent infinis.Vous voulez du sens original?En voilà du tout évident pour ceux qui sont dans le secret des dieux freudo-lacaniens, semble nous dire Forest, et quand le christianisme passe dans pareil moulin à viande, je vous laisse imaginer la vaseuse bouillie qui en ressort.Qu’on me comprenne bien: je ne conteste pas que la psychanalyse appliquée à la littérature puisse donper des fruits porteurs d’un potentiel interprétatif.À cet égard, je ne suis que sceptique.Aussi, je concède à Forest que son modèle a une valeur heuristique non négligeable.C’est la prestidigitation analytique spectaculaire qui m’agace.Mauvais cinéma Quel objectif devraient poursuivre les psychothérapies?Celui de rendre au sujet son autonomie et sa lucidité ou l’atteinte d’un illusoire bonheur acquis au prix d’un endormissement des monstres qui l’habitent?Le thérapeute doit-il se contenter, comme le suggérait Lacan, de se faire «le secrétai- re du patient» ou plutôt s’ériger en directeur de conscience?Dans un essai musclé qui ne craint pas de bousculer les vaches sacrées de la tradition psychothérapeutique occidentale, Claude de Fontager se livre à une dénonciation emportée et radicale de l’idéologie de la toute-puissance psy.Freudien impénitent, il frappe sur tout ce qui bouge à l’écart de la pensée humaniste de son maître.Le premier à passer à la moulinette est l’ineffable docteur Jung.Scandalisé par sa «bêtise théorique» et son «imposture intellectuelle», Fontager lui réserve une critique ravageuse.Si Jung a raison de dire que l’individu moderne massifié souffre d’être «dépossédé de sa concrétude singulière», ses solutions, elles, relèvent de la fumisterie.Méprisant les cadres théoriques nécessaires à la cure pour mieux s’octroyer une position de toute-puissance dans la compréhension du sujet, Jung propose de déifier un inconscient purifié de toute référence à la sexualité pour guérir le patient coupé de sa réalité intérieure.«Vision médicalisée de la question du sens de l’existence», la théorie jungienne, qui s’inscrit dans le registre du prêche infantilisant, entend guérir le sujet de son enfer psychique en le connectant religieusement sur une sorte de Dieu-Inconscient décrété salvateur.Plus honnête et plus courageuse, l’approche de Drewermann, dans toute sa poétique douceur, pécherait aussi en refusant de distinguer psychothérapie et pastorale.Le dogmatisme antireligieux d’inspiration freudienne défendu par Fontager agace parce qu’il est réducteur.Attribuer toute expérience religieuse à des «fixations infantiles» ou à des «conflits œdipiens non résolus» m’apparaît pour le moins abusif.Foi et adhésion sectaire ne se confondent pas.Il ne faudrait pas, cependant, limiter à ce seul aspect les critiques pertinentes que Fontager adresse à Jung et à Drewermann, surtout au premier, dont les théories sont entachées de contradictions théoriques majeures.Les tentatives menées par Alfred Adler afin d’in- tégrer les concepts les plus heureux de la psychanalyse freudienne à une vision rationaliste de l’être humain sont aussi prises à partie dans U Cinéma du bonheur.L’idée selon laquelle l’humanité tendrait à la perfection et que la normalité du sujet reposerait donc sur l’éclosion adéquate du sentiment social, favorisée par la compréhension rationnelle, serait trop optimiste et appartiendrait elle aussi au domaine de l’illusion: «Il mésestime ainsi l’impact essentiellement affectif des traumatismes subis par un individu, et la difficulté très grande de les surmonter, si tant est qu’il parvient à en reconnaître d’abord et avant tout l’existence.» Enfin, virulente dénonciation de l’idéologie psychiatrique totalitaire qui postule que toute déviance par rapport à une norme sociale préétablie relève de la maladie mentale, le dernier chapitre de cet ouvrage prend la forme polémique d’un éloge du controversé théoricien américain Thomas Szasz.Science morale qui repose sur «Vidée que la santé mentale passe nécessairement par l’adaptation de l’individu à la société dans laquelle il vit» et sur le «principe erroné qu’en soi, les rapports humains sont harmonieux», la psychiatrie se présente pourtant comme une science médicale pour se parer du prestige qui accompagne un tel statut.Imposture, écrit Fontager, puisque les normes d’évaluation de la déviance sont psychosociales et morales, alors que les remèdes imposés sont médicaux.On assiste donc là au spectacle d’une entreprise de contrôle social drapée dans le manteau de la psychothérapie humaniste.Quand la bienveillance du psychothérapeute à l’égard de celui qui le consulte est ainsi pervertie par le positivisme de la médecine ou le désir de guérison métaphysique, c’est la liberté et la dignité humaines qu’on assassine.Devant une telle vigueur critique, j’ajouterai simplement ceci: on peut ne pas tout aimer d’un essai et reconnaître sa force et sa nécessité.louiscornellier@parroinfo.net POÉSIE Le deuil infranchissable TOMBEAU DE LOU Denise Desautels Éditions du Noroît Montréal, 2001,134 pages DES OMBRES PORTÉES Papl Chanel Malenfant Éditions du Noroît Montréal, 2000,150 pages DAVID CANTIN Comment affronter l’impitoyable question du deuil?Comment dire cette douleur illisible qui habite le corps ainsi que les gestes du témoin?Une urgence commune émerge des plus récents livres de Denise Desautels et Paul Chanel Malenfant.On remarque, du coup, que ces deux auteurs de la même génération ont déjà reçu le Grand Prix de poésie de Radio-Canada pour des extraits tirés de ces nouveaux recueils.Après des incursions dans l’univers romanesque à L’Hexagone, voilà qu’il et elle reviennent à la poésie au Noroît.La douleur liée à l’absence de l’autre demeure ici une question centrale.Deux épreuves d’écriture bouleversante face à cette «étrangeté familière du deuil».Alors que paraît ce Tombeau de Lou, la revue universitaire Voix & Images consacre un important dossier à l’œuvre de Denise Desautels.Que certains lecteurs aiment ou non, il serait assez difficile de remettre en cause l’énorme influence qu’a eue cette écriture sur la poésie des quinze dernières années au Québec.On pourrait même affirmer que cet impact est désormais comparable à celui d’une Nicole Bros-sard durant la décennie 70.Un lent processus de transformation émerge de cette quête ultime.Premier détail, ce tombeau poétique débute par de remarquables photographies d’Alain Laframboise, qu’il regroupe autour de ces Visions domestiques.Toutefois, contrairement à des recueils comme Le Saut de l’ange (Le Noroît, 1992) ou Cimetières -La rage muette (Dazibao, 1995), ce n’est pas l’œuvre d’art en elle-même qui stimule l’expérience poétique mais bien une mort toujours imprévisible.Lou, c’est le nom cfre cette amie d’enfance malade qui se rapproche désormais d’un autre monde dans une chambre anonyme.Telle une ombre qui suit ce passage vers la fin du temps, une présence veille à «l’intime dépeuplement».Au fil des onze sections qui tracent une voie parallèle aux douze photos qui suivent le liminaire, on retourne aux images de l’enfance comme du présent incertain.La joie de l’amitié bascule vers une souffrance qui demeure le reflet d’une innocence perdue.Le rapport au monde, des objets parfois anodins jusqu’au silence impénétrable, n’a plus la même signification.In mémoire cherche certains repères, des passerelles qui vont d’une histoire à l’autre.Pourtant, il ne s’agit pas d’une tristesse sentimentale ou morbide mais bien d’une révolte contre «l’impureté originelle», contre «l’inconcevable absence».Le regard de Desautels tente de comprendre si une beauté est toujours possible face à un pareil état de choses.Un tableau de Betty Goodwin ou encore une phrase d’Arundathi Roy deviennent alors des signes lumineux.C’est aussi l’image d’une «Sisyphe heureuse, seule devant la démesure du vide», qui émerge d’une telle traversée de ce désordre intérieur.Où en est le mouvement gai ?Au cours des trente dernières années, le mouvement de libération homosexuel a entraîné des changements positifs dans la vie des gais et des lesbiennes.Nous avons assisté à la naissance d une culture gaie et d’une communauté qui affiche fièrement sa différence.Aujourd'hui toutefois, plusieurs homosexuels remettent en question l’orientation du mouvement gai et l'idée même d’une appartenance à une communauté distincte.Au-delà de la revendication du droit au mariage par les couples gais et lesbiens, Chasseurs d'idées propose une réflexion sur la question gaie et les débats qui secouent la communauté homosexuelle.Irène Demczuk Sociologue, Université d’Ottawa Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Vendredi 19h30 • Rediffusions : dimanche 13h30et lundi 13h30 Cette semaine à CENT TITRES Dimanche, 13 h 30, une entrevue avec Maud Tabachnik à Paris.L’auteure de polars nous parle de son roman Le cinquième jour, une histoire de cannibalisme sauvage.Yvon Lachance a lu Le Mangeur de pierres, premier roman pour adultes de Gilles Tibo et D.Kimm, Le temps de la colère de Tawni O’Dell.Le livre de la semaine de Danielle Laurin : Double vie de Pierre Assouline.Dany Laferrtere nous dit pourquoi il en a contre les «coups de cœur» des libraires.Vendredi, 19 h 30, Danielle Laurin rencontre Emile Ollivier pour la parution de son recueil de nouvelles Regarde, regarde les lions.www.telequebec.qc.ca/idees||j|»U^££ R5 I D'IDÉES Cette emission est enregistrée Dimanche 14 h et 33h sa Réalisation: Simon Girard Télé-Québec "*2 LE DEVOIR Télé-Québec Jean-Michel Sivry Directeur des Éditions Flammarion Richard Desrosiers Professeur d'histoire.UQAM Laurent McCutcheon Vice-président, table de concertation des gais et lesbiennes du Québec 5219, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal (Québec) H3T1Y1 TéL: 514 739-3639 À travers le vertige d’exister, il s’agira à nouveau d’ouvrir une brèche afin d’atteindre cette «vaste étreinte» du corps.Mais comment faire pour retenir cette sœur choisie, ce double bientôt incapable de reculer de cette chambre mortelle?«La mort existe, allègrement se transporte d’un lieu à l’autre, tu le sais, tu Tas vue rôder dans tes parages, provocante et ravageuse, fabriquer du néant au-dessus de l’appartement de ta mère, à l’hôpital, dans les églises, les ruelles, les parcs, les villes du bout du monde et ailleurs, jusqu'au centre des tableaux en pourpre et noir de Rothko, jusque dans tes livres de chevet, marqués à l'indigo, où quelques mots suffisent à la mort pour bloquer les issues.On meurt partout, tu le sais, et la souffrance est partout prolifique.» On découvre dans la prose de Desautels un lyrisme qui relance constamment les enjeux d’une écriture furtive.La langue devient plus musicale, plus libre, face aux contraintes formelles.Cela fait de Tombeau de Lou un livre aussi dense que fluide dans l’ampleur de son rythme.Bien que la mort soit très présente dans l’œuvre de cette écrivaine, ce chant se distingue par une ouverture qui intègre beaucoup mieux l’artifice.Les détours, les références deviennent des indices d’un tumulte soudain.Comme dans ses meilleurs recueils, Desautels cherche ici les plus discrètes résonances afin de mieux exprimer une angoisse révélatrice.Tombeau de Lou dérange en même temps qu’il réconforte.Un dialogue subtil On reconnaît aussi, chez Paul Chanel Malenfant, ce besoin semblable de vaincre une étape tragique de l’existence.Ce qui surprend, c’est de voir le chemin qu’emprunte Des ombres portées pour contourner les mêmes obstacles que Tombeau de Lou.On imagine même une sorte de dialogue inconnu entre ces deux livres.Comme chez Desautels, le poème se mêle à la narration, au rêve ainsi qu'au dévoilement le plus secret.Une violence émerge de cette parole qui tente de percer un «silence définitif».I-es phrases lapidaires côtoient une prose nerveuse et intense, une écriture à l’image de la complexité des émotions humaines.Tombeau de tou Le contraste ne cesse de surgir dans ces pages où le deuil imite les mouvements de la dérive.Ce motif était déjà présent dans Fleuves (Le Noroît, 1997) mais d’une façon beaucoup plus tempérée.On réalise à quel point les lieux du poème et du récit intimiste se condensent pour ne faire qu’un.Toutefois, l’évocation n’est jamais lointaine.Malenfant parle de cette «existence qui troue la vie et la déchire», reprenant les mots de Philippe Lacoue-La-barthe.Il suit ce trajet mystérieux qui va de l’origine à l’éventuelle disparition: «Là où tu survis, / errante./ Entre les allées de peupliers, / les quais des gares./ Mot à mot, pas à pas perdu./ Dans les lavis des paysages, / les profils effacés sur les vitres, / les phrases illisibles / sur le tableau d’ardoise: / là où tu es de passage / de l’autre côté du langage.» Cette errance physique et spirituelle vers l’autre-renvoie à une détresse solitaire.Iæ parole se transforme dans ses multiples reflets, un inachèvement de l’être où rejaillit une blessure de naissance.I,e poème de Malenfant s’élève dans la structure d’un chaos visible et invisible.D‘ deuil demeure inexplicable, à l’image de ce «monde comme une chape de plomb sur les épaules».L’exercice de la mémoire empêche que le désastre soit ainsi complet.Il ne reste alors qu’à faire entendre cette langue amoureuse, permettant d’explorer la paix la plus troublante.Encore une fois, lorsqu’on se met à l'écoute du Tombeau de Lou et Des ombres portées, on comprend un peu mieux ce lien secret avec la vie comme la mort.JAMAIS SANS MON LIVRE Invités : Hélène Monette, Roch Côté et René Homier-Roy DIMANCHE 16 H DIMANCHE lull REDirruSIDN LUNDI Z3h1S Animation : Mario-Louine Arsenault, Sylvain Houcln et Maxime-Olivier Moutier Rénlmntmn : Mnnnn Gicnière ICI RADIO-CANADA 4 i I K I) E V 0 I U .L E S S A M EDI 2 4 E T l> I M A X (' Il E A K K V li 1ER 2 0 0 I -Livres ¦*— LITTÉRATURE FRANÇAISE Toute ressemblance.mm Santé i «La fiction pour seule arme contre la falsification universelle, le romanesque sus aux moulins à vent de l'industrie culturelle.» Jack-Alain Léger HÉLÈNE LE BEAU Maximum respect, Paul Smail! s’exclamera le lecteur s’il s’abandonne à la puissance d’un souffle à (presque) nul autre pareil.Il le criera même parfois, entre le rire et l’angoisse, et s’il a de la chance, en certains passages il pleurera comme Stendhal à Florence, comme Julien Sorel devant Mme de Rénal, parce que pleurer pour Ali le Magnifique est juste et bon.Pleurer d’un bonheur intense de lecture, on l’aura compris.Nous avons pourtant affaire à un héros misérable, à un enfant fou de la banlieue, à un serial killer comme en fabriquent la peur et le son d’un ghetto blaster poussé à «donf».Fils d’immigré algérien, Sid Ali Benengeli est né dans la Cité des poètes, un lieu-dit du «neuf-trois», le fameux département maudit du nord de Paris, une de ces portes de l’Enfer derrière lesquelles pousse comme du chiendent sur les dalles fendues du béton la mauvaise graine de l’exclusion.«Des détenus criaient à mort je ne savais pas pourquoi.La porte en fonte s’est refermée sur moi.» Ainsi commence la confession soliloque, le journal-monologue, le chant de haine du héros de Ali le Magnifique.A jamais fermée, cette porte, puisqu’il en est ainsi de la folie.Sid Ali Benengeli, prisonnier de son délire, brosse un tableau dur de la société à laquelle il a toujours refusé d’appartenir.L’ignorance des puissants, l’avidité des politiques, la fourberie des bien-pensants, l’académisme et le pouvoir, la littérature plastique et la musique technorave, la pub et la télévision, les pères manquants et les profs manqués, rien n’échappe au massacre.Sid Ali condamne tout, tout, tout, moins quelques plages de musique (le Quintette pour clarinette en la majeur, K.581 de Wolfgang Amadeus Mozart — WAM pour les intimes) et quelques lignes de poésie (Rimbaud encore et toujours).Et en surdoué de la langue, ses accents de colère et de rage prennent une couleur d’encre.Le fils dTbrahim Benengeli, immigré illettré aux doigts coupés, jongle très vite, très jeune, trop tôt avec la mort.Séances d’apnée avec les potes dans les parkings souterrains (un sac de plastique gardé sur la tête jusqu’à l’évanouissement), défonce au shit, à la vodka, aux cocktails de pilules (prozac, codéine, speed, amphè-te), on le sent plutôt observateur au début, curieux de savoir jusqu’où peuvent conduire les excès des autres.Quand ça dérape grave, Sid Ali est victime de crises d’épilepsie, le «haut-mal» dos-toïevskien.Et ça dérape un max quand Djamila le quitte.Djamila, l’unique aimée, la seule qui sache SMAIL DCWt't.entendre derrière les rugissements de son homme la plainte de l’enfant abandonné.Elle le lâche pourtant, et au plus mauvais moment, sur une passerelle piétonne au-dessus d’une autoroute.Dès lors, «plus rien ne s'oppose à la nuit».Sid Ali se jette dans la gueule de l’archange et fait le lapin rue des Martyrs, loue cher son corps à des hommes fascinés par sa beauté, son cul, sa tchatche, son teint bazané.Le frimeur l’emporte et gagne des «tunes», des masses de fric qui lui permettent d'acheter ce qu’il y a de plus beau, de plus inutile, de plus plus pour impressionner la galerie, le miroir sans tain de son désespoir.Et de se payer un week-end d'abominable tristesse au Maroc avec son ami-amant d’où il revient ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, mais à jamais perdu à l’innocence.Quand Cécile Rénal, sa prof de français qu’il fréquente, qu’il respecte, qu’il aime d'un amour filial, quand elle le blesse sans le vouloir, l’appelle Ali le Magnifique, lui qui se veut Sid Ali tout court, le brillant élève assidu la tue.Une poussée dans la salle de bains, pas vu pas pris, le meurtre passe pour un accident, la bête n’a plus rien pour la retenir.Paul Smaïl a du génie.Si son livre se pouvait lire en une nuit, nombreux sont ceux qui en sacrifieraient de blanches pour le reprendre à l'infini.Lire et relire «Samsara» ou l’étemel retour, pour s’assurer une base solide, les pieds sur terre en n'attendant que de passer dessous.Comme hier ce chapitre sur la publicité façon Sid Ali, «En verlan, vers l’An 2000».Car c’est bien de langue qu'il s’agit, d’une langue majeure, rebelle, «truculente et féroce», disait Jean-Luc Douin dans l«e Monde, qui marquera la littérature francaoui, qui influencera, on le souhaite, des générations d’écrivains.Par cette langue qu’il nous donne, par ce quatrième roman qu’il nous offre, Paul Smaïl dit haut et fort la liberté de penser, d’agir, d’être contre les diktats d’un monde de pur mensonge qui en jette plein l’écran de nos téléviseurs branchés illusions.Pour cette raison, on lui en veut de ne pas se montrer, de refuser de se donner en spectacle, de ne pas accepter de rencontrer les journalistes.La rumeur accuse Jack-Alain Léger* de s’abriter derrière le pseudonyme de Paul Smaïl, d’être le faux vrai beur (arabe, en verlan) de ce siècle | des ténèbres.Que de bruit sur le bitume de Saint-Germain-des-Prés, que de comptes mal réglés dans ledito-business.Paul Smail invisible?Pourquoi pas.Paul Smaïl joueur et torrero, «Falstaff surdoué, juif errant de l’édition, habitué aux masques» (J.-L.Douin)?Oui et on en redemande.Tout cela amuse les intéressés, Paul Smail lui-même et Jack-Alain Léger, qui le connaît, bien sûr.Sauf quand, dans la masse de courrier que reçoit Smaïl depuis la parution de son premier roman en 1997 (Vivre me tue, Balland), se glissent des menaces de mort.Quand écrire devient dangereux dans une société, c’est que cette société est très malade.(*) Parmi les 27 ouvrages publiés par cet auteur boudé par la critique, citons Monsignore (Robert laffont),/acoé Jacobi (Julliard), Le Siècle des ténèbres (Orban) et Maestranza (l’Arpenteur, 2000).ALI LE MAGNIFIQUE Paul Smail Denoël Paris, 2001,618 pages La beauté gît dans les détails SIGNETS M a r i e - A ndr é e Lamontagne Le Devoir « U ne raie de lumière», «pro-logeant»: vous avez raison de sourciller.Dans les livres, les fautes se ramassent à la pelle, ne disons rien des journaux (celui-ci y compris, qui les traque pourtant sans relâche).Quant à la radio et à la télévision, trop souvent on croit devoir y parler comme dans la vie, c'est-à-dire mal, avec tous les pléonasmes qu’affectionne la langue orale, mais, chose plus grave, en étalant sans honte son ignorance des pronoms relatifs autres que les «que» et les «qui» des jeunes enfants, du régime gouverné par les prépositions ou les verbes, du genre des noms, de la concordance des temps.Il faudra bien un jour se résoudre à mettre sur pied, tant la foule des plaignants grossit sans cesse, un bureau où les mots qui s’estiment mal traités pourront faire entendre leurs récriminations et recevoir les premiers soins.On y pansera les blessés les plus légers pour les renvoyer aussitôt au front de l’usage, où les besoins sont pressants.Les plus gravement atteints séjourneront quelque temps dans les ouvrages spécialisés qui s’empilent sur les tables des correcteurs professionnels.Ces mots-là ne sont pas vraiment démobilisés, ce serait trop dire, mais enfin on les manipule avec précaution, voire avec suspicion, en vérifiant deux fois plutôt qu'une leur orthographe ou leur emploi, en leur préférant souvent un synonyme plus commun, moins déroutant.Et il y a les mourants.A ceux-là, on voudra manifester les marques de respect dues à leur grand âge, ce qui les achève plus sûrement que maintes écorchures qu’un usage aussi joyeux que maladroit leur avait infligées de leur vivant.L’imparfait du subjonctif n'est pas mort, mais réservé aux seules bouches précieuses, c'est tout comme.Car la guerre du bon usage a pour conséquence, comme tout conflit, de durcir les positions — et au Québec plus qu’ailleurs, où la langue est sujet d’inquiétude.Parle-t-on mal?Trop bien?Parisien?Cette façon réductrice de poser le problème a pour conséquence de ramener la pratique à une alternative: un soi-disant na- turel, qui n’est souvent qu’un laisser-aller voulu présentable, ou une langue affectée.En avalant leur balai, les tenants de la dernière ont confondu le mot rare et le mot juste et rendent à la langue un culte d’impuissants.Les partisans du pseudo-naturel ont parfois la trouvaille heureuse, mais cette perle se dépose sur un tel fumier d’approximations qu’on se surprend à soupirer après les verges avec lesquelles la Grammaire, au fronton de la cathédrale de Chartres, fùs-tige deux écoliers qui pour l’heure (XII' siècle) courbent l’échine sans savoir qu’ils lui seront plus tard reconnaissants.La langue appelle plus de nuances.Celle-ci n’est pas seulement outil de communication, enjeu politique ou matériau littéraire.Dans un monde séculier et de moi bouffis d’orgueil, elle représente peut-être la dernière occasion, avec l’apprentissage du violon et la confection de la pâte brisée, d’apprendre l’humilité.Nul n’est à l’abri de la faute d’orthographe ou de syntaxe.De plus, quelle que soit la maîtrise atteinte dans ce domaine, on sait que ce n’est jamais fini.Mais c’est se tenir là sur les hauteurs de la passion.Le plus souvent, on demeure dans la vallée de l’ordinaire, où l’on parle, écrit, imprime, affiche, discute — où la langue est exposée à tous les coups.Au carrefour Les plus mortels ne viennent pas des autres langues, pas même de l’anglais-roi.Sherry Simon a expliqué déjà, dans un petit livre instructif (Hybridité culturelle, Elle de la tortue éditeur, 1999), en quoi Montréal, semblable en cela à Trieste, située au carrefour de l’italien, de l’allemand et du slovène, se révèle, en dépit d’un clivage linguistique et culturel, un lieu fécond de contamination littéraire.Ce pourrait être sa chance: «Quand deux langues se rencontrent sans cesse comme à Montréal, écrit Sherry Simon, le résultat est souvent une langue que l’on considère “dégradée”, “impure”, une langue pétrie de “mauvaises traductions”.Il se crée également des œuvres de synthèse culturelle, accouplements étranges d’univers disparates.Elles servent de moyens d’accès à des vérités parfois cachées.» En somme, les oeuvres des meilleurs rachèteraient les blessures infligées chaque jour à la langue par un usage incertain, et il est vrai que l’Académie représente un piège tout aussi menaçant pour les écrivains que le règne de l’à-peu-près.Mais n’est-ce pas cher payer quelques réussites qu’elles soient au prix d’une bâtardisation du français au Québec prenant trop souvent appui sur l’ignorance et la paresse?Ne faudrait-il pas plutôt corriger, reprendre, normaliser inlassablement ce qui doit l’être pour mieux ensuite, le cas échéant, transgresser les lois en toute connaissance de cause et comme en s’en jouant?Parier sur la force qui naît de la maîtrise de l’outil et non subir les sons discordants de la maladresse?Des exemples?Au cul des autobus qui circulent depuis des mois à Montréal, dans la plus grande indifférence linguistique, tous ces malheureux enfants «transfusés» des dizaines ou des centaines de fois, où sont-ils passés dès lors qu’ils ont été, comme il est écrit de façon lapidaire, «transfusés»?On les aurait donc vidés de leur sang et transvasés .SOLDE FINAL DE FERMETURE et plus de rabais sur tous les livres en magasin.Nous fermons pour faire place à la Grande Bibliothèque du Québec.Librairie Marché du Livre L SURVEILLER 1 nouvelle adreeec nouvelle marchandée AVRIL 2001 Palais du commerce (angle De Maisonneuve et Berrl) l'Inconvénient revue littéraire d'essai et de création Peut-on vivre en ce bas monde ?numéro 4 février 2001 D É J E R r i O R avec les textes de.Ying Chen, André Major, Gilles Archambault, Jean-Pierre Issenhuth et de nombreux autres! ARCHIVES LE DEVOIR L’histoire veut qu’André Gide ait fait détruire la première édition de son Isabelle, paru en 1911.dans quelque éprouvette?Pourquoi n’ont-ils pas reçu une transfusion de sang, comme l’exigeait leur état?Si le client est aveugle, faut-il que l’agence de publicité soit borgne et que le public le devienne aussi à force d’être bombardé d’une incorrection rendue banale par la répétition?Comme les révolutionnaires ont leur novlangue, la bureaucratie a la sienne qui gagne la rue.Dans un monde de «conjoints», de «jeunes», d’«intervenants», de «véhicules» et de «résidants», c’est l’esprit même de la langue qui se perd et, à ce train, on en viendra bientôt à penser que les pompes funèbres sont des établissements où l’on aspire les morts pour résoudre les problèmes de, surpopulation des cimetières.A la une d’un magazine féminin, l’autre jour, et d’un seul souffle: «Le fabuleux destin de Grace Kelly plus des tartes pour tous les goûts».Faute de style, de grammaire, de syntaxe, confu- sion des niveaux de langue, tics de langage, modes: les écueils ne manquent pas, et la classification des maux se révèle aussi subtile que la liste des remèdes.Ainsi, des deux exemples évoqués au début de cet article, l’un relève de l’orthographe, l’autre est une coquille typographique, bête noire des éditeurs, qui fait souvent la joie des lecteurs.Sur ce point, le seuil de tolérance serait fixé à une coquille toutes les dix pages.Ce qui en porte tout de même le nombre à 20 pour un ouvrage de 200 pages, sans compter les erreurs de grammaire ou de syntaxe qui auront échappé à tout le monde —- de quoi défigurer le plus pur chef-d’œuvre.L’histoire veut qu’André Gide ait fait détruire la première édition de son Isabelle, paru en 1911, parmi les premiers titres des éditions de la NRF".Des pages avaient 26 lignes, d’autres 27.Les fautes y proliféraient comme des champignons.Vision intolérable pour cet écrivain dont le Journal, par ailleurs, ne dédaigne pas l’anacoluthe.Les typographes sont flamands, expliquait un Gaston Gallimard navre, descendu dans l’entrepôt.Le même, à la demande de Gide, fera fondre un caractère spécial pour reproduire le u majuscule avec accent circonflexe du «COÛFONTAINE» dans L’Otage d’un Claudel qu’on voulait alors attirer dans le giron de la NRF.Ainsi débauchait-on les auteurs en ce temps-là.Alors aussi, en 1867, Flaubert pouvait écrire à son éditeur, Michel Lévy: «L’accent circonflexe de Salammbô n’a aucun galbe, rien n ’est moins punique.J’en demande un plus ouvert.» Qui ne voudrait pas lui donner raison?U CAUSERIE Le roman miniature: un nouveau genre littéraire?À l’occasion du lancement des quatre premiers romans de la maison d'édition Les Allusifs, vous êtes invités à une causerie sur le phénomène du roman miniature.Est-ce un nouveau genre littéraire ou bien existe-t-il depuis l'invention du roman?Participeront à la causerie Brigitte Bouchard, fondatrice de la maison d'édition Les Allusifs, ainsi que les quatre premiers auteurs de cette maison, Vilma Fuentes, Pan Bouyoucas, André Marais et Tecia Werbowski.C’est Jacques Bellefroid, auteur notamment de Fille de joie, publié aux éditions La Différence, qui animera la soirée.Jeudi 1" mars 19 h 30 Réservation : 514.739.3639 Entrée : 5 $ ^^1 • _î S 5219 ch.de la côte-des-neiges UlIVien T 514.739 3639 Tu • • u- » F 514.739.3630 librairie • bistro H3T 1Y1 métro côte-des-neiges Si vous désirer manger au Bistro avant ou après le débat, il est préférable de réserver.libanaise neditenaneenne La fine cuisine Noha Bitar* 2-89381-6‘)9 1 • 1X809 2 Mme Madeleine Arbour.0C, 0 0, designer d'intérieur; > Mme Claude Benoit, présidente et chef de la direction, Société du Vieux-Port de Montréal; > M.Danny Bergeron président, directeur de la création, Tube Studios inc., > M.Daniel Buchner, directeur, design industriel, Design Continuum Inc, Boston, é -U, > Mme Irène Cinq Mars doyenne, Faculté de l'aménagement, Université de Montréal; > M.Piotr Kosak, directeur du programme de design de produits au Central Saint Martins College of Arts S Design, Londres, U.K., > M.Gilles Robert, membre de l'Académie Royale du Canada, designer graphique Les prix seront remis dans le cadre du Gala de l'Institut de Design Montréal gui aura lieu le 16 mai prochain.Merci aux membres du jury d'avoir accepté l'invitation do l'IDM et bonne chance à tous les candidats! é
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