Le devoir, 3 mars 2001, Cahier D
! L t I) E V O I R .L E S S A M E I* I A K T II I M A \ C II K I M A I! S 2 0 0 I -» LK DEVOIR - - - Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Andrei Makine D 6 Littérature jeunesse Page D 7 AffllmrtL;; Polar à Dakar Orale ou écrite, en butte à un lecto-rat limité, à des structures éditoriales à développer, la littérature africaine demeure un continent à explorer pour le lecteur occidental.Signe réjouissant: ces dernières années auront vu un intérêt marqué du public pour ces littératures méconnues.Il y a deux mois, Christian Rioux séjournait à Dakar où il a rencontré l’écrivain Abasse Ndione, auteur de polars qui décrivent une société violente et moderne: l’Afrique du XXP siècle.CHRISTIAN RIO CX ENVOYÉ DU DEVOIR À DAKAR Abasse Ndione a une tête de Black Panther.Du haut de ses six pieds et quelques, il arbore fièrement une grande barbe blanche en dessous d’un large sourire fendu jusqu’aux oreilles.Pour le rencontrer, il faut quitter Dakar et faire 30 kilomètres sur une route sablonneuse qui mène vers la Casamance, où circulent les convois militaires qui reviennent de cette région en guerre.Le paysage n’a rien de pittoresque, pas plus que les romans du premier auteur de romans policiers du Sénégal.On entre ici dans le cœur industriel du pays.Abasse Ndione vit à l’ombre de la cimenterie de Rufisque, la plus grande du pays, où travailla son père pendant des années.Le monolithe menaçant domine une banlieue sillonnée de petites calèches colorées qui servent ici de taxi.Dans un coin, des enfants courent après un cochon rose pendant que les femmes reviennent du marché un panier sur la tête.C’est dans la maison familiale, entouré de ses sept enfants et quatre petits enfants, qu’Abasse Ndione écrit des romans policiers qui décrivent une société violente et corrompue où la vie est un combat perpétuel.«Le Sénégal n’est pas une société paisible, dit-il.Loin des images folkloriques, c’est une société violente où je n’ai pas besoin d’inventer beaucoup de choses pour écrire un roman noir.]e me nourris des faits divers.1m plupart des événements que je décrits viennent delà.» Avec un style à la musique inimitable, Abasse Ndione est devenu le premier auteur de polars sénégalais.Dans un pays dominé par une élite littéraire qui a du mal à se dégager de l’héritage «vieille France» de Léopold Senghor, il n'était pas évident de se lancer dans ce genre littéraire.Son dernier roman, Ramata (Gallimard, La Noire), raconte l'histoire d’une vaniteuse ef plantureuse Emma Bovary sénégalaise.Epouse du ministre de la Justice, elle provoque la mort d’un gardien de la maternité de l’hôpital Le Dantec, à Dakar.C’est là que Ndione a été infirmier pendant plus de dix ans.Au milieu des villas cossues et des palais gouvernementaux, il dresse le portrait du Sénégal des années Senghor jusqu’à l’élection présidentielle de l'an dernier, qui a vu la victoire du candidat de l'opposition.Abdoulaye Wade, sur le président sortant Abdou Diouf.Meurtres, chantage et corruption rythment une description mordante des mœurs politiques du pays.«Je ne peux pas écrire quelque chose qui n'est pas noir, dit Abasse Ndione, car c’est A Xi \ » Emile Ollivier est un promeneur.Il passe de longues heures à marcher, ou encore à circuler en voiture dans les rues de Montréal.Au fil des années, au cours de ses promenades, la vie lui a offert quelques cadeaux, la surprise d'une conversation, la silhouette entrevue d'une femme, une histoire racontée autour d’un verre de bière.Ce sont ces cadeaux, ces éclats de vie, que l’écrivain chevronné offre avec son dernier recueil de nouvelles paru chez Albin Michel, Regarde, regarde les lions.CAROLINE M O N T1* E TIT y LE DEVOIR A l'aube de la soixantaine, après plus de trente qns d’exil, loin des Caraïbes qui l’ont vu naître, Emile Ollivier, le sociologue et l’écrivain, a multiplié les regards qu’il porte sur le monde.Ici, c'est un immigrant qui arrive sans le sou, sans emploi.lù.c’est un riche notable haïtien humilié par sa maîtresse, ou un président exilé (on jurerait Jean-Claude Duvalier), réfugié à Grasse, sur la côte d’Azur, qui fait face au spectre de ses crimes.Parfois, c’est un chauffeur de taxi, immigrant toujours, fasciné par la beauté d’une passante.Mais tous sont avant tout des êtres humains, éparpillés à travers le monde, attablés à leur destin.D's nouvelles de ce recueil sont écrites successivement à la première, à la deuxième et à la troisième personne du singulier.Ces personnages sont riches ou pauvres.Ils vivent dans les Caraïbes, à Montréal ou en Europe.Ic fantastique y côtoie le plausible.En Haïti, relève-t-il, on dit qu'un être humain abrite plusieurs âmes.«Vous n’étes pas seul», dit-il dans un grand éclat de rire.Aussi les personnages d’OUivier rencontrent-ils les morts à l’occasion, chevauchent-ils des réalités multiples, voient-ils des rosiers fleurir au cœur de l'hiver, en plein mois de février.Comme leur créateur, ces personnages ont souvent une identité double.Migrants, ils ont quitté leur campagne, leur ville, leur pays, pour se glisser doucement dans une nouvelle identité, où ils cohabitent par moments avec l’ancienne.Dans cet univers, les nouveaux arrivants doivent se déguiser en lions pour survivre et amuser les enfants, et les chauffeurs de taxi, à force d’arpenter Montréal, de flâner rue Saint-Denis ou de traverser le pont Jacques-Cartier, finissent par voir ces paysages comme les leurs.Mais dans leur regard des îles du Sud, il sera toujours passible de voir fleurir le mois de février, ou de rencontrer les âmes mortes.On ne fait jamais complètement peau neuve.«Le passé, on le traîne avec soi, comme la poussière que l’on traîne avec la semelle de ses chaussures, dit l’écrivain en entrevue.Il n’y a pas de doute, on n’échappe pas à son passé.Le passé nous hante.Le passé nous poursuit.Le passé déguise parfois la nouvelle réalité.» Lui-même, qui a somme toute passé plus de temps au Québec qu’en Haïti, accepte le qualificatif d’hybride et déteste se faire demander s’il se sent plus Haïtien que Québécois.Dans la nouvelle Une nuit, un taxi, il décrit ainsi l’intégration d’un immigrant, un homme qui, croyant se rendre à New York, aboutit à Montréal, qu’il finit par adopter, et où il vit désormais, content.«Ues décennies plus tard, le hasard, même si le hasard n 'est pas dénué de logique, avait fait de lui un citoyen de ce pays.les images du bout de l’île, de l’exode, de la traversée, de cette terrible nuit d’arrivée à Montréal s’étaient effacées de sa mémoire.Il en avait extirpé le pollen des fleurs malignes charrié par le vent, s’était débarrassé de la couronne de feuillages vénéneux que les années noires, le froid, l'exil avaient tressée au-dessus de sa tête.» VOIR U'.D 2: PROMENADES Ollivier VOIR PAGE D 2: POLAR PHOTO JACQUES GRENIER I.E DEVOIR I.E IJ E V 0 I R , LES S A M E I) I :i E T IJ I M A \ (HE 4 M A R S 2 (I 0 I I) 2 -*• L LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Mémoire courte I Y R E S - PROMENADES Ollivier est d'abord et avant tout un bon vivant » » »v ^ / .» it * * ^ •V.» a_fc.JL.\i\%v zr stC#, MMM ¦aiMNiii b ’ , JACQUES GRENIER LE DEVOIR Plus encore qu’un romancier, l’écrivain Emile Ollivier se dit conteur.«Tout se passe comme si, quand je me mets à écrire, j’étais quelque part, une nuit, dans une veillée, comme cela se fait dans la Caraïbe; les gens se lèvent et ils racontent une histoire.» NICOLAS TARGUES Il y a deux façons d'appréhender le premier roman de Négovan Rajic, né à Belgrade en 1923.la première, positive, consiste à faire abstraction du terme «roman» apposé en couverture et a s’attacher à y voir une aventure autobiographique à la simplicité trompeuse.Car un exilé politique serbe d’âge mûr, dont l’éditeur nous dit qu’«i7 a obtenu plusieurs prix littéraires au Canada, en Angleterre et en Yougoslavie», ne peut raisonnablement pas écrire n’importe quoi.Et, de fait, ce récit de l’évasion à la nage de l’auteur de la Serbie au commencement de lere communiste de Tito, en 1946, ne manque pas d’un certain intérêt On peut apprécier la naïveté retrouvée de Rajic, qui se souvient avec force détails et attendrissement de ses stratagèmes de jeune homme pour se faire démobiliser de l’armée, des verres de boza {«une excellente boisson turque») aux terrasses des cafés de la ville, de ses blondes amantes, de son trac à la rentrée universitaire et, surtout, de ses premières désillusions politiques: «Qu'est ce qu’il y avait de changé?Dans les usines et dans les mines, les ouvriers continuaient de trimer, désemparés et souriant timidement quand, dans les discours enflammés, on leur promettait de devenir maîtres de leur destin.Comment pouvaient-ils s’insurger contre eux-mêmes?» les enthousiastes, donc, trouveront plein de bon sens à ce type d’observations et le charme de l'expérience à la langue directe de Rajic.Tant mieux pour lui.Une deuxième lecture, plus sévère, peut-être injuste (méchante?), consiste également à faire abstraction du terme «roman» ins- \égoraii Hnjir Wits I mure rive \dieu Belgrade Hnimitt L Ige (I l loiinnc crit sur la couverture mais à ne rien trouver à justifier en contrepartie.Car ce n’est pas parce qu’un auteur vient d’un pays difficile et lointain, qu’il a près de 80 ans, qu’il a vécu la guerre et qu’il est médaillé du Cercle européen de Prague qu’il n’a pas le droit d’écrire un livre anecdotique, convenu, lisse et ennuyeux.En effet, l’usage trop appliqué qu’il fait du français interdit tous les excès, tous les emportements.Les scènes se succèdent à la queue leu leu, sans élan ni ampleur.Et si Rajic, par le truchement de son personnage, se refait gentiment une jeunesse, le jeune héros de Vers l’autre rive semble avoir récolté, lui, les instincts mesurés d’un vieux monsieur.Tant pis pour nous.VERS L’AUTRE RIVE -ADIEU BELGRADE Négovan Rajic L’Age d’homme Lausanne, 2000,213 pages SUITE DE LA PAGE D 1 D’une plume experte, Ollivier écrit sur des variations infinies cette sensation de l’exil.On en perçoit toute la lourdeur dans le texte intitulé Des nouvelles de Son Excellence, qui met en scène un dictateur réfugié en France, qui regarde les nouvelles de son pays à la télévision, avant de faire face à ses crimes.«Au bulletin de nouvelles de vingt-deux heures, le speaker parla de manifestations violentes qui avaient été sauvagement réprimées par l’armée, de guerre civile larvaire qui sévissait dans un pays lointain, placé en permanence sous les feux de l’actualité.Les caméras avaient braqué leurs lentilles sur les bidonvilles de la détresse, sur les scènes de carnage qui l’affligeaient, sur les navires de guerre des puissances dites amies croisant au large.Le bruit courait que Papaphis serait ramené par les Occidentaux pour que de nouveau règne l’ordre dans toute sa rigueur», lit-on.Et cette Haiti qui cherche sans fin son chemin vers la démocratie, Ollivier lui-même a suivi son évolution à travers les années, depuis qu’il l’a quittée alors qu’elle était sous la dictature de François Duvalier.Après avoir tenté d’y retourner après la chute de Jean-Claude Duvalier, l’écrivain, secoué par les élections ratées de 1987, au cours desquelles «les électeurs étaient massacrés à même les bureaux de vote», s’est installé, sans doute définitivement, au Québec.Aujourd’hui encore, dit-il, l’ombre de la dictature guette Haiti.L’île, dit-il, est «à un moment absolument fragile, et on ne sait pas vraiment ce que cela va être dans un avenir prochain.Pour l’instant, reconnaît-il, cela ne tourne pas rond, et cela ne sent pas bon».Il se dit au sujet de son pays d’un optimisme tragique, affirme prendre un pari presque pascalien, parce que «si l'on ne fait pas ce pari-là, il ne reste plus rien».Car Ollivier est d’abord et avant tout un bon vivant.«J'aime rire, écrivez-le», dit-il d’entrée de jeu.Là aussi, il se trouve une parenté d’humeur avec les Québécois, lui qui, a son arrivée ici, a d'abord pris le chemin de l’Abitibi.«À 700 kilomètres de Montréal, j’étais proche du Grand Nord.Je m’attendais à trouver des gens tristes et maussades, dans un endroit où l’hiver dure huit à dix mois pas année.Mais non, j’ai rencontré des fêtards, des gens qui prenaient un coup», se souvient-il de cette époque.Plus encore qu’un romancier, l’écrivain se dit conteur.«Tout se passe comme si, quand je me mets à écrire, j'étais quelque part, une nuit, dans une veillée, comme cela se fait dans la Caraïbe; les gens se lèvent et ils racontent une histoire.» De la culture québécoise, il partage aussi le goût des légendes.Car le fantastique, s’il est exalté par la culture vaudou, n’est pas le propre de la Caraïbe, souligne-t-il.Il relève l’histoire québécoise d’Alexis le Trotteur, qui avait d’ailleurs été mise en scène par le chorégraphe d’origine haïtienne Eddy Toussaint, sans doute parce qu’elle ressemblait à une histoire vaudou.L’écrivain, contrairement au citoyen, n’est pour lui d’aucun lieu, d’aucune terre.C’est dans la tête qu'il porte son pays.D’ailleurs, au sujet des êtres humains, il évite de parler de racines.Il veut plutôt parler de routes, de chemins que ces êtres humains traversent.«Parce que, effectivement, c’est sur la route, sur ces chemins que les choses nous arrivent», dit-il.Pourtant, dans son esprit, le retour en Haiti n’est pas tout à fait exclu.Il lui arrive même de rêver de retourner à la Croix des Bouquets, ce village haïtien où sa mère est née, pour «boucler la boucle», dit-il, à ce point très précis du chemin de sa vie.REGARDE, REG.ARDE LES LIONS Emile Ollivier Albin Michel Paris.2001,236 pages On lira aussi ce beau récit d'enfance: Mille eaux, Gallimard, "Haute-Enfance», Paris, 1999,182 pages.GROUPE Renaud- — «CTS», - ©arnTaït - V—J Brav ^ Librairie doarnmi—lr — a us a PALMARÈS HEBDOMADAIRE selon les ventes de nos 24 succursales Du 21 au 27 février 2001 1 BIOGRAPHE L'adversaire I 58 Emmanuel Carrère POL.1, PSYCHO La synergologie 41 Philippe Turchet L'Homme A ROMAN Q Gabrielle « 13 Marie Laberge Boréal 4 JEUNESSE Harry Potter et la coupe de feu, t 4 * 14 Joanne K.Rowling Gallimard 5 PSYCHO Cessez d'être gentil, soyez vrai 1 7 T.D Ansembourg L'Homme 6 ROMAN 99 francs 23 F.Beigbeder Grasset 7 ROMAN Q Un dimanche à la piscine à Kigali « 18 G.Courtemanche Boréal 0 HUMOUR Les chrétienneries 21 Pascal Beausoleil Intouchables 9 POLAR Les rivières pourpres « 160 Jean-C.Grangé Albin Michel ÏO ROMAN Q Un parfum de cèdre * • Éd compacte - 21 A.-M MacDonald Flammarion Qc.JJ HUMOUR Journal d'un Ti-Mé 39j Claude Meunier Collectif Leméac Marabout !2 CUISINE Sushis faciles « 13 JEUNESSE Je t'aimerai toujours « 789 5 Munscti & McGraw Marie Gray Firefly Guy Saint-Jean 14 ÉROTISME Rougir de plus belle 15 ESSAI Q.15 février 1839-Lettres d'un patriote condamné à mort 5 1 153 Chevalier De Lorimier Comeau & Nadeau éd.16 ROMAN Philippe Delerm Gallimard Serge Mongeau Écosociété 17 ESSAI Q.La simplicité volontaire 18 ROMAN La musique d'une vie 3 Andrei Makine j Seuil 19 RÉCIT On ne peut pas être heureux tout le temps * 4 Françoise Giroud | Fayard 24 Henriette Major Fides Î0 JEUNESSE Chansons drôles, chansons folles (Livre & DC) » il PSYCHO De la conversation j78 Théodore Zeldin Fayard 22 BIOGRAPHE Gainsbourg « I 5 Gilles Verlant Albin Michel 1 23 1 GUIDE Collectif Ulysse 24 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 1741.Nazare-Aga L'Homme 25 .POLAR Dernier refuge * 4 Patricia MacDonald Albin Michel 26 CUISINE Le guide du vin 2001 17 (Michel Phaneuf jL'Homme 27 PSYCHO.Ces gens qui remettent tout à demain j U ¦ 4 Rita Emmett L’Homme 28 ESSAI Q 13 D Bombardier Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde Albin Michel 29 POLAR Hannibal * 57J Thomas Harris Albin Michel 30 ROMAN Dans CBS bras-là • - Prix Femina - 21 Camille Laurens P O L.31 ROMAN Madame Socrate » 16 Gèrald Messadié Lattès 57 :Marc Lévy R.Laffont 32 ROMAN Et si c'était vrai.33 CUISINE Encore des pinardises » 20 Daniel Pinard Boréal 34 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus * 365 John Gray Logiques 35 PSYCHO Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même 28 Lise Bourbeau E.T.C.36 - -.ROMAN can.Pilgrim * 5 Timothy Findley Serpent à plumes ?! MATERNITÉ Mon bébé : je l'attends, je l'élève 196 E.Fenwick Reader's Digest 38 HUMOUR Choses à ne pas faire 19 Bruno Blanchet Untouchables 39 .ROMAN La pierre de lumière, t.4 - La place de vérité 1 6 Christian Jacq XO éd.40 ROMAN Chocolat 45 Joanne Harris Libre Express.Livres -format noche V JEUNESSE Harry Potter : t.1, 2 et 3 » 63 Joanne K.Rowtfng F :olio junior 2 SPIRITU.L’art du bonheur * 15 Dalai-Lama l'ai lu 3 ROMAN Geisha « 42 Arthur Golden Livre de poche 4 JEUNESSE À la croisée des mondes, t.1 » - Les royaumes du Nord 43 Philip Pullman Folio junior 5 ROMAN La montagne de l’âme * 53 Gao xingjian de rAube 1- Prix Nobel de littérature - ?* Coup de coeur RB HH : l^8 semaine sur notre liste MB.: Les dictionnaires et les titres à l'étude sont exclus NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION Pour commander à distance a (514) 342-2815 www.renaud-bray.com POLAR «Le Sénégal est une société violente, mais les gens demeurent optimistes» SUITE DE LA PAGE D 1 la vie au Sénégal qui est noire.» Ndione a toujours été friand de San Antonio, Simenon, James Hadley Chase et Robin Cook.C’est à l’école qu’on lui a offert son premier roman de la Série noire, le n° 146 se souvient-il, un roman américain intitulé Dans les plumes.«Je n’ai rien compris.Lorsque j’ai appris à lire, le livre avait disparu.De toute façon, un bon roman, c’est un bon roman, qu ’il soit policier ou non, de Steinbeck ou de Victor Hugo.» Lorsque, en 1975, il propose, La Vie en spirale aux Nouvelles Editions africaines, on lui demande d'attendre que la maison crée une collection policière.Comme le Sénégal ne compte qu’un seul éditeur, Ndione patientera huit ans avant qu’un nouveau directeur littéraire décide finalement de publier son livre, avec ou sans collection policière.L’auteur refuse d’enlever une seule des 400 pages du roman.Il sera donc publié en deux parties.la première est sortie en 1984 et la seconde.quatre ans plus tard! La patience sera payante puisque La Vie en spirale, tiré à 5000 exemplaires, fut un succès de librairie et valut à son auteur la plus grande distinction littéraire de l’époque, le prix Léopold Sedar-Senghor.Le livre est aujourd'hui au programme des universités.En 1991, Ndione participe au 1501' anniversaire du roman policier en banlieue de Paris avec Robin Cook, John Douglas, Edouard limonov et plusieurs autres.C’est là que Didier Daeninckx parle de son livre à Patrick Raynal, le nouveau directeur de la célèbre Série noire.Sans succès.En 1996, l’auteur Lucio Mad le redonne à Raynal, qui le publie enfin en 1998.L’histoire de Ramata, d’abord intitulé Quand fleurissent les flamboyants, est à peine moins rocam-bolesque.Ndione a perdu son premier manuscrit après que la gendarmerie l’eut forcé à quitter Dakar lors d’un transfert dans un autre dispensaire.Ecrit en trois mois, en 1991, le livre fut refusé par les Nouvelles Éditions africaines parce qu’il contenait trop de sexe et de sang.Depuis Ramata, Abasse Ndione a publié deux livres en wolof.L’Enfant de Bargny et Connais-tu Bargny?racontent ses souvenirs d’enfance dans son village natal, à quelques kilomètres de Rufisque.Ndione est parmi les premiers auteurs à écrire en wolof, la première des six langues nationales du pays.Les écrivains en wolof.comme Cherkh Ndao et Ousma-ne Sembene, se comptent encore sur les doigts de la main.«Nous sommes des pionniers.Mais je préfère écrire dans ma langue maternelle.C’est beaucoup plus facile pour moi.L’ennui, c’est que nous avons très peu de lecteurs puisque la plupart des gens qui sont alphabétisés ne le sont qu’en français.» Abasse Ndione a fêté ses 54 ans le 16 décembre dernier.Ses maigres revenus de Gallimard lui ont permis de prendre une retraite anticipée pour se consacrer à l’écriture et à ses petits-enfants.Grâce à lui, de nouveaux auteurs sénégalais, comme Asse Gueye et Iba Dia, s’essaient au roman noir.«Aujourd’hui, le polar est très bien vu.Mais ça n’a pas toujours été le cas.» N'empèche qu’à voir ce grand-père avec ses petits dans les bras, on a peine à croire qu’Abasse Ndione décrive une société aussi dure.Le changement de régime intervenu démocratiquement cet automne est pour lui porteur d’espoir.Il compare l’élection d’Abdou-laye Wade, qui a mis fin à 40 ans de domination du Parti socialiste, au «combat de la hyène et de l’âne».«Le Sénégal est une société violente, mais les gens demeurent optimistes.Ils se disent que Dieu est grand et que demain sera mieux qu’aujourd’hui.De toute façon, on ne peut pas être vraiment pessimiste lorsqu’on est père de huit enfants et grand-père de quatre petits-enfants!» BIOGRAPHIE Des monstres sacrés Pour les fans de la Callas La part de légendes qui scande la vie des gens célèbres atteint souvent des sommets dans la démesure.C’est probablement le cas de la Callas, dont on a mille fois évoqué l'enfance triste, mar- CT S CT ^ l’aurait voulu être beau ÇÆN Martin Manseau J’aurais voulu être beau axils.I-h p , 18 S Un parcours singulier.île l'amour au dcses|jqir.du revu a la désillusion, de l'amitie aux trahisons, des questionnements intenses aux ré|Jonscs ¦.inquiétantes.quée par l'obésité et une physionomie pour le moins peu avantageuse — Dieu qu’elle était vilaine, comme le petit canard de la fable! — et qui, au seuil de la trentaine, se transforma en une splendide fleur sombre et mystérieuse — Dieu qu'elle est devenue belle, comme le beau grand cygne! On a dit que, pour ce faire, elle était allée jusqu’à avaler volontairement un ver solitaire.Ou encore, à l’exemple du Faust de Goethe, qu’elle avait vendu son àme à Méphistophéles lui-même! Qui sait?Mais encore quelle était méchante, capricieuse, diva jusqu’au bout des ongles.Il est vrai qu’à une certaine époque, elle prétendait que son exercice physique quotidien consistait à faire le tour, au pas de course, de sa plus proche rivale au sommet de l'art lyrique.Montserrat Caballé! Ce n'est pas très gentil.Qu’importe la part de vérité qui fonde ces légendes, il s’est trouvé des hommes pour l’aimer passionnément, cette diva, à la folie.même.Et pas des moindres! Monsieur l’armateur grec lui-même en la personne du richissime Aristote Onassis.Et c’est cette «tragédie grecque des Temps modernes» que raconte dans le menu détail cette biographie de Nicholas Gage, force photos et documents à l’appui.De leur première rencontre en juillet 1959 à bord d'un luxueux yacht au dernier souffle d'Aristote murmurant à l’oreille de sa diva: «Je t'ai aimée, pas tou- jours bien, mais autant et du mieux que je suis capable».Gage fait renaître cette passion dévorante qui a animé ces deux êtres exceptionnels, ces monstres sacrés aux ego au moins aussi gros que leur richesse ou leur talent.Appuyé par de longues recherches et basé sur des lettres et les témoignages des principaux survivants, l'ouvrage de cet écrivain d'origine grecque journaliste au New York Times regorge de renseignements précieux sur cette idylle hors du commun entre deux légendes du siècle.C’est bleu écrit, parfois drôle, souvent émouvant, et ça plaira certainement aux fans de la Callas tout autant qu’aux passionnés de la vie des gens riches et célèbres.Quand l’amour d'un homme de fer pour une femme capricieuse se révèle plus grand que la légende qu’il a fait naître.et peut-être même plus qu'un mariage avec une certaine Jacqueline Bouvier Kennedy!.Marie Claude Mirandette ONASSIS ET LA CALLAS UNE TRAGÉDIE GRECQUE DES TEMPS MODERNES Nicholas Gage Traduit de l’américain par Bella Arman et Catherine Vacherat Robert Laffont Paris, 2000,459 pages t 4 L K I) K V (Il K .L K S S A M E I) I ET I» I M A X 1 H E 1 M A K S 2 O O I l) V R E S 'Wj ESSAIS Le parcours de la déchéance MARCEL FOURNIER Peu de temps avant qu'il ne se suicide, en novembre 1998, Robert Lefort, un SDF toulousain âgé de 31 ans, écrit le récit de sa vie: enfance ’pas trop difficile’» dans une grande famille ouvrière, mère épileptique, échecs scolaires, hémorragie méningée qui le plonge dans un coma profond, emploi d'artisan maçon pendant huit ans, chômage, alcoolisme, va-et-vient entre la rue et la situation d’héberge.Bref, un parcours «fracturé» et une longue dérive avec, comme résultat, la déception, le malheur; une vie brisée qui n’a apparemment guère de sens.Le «récit» de Robert Lefort est un témoignage d’une très grande vérité (au sens du cinéma vérité): il raconte son «train-train» habituel, donne une description détaillée de ses compétences, par exemple en maçonnerie, décrit finement les personnes qu’il rencontre et les lieux qu’il fréquente, fournit les explications — les bonnes raisons — de ses décisions, qui ne sont à vrai dire jamais des décisions, aussi logiques soient-elles à ses yeux: «Effacer toute trace de moi», tel est, confie-t-il, son but Le lecteur peut voir clairement la précarité de sa situation — la violence de la rue, la dépendance à l’endroit des institutions d’hébergement — et assiste à la dégradation de soi qu’entraînent la perte d'un emploi, l’alcoolisme et l’absence d’un espace à soi.La publication de l’autobiographie d’un «individu de peu» peut relever d’une sorte de voyeurisme face à la misère humaine.Responsables de cette publication, Jean-François Laé, sociologue à Paris-VII, et Arlette Farge, historienne au CRNS, ne cachent ni leurs émotions ni leur colère, mais leur objectif est avant tout d’écouter attentivement ce que dit Robert Lefort pour mieux analyser les diverses situations dans lesquelles il se retrouve: «Ses mots seront le guide de notre analyse.» La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à démêler les «mailles du récit».On y trouve une magnifique analyse, admirablement bien écrite et largement inspirée des travaux de Michel Foucault, de la vie de Robert Lefort, une minutieuse description de la vie quotidienne dans les centres d’hébergement, et enfin, dans le dernier chapitre, «L’envers de l’histoire», un dialogue entre les deux auteurs.On ne peut quitter un tel ouvrage sur la «fracture sociale» sans se poser des questions sur le rôle de la société et des gouvernements.Tout est remis en question: les politiques sociales qui ont été entièrement bâties au début du siècle dernier sur le lien professionnel ou le lien familial, les programmes de formation professionnelle, les institutions d’hébergement.Rien ne remplace la «protection rapprochée» que fournit la famille, même si celle-ci exerce une tyrannie; rien ne remplace le travail, même s’il s’inscrit dans un processus d’exploitation; rien ne remplace enfin l’intimité du logement, même si on y souffre de solitude.Il n’y a en fait pas de protection sociale qui vaille si elle ne préserve pas le territoire personnel des individus et ne respecte pas leur autonomie.FRACTURE SOCIALE Arlette Farge et Jean-François Laé Desclée de Brouwer Paris, 2000,174 pages ROMANS QUÉBÉCOIS Pierres vives LE MANGEUR DE PIERRES Gilles Ttbo Québec Amérique Montreal.2001,208 pages Après avoir écrit et illustre une centaine de livres pour les enfants et fait paraitre, il y a deux ans, un roman pour adolescents (La Nuit rouge, Québec Amérique), voici que Gilles Tibo s’adresse pour la première fois à des lecteurs adultes.Le Mangeur de pierres, dès son titre, annonce une forte envolée de l'imaginaire qui, tout au long du roman, ne se démentira pas.D'emblée, nous sommes loin, sur une île perdue, dite de la Grosse Main à cause d'un massif de calcaire dont la forme fait penser à cinq doigts gigantesques qui se jettent dans la mer.Dans ce bout du monde inhospitalier, battu par les vents, tout paraît minéral.Y a-t-il seulement quelque trace de végétation?On ne peut y vivre que de la pêche à la morue — on, c’est-à-dire un clan dominé par une vieille femme borgne, tout de noir vêtue, la grand-mère McDuff, sage-femme et gardienne de la demi-douzaine d'enfants de File enfermés dans un enclos.Elle est un peu sorcière, et voyante: elle saurait lire dans le corps des nouveau-nés et y déceler la part qui est d’elle.Les insulaires, qui comptent les mois en lunes, vivent au rythme de deux saisons: celle de la «vie haute», l’été, où ils s’adonnent à la pêche et s’accouplent suivant une endogamie obligée, puisqu’ils semblent tous apparentés; et celle de la Robert Chartrand Un premier roman grand public attachant pour Gilles Tibo pètes, ou ils se contentent de survivre.C’est sur cette île sans Dieu — les premiers arrivants, sept generations plus tôt, l’avaient laisse sur le continent — que voit le jour un garçon étrange, la grand-mère est tonnelle: il ne ressemble à personne du clan, et d'ailleurs, il goûte «le loup, le lynx, le renard».Celui qu’on surnomme la?Petit a la manie de se remplir la bouche de cailloux; sa tète, parcourue par une «brume de roche», ne lui permet que «des idées, des sons et des images minérales».On le rebaptisera donc Gravelin, le mangeur de pierres.Ce rejeton, qui tient davantage de Pile que de ses parents, grandit en se sentant «des oiseaux dans la tète» et des animaux dans tout le corps.Enfant sauvage, maudit puis renie par son père, il devient une sorte de fou errant et le souffre-douleur de tout un chacun.Il dort dans une caverne et, lorsqu'il ne peut dérober de la nourriture aux autres, il dévore la chair crue des oiseaux et se désaltère de leur sang.Ce lourd destin de Gravelin, condamné à l'exclusion, est fixé en quelques pages à peine.Ses parents meurent, de même que la grand-mère McDuff.Or la nouvelle gardienne d'enfants est une jeune fille aux cheveux roux.Dès qu’il la voit, l’adolescent Gravelin se sent la tête et le corps envahis par elle.Son odeur le transporte.Lui qui ne sait pas parler est charmé par les «mots bleutés» qui sortent de la bouche de la rouquine Elisabeth, par ses «phrases dans lesquelles tous les oiseaux du monde s'entremêlaient».Elle s’amuse d’abord à asservir Gravelin, qui ne demande pas mieux.Gauchement, et parfois avec une GILLES TIBO MANGEUR : PIERRES Ronwn «vie basse», saison du froid et des tem- certaine violence, les deux jeunes gens se QUtMA AMCRKtUt rapprochent: aussi mal nés l'un que l’autre, ils cherchent à s'apprivoiser.Commence alors pour eux une vie d’errance et de fuites, où ils s'offrent des tendresses furtives et de l'entraide.Gravelin lui offre des agates et des plumes d’oi seau.Elisabeth, elle, tente de l'initier à la parole, mais elle veut surtout le guérir de sa peur viscérale des embarcations.Car elle rêve de quitter cette île de tous les malheurs, de voguer vers le continent, là où elle sait qu’il y a dg la végétation, une ville et, sans doute, un peu d’humanité.Cet univers brutal, ce décor austère de bout du monde peuvent rappeler, parmi de nombreux autres, ceux de certains récits d'Anne Hébert: Gravelin, d'ailleurs, ne ressemble-t-il pas au François du Tor rent ou au Perceval des Fous de Hassan, ces garçons si mal aimés?Comme celui des amours contrariées, ce thème de l'en- fance sauvage, noyée dans la violence subie et rendue, est aussi ancien qu'inépuisable.On peut dire qu’il fait partie du pa trimoine imaginaire de l'humanité tant il a été traite sur tous les modes dans des mythes, des legendes.des contes.Grave-lin, brièvement, devient Petit Poucet lorsqu'il sème des plumes sur son passage pour qu’Elisabeth puisse le retrouver; ailleurs, on pourrait penser que lui et elle ont quelque chose dt Hansel et Gretel.Gilles Tibo sait tout cela, et il sait egalement, d'évidence, que ce terreau est encore riche, qu'il est possible de le remuer en le renouvelant, d'en tirer une oeuvre personnelle.11 l'avait déjà démontré, textes et images confondus, dans ses livres pour enfants, qui lui ont valu une renommée internationale: ils sont originaux et néanmoins familiers, son petit garçon rêveur de la célébré série des Simon (aux éditions Toundra) comme la petite fille aventureuse des Noémie (chez Québec Amérique).Ce premier roman grand public.Le.Mangeur de pierres, est attachant.On y trouve, bien dosés, de la cruauté et du merveilleux.Cet univers minéral — comme son héros — est vivant et étrangement aérien, lit Gilles Tibo sait sûrement que.selon la légende de Prométhée, les pierres tombées du ciel conservent une odeur humaine: Gravelin n'a pas tort de s’en délecter.les auteurs jeunesse, quel que soit leur talent, sont pour la plupart contraints a écrire des histoires gentilles pour ne pas offusquer leur public — et surtout les parents! D’où, lorsqu'ils s'essaient à écrire pour les adultes, le mal qu'ils ont à se départir d’une certaine mièvrerie ou de la tentation de moraliser.Gilles Tibo, lui, s'en tire plutôt bien, sauf dans les épisodes où (îravelin tente de s’approprier le.langage ou encore à propos de la gestuelle de séduction des deux jeunes gens.robert.chartrandStfèsympatico.ca DOCUMENT Pour la musique CREDO CONTRE L’OBSCURANTISME Rodolphe Matthieu Choix de textes inédits annotés par Marie-Thérèse Lefebvre Guérin Montréal, 2000,230 pages SOPHIE POULIOT Rodolphe Mathieu, celui que l’on ne connaît très souvent qu’en tant que père du célèbre pianiste André Mathieu, fut l’un des compositeurs québécois les plus créatifs de son époque.Non seulement, entre 1913 et 1933, crée-t-il des œuvres musicales qui n’ont rien à envier à celles de ses homologues européens, mais encore Mathieu écrit-il sur la musique, les arts et la société.Au fil de la plume, il consigne ses pensées dans des cahiers.Bien que certains extraits de ces réflexions fussent publiés dans la revue Le Nigog, première revue moderne et multidisciplinaire québécoise, la plupart de celles-ci demurèrent inédites.Enfin, elles l’étaient toujours jusqu’à ce que Marie-Thérèse Lefebvre les sorte de l'ombre.La musicologue, professeur titulaire et responsable des recherches en musique canadienne à la faculté de musique de l’Université de Montréal, a bénéficié de l’aide du petit-fils de Mathieu pour avoir accès aux textes recherchés.Ce que propose Mme Lefebvre est une édition annotée et épurée (la version originale contenait 1714 pages) des pensées du compositeur, qui se scindent en deux volets intitulés par l’auteur Problèmes- aperception (1915-1930) et Le dernier testament (1947-1952).Problèmes-aperception, rédigé durant la période où Mathieu œuvrait à la composition musicale, traite du processus de création artistique, notamment en matière de musique.Le compositeur tente d’élucider les mystérieuses manifestations que sont, entre autres, l’inspiration, la créativité, l’originalité, de même que les émotions procurées par la musique à ses auditeurs.L’intérêt majeur de ces réflexions est qu’elles illustrent la façon dont les esprits éclairés de l’époque utilisaient les découvertes et les théories scientifiques pour analyser les phénomènes que leurs contemporains, pour la plupart, expliquaient tout naturellement par la volonté divine.Pour sa part, Mathieu considérait la foi davantage comme un abrutissement que comme un éclaircissement.Athée avant le terme fil désigne plutôt sous l’appellation «anté-christ» celui qui ne croit en aucun dieu), Mathieu annonce la voie que suivra, quelque dix ans plus tard, la Révolution tranquille.Dans Le Dernier Testament, il règle ses comptes avec la religion, l’éducation publique (alors sous l’égide des institutions religieuses), de même qu’avec la fausse démocratie, la politique qui ne tiendrait pas suffisamment compte de l’individu et ainsi de suite.Cette seconde partie des écrits recensés par Marie-Thérèse Lefebvre est construite de brèves réflexions, de déductions et d’observations caustiques.Sa lecture s’avère d’autant plus agréable et les propositions aisées à assimiler que celles-ci ne s'enchevêtrent pas dans des tentatives d’explications scientifiques non totalement maîtrisées, caractéristique pouvant embêter — bien que cela ne constitue pas un irritant majeur — le lecteur de Problèmes-aperception.Qui plus est, ces observations sont d’une sagacité et d’une ironie délicieuses.Des phrases telles que «Les lecteurs perspicaces lisent entre les lignes.Certains écrivains, eux, écrivent entre les lignes des autres» font sourire.D’autres, comme «Les savants savent ce qu’ils croient, les croyants croient ce qu’ils ignorent», si elles n’ébranlent aujourd’hui personne, auraient indéniablement attiré l’opprobre sur leur auteur au tournant de la décennie 1950.Et même si la révolte anticléricale n’est plus à l’heure actuelle qu’un combat révolu, l’effervescence d’un homme qui se rebelle contre l'obscurantisme continue de susciter de la sympathie.À la lecture des pensées de cet individu d’une curiosité et d’une intelligence singulières, plusieurs auront envie d’en connaître davantage tant sur l’homme que sur l’artiste que fut Rodolphe Mathieu.Qu’à cela ne tienne, Marie-Thérèse Lefebvre s'affaire déjà à la rédaction d’une biographie du compositeur québécois.D’ici là, s’offrent aux amateurs d’histoire, surtout, mais aussi de musique et de philosophie, les pensées de ce compositeur méconnu.?CAUSERIE Emile Ollivier A l’occasion de la parution de son nouveau livre, nous vous invitons à une causerie avec Émile Ollivier, animée par Robert Chartrand.REGARDE, REGARDE LES LIONS, Éditions Albin Michel Tous les personnages de ce recueil de nouvelles évoluent entre deux mondes : le froid canadien et le soleil des Caraïbes, l’exil dans les pays riches du Nord où l’on n’existe pas sans passeport ni travail et la vie colorée et violente des pays déshérités sous dictature où la magie, le sexe et la sensualité forment une sarabande déchaînée pour contrer l'arbitraire et la pauvreté.Émile Ollivier évoque des destins singuliers cocasses ou tragiques.On y retrouve la verve, la truculence, la nostalgie de l'impossible retour, ce réalisme magique qui lui est propre.Émile Ollivier Né à Port-au-Prince, Émile Ollivier a publié plusieurs romans : Mère Solitude, La discorde aux cent voix, Les Urnes scellées, Passages et Mille eaux.Il a reçu le Grand Prix Littéraire de la Ville de Montréal en 1991.Jeudi 8 mars 19 h 30 Réservation : 514.739.3639 Olivieri librairie *bistro 5219 chemin de la Côte-des-Neiges Montréal (Québec) H3T 1Y1 T 514.739.3639 F 514.739.3630 Métro Côte-des-Neiges SI vous désirez souper au Bistro avant la rencontre, il est préférable de réserver.LIBER«YVON BLAIS Jean-François Gaudreault-DesBiens Le sexe et le droit Sur le féminisme juridique de Catharine MacKinnon 22 dollars DU PIPI, DU GASPILLAGE et sept autres lieux communs SERGE BOUCHARD BERNARD ARCAND Qu’est-ce donc qui rapproche le pipi, le scotch tape, la pelouse, la photo, le gaspillage ?Ce sont des lieux communs, qui donnent l’occasion au duo Bouchard-Arcand de se livrer à une exploration de nous-mêmes, pleine d’intelligence, de détours et de surprises.228 pages • 22,50 $ DÉJÀ PARUS DANS LA COLUECTION « PAPIERS COLLÉS » Quinze lieux communs De nouveaux lieux communs Du pâté chinois, du baseball et autres lieux communs De la fin du mâle, de l'emballage et autres lieux communs Des pompiers, de l’accent français et autres lieux communs Boréal www.editloivsboreal.qc.ca I.K l> E V 0 I R , I.E S S A M E I) I ;S E T I) I M A X ( H E 4 M A H S ' O II I I) I -«* L I V R E S - ESSAIS QUÉBÉCOIS Bienvenue au Québec ! PLACE-ROYALE.QUATRE SIÈCLES D’HISTOIRE , Renée Côté Editions Fides Montréal, 2(XX), 192 pa^es LE QUÉBEC: UN PAYS, UNE CULTURE 1 )euxième édition revue et augmentée Françoise Têtu de Labsade Editions Boréal Montréal, 2001,576 pages Moi qui suis si |*-u nomade, si |X‘U touriste, homme de quartier jusqu’à la caricature, je tiens Place-Royale (a trois heures de voiture de chez moi, c’est loin!) pour un des rares lieux susceptibles de me transformer en voyageur heureux.Petit lieu rassurant et chaleureux situé devant l’église Notre-Dame-des-Victoires dans le Vieux-Québec, la place Royale donne aussi son nom, qui s’écrit Place-Royale, à l’agglomération qui l’entoure.Porte d’entrée de l’Amérique française depuis que Champlain, en 1608, en a décidé ainsi, ce qui s’appelait alors la Pointe-de-Québec fut au cœur de notre histoire pendant près de 400 ans.Dans Place-Royale, quatre siècles d’histoire, un petit ouvrage aux pages glacées riches ment illustré, Renée Côté, spécialiste du patrimoine, redonne vie a ce lieu de fort agréable façon.On y retrouve Champlain et ses hommes qui résistent aux durs hivers québécois, l'épopée franco-amérindienne de la traite des fourrures, l’activité portuaire fébrile de la Nouvelle-France, l’exalUui-te arrivée des filles du Roi en 1665 et la vie des habitants reconstituée grâce aux découvertes archéologiques et aux actes notariés de l'époque.Rasée par le feu en 1682, Place-Royale sera reconstruite, deviendra le cœur de l'activité commerciale en Nouvelle-France, pour être ensuite de nouveau détruite par les bombardements anglais de 1759 et revitalisée encore.L’épidémie de choléra de 1831-1832 la frappera de plein fouet, la surpopulation et l’insalubrité qui continuent de l’affecter dans les années suivantes la fragiliseront, mais rien ne viendra a bout de son bouillonnement, surtout commercial, jusqu’aux années 1860.le dragage du fleuve Saint-Laurent et le dé veloppement du chemin de fer, entre autres, entraîne ront un transfert du pouvoir économique vers Montréal, qui lui fera perdre sa position centrale.Restaurée dans les années 1960 et 1970, Place-Royale, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985, est aujourd’hui un lieu touristique recherché et très fréquenté, mais pour nous, elle reste d’abord le témoin qui a vu naître «notre grande aventure» française d’Amérique et s’y rendre pour s’en souvenir fait toujours du bien.11 faut remercier Renée Côté de lui avoir rendu toute sa profondeur historique, c’est-à-dire humaine.Une brillante synthèse J’ai lu d’innombrables ouvrages, généraux ou spécialisés, portant sur l’histoire du Québec.Ai-je fait le tour de la question?Bien sûr que non! Seuls les ignorants peuvent ainsi croire tout connaître parce qu’ils en savent un peu.J’ai assez lu sur ce sujet, cela dit pour ressentir une certaine impression de redondance lorsque des ouvrages introductifs, lussent-ils tout récents, se retrouvent sous mes yeux.Allais-je donc m’ennuyer dans Le Québec: un pays, une culture, la monumentale synthèse historico-culturelle de Françoise Têtu, de Labsade offerte en édition revue et augmentée?A ma grande joie, pas une seule seconde! Quelle fraîcheur de ton dans cet ouvrage! Quelle h- •uJmL-—„ » Ma.: ROYAL ONTARIO MUSEUM Le Marché de la Basse-Ville, 1830.Une aquarelle de James Pattison Cockburn.clarté d’expression! Quelle aisance dans la synthèse historique et dans l’art d’aller droit au but sans brusquerie! Le préfacier Fernand Dumont a bien raison: «Quiconque voudra s’initier à la connaissance du Québec, à l’écart des représentations trop globales ou pour dépoussiérer celles qu’il a déjà adoptées, trouvera dans cet ouvrage un outil indispensable.» Tout le Québec est là, dans ces pages, et bien vivant, avec sa géographie et son «climat vif, tonique, balayé de grands vents», avec «l’indépendance, tôt acquise dans l’esprit, des sujets français installés en Nouvelle-France», avec, encore aujourd’hui, «une vieille tendresse pour [son] côté agriculturiste et le contexte qu’il évoque».Française d’origine et professeur de civilisation et de littérature québécoises à TUniversité Laval depuis 1967, Françoise Têtu de Labsade raconte, avec amour, le Québec dans l’espace et dans le temps.Historiques, sociologiques et politiques, les portraits qu’elle trace de notre «pays» (c’est son titre même qui l’affirme et on ne la contredira pas la-dessus) sont, eux aussi, vifs et toniques.«À distance des idéologies», comme l’écrit Fernand Dumont, les chapitres consacres a l'Église, a ITiistoin des idées, à l’éducation et à la langue sont admirables de justesse et de nuance.Au sujet de la premiere, elle tire cette belle conclusion, a mon avis évidente mais souvent contestée: «Que l’Eglise ait été trop riche, qu 'elle ait triomphé avec trop de tranquille assurance alors même que l’étau se resserrait sur le peuple est éminemment regrettable.Mais sans l’Église fie Québec d’aujourd’hui n’existerait sans cloute pas, du moins pas tel qu'il est: il serait un État américain ou en aurait le visage — et tout le Canada avec lui.» Sensible et quasi irréprochable, sa synthèse de notre histoire linguistique n'a qu’un seul défaut celui de réitérer le cliché de notre «laisser-aller» langagier.Mais par rapport à qui, à quoi, à quand, à où, serions-nous à blâmer?Marty Laforest et ses collègues, qui ont exprimé avec force et intelligence leur refus de ce masochisme linguistique dans l’exemplaire États d’âme, états de langue (Ed.Nuit blanche, 1997), méritaient mieux qu’une mention au passage à titre de partisans de ce supposé «laisser-aller».Panorama de la culture québécoise dans toutes ses composantes (architecture, mobilier, peinture, photographie, sculpture, installation, métiers d'art et art populaire, chanson, musique, danse, cinéma, littérature), la deuxième partie de l’ouvrage nous permet d’accéder à une vue d’ensemble de la création québécoise avec un rare bonheur.Brossé avec soin, ce tableau de notre paysage culturel fait rimer synthèse avec élégance et n’ennuie jamais.Massif, Le Québec: un pays, une culture n’est pas lourd pour autant grâce à la vigueur du propos, aux belles illustrations qui l’accompagnent et à une mise en page aérée qui dispose le texte sur deux colonnes.Pour s’initier au Québec — on n’a jamais fini de le faire —, on peut difficilement trouver mieux.louiscornellier@parroinfo.net Louis G o r n e II i e r Eloge du scientifique militant et aventurier LOUIS CORNEL LIER Figure très peu connue du grand public, le scientifique québécois Jacques Rousseau (1905-1970) fut pourtant un personnage vraiment hors du commun.Dans cette brève biographie admirative et pleine d'entrain, Pierre Couture et Camille Laverdière le dépeignent en héros du savoir animé par un activisme scientifique arborescent.Jeune assistant fougueux de Marie-Victorin au laboratoire de botanique de l’Université de Montréal à l’âge de 18 ans, Rousseau milite déjà avec une rare indépendance d’esprit en faveur d’un enseignement élargi des sciences et des techniques.Pilier de l'ACFAS (Association canadienne-françai-se pour l’avancement des sciences) dès sa fondation en 1923, il en sera le secrétaire et l’un des principaux animateurs de 1930 à 1946.Ses luttes en faveur d’une science diffusée en français et pour la reconnaissance de la place des francophones dans un univers dominé par les anglophones furent épiques et souvent couronnées de succès.Infatigable, Rousseau travaillera, en compagnie de Marie-Victorin, à la mise sur pied du Jardin botanique de Montréal, enfin béni en 1939, luttera pour la survie de l'Université de Montréal, où il enseigne, alors menacée, et contribuera à la rédaction de Im Flore laurentienne, tout ça pendant qu’il multiplie ses voyages d’exploration du Grand Nord québécois.Iæs pages les plus emportées de ce beau livre traitent justement de ses fécondes et héroïques expéditions au lac Mistassini et dans l’Ungava, qui lui permettront d’ébranler la théorie dite «des nuna-taks» au sujet des plantes endémiques et de leurs liens avec la période de la dernière glaciation.In biographie prend là des allures de récit d'aventures qui captive et instruit.Le Rousseau rebelle devient vite un ami des Amérindiens qui lui servent de guides et ceux-là le lui rendront bien; il les défendra ensuite sur le plan politique.Ses affrontements à ce sujet avec le gouvernement d’Ottawa laisseront leurs marques: «Sans lui, Ottawa aurait sans doute encore longtemps considéré les Amérindiens et les Inuits comme des espèces d'esclaves qu’on peut déporter à volonté pour assurer un semblant de souveraineté étatique sur les îles polaires mais qu’on ne songerait sûrement pas à établir durablement et encore moins à respecter.Ses combats ont porté fruits là comme ils l’ont fait pour les Canadiens français.» Après un court séjour au fédéral en tant que directeur du Musée de l’homme du Canada, où son panache le mènera vite au congédiement, Rousseau sera accueilli à la Sorbonne de 1959 à 1962, année où il devient professeur au Centre des études nordiques de l’Université Laval.Jusqu’à sa mort, en 1970, il sera de tous les combats en faveur de la science, de la botanique, des Amérindiens, de la langue française et de ceux qui la parlent.Ennemi juré de Trudeau, par exemple, en qui il ne voit que «le fumiste et le bellâtre», «l’hypocrite dangereux et même immoral», il n’aura de cesse de dénoncer son paternalisme et son opportunisme.Botaniste, ethnologue, historien, géographe, pédagogue et vulgarisateur, Jacques Rousseau a multiplié les découvertes et rédigé une œuvre considérable «en gardant constamment le même cap: faire découvrir le Québec dans sa totalité avec sa géographie, sa couverture végétale, ses populations animales, ses ressources naturelles et surtout avec les différents peuples qui l'habitent et en font leur demeure.Et le faire découvrir de la manière la plus fiable qui soit, c'est-à-dire en suivant la voie scientifique».Quant à eux, Pierre Couture et Camille Laverdière signent ici un des ouvrages les plus convaincants de cette belle et très accessible collection, l eur fascinant héros y est sûrement pour quelque chose.JACQUES ROUSSEAU LA SCIENCE DES LIVRES ET DES VOYAGES Pierre Couture et Camille Laverdière Editions XYZ, collection «Les grandes figures» Montréal, 2(XX), 176 pages CHRONIQUES DU VINGTIÈME SIÈCLE Jean Aubry Editions Rogers Media Montréal, 2(XX), 272 pages Cet ouvrage n'est pas un guide du vin dans le sens où on l’entend généralement fi s’agit plutôt comme le précise lui-même l’auteur, de chroniques pour nous apprendre à mieux déguster les vins au IIP millénaire.Jean Aubry, vous l'aurez identifié, est ce même journaliste qui, chaque semaine, signe la chronique des vins dans Le Devoir.Vous retrouverez donc-dans ce livre sa faconde habituelle, son amour des mots et des images, un style qui lui est propre.Et pour clore les chroniques, trois choses retiennent l'attention: ce qui est in et ce qui est out en l’an 2000 ou, si vous préférez, comment vous comporter à la maison ou chez des amis face au vin; la sélection des vins-plaisir de l’auteur et, en toute fin de l’ouvrage, le glossaire de l’amateur.Renée Rowan 404 BIÈRES À DÉGUSTER Mario D’Eer, Mario Geoffroy Editions du Trécarré Oufremon^ 2000,207 pages À l’affût des nouveautés et soucieux du bonheur de nos papilles, les auteurs, deux amateurs de bière il va sans dire, ont dégusté et évalué pour nous 404 bières en vente au Québec dans les dépanneurs, les épiceries, les débits et les bistros-brasseries ou disponibles dans les magasins de la Société des alcools du Québec.Ils constatent que les brasseries offrent peu d’information sur le goût de leurs produits, que les dates de péremption parfois inscrites sur les produits sont, le plus souvent, inutiles, que la loi du plus grand dénominateur corn- Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Vendredi 19h30 • Rediffusions : dimanche I3h30 et lundi I3h30 Cette semaine à CENT TITRES Dimanche, 13 h 30, Danielle Laurin rencontre Émile OUivier pour la parution de Regarde, regarde les lions, un recueil de nouvelles où cohabitent le pays d’origine | et celui de l’exil.D.Kimm a lu Gainsbourg, une biographie de Gilles Verlant.Yvon Lachance parle de Nicolas de Cues| de Jean Bédard.Le livre de la semaine de Danielle Laurin : Se perdre d'Annie Emaux, le journal intime d'une passion.Tony Tremblay nous fait découvrir que la poésie, ça rock cà Rimouski.Vendredi, 19 h 30, une entrevue avec Louise Portai pour la parution de son roman L’Enchantée.I oles c himiques, le- constellations, les noms (le piaules d'écrivains, de pus Nobel, de papes, de dieux, les lilies de pmlcssn ms et Ixmiic oup d autres .eue c tre.En vente* dans les librairies et les bons magasins US* * D I T I O N S Québécor ( )o!nntiont ' HA l \u • 14'270- ! “41. LE DEVOIR, LES S .\ M E D I E 1 l> I M A \ t H E 1 NI A R S ' O O I d :> -«* L I Y li E S *»- LE FEUILLETON Un drame surprenant PETERSBOl RG Schalom Asch Traduit de l'allemand par Alexandre Yialatte Preface de Stefan Zweig Editions Mémoire du livre Paris, 2000, 392 pages Avec Isaac Bashevis Singer, Schalom Asch (1880-1957) est considère comme l'un des plus grands écrivains yiddish du siècle dernier.Né en Pologne, émigre aux États-Unis en 1914, il s'est installé en Israël en 1956 et est mort à Londres l’année suivante.Son livre, Peters-bourg, fait partie de sa «trilogie russe», avec Varsovie et Moscou, et fut publié pour la pre-ipiere fois en 1933 aux Éditions Grasset, ayant d’être repris aux Éditions Belfond (1985), qui publièrent aussi les deux autres.Outre cette trilogie, Asch est l'auteur de nombreux romans (Moïse, Le Nazaréen, L’Apôtre), de recueils de nouvelles (Enfants d'Abraham, Récits de mon peuple) et de pièces de théâtre (Le Dieu de la vengeance).Il faut féliciter les premiers éditeurs d’avoir eu recours à Alexandre Vialatte comme traducteur, car ce dernier est l’un des grands traducteurs de l’alle- mand au français.Ajoutons une preface de Stefan Zweig, courte mais fort elogieuse («Nombreux sont les romans de Schalom .Asch qui portent la marque du génie; mais aucune de ses œuvres ne possède l'élan, l’ampleur et la puissance de sa trilogie russe»), et vous avez toutes les chances d'etre devant un roman de très grande qualité.Et il l'est.D'abord son écriture, classique et toujours mesurée, avec parfois des accents de lyrisme qui nous rappellent qu'on n’est jamais loin du théâtre du cœur avec Asch.et puis un certain nombre de surprises narratives qui étonnent tout à fait sous la plume d'un Juif aussi dédié que lui à sa communauté et à sa religion (j'y reviendrai).Seul bémol: un début qui semble aller dans une certaine direction et qui, tout à coup, bifurque pour l'oublier.On croyait entrer dans une intrigue de palais, avec des complications politiques sophistiquées, et on tombe dans la généalogie et l'histoire des familles juives qui vont faire le fond de ce récit.Alors, évidemment, pendant un certain temps on attend.On attend de retrouver le nœud qui conduit tout droit à un affrontement avec le pouvoir.Il ne viendra jamais, sauf de ma- nière extrêmement détournée.Aussi ce roman prend-il passable ment de temps avant de décoller.Mais on finit par comprendre que ce «détour» était inevitable, qu'étant donne la place qu'occupait la communauté juive en la Russie du debut du siècle, seules la ruse et la patience pouvaient finir par vaincre l’adversité, du moins en amoindrir les effets.La parole du sang En Russie tsariste du debut du XX' siècle, quelques années avant la Revolution, la communauté juive fait face a toutes sortes de tracasseries et de lois iniques.En fait, l’antisémitisme est grandissant et nombreux sont les Juifs qui choisissent de vivre comme les Russes, de se fondre dans le paysage, les deux grandes familles dont nous suivons ici les péripéties et les destinées repondent bien à ce schéma.L'une, les Ossipovich, incarnée par un grand avocat qui défend les Juifs opprimés et humiliés, a choisi de lutter contre les injustices laites à son peuple.L'autre, les Mirkin, possède les plus grandes exploitations forestières du pays et a jadis pris en charge la construction du Transibérien.Immensément riche, elle se sent pleinement russe et en a adopté toutes les manières.Fait à noter, ni les enfants de l’une ni ceux de l’autre n’ont cependant été initiés à la tradition juive, pas plus qu’à l'hé- PETERSBOURG • ê ê V ê .’ S® • breu (encore moins au yiddish).Elles seront amenées à joindre leur destinée du fait de l’amour que se portent deux de leurs enfants: Zakhari (fils des Mirkin) et Nina (fille de l'avocat).Et c'est là où Asch nous surprend le plus.D'abord parce qu'il nous fait voir avec beaucoup de justesse le passage d'un temps historique à un autre, celui d’une génération bâtis-seuse (celle des pères) à une génération confuse et oisive (celle des enfants), et qu'il y ajoute un type de drame que je ne m'attendais pas du tout à voir dans cette communauté fortement enracinée et passablement traditionnelle.le père Mirkin a abandonné jadis sa femme pour une maîtresse et vit depuis à l'hôtel; Zakhari entretient avec la mere de Nina des rapports de type incestueux fil ira même jusqu'à consommer l’acte!).alors que Nina, devant le peu d’empres sentent et de romantisme de Zakhari, est prête a épouser le père de ce dernier.Et c'est sans compter son propre frère.Micha, doue d’une beaute feminine époustouflante qui séduit tout le monde, mettant dans l'embarras toute la famille en commettant un larcin qui risque de ruiner la réputation de son père Un véritable mélodrame à la sauce moderne! Et a travers tout cela, l'appel du sang, le désir intense de retrou ver les valeurs de sa propre communauté, comme chez Zakhari qui s’émeut du cas d'une vieille juive polonaise qui est venue faire appel auprès de l'avocat pour sauver son fils d'une injustice lia grante (vingt ans de prison pour n’avoir pas voulu manger de porc).C'est dru, c'est riche, ça ébranle.Parfois aussi, nous sentons la fiction, c'est-à-dire l'invraisemblable de certaines situations, comme ces dialogues entre la vieille Polonaise qui ne parle que yiddish et Zakhari qui n’y entend pourtant mot.«U remarqua d’abord un étrange plie nomène: il comprenait tout ce que disait la Juive.D’où cela pouvait-il venir?Un sens caehc semblait chez lui entrer en jeu, qui captait ces mots inconnus pour les amener au cerveau.» Bon.C'est la parole du sang, tapie au fond de ses gènes.Autre fiction, mais qui a coûte cher aux Russes cette fois: celle de leur «âme», de leur sens inné de la collectivite, reprise d'ailleurs à son compte par la communauté juive.«[.] en Russie, entre les âmes ii4sses règne une morale toute differente de celle qui a cours dans le reste du monde, je me permettrai môme de dire un genre supérieur de morale; ee n'est plus la morale égoïste qui veille comme un garde champêtre sur la propriété de chacun, mais une morale que t'appellerais volontiers collect! vistc.C'est la morale de la famille et non celle de l'individu 1.• ¦ I nous vivons dans le collectivisme tel quïl a dû régner au temps où la suprématie allait a la tribu, à l'époque du droit maternel.» On voit combien le romancier dérange ici ses propres espoirs en faisant intervenir des personnages portés par des conflits qui ruinent le rêve collectiviste de la grande Russie aussi bien que a1-lui de la communauté juive.Une simple erreur de parcours ou la condition humaine, donnée pour ce qu’elle est?Zweig a raison, ce roman «pénètre profondément dans le domaine de l’âme et nous montre l'importance des confits intérieurs au sein des bouleversements matériels les plus violents».deriisjfXavideotron.ca Jean - Pierre Denis I) O C U M K N T S Autour du 15 février 1839 POLARS De la guerre et des restes humains LE NÉCROPHAGE Denis Bretin et Laurent Bonzon Éditions du Masque Paris, 2(XX), 455 pages Fin 1999, Denis Bretin et Laurent Bonzon avaient fait une entrée pour le moins remarquée dans le monde de la littérature policière française avec leur premier ouvrage à quatre mains, Im Servante du Seigneur, roman d’enquête millénariste construit en une série d'allers-retours entre de mystérieux événements présents et de non moins étranges choses s’étant naguère déroulées dans l'entourage du pape Sylvestre II au tournant de l’an mil.Deux ans plus tard, le duo parisien revient à la charge avec un nouveau récit troublant qui, encore une fois, fait alterner les lieux et les époques en un tourbillon pour le moins malsain et inquiétant.Mars 1954, Cochinchine.La guerre sévit dans cette colonie française d’Asie.Le père de Louis-Jean y est médecin au front et découvre que la chair d’homme ne vaut pas très cher en temps de guerre.Et Louis-Jean, demeuré avec sa mère à Nod-sur-Seine, découvre quant à lui que la charogne rôde quand le maitre du domaine est parti au loin servir la République.Entre une mère qui boit de plus en plus pour oublier et des vautours qui guettent leur proie fortunée, l’enfant perd peu à peu son innocence et sa confiance dans les adultes.Mars 1975.La guerre du Vièt-nam vient de connaître son terme.À Paname, la chair de femme est un présent délicat.Un étrange meurtrier s’affaire à dépecer ses victimes, de jeunes femmes.Et pas n’importe comment: minutieuse-meni amoureusement presque, il en extirpe la chair qu’il dépose dans des sacs militaires comme autant d’offrandes.Ce ne sont pas des corps que l’on découvre au petit matin glauque et terne mais des muscles, des muscles et encore des muscles.Et celui qui dissèque a la technique.Du travail propre, bien exécuté.Et il ne craint pas de dévoiler l’identité de ses victimes, laissant à proximité des lieux cartes d’identité et autres papiers utiles.De même que quelques idéogrammes chinois.Les inspecteurs Locret et Fauconnier, du Quai des Orfèvres, sous la tutelle du colérique Vigée, mènent l'enquête d'une manière peu orthodoxe tandis que la juge Rhuys-Capelli tente, a l'aide de son sinologue de mari, de remettre ensemble les pièces eparses et déchiquetées de ce puzzle hors du commun afin de traquer ce digne héritier de Gilles de Rais.Dans une écriture puissante, hachée et soutenue, Bretin et Bonzon tissent ici une intrigue troublante et enivrante qui fleure le sang, la haine et la souffrance.A coups de plume, à chaque chapitre, ils enfoncent le lecteur un peu plus avant dans le densité opaque et puante d'un récit qui se lit l'horreur et le dégoût au visage, une main sur la bouche et le souffle court.C’est intense, viscéralement inquiétant, foutument bien écrit.Un récit en images üljTFu Barri x ,i Bnvwn fortes et indélébiles qui hante le lecteur comme un mauvais cauchemar, qui le tient aux tripes comme une drogue destructrice dont on ne peut plus se passer.Un genre de crack littéraire que ce fascinant conte malsain.De la grande littérature que ce second roman de Bretin et Bonzon.Pas de la grande littérature policière: de la grande littérature, point à la ligne.Ames sensibles s’abstenir.Absolument Marie Claude Mirandette AU PIED-DU-COURANT LETTRES DES PRISONNIERS POLITIQUES DE 1837-1839 Textes colligés et présentés par Georges Aubin 15 FÉVRIER 1839-LETTRES D’UN PATRIOTE CONDAMNÉ À MORT Chevalier de Lorimier 15 FÉVRIER 1839 -PHOTOS DE TOURNAGE Cari Valiquet et Pierre Falardeau Éditions Comeau & Nadeau/Agone Montréal-Marseille, 2001, respectivement 462,132 et 144 pages Ceux qui ont été bouleversés par le 15 février 1839 de Pierre Falardeau, un film magistral, sobre et intense, voudront peut-être poursuivre leur exploration de cet épisodç trouble de notre histoire.Les Editions Comeau & Nadeau ont pensé à eux en publiant trois ouvrages de qualité qui nous font partager le W- ., CARI.VALIQUET Luc Picard dans le rôle de De Lorimier dans le film de Pierre Falardeau, 15 février 1839.triste sort des Patriotes qui furent emprisonnés.Recueil de lettres des prisonniers politiques de 1837-39, Au Pied-du-Courant regroupe de précieux documents d’archives présentés par un Georges Aubin à la plume militante.Mise en contexte des événements qui ont mené plusieurs des insurgés du Bas-Canada à la mort ou à la déportation, ce texte veut aussi dénoncer le caractère massif et arbitraire des emprison- nements décrétés pat le pouvoir britannique et condamner une hy-pocrite lutte politique.Selon Aubin, les quelque 150 lettres rassemblées «mettent le lecteur d’aujourd’hui devant une evidence: jamais l’empire britannique n’a été menacé de quelque façon que ce soit par la révolte des patriotes; le gouvernement colonial non plus.Im répression de Colbome était planifiée uniquement en vue d’exterminer ou à tout le moins de casser les reins à la volonté de liberté exprimée depuis au moins une vingtaine d’années par l’Assemblée des représentants du peuple».Dans leurs lettres, les prisonniers parlent de leur famille, s’adressent à leurs avocats, racontent leur version des faits, mais la flamme combative semble éteinte chez plusieurs d’entre eux.Question de survie, probablement, dans les circonstances.François Nicolas, qui périra sur la potence au côté de De Lorimier, demande même «pardon du scandai que je peux avoir commis par mes pensées, discours, et actions, et mes œuvres en politiques |sfrl».Charles Hin-denlang, lui, accuse le Dr Nelson de trahison, essaie d’abord de croire à la justice anglaise mais, condamné a mort, retrouve enfin le feu sacré qui lui fait s’écrier sur l’échafaud: «Vive la liberté!» Ses lettres sont parmi les plus passionnantes de ce précieux document.15 février 1839 - lettres d'un patriote condamné à mort regroupe quant à lui les lettres de Chevalier de lorimier.Il n’est pas surprenant que Falardeau, qui signe une fougueuse présentation de l’œuvre en annexe, en ait fait son héros.Sans remords, sauf celui d'avoir perdu la bataille, l’inébranlable Patriote poursuit son combat par écrit et formule avec élégance les raisons de la colère.En préface, l’historien Jean-François Nadeau constate: ••Même à la veille de mourir, Chevalier de lorimier, lui, ne renonce pas à la lutte.Il cultive une culture de la radicalité qui, encore aujourd'hui, serait tenue pour suspecte dans ce monde où chacun a pris l’habitude de plier sous le poids de l’ordre marchand auquel se soumet désormais l’ordre politique lui-même.» Enfin, |xmr revivre les puissantes émotions suscitées par le film, rien de mieux que le petit album des photos de tournage lui aussi intitulé 15 février 1839.Réalisées par Cari Valiquet, ces photos en noir et blanc rendent avec force la tension et l’atmosphère oppressante et solennelle qui se dégagent de l’œuvre cinématographique dont elles se veulent un beau complément Louis Cornellier Maintenant disponible dans la collection Boréal compact Lucien Bouchard À visage découvert À visage découvert, d'un style vivant,farci d’anecdotes, offre une lecture passionnante.Pierre O’Neill, Le Devoir Un livre remarquablement écrit Michel David, Le Soleil Tout autant que par la limpide correction du style, on est séduit par la transparence et l’honnêteté du propos.Laurent Laplante, Le Droit Essai r | 384 pages • 14.95$ Boreal www.edltloiiiborcal.qc.ca CON S t otsArirs Ville de Montreal U lit vol h L€s Evrard-us 'PtAjer-e LE PREMIER MARDI DU MOIS, DES ÉCRIVAINS SE RACONTENT À JEAN FUGÈRE Rencontre et confidences littéraires de l'écrivain DANIEL POLIQUIN Le mardi 6 mars 2001, à 19h30 A la Maison de la culture Frontenac - Entrée libre Ses livres seront vendus sur place par la librairie l'Ecume des jours Une production de l'Union des écrivaines et écrivains québécois en collaboration avec la Maison de la culture Frontenac UN EO JULIEN fjmms Qffis './ter/h// un'/nos 1)1: CHOSLS R1NGUETTE De choses et d’autres Poésie classique nouvelle Simplement écrite avec des beaux mots, des mots vrais qui collent à la vie.Fauteur propose une forme d'expression littéraire caractérisée par l'utilisation harmonieuse des sons et des rythmes du langage, notamment dansle vers, et par la grande richesse des images évoquées.En vente dans les librairies au Canada, en France, en Belgique et en Suisse.L_ ¦ S ÉDITIONS Qucbccor 7, chemin Bates, Outremont (Québec) H2V 1A6 Tel.: (514) 270-1746 I.K I) K V 0 I H , L K S S A M EDI >4 ET DI M A V ( Il E i 5 F Ê V R I E K i tl II I I) (i -•• L I V K E S -1*- LITTÉRATURE FRANÇAISE U Homo sovieticus d’Andréï Makine Le romancier russe se penche à nouveau sur la beauté de l’horreur LA MUSIQUE D’UNE VIE Andréï Makine Ijp Seuil Paris, 2fX)l, 128 pages GUYLAINE MASSOUTRE \ A ceux qui se demandent ce que le roman peut encore dire aujourd’hui, lui reprochant son trop d’anecdotes et de visions particulières, Andreï Makine, avec ce petit roman bref, au style martelé et élégant qu’on lui connaît, répond indirectement «[.] un quart de siècle a passé.L'empire dont on avait prédit l’éclatement est tombé.la barbarie et le mal se sont manifestés aussi sous d’autres deux.Et la formule trouvée par le philosophe de Munich (il s’agit bien sûr d'Alexandre Zinoviev), cette définition presque oubliée aujourd’hui, me sert uniquement de signet, marquant dans le flux limoneux des ans l’instant de cette brève rencontre.» Quel était donc cet «Homo sovieticus», ainsi nommé par l’écrivain dissident Alexandre Zinoviev, il y a vingt-cinq ans, comme une espèce intrinsèquement décom-posable?Quelle était donc l’essence de ces quelque deux cent quarante millions de bipèdes peuplant la grande Union soviétique?Un objet de laboratoire?Une âme incarnant une ère quasi géologique?Makine, plutôt que de disserter sur le sujet trouve sous ce vocable une occasion de raconter une histoire exemplaire.Un musicien qui devint militaire Les contes russes abondent de transformations d’état Combien de simples soldats n’ont-ils pas conversé avec le diable?La grande mangeuse d’hommes, la guerre, en aura poussé plus d’un hors de son destin et de ses talents.L’instinct de survie compléta ce que les fées n’avaient pas donné au berceau, changeant le plus doux des hommes en tueur patenté, ou tel artiste en artificier.Or, cela n’arrive pas seulement dans les contes.On sait que Têtredans-le-temps, selon l’expression des philosophes, est un acteur auquel l’historien accorde son devoir de mémoire, qui le distingue de celui du simple souvenir, fantaisiste et partiel Un romancier, quant à lui, s’intéresse à ce dont l’homme est capable, y trouvant la potentialité de soi-même, autant que ce dont on pourrait l’imputer lui-même, eût-il été, un peu plus que sur le papier, cet autre qui lui est si familier.Un romancier, qui se penche sur un destin particulier, met son propre mérite dans la balance qui pèsera le fait brut et la filiation qu’il opère.Si Andreï Makine s’efface devant Alexeï Berg, né en 1920 et pianiste de son état premier, c’est bien pour rendre à cette aventure singulière l’horizon de sa crise et la réponse qu’il y trouva Berg ne donna jamais son premier concert à Moscou, en mai 1941: ses parents sont arrêtés ce jour-là.Caché par un oncle campagnard, au secret d’un infect réduit, le jeune homme découvre la guerre.A l’occasion d’un bombardement plus ravageur, il se sauve et.ramassant une identité d’emprunt — il faut lire les pages ou Makine raconte le magasinage sur les morts, c’est impayable —, il change d’un coup de destin.On ne vous racontera pas cette aventure vraie, digne de la littérature russe classique.Il faut savourer l’art du récit chez Makine.Ses phrases s'enchaînent avec souplesse, brio et simplicité; c'est un lecteur en parfaite maîtrise d’une grande littérature, et cela se sent dans ses pages.On y retrouve le talent qui le fit découvrir dans le merveilleux Testament français, en 1995, avec cette propension à s’arrêter sur un visage entrevu, une silhouette qui raconte une vie, une scène en digression qui pourrait trouver sa place dans n’importe quel roman russe du XIXe siècle.Quant à Berg, il a la carcasse des increvables rustres à l'âme céleste, qui cachent un esprit divin sous les cicatrices.Tourmentes et tempêtes On s’attache aux âmes doubles et roublardes des romans russes pour leur grandeur tragique et leur humour résistant Habitués à l’absurde, ils se résignent a «la russité», écrit Makine, non sans rage, tempêtant contre ces formules «qui expliquent tout et n’expliquent rien» et qui se contentent de «l’obtuse bonhomie du présent».Comme observateur du grand remugle russe, Makine est à son tour l’écrivain fasciné par les vagabonds hideux des gares, capables de déclarer «que le pays dans lequel ils vivent est un paradis, à quelques retards de train près»: Berg est l’un d'eux.Espièglerie et larmes secouent cet «Homo sovieticus», qui connaitra les camps après la grande guerre et survivra au tout Ces gens-la éblouissent même lorsqu’ils bafouillent ayant l'air de chercher au fond de leur grand sac l’humanité qui fait defaut à leur allure déglinguée.C’est que Makine a l’art de laisser planer sa sentimentalité sur les soliloques fiévreux et confus, balayant de son regard compatissant les raccourcis de la morale.La Musique d’une vie est un ouvrage facile à lire et profond, parce qu’il est porteur de maints paradoxes, de questions auxquelles nul autre que l'acteur de cette triste tourmente ne saurait répondre.Et encore, n’est-ce pas trop dire?car la musique de Makine, sa sobriété tendue sur l’émotion d’une admiration à peine voilée, déporte vers un mystère qui retentit directement au cœur.On regrettera peutétre que le destin de son fort-à-bras aux doigts d’or fasse l’objet d'un texte si court, avec toutes ces figures secondaires, juste assez saisies pour qu’on souhaite les connaître davantage.On y sent toutefois passer la tentation d’y posséder des femmes à la hâte et d’y mutiler quelque corps de papier, avant que l’histoire ne les fasse sombrer dans l’oubli où leur médiocrité ordinaire les vouait à s'enfoncer.Cuirassé de littérature, Makine y joue avec des douleurs innommables et des joies déniant, tout en taquinant ces sentiments comme son personnage caresse un écureuil mort, au plus fort des combats.Le cocktail, fortement relevé, a un goût suave et amer.Solitude du chat SIGNETS M a r i e - A mirée L a rn o n t a g n e Le Devoir Du peintre Balthus, mort en Suisse, nonagénaire, il y a deux semaines, deux photographies disent tout.La première fut prise par Rogi André au début des années 30.Qui est Rogi André?Une femme, hongroise, émigrée à Parts, sans le sou, résolue à capturer la vérité des êtres avec un vieux Voigtlander Bergheil 9 X 12 à plaques quand tout le monde se met avec enthousiasme aux Leica et aux Rolleiflex.Ses modèles, en raison du milieu qu’elle fréquente, sont avant tout des écrivains et des artistes, mais on trouve aussi des mères, des jeunes filles aux yeux immenses, des nus, des hommes secrets, anonymes, vibrant tout autant de la part de mystère qu’elle avait réussi à capturer en photographiant Freud, Mondrian, Fernand Léger, Max Jacob, Dora Maar.Varèse, Artaud.(Les Editions du Regard ont consacré à Rogi André, née Joséphine Klein, épouse Kertész, un album où l’on se perdra avec bonheur: Rogi André.Photo sensible, 1999.) Balthus, donc, la vingtaine ombrageuse, lèvres minces, complet en tweed, croise négligemment la jambe droite sur le genou gauche, comme pour faire oublier l’inconfort de la chaise de paille où il est assis, légèrement en biais, devant une cheminée réduite à une épure.Je suis seul, dit cette photo, je dois le rester.Soixante ans plus tard, en 1990, le voici photographié par Cartier-Bresson, dans sa retraite de Rossinière, située dans le Pays d’En-Haut, dans les pré-Alpes vaudoises.Cent fenêtres, quarante chambres, silhouette rustique et pentue, le Grand Chalet — tel est le nom du lieu — était, avant son acquisition par Balthus et sa femme en 1977, un hôtel du XVIII' siècle où était descendu un jour Victor Hugo.Sur la photo de Cartier-Bresson, le dandy n’a rien perdu de sa superbe.Il va boire une gorgée de thé.Il lève un sourcil étonné, peut-être narquois.Il a peint tout au plus 300 toiles dans sa vie (il peint lentement, chaque séance précédée d’un long travail méditatif, religieux).Ces tableaux, aussitôt vendus à des amis ou écoulés à travers un réseau de connaisseurs, sont aujourd’hui éparpillés dans diverses collections publiques américaines et européennes.La cote de Balthus, pour parler vulgairement, est élevée (ce qui ne fut pas toujours le cas), et la bonne idée qu'il a eue de mourir ne fera qu’améliorer les choses.Choisir ses maîtres Peintre figuratif quand chacun faisait du Picasso, autodidacte, Balthus a choisi ses maîtres.SOURCE FLAMMARION Dessin de Balthus.«Personne ne peut comprendre ce que représentent ces premiers dessins pour moi.Seul Rilke l’avait pressenti.» Poussin, que, jeune homme, il copia inlassablement au Louvre pour s’en approprier la technique.Piero della Francesca, sur les traces duquel il parcourt la Toscane.Cézanne, qu’on avait en permanence accroché aux murs à la maison: «Chez mes parents, confiait-il il y a deux ans dans un entretien avec Françoise Jaunin, il y avait très souvent du monde, des artistes, des poètes, des gens passionnants et cosmopolites.Bonnard, Gide et bien sûr Rilke étaient familiers de leur cercle.Ds contacts avec tous ces gens qui parlaient peinture ou qui en faisaient valaient toutes les académies du monde.» On a dit du peintre qu’il était aristocrate, et le titre de comte, en effet, il en hérita de sa famille et le transmit à Setsuko, sa seconde épouse, japonaise, comtesse en kimono qui va et vient dans un chalet de bois, après 15 années passées à Rome, dans la prison dorée de la Villa Médicis, que le peintre-directeur rénova en profondeur dans les années 60.Mais avant d’être un titre, l’aristocratie n’est-elle pas une attitude devant le monde et le temps censé en régler le cours?Poussé, dit-il, par la seule nécessité intérieure, jusque dans la commande, Balthus aura peint toute sa vie quelques obsessions.La plus manifeste: de toutes jeunes filles, aux chairs rondes de l’enfance, au regard lointain, souvent surprises dans les poses de l’abandon.Profane et sans doute trompée par la demi-nudité des modèles, l'époque y voit des nymphettes.Ce sont des anges, corrigeait celui qui ne commençait pas un tableau sans prier.Ou alors, c’est que l’érotisme, tout en étant confiné à la sexualité, ne lui est pas réservé, comme le montre l’œuvre singulière du frère de Balthus, l’écrivain et peintre Pierre Klossowski.Dans les tableaux de Balthus, avec les jeunes filles, le miroir revient comme une signature, mais sans la vanité qu’on associe à l’objet.«Je n’essaie pas de m’exprimer, disait Balthus, (quel intérêt?) mais d’exprimer le monde.» Le miroir devient alors un truchement permettant de vérifier les intuitions du peintre.Le monde vu est-il le monde vrai?semble se demander celle qui le tient.Enfin, envahissants, témoins muets, les chats, passeurs, figures célestes et non diaboliques, comme le veut la tradition, avatars de l’ange-fillette, peut-être.Personne ne peut le dire avec certitude, le peintre moins que quiconque, qui ne voulut ni ne pouvait s’exprimer sur ces sujets: peindre, voilà ce qu’il faut faire.Ayant été admis à Rossinière, dans la retraite de celui qui se peignit un jour en «roi des chats», Alain Vircondelet tend, avec Les Chats de Balthus (Flammarion, 2000), une clef d’or à qui veut entrer dans cette œuvre onirique et inquiète.Par ses révélations sourdement à l’œuvre, par la matité des figures, certains tableaux de Balthus rappellent, par moments, les fresques de la Villa des mystères, à Pompéi, et par la grâce de leurs jeunes souveraines, un Lewis Caroll qui n’aurait pas voulu de la photographie.L’ouvrage de Vircondelet est un bel album qui hésite entre l’anecdote et le commentaire sensible.Pouvait-il en être autrement quand on se donne pour fil d’Ariane des chats éparpillés dans quarante pièces, dédaigneux, qui ont l’air d’être ailleurs tout en vous regardant sans ciller, maîtres des secrets du maître?Ils sont présents sur la toile, dès les premières tentatives d’un jeune peintre de sept ans encouragé par Rilke et qui voulut raconter, à travers une série de dessins, la perte de son chat Mitsou.Rilke en fit un petit volume qu’il préfaça.«Tout ange est terrible», disait aussi la première Elégie de Duino.Mais les chats que suit Vircondelet se trouvent aussi sur les coussins brodés par l’épouse; ils sont des automates habillés à la mode du XVIIP siècle, des bêtes caressées par la main osseuse du peintre, traînant, dans un cliquetis d’esclaves maures, les bijoux baudelairiens que la fille de Iq maison leur a passés au cou.Eloquents sur la toile, ces bibelots ne disent alors plus rien que leur luxe insolent.Et il faut revenir aux grands tableaux, ici reproduits généreusement, pour prendre toute la mesure de l’attitude du peintre, altière, janséniste, par rapport à ce qui s’agite, griffonne, expose, débat, se donne à voir et à comprendre en «démarches» bavardes et convenues.L’artiste ar-tistocrate suit ainsi sa voie, loin du moi, indifférent au monde qu’il aura pourtant fréquenté, jusqu'à accomplir un jour le geste suprêmement aristocratique qui consiste à peindre la vue que l’on a de sa fenêtre.ROGI ANDRÉ.PHOTO SENSIBLE Textes de Brigitte Ollier et Elisabeth Nora Le Regard Paris, 1999,112 pages BALTHUS.LES MÉDITATIONS D’UN PROMENEUR SOLITAIRE Entretiens avec François Jaunin Paroles vives, «La bibliothèque des arts» Lausanne, 1999,154 pages LES CHATS DE BALTHUS Alain Vircondelet Flammarion Paris, 2000,112 pages PHOTOGRAPHIE Un Américain à Paris PARISIENS Photographies de Peter Turnley Éditions Abbeville New York, Paris, Londres, 2000, 170 pages JOHANNE JARRY On ouvre le livre et nos yeux se posent tout doucement sur un quai de la Seine, une nuit d'été.Les photographies qu’a réunies dans cet album Peter Turnley nous permettent de retraverser Paris dans l’espace et dans le temps puisque certains clichés ont été pris à la fin des années soixante-dix.Ce que saisit le regard du photographe américain, salué en préface par les très respectés Edouard Boubat et Robert Doisneau, peut sembler au pre- mier coup d’œil un peu trop prévisible: vie de cafés, scène de métro, amoureux sur les quais de la Seine, le folklore, quoi.Mais ce n'est que le premier contact.Il suffit de reprendre l'album, un jour de neige par exemple, et de laisser notre regard s'attarder pour ressentir la caresse de la douceur printanière du soleil de Paris.Et puis au fil des pages, la ville prend vie.On devine les sons, les odeurs.On étouffe dans le wagon de métro bondé où s'épanouit presque miraculeusement le sourire d’une fillette.On croise des couples qui nous ignorent et qui correspondent, en cela, à l'idée qu'on se fait de l'amour à Paris.Paris, ville des bars tabac où l’on prend l’apéro au comptoir, ville des terrasses (chauffées!) d’où on regarde, en sirotant un p’tit crème, ceux qui passent.Ville du regard donc, à qui le noir et blanc photographique sied à merveille parce qu’il joue d'ombres et de lumières dans les rues de la ville, protège son mystère.Le canal Saint-Martin, la gare du Nord, le Trocadéro, les Halles, les cafés de File Saint-Louis et ceux du Marais, la rive gauche, tous les lieux de Paris donnent rendez-vous au lecteur dans cet album qui mérite amplement qu'on s'y arrête, qu'on y revienne surtout pour mieux regarder ceux qui ne font, comme nous finalement, que passer.Et si vous êtes de ceux qui quittez le pays pour connaître un printemps hâtif là-bas, ne résistez pas à la tentation de prendre un crayon pour vous dessiner un iti- néraire touristique inspiré.Par exemple, rue Vieille du Temple, prendre un café au Petit Fer à cheval.Aussi, rendre hommage à la dame qui gardait le vestiaire du Balajo.rue de Lappe.Admirer Paris de très haut (les escaliers mécaniques de Beaubourg offrent un excellent point de vue).Par temps doux, s’asseoir place de la Sorbonne, pour y lire ou ne rien faire du tout (luxe suprême).Mais au delà des lieux, ce sont les Parisiens et les Parisiennes (nombreuses.) que Peter Turnley nous invitent à rencontrer.Ils sont là, ceux d’hier et d'aujourd’hui, qui nous font connaître leur ville dans leur manière de marcher, de prendre un café, de discuter, de manifester, de s'aimer.Un beau rendez-vous printanier.(rv- DIMANCHE REDIFFUSION LUNDI 2 3 H 1 5 Animation : Marie-Louise Arsenault, Sylvain Houde et Maxime-Olivier Moutier Réalisation ; Manon Giguère RADIO-CANADA I K I) E V (t I K .LES S A M E I) I ET I) I M A N ( Il E l M A K S 2 0 II I I) -«• Livres *»- LITTÉRATURE JEUNESSE Les trois notes de l’enfance GISÈLE DESROCHES Certains enfants viennent tôt à la musique.Pousses par leurs parents ou mus par une forte attirance.Parfois un peu des deux.Dans son roman Monsieur Engels, Helène Vachon met en piste un jeune garçon.Benjamin, qui subit les leçons de son professeur avec une mauvaise humeur et une impatience de plus en plus manifeste.Il a un peu honte de Monsieur Engels.qui a des tics, sent le vieux et les vêtements mal laves.Benjamin manifeste pourtant à 12 ans une facilite exceptionnelle, héritée peut-être de sa mère, polonaise comme son professeur.«Tu auras beau faire, Benjamin, pense M.Engels, tu n 'arriveras jamais à jouer mal.Tu veux savoir pourquoi?Parce que tu as du talent, petit, du talent.» Ce talent Benjamin le troquerait volontiers contre une habileté sportive, lui qui rêve de pirates courageux et de voleybalj.Son père était un grand athlète.A quoi sert la musique, se demande-t-il?L’auteure fait évoluer son jeune personnage avec beaucoup de nuances, d’intériorité, soulignant ses tiraillements, étoffant son monologue intérieur, éclairant les événements qui le poussent à décider d'interrompre ses cours: «Il prononce tout bas le mot renoncé com- me il prononce le mot rupture.Aiec crainte et fierté.» Après un hiver consacré à l’entraînement physique.la joie d’avoir enfin ete accepté dans l’equipe de voleyball de ses rêves le pousse vers la maison de son vieux professeur.Ni lui ni la mère de Benjamin n’ont cherche, malgré leur déception, à convaincre Benjamin de reprendre ses leçons.Ce qui désarçonné bien plus le garçon que des cris ou des protestations.Je ne devrais pas dévoiler le denouement.qui n’apporte pas de re-ponse, mais dans ce grand roman, c’est la nature même de la finale qui dénote la sensibilité de l’auteu-re, suggère l’immense respect quelle manifeste pour ses lecteurs, aussi bien que pour les parents, laissant chacun confronté à sa propre vérité.Obligé de recon-naitre en lui les deux mouvements contradictoires du jeune héros.Après un choc difficile à encaisser en fin d’année.Benjamin a juste le temps de prendre conscience du vide, de comprendre l’immense réserve d’énergie que lui procurait la certitude d’exceller en quelque chose, avant que le récit ne prenne fin.Un très beau roman, qui émeut amuse et se prolonge au-delà des derniers mots.Un roman qui situe de façon étonnamment juste le rap- niiüci! nuNr.mii port de l’enfant avec la musique.Le même thème est abordé pour le bénéfice de plus jeunes lecteurs par Sylvie Desrosiers dans Le Concert de Thomas.S’il s'agit ici de violon plutôt que de piano et que la notion de talent n'y joue pas un aussi grand rôle que dans le livre précédent, l’obligation de jouer en public est ici aussi présentée comme une épreuve pour le jeune héros.Peur de l’échec, du jugement trac.Non, il ne participera pas au concert de fin d’année.C’est décidé.Mais le lecteur comprendra vite que Thomas se racon- te des histoires dont ses proches ne sont pas dupes.Le personnage de Thomas ressemble fort à certains garçons de notre connaissance, pleins de fougue, économes de mots, un peu grognons parfois, qui st' veulent durs et fermes dims leurs décisions mais qu’un adulte le moindrement sensible devine sans effort L’arrivée d’un nouveau dans la classe, qui joue merveilleusement bien du violon, changera la donne et apportera une touche de rivalité qui se transformera vite en amitié, la présence de la jeune sœur, si vivante sous le crayon de Leanne Franson, apporte beaucoup de fraîcheur.Un joli petit roman très crédible et touchant La musique fait encore son ap parition dans Symphonie en scie bémol, quoique de façon originale et radicalement différente, puisque subordonnée à l’aventure qui constitue nettement la ligne directrice.lœ jeune Bruno Laurier découvre chez son beau-père un ancien magnétophone de reportage avec lequel il s’amuse à enregistrer les bruits de la ville.Lorsque le concours d’amateur est annoncé, lui et ses amis feront de ce magnétophone l’instrument d’une symphonie moderne qui n’ira pas sans leur apporter quelques bleus et sueurs froides.La montée drama- tique est bien orchestrée et le suspense s’intensifie a partir du nu>- , ment où une bande de jeunes fauteurs de troubles croit que Bruno et St's amis possèdent des preuves de leur culpabilité.Ce qui donne lieu à quelques scènes ax'asses et intenses, comme celle du contt'- | neur de déchets où les jeunes trou vent refuge.Neanmoins, la mu- ! sique y est omniprésente et la sen- j sibilité du lecteur aux sons, à l’harmonie et a la musique est constamment sollicitée.MONSIEUR ENGELS Texte d’Hélène Vachon, illustrations de Bruce Roberts Dominique et compagnie, roman bleu Montréal, 21KX), 122 piges SYMPHONIE EN SCIE BÉMOL Texte de Francis Magnenot, illustrations de Jean Incombe Boréal Junior, Montréal, 21XX), 142 pages LE CONCERT DE THOMAS Texte de Sylvie Desrosiers, illustrations de leanne Franson In Courte Echelle, coll.«Premier Roman» Montréal, 2(X)1.(>! pages BANDES DESSINÉES OUVRA G E S D E R É E É R E N C E L’affreux jojo de la bédé Vuillemin fait un carton sur la bêtise humaine VUILLEMIN -ENTRETIENS AVEC NUMA SADOUL Numa Sadoul Niffle-Cohen, collection «Profession France» Bruxelles, 2000,173 pages DENIS LORD Eh oui, c’est lui, Philippe Vuillemin, le dandy destroy du dessin d’humour et de la bédé, auteur de maints titres sulfureux parus pour l’essentiel chez Albin Michel: Tragiques destins, Plaisir d'offrir, Le Meilleur de moi-même.Que du nectar de putrescence, de Tambroisie de vulgarité, quintessence du sordide et du trop humain.Chez cet apôtre de la scatologie, même les couleurs puent.Jusqu’où ira-t-il trop loin?s’est-on demandé.Y a pas de limites.Pour Vuillemin, les causes les plus sacrées sentent le petit piédestal.Dans L’Echo des Savanes ou Charlie Hebdo, l’auteur a tiré à gros boulets sur le militantisme, l’écologie, Médecins sans frontières, Cousteau, Rushdie et autres Renaud.Montand lui a d’ailleurs fait un procès, tout comme le Crif et diverses associations juives.Ouf! Pour cette entrevue-fleuve de l’affreux jojo, c’est Numa Sadoul qui s’y colle.Homme de lettres et de théâtre, Sadoul a été rédacteur en chef des défunts Cahier de la BD.Il est l’auteur de plusieurs entretiens de fond avec des grands noms du domaine de la bubulle, tels Hergé, Moebius et Franquin.Au début de Tan passé, Niffle Cohen a publié sa passionnante rencontre avec Tar-di, à laquelle se joignait Pennac.Deux autres volumes sont en préparation, Tun sur Yslaire, l’autre sur Uderzo, qui devrait paraître en mars, simultanément au prochain Astérix.Les entrevues de Sadoul ne revêtent aucune prétention exé-gétique; simplement, pour un public le plus souvent conquis d’avance, une fenêtre ouverte sur une œuvre et Thomme qui Ta créée.Avec beaucoup d’illustrations.À la rencontre de Vuillemin, malgré le caractère pour le moins assassin de son œuvre, on sera peu étonné finalement de découvrir un homme nuancé et d’une lucidité certaine.Nourri au sein A'Hara-Kiri — c’est tout dire —, Vuillemin y a appris très jeune le métier sur le tas (je n’ose dire de quoi).Un passage marquant dont il a conservé des liens avec son mentor et figure de prou(t)e du magazine, le légendaire Professeur Choron (Georges Bernier), le suivant dans quelques galères éditoriales, lui pardonnant même de publier ses dessins à son insu.On suit fauteur tout au long du processus créatif, depuis Tidéation jusqu’à la publication en passant par les techniques de dessin, les influences, les coulisses du milieu et le côté financier du métier.On sera peu sur- SOURCE NIFFLE-COHEN Dessin de Vuillemin pris d’apprendre que la femme de Vuillemin interdit à leur fils de dix ans la lecture de ses œuvres.Par contre, d’aucuns seront bouche bée de savoir que l’auteur fait aussi des livres pour les enfants.Ses activités parallèles sont évoquées comme son amour du foot, sa pratique musicale et son rôle dans le film Le Mystère Alexina, drame psychologique où il interprétait le rôle d’une jeune femme.Fatalement, ce qui intéressera le plus les aficionados, ce sont les rapports de Vuillemin à l’humour.Lui qu’on décrit comme un individu foncièrement timide et courtois, sensible, a atteint dans son art des sommets dans la crudité, peignant avec force détails l’humanité comme un pathétique ramassis de couillons, de beaufs, de demeurés et de rapaces.Des animaux mais en pire.Ça choque d’autant plus que c’est intelligent et efficace.Sous le vernis de la grossièreté — disons-le comme ça —, il y a un certain nihilisme qui n’est pas sans rappeler Sade.Ça dit tout.«La cruauté c’est surtout ça qui me pousse à rire», affirme Vuillemin.«Même la méchanceté volontaire, même si elle atteint mes proches ou moi-même, la première chose que je vais faire, c’est rigoler.» Mais la rigolade est loin d’être toujours partagée; on lui en veut à gauche et à droite, chez les féministes et les antiracistes.Cos-cénarisé par Gourio, son Hitler = SS (1987) a particulièrement déplu.Cette œuvre qui raillait la martyrologie de la Seconde Guerre a fait un temps l’objet de la censure et de poursuites devant les tribunaux.Au départ, selon Vuillemin, Hitler = SS partait d’une indignation.A l’époque, deux défilés avaient lieu en France où tous les anciens déportés étaient représentés, sauf les homosexuels.Les auteurs ont eu le sentiment d’avoir mis au jour un bon filon et ont sous-estimé l’impact que pourrait avoir la publication du livre, quelque 40 ans après le génocide.Lorsque Vuillemin a été élu président du festival de bédé d’Angoulême en 1996, des opportunistes ont proposé de republier l’œuvre.L’invitation fut déclinée par les auteurs.Des années plus tard, on sent que le sujet est encore chaud.Mais, ricaneur devant TÉ-ternel, Vuillemin ne peut s’empêcher de constater: «Des mecs sont partis dans des camps.Parmi eux, certains avaient de l’humour.Et quand ils sont revenus, ils n’en avaient plus.» C’est parce qu’on rit qu’on ne devrait pas s’arracher la tête./ o rdd(a c a ra m ail.com Claude de Fontager Le Cinéma du bonheur Le bonheur est devenu une marchandise et on assiste aujourd'hui à une prolifération de thérapies psychologiques.De Fontager dénonce les dangers de ce commerce qui fait la promotion d’un bonheur illusoire, et où les fumistes abondent.« [.] un essai musclé qui ne craint pas de bousculer les vaches sacrées de la tradition psychothérapeutique occidentale.•> Louis Cornellier, Le Devoir pleine Collection .PSYCHANALYSE » - 252 pages.24 95 $ LUNE Claude de Footage* U CINEMA DU BONHEUR Richesse du Moyen Age philosophique LOUIS CORNELLIER Les philosophes médiévaux ne font pas partie de ma tradition philosophique personnelle.Comme la plupart de mes contemporains, je passe, en ce domaine, des vieux Grecs à, disons.Descartes et suivants, comme si c’était une évidence.Serais-je de ceux qui «considèrent l’intervalle de temps qui va de 500 à 1500 comme un salmigondis d’embrouilles théologiques où la pensée rationnelle a bien peu sa place»?Je n’ai surtout pas cette prétention puisque j'ignore à peu près tout des penseurs de cette époque.lœ monumental Dictionnaire abrégé des philosophes médiévaux du philosophe érudit Benoît Patar (un Québécois d’origine belge bardé de diplômes) me donne donc la chance, ainsi qu’à mes semblables, de découvrir l’ampleur de mon ignorance tout en se présentant, du coup, comme Tou til susceptible d’y remédier.Je le consulte, y papillonne librement et m’y retrouve très rarement en terrain connu.Saint Augustin le précurseur, avec son insistance «sur la dimension intérieure de la pensée et sur l’histoire personnelle de celui qui énonce», saint Thomas d’Aquin et son imposant génie, saint Anselme de Canterbury, avec son argument ontologique visant à démontrer l’existence de Dieu et sa «foi [qui] recherche l’intelligence» me rassurent bien un peu, mais tout le reste, pour moi, est terra incognita et impressionnant Les noms ne sont pas tous inconnus, mais qui sait de quelles idées et de quelles inventions ils furent porteurs?Ce sont, pour n’en nommer que quelques-uns parmi les principaux, Averroès, Avicenne, Guillaume d’Ockham, Jean Buritjan, Jean Duns Scot, Jean Scot Erigène, Maimonide, Maître Eckhart, Pierre Abélard, Robert Grosseteste, Roger Bacon et bien d’autres encore, par centaines, épistémologues et métaphysiciens de haut vol dont les idées ont souvent influencé leurs successeurs que nous connaissons mieux.Pour chacun, Benoît Patar rédige une esquisse biographique et une présentation de la pensée phi losophique, auxquelles il ajoute des références bibliographiques essentielles.En plus des multiples annexes, quatre autres petits dictionnaires abrégés, dont voici les sujets, complètent cette somme: les savants médiévaux, auteurs de l’Antiquité tardive, les traducteurs médiévaux et quelques auteurs spirituels ou littéraires.Pourquoi s’intéresser au Moyen Age philosophique?Patar avance au moins deux arguments de poids: «C’est d’ailleurs à cette époque [seconde moitié du XIII siècle] qu’apparaît la véritable notion de philosophie»', «Tous les développements ultérieurs que connaîtront la Renaissance, le siècle, des Lumières, le romantisme et l’époque contemporaine sont non seulement en germes dans la pensée médiévale mais y sont déjà largement précontenus.» De consultation facile, ce dictionnaire devrait vous en convaincre.DICTIONNAIRE ABRÉGÉ DES PHILOSOPHES MÉDIÉVAUX Benoît Patar Ois Presses philosophiques Montréal, 2(XX), 504 pages n° 251 Carpe numerum LIBERUM Hors-d’œuvre : Pierre Elliott Trudeau l iberté revue littérair L’ART DE VIVRE EN SANTÉ L’art de vivre en santé KLiuiic Neige • .‘ S°'S1 2SO,, .18,*>S $ l une des naturopathes les plus consultées au Québec.Hlaitchc Neige (Bach Tuyet) propose d'aborder la santé en alliant la sagesse de la médecine traditionnelle orientale aux principes de la diététique occidentale moderne.Pour conquérir la santé au jour le jour, afin de vivre bien et longtemps.I*ar l'autrutr de: le petit guide delà santé Bl.uulie Neige : 8‘M81 S-H S :os ,v 18,9S $ .y.¦ II! Y, I».' ^ h , •iuiT dr L-vUtlr ?* libanaise mèditeiraneenne Nota tilii La tine cuisine libanaise et méditerranéenne Nuha Hiur • 2 H-MHI (,'>') I .'•lu p.• t (hiv.rigide • plaruhra couleur 24,95 $ Kaflinée, savoureuse et adéquate à ce style de vie otl les soucis de santé, de bien-être et de mieux-vivre sont tellement importants, la cuisine méditerranéenne occupe de plus en plus d'importance dans notre alimentation.Dans ce superbe ouvrage, abondamment illustré, Noba Bital vous invite à découvrir les subtilités et les raffinements d’une cuisine haute en saveur et en couleur.un véritable plaisir pour les sens.Le stress L a-police e-lon-fie u De l’espace dan* sa tête, de l’espace dans sa vie.L», £(•**> « lOGK> : * Le stress, La-police et Le-bon-dieu JacqUM 1 aflvur • 2-89381 669 X 252 p.• 18,95 S Il nous semble rassurant d’etre comme tout le monde.«Il faut que je me lève parce qu’il faut que j’aille travailler; il faut qu’on parte à l’heure, parce qu’il faut que.» C’est la vie, non?Pourtant.Ce n’est pas «la» vie, nous dit le psychologue Jacques Laflcur; c’est bien plutôt notre vie, une vie qui découle de nos choix.Des choix certes très bien cachés derrière chacune de nos innombrables «obligations», mais que nous pouvons redécouvrir et réviser.Par l’auteur de: Lu quatre du de l'équilibré personnel avec R.Hllivcau 2-89381-230-9 288 p.18,95 $ Relaxer I 2-89W 475-1 24,95 $ Le burnoul 2-89381-639-8 288 p 18,95 $ Les Éditions LOGIQUES inc.7, chemin Bat»».Outremont (OC) M2V 1A6 DISTRIBUTION EXCLUSIVE: QUÉBEC-LIVRES Igs quatre clés Je I équilibre personnel I I.K I* K V O I R .L K S S A M K II | ;{ t | |i | \| \ \ ( || t 4 M A R S 2 0 0 I I) 8 -«- Livres *»- ESSAIS Trop-plein Que se passe-t-il donc en France de si «atrocement épouvantable» pour sécréter cette flopée d’ouvrages qui commencent à donner dans la redondance?DU TROP DE RÉALITÉ Annie Lebrun SUxrk Paris, 2000,316 pages Décidément, les essais français, par les temps qui courent, me forcent à la répétition.11 y a trop-plein.C’est le cas de Du trop de réalité, d’Annie Lebrun, essayiste connue entre autres pour ses travaux sur Sade, Aimé Césaire et son Appel d’air (Plon 1988).Trop-plein, dis-je: encore un essai, nous venant de France, à l’esprit, au t/m, au style complètement lessivés par le catastrophisme! Encore un autre où l’on nous annonce la fin de tout ou presque: de l’homme, du rêve, du langage, en passant par l’imaginaire et la culture.Encore un de ces essais excessivement hexagonaux où l’auteur se fonde presque exclusivement sur des phénomènes français, sinon étroitement parisiens, pour échafauder une sorte de théorie globale de «la misère de ce temps», de la fin de l’histoire, voire du monde.Que se passe-t-il donc en France (ou plutôt à Paris) de si «atrocement épouvantable» (permettez le pléonasme) pour sécréter cette flopée d’ouvrages qui commencent franchement à donner dans la redondance?Car sont convoqués, dans cet essai (comme dans tant d’autres), toujours les mêmes concepts et exemples: la fin de la «négativité», l’ignoble «coupe du monde de foot de 1998», «le Printemps des poètes», les parades subventionnées par le ministre Jack litng, la «subver- sion encouragée et subventionnée», la fin de l’art dans l’art contemporain, la fonctionnarisation de la langue, la mode de l’érotisme hard dans la littérature, etc.Vous ne vous en souvenez peut-être pas, lecteurs, mais cette chronique a vu passer son lot d’ouvrages français reprenant a satiété thèmes et thèses apparentées.(Quelques noms, en vrac: Philippe Muray, Denis T illinac, Maurice G.Dantec, Renaud Camus, etc.Malgré le caractère singulier de chacune de ces voix, leurs indéniables qualités d’éclaireurs de la réalité contemporaine, il commence bel et bien à y avoir redondance.Vous palpez mon agacement.Remarquez: peut-être avons-nous affaire ici à une simple épigone.Les imitateurs ont le don d’agacer.Et si ce n’était pas le cas, ne devrait-on pas craindre la naissance, en France, d’une nouvelle «bien-pensance»?Sorte d’idéologie de la catastrophe?Un corps de doctrine, à tout le moins, qui impose la complaisance dans le désastreux, cherchant même frénétiquement à aligner le plus de motifs possible pour se convaincre d’une seule et unique même chose: tout est foutu.Quel désastre ?Vous vous demandez: mais quel désastre, quelle catastrophe, exactement?Comment diable l’excès de promotion culturelle d’un Printemps des poètes, ou encore les avaries de la Bibliothèque nationale de France, ou, enfin, la rhétorique creuse du conservateur du Centre Georges-Pompidou (trois des divers événements utilisés par Annie Lebrun pour illustrer ses craintes) peuvent-ils conduire à de telles extrêmes conclusions?Tentons une explication.Ce livre comportant sa part d’opacité, l’exercice n’est pas aisé.Il y aurait, aujourd’hui, «trop de réalité».On comprend, en lisant lebrun, que cela a affaire au «virtuel», qui prend de plus en plus de place dans nos vies.«Trop» de réalité: avouons tout de même que l’affirmation ne va pas de soi.La réalité, semble-t-il, «est», voila tout (Bien sûr, pour certains philosophes, elle «n'est» pas.mais c’est là une autre histoire.) Peut-il y en avoir «trop»?Oui, nous dit Annie Lebrun, car le virtuel, dans les «sociétés en réseaux» en émergence, menacerait d’abolir l’imaginaire.Fallait y penser.Virtuel: c’est-à-dire «réel de synthèse».Moulé sur le réel, il en constitue donc une copie.Ce procédé conduirait à la destruction de l’antique «imaginaire», davantage libre face à la réalité.Copie et donc «pléonasme», insiste Lebrun.Tout se répète à notre époque.(Tiens tiens.) Mais attention: la «censure règne», mais "par excès».(Un peu comme dans ce film américain dont j’oublie le titre: les avocats, défendant une crapule, inondent leurs opposants de paperasse, question de cacher, dans la masse, le dossier incriminant) Autrement dit, «il n'est plus d’information, futile ou importante, qui ne paraisse condamnée à se perdre dans le flux de toutes les autres».Lebrun laisse entendre qu’il en va ainsi des «produits culturels».«L'actuelle promotion de la culture [.] est en train d’aboutir à la liquidation de la culture.» Le monde «connexionniste» en plein essor, que Lebrun connaît par Luc Boltanski (qu’elle cite favorablement) , Manuel Castells (auquel elle se réfère en prenant ses distances) et Pierre Lévy (qu’elle fustige de façon véhémente), sera, selon elle, celui du décervelage par le n’importe quoi.Les mêmes principes qui ont produit les organismes génétiquement modifiés (OGM) sécrètent actuellement par exemple, une religion de synthèse.D’où le succès actuel du bouddhisme puisqu’il 'peut apparemment être l’objet de toutes les adaptations possibles».Au «tout se vaut», on ajoute donc aujourd’hui le «tout se mélange», ce qui est notamment rendu possible par les ordinateurs.D’où «l’indifférence qui règne au royaume de la différence».D'où une «rationalité de l’incohérence».Vraiment «la misère de ce temps est telle» que Lebrun ne pouvait «continuer à se taire».L’art du parallèle Ces postions ne manquent pas d'à-propos, me dira-t-on.Bien sûr.La disparition de la culture dans le culturel et dans l’ensorcellement technique a de quoi inquiéter.Aussi, le procédé préféré de Lebrun, soit le rapprochement surprenant entre le destin du naturel et du culturel (tous deux en proie à la «pollution», à la «désertification», au délire de la manipulation prétendument rationnelle, etc.), réussit à plusieurs reprises à eclairer de belle façon la communauté de destin de ces deux ordres.Mais pour goûter ces aspects forts, il faut ici surmonter plusieurs motifs d'agacement.Dont le conformisme de la «catastrophe» n’est pas le moindre, lequel n’est au fond qu’un désir de radicalité aux accents nietzschéens.Il y a aussi la posture du «libre sujet», dernier des êtres lucides, mais non moins incompris: "[.] j’ai toutes les chances de ne pas être écoutée et encore moins entendue.» Il y a encore les innombrables coups de griffes implicites ou non aux membres du microcosme parisien (elle démolit Philippe Sellers, par exemple), autant de références à des petites querelles pour nous sans intérêt En somme, ce livre, qu’Annie Lebrun aurait de son propre aveu, préféré «ne pas écrire», mérite-t-il vraiment qu’on le lise, dans le trop-plein culturel actuel?Pour ma part j’ai l’impression d’avoir perdu un temps précieux, que j’eusse pu consacrer à un classique.Malgré «le peu, le très peu de liberté qui nous reste», cela est encore, bel et bien permis.Et essentiel.D’Annie Lebrun, simultanément en librairie: De l’éperdu, Stock, 2000,441 pages.arobitaille@sympatico.ca Auto i n e R o b i t u i 11 e ?Personnalités multiples SOURCE: ICA@MECA Un extrait de la série Cover Gi>/ (1997).V I E I) ’ A K T I S T E Le peintre et la muse BERTHE MORISOT Le secret de la femme EN NOIR Dominique Bona Grasset Paris, 2000,347 pages Dominique Bona est une romancière et biographe qui a ses lettres de noblesse.Alors que ses romans Marika et Le Manuscrit de Port-Ébène lui ont valu les prix Interallié et Renau-dot, sa biographie de Romain Gary, publiée au Mercure de France en 1987, lui a permis de rafler le prestigieux Grand Prix de la biographie de l’Académie française.Cette fois-ci, c’est à celle qyi fut tout à la fois la muse d’Edouard Manet, l’audacieuse peintre de la vie intime des femmes parisiennes et l’amie des impressionnistes qu’elle s’est attaquée: Berthe Morisot.Plus qu’une biographie d'artiste, cet ouvrage est d'abord la biographie romanesque d’une femme passionnée, ardente et mystérieuse, qui contribua à écrire la grande fresque impressionniste au même titre que Monet, Degas et Pissaro et dont la modernité, tant comme artiste que comme femme, demeure emblématique d’une époque où tout était à faire pour celles qui en avaient la détermination.De Giverny aux plages normandes en passant par les salles du Louvre, les ateliers d’artistes et les salons littéraires, c’est tout le milieu de l’avant-garde artistique parisienne de la fin du XIXe qui revit sous l’élégante plume de Bona.Ceux qui cherchent à mieux connaître l'artiste, sa formation et sa production seront déçus.Mais ceux qui ne répugnent pas aux biographies qui se lisent comme un roman seront charmés par ce beau récit d’une tranche de l’histoire de ce Paris du tournant du siècle au charme un peu désuet.Marie Claude Mirandette BEYOND DECORUM: The Photography of Iké Udé Oboro 4(X)1, rue Berri, espace 301 Jusqu’au 25 mars BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Au centre d’artistes Oboro, pour la deuxième fois en deux ans, on a l'occasion de se frotter à l’une des productions les plus en vogue actuellement dans les cercles internationaux de l’art contemporain.Après avoir reçu l’an dernier la vidéaste Pipilotti Rist en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal, Oboro reçoit une rétrospective modeste mais bien ciblée des œuvres de l'artiste nigérian Iké Udé, organisée et mise en circulation par l'Institute of Contemporary Art at Maine College of Art, situé à Portland.Né à Lagos, Udé a émigré à New York au début des années 1980 et a attiré l’attention de la critique en 1994 avec une série intitulée Cover Girl.Il a participé également à l’exposition In/Sight: African Photographers, 1940-Present, tenue au musée Solomon R.Guggenheim, événement important pour ce qui est des années 1990, comme le rappelle un texte affiché en ce moment à la galerie.Udé a également été sélectionné pour participer à la Deuxième Biennale de Johannesburg en 1997.Son début de carrière est fulgurant.On reconnaîtra dans la pratique éclatée de Udé les grands axes auxquels a été rattaché l’art qualifié de postmoderne depuis la fin des années 1980.Citation, mascarade, déconstruction de l’identité, recours aux médias de masse, critique du colonialisme, subversion des systèmes dominants, entre autres, se retrouvent comme principaux ressorts de l'art éclectique de Udé.Dans le giron des pratiques qui mettent en cause les notions les plus intimes de l’identité, qu’elle soit culturelle, raciale ou sexuelle, Lldé manipule, mais avec un doigté remarquable, l’image sociale qu’il projette.Ses stratégies d’inscription dans la sphère artistique recoupent celles qu’il utilise pour s'immiscer dans la sphère sociale: citation d’imageries connues (dont celle du photographe Robert Mapplethorpe), reprise du vocabulaire de la photographe de mode, travestissement, fausses couvertures de magazine alors qu’il est véritablement éditeur du très fashion magazine new-yorkais aRude, etc.Udé, mis à part le caractère «branché» de son travail, fascine par sa manière de changer de peau, cela dit sans mauvais jeu de mots.Toutes les facettes de son travail se côtoient dans cette exposition.Les couvertures de magazine imitant la mise en page des originaux, qui sont en fait des autoportraits de l'artiste — Sports Illustrated, Glamour, Harper’s Bazaar, GQ —.sont sur les présentoirs, rapprochées des couvertures du magazine que dirige Udé.Par là, on mesure à quel point Udé comprend les rouages des formules accrocheuses des magazines.Il en retourne la rhétorique avec brio: citant le groupe alterne The Smiths et la pièce The Queen Is Dead (1986), Udé transforme le Vogue britannique, titrant «The Queen Is Dead: A Song's Reality».L’efficacité de ce travestissement de sens provient de la photographie de fond qui reproduit les traits efféminés de Udé, avec le regard absent typique des photos glamour.Ailleurs, l'artiste fait ainsi retour sur sa propre production en poursuivant le travail de sape des formules toutes faites avec un Harper’s Bazaar qui titre un autoportrait «The Art of Autobiography and Lying».De fausses affiches de cinéma, mettant en vedette Udé dans des rôles connus ou stéréotypés, reprennent des iconographies familières qui nous amènent à douter de nous-mêmes.Dans la série qui a donné son titre à l'exposition.Beyond Decorum, de véritables petites annonces de services sexuels sont reproduites sur des étiquettes de vêtements, à l'intérieur de chaussures féminines, dans les moindres replis de l'iden- tité.Ces petites annonces n’ont rien à voir avec le minitel rose, les messages sont extrêmement explicites (ce qui a le mérite d’être clair).D’autres œuvres sont tout aussi percutantes, sans jamais, mais là jamais, s’en tenir au premier niveau.Même les empreintes du cul de l’artiste citent, mais avec une belle ironie, Yves Klein et son utilisation des corps de modèles féminins comme pinceau, ou encore, mais du côté de la culture populaire, Annie Sprinkler (et ses «tits prints»), qui a au moins le mérite, comme Udé, d’utiliser son propre corps.Les impressions de Udé ne font pas dans le trivial (les formes laissées par ces dépôts de peinture — sur des couvercles de cuvettes ou sur des chaises —, on ne pense pas délirer ici, ressemblent étrangement à des lobes de poumons).Une autre série de photographies, rappelant l’esthétique des années trente et certains travaux de Man Ray, est plus léchée.Le travail de Udé n'est pas toujours des plus accomplis techniquement, mais là n’est pas son propos.Ces tirages noir et blanc, où des corps féminins sont couverts de motifs décoratifs ou de traits ressemblant aux patrons des couturières, semblent de facture plus recherchée.Un des textes sur les murs de la galerie qualifie Udé d’artiste caméléon.La figure est appro- priée pour parler de cet artiste.Ce qu’il y a de plus fascinant dans le travail de Udé, c’est que ses multiples positionnements culturels, tous en apparente contradiction mais continuellement interchangeables, le rendent insaisissable.Nigérian, il revendique sa culture: plutôt que de parler de la culture des drag queen, ce à quoi on pourrait le rattacher, il évoque une vieille tradition de travestissement et de performance de la culture Igbo du Nigeria, l’Adanma.Pour les photos noir et blanc, il parlera des motifs abstraits Uli, peints sur le corps.Qu’on tente de confiner Udé dans la marge, le renvoyant à la question si délicate et galvaudée de la différence et de l’altérité, il répondra qu’il est parfaitement centré sur sa culture et que c’est notre position dans la culture nord-américaine qui provoque ce décentrement, bien qu’il mise sur le design et la culture fashion.Habile, il revendique davantage le statut d'artiste nigérian (non pas celui d’artiste gai qu’il n’est pas) qu’il ne veut s’insérer dans la tradition occidentale, sachant fort bien (sans jamais le nier) que son art le situe dans le droit fil de celui d’un Andy Warhol, par exemple.C’est ce qui rend le travail de Udé si riche, en plus de la vaste culture qui le sous-tend, comme de l’iconographie très riche que l’artiste propose.Le must des must.w LATIN jlluftlim ' i(n ARTS VISUELS Un art qui bouge et grince dans le temps LES SEDENTAIRES CLANDESTINS Une installation de Diane Landry Au Musee du Quebec Parc des Champsde-Bataille Quebec Jusqu'au 29 avril 2001 DAVID CANTIN Vingt-quatre tourne-disques trafiqués, une cage de matelas, des véhicules miniatures, différents moteurs, beaucoup de circuits électriques ainsi qu'un éclairage halogène.Voilà, en somme, ce qui compose l'univers ludique et sonore de l'installation Les Sédentaires Clandestins.Au Musée du Québec, dans la salle n° 1, l'artiste Diane Landry met en scène un monde qu’elle fabrique sans cesse depuis maintenant une dizaine d'années.Elle agence des bruits, des ombres ou des mouvements pour inviter à réfléchir aux enjeux d’une réalité instable et répétitive.Le projet a d'abord pris la forme d’une performance; voici désormais ce qui lui succède.Alors qu’on s’approche de cette structure qui rassemble une série de tables tournantes, des séquences en viennent à prendre vie sous nos yeux.Dans un grincement continu, un mo- dèle réduit tourne en rond sur une surface de metal alors que des couleurs changent d'intensi-te et de forme sur les murs.Au cours des 20 prochaines minutes, des séquences s'enchaîneront pour ainsi dévoiler l’imaginaire aussi poétique que déroutant de Diane Landry.On entre dans cette pièce pour aussitôt être placé devant une étrange sculpture qui reinterprete les gestes contradictoires du present.On avance, on recule, pour ainsi découvrir une tout autre expérience du réel.L'instabilité quotidienne, c’est ce jeu de l'observation qui comble les vides et les pleins.On passe donc de la lenteur à la rapidité, du clair à l'obscur, du silence à l’écho, le tout devenant progressivement désagréable.Même si cet agencement de formes semble obéir à un certain ordre logique, le début, la fin, la régularité n'interviennent jamais.D'un tableau à l'autre, tout se suit sans que le rationnel ne l’emporte.L’illusion est désormais créée.Cette ville miniature recycle des objets sans importance pour subsister dans sa course.Derrière l’impression d’unité certaine se cachent le paradoxe, l’attente, le vertige, le faux.On lève le voile sur des projections qui s’af- frontent, des vibrations qui s'entrecoupent.alors que la routine s'insère par intermittence.L'absurdité du monde actuel se cache dans un tel va-et-vient.La dérision sociale que met en place Landry ne rate pas sa cible.L’insolite peut-il nous faire prendre conscience de la banalité concrète des jours qui se succèdent sans nécessairement mener à un but existentiel?Ce n'est pas la première fois que cette créatrice originaire de Québec utilise un pareil dispositif pour trafiquer une image du réel.Dans la plupart de ses installations, d'Eau froide minérale (1994) à Monday Morning (2000), le tourne-disque recyclé ainsi que d'autres objets du quotidien se transforment, de façon différente, dans un mouvement circulaire.Pour les soins d’une performance intitulée La Morue (1997-2000), l’artiste allait même jusqu’à manipuler la table tournante comme le ferait un DJ.Dans le cas des Sédentaires Clandestins, la sculpture sonore se trouve dirigée par ordinateur grâce à un système de contrôle MIDI.La performance s’opère au fil d’un potentiel sonore.Ce qui étonne à travers ces étapes, c’est de constater que cet objet relativement petit occupe tout l’espace de la salle grâce aux su- perpositions des ombres qui se succèdent.11 y a, sous-jacente à une telle demarche, l'idee de la collection, mais aussi celle de travailler avec les nombreuses contraintes des matériaux que Landry recycle à sa manière.Les tables qui tournent renvoient à l'image du carrousel comme à un autre usage du mouvement.La notion de clandestinité prend alors toute sa pertinence.Dès qu’on entre dans la salle, l'éclairage plutôt sombre revèle quelques indices.Pourtant, l'installation demeure très stable au sol.Les nombreux fils qui se retrouvent sous les 24 tourne-disques témoignent bien de l’ancrage de cet univers complexe.L'utilisation des petits véhicules peut aussi être vue comme un clin d'œil à l'époque révolue de l’enfance où il était encore possible de s’amuser sans avoir sur les épaules le poids envahissant de l'atmosphère urbaine.Avec Les Sédentaires Clandestins.Diane Landry pousse davantage le raffinement de ces «œuvres nouvelles».Ces installations qui se déroulent dans le temps risquent de surprendre quiconque ose en faire l'expérience.Une recherche contemporaine des plus évocatrices à voir au Musée du Québec.Les sédentaires clandestins (détail), 2000, Landry.SODART de Diane Libre échange SE REFAIRE UN SALUT Martin Dufrasne Skol 460, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 511 Jusqu'au 17 mars SONIA PELLETIER Déménager est fastidieux.Cependant, ce ne semble pas être le cas de l’artiste chicouti-mien Martin Dufrasne, qui a transformé l’opération en geste artistique, fait à la galerie Skol, au cinquième étage de l’édifice Alexander.Soulignons que cette audacieuse exposition est présentée dans le cadre d’une programmation spéciale qui met l’accent, notamment, sur des pratiques actuelles liées à l’esthétique relationnelle.Cette année (2000-01), Skol a sélectionné des artistes afin «moins pour le moment de nommer un territoire aux frontières fluides que de s'intéresser aux dynamiques de création inédites qui s’y activent, de mettre en lumière les mutations de l’idée d’art dont ces pratiques témoignent».Par ailleurs, le Conseil des arts du Canada, par le truchement de son nouveau Bureau inter-arts, a prévu une catégorie intitulée «nouvelles pratiques artistiques» afin de pouvoir répondre à certaines demandes d’aide actuelles.Après quelques années d’émergence dans ce domaine, le GUY L'HEUREUX À la galerie Skol, Martin Dufrasne a choisi d’être présent tous les jours.Pour ce projet, il a fait un inventaire complet de ses biens domestiques pour ensuite les disposer publiquement, sur le sol de la galerie.courant semble être là pour rester, et on peut penser qu’il sera bientôt élevé au rang de norme.Même les moins familiers de la démarche de Martin Dufrasne trouveront sans doute que le procédé tout comme le résultat de Se refaire m salut sont radicaux.Du-ffasne s’est le plus souvent inscrit dans un processus impliquant la participation de spectateurs ou d’observateurs.De plus, les instal- lations produites antérieurement (depuis 1993) sont accompagnées d’une performance se déroulant lorç du vernissage.A la galerie Skol, l’artiste a choisi d’être présent tous les jours.Pour ce projet, il a fait un inventaire complet de ses biens domestiques pour ensuite les disposer publiquement, sur le sol de la galerie.Ainsi, toute son intimité se trouve dévoilée; ses vêtements, ses meubles, ses couvertures, son matelas, ses lampes, ses photographies de famille, les livres qu'il a lus, les revues auxquelles il s’est abonné, les disques et cassettes qu'il a écoutés, les lettres et cartes postales qu’il a reçues, les flacons de médicaments qu’il a avalés, les pierres qu’il a ramassées, etc.Le public peut également consulter la liste de ses biens à l’adresse suivante: www.serefaireunsalut.net.Cet inventaire lui aura permis de procéder à une mise à jour des valeurs de sa propre vie.Il lui aura aussi permis de constater combien les histoires que l’on se raconte à propos des objets sont plus importantes que leur valeur d’usage ou leur matérialité.Certains objets lui tiennent toujours à cœur tandis que d’autres ont perdu de l'intérêt à ses yeux au cours des années.«J’aimerais pouvoir mesurer chez moi ce qui est désirable et ce qui ne l’est pas.» Il ne s’agit pas ici d’une vente de débarras.Dufrasne aimerait échanger tous ses objets avec le GALERIE DE BELLEFEUILLE EXPOSITION DU 4 AU 22 MARS SOPHIE RYDER VERNISSAGE DIMANCHE 4 MARS.13H - 17H CATALOGUE DISPONIBLE 1 367 AVE.GREENE.WESTMOUNT TEL: 514 933 4406 FAX 514 933 6553 LUN- SAM: 10H - 18H / DIM 12H - 18H WWW DE BELLEFEUILLE COM François Massé Ouvrages et emboîtares Meubles d’art Carol Bernier Œuvres récentes Dernière journée GA L ERIE SI M ON B L Al S I 4521, rue Clark Montreal H2T 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9 h 30 à 17 h 50 et le samedi 10 h à 17 h lllurinxllon : L'îrlcu, CAf ‘%Avdc ÎSu^lèri?-: www.espaceverre.qc.ca 1200, rue Mill, Montréal -Tél,; (514) 933-6849 villes en mouvement du 15 novembre 2000 au lar avril 2001 CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal 514 939.7026 www.cca.qc.ca Présenté par § Scotia Capitaux SOs.nqu.'KMantnW gfl '“iZ ÏÏC,’" STCUM public avant la fin de l’exposition et, idéalement, repartir avec un nouveau ménage à la maison! Il n’y a pas de critères présidant à l’échange.On apporte ce que l’on veut et on repart avec l’objet de son choix.L’échange est libre! L’artiste n’exercera ni ingérence ni contrôle sur les transactions.On peut imaginer que certains choix seront plus déchirants que d’autres car il s'agit bien ici de sa vie! Le choix d’un tel projet n’est pas sans risques dans la mesure où ce sera plus tard la vie quotidienne de l’artiste qui s’en trouvera modifiée.Certaines pièces vont sans doute lui manquer.Mais on peut être rassuré: s'il faut en croire le titre du projet, c’est bien un changement dans sa vie qu'il espère.En ce sens, nous assistons davantage à une pratique performative de longue durée qu’à une exposition d’objets.Bien qu’il y ait un résultat à voir, issu d'une préoccupation esthétique de la couleur dans la disposition dt's éléments — qui ressemble d’ailleurs étrangement, outre le médium photographique, à celle de Nicolas Baier qui, dans le cadre de Liquidation Nico & Cie, exposait l’an dernier en ces mêmes lieux —, l’enjeu se situe dans l’échange.«Avec vous, je désire m’entendre sur des valeurs mutuelles, troquer mon histoire pour des fragments de la vôtre et, sans effraction, me sinistrer chez vous.Dans un état limite, s’armer d'un salut pour continuer.Voulez-vous changer?» A la question «si tout est échangé, vous n’avez pas peur d’être perdu?», l’artiste répond: «Cela me permettra de me rechercher.» L’invitation est donc lancée.Cette initiative de Dufrasne représente un très beau risque, une véritable mise à nu.DIVERS Marie Boulanger Marie-France Brière Genevieve Cadieux Éric Cameron Joceline Chabot Jackie Demchuck Karilee Fuglem Antonia Hirsch Michael Merrill Monique Mongeau Barbara Todd Irene F.Whittome IG a I e r i e ART MÛR encadrements 3429.rue Notre Dame O.Montréal, Qc H4C 1P3 Tel 514 933 0711 CHARLES UNE RETROSPECTIVE DU 8 FÉVRIER AU 29 AVRIL 200 1 RENSEIGNEMENTS (51 4) 847 6224 MÉTRO PLACE DES ARTS : mu tri o *in comtimwahi w moxta(w ït * I) 10 I.K IJ K V (UK.I.K S S A M K I> I K T U I M A X < H E J M A H S 1 I» O I LE DEVOIR Depuis quelques semaines, on procède au démantèlement de plus de un kilomètre d’autoroute surélevée à Toronto.La voie rapide sera remplacée par un grand boulevard paysagé, bordé d’une piste cyclable.La fluidité de la circulation automobile n’en sera pas affectée.Elle pourrait même être améliorée.On croit rêver, non?CHARLES-ANTOINE R O U Y E R Toronto — Un squelette fait d’énormes poutres métalliques posées sur de gigantesques portiques de béton: voilà tout ce qui reste de la portion est de l'autoroute Gardiner, en plein centre-ville de Toronto.Comme des pics-verts qui déchiquettent un long serpent de béton suspendu dans les airs, quatre marteaux-piqueurs, chacun monté au bout d’un bras articulé sur des chenilles, martèlent sans relâche le béton armé coulé en 1965.Le spectacle de ce formidable chantier de génie civil est fascinant en soi.Sans parler évidemment du symbole qu’il constitue: effacer les traces d’une époque où le tissu urbain était lacéré par des réseaux autoroutiers tentaculaires célébrant le culte de la reine de la ville, l'automobile.Par-dessus tout, le design urbain se fait ici offrir l’occasion de commencer à panser cette saignée d’un autre temps qui transperce le cœur de la capitale ontarienne depuis trop longtemps.L’équation est simple: sur une période de 50 ans, il aurait coûté plus cher de réparer ce 1,4 kilomètre d’autoroute surélevée à dix mètres de hauteur (48 millions de dollars) que de démanteler l’autoroute et refaire la voirie au sol (39 millions).Résultat: six voies d’autoroute vieillissante, surplombant sut voies de boulevards défoncés et ténébreux, seront donc remplacées par six voies de boulevard paysagé et une piste cyclable.le feu vert des ingénieurs des services de transport de la Ville a fait pencher la balance en faveur de la destruction.L’autoroute n’enjambait qu’une seule intersection.lit nouvelle bretelle d’accès du futur boulevard au réseau autoroutier restant passera à une voie double, évitant ainsi le goulot d'étranglement actuel d’une bretelle à voie unique, ce qui pourrait même accroître la fluidité de la circulation.Un bout d’autoroute inutile Mais pour vraiment saisir le bien-fondé de cette décision, il faut replacer ladite équation dans son contexte (voir schéma).Cette portion de voie rapide détruite n’est rien d’autre qu’un moignon d’autoroute amputée à temps, avant que la gangrène ne se propage, ou, autrement dit, l’amorce d’un projet de construction d’autoroute avorté à la suite des protestations de citoyens dans les années 60.Ce démantèlement de la Gardiner Est consiste tout simplement à gommer cet appendice d’autoroute de 1,4 kilomètre.Selon Erik Pederson, responsable du design urbain au centre-ville pour la Ville de Toronto, ce bout d’autoroute «était une langue bretelle d'accès [au réseau] d’autoroutes depuis la rue U'slie».David Crichton, directeur du design et de la construction au service des travaux publics de la Ville de Toronto, abonde dans le même sens: «C’était une portion redondante», résume-t-il.En bref, le raccordement du grand boulevard lake-shore Est au réseau autoroutier est seulement déplacé de 1,4 kilomètre vers l’ouest, depuis la rue Leslie jusqu’aux abords de l’autoroute DVR 1rs travaux de démantèlement ont commencé en octobre 1999 par l’aménagement de la déviation de la circulation.La destruction des quelque 55 portiques de béton a débuté il y a quelques semaines à peine, en janvier dernier.Ir nouveau boulevard devrait être terminé d'ici juillet 2002.FORME / De grands boulevards Le coût de l’aménagement paysager à lui seul s’élèvera à 1,9 million.L’emprise routière de 45 mètres de large (62 mètres par endroits) ne changera pas, précise John Millier, architecte-paysagiste de Du Toit, All-sopp & Millier, le bureau de design urbain retenu par la Ville de Toronto pour dessiner la nouvelle artère.Le nouveau design comprendra (en coupe transversale, du nord vers le sud) une voie ferrée sur la moitié du tronçon (la desserte du port de Toronto) et une bande paysagée sur l’autre moitié, une piste cyclable, trois mètres de bande paysagée plantée d’arbres, trois voies de circulation, une médiane paysagée, trois voies de circulation, trois mètres de bande paysagée et un trottoir de deux mètres.I^s matériaux choisis seront bruts.«Ce sont des matériaux assez ordinaires, du bitume et du béton, car c’est un quartier relativement industriel.Nous avons pensé qu’il ne fallait pas être trop décoratif», résume John Millier.Sur la médiane centrale, le paysagiste a choisi de longues herbes indigènes (miscan-thus et autres pennisetum) pour évoquer le patrimoine géologique du site.«Ces hautes herbes [rappelleront] les berges marécageuses de Toronto avant qu’elles ne soient remblayées pour créer le port de Toronto», explique John Millier.Il souligne ensuite les éléments artistiques du projet, que la Ville de Toronto a voulu multidisciplinaire entre ce bureau de design urbain, un artiste visuel torontois, John McKinnon, et une entreprise de génie américaine, Urs, Cole, Sherman & Associates Ud.Des colonnes sous l’ancienne autoroute seront conservées et rénovées aux abords de la rue Leslie.Des plaques d’acier y seront incrustées, gravées d’images représentant le site.Une mosaïque décorera le trottoir à ce niveau.Ix-s poteaux de soutènement d’une ancienne bretelle d’accès latérale seront aussi gardés, soit cinq T en béton de taille progressivement plus grande, un choix particulièrement judicieux.Certains des imposants portiques de béton seront aussi préservés (trois groupes de quatre), une sorte «d’archéologie industrielle urbaine», précise John Millier.Ces dolmens datant de 1ère industrielle flamboyante seront illuminés la nuit et éventuellement recouverts de plantes grimpantes.L’idée est séduisante, mais pourquoi avoir gardé en si grand nombre ces vestiges (12 sur 55 environ, soit près du quart) d'une autoroute qui coupait la ville de son port ap sud, tant visuellement que physiquement?A ce titre, la coupure physique demeure.Aussi, la principale lacune du design actuel serait de n'avoir aménagé aucune passerelle au-dessus du boulevard, qui ne compte qu’une seule intersection sur près d’un kilomètre et demi de long! la rue Logan, à titre d'exemple, sera toujours sectionnée en deux.Seulement quelques portiques de béton conservés auraient pu servir à des passerelles piétonnières, alliant l’historique au fonctionnel.Pour l’heure, la forme, l’esthétique j visuelle.I «JL ¦k-i.g.——.-—-«g*—— ‘wV" KlBSSfi a pris le pas sur la fonction.(N’évoquons même pas ici la solution idéale qui aurait consisté à aménager l’artère routière sous terre, comme on l’a fait à Boston, puisque la Ville de Toronto est au bord du gouffre financier, conséquence, disent certains, de la fusion municipale.) Ce bémol ne devrait toutefois pas minimiser le succès de l’opération en soi: détruire un bout d’autoroute.«C’est un premier pas», implore John Millier, évoquant les difficultés rencontrées pour convaincre tant les riverains que la majorité des politiciens.Flrik Pederson souligne aussi l'ampleur du défi pour arriver à terrasser ce dinosaure de béton et d’acier qui, d'un seul coup de sa longue queue, peut anéantir des quartiers entiers.«À San Francisco, [l’autoroute urbaine] Embarcadero avait été endommagée par le tremblement de terre [.] et le vote en faveur de la destruction a été de cinq voix contre quatre [tout de même très serré].Faire tomber [ces autoroutes] n’est pas une tâche facile.» Et il ajoute: «Si nous n’y étions pas arrivés ici, nous n’aurions pu y arriver nulle part ailleurs.» Erik Pederson, dans la foulée, glisse alors dans la discussion que la Ville de Toronto publiera en juin son propre rapport sur le projet d’aménagement en vue d’éventuels Jeux olympiques en 2008, qui comprend notamment la destruction de la majeure partie du reste de l’autoroute Gardiner.Pour de plus amples détails: www.city.toron-to.on.ca/roads/gardi-ner_dismantle.htm Maquette du nouvel aménagement paysager.«Ce sont des matériaux assez ordinaires, du bitume et du béton, car c’est un quartier relativement industriel.Nous avons pensé qu’il ne fallait pas être trop décoratif.» John Hillier Toronto Portion détruite / Futur boulevard Lac Ontario Gardiner Dt/P 404 Pro]et autoroutier avorté dans les années 60 Galerie de l'Institut de Design Montréal Vente de fin de saison Marché Bonsecours Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 40 % de réduction sur certains articles Téléphoné 1514)866-2436 «5 OB JETS DESIGN.POUR VOUS! Heures d'ouverture de la Galerie IDM Tous les jours .S: Pour acheter, collectionner ou simplement regarder.I oeiunâi/n I
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