Le devoir, 7 avril 2001, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DIMANCHE S AVRIL 2001 LE DEVOIR Universités h e s François Tavenas La recherche universitaire se porterait bien au Québec.Propos optimistes, avec nuances, du président de la Conférence des recteurs, que partage son égal à l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences.Pierre Lapointe Il dirige l'un des deux rejetons méconnus de la Révolution tranquille: l’INRS, ou Institut national de la recherche scientifique, l'autre étant l'ENAP, soit École nationale d'admi-' nistration publique.À propos d'«une université à vocation spécifique».Page 2 Page 5 i 1 sDURCtfUQAM y ItrJTrv • 1 r En littérature, il y a des livres dont le succès s’explique sans qu’il soit nécessaire d’en raconter l’histoire.Les ouvrages d’Umberto Eco sont de cette nature.Quand on réfère au Pendule de Foucault et au Nom de la rose, ce ne sont ni la psychologie des personnages, ni le développement des péripéties qui reviennent en mémoire, mais plutôt une atmosphère, le souvenir d’un moment où nous, lecteurs, futurs initiés, allions finalement pénétrer au cœur des mystères.Il nous apparaissait alors raisonnable de penser que l’univers, et ses composantes, ait une explication.Et qu’elle nous serait rendue accessible.Au temps des études, un même halo entoure les divers enseignements reçus.D y a bien sûr une matière, obligatoire.Mais il y a plus.Ce que laissent découvrir dans leurs digressions les divers enseignants quand ils évoquent des livres savants, des recherches pointues, laissant entendre que ce qui est enseigné n’est qu’une infime partie des connaissances que les «vrais» savants possèdent Aussi, quand la nostalgie surgit faisant regretter que les contingences quotidiennes, les nécessités de la vie, aient mis un terme à la période des apprentissages, obligeant l’accès au monde du travail, il arrive alors d’envier les «chanceux», ceux et celles qui dans leurs officines universitaires poursuivent leurs recherches et découvrent ainsi les codes secrets qui régissent le fonctionnement de toutes choses.On oublie souvent quand il est question du rôle utilitaire de l’université, de rappeler qu’une des grandes missions que cette institution remplit dans nos sociétés réside dans sa capacité d’alimenter l’imaginaire, lorsqu’elle est un laboratoire de toutes les expériences.Fondamentale et appliquée Pourtant «Bien qu’il jaille accélérer et augmenter l’effort en terme de recherche fondamentale, de plus en plus, nous devons accepter que le fruit de cette recherche voit une application possible.C’est-à-dire qu’il puisse y avoir, pour certaines conclusions de la recherche fondamentale, une métamorphose vers une recherche plus appliquée, vers les besoins industriels, économiques et sociaux du Québec.- A entendre cette phrase, qui sonne bien dans le discours ambiant où les retombées concrètes ont plus de poids que les discours ésotériques, faudrait-il croire qu'il Mlle oublier les rêves?Ou que l’université serait trahie?Car celui qui parle a un discours à l’autorité certaine, David Cliche étant ministre délégué à la Recherche, à la Science et à la Technologie et ainsi le grand bailleur des fonds que le gouvernement québécois rend accessibles aux institutions de savoir.jEl cela compte.Car la recherche universitaire a besoin de capitaux.En chiffres, quatre universités seulement (sur les 18 institutions universitaires établies sur le territoire québécois), et ce sont des centaines de millions qui sont en jeu.McGill a un budget de recherches totalisant 170 millions, Montréal, 210 millions, Laval, 150 millions, et l’UQAM fait presque figure d’enfant pauvre avec ses 30 millions.Et cela ne serait pas assez.Il y aurait un rattrapage à faire après les diverses compressions des dernières années, ce qui expliquerait le manque de locaux et la difficulté, face aux autres régions de la seule Amérique du Nord, à se tenir dans le peloton de tête.Au moment où l’importance de la recherche est comprise, en ces jours de mondialisation où il semble que la seule compétitivité garantisse des jours meilleurs, quand les barrières tarifaires comme les législations locales cèdent devant les politiques d’ouverture des marchés, les ténors du savoir partagé ont enfin beau jeu.Le discours scientifique a enfin sa place et il semble que ce discours ne s'appuie pas sur une science qui se limiterait aux seuls secteurs traditionnels de sa définition.On y parle aussi de «cybersoi», de «pouponnières stellaires» et de IVémotion» chez les robots.Le rêve demeure.Et la recherche fondamentale est prioritaire: -la recherche universitaire traditionnelle orientée sur la solution de problèmes à long terme et le développement de nouvelles connaissances doit demeurer ce qui détermine notre action.Je ne suis pas préoccupé par le secteur contractuel en autant qu ’il se situe à l’intérieur de 30 % de l’effort de recherche total.Il fout trouver les bonnes façons d’amener la recherche universitaire dans le monde économique sans pervertir la mission de l’université.» Les propos du président de la conférence des recteurs, François Tavenas, sont donc de nature à rassurer ceux qui craignent pour l’indépendance de l’université, et l’autonomie des chercheurs.Il y aurait donc toujours un avenir pour les Tournesol et les Goethe de ce monde.Normand Thériault CENTRES ET PROJETS AVENIRS CINBIOSE Karen Messing Page 2 CIADEST Régine Robin Page 4 DIRO Sang Nguyen Page 6 Astronomie Carmelle Robert Page 6 Labohus François Michaud Page 7 Urbanisme Mario Polèse Page 8 Politique gouvernementale Page 7 Capitalisation Page 8 LE I) E V 0 I K .L E S S A M E Ü I ET DIMANCHE 8 AVRIL 2 0 01 F 2 • RECHERCHE CNIVERSITAIHE • INRS et ÉNAP Le virage vers la performance Elles sont nées à la même époque que tout le réseau des universités du Québec.Contrairement à leurs institutions sœurs, elles demeurent cependant peu connues de la population.Une réalité qui pourrait bien changer.Engagés, comme l’ensemble des autres établissements universitaires, dans un contrat de performance avec le ministère de l’Éducation du Québec, l’Institut national de recherche scientifique et l’École nationale d’administration publique promettent effectivement d’être plus visibles que jamais.Tour d’horizon de deux rejetons méconnus de la Révolution tranquille.GUYLAINE BOUCHER Mai 1968.Dans de nombreux pays industrialisés la révolte étudiante éclate au grand jour.Le Québec ne fait pas exception à la règle.A peine émancipée, la province, sous la gouverne du premier ministre Daniel Johnson, donne naissance au réseau des universités du Québec.L’objectif est clair: il faut miser sur le développement économique, social et intellectuel du Québec en favorisant l’accès à l’éducation de niveau supérieur du plus grand nombre de gens possible.Au réseau de base se greffe rapidement l’Institut national de recherche scientifique (INRS) et l’École nationale d’administration publique (ÉNAP).Copiées sur le modèle européen des grandes écoles, elles doivent réciproquement former les étudiants de deuxième ou troisième cycle et donner corps à la nouvelle administration publique en formant les milliers de nouveaux gestionnaires qui en font partie.Quelque 33 ans plus tard, les institutions sont toujours existantes mais elles ont légèrement bifurqué (je leur mandat d’origine.Au début des années 90, l’ÉNAP, auparavant réservée aux professionnels et gestionnaires de la fonction publique, s’émancipe et ouvre ses portes aux étudiants sortis tout droit du premier cycle universitaire.Toujours considérée comme le château fort de l’administration publique, elle forme ainsi, bon an mal an, environ 180 étudiants à temps complet.Quant à 1TNRS, censée être la seule et unique institution d’enseignement du réseau des universités du Québec a offrir des formations de niveau supérieur, elle partage aujourd’hui sa fonction avec l’ensemble des autres établissements du groupe.INRS: fonction tête chercheuse A défaut d’être la seule à offrir des formations de niveau supérieur, 1TNRS est cependant devenue, selon son directeur général, Pierre I^pointe, «une université à vocation spécifique».Une autre manière de dire que l’institution est axée prioritairement sur la recherche et sur la formation d’une main-d’œuvre hautement spécialisée.Formés directement dans les équipes de recherche, l’ensemble des 600 étudiants de l’établissement sont effectivement appelés a épouser une carrière de chercheur.Ils sont, expliquent Pierre Lapointe, •formés par et pour la recherche».Comme c’est le cas dans certaines grandes écoles européennes, leur admission à l'Institut est d’ailleurs accompagnée d’une bourse d’étude équivalente à 11 500 $ par année pour les étudiants de niveau maîtrise et à 13 000 $ par année pour les étudiants inscrits au doctorat.Un financement qui s’échelonne sur toute la durée de leurs études et qui explique en bonne partie, selon le directeur général, le niveau de diplomation très élevé que connaît l'établissement puisque, soutient-il, «les étudiants peuvent vraiment se consacrer à l’essentiel».Autre élément distinctif, la moitié du budget de l’Institut trouve sa source du côté de l’entreprise privée et des organismes subventionnaires.Trente-cinq millions de dollars sont en fait, année après année, amassés par l’établissement pour mener à bien divers projets de recherche.Résultat, explique le directeur scientifique, Cinh Le-Quoc, «alors qu’ils représentent un mince 1,4 % de l’ensemble du corps professoral universitaire, les 140 professeurs de l’INRS drainent 5,2 % de l’ensemble des octrois de recherche.Ce qui fait d’eux les professeurs les plus subventionnés per capita dans l’ensemble de la province de Québec».De l'avis du directeur général, c’est le statut hybride de l’établissement et son caractère multidisciplinaire qui le rendent aussi populaire auprès des orga- nismes subventionnaires.L’établissement se partage en fait en cinq principaux champs, a savoir environnement et ressources, biotechnologies, santé humaine, ville et société et technologies avancées.Des champs qui sont parfois appelés a s’entrecroiser dans le cadre de la réalisation de certains travaux de recherche.Quand ce ne sont pas les entreprises privées elles-mêmes qui accueillent les étudiants et chercheurs chez eux pour faire avancer les travaux.L’ÉNAP: centrée sur la gestion publique Loin de la multidisciplinarité propre à l’INRS, l’ENAR elle, navigue plutôt en eaux connues depuis 30 ans, celles de l’administration publique.Conçue pour s’adresser d’abord et avant tout aux gestionnaires de l’État, la formation offerte par l’établissement est construite sur la base du MBA.Ce qui en fait une formation très tournée vers la pratique.L’introduction des étudiants de premier cycle a cependant contribué à reconfigurer les formations offertes.Ainsi, depuis le début des années 90, l’établissement offre trois spécialisations.Une première en analyse et développement organisationnel, une seconde en mesure et évaluation des interventions publiques et une troisième en gestion de$ ressources humaines.Au total, l’École compte 1200 étudiants dont une large proportion (85 %) sont engagés dans des études à temps partiel.En fait, seuls les étudiants provenant des milieux universitaires (15 %) ou presque profitent d’un enseignement à temps plein.Un enseignement fourni par un effectif réduit de 35 professeurs et une quarantaine de chargés de cours.Pour répondre aux besoins de formation ponctuelle que lui signifiait sa clientèle principale, l’École offre aussi depuis sa création de nombreuses sessions de perfectionnement Bon an, mal an, selon le directeur de l’enseignement et de la recherche de l’établissement Marcel Proulx, «ce sont ainsi l'équivalent de 850fours de formations qui sont offerts un peu partout au Québec, sur l’initiative de la maison d’enseignement et sur demande de certains établissements ou organismes».Un contrat de performance en plus Le 28 mars dernier, quelles que soient leurs différences, les deux établissements ont l’un comme l’autre, signé un contrat de performance avec le ministère de l’Éducation du Québec.Un contrat rimant avec un investissement de 14,7 millions de dollars sur trois ans pour 1TNRS et de 900 000 $ pour l’ÉNAP.Sur le terrain, l’argent se traduira en premier lieu dans les deux cas par l’embauche de nouveaux professeurs.Ainsi, 150 nouveaux professeurs devraient joindre les rangs de l’INRS d’ici 2003, notamment dans les secteurs des télécommunications, de la microélectronique et de la nanoscience (sciençe de 1m-finiment petit).Pour la même période, à l’ÉNAP, ce sont sept nouveaux professeurs qui devraient s’ajouter à l’équipe, dont quatre dès 2001.Enfin, outre l’accroissement des services étudiants, notamment par l’augmentation des bourses qui leur sont destinées et le développement des nouvelles technologies, les deux institutions entendent aussi consacrer une bonne partie des nouvelles sommes à la recherche.Pour Marcel Proulx, •la recherche en administration publique a été trop longtemps laissée pour compte.Il est temps de donner un grand coup de bçrre et l’ENAP est la mieux placée pour le faire».A1TNRS, Cinh LeQuoc estime pour sa part que les travaux sur la problématique des eaux usées, les changements climatiques, l’impact de la réorganisation municipale, l’intégration des communautés culturelles et le vieillissement de la population profiteront des nouvelles sommes investies.Peu importe ce qu'ils entendent en faire, dans un cas comme dans l’autre, les établissements s’entendent pour dire que les nouvelles sommes injectées arrivent à point nommé.C’est qu’explique le direç-teur de l’enseignement et de la recherche de l’É-NAP, «avec le 2/3 des cadres de la fonction publique qui prendront leur retraite d’ici cinq ans, l’École risque d’être encore une fois grandement mise à contribution».Une urgence dans l’action que le directeur de 1TNRS affirme aussi ressentir, mais à un autre niveau.«Au cours des prochaines années nous allons passer à l’échelle de l’infiniment petit.C’est la nanoscience.Tout cela aura un impact sur le biomédical et les télécommunications notamment.Des développements qui amènent une interdisciplinarité plus importante que jamais.L’INRS compte sur une mission de recherche orientée vers le développement social et économique du Québec.Il faut donc non seulement suivre le mouvement, mais le devancer.» UINRS est devenue, selon son directeur général, Pierre Lapointe, «une université à vocation spécifique» CINBIOSE La recherche scientifique appliquée au quotidien S Quand il est «du devoir des intellectuels d’agir en tant que citoyens et de se prononcer sur beaucoup de questions.», pu la neurotoxicologie, les problèmes d’ergonomie, la critique sociale des nouvelles technologies et la santé des femmes au travail enfin expliqués.L’aventure de CINBIOSE.£ CLAUDE LAFLEUR S’ > Université du Québec à SjU Montréal abrite une équipe Scientifique à caractère social qui cherche le plus possible à amélio- O O 1 RECHERCHE ENIVERSITAIRE Pour mieux servir la recherche au Québec Dans la foulée de la Politique québécoise de la science et de l’innovation, le Conseil québécois de la recherche sociale, le Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche et le Fonds de la recherche en santé du Québec ont entrepris une vaste opération de réorganisation de leurs rôles et responsabilités dans le financement de la recherche au Québec.Cette réorganisation contribuera au développement d’une communauté scientifique plurielle, dynamique et capable de faire face aux enjeux des sociétés modernes d’aujourd’hui et de demain.Histoire Pm SOURCE RAPPORT ANNUEL UQAM Rosine Robin a Historienne et sociologue, Régine Robin convoque ses propres souvenirs, son histoire familiale parmi ses recherches D Investir et déconstruire Un travail sur la mémoire individuelle et collective II Des séances d’information sont prévues avec les présidents des trois fonds de recherche dans les universités suivantes : • mardi 17 avril 2001, Université Laval • mardi 17 avril 2001, réseau des Universités du Québec • mercredi 18 avril 2001, Université de Montréal • mercredi 18 avril 2001, Université McGill • jeudi 19 avril 2001, Université du Québec à Montréal • lundi 23 avril 2001, Université de Sherbrooke Pour information, consultez le site de la Conférence des présidents des fonds de recherche du Québec : www.fcar.qc.ca/conference/Default.htin «Pouvoir expérimenter des types d’écriture inédite, des genres hybrides, s’installer dans un hors-genre, c’est ce qui a manqué à l’Histoire et qui lui manque encore.» Régine Robin a participé en 1990 à la fondation du CIADEST: le Centre interuniversitaire d’analyse du discours et de socio-critique des textes.ROBERT CHARTRANI) Régine Robin, après avoir fait des études en France — diplôme d’études supérieures en géographie humaine, puis doctorat de 3e cycle en histoire — et y avoir enseigné quelques années, s’est établie au Québec en 1977: elle sera d’abord professeur invité, puis agrégé, et enfin titulaire au département de sociologie de l’UQAM.Historienne et sociologue de formation, elle s'est intéressée notamment à la culture européenne des années 30, en particulier la soviétique.Mais elle est insatisfaite des méthodes traditionnelles, de l’Histoire qu’on pratique «en surplomb».«En 1979, en effet, alors que je travaillais à l’ouvrage qui allait devenir Le Cheval blanc de Lénine, j'ai eu besoin de me forger mes propres instruments pour approcher ce qui ne s’appelait pas encore la micro-histoire.J’étais à la recherche des moyens d’articuler la II ?o% mâMa Québec Conseil québécois de la recherche sociale a ci ES ES Fonds de la recherche en santé du Québec Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche Connaissance + Innovation Si vous croyez en cette formule gagnante, le Programme des chercheurs-boursiers en milieu industriel du CRSNG (Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada) vous intéressera sûrement.Ce programme offre un appui aux récents diplômés doctoraux et aux entreprises canadiennes qui effectuent de la recherche industrielle.En apportant une importante contribution au salaire du stagiaire pendant deux ans, le programme aide votre entreprise à accroître ses activités de R et D dans des domaines dés, et ce, à peu de frais.En même temps, le stagiaire acquiert des connaissances et de l’expérience et reçoit une formation dans un milieu industriel dynamique.En appuyant les diplômés et l’industrie, le CRSNG vous aide à mettre le succès à votre portée."%, Us entreprises et diplômés qui désirent s’inscrire au programme sont im ités à communiquer avec la Division des programmes de bourses du CRSNG.Téléphone: (613) 995-5521 Télécopieur : (613) 996-2589 Consultez notre site Web : www.crsng.ca ik o CRSNG NSERC Investir dans les gens, la découverte et l'innovation Investing in people, discovery and innovation Canada grande Histoire avec les parcours personnels et rien n’était satisfaisant.C’est alors que je me suis mise à développer des textes hybrides et à en faire la théorie: incorporation de la fiction dans le texte historien, biofictions, parcours singuliers, importance accordée à l’anecdote.» Elle travaille sur des champs de recherche très variés: sémiotique, sociologie de la littérature, études juives, l’analyse du discours — elle a participé en 1990 à la fondation du CIADEST: le Centre interuniversitaire d’analyse du discours et de sociocritique des textes —, récit de vie, autobiographie.Et elle a peu à peu mis au point une méthode personnelle où elle pousse l’interdisciplinarité plus loin que la plupart des autres chercheurs.Comme elle l’a écrit dans Le Naufrage du siècle: «Pouvoir expérimenter des types d’écriture inédite, des genres hybrides, s’installer dans un hors-genre, c’est ce qui a manqué à l’Histoire et qui lui manque encore.» Or, cette hybridité, précisément, ne lui en a-t-on pas fait reproche dans le milieu universitaire?«C’est ambivalent.Il est vrai qu’on se méfie un peu.Mais j’ai été par ailleurs reconnue pour cette interdisciplinarité: j’ai d’ailleurs obtenu le prix Jacques-Rousseau de l’Acfas enl994 sur ce thème.Si on n’est pas rigoureux, cela peut devenir du touche-à-tout superficiel.Mais il y a un bon usage de l’interdisciplinarité, quand on sait en établir les balises.» Roman mémoriel Si variés que soient les champs d’étude de Régine Robin, on peut y relever une certaine constante, une sorte de thème majeur: celui de la mémoire, individuelle et collective.«J'y travaille en effet depuis de nombreuses années, dans des articles et des livres, du Roman mémoriel jusqu 'à Berlin chantiers.Mais j’entends la mémoire collective en tant qu’elle relève d’un double mouvement: celui de la fidélité — réelle ou présumé — au passé, ce qu’on appelle souvent le devoir de mémoire; et celui du travail du deuil, qui n'est pas de l’ordre de l’oubli, mais plutôt de la prise en compte de la distance entre le passé et le présent.C’est sur cette tension que je travaille, en mettant en œuvre la notion de remémoration chère à Walter Benjamin.La chose est particulièrement évidente dans mon Berlin chantiers.» La mémoire ainsi entendue a d’ailleurs fait l’objet d’une réflexion en trois temps dans l’œuvre de Régine Robin: sur l’apport de la littérature à l’Histoire, dans Le Roman mémoriel: sur la mémoire collective, dans Le Deuil de l’origine: et sur les intellectuels juifs, dans Le Golem de l’écriture.Ce dernier ouvrage s'inscrit d'ailleurs dans un projet plus vaste, intitulé De l'autofiction au cybersoi, qui a essaimé du côté de la fiction avec L’Immense Fatigue des pierres.Car il y a, dans ces recherches, qui les alimente tout autant que la réflexion et les notions théoriques, le double apport de la fiction fictionnelle et de l’investissement personnel.Régine Robin convoque ses propres souvenirs, son histoire familiale parmi ses recherches.Née Rivka Ajzerstejn d’un père polonais et d'une mère russe, dans une famille juive dont des dizaines de membres sont morts dans les camps nazis, Régine Robin est elle-même issue d'une histoire à la fois douloureuse et exemplaire.On ne s’étonnera donc pas que la question de l’identité soit également au cœur de ses préoccupations.«Cependant, quand je travaille sur l’identité, y compris la mienne si cela a un sens, c’est immédiatement pour ironiser, pour mettre en pièces les fantasmes d’authenticité, pour montrer que l’individu se construit par identifications et que la notion d’identité devient vite fixiste, essentialiste, et c’est ce que je combats.Je m'appuierais volontiers sur Paul Ri-cœur, qui montre la double polarité des identités: celle de la trace de notre identité biologique, l’état civil, le sexe, et d’autre part, celle du mouvement, de l’évolution qui nous vient de la formation, de l’école, des rencontres, des lectures ou des voyages, si bien que nous avons à la fois des repères de permanence et des éléments de mouvants.Pas d’identité sans cette tension.Le reste, ce sont des discours sur l’identité au singulier, qu’il faut déconstruire car, à mes yeux, ils sont mortifères.» A cet égard, où en est-elle de ses rapports au Québec?«C’est une question trop vaste pour que je puisse y répondre.J’ai des rapports toujours difficiles, non pas avec Montréal, qui est une ville extraordinaire, ni avec les Québécois de la quotidienneté, mais avec le nationalisme dit civique, avec les intellectuels de ce discours, avec le nouveau premier ministre donquichottesque et son discours de guerre civile.On essaie, trop me semble-t-il, de concilier tous les contraires: l’ancien et le nouveau, la tradition et la nouveauté, Céline Dion et Notre-Dame de Paria La judéité en moi me fait me tenir sur mes gardes, mais tous à la fois me dit que j'ai bien fait de rester dans un pays où il fait bon vivre, même dans la dissonance perpétuelle, que c’est le discours social qui est détestable mais pas du tout les conversations avec les gens ordinaires.Ma judéité, ce n’est peut-être que cela ici, l’interstice entre les rêves de révolution à jamais engloutis, une dissidence affermie, solitaire et assumée, et une dissonance conviviale en éveil, sur ses gardes, mais aussi en attente, prête à accueillir tout frémissement qui sortirait du ronron identitaire habituel.» Régine Robin a son site Internet: www.er.uqam.ca/nobel/r24136/in-dex.html, fort intéressant, où l'on trouve une «branche universitaire» et une autobiographique intitulée Rivka A, faite de textes à contraintes, de citations, de poèmes.Bibliographie Essais Kafka, Paris, Les dossiers Bel-fond, 1979 Le Naufrage du siècle, Paris, Berg International/Montréal, XYZ, 1995 Le Golem de l'écriture.De l’autofic-tion au cybersoi.Montréal, XYZ, 1997 Berlin chantiers, Paris, Stock, 2001 (disponible en librairie le 20 avril prochain) Œuvres de fiction La Québécoite, Montréal, Québec Amérique, 1983 L'Immense Fatigue des pierres.Biofictions, Montréal.XYZ, 1996 S A M K l> I S A V R I I 2 0 0 1 LE DEVOIR.LES D I M A \ t ML RECHERCHE CMVERSITAIRE f r» Perspectives d’avenir Forces et contraintes de la recherche québécoise Les trente dernières années ont été marquées par un développement extraordinaire La recherche universitaire se porterait bien au Québec.Même très bien.Propos optimistes, avec nuances, de deux présidents, de la Conférence des recteurs et de l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences.REGINALD HARVEY Le secteur de la recherche est en pleine effervescence dans les universités québécoises.La preuve en est que dans bien des cas les dirigeants de ces institutions partent en quête de chercheurs qualifiés à travers le monde et se creusent les méninges pour parer à leurs problèmes de manque de financement des hais indirects et de pénurie d’espaces.Respectivement président de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) et président de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, François Tavenas et Alain Caillé sont aussi recteur de TUniversité Laval et vice-recteur à la recherche de l’Université de Montréal.L’un et l’autre occupent des sièges privilégiés dans l’observation et dans la mouvance du monde scientifique québécois.Ils mesurent ici les forces de la recherche universitaire en même temps qu’ils en décrivent les contraintes.«La recherche universitaire au Québec s’est développée de façon extraordinaire depuis une trentaine d’années.Sur la scène canadienne, celle-ci est super-performante et, par le fait même, elle l’est également sur le plan international», constate François Tavenas.Le programme d’action des trois conseils québécois responsables des subventions a joué un rôle déterminant dans cette situation favorable.«Ils ont adopté des stratégies dont l’objectif était de positionner les chercheurs québécois d’une façon optimale dans le but de participer aux compétitions des conseils de subventions fédéraux.La stratégie a été bonne et les chercheurs québécois ont livré la marchandise», dit-il.Aujourd’hui, le bilan montre que le Québec récolte 28 % des fonds fédéraux qui sont distribués, soit une récolte supérieure à son poids démographique et économique.Un manque de ressources Quant aux contraintes de la recherche, elles relèvent dans un premier temps des réductions de finan- cement public, qui leur ont été imposées depuis 1994 sans quelles puissent profiter de compensation par le biais d’ajustements aux frais de scolarité.«Les universités québécoises dans leur ensemble n'ont pas eu d'autre choix que de couper dans les effectifs du corps professoral et de réduire leurs activités.De la sorte, elles se sont enlevé une capacité de compétition sur la scène nationale et internationale», évalue le president de la CREPUQ.Cela dit.il reconnaît que le programme de refinancement amorcé dernièrement servira la qause de la recherche.A un autre niveau, il s’inquiète de la difficulté qu’eprouvent les universités dans le recrutement de professeurs de qualité aptes à assurer la relève du corps professoral: «Toute cette problèmatique origine de la compétitivité, des salaires qu’on peut payer, des conditions salariales et de l'environnement qu’on peut offrir.» A son avis, la Fondation canadienne de l’innovation et la Chaire de recherche du Canada contribuent à atténuer le problème, mais les universités doivent se montrer vigilantes pour demeurer concurrentielles sur le marché international des professeurs de haut savoir.La recherche fondamentale et appliquée François Tavenas refuse de considérer sous un angle complexe les intrusions de plus en plus ponctuelles du secteur privé dans la recherche universitaire et s’exprime de la sorte sur cette question: «C’est une question d’équilibre.La recherche contractuelle ou appliquée est une composante importante mais il ne faut pas quelle devienne déterminante.La recherche universitaire traditionnelle orientée sur la solution de problèmes à long terme et le développement de nouvelles connaissances doit demeurer ce qui détermine notre action.Je ne suis pas préoccupé par le secteur contractuel en autant qu’il se situe à l’intérieur de 30 % de l’effort de recherche total.Il faut trouver les bonnes façons d’amener la recherche universitaire dans le monde économique sans pervertir la mission de l’université.» Au sujet de tout l'aspect théorique, il est on ne peut plus clair: «La mission première, c’est le fondamental parce que nous sommes les seuls à pouvoir intervenir dans ce créneau.Personne d’autre dans la société n’est capable de faire de la recherche fondamentale comme nous.Si on arrête d’en faire, au bout du compte, c’est toute la machine de recherche qui va s'arrêter.Nous avons la responsabilité sociale et scientifique de maintenir cet- BERNARD LAMBERÏ/UDEM Alain Caillé, vice-recteur à la recherche de l’Université de Montréal.te activité-là tout en contribuant au développement économique du pays.» Des paramètres inhérents à la recherche Président de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, Alain Caillé met en évidence un certain nombre de paramètres qui fondent la réussite de la recherche.Il focalise sur la nécessité d’apporter du sang neuf dans le corps professoral universitaire.«Présentement, nous sommes en bonne position pour remplir cette condition qui est nécessaire à l'avancement de la recherche dans la décennie qui vient.Ixs chaires de recherche du Canada vont aider les universités de Montréal et McGill à recruter une centaine de nouveaux professeurs par année à court et moyen termes.Les conditions sont, réunies pour que nous soyons compétitif», assure-t-il.A ce cha- pitre, le défi se présenté dans le recrutement et le maintien en poste d'une main-d’eruvre fort convoitée à la grandeur de l’Amerique du Nord.Le président de l'Acfas et vice-recteur à la recherche de l'I'deM souligne également que les chercheurs doivent avoir accès à des infrastructures adéquates pour mener convenablement leurs travaux et pour ainsi demeurer dans la course; «Grâce à la Fondation canadienne pour l’innovation, qui est largement financée par le gouvernement du Québec, l'avenir s'annonce plutôt bien de ce côté.Nous avons reçu 200 millions jusqu 'à present et la Fondation est refinancée jusqu 'en 2010.On anticipe obtenir IM millions de dollars tous les IS mous.C’est énorme et comparable à ce que nos voisins du Sud sont en mesure d'investir.» Tout comme son collègue François Tavenas, le refinancement recent des univei'sités p;u' le biais de si gnatures de contrats de performance avec le ministère de l'Education ne dissipe pas complètement ses inquietudes relatives à la saute financière pour les prochaines années.«On souhaite que tout va se dérouler comme prévu tout en gardant une certaine reserve sur cette question», dit-il.A propos de gros sous, il fait observer que les universités les plus actives en recherche ont à faire face à des coûts élevés relevant des frais indirects attribuables aux subventions que les équipes de chercheurs débusquent.«Is gouvernement du Québec est le seul au Canada à assumer ees frais dans une proportion de 10 à 15 %.Cependant, des etudes sérieuses et reconnues établissent le coût réel de ces frais à 40 % de la valeur des projets», précise-t-il.Selon lui, il importe donc aux gouvernements de trouver le moyen d'assumer davantage le paiement des frais indirects pour les universités dont les activités de recherche s’avèrent particulièrement intensives.A ce sujet, il lance: «Si nous ne trouvons pas les moyens d’avoir des bonnes universités partout, il f nuira que les gouvernements fassent des choix.S’ils n'en font pas, nous resterons moyens partout et, moyens partout, c'est loin d’être suffisant et, à la limite, non nécessaire.Il n’y a que le haut du pavé qui compte en recherche.» Finalement, Alain Caillé s’insurge contre le fait que les deux grandes universités de la Métropole, que sont celles de Montréal et de McGill, soient aux prises avec des problèmes aigus de pénurie d'espaces.«On est en train de se paralyser, de manquer des occasions uniques à cause de ce problème criant.Ix bateau, c’est maintenant qu’il passe», prévient-il.nt herianlt@lé devoir.ca Montréal (Québrc LE RÉSEAU DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC LEADER DANS 5 SECTEURS DE RECHERCHE • SCIENCES APPLIQUÉES • SCIENCES HUMAINES • SCIENCES DE L'ÉDUCATION • SCIENCES DE L'ADMINISTRATION • LETTRES Dans ces 5 secteurs, l'Université du Québec est arrivée en tête de toutes les universités au Québec, en termes de subventions L,Melll9WC, pMOU, de recherche.Uj Université du Québec www «Quebec ca PLUS QUE DES RECHERCHES Des solutions m L’Institut national de la recherche scientifique (INRS), un réseau de centres de recherche de premier plan, contribue à l'avancement des connaissances et à la formation de chercheurs dans des domaines de haute priorité scientifique et technologique.Fort d’une expertise qui combine ie génie, les sciences naturelles, les sciences biomédicales et les sciences sociales, i'INRS agit là où le sollicitent les enjeux collectifs : • Microfabrication et nanofabrication • Applications photoniques et biomédicales de technologies laser • Communications sans fil • Biodégradation de polluants agricoles, industriels et municipaux • Développement de technologies environnementales et d'outils de gestion • Élaboration de vaccins et de médicaments • Contrôle du dopage sportif • Études autochtones, démographiques et urbaines • Analyse de politiques sociales et culturelles L’Institut offre également 20 programmes d'études de 2' et de 3' cycle, en lien avec ses thématiques de recherche.De plus, les étudiants inscrits à I'INRS reçoivent un important soutien financier.Université du Québec Institut national de la recherche scientifique La saenct en ACTION pour un monde en ÉVOLUTION Téléphone : (418) 6S4-2500 ?McGill www.nicgill.ca 845, rue Sherbrooke o.Montréal, Québec k.H3A 2T5 ^ Hnv s'Twv : «O A LE I) E V 0 1 K .LES S A M E li I ET Ü I M A V C H E 8 AVRIL 2 0 01 F « ?RECHERCHE UNIVERSITAIRE * Informatique et recherche opérationnelle Entre le pratique et la pratique A propos d’informatique quantique et autres langages abscons «L’université doit faire un meilleure ménage avec le monde industriel sans pour autant bouleverser la façon dont la recherche s’est faite de façon traditionnelle.» Four Sang Nguyen, directeur du Département d’informatique et de recherche opérationnel de l’Université de Montréal, l’objet à atteindre est de lier recherche et industrie.MARC-ANDRÉ; CÔTÉ La question de la commercialisation de la recherche universitaire est sur toutes les lèvres dans la plupart des cercles instruits.Bien avant de faire l’objet des discours politiques actuels, la commercialisation de la recherche a été étudiée par les chercheurs des sciences sociales, qui lui ont trouvé des vertus et des limites.Au printemps 2000, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) a réalisé une enquête dans le but de mieux connaître les pratiques de commercialisation des professeurs des universités québécoises.Il s’agissait d’identifier les formes de commercialisation de la recherche et de l’expertise universitaires et l’impact de ces activités sur la tâche professorale et sur l’institution.Et pour plusieurs, l’énigme demeure entière et la tentation souvent très forte.Mais doit-on compromettre son intégrité scientifique pour pouvoir séduire les grosses poches?«Jamais!» répond sans ambages Sang Nguyen, directeur du Département d’informatique et de recherche opérationnel de l’Université de Montréal (DIRO).«Mais il faut quand même être conscient des réalités qui régissent notre monde.Une chose est sûre, l’université doit faire un meilleure ménage avec le monde industriel sans pour autant bouleverser la façon dont la recherche s’est faite de façon traditionnelle», ajoute-t-il.L’informatique est partout et peut se targuer de porter le titre de science universelle.Conséquemment, le département que dirige M.Nguyen doit garder le cap de la recherche fondamentale tout en répondant à une demande sans cesse croissante de la part du monde industriel.Défi majeur, s’il en est un.«Les entreprises ne sont pas toujours très patientes et veulent des résultats à très court terme, ce qui n’est pas toujours possible dans un contexte comme le nôtre.La recherche, ça prend du temps», souligne M.Nguyen.Commercialisation: dangers et bénéfices Pour certains professeurs, la commercialisation est vue négativement; elle fait courir des dangers à l’autonomie universitaire et au travail traditionnel des professeurs (recherche fondamentale, publications, encadrement des étudiants).Pour les autres, les discours, mais aussi la réalité, sont tout autres.Car pour les professeurs qui s’adonnent a la commercialisation, cette dernière ne se fait pas au détriment de la recherche, et encore moins de la recherche fondamentale.Elle contribue sans conteste à l’avancement des connaissances, en plus d’être un moyen de financer les travaux réguliers de recherche et de donner accès au terrain et à des données empiriques.«Il y a certes des dangers, maintes fois rappelés, qui guettent les chercheurs se livrant à des activités près du marché comme la perception que les chercheurs sont une main-d’œuvre à bon marché facilement exploitable, pense M.Nguyen.Mais pour l'ensemble de la collectivité, pour les chercheurs et les étudiants qui trouvent plus facilement du travail en étant plus près des entreprises, le solde est plutôt positif.» En fait, puisque assez peu de secteurs d'activités et surtout très peu d’entreprises investissent massivement dans la recherche à l’interne, il faut donc se remuer les méninges pour construire des partenariats entre l’université et les industries.Pour Jean-Marc Rousseau, directeur du développement stratégique au DIRO, il faut en venir à imiter le secteur pharmaceutique dans ses rapports avec le monde industriel.«Tout le monde a besoin de l’informatique, dit-il d'emblée.Mais malheureusement, au Québec, les boîtes informatiques qui pourraient bénéficier de l’apport des chercheurs sont surtout des PME et n’ont pas les moyens financiers d’entretenir des laboratoires de R&D.» Avenues de recherche Tout cet intérêt de la part des entreprises a bien sûr eu des répercussions très positives sur le DIRO et surtout sur la diversification des secteurs de recherche explorés.Et ce n’est pas nouveau.Etant un des plus vieux départements d’informatique au Canada, le DIRO peut se targuer d’avoir mis au monde REUTERS Vue au microscope numérique d’un chromosome humain.dans les 20 dernières années plusieurs entreprises et centres de recherches particulièrement dynamiques.Par exemple, les travaux de Marc Feeley exécutés au sein du Laboratoire de traitement parallèle se trouvent à l’intersection des domaines des langages de programmation du calcul parallèle.Le DIRO cherche à concevoir des langages et systèmes de programmation et des méthodes d’implantation qui permettent de mieux exploiter les ordinateurs, c’est-à-dire de faciliter la programmation d’applications complexes et augmenter leur performance.«Nous nous intéressons aux langages de programmation avancés et particulièrement aux langages fonctionnels, orientés objet et parallèles, explique M.Nguyen.Nos efforts récents ont porté sur les langages Scheme, Multilisp, Dylan, et C parallèle.Nous avons conçu de nouvelles méthodes d’implantation efficaces pour ces langages, tout particulièrement au niveau des conti- nuations de première classe, de la gestion automatique de la mémoire en temps réel, du balancement de charge par vol de tâches, de l'interprétation et compilation portable, de l'analyse de programmes par compilation abstraite, et du débuggage de programmes parallèles.» Le DIRO s’intéresse aussi aux modèles de programmation parallèle pour applications symboliques et à leur évaluation sur ordinateur massivement parallèle.«Nous développons deux langages de programmation pour applications symboliques (Multilisp et Par SubC) et avons collaboré avec le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) à la conception d'un langage parallèle portable basé sur C visant les applications numériques (MPC)», souligne M.Rousseau.Bioinformatique et informatique théorique Qui n’a pas entendu parler du décodage du génome humain, LA découverte scientifique de l’année 2000 selon la revue Science, et l’un des grands défis de l'informatique «La bioinformatique consiste a développer et à utiliser des méthodes informatiques, algorithmiques et mathématiques diverses permettant de décoder la masse d’information biologie disponible», explique M.Rousseau.C’est un domaine multidisciplinaire qui évolue en fonction des nouveaux défis posés par la biologie moléculaire.D s’agit, en particulier, de développer des outils de recherche dans les bases de données, d’identifier les parties de la séquence d’ADN qui codent pour des gènes spécifiques, de modéliser les structures d’ARN et de protéines, d’extraire les régularités permettant de déduire des informations fonctionnelles, de reconstituer des relations dévolution entre les espèces.Ces sujets donnent lieu à toutes sortes de problèmes algorithmiques, probabilistes, statistiques ou combinatoires.Au DIRO, c’est le domaine privilégié de Nadia El-Mabrouk et de François Major.En fait, le thème fleuron des travaux du DIRO est l’informatique quantique.Cette discipline repose sur le pari que d'étranges propriétés quantiques de la matière seront un jour exploitées dans la conception d’ordinateurs d’une puissance de calcul incomparablement plus grande que celle des ordinateurs actuels.Cette équipe de recherche est également reconnue pour ses travaux en cryptologie, en complexité du calcul, en combinatoire et en théorie des graphes.Astronomie Dans l’intimité des galaxies Du mont Mégantic au télescope spatial Hubble Elle étudie les «jeunes populations d’étoiles dans les galaxies à sursauts de formation stellaire».Carmelle Robert est membre du Groupe de recherche en astrophysique de l’Uni-vçrsité lüval.CLAUDE LAFLEUR Le Département de physique de l’Université [.aval comprend une petite équipe d’astronomes qui cherchent à percer les secrets des galaxies — ces immenses «îles» formées de milliards d'étoiles et perdues dans l’Univers.Ce Groupe de recherche en astrophysique a été mis sur pied il y a 25 ans lors de la création de l’observatoire du mont Mégantic.Il comprend quatre professeurs, deux attachés de recherche, deux étudiants à la maîtrise et sept étudiants au docto wW,w.uottawa.ca rat et bénéficie d’un budget annuel dépassant les 250 000 $ (provenant des fonds FCAR et CRSNG).Ces astrophysiciens sont à l’avant-garde de la recherche dans leur domaine en se concentrant sur la dynamique et la structure du milieu interstellaire ainsi que sur la physique nébulaire et la formation des étoiles.Pour mener à bien leurs travaux, ils utilisent les télescopes du mont Mégantic (Québec), de l'Observatoire fédéral de radioastrophysique (Penticton, Colombie-Britannique), de l'observatoire Canada-FranceHawaii (à Ha- waii).Ils sont même des utilisateurs réguliers du fameux télescope spatial Hubble.«Nous avons une thématique qui se définit en gros comme l'étude de l’évolution des galaxies, indique Carmelle Robert, l’une des principales chercheuses du Groupe.Cela touche tout ce que contient une galaxie — des étoiles à la poussière et aux gaz interstellaires — et de quelle façon ces composantes structurent les galaxies.En observant ce qui se passe dans différentes galaxies, on parvient à reamstituer leur évolution.» Les astronomes de l’Université Laval cherchent plus particulièrement à comprendre l’interaction des constituantes des galaxies et à entrevoir à quoi ces dernières ressemblaient dans le passé et comment elles ont évolué depuis.«Nous cherchons à décrire cet aspect particulier d’une vision cosmologique de l’Univers, précise encore Carmelle Robert; autrement dit, de tenter de répondre à la question: “D’où venons-nous et où allons-nous?”» À quoi servent les astronomes Mme Robert a, notons-le, un parcours quelque peu inusité.Alors que la plupart de ses collègues ont été fascinés dès leur jeunesse par le ciel — étant souvent de fervents astronomes-amateurs —, cette chercheuse de 38 ans est d’abord et avant tout une physi- cienne qui se passionne pour la résolution de problèmes complexes.«Je n’ai jamais fait d’observations astronomiques dans ma jeunesse, lance-t-elle.Mais, en faisant mon baccalauréat en physique, j’ai découvert que j’aimais me pencher sur un problème.et même si celui-ci était bng et difficile, cela ne me décourageait aucunement.» C’est donc au milieu des années 1980 — soit au moment d’entreprendre sa maîtrise — qu’elle a choisi l’astrophysique.«en me disant que c’est là un domaine où il y a encore beaucoup de problèmes non résolus!» Mère de deux jeunes enfants (Gabriel, sept ans, et Renaud, quatre ans), elle se passionne pour un type particulier de «pouponnières stellaires».Son sujet d’études porte en effet sur les «jeunes populations d'étoiles dans les galaxies à sursauts de formation stellaire»'.Il s’agit en fait de galaxies dans lesquelles naissent soudainement et violemment de grandes quantités d’étoiles.Ces galaxies particulières représentent des laboratoires idéaux pour étudier la physique des étoiles et les procédés importants à la formation des galaxies et à leur évolution.«f étudie des galaxies qui, pendant une période de temps relativement courte de leur vie, vont tout d'un coup se mettre à former des étoiles en très grande quantité, explique l’astronome.Cas étoiles vont produire des luminosités très importantes, ce qui fait qu’on les remarque très facilement.» Pendant longtemps, poursuit-t-elle, les astronomes ont cru que les galaxies évoluaient de façon très régulière et très lente sur une longue période de temps.Toutefois, on s’aperçoit de plus en plus que le phénomène de sursaut de population d’étoiles est présent dans la plupart des galaxies à un moment ou à un autre de leur vie.«Parfois, on peut même surprendre des populations d’étoiles en train de naître, ce qui nous aide à comprendre comment survient ce phénomène.» Ces observations, espère-t-elle, nous aideront à comprendre le mécanisme de formation des étoiles et, en fin de compte, l’évolution même des galaxies.Naissance d’étoiles «Pour que des étoiles naissent, ex-plique-t-elle encore, il faut des conditions spécifiques en matière de température, de densité de matière et d’énergie présente dans le milieu.La collision ou la rencontre de deux galaxies peut faire en sorte que ces conditions soient réunies.» Il se pourrait ainsi que les astronomes observent le phénomène de sursaut stellaire au sein même de notre galaxie, la Voie lactée, lorsque celle-ci entrera en collision avec la galaxie voisine d’Andromède (dans environ cinq milliards d’années!).Pour l’heure, précise l'astronome, on observe plusieurs petites régions de formations d’étoiles dans la Voile lactée, mais pas nécessairement avec la même amplitude qu’on voit dans certaines galaxies distantes.«Il arrive cependant qu ’une galaxie soit par elle-même le théâtre de sursauts stellaires.Il nous est donc important d’identifier le mécanisme à la base du phénomène — ce qui a en quelque sorte donné le "coup de pied” nécessaire au déclenchement d’un sursaut stellaire!» Quand on lui demande pourquoi, au Québec, devrait-on «se payer» des équipes d’astronomes qui étudient les galaxies.alors qu'il y a tant d’autres problèmes plus urgents à résoudre, Carmelle Robert lance d’un air amusé: «Oh! Vous savez, je puis avoir toutes sortes d’attitudes.Je puis, par exemple, carrément vous dire que, eh oui, dans le fond, l’astronomie ça ne sert à rien.et qu’à court terme, rien de concret ne sort de là! Mais surtout, je pense que tout le monde se pose des questions d’ordre astronomique, que ce soit les tout-petits qui me demandent qu’est-ce que cette chose-là dans le ciel, jusqu'à nous tous qui nous demandons d’où nous venons et où on va.L’astronomie représente en fait une quête de sens et une quête de belles choses, poursuit-elle, et il ne faut pas juste se regarder le nombril mais être capable de se positionner dans l’Univers.L’astronomie tutus apporte une nourriture même si elle ne sauve pas des vies.ou du moins, pas à court terme.» Prix jeune chercheur 2001 Pierre Berini Pierre Berini, professeur à l'École d'ingénierie et de technologie de l’information, reçoit le Prix jeune chercheur 2001 de l'Université d'Ottawa.Le domaine de recherche de Pierre Berini s’étend à tous les secteurs de recherche critiques au développement des télécommunications, de l’électromagnétisme à la fibre optique.Depuis qu’il s'est joint à l'Université d'Ottawa en 1996, Pierre Berini a obtenu le Prix jeune chercheur de l'Union Radio-Scientifique Internationale ainsi qu'une Bourse du premier ministre pour l'excellence en recherche (Ontario) ; il a également été nommé chercheur de la Fondation canadienne pour l'innovation.Toutes nos félicitations à une étoile montante ! ^University of _ Ottawa Conseil de recherches en sciences Natural Sciences and Engineering naturelles et en génie du Canada Research Council ot Canada Canada Faites équiç , ., et savourez votre réussite! Université d Le CftSNG favorise l'établissement de partenariats entre le$ universités et les entreprises.CMW6 NSËHC Êtes-vous en quite de résultats de recherche qui présentent un potentiel commercial?Le Programme de partenariats technologiques (PPT) vise à aider les petites et moyennes entreprises à faire équipe avec des chercheurs universitaires en vue de transformer une idée nouvelle ou une innovation en un succès commercial.Destinées tant aux entreprises en démarrage qu'aux entreprises établies, les subventions accordées dans le cadre de ce programme peuvent couvrir jusqu'à la moitié du coût total d'un projet.Pour en connaître davantage sur le PPT, consultez le site Web du CRSNG à l'adresse www.crsng.ca.Investir dans les gens, la découverte et l’innovation LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M ANCHE S AVRIL > 0 O I F 4.RECHERCHE UNIVERSITAIRE Génie line entrevue avec David Cliche Les aventures de Roball Reconnaissance mondiale Les robots de VUniversité de Sherbrooke Laborius est l'acronyme de ce Laboratoire de robotique mobile et de systèmes intelligents implanté à l’Université de Sherbrooke qui travaille à stimuler la vie émotionnelle des robots.Science et fiction.PIERRE VALLÉE R2D2 était le sympathique robot mobile imagine par George Lucas, créateur de la Guerre des étoiles.
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