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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2001-05-05, Collections de BAnQ.

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L E l> E V 0 1 R , LES S A M E l) I E I 1> I M A \ ( H E (i M Al 2 0 0 1 ?LE DEVOIR ?Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Romans libertins Page D 6 Littérature jeunesse Page D 7 Stéphane La Rue Page D 8 o a p ’Ô3 TS 3 3 CC (X) u.3 Marché de la poésie musique des mots C’est la rencontre de deux langues, d’un auteur et d’un nouveau public.Souvent sous-estimée par le public, la traduction est essentielle à la diffusion de la littérature.Qui n’a pas goûté les mots de Baudelaire traduisant Edgar Allan Poe?Cependant, de tous les genres littéraires, c’est la poésie qui est la plus difficile à traduire.Au deuxième Marché francophone de la poésie de Montréal, qui se déroulera du 10 au 12 mai, place Gérald-Godin, la traduction de la poésie sera un thème de conférence et de débats.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Pour traduire un poète, il faut entrer dans son univers, pénétrer dans sa maison, porter ses vêtements, habiter son cerveau, voir avec ses yeux.«Si la poésie est aussi la voix de l’autre en soi-même, alors ce petit livre constitue peut-être, et à maints égards, une transfiguration», écrivait le poète Jacques Brault en liminaire du magnifique recueil intitulé Transfiguration, paru au Noroît et qu’il a signé avec le Canadien E.D.Blodgett, où les deux poètes se traduisent et se répondent mutuellement Depuis environ 20 ans, Jacques Ran-court, Québécois d’origine installé à Paris, organise le Festival franco-anglais de poésie.D’abord festival de poésie, l’événement est devenu, au fil des ans, festival de traduction, ce qui permet une rencontre entre les poètes de diverses langues ainsi qu’un meilleur rayonnement de leurs œuvres à l’étranger.Là, chaque année donc, des poètes québécois, français, suisses, irlandais, américains et écossais se rencontrent et s’entretraduisent «Par le moyen de la traduction, on mettra en rapport des poètes de langues française et anglaise de cultures différentes, européenne, nord-américaine, africaine ou australienne.Par le moyen de la traduction, les poètes entrent aussi dans le monde les uns des autres et souvent continuent à échanger et à publier des poèmes des uns et des autres», dit Jacques Rancourt, lui-même poète, qui participera d’ailleurs à quelques-unes des activités du marché de la poésie de Montréal.La traduction de la poésie, explique-t-il, VOIR PAGE D 2: MOTS A -if A-.S M w m N'vVV laijoVoPffc.1 cO'".’X\e coV\,ùoV .c ïC'e^’\’db^ ev^0^k\v«’ gV^1.’ %e ge 1 iberté revue littéraire nn 252 I) 2 L K DEVOIR.LES S A M EDI 5 ET DI M A X (HE « M A I 2 O O I L I V K E S Ati MOTS traducteur de poésie doit faire preuve d'abord et avant tout d'humilité, de modestie SUITE DE LA PAGE D 1 pose des problèmes particuliers.D’abord parce qu’il faut tenir compte, en poésie, du son et du rythme des mots, autant, voire parfois plus, que du sens.«En même temps que vous essayez de trouver l’équivalent dans votre langue, vous avez à traduire un texte qui a un sens, qui a même plusieurs sens.» Ici, il y a donc un mariage souterrain entre le premier sens d’un mot, le deuxième sens d’un autre mot et le troisième sens d’un autre mot encore, explique-t-il.Pour le Montréalais Donald Winkler, Montréalais qui a traduit en anglais un choix de poèmes de Roland Giguère et le recueil Romans-fleuves de Pierre Nepveu, la traduction de la poésie est «un jeu».C’est aussi pour lui, en traduction, «le plus grand défi et le plus pur».«Au fur et à mesure, il faut juger, se rendre compte, à certains endroits; est-ce que je vais respecter davantage la musique ou le sens?Cela peut même varier dans un même poème.C’est très intuitif, bien sûr, et c'est une question d’équilibre», dit-il.Dans La Traductière, la revue du festival de traduction de M.Kancourt, on peut comparer diverses versions traduites d’une même œuvre.La phrase de Marie-Claire Blais dans la dernière strophe des Sommeilleurs, par exemple, qui se lit: «Nous avons notre bonheur clandestin / Enfermé dans nos muscles barbares», devient soit «our happiness is something secret and apart / locked away in the wildness of our thighs», selon les mots de Peter Boyle, soit «our happiness we kept secretly / Cooped up in our brutish bodies» dans les mots de Stewart Conn.Jacques Kancourt ajoute que le traducteur de poésie doit faire preuve d’abord et avant tout d’humilité, de modestie.Cette humilité doit faire en sorte par exemple qu’on n’essaie pas d’enjoliver les passages que l’on juge GROUPE- Renaud- 24 libroiriet-diÜMfflÜifc _ (gariïFâ'Ü au Québec Brav ~ Llbralri, aV (na ni p nu -Ir — NOS MEILLEURES VENTES du 25 avril au 1er mai 2001 1 Roman Qc AOftiÏDf • Le goût du bonheur, t.2 » 5 Marie LABERGE Boréal 2 Romon Qt GiBRIfLLf - te goût du bonheur, 1.1 • 22 Mone LABERGE Boréal 3 B.D.ASICRIX El IAIRAVI6IA Albert UDERZO Albert René éd.4 Roman 3 Paulo COELHO Anne Carrière 5 leuneiie HARRX POIIfR fl LA COUPf Df FEU, 1.4 * 23 Joanne K.ROWLING Gallimard 6 Piychclogie CFSSfZ D'flRf GfNIll.SO/EZ VRAI ! * 16 I.D'ANSEMBOURG L'Homme 7 Guido 4 C0LLEC1IF Michelin 8 ipirilualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI 106 Gill HALE Monise 9 Spot! MICHEL BERGfRON À CŒUR OUVERI 5 Mathias BRUNEI Qc.Amérique 10 Polor DEADLX DECISIONS 4 Kathy REICHS Robert Laffont 11 (liai NO LOGO : La tyrannie des marquei * 3 Naomi KLEIN Leméoc 12 Roman DOLCf AGONIA * 7 Noncy HUSION Actes Sud 13 Humour LES CHREIIENNERIES 30 Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 14 lounene À LA CROISÉE DfS MONDES.1.3 - Le miroir d'ombre » 4 Philip PULLMAN Gallimard 15 Roman LA MUSIQUE D'UNE VIE » 12 Andrei MAKINE Seuil 16 PiycUogio QUI A PIQUÉ MON FROMAGE i1 20 Johnson SPENCER Michel Lafon 17 Polar L'ARGENt DU MONDE, 1.1 & 1.2 9 lean-].PELLEIIER Al ire 18 Psychologie LA SXNERGOLOGIE * 50 Philippe 1URCHE1 L’Homme 19 BD.lUNIQUfS BLEUES N° 44 ¦ L'oreille de Lincoln 3 LAMBIL & CAUVIN Dupuis 20 8.0 ALBUM SPIROU N° 258 3 10ME & 1ANRV Dupuis 2[ B.D.LUCKV LUKE N° 40 • L'artiste peintre 4 MORRIS 8 GROO! Lucky éd.22 Biographie 2 OLIVIER & LESIER l'Homme 23 Nutrition 1 loan-Motie BOURRE Odile Jacob 24 Jeunesse CHANSONS DRÔLES, CHANSONS FOLLES » (Livre & CD) 33 HcnrieHc MAJOR Fides 25 lheàtre Qc 3 BOULANGER s IREMBIiV leméac Récit ON NE PEU1 PAS ÉIRE HEUREUX I0U1 LE 1EMPS * 13 Françoise GIROUD fayord 27 Psychologie À CHACUN SA MISSION * 73 ).M0NB0URQUEI1E Novolis 28 irchilecture LA MAISON AU QUEBEC * 6 Yves LAFRAMBOISE L'Homme 29 Roman Qc UN DIMANCHE A LA PISCINE A KIGALI » 27 G.COURIEMANCHE Boréal 30 Psychologie lEI'AIME.LA VIE * 28 Catherine BENSAÏD Robert Lattont 31 B0 GARFIELD N° 32 - le debut de la foim 5 Jim DAVIS Dorgaud 32 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE * • Ed.compacte - 30 A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 33 Essai Qc LA SIMPLICI1É VOLONTAIRE « 162 Serge MONCEAU Ecosociété 34 Humour JOURNAL D'UN ll-MÉ 2 5 Claude MEUNIER Leméac 35 Romon Qc LÀ OÙ LA MER COMMENCE 5 Dominique DEMERS Robert Lattont 36 Roman FORCES IRRESIS1IBLES 9 Danielle SIEEL Pr.de la Cité 37 Horreur CŒURS PERDUS EN A1LAN1IDE 5 Stephen KING Albin Michel 38 Polar 1 Patricia CORNWELL Calmann-Lévy 39 Cuisine LE LIVRE IN1ERNAII0NAL DES COCKIAILS » 183 Paul RIOUX Héritage 40 Sport GUIDE DES MOUVEMENIS DE MUSCULAIION * 154 F.DELAVIER Vigot 41 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENIPRESENI 31 Eckhart I0LLE Ariane 42 Sc.fiction 2 M.ZIMMER-BRADLEX du Rocher 43 Histoire LA MEMOIRE DU QUEBEC: de 1534 à nos jours 4 lean COURNOXER Stonké 44 Cuisine SUSHIS FACILES * 48 COLLECIIf Marabout 45 Romon 99 FRANCS 32 F BEIGBEDER Grasset V : Coup de coeur RB ¦¦¦¦ 1*'e temairw rur nofre lufe N.B.: Le! didionnoiret el le! Mrei à l'élude ion! exclu» t Nombre de semaines depuis paruiion Consultez notre palmarès hebdomadaire dans toutes nos succursales ! Pour commander à distance S (514) 342-2815 www.renaud-bray.com N" 178 MAI-JUIN plus faibles.«On les traduit, on les apprivoise», dit-il.C’est indispensable «si on veut que le lecteur reçoive le poème à travers la traduction».Deux extrêmes Chez les traducteurs de poésie, il y a deux extrêmes, dit-il.Il y a les traductions très littérales, que les poètes traduits préfèrent souvent, et il y a l’interprétation.Selon Rancourt, le traducteur doit tenter, dans sa propre langue, de coller le plus possible au rythme du poème original.«Chaque vers entraîne le suivant, plus ou moins long, plus ou moins court.Il y a une interdépendance qui est fondée au moins autant sur le rythme et la musique que sur le sens.Le sens est presque donné de surcroît», dit-il.En général, on traduit vers sa langue maternelle.La connaissance intime qu’ont les traducteurs des mots fait en sorte qu’ils risquent moins de commettre des erreurs de connotations, par exemple.La poésie européenne, même la poésie contemporaine, a une forme plus classique que la poésie d’Amérique, dit Rancourt.Les Nord-Américains ont vu passer la beat generation, le jazz, des courants qui ont modifié leurs façons d’écrire.«Si vous traduisez un poète comme Robert Creeley, par exemple, il y a une partie de ses poèmes qui ne peut être bien traduite qu’en québécois.On y trouve des jurons, une façon de sacrer.Et, à l’intérieur du poème, il y a des raccourcis, des “insides jokes”, propres à l’esprit nord-américain.» De la poésie irlandaise, par ailleurs, Rancourt relève une constante très terrienne, où le paysage est souvent présent.«Il y a toujours un mystère ou du sacré» dans cette poésie, note-t-il.Sans s’alourdir avec des considérations politiques, les poètes irlandais montrent «une volonté de rester sur le territoire de la poésie et de ne pas mentir», dit Rancourt, donnant à titre d’exemple Thomas Kinsella.Au hasard des rencontres, des connivences, des complicités se tissent entre les poètes, qui peuvent ainsi former des tandems.Cela a été le cas pour Jacques Rancourt et John F.Deane, qui se sont découvert des affinités malgré leurs identités distinctes.«Pourtant, on n’écrit pas de la même façon.Lui a une écriture plus terrienne et plus religieuse», dit Rancourt.Cela a aussi été le cas pour Jacques Brault et E.D.Blodgett.Transfigurés, ils ont écrit ensemble un seul et même recueil, bilingue, pour notre plus grand bonheur.DEUXIÈME MARCHÉ FRANCOPHONE DE LA POÉSIE Du 10 au 12 mai Place Gérald-Godin A Montréal VIENT DE PARAÎTRE CLAUDE BERTRAND Dialogue avec Le Sophiste de Platon « Le royaume des apparences ou des ombres est un passage nécessaire pour arriver à la vérité.» BERUN Berlin chantiers, en soi, est un aboutissement SUITE DE LA PAGE D 1 l’écouter parler du datif allemand avec affection), les phrases n'arrivent tout simplement pas à se former dans sa bouche.«C’est un blocage, constate-t-elle, Je n'y arrive pas.» Un divan pourrait sans doute permettre de mettre au jour les racines de cette incapacité.C’est du reste ce que constitue l’essai Berlin chantiers, qui vient de paraître chez Stock.Le livre s’ouvre sur cette affirmation: l'allemand, c’est, inconsciemment, la langue de l’ennemi, la langue d’Auschwitz.«De temps à autre, écrit Robin, des rires gras, un “Achtung! Achtung!” dans le métro, des policiers avec des bergers allemands, des “petits riens” qui donnent la chair de poule.» Malgré tout, précise-t-elle, «je me sens bien à Berlin.J’y suis rarement triste.Alors qu’à Paris.» Le deuil Ne pas oublier.Mais, au moins, faire le deuil.Voilà le mot clé du rapport au passé proposé par Régine Robin après d’autres, telle Nicole Loraux.Robin, s’inspirant de Freud, ainsi que d’Alexander et Margarete Mitscherlich, explique cette voie.Un homme perd un être cher.Le deuil réussi, dans ce cas, conduira à la «perlaboration», la cicatrisation en quelque sorte.«Le souvenir de l’être perdu, l’attachement pour lui demeure.Mais la vie, éventuellement, peut continuer.» Sinon, deux impasses sont probables.La première, c’est «l’inconsolable»: l’être plongé dans la mélancolie qui n’arrive pas à faire le deuil.Alors, «la vie ne peut pas continuer», au sens figuré mais souvent aussi au sens propre: le suicide.Ce sera le destin de ce pauvre Ernst, ami photographe auquel Régine Robin rend ici hommage, qui ne pouvait souffrir le passé nazi de sa famille et qui a choisi d'en finir.Autre impasse: l’oubli, la dénégation, le refoulement.Mais «il n’y a jamais de table rase, insiste Régine Robin.Le propre du refoulé, c’est d’effectuer des retours!» Evidemment, la vie est plus complexe que la théorie, surtout quand on transpose celle-ci sur le destin des collectivités.Il n’y a rien de parfaitement noir ou blanc.Tout est gris.Le tiraillement entre mélancolie et oubli fonde pourtant des tensions bien réelles.Surtout quand il s’agit d’événements comme la Shoah ou la période du régime nazi, «ces douze terribles années».Dans ce cas, avoue Robin, le deuil s’avère pratiquement impossible.Que peut donc signifier ici, concrètement, la vergangenheitsbewalti-gung, «ce mot d'un kilomètre de long» souvent traduit par «maîtrise du passé»?Une utopie, bien sûr, mais, insiste-t-elle, «il y a toutefois quelques réussites», notamment dans les contre-monuments.Elle mentionne par exemple le nouveau Musée juif de Berlin, construit par Daniel Libeskind: «Ily a là une tentative de construire un immeuble éclaté, brisé, figurant matériellement l’absence, le vide de ces milliers de juifs allemands qui manquent.C’est quand même très fort!» Aboutissement Berlin chantiers, en soi, est un aboutissement.L’auteure elle-même l’affirme.On pourrait ne pas la croire, mais la lecture le confirme.Régine Robin montre ici une pleine maîtrise du genre littéraire qu’elle invente de livre en livre depuis une vingtaine d’années, un genre aux frontières de l'essai et de la littérature.Dans Le Roman mémoriel: de l'histoire à l’écriture du non-lieu (Éditions du Préambule.1989), elle déclarait: «il me semblait que tout un pan du réel ne se donnait que dans la littérature».Une bonne partie de son œuvre, depuis la fin des années 70, vise a fondre, sans les confondre, le genre de l’essai historique classique et celui des récits, cherche à explorer les interfaces entre petite et grande histoire.«Berlin chantiers, c’est le résultat de dix ans de travail», explique Robin.C’est aussi une ambition maîtrisée, dont l’essentiel repose sur plusieurs niveaux de déambulations.Promenade dans les intenses débats historiographiques, d’abord; dans le choc entre les générations allemandes au sujet du passé ensuite et dans la fameuse «querelle des historiens» qui, en Allemagne, opposa notamment Nolte à Habermas.Flânerie, aussi, dans la littérature postcommuniste ensuite, celle empreinte d’un paradoxal «blues du Mur».Cela, sans jamais quitter Berlin, son passé, son présent, ses rues, ses places, ses habitants, ses métros à ciel ouvert qui trouent parfois majestueusement le brouillard.Tous chemins qui mènent à un lieu précis: la fiction.En effet, Berlin chantiers se termine, voire culmine, sur une petite nouvelle touchante à propos d’une femme juive qui ouvre, dans la partie est de la capitale réunifiée, une boutique de brocante où elle vend des papiers, des cartes postales, autant de traces du passé.«Cette chiffonnière, c’est beaucoup moi.Mais en me donnant une nouvelle identité, fictive, je peux renouer les fils tendus dans le reste du livre.» Tous les thèmes de ce livre riche réapparaissent soudain.Et l’on se dit que l’écheveau de la mémoire et de l’oubli, aujourd’hui, nécessitait sans doute un nouveau type d’essai historique.Celui-ci, forgé par une «raison sensible» (pour reprendre les termes de Michel Maffesoli), Régine Robin semble bien avoir réussi à le mettre au jour.BERLIN CHANTIERS Régine Robin Stock, coll.«Un ordre d'idées» Paris, 2001,450 pages BEAUX LIVRES / Ecrire au café Dialogue avec Le Sophiste de Platon En vente en librairie LES PRESSES PHILOSOPHIQUES Distribution rides CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR La seule évocation de leurs noms, même longtemps après leur mort, suffit à attirer les foules de touristes et de curieux.Bien des géants de l’histoire de l’art et de la littérature ont disparu, mais les lieux qu’ils ont foulés, eux, existent toujours.Ainsi les cafés de Paris ont-ils l’aura des clients prestigieux qui les ont fréquentés.Et un joli ouvrage, publié aux Éditions Plume et intitulé Les Cafés d’artistes à Paris, retrace la mémorable histoire de ces cafés, où s'est souvent joué le cours de l’histoire de l’art et de ses artisans.Le recueil s’ouvre sur Montmartre, bien sûr, celui d'avant l’assaut des touristes, où Geoige Sand et Frédéric Chopin vivent quelques épisodes de leurs amours troublées, et où se rencontrent, au Café Gerbois, les premiers impressionnistes, qu'ils s’appellent Monet Renoir ou Pissaro.C’est dans ces cafés aussi, où Henri de Toulouse Lautrec promène son pinceau gouailleur, que règne cette faune bigarrée que l’on ne voit désormais plus que sur des affiches.L’ouvrage, bien agrémenté de photos, nous présente ainsi la célèbre Goulue, trônant depuis sur une affiche signée Toulouse-Lautrec, ou encore Yvette Guibert, autre muse du peintre, toujours gantée de noir et au sourire affolant Plus tard, les surréalistes ne se priveront surtout pas du plaisir de fréquenter les cafés de Montmartre.Au milieu des années 1920, ils élisent domicile dans un café voisin du Moulin Rouge, le Cyrano, où, «en rangs serrés à la terrasse, ils rédigent des lettres d’insultes aux écrivains et aux peintres à succès, aux critiques de tous bords, ou ils s'entassent dans l'arrière-salle, véritable poudrière, pour tenir leurs assises», écrit Gérard-Georges Lemaire, auteur du texte accompagnant l’ouvrage.C'est là encore qu'André Breton, leader du mouvement surréaliste.procède à certaines excommunications, celles entre autres d’Antonin Artaud et de Philippe Soupault.Les Deux Magots.Mais d’autres quartiers de Paris ont aussi leur étoile.la Closerie des Lilas, de Montparnasse, a son heure de gloire.C’est le poète Paul Fort qui y règne en maître à partir de 1903, en y établissant son quartier général et en y recevant amis et auteurs intéressés à participer à la revue Vers et prose.Plus tard, encore, le lieu sera un véritable rendez-vous culturel cosmopolite, point de chute privilégié pour y rencontrer Ernest Hemingway ou Tristan Tzara.La chronique des cafés d’artistes de Paris serait évidemment incomplète sans Saint-Germain-des-Prés et, surtout peut-être, le célèbre Café de Flore, construit en 1885, sur l’emplacement d’une ancienne abbaye.Entre ses murs «gris et crasseux» s’est réuni durant des an- MARTIN H.M.SCHREIBER nées le gratin de l’intelligentsia parisienne, à commencer bien sûr par Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, entre autres habitués notoires de ce lieu de culte.Le livre est une sorte de balade dans la prestigieuse histoire artistique de Paris, en compagnie de ceux qui l'ont faite, et dont on livre, entre deux photos ou deux anecdotes, des citations savoureuses.CAFES D’ARTISTES DE PARIS Textes de Gérard-Georges Lemaire et photos de Martin H.,M.Schreiber Éditions Plume Paris, 2001,176 pages Dossier : Jacques Derrida, PENSÉE DE L’AUBE DIRIGÉ PAR Ginette Michaud et Patrick Poirier Abonnement : Express Mag, Tél.: (514) 355-3333 - sans frais : 1 800 363-1310 - expsmag@expressmag.com - www.expressmag.com/ 7 4 K WÊÊÊÊÊtÊÊÊÊË l) K VOIR A M K I) I Livres ROMAN QUÉBÉCOIS Un père à tuer L 1 T T É K A T U R K QUÉBÉCOISE \ A coups de pelle L’INEVITABLE Jean-Paul Roger XYZ, collection «Romanichels» Montreal, 2001,200 pages Je l’avoue: ce livre est l'un des plus durs que j’aie lus, tous genres et styles confondus.Il y a dans L'Inévitable des passages tellement durs, racontés si crûment, que leur lecture est à la limite du soutenable.Et pourtant, on pourrait n’avoir affaire qu'à une histoire familiale comme il y en tant dans les fictions au cinéma, à la télé ou dans les romans.Mais peut-on seulement parler de famille, ici?On dirait plutôt un clan fermé, hors du monde.Quatre personnes, deux adultes et deux jeunes garçons, soumis à la tyrannie absolue de l’un d’eux, le père, une brute répu- « gnante et vulgaire.Il a possédé la mère, puis viendra le tour de ses deux fils, inévitablement.On n’échappe pas à cet homme, quoi qu’on tente.On ne peut espérer que de brefs répits pendant son absence, ou souhaiter qu’il s’acharne sur les autres plutôt que sur soi.Dans ce huis clos infernal, mère et enfants n’ont que le choix de leurs pertes.La mère, pour protéger son premier fils — et s’assurer qu’il n’aura droit, lui, qu’à des coups —, sacrifie le deuxième que, de toute façon, elle n’a jamais désiré, comme en fait foi une des scènes du tout début du roman, saisissante, où elle rejette avec dégoût le sexe du petit enfant de cinq ans.Cette femme se fabrique peu à peu, patiemment, un mépris pour ce deuxième enfant.Elle le prive même de son prénom: Paul se fait appeler connaître» — car il a le défaut d‘être curieux de tout et de dévorer une encyclopédie — ou -babines de suceux».On devine à ce dernier surnom que la mère sait fort bien ce qui se passe entre son mari et Paul.Cela, qui a commencé quand celui-ci avait à peine sept ans, et qu'il raconte dans ce roman, ce cauchemar qui va durer lui-même sept ans, le temps de tuer la première enfance, jusqu’à la fin du livre.Paul retrace le long parcours de son asservissement aux plaisirs du père, cet homme immense, si fort, dont le corps lui répugne, l’effraie, le subjugue.Cet homme qui n’est que cela, un corps — et un maniaque: gare à la façon dont on lui prépare ses sandwichs.-Coincé entre l’oubli maternel et l’amour paternel», entre cette mère qui l’épuise et ce père qui le vide, Paul a parfois mal.Il a honte de prendre plaisir aux jeux pervers que lui impose son père.Par là, il se l’attache, il n’est pas mécontent du désir qu’il suscite.En grandissant, par compulsion, il s’adonne à une frénésie de dépense sexuelle.Il est devenu ce que son père espérait de lui: une infatigable machine-objet de plaisir.A l’école, il sera fidèle à ce qu’on attend de lui, classé parmi les «poches» mais mal accepté par ceux-ci, qui le trouvent trop «nerd» à leur goût La solitude de ce garçon est totale.Il va croiser une jeune fille, observer certains camarades, incapable d’imaginer avec eux des rapports autres que sexuels.Pour s’évader de cette prison que son père lui a faite, il ne lui reste que l’imagination, qui lui permet de parcourir une nature merveilleu- loan-Paul Kouci Robert C h a rt r a n d «le smat», «le fendant», «M.Tout se où les arbres et les pierres le comprennent, des jeux avec les mots, ou encore des conversations avec un personnage qu’il s’est inventé, Trois-Mots.Quand il le peut, il se cache dans un trou qu'il a creusé dans la terre et rêve tranquillement.Seule cette inhumation lui procure du repos.Jean-Paul Roger ne s’en cache pas: il a lui-même été un enfant battu et violé.Il en est fait allusion au dos du livre, et dans les remerciements qui lui servent d’avant-propos.Roger en a d’ailleurs témoigné, avec d’autres, dans le film de Michelle Desaulniers, Plaisir honteux, et on sait qu’il participe au CRIPHASE, nom dom-mé au Centre de ressources et d’intervention pour hommes abusés sexuellement dans leur enfance.Ce qu’il raconte dans ce roman, note-t-il, «ce n’est rien comparé à ce [qu'il a[ vécu».Il y a donc eu pour lui, de toute évidence, un exercice de catharsis dans l’écriture de ce roman, dont on ne peut que souhaiter qu'il lui a été utile.Mais j'oserais dire que cette dimension autobiographique importe peu pour les lecteurs, si ce n’est qu’elle peut susciter leur empathie.Ce qui compte avant tout, c’est que Jean- Paul Roger a su faire de cette expérience un livre, un authentique roman.Cette enfance broyée, dont certains épisodes ont peut-être été vécus tels quels, est écrite.Elle est donnée à lire.Ce personnage de garçon raconte sa survie au jour le jour, faisant alterner les faits et les fantasmes.lx*s scènes de sexualité brute, de violence — c’est la part insoutenable — sont nombreuses, mais elles forment avec d'autres, plus sereines, un lieu d’écriture bien plus que matière à voyeurisme.Ce garçon «trop jeune pour ce genre d’aventures d’amour et de massacre» — mais y a-t-il un âge pour cela?—, Roger en a fait un veritable personnage et de son aventure, un récit.Au début d'un chapitre, il peut y avoir une phrase, toute simple, et qui fait craindre le pire: «Aujourd’hui c'est vendredi, ma vie se complique.» Il y a ainsi, tout au long du livre, des juxtapositions étonnantes, qui disent bien le désordre dans lequel se débat le jeune narrateur.Autre exemple: «Quand je promets à mon père de lui être fidèle, ma voix change.Je deviens n'importe quoi.Ma mère dit que je mue.» Peu nombreuses mais tout aussi remarquables, certaines assonances ou allitérations, des métaphores — notamment à propos du phallus du père — disent, au delà des simples jeux de mots, que nous sommes ici engagés avec ce personnage dans une quête éperdue de sens.Celui-ci récite même un Notre-Père blasphématoire, nécessaire dirait-on, où s’inscrit tout son désespoir: «Tu ne m’as pas aimé, tu n'as pas répondu à mes prières, tu es vraiment Dieu.» L’homme qui a écrit ce livre, s’il a cherché à panser ses blessures, a également su céder la place à l’écrivain.robert.chartrandS @sympatico, ca LITTÉRATURE FRANÇAISE Amour métaphorique NAIM KATTAN Journaliste, éditeur et critique littéraire, Jean-Paul Enthoven publie un roman, Aurore, une histoire d’amour ou, plus précisément, le récit d’une passion.Le narrateur, sans autre occupation que la vente des tableaux hérités de son père, fait, lors d’un dîner mondain, la rencontre d’une femme: Aurore.Il a la conviction que c’est elle qu’il attend depuis toujours mais c’est cependant elle-même qui prend l’initiative de la suite.Elle lui donne un rendez-vous et lui propose de passer la nuit dans une chambre d’hôtel.L’homme vit sa passion, part en voyage avec elle en Italie.Tout en répondant à son amour.Aurore tait tout sur son passé.Puis, un matin, après une nuit d’amour dans une chambre d’hôtel, elle disparaît sans laisser d’adresse.Désespéré, il obtient du concierge de l’hôtel le numéro de téléphone qu’elle avait demandé.La correspondante porte le nom d’Angelica.Elle le connaît et souhaite le voir.Elle habite une grande maison à Saint-Cloud où elle organise des dîners, des rencontres.Bref, elle est tout simplement une maquerelle de luxe et Aurore est l’une de ses filles.L’homme tombe de haut, mais sa passion demeure tout aussi irrésistible.Il finit par retrouver la disparue.Elle a les yeux bandés et le reçoit comme un client parmi d’autres.Elle lui propose de reprendre leur relation après avoir découvert qui elle était mais il décide de la quitter et elle disparaît encore une fois sans laisser de traces.Les personnages de ce roman sont des ombres.On sait qu'Au-rore et Angelica sont des Polonaises et que la jeune fille fut maltraitée par un père autoritaire.Le narrateur a lui aussi souffert de la rigidité de son père.Aussi dépense-t-il inconsidérément son héritage car il se sent coupable de l’avoir reçu.Ni l’un ni l’autre ne perdent pour autant leurs allures de fantômes.Le roman est écrit avec application et est rempli de remarques philosophiques, de réflexions sentencieuses sur l’amour.Une autre lecture de ce roman semble possible.L’auteur fait allusion au mythe d’Orphée.Son livre pourrait être pris pour une fable qui rejoint la légende.Comme ses personnages, l’homme et la femme de cette légende se regardent et se reconnaissent dans un miroir.Ils s’engagent dans une passion forcément tragique car l'amour est lié à la mort.Inconsciemment, ils vivent au cœur de l’enfer et leur bonheur éphémère n’est qu’une illusion qui s’évanouit dès que la conscience prend le dessus.AURORE Je^n-Paul Enthoven Editions Grasset Paris, 2000, 218 pages "LIBRAIRIE D'OCCASION” il I.IVRI-: VOYAGEUR unes u ms tonies IQUT-rcifTE-SMVItt À DOKICIIE-ÉYUUATION 3547 RUE SHAH, ANGLE CfiTE-DES-NEIGES MÉTRO CfiTE-DES-NEIGES H3T1P5 BRUNO LALONDE 514.708 0999 LIBER Laurent-Michel Vacher Une triste histoire et autres petits écrits politiques Laurent-Michel Vacher Une triste histoire et autres petits écrits politiques 180 pages, 20 dollars Romanichels Le grand voyage au pays des tritons, dans la Ville des vrilles.Denis Theriault SOPHIE POULIOT Qui dit la maison d'édition Les .Allusifs dit, bien entendu, romans courts, mais aussi, chose plus importante encore, réflexions sur le destin.C’est du moins à cet exercice que sont consacrés les quatre ouvrages déjà publiés par cet éditeur québécois.La vie, la mort, le cours que prend une vie ou celui qu’elle aurait pu prendre en d’autres circonstances sont les sujets de prédilection abordés par les auteurs de cette maison.Tète de pioche, d’André Marois, emprunte aussi cette voie, mais de façon abrupte et dérangeante.Dans ce roman, la violence et la désillusion déstabilisent, attristent mais, surtout, suscitent la réflexion.Qu’est-ce qui a bien pu faire de ces enfants des êtres sanguinaires, sans foi ni loi?Dans l’espoir de réhabiliter les mineurs inculpés de crimes graves.l'Etat a décidé de leur éviter la prison pour adultes tout en leur infligeant une peine qui.croit-il, les dissuadera de revenir à la criminalité une fois celle-ci purgée.Dans un sol désertique, ces jeunes criminels creuseront donc des trous.Des trous, des trous et encore des frous.Sans savoir à quoi ces cavités serviront, les criminels à barbe naissante savent seulement que le travail abattu la veille sera à reprendre le lendemain, le surlendemain, et ainsi de suite, ad nauseam.Dans l’exécution de ce châtiment digne du supplice de Pro-méthée, les creuseurs sont armés de pelles et de pioches.Armés, en l’occurrence, est bien le terme approprié car, dans les mains de ces tueurs d’âge pubère, ces instruments deviennent rapidement les pièces détachées d’un arsenal meurtrier.Et la haute surveillance dont on les entoure sera impuissante à éviter le fratricide au sein de ces compagnons de peine.Il peut être malaisé de comprendre que, pour certains individus, enlever la vie d’autrui puisse être un geste quasi naturel et sans réelle conséquence — si ce n’est judiciaire —, mais ce l’est encore plus de constater que de tels raisonnements puissent voir le jour dans le tout jeune esprit d'un être humain à l’orée de l’existence.Car jamais la conscience de ces tueurs n’est torturée par leurs gestes.Cette indifférence face à ce que plusieurs, dont les judéo-chrétiens, appellent le Mal n’est pas sans ébranler le lecteur.Malgré tout, sans qu'il les trouve attachants, ce dernier en viendra à sympathiser avec quelques-uns de ces jeunes criminels car la narration, omnisciente, voyagera d'un esprit à l’autre, permettant ainsi de suivre les méandres de la pensée chez plusieurs des personnages.Néanmoins, le narrateur se révélera avare de détails.Ainsi, si certains attentats au sein du groupe de malfrats trouvent une explication — quoique la futilité des motifs ayant entraîné un geste aussi extrême laisse chaque fois abasourdi —, d’autres resteront nébuleux.De même, certains pourraient se montrer insatisfaits des portraits qui sont tracés des prisonniers.Par exemple, les délits qu’ont commis les délinquants pour être détenus dans un camp de réhabilitation ne sont presque jamais mentionnés.On ne sait, en définitive, que très peu de choses à leur sujet, ce qui tient laisser le lecteur sur son appétit.En fait, on souhaiterait que le roman soit (ilos long.dans la mesure où ces pages supplémentaires serviraient à donner plus de détails sur l’histoire et non nécessairement à la prolonger.Quoi qu'il en soit, l’ouvrage d’André Marois n’est certes pas une œuvre inachevée.Elle est complète en soi, plutôt réussie même; seulement, un désir subsiste d’en connaître davantage sur ces êtres presque inhumains et pourtant si réels qui se décapitent mutuellement à coups de pelle et de pioche.Des individus qui, malgré leur brutalité, ou [H'ut-ètre à cause d’elle, fascinent TÊTE DE PIOCHE André Marois Les Allusits Montréal, 2001,101 pages GUIDES €> VOIR L'ITALIE façon ES VOIR GUIDES < >VOIK Italie xKCiirm rt k KOMI \>\ >1 Florence tl Toscane l’KOMfVADi- Æ » Visn» I.OSMKV W fl» L •j» -p».» HH H< > O i s, fs || tfar fifmmrn Visrres ^ Sncyi Hôtels AHcnmfcnwi «a*.__Pians.Mi >m smi Ms * Florence et la Toscane 29,95 $ Dans I A Ml Ail COU KC I ION : Naples Pompéi et la côte amalfitaine 29,95 $ Sicile 29,95 $ Sardaigne 29,95 $ Venise et la Vénétie m7s77> fôTPl Venise et la Vénétie 29,95 $ libre IExpression-1 I E i) K V OIK.LES S A M E I) I 5 ET I) I M A X (HE 6 M Al 2 0 01 I) I •*" Livres ¦» Eloge du ESSAIS QUÉBÉCOIS comptable indigné CONTES ET COMPTES DU PROF LAUZON Le néolibéralisme dénoncé net, fret sec ! Léo-Paul Lauzon lanctôt Editeur Montréal, 2001,248 pages Alors que la plupart de ses collègues, experts en comptabilité, font office de «peddlers d'abris fiscaux» spécialisés dans les «petites combines pour riches avertis», Léo-Paul lauzon consacre plutôt ses lumières à la dénonciation de l’injustice sociale et au combat en faveur d’un système économique équitable.Qualifié de bouffon par des propagandistes à la Claude Picher qui n’apprécient pas tellement qu’un connaisseur vienne éventer, chiffres à l’appui, leurs sornettes, l’impétueux comptable de l’UQAM ne s’en laisse pas imposer.Vulgarisateur hors pair (il n’a rien à cacher, lui), Lauzon est une sorte de moraliste des temps modernes qui traque inlassablement les exploiteurs déguisés en philanthropes.Au ronron procapitaliste sauvage du patronat et des pages économiques de nos journaux, il oppose un véhément discours social-démocrate: «Marx n'a jamais été pour le marché, que je sache! Alors que moi, j'ai toujours dit que je ne suis pas contre le libéralisme économique, en autant qu'il soit accompagné d'une justice sociale digne de ce nom.J'admets une certaine inégalité économique, en autant que l’on assure à toutes et à tous l'accessibilité universelle aux biens et aux services sociaux premiers.» Dans Contes et comptes du prof Lauzon, un recueil de 51 chroniques parues dans plusieurs journaux et revues communautaires, le comptable indigné met à contribution toute sa verve, son humour et ses connaissances afin de déculotter les grands prêtres, fort nombreux, du capitalisme québécois.Toutes les couleuvres de l’offensive néolibérale y passent, à commencer par le mythe des entreprises étouffées par les impôts.Lauzon, qui a consacré de multiples études empiriques à ce sujet, se scandalise que l’on puisse continuer de colporter cette imposture.En additionnant le recours aux abris fiscaux, les impôts reportés (à perpète) et les stratagèmes d'évasion fiscale, les 800 entreprises canadiennes les plus importantes contournent le taux statutaire de 46,6 % et s’en tirent avec un taux réel d’impôts payés, en 1999, de 10,2 %.Pire encore, plusieurs d’entre elles obtiennent même un remboursement fiscal! Assister, ensuite, au triste spectacle de la fausse générosité offert par les dirigeants de ces «sangsues de l’État» au moment d’une guigno-lée annuelle a de quoi lever le cœur: «Pour les entreprises, l’exploitation de la pauvreté est devenue partie prenante de leur stratégie de marketing.» Le culte des privatisations tous azimuts passe aussi dans le tordeur Lauzon.Partisan acharné des services publics sur lesquels les affairistes tentent de faire main basse, Lauzon s'en prend, entre autres, à Sylvain Vaugeois, «ce gogo-boy de salle paroissiale», qui a proposé l’instauration d’un REER-santé (et la construction d’hôpitaux privés) afin d’ébrçcher le caractère universel du système public.«Étant donné, constate Lauzon, que les trois quarts de la population ne peuvent déjà pas contribuer à un RÊER», il est facile de conclure au caractère profondément injuste et dangereux d’une semblable proposition, dont l’application laisserait sur le carreau la vaste majorité des gagne-petit.Une mécanique néo-libérale Que penser, maintenant, des pressions en faveur de la privatisation de la SAQ {«une véritable mine d’or») et d’Hydro-Québec?La collectivité braderait ses joyaux, ses vaches à lait, et en tirerait profit?Comment se fait-il que des idées aussi farfelues par- Lo u is Cornellier ?Contes et comptes du PROF t éo-PaulLauzon Chroniques viennent à paraître pertinentes?Selon Lauzon, il existe une sorte de «mécanique néolibérale» d’avancement des idées: un «pantin» (genre Sylvain Vaugeois) émet d’abord une idée; celle-ci est relayée par une figure d’autorité intellectuelle (Pierre Fortin, par exemple), diffusée par les médias et finalement adoptée par un politicien.Voilà l’opération crédibilité bouclée et la dissidence muselée.Quand, en effet, le parti au pouvoir et l’opposition s’entendent comme larrons en foire pour se mettre au service des affairistes, quand les faiseurs d’opinions économiques discutent de l’accessoire sans jamais remettre en cause l’essentiel d’une vague de fond néolibérale, quand même les syndicats dorment au gaz (adhésion naive au dogme du déficit zéro, implication du Fonds de solidarité de la FTQ dans la relance des Expos), quel espace de débat reste-t-il aux véritables sociaux-démocrates devenus orphelins politiques?Lauzon s’insurge contre cette idéologie qui fait passer des palabres consensuels pour des débats: «Que voulez-vous, moi, je pense qu'il n’y en a pas de débat! On a pris le virage ambulatoire sans débat.On a décloisonné les institutions financières sans débat.On va privatiser l'eau sans débat.» C’est un homme libre qui parle, un homme qui refuse «de travailler sur [son] enfant intérieur plutôt que de dénoncer les injustices», ainsi que nous y invite l’insignifiant culte de l’individualisme contemporain.Parce que le carriérisme lui est étranger, parce qu’il a choisi, une fois pour toutes et réellement, le camp des «53 % des gens [qui] gagnent moins de 20 000 $ par année au Québec», Léo-Paul Lauzon ne donne pas dans l’euphémisme.Le doigt sur la gâchette polémique, il ne craint pas d’égratigner des hommes d’influence.Parmi ses victimes, on compte, sans surprise, Jean Charest, chef du «Parti libâral du Québec» devenu «une succursale du Conseil du patronat», l’animateur Jean Lapierre, l'économiste Pierre Fortin, le gestionnaire et idéologue Stephen Jarislowsky, André Bérard mais aussi Pierre Bourgault (pour cause d’antisyndicalisme occasionnel), Gérald La-rose (accusé de mollesse), la plupart des commentateurs économiques (ceux du Devoir y compris), Jacques Parizeau et, surtout, Bernard Landry, servile mécène des entreprises rentables.Cynique à l’endroit des affairistes et de leurs acolytes, Lauzon, malgré ce que son ironie mordante peut laisser croire, reste un homme d'espoir et d’engagement Sa parole mobilisatrice et roborative fouette le sang et nous invite à inventer, à rebours des débilitants modèles états-unien, néo-zélandais, irlandais, albertain et québécois inc., un espace économique à même de rendre leur dignité aux hommes et aux femmes d’ici.Pour cela, le prof Lauzon mérite qu’on lui rende grâce.louiscornellier@parroinfo.net I) OCUMENTS Souvenirs et morale du Tigre LOUIS CORNELLIER T eune journaliste sportif au I journal La Presse, Mathias Ifrunet est une sorte de Réjean Tremblay en herbe.Surtout versé dans l’analyse du hockey professionnel à la petite semaine, il s’intéresse aussi aux coulisses de cet univers dans des ouvrages très commerciaux qui s’adressent essentiellement aux amateurs de sports de salon.Dans Michel Bergeron à cœur ouvert, Brunet prête sa plume à celui que le journaliste Marc Lachapelle, il y a plusieurs années, a surnommé «le Tigre».Ex-entraîneur des Nordiques de Québec et des Rangers de New York, Michel Bergeron, aujourd’hui commentateur sportif, est une sorte de Rocky Balboa du «coaching» québécois.Joueur de hockey médiocre dans les rangs juniors, tx-tite peste agressive sur la patinoire, Bergeron s’improvisera finalement entraîneur et gravira les échelons jusqu’à la Ligue nationale de hockey grâce à sa fougue.C’est lui, par l’entremise de Brunet, qui nous raconte sa vie.Entraîneur à l’ancienne, c'est-à-dire plus «motivateur» que tacticien, Bergeron est presque une caricature du «gars de sports» nord-américain.D’origine modeste, dur mais sensible, homme de parole qui glorifie le «respect», enivré par le goût de la victoire, il rêve de se promener en Cadillac blanche (c'est de son époque) et passe d’interminables heures à jaser dans les restaurants avec des «hommes de hockey».Bien sûr, son épouse, qui «est responsable de la maison et des dépenses», a aussi droit aux compliments d’usage.Les vrais de vrais donc, ceux que Molson aime saluer, apprécieront certainement ce beau bouquet de souvenirs racontés, Morale hollywoodienne à trente sous et sentimentalisme viril cucul jusqu’à l’os ! comme on dit, assez rondement.Nostalgique quand il évoque ses belles années à la barre des Dra-veurs de Trois-Rivières, Bergeron devient carrément fébrile à l’heure de ressusciter la grande rivalité Canadien-Nordiques des années 1980.J’ai revécu, en lisant ces pages, certains des plus beaux moments sportifs de mon adolescence.Fan éperdu du fleurdelisé, je priais presque pour que mon équipe batte ce Canadien arrogant et tant détesté.Aussi, quand Bergeron parle de la puissante émotivité qui transportait le Québec à cette époque, je me souviens de ma propre histoire avec attendrissement.Voilà, assurément, la principale utilité de ce genre d’ouvrage.Les Nordiques, depuis, sont morts.Le hockey professionnel s’enlise rapidement dans une logique de surmarchandisation qui le détruira à court terme.Bergeron a fait des crises de cœur.J'ai, quant à moi, un peu vieilli.Je ne prie plus jamais.devant un match de hockey.Le culte de la victoire à tout prix me lève le cœur et la violence sportive itou.Aussi, le témoignage de Michel Bergeron recueilli par Mathias Brunet m’a souvent irrité.Dieu que ces deux-là manquent totalement d’esprit critique! Dieu qu'ils sont pitoyables avec leur morale hollywoodienne à trente sous et leur sentimentalisme viril cucul jusqu’à l’os! Va, donc, pour les beaux souvenirs, mais le Tigre et son acolyte peuvent bien garder pour eux leurs leçons de vie pour adolescents attardés.MICHEL BERGERON À CŒUR OUVERT Mathias Brunet Ed.Québec Amérique Montréal, 2001,320 pages ESSAI Face à l’injonction de consommer DAVID CANTIN Comment réagir face au désir insatiable de la consommation quotidienne, de l’achat à tout prix, au même titre que cette proipesse trompeuse qui fait rêver?A vrai dire, René Lapierre n’a pas l’intention d’argumenter.Il oppose plutôt une parole différente à «la loi concurrentielle du toujours-plus».L’Entretien du désespoir fait entendre la voix d’un poète qui interroge, d’un polémiste qui ose se laisser séduire par «la consécration du rien dans la langue du vent, de l'herbe et de l’eau».Et si, en quelque sorte, la lenteur venait précisément bousculer un peu nos habitudes les plus graves.Il ne faudrait surtout pas croire que cet essai cache une série de poèmes en prose.Comme l'indique son titre, L'Entretien du désespoir trace un portrait de l’affolement actuel.Il ne s’agit pas simplement de dénoncer.L’exercice serait trop facile et l’humour y trouve aussi son compte.Toutefois, René Lapierre s’inspire de cette démoralisation grandissante afin de combattre le processus de «désidentité» qui s’opère au sein des échanges culturels les plus fréquents.Il s’attaque à un système insurpassable en le parodiant.11 utilise les slogans, les marques, ces «maximes forgées par les cadres corporatifs», afin d’en révéler le vide aberrant.Le poète va même jusqu'à proclamer: «Beauté morte de beauté, morte de hâte, morte de peur.» Qu’est-ce qui force l’individu à entretenir un pareil rapport au désespoir, à la souffrance, à la déception?Un réflexe qu’on a déjà oublié, une quête qui commence et se termine dans la surconsommation la plus asservissante.Que faire alors du bien inutile, de l’obsession virtuelle, de ce quelque chose qui dépasse notre propre envie?Lapierre attaque de plein fouet ce qu’il dénonce, ce qui l’inquiète de manière récurrente.Il se demande à quel point la publicité en est venue à banaliser la déception du consommable.L’individu doit se soumettre à une vision marchande de l’humain et du vivant, comment peut-il dès lors défendre un rapport valable face à une quelconque culture valide?La position situationniste de La- RENÉ LAPIERRE L'ENTRETIEN DU DÉSESPOIR LES HERSES ROUGES t ESSAI pierre n’est pas sans rappeler l’engagement d’un Guy Debord, qu’il cite à juste titre.D s’inspire aussi de l’image de Daisy Buchanan qui sanglote en contemplant «la cascade soyeuse des chemises que Gatsby, dans son impossible désir, entassait pour elle sur une table en bois».IA où le plaisir et le renoncement se rencontrent de la manière la plus brutale.Comme solution, que faire donc?En fait, l’essayiste déploie, au cours des sept chapitres, un besoin de lenteur.Il se glisse dans ce qu’il dénonce pour en extraire autre chose.Une voix sans doute, mais surtout une écriture magnifique dans son art de jumeler la colère au dépouillement.L’Entretien du désespoir doit aussi être autre chose qu’une analyse lourde et encombrante: «N’importe quoi pour n'avoir pas à affronter l’infinissable, le déchirement, ce contretemps de la lenteur: là où le désir se recueille dans le plus petit objet, la plus lente vision, l'insignijiance du non-savoir.Abandon de toute maîtrise, de toute illustration de soi.» Et que dire de cette culture qui se donne bonne conscience.Lapierre propose ici un essai virulent, comme il s’en écrit trop peu dans le monde des lettres québécoises contemporaines.Un livre d’auteur et de penseur en alerte.L’ENTRETIEN DU DÉSESPOIR René Lapierre Les Herbes rouges Montréal, 2001,109 pages L’ESSENTIEL Amour divin RENÉE ROWAN SEUL L’AMOUR COMPTE Pierre G.Van Breemen Editions Bellarmin Montréal.2000,162 pages Ly auteur, jésuite néerlandais i bien connu par ses écrits, poursuit sa réflexion sur un thème central souvent présent dans ses ouvrages: l’amour inconditionnel que Dieu porte à chaque être humain.Maître spirituel, il invite le lecteur à «rester devant Dieu, les mains ouvertes, en attente.Dieu aussi manifeste une grande patience.Après un temps.Dieu peut venir et regarder avec amour tout ce que nous tenons».Il s’agit d’un livre de méditation sur l’amour, la confiance, le respect, le pardon, la joie et la lumière.AU DÉBUT DU NOUVEAU MILLÉNAIRE Jean-Paul II Éditions Fides Montréal, 2001 Dans la collection «L’Église aux quatre vents» vient de paraître la lettre apostolique Novo Millennio Ineunte au terme du grand jubilé de l’an 2000 au cours duquel on a célébré les deux mille ans écoulés depuis la naissance du Christ.Profitant de l’occasion, le pape a invité l’Église à s'interroger sur son renouvellement pour assumer avec un nouvel élan sa mission apostolique, son engagement spirituel et pastoral.LE CHRISTIANISME EN ACCUSATION René Rémond Édiitons Desclée de Brouwer Paris, 2000,159 pages Le sujet est d’açtualité, le thème récurrent.L’Église est souvent prise à partie et a ses détracteurs.Comment corn- Utopia De quelques utopies à l’aube du 3e millénaire sous i a direction ni- Laurent Lavoie l Kl I Ai ! DI Derrick de Kerckhove Après le « désenchantement », on a besoin de croire et d'espérer encore.Depuis cjue le mythe est mort, que par Li suite les croyances se sont effilochées, les utopies les ont remplacés.On fabrique des utopies comme on fabrique des machines ; les unes et les autres s'usent vite.Fernand DUMONT Avec la contribution de : Hakim BEY, Philippe BRETON, Fulvio CACCIA, CRITICAL ART ENSEMBLE, Derrick DE KERCKHOVE, Cédric FABRE et Pascal J0URDANA, FARINE ORPHELINE CHERCHE AILLEURS MEILLEUR, John HANNIGAN, Michaël LA CHANCE, Guy LACROIX, P.Nicolas LEDOUX et Mathieu O'NEIL, Patrice LÉPINE et Eddy MORISSETTE, Alberto MANGUEL, Isabelle RIEUSSET-LEMARIÉ, Lucien SFEZ, Lamberto TASSINARI, Gianni TOTI LES PRESSES DE L’UNIVERSITI Toi.(418) 656-7384 Dominiquc.GingrasÙ pul.ulav LAVAL • LES ÉDITIONS DE L’IQRC Tolcc.(418) 656-3305 st.ca • http://www.ulaval.ca/pul 250 pages • 25 $ prendre ce discrédit?Doit-on y voir les conséquences d’une spiritualité chrétienne souvent obsédée par le péché, par la mort?Crise ou déclin de la foi?La France est-elle devenue païenne?Le christianisme sait-il répondre à des besoins nouveaux?Autant de questions autour desquelles échangent René Raymond et Marc Leboucher.L’auteur conclut en constatant qu’«i7 garde un fond d’optimisme naturel [.] l’humanité a toujours su trouver en elle la réponse à ses problèmes».L’avenir d’une tradition n'a pas dit son dernier mot, estime-t-il.ITINÉRAIRES DE CONVERSION Wesley Peach Éditions Fides Montréal, 2001,327 pages «Cet ouvrage sur la conversion est unique.Je n'en connais pas d’équivalent», écrit Jacques Gran-d'Maison qui, depuis plus de dix ans, accompagne l’auteur au fil de ses travaux de recherche-action-formation.Publié dans la collection «Perspectives de théologie pratique», cet ouvrage est qualifié de remarquable par ceux et celles qui ont déjà eu l’occasion de le Ure.Il s’adresse aux intervenants: pasteurs, enseignants, animateurs, agents de pastorale, évangélistes, témoins, guides et amis.On y trouve un «ensemble de clés précieuses pour le renouvellement de la compréhension, ainsi que pour l’amélioration de la pratique pastorale d'accompagnement» auprès des nouveaux croyants.4 L E DEVOIR, LES S A M E 1» I 5 ET I) I M A N ( Il E I! M A I 2 O O I I) ,1 LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Le labyrinthe des nombres DAVID CANTIN \ A ma connaissance, peu d’écrivains ont réussi à traduire de manière éloquente cette quête d'absolu qui habite la plupart des enfants terribles des mathématiques, Qu'on pense aux excentricités d’Evariste Galois ou encore à la fin tragique en asile de Georg Cantor, le père de la théorie des ensembles.Comme l’explique Apos-tolos Doxiadis dans son premier roman, paru en traduction chez Christian Bourgois: «L'attitude psychologique d’un véritable mathématicien est plus proche de celle d’un poète ou d’un compositeur, c’est-à-dire de quelqu’un qui a affaire à la création de la Beauté, qui recherche l'Harmonie et la Perfection.» Salué en Angleterre par des auteurs aussi prestigieux qu’Olivier Sacks et George Steiner, tout comme certains membres de la communauté mathématique.Oncle Petros et la conjecture de Goldbach n’est pas simplement une curiosité littéraire mais se révèle un véritable tour de force.Le récit est pourtant fort simple.Un jeune neveu demeure intrigué par la brebis galeuse de la famille, un certain Petros que son père et son oncle qualifie de «l'un des plus grands ratés de notre époque».Alors qu’il cherche à en savoir un peu plus, l’adolescent découvrira que ce cher Petros, malgré sa réclusion mystérieuse ainsi que sa solitude austère, était à une époque considéré comme l’un des plus brillants mathématiciens.Ne souhaitant pas voir son neveu courir vers une perte semblable à la sienne, l’oncle lui soumet comme défi de résoudre ce qui est toujours considéré comme l’un des problèmes les plus difficiles de toutes les mathématiques: la conjecture de Goldbach.Pour les curieux, il s’agit de démontrer que tout nombre pair au-dessus de 2 est la somme de deux nombres premiers.A la suite de l’impasse et de la déception de l’élève, on entrera plus profondément dans l'histoire tumultueuse de Petros Papachristos.On apprend que celui-ci a voué une grande partie de son existence à atteindre cette forme «d’immortalité» dont parle G.H.Hardy dans son Apologie d’un mathématicien.Côtoyant des esprits du début du vingtième siècle de l’envergure de Ramanujan, Littlewood et Turing, il travaillera néanmoins sans relâche dans le plus grand secret afin de s’emparer de ce «nirvana des concepts, un paradis poétique ineffable tout à fait inaccessible au vul-gum pecus».Sur le point de découvrir la réponse, Petros, dans son aventure vertigineuse, sera confronté à la thèse de Gôdel: «Et si le théorème de l’incomplétude s'appliquait à son propre problème?La conjecture de Goldbach serait-elle alors indémontrable?» Se situant à mi-chemin entre l’intrigue policière et le roman d’initiation, Oncle Petros et la conjecture de Goldbach peut aussi bien traduire le portrait d’un engouement faustien qu’un canular métaphysique.Peu importe les conclusions finales de chacun (la conjecture est-elle réellement indécidable?), on découvre que la pure pensée mathématique se rapproche de LArt de la fugue de Bach, de l’idéal romantique des frères Schlegel ou encore d’un système philosophique aussi complexe que celui de Husserl.Pourtant, Apostolos Doxiadis, qui possède lui-même une formation en mathématique, présente cette errance intellectuelle dans les contins de la géométrie divine de façon attachante et originale.D me semble qu’il ne s’agit pas dans ce premier roman de ne découvrir qu’une parole véritablement authentique, mais plutôt un univers secret pour la plupart d’entre nous.Derrière ce vaste assemblage de culs-de-sac dans lequel Petros se réfugie, on apprend à connaître la détresse de ses pairs.D’autres, comme Pascal ou Newton, iront même jusqu'à abandonner les mathématiques pour la théologie.On sait toutefois peu de chose à propos de cet auteur qui a grandi à Athènes.Il semble que, dès le plus jeune âge, Apostolos Doxiadis a lui-même voulu suivre les traces de son héros en poursuivant des études savantes en mathématiques.Bien qu'il se consacre désormais à la littérature, Doxiadis a aussi dirigé certains projets au théâtre comme au cinéma.L’éditeur anglais Faber and Faber offre toujours une récompense d’un million de dollars à quiconque résoudra la conjecture de Goldbach.Pour l’instant, on se contentera de découvrir ce livre tout à fait unique.ONCLE PETROS ET LA CONJECTURE DE GOLDBACH Apostolos Doxiadis Traduit de l’anglais, sans mention du traducteur Christian Bourgois éditeur Pâris, 2000,210 pages *• Livres ^ ROMAN DE L’AMÉRIQUE Les ravages de l’ennui ¦ aime beaucoup les ~ fines allusions que monsieur Réginald Martel, de La Presse, dissémine dans ses textes de haute volée.L’art de regler quelque compte obscur en deux coups de cuiller à pot Ainsi, dans le cahier littéraire du 29 avril dernier, il trouve le moyen de brocarder, au passage, des «compatriotes» dont le comportement «imbécile» aurait contribué à faire perdre au Québec encore un peu de terrain à l'étranger.J'avais presque oublié que par ma très grande faute quelques centaines d’écrivains, pour ne pas dire un bon millier, se voient aujourd’hui privés d’un inestimable pied-à-terre bourgeois au cœur de Paris.Ç’a commencé avec un frigidaire qui ne fonctionnait pas trop.L’après-midi, pour me venger, j’ai complètement saccagé le chic studio où je vivais.Après, aaaaaaaaarghh!, je suis descendu dans la rue.Le lendemain, je suis allé poser une bombe à l’entrée de l’hôtel Lutécia, pas loin de là.Et le surlendemain, j'ai ravagé les Invalides à la chain saw avant de transformer en champ de ruines une partie du VII'' arrondissement.Après, je me suis reposé un peu.Et puis, comme je commençais à m’ennuyer, je suis rentré chez moi à Montréal.Heureusement que j’ai été remplacé, avec un empressement quasiment suspect, par une célébrité internationale du nom de Vince Poirier, je crois.Il m'a paru tellement téteux que je ne doute pas qu’il ait connu son petit succès auprès des douairières de la Société des gendelettres (d’ailleurs, il l’a peut-être vue, lui, la fameuse facture que le Keith Moon de la littérature québécoise aurait laissée derrière lui en partant?).Au fait, Martel: aussi bien avoir eu l’idée de détruire le studio du Quebec à Paris pendant que je m'y trouvais.Sinon, je pourrais me sentir oblige, sait-on jamais, d’y retourner?Un voyage special, sans la moindre petite bourse, mais avec une hache cachée dans mes valises.Bon.Vous direz à Robert Baillie que je le félicite pour sa belle écriture feminine.Un autre qui a dû très bien s’entendre avec les rombières de la SGL Parlant d’ennui.Norman Levine, auteur de Vue sur la mer, aurait sans doute eu intérêt à bénéficier d’un studio du Canada anglais à Dmdres.Le narrateur qui s’avance à visage à peu près découvert, sous les traits du double de son créateur, aime tellement Ixmdres qu’il y retourne aussi souvent qu'il peut s'encanailler (le mot est un peu fort) avec les copains.Mais le pauvre, il est pris pour vivre au bord de la mer avec femme et enfants.Chacun doit porter son fardeau sur cette terre, l’auteur jouissant du privilège tout de même considérable d'en transférer une partie sur le dos de son lecteur.Il y a des livres qui semblent destinés, comme ça, à suinter l’ennui dès les premières pages.Cet ennui même, à la longue, finit par vous tenir.Il devient un projet littéraire.En se fiant à l’éditeur français de Levine, on pourrait presque croire que les principales qualités de son poulain sont d’avoir été l'ami de Francis Bacon et d’avoir été traduit en Allemagne par nul autre qu’Heinrich Bbll.D’accord, ça assoit un curriculum.Mais encore?Joseph Grand, le narrateur, est un écrivain obligé, pour survivre, de rédiger des chroniques de voyage.Rien de déshonorant là-dedans.Mais comme il a trois petites filles à faire vivre, il est régulièrement fauché, une situation Louis H a m e I i n ?que (vous savez comment c'est) la tendre épouse trouve des manières toujours plus subtiles de lui reprocher.Ou, comme on dit en France: ce soir, c'est tintin.mon chéri! Et au Québec: tu peux te faire un nœud dedans, mon vieux.Or la vie conjugale de Charles semble obéir bien plus à la succession des besoins primaires qu'à une quelconque célébration des corps.Sa femme est du genre à preferer faire ça dans le noir, et puis, ça se passe toujours au même endroit, en haut, dans la chambre.Tu montes?Le lit du meilleur et du pire circonscrit très exactement le répertoire des pirouettes possibles.11 faut d'abord se brosser les dents et ensuite consulter les éphémérides du docteur Ogino.Mais l’imagination est aussi parfois au rendez-vous.Ainsi, un trognon de pomme jouera, pour le couple, le même rôle que les célèbres caüeyas de Swann et Odette dans À la recherche du temps perdu.L’activité littéraire de Joseph consiste pour l’essentiel à monter s'asseoir à son bureau pour faire la liste des articles déjà écrits et pour lesquels il attend de l’argent Il ira jusqu'à taper à l’aveuglette sur sa machine pour faire croire à sa femme qu’il travaille.On dirait bien que Carnbray, cette petite ville maritime du sud de l’Angleterre, ne l’inspire pas trop.Telle tranquille petite désespérance finit par dégager un charme qui lui est propre.On est quand même content que l’homme réussisse, de temps à autre, à secouer un peu sa torpeur pour se poser des questions: «Comment se fait-il que quelqu'un d’aussi intelligent que toi se soit mis dans un tel pétrin?Coincé dans un station balnéaire coupée du monde?» L’imagination devrait ouvrir quelques possibilités de fuite à cet homme qui, après tout, dans sa jeunesse, avait pris l’habitude de fabuler pour épater ses petites amies, enrichissant chaque fois de «nouvelles variantes» sa biographie.Et, de fait, les meilleurs moments du livre se trouvent peut-être dans le récit à la troisième personne qui.encastré en poupée russe au milieu du roman.permet à Joseph, alter ego de Levine, de dresser un sombre portrait de sa condition, sous les traits d'un certain Gordon, alter ego de l'alter ego.L'écriture simple et sans fioritures de Joseph coule peut-être un peu mieux à la troisième personne.Juif originaire d’Europe centrale, comme son créateur (Pologne), il affirme que la «clarté» de son écriture vient du fait qu'il a «appris l'anglais comme une langiie étrangère.J’ai un vocabulaire limité.Je n’emploie pas de mots compliqués».Peut-être bien.même si on a le droit de considérer que Conrad, en Joseph rival, et Nabokov s’en sont un peu mieux tirés.la» style de Levine ressemble souvent à celui d’un rentier qui aurait decide de raconter sa vie: «Quand je me suis marié, ça été pour la vie.Je commençais à m en rendre compte, parfi)is à mon grand dépit.» Etc.Un travail de traduction un peu loufoque aura entre-temps appris au lecteur que le lac Leach [sic] est cet endroit «où se déroulèrent, dans les années 70 [re-sic], des négociations entre le Québec et le reste du Canada», que la ville d’Ottawa est dotée d’une basse ville (downtown) plutôt que d’un centre-ville et aussi, surprise, qu’on utilisait déjà des téléphones cellulaires à la fin des années 60.Me demande ce que Reginald Martel en penserait.VUE SUR IA MER Norman Levine Traduit de l’anglais (Canada) par Richard Crevier Phébus Paris, 2001,198 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Exercice de survie BENNY VIGNEAULT \ A lire Ni sols ni ciels, le premier recueil de nouvelles de Pascale Quiviger publié récemment aux Editions de L’Instant même, le lecteur avisé pourrait s’imaginer, à juste titre, que l’écrivaine a composé et organisé ses textes de connivence avec le très beau livre de Pierre Bertrand intitulé Le Cœur silencieux des choses: essai sur l'écriture comme exercice de survie, publié chez liber en début d’année 1999.Car bien que de factures différentes — celui-ci est un essai philosophique tandis que celui-là tient de la fiction —, l’un et l’autre, au delà de la seule question thématique, puisent à la même source avec une force d’évocation et une sensibilité étonnantes.Dire ou ne pas dire! Telle est ici la question qui, renvoyant à la formule de Shakespeare, demeure irrémédiablement liée à celles de l’existence et de l’identité.Partagées entre leur relative autonomie et cette recherche de cohésion propre au principe même de la mise en recueil, les six nouvelles de Ni sols ni ciels, d’une façon ou d'une autre, s’articulent autour d’une même question, celle de l’écriture prise comme «exercice de survie».Ce faisant, elles répondent à une même nécessité, celle de mettre au jour ce qui ne peut — ou ne doit pas — être dit.Ainsi, les personnages de Pascale Quiviger portent en eux un secret à l'origine d’une douleur qui se manifeste soit par la honte, la culpabilité ou la tristesse, soit par l’angoisse, le sentiment de perte, d’incompréhension ou d'abandon.Ici, ce sera Fleurette, dont l’équilibre affectif a basculé juste après la mort de son père; là ce sera Laure, qui éprouve à vingt-sept ans une soudaine difficulté à s’exprimer oralement, ou encore Thomas, qui perd la maîtrise du langage parce que atteint d’une maladie débilitante qu’on appelle l’aphasie.Pascale Quiviger NI SOLS NI CIELS L/uêh/ut n/mit L’importance des mots Devant cette difficulté d’être au monde qui les empêche de fonctionner normalement, ces personnages accordent aux mots une importance capitale, voire salvatrice, qu’ils soient parlés ou écrits.«Ce que j’essaie de dire, rapporte l’un d'eux dans son journal, c’est que le vide n’existe pas.A côté du silence se trouvent les choses qui parlent, et les choses qui parlent parlent des choses qui se taisent.[.] Les trous de l’existence ont beaucoup à donner à l’écriture.Ce sont des vides qui ne demandent qu’à déborder.Ils cherchent à ce qu’on leur tende des mots, comme des perches à des noyés.» Divisé en deux parties qui constituent autant d’accès à l’univers inusité de Quiviger, le recueil gagnera à être lu dans l’ordre d’apparition des nouvelles car la première partie, intitulée «Cinq histoires courtes pour apprendre à parler», prépare la lecture de la nouvelle éponyme, plus exigeante que celles qui la précèdent Là où l’écrivaine retient à coup sûr l’attention, c’est dans sa manière de rapporter ces «petits faits vrais», une manière à la fois intrigante et déroutante qui laisse généralement le lecteur avancer à tâtons dans l’histoire, se gardant bien de tout révéler d’emblée, s'attardant à ces événements en apparence anodins qui peuvent changer le cours de toute une vie.De plus, Ni sols ni ciels profite d’une narration variée et efficace qui sert la justesse des réflexions et l’intelligence du propos.De par son statut, par la force des choses, le lecteur se retrouve donc témoin de ces histoires hautement humaines qui lui sont révélées, complice de ces secrets enfouis profondément à l’intérieur du cœur des personnages, qui surgissent, généralement depuis l’enfance.A travers le destin plus ou moins tragique de ses personnages, Quiviger aborde des thèmes qui ont tous partie liée avec l’écriture, c’est-à-dire la mémoire, le passage et le travail du temps, la puissance et les limites du langage, le rêve, la solitude et l’isolement, le vide, la folie et le désir de mettre fin à ses jours.•Écrire, souligne Pierre Bertrand, est tenter de reculer les bornes du langage, non par agression, mais, comme Van Gogh le dit du dessin, “lentement et avec patience”.Pour cela, il faut écrire de l’extérieur de l’écriture; ce ne peut pas être l’écrivain qui écrit, mais plutôt l’aphasique, l’animal, l’enfant, l’ignorant.Écrire ne sera un acte de grande puissance que s’il vient d’ailleurs, seule une impulsion venue du dehors peut propulser le langage hors de ses limites.» Ce que l’auteur du Cœur silencieux des choses soulève à propos de l’écriture à travers sa réflexion, c’est précisément ce dont se nourrit Pascale Quiviger au moment de donner vie à ses personnages.Voilà, pour une bonne part, à quoi servent l’écriture et la littérature: toucher le cœur des hommes pour les ramener à des questions essentielles.«Il faut creuser son propre cœur pour comprendre ce qui s’y passe, écrit l’un des personnages de Quiviger.C’est une tâche difficile et qu'il faut reprendre tous les matins, tous les matins au réveil et du réveil au coucher.» Ifr se rejoignent certainement les deux écrivains.NI SOLS NI CIELS Pascale Quiviger L'Instant même Québec, 2000,144 pages Et si la Belle et la Bête avaient vécu au Québec au XIXe siècle.Dominique Demers Le nouveau livre de Dominique Demers Dans la lignée de Marie-Tempête, Un roman qui va droit au cœur Robert Laffont A VOTRI SANTÉ! MeilUur menu, meilleure humeur j Meilleur menu, meilleure humeur Colette IXuiui» • N‘MS1 -tU(K2 K6p.• 18,4>S $ Il est mainleilam démonttê que l'alimenution ,i un i-Het déterminant sur l'eut psychologique.Tout l’organisme dépend d’une nutrition adéquate pour fonctionner harmonieusement.Notre mode de vie accéléré exige une nutrition de haute qualité.En voici les principes fondamentaux.mediteiranéenw La fine cuisine et méditerranéenne Noha Bitar • 2 89381 -699-1 240 p.• couv.rigide • planchai couleur 24,95 $ Raffinée, savoureuse et adéquate à ce style de vie où les souris de santé, de bien-être et de mieux-vivre sont tellement importants, la cuisine méditerranéenne occupe de plus en plus d'importance dans notre alimentation.nLtHfhf'Ntigr L’ART DR VIVRE EN SANTÉ t 'nmfuèm lu t/inté nu jnurlr ftjiu dr # I .*> E T D I M A N ( H E (i M A I 2 0 0 I «• Livres*» LITTÉRATURE JEUNESSE Perles rares, diamants et autres trésors GISELE DESROCHES Du minuscule bebé-livre tout carton à l'album sophistique, il est quelques trésors qu'il ne faut pas manquer.Parmi ceux-ci, Une journée dans la vie de Z.Le zop, cosigne Christiane Duchesne et Marc Mongeau.C’est un album qui se démarque doublement: le récit est du meilleur Duchesne et l'album séduit tant par l’inattendu des situations que par les illustrations.Lorsque Madame Bibiche, le pigeon Jon et le demi-cheval s’affolent de ne plus trouver de pamplemousses, Z.Le zop, ignorant tout de la signification du mot, se propose aussitôt, de la boîte où il loge, pour être leur pamplemousse.Comprenant qu’il s’agit d’un aliment, il aidera plutôt ses trois amis à résoudre l’énigme de leur disparition.Le parapluie ayant à son tour disparu, puis les oreillers.Le zop se proposera encore pour les dépanner, posera les mêmes questions, fera aboutir l’enquête et deviendra finalement un héros aux yeux des trois autres.Raconter î'histoire ne rend pas justice au texte, qui regorge de pistes à exploiter, de situations à élucider ou à imaginer, de clins d’œil comme autant de petites perles.C’est frais et nouveau comme du beaujolais.Le genre de conte qu'on redemande, qui stimule, de ceux dont le plaisir ne s’épuise pas en quelques lectures.Quant aux illustrations, elles contribuent autant que le texte, sinon plus, au dépaysement.Parfois à la limite de la lisibilité, elles engagent le regard dans une aventure fascinante: perspectives inattendues, délicatesse des objets, attitudes et proportions inusitées des corps, originalité des textures, palettes de couleurs.tout est à voir, à construire et à revoir.L’album semblera peut-être déroutant à certains, mais le lecteur y trouvera son compte, constamment sollicité, surpris, ravi par les multiples trouvailles qu’il contient.Autre trésor: L'Abécédaire des animots, publié par Les Heures bleues, fait figure de perle rare.A la fois abécédaire — mais là n’est pas sa fonction principale — et exercice de créativité, cet album présente, pour chaque lettre de l’alphabet, un animal et un métier jumelés, je dirais intimement, puisque raboutés et réunis dans un même mot créé spécialement pour le plaisir du jeu.L’ânessethé-siste ouvre le bal qui se termine avec le zèbricoleur en passant par la coucouturière, la gi-rafleuriste et le singé-nieur.Le principe de ce jeu est connu, c’est entendu, mais il est particulièrement bien servi par les textes humoristiques et généreux de Soulières, par une mise en page dynamique ainsi que par les photos des petits personnages réalisés par Marjolaine Bonenfant en papier mâ- che et peints de couleurs vives.Les animaux moins familiers aux enfants (l’urubu, le nandou ou le yack, par exemple) font l’objet d’une courte explication en bas de page.Le tout s’avère un ouvrage unique, particulièrement intéressant tant pour la creation de mots ou de textes qu’il propose que pour la fabrication de personnages inédits à bricoler.D’ailleurs, l’invitation est ouvertement lancée à tous à la fin de l'ouvrage.Dans un tout autre ordre d'idées, ne laissez pas filer Brelin de la lune.Dans un style poétique, peu bavard, envoûtant, 1 auteure trace un portrait exceptionnel de Brelin, cet enfant aux comportements bizarres et atypiques, qu’on dit autiste et qui tourne sur lui-même comme une toupie, ne parle pas et se cache dans les placards, lorsqu'il décidera de s’envoler, direction la lune, son frère Jérémie partira à sa recherche.L’auteure sait de quoi elle parle, elle-même mère d’un enfant autiste (syndrome d’Asperger).La rareté du sujet aurait motivé à elle seule la présence du petit roman au sein de ma collection de trésors.Mais en prime, l'écriture est très belle et possède le souffle et la grande simplicité des textes achevés.Dans ma collection de petits bijoux, il en est un qui a trouvé sa place, principalement par son côté humoristique et audacieux.H s'agit de Bambou au pays des bambous, de Lucie Papineau et Dominique Jolin.Comme les autres titres, il ix>rte le sceau de l’originalité et de la créativité, avec en plus un parti pris pour l’humour, ce qui en fait un titre vraiment rigolo.Doublement drôle puisque s’y profile, sous le propos anodin et joyeusement insouciant, une satire de l’enfant qui amplifie le plaisir du lecteur.Jeanne, le singe, s’amuse comme une folle avec Bambou, son petit humain, lorsque le chapeau de celui-ci s’abîme.Jeanne en pleurs et sa famille devront aller au pays des Bambous (qui ressemble étrangement à une foire commerciale.) pour choisir un nouveau chapeau.Mais dans ce pays fascinant.Bambou ne cherche qu’une chose: savoir d’où il vient Je ne saurais dire ce qui réjouit le plus: le foisonnement de l'imagination.les surprises du déroulement, l'inversion des rôles, la pudique im-pertinence des illustrations du jx-tit Bambou nu-fesses, la démesure des personnages?le jeune lecteur y reconnaîtra-t-il ses propres attitudes envers ses jouets, envers les «plus petits que lui», ses désirs, sa propre curiosité?Peu importe puisque son plaisir n’en depend pas, 11 pourrait parcourir l'histoire dans la plus totale innocence tout en s'amusant ferme.Mais l'album ne manquera pas de faire sourire les adultes qui y risqueront un œil.Ix* fourmineur et le singénieur (à gauche), deux personnages de L'Abécédaire des animots de Marjolaine Bonenfant et Robert Soulières L’ABÉCÉDAIRE DES ANIMOTS Texte de Robert Soulières Illustrations de Marjolaine Bonenfant lœs Heures bleues Montréal, 2(X)1,64 pages UNE JOURNÉE DANS LA VIE DE Z.LE ZOP Texte de Christiane Duchesne Illustrations de Marc Mongeau Les 400 Coups, collection «Bonhomme Sept-Heures» Montréal, 2000,32 pages BRELIN DE IA LUNE Texte de Kochka Illustrations d’Anatoli Burcev HMH, collection «Plus» Montréal, 2000,62 pages BAMBOU AU PAYS DES BAMBOUS Texte de Lucie Papineau Illustrations de Dominique Jolin Dominique et compagnie, collection «À pas de loup» Montréal, 2(X)1,32 pages Bkl UN 1)1 I.A I UNI La mort de Dieu expliquée aux enfants On l’attendait.Le voilà.Le troisième tome des aventures de Lyra, la jeune héroïne d’À la croisée des mondes, la trilogie de Philip Pullman, vient de paraître chez Gallimard jeunesse.Théologie et fantastique s’y marient en arabesques complexes, mais fascinantes.LE MIROIR D’AMBRE Troisième tome DE LA TRILOGIE À LA CROISÉE DES MONDES Philip Pullman Traduit de l’anglais de Jean Esch Gallimard jeunesse Paris, 2001,474 pages CAROLE TREMBLAY Décidément, il y a longtemps que les briques n’ont pas été aussi à la mode dans les cours de récréation du monde mondialisant.Après les millions de Harry Potter vendus, dévorés, échangés et écornés par jeunes et moins jeunes, voici que des lecteurs de plus de vingt langues différentes se bousculent en librairie pour se procurer les exern-plaires de la trilogie fantastique À la croisée des mondes, de Philip Pullman.Passés presque inaperçus lors de leur parution en français chez Gallimard en 1998, les deux premiers tomes de cette série à la fois complexe et enlevante connaissent un regain de popularité depuis leur parution en poche (Folio junior).Près de 200 000 exemplaires se sont vendus en France, 20 000 au Québec.Mais la trilogie de Pullman est beaucoup plus qu’un produit dérivé de la vague Potter, c’est un univers singulier, à la fois plus fantastique, plus littéraire, plus complexe et plus philosophique que celui de Harry.Pour le dire dans les termes des jeux vidéo, c'est le niveau 2.Dans le premier tome, Les Royaumes du Nord, Lyra, la jeune héroïne, quitte son Oxford natal, situé dans un monde parallèle au nôtre, pour partir à la recherche de son ami Roger, kidnappé par les Enfourneurs.Son périple jusqu’aux confins des terres boréales lui fait rencontrer des créatures plus fantastiques les unes que les autres: sorcières montées sur des branches de sapin, monstres des Falaises et ours en armures.Dans le deuxième tome, La Tour des Anges, Lyra passe dans un monde parallèle au sien et fait la rencontre de Will, un garçon du nôtre, qui a traversé dans Cittaga-ze par une fenêtre découverte par hasard.Dans cet univers étrange, où des Spectres dévorent l'âme des adultes, Will s’empare du Poignard subtil, un couteau lui permettant de découper des passages vers les autres mondes.Le nouveau Pullman relie tous les fils semés au cours des deux premiers épisodes.Et ils sont nombreux puisque chacun des ouvrages se présente comme une enfilade d'univers et de créatures à la fois indépendants et interreliés.La quantité d’information à absorber dans les premiers chapitres est un peu étourdissante.On se demande comment des enfants peuvent arriver à saisir le portrait d’ensemble de cette mosaïque de personnages, de situations et de questions philosophico-théologiques.Mais après vérification auprès d’assez jeunes mais bonnes lectrices (autour de 10 ans), il semble que le plaisir et l'envoûtement fonctionnent malgré la difficulté.Il faut croire que des jeunes capables d’apprendre 200 noms de Pokémons peuvent aussi s’y retrouver dans une histoire qui ne se résume pas par Bing Bang.Bref, dans le troisième et dernier tome, on retrouve Lyra, prisonnière de sa mère, l'horrible et fascinante Mme Coulter, qui la maintient endormie artificiellement pour s’assurer de sa docilité.Will, aidé du Poignard subtil et protégé par un couple d’anges, parvient à la délivrer.Mais l’aventure ne fait que commencer puisque Lyra, hantée par un rêve où figure son ami Roger, est décidée à descendre dans le Monde des morts pour le revoir.La jeune fille, au destin hors du commun, et sur qui repose l’avenir de l'humanité, devient rapidement la proie de toutes les factions théologiques des différents univers.Il s'en trouve pour vouloir la protéger, l’anéantir, la contrôler ou la manipuler.Chassée, pourchassée, traquée, Lyra passe à un rythme trépidant d’une menace à une bataille, nous entraînant avec elle dans une succession de péripéties digne d’un film d’action.Il est pratiquement impossible de résumer toutes les ficelles et toutes les questions posées par cette œuvre forte et envoûtante.On peut tout de même dire qu’elle IX'ut se lire comme une métaphore fantastique de l'histoire d'Adam et Eve, dans laquelle le péché originel est présenté, non pas comme une faute, mais comme un geste d’amour, seul espoir pos- sible dans un monde ou Dieu vient de rendre l’âme.(Et il meurt pour vrai dans les bras de Lyra.) Mais avant d’être une réflexion sur l'aventure humaine, À la croisée des mondes est surtout un récit merveilleux, possédant un immense pouvoir de fascination.La sagesse la plus ancienne nous dit que lame existe depuis toujours, que le corps est animé par une intelligence qui dépasse la raison et survit au cerveau.Elle dit aussi qu’avant de s'incarner, chaque âme choisit son destin.L’âme sait très bien ce qui l’attend.Elle sait aussi qu’au moment de venir ici, elle aura oublié qui elle est et ce qu elle est venue y faire et qu’il lui faudra beaucoup de temps avant de se reconnaître et de découvrir le but de sa venue.Ces connaissances d’une grande importance ont été occultées, déformées ou simplement niées par les religions, mais elles sont enfin reconnues.Placide Gaboury a également publié aux Éditions Québécor L’envoûtement des croyances, La fidélité à soi et Vivre sans plafond.Depuis les années 1970, psychiatres et médecins américains et britanniques ont démontré à partir d’innombrables témoignages : J** N»/*«*>* A que l’âme peut sortir du corps; S ÉDIT ¦ qu elle peut être visitée par des âmes de l’au-delà; ¦ quelle peut connaître une mort apparente (NDE) dont elle reviendra émeneillée; ¦ qu’après le décès, elle peut communiquer avec les gens d’ici; ¦ qu elle peut se réincarner dans des conditions prévues et soigneusement choisies par elle et ses guides.Québécor www.quebecoreditions.com Nous savons donc maintenant que chaque âme est pleinement responsable de sa vie, puisqu’elle l’a choisie en toute liberté avant de s'incarner.Nous ne pouvons donc sans conséquences blâmer les autres de notre destin ou renoncer au choix déjà fait.Du reste, l'âme fait elle-même son propre bilan après la mort; ce n'est pas un dieu qui la juge, comme on nous l a fait croire.Somme toute, c’est parce que ces connaissances capitales sont complètement ignorées par nos cultures que les humains ne trouvent guère de sens à leur vie et qu'ils souffrent inutilement.LE LIVRE DE L'AME Placide Gaboury ISBN 2-7640-0474-5 19,95 $ En vente dans les librairies au Canada, en France, en Belgique et en Suisse s L K 1) K V 0 I R .L E S S A M K D I 5 ET DI M A X C H E fi M Al 2 0 0 1 n t n E S S A ARTS VISUELS Représenter l’irrémédiable MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Tout comme la poésie est la seule réponse face à la mort, la peinture, pour Zoran Music, aura été le geste absolu et nécessaire pour résister a la déchéance de l’univers concentrationnaire.Jean Clair, bien connu pour son travail dans le domaine de l’art, écrit ici, en présentant le peintre puis en s’entretenant avec lui, un texte très émouvant Replaçant Music dans la filiation des peintres de l’inquiétude du corps, avec les Goya, Greco, Géricault et Kokoschka, c’est surtout l’école d'épouvante de Dachau qui est évoquée.Ecole de «l’énorme», c’est-à-dire de «l'outrage fait à l’humain».Music y répond, dans ses dessins et ses tracés, par «le frémissement devant l’énorme».Ce que Music a dessiné au camp de Dachau, sur tous les bouts de papier volés, trouvés, gardés et perdus, ce qu’il s’est forcé d’oublier par la suite puis de redessiner, au début des années soixante-dix, ce ne sont ni des témoignages ni des souvenirs.Cadavres, montagnes de cadavres secs comme des stèles de bois, pendus étirés au bout de leur corde, visages émaciés où non seulement la chair est fondue mais l’humanité presque disparue, ce sont, dit Music, des paysages intérieurs.«Ce que j’avais dedans devait ressortir.» Pressé par une «nécessité intérieure» et par la «beauté incroyable» de l’expression de la souffrance, il dessine la mort, la mort singulière de chacun, inscrite dans ces corps dissous qui ne laissent voir que le squelette, le trou du regard et la démesure du sexe.Peindre, dira Jean Clair, c’est maintenir la culture contre la barbarie.Pour conjurer l’irrémédiable de la mort, pour exorciser l'anonymat de la mort sans sépulture, Music, à Dachau, dut «affronter le pire des dangers», comme ce fut le cas pour Robert Antelme, évoquant son expérience du camp: «Chacun porte ses yeux comme un danger.» Au bout du regard, l’insupportable de la douleur nue des dessins tie Music.Ce très beau livre de Jean Clair constitue, de façon très condensée et très intense, une leçon d’histoire de l’art au travel's de réflexions sur le nazisme ordinaire, sur les camps, sur la cruauté et la souffrance, sur l’effacement des visages et des individus, contemporain de l’abstraction et marque du siècle.«Nous ne sommes pas les derniers.» Pourtant, en ce début d’un autre siècle, surgit l’espoir que jamais une telle horreur ne se répété.LA BARBARIE ORDINAIRE Music à Dachau Jean Clair Gallimard Paris, 2001,168 pages Paysages verticaux PANORAMAS ET AUTRES VERTIGES Stéphane In Rue Au Musée d’art contemporain de Montréal 185, rue Sainte-Catherine Ouest Jusqu’au 5 août BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Il n’y a pas de hasard.Presque au moment où se terminait, au Musée d’art contemporain de Montréal, l’exposition consacrée à Charles Gagnon, l’un des grands noms de la peinture au Québec, s’ouvre celle d’un artiste qui ne renierait pas cette influence comme étant majeure dans sa formation.Stéphane La Rue poursuit sa recherche formelle sur la matière blanche dans des tableaux où se manifeste une finesse qu’il n’a jamais encore atteinte dans sa jeune carrière.Marchant dans les traces du peintre américain Robert Ryman, dont il s’éloigne cependant de plus en plus, l’artiste montréalais continue de peindre des monochromes blancs pour lesquels le vocabulaire plastique est réduit mais où les effets sont considérables.Dans ces tableaux, les repères sont continuellement déstabilisés, et les décrochages, continuels.lii Rue joue avec les arêtes de ses surfaces blanches, avec leurs textures qui rappellent la toile de lin qui sert de fond et les faux cadres qui semblent plier.De plus, il renvoie à des formats de cadres connus: ceux, horizontaux, des panoramas.C’est d’ailleurs de ce format si particulier pour la peinture plasticienne que l’exposition emprunte son titre: Fanoramas et autres vertiges.Il est vrai que ces vertiges et ces panoramas exigent de ceux qui entrent en eux une bonne dose d’attention.Chez La Rue, rien ne semble entrer dans les schémas habituels.Ses formats allongés (ou carrés, a deux reprises) sont parfois disposés en diptyques pour qu’on ne puisse les embrasser d’un seul regard, sinon à distance, ce qui fait perdre les détails.Certains des formats de cette nouvelle mouture appartiennent au panorama, ce genre particulier du paysage.Dans une petite salle aménagée dans la grande, une autre partie des pièces présentées, celle où les vertiges deviennent implacables, fait plutôt dans la verticalité.On pense alors à Donald Judd pour la dimension sculpturale et minimale, mais il ne s’agit que de la référence la plus évidente.Le peintre américain Barnett Newman est davantage présent dans la mire de l’artiste.Vaciller C’est dire comment la peinture de La Rue est nourrie des leçons de l’art.Mais elle ne s’arrête pas là, heureusement.L’art de La Rue est issu d’une fréquentation assidue des nombreux paramètres offerts par l’objet-tableau.Le visiteurs attentif aura du plaisir à voir le peintre intégrer des détails savoureux à ses recherches.On y reconnaîtra le feuilleté sans fin dont parle souvent la littérature sur la peinture.La Rue laisse des signes évidents des couches successives de pigment blanc qu’il dépose sur ses toiles.Sa manière, depuis deux ou trois années, est reconnaissable à ces plages blanches qui s’empilent les unes sur les autres.Cela étant, les surfaces ne concordent jamais dans ces compositions réussies.La Rue modifie les angles; ses surfaces s’animent d’un mouvement qui rend précaires les leçons apprises du maître Ryman.Partant du rude lin ou du coton plus lin, la peinture s’épaissit.La surface GUV L HEUREUX Panoramique 1, 2000, de Stéphane La Rue finale ne semble pas tracée à l’équerre mais chavire légèrement, juste ce qu’il faut pour nous faire douter de notre œil.C’est là que les toiles de La Rue semblent danser, flirter avec les rythmes qui ne sont pas les plus complexes qui soient, plutôt les mieux étudiés, pour laisser libre cours à d’infimes variations.Les formes dansent à un point tel que nous ne soyons plus tout à fait certains d’où cela part et où cela se termine.Et c’est très bien ainsi.D’autres détails?Les surfaces, qui jouent sur la transparence.Les finis, moirés.Les lumières qui s’accrochent aux textures selon qu’on se déplace.Ces textures, malgré leur épaisseur, rappellent la trame du lin grossier qui reçoit le tout et fait œuvre de contrastes et de repoussoir.Dans la série D’après nature (2000), de longues surfaces verticales acquièrent une dimension solennelle par leur disposition.Dans D’après nature n“ 2, on en vient même à croire, ô sacrilège, que les faux cadres qui retiennent la toile subissent une torsion.Avec un tel appareillage, on pourrait finir par croire que la peinture de La Rue est didactique.Il n’en est rien.On pourra bien lui trouver ce tic, probablement une conséquence du sens de la lecture dans la culture occidentale.Dans ces tableaux, les plages blanches s’inclinent le plus souvent vers la droite.Toutefois, on est encore loin de la formule.La Rue propose de fins amalgames, plus que jamais personnels, à partir de paramètres que notre propre fréquentation de la peinture et de son histoire nous ont rendus plus familiers.Au Belgo On passera volontiers à la galerie Roger Bellemare, au local 502 du Belgo (372, rue Sainte-Catherine Ouest), où La Rue expose des dessins au pastel gras (ce qui, en soi, n’est pas coutumier).Encore ici, avec un heureux sens du détail, le peintre propose une double fluctuation.Ces contours que la tradition aurait voulus secs et nets n’ont rien de rigide.De plus, latéralement, du bleu au jaune, on semble s’enfoncer dans la surface ou rester en plan.C’est selon.Vus de loin, les carrés forment une danse (on se retient pour ne pas parler d’une ronde); de près, ils défient notre besoin maladif d’angles droits.Aussi, les titres sont à retenir.Chacun des nombres dont ils sont faits renvoie au temps de fabrication de l’œuvre.Bousculant toutes les logiques, tel un musicien de jazz consciencieux (on excusera ce raccourci), les œuvres qui semblent les plus faciles à faire n’exigent pas toujours les temps les plus courts.En cela, La Rue se moque des lieux communs qui croient déceler, par exemple, dans des tableaux dessinés selon les règles de l’art, des signes d’une fabrication patiente alors que la technique, une fois apprise, permet de tout accélérer.Justement pour atteindre d’aussi fines nuances de blanc sur blanc, il faut du temps, qu’on espère vous voir accorder lors de votre visite.Rectificatif Incroyable mais vrai.Lors de notre couverture de l’exposition Couleurs et formes à la galerie Art-Mûr, la semaine dernière, nous avons par mégarde omis de mentionner le nom de Guido Molinari parmi les exposants.Pourtant bien représenté dans cette exposition de design et de peinture plasticienne, notamment dans un hommage à Mondrian, le nom de Molinari a été malencontreusement oublié de la liste des artistes exposés, lui qui pourtant figure parmi les chefs de file de ce type de recherche.Nos excuses.ROMAN ETRANGER Le monde tel qu’il est Tour à tour lyrique et sombre, pessimiste et rêveur, incertain et confiant, Botho Strauss est un écrivain inclassable NAIM KATTAN Botho Strauss passe un an à la campagne en copipagnie de son fils de cinq ans.A six ans, le jeune garçon entrera à l’école et sera ainsi intégré à la société.Son père fait de grandes prome- GALERIE BERNARD RU DI GENEST i xriosn 11 ïs i i i i mps d'arrfis Sciilplurés DU Z MAI AU 2 JUIN 2001 90 av.Laurier Ouest Tel.: (514) 277-0770 du mardi au vendredi de 11 h 00 à 18 h 00.samedi de 12 h 00 à 1711 00 nades en forêt avec lui, le regarde vivre et inscrit ses réflexions dans un journal libre, sans chronologie et sans compte rendu des événements.Né à la fin de la guerre, en 1944, Botho Strauss est l’un des meilleurs dramaturges et romanciers allemands de sa génération.Dans ces pages, il jette en vrac ses observations et ses pensées.Il tente de présenter à son fils le monde tel qu’il est.D’abord la nature.L’ouvrage comprend, en effet, des descriptions de la nature d’une grande sensibilité qui sont aussi, en fait, des réactions au passage du temps.C’est ce réel qu’il vit, au quotidien, avec son fils.11 n’a rien à lui apprendre, à lui apporter, sinon le désir d’aiguiser sa curiosité afin qu’ils puissent, sans hiérarchie d’âge, vivre l’ins- tant.Ainsi, ils sont émus par la rosée du matin, sensibles au vent, au soleil et à la pluie.L’avenir se dessine dans l’incertitude du présent.L’enfant va de l’avant, montre le chemin, conduit son père et celui-ci demeure tenu dans les filets d’un passé qui survit, péniblement, dans une mémoire brisée: «Aujourd’hui, ce qui autrefois avait une base solide continue à vivre sans sol, dans les airs, dans les mirages.» Dans quel monde le père en-gage-t-il son fils, fût-ce involontairement?«Semaine après semaine on est assailli par les chefs-d’œuvre, films et romans nouveaux, bien qu’en général, ils soient un peu trop anodins et s'entendent trop admirablement à éviter les grands dangers de l’esprit et de la forme pour ne pas sortir en fin de compte de l’atelier de petits maîtres.» Pour Botho Strauss, il ne s’agit que de constatations.Comment juger quand on a perdu tout point fixe, qu’il soit un point de départ ou un point d’arrimage?La mort de Dieu étant déclarée, on se trouve dans un monde sans règles où les valeurs sont considérées comme des interdits arbitraires et, surtout, futiles.Dépourvu d’ancrage, l’homme se trouve dans l’impossibilité de procéder à ce dépassement qui est la forme suprême de la liberté.Strauss jette un regard quasi distant sur l’existence des hommes et des femmes qui l’entourent.S’étant illusoirement libérés de toute contrainte, ils deviennent prisonniers de l’immédiat, de l’urgent.La frontière Cir\Oî\ EDMUND ALLEYN LES ÊPHÉMf.RIDES Tableaux de 1999 à 2001 Du 5 mai au 9 juin 2001 Vernissage le samedi 5 mai de 15 h à IB H 372, rue Sainte-Catherine Ouest # 444 Tél.: 393-8248 du mercredi au samedi de 12 h 00 à 17 h 30 Le Centre d'exposition Circa remercie le Conseil des Arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal.Catherine Parish Dépaysement Œuvres récentes Dernière journée GALERIE SIMON BLAIS 14S2Çrue Clart Montréal H2t !I5 514.8491165 Ouvert du mardi au vendredi 9 MO a 17 h 50 el le samedi lOhilth CD O U EXPOSITION BÉNÉFICE du 5 mai au 12 mai 2001 ENCAN le samedi 12 mai à 15 heures Barry Allikas Claire Beaulieu Chantal Bélanger Yves Boucher Michel Boulanger Joseph Branco Mafthe Carrier Joceline Chabot Natacha Clitandre Daniel Corbeil Marie A Côté Patrick Coutu Michel Daigneault kevin deForest Richard Deschènes Marie-Suzanne Désilets Christiane Desjardins Bobbin Deyo Denis Farley Natalie Font Louis Fortier Van Giguère Sonia Haberstich Éric llhareguy François Laçasse Eric Ladouceur Manuela Lalic Sylvain Latendresse Pasqal Léveillé Hélène Lord Paul Lowry Christine Major Jean Marois Miioslav Ménard Monique Moumblow Arthur Munk Nathalie Olanick Éric Raymond Lucie Robert Geneviève Rocher Carmen Ruschiensky Helene Sarrazin Francine Savard Eric Simon Marc Andre Soucy Joanne Touchette Dominique Toutant Karen Trask Annie Tremblay Monique Régimbald-Zeiber 372, rue Ste-Cathenne Ouest, espace 403, Montreal (Québecl H3B 1A2 - tél./ téléc (514) 874-9423 b-312®9alerteb-312.qc.ca wwwgalerieb-312.qc.ca la galerie est ouverte du mardi au samadi de 12 h à 18 h SCULPTURE KIM ADAMS GUY BOURASSA ANDREW DUTKEWYCH PIERRE GRANCHE JACEK JARNUSZKIEWICZ JEAN LANTIER FRANÇOIS MORELLI Jusqu’au 26 mai GALERIE CHRISTIANE CHASSAY 358.rue Sherbrooke Est.Montréal H2X1E6 Téléphone : 514 284*0003 Télécopieur 514 284*0050 la galerie d'art Stewart Hall Centre culturel de Pointe-Claire 176, Bord du Lac, Pointe-Claire, 630-1254 du 5 mai au 15 juin 2001 Visions Totémiques Exposition organisée par le Centre CIRCA et présentée conjointement avec le programme Exposer dons file du Conseil des arts de la CUM Bourgault, Cozic, Fournelle, Fraser, Larivée, Lemieux, Louis-Seize, Moore Vernissage le dimanche 6 mai, de I4h00 à I6h00 Le 6 mai à 13h30, Table Ronde avec les artistes avant le vernissage Entrée libre • Accessible par ascenseur Du /un.au dim.da I3h à 17 h, /un.et mer.soirs de I9h à 21 h.(fermé les fins de semaine du début de juin au 8 septembre 2001) entre le public et le privé s’effondre, s’efface, et c’est le mépris de l’autre qui prend le dessus: «Si l’œil ne rencontre que surcharge pondérale et jamais majestueuse corpulence, cela tient à la manière de s’habiller.L’un-heimlich, l’inquiétant commerce quand on a perdu tout sens de ce qui se porte en public, donc quand nos homewearing people transforment la rue en un séjour-télé apparemment commun alors qu’en vérité, chacun ne fait que transporter au dehors sa propre salle de séjour au mépris du public qu’il forme avec tous les autres.» Tour à tour lyrique et sombre, pessimiste et rêveur, incertain et confiant, Botho Strauss est un écrivain inclassable.Son parcours est celui d’un honnête homme d’aujourd’hui qui cherche à se libérer du mensonge, de la supercherie et de la mystification de tout un siècle.Il n’a rien à proposer sinon l’amour total et quasi absolu d’un père pour son fils, auquel il suggère la contemplation de l’eau qui coule et des feuilles qui frissonnent sous la brise.Ainsi, en dépit de l’effondrement d’un monde qui ne cesse de se transformer, l’amour et la beauté persistent.Dans la fragilité et l’incertitude de l’attente, le pessimisme de Strauss est, en fait, une réaction de santé et un appel fraternel.LES ERREURS DU COPISTE Botho Strauss Traduit de l’allemand par Colette Kowalski Editions Gallimard Paris, 2001,208 pages MARIO MEROLA Idessins SYLVIE BOUCHARD classicismes MICHEL DENÉE ; s d u 5 a FABRIZIO PEROZZI 2 7 mai 2 0 0 1 MONTRÉAL TÉLÉGRAPHE 206, RUE DE L'HÔPITAL, VIEUX-MONTRÉAL Metro Place-d'Armes j > u jeudi d i m a n c It e il h 3 (> (514) 381-6338 GALERIE DE BELLEFEUILLE EXPOSITION DU 22 AVRIL AU 10 MAI» JOE FAFARD OEUVRES RECENTES DERNIER WEEK-END 1 367 AVE GREENE.WESTMOUNT TEL 514 933 4406 FAX 514 933 6553 LUN SAM 10H 18H / DIM 12H - 18H WWW DEBELLEFEUU^LE COM r i LE DEVOIR.LES SA M E l> I 5 ET DI M A N l II K »i M A I 2 O O I ARTS VISUELS Reflets de la condition humaine LOI IS-PIERRE BOUGIE ET COMPAGNIE (DEUXIÈME ÉDITION) Une exposition à la galerie Madeleine Lacerte 1, côte Dinan 4 A Québec I Jusqu'au 15 mai 2001 1 DAVID CANTIN Heureuse initiative de la part de la galerie Madeleine La-certe, à Québec, que d’inviter pour une deuxième édition Louis-Pierre Bougie et une dizaine d’artistes à venir témoigner d'une approche contemporaine en gravure.Membre fondateur de l’Atelier circulaire, l’artiste montréalais poursuit une œuvre qui interroge sans cesse notre présence au monde.On connaissait déjà l’exigence révélatrice ainsi que la mystérieuse beauté qui émanent de ses œuvres.Voilà que Bougie invite d’autres créateurs de son w.GALERIE MADELEINE LACERTE Gravure de Louis-Pierre Bougie.entourage à produire, pour l’occasion, une série de trois gravures inédites sur un même thème.Le résultat surprend et enchante.Une véritable rencontre.Une grande cohesion unit ce collectif qui a toutefois l’avantage de présenter des univers où figuration et abstraction se recou pent sans se nuire.Des repères sensibles sont donc particulièrement évocateurs en ces mondes étranges.On commence ce parcours en observant les trois petites gravures que Bougie peaufine à l’aide de contrastes saisissants entre le bleu et le noir.Les courbes de ces formes ramènent à une présence organique qui semble en pleine éclosion.Chez François Vincent, le trait noir demeure beaucoup plus épais et reproduit une sorte de violence de la mémoire.L’humain et l’animal se rencontrent dans un mouvement des plus instinctifs.L’effet ne manque pas d’éclairer des détails qui surgissent d’une profondeur lumineuse.Le noir et le blanc définissent aussi la subtile Anarchie que Charlotte Fauteux transpose dans l’épaisseur de la ligne comme celle des formes qui éclairent GALERIE MADELEINE LACERTE Catalanes de Francine Simonin , IN/iUîl f / line gravure récente d’Etmyna Bouchard, La Kobe.l’invisible.Par ailleurs.Quatre corps de Jean-Pierre Sauvé opte pour des couleurs beaucoup plus vives.Entre le rouge, le vert et le noir, c’est le profil d’un corps immobile qui se dresse au milieu de toute sa verticalité.Est-ce un geste d’abandon ou de départ?Encore une fois, c’est la précision abstraite des lignes qui permet de supputer sur les transformations en cours d’une œuvre à l’autre.Regard d’enfant Le mur du centre s’ouvre sur une étape transitoire entre les deux espaces de la galerie lacer-te.On retrouve, chez Jean-Pierre Morin et Elmyna Bouchard, la même vision du monde empreinte d’une naïveté tout enfantine.Artiste de Québec, Morin invente des Satellites qui adoptent de curieuses imperfections.Les rondeurs deviennent brutes et accumulent nécessairement des traces implicites.On se souvient des œuvres séduisantes qu’Elmyna Bouchard avait exposées en 1999 chez Lacerte.Ces trois gravures récentes impliquent toujours une superposition de la tache et du dessin.L’organisation revoie à une spontanéité, une poésie, de même qu’à un immense dépouillement de la forme.On retient d’ailleurs 1m Maison comme un exemple très convaincant de la recherche esthétique pré- GAI.ERIK MADELEINE IALERTE Une œuvre de François Vincent conisée par Elmyna Bouchard.Un peu plus loin, les Intérieurs de François-Xavier Marange gravitent autour de représentations de cellules vivantes.On remarque immédiatement les qualités et l’expérience d’un graveur aussi talentueux que Marange.11 faut se rapprocher pour voir à quel point les détails se multiplient.Chez Lucie Jolicœur-Côté, les Arabesques capricieuses font ressortir une substance terreuse du pigment.U*s bruns en viennent à se fondre dans les plaques de noirs.On s’interroge sur ce qui sépare ces îlots de matière.GALERIE: MADELEINE lALERTE Une frénésie semblable s’empare des Catalanes de Francine Simonin.Ix-s contrastes, du vert à l’orangé, rappellent un ordre à l'intérieur du désordre, une harmonie qui surgirait du chaos.Un processus alchimique s’opère au cours de ce triptyque fait de métamorphoses.Les deux derniers artistes s'inspirent principalement du nu féminin.Marc-Antoine Nadeau travaille à partir de couches de couleurs.On retiendra surtout cette splendide estampe, Femme étendue nue.Par contre, dans le triptyque de Denis St-Pierre, Côtoiement insiste sur l’apparition comme sur la disparition de certaines parties de l’anatomie humaine.L’illusion fascine alors qu’une suite de curieux agencements ne fait que rapprocher l’énigme de vivre1 et l’acte de naître.Une façon étonnante de mettre fin à cette exposition.S’il n'y a qu’un détour à faire dans une galerie de Québec ce printemps, on suggère très fortement d’apprécier l’émotion unique de ces maîtres contemporains de la gravure.Louis-Pierre Bougie et compagnie mérite tous les éloges.te \e,t o t>,
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