Le devoir, 26 mai 2001, Cahier D
L K I) K V U I R .L K S S A M K l> I > ti K T 1* I M A X l HE 2 7 M Al 2 U O I H/.Romans québécois Page D 3 Littérature jeunesse Page D 3 Roman de l'Amérique Page D 4 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Poésie Page D 5 Arts visuels Page D 7 Jardins Page D 8 Pavel Filonov, Guerre avec l'Allemagne (détail), 1915 Entretien avec Yehuda Elberg Naissance d’un écrivain A 89 ans, l'écrivain yiddish Yehuda Elberg, né en Pologne et vivant à Montréal depuis 35 ans, demçure inconnu des lecteurs francophones.Ecrite en yiddish, son œuvre, qui compte 18 romans, plusieurs nouvelles, ainsi que du théâtre, fut publiée chez différents éditeurs yiddjsh en Israël, en Argentine, ainsi qu’aux Etats-Unis.Pour la première fois en français vient de paraître L’Empire de Kalman l’infirme, roman publié en coédition chez Leméac/Actes Sud, traduit du yiddish par Pierre Anctil.Pour l’occasion, voici de larges extraits d’une entrevue que Yehuda Elberg accordait à l’écrivain Alberto Manguel, qui l’accueille dans la collection «Le cabinet de lecture».L’enfance d’un écrivain Mon frère Samuel, de deux ans et demi mon cadet, déclare avoir payé mes premiers droits d’auteur.Samuel adorait les histoires et j’adorais lui en raconter.Il arrivait souvent que la fin ne fiât pas à son goût, alors, à sa demande, je changeais l’histoire et concluait sur une fin heureuse.Je devais protéger un prince de ses ennemis afin qu'il puisse accéder au trône, élaborer des stratégies pour que la princesse refuse toutes les demandes en mariage qui lui étaient frites, dans le seul but de la marier avec le prétendant de mon choix et qu’elle vive heureuse à tout jamais.Au début, je faisais cela gratuitement, c’était un sendee rendu à mon frère.Pour éviter toute jalousie, Samuel et moi recevions en général les mêmes jouets.J'aimais frimer en prêtant mes jouets à des petits voyous, en échange de menus services.J’ai vite compris que ces brutes ne respectaient pas les objets qui ne leur appartenaient pas.J’apportais sans difficulté mes jouets à l’école, ou dans la cour de récréation, mais il était pratiquement impossible de les rapporter en bon état.Le fait que les jouets de Samuel restaient intacts prouvait qu’il était moins destructeur, une meilleure nature et plus responsable que moi.J’étais si désespéré que je demandais à Samuel de me prêter ses jouets, mais il re-fusait catégoriquement.Alors je cherchais des passages du Pentateuque au sujet de l'amour fraternel.Mon professeur d’hébreu m’avait enseigné une citation du Talmud à propos de l’obligation dhonorer son frère aîné.Samuel était un gentil garçon.Il décida donc de m’appeler Honorable Frère, mais n'accepta pas pour autant de partager ses jouets.J'eus alors une brillante idée.Lecteur avisé, je me souvenais de maintes histoires.Nous passâmes bientôt un accord: Samuel me prêterait une partie de ses jouets, et en contrepartie, je lui raconterais des histoires.VOIR PAGE D 2: ÉCRIVAIN -0**» l»»" • ç ' DtS ?LE DEVOIR V R.E : .q ¦ m ° Ê i t u s ïerre Ouellet e n Au départ, on rencontre un homme seul, avec sa mémoire, avec un cerveau qu’il voudrait parfois s’enlever au scalpel.Puis, s’ajoutent d’autres personnages, hommes ou femmes, marchant tous sur la même route, une route n’allant nulle part et filant à toute vitesse sous leurs pieds.L’Avancée seul dans l’insensé, qui vient de paraître aux éditions du Noroît, parle de tout cela.C’est le dernier recueil de poésie de Pierre Ouellet.Il aborde le parcours des humains dans un univers en constante perte de sens.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR L% homme se présente en souriant à l’entrevue.On s’en étonne quand on a traversé, seule, les pages noires et vacillantes de ses derniers poèmes.lœs textes de Pierre Ouellet se sont assom-’ bris depuis Vita Chiara, Villa oscura, par exemple, où fusait le chant des oiseaux et où la beauté humaine nous attendait presque à chaque strophe.Abordant la cinquantaine, Pierre Ouellet contemple aujourd’hui un monde où le sens a perdu sa place.Un monde vidé de ses dieux et de sa morale par exemple, mais aussi vidé de ses buts, politiques ou autres, dans lequel les individus avancent seuls, incapables même parfois d’habiter un espace commun, hantés par l’angoisse et l’anxiété de leur propre fin.Un monde qui luit dans l’obscurité.Il parle par exemple d'une vie «trop étroite pour nos grandes âmes mal arrimées, qui ne couchent jamais dans le même lit.Un est l’un pour l’autre sans abri.» «Ce sont des êtres éloignés qui se rencontrent, un homme et une femme, qui évoquent sans doute le premier homme et la premièreJemme, c’est un peu comme si on n’était jamais sortis du mythe d’Adam et Eve», dit Pierre Ouellet au sujet de son livre en entrevue.Pourtant, ce premier homme et cette première femme pourraient aussi être les derniers, puisqu’on sent, au fil des pages, leur disparition toute proche, sans descendance.Inscrivant leur vie dans une histoire qui a perdu son sens, les personnages du poème sont livrés à leur propre finalité, et aux éléments déchaînés.«Passez par le vide, entre les choses, pour voir venir cet autre temps tant attendu: l’éternité des grands glaciers.qui fondent sur nous avant de couler vers d’autres deux que notre ciel bouché», écrit Ouellet Solitude Solitude, donc, et solitude faiblement éclairée par les ampoules noires, qu’on retrouve sur l’un des cinq tableaux de Marc Séguin qui illustrent le livre.Ce sont des tableaux sombres, eux aussi, mettant en scène des êtres généralement esseulés, comme si les lanternes allumées a l’époque des lumières et qui ont rayonné jusqu’à nous ne vibraient plus que d’une faible lueur, que nous allions bientôt être plongés dans la plus totale obscurité.VOIR PAGE I) 2: FUITE PRIX RtCHARD-ARiS 2000 Yvan Lamonde • histoire sociale des idées au québec Une synthèse magistrale et inédite de l'histoire intellectuelle du Québec L K I) K V (( I R .L E S S A M E I) I 2 6 ET DI M A X 0 H E M A I 2 0 0 1 i) 2 FUITE ^ Livres — ÉCRIVAIN SUITE DE LA PAGE D 1 Confrontés à l’univers technologique, le seul que l’on envisage pour l’avenir, dit Ouellet, l’homme et la femme doivent faire face à leur finalité biologique.Aussi ses phrases sont-elles peuplées d’organes, de cœur, de cervelle, de cornée, d’amygdales, qui sont souffrance et dont il faut faire l’ablation.A défaut de sens, c’est donc l’esthétique qui guide Ouellet au fil des pages.Une esthétique sombre, pleine de blessures, à l’image des temps modernes.Dans cet univers, «on se soucie de quelque chose, mais pas de l'autre.1m seule façon qu’ils [les personnages du livré] ont de vivre ensemble, c'est de se soucier d’une même chose, qui est leur propre disparition, leur propre fin, leur abandon partagé.» Car Pierre Ouellet, qui est aussi professeur de littérature à l’UQAM et qui a signé de nombreux ouvrages, romans, recueils de poésie et essais, offre bien dans ce recueil une vision pessimiste.En page couverture, un personnage «s’enfonce dans la nuit du monde», pour reprendre ses mots.«U y a un souci de ce qui se termine, de ce qui finit.On annonce pas la fin du monde, mais c’est comme s’ils étaient toujours au bord d’un abandon mutuel, ou d’une fin de leur histoire», reconnaît-il.le livre est pourtant une «avancée», comme l’annonce le titre.Une avancée, seul, dans l'insensé.«À mon sens, c’est là que l’humanité est arrivée, d’une certaine façon, et que nos sociétés, en tous cas, sont rendues.On est obligé d’avancer dans le non-sens.Il n’y a plus d’idéologies qui nous soutiennent, il n’y a plus de systèmes de valeurs, de systèmes de croyance, qui nous éclairent sur notre pré- sent, sur notre avenir, donc on vit dans une certaine nuit de la pensée», croit-il.Ne reste plus, pour s’éclairer, que la voix, la parole, brandie par les poètes, les artistes.Pour Ouellet c’est la seule chose qui permette d’avancer encore dans la nuit, ces voix qui se répondent, qui ne témoignent plus que de leur souffrance.«L'idéologie des lumières, l’humanisme classique, avec tous ces rêves de bonheur, d’humanité meilleure, nous a conduit au pire, d’une certaine façon, constate Ouellet.Le XX' siècle est quand même une accumulation de preuves contre cette espece d’idéologie du progrès à tout prix, cette quête sans fin d’un bonheur qu’on devait atteindre dans la fin de l’histoire.Pour moi, la fin de l’histoire, c’est que le bonheur, tel qu’on l’entendait à l’âge classique, n’est pas possible.C’est autre chose qui existe.Il y a des formes de consolation, notamment à travers la sensualité, mais le bonheur au sens où chacun pourrait vivre dans une communauté fraternelle, libre et solidaire, est quelque chose à quoi on n’arrive plus beaucoup à croire.» Ne reste plus que la compassion, le partage de la douleur de l’autre.Pour sa part Pierre Ouellet reconnaît avoir jadis fait partie de la mouvance de gauche, mouvance qui a été déçue par les échecs des idéologies socialistes.Aujourd’hui, face au vide et à la mort face à l’insensé, ne reste plus que l’art pour prendre la parole dans la nuit.Et la partager avec d’autres.L’AVANCÉE SEUL DANS L’INSENSÉ , Pierre Ouellet Éditions du Noroît, Montréal, 2(X)1 113 pages 24 librairies au Québec % Renaud- www.renaud Brav ’w NOS MEILlfURES VENTES du 16 au 22 mai 2001 1 Biographie 1 Pierre DUCHESNE Qc Amérique 2 Roman Qc ADÉLAÏDE - U goût du bonheur; T.2 * 8 Marie LABERGE Boréal 3 Roman Q< GABRIELLE • Le goût du bonheut T.1 9 25 Marie LABERGE Boréal 4 Jeunesse HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU, T.4 4P 24 Jeanne K.ROWUNG Gallimard S B.D.ASTÉRIX ET LATRAVIATA 11 Albert UDERZO Albert René éd 1 Roman Qc UN DIMANCHE À U PISCINE À KIGALI 4P ¦ Prix des libraires 2000 - 30 G COURTEMANCHE Boréal 7 Roman LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M.2 Catherine MILLET Seuil R Spiritualité LE GRAND UVRE DU FENG SHUI 109 GUI HALE Manise 9 Santé GUÉRIR SANS GUERRE « 59 Johanne LEDOUX Flammarion Qc 10 Roman DOLCE AGONIA 4P 10 Nancy HUSTON Actes Sud 11 Roman U DÉMON ET MADEMOISELLE PRYM 4 Paulo COELHO Anne Carrière 12 Essai Oc LE V1LUGE QUÉBÉCOIS D'AUJOURD'HUI 4P 4 MEIANÇON & POPOVK Fides 13 Nutrition LES ALIMENTS DE L'INTELLIGENCE 4P 4 Jean-M.BOURRE Odile Jacob 14 Polar DOSSIER BENTON 4 Patriào CORNWELL Calmann-Lévy 1S Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI 1 4P 19 T.D ANSEMBOURG L'Homme li Polar DEADLY DÉCISIONS 7 Kathy REICHS Robert Laffont 17 Essai NO LOGO : La tyrannie des marques V 4 Naomi KLEIN Leméac 11 Polar 1 Caleb CARR Pr.de la Cité 19 Polar Qc l ARGENT DU MONDE, T.1 8 T.2 12 Jean-J.PELLETIER Alire 20 Polar 1 Clive CUSSLER Grasset 21 Roman 2 Bernhard SCHUNK Gallimard 22 Jeunesse À LA CROISEE DES MONDES, T.3 - U miroir cfambre 4P 7 Philip PULLMAN Gallimard Robert Laffont 23 Roman 1 Judith MICHAEL 24 Polar OPÉRATION HADÈS 4P 13 LUDLUM & LYNDS Grasset 25 Roman LA MUSIQUE D UNE VIE 4P 15 Andrei MAKINE Seuil 24 Sport Qc MICHEL BERGERON À CŒUR OUVERT 8 Mathias BRUNET Qc Amérique 27 Roman 0c LA PERTE ET li FRACAS 4P 9 Alistair MACLEOD Borécl 28 Cuisine SUSHIS FACHES 4P 51 COIUCTIF Marabout 29 Roman HARRY POTTER À L'ÉCOLE DES SORCIERS, T.1 4P 74 Joanne K.ROWUNG Gallimard 30 Humour Oc US CHRÊTIENNERIES 33 Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 31 Psychologie À CHACUN SA MISSION 4P 74 J.M0N60UR0UETTE Novalis 32 ScSodole Qc CONTES ET COMPTES DU PROF LAUZ0N 4 Léo-Paul LAUZON Lanctôt ed.33 Guide Qc GÎTES ET AUBERGES DU PASSANT AU QUEBK 2001 13 COLLECTIF Ulysse 34 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE 4P .Ed.compacte - 33 A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 35 Roman Qc DANS LA FOUDRE ET U LUMIÈRE 3 Marie-Claire BLAIS Boreal 34 Récit ON NE PEUT PAS ÊTRE HEUREUX TOUT U TEMPS 4P 14 Françoise GIROUD Fayard 37 Humour Qc JOURNAL D'UN TI-MÉ 28 Claude MEUNIER Leméac 31 Roman 4 Jorge SEMPRUN Gallimard 39 Roman LA CONVERSATION AMOUREUSE 4P 34 Alice FERNEY Actes Sud 40 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION 4P 157 F.DELAVIER Vigol 41 Psychologie LA SYNERG0L0GIE 4P S3 Philippe TURCHET LHomme 42 Roman U CIMETIÈRE DES BATEAUX SANS NOM 3 A.PEREZ-REVERTE Seuil 43 Spiritualité U POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT 34 Eckhart TOLU Ariane W4 Psychologie S Nathalie JEAN te Dauphin Blanc 45 BkpvhlaOt PRISONNIER À BANGKOK 5 OLIVIER 8 LESTER L'Homme ^ : Coup d« coeur RB ¦¦¦ : t4” semaine sur notre liste N.B.: Les dictionnaires et les titres à l'étude sont exclus Nombre de semaines depuis parution Consultez notre palmarès hebdomadaire dans toutes nos succursales ! Pour commander à distance ^ (Si4) 342-2815 www.renaud-bray.com SUITE DE LA PAGE D 1 Cependant, ma réserve d’histoires était limitée, et le fait de les répéter les rendait ennuyeuses.Voilà pourquoi je commençai à transformer les histoires tristes de mon vieux répertoire.Samuel était ravi.Modifier une histoire triste en lui donnant une fin heureuse, c’était comme panser une blessure dans sa mémoire.Fort du succès de mes entorses, je me disais que ce serait une bonne idée de publier des contes avec des fins interchangeables.J’avais entre huit et dix ans lorsque je débutai l’écriture de mes œuvres.Bien que j’aie dû à plusieurs reprises arrêter la rédaction d’histoires pour enfants, je m’y suis toujours remis.Les contes hassidiques furent la phase suivante.Chaque conte était dédicacé à un maître de la littérature hassidique, et était élaboré à partir de ses propres idées.Si d’aventure un élément nouveau apparaissait, il ne s’agissait que d’une légère déviation des récits d’un Tzaddik ou d’un de ses disciples.Si les citations des maîtres étaient authentiques, elle étaient parfois déformées et interprétées de façon puérile.L’ensemble respectait cependant les traditions et je n’omettais rien.Mon oncle Avraham Mickael-son avait écrit un certain nombre de livres sur les traditions hassidiques.De surcroît, son père, mon grand-père, Zvi Yehezkiel Mickaelson, était l’un des deux piliers de la littérature hassidique, l’autre étant son cousin, Rabbi Yosef Lowenstien de Serock.La coutume voulait que les auteurs fissent approuver leurs œuvres par une haute autorité chargée de rédiger un rapport qui était reproduit dans le livre.Mon grand-père, généreux, distribuait en plus des conseils ou apportait des informations bibliographiques.Il recevait donc beaucoup de livres à titre gracieux, que je consultais à loisir.J’ai toujours eu le sentiment qu’il aurait préféré me voir étudier le Halakha (la jurisprudence rabbi-nique), mais il n’a jamais critiqué mes choix de lecture.Mon écriture acquérant de la maturité, j’étendais mes activités à des nouvelles et des romans, sans pour autant arrêter d’écrire des contes hassidiques et de les publier dans un magazine littéraire réputé.[.] Samuel était toujours impatient d’écouter la morale de mes contes.Aujourd’hui cependant, je doute du fait d’avoir correctement interprété les maximes.J’ai commencé à fréquenter le heder (l’école de grammaire) à l’âge de quatre ans environ.Je n’avais pas encore treize ans fi age de la Bar Mitzvah) lorsque j’entrepris d’étudier l’hébreu et que je fus accepté dans une académie rabbi-nique de Varsovie.Rabbi Rachmiel Zeltzer, né comme moi à Zgierz, se souvient que les trois garçons acceptés par l’académie faisaient des envieux dans toute la ville.[.] Mon père et mes deux grands-pères publiaient des livres, deux de mes oncles étaient écrivains et un troisième était journaliste.Je me contentais de suivre la tradition familiale.Enjeux des genres dans les écritures contemporaines Hotvtrt r I V 4 LE DEVOIR.LES S A M E DI 2 « ET DI M V N I II E M A I 2 O O I i) Livres ROMANS QUÉBÉCOIS Ali LITTÉRATU R E J E 11 N E S S E Heureusement qu’il y a les autres Hurluberlu et autres délicieuses absurdités BOUSCOTTE Le GOÎT Dl BEAU RISQUE Victor-Lévy Beaulieu Edition Trois-Pistoles, 395 pages Ce roman, Victor-Lévy Beaulieu a mis quelque temps à le rendre dans ses grosseurs, comme il aime à le dire lui-même.Ce fut d'abord un manuscrit, pas malingre, de quelque 1500 pages, qu'il transforma en feuilleton diffusé à la télévision de 1997 jusqu'à ce printemps.Le revoici dans le premier tome de sa version romanesque, qui en comptera trois.Beaulieu a l’habitude de ces manières différentes d apprêter ses propres textes, et il y réussit souvent bien.Je ne saurais dire comment était le Bouscotte du petit écran, ne l’ayant pas vu.Le roman, lui, a ses grosseurs, comme les entend l’écrivain, mais il n’est pas sûr qu’elles soient toutes nécessaires.On le dit polyphonique, sur la quatrième de couverture, alors que chaque chapitre est le soliloque d’un personnage, mélange de monologue intérieur et de compte rendu de son quotidien.Ils sont une quinzaine à se relayer Robert ainsi, tous apparentés à l’une ou r.l’autre des familles Beauchemin et Bérubé, deux dynasties de la * * * région de Trois-Pistoles qui sont en fâcherie depuis un siècle.Les premiers, dont la saga occupe tout un pan de l’œuvre de Beaulieu, occupent plus de place, comme il se doit Lejeune Bouscotte, fils de Charles Beauchemin, et Eugénie, la sœur de ce dernier, ont droit à trois chapitres chacun.Les Beauchemin sont entrepreneurs, les Bérubé, marchands de bois, évincés jadis du village par les Beauchemin, d’où une rancœur tenace entre les deux clans.De part et d’autre, on tient à ses querelles comme à son bien le plus précieux.Nous sommes pourtant à peu près aujourd’hui.Alors qu’à Trois-Pistoles on se regarde en chiens de faïence, Charles Beauchemin vit à Montréal depuis dix ans.Il avait renié pays et famille par solidarité pour Manu Moren-cy, un employé de son père, que ce dernier avait refusé d’indemniser par suite d’un accident de travail.Charles est un publicitaire récalcitrant; il s’ennuie de Fanny, sa compagne, qui court l’Amérique en quête de rôles au cinéma Bouscotte, leur fils, est un enfant de la ville et de la rupture avec la région natale: Trois-Kstoles ne lui est rien et, pour s’assurer que son père ne l’y emmènera pas, il intercepte les lettres de réconciliation que celui-ci expédie au vieil Antoine Beauchemin.Que leur arrive-t-il, à ces personnages, que racontent-ils?Leurs occupations quotidiennes, où les gestes comptent davantage que les paroles.Dans les rares passages dialogués, chacun exprime son humeur, le plus souvent méchante.On se fait des reproches, on donne des ordres, on lance des phrases qui coupent court à une réplique.Les personnages de Beaulieu, là-dessus, ressemblent à ceux que nous connaissons depuis le début ils ne sont pas jasants et ne se préoccupent pas beaucoup de communiquer.Ils se relaient à la barre du récit et l’histoire avance, lentement lancée pour longtemps, avec quelques redites — inévitables puisque les personnages ne se sont pas consultés.Mais ce qui les occupe surtout ce sont leurs rêves, leurs ambitions.Celui d’Eugenie, la forgeronne, qui veut devenir artiste-sculpteur de Charles, le publicitaire, qui se voit en écrivain; de Philippe, qui redresserait l’arrière-pays s’il était députe; de Manu Morency, qui se vengerait d'Antoine Beauchemin; de Dief Bê gin et sa Californie mythique; de Bouscotte enfin, l’enfant lunatique qui a décidé qu'il serait cinéaste-cosmonaute.Es forment de grands projets, ils se veulent prométhéens sans en avoir les moyens ou l’envergure.Et — c’est la grande faiblesse de ce livre — on leur prête à tous, âges et conditions confondus, le même langage: la vraisemblance est compromise et, avec elle, la polyphonie.la plupart des personnages ont par ailleurs leurs artistes-fétiches, qui portent haut leur idéal et sont des interlocuteurs plus familiers que l’entourage.C’est le poète Paul Eluard pour Eugénie, le cinéaste Fellini pour le jeune Bouscotte.Nietzsche pour Manu Morency, Antonin Artaud pour Charles, quand ce n’est pas Marcel Proust qu’il paraphrase, mine de rien: ••Longtemps, je me suis levé de très bonne heure», lance-t-il au début d’un chapitre.Il n’y a que chez les Bérubé, Malécites par leur mère, qu’on s’alimente à un imaginaire proche, celui des légendes amérindiennes.Chez les Beauchemin, il semble qu’on serait en fâcherie avec la culture d’ici.Selon Fanny, la mère de Bouscotte, les cinéastes québécois «ne sont même pas capables de faire la différence entre la réalité et la fiction, de sorte que leurs films sont ou des documentaires bâclés ou des histoires qui ne se tiennent jamais debout par elles-mêmes».Et de déplorer les réputations surfaites de Gilles Carie et de Jacques Godbout.Charles Beauchemin, lui, stigmatise les corps travestis dans Les Chroniques du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay et ajoute, sentencieusement «Le corps comme territoire dévasté ne peut pas devenir une conscience et encore moins une conscience politique.Il lui faudrait une âme et les personnages de Michel Tremblay sont trop maladivement gras et trop maladivement complaisants pour en avoir une.Ils sont à l’image de notre société, ils la justifient dans l’impuissance qu’elle a toujours eue d'accéder à son indépendance.» Philippe, le futur politicien, dit de franches sottises sur la télé qui aurait vidé les campagnes, ce qui ne manque pas de piquant quand on sait comme Victor-Lévy Beaulieu a lui-même beaucoup prospéré grâce au petit écran.Certains des personnages y vont enfin de leurs déplorations sur l’état actuel du pays: «la chimère de la révolution que les Québécois, avec l’élection de René Lévesque en 1976, ont fait devenir peau de chagrin par couardise» (Eugénie) ou «le rapetissement du Québec, d’abord sauvage, puis canadien et maintenant incertain parce que la peur nous habite tous» (Manu Morency).Tout cela est gros, et souvent un peu commode.On trouve dans ce début de Bouscotte un rapaillage hétéroclite d’imaginaires qui font ressembler les personnages à leur auteur, qui s’en est souvent tiré mieux qu’eux dans ses propres admirations pour Victor Hugo, Jack Kerouac, Herman Melville, Léon Tolstoï ou Jacques Ferron.Tout aussi gros, ce discours à saveur sociopolitique, relayé par le sous-titre de ce premier volume et ceux des suivants qu’on annonce: «Les conditions gagnantes» et «L’amnésieglobale transitoire».Le meilleur de ce roman, c’est celui qui chante l’in-dianité et la judéité.Peut-être est-ce là, enfoui dans le foisonnement de son livre, le propos de Beaulieu, d’avoir voulu souligner la fatigue d’une québécitude épuisée, tricotée trop serré?robert.chartrandSqsympatico.ca Le gout du beau risque CAROLE TREMBLAY Il faut le reconnaître, la critique de littérature jeunesse a parfois l'impression de relire le même livre pour la dixième fois, à quelques virgules prés.Force est d’admettre que les lapins qui perdent leur doudou et les oursons qui réagissent à la venue du nouveau bébé finissent par lasser.Aussi le cœur de la critique bondit-il quand elle ouvre un album avec l’impression rare et rafraîchissante de jamais-lu.Surtout si ce jamais-lu n’est pas un objet graphico-expérimental-à-la trame-narrative-éclatée devant lequel les enfants restent sinon pantois, du moins perplexes.Voici une brochette d’absurdes nouveautés acidulées qui sortent des sentiers battus sans perdre les enfants en cours de route.VOYAGE EN ABÉCÉD1E Texte de Nadia Budde, illustrations d'Eugène Autrement Jeunesse, 49 pages L’abécédaire a vu du pays depuis son invention mais, à mon avis, il a rarement atteint un degré de délicieuse absurdité comme celui-ci.Chaque lettre propose quelques phrases colorées, qui décrivent une réalité de ce territoire imaginaire qu’est l’Abécédie.Il va sans dire que le texte repose plus sur l'utilisation frénétique de la lettre que sur une quelconque logique.Ça donne des phrases comme, à G: «Gédèon garde Gisèle.Geneviève garde Gustave.Gustave garde son calme.» A R: «Richard, Roland, le roi d'Abécédie et riboul-dingue, le roquet, jouent à trois perruques pour trois crânes.» On s’échange les perruques, on rit.Et l’excellent V-W: «U week-end, le savoir-vivre veut que les invités ne se dévorent pas entre eux.Vladimir, Victor, Walter et William attendront lundi.» DRÔLES DE POISSONS Jean-François Barbier Lajoie de lire, 27 pages Voilà un petit sans histoire, un petit livre-concept tout simple.Un petit livre-devinette qui demande à l’enfant de troyver le nom du poisson illustré.Evidemment, ce n'est pas le genre de poisson qu’on peut pécher dans les lacs et rivières de nos grandes forêts boréales: poisson-dormeur, poisson- Jacques Parizeau Le Croisé (1930-1970) de Pierre Duchesne Pterrr DuiArs! l>re Ils ne demandaient t t n qu a brûler nouvelle edition revue et augmentée 576 pages ,95 S Toute la poésie de Gérald Godin enfin réunie._MM T lu UOCTt L K I) K V 0 I H .L E S S A M EDI 2 fi ET I) I M A N < Il E M A I 2 O 0 I I) () EXPOSITIONS Une étape cruciale FIGURATION ET ABSTRACTION AU QUÉBEC L’ABSTRACTION: UNE MANIÈRE DE VOIR SALLE JEAN-PAUL LEMIEUX Nouvelles salles permanentes au Musée du Québec Parc des Champs-de-Bataille, Québec Depuis le 10 mai 2001 DAVID CANTIN En décembre dernier, le Musée du Québec entamait le redéploiement d’une partie de sa collection permanente grâce à deux nouvelles salles où un parcours des origines de l’art québécois jusqu’au milieu du vingtième siècle était à l’honneur.Voilà qu’on complète enfin ce trajet avec deux expositions: Figuration et abstraction au Québec, 1940-1960 et L’Abstraction: une manière de voir.L’institution de la Vieille Capitale en profite aussi pour ouvrir les portes de sa salle jean-Paul I/'mieux, un espace de contemplation et de recul face à des œuvres qui demeurent d’une grande pertinence.Même si on connaît la plupart des tableaux et des sculptures qui occupent ces lieux, on les redécouvre grâce à un travail de présentation fort convaincant.Loin d’être banal, il s’agit plutôt d’une manière assez dynamique de proposer aux visiteurs une rencontre stimulante avec les grands courants de l’art québécois.Dès qu’on entre dans la salle 2 qui accueille Figuration et abstraction au Québec, 1940-1960, les contractes sont aussitôt perceptibles.A ce titre, il faut saluer les propositions audacieuses du designer en chef Denis Allison.Le rapprochement avec Québec, l’art d’une capitale coloniale n’est pas gratuit.On a affaire à un même type de proposition qui suscite les renvois esthétiques.Au centre de la pièce, une longue rangée de sculptures sépare bien les deux tangentes cruciales.Deux échos parallèles s'installent.Sur un mur, l’automatisme sans limite d’un Bor-duas.De l’autre côté, la sensation immédiate d’un Tousignant.\j& première toile qui sert de guide reste le Conciliabule (vers 1945) d’Alfred Pellan.Ces taches abstraites s’accumulent pour donner à la forme du corps humain une dimension universelle.On distingue des contours, des visages et des regards qui permettent une symbiose du monde intérieur et extérieur.On multiplie les perspectives, les points de vue et les témoignages sensibles du début des années 40 jusqu’à la fin de la décennie 50.Une sculpture intrigante comme 1m Partie de balle (1955) d’Anne Kahane côtoie les Signes cabalistiques (1943) éclatés d’un Bor-duas.Certains seront heureux de revoir le célèbre Coq licorne (1952) de Jean Dallaire, qui surprend toujours à travers ses contrastes singuliers et la violence expressive qu’il dégage.Le choix des œuvres de Molinari, Mousseau, Jérôme, Perron et Dumouchel mesure l’ampleur de la collection prestigieuse que le Musée du Québec a pu élargir au cours de son histoire.Des repères pour le novice Dans la salle 9, L’Abstraction: ! I | une présentation du I I Conseil des arts textiles du Québec as: I tél.514.524.6645 • www.catq.qc.ca I r i T i s s u s O 4/24 juin 2001 une rencontre inédite entre textile et vidéo 18 installations in situ dans une ville en mutation Carole Baillargeon, Ivon Bellavance, Marie Lynda Bilodeau, Lou Cabeen, Caroline Gagné, Louis Hains, Michelle Héon et Emmanuelle Baud, Charlotte Herben, Annie Martin, Shelley Miller, Dominique Noreau, Clio Padovani, Amélie Pellerin, Ana Rewakowicz, Ruth Sheuing, Leila Sujir, Maren K.Ullrich et Lisa Vinebaum présentent leurs œuvres inédites : | ICARI (Institut de création artistique et de recherche infographique) 55, avenue Mont-Royal Ouest, 5" étage | Mai (Montréal, arts interculturels) 3680, rue Jeanne-Mance | SAT (Société des arts technologiques) I I 305, rue Sainte-Catherine Ouest | Installations extérieures I I 3675 et 3700, rue Saint-Dominique | I-1 es en fete lüyÉiÉ MUSÉES EN FÊTE EST UNE REALISATION DE LA SOCIÉTÉ DES MUSÉES QUÉBÉCOIS EN COLLABORATION AVEC LÉ MCCQ.TÉLÉ-QUÉBEC ET LE DEVOIR Québec de* mu»*** qtiéhécoi* LE Télé-Québec une manière de voir prend des allures beaucoup plus libres.Comme l’exposition couvre les quarante dernières années, elle pourrait subir bien des métamorphoses au fil du temps.C’est d’ailleurs pourquoi cet espace répond beaucoup moins aux exigences d’un design précis.Il faut sans doute avoir beaucoup d’imagination pour ne pas rendre la pièce trop difficile d’accès.La hauteur de la pièce, les murs, les curieuses dimensions n’aident en rien.Pour Michel Martin, conservateur de l’art contemporain, le souhait semble surtout de tendre vers une sorte d’introduction pédagogique qui met l’accent sur un certain nombre de repères pour le novice.Ce choix se défend dans la mesure où il met en interaction des œuvres sans toutefois faire de compromis.Comme le Conciliabule de Pellan, Le Bûcher (1997) de Marie-Claude Bouthillier confronte plusieurs motifs aux dimensions variables qui en viennent à prendre des allures d’icône.Ces pans de bois travaillent une forme de même qu’une surface inhabituelle, alors que les densités des couleurs se recoupent.Dans la toile Monique (1970) de Jacques Hur-tubise, c’est le va-et-vient optique qui s’avère saisissant.Le rituel est de mise dans les jeux de compositions photographiques d'Irene Whittome.Dans la série Saint-Alexandre, matière et lumière basculent l’un dans l’autre.Une œuvre tout droit sortie de la culture pop, comme la Chenille verte (1970) d’Yvon Cozic, peut très bien figurer près des Kiiks conceptuels de François COLL.MUSÉE DU QUÉBEC Pise, 1965, de Jean Paul Lemieux Dallegret.On retient le magnifique hommage que Serge Le-moyne rend à Matisse avec son Atelier rouge (1996-97).Cette série de tableautins frappe par son impressionnante cohésion rythmique d’ensemble.La photo chez Charles Gagnon fait entrer le réel dans une conscience métaphysique du temps comme de la mémoire fugitive.On passe d’un sens à l’autre, de l’horizontalité de la vague à la verticalité des oactus.Tout près, Martin Bourdeau substitue aux visages des personnages de La Ronde de nuit de Rembrandt des ovoïdes noirs qui donnent une dimension géométrique au chef-d’œuvre du peintre.Fig.52 (La Ronde de nuit de Rembrandt) (1999) montre aussi au visiteur qu’un travail très contemporain peut -L Rita Letendre Les éléments Peintures récentes et publication d'une importante monographie couleurs Jusqu’au 30 juin GALERIE SIM ON BLAIS .4521, me Clark Montreal H2.T 213 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9h30 a 17 h 30 et le samedi lOh a 17h PIERRE AYOT ÉPIPHONIE HORS CADRE(S) Œuvres sonores Rétrospective jusqu'au 26 mai 2001 jusqu'au 17 juin 2001 Galerie Graff y MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL 953, rue Rachel Est, Montréal 1379, rue Sherbrooke Ouest, Montréal Renseignements : 514.526.2616 Renseignements : 514.285.1600 HOPITAL Vingt artistes créent des œuvres in situ dans un hôpital désaffecté .14) 722-1402 .
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