Le devoir, 7 juillet 2001, Cahier D
L K DEVOIR.L f S SA M E 1* I ET DI M A X l II E S .1 I I I l.E I 2 O O I LE DEVOIR 9* Les touristes qui flânent, le nez en l’air, rue de la Commune, à Montréal, ou aux terrasses des cafés dans le Vieux-Québec, après avoir admiré le cap Diamant ou la chute de Montmorency, ont-ils changé depuis l’époque où ils débarquaient dans les ports respectifs de ces villes, après plusieurs jours d’une traversée exténuante?Il semble que non, à en juger par ce qui fait encore l’objet de leur admiration, hier comme aujourd’hui: les beautés naturelles du pays, la chaleur des habitants, le pittoresque et la singularité d’une société à majorité française, avec des lois, des coutumes et un parler qui lui sont propres, sur un continent qui vit par ailleurs à l’heure anglaise et américaine.Tout au cours de l’été, le cahier Livres du Devoir invite à voir le Québec à travers le regard de l’autre, de ces touristes d’une espèce choisie que furent, au siècle dernier, quelques écrivains-voyageurs — et non des moindres: Trollope, Whitman.—, des géographes, des journalistes, des poètes, des épistoliers, que les hasards de leurs pérégrinations conduisirent, de l’Angleterre ou des Etats-Unis, sur les bords du Saint-Laurent Dénichés sur les rayons des bibliothèques où ils attendaient d'être repris, ces textes, que nous vous invitons maintenant à découvrir, ont été choisis, réunis et traduits par le géographe Luc Bureau, friand de ce type de littérature, qui a su, dans le passé, en faire bon usage (Pays et mensonges - Le Québec sous la plume d’écrivains et de penseurs étrangers, Boréal, 1999).Les textes cette fois retenus ont tous la particularité d’avoir été écrits et conçus en anglais, d’avoir ajouté, en somme, à l’altérité du regard, celle de la langue, induisant une richesse de plus, une distorsion de plus.Un tel écart donne à rêver.Il donne parfois aussi des pages savoureuses.Les voici.Marie-Andrée Lamontagne ffi Roman québécois Page D 3 Essais Page D 4 L’Est en West Page D 5 Polars Page D 6 Art actuel à Rimouski Page D 8 LUC BUREAU Une jeune Anglaise de ( époque victorienne partit un jour en voyage et jamais n en revint tout à tait.Elle venait d’attraper le virus de la bougeotte, du va-et-vient, de l’escampette.Et.pendant et après chacune de ses errances, elle écrivit un livre, puis un autre et un autre encore.Mais seul le premier de ses récits de voyage, qui a pour titre The Englishwoman In America (1856), nous intéresse ici.En voilà une façon de célébrer son anniversaire de naissance! Vous prenez le premier bateau à Liverpool en partance pour ('Amérique et, quatre mois et demi plus tard, vous revenez à ce même port.Dans l’intervalle.vous avez franchi la ligne de partage entre votre 22e et votre 23 anniversaire, et vous avez parcouru le nord-est des États-Unis et l’est du Canada, du lac Érié à Halifax en passant par Montréal et Québec.Le récit de voyage que vous publiez deux ans après ce périple vous assure déjà une belle renommée et un succès populaire.Vous êtes jusqu ici la plus jeune voyageuse en Amérique à avoir jamais fait le récit de ses aventures.On trouve votre plume étincelante, pleine de fraîcheur, jamais ennuyeuse, même si parfois on souhaiterait qu elle fût un peu plus sobre et moins engluée de préjugés.J'oubliais! Elle s'appelle Isabella Lucy Bird.Elle est née le 15 octobre 1831 dans le Yorkshire, fille d’un très dévot pasteur de l’Église d’Angleterre.En dépit de sérieux problèmes de santé, grâce à la médecine toute-puissante des voyages, elle a pu atteindre — âge vénérable à son époque — les 73 ans.Au long de ces années, elle a dû avoir quelques mérites puisqu’en 1893, la Royal Geographical Society de Londres l'accueillit comme membre à part entière dans ses rangs.Elle était la première femme à accéder à un tel honneur.Leur Amérique ¦ Le Québec sous le regard d'écrivains anglais américms et autres Le Charretier, 1866.Collection Archives Notman.WILLIAM NOTMAN Une jeune Anglaise en Amérique .J Isaoelta Lucvmrd [.] Nous naviguâmes quatre ou cinq milles de plus (après les rapides de Lachine) quand tout à coup, à travers le grand ri-_ _ deau de brume qui s’estompait, surgit Montréal.Je n’ai jamais vu une ville aussi superbe sortir de l’eau.Elle couvre une vaste étendue de terrain qui s’élève doucement à partir du fleuve jusqu’à son adossement contre la Montagne, colline escarpée de 700 pieds de haut.Même à distance, les apparences nous sont résolument étrangères.Quand la brume se dissipe, on aperçoit la montagne, avec la forêt qui la recouvre, tout écarlate et pourpre; les eaux bleues du fleuve se hâtent joyeusement tout autour; les montagnes Vertes et Belleisle [sic, sans doute s’agit-il du mont Belœil] affichent les teintes rosées de l’aurore; de tout ce qui est à distance émane une lueur violette; les toits d’étain, les flèches altières et les coupoles de la ville nous renvoient les rayons du soleil matinal.Un édifice élevé, d’inspiration gothique, ressemblant à distance à l’abbaye de Westminster, d’élégants bâtiments publics, un quai superbe en pierres de taille d’un mille de long donnent, à partir du fleuve, une allure imposante à la ville.Nous sommes descendus à la première écluse du canal et je me suis rendue tout aussitôt à la résidence de l’évêque de Montréal — une maison située près de la montagne, dans un site élevé, qui offre une vue magnifique.J’ai été reçu par l’évêque et sa famille, avec la plus grande gentillesse, et je garde un très bon souvenir de Montréal.C’était un changement curieux et étonnant entre les constructions en bois, les rues larges, l’impression de nouveauté qui se dégageait de ce que j’avais vu précédemment dans le Nouveau Monde, et les vieux édifices en ucy Essayiste anglaise, 1831-1904 pierres, les maisons élevées, les rues étroites et les toits d’étain de la ville de Montréal.Il y a les fenêtres avec leurs volets métalliques, les couvents avec de grandes fenêtres et de longs murs aveugles, des passages étroits bondés d’habitons [en français dans le texte original] bizarrement vêtus et de longs défilés de prêtres.Puis, il y a l’origine française de la ville qui contraste partout et vivement avec l’occupation anglaise.Il y a des rues — la rue Sainte-Geneviève, la rue Saint-Antoine et la rue Saint-François-Xavier; il y a d’anciennes coutumes et des privilèges féodaux; le séminaire des Jésuites et les couvents des Sœurs grises et des Sulpiciens; des prêtres vêtus de longues robes noires; des charretiers dans des manteaux à capuchon, des bonnets de nuit en laine et des ceintures fléchées; des avocats plaidant en langue française.Par contre, on trouve dans des magasins tenus par des Yankees affairés des marchandises de Manchester; des soldats flânant ici et là dans leurs uniformes rouges d’Angleterre; des airs presbytériens en provenance d’églises simples, dépouillées; les institutions qui tirent leur origine tout aussi bien de Paris que de Westminster; et les usages dans les véhicules publics sont tout autant à la mode de I jsbonne que de Ivong Acre.Vous entendez «Place aux dames!» [en français dans Ip texte original) d’un côté de la rue, et «g’iang» [sic) de l’autre; et ce sont les Etats-Unis qui ont contribué à tout cela par leur système d’hôtellerie et la langue américaine.Montréal est un endroit extraordinaire.C’est vivant avec des commerces et des gens d’affaires, des soldats, des charretiers et des marins.Grâce à la VOIR PAGE D 2: BIRD h» Tremblay U bt80500 ,r*'n d .nf.r étonne Mai/Jet l°ol'll.l\(.l rt lirta [Wal Bouchard et Arcand puisent dans des pratiques et des choses, insignifiantes à première vue, des trésors insoupçonnés de sens, de dérision et de beauté.228 PAGES -22,50$ Jean-Pierre ÜJ Issenhuth LU > t/) François 3 Blais O q Georges -J Campeau I LU LU D Madeleine U) Groupe Culture Greffard Üf et Ville
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