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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-07-21, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SA M K l> I 21 ET l> I M A \ t H E J r I I L E T 2 O O I LE DEVOIR Les touristes qui flânent, le nez en l’air, rue de la Commune, à Montréal, ou aux terrasses des cafés dans le Vieux-Québec, après avoir admiré le cap Diamant ou la chute de Montmorency, ont-ils changé depuis l’époque où ils débarquaient dans les ports respectifs de ces villes, après plusieurs jours d’une traversée exténuante?Il semble que non, à en juger par ce qui fait encore l’objet de leur admiration, hier comme aujourd’hui: les beautés naturelles du pays, la chaleur des habitants, le pittoresque et la singularité d’une société à majorité française, avec des lois, des coutumes et un parler qui lui sont propres, sur un continent qui vit par ailleurs à l’heure anglaise et américaine.Tout au cours de l’été, le cahier Livres du Devoir invite à voir le Québec à travers le regard de l’autre, de ces touristes d’une espèce choisie que furent au siècle dernier, quelques écrivains-voyageurs — et non des moindres: Trollope, Whitman.—, des géographes, des journalistes, des poètes, des épistoliers, que les hasards de leurs pérégrinations conduisirent, de l’Angleterre ou des Etats-Unis, sur les bords du Saint-Laurent.Dénichés sur les rayons des bibliothèques où ils attendaient d’être repris, ces textes, que nous vous invitons maintenant à découvrir, ont été choisis, réunis et traduits par le géographe Luc Bureau, ôïand de ce type de littérature, qui a su, dans le passé, en faire bon usage (Pays et mensonges - Le Québec sous la plume d’écrivains et de penseurs étrangers, Boréal, 1999).Les textes cette fois retenus ont tous la particularité d’avoir été écrits et conçus en anglais, d’avoir ajouté, en somme, à l’altérité du regard, celle de la langue, induisant une richesse de plus, une distorsion de plus.Un tel écart donne à rêver.Il donne parfois aussi des pages savoureuses.Les voici.Marie-Andrée Lamontagne Roman québécois Page D 3 Essais Page D 4 L’Est en West Page D 5 Entrevue Page D 6 Arts visuels Page D 7 Formes D 8 Balade en traîneau, 1875.LUC BUREAU Ce que nous savons de John Armoy Knox est bien court, il suffit peut-être de dire qu'il était Irlandais de naissance.Texan d'adoption, vendeur de machines à coudre par nécessité, journaliste par profession, écrivain par vocation, humoriste par ses gènes, propriétaire et administrateur de journal par intérêt financier, marin amateur par goût et par plaisir.Mais ce sont ses titres d'écrivain et d'humoriste qui nous intéressent avant tout.Installé à Austin, Texas, Knox fonde avec un ami.en 1881, un journal humoristique, le Texas Siftings, qui connaît vite un franc succès.En 1885, afin d'élargir le marché, on le déménage à New York, tout en lui conservant une agence à Austin.Et deux ans plus tard, on lance à Londres une édition européenne du journal.De 1886 à 1891, le Texas Siftings se classe au premier rang des publications populaires illustrées américaines.avec un tirage de plus de 150 0Q0 exemplaires.Knox est devenu un directeur d'entreprise.Si, aujourd'hui, les voyages sont laissés sans trop d'efforts à la consommation de chacun, en ces temps-là, ils servaient d'instruments de mesure au succès et à la soif de connaissances.En 1887, Knox décide de partir en croisière sur un yacht nouvellement construit qui va le conduire du lac Champlain à la Nouvelle-Ecosse.Tout au long du parcours, il tient un journal de bord dans lequel il étale des réflexions, raconte de menus faits auxquels il donne parfois une saveur de tragi-comédie.Publié d'abord comme articles dans le Siftings, ce journal prendra ultérieurement la forme d un livre au titre quelque peu cocasse.A Devil of a Trip, or The Log of the Yacht Champlain, dbù nous tirons les quelques extraits suivants.Leur Amérigue Le Québec sous le regard d'écriv américains et autres ' *' - •Yifcr-, .^ ‘ h \v iæ - /i a .I * % ^ m Wm ' wm ff é ; STUDIO NOTMAN Une croisière inter e y Knox Participer à une croisière de plusieurs milliers de milles exige des préparatifs sans nombre, spécialement lorsque vous devez construire et équiper un yacht comme il nous a fallu le faire.Il y a tout un bric-à-brac à rassembler et plusieurs éléments doivent être transportés sur de longues distances.Le yacht sur lequel nous naviguons se nomme Champlain, d’après Samuel de Champlain, capitaine de la marine française venu en Amérique au début du XVIf siècle.H découvrit et donna son nom au lac sur lequel notre bateau fut construit.Il avait été envoyé au Canada par le roi de France Henri TV pour s’emparer de ce pays, le gouverner en son nom, et pour convertir les Indiens à la religion chrétienne.[.) Je me dois, cependant de changer de sujet je ne me suis pas engagé pour écrire l’histoire, mais pour raconter la vérité sur notre croisière en yacht Je suis allé le voir pour la première fois hier matin et j’ai passé la nuit à bord.Il a un profil magnifique et amarré comme il est sur la surface impavide du lac, il fait un peu crâneur.Conçu pour affronter les eaux agitées du voyage, et pour des raisons de sécurité, il a été construit d’une manière particulièrement solide.Descente du Richelieu Nous descendons la rivière Richelieu qui coule ses eaux du lac Champlain au Saint-Laurent La journée est chaude et la brise légère lorsque nous traversons la frontière canadienne.Nous glissons paresseusement sur les eaux, passant a l’occasion devant des maisons de ferme d’où les occupants sortent, étonnés qu’ils sont de nous voir.Ils semblent surpris de voir ainsi un yacht sur ces eaux; ils gesticulent veulent savoir d’où nous sommes et où nous allons, nous demandent si nous ne voulons pas leur acheter un plein seau de mûres.Nous croisons de longs chapelets de barges, remplies de bois, tirées par de crachouilleux petits remorqueurs à vapeur, se déplaçant lentement vers le sud, sur leur route de Québec à Albany ou à New York.De temps en temps nous voyons un jeune garçon solitaire, assis dans un canot péchant dans une petite baie déserte.Ce n’est pas cette sorte de rivière Journaliste américain: 1850-1906 qui «coule orgueilleusement», qui «court a toute vitesse», ou qui «dégringole tumultueusement vers des eaux azurées»', c’est une rivière tranquille, douce, ornementale, qui ni ne se hâte ni ne s’écoule en ondes turbides, mais qui prend le temps de vagabonder à travers soleil et ombre, le long des mouillères de joncs verts et qui longe des rives vêtues d’épinettes et d’érables, de pins et de sapins.(.| Nous arrivons à Saint-Jean (sur le Richelieu), la première ville du Canada que nous visitons, et je descends pour poster quelques lettres.Saint-Jean diffère peu de villes américaines de même taille, à l’exception du fait que plusieurs, ici, parlent français, qu’on se déplace plus lentement et qu’on mène les affaires d’une manière plus désinvolte que ne le font les Américains.laissez-moi vous décrire la manière nonchalante, désinvolte, avec laquelle un Canadien mène ses affaires.Il faisait très chaud et je désirais une limonade.J'entrai dans une maison à la porte de laquelle était attachée l’enseigne suivante: «Vins et liqueurs Une spécialité pour les cocktails» (en français dans le texte original].J’exprimai mon désir au barman qui, avec l’aide d’un tire-bouchon, essayait de tuer une mouche sur le comptoir.Il la manqua deux fois; puis la suivit jusqu'au baril de bière, où il tenta a nouveau de la frapper, jusqu'à ce quelle parvienne à s’échapper pour aller atterrir sur l’étagère du haut, parmi les boites de corned-beef.D'un ton indifférent, légèrement interrogatif, il marmonna: «Bière?» Je répétai ma commande.Il jeta un coup d’œil attentif en direction de mon nez brûlé par le soleil et, a la manière dont il souleva les paupières, je compris qu’il trouvait étrange que je choisisse une limonade plutôt que de la bière.Il ne fit cependant aucun commentaire, sortit d’un tiroir un citron, prit un couteau et, après l’avoir essuyé sur ses pantalons, le déposa sur le comptoir afin de pouvoir porter la main à sa bouche pour étouffer un bâillement à s’en décrocher la mâchoire.Après avoir coupé le citron en deux, il regarda sous le comptoir et à l’arrière d’un baril de bière, VOIR PAGE D 2: KNOX I) 2 I.K I) K V 0 I K .L V.S SAMEDI 21 E T I) I M A Y < H E 2 2 .1 I' I L L E T 2 0 O I •'Livres'* KNOX «Les Canadiens français vivent au siècle dernier et ne veulent rien; ou, plutôt, ils ne savent pas s'ils ont besoin ou s'ils veulent quelque chose.» SUITE DE LA PAGE D 1 comme s’il cherchait quelque chose.Ne le trouvant pas à ces endroits, il sembla tout à coup se souvenir de je ne sais quoi, se dirigea vers une pièce arrière, d’où il revint bientôt avec un presse-citron en bois.Il mit du sucre dan fi un verre et versa un peu d’eau.A cette étape des opérations, il se dirigea soudain vers la fenêtre ouverte et se mit à discuter avec un homme de l’autre côté de la rue au sujet de l’emprunt d’un chien de chasse.Il revint de nouveau à ma limonade en pressant la moitié du citron dans le verre.Puis, il regarda à nouveau vers la fenêtre et sembla poursuivre le fil de ses pensées.Il prit tant de temps qu’il dut probablement suivre ce «fil» au-delà de la frontière canadienne, peut-être jusqu’à Troy ou Syracuse, N.Y.Il se dirigea encore une fois vers la pièce arrière pour y quérir de la glace.Incapable de se rappeler où était le marteau à glace, il se gratta l’oreille un moment, mais la mémoire ne répondant pas, il prit une bouteille de bière et cassa de la glace avec celle-ci, mit cette glace dans le verre et ajouta encore de l’eau.Couvrant le verre avec un vase d’étain conique, il roula d’abord ses manches afin de mieux réussir la grande manœuvre qpi consistait à secouer la boisson.A cet instant, un homme qui sentait à plein nez le parfum de la chambre des machines d’un remorqueur l’interrompit dans sa manœuvre en lançant sur le comptoir une lettre ouverte et en maugréant: «C’est une sacrée lettre, pour un homme comme moi, à recevoir de son fils unique.Jette un coup d’œil là-dessus.Jed!» Le barman s’arrêta à la première secousse de la boisson, prit la lettre, la lut, et chuchota, à part lui, que c’était une honte.Puis il changea un billet de un dollar a un homme, en bras de chemise, qui jouait une partie de je ne sais quoi dans la pièce d’à côté.Enfin, il secoua ma limonade.Et tandis qu’il cherchait encore une paille pour la mettre dans le verre, je bus la limonade, laissai dix cents sur le comptoir et retournai au quai.Si jamais il m’arrivait de vouloir à nouveau une limonade à Saint-Jean, je tâcherais d’arriver une journée plus tôt pour placer ma commande! [.] Difficile négociation autour d’un jambon diabolique J’étais dans une ferme, essayant d’échanger une boîte de jambon «diabolique» pour une livre de beurre.Je ne conseillerais à personne d’essayer de pratiquer un tel truc avec un Canadien français.Ceux qui connaissent le jambon en conserve savent qu’est reproduit un portrait du diable — un diable avec des cornes, des griffes et une longue queue —, à l’encre rouge, sur chaque boîte de ce produit.Ce portrait du diable a probablement contribué à éveiller la méfiance de mon paysan.Je lui expliquai, dans mon français «très parisien», ce qu’il en était II m’avertit qu’il ne souhaitait pas que je fasse ça près de la maison, mais que je pouvais me rendre là-bas, derrière un cap, qu’à cet endroit l’explosion ne causerait aucun dommage à sa propriété.Je vis très bien qu'il n’avait rien compris.Plusieurs de ces Canadiens parlent un français affreux.C’est une sorte de langue très rude, gutturale, qui ne ressemble en rien au iBRIEUE - Le goOt du bonheur.T.1 y ADÉLAÏDE - Le goût du bonheur.T.2 T Roman Qc Marie LABERGE HARRY POTTER ET U COUPE DE FEU, T 4 » Jeunesse Joanne K ROWLING Gallimard Roman EN AVANT COMME AVANT ' * Michel FOLCO L'ENGRENAGE John GRISHAM Robert Laffont LE GRAND LIVRE DU FENG SHUIV - Éd.broche - Spiritualité GUI HALE Mamse DANS LA RUE OÙ VIT CELLE QUE J'AIME M.HIGGINS-CLARK Albin Michel UN DIMANCHE A LA PISCINE A KIGALI V Prix des libraires 2000 Roman Qc G.COURTEMANCHE cessez D'Etre gentil, soyez vrai i * T.D'ANSEMBOURG L'Homme Roman LE MARIAGE Danielle STEEL Pr.de la Cité ASTÉRIX ET LATRAVIATA Albert UDERZO Albert Ren6 L'OISEAU DES TÉNÈBRES ¥ Michael CONNELLY A CHACUN SA MISSION ¥ J.MONBOURQUETTE Psychologie Novalis LA GUÉRISON DU CŒUR Psychologie Guy CORNEAU L'Homme UN PARFUM DE CÈDRE ¥ - Éd.compacte - Roman Qc A -M MACDONALD Flammarion Qc Roman DOLCE AGONIA ¥ Nancy HUSTON Actes Sud Sociologie LE NOUVEL ART DU TEMPS SERVAN-SCHREIBER Albin Michel MEURTRES EN SOUTANE ¥ P.D.JAMES A LA CROISÉE DES MONDES, T 3 ¦ le miroir d'ambre ¥ Jeunesse Philip PULLMAN Gallimard LE DÉMON FT MADEMOISELLE PRYM Paulo C0ELH0 Anne Carrière PORTRAIT SÉPIA ¥ Grasset Roman Isabelle ALLENDE LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE ¥ Écosociéte Sc.Sociale Qc Serge MONCEAU Sc.Sociale Qc CONTES ET COMPTES OU PROF LAUZON Léo-Paul LAUZON LanctSt LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M, Catherine MILLET OPÉRATION HADÈS ¥ LUDLUM / LYNDS Grasset Biographie Qc JACQUES PARIZEAU.T.01 - Le croisé ¥ Pierre DUCHESNE Qc Amérique LÀ OÙ LA MER COMMENCE Roman Qc Dominmue DEMERS Robert Laffont LES CHAMPIGNONS SAUVAGES DU QUÉBEC ¥ - Nouvelle édition - SICARD/LAMOUREUX ATLAS PRATIQUE DE LA PHOTO ¥ Collectif LES LIENS DU SANG NICASO / LAMOTHE L'Homme QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ’ Psychologie Johnson SPENCER Michel Lafon GÎIES ET AUBERGES DU PASSANT AU QUEBEC 2001 COLLECTIF LES MORTS DE LA SAINT JEAN ¥ Henning MANKLLL LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT Spiritualité Eckhart TOLLE NO LOGO la tyrannie des marques ¥ Naomi KLEIN Lemeac JOURNAL D'UN TI-MÉ C.MEUNIER Humour Lemeac BALZAC ET IA PETITE TAIUEUSE CHINOISE ¥ Prix des libraires 2000 Roman D.SUIE Gallimard CÉRÉALES KILLER SAN-ANT0NI0 Fleuve Noir Roman Qc LA PERTE ET LE FRACAS ¥ GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION ¥ F.DELAVIER Philippe TURCHET Psychologie U SYNERGOLOGIE ¥ L'Homme DEADLY DÉCISIONS Kathy REICHS Robert Laffont LE CIMETIÈRE DES BATEAUX SANS NOM A PEREZ-REVERTE F BEIGBEDER Critmue DERNIER INVENTAIRE AVANT LIQUIDATION 1" semaine sur notre liste ¥ Coup de coeur RB aHl I.B.: Hors prescrits et scolaires Nombre de semaines depuis parution Pour commander à distance : et (514) 342-2815 CEDRIC N IF AVIS DE TEMPE11 Ce palmarès hebdomadaire vous est offert avec la collaboration de Renaud-Bray Nos meilleures ventes [ - SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et [ ^ I AGMV Marquis | IMPRIMEUR INC.MEMBRE DE SCABRINI MEDIA La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke français que je parle; il me semble que «rien que de penser» dans un tel patois peut vous donner des maux de gorge.Je lui expliquai que le produit n’était aucunement explosif, qu’il s’agissait d’un simple, banal, usuel j-a-m-b-o-n, jambon, et je complétai cet exposé avec des signes montrant de façon évidente que le produit était bon à manger.D secoua la tête et me dit qu’il savait tout cela, qu’il l’avait même essayé une fois, qu'ils étaient effectivement morts dans la maison, mais que les pièges ou les chiens terriers faisaient mieux son affaire.Je conseillerais à ceux qui, désormais, souhaiteront faire de la voile au Canada de ne pas gaspiller un seul mot de la langue française ni une boîte si précieuse de jambon diabolique chez un fermier rencontré au hasard au bord de la route.S’il consent au marché, il n’appréciera pas le jambon et l’utilisera probablement comme crème à raser ou bonde pour arrêter une fuite dans une brouette.Cet homme-là est un mordu de lard salé, qu’il utilise comme nourriture, et le lait de beurre est pour lui d’une telle nécessité qu’il n’a que faire d’autres stimulants.J’ai laissé là mon Canadien mal dégrossi — fils du labeur — sans avoir réussi à conclure un échange.Mais je me suis vengé! J’ai jeté le jambon dans son puits.Un de ces jours, quand la boîte sera rongée de vétusté, elle explosera, et mon bonhomme croira, en buvant son eau, avoir atteint une veine de lard antique.[.] Québec: ville fortifiée au sommet d’un rocher Tout en écrivant ce qui précède, nous sommes arrivés à Québec après une splendide descente du Saint-Laurent, sur une centaine de milles, à partir de la tête du lac Saint-Pierre.Ce trône rocheux, cette plate-forme à canons est la ville la plus étonnante et singulière du continent.Elle n’épouse en rien le dessin rectangulaire si commun aux villes américaines.Construite au sommet d'un puissant rocver, sur l’une des grandes voies d'eau du monde, elle est ceinturée par une barrière naturelle de falaises abruptes, par des murs de parapets, des contreforts et rambardes qui en font peut-être la ville la plus solidement fortifiée du monde entier.lit plupart des gens qui l’habitent se différencient par le langage, les coutumes et la religion de ceux qui, nominalement, les dirigent.Les rues tortueuses et les passages étroits, le pittoresque de trois siècles d'architecture, le contraste omniprésent du nouveau et de l’ancien: résidences du XVII' siècle aux murs épais — aux lucarnes et pignons —, submergées et ombragées par des immeubles modernes de commerce a charpente d’acier; des charrettes de conception primitive aussi lourdes et encombrantes que celles utilisées il y a des centaines d’années par les paysans bretons à côté de voitures légères et gracieuses de la dernière mode; le son enroué d’un bateau d’excursion, le sifflet et le bruit de ferraille des wagons de chemin de fer se mêlant au carillonnement des cloches des églises — cloches qui furent jadis des canons qui grondèrent dans le fracas des guerres d’un ton bien plus bruyant que celui qui appelle aujourd’hui les hommes à adorer le Prince de la pabc [.] Il fait trop chaud aujourd'hui pour me livrer à l’exercice de l’écriture dans notre voilier ancré dans le pont de Québec; j’écris donc ce texte dans une petite boutique de vin du bas de la falaise, à l’ombre de la Citadelle.D n’y a aucun hôtel de première classe dans cette ville et il n’y a pas non plus de restaurants, à l’exception de ces quelques endroits, à nappes-tout-tadiées et à serviettes-de-table-rouges, où le garçon qui répond à votre appel s’approche si près de vous que vous pouvez goûter deux sortes de soupe dans son haleine et qui vous dit «Bien?» Je ne trouve aucun endroit tranquille et confortable où je peux écrire, excepté au Garrison Club, mais c’est trop pénible de monter jusque-là par cette journée de chaleur.Depuis que nous sommes ici, nous avons couché à bord du yacht et pris la plupart de nos repas sur le rivage.La nourriture servie dans les hôtels et restaurants est très mauvaise, pire que tout ce que j’ai pu subir dans toute autre ville de même taille.C’est ainsi que je me retrouve dans cette petite boutique de vin où la tenancière, une grosse dame de langue française, m’a servi un bol de pain et de lait et m’a permis l'usage de la petite pièce pour 10 cents.la pièce en question est habitée par des mouches et des odeurs de morues séchées, mais cette odeur étant tenace, j’ai fini par m’habituer.Comme c’est relativement frais et que je ne suis pas dérangé, j’aime bien l’endroit.Un autre avantage est que, lorsque je suis en manque d’idées et que je mâchouille le bout de mon crayon en attendant qu’une idée me vienne, je peux contempler les œuvres d’art superbes qui ornent les murs.Il y a plusieurs images polychromes des saints.Saint Patrick, habillé en vert, jaune et bleu, sur fond de ciel jaune citron, un bâton à la main et le pied droit sur un amoncellement de serpents dorés.D y a un saint Joseph aux cheveux violets; un saint Pierre qui semble souffrir de la petite vérole.Mais peut-être ces visions ne sont-elles que l’effet des mouches.Mais j’y pense! Ces saints étaient tous bons quand ils vivaient parmi les mortels, et ils sont dignes de tous les honneurs.C’est pourquoi je trouve que c’est une honte de les réduire à des êtres monstrueux et de les habiller d’une façon aussi grotesque.Si le pauvre saint Laurent pouvait voir l’image ridicule qu’on a fait de lui —j’ai vu des copies de cette image dans des centaines d’endroits au Canada —, avec une mâchoire enflée et un nez qui ferait monter le thermomètre dans une salle aussi vaste qu’une patinoire, il serait bien affligé d’avoir eu quelque chose à voir avec ce pays, même si sa plus grande rivière porte son nom.Selon la tradition, cette petite boutique de vin est presque aussi vieille que la ville de Québec.Je ne connais pas le nom de la rue dans laquelle elle est située, et je suis trop paresseux pour sortir le demander, mais sans doute que le nom qu’on lui a donné a été porté bien avant cela par quelque saint C’est juste au coin de l’escalier du Casse-cou, dans la rue du Petit Champlain; et c’est de l’autre côté de cette porte qu’Arnold trouva la mort par une nuit de tempête, de neige et de sang.J’ai bien essayé de tirer de mon imposante tenancière quelques légendes ou traditions sur cet endroit mais j’ai vite constaté à quel point elle était une source inépuisable d’ignorance.Elle ne sait rien de l’histoire de cette maison; elle la loue depuis 10 ans et les affaires vont très très mal.C’est tout ce quelle sait mais c’est une bonne nature et elle s’efforce de plaire.[.] Je marchais à travers la ville — bien, ce n’était pas exactement de la marche.Je grimpais plutôt à travers certaines parties de la ville.Quelques-unes des rues, comme des sentiers en montagne, sont si escarpées que je dois m’arrêter et me reposer plusieurs fois avant d’atteindre le sommet.Si, cependant je ne souhaite pas grimper, je peux monter dans un ascenseur qui me conduit de la partie basse à la partie haute de la ville pour trois cents.Au moment où je descendais en charrette l’une de ces rues, un paquet tomba du véhicule; c'était moi! Je suis en effet passé par-dessus la tête du cheval et me suis retrouvé sur le sol environ six pieds devant la bête.Vous avez de la diffi- culté à me croire?Je n’en parlerais pas si ce n’était de mon désir de vous donner une juste idée de la raideur des rues de Québec.Partout je rencontre des prêtres portant soutane et chapeau à trois pointes; les églises et les autres établissements qui appartiennent à l’Eglise romaine sont toujours à portée de regard.Ici un groupe de marins d’une frégate française; là un paysan et sa femme dans une lourde charrette à deux roues; à côté un soldat de la Citadelle avec son uniforme éclatant et une démarche désinvolte; des journaliers en combinaison bleue; de rudes bûcherons descendus du Saguenay sur des radeaux de billes de bois; des commis et des hommes d'affaires dans des habits de bonne coupe anglaise; des religieuses et des sœurs de la charité à profusion.Ce sont là des personnes que je vois dans les rues de Québec, mais n’allez pas croire que je veux vous montrer là une foule de gens pressés.Les Canadiens ne sont ni pressés ni adeptes des foules.Je n'ai jamais rencontré, comme rassemblement, plus de trois ou quatre personnes se tenant ensemble.Et on ne se presse pas.Etant donné qu’il n’y a pas suffisamment d’activités pour s'occuper, on prend tout son temps pour taire le peu qui existe.La ville de Québec est endormie.Le marchand qui se tient sur le pas de sa porte attendant les clients vous (tira que la ville ne s’éveillera que le jour où les canons des fortifications annonceront que la Bannière étoilée — «The Stars and Stripes» — flotte sur la Citadelle, que les capitalistes yankees sont là pour venir développer les manufactures et les chantiers maritimes.Le principal sujet du jour e,st ici l’union commerciale avec les Etats-Unis.On en discute à toute heure du jour.La population anglophone veut cette union.Les Canadiens français vivent au siècle dernier et ne veulent rien; ou, plutôt, ils ne savent pas s’ils ont besoin ou s’ils veulent quelque chose, jls sont soqs la domination de leur Eglise, et l’Eglise ne souhaite pas une union commerciale, car elle craint que cela ne conduise à l’anpexion.Et sçus la gouverne des Etats-Unis, l’Église ne pourrait pas continuer à jouir des privilèges dont elle jouit sous les lois du Canada Mais je ne suis pas prêt à écrire sur ce sujet, pas avant d’avoir le point de vue de gens d’ailleurs.[.] Extraits de The Log of the Yacht Champlain, J.Armoy Knox, du Texas Siftings, New York, National Literary Bureau, 1888,128 pages (pp.5-50).Traduit de l’anglais par Luc Bureau.«Les Canadiens ne sont ni pressés ni adeptes des foules.» COLLECTION ARCHIVES NATIONALES DU QUEBEC L'Adoration, vers 1910, attribué à Jules Livernois.m s rirt « i \ s f LE DEVOIR.L E S SAMEDI 21 ET DI M A X ( Il E 2 2 .1 I' I l L E T 2 O O I Livres POESIE i> ROMAN QUÉBÉCOIS D’où venons-nous ?Des brins de méchanceté LA TOTALITE Dl PAYSAGE Martin Thibault Le Noroit Montréal, 2001,72 pages LES MÊMES PAS Claude Paradis Le Noroît Montreal, 2001,83 pages DAVID CANTIN Sans grandiloquence ou prétention démesurée, les derniers recueils de Martin Thibault et Claude Paradis scrutent la mouvance de letre de son origine fondatrice vers un quelconque destin possible.Toutefois, ces questions, lourdes de sens, ne se mêlent jamais à un discours de nature explicative.C’est toujours l’intuition poétique qui guide ce rapport intérieur au vertige premier.À nouveau, le poème fait son chemin dans les brèches qu’il ose ouvrir.Une écriture capable de voir, d’écouter et de comprendre le monde à travers son éclosion constante.Jusqu’à maintenant, la poésie de Martin Thibault me laissait plutôt songeur.Est-ce le retour, trop fréquent, vers l’anecdote qui me gênait à ce point?De Haut-Fond (Le Noroît, 1995) à Les Yeux sur moi (Le Noroît, 1999), ces livres me tombaient souvent des mains.Voilà, par contre, que La Totalité du paysage arrive à m’éloigner de mes hésitations répétitives.De manière très subtile, ce recueil hausse d’un cran le rapport au langage et à l’experience mystérieuse de la poésie.Les anecdotes sont toujours là mais ne succombent pas, cette fois, au risque de l’inutile.Est-ce parce que le poème s’enracine, véritablement, dans le souffle d’une tension créatrice?Telle une longue narration sur le pourquoi et le comment d’une vie, chaque page tente d’élargir un espace où il est encore possible de vaincre les obstacles du temps.La mémoire joue un rôle décisif dans cette traversée étonnante vers «ce qui nous entoure, le passé et l’avenir».Il y a, dans cette poésie, un besoin de sentir cet accord profond qui accompagne toute l’histoire humaine.Grâce à une simple remarque ou une observation judicieuse, le vers bouscule l’état émotif vers un accueil fécond de l’autre en soi.Cette écriture favorise le murmure comme le bourdonnement.L’image fulgurante demeure, parfois, le relais d’une question sans réponse nécessaire.«En momifiant un corps, on rêve / d’une deuxième vie, on pense / qu’il faut des os, la peau / le cerveau, pour loger la mémoire / et une main ferme pour tenir l'âme / ce cerf-volant grimaçant qu 'on échappe / un jour ou l’autre, il volera quelques instants / à la pesanteur.On songe / aussi à apporter des vivres et du vin/ pour éviter la tourista.» Pleine de paradoxes et d’émotions, la poésie de Martin Thibault a le courage d’effleurer l’essen- tiel.Les clins d’oeil, les rebondissements, ainsi que les boutades ajoutent d’autres resonances à cette improvisation savoureuse sur le vécu.De même, le recueil gagne grâce à sa structure interne qui ne relève pas de l’arbitraire.Bien sûr, il arrive parfois de croiser certaines tournures moins heureuses: «Je me roule en boule comme un chaton» ou «Je renifle le temps qui passe / comme un chien le derrière qui le précède».Pourquoi en faire autant?On retrouve aussi, à l’occasion, des passages qui ne vont pas sans évoquer les influences, trop fortes, d’un Jacques Brault ou encore d’un Michel Beaulieu.Néanmoins, Martin Thibault signe, avec La Totalité du paysage, son recueil le plus abouti.Le fait de vieillir Après avoir abordé un thème aussi difficile que l’amitié entre deux individus dans Lettres d'écorce (Le Noroît, 1997), Claude Paradis s'interroge sur le fait de vieillir dans Les Mêmes Fas.Un livre qu’il dedie à la mémoire de son père.D'un recueil à l'autre, ce poète cherche toujours à mieux comprendre son rapport à l’écriture.Un projet commence, mais ne se répète jamais.De la même façon qu’il existait une tension créatrice entre LAmourable (Le Noroît, 1989) et Le Silence de la terre (VLB éditeur, 1993), ce nouveau titre ne tente pas de reprendre une quête semblable à l’œuvre précédente.Les Mêmes Pas provoque un certain élan métaphysique.Il est question, bien sûr, de l’être et de sa relation inépuisable au monde.Comment sortir de la nuit des sens comme du désordre des dilemmes intérieurs?Une clarté elliptique empêche ces mots de sombrer dans un verbiage inutile.«Comme on retourne un sablier / une nouvelle fois je prends le temps / de pousser mes pas plus avant / Sur le seuil à peine / l’écho répercute le nom lancé / pour que vibre la voix / Je porte mes pas au-delà de moi-même / et derrière moi les portes se referment / sur ce qui disparaît.» Le désir devient le miroir d’une quête poétique.Un désir qui tente, sans cesse, de revoir la beauté de plus près.Pourquoi écrire et que chercher à travers les mots du poème, semble se dire cet auteur?Comme on le remarque habituellement dans les recueils de Claude Paradis, la précision et l’exigence sont de mise.On pourrait même croire que, d’un livre à l'autre, l’épuration devient un facteur essentiel.Simple en apparence, le rapport au langage ne se retrouve jamais biaisé.Au fil de ces cinq parties, le lecteur progresse dans un apprentissage des objets et des présences qui passent par ce «chemin noueux».Comme chez Martin Thibault, on reconnaît ici le lecteur attentif du trajet fraternel d’un Jacques Brault.Parcours tragique à même les contrastes du jour, Les Mêmes Pas interroge l’absence sans jamais oublier de se rattacher, d’abord, à la vie.Les «fragments fugaces» d'une épreuve entre commencement et fin.ROMAN ÉTRANGER Élégie pour une petite fille PALOMA Aline Schulman Seuil Paris, 2001,175 pages MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Le récit fait frissonner dès les premières lignes.La mer qui se sait mouvement, ressac, bruit, écume, ici se fige.Cela pourrait être l’été.Ou encore l’hiver.Une femme marche sur le sable et raconte une histoire difficile à dire.Difficile à lire.Malgré toute la tendresse qu’elle y met.Malgré le trop de douceur qui vient parfois arrondir et enjoliver la succession de^ faits et gestes.Ecrit au «je» et au «tu», adressé à cette petite fille d’à peine sept ans qui n’aura que le temps de vivre une année de plus, le texte va et vient entre les souvenirs «d’avant» et le récit du malheur.Ou le récit du «crime».Parce que cette maladie dont on a peine à écrire le nom et qui fait mourir les enfants en si bas âge semble un crime contre la vie: «c’est injuste, trop injuste».Une succession de petits tableaux d’une étrange beauté entraîne le lecteur tout près de cette mère.Mère aux prises avec les tourments des «j’aurais dû».Devant cette enfant trop grande, trop savante, trop belle, trop blonde que la mort ronge.L’émotion est souvent débordante.Les mots de l’enfant, souvent déroutants: elle saura sa mort, l’annoncera, avant même que les signes se soient fait connaître.«Maman, est-ce que je vais être morte?», dira-t-elle, mélangeant la grammaire des temps de la vie et de la mort sans trop d’inquiétude, dans une sérénité dont seuls les enfants seraient capables.Enfant peut-être de remplacement: la photo père-fille qui reprend inconsciemment une autre photo du père et de son fils (né d’un précédent mariage) peut laisser songeur.Enfant que la mère désertée, abandonnée par la perte de sa fille, voudra vite remplacer par une autre enfant Enfant trop blanche, au nom d'oiseau dont le passage fugace devient un récit: «Il était une fois».Longtemps, le texte ne fait pas de place au père.Et puis s'en excuse.La mère dialogue à huis clos: «Et autour de nous j’ai fait le vide.Pour mieux te voir, mon enfant.Pour mieux te serrer, mon enfant.Pour mieux te garder, mon enfant.Laisse-moi revendiquer notre amour exclusif! Sinon, comment te succéder, te survivre?» Puis, vers la fin.arrive le père, lui qui fut toujours là, mais occulté, dont la souffrance n’a rien à envier à celle de la mère.En italiques, le père écrit Quelques phrases ponctuées mais qui n’ont pas de point, pas de fin, disent la place écrasante des mères devant la maladie des enfants: «les pères se sentent repoussés, chassés par la douleur des mères».Le père raconte, au «tu», lui aussi, l’amour de l’opéra qui l’unissait à sa fille.Il dira, lui, le cancer.Devant l’installation de la maladie, son incrustation et son avancée irrémédiable, l’éphémérité de la vie s’étale.La douleur d’une mère impuissante ne trouve de consolation nulle part.Ni dans la Bible où il n’y a de place que pour les mères pleurant leur fils, ni dans les rituels religieux vaguement évoqués autour du grand-père, ni chez Victor Hugo pleurant Léopoldine.Pourtant, l’auteur le dit bien: «une mère n’est-elle pas, d’une manière ou d’une autre, responsable de la mort de son enfant»?L’écriture de ce récit, qui veut combattre l’absence, saura-t-elle sur la plage, devant la mer à nouveau en mouvement, effacer les reproches et donner, à la fin, à cette mère ce qu’elle réclame: «en paix, nous sommes, ma parallèle, ma Colombe.»?CLINS D’ŒIL À ROMAIN GARY Gabrielle Gourdeau Editions Trois-Pistoles 2001,227 pages L’ÂGE D’OR Laurent Chabin Editions Point de fuite 2001,219 pages G abrielle Gourdeau enseigne la littérature — elle est, depuis quelques années, chargée de cours à la faculté des lettres de l’Université Laval — et la pratique à l’occasion.On st' souviendra peut-être de son roman Maria Chapdelaine ou le Paradis retrouvé, qui avait obtenu le prix Robert-Cliche de 1992.Le propos et la forme en firent grogner plusieurs: la Maria de Gourdeau devenait peu à peu une femme fière et débrouillarde, de plus en plus sourde aux fameuses voix — des ancêtres, du pays — qui lui avaient enjoint à la fin du roman de Louis Hémon d’être la gardienne de leurs traditions vénérables.C’était une Maria métamorphosée, bien décidée à être de son temps, de ce siècle nouveau qu'elle traversait jusqu'en 1980, au moment précis d’un certain référendum.Gabrielle Gourdeau, refusant sciemment de souscrire à l'esprit et à la lettre du roman de Louis Hémon, avait plutôt voulu s’en servir pour «revisiter» le mythe ancien de la femme soumise et féconde et lui donner, sans ménagements, un vigoureux coup de torchon.Ça ne manquait pas de piquant, mais la littérature, elle, n'y a rien gagné.Gourdeau a du cran et des convictions.On peut lire à l’occasion ses lettres ouvertes dans les journaux, où elle critique les errements de notre système d’éducation ou la procrastination des indépendantistes québécois.Elle a la plume énergique et le ton volontiers tranchant.Bref, elle ne se gène pas pour faire savoir ce qu’elle pense, y compris dans ses textes de fiction.La première partie de Clins d’œil à Romain Gary est composée de six textes, parus chez VLB en 1991 sous le titre de La Ballade des tendus — allusion transparente au texte célèbre de Villon.Chacun traite, sur le mode de l’ironie, de certains travers de notre époque ou de leurs conséquences: la fécondation artificielle, la tyrannie des gadgets électroniques, la boulimie comme remède illusoire à l’angoisse, la condition des femmes seules, l'indifférence de chacun à l’égard d’autrui.Ces textes ont été largement remaniés.Il y avait très peu de clins d’œil à Romain Gary dans ces «chroniques nord-américaines» originales qui, depuis, sont devenues de «petites scènes obscènes de la vie nord-américaine».C’étaient en effet des chroniques, que Gourdeau a reconverties ici en nouvelles en leur donnant de nouveaux titres où on reconnaî- ; Robert C h a r t r a n ledevoir.com Depuis 1990, Jean Pierre Girard a publié quatre recueils de nouvelles aux Éditions de L’Instant même, ainsi qu’un roman, Les Inventés (1999).Les anges de la route Curieusement, je suis dans une forme tellurique, splendide — me perdre dans les terres me fait souvent cet effet-là.(Je suis dans les Bois-Francs, mais bien en peine de dire où exactement.) J’arrête dans une cabane à patates, et je m’apprête à commander sans sourciller une grosse poutine.(Au seul mot poutine, mon foie supplie.) la jeune propriétaire, bien en chair, s’appelle Madeleine.Je regarde Madeleine droit dans les yeux, comme un chat regarde son panier, j’y mets tout ce que je suis, et je lui dis: — Madame Madeleine, je serai clair.Faites-moi votre meilleure poutine.Hein de fromage, pas trop de sauce, plein d’amour dedans, et je vous la paye le double.Madeleine me regarde une seconde, interloquée.Ce n’est pas la première poutine qu’elle vend, pas le premier cinglé qu’elle sert, elle disparaît derrière d’impressionnantes friteuses, pour revenir au bout de quatre minutes, les yeux plein d’amour, elle prend bien son temps, et elle dit — Pour vous, ça va être le même prix.Seigneur.Sei gneur.Qu’est-ce que vous avez toutes à être si beUes?Perle d’Au J) apa, Savon vient de me frencher.— Ouash.— Une grande fichée.— Ouash.Ijé-chée.— Léchée.Ben non, papa.Pas si pire.Ça goûte rien.— Où t’as appris ce mot-là frencher?— A l'école.(Aurélie va dans une école dirigée par une congrégation religieuse.) — À l’école?— Ouais.— Non mais.Qu’estce que je vais faire avec toi?— C’est plutôt moi qui vais m’occuper de toi.— Je te laisserai peut-être pas faire.(Je la teste, je crois que nous commençons là une longue et intéressante conversation.) — Bon.Là-là je vais lire un peu.(Non mais Barre de cuir.De ciboire.Mais je l’ai prononcé tout bas.) * t I.E Ü K V 0 I K .EES SAMEDI 21 ET DI M A X (HE 22 .MILLET 2 0 (J I I) fi PHILOSOPHIE L’homme seul GEORGES LEROUX A4” on cher Marc, je suis des-« IVX rendu ce matin chez mon médecin.», première phrase inoubliable.Dans son carnet de notes sur les Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar rappelle que le dédicataire de cette longue lettre n’est nul autre que le jeune Marc Aurele.Elle rappelle aussi une phrase de Flaubert «I^es dieux n’étant plus, et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l’homme a été seul.» Relisant, à travers l’admirable traduction que vient d’en donner Pierre Hadot, le Manuel d’Epidète, on est ramené à la figure énigmatique de son auteur, Arrien (je Nicomédie, et de son maître, Epictète, tous deux proches d’Hadrien et, comme lui, passionnés de philosophie et adeptes de ce stoïcisme qui fascina [es empereurs.A ce moment où le paganisme s’apprête à livrer le passage au christianisme, la philosophie prend le relief même de la culture de Rome.Non seulement parce que les empereurs vont la consacrer en soutenant son enseignement dans les quatre grandes écoles (l’Académie, le Lycée, le Jardin et le Portique) mais surtout parce qu’ils s’y engagent eux-mêmes dans la conduite de leur vie.De cette jonction unique, deux témoins privilégiés nous sont parvenus: les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle et le Manuel d’É-pictète, rédigé comme les Entretiens (dont il dépend) par son fidèle auditeur, Arrien.Revenons un instant à Yourcenar, qui, au moment de mourir, nous montre Hadrien heureux de lire une lettre d’Arrien, alors gouverneur de la Petite Arménie.De quoi Hadrien lui est-il reconnaissant?üi lettre d’Arrien lui offre, dit-il, le don qui lui est nécessaire pour mourir en paix, une image de sa vie telle qu’il aurait voulu qu’elle fût Hadrien a-t-il connu le Manuel?Tout le laisse supposer.Quand il le rédige, Arrien déjà suivi les enseignements d’Epictète durant de nombreuses années.Venu, aux alentours de l’an 108, de sa Bythinie natale vers Nicopolis, une ville grecque où l’empereur Domitien avait fait s’exiler le philosophe en 94, il est déjà un jeune homme formé aux affaires de l’Empire.La liste des postes qu’il occupa est longue, de l’Espagne à la Cappadoce, et on peut penser qu’il contribua à faire connaître, durant toutes ces pérégrinations, l’enseignement de son maître, dont il avait fait le cœur de sa vie.Né en 85, la date de sa mort ne nous est pas connue, mais il fréquenta aussi bien Hadrien, dont il fut l’ami intime, que Marc Aurèle.Quand elle le cite, Yourcenar n’invente rien, elle ne fait que reprendre l’un des rapports de mission qu’il rédigea pour Hadrien, dans lesquels il avait l’habitude d'insérer des fragments stoïciens et des rappels d'Homère.Une date incertaine La date de rédaction des Entretiens et du Manuel demeure incertaine mais ne saurait être trop éloignée du séjou,r de jeunesse d’Arrien auprès d’Epictète.Il faut le déduire du fait qu’Arrien se montre peu désireux d’intervenir dans la pensée de son maître, soucieux au contraire de la transmettre fidèlement.Pénétré des grands principes du stoïcisme, il leur donne une formulation claire et systématique.La fortune de ce petit Manuel lui vient de son apparente simplicité.Apparente, il faut insister là-dessus car, comme Pierre Hadot le montre dans une riche introduction, la doctrine stoïcienne, parce quelle repose sur la synthèse d’une physique déterministe et d’une éthique où la liberté est une forme de consentement absolu, est rien moins que simple.Son fondement, la doctrine de la primauté du bien moral, suppose une séparation claire des choses bonnes, comme la vertu, et des choses indifférentes, qui ne dépendent pas de nous, comme la maladie et la mort.Le sage ne souffre pas de ce qui ne dépend pas de lui, il ne souffre que du mal moral.La hauteur et l’exigence de cet idéal d’invulnérabilité ne s’imposent pas d’elles-mêmes, il faut le détour par une physique où la nature est identifiée comme pure raison.Quelle liberté?Tous ceux qui se sont approchés du stoïcisme savent combien il est difficile de s’accorder avec son concept de liberté.S’il ne s’agit, pour reprendre le mot de Nietzsche, que d’aimer son destin, de quelle liberté s'agit-il?Sur ce point, le Manuel, parce qu’il est un instrument d’ascèse personnelle, l’exprime aussi bien qu’il le rend possible:ia liberté est d’abord la liberté du choix de vie, du choix d’embrasser la vie bonne, car seul ce choix est ultime.«Seul le choix de pie peut se vaincre lui-même.» Editeur et traducteur de Marc Aurèle (Pensées pour moi-même.Les Belles-Lettres, 2000), Pierre Hadot a consacré à cet idéal de souveraineté une étude à laquelle il a donné un titre qui en résume l'essence: Ixi Citadelle intérieure (Fayard, 1992).Discipline du désir et de l’action, le stoïcisme impérial est en son essence un regard sur le temps, sur le caractère provisoire de toute chose.C’est le sens de cette parabole de l’escale à terre, où l’être humain s’attache et de laquelle il est rappelé par le capitaine pour mourir.Comment cet idéal a coïncidé avec les idéaux de la Rome impériale, comment l’ascèse et la souveraineté furent pour des empereurs des maximes susceptibles de guider leur action au point qu’ils deviennent eux-mêmes philosophes, ces questions ont beaucoup agité la tradition du Manuel d’Épictète.Mais personne n’a représenté cet idéal de vie avec autant de rigueur que Marguerite Yourcenar.Quand elle fait dire à Hadrien: «Ne t’y trompe pas, je ne suis pas encore assez faible pour céder aux imaginations de la peur, presque aussi absurdes que celles de l'espérance et assurément beaucoup plus pénibles.S’il fallait m’abuser, j’aimerais que ce soit dans le sens de la confiance; je n'y perdrais pas plus, et j'en souffrirais moins», elle piontre comment elle est proche d’Epictète et d’Arrien.«Petite âme, âme tendre et flottante, compagne de mon corps qui fut ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, où tu devras renoncer aux jeux d’autrefois.Un instant encore, regardons ensemble les rives familières et les objets que sans doute nous ne reverrons plus.Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts.» Le Manuel est fait pour être mis en exercice, sans cesse repris et travaillé, comme les Mémoires d’Hadrien.Il est rare que Le Livre de Poche accueille en première édition un travail érudit d’une telle richesse.Grâce à Pierre Hadot, qu'il faut remercier, il pourra continuer de l’être.MANUEL D’ÉPICTÈTE Arrien de Nicomédie Introduction, traduction et notes par Pierre Hadot Le Livre de Poche, «Classiques de la philosophie» Manuel d'Epictète La liberté est d’abord la liberté du choix de vie, du choix d’embrasser la vie bonne, car seul ce choix est possible «• Livres •»- Les hauts et les bas d’une vie d’écrivain ÉRIC ST PIERRE LE DEVOIR ~ •• ' WèMk CAROLINE MO NT P ET IT LE DEVOIR Louis Gauthier est de ces écrivains qui étirent longuement leurs projets, laissant passer plusieurs années entre chaque tranche, au point qu’un jour les livres arrivent quand on ne les attend plus.Alors Gauthier surgit avec la suite d’un projet entamé U y a des lustres.C’est le cas du tome II des Aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum, paru à la Bibliothèque québécoise, qui exceptionnellement publiait là une première édition.Le tome II est bien sûr la suite du tome I, paru en 1970, soit immédiatement après Anna, premier roman de l’auteur, à la fois drôle et douloureux, écrit à vingt ans et qui lui valait une reconnaissance certaine.En latin, les noms combinés de Sivis Pacem et Para Bellum signifient: si tu veux la paix, prépare la guerre.Dans le roman de Louis Gauthier, ce sont deux des personnages d’un écrivain québécois, qui évoluent en compagnie du méchant Scrap Book et de la plantureuse Lolly Pop, de Pierrejean-jacques Jacquesjean pierre ou de Spark Plug, sans parler de Nini et Néti, deux affriolantes et indispensables compatriotes de notre écrivain.Celui-ci est tourmenté par l’ambition de faire de l’argent en écrivant le scénario d’un fim pour Hollywood, dont il doit pourtant réécrire plusieurs passages, selon les ordres de Scrap Book.Gauthier, qui a été président de l’Union des écrivains du Québec, en profite pour écorcher un brin le milieu littéraire, et l’ouvrage suscite quelques bons éclats de rire et quelques réflexions sur l’acte d’écrire.Si son expérience à la prè sidence de l’Union des écrivains a beaucoup alimenté ce livre, reconnaît-il, il ne faut pas voir là de règlements de comptes.Car n’oublions pas qu’il s'agit ici d’un roman.Ainsi lira-t-on, en page 58, que «quelques-uns [des écrivains] se conduisent dans leur vie privée comme des rustres et des pourceaux, mais écrivent des pages immortelles d'élégance et d’élévation.Plusieurs, dont les œuvres sont pleines de subtiles et délicates nuances, n 'auraient aucun scrupule à assassiner père et mère pour obtenir un prix, une bourse, une décoration, un voyage à l’étranger, une résidence dans une université».Quant à ces bourses et distinctions, de soutenir Gauthier dans une petite boutade en bas de page, elles viennent d’autant plus facilement du gouvernement qu’un roman est nationaliste.Pourtant, dans la vraie vie, Louis Gauthier, lui-même boursier du ministère L’écrivain Louis Gauthier des Affaires culturelles pour un livre à venir, prend la défense des écrivains québécois.11 précise d’ailleurs que le montant des bourses d’écriture n’a pas changé depuis plusieurs années et que, sauf exception, on ne vit pas en écrivant des livres au Québec.«Cela prend dix millions diuibitants pour faire vivre une littérature», constate-t-il.Son livre, qui se lit d’un trait en rigolant un bon coup, est d’ailleurs truffé d’allusions au fait que la litté rature prend une place de moins en moins grande dans la société.Ainsi, toujours en bas de page, on note que Michel Tremblay est un «dramaturge québécois qui connut une grande popularité au siècle dernier», ou que James Joyce et Marcel Proust sont «deux écrivains décédés».Mais qu’à cela ne tienne, et foin de sarcasmes, l’écrivain romantique n’est pas bien loin sous le cynisme de Louis Gauthier.Aussi y va-t-il joliment de son émerveillement pour le pouvoir de l’écrivain, qui peut, en restant bien assis dans son fau- teuil, aller se balader à Venise ou à Los Angeles, en amenant sa troupe de lecteurs à sa suite, ou faire apparaître Philippe Sollers d’un claquement des doigts.D'ailleurs, au-delà de son séjour à l’UNEQ, c’est une expérience antérieure au cinéma qui a inspiré les deux tomes des Aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum.Ces romans, si l’on peut parler ici de romans, sont nés de la participation de Gauthier à la production du film Valérie, qui dévoilait les charmes de Danielle Ouimet, avec Denis Héroux.L’expérience, si elle a eu un gros succès commercial, ne lui a pas plu, ce qui n’a pas empêché l’écrivain de travailler longtemps par la suite comme concepteur-rè dacteur en publicité.Et plus de trente ans après avoir écrit le tome I des Aventures., ii s’est replongé dans cet univers comme s’il l’avait quitté hier.«Ce livre est quand même venu par surprise, confie-t-il, au sujet du tome II.C’est sur autre chose que je travaillais, c’était sur la suite du Pont de I/mdres, une suite qui doit s’appeler Voyage au Portugal avec un Allemand, que je traîne depuis des années, livre sur lequel j’avais donné un gros coup, l’an dernier, un trois mois à temps plein, que je pensais avoir terminé » Contrarié de devoir retravailler un manuscrit qui ne le satisfait pas, Gauthier se lance dans la suite des Aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum, pour s’amuser.Le temps de se détendre avant d’entreprendre la suite du voyage, le même qui nous a déjà menés en Irlande et à Londres, avec Voyage en Irlande avec un parapluie et Le Pont de Londres, et qui devrait se poursuivre, après le Portugal, au Maghreb, si le temps le permet LES AVENTURES DE SIVIS PACEM ET DE PARA BELLUM Tome II Louis Gauthier Bibliothèque québécoise 2001,210 pages ESSAIS Apprivoiser Fart LE LIVRE D’IMAGES Alberto Manguel Traduit par Christine Le Bœuf Acte Sud/Leméac Londres, 2000; Montréal, 2001, 383 pages SOPHIE POULIOT Après avoir dressé un portrait de l’histoire de la lecture et avoir répertorié les sites de prédilection des aventures romanesques à travers les siècles dans le Dictionnaire des lieux imaginaires, l’auteur argentinœcanadien Alberto Manguel aborde cette fois les arts visuels (peinture, sculpture et architecture), leur vocabulaire et leurs fonctions.La finalité du projet de cet érudit, chevalier français des arts et des lettres, est de tendre la perche que ne tendent pas, à son avis, les critiques et historiens de l’art, aux profanes qui apprendront ainsi à apprécier ces disciplines artistiques.Le Livre d’images fait l’effet de réflexions écrites au fil de la plume, sans plus de souci de continuité que d'épouser un angle précis.Le seul élément qui relie entre elles les différentes sections du livre — hormis bien sûr le fait qu'elles tentent toutes, avec plus ou moins d'éparpillement, de com- prendre chacune une œuvre d’art donnée — est la façon dont l’image, à chacun des chapitres, est montrée comme servant une utilité, un idéal ou une fonction diffè rente.Les titres des divisions de l’ouvrage sont d’ailleurs éloquents: «Le spectateur ordinaire: l'image récit», «Tina Modotti: l’image témoin», «Robert Campin: l’image énigme», «Marianna Gartner: l’image cauchemar», «Claude Nicolas Ledoux: l’image philosophie», «Peter Eisenman: l’image mémoire», et ainsi de suite.C’est donc en s’attardant à une œuvre précise par chapitre que Manguel traite des différentes fonctions que peut remplir l’art.Tantôt il sera l’outil de la propagande religieuse (pensons à toute l’iconographie des peintres flamands du XV' siècle), tantôt il sera au service de l’éthique qui veut que l’on garde en mémoire les événements où ont péri des milliers d’innocents, tantôt encore ce sera l’histoire qui bénéficiera des témoignages temporels que sont les œuvres d’art, cette fonction ayant d’ailleurs été capitale avant l’ère de la photographie.Parfois l’image dénonce, parfois elle loue, parfois elle invente, mais toujours elle s'inscrit dans un continuum, celui des siècles, celui de la vie humaine.C’est dans cette optique de sensibilisation à l’art que Manguel abgrde son Livre d’images.A ce titre, plusieurs de ses réflexions sont plutôt élémentaires.Le lecteur ayant suivi le moindre petit cours d’histoire de l’art sera déjà au parfum de bon nombre des allégations de l’auteur — le chapitre sur le langage iconographique de Campin et de ses contemporains s’adresse vraisemblablement aux néophytes.Manguel, par ailleurs, s’érige contre toute association du contenu de son livre à cette discipline universitaire dont il juge les représentants, tout comme les critiques, pédants et hermétiques.Ainsi, il faut prendre l’ouvrage pour ce qu’il est une tentative d’amener les profanes à apprivoiser l’art en exposant les diverses fonctions qu’il a occupées à travers l’histoire.A la lumière de cette prémisse, nul ne se surprendra de constater que parfois l’anecdote prend le pas sur le contenu formel.Alors que certains épisodes de la vie des artistes dont il est question concourent à l’interprétation de leur œuvre, d’autres servent le même voyeurisme que celui des magazines à potins.Par exemple, si la cruauté de Picasso envers sa maîtresse Dora Maar peut mettre en contexte les nombreux tableaux du maître abordant le thème d’une femme en larmes, les beuveries auxquelles a pu se livrer Joan Mitchell avec Jean-Paul Riopelle et Samuel Beckett sont de fort peu d’intérêt et n’explique en rien l’œuvre de la peintre.Cela dit, force est d’admettre que le curieux moyen appréciera probablement ces incartades dans la vie privée des artistes.Qui plus est, quand la digression se fait historique, par exemple lorsqu’il est question des débuts de la photographie ou encore de la lucrativité du commerce du sel sous Louis XIV, on sait gré à l’auteur de ses dissipations.Suivant toujours cette volonté de parler d’art et d’histoire sans pour autant donner dans le rigorisme et l’hermétisme de l’histoire de l’art (selon la vision que s’en fait Manguel), l’exploration des diffè rentes œuvres répertoriées ne se fait pas de façon chronologique, ce qui contribue à l’aspect décousu de la prose de l’auteur.Décousue, certes, mais sans prétention au didactisme ou à l’élaboration de nouvelles théories.Le Livre d'images, en l’occurrence, porte fort bien son nom et propose aux lecteurs de s’attarder un instant au monde merveilleux — et surtout accessible — de l’art C a h^e c s p é c littéraire samedi Rentrée août 2001 Tombée publicitaire le 17 août 2001 LE DEVOIR ?» LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE .1111 I E T 2 O O I I) 7 ARTS VISUELS L’archéologie de Corridart CORRIDART REYISITED/25 ANS PLUS TARD Galerie d'art Leonard et Bina Ellen Université Concordia 1400, boni, de Maisonneuve Ouest Jusqu’au 18 août BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR En février 1996, Nancy Marrel-li, directrice des archives de l’université Concordia, et Kim Gauvin, alors en train de terminer un mémoire de maîtrise, Corridart Revisited - Excavating the Remains, depuis déposé à la même université, ont appris que des documents relatifs au procès Corridart (dessins techniques, cassettes, fdms et photographies), conservés au Centre de pre-archi-vage du Palais de justice, allaient être détruits faute d’espace.Des mesures furent prises à ce moment pour que les Archives de Concordia acquièrent ces précieux documents.Ces documents n’ont pas fini de nous permettre de mieux comprendre les enjeux sociaux, politiques, économiques et esthétiques de cet épisode malheureux de l'histoire de l’art québécois.Corridart compte en effet parmi ce que la sociologue de l’art française Nathalie Heinich a qualifié de «rejet de l’art contemporain».Corridart Revisited/25 ans plus tard, l’exposition au double titre, permet de réaliser, documents à l’appui, l’archéologie de l’événement.Des photo-graphies, quelques œuvres d’échelle réduite, quelques dessins et autres artéfacts, voilà ce dont est fait l’accrochage.Autant qu’un «retour» sur Corridart, l'exposition est l’occasion de se réjouir d’une belle capture par les gens des Archives de l’université Concordia.Elle est en partie rendue possible par ce sauvetage.Marquer un anniversaire: c’est là le but avoué de l’exposition organisée par Sandra Paikowsky, professeure d'histoire de l'art de l’université Concordia, et par Marrelli.Célébrer Corridart.Commémorer ses visées et ce qui a été détruit.En cela, l’exposition échoue à réellement se positionner dans le discours sur Corridart, dans la mesure où, pour une grande partie, elle reconduit ce qu’on sait déjà.Par contre, son grand mérite est de toucher à plusieurs aspects de cette misérable aventure, retraçant son exégèse, prenant en consideration la réaction du milieu des arts plastiques.L’exposition est issue du travail collectif des étudiants de Paikowsky qui ont rédigé avec précision les notices accompagnant chacune des œuvres évoquées pour la plupart par la photographie.Endommagées irrémédiablement ou encore en raison de leur échelle inappropriée pour les lieux, toutes les œuvres n’ont pu être accueillies dans la galerie.Certaines sont sur place: les bannières et banderoles de Jean Noël ou de Claude Thibaudeau, une reconstitution du Suspension One d’Andy Dutkewych, par exemple.Plutôt que de revenir uniquement sur l’offense faite aux artistes, l’exposition permet de juger de l’énorme travail préalable à l’exposition.Un recueil témoigne des études préliminaires, de la préparation du coordona-teur, l’architecte Melvin Charney, qui a documenté patiemment par la photographie l’aire où les œuvres devaient être concentrées, entre les rues Jeanne-Mance et Papineau.Ainsi, ce travail permet d’évaluer, dès l’entrée de l’exposition, ce qui avait retenu Charney dans le cadre de ses travaux, fidèle aux préoccupations qui l’animaient déjà alors, à savoir les différentes strates de sens que présente la rue (notamment par l’étude des ramifications du passé dans le présent).L’œuvre des frères Mckenna continue cet effort de sensibilisation à la rue comme carrefour de plusieurs cultures.Fort abîmée, Rues-miroirs témoigne également du mauvais traitement réservé en règle générale aux œuvres.On sait que plusieurs œuvres ont été complètement détruites.De la critique Les vignettes de l’exposition Corridart Revisited/25 ans plus tard, rédigées intelligemment, donnent une lecture précise des œuvres.Elles permettent de comprendre les visées de chacune des propositions, en plus de souligner leur caractère critique.Ainsi l’œuvre des Cozic mettait-elle en cause le caractère compétitif des Jeux, en affublant les arbres de dossards numérotés (présents dans l'exposition), en plus de commenter le fait, documenté, que la l’M H tit'Di! inMfidModJ d'an iwiufe 1er au 26 août 2001 Chris Booth Guylaine Champoux Takamasa Kuniyasu Mike Macdonald Annie Pelletier Robert Wiens Parc Nature la Gabelle Situé à 15 km de Trois-Rivières Saint-Étienne-des-Grès et Notre-Dame-du-Mont-Carmel 819.535.3113 819.379.9222 Nous tenons à remercier : Le Conseil des arts et lettres du Québec, le gouvernement du Québec.Mauricie Capitale Forestière Canadienne en 2001.les municipalités et les caisses populaires de St-Étienne-des-Grès et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.Unibroue.Permacon.Hydro-Québec.Loto-Québec, le Sabord et l'Atelier Silex.www.oculiartes.org/~cimeracines// admission gratuite • • Le Bestiaire Louise Bérubé Yves Boucher Sylvain Bouthillette Evergon Harlan Johnson Nathalie Grimard Dominique Paul Marc Séguin José A.Suarez Londono du 19 juillet au 25 août ilerie ue Ste-Catherine Ouest, espace 520.•eat (Quebec) Canada H3B 1A2 »1r
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