Le devoir, 18 août 2001, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 S ET DIMANCHE l R A O f T 2 O O I ?LE DE VOIR * Littérature jeunesse Page D 2 Roman québécois Page D 3 Essais Page D 4 Poésie Page D 5 Christine Angot Page D 6 Pierre Mertens Page D 6 Baie-Saint-Paul Page D 7 PiMDWl *»» /{*»« —.* r'TMvtf-1 VA MCUtl* Société Bédé d’autrefois La bande dessinée québécoise, un univers fascinant, mais peu prisé des collectionneurs.Pourquoi?DENIS LORD Tout juste après la vocation de papesse, celle de collectionneur .de bande dessinée québécoise semble une des plus rarissimes.Peu d’appelés, encore moins d’élus, deux pelés et quelques tondus, voilà le décompte qu’on peut en faire à première vue.Débédé, la librairie d’y van Pla-mondon, a pignon sur la rue Saint-Denis à Montréal depuis 14 ans.Bien qu’on y trouve de tout, et même des livres rares, l’endroit est spécialisé en bande dessinée.«Quelques particuliers s’intéressent aux bédés des années 70 ou à celles qui ont marqué leur enfance, publiées dans Hérauts ou François, de dire M.Plamondon, mais des vrais collectionneurs qui remontent dans le temps, il y en a deux ou trois.» Les titres les plus recherchés chez Débédé, parfois même par des Européens, ce sont les trois volumes de la série «Michel Risque», du duo Réal Godbout /Pierre Fournier.Chez Fichtre, autre librairie montréalaise spécialisée, les mêmes auteurs font aussi l’objet d’une certaine demande, cette fois avec la série «Red Ketchup».Le «Capitaine Ké-bec» de Fournier, qui valait 50 cents à sa sortie en 1973, se vend aujourd’hui entre 10 $ et 15 $.Pas de demande Un de ces rarissimes collectionneurs mentionnés par M.Plamondon est Michel Viau, auteur de l’incontournable BDQ - répertoire des publications de bandes dessinées au Québec des origines à nos jours, paru chez Mille-Îles en 1999.M.Viau vient de recevoir une bourse du CALQ pour effectuer des recherches sur les bédés parues dans les quotidiens québécois.Selon lui, la bédé avec phylactères d’expression francophone est née au Québec avec la publication dans La Patrie, en 1904, des Aventures de Timothée, signées par Albéric Bourgeois.L’historien prétend ne pas être un collectionneur obsessionnel («C’est pour la science!»)', n’empêche, il possède environ les trois quarts des publications recensées dans son ouvrage, sauf les revues, ce qui représente pas mal plus d’arbres transformés, que ce que le non-initié peut croire, soyez-en convaincus.A l’instar de M.Plamondon, Michel Viau affirme que, la demande étant faible, les prix, même pour des oeuvres rai es, demeurent étonnamment bas.Le livre qu’il a payé le plus cher (50 $) est une adaptation d'un roman de cape et d’épée signée Odette Fumet-Vincent La Toison d’or, datant d’environ 1943.Les Deux Petits Nains, parue vers 1948 et signé Paulin Lessard, serait la première bédé de science-fiction parue au Québec.VOIR PAGE D 2: BANDE DESSINÉE Jgp- .I m BéiïSgSïxMâ 'îtwBÈBm* ¦ ; æ • : ‘ à: ¦ ce'-i .-iü' f! i*M .-s Jiff e : re en mouvement Dans son bureau de la rue Sherbrooke où elle me reçoit après sa journée de travail, la directrice de la Grande Bibliothèque du Québec est souriante, détendue, presque enjouée.Elle est loin déjà, l'appréhension de l'ancienne directrice du Devoir qui, en 1992, se demandait quel sort on ferait à son premier roman, Marie suivait l'été.ROBERT CHARTRANI) On en a écrit du bien, il est vrai, ici et en France, et du mieux à propos de Choses crues, trois ans plus tard.On savait déjà que la journaliste, la femme de culture, la gestionnaire avait une plume: on découvrait, d’un livre à l’autre, qu’elle était également capable d’une œuvre romanesque qui se confirme avec la parution ces jours-ci d’Un lieu approprié.Ce roman reconstitue, comme les deux autres, par touches brèves, le climat — social, politique, idéologique — d’une micro-époque.[| y a bien sûr, à l’avant-plan, des personnages et leurs histoires personnelles, diversement perméables à un certain air du temps où se retrouvent, sans souci de hiérarchie, les idées, certains diktats de comportement et autres effets de mode.Ce sont des détails observables par quiconque a le regard attentif, mais encore faut-il savoir écrire là-dessus et le mettre au service d’une fiction cohérente.Il y a dans les romans de Lise Bissonnette un respect presque scrupuleux du possible, un réalisme du détail qui n’empêchent cependant pas l’imagination de se donner libre cours.la réalité, d’abord observée, est ensuite donnée à lire avec ses pistes de sens qui s’entrecroisent en un lin réseau, parmi la trame romanesque.L’action de Marie suivait l’été se situait dans les années 50 et 60 où, au Québec, on prônait le refus de tous les vieux enfermements, de tous les carcans; l’époque de Choses crues, c’était la suivante, celle où l’on croyait possibles tous les grands envols, professionnels ou intellectuels; dans Un lieu approprié, nous sommes dans la décennie 80, ces années de frilosité où s’est installé, selon Lise Bissonnette, «une forme de désenchantement, que j’ai voulu traiter.On n ’osait plus lancer de projets d’envergure, on s’est mis à se méfier de trop d’espérance.C’est une donnée d’époque: après s’être beaucoup agités, s’être lancés dans toutes sortes d’entreprises, bien des gens ont senti le besoin de s’arrêter, de penser à leur bien-être plutôt qu’à la réussite à tout prix.» Mais quiconque a lu les romans de Use Bissonnette sait que les lieux y sont aussi révélateurs que les moments.«Il y a longtemps que je suis fascinée parce que j’appellerais les univers immobiles.Quand je vois, dans les cités ou les banlieues, des conciergeries de toutes tailles, des immeubles loués ou achetés en copropriété, je ne peux m’empêcher de me demander comment les gens y vivent.Et je me suis mise à rêver d’écrire un roman où leurs existences seraient entremêlées.J’entrevoyais quelque chose d’assez fou, mais j’ai vite vu que ce n’était pas mon genre d’aller dans cette direction.» Elle décide donc d’amorcer Un lieu approprié avec l’installation toute sage, dans un immeuble en bordure de la Rivière des Prairies, d’une femme de quarante ans, Gabrielle Poulin, qui, après avoir fait des études supérieures et tâté de l’enseignement, a mené une carrière politique importante: elle s’est hissée jusqu’au Conseil des ministres, avec le portefeuille des Affaires culturelles.«C’est une femme comme il y en eut tant de ma génération: elle a d’abord cassé les moules traditionnels, elle a étudié puis travaillé avec succès.Et voilà qu’elle décide de rentrer chez elle.» VOIR PAGE D 2: MOUVEMENT ! i D E YT 0 I R D ! M A N ( Il E Livres LITTÉRATURE JEUNESSE Le premier auteur au Québec écrit pour GISÈLE DESROCHES Deux auteurs qui écrivent une même œuvre, on avait déjà vu ça.Mais qu’ils signent d’un nom unique et donnent à cet auteur une existence virtuelle, une adresse, un numéro de téléphone, allant jusqu’à lui composer un visage (image de synthèse) dont la photo apparaît en quatrième de couverture, c’est une première.Laurent McAllister est donc le premier auteur virtuel du Québec.C’est du moins ce que proclament les communiqués de presse.Un auteur virtuel né en 1986 de la fusion d’Yves Meynard et de Jean-Louis Trudel.Tous dêux connus en littérature de jeunesse ainsi que dans le monde de la littérature fantastique.Le nom a été choisi d’après un personnage créé antérieurement par Yves Meynard dans Protocoles du désir, personnage d’écrivain qui n’écrivait pas vraiment.Le premier roman de l’auteur a paru aux Etats-Unis et en France et il a à son actif plusieurs ouvrages; cependant, Le Messager des orages, paru chez Médiaspaul ce printemps, est son premier roman jeunesse.ç II met en scène un jeune garçon, Pierre, qui à 13 ans part courageusement à la recherche de son père dont il ne sait même pas le nom, afin de délivrer sa mère de la misère qui l’enserre dans son étau.L’univers dans lequel il évolue est fascinant, chatoyant, riche, soulevant questions et mystères à mesure que Pierre y évolue.Le lieu de dé- Laurent McAllister Le CDessaxseTC des oKAcjes f A*.# part, une île, ressemble à une Venise moyenâgeuse (le récit débute en l’an 691) avec ses innombrables voies d’eau habitées par des Visques qui sévissent la nuit.L’île est située dans un archipel, l’antique cité de Zodiaque, dont Pierre ne sait rien avant de s’y aventurer, à une époque où l’on ne sait pas où finit le monde, dans un milieu où chacun est invité à rester là où il est et à ne pas poser trop de questions.Un univers peuplé de magiciens, de marins, de voyageurs étranges.U“s personnages de Pierre et de son compagnon Jacquet sont inventifs, délurés, obligés de recourir à maintes astuces réjouissantes pour assurer leur survie, frôlant le danger et s’y frottant avec l’énergie du désespoir.Les thèmes sont universels: la vie, la mort, l’apprentissage, la curiosité de défoncer les tabous.L’in- .-'i < fjuebei _ Renaud-Bray Nos meilleures ventes^ du 8 au 14 août 2001 Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, F, 1 ¥ Marie LABERGE Boréal y 36 2 Roman Qc ADÉLAÏDE - Le goût du bonheur, T.2 ¥ Marie LABERGE Boréal 20 Fantastique HARRY POTIER ET IA COUPE DE FEU, T, 4 ¥ Joanne K, ROWLING Gallimard 38 4 Dictionnaire LE PETIT LAROUSSE ILIUSTRÉ 2002 COLLECTIF Larousse 6 b Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T, D'ANSEMBOURG L'Homme 31 6 Cuisine LES SALADES Anne WILSON Künemann 14 7 Psychologie A CHACUN SA MISSION ¥ J, M0NB0URQUETTE Novalis 88 8 Polar DANS IA RUE OÙ VIT CELLE QUE J'AIME M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 10 9 Roman EN AVANT COMME AVANT ! ¥ Michel F0LC0 Seuil 12 10 B.D.ASTÉRIX ET LATRAVIATA Albert UDERZ0 Albert René 23 JL Polar L'ENGRENAGE John GRISHAM Robert Laffont 9 JL Sc.Sociale Ûc U SIMPLICITE VOLONTAIRE ¥ Serge MONCEAU Écosociêté 174 JL Roman DOLCE AG0NIA ¥ Nancy HUSTON Actes Sud 22 14 Roman Qc UN DIMANCHE A LA PISCINE A KIGALI ¥ Prix des libraires 2000 G.C0URTEMANCHE Boréal 42 15 Spiritualité LE GRAND UVrRu FENG SHUI ¥ - Éd broché ¦ Gill HALE Manise 121 JL Roman PORTRAIT SÉPIA ¥ Isabelle ALLENDE Grasset 8 Polar MEURTRES EN SOUTANE ¥ P.D JAMES fayard 7 18 Jeunesse A IA CROISÉE DES MONDES, T, 3 Le miroir d'ambre ¥ Philip PULLMAN Gallimard 19 JL Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ - Éd, compacte A M MACDONALD Flammarion Qc 45 20 Biographie LES LIENS DU SANG NICAS0 / LAMOTHE L’Homme 13 ¦1 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT Eckhart TOILE Ariane 4/ 22 Arts ATLAS PRATIQUE DE U PHOTO ¥ COLLECTIF Atlas 100 LL Roman LE DÉMON ET MADEMOISELLE PRYM Paulo COELHO Anne Carrière 18 Humour Qc LES CHRETIENNERIES Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 45 25 Roman LE MARIAGE Danielle STEEL Pr, de la Cite 9 26 Polar L OISEAU DES TÉNÈBRES ¥ Michael CONNELLY Seuil 11 Roman LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M Catherine MILLET Seuil 14 LL Roman Qc U\ OÙ LA MER COMMENCE Dominique DEMERS Robert Laffont 20 LL Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION ¥ F.DELAVIER Vigot 166 v Psychologie QUI A PIQUE MON FROMAGE ?Johnson SPENCER Michel Lafon 34 31 Psychologie LES HOMMES VIENNENT DE MARS, LES FEMMES VIENNENT DE VÉNUS ¥ John GRAY Logiques 390 JL Maternité COMMENT NOURRIR SON ENFANT, 3’ édition L.IAMBERRAGACÉ L'Homme 106 JL Nutrition LE JUSTE MILIEU DANS VOTRE ASSIETTE ¥ SEARS / LAWREN L'Homme 224 34 Psychologie Qc LES CINQ BLESSURES QUI EMPÊCHENT D'ÊTRE SOI-MÊME Lise B0URBEAU E.T.C.inc 52 JJ B.D.CÉDRIC N°15 - Avis de tempête LAUDEC / CAUVIN Dupuis 5 36 Polar OPERATION HADÈS ¥ LUDLUM / LYNDS Grasset 24 JL Roman JE PENSAIS QUE MON PÈRE ÉTAIT DIEU ¥ Paul AUSTER Actes Sud 9 JL Sc Sociale Ûc CONTES ET COMPTES DU PROF LAUZON LCo-Paul LAUZON Lanctôt 16 39 Sociologie LE NOUVEL ART DU TEMPS SERVAN-SCHREIBER Albin Michel 40 Psychologie LA GUERISON DU CŒUR ¥ Guy C0RNEAU L'Homme 79 41 Jeunesse CHANSONS DRÔLES, CHANSONS FOLLES ¥ (Livre 4 CD) Henriette MAIOR Fides 4?JL Roman Qc LE PARI ¥ Dominique DEMERS Qc Amérique 129 43 HumouiQc LE JOURNAL D'UN TI-MÉ Claude MEUNIER Leméac 37 44 Faune COLLECTIF Kônemann 32 45 Flore LES CHAMPIGNONS SAUVAGES DU QUEBEC ¥ - Nouvelle édition - SICARD / LAMOUREUX Fides 9 ¥ Coup de coeur RB ¦¦¦ N B Hors prescrits et scolaires 1“ semaine sur notre liste Nombre de semaines Pour commander à distance : fs (5i4) 342-2815 www.renaud-bray.com Ce palmarès hebdomadaire vous est offert avec la collaboration de L - SCABRINI MEDIA J0 Bien au-delà de la simple impression et [ ^ AGMV Marquis jê> IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke virtuel les jeunes évitable quête des récits fantastiques traverse le roman sans trouver son terme qui est prévu a la fin du troisième ou quatrième titre seulement de la série.Le récit est composé de sept chapitres qui portent chacun le nom du signe de Zodiaque parcouru.Le vocabulaire est particulièrement recherché, précis, la syntaxe parfois complexe pour un livre destiné à des jeunes, l’écriture pas toujours fluide (certaines descriptions sont ardues), pas vraiment inventive, mais les motifs du récit le sont Les divers épisodes laissent des images fortes chez le lecteur: le poteau «d’attachage», le métier de Verveine (elle est extirpeuse de vers), le bateau du Monde flottant, le séjour en prison, la jeune Parque, etc.Une série prometteuse est née.Nous attendons la suite avec impatience.Deux albums récemment parus aux 400 Coups attirent l’attention.L’illustrateur Stéphane Jorish, deux fois lauréat du prix du Gouverneur général, y signe un très bql album, La Ceinture magique.A partir d’un conte populaire dont il a adapté le texte en collaboration avec Claudine Vivier, Jorish propose ses aquarelles somptueuses, expressives, aux couleurs chaudes.Un Tit-Jean bien jeunot, pour ne pas dire naïf, ayant tout juste reçu une ceinture magique en héritage, se retrouve aux prises avec une princesse cupide et cruelle.Princesse aux toilettes extravagantes, laquais empesé, village de rêve, verger aux branches décoratives, les illustrations portent le texte et soulèvent l’imagination comme un tapis volant.Les illustrations de Stéphane Jorish ont du souffle et renouvellent l’enchantement même après plusieurs lectures.Quant à Fidèles éléphants, paru dans la collection «Carré blanc», on doit le texte à Yukio Tsuchiya, poète japonais, critique et auteur de plusieurs livres pour enfants.L’histoire est authentique et si poignante qu’on voudrait qu’elle soit fiction.Lors de la Seconde Guerre mondiale, les autorités militaires japonaises, craignant qu’une bombe ne tombe sur le jardin zoologique de Ueno, libérant des animaux dangereux, ordonnèrent de mettre à mort les fauves et les éléphants.L’histoire des trois éléphants de ce zoo constitue en somme un message d’espoir et de paix.Flic est lue à la radio japonaise tous les 15 août et nous est racontée ici, accompagnée des illustrations de Bruce Roberts.L'auteur, décédé en 1999, espérait qu’elle ferait prendre conscience aux enfants de la folie de la guerre.La lecture de cet album est en effet un moment fort, intense et émouvant, tant pour les adultes que pour les enfants.LE MESSAGER DES ORAGES l.aurent McAllister • Médiaspaul, coll.«Jeunesse-Pop» Montréal 2001,172 pages LA CEINTURE MAGIQUE Texte et illustrations de Stéphane Jorish Les 400 Coups, coll.«Billochet» Montréal, 2001,32 pages FIDÈLES ÉLÉPHANTS Texte de Yukio Tsuchiya, ill.par Bruce Roberts Les 400 Coups, coll.«Carré blanc» Montréal, 2001,32 pages MOUVEMENT SUITE DE LA PAGE D 1 Nous ne sommes pas loin ici de l’idée de retraite comme on pouvait l’entendre autrefois, d’un besoin de se retirer de l’agitation du monde.«C’est vrai.Gabrielle ne pense pas à une retraite professionnelle; elle prend plutôt la décision ferme de cesser d’attendre quelque chose.Elle se place délibérément sur la touche.Pour regarder le monde autrement.Elle a bien quelques projets, mais très modestes, il est vrai.» Cette femme encore jeune, qui a eu jusque-là une vie assez agitée, certains lecteurs seront tentés d’y reconnaître le portrait déguisé de certaines ministres bien réelles de nos Affaires culturelles.A tort, assure Lise Bissonnette.«Ce n'est pas ma faute si le gouvernement du Québec nomme souvent des femmes à ce poste! Et puis, même si je me suis inspirée pour certains détails de gens que j’ai connus, Gabrielle est plus proche de moi que des femmes qui ont été aux Affaires culturelles.» En ce milieu des années 80, Ga- Un lieu ppropne brielle est revenue de sa première victoire électorale, de l’enthousiasme qu’eDe a mis à mettre en place une politique de la culture pour l'ensemble de la province de Québec.Elle a cru à tout cela, sans ja- Extrait T es premiers arrivés devant l’hécatombe mineure ^ JL/qu’était une jeep avec chauffeur et passagère auront bien sûr été les enfants, aussi agiles que leurs chèvres à travers les pics.Deux garçons et une fille, frissonnant à l’aube dans les couvertures effilochées qui les enveloppaient des genoux à la tête: ils ont les doigts aussi fins que leurs traits venus des Arabics, les yeux sans crainte car ils ne connaissent pas les miroirs.S’ils ont touché la morte en rouge, ou en denim bleu car il est probable qu’elle ne portait pas sa robe en parcourant les pistes, ç’aura été comme ils abordent tous les étrangers, leur saisissant la main en signe d’amitié pour ces égarés dont ils devinent l’inquiétude ou même la tristesse devant tant d’espace et d’horizon.Ils n’auront rien volé, ils ne prennent pas sans qu’on leur donne.Même les tout petits, dans des robes couleur de leurs moutons, sont ainsi réservés.Ils se seront ensuite accroupis, immobiles, gardiens du ciel bleu, vide, jusqu’à ce qu’y monte au midi un soleil implacable et que surviennent leurs frères aînés, transporteurs de pierres des montagnes, capables d’en ramener aussi des cadavres.» lise Bissonnette, Un lieu approprié (Boréal) mais se départir de son esprit critique.Se souvenant, elle note au passage «l’entendement léger du gouvernement à l’égard de toute chose culturelle-, et, à la veille de se lancer en politique, elle se souvient A’«un pays où les bombes ne sautent plus et où les intellectuels, en ascendance sociale, doivent tout de même quelque chose aux névrosés qui sont en prison-.Quant au milieu politicien, elle l’aura trouvé peuplé de nombreux menteurs et de Casanovas au petit pied.Ce récit où il est question de politique politicienne, Lise Bissonnette n’a pas voulu en faire un roman politique.«Cela me convenait, tout simplement, de situer mon personnage principal dans ce milieu que j’ai eu l’occasion d’observer longuement pendant ma carrière.Ici, j'ai surtout voulu parler de l’engagement politique, généreux ou calculé, selon les personnes.» Un lieu approprié marque-t-il la fin d’un cycle amorcé avec Marie suivait l’été?On y retrouve en tout cas le personnage éponyme du premier roman, et, en silhouettes, son amie Corinne de même que François Dubeau, ce critique d’art qui était le personnage central de Choses crues.«J’ai voulu régler son sort à Marie, qui circulait dans l'œuvre depuis le début.» Lise Bissonnette lui offre qne sortie magnifique, dans une Ethiopie que la romancière elle-même connaît bien, et qui offre des parentés étonnantes avec leur Abitibi natale.Abitibi-Abyssinie: le cousinage est là, dans les appellations comme dans les paysages.Lise Bissonnette a raison de n’être pas inquiète de ce roman.Et puis, elle est déjà ailleurs.L’œuvre continue.UN LIEU APPROPRIE Use Bissonnette Boréal Montréal, 2001,199 pages BANDE DESSINEE SUITE DE LA PAGE D 1 Un spécialiste comme Jacques Cloutier, œuvrant dans le domaine du livre rare depuis quelques décennies, n’a vu dans sa vie qu’un exemplaire de la version grand format de cette œuvre.Le prix demandé n’est pourtant que de 40 $.Une autre rareté, Ravisseuse de bonheur (vers 1939) se détaille 35 $.«La Bibliothèque Nationale du Québec n’a même pas d’exemplaires de ces livres! C'est le genre d’albums pour lesquels on tuerait en Europe tandis qu ’ici, ils coûtent moins cher que la plupart des nouveautés!» Même les coupures de journaux où paraissait Le Père Ladébauche, au début du siècle, ne valent pas plus de 10 $ l’unité.Et les prix évoluent peu.Celui de la collection complète des 26 planches numérotées des Contes historiques de la Société Saint-Jean-Baptiste, avec la reliure, demeure sensiblement le même depuis dix ans.Parmi les auteurs de ces contes en images, un certain Lionel Groubc, dont les romans écrits sous le pseudo d’Alonié de Lestres, Au cap Blomidon et L’Appel de la race, turent adaptés en bédé vers 1935.Par-delà les collectionneurs de bédé, il y a les bibliophiles invétérés qui amassent tout ce qui se rapporte à une période ou à un sujet Jacques Cloutier a fait don à la bibliothèque de l’Université de Sherbrooke de sa collection de 1400 ouvrages pour la jeunesse (dont des bédés) des années 1871 à 1980.Notre bédé américaine Denis Lambert collectionne la bédé depuis 15 ans.Il possède peut-être 500 albums en plus des fanzines et des revues.«Avant, j'essayais d'acheter tout ce qui était québécois mais je suis beaucoup plus sélectif aujourd’hui.Avec le boom dans la production depuis cinq ans, si tu veux acheter tout ce qu’il y a de québécois dans une librairie comme Fichtre, ça peut te coûter dans les 800 $.» Au début de l’année, la collection de pastiches de Tintin de Lambert comprenant aussi des auteurs européens, a été exposée à la Bibliothèque de Mont-Royal.L’homme juge d’ailleurs qu’une des pièces majeures de sa collection s’avère le pastiche de Tintin et l'AIph-art, créé par le Québécois Yves Rodier.Selon Yvan Plamondon, ce Rodier serait la bédé québécoise la plus cotée sur le marché.Considérée, même en Europe, où abondent les pastiches de Hergé, comme une des meilleures, l’œuvre de Rodier, totalement illégale, aurait fait l’objet d’au moins trois éditions pirates! M.Plamondon refuse de mettre un prix sur ce pastiche; il laisse toutefois entendre qu’en Europe, il vaut bien davantage que 500 $.Sur le site BD Paradi-sio, un Européen a affirmé l’avoir payé 3600 FF., A cause de sa proximité avec les Etats-Unis, de l’embargo causé en Europe par la Seconde Guerre mondiale, certains titres américains ont été traduits uniquement au Québec.De l’autre côté de l'Atlantique, on manifeste un certain intérêt pour le Tarzan paru dans La Presse entre 1931 et 1982, la première et la plus complète des adaptations en français des romans d’Edgar Rice Burroughs.Selon Louis Paradis, bédéiste et collectionneur, les premières décennies de cette édition revêtent un intérêt particulier en raison de la qualité du papier et de celle de l’impression, effectuée avec le procédé de rotogravure.De surcroît, en raison de la pudibonderie ambiante dans notre belle province, on retouchait les planches originales, habillant les scènes trop dénudées, les remplaçant parfois carrément par du texte.Certaines bédés américaines de super-héros traduites et publiées au Québec entre 1960 et 1980 sont aussi recherchées en France, où elles n’ont jamais été disponibles en français.Selon Denis Lambert un Conan grand format d'environ 76 pages en noir et blanc peut s’y vendre l’équivalent de 125 $.la profusion de fanzines parus au Québec dans les années 1990-2000 sera-t-elle un jour l’objet des passions des collectionneurs?Ma question fait rigoler Yvan Pamondon.«Au risque de faire de la peine à certains, il y a peu d’auteurs majeurs au Québec.Je ne spécule pas sur la bédé québécoise, il n’y a pas de marché.J’ai la collection complète des Dirty Flotte (le premier fanzine de Julie Doucet, sans doute l’auteur québécois le plus connu au monde] mais je ne ferai pas d'argent avec ça, c’est plus pour faire plaisir à un vrai amateur.» Ça n’empèche pas M.Plamondon de croire que notre future GBQ devrait faire l'acquisition de planches de bédéistes québécois pour décorer ses murs.et garder des traces de notre histoire culturelle.denislord@endirect.qc.ca LITTÉRATURE ANGLAISE Un monde à vau-Peau MARIE CLAUDE MIRANDETTE Les Anglais sont bien connus pour leur sens de l'humour, leur ironie, leur goût de la satire teintée de commentaire politique.Et ce n’est pas Rupert Morgan qui fera mentir cette réputation avec Poulet farci, une grosse et grasse farce sur une société issue d'une autre planète qui, à force de perdre ses valeurs, a littéralement perdu les pédales et le nord.Les milieux du pouvoir que dépeint avec force cynisme Morgan sont à ce point retors, et leurs acteurs tellement vils et arrivistes qu’on finit par penser que tout cela est plus proche de la réalité qu’il n'y paraît aux premiers abords.En guise de mise en contexte, une soirée pour tous les arrivistes d’envergure sévissant à Entropo-lis.organisée par un richissime homme d'affaires.John Lockes, qui, on le découvre rapidement, a engagé un contingent d’ex-détenus pour assurer le service — il faut donner une seconde chance à chacun, quoi! Ce qui n’est pas sans causer quelques incidents lorsque l’un d'eux pète littéralement les plombs et menace de faire sauter tout ce beau monde.Jusqu'à ce que Susan Summerday, épouse du candidat logique à la succession de la présidence du pays, se jette dans la fosse et consente à se sacrifier corps et àme — si tant est qu’elle en ait jamais eu une — pour sauver tout le monde.Ce n’est là que le début d'une longue série de situations plus bizarres et surréalistes les unes que les autres alors que s'amorce la pré-course à la présidence et que chacun pousse du coude pour endormir l'électorat et court l'audimat à coups de cynisme et de déclarations débiles.Au cœur du programme de Michael Summerday, successeur pressenti, un projet en cours d'étude «clinique» qui vise à vider les prisons en implantant une puce dans le cul des criminels avant que de les relâcher dans la nature.Puce qui permet en tout temps de les localiser et de les surveiller 24 heures sur 24 à un coût modique.Mais certains conseillers de Summerday pensent que ce projet est potentiellement dangereux, qu’il pourrait même menacer la popularité de leur poulain.Et dans un monde où il importe plus d’être au pouvoir que de se dévouer au mieux-être de l'ensemble de la société, une politique impopulaire, même nécessaire, reste une mauvaise politique.De son côté, Lockes, magnat de l’informatique et propriétaire d’une bonne partie de la planète, commence à se prendre vaguement pour Dieu.Et Macauley Connor, journaliste à l'origine intègre mais sans le sou.accepte de travailler pour un éditeur sans scrupules à la rédaction d'une biographie de Lockes, du genre non autorisée et qui éclabousse son homme.Dans cet univers, qui des journalistes, des politiques et des hommes d'affaires est le plus corrompu?Difficile de se faire une idée claire tant tous ces candidats recèlent chacun à sa manière, des talents insoupçonnés et insoupçonnables dans l’exercice de la bassesse humaine et de la débilité profonde.Tout le monde il est laid et pas gentil et la farce tourne parfois au tragique, mais pas trop.Juste assez pour faire réfléchir sur le non-sens d'un monde à la dérive tout en offrant la possibilité d'en rire plutôt que d'en pleurer.POULET FARCI Rupert Morgan Traduit de l’anglais par Dominique Rinaudo Belfond Paris, 2001,390 pages I LE I) E V 0 I H L E S SAMEDI 1 S E T I) I M A N l II E I îl A 0 T > O U I I) V R E S POÉSIE La poésie à tout prix ROMAN QUÉBÉCOIS Le journal d’un homme sans histoire LOUIS CORNELLIER f Ecrivain qui cultive à la fois sa marginalité et la frustration qui en découle, Michel Muir aime profondément la poésie.Adepte d’une conception mystique de la création littéraire, qui, selon lui, doit «manifester la sur-nature» et démontrer «la nécessité de l’élévation de l’homme au-dessus de sa condition» à partir d’une «obéissance inconsciente à la Volonté originelle».il est aussi animé par une passion de la polémique qu’il maîtrise assez mal.À l'assaut de la poésie révèle ces deux aspects de sa personnalité.Polémiste, Muir s’y défoule à l’emporte-pièce contre l’avant-garde littéraire québécoise des années 70 (sa tête de Turc habituelle) , qu’il accuse plutôt gratuitement d’académisme à rebours, de conservatisme hypocrite et d’irresponsabilité adolescente.Plus loin, il stigmatise une critique universitaire conformiste qui engendrerait la maladie de «l’aplaventrisme» chez les créateurs et il résume la critique jour-nalistique par ces quelques mots: «la complicité, des accointances, de la flagornerie».Qui vise-t-il précisément?Nous ne le saurons pas puisque Michel Muir appartient à ce type d’auteur prétentieux qui passe son temps à faire des allusions à son propre génie et à sa sincérité tout en jouant les modestes et en dénonçant l’inauthenticité de ses cibles qu’il a choisi de ne plus nommer.Petit pamphlétaire que celui qui roule des mécaniques.prudemment, en désamorçant lui-même, au surplus, ses provocations («L’idée ne nous viendrait jamais de nous plaindre de leur existence», remarque-t-il au sujet des critiques qu'il vient de savonner).A titre d’essayiste et de critique littéraire, Muir ne perd rien de sa superbe, mais il se montre tout de même capable de plus de profondeur et de générosité.Les recensions de recueils de poésie qu’il a regroupées en quelques chapitres empruntent souvent à) ¦y C MICHEL MUIR un style pompeux et éthéré.mais elles traitent les œuvres choisies (entre autres, et étonnamment ici, celles de Claude Beausoleil et Denis Vanier) avec respect.Quant à l’exposition de sa conception de la poésie, si elle se fonde malheureusement sur un rejet mal assumé de la modernité (Muir parle d’abord de «pollutions des idées modernes» pour ensuite souligner «la splendeur unique de nos sociétés occidentales post-industrielles»), elle n’en demeure pas moins, par moments, bellement formulée.La poésie, écrit-il par exemple, «est, comme le sourire, la prière, un jardin de la terre que l’Homme peut, s’il le désire, apprendre à aimer, avant de connaître les grands vergers du ciel».Doté d'une personnalité passionnée, brouillonne et souvent agaçante, Michel Muir a choisi: ce sera la poésie envers et contre tous.Au lecteur de décider s’il veut s’y engager avec lui pour le meilleur et pour le pire.À L’ASSAUT DE LA POÉSIE JVlichel Muir Editions Varia Montréal, 2001,264 pages L’ECHELLE DE JACOB Joel Yanofsky Editions de la Pleine Lune Montreal.2001,243 pages ormis sa plume, le Jacob Glassman du roman de Yanofsky n'a rien de ce qu’il faut pour tenir son double rôle de narrateur et de personnage central.Qu’est-ce qu'il peut bien pouvoir dire sur lui-même, ce vieux garçon de trente-cinq ans au physique mediocre — c'est lui qui l’affirme —, qui vit seul dans la maison familiale depuis la mort de ses parents et le départ de son unique frère, qui est idle vivre à Toronto?Sans ambition, désordonné, pro-crastineur, Jacob est un type ordinaire, pas tout à fait mécontent de son sort si ce n’est qu’il se languit de ne pas faire l'amour et s'en veut d'une sensiblerie qui lui cause parfois des étourdissements.En dépit de ce que suggère le * titre du roman, Jacob semble bien être l’antithèse du patriarche de la Bible, ou sa caricature.Sans femme ni enfants, il n’a pas eu à acheter son droit d'aînesse à son frère, qui lui a laissé la maison familiale sans faire de difficultés.Il n’a pas non plus d'Ange à combattre, mais plus modestement à affronter le démon de ses insuffisances.Pas davantage d’échelle vue en songe: en lieu et place, quelques échelles bien réelles qui vont lui causer de drôles d’embarras.Il vit de sa plume, en la vendant au plus offrant.Ainsi, il fait le nègre chaque semaine, dans le journal régional, pour son psychologue personnel; en plus de rédiger ses chroniques, il lui fournit ses histoires de cas qui sont souvent les siennes.Et pour arrondir ses revenus, il lui arrive d’écrire des dissertations pour des étudiants, essentiellement sur l’œuvre de l’écrivain américain John Cheever, mort en 1982.Peu traduit en français, cet auteur de romans, de nouvelles et de «journaux» posthumes, dont plusieurs histoires ont pour cadre des villes-dortoirs cos- Robert Chartrand sues du nord-est des États-Unis, a été surnomme le «Tchékhov des banlieues».On comprend qu'il soit l'auteur-fétiche de Jacob Glassman: il aime l'œuvre, qu'il cite çà et là L'homme, cependant, l'agace, qui a fini par sombrer dans l’alcool.La banlieue où Jacob vivote depuis si longtemps s'appelle, par antiphrase.Court Séjour.On n’y est ni riche ni pauvre.C’est un lieu terne comme il se doit, situé quelque part au nord de Montréal, et qui n’a rien de particulièrement québécois si ce n’est qu’on y fait allusion à un premier ministre qui parle de vote «ethnique» et à de détestables référendums, et qu'on se moque au passage de l’ex-ministre Camille laurin.On serait ailleurs, au Canada ou aux Etats-Unis, que cela ne changerait pas grand-chose au roman.Que peut-il arriver dans un décor aussi générique, sans âme reconnaissable?De tout petits incidents, des riens de la vie quotidienne qui, sur fond de vacuité et grâce à la plume de Jacob, prennent un tour étonnant.Dans son journal qui nous est donné à lire, il note, ou presque, non pas pour se souvenir du peu qui lui arrive, ni pour y voir clair dans sa vie, mais «pour ne pas perdre de vue ce qui risque de se passer».Or, la banalité est riche de mille virtualités, de même que la monotonie se révèle trompeuse si on y regarde de près.Esseulé, Jacob, vraiment?11 est sollicité de toutes parts, au contraire.Par un agent d’immeubles qui ne manque pas, chaque semaine, de le relancer pour tenter de le convaincre de vendre sa maison.Par un voisin, Joseph Alter, qui étudie pour devenir rabbin, un fou de Dieu bien décidé à prendre tous les moyens pour que Jacob devienne un juif à part entière, c’est-à-dire semblable à lui-même.Et s'il n'a pas de femme qu'il pourrait dire sienne, celles des autres — il y en a deux — vont beaucoup l'occuper, voire l’envahir.Le vide, dans cette banlieue de carton-pâte, est en effet plein d’incidents cocasses, de qui- proquos, d’occasions rateos qui ne privent pas de leur allant ces personnages par ailleurs tous astucieux.Ce ne sont pas des imbéciles, loin de là.Simplement des gens ordinaires qui, sans l'avoir prémédité, peuvent s'adonner à des bizarreries.Jacob en viendra à croire que le monde, même le sien, est décidément |>eu pie de fous.laii qui se serait bien contente du rôle effacé de l'écrivain public, voici qu'on le veut en consolateur des aflliges, en client, en disciple, en confident et même en.aubergiste! Il consent bravement à s'y essayer, avec le succès qu'on imagine.Défense et illustration — délicieusement parodiques — de la vie banlieusarde, ce journal de Jacob Glassman paraît aussi «virtuel» que ce qu'il relate.Si on se fie aux indications de dates, il aurait en effet été écrit en six jours seulement, à raison de deux pour chacune de ses trois grandes parties: en juin, en septembre, puis en décembre.C'est bien peu de temps pour remplir avec autant d'intelligence ces deux cent cinquante pages bien tassées de la part d'un narrateur plutôt occupé, même à des vétilles.11 y a cependant un autre tour de force, indiscutable celui-là, et qui constitue une des belles qualités du livre de Yanofsky.C'est l'habileté que le romancier a prêtée à son narrateur-journalier de pratiquer l’art de la digression, ou plus précisément de la parenthèse si gnificative.Très nombreuses et volontiers plus longues que la description des menus faits, elles nous entraînent dans les rêveries de Jacob, dans ses considérations sur l’humaine condition, et surtout dans le souvenir de ses mère et père, morts quelques années auparavant.Un couple modeste, sans histoire.Des gens de cœur dont on comprend que Jacob, qui n’a pas encore réussi à devenir un homme, les a beaucoup aimés.Que c’est pour eux qu'il n'a jamais osé quitter la banlieue de son enfance, par crainte d’y abandonner leur souvenir.«J’aurais pu aller n ’importe où, faire n’importe quoi, et je n’aurais pas oublié.J’ai préféré aller nulle part et ne rien faire.» C’est le premier roman que signe Joel Yanofsky, paru en anglais en 1997 et traduit ici assez correctement par Ivan Steenhout.Yanofsky est un journaliste et un chroniqueur littéraire bien connu au Canada anglais.Il se révéle un moraliste subtil, souvent drôle, et un habile conteur, proche, à certains égards, de Trevor Ferguson dont plusieurs livres ont paru aux Éditions de la Pleine Inné.robert.chartrand5(a)sympatico.ca jÇes nouveautés Boréâl Serge Bouchard Lhomme descend de l’ourse %r V Q Q S?o ÆiMAür V ESSAIS ?224 PAGES, 13,95 $ Suzanne Jacob La Bulle d’encre Æ Un lieu ipproprié 4 I ' Gai i an Sont y / ’ mmo s: v, Q) C LU C oc fÔ £ N LU 3 b (/) LU ¦Ji / 'C UJ t/1 ESSAI ?132 PAGES, 11,95 $ PRIX DE U REVUE ÉTUDES FRANÇAISES Hélène Monette Le Goudron et les Plumes / Horcal ROMAN *200 PAGES *19,95$ THÉÂTRE • 102 PAGES • 14,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca En librairie le 22 août ROMAN » 168 PAGES, 14,95 S I.F.DEVOIR, L F S S A M EDI I K ET DI M A X f II F 19 A O (' T 2 0 01 I) I -Livres -*- ESSAIS QUÉBÉCOIS La spiritualité est-elle une thérapie ?L’HUMAIN EN DEVENIR Une approche profane de la spiriti alité Jean-Luc Hétu Editions Fides Montréal, 2001,114 pages IA SANTÉ AU SECOURS DE IA FOI Édouprd-Charles Lebeau Éd.Médiaspaul Montréal, 2001,240 pages Longtemps figure de proue québécoise de la jonction entre le christianisme et la psychologie humaniste (courant dominé par les thèses de Maslow et Rogers sur la réalisation de soi et la croissance person-nelle), le théologien et psychologue Jean-Luc Hétu se consacre de plus en plus, depuis quelques années, à la conception d’une «approche profane de la spiritualité», ainsi que l’indique le sous-titre de son nouvel essai intitulé L'Humain en devenir.Convaincu «que la religion n’est ni une condition nécessaire ni une condition suffisante pour développer ses talents, comme le dit l Evangile, ou pour réussir sa vie», il travaille donc maintenant à un «modèle de la maturation spirituelle» libéré «de toute référence religieuse explicite».Partisan d’une définition très vague de la spiritualité qui intègre des concepts flous comme ceux de santé mentale, d’intégrité et d’harmonie, Hétu s’enfonce allègrement dans les eaux marécageuses d’une psychopop racoleuse qui fait passer son refus de l’exigence de la pensée rationnelle pour de l’ouverture d’esprit et de Tantidogmatisme.Construit autour «des sept axes de la maturation spirituelle» (ouverture à l’expérience, prise en charge, altérité, lâcher prise, flexibilité, quête de sens, intériorité), son modèle reproduit tous les travers d’une culture psychologique complaisante: négation du caractère social de l’individu qu'on réduit a de vagues considérations sur les relations interpersonnelles, dilution du beau concept d’altérité dans un discours sur la tolérance envers autrui, culte non avoué du narcissisme, utilisation de notions vaseuses illustrées par des histoires de cas simplistes.Instrument de contrôle social soft (ce discours laisse sous-entendre que la colère et la mauvaise humeur, ça nuit à l’harmonie, que l’engagement politique déçu mais entêté, ça contredit l’impératif du lâcher prise, etc.), vision du monde thérapeutique sans noblesse obsédée par l’hygiène mentale, la spiritualité profane proposée par Jean-Luc Hétu se résume à sept commandements, des suggestions corrigerait-il, pour baby-boomers désabusés.Devant un tel projet, on se demande s’il faut se réjouir de constater qu’Hétu a enfin laissé tranquille (ou presque) la théologie ou s’il faut se désoler devant son abandon de ce qui élevait anciennement sa rhétorique.Un essai de compréhension Pour mieux comprendre ce courant, né dans les années 1960, de réinterprétation du message évangélique à la lumière de la psychologie humaniste auquel a d’abord participé Jean-Luc Hétu avant de se cantonner à l’univers profane, il faut absolument lire le remarquable essai d’Edouard-Charles Lebeau, La Santé au secours de la foi, qui examine «les prises de position d’un certain nombre de croyants catholiques» sur ce sujet.Utilisant la thèse du sociologue Peter L Berger selon laquelle la modernité, en ébranlant l'hégémonie sociale et symbolique du christianisme, a forcé ce dernier à se lancer dans des entreprises de légitimation au sein du nouveau monde pluraliste, Lebeau explique la présence de la psychologie humaniste dans le discours catholique post-Vatican II.Dans des sociétés de religions à la carte, de concurrence des spiritualités et des visions du monde, le catholicisme, en quête de légitimité, ne peut plus négliger l’air du temps et doit donc se redéfinir, en continuité ou en rupture, par rapport aux tendances plus ou moins lourdes qui envahissent tout le champ social.Pour l'époque qui nous occupe, la même remarque s’applique aussi à la psychologie humaniste naissante, ce qui peut expliquer la rencontre entre ces deux spiritualités concurrentielles: le catholicisme s’actualise en s'adjoignant les thèses d’une école de pensée à la mode et la psychologie humaniste se donne une crédibilité en frayant avec une tradition critiquée, mais non dénuée de prestige, qu’elle réinterprète.Certains auteurs se réclamant du catholicisme, Jean-Luc Hétu en est un, iront assez loin dans cette entreprise de relecture inspirée par la psychologie humaniste (subjectivisation du christianisme, sécularisation des contenus religieux).D’autres, tels Pierre Pelletier et Jean-Marc Charron, plutôt partisans de la psychanalyse, refuseront ce qu’ils perçoivent comme une compromission qui trahit la profondeur et l’inépuisable richesse du catholicisme.Selon Lebeau, les deux camps (et leurs variantes) participent néanmoins, ce faisant d'une logique de marché qui stimule cette recherche de legitimation du christianisme.«Berger, ecrit-il, soutient que lorsqu'une religion passe d’une situation de monopole à une situation de marché, la question des résultats devient importante.» Aussi, c’est de part et d’autre qu’on affirmera détenir la vision du monde et de l’humain la plus juste et la plus utile: celle qui permet l’épanouissement ou celle qui est plus pertinente parce que plus réaliste.Exigeant mais accessible, La Santé au secours de la foi est un ouvrage extrêmement riche et nuancé qui se résume mal en quelques lignes.Essai d’explication et de compréhension, il rejette théoriquement tout jugement de valeur (sur la psychologie humaniste, sur le catholicisme, sur les stratégies de légitimation analysées) , mais son refus de déprécier les thèses de la psychologie humaniste, parce qu'il est argumenté, dénote une certaine complaisance à l’égard de ce courant.On aura compris qu’en ce qui me concerne, il en va tout autrement.En dénonçant sans ménagement cette «boulimie thérapeutique qui se traduit par une quête insatiable de soi-même sans réelle ouverture à l’altérité», cette sorte de religion dans laquelle la santé mentale ou la croissance personnelle remplace le salut, le théologien Jean-Marc Charron, dont l’excellent L’Ame à la dérive! Culture psychologique et sensibilité thérapeutique est analysé par Lebeau, m’enlève les mots de la bouche.louiscornellier(apar roinfo.net Louis Cornell ier Iean-Luc Hiru L’humain L I T T É R A T U R E t) Il É B É C O I S E I.ITT É RATURE ITALIENNE Attends-moi, Paris.BENNY VIGNEAU LT Se placer sous l’égide éclairante de l’écrivaine Anne Hébert, comme le fait ici Marie Ouellet en ouverture de ce recueil de récits, n'a rien de singulier, sinon que la citation choisie, de par l’idée qu’elle contient, augmente inévitablement les attentes du lecteur.«L’imaginaire, écrit Anne Hébert, est fait du noyau même de notre être avec tout ce que la vie, au cours des a nnées, a amassé de joies et de peines, d'amour et de colère, tandis que la terre qui nous entoure fait pression, dans sa puissance énorme, et s'engouffre et il y a passage du dehors au dedans et du dedans au dehors, échange et jubilation.» Se pro posant ainsi d'aborder la condition même du créateur, l'écrivaine et femme de théâtre Marie Ouellet sera-t-elle à la hauteur des espé-rances qu’elle suscite?Dans un essai intitulé Arf/twr Buies.Homme de lettres (PUL, 1957), Léopold lamontagne a écrit jadis ceci au sujet de la chronique, qui convient tout à fait à ce que pratique Marie Ouellet dans son livre: «Le genre est assez élastique, n'impose aucune contrainte à qui le cultive et peut varier du récit de voyage aux confidences personnelles, de la leçon morale ou littéraire à la satire politique.» Composé de plus d'une cinquantaine de textes brefs, Dedans dehors se donne à lire comme un journal de voyage, la narratrice, nouvellement installée en France, offre ses réflexions comme elle le ferait à un ami, à un confident ou à un compagnon.Car les textes de ce livre constituent le fruit du désir de la narratrice, ardent, on le sent bien, de «vivre et de faire vivre» l’iiris.A ce titre, le projet de la narratrice est tout à tait réussi.le lecteur est littéralement — pour ne pas dire littérairement — transporté dans la ville à la suite de celle-ci, l'accompagnant dans les moindres recoins de ses peregrinations.Se déplaçant le plus souvent à pied ou à bicyclette, elle visite des lieux proprement touristiques, tels que les Jardins du Luxembourg, la tour Eiffel, le palais du Louvre et le Jardin des Tuileries, mais s'attarde surtout aux lieux de la vie quotidienne, à savoir les parcs publics, les gares, le marché, le centre de photocopie Saint-Ambroise, le café Ladoux et la rue, surtout la rue, grouillante de vie, lieu de la circulation automobile, des disputes et des grèves tout autant que celui des jeux des enfants, des fêtes et rassemblements populaires.Moments décrits, observations notées, impressions, instantanés et clichés saisis sur le vif servent la narratrice, occupée quelle est à «promener son jugement» et son regard le long des chemins de la Ville luiriière qu’elle veut faire sienne.A la manière d’un Robert Lalonde qui se plait à se perdre dans les bois pour mieux entrer à l’intérieur de lui-même, Marie Ouellet, de sa position de citadine curieuse et passionnée, s’emploie à tâter le pouls de cette ville et de cette société moderne, cosmopolite et bigarrée.Sensible à l’Aufre, elle s’intéresse d’abord aux gens, à ces hommes et à ces femmes, Français d’origine ou venus d’ailleurs, qui vivent ensemble envers et contre tout.«Lieu de l'existence quotidienne pacifique, on est à Faris de moins en moins touriste ou étranger, on développe à distance des antennes nouvelles, on préserve ses racines, ces refuges au fond de soi sont des abris, des repères, une loge de silence où l'on apprend ce courage d'exister dans la ville en si grand nombre dans si peu d'espace.» Sans qu’ils soient marqués dans le temps comme les pages d’un véritable journal — l’ensemble a été rédigé entre juin 1997 et janvier 2000 —, les textes de Dedans dehors permettent au lecteur d’en prendre la mesure.Au fil des saisons, au gré des événements, partant parfois de l’actualité mais le plus souvent de son expérience personnelle, la narratrice en profite pour réfléchir, pour rêver et pour entrer à l’intérieur d’elle-même.Et c’est là que prend tout son sens la référence à la citation d’Anne Hébert, dont le titre du livre se veut l’écho.«Quelqu'un tousse.Pour l'étranger dans une ville, la solitude est remplie de ces voix intérieures qui perçoivent, s'émeuvent, s'inquiètent.» Ainsi, le récit de voyage de la narratrice s’enrichit-il de souvenirs et de reflexions qui l’amènent à se livrer, faisant resurgir au passage certains moments de son enfance, la figure de sa grand-mère, «l'automne chaud» de Montréal, dans les années 70, ou encore une foule de détails révélateurs qui témoignent de son amour pour Paris.Avec ce premier recueil de récits, Marie Ouellet réussit, avec simplicité et naturel, à présenter de l’intérieur un portrait de cette ville qui lui est si chère — et qu’elle habite toujours aujourd'hui.Plus important: elle se montre digne de ses influences littéraires, ainsi qu'un très bon compagnon de voyage, le temps de la lecture, du moins.DEHORS DEDANS Marie Ouellet XYZ éditeur, Montréal, 2001,162 pages Machine de guerre MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR De prime abord, L'Œil de Carafa se présente comme un ambitieux roman d’aventures doublé d’une fresque historique dont le point de départ est la colère d’un moine allemand appelé Martin Luther.L’objet de cette colère: le commerce des indulgences des prédicateurs par lequel Léon X entend financer les grands chantiers de Rome et au premier chef celui de la basilique Saint-Pierre, alors en pleine effervescence.Le 31 octobre 1517, la colère de Luther prend la forme de 95 thèses placardées sur la porte nord de l’église de Wittenberg.Ces thèses signeront l’acte de naissance de la Réforme, qui entraînera l’un des schismes les plus importants de la chrétienté, après celui de Byzance en 1054.Bien sûr, on peut s’en tenir à cette lecture historique de L’Œil de Carafa et y prendre un vif plaisir, tant l’art de ménager les péripéties, la prodigieuse construction ¦jÿ?’ d’un ouvrage de 743 pages qui se lisent comme 100, à quoi s'ajoute un style tout en nervosité et emboîtements, sont mis au service d’une documentation que l’on veut bien croire irréprochable.Les meilleurs romans historiques divertissent et instruisent à la fois, c’est là leur mérite.Cependant, on aurait tort d’ignorer le ressort secret qui a présidé à la conception de ce roman, véritable machine de guerre situa-tionniste lancée contre le monde actuel, ses pompes et ses œuvres, et en particulier celles de son dieu le ^ plus sanguinaire: Argent.Le pseudonyme de Lothar Blis-set (nom emprunté à un joueur de l’équipe de football de Milan qui n'en est toujours pas revenu) désigne en réalité quatre jeunes Bolo-gnais de fougue et de convictions: Roberto Bui, Giovanni Cattabriga, Luca di Meo et Federico Guglielmi, qui ont entrepris une guérilla socio-littéraire contre toutes les formes de pouvoir à l’œuvre dans la société.Du coup, les révoltes de pay- , sans durement réprimées dans l’Allemagne du XVI- *1 siècle à la suite d’une collusion ^ entre la noblesse et l'Eglise anticipent des famines et des purges staliniennes ou des méfaits de la mondialisation, au choix.De même, et sans que rien n’y paraisse à l’œil non averti, il y a du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle dans les dérapages idéologiques et le culte de la personnalité auxquels cède, au XVI- siècle, la secte protestante des anabaptistes, ainsi appelée en raison des exigences de la foi de ses membres qui leur fait réserver le baptême pour l’âge adulte, l’âge des choix librement consentis.Les vrais enjeux Officiellement, on aura beau s etriper (dans le roman comme dans l'Histoire, l’action n'a rien d’une figure de style) à savoir si l’homme peut faire son salut par les œuvres (vision catholique) ou par la grâce divine (vision protestante).Dans les faits, les enjeux se situent sur un autre plan.L’essor de l’imprimerie, alors invention récente, entraîne une diffusion des idées sans précédent qui jette les bases d’un monde nouveau.Or le nouvel ordre du monde qui se met en place à la Renaissance est dominé par les banquiers (cela ne vous fait penser à rien?), nommément les Fugger, immensément riches, véritables maîtres de l’Europe et de ses princes qui croient * fe, régner et faire la ^ guerre, alors é Illustration de Valérie Gauthier pour L'Œil de Carafa  Jt qu’ils sont surtout à la merci de leurs créditeurs.T&ÎSj Pendant ce temps, dans l’ombre de la curie romaine, le cardinal , Gianpietro Ca- rafa, futur Paul IV, tire les ficelles.Sur le terrain, son homme est un étudiant en théologie.Le roman le désigne par la seule lettre Q (qui donne son titre au roman en italien, tout en renvoyant à Qohélet, l'auteur présumé de L'Ecclésiaste, l’un des textes poétiques de la Bible à l'amertume la plus douce).Très tôt dans leur histoire, l’espion à la solde de Carafa infiltre les milieux réformés et anabaptistes et manipule leurs chefs, jusqu’à conduire au massacre général, préparant les esprits et les corps à l’ordre dogmatique que s’efforcera de rétablir Rome et son bras armé, l’Inquisition.Conformément à ses statuts, le groupe Luther Blisset s’est fait seppuku en 1999, pour renaître sous les espèces de Wu-Ming («sans nom», en mandarin; en Chine, dit-on, la formule tient souvent lieu de signature au bas des écrits dissidents).Wu-Ming est un laboratoire littéraire dont les fruits vénéneux se proposent de secouer la torpeur des milieux littéraires traditionnels au circuit prévisible — choix de formes convenues par les écrivains, critiques rassurées et élo-gieuses, prix, succès pu-jblic, notoriété, pouvoir symbolique, argent, reprise des formes convenues, etc.Les sbires de ’ordre littéraire à abattre?Les éditeurs et les écrivains pourvus d’un ego et d’ambitions démesurés.Il y a donc du pain sur la planche.Par conséquent, ni subventions, ni bourses, ni droits d’auteur pour les membres du groupe Wu-Ming, raides comme Calvin.Et pourvu que l’on soit un particulier sans vi-' sées commerciales, on peut télécharger gratuitement les publications de Wu-Ming {www.wuming-foundation.com), y compris f.1; lôf ‘ X H le célèbre Q qui fut en Ita-?i : A if ^e' en 1999, un événement littéraire.Là-bas, c’est l’édi-U teur Einaudi, lequel n’est pas exactement une mai-¦ son marginale, qui, en publiant le roman, a accepté d’introduire le loup anar-•'chiste dans la bergerie littéraire.En français, le roan est devenu L'Œil de Çarafa (le Seuil).Pour ce ravail, précise une note laconique insérée au déut de l’ouvrage, l’éditeur a obtenu le soutien financier du Programme culture 2000 de l’Union européenne.De Bologne, nos guérilleros savent-ils cela?Nul n’est parfait.Le plaisir de la lecture et la force de la réflexion n’en sont en rien gâchés.L’ŒIL DE CARAFA Luther Blisset Traduit de l’italien par Nathalie Bauer Le Seuil Paris, 2001, 752 pages C a b\e l s p e g .«r-!! Rentrée littéraire • ¦ ¦" ’ , -'4 p .s vî ^ ^ - L f* *> If |* ’ trouve |X‘ut-être pas visé ici, mais c’est encore le projet d’une bonne partie de son électoral, qui croit que c’est sa planche de salut, la condition de son épanouissement.«L’Amérique du Nord est le continent des solitudes, écrit-il.les Américains sont tournés vers eux mêmes; tentés par l’isolationnisme et l’unilatéralisme.» Octavio Paz, pour illustrer l’âme mexicaine, parlait du Labyrinthe des solitudes.Au Canada, il y a Hugh Mclellan et ses «deux solitudes».I.’intégration continentale progressant, l’isolement diminuera.Sauf peut être pour cette anomalie irritante que demeure le Québec.POÉSIE SUSPENSE Des voix plurielles DAVID CANTIN Il est toujours surprenant de découvrir comment la poésie peut conduireà différentes collaborations.Voilà deux livres qui n’ont rien du trajet habituel.Il y a toute une histoire, ainsi que plusieurs rencontres, derrière les recueils de Bernard Lévy et des frères Cornellier.On tentera de faire court.Toutefois, on comprend qu’on pourrait difficilement parler de ces livres sans dire un mot du contexte qui motive des œuvres de cette envergure.Pas facile, non plus, d’aborder en 2001 des thématiques aussi délicates que la nuit et le folkiore.La Nuit des interrogations n’aurait peut-être jamais vu le jour.C’est la découverte du poème À quelle heure commence le temps?de Bernard Lévy par le compositeur québécois Gilles Tremblay qui inspire à ce dernier un monodrame lyrique.A partir de ce moment, le rédacteur en chef de la revue Vie des arts pense sérieusement à regrouper ces textes dans le but d’en faire un livre.Lors des répétitions de l’œuvre musicale de Tremblay par les musiciens du Nouvel Ensemble moderne, sous la direction de Lorraine Vaillan-court, le peintre Julius Baltazar semble vouloir se joindre à l’aventure,des deux autres.Finalement, les Editions Simon Blais au Québec et Babel éditeur en France collaborent pour que le recueil puisse enfin voir le jour.Cela donne La Nuit des interrogations, le troisième livre de Bernard Lévy.Première incursion dans le domaine de la poésie, ces poèmes ne cachent aucunement une véritable fascination musicale.La Nuit soutient toute cette entreprise littéraire de descente en soi.Malheurs et joies du monde, ces textes en vers, ainsi qu’en prose, interrogent les moments cruciaux d’une vie.Loin de faire dans l’autoanalyse narcissique, on évoque les grands drames de l’humanité; de Dachau à Auschwitz, de Madrid à Buchenwald.Ce procès se veut un examen de conscience afin de mieux comprendre un avenir angoissant.Par contre, La Nuit des interrogations s’appuie beaucoup sur les contrastes tout comme les paradoxes.Le miroir de la conscience ne fait pas que renvoyer les images troublantes des guerres et des génocides, mais également le plaisir de l’abandon amoureux et érotique.La notion d’équilibre joue un rôle déterminant dans ce recueil.Le recours à l’anaphore se fait de manière incisive, afin que cette parole affronte la douleur comme Textase: «Tu pleurais.Écran transpercé par la nuit, / invisible sous l'ombre de la nuit./ Tu gravais ma présence au choc / de mon soulier butant sur une pierre, / à Tair que frôle mon passage, / à la buée de mon haleine sur une vitre à ta fenêtre, /au frisson d’un cil qui heur- te Taile d’un papillon.» La force de ce livre réside beaucoup dans la cohérence interne de son cheminement Les encres de Julius Baltazar rehaussent une telle expérience.La Nuit des interrogations de Bernard Lévy rivalise avec l’innommable pour mieux comprendre la quête d’un individu.Retour aux sources Autre projet de coéditions et de co-écritures, Folklore s’approche toutefois d’un autre espace de création.Deuxième titre à paraître dans la collection «Aux deux poètes» chez Lanctôt éditeur et Danielle Shelton, Dominique Cornellier a convaincu ses deux frères de se réunir afin de célébrer l’arrière-pays de Lanau-dière.Ce retour aux sources cherche, à nouveau, à nommer le pays à travers toute sa «résonance universelle».Chacun y va donc de sa propre version de souvenirs lointains, en écho à ses racines culturelles.Il n’est pas rare de croiser dans ces poèmes l’ombre de Menaud, de Maria Chapdelai-ne ou de Nelligan.Toutefois, c’est bien la réalité la plus quotidienne du patelin qui renforce cette vision du monde à Saint-Da-mien-de-Brandon: «Pourquoi baissons-nous les yeux / au moment de franchir les portes du large / Quelle ombre / jetée par mégarde sur nos épaules / embrouille soudain nos regards / Pourtant / dans les sillages repus de soleil / l'impatience de nos chairs / appelle le couronnement du verbe.» Les auteurs misent beaucoup sur le détail anodin pour faire connaître l’amplitude d’une réalité ancienne.Parfois, un certain souci de l’épanchement empêche le poème de se réunir dans toute la force d’expression qu’il entraîne.Le relief narratif amène aussi un rythme qui se déploie en longueur, afin de mieux soutenir des trouvailles loin de toute folklorisation pénible.La vraie réussite de ce recueil tient peut-être dans le défi d’unir ces voix dans un seul et même mouvement d’écriture plutôt que de se livrer à un simple exercice de style.On ne cherchera pas à comparer la poésie des deux frères, puisqu’elle ne fait qu’un dans Folklore.L’imagination d’antan devient alors plus vive que jamais.Un pari qui évite l’écueil du pittoresque.LA NUIT DES INTERROGATIONS Bernard Lévy Éditions Simon Blais/ Babel éditeur Montréal/Paris, 2001,97 pages FOLKLORE Louis, Éric et Dominique Cornellier Innctôt éditeur/Danielle Shelton, coll.«Aux deux poètes» Montréal, 2001,79 pages Le monde est bien une marchandise PAUL CAUCHON LE DEVOIR Eden-Olympia, c’est le paradis.Cité hyper-protégée sise dans les hauteurs de Cannes, avec sa police privée et ses centaines de caméras, tout y est parfait: les piscines, les allées sans un seul papier gras, les palmiers, les médecins fournis avec le loyer! Eden-Olympia est une ville de l’avenir, un complexe industriel totalement voué au travail de haut niveau.Tous les besoins secondaires des habitants y sont pris en charge.Loge ici la crème de l’élite mondiale: cadres supérieurs, chercheurs, financiers et scientifiques des grandes multinationales, qui peuvent se consacrer à leur travail 24 heures sur 24.Alors pourquoi, dans cette cité idéale, le bon docteur David Greenwood a-t-il pété les plombs un bon matin, assassinant dix personnes?C’est la question qui obsède Paul Sinclair, un pilote et éditeur britannique qui vient d’arriver dans la cité avec sa femme Jane, jeune médecin qui prend la succession de Greenwood.Et c’est la question qui hante le lecteur dès les premières pages de ce formidable roman signé J.G.Ballard.Ballard s’est surtout fait connaître auprès du grand public par l’adaptation cinématographique réalisée par Spielberg de son roman L’Empire du soleil, roman autobiographique sur son enfance à Shanghai.Mais à côté de quelques romans autobiographiques, Ballard construit depuis 40 ans une œuvre beaucoup plus forte d’anticipation sociale.UPER-CANNES iMn ¦7 Z'*«uri./* U.^ A l’assaut de la poésie n** essa' Michel Muir Dans À l'assaut de la poésie.Michel Muir donne libre cours à son tempérament de pamphlétaire et de visionnaire.Tantôt, il fustige les rouages désuets de l'institution littéraire, tantôt, il s'emploie à restaurer la poésie, quand il soutient «[qu'a] l'origine de l'exercice poétique, [.] fermente un incoercible et transhistorique besoin de s'approprier la conscience de notre divinité».Distribution : Prologue ISBN : 2-92224S-S6-X 264 pages 14.95 S ÉDITIONS IlÉTéDI ?#UVARIA 5e ANNIVERSAIRE ! C.P.35040.CSP Fleury, Montréal (0C) H2C 3K4 Tel.: (514) 389-8448 Téléc.: (514) 389-0128 www.varia.com sorte de cauchemars éveillés qu’on pourrait qualifier de «contes moraux».Super-Cannes est beaucoup plus proche de cette veine sombre à laquelle appartient l’autre grand titre très connu de Ballard, Crash, cette fable sur la violence, l’automobile, la mort et l’érotisme qui avait inspiré Cronenberg pour le film du même nom.Ici Ballard frappe très fort.L’histoire, qui prend les apparences d’un thriller, est menée de main de maître.Le propos est complexe, les dialogues ironiques et brillants.Dans cette Eden-Olympia censée combler tous les besoins, Paul Sinclair découvre un côté beaucoup plus noir, que Ballard met en scène avec une froideur distanciée d’autant plus terrifiante: les hauts dirigeants font dans les dépravations sexuelles, les drogues diverses, la pédophilie, les attentats racistes et les meurtres.Pour comprendre comment surgissent ces jeux cruels, Sinclair doit lui-même «traverser le miroir» (les références à Lewis Carroll abondent) et explorer ses propres abîmes.Son guide est un brillant psychiatre, Wilder Penrose.Le XX' siècle devait être la société du loisir, explique Penrose, mais ce fut un illusion.Car «le travail est le nouveau loisir», dit-il.Et lorsque le monde devient une énorme banlieue, lorsque régnent les «centres commerciaux de l’infinie médiocrité quotidienne», il n’y a plus de foi «hormis une vague croyance en une divinité inconnue, tel le sponsor d’une émission de chaîne publique».la démocratie a triomphé, mais également le capitalisme et le consumérisme.Pour les élites qui livrent aux masses tout ce qui est consommable, «la vraie liberté c’est l’affranchissement de toute morale», conclut-il.Eden-Olympia organise donc les comportements déviants, les structures, les chorégraphie même, histoire de permettre aux élites d’être plus performantes.Anticipation?On est pourtant très proche des violences du cinéma hollywoodien et de la télé-réalité.Et Ballard nous met en garde contre les dérives fascistes de ces élites trop puissantes des multinationales, qui modèlent le monde à l’image d’un immense centre commercial.SUPER-CANNES J.G.Ballard Traduit de l’anglais par Philippe Delamare Fayard Paris, 2fX)l, 426 pages MARIE-CÉLIE AGNANT Le Livre d’Emma LE LIVRE D'EMMA Morie-Célie Agnant nous livre après La Dot de Sara et Le Silence comme le sang un roman troublant et passionnant.Wuri.C»fit )H.,„„t •• du mmm -«nrv» «Le Livre d'tmma n'est pas qu'un simple roman.C'est un long chant de colère et de détresse, un blues digne de Billie Holiday, d la fols langoureux et violent, fielleux et mélancolique, un diamant de poème plus noir que la nuit.» I67p .18,95 î Stanley Pêan.La Presse Une coédition avec les éditions Mémoire (Haiti) En vente chez votre libraire les éditions du remuè-ménage I L E I) E V 0 ! R .LE S S A MED! 18 E T I) I M A X (HE 1 !?A 0 f T 2 0 0 1 I) f) -Livres *«?- Entrevue avec Christine Angot On ne choisit pas son récit L’écrivain Christine Angot était de passage à Montréal cette semaine en vue d’une collaboration avec la chorégraphe Manon Oligny, dont on pourra voir les fruits à l’Agora de la danse, les 1", 2 et 3 octobre prochain, dans le cadre du Festival international de nouvelle danse.Notre collaboratrice au Cahier Livres l'a rencontrée.Retour sur une œuvre multiforme qui heurte.JOHANNE J A K R Y La lumière d'août est forte.Nous sommes au cœur de l’été, assises a l’ombre, près de la piscine.Des enfants crient en plongeant dans l’eau.Je regarde Christine Angot.Elle a remis ses verres fumés.Pas pour jouer la star.On sent tout de suite qu’elle ne joue pas.Mon visage miroite sur les verres noirs.Ce reflet fait penser à ses livres qui renvoient le lecteur à lui-même, le confrontent à sa façon d’être et de lire le monde.Certains acceptent d’être débusqués, d'autres n’y lisent rien d’autre que la vie de l’écrivain, lui reprochent d’être incapable d’inventer quoi que ce soit.les livres de Christine Angot ne sont pas fabriqués.Ils se font contre le mensonge, contre le silence.Celle dont le livre L’inceste a secoué le monde de l’édition française en 1999 ne confine pas l’écriture au seul livre et à la littérature.Elle lit ses textes qu’elle adapte sur plusieurs scènes de théâtre.Elle est cocréatrice de films avec Laetitia Masson, et d’une pièce chorégraphique avec Mathilde Monnier.Elle était de passage à Montréal il y a quelques jours pour travailler avec la chorégraphe Manon Oligny sur la pièce 24 X Caprices, présentée à l’Agora de la danse en octobre prochain, dans le cadre du Festival interna- tional de nouvelle danse.Pourquoi écrire sur tous les fronts?«Déplacer les gens de leurs propres outils, c’est une épreuve de vérité.Un écrivain, ce n'est pas quelqu’un qui sait particulièrement faire des phrases.Enfin, je l'espère.» Il y a quelques mois, après avoir lu un texte de Christine Angot dans la revue L’Infini, Manon Oligny lui envoie une cassette vidéo accompagnée d’une proposition.«Je n 'étais pas dans une période où j’avais envie de travailler avec qui que ce soit.Jusqu'au moment où j’ai regardé ce vidéo.Quelque chose m’a arrêtée, vraiment.» les deux premières rencontres ont lieu à Paris, dont une en présence des danseuses.«l/i rencontre à Montréal permet de mieux saisir la chorégraphe dans la mesure où elle est dans son élément.» Car pour Christine Angot, travailler avec quelqu’un, «c’est essayer d’arriver à percevoir la sensibilité de ce qu’est cette personne».La chorégraphie 24 X Caprices est interprétée par quatre femmes et explore, entre autres thèmes, le féminin.Christine Angot écrira des textes pour les danseuses.Ce qu’elle retient surtout du travail de Manon Oligny touche à l’expression des émotions.«Comment les émotions peuvent se gérer.Et comment ce serait si elles ne l’étaient pas.Ce que j’ai vu et cru comprendre de ce spectacle de Manon est collé là-dessus.» Christine Angot fait le lien avec une nouvelle d'Annie Ernaux, L'Occupation, parue récemment dans le quotidien Le Monde.«Ce que fait Annie Ernaux n’est pas inintéressant, mais c’est complètement différent.Elle décrit à tête reposée les états par lesquels elle est passée.Son écriture est distanciée, sa langue est une langue qui explique la chose.Alors que ce que je fais, et c'est ce qui m’a touchée chez Manon, ce n’est pas une description de la vie; c’est le morceau de chair.Chez moi, la distance entre la voix et l'écriture, entre la voix de la parole et la voix de l’être, est réduite au maximum.On a des chances de recueillir pas mal de vérité, si on y arrive.» Brouillage La vérité, Christine Angot n’en démord pas.Mais attention, elle brouille constamment les pistes de lecture.Lors d’un Bouillon de culture mémorable, Bernard Pivot lui lit un passage de L’inceste comme s’il lui posait une question: «Moi-même à quatorze ans.Je voulais devenir écrivain, je voulais démarrer fort, j'ai pensé à l’in-cestej’ai séduit mon père.» «Et vous le croyez?», lui répond-elle, avec le sourire de celle qui pense (peut-être): vous êtes tombé dans votre panneau, dans ce que vous aimeriez croire.Elle interpelle encore plus ouvertement le lecteur à la fin d’interview, récit qu’elle fait d’une entrevue jamais publiée qu’elle accordait à une journaliste avide de détails sur cet inceste: «Voilà ce que je propose.Pour les curieux, dix pages suivent, très autobiographiques.Pour ceux que ça gêne, déchirez-les, je les en remercie.Et à la fois.ces pages j’en suis plutôt fière.» Que fera le lecteur?Christine Angot dit qu’elle fait JOHN FOLEY/OPALE Christine Angot de la vraie littérature.Mais comment distinguer la vraie de la fausse?«La vraie littérature, c’est quand on entend une voix qui dit quelque chose.La fausse, c’est comme dans la vie.On sent que le but recherché est avant tout de se montrer sous un certain jour.Dans ce que j’ai peut-être appelé la vraie littérature [mais littérature suffit, pré-cise-t-elle], il y a des luttes contre soi-même et tous les obstacles qu 'on se met.» Pourtant, plusieurs affirment que la littérature est mensonge.Peut-on, sous le couvert de la littérature, mentir?«On a le droit de mentir sur les faits parce qu’ils n’ont pas une valeur extrême.En re- vanche, on a l’obligation de dire vraie la réalité.Et la réalité n’est pas faite que des faits.Elle est fuite d’autre chose, et c’est sur ça qu’il faut essayer de dire le irai.» «Ecrire, c ’est se déloger» «Etre incapable d'inventer n'est pas de l’impuissance, c'est un principe», liton dans L’usage de la vie.«Je ne vois pas l’intérêt d’inventer, ni le but.H y a tellement d’inventions autour de nous, de choses qui nous éloignent du centre.La difficulté est d’arriver à démêler l’invention, y compris ce que j’ai moi-même inventé, de ce que je n’ai pas inventé.Parce que quand même, ça, je ne l’ai pas inventé! Quand les gens se fatiguent pour affirmer quelque chose, c’est que c’est vital.Quand c’est vital, c’est vrai, sinon, il n’y a pas de nécessité.» Mais pour plusieurs, la vraie littérature correspond souvent à des romans qui racontent des histoires inventées, non?«Dès que cette sauvegarde qui était l’invention est supprimée, les gens se disent: ce n’est plus de la littérature.Comme s’il n’y avait de littérature que dans l’invention.L’invention peut être d’ordre littéraire.Il faut faire attention de ne pas utiliser le code social de la parole, de la parole écrite, de la parole littéraire, ni celle qu’on a précédemment trouvée.Il faut sans arrêt se déloger.» Pour Christine Angot, écrire est vital.Après Quitter la ville, ce livre où on sent la vie avalée par les contrecoups de la publication de L'inceste, elle efface ce qu’elle écrit au fur et à mesure.Le crayon lui tombe des mains lorsqu’elle se relit.Elle écrit dans la peur d’ennuyer les autres, même si elle considère que la matière de ses livres concerne tout le monde.«J’aborde les choses de manière toujours assez mineure, assez tri- LITTÉRATURE FRANÇAISE Troubles incurables d’aimer G U Y LAINE MASSOUTRE Les coups de foudre ont l’étrangeté des orages: ils font entrevoir des déchirements abyssaux.Lire ce roman d’amour labyrinthique, en suivant Pierre Mertens, c’est sentir monter la crise.Comme les dernières chaleurs d’été, la griserie amoureuse y adopte le tour flamboyant des apothéoses célestes.Nul autre bonheur qu’aimer, chez Mertens, ne saurait égaler celui d’un «paso doble très ensoleillé et très coquin».Dans ce livre, il trace l’allégresse et les feintes de cette danse sentimentale, ses élans et ses dérobades, trouvant une forme littéraire qui convienne à la guérilla subtile.Sous sa plume, aimer devient une corrida galante, un spectacle intelligent, une joie de l’esprit.Mais l’ombre des sentiments qui virent, dans les méandres d’une relation duelle, ne tarde pas à s’y teinter de soufre.Aussi cette ambiance romanesque fait-elle écho aux éclosions qui fanent, lit fin de l’union s’y ressent dès le début.solennelle et péremptoire.Et elle agit en sourdine, tout du long.Mais on sait aussi, aux premières pages, que le cœur du roman tient à ce qu'on y jouit de l'union, longtemps après qu’elle se soit dissoute.L’art d’écrire consiste alors, sans ignorer la fin, à tourner le dos au terme fatidique, tout en s’y rendant assurément.Ia' temps de ressentir In profondeur des affects trappe à chaque page.Ainsi: «Ce qui nous requiert si violemment, écrit Mertens, passe entre le sexe et l’in- N.HELI.YN/A.M.L Pierre Mertens telligence, entre la peau et la parole.Il circule alors une langue, entre nous, qui n'épelle qu’un lexique minimaliste mais fondamental, un babil secret qui expliquerait tout.Plus de musique que de mots.Moins qu’une chanson.Quelques notes d’une mélodie inconnue, remontant à notre préhistoire.» Amateurs de raisons objectives et de fabrications artificielles, s’abstenir.Tant pis s’il faudra sentir, très vite, les prémisses de ce qui chute et de ce qui s’éteindra.L’éden, même menacé de désastre, qu’évoque Peresma, demeure un enchantement aussi longtemps que le couple existe.Dans son style mélancolique, ce roman d’atmosphère et d'analyse des sentiments joue d’un bonheur éphé- mère, profond et complexe.Mertens signe avec ce livre le récit d’une période de vie sentimentale éclatante.D’où son titre, Peresma, nom de la femme aimée qui signifie, en grec, «passage».Il est étonnant de se laisser happer une nouvelle fois par un roman d’amour.Que trouver là qui n’ait pas été dit et repris mille fois, de l'iniquité de l’amour, de l’aveuglement du désir, du couple miraculeusement formé et de ses failles, jusqu’à l’aveu cruel du désamour?La réponse est dans la lenteur de sentir et de penser au tréfonds de soi.Dans son ample mouvement, ce roman décompose et nomme avec brio les joies immédiates, comme les espoirs contradictoires de la vie intime, entre deux goûts de mort.Le temps d’aimer Centrée sur une sentimentalité masculine rarement aussi poussée, cette analyse des mille soucis de l'autre, cet abandon au bonheur qui s’effrite, retient durablement l'attention.L'action se passe en In-nommie, un succédané de la Belgique, sans doute, dont l'auteur est originaire.Peresma, la jeune femme grecque aimée, n’est ni une hé roïne ni une damnée.Mariée, mère fidèle à sa vie de famille comme à une autre féminité, celle qui s’épanouit dans la liaison, cette forme d’idéal féminin possède un charme toujours renaissant.Inévitablement, une telle liaison éveille aussi le manque constant la double vie de la femme, toute sur le mode de l'ambiguïté, suscite une vocation aux larmes chez l'homme.Cette passante, pourtant, souffre de son exemplarité: ce serait une femme plutôt banale, hors des yeux de l'amant.Est-ce ce qui l’empêche d’exiger d’elle davantage, au lieu de s’abandonner à la douleur des absences?Ses déterminations demeureront secrètes.Tout l’art de Mertens est de jouer sur différents niveaux de la perception: il laisse entendre sans tout dire.Du côté du langage, la séduction, providentielle, s’impose comme un inestimable présent.Cette liaison jette alors ses mailles autour des amants, mais jamais Peresma n’incarnera une figure franchement sympathique.L’amant vit l’onirisme du plaisir, tissé d’attente, qui comble l’incomplétude de l’engagement.L'ambivalence de son bonheur fait une histoire durable, mais angoissée: «On pourrait dire de moi plus tard: “Vous savez?C’est cet homme qui avait rencontré Peresma.” Comme si cet étrange pedigree devait désormais me distinguer, m'identifier, me définir en entier.Je me retrouvais seul comme dans une forteresse assiégée par le vide.» Cet amour n’a de sûr que son aspect romanesque.Dans les abysses de la psyché Pierre Mertens, à partir d’une situation de séduction qui aurait pu se vivre glorieuse, a plongé du côté masculin dans l’état de douleur sournoise, inhérente au manque.Il montre les abîmes de mélancolie, nés de l'amour passager et des retranchements multiformes.Le temps y joue une musique — d’ailleurs, la musique est omniprésente dans le roman —, qui fait parfois penser à celle de Jacques Brel.L'amant rêve de réalisation absolue, à l’affût de toutes les mises en veilleuse de sa flamme.Son paysage intérieur, même illuminé par les sens, subit la corrosion de ce qu'il nomme joliment «un automne vermeil».Entre l’inéluctable transformation des choses et les trahisons répétées, le désordre des émotions s’apaise dans l’écriture, qui validera les sentiments de l’amant éconduit.Face au désert qui, lui, se reconduit, d'intenses moments de félicité laissent des images d’oasis.Mais la soif d’aimer ne s’étanche jamais.Le lien amoureux, chez Mertens, donne à lire l’émoi et la gratitude: la réalité d’aimer y inspire la parole, ce lien à l’autre vital, d’où, plus profondément, l’irrépressible besoin d’aimer jaillit parfois.L’écriture de Mertens, experte, sait laisser paraître les failles, d’où sourdent les sentiments d’un homme qui aime une femme légère.Sa gravité d’amoureux pèsera sur le lecteur d’une douleur parfois insupportable.Ne pensera-t-on pas, ici et là, à s’en déprendre, dans l’espoir qu’il se libérera de ses chaînes?Ken de facile dans le couple, ici: ni l’abandon à l’autre, ni le don de soi, ni la justesse des analyses n’offjrent les promesses escomptées.A la fulgurance de la rencontre amoureuse fait face un insatiable désir, une rage presque, de glisser du mot passage à celui de partage.Qui sait si ce n’est pas cette rage même qui fait passer la chance?Ce roman se garde ouvert PERESMA pierre Mertens Editions du Seuil Paris, 2001,577 pages POÉSIE É T R A N Ci È R E Uultime réalité de la poésie DAVID CANTIN Voilà une collection qui ne se gêne pas pour entrer, de manière pertinente, dans l’œuvre de certains écrivains majeurs du vingtième siècle.Un format réduit, une couverture attrayante, quelques photos, des essais judicieux, ainsi qu'un choix de textes suffisant pour piquer la curiosité du lecteur.C’est ce que préconise l’éditeur français Jean-Michel Place, avec l'aide de Zéno Bianu, grâce à de petits volumes qui commencent à faire beaucoup parler d’eux.Difficile de trouver des introductions aussi justes, en langue française, sur les poètes Paul Celan et Roberto Juarroz.Il serait faux de croire qu’il ne s’agit que d’un survol rapide.Bien au contraire, Paul Celan.Chronique de l’anti-monde de Laurent Cohen est, sans contredit, l’analyse la plus profonde qu’il m’ait été donné de lire à propos du célèbre auteur allemand.Jeune essayiste qui travaille présentement à un cycle de monographies mystiques, Cohen ne manque pas de faire une lecture audacieuse du parcours de Celan.Cette analyse montre comment l’œuvre du poète s’oriente vers une «théologie subversive où, sans aucune garantie d’acquittement, c'est désormais Dieu que l'on juge».Pour Cohen, toute la poésie de Celan doit être lue dans une perspective qui ne rejette d’aucune façon les liens aux traditions théosophique et théurgique du judaïsme, de même que les catégories primordiales de la pensée kabbalistique.De plus, on ne se gêne pas pour citer des résonances qui vont d'Else Lasker-Schliller à Patti Smith.Tout un défi, il va sans dire.Comme l'explique l'auteur de ce court essai, «sous la plume de Celan, Jérusalem redevient le lieu du blanc — mais du blanc des neiges, cette fois, du blanc de la transmutation des esprits annoncée par le Voyant biblique, Isaïe».Evidemment, on critique de manière radicale le célèbre slogan d’Adorno (ce philosophe juif si peu nourri d’hébraisme) qui dit quVrrire un poème après Auschwitz est barbare».Poétiquement.il y a un avant et un après Celan.Cohen tente d'expliquer cette ligne de partage radicale dans la chronique universelle du poème.Le choix se termine sur un extrait révélateur de Y Entretien dans la montagne.Une lecture révélatrice.Comme il l'avait si bien fait en guise d'introduction à la Douzième poésie verticale dans la défunte collection «Orphée à I-a Différence», Michel Camus analyse, lui aussi avec beaucoup de justesse, ie trajet d’ecriture de l'Argentin Roberto Juarroz.Intitulé Mais au centre du vide il y a une autre fête, cette lecture commente l'interrogation sur le langage qui tient à la fois de l'art, de la science, de la philosophie et du translangage révélateur du «tiers secrètement inclus» de Lupasco.Bien sûr, il est question d'amitié entre les deux poètes.On sait à quel point Camus demeure l’un des meilleurs lecteurs de Poésie verticale de Juarroz.Toutefois, on comprend mieux les liens entre les intuitions de Juarroz et celles d'Antonio Por-chia.C'est sur ce chemin d’éveil, pour reprendre l’expression d'André Velter, que cette poésie se dévoile dans son aventure métaphysique: «Oui, le poète cultive les fissures, surtout le poète moderne.Voilà pourquoi, peut-être, il est seul, car c’est uniquement ainsi qu'il peut remplir sa tâche.» Deux livres qui ne manquent pas d’enseigner comme de surprendre.PAUL CELAN.CHRONIQUES DE L’ANTI-MONDE Laurent Cohen Editions Jean-Michel Place, coll.«Poésie» Paris, 2000,126 pages ROBERTO JUARROZ.MAIS AU CENTRE DU VIDE IL Y A UNE AUTRE FÊTE Michel Camus Editions Jean-Michel Place, coll.«Poésie» Paris, 2001,126 pages viole.Pas du tout sous l 'angle de la thèse.Je m'efforce de voir par un trou grand comme ça [de la taille d’un vingt-cinq sous] quelque chose de très vaste.C’est sûrement ça, la difficulté.» Depuis quelques semaines, elle ignore comment le dire, elle écrit sans effacer.Qu’est-ce qui la propulse dans l’écriture?«Malheureusement, c’est moi.L’énergie se trouve en moi.C’est normal que le moteur de l’écriture soit en moi.En revanche, il va vers l’extérieur.Sinon, on serait dans le cadre du journal intime.Contrairement à ce que certains pensent, ce que je fais n’a rien à voir avec le journal intime, ni avec l’autofiction.Je ne décris pas, je ne raconte pas ma vie.Je parle pour voir si j’ai quelque chose à dire.Je pense que la nuance est capitale.» C’est aussi le silence qui la pousse à écrire.«Le silence et cette espèce de mensonge dont personne n’a l’air de s’étonner.On ment sur des choses très simples.Je crois qu’on ment essentiellement sur la portée de ses propres paroles.On ment quand on dit qu’on n’a pas pensé une seconde que ce qu’on vient de dire était violent.On dit que la télévision, les films de guerre, c’est violent.Mais on ment sur sa propre violence.On dit, “ah oui, moi j’ai du caractère, je peux être violent, je peux gueuler”, mais si-non, la violence, on la cache.» Ecrire, dirait peut-être Christine Angot, c’est forcément risquer.Mais sans danger, peut-il y avoir de l’écriture?«Sans danger, il ne peut pas y avoir de l’écriture et en même temps, l’écriture protège.C’est double, ça me met en danger, mais c’est ma seule protection.Ça protège parce que vous n’êtes plus seule, il y a un livre, qui n’est pas vous, qui dit ce que vous auriez pu dire, c’est quand même assez fort.» Famille française NAÏM KATTAN On peut lire ce roman comme le portrait d'une famille française de la bourgeoisie moyenne de la deuxième moitié du siècle qui se termine.Catherine Cusset donne l'impression d’y procéder systématiquement D’abord, le père, un ingénieur que tout irrite: la route quand il est derrière le volant, sa femme et ses enfants quand il se trouve chez lui.Il y a ensuite la mère, juge, qui se plaint constamment de sa vie ratée.Egoïste, acariâtre, autoritaire, elle n’aime pas ses enfants et, pour masquer son corps qu’elle déteste, elle s’habille chez les grands couturiers.H y a, par ailleurs, la grand-mère, juive, qui, en 1943, sous l’occupation allemande, a failli être déportée mais a réussi à faire échec aux policiers français venus l’arrêter.Avant sa mort à l'hôpital, elle recevait la famille à déjeuner tous les dimanches.Réunion peu joyeuse, car sa fille, la mère de l’auteur, arrivait toujours en retard et son mari n’aimait pas les pommes de terre dauphine qu’elle leur servait.Les enfants ne faisaient que s’ennuyer.L’auteur décrit les vacances d’été de la famille en Bretagne.Ce qui aurait pu être une occasion de plaisir finissait dans les plaintes des personnages, qui transportaient leurs frustrations et leurs travers.Aujourd’hui, Catherine Cusset habite New York et elle consacre un chapitre à ses aventures ou mésaventures américaines.La romancière livre un compte rendu des événements quotidiens de l’existence de sa famille avec un grand souci des détails: les meubles de chacune des pièces, les menus de chacun des repas, les faits et gestes de chacun des protagonistes.Son attitude est négative, parfois ironique, et aucun membre de cette famille ne trouve grâce à ses yeux, ne possède quelque trait agréable qui compenserait un détestable comportement.L’action s’ajuste au déroulement du quotidien, dans l’absence de tout événement qui sortirait de l’ordinaire et qui pourrait avoir un caractère exceptionnel.Sans être absente, la société ne semble exister qu’à travers l’hostilité que lui opposent les membres de cette famille.On a l'impression qu’au fil des pages, le portrait se transforme en radioscopie.Les réactions de ces personnages statiques sont prévisibles car ils sont réduits à leurs pulsions, à un déterminisme, et nul ne sort indemne de l’étalage minutieux de ses gestes.Tout est relaté sans soubresaut et sans surprise: les rencontres amoureuses, les mariages et les divorces.La mort de la grand-mère est le seul événement qui marque la durée, le passage du temps.11 y a peut-être là une douleur cachée, une passion camouflée par un ordinaire quasi immobile.LA RAINE DE LA FAMILLE Catherine Cusset Editions Gallimard Paris, 2000,224 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE I 9 A O Ü T 2 O O I I) < ARTS VISUELS Le bouillonnement créateur ! MARC ARC H AM B AU LT Éric Demers photographié en pleine séance de travail au Symposium de Baie-Saint-Paul, le 11 août dernier.L'ETRE AU MONDE 191 Symposium international de la nouvelle peinture au Canada Au site du symposium, 11, rue Forget, et au centre d'exposition de Baie-Saint-Pauï.23, rue AmbroisoFafard.Baie-Saint-Paul.Jusqu’au 3 septembre 2001.DAVID CANTIN Lieu de créations et d’échanges, le Symposium international de la nouvelle peinture au Canada invite le public à rencontrer l'artiste dans json environnement le plus secret A l'intérieur d'un vaste atelier collectif, devant sa toile, alors qu’il parvient tant bien que mal à mettre au monde une œuvre de commande.La situation peut parfois sembler aussi gênante pour l’un que pour l'autre.0 n’y a qu’à franchir les portes de l’aréna de Baie-Saint-Paul afin de s’en rendre compte.Cette année, pour la U> édition, les organisateurs ont demandé aux trois artistes seniors invités, ainsi qu’aux onze autres sélectionnés, de produire des œuvres autour de la notion de l’être au monde.Un carrefour où domine l’idée de présence et d’existence.Ce processus de création à l’air libre comporte, comme on imagi- BAIE-SAINT-PAUL 2001 L’ÊTRE AU MONDE 4 MPOSIUM .de la nouvelle peinture au Canada du 3 août au 3 septembre Conférence-rencontre avec Lauréat Harois (Québec) Forum, 9h30 à 17h00 «L’Étye au monde, une approche interdisciplinaire» Pour confirmer votre présence au forum: ' demandegenerale@hotmail.com Télécopieur: (418) 435-6269 Dimanche 26 août.16h Conférence-rencontre avec Richard Conte (France) «L’EXPO-ÉVÉNEMENT» «REVOIR LA 18e ÉDITION DU SYMPOSIUM» Le Symposium est subventionné par: et commandité par: K ¦*i CONSEIL DES ARTS ET DES LETTRES DU QUEBEC PATRIMOINE O0B CONSEIL DES ARTS CANADA Ct> DU CANADA TÉLÉ-QUÉBEC • POWER CORPORATION • LE DEVOIR ¦ LE SOLEIL Renseignement: (418) 435-3681 www.centreâari-S>s ne, ses difficultés.Faut-il que les artistes se précipitent le matin, avant que l'achalandage ne devienne trop perturbant dans l'après-midi?Est-ce que l'artiste peut se permettre de ne pas répondre aux questions du public ou alors d’afficher une mine revêche?Telles sont les réserves qu’appellent ce genre de rencontres, la formule connaît, bien sûr, sa paid de succès annee apres année.On se demande, tout de même, s'il ne faut pas modifier certaines choses.Ce sera l'un des défis de la nouvelle directrice générale, Chantal Boulanger, qui succède désormais à la fondatrice, Françoise labbé, décédée le 23 avril dernier.Que dire de la cuvée 2001?En début de parcours du Symposium, lors de notre visite, la plupart n’en étaient qu’aux étapes préliminaires.Difficile donc de porter un jugement.Certains, comme le Français Richard Conte, n'étaient pas encore arrivés à Baie-Saint-Paul le 8 août, quand nous sommes passés.Dans l’ensemble, la sélection s'avère plus fructueuse que l'année dernière.Un premier tour du site permet de constater que des œuvres très fortes émergeront de ce contexte de creation.On i>en se.notamment, à la pratique d’Eric Simon qui fascine grâce à une sérié d’autoportraits empruntant beaucoup à l'iconographie scientifique contemporaine.Un choix d'images se greffe à une réalité qui doit autant au laboratoire qu'à la vision émergente de l'artiste, la demarche esthétique de Simon se distingue comme l'une des plus convaincantes à Baie-Saint-Paul cette année.On a l’impression que l'artiste approfondit une réflexion cruciale sur la place de l'homme dans le monde actuel.Dans un tout autre registre, le Français Thierry Pertuisot élabore deux grandes compositions de trois mètres sur trois mètres chacune autour de certaines scènes de Im Divine Comédie de Dante.Sur ces toiles de lin tendue sur châssis, un paysage intériorisé s’anime autour de l'inachèvement révélateur.Du mythe à la réalité, ces représentations abstraites incitent à découvrir un monde naturel VOIR PAC.K t) 7: SYMPOSIUM Prolonger les plaisirs de l’été.nature et découverte 2 S août - tes toits d'ardoise Melbourne-Richmond 8 sept.Diamants et bijoux expositions à Québec 15 sept.- Le frère Marie-Victorin sa vie, son oeuvre 30 sept - Poésie et vitraux Trois-Rivières et Nicolet JP beaux détours (514) 276-0207 CIRCUITS CULTURELS lût collaboration am: (Tub Voyages Rosemont CbritcteKtsL le dimanche 19 août à la Maison de la culture de Trois-Rivières 1425, Place de l'Hôtel-de Vtllo john soane 1753-1837 I du 16 mai au 3 septembre 2001 CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal 514 939 7026 www.cca.qc.ca Wfe Marrill Lynch Une exposition de la Royal Academy of Arts, Londres, el du Sir John Soane's Museum ÛÛ Banque de Montré.fig SSSS 5S£?* lyhoo Les Nouvelles de l'estdmpe, une revue pour quoi, pour qui ?Par Gérard Sourd, directeur de la revue française Nouvelles de l'estampe La collection d'estampe è la Bibliothèque Nationale du Québec Par Maureen Clapperton, directrice des acquisitions Un cheminement baroque/ Le multiple et son intégration Par René Derouin, artiste Dévoilement des Prix Albert Dumouchel, ne édition, catégories universitaire et collégial, décernés par le Conseil québécois de l'estampe à la Galerie r5, pavillon Nérée Beauchemin, local 1030 Université du Québec à Trois Rivières L'entrée sera gratuite rensoignomonts (819) 372-461 1 http //siteB rapid us net/biwnnale t rois-rivieres Nous tenon* 6 rem&rciftt U* Conseil dm arts et des lettres du Québec, le Conseil det> Art» du Canada k?Ministère de la Culture et des Communications du Cuéljec Patrimoine Canada, lu Coiporation de Développement Cultuiel de TroULÎïivteies lu Banque Nationale du Canada la Société Loto-Québec Presse Papier, la Galerie d'art du Parc CK TM l>- Nouvelliste La revente jusqu’au 1er septembre Alleyn, Alloucherie, Arp, Baxter, Bellemare, Bergeron, Bertrand, Cadieux, Collyer, Charrier, Cloutier, Comtois, Connolly, Daley.Daudelin, Dickson, Dubuc, Dumouchel, Elliott, Evergon, Perron, Flocon, Flomen, Gagnon, Gaucher, Goodwin, Guerrera, Hopkins, Hurtubise, James, Johnson, Jonas, Kelly, Krausz, Lagacé, Lavoie, Leduc, Levasseur, London, Martin, McEwen, Poirier, Rabinobitch, Racine, Radecki, Riopelle, Simard, Simonin, Sorensen, Sullivan, Toupin, Wery, Whittome, Wieland, Wilson Galerie Art Mûr encadrement 3429 Notre Dame 0.514 933 0711 DEUXIÈME ANNÉE QUÉBEC de l’évidence PHOTOGRAPHIES DANS LA VILLE/QUÉBEC du 15 août au 30 septembre 2001 'JL & Michel Bélanger & Cari Bouchard Rue De Buade (coin du Trésor) Karole Biron & Barbara Claus 10, côte du Palais Joanne Tremblay & Françoise Dugré Marché du Vieux-Port Giorgio Volpe & Thiago Szmecsanyi Rue Dorchester (coin De Sainte-Hélène) Centre VU Sébastien Reuzé Parc de l'Amérique-Française À mi-colline Face au 550, côte d'Abraham Maitetxu Etcheverria & Jean-Christophe Garcia Centre VU du 15 août au 16 septembre 2001 Nicolas Baier & Michel St-Martin L'Œil de Poisson Programme de l'événement disponible au centre VU CENTRE DE DIFFUSION ET DE PRODUCTION DE LA PHOTOGRAPHIE VU 550, côte d'Abraham, Québec • (418) 640-2585 • www.meduse.org/vuphoto VU remercie ses membres, le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des Arts du Canada, la Ville de Québec.l'Entente sur le développement culturel de Québec entre la Ville de Québec el le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le Fonds de stabilisation et de consolidation des arts et de la culture du Québec, le CLD Québec-Vanier.France au Québec / la saison.Québec-Bordeaux côte à côte, le ministère de la Culture et des Communications, le ministère des Relations internationales.l'Œil de Poisson, Ilford et Voir. LE DEVOIR.LES SAMEDI IX ET DIMANCHE ID A O C T 2 O O 1 I) 8 MARC ARCHAMBAULT Eric Simon fascine grâce à une série d’autoportraits empruntant beaucoup à l’iconographie scientifique contemporaine.Un choix d’images se greffe à une réalité qui doit autant au laboratoire qu’à la vision émergente de l’artiste.SYMPOSIUM Parmi les trois artistes invités, le peintre de Québec Lauréat Marois se démarque du lot SUITE DE LA PAGE D7 qui glisse constamment vers un lieu secret La peinture à l’huile et a la cire d’abeille accuse certains contrastes.Evidemment Pertuisot se sent un peu dérouté par le contexte qu’il juge parfois difficile.Comme il le dit celui-ci aura des incidences directes sur l’œuvre qu’il réalisera.François d’Assise Parmi les trois artistes invités, le peintre de Québec Lauréat Marois se démarque du lot.Même si on n’a encore rien vu du travail récent de Conte, Marois pourrait très bien être sur le poiqt de réaliser une œuvre majeure.A en juger par certaines esquisses, cette forme, qui emprunte autant au règne végétal qu’à la symbolique universelle, fascine par son déploiement.Entre le mystère et l’éclosion, la étoile abstraite laisse transparaître un espace où la lumière affronte la noirceur.Il faut aller voir aussi les œuvres présentes au Centre d’expositions.Ces acryliques récentes, qui touchent autant à l’autoportrait qu’à l’univers intérieur de Saint-François d’Assise, misent beaucoup sur le détail.Plus on s’approche, plus on suit cette narration subtile entre un créateur et ses sujets.Une étape cruciale dans le parcours de Lauréat Marois.Chez Denis Routhier, on a affaire à un débat plus critique sur l’influence des signes publicitaires et des médias de masse dans la vie quotidienne des consommateurs.Ce jeune artiste ne manque pas de surprendre, bien que son approche demeure encore hésitante.On préfère, toutefois, cette vision au tape-à-l’œil un peu crjard de Stéphane Bernier ou d'Eric Demers.Que dire de la vérité mathématique d’un Barry Allikas ou d’une Sylvie Pic?Dans ce type de peinture, le discours théorique l’emporte trop souvent sur le résultat final.Il faut avoir en tète un tas de notions à propos de la musique concrète, de l’information numérique et des jeux savants pour apprécier pleinement ces approches.Glacial comme espace.On hésitera à se prononcer sur la représentation d’une ville, la nuit de Dennis Ekstedt, simplement car il n’y avait qu'un peu de bleu dans le haut de la toile.Par contre, les paysages de Renée Duval invitent à repenser l’idée qu’on peut se faire de la nature.Les petits formats évoquent beaucoup, notamment à tra- vers cette relation très physique que le spectateur entretient avec le mouvement du feuillage.Autre artiste invité, l’Ontarien Charles Pachter s’inspire essentiellement de l’iconographie typiquement canadienne.Ce -Warhol nordique» peut tout aussi bien séduire ou désorienter par son humour.Une version made in Canada (les traces indélébiles du Pop Art A prendre ou à laisser! Ajoutons que plusieurs conférences et tables rondes auront lieu tout au long de l’événement Des rendez-vous multidisciplinaires, en poésie, en danse et en musique, sont aussi prévus.rim rr Minis symposium imëfndiioodi d'an aaiure 1er au 26 août 2001 Chris Booth Guylaine Champoux Takamasa Kuniyasu Mike Macdonald Annie Pelletier Robert Wiens Parc Nature la Gabelle Situé à 15 km de Trois-Rivières Saint-Étienne-des-Grès et Notre-Dame-du-Mont-Carmel 819.535.3113 819.379.9222 Nous tenons à remercier : Le Conseil des arts et lettres du Québec, le gouvernement du Québec, le gouvernement du Canada, le Fonds Japon-Canada, don du gouvernement du Japon au Conseil des Arts du Canada.Mauricie Capitale Forestière Canadienne en 2001.les municipalités et les caisses populaires de St-Étienne-des-Grès et de Notre-Dame-du-Monl-Carmel, ünibroue.Permacon.Hydro-Québec.Collection Loto-Québec, le Sabord et l'Atelier Silex.www.oculiartes.org/~cimeracines// admission gratuite présente i Quand Montréal devient Mû mm* duTOaoût au 8 octot it au 8 octobre 2001 i.i: biADiii DES’-NATION
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