Le devoir, 8 septembre 2001, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET DIMANCHE R SEPTEMBRE 2 0 01 LE DEVOIR Alphabétisation Mehran Ebrahimi Au Québec, dans certains secteurs, l'analphabétisme frôlerait les 43 %.Les programmes de rattrapage ne tiennent plus quand c'est l'organisation complète de tout le système d'éducation qui est à repenser.Propos pessimistes d'un professeur en management à l'École des hautes études commerciales.Page 5 Compétences Hervé Sérieyx Il faut en outre distinguer «la nouvelle économie» de «l'économt&nouvelle», un monde impitoyable qui exigera l'excellence de tous les dirigeants, gestionnaires et employés.Page 8 Québec, ils étaient 60 000 ralliés sous une même bannière.C’était avril.Fin juillet, d’autres se retrouvent, manifestant En Italie, à Gênes, cette fois.D y eut un mort MM Dans les deux cas, les hommes politiques se rencontraient La pre-mière fois, c’étaient ceux de la grande Amérique, celle qui va de la Ter-re de Feu à la Terre de Baffin, pour s’entendre sur un pactç de libre-échange pensé à la grandeur de deux continents.A ¦ M l’été, le Groupe des Huit ces chefs d’Etats planétaires autoproclamés par le fait de l’importance économique des pays qu’ils représentent, s’étaient donné comme objectif de signer des accords en vue d’abattre à long terme les barrières qui empêchent la libre circulation des biens et des services, sans parler de celle des capitaux.De l’autre côté des grillages, l’opposition à ces projets dénonçait ce «mal» moderne qui a pour nom la mondialisation (et refusait bien d’autres choses aussi, dont l’exploitation indue des ressources humaines et naturelles, comme le non-respect des droits, ou l’inégalité entre le Nord et le Sud).Leur action fut-elle efficace?Nul ne le sait, si ce n’est que l’on remet maintenant en question la tenue de tels sommets qui, dans les deux cas cités, se sont conclus sans qu’il soit fait état de «développements significatif ou A’«entente à la satisfaction de toutes les parties».Car, même au cœur des pays industrialisés, il y a un malaise.Les changements qui s’opèrent dans le monde du travail vont vite, très vite.Il y a 30 ans, les syndicats américains se soulevaient d’abord dans le secteur automobile, et plus tard dans toute la grande industrie, devant les emprunts systématiques faits à la manière japonaise: au nom de la sacro-sainte productivité, dans un souci de respecter les parts de marché, des ententes internationales furent signées et, surtout, les résistances furent vaincues.Le travailleur devait comprendre que le seul fait d’être disponible, d’avoir du cœur à l’ouvrage, n’était pas le seul critère d’embauche ou de justification du droit au travail.Il fallait apprendre, être polyvalent, mobile et capable d'opérer dans un environnement continuellement modifié.Et depuis, l’ordinateur est devenu une composante majeure du monde contemporain, accélérant les transformations, transformant encore plus l’exécution de toutes tâches, les rendant plus complexes.Révolution Une révolution est en cours.Elle modifie le modus operandi traditionnel et la ri- chesse devient le fait d'un petit nombre: on ne parle pas ici des seuls grands capitalistes, mais aussi de la classe favorisée, celle des scolarisés, de ceux qui peuvent suivre et comprendre les changements en cours dans le monde industriel et le secteur des services.Aujourd’hui, à celui à qui, hier encore, il suffisait d’avoir une formation scolaire minimale (et encore on parle ici d’une bonne dizaine Années d'études), un autre discours est tenu: en langage scolaire québécois, c’est donc un «cégep» qu'on lui demande.Sur celui-là plane alors une menace, s’il ne peut suivre, car la mobilité des capitaux est telle que ce que l’industriel ne peut obtenir dans un coin de planète donné, il pourra toujours l’avoir ailleurs, les barrières étant vite levées devant celui qqi parle d'investir.Les Etats se retrouvent devant d’énormes responsabilités, difficiles à tenir quand les ressources sont comptées et que les déficits budgétaires ne sont plus de mise.Ils ont toutefois un double mandat: attirer l’investissement en faisant état d’une main-d’œuvre qualifiée et garantir à leurs citoyens la possibilité d’une formation adéquate.Hier encore, quand le discours portait sur l’alphabétisation, le propos en était simple: on discourait sur le fait de savoir lire et écrire.Il semble que cela ne tient plus devant le nouvel ordre économique.Comme le dit Mehran Ebrahimi, vice-président de la Fondation québé» coise pour l’alphabétisation, en parlant de la situation québécoise: «Im nouvelle économie, ça n ’a pas de sens avec 20 % d’analphabètes! Im nouvelle économie, ça n’a aucun sens lorsque vous avez 37 % de décrochage collégial! Im nouvelle économie, oubliez-la si l’éducation n’est pas la priorité de la société.» L’histoire enseigne que les sociétés n’ont aucune chance de survivre quand elles refusent de s’adapter aux changements: un Japon féodal serait aujourd’hui impensable, comme il le fut, isolé pendant des siècles, quand on sait la toile plané taire tissée par les télécommunications.I>es pays doivent donc suivre, ou abandonner des millions de concitoyens à un sort inacceptable quand on parle en termes démocratiques.Si l’égalité sociale repose sur le droit à l’éducation et au travail, il y a matière à réflexion pour le jour du 8 septembre.Journée internationale de l’alphabétisation.Quand lire et écrire ne suffisent plus, former un travailleur devient un défi énorme.Et dire que 7 % de la population n’a pas encore la possibilité d’acquérir ces outils qui, hier encore, étaient dits de base.Normand Thériault La nouvelle économie, oubliez-la si Téduca-tion n’est pas la priorité de la société.Travail égal chances 1 POUR L'ALPHABÉTISATION Lectures en cadeau Page 4 Organisme Page 7 La Stratégie des maringouins Pages Fondation Paui-Gérin-Lajoie Page 6 Iron Ore La TREAQFP Page 10 * 8 SEPTEMBRE 2001, JOURNÉE INTERNATIONALE DE L'ALPHABÉTISATION \>v, Savoir ecnre et compter atèli c’est profiter de la vie! Environ 1 million de Québécois et de Québécoises, de tout âge, ont des difficultés à lire, à écrire et à compter.Ils sont ainsi privés, tous les jours, du plaisir de participer pleinement à la vie en société.Si quelqu'un de votre famille ou de votre entourage doit relever ce défi, invitez-le à s'inscrire aux activités de formation offertes par les commissions scolaires et les groupes d'alphabétisation populaire autonomes.Après coup, la vie lui paraîtra beaucoup plus agréable et, surtout, moins compliquée.Education Québec El El LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE SI S E P T E M B R E 2 O O I K - ALPHABÉTISATION ?SOCIÉTÉ Une société rongée par l’analphabétisme Le modèle québécois prend du plomb dans l’aile! Au Québec, dans certains secteurs, selon Statistiques Canada ou la FTQ, l’analphabétisme frôlerait les 43 %.Les programmes de rattrapage ne tiennent plus quand c’est l'organisation complète de tout le système d’éducation qui est à repenser.Propos pessimistes d’un professeur en management à l’École des Hautes Études Commerciales.CLAUDE LAFLEUR T a nouvelle économie, ça n’a ^l-jpas de sens avec 20 % d'analphabètes! La nouvelle économie, ça n’a aucun sens lorsque vous avez 37 % de décrochage collégial! La nouvelle économie, ou-bhez-là si l’éducation n’est pas la priorité de la société.» Celui qui s’exprime ainsi, Meh-ran Ebrahimi, enseigne le manage ment à l’École des Hautes Etudes Commerciales (HEC), tout en se consacrant à l’étude comparée des systèmes d’éducation en regard des performances économiques de divers pays.Il est en outre vice-président de la Fondation québécoise pour l’alphabétisation.Depuis quelques années, M.Ebrahimi étudie le rapport entre la performance économique d’un pays et l’état de l’éducation.«En fait, dit-il, je tente de voir quels sont V* ".ARCHIVES LE DEVOIR Mehran Ebrahimi, professeur de management à l’École des Hautes Etudes Commerciales (HEC).les éléments qui contribuent à la performance économique d’un pays industrialisé.Or, l’un des facteurs qui revient continuellement est l’état de l’éducation.Je suis parvenu à démontrer qu’il y a un lien direct entre l'éducation et la performance économique du pays - cette dernière engendrant bien sûr une situation sociale plus adéquate, un état de démocratie plus élevé, etc.Bref, si je puis dire, une société meilleure est une société mieux éduquée.» Statistiques québécoises et modèle danois M.Ebrahimi s’est plus particulièrement intéressé à comparer le Danemark et le Québec, deux sociétés s’assimilant particulièrement bien tant en termes économiques qu’en matière de population.Or, le constat qu'il dresse en comparant leurs appareils scolaires est pour le moins étonnant.pour ne pas dire cinglant «Faisons le tableau suivant, dit-il, le Québec et le Danemark comptent chacun environ 1 500 000 élèves.Au Québec, nous avons deux ministres (celui de l’Éducation et celui de l’Enseignement supérieur), 11 sous-ministres, neuf directeurs régionaux, 49 directeurs généraux et environ 5000 cadres supérieurs, alors qu’au Danemark, on dénombre un ministre, 54 fonctionnaires.et rien d’autre! Absolument rien d’autre.Par contre, pour le même nombre d’élèves, le Danemark possède 180 000 professeurs alors qu’au Québec, nous n’en comptons que 80 000, soit une différence de 100 000! Finalement, les budgets consacrés à l’éducation avoisinent les 3-4 milliards $ au Danemark et quelque 10 milliards $ au Québec.» Se basant sur ses travaux, le spécialiste estime donc qu’il ne sert à rien d’injecter toujours plus d’ar- gent dans le système, mais qu’il faut plutôt s'assurer que ces sommes seront directement dirigées vers l’élève qui est assis sur le banc d'école.«Nous prenons pour acquis, commente-t-il, que, à chaque fois que nous mettons des sommes dans le système d'éducation, cela conduit directement à une amélioration du système éducatif.Or, ce n’est pas le cas au Québec.» Défauts de système M.Ebrahimi explique ce phénomène en dressant deux constats majeurs.«D’abord, nous avons un appareil d’Etat extrêmement lourd, un système qui nécessite énormément de fonds pour alimenter la structure.Ensuite, on s’est rendu compte qu’au Québec, il y a un aspect qu 'on ne soupçonnait pas au départ et qui cause un tort considérable: l’analphabétisme.Ce qui est malheureux, lance-t-il, c’est que notre système d'éducation est générateur d’analphabètes.» Pour appuyer son affirmation, il compare le taux de décrochage collégial, qui frôle les 40 % au Québec, avec celui du Danemark, qui n’est que de 1)2 %.«Nous avons donc un système qui gère l'analphabétisme», tranche-t-il fermement Mehran Ebrahimi note aussi que cet analphabétisme tombe à un fort mauvais moment puisque la nature de l’économie a complètement changé.«Dans tous les secteurs, notre rapport au travail a profondément changé, dit-il.Comparez simplement le fonctionnement d'une machine à photocopier d’il il y a 15 ans avec celui d’un appareil moderne.qui exige presque un cours universitaire pour savoir comment le faire fonctionner! Tout est donc devenu beaucoup plus complexe, même dans les secteurs traditionnels, et un ne peut plus désormais être à l’abri de l’exigence grandissante que représentent la formation et l’éducation.Conséquemment, l’analphabétisme cause des problèmes au chapitre de la performance, de la productivité, de la compétitivité et, au bout du compte, il a d'importants impacts sociaux.» Ce problème peut même avoir Travail et formation Maîtres de leur destin Les travailleurs doivent être capables d'assumer le leadership que l'entreprise impose Il est essentiel de conscientiser les entreprises au lien existant entre la formation de base, l’économie sociale et leur responsabilité corporative, tout en les informant des possibilités qu’offre la Loi 90 concernant tout ce qui touche la formation de base.Les défis posés par le nouvel état économique.LJ environnement socioécono-' mique actuel a différentes répercussions sur «l’employabilité» des travailleurs.D’un point de vue macroéconomique, la mondialisation, les accords de libre-échange, l’augmentation de la concurrence et de l’immigration, et les changements technologiques constants poussent les entreprises à adopter des mesures drastiques pour rester performantes.L’augmentation dans l’environnement externe du niveau de compétition crée, de façon proportionneDe, des pressions sur l’environnement interne de l’entreprise quant à la performance et aux compétences requises chez la main-d’œuvre, alors même que les besoins en travailleurs compétents et formés s’intensifient Par ailleurs, le chômage n’a jamais été aussi bas que présentement alors que l’on assiste à des changements majeurs dans la courbe démographique de la population.Cette conjoncture socioéconomique particulière incite les entreprises à embaucher et à former des gens souvent moins scolarisés que ce qui aurait été normalement requis, le vieillissement de la population ayant comme effet à moyen terme une diminution du nombre de travailleurs disponibles.Ijes compétences et la formation sont intimement liés, dans un contexte où le travail requiert à la fois des individus d’être maîtres de leurs propres destinées, et d’assumer un leadership leur permettant d’être partie prenante de l’entreprise tout en assumant une certaine responsabilité.Compétences de base Bien que l’on parle beaucoup présentement de compétences transversales dans le domaine de l’éducation, il convient de préciser que les compétences de base ou les compétences clés renvoient à des notions indispensables pour l’application de nouvelles méthodes de travail.Ces compétences sont: la compréhension des systèmes et la résolution de problèmes; un bagage de connaissances qui favorise la polyvalence et la souplesse dans divers contextes de travail; un préalable essentiel à l’utilisation des technologies et à la formation technique; des habiletés de base comme la lecture, l’écriture, les mathématiques; des habiletés intellectuelles comme la résolution de problèmes, le raisonnement logique, la capacité d’apprendre; des attitudes et des comportements comme l'esprit d’équipe, le leadership, le sens des responsabilités et l’écoute.En ce qui concerne le dossier de la formation de base en entreprise, on observe deux tendances; un nivellement vers le haut des compétences de base requises dans les domaines non spécialisés où il y a beaucoup de travailleurs peu formés, et un nivellement vers le bas des compétences demandées dans les domaines spécialisés où fl y a pénurie de main-d’œuvre.C’est la définition même des compétences de base et de la formation de base qui est remise en cause ici, alors que l’on assiste à une redéfinition de ce que sont les compétences de base pour les entreprises à mesure que leur main-d’œuvre est formée et que l’on voit apparaître de nouvelles compétences dites «de base» comme la connaissance d’une deuxième langue, des compétences informatiques, relationnelles ou techniques.On s’éloigne donc de plus en plus de la définition traditionnelle des compétences de base ou compétences clés, comportant uniquement la lecture et l’écriture.Désengagement des entreprises Finalement, le fait que peu d’entreprises aient recours à la formation de base pour remplir les exigences de la Loi 90 démontre qu’elles ne se sentent pas responsabilisées par rapport à la formation de base de leur maind’œuvre à l’intérieur même du cadre de travail, et encore moins relativement aux impacts socioéconomiques engendrés par les lacunes, en termes de compétences et de formation, de cette main-d’œuvre dans une économie comme la nôtre.Un travailleur n'ayant pas de formation est un travailleur qui risque de se ROLF BOTHE m m* Un travailleur n’ayant pas de formation est un travailleur qui risque de se retrouver rapidement en marge du marché de l’emploi.retrouver rapidement en marge du marché de l’emploi et qui aura de moins en moins de chances de le réintégrer, les secteurs dynamiques d’emploi nécessitant une main-d’œuvre formée et même spécialisée.Il est de la responsabilité sociale des entreprises qu’elles assurent la formation continue de tous leurs employés.Trop souvent les entreprises s’attendent à ce que la main-d’œuvre soit prête à remplir les fonctions demandées et qu’elle soit capable de s'adapter immédiatement et facilement aux changements technologiques et organisationnels, ce qui est rarement possible.Une période d’adaptation et de formation à la culture d’entreprise, à la structure organisationnelle, aux nouvelles tâches et technologies, est requise par le travailleur et cela, à tous les niveaux de gestion.Il s’avère donc essentiel de conscientiser les entreprises au lien existant entre la formation de base, l’économie sociale et leur responsabilité corporative, tout en les informant des possibilités qu’offre la Loi 90 concernant tout ce qui touche la formation de base.Même si l’on constate qu’il est encore difficile pour le milieu de la formation et celui des entreprises de se réunir autour du dossier de la formation de base.En effet, deux logiques s’entrechoquent encore: une logique de profit et de rendement versus une logique de service et d’aide sociétale.Mehran Ebrahimi JACQUES GRENIER LE DEVOIR I-e taux de décrochage au collégial frôle les 40 % au Québec, alors qu'au Danemark, il n'est que de 1,2 %.des conséquences étonnantes, comme le relate le spécialiste en citant l’exemple dont il a été témoin alors qu’il participait en 1998 à un congrès socioéconomique à Vienne.«J'ai rencontré des consultants suédois qui m'ont dit qu 'ils sont obligés de modifier les machines destinées aux usines québécoises de telle sorte que ceux qui les opèrent n 'aient pas besoin d’un niveau acceptable de lecture et d’écriture!» Une société à 43 % analphabète A l’appui de cette anecdote, il cite de récentes données de Statistiques Canada et de la FTQ qui montrent que, dans certains secteurs, on frôlerait les 43 % d’analphabétisme.«Il est de toute façon évident — ça tombe sous le sens — que cet affaiblissement du niveau d'éducation et d’alphabétisation aura un jour ou l'autre d’importantes conséquences économiques et sociales.» Le chercheur universitaire rap-porte finalement qu’on s'est rendu compte que, malheureusement, l'analphabétisme est un problème qu’on cherche à ignorer, sinon carrément à cacher, au Québec.D'abord, dit-il, les entreprises ne veulent pas avouer quelles sont victimes d’un niveau élevé d’analphabétisme puisque cela risquerait d’avoir des conséquences directes sur leur image.«Voleriez-vous à bord des avions d'un transporteur aérien dont le taux d'analphabétisme chez ses mécaniciens au sol est très élevé?Achèteriez-vous les produits d’un fabricant d’aliments, sa- chant que la compagnie éprouve un sérieux problème d’analphabétisme?Quant au plan politique, c'est la même chose!» Devant l’importance du problème, Mehran Ebrahimi s’est joint a la Fondation québécoise pour l'alphabétisation «pour faire en sorte que ce phénomène social soit mis sur la carte politique», dit-il.Vice1- ' président de la Fondation depuis « 1998, il souhaite «faire en sorte que ‘ le problème de l'analphabétisme, « qui fait du tort à toute la société, ' soit une question importante sur l’échiquier politique et sur la place publique.C’est done dans cet esprit que je me suis joint à la Fondation et ce que j’essaie de foire consiste essentiellement à fournir le matériel, la réflexion et la matière grise dans notre démarche.» Au Québec, la langue française pénètre tous les champs de l'activité humaine dont ceux de la culture et des communications, de l'économie, du commerce, du travail, de la recherche et de l'enseignement, de la science et de la technologie.Elle est une langue vivante qui sait nommer le monde moderne avec acuité, vigueur et créativité.Elle nous confère une originalité particulière en Amérique du Nord.En cette Journée internationale de l'alphabétisation, je forme le vœu que nous nous engagions individuellement et collectivement envers tous ceux et toutes celles qui n'ont pas une maîtrise suffisante du français.Appuyons-les dans leurs efforts, afin qu'à leur tour, ils puissent communiquer plus librement.Je remercie et félicite les personnes et les organismes qui mènent au quotidien la lutte de l'alphabétisation et qui appuient l'État québécois dans ses interventions en faveur d'une langue française plus riche, mieux parlée et mieux écrite.jpt w La ministre d’État à la Culture et aux Communications et ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane LEMIEUX Québec » i f LE D E V O I K , LES SAMEDI K ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2 0 01 E 4 ALPHABETISATION Le plaisir de lire Alphabétiser, c’est rembourser une dette culturelle Le miracle québécois s’explique par d’un héritage reçu Lauteur s’est distingué en tant que porte-parole du Salon du livre de Montréal.Il est aussi le ténor du programme Lectures en cadeau.À propos d’une dette québécoise où les mots ont été donnés en héritage.JEAN-CLAUDE GERMAIN Avant d’habiter un pays, on habite une langue, et plus on possède de mots pour y revendiquer sa place, plus on a de chances d’y occuper tout son espace.La propriété des mots est d’engendrer les réalités, de modeler les passions et d’aiguiser les plaisirs.Il n’est absolument pas exagéré d’affirmer qu’au Québec nous devons tout, ou presque, à nos ancêtres analphabètes et illettrés.Qu’on comprenne bien! Le plaisir des mots n’a rien à voir avec le fantasme récurrent de ceux et celles qui s’ennuient de l’ancien temps, où ledit plaisir se résumait, pour eux, au pouvoir univoque de donner des dictées, des copies, des retenues et des coups de règle.Prendre plaisir aux mots, c’est prendre plaisir tout court, c’est-à-dire prendre tout le jouir du moment où le mot et le désir du mot coïncident.Eurêka! J’ai trouvé le mot que je cherchais! Et ce qui est vrai individuellement, l’est également collectivement.French kiss et trinité sainte Au Québec, par exemple, jusqu’à la révolution sexuelle de la fin des années 60, la baise n’occupait pas tout son espace et tout son sens.Baiser, dans la Belle Province, signifiait donner un bec sec.Pour le donner humide, il fallait recourir au french kiss d’une autre langue, et, pour désigner la prise de connaissance biblique, on faisait appel à des approximations descriptives, empruntées au vocabulaire technique des fourreurs, des bottiers et des «boulés», réputés pour planter les piquets de clôture d’up seul coup.A cette époque d’unanimité, la réalité était dominée par la Sainte Trinité.Nous avions trois choix en toutes choses.Trois sortes de vins à la Commission des liqueurs: du rouge, du blanc et du rosé.Trois sortes de fromage: du blanc, de l’orange et du marbré.Trois sortes de péché en chaire: le blasphème, l’intempérance et la luxure; trois catégories de péché que les prédicateurs traduisaient plus familièrement par la sacrure, la champlure et la créature.Pendant la retraite du carême des hommes, on laissait tomber les fioritures pour aller droit au fait: les péchés secs, les péchés mouillés et les péchés poilus.C’est uniquement à partir du moment où on va faire l’amour plutôt que faire son devoir que la notion du plaisir partagé s’est imposée comme le but et la raison d’être de l’eurêka amoureux.Le plaisir ne respecte qu’une seule intolérance: sa pratique ne tolère pas l’à-peu-près.Pour atteindre l’eurêka, il faut s’ajuster, et l’ajustement ne relève pas d’une quelconque rectitude morale, mais du toucher et du parler juste.Le vocabulaire n’est pas une luxuriance, un luxe ou un excédent budgétaire de dictionnaire, c’est une richesse collective et un art de vivre que l’écriture et la lecture ont pour fonction de conserver et de transmettre.Il ne faudrait pas croire que le plaisir ne procède que des mots; mais c’est par les mots qu’on l’affine, qu’on le raffine, qu’on l’augmente, qu’on le diversifie, qu’on le multiplie et qu’on a fait fructifier l’héritage de ceux qui ont pris sur eux de nous précéder, sans attendre leurs diplômes, pour nous défendre, nous nourrir, nous loger, nous soigner, nous chérir et nous protéger du froid.Analphabètes et illettrés Ce n’est absolument pas exagéré d’affirmer qu’au Québec nous devons tout, ou presque, à nos ancêtres analphabètes et illettrés.Ce sont eux qui ont arpenté le continent, couru les bois, trappé, chassé, abattu les arbres, construit les maisons, défriché, dessouché, hersé, ensemencé les champs, engrangé le foin, épluché le blé d’Inde, fait boucherie, des conserves, de la tire, des bougies, cousu, tissé, forgé, cloué et pratiqué tous les métiers que le Bonyeu a inventés pour nous empêcher d’avoir des mauvaises pensées dans la morte saison.Sans oublier la centaine d’heures par semaine pour faire tourner la révolution industrielle dans les shoppes, les facteries et les manufactures.Puis, le soir venu, c’est encore les mêmes illettrés qui ont trouvé le temps de nous faire rêver avec les mots et les métaphores de leurs contes, tout en zigonnant sur un crincrin, qui n’avait peut-être pas appartenu à Stradivarius, mais qui avait assez de vif-argent dans le nerf des cordes pour faire swinguer la baquaisse dans le fond de la boîte à bois, comme jamais Paganini aurait même pensé à le faire.JEAN-MARIE BIOTEAU Jean-Claude Germain Pour tout dire simplement, les analphabètes nous ont portagés sur leur dos jusqu’à l’aube de la présente révolution technologique.Fait qu’on leur en doit une coche aux illettrés! C’est la raison pour laquelle au-jourd’hui, comme individu et comme collectivité, nous avons une dette de culture à rembourser à ceux et celles que le gouvernement de Jean Lesage a exclus de la Révolution tranquille, en les reléguant au statut humiliant de non-instruits.Si l’analphabétisme est une honte, la plus honteuse est d’abord celle de ceux qui feignent d’avoir oublié que nous en sommes tous issus.Certains en sont sortis plus tôt que d’autres, bien sûr, tout comme certaines collectivités en sont sorties avec moins de retard que d’autres.En 1643, un an après la fonda- tion de Montréal, Boston adoptait une législation qui rendait l’instruction des enfants obligatoire, sous peine d’amende pour les parents.La conséquence en a été que la Révolution américaine sera la seule dans l’Histoire dont la grande majorité des citoyens pourra lire sa propre Déclaration d’indépendance.Éducation pour tous Au Québec, nous avons emprunté une approche moins révolutionnaire et plus conservatrice, voire ultraconservatrice, puisqu’on attendra jusqu’en 1943 pour adopter une législation similaire, malgré l’opposition farouche de l’Église qui, tout en se réservant la formation des élites dans ses collèges classiques, se refusait à ce qu’on étende les bienfaits de l’éducation à l’ensemble de la population.Sans perdre de vue notre retard de 300 ans, si on fait le bilan du chemin parcouru depuis 1943, et surtout en accéléré depuis la fin des années 60, il faut modestement parler d’un miracle culturel québécois.Comment expliquer autrement l’incroyable succession qui va de l’affirmation créatrice des peintres à la prise de parole des poètes, l’éclosion de la chanson, l’apparition des cinéastes, l’émergence d’une dramaturgie, l’inven-tion d’un théâtre pour enfant, l’explosion de la danse, de la musique contemporaine et de la musique actuelle, jusqu’à l’arrivée surprise du dernier venu, qui est né coiffé, le cirque?Dans tous les domaines de la culture québécoise, la créativité se renouvelle en permanence depuis 30 ans, et rien n’indique qu’un épuisement de la ressource soit prévisible.Ainsi, lors- qu’on apprend par le journal qu’il y a encore un million d’analphabètes au Québec, il ne faut pas y lire un constat d’échec.Aucun pays moderne n’est parvenu à alphabétiser une population en un demi-siècle.Il faut prendre le diagnostic pour ce qu’il est: un rapport d’étape.Il ne reste plus qu’un million d’analphabètes à alphabétiser! L’analphabétisme n’est pas uniquement un problème personnel.C’est un défi collectif et une responsabilité sociale qui n’a été pleinement assumée, jusqu’à maintenant, que par le bénévolat des organismes communautaires.Au moment où le ministère de l’Éducation s’apprête à faire disparaître les analphabètes dans le fourre-tout anonyme de la formation continue, on se doit de rappeler que, dans une démocratie, assurer à chaque citoyen et citoyenne la pleine compréhension de sa société et de sa culture est un des devoirs prioritaires de l'État Et, dans le cas présent, c’est plus qu’un devoir, c’est une dette d’honneur.L’alphabétisation, n’en déplaise à M.Lesage, ne relève pas de la compassion charitable des nantis pour les démunis; c’est un dividende culturel auquel les analphabètes ont droit.Il ne faudrait tout de même pas oublier que, sans la richesse de la culture populaire qu’ils nous ont léguée, il n’y aurait pas de miracle culturel québécois.Ce texte est extrait de De tous les plaisirs, lire est le plus fou, publié chez Isabelle Quentin éditeur (coll.«Voix vives», Montréal, 2001).Une première publication avait eu lieu dans L’aut’journal (mars 2000).La lecture en cadeau Pour se faire plaisir SYLVIE PERRON La troisième édition de La lecture en cadeau se tiendra du 12 novembre 2001 au 12 janvier 2002.Initiative de la Fondation québécoise pour l'alphabétisation, La lecture en cadeau est un projet spécialement imaginé et conçu pour donner le goût et le plaisir de la lecture à des enfants provenant de milieux qui offrent rarement un rapport avec le livre.La lecture en cadeau aide directement des enfants défavorisés en leur permettant de découvrir toutes les possibilités de la lecture.Ainsi depuis deux ans, 18 000 enfants de moins de 13 ans ont reçu un livre jeunesse neuf bien à eux.La Fondation québécoise pour l’alphabétisation, associée à une vingtaine de partenaires comme Domtar, Hydro-Québec, Transcontinental, McDonald, des journaux (dont Le Devoir), Radio-Canada ainsi qu’à des associations liées à l’industrie du livre, soit les éditeurs, les distributeurs, les libraires, les bibliothécaires, invite la population du Québec à acheter un livre jeunesse neuf durant la période des Fêtes à un enfant qui en a besoin.Jean-Claude Germain est le porte-parole de La lecture en cadeau depuis ses débuts.Il a le verbe tonique et haut, une culture magistrale de la langue et la passion d’un forcené.Comme il le dit si bien dans son dernier livre, De tous les plaisirs, lire est le plus fou (Isabelle Quentin éditeur): «Recevoir le plaisir de lire en cadeau ne change pas le monde, mais ça change assurément la vie [.], c’est la révélation qu’il existe un autre monde, qui tient dans une main, où chacun peut refaire celui-ci à la mesure de ses rêves les plus fous.» Pour tous ceux qui aiment lire, donner La lecture en cadeau est plus qu’un échange ou une transmission du plaisir, c’est un devoir, c’est un transfert de culture, c’est un héritage à donner, à partager.Encore cette année, La lecture en cadeau débutera sa campagne de promotion au début novembre, quelques jours avant le Salon du livre de Montréal, en étant présente dans une centaine de libraires à travers toutes les régions du Québec.La lecture, mode d’emploi Le concept de La lecture en cadeau est simple; il suffit d’acheter un livre jeunesse, celui qui vous attire, celui que vous aimeriez offrir à votre enfant, à un neveu, à une nièce: les livres pour enfants sont tellement beaux! Toutes les catégories d’âge sont les bienvenues: de 0 à 5 ans, pour les 6-9 ans, pour les 12 ans et plus.Après avoir fait votre choix, vous glisserez le livre dans le sac La lecture en cadeau disponible à la caisse lors de votre achat, au Salon du livre de Montréal ou dans les libraires participantes.Dans le sac se trouve un autocollant-dédicace que vous apposerez dans le livre après avoir écrit un petit message d’encouragement pour l’enfant.Vous pourrez aussi remplir une carte postale en inscrivant votre adresse; une façon bien agréable de recevoir des nouvelles de l’enfant qui aura reçu votre livre-cadeau.Les sacs remplis sont déposés dans les boîtes La lecture en cadeau bien identifiées au projet.Des tirelires près des caisses enregistreuses attendent une contribution volontaire de votre part.L’argent recueilli servira à l'alphabétisation.La Fondation, par l’intermédiaire de son réseau — bibliothèques publiques, directions d'école et professeurs — se charge de distribuer les livres aux enfants qui en ont besoin.C’est souvent le premier livre neuf qu’ils reçoivent de leur vie! Bien évidemment, l’objectif de cette année est d'augmenter le nombre de livres à 20 000.Pourquoi offrir un livre neuf?Pour la Éondation, chaque enfant est unique, chaque enfant reçoit un livre neuf qu’U sera le premier à lire, un livre neuf bien à lui; un livre adapté à son âge, choisi, dédicacé, un livre acheté spécialement pour lui.Pour un enfant pauvre, la prise de possession d’un objet neuf a une valeur, reliée au plaisir, bien particulière.La distribution des livres dans les classes ou à la bibliothèque est aussi un moment de plaisir; une petite réjouissance est souvent organisée, c’est l’occasion de faire la fête.Pour marquer cette troisième année, la Fondation offrira, dans le cadre de La lecture en cadeau, plus d’une quinzaine d'animations réalisées par Rosanne Pé-trarca comprenant des histoires et des contes, des chants, de la musique, spectacles présentés aux enfants lors de la distribution des livres-cadeaux.Action concrète Avec le projet La lecture en cadeau, la Fondation se poste à la source même du problème d’analphabétisme en mettant en place une action concrète qui rejoint les sujets les plus à risque dès la petite enfance, ainsi que les enfants plus vieux.Elle fait pénétrer dans les familles un objet de loisir tout en permettant d’attirer l’attention du parent faible lecteur ou lecteur occasionnel, que la Fondation peut également aider.Après deux ans d’existence, La lecture en cadeau est un projet d'éveil à la lecture qui a pris de l’ampleur, autant par son étendue — il touche maintenant toutes les régions du Québec—que par son impact sur le milieu du livre, car il implique toute la chaîne de l’imprimé.«La Fondation québécoise pour l’alphabétisation, initiatrice du projet, remercie chaque donateur et les nombreux partenaires qui soutiennent ce projet.En y contribuant encore une fois cette année, vous offrirez bien plus que des mots! Au nom des enfants, merci!», de dire Sophie Labrecque, directrice générale.Pour en savoir plus sur le projet La lecture en cadeau, ou pour suivre ses activités et être informé des résultats de la cueillette de livres, consulter la liste des libraires participantes et noms des libraires-conseils, ou encore connaître les noms des bibliothèques et des bibliothécaires qui collaborent au projet, visitez le site Internet: www.fqa.qc.ca.Sylvie Perron est coordonnatrice du programme La lecture en cadeau.Centre de dofumeiUdtioD ¦ l’An In n •»: ÇT'f A E fwt'iemstll 1 VWTWMI uk üJtvt «*r.*** »#, MnMOKUR.ftUMDKuNLW - ils:.T' « j*u*muA*a>* •Ml ta » **rm 4* e.r.»* SX Ii Les actualités : pour s'informer sur les parutions récentes, les événements spéciaux et les activités des organismes œuvrant en alpha; Les moteurs de recherche : pour trouver rapidement une adresse, un document ou encore pour se joindre au forum de discussion des alphanautes; Les bases de données : pour avoir accès à nos catalogues documentaires dont le Répertoire canadien de la recherche sur l'alphabétisation des adultes en français.Les ressources thématiques : pour accompagner le travail d'alphabétisation dont les trousses d'outils et les mini-bibliothèques, etc.Le CDÉACF offre aussi des formations sur l'utilisation des TIC.Pour la Journée internationale de l'alphabétisation, une visite au site Espace alpha s’impose Le CDÉACFe.il situé au 110.rue Sle-Thérése à Montréal, bureau 101 Il est ouvert les mardi et jeudi de I0H à 2lh et les mercredi et vendredi de lOh à I7h tél.ISH) 876-1180 téléc.(5U) 876-1325 http v/m-hw.alpha, cdeacfea Lftt actualités h ire donne des ailes Lira donne des ailes Bronze Alain Stanké Achetez votre billet au cout de 50 S Vous avez UNE .c liant e sui 500 d'ac quer ir cotte œuvre unique d'une valeur de pi es de 9000 S tout eu appuyant Ta cause de l'alpliabeti sation Informez-vous a la Fondation Réservez votre billet pour le tirage de l'œuvre Lire donne des ailes ! Modalités dé paiement Coût du billet : 50 S Tirage 500 billets Date du tirage : 1* décembre 2001 Je désire (nombre de billets) Organisme D Chèque au nom de : x50 J = total FQA ?VBA Titulaire de la cane Ville Téléphone Code postal Télécopieur Mo Signature Date d'expiration A Fondation québécoise pour l'alphabéti sation 1259, rue Bern, bureau 430 Montreal (Québec) H2L 4X4 (514) 289-1178 Télécopieur (514) 289-9286 «wwfqaqcca ^ ^PJrven.r votre réservation avec votre paiement par la poste ou pat télécopieur MERCI ! i LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET DIMANCHE » SEPT E M R R E 2 0 01 ?ALPHABETISATION * VIDÉO Expérience théâtrale en alphabétisation Un documentaire de Lisa Sfriso témoigne de deux mois de création La Stratégie des maringouins met en scène 13 personnes en processus d’alphabétisation.Au début, craintes et incertitudes.Mais par la détermination arrive enfin la libération.Au projet sont aussi associés Rita Lafontaine et .André Brassard.Une expérience unique.ANN LAROCHE SOl'RCK VIDÉO H MM! v La Stratégie des maringouins de Lisa Sfriso explore la face cachée d’une réalité que l’on connaît pour ainsi dire très peu.Mettre sur pellicule une expérience théâtrale à laquelle participent des personnes ayant des difficultés de lecture et d'écriture ne doit surtout pas se voir comme quelque chose de paradoxal.Au contraire, dans une société où l’image et le virtuel occupent de plus en plus de place, comment mieux sensibiliser la population au problème de l’analphabétisme qu’en lui montrant des gens qui ont décidé, par le biais d’une création collective, de se réconcilier avec les mots en laissant libre cours à leur expression?Dans La Stratégie des maringouins, la réalisatrice Lisa Sfriso continue d’explorer un sujet qu’el-le avait amorcé dans un court mé- trage precedent en filmant des personnes en processus d’alphabétisation.Vidéo à la main, elle les a suivies à des moments précis durant six mois, captant d’abord leurs craintes et leurs incertitudes, puis montrant peu à peu leur cheminement et leur détermination.Le documentaire présente 13 personnes ayant toutes un rapport complexe avec les mots.Le théâtre deviendra pour elles un exutoire, une libération.Réunies pour la production d'une pièce, elles arriveront à franchir les obstacles de la prise de parole, de la lecture, voire même de la mémorisation.Il est étonnant d’entendre, à ce sujet l’un des comédiens dire que sa mémoire s’est nettement améliorée depuis qu’il participe à la pièce.Perdre la mémoire, c’est aussi perdre la confiance en soi.la dignité.Le documentaire aborde d’ailleurs avec brio le thème de l’çstime de soi et de la confiance.Eléments essentiels à la poursuite d’une réelle démarche d'apprentissage en alphabétisation.Loin de la culture C’est à la suite de ses études en cinéma à Concordia, lors d'un stage de coopération internationale en Afrique du Nord, que Lisa Sfriso découvre les facettes de l’alphabétisation.Elle entreprend dès lors une démarche ci-nématographique à caractère plus social et humanitaire.Un cinéma vérité! Un cinéma présentant des gens que la société a souvent mis à l’écart.Un cinéma osant aborder certains sujets.Non commercial.Un cinéma se situant hors des sentiers battus.Déroutant.Im Stratégie des maringouins fait abstraction de toute idée préconçue en se penchant réellement sur une situation commune à bien des gens.Elle les dévoile, leur donne la parole, brise la barrière du silence.Pour lisa Sfriso, il était important de montrer ce que vit une certaine partie de la population.La face cachée d’une réalité que l’on connaît pour ainsi dire très peu.«Des gens dont le tabou de la parole les maintient dans un ghetto parmi leurs semblables.loin de la culture.» L’accès à cette dernière est d'ailleurs le thème qui sous-tend la pièce.Montrer aussi que certaines personnes parviennent à force de courage à s’affranchir de ce qui les entrave.«Des exclus, des maringouins dérangeants, toujours relégués à l’arrière-plan, brisent le mur de la honte et de l’isolement social.» Enfin, sensibiliser la population à un problème qui n’existe pas que dans des régions éloignées.«Ix>rs de mon séjour au Maroc, j’ai été en contact avec certains aspects liés au problème de l'analphabétisme.A mon retour, j’ai constaté que celui-ci était ici plus grand que Von ne le croyait.» C’est en prenant contact avec l’équipe de COMSEP (Centre d’organisation mauri- cien de services et d'éducation populaire) et grâce à leur appui que Lisa Sfriso a pu réaliser le tournage de cette vidéo.Outre la présence de plusieurs intervenants qui ont agi à titre d’animateur, de metteur en scène ou d’écrivain, deux personnalités de la scène artistique montréalaise ont apporté leur soutien aux personnes participant à la pièce.«1m comédienne Rita Im-fontaine et le metteur en scène André Brassard ont été pour ces dernières d’une grande motivation.Après leur départ, leurs précieux conseils ont continué de faire bou-lf de neige», signale la vidéaste.Ecrire une pièce de théâtre, monter sur scène et jouer un personnage malgré le fait qu’on sait à peine lire et écrire, cela relève de l’exploit, ajoutera-t-elle.Produit par Vidéo Femmes, un centre de production, de distri- bution et de diffusion de vidéos indépendantes réalisées par des femmes, en collaboration avec Télé-Québec, le documentaire de Usa Sfriso sera d’abord lancé le 3 octobre à Trois-Rivières, à l’occasion du Festival de la poésie, puis le 11 du même mois au Musée de la civilisation de Québec.11 sera diffusé à Télé-Québec également en octobre durant la semaine de l’alphabétisation.Im Stratégie des maringouins, une vi déo de 53 minutes, témoigne d’une expérience théâtrale à la fois bouleversante et remplie d’espoir.Expérience qui met en scène des gens ordinaires qui ne se doutent pas à quel point ils ont accompli quelque chose d’extraordinaire.Au-delà de lire, d’écrire et de prendre la parole, ils ont réussi à tourner en dérision chacune de leurs angoisses.Mission accomplie! SOURCE VIDÉO FEMMES La réalisatrice Lisa Sfriso.C’EST UN MINIMUM ! f Mais ce qui, pour vous, est un minimum SEMBLE INATTEIGNABLE POUR BON NOMBRE DE QUEBECOIS ! Au Québec, un adulte sur cinq possède moins de 9 ans de scolarité et n’a pas les connaissances suffisantes POUR ASSUMER SES RESPONSABILITÉS QUOTIDIENNES COMME CONSOMMATEUR, PARENT OU TRAVAILLEUR.Heureusement, il y a un Centre d’éducation des adultes près de chez vous.S’il vous arrive de côtoyer une personne aux prises avec de telles difficultés, RÉFÉREZ-LA À CE CENTRE D’ÉDUCATION DES ADULTES OU DONNEZ-LUI CE NUMÉRO DE TÉLÉPHONE : 1 800.361.9142 Aidez-nous à les aider ! La FORMATION DE BASE, ÇA NOUS CONCERNE TOUS ! TREAQ La table de* responsables de l'Mncation des adultes et de la Un message des 219 Centres d’éducation des adultes des Commissions scolaires du Québec.4' « m k I.K I> K Y7 0 I K .I.E S S A M EDI « ET DI M A N (' HE 9 S E P T E M K H E 1 0 0 I E fî ALPHABETISATION INTERNATIONAL L’alphabétisation comme outil de développement Les interventions de la Fondation Paul Gérin-Lajoie en Haïti Alphabétiser, d’accord.Permettre un développement durable, c’est encore mieux.Tel est le double objectif poursuivi par la Fondation Paul Gérin-Lajoie en Haïti.Présentation des projets Alfatibonit et Alfa-Desalin.Et, preuve de l’excellence du travail, l’UNESCO a décerné en 2001 le prix Roi Sejong au programme d’alphabétisation de la Fondation Paul Gérin-Lajoie en Haïti.HUGUES LAVOIE La Fondation Paul Gérin-Lajoie intervient dans les pays en développement depuis 1987.Elle s’est donné comme mandat de favoriser l’accès à l’enseignement primaire à tous les enfants en mobilisant les forces vives qui peuvent y contribuer.Exerçant une action centrée sur l’école, la Fondation favorise la fréquentation scolaire universelle et la persévérance à l’école, l’amélioration de la qualité de l’enseignement et des apprentissages offerts, de même que leur adaptation aux besoins et aspirations du milieu.En soutien à ces actions d’éducation des enfants, la Fondation s’est également investie dans le domaine de l’alphabétisation des adultes, englobant ainsi l’éducation de base de la famille entière, avec des approches et des méthodologies adaptées à chaque groupe d’âge.C’est dans cette optique que la Fondation a décidé d’intervenir en Haiti.En 1998, elle lançait le Projet d’appui à l’école nouvelle dans l’Ar-tibonite, l’un des neuf départements que compte le pays.Haïti possède un taux de scolarisation brut de 30 % et deux adultes sur trois sont analphabètes.C’est pour cette raison que toute action en direction des enfants doit aussi être accompagnée d’une intervention auprès des principales responsables de l’éducation sur le plan familial: les mères de familles.Avec un appui financier du ministère des Relations internationales du Québec (MRIQ), la Fondation Paul Gérin-Iajoie a lancé au printemps 1998 un vaste programme d’alphabétisation dans l'Artibo nite, soit le projet Alfatibonit.Avec l’aide de la coopération canadienne, le projet Alfa-Desalin a démarré en 2000.Mme Marie-Michelle Fournier coordonne sur place l’ensemble du programme d’alphabétisation en Haiti.L’objectif de ces deux projets est de permettre la formation d’au moins 12 500 personnes (en grande majorité des femmes) d’ici 2003, ainsi que de pennettre la promotion du mieux-être des familles par la sensibilisation aux notions de santé, de gestion et de droits de la personne.A ce jour, plus de 7000 personnes ont déjà pu bénéficier des classes d’alphabétisation.Fonctionnement du programme Dans un premier temps, une étude de milieu est réalisée dans les zones rurales.Elle permet aux personnes rencontrées d'émettre leurs idées sur les difficultés et les problèmes à résoudre dans chaque milieu.Les gens peuvent exprimer leur vision de ce que devrait être une classe d’alphabétisation en zone rurale.Dans les endroits retenus, chaque communauté identifie trois candidats potentiels au poste d’alphabétiseur, selon les critères suivants: avoir complété leur cours secondaire; être issu du même milieu que les bénéficiaires; être reconnu pour leur leadership et leur respect envers les autres.Une formation de six semaines est dispensée chaque année aux quelques 500 candidats, formation portant sur les techniques de lecture, d’écriture et de calcul, mais également en gestion de classe, éléments d’andragogie, santé, environnement, droits de la personne et autres sujets susceptibles d’aider au bon fonctionnement des classes.Cette formation est donnée en collaboration avec le Secrétariat d’Etat à l’alphabétisation (SEA), l’organe gouvernemental responsable de ce dossier en Haiti.L'évaluation des candidats permet de retenir les alphabétiseurs et les superviseurs responsables de la tenue et du suivi des classes.La durée hebdomadaire des cours est de 16 heures réparties sur quatre jours.I^s heures et les jours ont été choisis par les populations elles-mêmes pendant l’étude de milieu.Les cours se donnent généralement à la fin de la journée, lorsque les gens reviennent du travail.La majorité des centres sont situés dans des endroits sans électricité (écoles, églises, abris provisoires, maisons privées).Pour chaque centre, un comité de gestion de la classe formé de bénéficiaires s’assure de la présence de tous, de la préparation du local et de sa propreté.Les superviseurs identifiés assurent un suivi-accompagnement hebdomadaire de chacune des classes à partir d’instruments de suivi élaborés dans le cadre du projet.Les déficiences décelées par les alphabétiseurs font l’objet d’animations pédagogiques mensuelles, ce qui permet de maintenir et même de développer la qualité des cours offerts.Des activités de renforcement Afin de maintenir l’intérêt des bénéficiaires, mais également de développer certains aspects susceptibles d’ancrer les apprentissages effectués, quatre activités complémentaires sont réalisées parallèlement aux cours d'alphabétisation: les animations et le suivi en santé, en droits de la personne, en environnement et en gestion de microprojets.Comme les paysans ont beau- té Centre AlphaPlus Centre dessert les personnes et les organismes qui s'intéressent à l'alphabétisation, à la formation de base et à l'enseignement d'une langue seconde aux adultes en Ontario.-• Pour en savoir davantage sur nos ressources et nos services, visitez notre site Web à l'adresse suivante: http://alphaplus.ca Ou écrivez-nous à : 2040, rue Yonge, 3e étage Toronto (Ontario) M4S 1Z9 xL Centre AlphaPlus Centre À l'occasion de la journée internationale de l'alphabétisation, l'Institut canadien d'éducation des adultes salue les citoyennes et les citoyens qui partagent leur passion pour bâtir une société plus éduquée et plus démocratique.L'ALPHABÉTISATION EST L'ABC D'UNE CITOYENNETÉ ACTIVE.5225, rue Berri, bureau 300 Montréal (Québec) H2I 2S4 Nouvelle adresse internet : www.icca.qc.ca -&- SOURCE FONDATION PAUL GÉRIN-LAJOIE Durant la relocalisation du centre de Kabiau, à Saint-Marc, en Haïti, un auditeur écrit son nom pour la première fois.- '- A4 ; coup de préjugés sur la médecine officielle et ses coûts, ils sont souvent réfractaires à demander des soins chez un médecin ou dans un dispensaire.les animations en santé sont donc axées sur l’information, la prévention, les premiers soins et, parfois, sur des visites individuelles ou en groupes au dispensaire.Les droits de la personne, particulièrement ceux des femmes, sont peu connus des populations.Deux animateurs affectés à ce volet ont été formés par les représentants de l’ONU.Les discussions tenues en classe tournent autour des droits des femmes, du système judiciaire, du rôle de la police et de la résolution de conflit Selon un dernier rapport de l’UNESCO, 15 000 hectares de terre productible disparaissent chaque année en Haiti.L’érosion et la déforestation sont devenues des problèmes sérieux et de façon générale, les populations sont peu préoccupées par l’environnement.L’ajout du volet environnement, non prévu au départ, a donc été jugé indispensable par l’équipe de terrain.Les animateurs amènent les bénéficiaires à porter un constat sur la dégradation de l’environnement et son impact sur la vie actuelle et future.Des solutions réalistes, nécessitant peu ou pas de financement, émergent des groupes et des activités sont mises en œuvre, par exemple la fabrication artisanale de briquettes de papier compacté, une alternative écologique à Tutilisation du charbon de bois.Le dernier volet des activités de renforcement propose à chacune des classes d’alphabétisation de développer ses capacités de gestion.En collaboration avec leurs alphabétiseurs, les bénéficiaires sont invités à élaborer un petit projet générateur de revenus.Les membres participent financièrement en amassant un fonds de roulement qu’ils fixent eux-mêmes; la Fondation double alors Classe d’alphabétisation de Kabiau, Saint-Marc, Haïti.ce montant.Les projets élaborés tournent généralement autour du petit commerce (denrées alimentaires, couture, etc.).Les membres peuvent choisir de se partager les profits dégagés ou de les réinvestir dans des projets plus ambitieux pouvant toucher l’ensemble de la communauté, par exemple l’adduction d’eau potable ou la construction d’une pharmacie.Le personnel du projet les appuie alors dans la recherche de bailleurs financiers.La réponse des populations Les populations sont vraiment Collaboration spéciale Hervé Sérieyx engagées dans tout ce processus de renforcement de leurs capacités, qui dépasse le simple fait de savoir lire, écrire et compter.Leur engagement se traduit avant tout par l’assiduité dont ils font preuve par rapport aux expériences antérieures d’autres organismes.L’alphabétisation apparaît donc comme un besoin réel pour ces gens.La communauté de Chatelas a même procédé à la réfection d’un tronçon de route pour permettre la venue de l’équipe du projet et des superviseurs.I.a population de Lacouture a ouvert un centre de santé communautaire avec l’appui du projet Dans les villages où il n’y avait pas d’école, des abris ont été construits.Les contributions monétaires aux microprojets économiques apportent également un aspect supplémentaire à cet engagement des populations; tous les centres voient la nécessité de donner un montant minimum et prennent au sérieux les projets qu’ils élaborent puisque que c’est leur argent qui est en jeu.SOURCE FONDATION PAUL GÉRIN-LAJOIE En bout de ligne, on peut constater que c’est l’aspect global de l’approche proposée aux bénéficiaires qui est garante de l’adhésion des populations.L’ancrage de ce projet aux nombreux besoins des bénéficiaires, que ce soit en matière d’infonnation sur la santé ou dans le cadre de la mise en place de projets économiques, permet de concrétiser les apprentissages réalisés.C’est la pertinence même de l’alphabétisation qui s’en trouve ainsi rehaussée.Le développement d’une zone ne peut que profiter des nouvelles aptitudes et capacités de toutes ces femmes et ces hommes qui, pour la première fois de leur vie, ont les connaissances de base essentielles pour participer pleinement à l’édification de leur communauté et de leur pays.Une version de ce texte est déjà parue dans la revue À lire publiée en français par la Fédération canadienne pour l’alphabétisation.NOUVEAUX ENJEUX DE FORMATION CoIbbontkKi spéciale Hervé Sériey* COLLECTION COLLECTIF IQ 136 PAGES 24,95$ tOUKTV, ISABELLE QUENTIN LOUEUR Formation des intervenantes en alphabétisation Apprendre à lire et écrire - est un défi; -.t’zjjrnulre à.^hcI^h'hk est hk xrtr Apprenez differentes méthodes d’enseignement et de communkibon adaptées aux adultes analphabètes Visitez notre site web pour les cours offerts à distance sur Internet.Pour obtenir plus de renseignements, composez le (613) 742-2493, poste 2051 ou le 1-800-267-2483, poste 2051.< 1.E DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIM A \ C II E îl S E l’ T E M R R E 2 O O ALPHABETISATION K 7 Fédération québécoise pour l’alphabétisation A l’heure de l’alphabétisme et des compétences Un organisme s est donné le mandat d'aider les personnes analphabètes l n adulte sur cinq éprouve de sérieuses difficultés sur les plans de 1 écriture, de la lecture et du transfert des connaissances.La statistique, au premier abord, fait peur.Il est toutefois possible d améliorer le sort des personnes ainsi en difficulté.Presentation par sa directrice générale de la Fédération québécoise pour l’alphabétisation.REGINALD HARVEY Basées au départ sur une enquête de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les statistiques démontrent toujours que le nombre d’analphabètes est demeuré à peu près le même au cours des 10 dernières années au Québec.Il y a environ un million de personnes âgées de 16 à 65 ans qui éprouvent de sérieuses difficultés sur les plans de l’écriture, de la lecture et du transfert des connaissances.Il s’agit en fait d'un adulte sur cinq, soit autour de 21 % de ceux-ci, qui sont répartis à peu près en quantité égale entre femmes et hommes.Chez les jeunes, les garçons sont les plus nombreux alors que c’est le contraire chez les personnes les plus âgées.Concept et vocabulaire tendent cependant à changer autour d’une problématique qui s’étend largement aux champs de compétences et au monde du travail.Les spécialistes de la question parlent volontiers d’alphabétisme ou d’un mode de comportement qui dépasse lecture et écriture pour déborder sur le travail en équipe et les compétences de base.Sur le plan de la formation, les secteurs couverts en alphabétisme relèvent par conséquent du travail en équipe, de la résolution de problèmes, du transfert des acquis, de la lecture, de l’écriture et du calcul de base.Les analphabètes québécois peuvent s’adresser à trois endroits reconnus par le gouvernement pour obtenir de la formation et du soutien.Il existe dans les faits deux grands réseaux, soit celui des groupes populaires en alphabétisation et celui de la formation des adultes des commissions scolaires.Des organismes, non accrédités en matière de formation, se livrent de plus à des initiatives variées pour accompagner et aider les analphabètes.Quant à la Fondation québécoise pour l’alphabétisation, elle accueille les gens et sert à la fois de centrale de référence pour les diriger vers les ressources appropriées.Dans ce but, la Fondation a mis sur pied en 1990 le service téléphonique Info-Alpha, qui a déjà ré- pondu à l'appel de 40 000 personnes.De façon confidentielle et sans frais, les personnes analphabètes communiquent avec les spécialistes d’Info-Alpha, qui sont en mesure de les orienter vers l'un ou l’autre des quelques 500 points des réseaux d’aide existant à travers le Québec.Directrice générale de la Fondation, Sophie La-brecque fournit des explications à ce sujet: «On sert d’accompagnateur et de guide.La personne qui est analphabète ne peut pas se démêler dans tout le dédale des ressources en place, commissions scolaires ou autres.Pour ce faire, on dispose d’une entente de référence avec des grands organismes publics et parapublics comme les CISC ou Bell téléphone, qui dirigent la clientèle vers notre 1-800.» Des être fragiles débordant d’imagination La Fédération possède les compétences pour bien informer des individus fragilisés par leurs problèmes.«On sert de centrale parce qu’il est très difficile de convaincre une personne analphabète d’entreprendre une démarche d’alphabétisation.Il faut, au moment de son appel, établir un bon rapport avec celle-ci et faire en sorte de poursuivre le dialogue.On s'adonne à de l’écoute active.Toutes les histoires d’horreur, on les connaît», dit-elle.Mme La-brecque décrit de la sorte cette clientèle: «Il s’agit de gens très ingénieux qui sont souvent placés au pied du mur au moment de leur démarche.Ils font preuve de beaucoup d’imagination dans les moyens de défense qu’ils ont développés.Ils n’apprennent pas à lire et à écrire parce que, dans ce cas, il s’agit de faire face à un code qui leur a déjà valu un échec.C’est le propre de l’être humain d’identifier les mécanismes propres à contourner l’échec.» La compétence en entreprise La Fédération souhaite que les entrepreneurs maintiennent en emploi les travailleurs et, dans ce but, a mis en place le Centre Option-compétences.«On a segmenté les services pour la population en général, et ceux pour les entreprises, parce que les gens ne vi- vent pas la même réalité.La logique d’approche diffère d’une clientèle à Tautre.» Elle insiste sur un point: «On travaille avec des entrepreneurs qui ont effectué des démarches auprès de la Fondation.un geste qu’il n'est pas nécessairement facile de poser parce qu’ils doivent avouer de la sorte que certains de leurs employés possèdent de faibles compétences.» Pour cette année, les activités du Centre se divisent en deux volets.Le premier consiste à analyser le contenu de colloques tenus au cours des dernières années pour mesurer l’évolution du dossier des compétences de base sous l’angle des gens du milieu.Le deuxième prend la forme d'une campagne de sensibilisation qui se déroule au cours d’une tournée dans toutes les régions afin de conscientiser les entrepreneurs sur la formation de base.Prendre le mal à sa racine La Fédération québécoise pour l’alphabétisation croit que le taux élevé de décrochage scolaire contribue à grossir le nombre des personnes analphabètes.Par conséquent, elle a conçu le projet La lecture en cadeau afin de rejoindre des jeunes et des adultes issus de milieux peu familiers avec les livres.Le public est invité à offrir un livre jeunesse neuf à un enfant entre les mois de novembre et de janvier.«On demande aux gens de poser un geste significatif afin de nous aider en deux temps.Premièrement, les livres achetés sont destinés à des enfants à risque qui fréquentent des écoles défavorisées.Deuzio, un autocollant sur lequel figurent les coordonnées téléphoniques de la Fondation est glissé à l’intérieur du livre.L’organisme pénètre de la sorte dans les familles, où il peut rejoindre des parents susceptibles d’éprouver des problèmes d’alphabétisation.On reçoit ainsi des téléphones d’une clientèle qu 'il nous serait impossible de rejoindre autrement», explique la directrice.Au départ l’objectif était de ramasser 5000 livres par année et 18 000 ont été distribués en deux ans.Finalement, la Fondation poursuit l’objectif premier de bien cerner les problèmes de la société en matière d'alphabétisation par le biais de la ligne Info-Alpha.«On veut de cette manière influencer les pratiques.On veut être à l’écoute des gens pour bien répondre à leurs demandes et à leurs besoins.C’est notre but», assure Sophie Labrecque.JACQUES GRENIER LE DEVOIR La Fédération québécoise pour l’alphabétisation a conçu le projet La lecture en cadeau afin de rejoindre des jeunes et des adultes issus de milieux peu familiers avec les livres.Le public est invité à offrir un livre jeunesse neuf à un enfant entre les mois de novembre et de janvier.Illllll JJIilH L’équipe de la Fondation québécoise pour l’alphabétisation.Le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec a 20 ans ! 20 ans d’apprentissage collectif.20 ans de luttes contre l’exclusion.20 ans d’alphabétisation populaire.Et des milliers de personnes fières de pouvoir maintenant lire et écrire.Les groupes populaires en alphabétisation, c’est aussi un milieu de vie où les gens développent leurs compétences et s’entraident tout en respectant leur rythme et leurs aspirations.Pour connaître les groupes populaires en alphabétisation de votre région : LIGNE INFO-ALPHA 1-800-361-9142 REGROUPEMENT DES GROUPES POPULAIRES EN ALPHABÉTISATION DU QUÉBEC mmm .;;; iüi _____: CONSULTEZ NOTRE BASE DE DONNÉES REGROUPANT PRÈS DE 2 OOO TITRES DISPONIBLES DANS LA COLLECTION POUR TOUS.LA COLLECTION POUR TOUS EST OFFERTE DANS TOUTES LES BIBLIOTHÈQUES POUR ADULTES DE LA VILLE DE MONTRÉAL.DES LIVRES ATTRAYANTS, SIMPLES ET ABORDABLES QUI INTÉRESSERONT LES NOUVEAUX LECTEURS.PROFITEZ-EN POUR RENCONTRER ALPHA, {J VOTRE CONSEILLER.SUR INTERNET www ville montreal.qc.ca/biblio CLIQUEZ SUR { "} Ville de Montréal ! r K 8 L E l> E V 0 I H LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2001 , JTISATION Formation et compétence La nouvelle excellence dans l’économie nouvelle Défis actuels pour dirigeants d’entreprise et contraintes à venir pour ceux qui ont déjà un emploi La nouvelle génération, la génération numérique, est une source d’enseignement.En effet, cette génération, qui est tombée dans la potion numérique quand elle était petite, peut conseiller et aider ses aînés à intégrer les changements qu’impose la nouvelle technologie.Les jeunes en difficulté nous enseignent aussi l’incertitude.En fait, nous sommes tous analphabètes dans certains domaines, pour peu que nous ayons la modestie nécessaire pour l’admettre.Hervé Sérieyx est un spécialiste français en management d’entreprises.HERVÉ SÉRIEYX Les compétences de base des employés font la performance des entreprises.Or, que sont ces Compétences de base?Ce sont d’abord la lecture, l’écriture et le calcul.Ensuite, ce sont les habiletés intellectuelles comme la résolution de problèmes, le raisonnement logique et la capacité continuelle d’apprentissage.Enfin, ce sont les aptitudes et les comportements tels que l’esprit d’équipe, le sens des responsabilités et l’écou-tè.Faute d’avoir intégré ces habiletés et ces comportements de base, les nouvelles organisations, les nouvelles méthodes de travail, les nouvelles techniques de l’information et de la communication, indispensables demain à toute entreprise, deviennent totalement inutiles.et inutilisables.Il faut en outre distinguer «la nouvelle économie» — soit l’économie qui s’est développée autour des nouvelles technologies de l’information — de «l’économie nouvelle», un monde impitoyable qui exigera l’excellence de tous les dirigeants, gestionnaires et employés.La formation sera dès lors l'outil indispensable pour réussir dans cette compétition plus ouverte, mais combien plus dure.Des papillons.Des nombreux bouleversements que connaît actuellement la société, il y a notamment l’extrême mobilité du paysage économique mondial.Toutes les économies sont reliées les unes aux autres.11 suffit en effet qu'il se passe quelque chose à un endroit du globe pour que, par répercussion, il y ait une catastrophe à l’autre bout du monde.C’est ce qu’on appelle l’effet papillon.La grande crise économique et financière que nous avons connue en novembre 1998, par exemple, a été déclenchée par le fait que, un an auparavant, certains immeubles de rapport dans le cœur de Bangkok n’avaient pas trouvé preneur.Les investisseurs étrangers sont partis; en une semaine, le baht s’est effondré, suivi par le ringgit malais, puis par la roupie indonésienne, révélant ainsi un régime indonésien pourri.En moins de six mois, c'était l’effondrement de l'économie indonésienne (moins 20 %).In Corée, qui faisait là des affaires, a vu son économie ralentir et le won chuter.Ije Japon, vivant essentiellement de l’Asie du Sud-Est, a lui aussi vu ralentir son économie, ce qui permit de constater que tout le système bancaire japonais était totalement «termité» par des créances douteuses.Tous les pays qui vendaient alors des matières premières à cette gigantesque zone — c'est-à-dire, entre autres, la Russie, qui exportait du pétrole et du gaz — ont été touchés.et des trèfles Nous baignons dans un monde d’incertitude stratégique entraînant des phénomènes nouveaux tels que la flexibilité absolue, ce que les Américains appellent l’entreprise ••shamrock», l’entreprise en trèfle.Cela consiste, pour les grandes entreprises.Bombardier par exemple, à se concentrer sur leur domaine essentiel de compétence, qui constitue le pétale du liaut.Pour le reste, et c’est le deuxième pétale, on sous-traite à l'externe toutes les activités dont on a besoin mais pour lesquelles on n’est pas spécialiste.On fait donc appel de plus en plus à des sous-traitants, pour la gestion administrative ou logistique, par exemple, alors qu’il n’y a pas si longtemps ces activités relevaient du cœur de compétence de J’entreprise.A titre d’exemple, une grande partie du chiffre d’affaires d’IBM est constituée de management d’activités (par exemple de la gestion de paie) pour le compte d’autres entreprises.Cependant, on leur dit: «J'aurai recours à tes services, mais à deux conditions.Ixi première, c’est que, toi aussi, tu te concentres sur ton coeur de compétence, parce que je veux avoir le meilleur sous-traitant du monde, et ton cœur de compétence, ce doit être ce dont moi j’ai besoin.Le reste, tu l’externalises.Im deuxième condition, c'est que tu réduises tes effectifs de beaucoup, en peu de temps.» Enfin, le troisième pétale, c’est le pétale de la flexibilité maximale: les contrats à durée déterminée, l’intérim, les indépendants.En Grande-Bretagne, 30 % des gens qui travaillent tous les jours dans les entreprises sont des pigistes.Autre source de flexibilité considérable dans les entreprises: l’incidence de ce qu’on appelle la nouvelle économie sur l’économie traditionnelle.La nouvelle économie est constituée de trois cercles, le premier étant composé de toutes les entreprises qui se sont développées autour de l’informatique.Le deuxième cercle comprend, pour sa part, toutes les entreprises qui gravitent autour de ces géants de la communication.Le troisième cercle, enfin, englobe toutes les sociétés créées autour des mille et une ap-pliçations d’Internet.A l’échelle mondiale, le produit brut généré par la nouvelle économie serait de l’ordre de 5 à 8 %.Ce n’est donc pas énorme.Ce qu’il importe d’observer, par contre, c’est la façon dont ces entreprises ont transformé l’économie traditionnelle.Par exemple.General Motors, Ford et Daiirüer-Chrysler ont créé, vers la fin de 1999, un portail commun pour tous leurs sous-traitants et fournisseurs.Du coup, tous ceux qui n’ont pas été inclus dans le portail ont été exclus des appels d’offres et ceux qui y étaient se sont retrouvés pieds et poings liés.Voilà pour l’amont de l’entreprise.En ce qui concerne l’aval — soit tout ce qu’on appelle le commerce électronique —, on aspire à quitter l’offre massifiée pour aller vers une offre personnalisée en utilisant les technologies de l’information.C’est ce qu’on appelle, dans le jargon américain, le customer relationship management, le management de la relation personnalisée avec le client, qui exige de l’entreprise, de même que des sous-traitants, une grande souplesse et une capacité d’adaptation très rapide.Qui dit changement, dit stress Outre les autres conséquences qu’elle peut entraîner, cette mobilité du paysage économique mondial signifie pour l’employé une forte dose de stress.Si l’économie de demain garantit une chose, ce sera le stress.En cette matière, nous sommes tous analphabètes.Nous n’avons pas appris à le vivre ni à le gérer.Certains degrés de stress sont totalement insupportables, et les maladies qui lui sont imputables sont de plus en plus fréquentes.Il faut en prendre conscience, car il engendre de véritables problèmes.Et ce qui n’aide pas, c’est la rigueur de gestion, l’exigence de précision permanente et de rapidité d’adaptation.Or, les transformations organisationnelles que les entreprises ont connues dans les annéesl990 n’ont même pas encore été digérées par la société.Les trois grandes transformations organisationnelles qu’ont connues les entreprises dans les années 90 sont le raccourcissement hiérarchique, le passage de la pyramide de tâches prédéterminées aux réseaux de contribution interactive, et la spécialisation des tâches.Mais pourquoi avoir raccourci la ligne hiérarchique?Parce que, dans nos entreprises, ce qui détermine la victoire ou l’échec, c’est la vitesse avec laquelle l’information est traitée.Or, comme il faut traiter l’information rapidement, il faut réduire le nombre de niveaux hiérarchiques.Le deuxième changement organisationnel majeur de l’entreprise, c’est le passage de la pyramide de tâches prédéterminées aux réseaux de contribution interactive.Pour comprendre l’importance de ce changement, il faut revenir un siècle en arrière.À la fin des années 1890, quand s’amorce la révolution industrielle, il faut s’organiser.Taylor propose le concept de la «pyramide»: puisqu’il faut faire entrer par millions des paysans analphabètes dans les fabriques, le travail est organisé en fonction de leur analphabétisme.On a donc simplifié les tâches au maximum.Taylor disait «Il faut que la tâche soit si simple qu’elle puisse être effectuée par un gorille intelligent.» Intelligent, mais quand même gorille.Au-dessus de ces travailleurs, on plaçait un chef gorille, ou un «agent de maîtrise», et ainsi de suite dans la hiérarchie.Aujourd’hui le passage est opéré vers un autre mode d’organisation que celui fondé sur des tâches prédéfinies.Autrefois, si la performance était l’addition de ces tâches prédéfinies, nous en sommes arrivés à la multiplication des intelligences interactives autour de projets, d’objectifs ou de missions.Passage donc de la pyramide aux réseaux.Il ne faut donc plus former des têtes de pyramide, mais des animateurs de réseaux.Le niveau d’éducation doit ainsi être amélioré et une initiation doit être faite au travail d’équipe.Un troisième grand changement organisationnel est dû à Fayol.Ce dernier, grand organisateur des années 1914-1915, proposait la spécialisation des fonctions: fonction achat, fonction production, fonction vente.Le drame cotmnence au moment où le chef du service identifie la fonction à sa propre personne, accaparant alors à son usage exclusif les informations et le pouvoir qui s’y rattache.Exigences du consommateur Ce que veut le client de nos jours, c’est zéro défaut, zéro panne, zéro coûts inutiles, etc.La grande transformation organisationnelle que nous avons opérée dans cette quête de la qualité, c’est que nous sommes passés d’un mode d’organisation en services séparés, en bataille et verticaux, à un mode de fonctionnement transversal et réuni.Si on a des problèmes de logistique, on s'organise par flux.Si on veut être certifié ISO, on s’organise par procédures, par processus.Si on veut faire des produits nouveaux, on s’organise par projets.In Twingo, une petite voiture française, a été la première à être fabriquée en projet.Plutôt que d’avoir un service étude qui se bat contre un service ordonnancement qui se bat contre un service achat., on a établi une structure plate de deux niveaux.Le résultat: on a fait la Twingo en moins de temps que ce qui était prévu par le calendrier prévisionnel et pour moins cher.Quand vous travaillez comme ça, vous faites la Twingo; quand vous travaillez en services séparés, vous faites le tunnel sous la Manche: deux fois le devis, deux fois le délai, et il fuit! Mais les femmes et les hommes qui entrent dans nos entreprises n'ont pas été préparés à tous ces changements.Attention aux pièges La mondialisation de la compétition économique accroît la montée de la précarité et l'exclusion dans tous les pays développés.Elle largue encore plus vite ceux qui ne peuvent pas suivre.En France, ceux qui n'ont pas d’emploi permanent ou ne travaillent qu’à contrat ne sont pas des citoyens à part entière.Pour une économie en santé, il faut de bons professionnels et de bons consommateurs.alphabétisés.C’est fort, l’économie.En France, Dominique Méda dira ainsi: «Dans le monde tout marchand et tout marché, dorénavant n’a de valeur que ce qui a un prix.» Et elle ajoute: «La seule phrase comprise dans le monde entier, c’est “Combien ça coûte?”» Ces changements ont une incidence incroyable sur la transformation de la société, donc, et notamment sur cette croissance de l’exclusion.Qui n’a pas les moyens éducatifs, professionnels, familiaux, psychologiques ou sociaux pour s’adapter rapidement à ces changements est ainsi vite mis au ban.Et à cela s’ajoute la fracture numérique.Les progrès fantastiques de l’information, des communications, de la génétique vont au-delà des capacités d’adaptation de plusieurs.La possibilité de travailler à distance est réelle, tout en travaillant ensemble.Pourtant, les grands bureaux dans lesquels tout le monde s’entasse sont toujours là, avec horaires rigides et bouchons de circulation, quand il est possible de travailler en temps décalé, dans des lieux différents, tout en faisant équipe.Est toujours à inventer une société qui correspondra aux techniques récentes.Les nouveaux analphabètes Une société qui connaît autant de changements aussi rapidement exige la redéfinition de plusieurs concepts.L’analphabétisme est donc appelé à voir sa définition s’élargir pour devenir bien plus qu'une simple question de lecture et d’écriture.Quelqu'un d’alphabé-tisé devra être quelqu’un de cultivé.La culture, c’est l’intégration des savoirs: connaître un peu d'histoire, un peu de géographie, un peu de littérature, bref, un peu de tout Et par manque de culture générale, en un sens, nous sommes tous analphabètes.L'essentiel dans la formation de base est la capacité de compréhension des systèmes.Le bagage de base doit inclure des habiletés intellectuelles comme la résolution de problèmes, le raisonnement logique, la capacité d’apprentissage et la compréhension des systèmes.Dire que des diplômés universitaires ne possèdent pas ces connaissances essentielles! Les étudiants n’ont que des îlots de savoir dans des océans d’ignorance.Une autre faiblesse de notre société est le manque de maîtrise des mots.Car pour maîtriser sa pensée, il faut d’abord maitri-ser sa langue.Et ceux qui n’auront pas cette maîtrise seront les analphabètes de demain.Informatique et Internet Heureusement, il y a la révolution de l’information.Mais «la révolution de l’information, ce n’est pas que l’ordinateur», pour citer Joël de Rosnay.Non, la révolution de l’information, c’est d’abord l'ar- rivée du multimedia, c’est-à-dire le mariage numérisé du téléphone, de l’ordinateur et de la télévision.Le fait qu’ils soient maintenant branchés l’un avec l’autre permet une multiplication de leur performance plutôt qu’une simple addition.C’est un jaillissement d’information et une capacité de traitement phénoménale qu’engendre ce changement Ensuite, il y a la prolifération des micro-ordinateurs personnels.Si l’automobile permet de parcourir plus de distance en moins de temps, le micro-ordinateur personnel nous permet pour sa part de penser plus vite.Enfin, il y a l’arrivée d'Internet, bien sûr.Et Joël de Rosnay nous dit: «L’arrivée simultanée de ces trois phénomènes nous précipite vers une société pourvue de trois incroyables caractéristiques.» La premiere, c’est la dématérialisation, le virtuel.La deuxième, c’est la délocalisation, ce que permet tout un tas d’objets nomades, en particulier le cellulaire.Finalement, il y a la désynchronisation, rendue possible par le courriel, qui nous per- met de travailler en temps décalé.Sont ainsi abolies les contraintes de temps et d’espace.Avec les nouvelles technologies, nous allons aussi inventer un autre monde.Qui n’est pas encore là.Encore des changements Cette arrivée massive des nouvelles technologies court-circuite le modèle hiérarchique.Les dirigés en savent maintenant autant que les dirigeants.Les rôles doivent donc être redéfinis.Les relations seront incroyablement plus rapides entre les sociétés, les concurrents, les clients et les four-nisseurs.Les gouvernements mêmes devront redéfinir leur rôle, leur mission et leur mode de fonctionnement.Il faut passer d’une logique de fonctionnement à une logique de mission; il ne s’agit plus d’être un fonctionnaire qui fonctionne, mais un missionnaire qui missionne.Désormais, tout s’organise autour d’objectifs et de projets.On passe d’une logique de dépenses à une logique de résultats.C’est très différent Cette énorme réorganisation entraînera une atteinte plus rapide des objectifs, en permettant notamment une meilleure communication et donc, une meilleure collaboration.Malheureusement ces changements majeurs ne se feront pas sans dégâts, et tous ne s’en tireront pas indemnes.Il faut aussi tenir compte de la diminution possible des heures de travail, de l’accessibilité des femmes aux postes de direction, du métissage des cultures et des «nouveaux» besoins des jeunes.V A économie nouvelle, excellence nouvelle Le discours économique actuel met de l’avant l’excellence.Pour l’entreprise, c’est une nouvelle nature; pour l'organisation, un nouveau défi; pour les dirigeants, une nouvelle culture; pour le pilotage du changement un nouveau métier.et pour chacun d'entre nous, de nouvelles habitudes.*
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