Le devoir, 6 octobre 2001, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI H ET D I M A \ C H E 7 O (' T (I R R E 2 O O DE VISU Shirin Neshat Page D 9 ROMAN \ A ce soir de Laure Adler Page D 7 Le Devoir t Festival de poésie de Trois-Rivières Du mythe au poème Le public francophone commence à peine à entendre la voix importante de Giuseppe Conte, reconnu en Italie comme l’un des poètes les plus doués de sa génération.L’homme, qui vit désormais entre Milan et Nice, était de passage à Trois-Rivières dans le cadre de la 17e édition du Festival international de poésie.Portrait.DAVID CANTIN Au début des années 80, lors de la parution de L’Océan et l’Enfant, nul autre qu’Italo Calvino remarqua aussitôt «la présence de ce poète que l’on dirait orgueilleusement solitaire et hors du temps».L’œuvre de Giuseppe Conte commence à une époque charnière dans l’histoire des lettres italiennes.C’est bien en 1979 que paraît L’ultimo aprile bianco (Le Dernier Avril blanc), un recueil qui fait contraste avec les pratiques d’une avant-garde dominante à l’époque.Plus tard repris dans L’Océan et l’Enfant, ces poèmes interrogent le pourquoi des choses à travers une redécouverte permanente de la nature.«À ce moment, les pratiques formelles et idéologiques de l’avant-garde donnaient lieu à une expérimentation très froide de la poésie.Au contraire, je tenais davantage à retrouver le savoir des origines grâce à un recours aux grands mythes fondateurs de la civilisation.» Son traducteur français, Jean-Baptiste Para, parle aussi de cette traversée comme d’une façon de «reconnaître dans les yeux de l'homme tardif ce qui reste du premier regard humain, [de] dire notre stupeur rémanente face à la nature et aux constellations, [de] lire dans les paysages les hiéroglyphes de l'âme».Portant l’empreinte de ses aînés Eugenio Montale et Camillo Sbar-baro, la parole de Giuseppe Conte témoigne de la beauté en tant que valeur essentielle contre la barbarie du monde.On retrouve dans l’éclosion de cet univers intime une forme de spiritualité laïque.En 1988, le recueil Les Saisons évoque surtout l’aspect cyclique du temps.D mentionne que «ce qui devient objet d’expérience mythique se personnifie et s’universalise simultanément, assume par conséquent une évidence précise, corporelle, et une capacité à parler du sens de la vie dans l’univers».Le troisième livre de Giuseppe Conte, Dialogue du poète et du messager (1992), est celui de la crise intérieure comme d’un doute VOIR PAGE D 2: MYTHE Grandeur nature ! I* la £ mm n m Pierre Yergeau L’Abitibi: un vaste espace ouvert sur l’infini.Une forêt, des arbres, innombrables, quelque part au-delà du 48r parallèle.Un endroit où se perdre, que l’écrivain Pierre Yergeau, qualifie parfois d’«inhu-main» tant il est grand, tant il a mis du temps à le trouver beau, à se l’approprier.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Alex Alexandre Hanse, trapéziste, mort sur la piste du Grand Cirque d’hiver.Leurs parents disparus, les enfants demeurent dans l’entourage de Senneter-re, sous la tutelle d’une grand-mère, Tony, aussi indispensable que fascinante.Mie n’a pas connu son père.En fait le Grand Cirque d’hiver, duquel il faisait partie, n’est reconstitué dans sa vie qu’à partir de la collection de poupées de Tony.Ainsi, des années durant Mie voit-elle le monde, à travers les jupes noires de sa grand-mère, ou, suspendue dans ce chaudron, au milieu des odeurs de cuisine fumante, des éclats bruyants de la vaisselle qu’on remue, quand elle n’est pas elle-même, dans ses fantaisies les plus folles, au centre du repas, noyée sous les sauces et les condiments.Ayant grandi, c’est elle encore, avec sa bande d’amies, qui sera responsable d’une inexpugnable épidémie de poux de tête terrifiant la région.L’histoire de Yergeau la laisse finalement mère de famille, bien des années plus tard, comme asséchée par la mort d’un mari buveur et joueur.Grand, l’allure bohème, Pierre Yergeau a le regard inquiet, la parole douce.En entrevue, il s’exprime pour le moins parcimonieusement.«Si j’étais volubile ou si je parlais avec aisance, je n’écrirais peut-être pas», lance, d’entrée de jeu, celui qui a étudié les langues arabe, allemande et italienne, et qui se passionne pour la Renaissance.Il parle pourtant avec émotion, de cette Abitibi où il est demeuré jusqu’à ses 18 ans, alors qu’il en a aujourd’hui 44.Il est né dans le village de Bourlamaque, géré par la mine d’or de Iri-maque, avoisinante.Depuis, précise Yergeau, l’endroit s’est embourgeoisé, est devenu site historique.Les maisons qu’on y trouve ont été construites à l’époque de la ruée vers l’or, période précédant la naissance de Pierre Yergeau.C’est cette époque qu’il décrit dans la Désertion, et qu’il désigne comme l’âge d’or de la ville du Nord.«À cette époque, écrit-il, LaWOr était la ville promise, le boom-town du Nord, la Mecque des cassés, des traineux et des dévergondées».C’est aussi une période d’immigration, au cours de laquelle Val-d’Or, effervescente, a ouvert ses portes au monde.Ce sont ces immigrants qui emmènent avec eux le Grand Cirque d’hiver, dont faisait partie le père trapéziste de Mie.VOIR PAGE D 2: NATURE C^l est pourtant là où il est né, près de Val-d’Or, que Pierre Yergeau a situé son roman, La Désertion, qui parait mardi aux Editions L’Instant même, le deuxième d’un cycle romanesque abitibien qui doit en compter neuf.Le premier volume s’intitulait L’Ecrivain public et se déroulait dans le même tintamarre d’un «campe» de bûcherons de Senneterre, parmi les effluves lourds et les retailles de légumes d’une cuisine communautaire.Le titre, La Désertion, c’est pour désert, explique Yergeau en entrevue, cet endroit où les mêmes figures se répètent à l’infini: épinettes, lacs, ciel, nuages.C’est aussi pour nommer le sentiment d’être déserté par une partie de sa vie, ses parents, la préhistoire en quelque sorte.Et c’est aussi pour nommer la désertion, l’acte de celui qui déserte.Tout le projet de cycle romanesque de Pierre Yergeau tourne autour de cet «an zéro» de la naissance, celui au-delà duquel toute mémoire est impossible.L’An zéro, c’est le début de l’enfance, cette enfance que Yergeau décrit admirablement comme celle de Mie, en ce qu’elle a de flou, d’intime, un regard voilé sur la vie, qui n’en distingue pas tous les contours.«Les toutes premières images étaient celles, touchantes, où Mie était bercée dans un chaudron cuivreux, ensevelie dans le bonheur des petits êtres fragiles», écrit-il.L’héroïne de La Désertion, c’est donc cette Mie, ou Michelle-Anne, la sœur de Jérémie, l’écrivain public.Tous deux sont enfants de Delphine et de Al JACQUES GRENIER LE DEVOIR l,i bg Et é revue littéraire n° 253 HOMMAGE A imagine savoir un douze octobre un vendredi devant les viandes froides et le morceau de fromage chambré que tu manges seul encore une fois MICHEL BEAULIEU Incluant des inédits de Geneviève Amyot et de Marie Uguay.I 1 I) 2 L K DEVOIR.LL > A M E D I « E T D I M A \ CHE 7 OCTOBRE 2 0 01 Livres NATURE SUITE DE LA PAGE D 1 «Lût était là.On venait de partout.De Tchécoslovaquie, de Pologne, d'Ontario, d’Allemagne, tes travailleurs s'engageaient au service des compagnies américaines, qui construisaient des villes à l’intérieur des villes, qui élevaient de monuments couverts de feutre gris ayant l’aspect du cheval de Troie, entourés d’une clôture de fil barbelé-, écrit encore Vergeau.Pourtant, à deux pas de cette animation, c’est la forêt boréale, lieu sauvage entre tous, solitaire, désolé, où souffle le vent, où dorment les ours dans leur tanière, un espace démesuré, inconquis, austère.«Mie appréciait le tapage.Elle se souvenait de l’affolement qui la saisissait certaines nuits lorsque le vent cessait.Plus un son, ni même une respiration.Le silence semblait alors si grand, si enveloppant, que Mie aurait pu crier.Perstmne ne l’aurait entendue.C’était le grand silence de la forêt boréale», lit-on sous la plume de Yergeau.L’écrivain lui-même se souvient d’avoir trouvé l’espace autour de lui «terrifiant-, dans cette Abitibi de son enfance, bien avant qu’il n’arrive à extirper de la beauté de cet horizon uniforme, de ce ciel si bas qu’on a peine à croire qu’un dieu puisse exister au-dessus.Il note d’ailleurs que les gens de l’Abitibi ont une intensité qui peut parfois tourner au désespoir.C’est pourtant cet environnement rare, inimitable, qui donne toute la qualité au cycle romanesque de Pierre Yergeau.Car cette Abitibi n’est pas folklorique, elle n’est pas mythique.C’est une Abitibi grandeur nature, dans sa beauté et sa laideur, qui se glisse entre chacune des phrases.Une Abitibi vivante avec ses mystères et ses joies, avec les gens qui ont choisi d’y rester.Elle traverse d’un bout à l’autre ce récit féerique, un récit comme seuls peuvent en inventer des enfants.Ici, les poupées prennent la parole, et les chansons fredonnées par une mère disparue prennent toute leur importance.Car le cycle romanesque de Yergeau, c’est aussi l'enfance, une enfance espiègle et délurée, pas tout à fait innocente.L’auteur, qui compte quatre enfants, a toute l'occasion d’observer cette enfance à loisir.«Les enfants m’en apprennent beaucoup sur les adultes», dit-il.On a pourtant l’impression que le grand don de Pierre Yergeau, c’est de pouvoir emprunter ce regard d’enfant pour voir le monde.Un regard et une pensée qui se simplifient, se rationalisent à mesure que ses personnages approchent de l’âge adulte.Dans la mesure où ce cycle romanesque est une ré- P1ERRE YERGEAU La désertion flexion sur l’an zéro, il y a de fortes chances qu’on revienne dans ces eaux dans les livres à venir.LA DESERTION Pierre Yergeau Editions L’instant même, Montréal, 2001,205 pages Extrait T a terre vif prétendent les Algonquins.Elle n’est ^.L/pas seulement peuplée de génies divers, de farfadets, de Kokodji, de gobelins, de Méjo et d’autres esprits malins ou écomifleux.Elle bouge sous les étoiles, la terre respire.Aussi Mie ne s’étonna pas d’entendre une respiration surgir des entrailles du sol.Dans cette vie secrète, loin de la tribu, enfoncée sous la neige.La respiration profonde du limon.L’exhalaison sifflante du rocher.» Pierre Yergeau, La Désertion, L’Instant même, p.56.Reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur.MYTHE Parallèlement aux formes poétiques, Conte est aussi reconnu en Italie comme un essayiste et un romancier important SUITE DE LA PAGE D 1 profond.Dans ces poemes, la perte côtoie une recherche incessante sur le sens de la vie.L’expérience de la dépression nerveuse demeure éprouvante mais révélatrice.Pour reprendre les mots du poète ligure, «c’est aussi un recueil sur l’adolescence et le destin en formation.Une forme d’épreuve ou d’enseignement».Spiritualité arabe Après cette étape décisive, Conte se tourne vers la sagesse brûlante d’Hafïz et de Rûmi pour écrire ce qui deviendra Les Chants de Yusuf Abdel Nur en 1997.Lorsqu’on l’interroge sur ce titre, il indique qu'il renvoie au nom qu’il aurait pris s’il s’était converti à l’islam: «Joseph serviteur de la lumière.» Cette conversion egt bien sûr d’ordre poétique.A l’instar de Goethe autrefois, la fulgurance lumineuse des spiritualités arabes et persanes l'inspire.Pour Conte, «la poésie représente une traversée de l’âme, une invitation vers le mystère inépuisable de l’univers».tes Nouveaux Chants de Conte a paru un peu plus tôt cette année en Italie.L’œuvre rassemble les expériences antérieures dans un seul et unique mouvement.Ces textes se placent sous le signe d’une lumière aussi fervente que sereine.Une manière de saluer, à nouveau, la nature éternelle qui ne s’efface jamais.Parallèlement aux formes poé- LIBER JflKÜ* Simon Harel LA DÉMESURE DE LA VOIX Parole et récit en psychanalyse La démesure de la voix Parole et récit en psychanalyse 2S8 pages, 2S dollars 19 COLLOQUE ANNUEL DE L'ACADÉMIE DES LETTRES DU QUÉBEC Subventionné par Le Conseil des Arts et des Lettres du Québec, le Conseil des Arts de la Communauté urbaine de Montréal et le Conseil des Arts du Canada DES POÈTES DANS LA CITÉ RENCONTRES AUTOUR DE GASTON MIRON Samedi 6 octobre de 10 h 00 à 16 h 00 à la Maison Ludger-Duvemay 82 rue Sherbrooke Ouest (angle Saint Urbain) Entrée libre 10 h 30 : table ronde Président de séance : Bruno Roy, Président de TUNEQ Denise Brassard : "La langue des poètes" Sylvestre Claneier et Lionel Ray : "Uengagement des poètes” Philippe Pujas : "La poésie, un regard sur le monde” Midi : lunch sur place ( participation aux frais) 14 heures 30 : table ronde Président de séance : Gilbert Pilleul, Secrétaire général de TAAGM André Brochu : "Présence des poètes dans la Cité” Jacques Tomay: "La poésie de langue française ou l'engagement au quotidien" Pierre de Bellefeuille : "GéraId Godin et Gaston Miron, poètes engagés" 16 heures 30 : coquetel offert par l’UNEQ et T ACADÉMIE DES LETTRES DU QUÉBEC à la Maison des Écrivains, 3492, rue Laval BIENVENUE A TOUS ET A TOI LES DESJARDINS LOUISl lJiS}\Rl>lNN L amour, c'est encore meilleur avec le grain de sel de la lucidité CŒURS BRAISÉS CŒURS BRAISES Nouvelles 128 pages • 17,95 $ Boreal www.editionsboreal.qc.ca tiques, Conte est aussi reconnu en Italie comme un essayiste et un romancier important.Mais qu’en est-il de sa diffusion en France?«En 1989, une première traduction de L’Océan et l’Enfant, par Jean-Baptiste Para, est parue chez Arcane 17.Par la suite, il y a eu Les Saisons, aux Cahiers de Royaumont.Malheureusement, ces livres sont désormais très rares.Cet automne, un petit éditeur de Bordeaux du nom de L’Escampette m’a proposé de réunir un choix chronologique de mes poèmes.» Traduit par Jean-Baptiste Para, ce livre aura pour titre Elégie écrite dans les jardins de la Villa Hanbury.Il regroupe donc une première sélection importante à travers l’œuvre poétique de Conte.Au Québec, on se souviendra qu'un texte de l’auteur, intitulé Mercure à Miami, avait été retenu dans une petite anthologie de la poésie italienne pour la revue Liberté en 1994.Au printemps dernier, la revue Estuaire accueillait également des traductions de Conte par le poète québécois Jean-Marc Des-gent.Cette strophe des Saisons montre à quel point la voix de Conte unit le chant altéré de la mort et de la renaissance: «Tu t'imagines, je n’ai jamais planté d’arbres,/je n’ai jamais eu de fils./ A Trois-Rivières, « les gens viennent pour découvrir des voix différentes et cela reste pour moi très émouvant» Voilà pourquoi je ressemble tant à la mer, / solitaire, stérile./ Ni un cyprès crépu, ni un saule / humide et indolent, ni un euphorbe / ramifié tel un delta, ni un pêcher / ni un prunier ni un pommier / rose ou blanc, je n’ai même pas fait croître, / au printemps, / un seul rameau, ni un enfant [„.].» Lorsqu’on lui demande ses impressions sur le Festival international de la poésie de Trois-Rivières, Conte semble dire qu’il ne regrette aucunement d’être venu.«Je suis particulièrement surpris par la qualité de l’écoute du public.Les gens viennent pour découvrir des voix différentes et cela reste pour moi très émouvant.Les lieux aussi m’étonnent, je n’avais jamais lu ma poésie dans un restaurant.Les échanges avec les autres poètes me stimulent également.» Cet après-midi et ce soir, Giuseppe Conte participera à la traditionnelle Grande Soirée de la poésie à la Maison de la culture de Trois-Rivières.ÉLÉGIE ÉCRITE DANS LES JARDINS DE LA VILLA HANBURY Giuseppe Conte L’Escampette Bordeaux, 2001,104 pages — 1 \ \ G •- y "v Ük.1! S | Roman Qc PUTAIN V Nelly ARCAN Seuil 4 Roman PUTEFORME M.HOUELLEBECQ Flammarion ?3 Jeunesse CHANSONS DOUCES.CHANSONS TENDRES (Livre & DC) RR Henriette MAI0R Fides 2 4 Humour Qc Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 1 Roman Qc LE REJETON Denis M0NETTE Logiques 4 JL Dictionnaire LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2002 ’ COLLECTIF Larousse 13 J Roman COSMÉTIQUE DE L'ENNEMI Amélie N0TH0MB Albin Michel 3 J Psycholoitie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! V T.D'ANSEMBOURG L'Homme 38 9 Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1V Marie LABERGE Boréal 43 J0 Biographie L'ATTENTAT Michel AUGER Trait d'Union 5 JJ: Roman Qc LE CHÂTEAU Georges-H.GERMAIN Art global 6 12 B.D.YOKO TSUNO N° 23 - La pagode des brumes Roger LELOUP Dupuis 6 ,3 Roman Qc ADÉLAÏDE - Le goût du bonheur, T.2 V Marie LABERGE Boréal 27 13 Fantastique HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU.T.4 V Joanne K.ROWLING Gallimard 45 B.D.ALBUM SPIROU N” 260 COLLECTIF Dupuis 3 J6 Spiritualité LA BIBLE - Nouvelle traduction COLLECTIF Médiaspaul 4 17 Jeunesse HISTOIRES Â CROQUER AVANT D'ALLER SE COUCHER r COLLECTIF Hemma 155 18 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT Eckhart TOLLE Ariane 54 JJ Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES, T.1 Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 5?U Cuisine Qc BOÎTE A LUNCH EMBALUNTE RR BRETON / EM0ND Flammarion Qc 9 71 Cuisine MA ROUTE DES SAVEURS AU QUÉBEC RR Daniel VÉZINA Daniel Vézina 4 J?Recueil COLLECTIF du Passage 1 11 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE RR A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 5?J1 Roman ROUGE BRÉSIL V Jean-Christophe RUFIN Gallimard 5 21 Cuisine SUSHIS FACILES RR COLLECTIF Marabout 70 2(7 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE?Spencer JOHNSON Michel Lafon 43 J1 Psychologie À CHACUN SA MISSION RR J.M0NB0URQUETTE Novalis 95 JS B.D.ASTÉRIX ET LATRAVIATA Albert U0ERZ0 Albert René 30 29 Astrologie Andrée DAM0UR L'Homme 1 30 Polar DANS LA RUE OÙ VIT CELLE QUE J'AIME M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 17 31 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI V Gill HALE Mamse 128 32 Roman LE SECRET DE SHAMBHALA - La quête de la Onzième Prophétie James REDFIELD Robert Laffont 6 33 Roman JE PENSAIS QUE MON PÈRE ETAIT DIEU RR Paul AUSTER Actes Sud 16 34 Roman Qc UN DIMANCHE A LA PISCINE À KIGALI RR Prix des libraires 2000 G.C0URTEMANCHE Boréal 49 35 Roman Jean D'ORMESSON Robert Laffont 3 36 Polar L'ENGRENAGE John GRISHAM Robert Laffont 16 37 Cuisine LES SALADES Anne WILSON Kônemann ?1 38 Flore LES CHAMPIGNONS SAUVAGES DU QUÉBEC RR SICARD/LAMOUREUX Fides 13 39 Gestion LE GUIDE DE L'EMPLOI 2002 COLLECTIF Septembre 7 40 Maternité MON BÉBÉ : je l’attends, je l'élève E.FENWICK Reader's Digest 73; 41 B.D.Jim DAVIS Dargaud ?42 Roman PORTRAIT SÉPIA RR Isabelle ALLENDE Grasset 15 : Roman LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M Catherine MILLET Seuil 21 44 Roman EN AVANT COMME AVANT ! RR Michel FOLCO Seuil 19 45 Psychologie FEMMES SOUMISES OU COMMENT GARDER SON MARI EN LUI DISANT TOUJOURS OUI ! Laura DOYLE First 3 V : Coup de coeur RB MÊ^mm 1" semaine sur notre liste Nombre de1 NB.: Hors présents et scolaires depuis paru Pour commander à distance : tp (su 'IP www.renaud-bray.semaines tion 1) 342-2815 corn [ - SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression [ 2.AGMV Marquis imprimeur inc.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke t r K D K V 0 1 R A M E l> I T 0 B R E Livres roman ROMAN QUÉBÉCOIS Non-retour SOPHIE PO ELIOT esclavage, la domination licite i d'êtres humains par leure semblables, les premiers étant réduits à l'état d'objets: voilà qui semblera si lointain à certaines personnes qu'il en est parmi elles qui pourraient douter que de tels événements aient pu se produire.Pour certains, pourtant, la mémoire de ces délits, la douleur éprouvée pendant des •décennies, voire des siècles, sont encore très vives.Or lorsque de telles personnes témoignent a posteriori de ces tragédies au nom de -leurs aïeux, l’interlocuteur ne peut qu’être attentif et compatir.Il ne sera plus jamais le même.Ce sera le cas de Flore, narratrice du Livre d’Emma, ainsi que de chacune des personnes qui liront le plus récent roman de Marie-Célie Agnant.Flore est interprète.Un jour, un médecin sollicite ses services pour une patiente des soins psychiatriques qui s’entête à ne pas vouloir parler français.Jusque-la rien d’extraordinaire.Cette fem-me, Emma, séjourne en clinique afin que la justice sache si elle est apte ou non à subir son procès.Elle est accusée d’avoir tué sa fille.Lors des premières rencontres, Emma accable Flore de son mépris.«Tu crois que je vais te faire confiance?Pourquoi devrais-je te considérer différemment d’eux tous?[.] Tu ne sais même pas toi-même qui tu es!» Flore est mulâtre, ou couleur de miel, comme elle le dit elle-même, alors que la peau d’Emma est si noire qu’elle en a des reflets bleutés.Voilà le point de départ tout désigné à une réflexion sur l’identité liée à la couleur de la peau.Quoi qu’il en soit, lors de ces premiers entretiens, Flore et le docteur n'obtien-.nent rien de la patiente.Celled ne frépond pas du tout aux questions qui lui sont adressées, se conten-, tant d’évoquer à répétition le bleu '.frie l’océan.«Et l’on peut voir les •vagues, comme des amazones lan-:çées à toute allure, labourant les fêtes, crachant d’énormes jets d’écume, remplissant les maisons d’eau de mer.» Cette poésie évocatrice pourra sembler séduisante, il ne faut pas s’y tromper.Si Emma est obsédée par la mer, c’est que c’est par elle que sont venues toutes les horreurs qui ont décimé son peuple, horreurs qui plus particu-lièrementont pris la forme de na- j vires négriers.Si l’on arrive à peine à reconnaître.dans certains milieux, que le racisme puisse encore poser problème de nos jours, les négriers et l’esclavage sont, pour leur part, des réalités qui ne concernent que les siècles derniers, objectera-t-on.Certes, mais le mal-ètre des femmes noires qui, pendant des générations, ont senti sur elles le poids honteux de leur sexe et de la couleur de leur peau et qui ont transmis cette honte à leurs filles et à leurs petites-filles, lesquelles ont douté à leur tour d’avoir quelque place dans le règne humain, ce mal-ètre est toujours vivace chez certaines descendantes d’esclaves.C’est le cas d’Emma.Flore, au contraire, en bonne Nord-Américaine type, ne s’était jamais vraiment penchée sur ces faits historiques.Toutefois, sa rencontre avec Emma sera sa rencontre avec le passé de son peuple, donc avec le sien propre.En plus d’être très bien écrit, tant en ce qui concerne les descriptions évocatrices de temps éloignés qu’en ce qui a trait au rythme et à la transcription adroite de narrations orales qui savent garder le lecteur constamment en haleine, le roman de Marie-Célie Agnant est un véritable instrument de prise de conscience.De simples données historiques qu’ils peuvent représenter pour nombre de lecteurs, l’esclavage et la domination des Noirs par les Blancs deviennent des horreurs qui émeuvent et dégoûtent, semblables en cela, par certains aspects, à l’Holocauste.Le Livre d’Emma est de ces romans dont on se souvient longtemps et qui fait réfléchir et évoluer ses lecteurs, qu’ils le veuillent ou non.Agnant, qui sait habilement doser la gravité de propos et la simplicité de ton, est sans conteste une auteure de talent LE LIVRE D’EMMA MarieCélie Agnant Editions du Remue-ménage/ Editions Mémoire Montréal/Port-au-Prince, 2001, 167 pages Dérives contemporaines HISTOIRES SAINTES Carole David Les Herbes rouges Montreal, 2001,109 pages Carole David met autant de soin à choisir les titres de ses livres qu’à les écrire.Ils annoncent bien l’œuvre tout en paraissant s’en moquer gentiment.Ainsi, celui de son roman paru aux Herbes rouges en 1994.Impala, qui ne désignait pas une antilope, comme on aurait pu s’y attendre, mais un modèle de voiture américaine, disait parfaitement le climat kitsch où allait baigner cette reconstitution pourtant a 0 douloureuse d’une his- cha i toire familiale: celui des petits mondes de la mère (les cabarets) et du père (la pègre).C’était un roman fort bien mené, dont la cohérence prenait forme sur fond d’éparpillement, par petites touches, au fil de très courts chapitres, sortes de fragments ou de micro-nouvelles.Les nouvelles que voici sont en effet des histoires saintes, mais à leur façon, très particulière, c’est-à-dire par antiphrase ou parfois sur le mode de la dérision.La sainteté y circule de l’une à l’autre, reconnaissable même si elle ne l’est qu’à de simples noms de rues, à une statue de la Vierge dans un parterre devant laquelle s’agenouille une pauvre folle, à des fantasmes de pureté ascétique ou à une caricature de miracle alors qu’un jeune trafiquant de drogue fait mine de marcher sur les eaux.Quant aux histoires, en plus de celles que raconte chacune des nouvelles, il s’en trouve d’autres, moins attendues: témoignages ou souvenirs offerts pour ce qu’ils valent, balivernes apparentes, blagues ou fabulations.Bref, de ces histoires qu’on se conte ou qu’on se fait conter.Histoires gigognes, donc, comme se plaît à en inventer, pour mieux s’endormir, l’amie de l’un des personnages.Dans ces douze nouvelles, ce qui se raconte, c’est la detresse humaine dans ses divers états, qui se manifestera par des crises d’angoisse — surtout chez les femmes —.des envies soudaines de suicide, la fuite dans les drogues ou encore le simple vagabondage.Ces Histoires saintes disent par le menu des derives, le plus souvent urbaines, dont certaines ont commencé si tôt qu’on les dirait de naissance.I^es enfants sont fragiles et ont pour la plupart un imaginaire fiévreux.lz?s adolescents vivent dans la marge i sans qu’on sache s’ils y ont été poussés.Les adultes sont enfermés rand (^ans solitude de leur ^ sexe, comme on la trouvait déjà dans Impala: les femmes délaissées sont condamnées à la débrouille, bien décidées à assurer leur survie et à se défendre contre les prédateurs; les hommes sont bien manipulateurs, possessifs, irresponsables ou vicieux.Ou un peu tout cela à la fois.Il n’y a cependant pas de règle ments de comptes ni de procès.On ne cherche même pas à noircir le trait.Chacun de ces personnages se raconte ou est raconté avec une précision sèche qui se teinte parfois d’un humour acide.Ainsi vont leurs vies, pas plus misérables que d’autres, et chacun sui( ses penchants.A quel milieu appartiennent-ils?Difficile de le dire avec certitude.Ils font partie du monde «ordinaire», assurément.Ils ne sont pas riches.Mais pauvres?On devine qu’ils sont de condition modeste.Les objets qu’ils achètent, dont ils se servent, sont souvent nommés: céréales, édredons, fauteuils, bonbons, vitamines, slips d’homme.On précise même leurs marques de commerce — Flintstones, Looney Tunes, Froot Loops, Fruit Of The Loom, El Ran —, qui nous disent qu’ils sont bon marché et surtout qu’à part les CARO HISTOIRES SAINTES rêves, ce sont eux qui occupent une bonne part du quotidien.Ces petites existences décrites sans misérabilisme, ils les vivent chacun dans sa nouvelle.Ils ne se connaissent pas entre eux, sauf pour une de ces femmes dont on retrouve la fille dans une histoire.Et pourtant, on voit bien qu’ils sont d’un même monde, en quelque sorte parents en dépit de leurs différences.I.a-dessus, le recueil de Carole David est cohérent, laissant à chacun des personnages ses particularités tout en suggérant entre eux et chacune de leurs histoires des dizaines de petits liens.Ce sont le plus souvent d’infimes détails qui reviennent dans deux nouvelles ou davantage, identiques ou légèrement différents: ce seront des fleurs vendues à des clients d’un restaurant, des sacs d’ordures, des sous-vêtements de femme.Mais ce peut aussi être un handi- cap, comme la surdité, ou bien quelque tâche domestique, une drogue, une crise d’anxiété ou encore des rapports mère-tils.Certains de ces éléments ont un poids thématique alors que d’autres sont à peine signifiants, dirait-on.Or tous, y compris ces petits riens, forment une trame très fine, subtile, qui assure la coherence du recueil.Lout, ici, signifie, même si c’est apparemment peu.Et les lecteurs, s’ils le veulent bien, peuvent exercer leur sagacité à retracer ces multiples liens tout en suivant ces histoires pour le simple plaisir de se les faire raconter.11 y a bien des lectures possibles d'Histoires saintes.! ’ écriture, elle, est tout aussi efficace que celle T Impala.Les phrases sont le plus souvent brèves, toutes simples.Le lexique révèle un parti pris tout à fait pertinent ici: on se tient à un registre familier sans verser dans la joualisation.La langue (.{'Histoires saintes se maintient à la limite de la pauvreté.Elle assume, de façon très maîtrisée, la condition des personnages comme ils le font eux-mêmes.Seule exception à cette rigueur: quelques passages dialogues qui sont d’un registre un peu trop soigné, compte tenu des locuteurs.Ce livre n’a en fait qu’un seul défaut, qu’on n’a pas à imputer à son auteur: on y remarquera un fort nombre de coquilles — des fautes d’accord ou de ponctuation — et des impropriétés lexicales manifestes.Quelqu’un chez l’éditeur, de toute évidence, a mal fait son travail.ro be rt.c Iw rtra nd5 (a stym pu tico.ca GILLES ARCHAMBAULT Sait-on J pourtant Le récit d une entant d e c i n fj a ns cj u i t e n t e de guérir une bless u rt' i n t i ni c en d e cou v r a n t les beautés d u m o n d e .s arrête à Kâ un voyage métaphorique qui se poursuit au-delà des pages .les lecteurs peu pressés pourraient Lien s’v bisser prendre et couler duns un nivissenient iiuquel le très pur cbssicisme de l’écrivum n’est pas étmnoer.» .heoinakl Martel, La I re.s.si « L’écriture même d'Andrée Marchand s’accorde parfaitement au propos de son récit.Elle est, tout au Ion", d’une très helle économie, dép’ouillée comme l’univers qu elle raconte.» Robert Chart rand, Le Idevoir s Nains de Ut mort, sinon un règlement de comptes avec l’adolescence, ses illusions amoureuses et une certaine musique «jeune» qui a sans doute séduit un jour l’auteur, comme tant d’autres de sa génération en Angleterre (il est né en 1961)?Nous suivons donc la vie de William, un jeune musicien de 23 ans en quête de gloire, du moins de reconnaissance, qui habite une HLM à Londres et fréquente des clubs plutôt minables.Pianiste que son professeur estime plutôt doué, il s'est embarqué avec un groupe qui porte le nom de L’Alaska Factory, composé de musiciens qui ne semblent avoir aucun talent particulier sinon celui de dénaturer ses compositions et d’en faire disparaître les subtilités rythmiques et mélodiques.Romantique à une époque où l’on vit froidement et sauvagement (nous sommes en 1988), William est de plus tombé amoureux d'une jeune fille, Madeline, gouvernante chez une vieille dame fort riche, qui non seulement néprouve rien pour lui, jouant d’indifférence, mais n’aime pas sa musique.«Lorsque je me mis à jouer sur le piano de Miss Gordon, la première fois que Madeline m'avait autorisé à venir la voir, elle s’était précipitée dans la pièce pour me dire d’arrêter, de peur que je ne réveille la vieille dame.» En somme, autant du côté de sa vie de bohème que de sa vie amoureuse, William est floué.Et malheureux.Mais il est à un âge où l’on reconstitue sans cesse ses espoirs, malgré les signes évidents de leur défaite.A ce titre, il en devient attachant à force d’aveuglement.Un jeune homme pas à sa place Le premier chapitre du roman commence tout en douceur, avec l’évocation d’une pièce trop chauffée qui rend somnolent le narrateur (qui se demande d’ailleurs s’il appellera ou non Madeline, qu’il n'a pas vue depuis une semaine), se poursuit avec la longue observation des passants à Cambridge Circus, ce qui lui donne le sentiment d’une grande plénitude parce que, face à tous ces gens qui s’agitent dans tous les sens, il a réussi, lui, à «s’arrêter», pour se terminer de la manière la plus violente et la plus surréaliste qui soit un meurtre sordide perpétré par deux nains sur la personne d’un chanteur — qui donne dans le punk — qu’il était venu rencontrer pour savoir s’il avait besoin de ses services.Dans l’univers romanesque de Coe, la violence est toujours présente et souvent imprévue.Il faudra cependant lire encore bien d’autres pages avant de comprendre les motivations de ce meurtre qui, soit dit en passant a pris pour cible la mauvaise personne.Mais aussitôt retour a la case départ, c'est-a-dire avant que tout cela n’ait eu lieu.Le brio de l’auteur est ici d’ouvrir la suite sur une question anodine: pourquoi n’aime-t-il pas le compositeur Andrew Lloyd Webber, celui des comédies musicales Cats, The Phantom of the Opera, Jesus Christ Super Star?Sa réponse est en soi une critique assez sévère de la culture contemporaine, où règne la plus grande confùsion: «Mais ce que je trouvais insupportable, c’était sa manière de mélanger tout ça sans jamais se soucier du style, de la cohérence, du genre: des mini-pastiches d’opérettes débouchaient sur des passages de sous-rock tandis qu’un orgue vaguement gothique moulinait sans fin des gammes chromatiques qui faisaient déjà cliché il y a quarante ans dans les films d’hqrreur Universal.Et pourtant, le public gobait ça.» A travers cette simple description, c’est la «guerre du goût» dont a abondamment parlé Philippe Sollers (dans un livre qui porte ce titre) qui est mise en relief et, avec elle, la difficulté que nous avons aujourd'hui à proposer des modèles exigeants qui aient quelque chance d’être reconnus par le public.En revanche, il faut l’avouer, ce que William a à proposer ne semble guère avoir plus de valeur.H semble plutôt donner dans le sentimental et le romantique, ce qui est d’ailleurs loin de ce qu’avait à lui proposer le groupe punk «La vie, c’est la mort/La mort, c’est la vie/et le noir est la couleur du cœur humain / La mort, c’est la vie/La mort, c'est la vie / Il faut mourir avant de vivre / U faut tuer avant d’aimer.» Et dire qu’ils se deman- daient si ça ne faisait pas trop gnangnan, trop sympathique! Triste et sombre époque.Et toujours cette affaire avec Madeline l'indifférente.Et puis, bientôt, l’histoire de cette jeune femme, serveuse dans un bar.qui a engagé les deux nains pour assassiner son exmari parce que ce dernier avait abusé de ses filles.Je ne vous dirai évidemment pas de qui il s’agit sauf à vous mentionner que lui aussi travaille dans le domaine de la musique.Alors, quand on dit que la musique adoucit les mœurs.Au total, c’est un curieux roman que nous livre ici Jonathan Coe, plein de violence juvénile, où tout fout le camp et en même temps où certains, comme William, croient encore pouvoir éprouver de vrais sentiments, continuent de rêver qu’on peut être heureux, avoir des enfants, frire de la musique qui ne tombe ni dans le piège de la confusion des genres ni dans le cri pseudo expressionniste.Cela donne le portrait d’un jeune homme en porte-à-faux par rapport à son époque et à sa génération, un amoureux niais et plein de bonne volonté, toujours prêt au compromis, une sorte de gentleman campagnard qui se serait trompé de lieu et de milieu.Alors, on sort aussi de ce roman avec l’impression d’un récit inachevé, mal défini.Et on se demande ce qu’il nous a apporté.denisjféa videotron, ca LES NAINS DE LA MORT Jonathan Coe Traduction de l’anglais par Jean-François Ménard Editions NRF Gallimard Paris, 2001,231 pages Jean-Pierre Den is ESSAI ÉCHOS La colère du biographe MICHEL BIRON En 1960, l’essayiste Jean Le Moyne commençait son fameux texte sur Saint-Denys Carneau par ces mots: «Je ne peux pas parler de Saint-Denys Garneau sans colère.Car on Ta tué.» Quarante ans plus tard, le poète François Charron reprend cette colère a son compte et entreprend de préciser, preuves à l’appui, qui sont les coupables.Son «essai biographique» intitulé L'Obsession du mal - De Saint-Denys Garneau et la crise identitaire au Canada français (Herbes rouges) ne veut pas passer inaperçu: contrairement au court «récit biographique» publié en 1994 par le cousin de Saint-Denys Garneau, Antoine Prévost (De Saint-Denys Garneau - L’Enfant piégé.Boréal), contrairement aussi à l’étrange petite >- u Z > a> > y- ^ MAN8EUVRES EN 8UËTE D’UN TERRXT9IRE MANOEUVRE 6 PATRICK BEAULIEU Samedi 13 octobre à 18 heures IA BATTUE POINT DE DÉPART: L'ÉGLISE DE «VENIR VILLAGE DE «VENIR, BOIS-FRANCS Réafeation Mdéeÿaphque: Hntt Uxtefen Jean Paul Lemieux Gérard Dansereau Oeuvres originales de Lemieux Le mieux de Dansereau Du 6 au 21 octobre ^3 galerie d'art mlchel blgué 315 Principale, St-Sauveur-des-Monts, QC, (450) 227 5409 i É I) K) L K DEVOIR.LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 OCTOBRE 2 0 01 * DE VISU * ARTS VISUELS Archéologie de l’image URBANISME OMBRES COSMOLOGIQUES Œuvres récentes de Bill Vazan Musée du Québec Parc des Champs-de-Bataille, Québec Jusqu’au 6 janvier 2002 DAVID CANTIN Le land art de Bill Vazan fascine dans sa recherche constante d’une structure organique qui mène au dévoilement de l’espace planétaire.Du microcosme au macrocosme universel, ces montages photographiques appréhendent une mémoire vivante de la réalité.Autour d’une trentaine d’œuvres, dont cinq montages immenses, le Musée du Québec fait état des travaux récents de l’artiste montréalais originaire de Toronto.Un quête profoqde qui passe par le Québec et l’Egypte afin de retrouver l’énergie créatrice d’une civilisation durable.la réputation de Vazan n’est plus à faire.Depuis une vingtaine d’années, il ne cesse d’élargir les horizons d’une approche fortement conceptuelle dans le domaine du land art L’exposition Ombres cosmologiques rassemble des couvres réalisées au Québec et en Egypte en 2000 et 2001.Le résultat impressionne tant par le souci du détail que par un rendu technique irréprochable.Son Cobra Stand for a Parallel World (2001) laisse entrevoir une forme dépouillée qui renvoie autant aux contours du serpent qu’au principe ultime de vie.Le reflet du sable et des pierres témoigne du coup des fondements premiers de l’existence humaine.Un monument de précision et de sensibilité.Un lieu, un espace, un temps, une naissance qui en viendront à se rejoindre dans une image hautement symbolique.Ce parcours, tel un écho aux théories de la physique contemporaine, suscite une prise de conscience du rôle de l’homme à l’intérieur des lois inébranlables du cosmos.Le regard de Vazan rassemble les principaux éléments de l’acte créateur dans une histoire expansive de l’univers mobile.Singularités (2(XX)), Ovale (2000) ou Membrane (2000) deviennent ainsi les schémas d'une équation possible du monde.I^e détail est vu tel un miroir qui suit la cohérence d'un ensemble donné.Le mouvement de ces paysages en vient à traduire les structures concentriques d'une forme en gestation.Ce processus de création suscite un ordre, une logique, mais surtout une intuition passionnante de l’environnement cosmique.Du Québec à l’Egypte, ces territoires sont des métaphores subtiles où la pensée scientifique coexiste avec une imagination débridée.Derrière ces montages photographiques, Vazan calcule avec un immense souci de précision.Toutefois, le résultat échappe à une certaine froideur prévisible.Dans Smaller World (2(XX)), le chemin menant au sommet du cap Trinité dévoile les racines d'un arbre qui se rattache au sol poreux.Même si le cadrage VERNISSAGE LE DIMANCHE 7 OCTOBRE Jusqu’au 2 novembre Suzanne Chabot Jacques Ste-Marie CALERiE Linda Verge i» i", U i m i m s i i; vui i s Qt I III c (a 18) S >S-B.i'M deC^POsbois L I B P A I R E Livres AMCItMS et MODfRhES cirfs de la scène beaux-arts décoration gastronomie histoire littérat ure photoqeapKie reliure J art » ACHAT VENTE U24, avenue Bernai Oulremonl (Québec) H2VIV6 Télé|,l, une: 514-490-0170 étonne par son souci de perfection, une transparence énigmatique s’empare de l’image.L’enjeu poétique fonctionne et creuse sans cesse une fragile résonance.D y a aussi beaucoup de rapprochements a faire entre les espaces québécois et égyptiens.D’abord, on semble découvrir deux images qui s’opposent.Par contre, la recherche minutieuse de Vazan a toujours pour intention première de créer une symbiose terrestre.Dans un pareil écart U est encore possible de comprendre la signification réelle du monde.Alors que les caractères arabes de Grille (2000) renvoient à une forme de connaissance ancestrale, le Still Stands (2000) permet de surprendre une œuvre de land art réalisée sur la Côte-Nord.Chez Vazan, il faut surtout s’arrêter pour s’apercevoir que le détail cache souvent une autre facette du lieu connu.Le Scorpion at Base of Mount Sinai (2001) fascine dans sa façon de mêler les cailloux à la forme construite.Ce scorpion de pierre semble émerger de la terre comme un symbole perdu dans le temps.L’artiste montréalais interroge l’apparition soudaine comme une émergence discrète de l’imprévu.Le lieu prend alors un tout autre sens.L’exposition Ombres cosmologiques révèle une sorte de magie des zones perdues de l’univers.Les correspondances sont nombreuses, et l’espace, idéal pour un tel déploiement photographique.Une approche où le réalisme s’ouvre à l’étendue désertique comme un espace de redéfinition du cosmos.Un travail inspiré qui ébranle nos certitudes.Le rat des villes et le rat des champs Un sondage à paraître sous peu révèle l’importance de la nature en ville (arbres et boisés) pour la quasi-totalité des citadins ontariens interrogés.CHARLES-ANTOINE ROUYER Toronto — La société Enviro-nics va bientôt publier les résultats d’un sondage sur l’attitude des citadins ontariens à l’égard des arbres et des boisés, en ville et à la campagne.Ce sondage devrait retenir l’attention des politiques et des responsables de l’aménagement du territoire car il montre que 88 % des citadins interrogés utilisent les parcs en ville (boisés et zones naturelles).Par contre, un quart des citadins interrogés (25 %) affirment ne jamais quitter la ville pour se rendre à la cam-pagne.Le manque de temps est la principale raison invoquée, suivie du manque d’intérêt ou de l’absence de moyens de transport A l’inverse, la grande majorité des citadins interrogés vont se promener dans une zone boisée ou naturelle située en ville au moins une fois par mois (68 %) et à l’occasion (20 %) .La principale activité dans ces lieux serait la marche (64 %, en ville), celle-ci l’emportant dans une large mesure sur les jeux avec les enfants (6 %) ou la bicyclette (5%).Plus généralement, 98 % des personnes interrogées reconnaissent l’importance des arbres et ÀU découverce du ARAD1S Le Pacifique Sud avec Cook et Bougainville oernœR week-end S.Fort île Sainte-Hélène Métro île Sainte-Hélène Ouvert tous les jours - lOh à 18h Info : (514) 861-6701 Québec S S www.stewart-museum.org Le dimanche 7 octobre 2001 à 14 heures venez célébrer avec nous le Prix du Québec Paul-Émile-Borduas 2000 attribué à Jacques Hurtubise Hurtubise sans réserve Commissaire invite : Cozic Lancement du catalogue L’exposition se poursuit jusqu'au 6 janvier 2002 Centre culturel Yvonne,L.Bombardier 1002.avenue J.A.Bombard'd Valcoturt, Quebec IGE 21.•- (450) 532 3033 ccylbm liab qc.ca boisés en ville, le rôle déterminant que jouent des arbres sains pour la santé humaine (87 %), alors que la qualité de l’air ressort comme la principale préoccupation communautaire (33 % des personnes interrogées), loin devant la qualité de l’eau (17 %).Ce sondage devrait donc s’avérer fort précieux pour les designers urbains, d’une part les politiciens responsables des politiques publiques (et du vote des budgets), d’autre part les urbanistes, paysagistes, architectes et autres designers.Mieux connaître les goûts des usagers n’est-il pas à la base de tout design réussi?Le sondage intitulé Attitudes of Urban Residents toward Urban Forests and Woodlands Issues a été réalisé pour le compte du ministère ontarien de l’Environnement, de la Federation of Ontario Naturalists (FON, ou Fédération des naturalistes ontariens), de l’Ontario Stewardship et de la municipalité régionale de York, autour de Toronto.Il a été mené entre le 9 et le 16 mai 2001 auprès de 606 personnes.Il comporte une marge d’erreur de plus ou moins 4 %, 19 fois sur 20.Tous les types de villes étaient représentés parmi les personnes sondées: petite, moyenne, grande (centre-ville et banlieue de Toronto).La publication du sondage, d’abord prévue pour le 20 septembre, a été reportée au début du mois d’octobre.Ce sondage traduit les préoccupations d’un Canada qui s’urbanise de plus en plus, selon James Faught, le directeur général de la FON.Il souligne particulièrement le chiffre de 25 % de citadins qui ne sortent jamais de la ville pour avoir un contact avec la nature.Toutefois, ces chiffres n’émeuvent guère Michael Hough, paysagiste torontois fort connu pour ses écrits sur la nature en ville.«Cela ne m’inquiète guère que les gens n ’aillent pas beaucoup vers la nature à la campagne s’ils ont l’occasion de le faire en ville.» Les citadins veulent-ils vraiment que la nature vienne à eux en ville plutôt que l’inverse?Selon Andy Keeney, professeur en foresterie urbaine à l’Université de Toronto et coordinateur du programme sur les boisés du Sud ontarien de la FON, «c’est seulement une hypothè- se, d’après ce sondage, [mais] les gens ne veulent pas vivre dans une jungle de béton, ils souhaitent pouvoir au moins s’évader dans un parc au coin de la rue s’ils vivent dans un immeuble ou marcher dans une rue bordée d’arbres pour aller à leur travail ou attendre l’autobus».Il souligne l’importance du rôle écologique et esthétique des arbres, rôle qui ressort du sondage: «Les gens s’intéressent à la forêt urbaine car ils sont conscients qu’elle prodigue de nombreux bien/dits.» Il ajoute que la recherche se concentre aujourd’hui sur la notion de densité foliée.«La feuille est véritablement l’élément qui joue un rôle crucial.Un arbre arrivé à maturité jouera donc un rôle bien plus important qu'un jeune arbre.[.] R faut surtout protéger les racines lors des travaux en ville et fournir aux arbres l’espace suffisant pour croître.[.] L’infrastructure verte ne devrait pas être un parent pauvre mais être traitée sur un pied d’égalité avec les autres infrastructures [celles des lignes téléphoniques ou câblées, des conduites d’eau, de gaz, d’égout]», conclut-il.Renseignements: FON, n (416) 444-8419, poste 226, ou www.onta-rionature.org.Lf VIDE DE L'ESPACE ESI UN PARADOXE Exposition collective de sculptures, peintures et installations de neuf artistes montréalais GILLES BISSON N ET, PIERRE CRÉPÔ, NATHALIE DION, CLAUDE-PAUL GAUTHIER, DIANE GIGUIÈRE, MICHEL GU1LBEAULT, CLAUDE LAMARCHE, ARMAND VAILLANCOURT ET FLORENT VEILLEUX.Jusqu’ au 28 octobre 2001 Entrée libre L'Espace Vide 3207, rue Sainte-Catherine Est Exposition présentée en collaboration avec la maison de la culture Maisonneuve Renseignements : (514) 872-2200 ou (514) 220-5680 www.ville.montreal.qc.ca/maisons Ville de Montréal VOTRE RÉSEAU i 20 ANS DES MAISONS i DE VIE DE LA CULTURE CULTURELLE KJasWj) Y-JXj sep 1 evV’sbf'e i au \'3> p/Vieo TTC HHpr" f MUSEE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTREAL Québec ci; 85, rue Sainte-Catherine Ouest.Montreal (Quebec) H2X 3X5 Renseignements : (514) 847-6226 Metro Pla'ce-des-Arts www.macm.org MOIS de PHOTO , L exposition s inscrit dans le cadre des activités du A M0N1REAL .SEptembrB 2001 Alois de la Photo à Montréal 2001
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